LA PROVINCE PARIS E T LA PROVINCE « PARIS. — J. CLAYH, IMPRIMEUR RUE SAINT-BENOIT, ~. PARIS ET LA PROVINCE PAU HENRY MONNIER PARIS (iARNIEH FRÈRËS, L1BRAIRES-ÉDITEUR 6, HUE DES SAINTS-PKRBS, ET l'A L A I S-UO \'.\ L , 2 1 5 1806 HENRY MONNIER Henry Monnier est une des originalités les plus tranchées de ce temps-ci. — Bien avant le daguerréotype et l'école réaliste, il a poursuivi et atteint dans l'art la vérité absolue. Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable, est une devise qu'il pourrait faire graver sur son cachet comme la sienne, car il s'y est toujours conformé. 11 faut avoir une rare puissance pour suivre avec rigueur un tel parti pris du bout à l'autre d'une carrière qui commence à être longue et qui s'est développée sur une triple voie : celle de l'artiste, celle de l'écrivain et celle de l'acteur. Henry Monnier a commencé par faire le cro- n 2 HENRY MONNIER. quis des types qui le frappaient et dont il saisissait en quelques coups de crayon les gestes, les habitudes, les angles sortants et rentrants, les tics, les cassures, tous ces signes que le vulgaire n'aperçoit pas, et qui, pour l'œil observateur, sont des révélations de caractère ; ensuite, non content de cette reproduction muette, il a parlé ses dessins dans des charges devenues célèbres; — nous disons charges pour nous servir du mot consacré, car rien n'y ressemble moins que ces moulages sur nature exécutés par un procédé dont Monnier seul a le secret. C'était d'abord comme une sorte de légende de la caricature. — puis l'artiste réunissant plusieurs types en a formé des scènes d'un comique irrésistible, où il imitait la voix des différents acteurs. Ensuite il les a écrites en les amplifiant et en les perfectionnant, car la parole est ailée et l'impression reste. Non content de cela, il les a jouées sur le théâtre avec une per- ^■^^^■i HENRY MON NI l<: II. 3 fection incisive et froide qui rappelle i'erlet, le plus physiologiste des acteurs; — peut-on mettre cependant Monnicr à côté de Potier, de Ver- net, de Bouffé et autres illustrations du genre? Non, car il ne représente pas une action dramatique, mais des idiosyncrasies particulières, des types observés, des natures spéciales, des originaux existant par eux-mêmes et qui demandent un cadre à pari ; aussi réussit-il plus que personne dans les pièces à tiroirs comme la Famille improvisée; là, il est à son aise, il se carre, il se développe, il se transforme quittant les bottes et le brûle-gueule du marchand de bœufs pour le soulier à boucles de marcassitc et la tabatière d'or du vieil épicurien, qui a beaucoup connu la Duthé. Henry Monnicr est pour lui la toile blanche sur laquelle il peint son personnage. Son individualité propre disparaît alors tout à fait sous les couleurs dont il la recouvre. Il se métamorphose des pieds à la tète ; il a la chaussure et 4 HIÏNRY M0NN1ER. la coiffure, le linge et l'habit, la figure et les yeux, la voix et l'accent du type qu'il veut rendre ; la ressemblance est extérieure et intérieure, c'est l'homme môme. Labruyère et La- rochefoucauld, ces impitoyables anatomistes, ne plongent pas le scalpel plus avant dans une nature. Telle douillette d'Henry Monnier vaut une page des Caractères; telle façon de serrer le tabac entre le pouce et l'index, un alinéa des Maximes. Si cela est ainsi, comment se fait-il que Monnier ne soit pas le plus grand peintre, le plus grand écrivain et le plus grand acteur de l'époque? — La nature n'est pas le but de l'art, elle en est tout au plus le moyen : le daguerréotype reproduit les objets sans leurs couleurs, et le miroir les renverse, ce qui est déjà une inexactitude, — une fantaisie, comme diraient les réalistes; il faut, à toute chose exprimée, une incidence de lumière, un sentiment, une touche, qui trahissent l'âme de l'artiste. Henry HENRY MON NIER. Monnier ne choisit pas, m'atténue pas. n'exagère pas et ne fait aucun sacrifice ; il se gardera d'augmenter l'intensité des ombres pour faire valoir les jours. Ses portiers sont des portiers, rien de plus; il ne leur donne pas ces fantastiques laideurs, ces haillons richement sordides, ces teintes de vernis jaune que les Flamands prêtent à leurs magots ; il ne fait pas cuire dans leur loge ce hareng saur de Rembrandt, dont la fumée colore de chaudes teintes blondes les vitres sales, les linges rances et les murailles bitumineuses. Derrière le poêle où se cuisine le miroton, aux poutres d'où pend la cage de l'oiseau, il n'accroche pas ces ombres douteuses et rousses qui ont l'air de chauves-souris ou de gnomes assis sur leurs articulations ployées ; ses portières sont purement ignobles. Il ne les hausse pas jusqu'à la truculence en appuyant un croc de sanglier sur une lèvre calleuse comme en ont les vieilles des Tentations de saint Antoine de Téniers ; ses bourgeois, — et 0 HENRY MONNIER. nul no les a peints plus juste, pas même Balzac, — vous ennuient comme des bourgeois véritables par d'intarissables flots de lieux communs et d'âneries solennelles. Ce n'est plus de la comédie, c'est de la sténographie. Cependant, de toutes ces silhouettes découpées sur le vif, se détache majestueusement la figure monumentale de Joseph Prudhomme, élève de Brard et Saint-Omer, assermenté près des tribunaux, si connu par sa calligraphie et son euphémisme. Joseph Prudhomme est la synthèse de la bêtise bourgeoise ; il semble qu'on l'ait connu et qu'il vient de vous quitter en vous secouant la main et riant de son gros rire satisfait. Quel magnifique imbécile! Jamais la fleur de la bêtise humaine ne s'est plus candidement épanouie ! Est-il heureux, est-il rayonnant! comme il laisse tomber de sa lèvre épaisse ses aphorismes de plomb qui feraient prