antasmagories HISTOIRES RAPIDES DU MÊME AUTEUR Poèmes Fantasques. La Vie et la Mort. - iiiai s. Fantasmagories HISTOIRES RAPIDES P A R JEAN RAMEAU PARIS PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR 2S bis, RUE DE RICHELIEU, 2$ bis I S87 Tous droits réservé». FANTASMAGORIES HISTOIRES RAPIDES RECETTE POUR AIMER SA FEMME 1 I n homme. Une femme. L'homme (Abeilard Piérroton) suivant [a femme une Marie quelconque . Pourquoi ? Voici : Abeilard Piérroton \a se noyer. C'esl son habitude, quand il s'ennuie. Cette fois, c'esl pour tout.de hou, naturellement. Or, pour aller de chez lui a la rivière, il a 1 2 FANTASMAGORIES. jugé convenable d'attendre qu'une femme inconnue et jolie — toutes les inconnues sonl jolies — prlf celle direction. La roule serait plus agréable. 2 Tout le inonde peut avoir «les distractions. C'esl pourquoi Abeilard en eu! plusieurs successives, savoir : Première distraction. — !l oublia de se ooyer quand il fut sur Je bord de la ri- \ière. Deuxième distraction. — Il fila la femme Susdite jusque dans son boudoir. Troisième distraction. — 11 la fila même (usque dans un bâtimenl municipal, où ils rencontrèrent un officier, non moins municipal, qui leur lil dire : « Oui ! oui ! » à tous deux, connue on fait dans les foires aux phoques savants. Mariés. RECETTE POUR AIMER S A FEMME. 3 Prénom oblige. Abeilard jura de ne jamais tromper sa femme. Il était homme de parole, comme l'on va voir. Et il aima sa Marie quelconque, passionnément, pendant huit jours. Après cette éternité de passion, il resta trois semaines rêveur. — Diantre! diantre! grommela-t-il. Elle étai( brune, charmante, jolie comme le premier jour. — Est-ce que cela va durer? se demanda Abeilard avec inquiétude. Tout à coup une idée : — Ah! s'exclama-t-il en se touchant le Iront. Et il courut lui acheter une perruque blonde. Résultat inespéré: Imil autres grands jours de passion. I V A N T A S M AG0R1 ES. i Las ! Quand on est blonde, c'est pour longtemps. Alors, Abeilard, qui était un homme de ressources, essaya d'autre chose; ne pouvant changer complètement su femme, il résolut de la modifier dans quelques détails. Il lui apprit à loucher et à parler du nez. I ne lune de miel de quinze jours fui te résultat de celle intelligente amélioration. Les femmes qui louchent el qui parlent du nez deviennent, paraît-il, aussi insupportables que les autres, après un certain temps. Abeilard, épouvanté, pril alors sa tête dans ses mains. — lié! hé ! monologua-t-il, l'esprit chatouillé par une pensée folle. S Et il résolut de se l'aire aimer en anglais. MPierroton apprit quelques mois de celle langue. Et, au bout de Irois mois, elle fut à RECETTE POUB AIMER SA FEMME. 6 même de dire à son mari, dans ses heures de passion, autre chose que : « Mon petit homme adoré » ou : « Le gros chéri à sa fafemme. » Ce moyen ingénieux réussit à merveille. Soit quatre jours el demi de passion encore. Après VAnglais/' vinrent : 1° L'Espagnole — (> jours de passion : 2° La Turque •— 5 jours id. ; 3" L'Allemande — 3 jours et demi id. ; 4° La Chinoise — 3 jours id. ; 5° ha Persane — 1) heures id. ; 6° L'Ethiopienne — 2 heures id. ; 7° Nationalités diverses — 3 heures 3 quarts de curiosité. 6 Et après? Abeilard, qui ne voulail pourtant pas se hier encore, chercha un nouveau moyen pour rendre sa femme désirable. Il trouva. Il conduisit Marie chez un professeur de \ entriloquie. 6 FANTASMAGORIES. M me Abeilard, qui avaii des aptitudes, apprit assez vite à parler de quatorze manières. Son mari exultait. Pendant toute une semaine, il se banda les yeux cl se figura qu'il faisait la cour h quatorze femmes à la fois. Ce l'ut du délire. El M. Pierroton faillit enlever son épouse. Prodige de l'art 1 La voix de la femme bègue lui fit rimer des sonnets. La voix de la jeune fille édentée lui inspira un volume d'élégies. Mais ce fui la vois de la femme hydropique qui provoqua la plus forte passion de sa \ ie. Dix-sept jours de l'amour le plus pur. 7 * Tout a une lin ici-bas. Même l'amour qu'inspirent les femmes hydropiques. Désolation — Marasme— Saliélé. Que faire? RECETTE POUR AIMER SA FEMME. 7 Il appliqua six kilogrammes de colon sur le dos de sa femme, pour se figurer qu'il avail affaire è une jeune bossue. Passion tempérée.. 11 lui défendil de prononcer un mot, pour faire croire à ses sens qu'il se trouvail en face î y d une femme muette : Amour minuscule. 11 lui fil peindre un cancer sur la joue. Attraction nulle. Mors?... 8 Désespéré, il consulta son calendrier. Il avait aimé sa femme pendant quatre mois fit treize jours, sous cinquante-trois formes successives. Q redressa son front avec orgueil. — Je puis mourir, se dit-il. Et, selon son habitude, il se dirigea vers la rivière, convaincu que le seul moyen de rester fidèle à son sermenl c'étail de se hier. Il se connaissait. s F A NT ASMAGORIES. 9 Or, pour faire la roule, il crut devoir se permettre à nouveau celle suprême et platonique consolation : attendre qu'une jolie femme prît encore la direction de l'eau. • Elle arriva, la jolie femme. Une brune, charmante, 1res distinguée. Elle était au liras de quelqu'un. C'était à La tombée de la nuit ; on ne distinguait les objets qu'à demi. Abeilard fila le couple, à dix pas de distance. Oh ! l'adorable silhouette qu'elle vous avait ! Abeilard se sentit ému. — Ab! murmura-t-il, dire que si j'étais tombé sur une jolie personne comme ça... On arriva sur le pont. La jolie femme se retourna, au bras de son cavalier. — Damnation !... Abeilard ne lil qu'un bond. Il se jeta à l'eau en poussant un cri de malédiction el de rage. Celle jolie femme, c'était la sienne! RECETTE POUR AIMER SA FEMME. 0 10 Aussi Abeilard alla droit au ciel. — Va, mon ami ! lui dit le bon Dieu d'une belle \<>i\ de poitrine, ta femme t'a trompé; à toi le paradis pour l'éternité ! Nous sommes en mesure de faire connaître l;i réponse d'Abeilard. — Le paradisI... pour l'éternité?... balbu- tia-t-il, les cheveux hérissés d'épouvante, .lu- mais ! je cède ma place ! l'uis, en se calmant un peu : — A moins, dit-il au bon Dieu, que vous ne me donniez une contremarque qui me permette quelques escapades dans l'enfer... i. LA GLOIRE I Frédéric Matabiau. Qui ça? Un homme quelconque, fabriqué sur le morne moule que tous les hommes, c'est-à-dire désirani faire parler de lui. Dès le sein de sa nourrice, Frédéric Matabiau lil de la gloire le Ixil unique de sa vie. Voici comment il procéda pour y arriver. 1° Il rend il de grands services à sa. ville natale. La gloire oe vini pas. 2° Il inventa une pommade infaillible contre la chute des cheveux. La gloire ne vini pas davantage. LA GLOIRE. H 3° Il lïl distribuer chaque semaine cinq cents kilogrammes de pain aux poètes de son arrondissement. La gloire fui encore rebelle. 1" Il inventa une pince-monseigneur électrique. Pas plus de gloire que ci-devant. 5° Il sauva son pays, par suite «le eirron- stances qu'il serait trop peu rapide d'expliquer dans cette histoire. Il resta aussi ignoré qu'un vulgaire bienfaiteur de l'humanité. Alors, oh! alors. Frédéric Matabiau devint profondémenl pessimiste. 2 — Comment diable faut-il doue s'y prendre pour faire parler de soi? se dit-il en rongeant ses poings. Il se mit à feuilleter attentivement les livres, les brochures, les revues, les gazettes, tout ce qui, en un mot, dispense la gloire et la popularité dans un pays civilisé. 12 FANTASMAGORIES. 3 Cette ('■Inde dura dix uns, au bout desquels Matabiau, éclairé par lu sagesse et l'expérience, ta trouva enfin, la précieuse, la mirifique, la stupéfiante recette pour arriver à la gloire, recette facile à suivre, à la portée de toutes les bourses ef de toutes les intelligences. Frédéric Matabiau débuta pur un coup de maître. Il perfora deux journalistes en duel et avala un casse-noisettes. Aussitôt, de toutes paris, le nom de Matabiau retentit. Tous les almanachs publièrent ses exploits; les photographes et les faiseurs de revues de fin d'année se l'arrachèrent, et plusieurs jeunes femmes, prix Montyon, lui envoyèrent des mèches de cheveux. C'était beau. Mais cela ne suffisait pas à Frédéric Matabiau. 4 Et alors il trouva cette chose sublime, qui le rendit populaire jusqu'aux contins les plus rc- LA GLOIRE. tl culés du monde habitable : il paria qu'il resterait quarante jours sans boire. Le monde attentif regarda Mataftiau pendant ces quarante jours. Après quoi, Frédéric couronna son mémorable exploit par celui-ci, non moins mémorable : il épousa une femme à deux têtes, qu'il avait vue pour cinquante centimes à la foire de Saint-Cloud. Alors, oh! alors, La gloire éclata, formidable el extravagante, L'astre de Matabiau li! pâlir ceux des ténors légers et des vieilles actrices. Un jeune premier du théâtre delà Porte- Maillot eut un panaris au doigt, el. personne n en parla. Le choléra éclata en France, el les journaux, encombrés par des premiers-Paris sur Matabiau, par- des jeux de mois sur Matabiau, par des souvenirs et des anecdotes à propos de Matabiau, par des discussions à l'Académie de médecine ,4 des interpellations à la Chambre sur le cas de Matabiau. par des cita- rades sur Matabiau, par des annonces préconisant des purgatifs auxquels Matabiau avait bien voulu donner son nom, etc., etc., ne firent pas plus de réclame à celte malheureuse Il FANTASMAGORIES. épidémie qu'à un vulgaire homme modeste et de talent. 5 Frissonne/.! Ce n'est rien encore. — Maintenant que je suis bien en vue, se dit Frédéric Matabiau, allons*-} crânement. Et alors il donna le coup de grâce. Voici : M" 1 " Matabiau (2 têtes), adroitemeni poussée par son mari, tua, avec son revolver, trois grands personnages qui lui avaient fait des déclarations d'amour. Ce moyen, devenu bien banal depuis, lil rejaillir sur l'heureux époux de M" 1 " Matabiau une gloire et une popularité tellement inouïes qu'une éclipse de soleil et la floraison du marronnier du 20 mars passèrent complètement inaperçues. Jamais, de mémoire de journaliste, on n'avait vu ça. Et ce drame sanglant, hélas! se compliqua d'un drame plus sanglant encore, qui accru! la célébrité de Matabiau dans des proportions LA GLOIRE. 18 telles que noire plume renonce à en donner une idée. Bornons-nous à dire que (rois mois après, les perroquets et les phoques savants ne disaient plus que le nom de Matabiau. Quant au nouveau drame, le voici dans sa tragique horreur : Matabiau ayant été assez adroit pour amener une dissension politique entre les oici l'endossement. Le mari poussa un cri désespéré. — Tout esl perdu ! dit-il. El il se jeta sur sa mitrailleuse, la rechargea 24 FANTASMAGORIES. et s'appliqua le canon sur la tempe pour se faire sauter la cervelle. i — Arrête! s'écria sa femme éperdue en lui sortant l'arme des mains. — Tout esl perdu, le dis-je. — Non ! I refuse à apporter des modifications à ce qu'elle a produit de plus intelligent. Un jour viendra doue, l'espèce humaine se perfectionnant, où la Nature jugera que tout essai d'amélioration est inutile, et où, ayanl épuisé toutes 28 FANTASMAGORIES. ses forces créatrices à l'embellissemenl d'une espèce, ■ frappera de stérilité la pluparl des pères humaines. Ce jour-là, commenl s'aimeront les derniers hommes, les génies suprêmes de noire race? Ce ue sera plus, sans doute, l'amour vulgaire et désormais inutile des temps ancien-. Des êtres aussi raffinés répugneront à des sensations aussi triviales, où se complaisent tanl de grossières el inartistiques espères. Il faudra doncque l'Amour, le supersublime Amour des temps ultimes, choisisse des moyens moins banaux, un siège moins profané. Quel sera toul d'abord ce siège? Là gisail le problème. 3 Or, après un « A.ratchihohuhoum » de vertige qu'il venail d'émettre, Phidias Duponl n'hésita plus. La révélation- nouvelle lui étail faite. Ce divin siège étail le aez. XERKII l'I'C II A 111 11 iill 1 IKHIM ! ZI! ZI! 29 4 Quelle jouissance, en effet, que celle |>n>- curée par un éternuemeni savanl dans les narines délicates d'un initié! Quel hoquel d'amour, quel spasme de sensuelle volupté vaul celle inappréciable seconde d'éblouisse- ment, ce fugitif instanl de béatitude, où il semble que tout l'être se fond, se déliquesce, s'évapore el s'emparadise en une sensation de pleine félicité? 0 narines élues, narines roses aux tendres e tpassionnées muqueuses, \<>us seules comprendrez le beau rêve humanitaire de Phidias Dupont. 5 Certes, le nez du poète étaii un nez élu. D'une taille line el élancée, coloré de nuances ;i la mode, constitué de cartilages souples "°ué de lobes délicats qui palpitaienl au moindre souffle comme les deux ailes d'une tourterelle frémissante, il s'épanouissail au 30 "FANTASMAGORIES. milieu du visage, splendide el doux à voir comme une merveilleuse fleur d'amour. — C'est moi qui n dii qu'elle trouve quelques consolations dans la pratique d'amours illicites H inconstantes— formule ancienne. — Mais le poète N 'I au-dessus de ces préjugés d'un autre âge. Solitaire et inconsolable, il passe ses joins dans un pavillon rustique qu'il a l'ail élever an milieu d'une île. De là, le nautonier qui passe entend sortir parfois un soupir langoureux cl compliqué, 'I 11 "ii devine poussé, hélas! par une voix honteuse cl affaiblie : ■ Nerehitchahihohihoum ! zi ! zi ! » ''liidiaN s'amuse. UN ARTISTE ÈS JEUX I ' — C'est étrange! se dit un jour le baron Marius de La Hannetonière, l'on dresse des statues à certains amuseurs publics et l'on ne dresse rien à d'autres. Pourquoi tant glorifier Homère, et si peu l'inventeur du jeu de dominos? Il y a là une injustice criante! protes- ta-t-il enjôlant au feu ses livres, ses tableaux et son piano à queue. Et — tel Shakespeare ouvranl à la poésie dramatique des horizons nouveaux — Darius de La Hannetonière, blasé d'ailleurs sur tous les jeux de société qu'on joue actuellement, et indigné de voir qu'aucun homme de génie UN ARTISTE KS JEUX. 39 ne s'efforçait — comme cela a lieu pour toutes les autres branches de l'arl — d'inventer des jeux nouveaux ou seulement de faire progresser les jeux anciens, résolut de consacrer sa vie à perfectionner l'antique jeu de quilles ou à doter d'émotions nouvelles el pas ''anales le classique jeu de l'oie. Hâtons-nous de le dire : il réussit. 2 Un jour, il entra chez son oncle. Un oncle qu'il aimait beaucoup. Un oncle à succession. — Bonjour, cher onc... Mais Marins recula. Là, devant lui, l'oncle j;isail dans une mare de sang, assassiné ! — Au secours! cria de La Hannetonière. El alors seulemenl il vil l'assassin. qui, philosophiquement , fouillait dans le coffre-forl de 88 victime. '— Vous ne passerez, pas, misérable! s'e\- c lama Marius. ',0 FANTASMAGORIES. . Et, crânement, il se planta devant la porte pour en défendre le passage. Mais L'assassin prit la course, sauta par-dessus .Marins en écartant les jambes et en s'ap- puyant un peu sur le dos du neveu, puis s'en- fuit dans une autre salle. — Quelle idée! cria de La Hannetonière en se frappant le front. Et il se mil à courir après l'assassin, le rattrapa, sauta également par-dessus, et alla se tenir immobile à quinze pas, en courbant légèrement la tête. — A vous, Monsieur! cria Marins d'une voix vibrante. L'assassin ne continua pas. Mais Marins le laissa partir sans remords. — Enfin, se dit-il en allant ramasser son cher oncle, voilà une partie de saute-mouton qui n'est pas ordinaire ! 3 Cet événemenl lui donna un peu de courage. UN ARTISTE ÈS JEUX. il Il se maria quelque temps après. A l'église, le prêtre, très digne, lit avancer "ii doigt à la mariée et, avec une aisance de camelot forain qui jette des anneaux en fer sur des manches de rouleau plantés verticalement, il passa autour du doigt une alliance d'or. L'alliance entra jusqu'à la moitié du doigt . — Très bien ! lit machinalement Marins. — A nous! lui dit le prêtre. Marins visa, atteignit le doigl et lil glisser I anneau plus bas que n'avait fait le prêtre lui-même. t — J'ai gagné! cria Marins, qui s'amusait beaucoup. A rnoi le cigare! 4 Heur et malheur ! Marins perdit sa femme quelque temps a près. Il pleura beaucoup. Grâce à elle, il avait trouve deux ou trois Priantes curieuses aux jeux de la main chaude "' du nain jaune. il FANTASMAGORIES. Aussi voulut-il accompagner la défunte à >;< dernière demeure. Lorsque la bière fui descendue dans le caveau, l'officiani prit un peu de terre el la lança assez dextremenl dans la Cosse, au beau milieu du cercueil. Un croque-mort alors offril un autre peu de terre au veuf inconsolable et l'invita à la jeter aussi dans la fosse. Marins lil trois pas en arrière, visa el fui assez heureux pour atteindre le but. I lela le consola un peu. El ce fui le tour de toutes les personnes présentes alors. Certaines visaient mal cl jetaienl toul par côté. — Tiens, liens! réfléchit Marins. Et, sortanl un morceau de liège de sa poche, il le dressa près du trou, mil quelques sous dessus, el recommanda à l'assistance de ne pas se gêner. On aese gêna pas. El Marins s'amusa comme i..... petite folle. Quel perfectionnement au jeu de bouchon! UN ARTISTE ES JEUX. 5 Il se remaria presque aussitôt. Histoire de jouer une partie de bouchon nouvelle. Mais, celle fois il lui moins heureux. Le lendemain des noces, comme il rentrait chez lui avec son ami Alexandre, qu'il avait invité à venir perdre quelques billets de mille au tir à la carabine, il trouva sa femme en train dé jouer à je ne sais quel vague cheval- fondu intime avec un habitué de la maison. — Misérables! rugit classiquemenl Le mari trompé. Kl il ('paula sa carabine. Toui à coup; une idée, une idée de gé-^ nie : Marins se dirigea vers les coupables. — Restez là ! leur cria-t-il. Et il leur lil ouvrir la bouche, puis posa sur leur Langue un boni de bougie allumée. l'an! pan! Quelle magnifique partie de tir! Les deux amis éteignirent ces Lumières avec ( '»'iix capsules. 44 FANTASMAGORIES. — Restez là! cria de nouveau Marins aux coupables terrifiés. Et, leur mettant une pipe dans chaque main, il leur ordonna de tourner, coin me font les mannequins dans les baraques delà foire de Ncnillv. l'an ! pan ! Deux nouvelles capsules brisèrent les pipes. C'est Marins qui gagnait. Cela lui était bien dû, d'ailleurs. — Restez là, cria-t-il une troisième fois aux coupables ahuris. Mais ceux-ci, épouvantés, prirent la fuite. I)en\ halles, celle fois, eurent raison des fugitifs. — Ça leur apprendra ! s'exclama de La Han- netonière, à ne pas vouloir s'amuser avec nous. Et, voyant jaillir un petil filet de sang vertical du cou de l'une des victimes, il prit une coquille d'œuf et la suspendit au-dessus, comme on fait sur un jet d'eau à la foire de Montmartre. La partie en était là quand des sergents de ville survinrent. UN ARTISTE ES JEUX. 45 G On les condamna à mort, Marins et Alexandre, et ils furent guillotinés le même malin. C'est par Marins qu'on commença. Ah! tous les joueurs de Taris se rappellent cela encore. Lorsque Marins eut passé sa tête dans la lunette fatale, il regarda d'un œil triste le panier dans lequel son front allai! rouler. — Je ne jouerai plus à rien, jamais ! balbu- tia-t-ilavec désespoir. Tout à coup, au moment où le bourreau allaitlâcher le couperet, un cri retentit, poussé par Alexandre : — Pile! Marins comprit. — Face! riposla-t-il de toute sa voix. Et quand sa tête eut rouit', Marins de La Hannetonière, le nez dans le son, s'aperçul âvec plaisir que c'était lui qui avait gagné. 3. LE CAS DE M. PAPILLOT I — Celle fois, je le suis ! s'exclama M. Nestoi Papilloi avec un rugissemenl terrible. Et, les yeux aveuglés de sang, il ouvrit le billet que sa femme, Thérèse Papillot, née Durôsier, adressai! à un jeune graveur de la maison à côté : « Mon cher monsieur, « Venez donc ce .soir, 25 février, de i à (>. Mon mari s'absente. « Thérèse Papillot. LE CAS DE M. PAPILL0T. 47 « P.-S. — Je ne cous occuperai guère qu'une heure et demie. » Brr!... * 2 M. Papillot remit astucieusement le billet sons enveloppe, laissa le tout sur le guéridon OÙ le dieu des maris trompés le lui avait fait I l'oiiver et, pour ne pas donner l'éveil, alla taire un tour de promenade, le sourire aux lè\ res. Ali! mais au fond, là, dans son cœur, et là, sous son crâne, c'est l'enfer qu'il avait ! Lui, Nestor! trompé! Ah!... Et il rumina des bouts de phrases vengeresses : — La tuer!... Parbleu!... Ah! plutôt deux fois qu'une!... Comment! Messieurs les jurés !... avec un graveur ! Vengeance et mort! Prenant son revolver d'une main fébrile, il courut chez lui. i» FANTASM AGOR] ES. — Non ! cela ne serai! pas assez dramatique, se ilil-il en reculant toul à coup. Il faui attendre ce soir. lime faui un ûagrant délit. Et, renfonçant son revolver à côté de son mouchoir de poche, il rentra chez lui puis regarda l'heure. Midi seulement. Encore cinq heures d'angoisses! C'est-à- dire quatre heures dois quarts, puisqu'elle «levait « l'occuper nue heure ei demie ». 11 sonna et fit appeler sa femme. — Je pars pour Saint-Denis! annonça-t-il d'une voix éclatante. — Ah! bien; prends garde aux voitures! lui dit son épouse. Kl elle l'embrassa sur les yeux. Ho! Et lui dut l'embrasser à son tour, là, dans une fossette du cou, une fossette toute rose. Pouah ! LE CAS DE M. PAPILLOT. 4'J i A Saint-Denis, où Papillot devail se rendreen ?ffet, il y avait une affaire importante à traiter avec un Américain. Résultai assuré : 15,000 IV. de bénéfice. L'Américain devâit s'embarquer au Havre, le fendemain, sur un paquebot transatlantique. Pas d'entrevue avec l'Américain, pas de [5,000 francs. Situation poignante. Nestor Papillot réfléchi! Longuement. Gagner 15,000 francs d'un coup, ou tuer sa '''""ne : il \ ;i de quoi hésiter entre ces deux a lternatives. Nestor fui. héroïque. Il préféra tuer sa femme. —-Je lui enverrai une balle de plusl ricana- Ce sera une compensation. "—■ A demain, chériel dit-il à Thérèse Papillot. ^ il prii manifestement l'omnibus de Saint- Denis. SH F ANTASMAG0 KIUS. Seulement, il descendu aux Batignolles. l'ai' conséquent, coût de sa vengeance 15,000 IV. .'}() centimes. 5 11 n'était que trois heures quarante-sept. Pour hier le temps, il badauda. Si bien qu'il se lil renverser par un tramwaj Ci : un poignet luxé. Ah! mais, quand l'heure de la vengeant arrivera !... Elle arriva. — Bonjour, cher! lui dit quelqu'un en l'ar pétant. — Bonjour! je suis pressé... — Ali! lu ne vas pas l'en aller comme ça loi, nidii meilleur ami? — Tu m'agaces ! — Ah ! Monsieur ! — Va le promener. — Répétez-le ! — Flûte! Vlan! Une gifle. LE CAS DE M. PAP1LL0T. 51 — Malotru! en voilà deux! Vlin! vlan! On échangea des cartes. Les témoins constitués sur-le-champ décidèrenl qu'on se battrai! M'épée. Ci : un duel. — Ah! mais au moins je lions ma vengeance! s'écria l'apillot on se précipitant vers I appartement n un mot, de voter au prochain tour. 58 FANTASMAGORIES. C'élail simple comme l'œuf de Christophe Colomb. 3 Quinze jours ayant le nouveau scrutin, Ma- taron sortit el se dirigea vers le domicile de Brisacques. C'était tout là-bas, rue Oudiftot, n" 24, près des Invalides. Mataron avait un plan. Il inspecta soigneusement les lieux. — Quelle chancel lança-t-il tout à coup avec un eri de joie. Et il bondit vers la loge ;is ainsi un poète, — Mais, Madame. — La force dépensée sur sa joue, appliquée 8 ur un transmoteur à nous, Monsieur, aurait suffi pour l'aire manœuvrer le tournebroche pendant si\ mois. Oh ! les hommes! oh! oh!... Mais la belle-mère pâlit. Elle s'aperçut que, pendant qu'elle poussait ses exclamations, son gendre l'avait enfermée 9ans un petit local spécial doni les murs étaienl couverts de transmoteurs, et que c'était e De qui, depuis trois ans, faisait mouler l'ascenseur de la maison avec ses soupirs. Hideux ! Et la belle-maman s'évanouit. 6 Cependanl M. Arthur Brack, très énervé par ces deux scènes successives, se promenait fié- Vre USemen1 dans les salons de danse. Bientôt, il remarqua que sa femme, une 1res c °nsidérable personne de 112 kilogrammes 71 FANTASMAGORIES. [poids brut), ne figurai! poinl parmi les danseuses. — H y , il ne faut rien laisser perdre... Un transmoteur ! Vile! — Voilà, papa! répondit le lils, les yeux pleins de larmes. 10 Et, avec le dernier soupir de situ père pieu- semenl recueilli, John eul de quoi battre une Omelette soufflée pour sa collation. GNOU! PROLOGUE Au Jardin des Plantes. Deux rangées parallèles d'animaux, séparées par des grilles. Première rangée (abritée el confortablement aménagée, évidemment àcause de La supériorité des animaux qui la composent) : des lions, des hyènes, des tigres, «les panthères, des ours, etc. Seconde rangée : des hommes. Ces deux catégories d'animaux se regardent réciproquement avec une curiosité mutuelle. En certain endroit, un groupe de la rangée des hommes s'amuse extraordinairement à faire 78 F A NTASMA00R1ES. exécuter des cabrioles par un ours. Pour ce. l'homme jette à l'ours des noisettes. De son côté, l'ours s'amuse prodigieusement il faire jeter des noisettes par un homme, et à faire pousser par lui des espèces de grogne- ments d'un irrésistible comique. Pour ce,l'ours fait, devant L'homme, des cabrioles. Bref, on se récrée énormément de part el d'autre. 1 Tout à coup la catégorie d'animaux tiuméro2 (hommes) se retourne, s'ébranle, et s'agglomère, avec toutes sortes d'exclamations typiques. — Qu'est-ce qu'il y a? — C'est là-bas. Voyez donc! Deux animaux des leurs, deux femmes, arrivent en courant, l'une après l'autre. Ces sujets constituent ce que, dans le langage des animaux de la seconde catégorie, on appelle une fille du peuple et une cocotte. La cocotte poursuil la lille du peuple avec des cris gutturaux qui constituent un chant liés animé. GNOU! ïfl — Arrêtez-la! Empoignez-ta! glapit-elle. — Qu'a-t-elle fait? glapit à son tour lo chœur des hommes. — Elle vient de jeter son enfant dans la Seine ! A ces mois tous les animaux de la rangée numéro 2 se précipitent en vociférant sur la fille du peuple. Celle-ci a sansdoute conscience d'avoir eommis quelque chose de monstrueiiv. car elle n'ose regarder lesvisàges de ses semblables. — Pourquoi as-tu fait mourir ton enfant? — Parce que je n'avais pas de quoi le faire vivre. Là-dessus, la cocotte pousse un piaulement d'indignation auquel les hommes répondenl a Vec ensemble. Deux agents de police surviennent, la fille '' s l empoignée, et, au milieu des huées de ' assistance, emmenée au Dépôt, pour s'entendre peut-être condamner à mort, quel- 'P'i's jours après, car la loi — quelque ( ''" ,s e de majestueusement incohérent, ima- S ,Q é par la catégorie d'animaux numéro 2 — SU F A N T ASM A. GO RIES. punit de mort certains modes d'infanticide, Le modo employé par la fille du peuple es( de ceux-là, paratt-il. Et pendani l'arrestation, un magistrat qui passe là par hasard adresse, au nom de la Justice, de vives félicitations à la cocotte. 2 Or il y a dans « elle foule d'animaux (toujours numéro 2) un indiv idu mâle, qui est philosophe, etdonl les réflexions ont la prétention d'aller plus loin que le ('.ode. I )et individu se dil ceci : — On va tuer cette fille du peuple qui a empêché cet enfant de vivre, ei on félicite une tille qui fraude et dont le métier consiste à refuser la vie à lous les enfants qu'elle serait capable de produire; cela n'est pas juste! El révolté par la satisfaction de cette femme entretenue, qui se pavane triomphalemenl au milieu des hommes, il va vers elle el, forl de la logique de son raisonnement, il lui dil : — Vous savez. Madame, que si la Justice GNOU! 81 était de ce monde, vous précéderiez en cour d'assises la femme que \ous venez de faire arrêter! Grand brouhaha dans la foule. Les ours, les panthères et les hyènes enten» dent des glapissements prolongés qui émanent «le la ménagerie numéro 2. ménagerie que la sollicitude de l'État l'ail défiler quotidiennement sous leurs yeux. On se inèle, on se bouscule. Ces animaux bipèdes prennent parti les uns pour la cocotte, les autres pour le philosophe. Des hurlements bizarres se croisent dans l'air. — Il a raison! — Cependant... — Et la galanterie, Messieurs? la galanterie? Bref, un lion uis se dérobe aux ovations. 3 Cependant, un garde du Jardin, les mains derrière le dus, contemple le philosophe avec un œil plein de touchante admiration. Il le connaît,ce philosophe! Il l'a vu tout à l'heure encore rôder dans le Jardin des Plantes médicinales, et s'arrêter studieusement devant un buisson verdâtre protégé par une grille. Il s'approche avec respect de notre héros, et, lui niellant doucement la main sur l'épaule : — Je vous félicite, Monsieur! dit-il. Vous n'auriez pas une cigarette sur vous ? — Comment donc, cher Monsieur? fait le philosophe touché. Et il porte la main à sa poche. Mais voilà que, de cette poche, tombent des feuilles vertes. GNOU! 83 Le philosophe rougit et ramasse précipitamment les piaules qu'il vient de laisser choir. El alors le gardien se croise les bras à la manière de Napoléon victorieux : — Tu as un fier toupet, tout de môme, toi ! (s'écrie-t-il, en regardant notre homme dans l ( > yeux). Où as-tu pris cette rhue? — Dans le Jardin. — Pourquoi faire? L<6 vertueux philosophe qui voit plus loin Çue le Code ne répond pas. Mais sa confusion el sa colère répondenl pour lui : IP — Pourquoi faire? Hé 1 pour faire avorter "la femme donc, espèce de gêneur 1 i — Si ce n'est pas indigne, tenez! dit le- gardien révolté en contanl la chose au magistrat qui repasse. Et il froisse distraitement quelque chose ( ' ;i| is sa poche. 8» FANTASMAGORIES. 5 Le magistrat perspicace, qui est au courant, loise alors notre gardien el lui demande ce qu'il vient d'acheter chez le bandagiste qui est au coin du quai. Le gardien reste interloqué et s'esquive. — Ça? hé, parbleu!... C'est [tour... lié oui ! Sans cela, elle ferait un héritier tous les neuf mois et demi, cette malapprise de petite ! 6 — Moi, du inoins, j'ai la conscience tranquille! Je ne suis pour rien dans la dépopulation de la France ! se diten aparté le magistral (un grand électeur, bien râblé). Je ne suis pas marié ! Et il va rejoindre la cocotte qui sort du palais des singes. GNOU ! 85 7 — lié! dites donc, gardien ! s'écrie le magistral qui se retourne, il faudra prendre l«' "<>m de ce philosophe, et passer dans mon cabinet, le philosophe, vous, et vous aussi, Madame, pour témoigner dans cette révoltante affaire d'infanticide. ÉPILOGUE Dans la rangée d'animaux numéro L. L'ours Martin à l'ours François <•» regardant tommes). — Gnou! n'est-ce pas que ces bêtes curieuses, François î L'ours François à l'ours Martin (mêmejeu). — ' rès curieuses, Martin !... Gnou ! POUR N'ÊTRE PAS TROMPÉ 1 Anniba) des Houlettes se maria. Il fui trompé. Il divorça et se remaria. Il Put retrompé. Qdivorçaet,pourla troisièmefois,prît femme. Hélas ! — Ah ! ça devient ennuyeux ! grommela Annibal, qui n'avait pas de patience. 2 Alors il pril sa tête dans ses mains et se demanda si l'on ne trouverait pas le moyen POUU N'ÊTRE PAS TROMPÉ. 87 d'améliorer le sortvraimenl digne de compassion des hommes mariés. — lié! hé! fit—il tout à coup, l'esprit chatouillé par une idée géniale. Et, résolu à convoler une quatrième fois, pour faire une suprême expérience, il se mit à chercher sa future. 3 — Voici mon affaire! s'e\claiua Annibal en Pouvant une petite fille abandonnée dans un corridor. Il ramassa l'enfant, lui mil un voile sur les yeux et se présenta chez un médecin. —■ Quel âge peut avoir cette petite fille? de- ■nanda-t-il à l'homme de l'art. — Huit jours. — Croyez-vous qu'elle présente encore toutes ' rs garanties désirables d'innocence et de mo- ralité? Le docteur devinl grave. — J'ai tout lieu de le croire, dit-il, le men l( ' n dans les mains. 88 FANTASMAGORIES. — Merci, Monsieur. Et Annibal, après avoir remis le voile sur les yeux de l'enfant, rentra chez lui. 4 Il fil construire une grande tour el percha la petite fille tout en haut. On ne voyait que le ciel, de cette tour. Une muraille circulaire cachait l'horizon terrestre. Et un énorme treillis eu lil de ter, installé cent mètres plus haut que la tour, empêcha les oiseaux d'approcher. L'enfant grandit sans jamais voir d'autre personne vivante qu'Annibal. Plus lard, quand les yeux de la fillette sollicitèrent des visions nouvelles, des Houlettes, pour l'habituer au spectacle de la nature qu'elle devait connaître, une fois mariée, lit dresser, sur le mur'qui cachait l'horizon, quelques arbres artificiels qu'il peignait en vert au printemps, en jaune à l'automne, fixa dessus cinq ou siv rossignols mécaniques, el fit voleter, autour, des hannetons en caoutchouc POUR N'ÊTRE PAS TROMPÉ. su glissant automatiquement le long d'invisibles fils de soie. Toutes ces bêtes, d'ailleurs, gardaient les distances entre elles. Ce qui faisait une nature convenable et «le bon ton, comme la nature qu'on décrit dans les livres moraux. 5 La jeune lille atteignit ainsi sa vingtième année. Alors, jugeant l'heure venue d'exécuter sa terrible expérience, Annibal lil descendre sa fiancée de la tour el l'épousa. — Si celle-ci me trompe, je veux bien me p emarier une cinquième fois! se «lil des Houlettes en se frottant les mains, le soir de ses noces. Et il s'apprêta à mettre à exécution la merveilleuse idée qui lui était venue vingt ans auparavant. 6 " s'approcha de l'épouse et, tendrement : — Est-ce que celle vieille femme ne vous a 90 FANTASMAGORIES. pas parlé de quelque chose, toui à l'heure? — Pardon. Elle m'a recommandé, en pleu- rant, d'être bien obéissante, parce qu'en somme, disait-elle, vous ne vouliez que me donner une preuve d'amour. — Ah! — Oui. Puis ingénument : — .léserai bien obéissante, Annibal. Vous pouvez prouver. Annibal se passa la main sur le Iront, alla fermer La porte à double lourd, discrètement, mystérieusement, pril dans une coin.....de un sac plein de petits carions cl de petits disques numérotés. — Que faites-vous, Annibal? — Je vais vous prouver mon amour ! dil des Houlettes d'une voix passionnée. Et il appril à sa femme le jeu du loto. 7 M'"" Annibal s'amusa beaucoup. — C'est à cela qu'on joue quand on s'aime? POUR N'ÊTRE PAS TROMPÉ. ni demanda-t-elle après avoir fait plusieurs al avec gloire, en soufflani la bougie vers les deux heure-du matin, si ma femme veul me tromper un jour, elle croira devoir toul au plus jouer au loto avec un autre. Ce ae sera pas grave. Kl il s'endormil avec sérénité. 8 Mais elle élail jolie, M" 1 Annibul. El douce, ( 'l tendre, cl affolante. I>es Houlettes s'en aperçu! la seconde QUÎt, moment OÙ il allait donner à sa femme une deuxième séance de loto. Jolie, si jolie !... Kl il ne pul s'empêcher... mais non, il ne pul pas! Donc ce fui (oui autre chose qu'une partie de loto, ce qui amusa M"'" des Houlettes celle fois-là. 93 FANTASMAGORIES. — Oh î Annibal ! demanda la jeune femme toute tremblante et un peu décoiffée. Et ceci, qu'est-ce ? — Ceci? grogna Annibal, déconcerté paE cette question, c'est... ce qui prouve que je suis fâché ! Et, très contenl de sa trouvaille, des Houlettes s'endormit et ronfla avec enthousiasme. 9 Cette éducation originale fil de M m ° Annibal, on le croira sans peine, la personne la [dus vertueuse et la plus fidèle qu'on ait jamais \ ue dans le pay"s de France.. El des Houlettes, triomphant, écrivit un livre intitulé : « le Conseiller des maris », qu'il se proposait d'envoyer à toutes les sociétés huma- nitaires du monde. Seulement, comme il corrigeait les épreuves, il \il venir sa femme toute rouge et toul alarmée Un jour. — Oh ! le vilain, eria-l-elle en rianl UB peu. POUR N'ÊTRE PAS TROMPÉ. 93 — De qui parlez-vous? demanda Annibal. — De votre cousin Paul. Figurez-vous, Annibal, qu'il voulaii me prouver son amour, n, »iis savez? en jouant au loto ! — Ah ! le misérable ! — Rassurez-vous, Annibal ! reprit l'adorable jeune femme, en souriant et en montrant toutes ses dents blanches à son mari, j'ai refusé *vec indignation! Et nous nous sommes... ■— N ous vous èles? ■— ... Fâchés. LA VIE COMME ELLE POURRAIT ÊTRE I M. et M'" 0 d'Urand se parèrent, ce soir-là, de leurs plus beaux atours el sortirent. Ils étaient invités à aller prendre un bain chez la comtesse du Val, une célèbre mondaine qui donnait de magnifiques bains de gala Ions les vendredis, el qui réunissait à cette solennité tout ce que Paris compte de jolis garçons et de femmes illustres dans la finance, la boxe, le chausson, les arts el la ventriloquie. M""' d'Urand était une de ces jeunes femmes dont la beauté fail sensation. Grande, grosse, louchanl divinement, avec une taille puissante LA VIE COMME ELLE POURRAIT ÊTRE. 95 de rhinocéros bien nourri, — on sait que ce S( »iil là les marques distinctives de la beauté en Perse, — elle ne trouvait |>as de cruels, comme on dit, et l'on comptait par douzaines !*' s enlèvements de ténors et de jeunes pianistes qu'elle avait opérés avant son mariage avec le baron d'Urand. Le mari, lui, étail un homme très distingué et très honorable, un baron de la République, maniait le bol de vitriol comme pas un sur terrain, el qui passail pour être intraitable S|| r les questions d'honneur. C'est, du reste, ce que la suite de cè 1V( 'il va démontrer. o Quand M. et M""' d'Urand entrèrent dans la grande salle de bains de la comtesse, la fête déjà dans (oui son éclat. Le salon pour bains de pieds, surtout, pré- Sl!| ilait un coup d'oeil féerique. C'était un ameublement sévère, de style Henri II, rehaussé,çà ,rl là, par des bouquets de champignons d'un 96 FANTASMAGORIES. effet très ornemental. Sur les étagères el l<>> supports resplendissaient, sous les coups de lumière cuite, des vases el «les milliers de bibelots divers, provenant directemenl de Cli- gnancourt et du quartier Pigalle, et, de toutes paris, aussi loin que les regards pouvaienl aller, on n'apercevail que chevilles charnues el orteils langoureux si; baignant élégamment et flirtant en cadence, aux sons d'une musique délicieuse tirée par Métra du \" acte de Guillaume Tell. • 3 — Monsieur d'Urand, voulez-vous me faire le plaisir de prendre une douche avec moi? demanda une jeune fille du meilleur monde au nouvel arrivant. — A\cc empressement, Mademoiselle, répondit M. d'Urand en rougissant un peu. Et il inscrivit le nom de sa cavalière sur un petil carnet d'ivoire qu'il portait sur le sein gauche. A peine le baron d'Urand avail-il accepté LA VIE COMME ELLE POURRAIT ÉTÉE. 97 cette invitation, qu'une femme masquée, donl la poitrine était si bien cachée que personne ne la reconnut, lui pinça le coude d'un air ( l intelligence. ■— Sons le quatrième trophée de champignons, à gauche, un billet pour vous! chuchota le masque à l'oreille de d'Urand. Le baron couru! au trophée indiqué et trouva effectivemenf un billet. \ oîfci ce 'qu'il y lui : Monsieur, un do vos indignes amis vous déshonore avec votre femme. Allez dans la serre. e ' vous en aurez la preuve. Une amie scandalisée. Qu'apprends-je ! rugit M. d'Urand . dont le sang ue lit qu'un tour dans les veines. Et, ayanl remarqué un canapé derrière lui, u se laissa tomber el s'évanouit. — Ah ! je me vengerai ! hurla-t-il, en re- ^Ouvant ses sens à propos. Et, décrochanl une hallebarde d'une pano- o 98 FANTASMAGORIES. plie, il se dirigea, à pas de renard, vers la serre susdite. 4 Il arriva. El aussitôt, ses cheveux se hérissèrent d'horreur. Vengeance et mort!... C'était vrai ! Une sueur froid»; lui perla au front. (.Vsl derrière un énorme cactus que cette abomination s'accomplissait. 5 Il écouta. — Cruel! disail Md'Urand à son indigne partenaire, vous voulez donc que je meure de désespoir? Frissonnant, son mari attendil la réponse. — Ah] ce serait trop terrible! balbutia-t-il> les dénis entre-choquées.Grands dieux! je ne puis le croire encore... LÀ VIE COMME ELLE POURRAIT ÊTRE. 99 M"" d'Urand continuait : — Oh ! de grâce, un baiser! un seul, Gon- tran!... — Pauvre femme! soupira le baron. El une larme d'attendrissement lui mouilla les yeux. — Un seul, par pitié ! — Non! mille fois non! répondit l'ami de d'Urand en se débattant. — Oh ! le lâche! vociféra le mari, apparaissant tout à cou]», son arme à la main. — Alors, vous refusez d'embrasser ma femme? — Je refuse! répondit l'ami en-baissant la tête. — G'est-à-dire, reprit d'Urand, donl les prunelles s'injectaient,que ma femme est laide. a «reuse, inavouable, et que moi, qui l'cm- i • . . . • orasse, je ne suis qû un sol ? Vlan! Et le mari outragé, se faisant justice lui Même, étendit le coupable à ses pieds. 100 F AN T ASM A GO III ES. 6 — Giel ! qu'y a-t-il, clama le flot des invités qui lil irruption de toutes paris. M. d'Urand ne répondit pas. Seulement, se sentant déshonoré el ridicule pour la vie, il prit fiévreusement la hallebarde et essaya de se la [tasser au travers du corps. — Malheureux! arrêtez! s'écria l'assistance en chœur. Tout le inonde avait deviné. — Baron d'Urand, relevé/ le front. Votre honneur va recevoir une satisfaction éclatante! proclamèrent les hommes avec un touchant unisson. El pour consoler leur vieil ami, ils allèrenl Imis l'aire des propositions à .Md'Urand. Le baron hocha la tête... — La réparation aura lieu en public, lui dil alors le plus joli garçon de l'assistance, au uom de ses camarades — et le procès-verbal en sera envoyé à la presse... LA VIE COMME ELLE POURRAIT ÊTRE. LOI — Ah!... mes ;miis!... éclata d'Urand, en se jetant dans les liras des invités. Les yeux débordant de larmes de joie, il jugea que la réparation serai! suffisante et se décida à vivre. RECETTE POUR FAIRE JOUER UN DRAME EN VERS J Lorsqu'il eut écrit Teutatès, drame gaulois "ii cinq actes et en vers, César Latourette résolut de présenter sa pièce à un directeur de théâtre. Cette pièce — est-il besoin de le dire —était un chef-d > œuvre. — Monsieur, laissez-moi ça, je le lirai, lui dit le premier directeur sur lequel il putmettre la main. — Monsieur, laissez-moi ça, je le ferai lire, lui dit le deuxième, trois ans après. — Monsieur! lui dit le froisième, quatre RECETTE POUR JOUER US DRAME. 10.'! ans plus lard, en courant après César Latou- rette, vous oubliez quelque chosel KL il lui remit obligeamment le manuscrit que César venait présenter. Quand il eut ainsi atteint sa trentième année, Latourette devinl rêveur. 2 Un soir, atix Folies-Bergère, noire poète dramatique poussa un cri de joie. Un directeur de théâtre était dans la salle. César le surveilla toute la soirée el constata que cel individu regardai! les acrobates avec beaucoup d'attention. — C'est, bon à savoir! se dil César Latou- rette, d'une voix tragique. Ct il- sortit du théâtre a vec un plan des plus ingénieux dans la tête. •j •) " força la porte de ce directeur quelques années après. Il fit un gracieux salul el or- 104 FANTASMAGORIES. donna à nn nègre, don! il s'était fait suivre, de déposer à terre une énorme caisse en bois noir. — Monsieur m'apporte ses manuscrits? demanda le directeur en se mettant en position. César eut un sourire négatif. 11 ouvrit la caisse, en sortit Teutàtès, et deux poids de 40 kilogrammes, ouvrit le manuscrit, lit constater par le directeur que les poids n'étaient pas en carton peint, et, d'une voix pathétique, il commença : SCÈNE I Le roi à la foule.) Druides, brenns, seigneurs, peuple, foule assemblée) C'était le commencement de son Teutatès. César prit les poids de £0 kilogrammes, les tint à bras tendu et continua : Soldats oncor vibrants des chocs de la mêlée... — Bravo! cria le directeur. César, lançant les poids en l'air et les re- cevanl sur son épaule, poursuivit: Vous par qui je suis roi — par qui je suis vainqueur, RECETTE POUR JOL'KR UN DRAME, 105 Le poète prit le chapeau directorial et, le faisant tourner en l'air, en lui donnant de rapides coups de baguette : Sachez tous ce que j'ai résolu dans mon cœur. D'un mouvement magistral, il lança le chapeau au plafond et le lil retomber d'aplomb sur sa tête : Pour témoigner aux dieux qui tirent ta puissance, Roulant tout à coup son manuscrit eu lie S(, s doigts, César Latourette si; l'introduisil dans la gorge, l'avala, le relira, salua le directeur et reprit : Toute ta gratitude et ta reconnaissance, < • peuple fier que nul n'oserait défier, Il se précipita vers la malle et prit quelques étoupes : Nous avons résolu de leur sacrifier, Par un pieux devoir et par un juste hommage, A.U moment où il s'apprêtait à allumer les étoupes pour les manger et les convertir en p ubans, César cria: 106 F A X T A S M A G 0 RI E S. — Sapristi! j'ai oublié les allumettes! Les deux chefs ennemis tenus en esclavage. continua-t-il, la sueur au front. — Bien, mon ami, lui dit le directeur en se levant. Retapez-moi ça, et n'oubliez plus vos allumettes. Kl voilà comment Teutatès ne Cul pas encore lu celle (bis-là. 4 Quand il eut quarante-trois ans, une occasion se présenta. César Latourette, passant sur le pont des Saints-Pères, vit un directeur de théâtre qui tombait accidentellement à l'eau. César se jeta dans la Seine. Il plongea, replongea, et réussit à repêcher le directeur au moment où il bâillait de lamen- table façon, tout en bas, surunfond defemmes noyées. — Ali! Monsieur, je vous dois la vie 1 s'exclama le directeur en se sentant ramener au jour par deux bras robustes. RECETTE POUR JOUER I X DRAME. 107 César esquissa un sourire aimable, et, tenant notre homme entre deux eaux : Druides, brenns, seigneurs, peuple, foule assemblée ! commença-t-il. Le directeur frémit : — Au secours ! appela-t-il en verdissant. lit faisanl un suprême effort, il se dégagea de l'étreinte de César puis regagna avec enthousiasme le fond de l'eau. , « v 0 ■— Si je m'adressais à quelque écrivain influent? se dil César Latourette, le jour où il accompli! ses cinquante-sepl ans. Kl nue personne obligeante le présenta â M. Achille Babylas, l'un de uns critiques les , P*us autorisés. " fut charmant, ce critique. Il signifia à Latourette, par un geste courtois, qu'il entendrait volontiers la lecture de Teutatès. 10R FANTASMAGORIES. César commença : Druides, brenns, seigneurs... Le poète regarda son homme - LE GÉNIE DE LA RÉCLAME. 113 2 6à Mais la fortune est inconstante. Un jour, un dentiste, qui s'appelait C.ali- chard, profitant de la ressemblance de son nom avec celui de l'illustre Galuchat, s'avisa d'écrire un nouveau manuel des hommes mariés. — Nous allons voir qui triomphera! s'exclama le docteur Galuchat. El il lit des affiches ainsi conçues : « Le seul Guide des Hommes mariés reconnu efficace est le Guide du docteur Galuchat, d'Angers. » — « Le seul Manuel des Hommes mariés reconnu infaillible, riposta le lendemain une affiche rivale, est le Manuel du docteur Cali- chard, de Nîmes. » Et la guerre éclata alors, sourde, implacable, titanique, entre les deux spécialistes. 3 Galuchat fil peindre un bœuf entouré de bouchers, sur tous les murs de Paris. ] I i FA N TA S M AHURIES. « Grâce! disait le bœuf à ses bourreaux, j'ai le Guide du docteur Galuchat, d'Angers, fournisseur des Sociétés savantes. - « Pitié ! riposta sur tous 1rs murs de France un cerf dix-cors traqué par des chasseurs, j'ai le Manuel du docteur Calichard, de Nîmes, fournisseur des têtes couronnées] » 4 Galuchal acheta un perroquet, un jour. Il voulu) le faire parler : « Calichard de Nîmes!» glapit l'oiseau. — Il a corrompu les marchands de perroquets, c'est bien ! se dit Galuchat. Et quelques semaines après, Calichard es- sâya de faire «lire « papa » à son jeune lils, âgé de di\ mois. — Galuchal d'Angers ! hurla le morveux. Son rival avail corrompu les nourrices ! LE GÉNIE DE LA RÉCLAME S Muis le dentiste se signala par un coup de maître. La porte Saint-Denis ayanl été débaptisée par le conseil municipal, Calichard offril généreusement son livre à M. Mesureur Mis, édile des plus considérables. Touché, l'édile fit effacer le nom de Louis le Grand qui se trouvait sur l;i porte monumentale, ei graver à la pince : « A Calichard, de Nîmes, les hommes mariés reconnaissants\ » La réclame était énorme. Et le docteur Ga- luchai commença h désespérer. Néanmoins, il voulu! lutter encore. 6 Il se présenta à l'Académie française, fui élu, ei comme son important bagage littéraire •— il avail rédigé des affiches — lui avait valu l'estime de ses collègues, il imposa, comme sujel de concours pour le prix de poésie : « Galuchat, d'Angers, 300 vers au maxi- I 16 F A X TAS M A G OUI ES. mum, ne devant offenser ni la morale, ni la religion, ni les convenantes. » Le concours ayant été excessiyemeni liril- lant, Galuchat reconquit une certaine vogue. .Miiis son adversaire si; fil recevoir à l'Académie des beaux-arts. Il prouva qu'il avait encouragé la photographie, — et imposa ;'i ses collègues, pour le concours du prix tibias de personnes noyées : « Pourquoi vouloir mourir, 6 créature infortunée? Parce que tu n'es pus heureuse en ménage? Remonte, remanie vite par l'ascenseur que voici, et va lire le Manuel du docteur Calichard, de Aimes. » Galucbai remonta. 118 FANTASMAGORIES. 9 Et il alla mettre le feu chez Calichârd. Trois enfants de celui-ci périrent dans les flammes. — Pourvu qu'on me condamne à mort ! se dit l'incendiaire, dégoûté de la vie. On l'acquitta. Sun avocat avail été très éloquenl ei avail enlevé un verdict négatif haut la main. Calichârd l'avait corrompu, lui aussi ! Voici sa plaidoirie in extenso : ci Messieurs les jurés, voulez-vous que votre femme reste fidèle? Achetez le .Manuel du docteur Calichârd, de Nîmes! » Les mailles du barreau, avouons-le, n'onl jamais conçu de plaidoirie plus remarquable. 10 — C'est bien! grogna lé sombre Qaluchat, (|iii ne vendait plus un exemplaire. Nous allons voir. LE GÉNIE DE LA RE CLAM E. 119 Et, voulant porter un coup droit à son adversaire, donl la vogue augmentai! toujours, il courtisa sa femme. Il triompha. Seulement, lorsque M"'° Calicharcl se disposa à rendre son amant le plus heureux des hommes, notre amoureux recula avec horreur. Sur le corps de son épouse, Calichard, philosophiquement, avait fail apposer l'avis que voici : « Plus de femmes infidèles ! Voir le docteur Calichard, île Nîmes ! » — Ça, c'est du génie! râla l'infortuné Galuchat. El il tomba raide mort. * POUR LA VERTU 1 Pourquoi, ayanl vu une femme quelconque se jeter à l'eau des quais de Sainte-Eulalie, Ga- briel Laferrade, tailleur d'habits, qui pêchail à la ligne en ce moment, retira ses asticots, se désabilla, lil un plongeon de maître, nagea, disparut, fouilla le fleuve, et, finalement, ramena, saine ei sauve, l'inconnue sur la rive? Pour rien ; pour la vertu. Il csl vrai qu'il faisait chàud, qu'un bain dans la Garonne ne pouvait être que chose agréable en «elle saison, qu'il j avait, là-haut, sur le ponl de Sainte-Eulalie, les lon^s yeux noirs de la directrice des postes qui èncoura- POUR LA VERTU. I2;i geaienl étrangement l'acte de Gabriel, el qu'enfin, dans la pensée as l'aire un malheur. S Après tout, quand ce serai! pour devenir gardien, qu'est-ce que cela, prouve? Gardien : nu emploi ridicule, qui ne vous POUR LA VERTU. I2iî lui! pas vivre. Mais, pour sauver une seule femme, lui, Gabriel Laferrade, est-ce que chaque lois il ne risquai! pas sa vie? C'est de la vertu, vous dis-je, rien que Une quatrième femme lui tomba du ciel, un malin d'hiver. La Garonne étail presque gelée. Gabriel, malgré toute sa vertu, liésila. Mais, en voyanl luire au loin la lanterne rouge d'un bureau de tabac, il fil un de ces mouvements héroïques familiers aux ténors «I opérette et plongea. • -elle l'ois, Arléinise resta rêveuse. — Tiens, liens! découvrit-elle enfin, après avoir enfoncé jusqu'au tréfonds de son cher homme la flamme verte de ses yeux aigus. Il te faul aussi un bureau de tabac ? 126 | FANTASMAGORIES. Le sauveteur poussa un cri de rage H s'évanouit. 7 Gabriel fut longtemps- malade. Le délire le prenail Ions les soii's, et ses lèvres desséchées alors lâchaient des cataractes de mois absurdes : vertu, médaille, et crois «les braves, ei prix Montyon, et tabac caporal. Tout cela terminé par des : Ça n'esl pas vrai ! c'esl pour la vertu ! à fendre les vitres. [1 guéril cependant, Artémise ayanl dû s'ab- senter nue quinzaine. MLaferrade, revenant à Sainte-Eùlalie, le retrouva sur le quai, à son poste d'observation. » C'était un jour de printemps. Les arbres du jardin public étrennaienl an soleil leurs belles robes vertes, toutes neuves et toutes correctes, comme il sied à des arbres municipaux. Il l'aisail bon vivre. La Garonne, blanche de lumière, chantait des airs dès doux contre les piles noires. (In se sérail jeté dedans, pour l«' plaisir. POUR LA VERTU. 127 Gabriel attendit. Il attendil un mois, deux mois, mi an. Iticn. S Il maigrit. — Est-ce qu'ils \<»nl me Paire poser longtemps? se demanda-t-il ;is>;inis furenl rares. Chaque fois qu'une silhouette humaine approchait, Laferrade sentait son cœur se gonfler en lui, comme un ballon. La silhouette grandissait, devenaii hommeou femme, arrivai! au trou... Dieu! le voici donc. L'instant terrible, l'as encore. Lu silhouette évite le gouffre, file, »le le long (les parapets, et disparall • "i\ l'ois, vingt l'ois, trente fois le sauveteur '•ni celle anxiété poignante. VA personne ne tombai) jamais. Et neuf heures soiinèl'eill au clocher de Sainte-Eulalie. El les passants ne se montrèrenl plus qu'à de longs, longs intervalles. 136 FANTASMAGORIES. La Garonne chantait contre les piles. L'ouvrier bâillait, pris de sommeil; Laferrade regarda les étoiles, de ce regard que «lui avoir Josué lorsqu'il arrêta le soleil. 18 S'arrêtèrent-elles? Cequ'il > a decertain, c'est qu'aussitôt après le regard de Gabriel, une forme uoire s'engagea sur le ponl de Sainte-Eulalie. Laferrade ne considéra plus les étoiles. » La forme approcha encore, devinl femme, prit le milieu du pont, marcha vers le trou... — Saints Anges ! balbutia le sauveteur, les cheveux hérissés d'angoisse. ... marcha vers le trou, rapidement, et per 1 dit pied ! — Au secours ! Un cri dans la nuit. Puis — flac! — la chute à l'eau d'un corps humain. — Voilà vos 1,000francs I dil le sauveteur à l'ouvrier. Et, se débarrassani de ses habits, héroïque- POUR LA VERTU. ment, avec un long soupir qui du! permettre iiu\ étoiles de reprendre leur marche là- haut, il se jeta à l'eau. 16 Oh! bonne, voluptueuse, revivifiante eau ! Il la fendit de son corps souple et nagea vers la forme humaine. Là-bas, elle était là-bas, elle appelait, elle s'engouffrait... Disparue ! — Voicile moment! jugea Gabriel qui,ainsi qu'il sied à un sauveteur qui se respecte, vou- lail faire sentir le prix de son intervention. La lune se levait. Il plongéa, chercha, trouva la malheureuse femme, la ramena sur l'eau avec son adresse coutumière, el sedisposaà la remorquer,saine sauve, jusqu'au rivage, quand;., quand... Non! la plume se refuse à décrire ce spectacle horrifique. Oh! le visage grimaçant de celle personne reconnue toul à coup, sous la lune. Laferrade poussa un grand cri, un grand 8. 138 K AN TA S M A.G0BJ ES. cri de désespérance qui dut réveiller bien des couples endormis dans Sainle-Eulalie, et, terrifié, laissa retomber la personne au fond de la, ri\ [ère. Il ne pouvait pas la sauver ! Non, il ne pouvait pas, le malheureux ! C'était sa. femme. 17 On ne se relève pas de pareilles catastrophes. Gabriel Laferradc regagna le bord, et, transi, frissonnant, les mâchoires claquant encore sous l'horreurde la situation, il se mil à rôder sur les quais. Il considéra la lune, les étoiles, la Garonne, puis, là-bas, de l'autre côté du Meuve, les ver dures sombres du jardin public... Oh! rêves"! ohl cornets de tabac ! Il pensa aux 1,000 francs inutilement perdus, à sa ruine consommée, à l'impossibilité de se payer une nouvelle noyade, et, poussant un rugissement suprême alors, il se jeta lui-même à l'eau, à l'eau pour de bon, oui, dans la Ga- POUR LA VERTU. 139 * ronne, la tête la première, dans la Garonne vaste, dans la Garonne Lumineuse <|ni, ironiquement, semblait charrier, vers la nier loin- laine, des myriades de croix el de médailles jaunes répandues par la lune. 18 Mais une heure après, un homme nu el grelottanl sonnait de toutes ses forces au commissariat de police deSainte-Eulalie. Il se tenait la tête d'une main, cet homme, et, de l'autre, fortement, il s'étreignait, comme s'il avail eu peur de s'échapper de lui-même. C'était Laferrade. — Je le liens! je le liens! criait-il d'une v "i\ glapissante. — Oui, ça? Lui demanda te commissaire. — Un désespéré qui allait se noyer! Heureusement, fit-il remarquer, je l'ai repêché à temps ! Le commissaire écarquilla les yeux : — .le vous demande qui ça ! 140 FANTASMAGORIES. — Mais moi-même ! Bravo! l'une des deux est magnifique! annonce-l-il à son voisin. — Brigadier, vous avez raison! répond le voisin, après avoir cherché pendant dix secondes une phrase spirituelle. Ce voisin, c'est un monsieur de taille moyenne comme lui, Darrigade, a vec un faux nez comme lui, etqui, comme lui, a l'air de s'amuser funè- brement. — Ah! elle esl divine! continue Darrigade en envoyant un baiser. — Divine diaboliquemenl ! riposte le voisin. — Voyez donc ces yeux ! — Kl celle gorge!« — Et ces cheveux blonds ! soupir'- Darrigade. en retapant ses favoris. — Ah! mais non, c'est de la brune que je parle, riposie son confrère en faux nez. — La brune? a!i! par exemple!... Elle est horrible ! — Elle esl adorable ! DEUX BRAVES. 113 — Vous admettrez bien que je ni\ connais nu peu. — Vous reconnaîtrez peut-être que je ne suis pas un imbécile, espèce de don Juan ! — Espèce d'Abeilard, va ! — Répétez-le ? — lié! hé ! Vlan ! une gifle. Vlin ! vlan ! Deux. On s'interpose. Décidément, on commence • i s'amuser. Css ! ess ! siffle l'assistance. Mais Darrigade el son rival sont dignes et, le nez haut, quoique détérioré, ils échangent leurs caries. ALFRED CABIROS BQ N NEÏIKK 17. rue Saint-Placide. lit Darrigade, en Frisanl ses lamentables favoris. x Mais, comme la foule des pierrettes lui cour! après et lui tire ses moustaches, vraies H au- m FANTASMAGORIES. thentiques celles-là, Darrigade, pour échapper à ces tlattcuses ovations, croit prudent d'entrer dans une loge et de glisser dans ses poches son taux nez et ses favoris postiches. Cette précaution suffit. Quand il se risqua dans la salle, personne ne le reconnut. 2 Dix minutes après, Darrigade trembla. En voilà une équipée! Lui, paisible architecte de Fontenay, qui n'était jamais allé sur le terrain (pic pour y bâtir, un duel! — Certes, je suis aussi brave que n'importe quel duelliste de renom, se dit Darrigade avec fierté; si seulement j'avais fait de l'escrime depuis l'âge de sept ans, et si j'étais tant soi I peu sur de donnerun bon coup d'épée à mou adversaire, ce n'est pas moi qui... Ah! mais non! Nonobstant, il se remit à trembler. — Hein! touché ! cria-t-il d'une voix sourde, en primant pour un fleuret un bras de femme maigre qui l'agaçait. DEUX BRAVES. U"> Et il faillit s'évanouir. — Ah! écries non, ce n'est |>;is moi qui... mâchonnait-il, en claquant férocement des dents. Alors il se précipita dans la cohue dos masques et, pour se défaire de ta pensée obsédante du duel, il se mit à gambader comme un épi- leptique. Un quart d'héure après, en ronflant sur une banquette, il eut un rève. Il croyait se battre en duel, il recevait au visage un coup d'épée qui lui taisait saigner le nez; des choses effroyables enfin. Il se réveilla en sursaut, le nez dans les mains, et, plus mort que vif, alla s'adosser à une colonne. — Quoi, lui faire des excuses à ce monsieur ! Ah ! certes non ! Ce n'est pas moi qui... Il se mil à chercher de toutes paris dans ta salle. Oh! pas pour trouver ce Cabiros, non! mais enfin !... Il faillit pleurer ; Cabiros étail invisible. — Il aura peut-être pris les mêmes pré- cautions que moi, réfléchit Darrigàde. Il 140 FANTASMAGORIES. aura défail son faux nez pour échapper aux quolibets de ta foule. Ah! le misérable! — I >es excuses ! non, reprit-il. Maison pour- rail nommer des experts pour examiner l'objel en litige. Eh! mon Dieu! avec ma vivacité de caractère, j'ai été trop affirmatif peut-être! On dit comme cela une l'oulc de choses... Kl Cabiros étaii toujours introuvable. Désespéré, pale comme un blessé, el sentant ses .....Ilels trembler sous lui, Darrigade allail se retirer, pour prendre ses dispositions testamentaires, lorsque, justement, les deux femmes fatales, causes de la catastrophe, plissèrent de nouveau devant lui. De ses yeux éteints el hébétés, Darrigade les regarda suecessivement, la blonde el la brune. — Eh ! oui, monologua-t-il, elle es! assez bien, celle brune! Elle est très bien même! Où doue ;i\;iis-je les yeux il J a une heure? Il s'approcha encore pour mieux les voir. — Pafdieu, oui ! elle esl ravissante, celle brune! El c'esl moi. Darrigade, qui ai eu tous les loris. DEUX BRAVES. 117 — [diot que je suis! balbutia-t-il, le front inondé de sueur. Kl il se passa la main sur les yeux, car la tête commençait à lui tourner. — Oui, oui, ravissante! se dit-il à demi- voix. — N'est-ce pas, Monsieur? lil à son côté un homme en habit noir comme lui, pâle comme lui et qui, comme lui, avait une voix chevrotante. — Oh! adorable. Monsieur! soupira Darri- gade. — Et ces yeux, hein ? — Et celle gorge? —■ Et ces cheveux blonds! s'exclama l'inconnu avec enthousiasme. — Ah ! mais non ! repartit Darrigade. C'est de la brune que je parle. Votre blonde est atroce. — Vb ! Monsieur, nous avez un drôle de goût! — Vous m'avez l'air, Monsieur, de n'en avoir d'aucune sorte ! — Croque-mort, va ! lis FANTASMAGORIES. — Eh ! va donc, poète macabre ! Vlan ! Nouvelle gifle. \ lin ! vlan .' Darrigade, toujours généreux, lui en rendit deux. Kl les combattants se jetèrenl leurs curie-. Darrigade, les yeux aveuglés de sang el les jambes vacillantes à la pensée de ce nouvel exploit, se mil la carte de son adversaire sous le liez — el lut : A LFHBD CABIROS Il O S M R T I I K 17, rue... Le même ! M faillit tomber à la renverse. Vprès quelques secondes d'ahurissement, il fit quelques pas vèrs son contradicteur qui, de son côté, étail resté interdit en voyant Incurie de | larrigade. — lté! si vous aviez gardé votre faux nez, au moins! grogna l'architecte avec un geste plein de bravoure. — Eh bien ! et VOUS? DEUX BRAVES. 149 Ils éclatèrent de rire tous deux et ils»se tendirent la main, — sans épée au boni, bien entendu. 3 Celle histoire ne finit pas là. Nous avons mis en scène deux hommes el deux femmes : le lecteur ne nous pardonnerait pas si nous ne les mariions pas ensemble, on quelques lignes bien senties. Marions-les donc. Qu'ils soienl heureux el aient beaucoup d'enfants. Darrigade et Cabiros avaient fait la cour aux deux femmes pour savoir laquelle des deux étaii définitivement la plus belle, la brune ou la blonde. Le lendemain de la noce, ils furenl absolument du même avis. C'est sa femme que chacun d'eux trouvait la plus charmante. Mais, ne craignez rien, dans deux ans ce sera Probablement la femme de l'autre. LE DILETTANTISME DU CRIME I Jehan Racca, arbalétrier, engendra Hugues Racca, maître apothicaire. Hugues Racca, maître apothicaire, engendra I trbain Racca, chirurgien. Urbain Racca, chirurgien, engendra Frédéric Racca, restaurateur. Il étaii donc naturel que Frédéric Racca, restaurateur, engendrât un Mis qui, résumant en lui toutes les professions et aptitudes deses aïeux, montrât «les dispositions spéciales pour l'art voluptueux et fertile en émotions exquises d'exterminer ses semblables. Aussi n'\ eut-il qu'un cri d'approbation, du LE DILETTANTISME DU CRI M E. 1S1 Rhin aux Pyrénées, lorsque Hyacinthe Racca, le rejeton de celle illustre race, fui élu maître bourreau dans ce beau pays de France. •y La première lois qu'Hyacinthe Racça opérâ en public sur un criminel quelconque qui avail Occis pour le vulgaire plaisir «le voler, les habitués des exécutions capitales ne purenl s'empêcher de battre des mains. Hyacinthe Racca, certes, s'annonçail comme •m remarquable virtuose de la guillotine. Malgré l'émotion inséparable d'un premier début, il commença par un coup de maître. Correctemeni vêtu de noir, cravaté de blanc, chaussé de vernis, il arriva sur l'échafaud, salua légèremenl les amateurs, sans emphase comme sans fausse honte, avec cette aisance du génie qui a conscience de sa valeur, passa Sl| n chapeau el ses gants à sou aide, prit le condamné d'une main fine, el faisanl basculer S(| n nomme, rapidement, avec la prestesse d "ii physicien escamotanl une muscade, il 132 l' A \ T A S M A.OOR1 ES. lui introduisit la tète dans la lunette fatale. Cela en un clin d'oeil, avant que l'assistance émerveillée eût eu le temps de s'y reconnaître. Alors, gravement, après deux secondes d'immobilité solennelles comme un point d'orgue, Hyacinthe posa sa main gauche sur la tête du condamné, la mit délicatement au point voulu, comme un coiffeur qui s'apprête à (Viser son client, puis, sereinement, tandis qu'il sentail sur lui Jcs dix mille regards extasiés de la foule, il leva le bras droit et rapprocha le ponce de L'index, d'un geste de dandy offranl une fleur. Ici un nouveau point d'orgue qui tint en suspens la respiration des dix mille poitrines, Puis Racca effleura de ses deux doigts parfumés le ressorl de la guillotine. Rranl Avec une vélocité de foudre, le lourd couperet tomba. Un frémissemenl d'enthousiasme lil vibrer la l'unie. — Bravo ! cria le parterre. El les applaudissements redoublèrent quand on vit la tête tranchée faire un demi-tour sur LE DILETTANTISME DU CRIME. 1S3 elle-même et reparaître, suspendue par une mèche de cheveux, au bout de la main triomphante d'Hyacinthe Racca. 3 Dès lors, ces matinées dramatiques, que l'on nomme les exécutions, furenl excessivemenl courues. Toute l'Europe voulut voir travailler Racca. Celui-ci opérail toujours lui-même, et, chaque l'ois, avec une maestria nouvelle. Le bourreau, accaparé par sou art, ne vivait que pour la guillotine. Entre deux exécutions '1 maigrissait, ses yeux se creusaient, le spleen du sang répandu s'emparail de lui, el l'on sentail (pie cet artiste de génie serail vite morl v il n'avail pas lin' 1 quelqu'un toutes les semaines. Comme Raphaël, Racca eut plusieurs manières. Il avait d'abord tranché les condamnés entre la deuxième et la troisième vertèbre, ce ?ui donnait une tête de décapité toute ronde. Après de nombreuses éludes, il l'ut amené à lu FANTASMAGORIES. trancher les cous une vertèbre plus l>as. Dans le panier à son, les têtes avaient ainsi plus de caractère, plus de lignes, et semblaient des effigies de médailles anciennes. En second lieu, ilavait débuté en tranchani obliquement, avec une pointe de fantaisie. Mais en corrigeant son jeu, il redevint classique comme tous les vrais génies, et il ae trancha plus que correctement, dans un plan perpendiculaire à La colonne vertébrale. Tout cela fui apprécié par les dilettanti, et 1rs juges 3'empressèrenl d'envoyer à Racca le pins de condamnés à mort possible, ce <|iii ramena un peu de gaieté dans le |>a\>. 4 Mais la sagesse des nations l'a dit : la gloire et les grandeurs perdent souvent les hommes. Elles perdirent Racca. Ayant beaucoup de succès dans le monde, le jeune et déjà glorieux exécuteur des hautes œuvres voulut bien aller à un rendez-vous LE DILETTANTISME DU CRIME. i.",:> qu'implorai! de lui mie grande dame sentimentale, la veille d'une exécution. Racca, si sobre d'habitude, se laissa verser • le copieuses rasades par la main de l'enchanteresse, de sorte que, l'heure de l'exécution arrivée, le bourreau guillotinail encore des bouteilles de Champagne. Hâtivement, il monta sur l'échafaud. Personne u'eul la pensée de demander pour lui l'indulgence du public. Ce fui navrant. Lecouperel s'abaltil maladroitement, comme décroché par une main profane, et la tele tomba, tranchée «le travers, avec une moitié de mâchoire fracassée. Quand on l'eul dégrisé, Racca frissonna. 11 courba la tête en dévorant des larmes de honte, et, digne, ayanl le sentimeni de l'outrage ignominieux qu'il avail l'ail subir à son art, il donna sa démission. tëllc fut repoussée. Hyacinthe Racca insista. Des sociétés humanitaires exprimèrent des vœux demandant le maintien de l'héroï- iafl l' A NTASM A.O0B I ES. que bourreau dans ses hautes fonctions. Rien n'y lil. Racca fut inébranlable el l'on dut lui donner un successeur. 5 0 nostalgie du meurtre! Trois mois après, Racca se mourait, faute de personnes à tuer. 11 eut une idée à temps. Il se maria, se fît tromper par sa femme, el tua l'épouse adultère, ainsi que son amant^ avec (diiles sortes de raffinements criminels. Sa sanlé s'améliora légèrement. Ayant été naturellement acquitté, Racca se rétablit tout à fait en tuant quelques personnes en duel. Alors, comme il se trouvait à la tête d'une immense fortune provenant de legs à lui offerts par des admirateurs de son talent, il dépensa tout ce qu'il avait, à perpétrer des crimes artistiques, toujours frappés au coin de Ja pins liante originalité. LE DILETTANTISME DU CRIME. 157 Il tua ainsi plusieurs juges d'instruction de ses amis, sans se l'aire prendre jamais. Ayant atteint la perfection dans l'assassinât, il résolut t' nouvelle loge pour ses pénates sans abri. C'est la maison neuve de la Chapelle qu'elle trouva. ( 'h ! joui' trois l'ois abominé ! 102 FANTASMAGORIES. 2 D'abord ce ne fui presque rien. A peine une muette inquiétude, ce trouble intérieur <|ui précède les grandes catastrophes. Oh ! ça se louerait, certainement, peu à peu... Kl M"" Fleuranl astiqua les cuivres, balaya l'entrée, frotta les escaliers avec conscience, comme si quarante locataires avaient risqué quotidiennement de s'j casser les jambes. Mais, après quelques semaines passées dans ce Sahara, M"" Fleuranl devint morose. Est-ce qu'il ne viendrai! jamais une location, jamais? Il n'en \inl aucune, jamais ! El la portière nostalgique perdil le sommeil pour n'avoir plus à tirer le cordon la nuit, perdit l'appétil pour n'avoir plus à lire les journaux des locataires en déjeunant, perdil la santé cl la joie pour n'avoir plus à pester contre les chiens de la maison l'aisanl (les malpropretés dans les escaliers. ( le fut terrible. LA MAISON FANTOME. 163 M"" Fleurant, maigrit. Oh! les bonnes journées d'antan ! Oh ! toutes les douceurs de la vie d'autrefois ! Le courrier arrivant chaque malin, les feuilletons savourés pendant le chocolat, le contenu des lettres supputé au coin du feu, les caries postales lues à voix haute par le plus petit de la famille. Et toul cela : journaux, lettres et cartes s'engouffrant ensuite dans les poches de la maman ei s'y oubliant dans un sommeil profond ! Oh ! les piquantes causeries avec lès domestiques! Oh! les termes qu'on touche, ceux qu'on ne touche pas! El toutes les rages qui nous viennent contre les gamins, contre les perroquets, contre les machines à coudre, contre la conduite louche de la petite dame de l'entresol, hé! El celle du cinquième, escalier B! hé, hé! Et puis, la nuit, quand toul monde dort, la joie, l'ultime joie, en ronflant, d'entendre le carillon des locataires en retard, et l'ineffable, la paradisiaque volupté de leur tirer le cordon lentement, dignement^ ;| 'asixième sonnerie, hé, hé, hé! Oh! la vie! la \ie ! •164 VA NT A S.M A.G0RIES. 3 Trois mois, six mois, dix mois se passèrent. Jamais rien. Le propriétaire diminua les prix. Efforts stériles. Il les doubla. Vainement. La maison-fantôme semblait faire peur aux passants. Un monsieur intrépide osait s'aventurer jus- qu'àl'huisde .M"" Fteuranl de temps à autre : — Avez-vous mi appartement à louer, Madame ? Douce ironie. M mo Pleurant prenail quatre trousseaux de clefs. — Mais, commenl donc, Monsieur! glous- sait-elle avec sa voix des grands jours. Et, durant une heure, elle remorquai! le visiteur imprudent, h travers la maison vide, lui détaillant lous les logements, faisant jouer LA MAISON FANTOME. 163 toutes les serrures, bâiller Ions les placards, couler tous les robinets. — Très bien! je reviendrai... disait le pa- tient alarmé de l;i solitude de celle maison spectrale. Et il s'enfuyait, I rès pâle, de l'air d'un homme <|ni a failli être epterré vivant. — Ce n'est plus une vie, s'écria un jour M""' Fleurant, il faut que ça finisse! Elle manda sa fille aînée, —Isabelle Fleurant, une jeune personne dë seize ans et demi, un modèle de grâce et de vertu : un ange, — (> l s'entretint avec elle. Une heure après, M" Fleurant se levait, rameuse, un soleil dans la lace : — Eh bien, lu lui permettras de venir, à ton musicien ! dit-elle h sa fille. Le lendemain, un maigre jeune homme blond faisait son entrée dans la loge, flanqué de son Père et d'une tante, Ee père baragouina, dans les termes convenus, demande en mariage, spécifiant qu'il Sollicitait ta main de M"' Isabelle Fleurant,pour s °n Jils, Amédée Bardusse. 166 l'A N TA S M A.GORIES. [ci, M"" Fleurant quitta le fauteuil Voltaire sur lequel ses pareilles onl la coutume de trôner, et d'une voix solennelle qui trahissait l'étal \ iolent de sou âme : — Est-ce que monsieur Amédée me laisserait choisir l'appartement qu'il se propose d'occuper avec ma fille, après le mariage? — Mais comment donc!... balbutia le reconnaissant Amédée. — C'est bien. M'"" Fleurant se tourna vers sa fille. — Sois heureuse, mon ange, soupira-t-elle. Puis, débordante d'émotion, elle mit la main d'Isabelle dans relie d'Amédée. La veille as troublée. Heureuse jeunesse ! M œ " Fleurant alluma deux bougies, prit une feuille de papier, écrivil ses volontés dernières, puis, se dressant de toute sa (aille, jeta un regard fasciné sur le cordon qui pendail ;'i so droite ! IiA MAISON FANTOME. ni — Voilà .' je -uis à loi ! lui dit-elle d'une voix rauque. Kl la portière (il un nœudcoulanl à l'extrémité de ce cordon, puis, tragique, \ passa son cou. .5 Trri ! Une sonnerie ! — Quelqu'un qui s'amuse ! mâchonna M 1 " Fleuranl en soufflant la bougie. El le cou dans le nœud, elle renversa du pied l'escabeau sur "lequel elle était montée, puis se balança dans le \ide. Mais alors un cataclysme se produisit. Grands dieux ! Quelqu'un entrai! dans la maison. Quelqu'un ù qui M"" Fleuranl atail ouvert, sans le vouloir, en se pendanl au cordon ! El cequelqu'un,—vertige!—jeta un nom sonore dans l'escalier, puis monta. — Est-ce que je rêve ? exprimèrenl les yeux injectés de sang de la [tendue. El elle s'agita violemment, en tiranl une lan- 172 FANTASMAGORIES. gue démesurée, le long du mur, dans l'ombre. — .Maman? tu es rentrée? demanda la voix pâteuse d'Isabelle qui se réveillait, Puis solennellement : — Tu sais qu'il y a un locataire! — Ciel! ■—■ Oui; quelqu'un qui est venu tandis que lu sortais, qui a pris les deux pièces du quatrième et qui a emménagé de suite. — Ah ! ah ! ah! ah !... Ce lut une clameur éperdue dans les ténèbres, une clameur qui lit trembler loi de la niai- son vide et hérissa les cheveux d'Isabelle. La jeune fille frotta une allumette en tremblant. Dieu! que vit-elle! Sa mère se convulsant au bout d'une corde, comme un long chai étranglé. Elle bondit et coupa le cordon. — Oh! ma Bile! ma fille! sanglota M" 1 " Fleurant, en serran! son enfant suc son cœur. Et sauvée, envahie d'espérance, résolue a vivre, puisqu'il y avait un locataire, elle fondit (Mi larmes de joie. LA MAISON FANTOME. i78 6 Elle s'interrompil soudain. — Minuit!... Minuit et <|uari même!... dit- elle, le visage brusquement assombri. Et je lui ai ouverl dès la première sonnerie, à ce monsieur ! l'uis, tapotant son lourd oreiller de plume, avec sa paume énergique : — J'espère que cela ne se renouvellera pas. El elle se coucha avec componction. * 10. LA FEMME DE L'AMI I .. . Ei Joseph Biscarrôsse fîi apposer sur Ions les murs de Paris la flamboyante affi-, Che Suivante : UN DEMANDE UNE FEMME REMARQUABLEMENT LAIDE NE PAS SU PRÉSENTER SANS TITRES SÉRIEUX S'adresser ;t M. .1. Bisr.wtnossK, peintre, 358, boulevard Malesherbes. Joseph Biscarrosse attendil deux jours, une semaine, un mois. Aucune femme ne se présenta. LA FEMME DE L'AMI. 2 — Que j'étais sol ! s'èxclama-t-il en se frappanl le front. Et, désirani toujours une femme remarqua- blemenl laide, pour composer la tête a> cela, je dis toul au général, qui vous tuera! menaça-t-elle d'un ton de vieux cratère en éruption. Et, dignement, elle sortit, grave comme un diplomate qui vient de lancer un ultimatum. 7 •— Diable! diable!... se dit Biscarrosse perplexe. 8 Le lendemain, s'étant bien assuré que < ette f °Ue d'Estelle serait implacable — qu'elle 180 FANTASMAGORIES. dirait tout — et que le général le tuerait, — Joseph, qui tenait à sa vie, résolut d'entrer immédiatement en campagne et alla voir sou ami Victor. Voici les résultats (le cette expédition : l" journée. — Mon cher, dit Biscarrosse à son bon ami Victor, tu ferais bien d'embrasser Estelle quand lu viens me voir à l'atelier. 2 e journée. — Je t'assure! Celle fille n'es! pas si mal que ça, après tout! Elle a des beautés cachées que lu ne soupçonnes pas... _ j i 3° journée. — Une femme très honorable, mon cher, a'ayanl jamais failli. _; i" journée. — Comment, lu refuses? Tu as tort, •à l'oreille.) Tu ne sais donc |>a> qu'elle a été la maîtresse de plusieurs («Mes couronnées ? _ '?'?99 Ajournée. — Tu n'as pas de goût! Mais, mon cher, elle a des lignes!... _ ! I ! ! ! LA FEMME DE L'A ML 181 6" journée. Eh bien, elle a un cancer au sein ! là ! El puis, hier encore, elle m'a je!< ; un bol de vitriol au visage ! Rien n'y fit. Malgré cette longue énumération de qualités el de titres divers, Victor resta froid. 9 Le cœur de l'homme est un abîme. 10 Pendant ce temps, Estelle se séchait d'amour. — Kli bien! Monsieur? demanda-t-elle à Discarrosse, huil jours après la remise de l'ultimatum. Le peintre dul avouer que les négociations avaienl complètemenl échoué. — Ah! c'est comme ça! tonitrua Estelle, roalheur à vous! Et, tragiquement, elle pril te tramway qui passait devanl la maison du général. 1! IS2 FANTASMAGORIES. Biscarrosse, tenant de plus en plus à la ne, s'élança à la poursuite de son modèle, le rattrapa, et se jeta à ses pieds, au milieu du Champ de Mars. Il obtint un suprême sursis de huii jours. 11 Biscarrosse s'arma de courage et engagea de nouveaux pourparlers avec, Victor. Il échoua encore. Il employa la ruse, La persuasion, la magie, l'éloquence, le somnambulisme, la ventrilo- quie, la prestidigitation, l'hypnotisme... liien. Il fit un pèlerinage rapide à Notre-Dame de Lourdes, et se ruina en eaux de toilette. Bien ehcore. . Il se jeta aux pieds de Victor. Il le menaça de six coups de revolver. Rien toujours. — Allons! hoqueta Biscarrosse vers la lii' du septième jour. Et, résigné, il s'enferma à double tour, LA PEMM E DE L'A M t. 183 lil ses mémoires et adressa quelques lettres d'adieux h ses plus proches parents. Tout à coup, il se dressa comme si une décharge électrique lui avait allongé le corps. — Ah! cria-t-il, le cerveau traversé par une idée de génie. El il courut clie/. Victor, 12 — Tu es bien mon ami, n'est-ce |>as? lui demanda-t-il. ■— Ton meilleur ami! je le jure par ee que .1 ai plia-t-elle. — Avez-vous une ordonnance? demanda le disciple de Galion. La veuve, désespérée, visita ainsi tous les pharmaciens de la capitale et leur offrit des monceaux «l'or. Tous furent inébranlables. Et alors, affolée, elle quitta Paris et se mit 11 roder dans la campagne. — Ah! la pluie! se dit-elle! c'est de l'eau pure, cela ! je vais attendre qu'il pleuve ! I9â FANTASMAGORIES. Mais, ayanl considéré le ciel avec attention, elle vit — ce dont elle se doutait, hélas ! — que, par mesure de sécurité publique, l'Étal avait fait installer une sorte de toiture en verre sur la campagne, afin que l'eau du ciel ne tombât jamais sur une muqueuse humaine. — Une rivière! dit-elle alors. Un ruisseau! I ne source ! Mais il n'y avait pins en France de sources, 4 de ruisseaux, de rivières. Sagement, 1 Etat avait fa.il capter Ions les cours d'eau pure, de peur que les habitants des campagnes n'allassent s'y empoisonner, et la Seine seule coulait à ciel ouvert, triomphalement, à cause de sa richesse en microbes, lesquels étaient tellement gros et si invraisemblablement prospères qu'on se mettait à les pêcher à la ligne, de Paris jusqu'au Havre. H Et, après huit jours de courses vaincs, la pauvre veuve s'affaissa, épuisée, dans une plaine déserte. Et, navrée de ne pas pouvoir UN EMPOISONNEMENT AU XXI- SIÈCLE. 193 mourir comme son mari, avec résignation «'Ile uf que serrer son mari dans ses liras. — Anathème! hurla Edward, au secours! quelqu'un! vile! pour sauver ma femme! Et, voyanl accourir son nouveau cocher, un vieux palefrenier qui avait la danse de Saint- ( 'iiv, il cria : — .le m'en vais chercher un médecin ! Courage! Et il sortit, après avoir passionnément embrassé sa femme. H Cinq minutes après, Edward, qui étail resté ;||| \ aguets, poussa un ricanemenl terrible. 20 J FANTASMAGORIES. — Enfin! tonna-t-il (rime \<>i\ triomphante. Et, ouvrant la porte huile grande, il fui assez heureux pour trouver la moribonde en train d'embrasser le vieux cocher. Imélia se redressa, rigide comme une statue. Et, montrant les poings à son mari qui, tranquillement, s'était mis à prendre les premières noies pour son ouvrage : — Ah!... Vous m'avez... trompée! râla- t-elle, les yeux injectés de sang. El elle tomba raide morte, ENTRE AMIS . 1 J'ai l'honneur de vous présenter le poète Léonard, clerc dé notaire à ses heures. Sun portrait, ses mœurs, ses opinions |><>li- ligues ci le nom de sa maîtresse?... Pourquoi? Bornez-vous ;'i savoir qu'ayanl fail en secret un poème en quatorze chants, intitulé : l'Infanticide, il s'efforçait, au momenl où commence ce récit, d'attirer l'attention pu- l»li(|nc sur son œuvre, el qu'il ne trouva rien de mieux que ceci : se faire passer pour un individu <|iii tueun petit enfanl chaque matin, entre deux cigarettes, pour digérer son chocolat à l'eau. 20(i FANTASMAGORIES. Léonard sentail coin me cette légende, adroitement lancée sur son compte, pourrail lui être utile. Le parque! ferail nue enquête; le poète serail arrêté; des juges d'instruction trouveraient des squelettes de jeunes singes dans s,i cave, et les médecins complaisants laisseraient croire, jusqu'au jour où ils déposeraient leurs rapports, que ces squelettes avaient appartenu à des enfants nés viables. Tons les journaux, Ions les concierges, tous les perroquets parlent de Léonard el de ses infanticides. Vlan! Publication du poème! I n poème vécu! Quel scandale! quel succès! quelle gloire ! — Cherchons des squelettes de singes el un I).....lénonciateur, se dil Léonard. L'éditeur viendra toul seul ensuite. 2 Ses singes trouvés, il (il. venir son nouveau domestique, — un excellent sujet, d aspect doux et honnête, qui passait pour vider ses maîtres avec nue conscience rare. ENTRE AMIS. 207 — .lo vous donne dé beaux appointements, lui dit Léonard; j'espère que nous allez vous conduire envers moi en bon et loyal seni- teur. — Que puis-je l'aire pour Monsieur? — Vous allez raconter partout que, depuis que vous êtes à mon service, j'ai tué trois enfants en bas âge. Le domestique pâlit. — Monsieur, je ne suis pas ce que m mis pensez! dit-il avec hauteur. El il rendit son tablier. 3 I>ans un bureau d'omnibus, le lendemain, Léonard sentit une main de filou qui lui enle- va it sa montre. — Voilà mon homme! se di1 le poêle. Et, prenant le filou au collet, il ramena à ! éc &rt et lui tint exactement ce langage : — Vous (Mes pris. Vous pouvez vous sauver. — Comment? 208 l'A NTASMAOORIES. — En racontantparloul que moi. Léonard, poète, rue de la Tour-d'Auvergne, 16, j'ai tué deux enfants jumeaux ce matin, et qu'on trou- vera les cadavres encore chauds dans mon garde-manger. — Jamais! répondit le voleur. — Je vous donne ma montre, par-dessus le marché. — Jamais ! Et il se laissa conduire au poste. 4 ■— Diable! ça sera peut-être dur, réfléchi! Léonard. Dans un salon, une jolie femme passa de- vanl lui. — Comme on voit qu'elle a de fausses dentS) dil Léonard à voix haute. La jolie femme avait publié son revolver. Elle regarda le poète d'un œil foudroyant. — Madame, dit alors celui-ci en tombant à ses pieds, \oiis pouvez me rendre le |dus heureux des hommes; dites à vos amies que j ai ENTRE AMIS., SOS tué mes quatre curants un jour où je n'avais rien pris à la pêche à la ligne. La jeune femme hésita. — Non; deux halles dans votre poitrine, si sous voulez, répondit-elle avec condescendance, niais pas ca. 5 — Comment n'\ ai-je pas songé tout de suite? se dil Léonard en bondissant. Et, plein d'espoir, il alla trouver un forçat évadé, souteneur éminent, faussaire émérite. Assassin considérable, soupçonné en ce moment même d'avoir (né un de ses camarades et de lui avoir décollé la peau du crâne pour s en faire une blague à tabac. — 11 y a cinquante louis pour \ons! lui dil Mystérieusement Léonard. — Une faut-il faire, bourgeois? — Quelque chose de sérieux. — Empoisonner toute une caserne ? — Hé... N'ayez pas peur; dites. — Eh bien! confia Léonard un peu confus, 12. 210 F A M T A S M A G 0 R LE S. il faudrait raconter à vos camarades, et même à quelques sergents de ville, quand vous ;ilire/, des relations avec eux, que j'ai tué un enfant il y a quelques semaines; oh! un seul et tout petit enfant, qui d'ailleurs serait morl de la coqueluche le lendemain. Le repris de justice sursauta. — Monsieur, dit-il d'une voix sourde en dévorant des larmes de honte, je suis tombé bien bas... c'est vrai... mais faire ce que vous me propose/ là, moi, un honnête assassin... devenir dénonciateur et lâche !... oh ! Et, d'un geste digne, il montra la porte à Léonard. 6 Le poète frémit. — Si Z... refuse, me voilà bien! pensa-t-il avec stupeur. Z... c'était un autre récidiviste, tout aussi dangereux. Un récidiviste compliqué d'un ennemi personnel atroce, implacable, qui avait voulu le tuer plusieurs fois. — Ne vous récriez pas! dit-il en entrant ENTRE amis. 2M chez /.... Je viens \ows fournir l'occasion de satisfaire votre baine contre moi. — Vous voulez mourir? demanda l'ennemi implacable de Léonard. — Mieux que ça. Je veux être déshonoré, flétri, traîné entre deux gendarmes; je tue chaque semaine dix-huil enfants au biberon; vous trouverez les squelettes chez moi, entre ( 'eii\ barriques de bordeaux; dénoncez-moi! L'ennemi de Léonard se redressa de toute s n hauteur. — Goujat 1 cria-t-il, les lèvres tremblantes de colère. Et il lança ses leur el \euait offrir un groupe : Vercingêtorix devant, César (encore!) que Puget n'eût pas désavoué. — Monsieur, dit Raphaël, je vous laisserai cette œuvre d'art à bon marché : 00 francs. Remarquez, je vous prie, que Vercingétorix a, autour de la taille, ^a^quatre ronds pour L'ART FUTUR. mettre les parapluies, et que, sur la tête de César, j'ai appliqué quelques porte-manteaux où l'on pourra accrocher des chapeaux et des pardessus. J'espère donc que pour un vestibule... Tous mes regrets, Monsieur, interrompit le marchand. Pour 19 fr. 95, j'ai déjà un article beaucoup plus avantageux, sculpté parle célèbre Balaruc lui-même. Ht il montra à Raphaël un Apollon superbe, se métamorphosant successivement en queue de billard, en longue-vue, en roseau pour pêcher à la ligne et en tire-bottes, une œuvre Çui avait eu la médaille d'honneur au précédent Salon. Larifla sortit en s'arrachani des poignées de cheveux. 3 Et, quinze ans plus lard, l'artiste impénitent ?ui s'appelait Raphaël, entrait chez un éditeur. Voyant qu'il n\ avait plus rien à faire avec la peinture et la sculpture, il s'élail adonné à la poésie. t:i 218 l'A NI ASM A GO RI ES. Monsieur, dit-il, je vous apporte un Ver- cingêtorix devant Ccsar, épopée en vers, que je ferai imprimer à, mes IViiis. Je vous deman- derai seulement de mettre le nom de votre maison sur la couverture. L'éditeur bondit. — Oh! ne craignez rien! dit Raphaël, ce sont des vers écrits à la mode du jour : j'y dis que deux et deux font cinq au commencement de tous les chapitres, j'y parle d'un»! jeune mère qui a mangé sort enfant aux pointes d'asperges, et puis, la moitié du temps, j'ai mis des choses que je n'ai pu arriver à comprendre moi-même. Ainsi... — Monsieur... — Ce n'est pas tout. L'œuvre sera imprimée sur papier-émeri, de sorte que les acheteurs de mon livre pourront toujours l'utiliser pour frotter leurs casseroles. — Monsieur! répondit l'éditeuravec dignité, nous ne publions ici que des œuvres en vers dont le papier peut servir d'attrapé-mouches. Raphaël devint livide, porta les mains à sou cou e! s'évanouit. L'ART FUTUR. il!) t One devint-il? <»n n'en sait rien. Des amis le trouvèrent dans un hôpital quelques semaines après. Puis, des gens bien informés assurèrent que Raphaël vivail enfermé dans son atelier, en face de ses trois chefs-d'œuvre, qu'il regardait successivement en faisant de grands gestes affolé's et en les oignant de drogues bizarres. 5 Et, quinze ans après, les marchands de ta- bleaux, de statues et de livres de vers virent arriver un maigre vieillard, qui se présenta ;i eux -mis l'aspect d'un échappé de cabanon. C'était Raphaël Larifla. — Vous savez, criait-il, j'ai trouvé, j'ai trouvé] — Quoi? 220 FANTASMAGORIES. — Le moyen d'écouler mes œuvres. N ouiez nous voir? On alla voir. En route, Larifla prenait des critiques d'art, des reporters, des épiciers, toutes les sommités du monde artistique. — Vous aile/ voir! vous allez voir! criait toujours Raphaël. Et sa Voix avait des vibrations de triomphe. — Les voici! dit-il en se découvrant devant ses œuvres. On vit l'immense tableau, l'immense groupe, l'immense poème. — Quelqu'un ici est-il chauve? demanda Raphaël. ( »n se regarda avec ahurissement. — Quelqu'un ici a-t-il une migraine? Il était devenu idiot, décidément. — Quelqu'un ici a-t-il faim? Plus qu'idiot, fou ! — Voilà, appréciez-moi cette œuvre d'art, dit Larifla en coupant la main de son Vercin- gétorix et en l'offrant aux critiques. l u frémissement parcourut l'assistance. On L'ART FUTUR. 221 se jeta sur le groupe, sur le poème, sur le tableau... Vive Larifla ! cria-t-on dans un unisson formidable. El Larifla tomba raide mort, tué par ce triomphe inespéré — mais légitime. En effet : Son groupe était en pain d'épice. Son poème était écrit sur papier à sina- pismes. Et son tableau, outrément gras et découpante en petites plaques, était souverain contre ' ;| chute des cheveux . G On s'arracha les œuvres du Maître. Ce fut la ville de Paris— disons-le à son honneur — qui mit les plus fortes enchères. Le Vercingêtorix (groupe à l'instar de la toire du Trône) fut érijié dans le préau d'une ec ole communale. 22-1 FANTASMAGORIES. Le Vercingétorix (poème imité de Rigollot) fut placé à la Salpêtrière. El enfin le Vercingétorix (tableau pour le cuir chevelu) fut placé dignement dans un hospice de vieillards aveugles. Tout vient ;'i point à qui sait attendre. LE FILS DE DEUX PÈRES 1 Prendre une femme pour soi toul seul, el l;i garder toute la vie, c'esl bien dispendieux et bien long. \nssi trouve-t-on beaucoup d'hommes qui ne prennent pus de femme du tout. D'un autre côté, un Mis, c'esl joli certainement et iiussi amusant à promener qu'un chien en paletot. M;iis cela coûte peut-être davantage. A.USSÎ n'\ que les gens sans le SOU qui s.- permettent d'avoir des enfants. Si l'on prenail un juste milieu : posséder la moitié d'une femme et la moitié d'un enfant t 224 FANTASMAGORIES. Ou môme, suivant, les ambition^ ei les ressources, posséder le tiers, le quart, le dixième, le I rente-sixième d'un enfant el d'une femme? 2 - Pourquoi pas? se dit un jour l'ingénieux Charles Brouchican, un vieux garçon, pas très riche, pas très pauvre non plus, qui se sentait mûr pour les joies du foyer. Et séduit par l'idée, il étudia laborieusement ce nouveau système de vie sociale. 3 Six mois après, Charles Brouchican et son fervent ami Gustave Jouvenot, corrects el dignes, introduisaient, dans une maison qu'ils axaient louée en commun, une agréable jeune Bile qui répondait au prénom double de Marie- Rose. — Mademoiselle, dit avéc solennité Charles Brouchican qui s'était attribué les fonctions d'officier du nouvel état civil, le Code, en dépit LE FILS DE DEUX PÈRES. 225 «lu progrès cl des besoins du siècle, n'autorisé pus encore les unions matrimoniales telles que nous les comprenons, mon honorable ami el moi; c'est pourquoi je me vois obligé de remplir moi-même les fonctions de maire dans noire noce, mon respectable ami et co-époux s'étant réservé toul ce qui concerne le service religieux. El Charles Brouchican, cherchant dans son gosier lu voix grave (|iii sied : — Mademoiselle, nous nous jurez amour, constance el fidélité éternelle à Ions les deux? ■—Oui! prononça la solennelle épousée, en baissant les paupières. Le mariage à trois étail consommé. i "s furent tOUS heureux. Marie-Rose étail alternativement M™" Brou- co »can ci M 1 Jouvenot, à jour passé, de midi à midi. Elle ne s'ennuya pas. 13. 226 FANTASMAGORIES. Elle fut fidèle à ses maris. Ceux-ci le lui rendirent bien. L'un l'appelait Marie. L'autre l'appelait Hosc. Elle portail, da ns sa poche un petit calendrier, sur lequel étaient marqués au crayon rouge les jours où elle devait appeler Charles l'élu de son cœur. Les jours où elle devait l'appeler Gustave étaient marqués au crayon bleu. Ce qui empêcha presque toujours les erreurs graves. Et le ménage fonctionna avec une régularité parfaite, chacun des époux fournissant, à parts égales, argent, petits soins, amour el estime. Pourquoi n'aurait-on pas été heureux? Le suprême bonheur, comme on sait, consiste ;i être l'amant d'une femme mariée. Chacun des co-époux n'eut qu'à se croire l'amant d'une lemme mariée à son meilleur ami. Celte seule pensée suffisaif à les remplir d'une félicité sans mélange. i.K FILS DE DEUX PÉRÈS. 221 5 Un lils — leur budget n'en autorisai! pas davantage — leur naquit un jour. On l'appela Jean-Pierre. Et chaque père se gorgea de joies Familiales, à jour passé. L'enfanl était beau. Chaque co-père piïnsn que son demi-fils lui ressemblait. Il fut hargneux. Chacun pensa que son demi-' fils était le portrait moral de l'autre. Double consolation qui n'es! guère permise aux pères ordinaires, 6 Un malin, midi sonnant, Brouchican quitta Marie. Il heurta dans l'antichambre un homme Mond qui entrait. Louche ! — Mais, Monsieur, voulez-vous me dire... Il réfléchit : — Après tout, ce n'es! pas moi qui suis... 228 FANTASMAGORIES. Non! c'est Jouvenot!... puisque c'esl lui qui, depuis midi... Pauvre Jouvenot! Et il sortit. Quelque temps après, Jouvenot, prenant congé de Rose, sur le coup de midi, rencontra un autre monsieur brun, qui entrait... — Pauvre Brouchican !... Ajoutons du reste qu'ils furent lotis deux convenables. Et que si chacun trouva l'autre aveugle et ridicule, il fut assez, bon camarade pour ne pas lui ouvrir les yeux. 7 Mais un jour, événement terrible : A quinze lieues du domicile conjugal, — ils voyageaient pour intérêts communs, — Charles Brouchican et Gustave Jouvenot découvrirent, sur une promenade publique,une aimable personne qui... et dont les lignes... Bref, l'occasion, l'herbe tendre, le souvenir de Marie-Rose aussi les poussant... LE FILS DE DEUX PÈRES. S A midi, comme ils étaient dans un cabinet particulier,"en compagnie triangulaire, —■ l'habitude, on l'a dit, es! une seconde nature, — un bruit à la porte : Toc ! toc ! Les cheveux des deux maris se dressèrent. — Misérables ! rugil Marie-Rose qui entrait. \ ous me trompiez ! Elle braqua un revolver. 9 — Arrête, Marie ! — Arrête, Rose ! — Réfléchis bien !... — Oui ! ce n'esl que l'un de nous !... Ainsi s'écrièreni les deux maris. — Très juste! monologua Marie-Rose. Elle chercha son calendrier. ' 'rayon rouge ! 230 F A NT ASM Ai; (i K I ES. Pau ! Elle déchargea le revolver sur Charles. Mais elle songea : — Quelle heure est-il ? — Midi et quart. — Et vous êtes ici depuis... — Onze heures quarante-cinq ! déclara l'aimable personne aux pures lignes. — Trompée par les deux ! s'exclama Marie- Rose. Oh ! c'est trop ! Pan! Elle déchargea un autre revolver sur Gustave. Puis, doublement trompée, doublement criminelle, et voulant doublement expier, elle chargea deux nouveaux revolvers, el se manqua deux fois. 10 Charles et Gustave expirèrent le lendemain. Ce fut Brouchican qui commença. Il lit venir sa moitié de fils : — Mon enfant, ràla-l-il. je vais mourir. Tu me fermeras les yeux. Jean-Piërre regarda sa montre. LE FILS DE DEUX PÈRES. 231 — Papa, je ne suis ton fils aujourd'hui que dix-sept minutes encore... — Voilà! voilà!... balbutia le père. Kl il s'empressa de trépasser, redoutant, que son lils n'eûl que le temps de lui fermer un œil. UN CŒUR DE FEMME 1 Les courses donnanl peu en celle saison, Georges Crick, un amateur de sport, paria, un jour de canicule, qu'il se ferai! aimer par n'importe quelle jolie femme de Paris qu'on voudrai! bien lui désigner. Le pari fui tenu el on lui désigna une charmante veuve de vingt-cinq ans : Blanche d'Al- temur. 2 Georges Crick, qui avait la prétention de connaître le cœur île la femme comme pas un, envoya le lendemain à la jeune veuve un petit UN CŒUR DE FEMME. 233 colis éclectique, composé de fleurs, de pralines el de bijoux. Rien. Le surlendemain, envoi d'une couronne de perles pour la tombe de son mari el d'un portefeuille garni de billets de banque. Rien. — Madame, dii le troisième jour Georges Crick à l'intéressante veuve, je suis beau, chauve, assez, bête, pas trop mauvais cavalier, jejoue «lu violoncelle,j'ai quelquefois la goutte, j ai eu treize duels, je fais des sonnets, j'ai des aptitudes pour l'acrobatie et, étanl très gros, .1 offre une certaine surface aux femmes délaissées qui voudraienl me tirer des coups de revolver. Réfléchissez, Madame. Vous trouverez rarement autan) de qualités dans nu seul homme. Rien. — A nous les grands moyens, alors! monologua Georges Crick. Et il relui avec attention les poêles, dramaturges el romanciers qui passenl pour connaître le cœur de la femme comme leur poche. FANTASMAGORIES. 3 Il fit jeter la veuve à l'eau, une nuit, par un repris «le justice à sa solde. Quand Blanche fut au fond de la Seine. Georges, qui était aux aguets, plongea, rejoignit la malheureuse victime et, à force de dévouemenl et de courage, l'arracha à une morl certaine. La veuve n'ofifril pas sa main à son sauveur. Georges bondit. — Vous n'êtes doue jamais allée à l'Opéra- Comique, .Madame? rugit-il. Et, illuminé par une idée soudaine, il leva la main sur la veuve et se livra sur elle à d'ignominieuses voies de fait. Blanche ne lui fil pas la moindre déclaration d'amour. — Comment! au lliéàtre de Montmartre non pins? vociféra Georges. Mais dans quels endroits apprenez-vous donc à. connaître I; 1 vie, malheureuse? UN CŒUR DE FEMME. i Il se présenta chez elle une nuit, très grave et habillé de noir. — Adieu! lui dit-il d'une voix trémolante. Pensez à moi quelquefois. Blanche ne répondil point. — Demandez-moi si je me bals en duel, lui souffla Georges à demi-voix. Blanche haussa les épaules. — Eh bien! oui, Madame! vous avez deviné; je me bats! Oh! pas pour \otis, ajouta- l-il d'une voix pathétique, je n'ai jamais dil cela... Adieu ! soyez heureuse. Blanche sonna pour le faire reconduire par 'm domestique. — C'est trop fort! tonna Georges. Je me ' ); ils demain malin avec un gredin qui raconte . partoul que vous gantez du six trois quarts, r| vous ne me saule/, pas au cou pour attenter ;i ma vertu? C'est contraire à toutes les règles, Madame! Et il sortit \ ivement. FANTASMAGORIES. 5 Georges Crick fut grièvemeni blessé dans ce duc]. Il se lil présenter à Blanche sur un brancard. Les spectateurs de l'Odéon le croiront- ils? Blanche ne s'offril pas pour le soigner. C'est (huis la région du cœur qu'il avail été blessé. Un chirurgien lui mit un appareil en caoutchouc entre les côtes, pour essayer sur lui une découverte qu'il venait de faire. Ce duel et cel appareil en caoutchouc défrayèrent longtemps la chronique. Tous les journaux en parlèrent. Voyanl que le public étail avide de renseignements, l'un d'eux annonça gravemenf qu'on avail mis un cœur en caoutchouc dans la poitrine du blessé. Le lendemain, un journal rival annonça que tout le inonde le savait, que ce cœur étail en caoutchouc; niais ci; qu'on ne savait pas, c'esl que ce cœur battait à l'aide d'un mouvemenl d'horlogerie el qu'il fallait le remonter Ions les jours. On cœur de femme. 23- On ne parla que de cela et, les journaux étrangers aidant, on sul bientôl en Anlériqué qu'il j avail en France un individu donl le cœur en caoutchouc jouail un air de la Mascotte toutes les fois qu'il approchail d'une jolie femme. — Tiens! liens! se dil Blanche d'Altemur en lisanl ces détails dans son journal. Et, à l'instar d'une foule d'Anglaises, de Hottentotes et de Papouasiennes qui se proposaient de passer les mers, Blanche résolul d'aller faire une visite à ce phénomène. li — Pas de femmes ici ! s'exclama le médecin '■n voyanl arriver la jeune veuve. — Est-ce que ça lui ferai! " avaient offert des bouquets tricolores. L'II0 MM K-MANNEQUIN. 241 •) —■ Ouf! je suis rompu! s'écria le grand homme, vers les trois heures de l'après-midi. Et, ['échine cassée par les courbettes, la tête déséquilibrée par les accolades, les mains enflées d'applaudir aux fanfares, il s'affaissa sur un canapé. — Maître, cria en ce moment un des plus fervents disciples de Cabalistras, voici la délégation des Femmes-Colosses qui s'avance, il esl 'odispensableque vous apparaissiez cl que vous adressiez quelques paroles bien senties à la foule. ■— Faites donner le mannequin! soupira le S r and homme. Moi. je n'en peux plus! Et, selon ses ordres, on lil donner le nnin- nequin. o a Le mannequin, c'était un Cabalistras en cire. a ^iculé el parlant, que le vrai CabaU&tras, qui à voir son nom imprimé dans les jour- \ \ 212 FANTASMAGORIES. naux le plus souvenl possible, envoyait à su place aux premières, aux inaugurations de statues el aux diverses solennités officielles où il suffisait de figurer, lorsqu'il n'avait pas le temps de s'y rendre lui-même. Une fière invention, ce mannequin. Le Cabalistras en cire représentait d'ailleurs très dignement le Cabalistras en chair et en os, et jamais les reporters n'avaient eu à signaler quoi que ce fût d'incorrect dans sa tenue. Deux disciples du Maître ouvrirent donc un placard, en sortirent un bonhomme en habit noir, lui mirent un rouleau dans le ventre, — le rouleau accolades et ovations, — montèrent un mécanisme dissimulé dans le dos — rou. rou! rou! — et poussèrent le mannequin vers le balcon. — Vive Cabalistras,! crièrent à la lois dix mille gosiers. Le mannequin s'inclina, et d'une voix p iir ~ faitemenl imitée : — Flat-té ! très flat-té ! dit-il, Puis, à petits intervalles, tandis qu'on l" 1 L'HOMME-MANNEQUIN. 2*3 jetait dos bouquets, des palmes ou des couronnes : — Mer-ci! mer-ci!... Ce beau jour... souvenir ineffaçable dans mon cœur!... Mer-ci!... Très flatté!... Kl enfin, comme l'orphéon des sages-femmes de Montmartre entonnai! mi << hymne à Caba- listras », composé pour la circonstance : — Bra-vo ! bra-vo! bra-vo! fit le mannequin en applaudissant correctémenf avec ses mains. Et il rentra, en disant plusieurs fois à la foule délirante : — Je vous bénis! je vous bénis! | Or, Cabalistras, le vrai, — qui, pour mieux ê tre à l'abri des importuns , s'était re- dans l'appartement réservé à sa femme, — donnait [paisiblement sur un sofa, lorsqu'il fut, réveillé en sursaut par des baisers Retentissants qu'on se donnait dans la pièce voisine. % I i F A X T A S M A G 0 RIE S. — Est-ce qu'on ne peu! pas aller s'embrasser plus loin? grommela-t-il. [ntrigué, il fit quelques pas silencieux, pour voir d'où provenait ce bruit insolite. Il recula tout h coup. — Ciel ! ma femme avec un de mes admirateurs ! s'écria-t-il. Et, philosophiquement, après avoir réfléchi une seconde : — Pourvu qu'ils ne sachent pas que je les a i vus ! Et il s'en alla, discrètement, sur la pointe des pieds. 5 Il passa dans une pièce à côté, puis dans Une seconde, puis dans une troisième. Mais, par une fatalité sinistre, sa femme et son admirateur y passèrent après lui. — Ali! plus d'issue! constata-t-il avec terreur, en arrivant dans la chambre h coucher de son épouse. Il VOUlul se cacher derrière la porte. MaiS une glace trahissait sa présence. 11 voulut se L'HOMME-MANNEQUIN. 245 glisser sous un guéridon. Mais des rhumatismes l'eu empêchèrent. — Sapristi! ils vont me surprendre! se dit Cabalistras eu frissonnant. Oh ! c'est ter- rible. Perdu! Déshonoré! Obligé de me battre! Criminel que je suis!- Ça m'apprendra! Et, tremblant sur ses jarrets, il s'arrêta tout à coup. 6 — Ciel ! mon mari! dit M"" Cabalistras avec un cri étouffé. — Où? demanda l'admirateur du maître. — Là! dans ce coin! .Nous sommes perdus! Et ils restèrent cloués sur place., Mais Cabalistras aussi restai! cloué... Et alors un double éclat de rire retentit soudain. — H ne bouge pas !... C'est son mannequin ! 8e direnl les amoureux. Et ils entrèrent sans crainte. — Mon mannequin!... réfléchit l'illustre 14. lUi PAN T A S M A G 0 RIES. mari. Quelle idée!... Mais oui, tout est sauvé!... Merci, mon bien! 7 — Flat-té ! très flatté ! dit Cabalistras en saluant les deux amants. Ceux-ci redoublèrent de rire. — Ah ! bien ! c'est le rouleau « accolades et ovations ». Ça va être drôle. Kl ils fermèrent la porte à double tour. — 0 mon ange ! lança l'admirateur, ô ma Su/anne !... — Très flat-té 1 mer-ci! continua le mari, dont les poings se crispaient. Et il regarda imperturbablement son disciple, qui embrassait M"" Cabalistras sur les deux joues. — Tiens ! il ne parle [plus ! dit tout à coup Suzanne un peu rougissante... Est-ce que?... Cabalistras roula des yeux féroces. — Ce beau jour... Mer-ci ! merci ! dit-il, en claquant des dents. L'HOMME-MANNEQUIN. '247 — Si nous le mettions dans un placard ! risqua l'admirateur. — Oli! non, mon André! c'esl trop amusant. Tiens, écoute-le : Et elle mit ses bras autour du cou de >-«>u amant. Cabalistras crut devenir enragé. Quelle épreuve, Seigneur ! — Je vais aller le remonter! dit sou épouse. Le rouleau doil être épuisé. Elle tendil son cou à baiser. — Bra-vo! bra-vo! bra-vol rugit Caba-- listras dont les yeux prenaient un éclat de folie. Et cela fui dit d'une voix si folie, si déscs- Pérée, si étrange, que les deux amoureux se regardèrent, ahuris, et se mirent à trembler... 8 Use passa ainsi plusieurs secondes,peut-être Prieurs minutes, où rien ne remua, où personne ne parla, où tout le monde claquait des ( ' e 'its. Situation tragique. 248 FANTASMAGORIES. \il l'on vit les cheveux du mannequin se hérisser sur son crâne. Ils s'approchèrent... — Il sue à grosses gouttes! cria Suzanne! Si ce o'étaii pas... Les amants s'approchèrent, ils allèrent regarder le mannequin sous le nez. — .levons bénis!je vous bénis! râla Caba- listras. Kl à leur grande stupéfaction, il se dirigea rapidement vers la porte. — Dieu ! crièrent les deux coupables, glacés d'épouvante. El ils tombèrenl évanouis. 9 Et Cabalistras se mit à fuir alors, à fuir éperdument, le long des couloirs, des galeries, des escaliers. — Vive Cabalistras ! entendit-il tout à coup. C'étail la foule, cent mille admirateurs qui l'acclamaient. L'HOMME-MANNEQUIN. 240 Il s'arrêta, il regarda autouu de lui d'un regard affplé, — Hein, quoi ! je suis... niais oui, le mannequin!... Flat-té! très flat-té!... décla- ma-t-il. Et ne sachant plus s"il était un homme ou un mannequin, il se mit à courir vers le balcon. — Vive, viVe Cabalistras ! criait la l'oule. Cabalistras tira un revolver de sa poche, l'an ! pan ! pan ! Trois détonations retentirent. Et le mannequin, qui saluait la foule, tomba à terre, sa cervelle en carton-pâte traversée par trois balles. -— Eh bien, quoi? hurla Cabalistras, —le vr ai, — s'il csl déshonoré cet homme! Il a bien ''' droil de se suicider. Ht, se figurant qu'il s'élaif tué lui-même, il s abattit sur le parque) — fou. 10 — Diantre! diantre! s'exclama le directeur de la maison d'aliénés à qui l'on remil Caba- 251) FANTASMAGORIES. listras, quelques iuslauls après. Eli voilà HH qui ;i dû passer- par de terribles angoisses! Kt l'on remarqua en effel que les cheveux points. Ce fut sa perle. ( >n uoniina un avocat bien Qîoins habile à sa place, quand le mandai n s tré dans la daine. L'HOMME AU BILBOQUET. 2 ;i 7 7 Se sentant venir le goûl de la Camille, il épousa cette dame toute ronde sur ses vieux jours. Après la noce, la mariée voulut monter en ballon dirigeable. Guy ne vit pas d'inconvé- ûienl à cela. <»n partil de l'usine à gaz de la Villette. Le ballon,plus ou moins dirigeable,(Mail toutrond. Tout à coup, Guy poussa un cri : — Laissez-moi manœuvrer! dit-il à l'aéro- oaute. Et il fit dégringoler le ballon vertigineusement vers les Tuileries. — Nous sommes perdus! cria l'épousée. Guy, recommandons notre âme à Dieu ! Mais Guy ne prit garde à ses paroles. Il manœuvra fiévreusement, les cheveux hérissés d'enthousiasme. — Un ! cria-t-i) d'une voix triomphale, en foisanl tomber le ballon sur le sommet de la colonne Vendôme. 2r.S FANTASMAGORIES. Et il dirigea l'aérostat vers la colonne de là l>aslille. Miiis l'énorme boule ronde dévia, et Guy rala, hélas! ce second et gigantesque coup de biiboquel. 8 Trois mois après. I ii soir. Guy rentrait chez lui, en jouant du bilboquel , comme toujours. Au moment, où il sonna, il en était à son 456° point. - .le suis rudement en veine aujourd'hui! se dit-il. La bonne ouvrit. — 457 — compta Guy qui continuait sa série. II passa dans le salon. — 458... 11 se dirigea vers le boudoir de sa femme _ 459 _ 400... Il ouvrit une porte, L'HOMME Al BILBOQIÎET. 259 — 461... ei vil — 462... sa femme dans les bras d'un autre. — 463 — 464 — 465. — Ciel! cria Guy, emporté par un noble courroux. — 466... Les coupables voulurenl fuir. Restez là, misérables! cria l'époux outragé, qui étail décidémenl en veine : — 467 —468 —469— 170... Les coupables, ahuris, ne sureni quelle contenance prendre. — 471... (; n\ saisi! un revolver de la main droite, ;i l"'cs avoir déménagé son bilboquel dans sa main gauche... — 472... { 'l déchargea avec indignation les six ( '"U|,s. — 473, 174, 47... 11 le rata, le 175. ~~ Anathème! criaGuy. Avec la main droite, 200 FANTASMAGORIES. j'aurais encore fait 150 points, la plus belle série de ma vie. Et de désespoir il prit un second revolver et sé lit sauter la tête. 9 Par une gracieuse attention de la 'Providence, elle sauta d'un bloc, cette tête, et elle retomba ensuite vers le trône qu'elle venait de quitter. — Un! balbutia le philosophe Guy, qu> croyait commencer une série nouvelle. LA STATUE VIVANTE 1 Un jour, la funèbre nouvelle arriva : « Le bruil cour! que l;i mission Laniscard a été attaquée par des peuplades sauvages du Soudan. La colonne entière aurai! été massacrée. » (Origine anglaise.) Six mois après, la nouvelle était quasi confirmée. Un an après, un comité se formait pour organiser toutes sortes de choses an bénéfice de la veuve Laniscard. o — Ce capitaine Maurice Laniscard, quel homme! écrivit alors un ami du défunt. tx. 2112 FANTASMAGORIES. — Un homme détalent, qui a écrit plusieurs chefa-d'œuvre. Monsieur! riposta un deuxième ami. i — Comment, un liomme de talent? dites donc un homme de génie ! s'exclama, un troisième. Et un quatrième de dire : — Oui, de génie, Messieurs. Et de génie méconnu. Car, si Laniscard a embrassé la carrière des armes et s'il est parti pour l'Afrique centrale, c'est dans un moment de découragement littéraire ; j'en ai reçu la confidence, moi, Joseph Nimportequi. Élevons-lui une statue I répondirent les amis eu chœur. Kl l'érection d'une statue fui décidée. 3 • — Tiens, liens ! se dit, en débarquant à Marseille et en lisant tous ces détails dans un journal, Maurice Laniscard, qui se portait comme vous et moi. LA STATU 10 VIVANTE i Le capitaine avaii eu seulemenl le nez enlevé par un anthropophage quelconque. Cela lui donnai) un air singulier qui a'allai I pas trop mal avec son caractère bizarre. Aussitôt ;'i terre, il s'informa, à propos de cette statue qu'on lui élevait, avant la lettre de l'aire part. Une statue en marbre s'il vous plaît, et minutes et demie. Donc... — Donc? — Suive/ bien mon raisonnement. Pour la pendule que voici, 3 heures 15-f-lO minutes de retard = 3 heures 55, heure à laquelle s'est produit l'acte qui vous.esl reproché, n'est-ce pas? — Oui, répondirent les autres légèrement ahuris. — Pour la pendule là-bas, .'{ heures 50 4" <} minutes et demie de retard = 3 heures 56 minutes et demie, heure à laquelle te jugement a été rendu. Done.. ; ON NE BADINE PAS AVEC L'HONNEUR. 273 — Donc?.. — Vous m'avez déshonoré pendant une mi- Qute ei trente secondes! — Horrible! s'écrièrent lesdeu\ coupables en se préparant à mourir. Kl, Florentin s'arma du revolver vengeur. 7 Mais, au moment ou il allait l'aire feu, M""' Barlock poussa un cri. — Un mot! implorà-t^elle. — Dites, Madame. — L'heure d'ici n'est pas la même que celle du tribunal. .Nous retardons forcément de quelques instants. — Pourquoi ? — Puisque nous sommes à l'Ouest. — Ces! juste ! — Calculons ce retard. Etlestroispersonnages,d'unemainanxieuse, prireni des cartes de géographie, relevèrent le degré de longitude du tribunal, le degré de longitude de la maison, calculèrent combien la 270 FANTASMAGORIES. différence représentait de temps, et trouvèrent pour l'écart une minute et demie. Ils jetèrent un cri tous les trois. — Mais alors... C'est au même moment que l'acte et le jugement ont eu lieu! s'exclama le mari de |>lus en plus perplexe! Quelle situation, grands dieux ! Et ils se prirent le front dans les mains tous les (rois, pour méditer sur ce cas extrêmement grave, 8 Tout à coup le mari se leva, les traits à demi contractés. Les deux accusés, abasourdis, se levèrent à leur tour. — Combien de temps a duré la perpétration de l'acte incriminé? demanda le mari. — Heu... mettons 3 minutes. — 3 minutes. C'est clair ! gronda le professeur de mathématiques d'une voix à demi farouche. Il j a donc eu une minute et demie ON NE BADINE PAS AVEC L'HONNEUR, m délictueuse e| une minute el demie licite. Les trois minutes entières constituant le déshonneur, une minute et demie constitue le déshonneur di\isé par 2. Je suis déshonoré à moitié! Je dois \<>us hier à moitié el me faire sauter la moitié de la cervelle ensuite ! — Oh!... clamèrent les deux demi-coupables. El leurs dents se mirent ;ï claquer comme des castagnettes, 9 — Kélléchissons! reprit le mari, donl les yeux écarquillés prenaient une expression étrange. Je dois vous couper le cou à moitié, °u bien — oh ! quelle galère! — vous enlever il chacun un bras, une jambe, une oreille, un •sil — quelle galère ! — la moitié de ta bouche, ' ;| moitié de... — quelle ga... ga... gaga... — Gagal gaga ! répondirent les deux autres, t! " poussant des cris d'animaux féroces et en Sl ' mettant à parler politique. 10 278 FANTASMAGORIES. 10 Et, le lendemain, on l<;s enferma tous les trois dans un hospice de Ions, — où ils réfléchissent encore sur leur horrible et insoluble eus. TRAGIQUES ET MÉMORABLES AVENTURES DE FORTUNÉ FOLINAS 1 Ce jour-là, '2Ï> septembre de l'année... mais qu'importe? L'histoire suivante est toujours vraie, — h quatre heures de relevée, sur le boulevard Haussmann, Fortuné Polinas était heureux. Voici pourquoi : 1° Il faisait beau. '2" Ses bottines ne le blessaient |>as. 3° Une jolie femme, qui venait de passer, I avait regardé d'un œil complaisant. \ oilà les raisons principales. U ) eu avait sans doute beaucoup d'autres, 281) FANTASMAGORIES. (elles que la lionne santé (les siens, la hausse des fonds, la conscience du devoir accompli, etc., etc. Mais (oui cela, c'est des détails; ei le bonheur le plus pur qu'un homme ail jamais ressenti vient peut-être de ce que son gilel ne l'étouffé |>as trop, de ce qu'il (ail chaud lorsqu'il esl sorti sans pardessus, de ce qu'il pleut lorsqu'il esl sorti avec sou parapluie. eJ de mille autres futilités de la plus liante importance. 2 Oc, au moment où il confisait pour ainsi dire dans du bonheur, Fortuné Kolinas eut une idée subite qui devait, hélas! lui ('Ire fatale. — Si je prenais l'omnibus? se dil-il. Folinas étail trop ambitieux. L'omnibus convoité arriva. I lomplel. 3 Cela n'a ['air de rien. Kl c'est énorme. Des écroulements d'empires, soyez-en persuade, AVENTURES DE FORTUNÉ FOLINAS. 28) n'ont jamais eu de cause première plus importante. Folinas fut très vexé. Il eut de grands gestes. — Eh! c'est dégoûtant! gromiuela-t-il. Et il lit des moulinets inconscients avec sa canne, comme pour se venger sur les objets environnants de ce que l'omnibus avait été complet. — Non, Monsieur! non! déclara-t-il avec éclat à un camelot insinuant qui lui tendait un prospect us. Donner un coup de poing à Jean, cela console toujours un peu d'avoir reçu un coup de pied de Jacques. Et, comme on voyail rouler sur le trottoir étroit une grosse dame aux formes rebondies qui menaçait de renverser les devantures, Folinas aiguisa perfidement ses coudes et refusa de s'écarter pour lui livrer passage. — ... Mais, Monsieur] — Ehl Madame, il fallait... Folinas chercha. le. 2X2 FANTASMAGORIES. — ... prendre l'omnibus! acheva-t-il en éclatant de rage. 4 Il s'achemina donc vers su demeure. C'était toul là-haut, rue Rochechouart. Kl toul à coup Fortuné Folinas devint pourpre. — Ah! bien, il ne manquait plus que cela! gronda-t-il en se croisant les bras. Ah ! c'était terrible, en effet. Là, dans sa bottine, sous l'orteil gauche, Monsieur ! il sentait un don. Il continua quand même. A chaque pas, le clou semblait grossir. A-t-on jamais va cela ? Soudain, au détour d'une rue, Folinas trouva un marchand de marrons qui s'inslal- — Déjà ! réfléchit-il. Voilà donc l'hiver. Puis, cherchant son porte-monnaie dans sa poche : — .levais acheter quatre sous de ces primeurs pour ma femme. AVENTURES DE FORTUNÉ FOLINAS. 28:1 El il interpella vivement le rôtisseur dé mar-* rons. Une chose terrible encore, tenez!... Il n'y en avait pas pour quatre sons de cuits! Oh! la fatalité! 5 Folinas attendit. C'était à côté d'un marchand de vin. Un ivrogne sortit qui le heurta. Le chapeau in<;! Un bouton qui saute à ton pantalon, el une bretelle qui casse dans ton dos, el une voilure qui l'éclaboussé, et une poissarde qui l'empeste, et un monsieur qui ne te salue pas assez, et une dame EI,'X l'KKES............... JJo UN CIEL R DE FKMMK................. L II O H M E - M A N N E y U I N................ 2111 L HOMME AU Kl Lllliyl ET.............. La statue vivante................. Jl> I • •n ne iiadine pas avec l'honneli:........ 2711 Tragiques et mémorables aventures i>e For- tune Folinas.......... ......... :!"' '"',| a i —Les Loisirs d'uu hussard.—Jo"^. d'un officier malgré lui. — Le » teur Ignace. THEUR1ET (André). - La Maison deux Barbeaux. — Les Mauvius f nages. —Sauvageonne. —Micuei neuil. — Eusèbe Lombard. VALLADY (Matyas). — Ml magne. VAST-RICOUARD. - C, tire .A»--^,, -Séraphin et C".- l; VW»« > — La Jeune Garde. - ■» u***^ \,e Vierge. — Le Chel do G- u Diable à quatre. ,„ \lei"l e VAUTIER (G.). - Le Pays d" blanc. — La Guerre aux inai 's. VIRET (Zenon). - Paul Brujcrc. d „ V1TU (A.). - Les Mille et une ^' v( , llt e). théâtre. (Quatre séries sont en "*. — Sophie-Adélaïde. .l'A»»- Ub» r *£' If ie» in- ni |«i lier Ile- M'- je. I» do »)• l'Uii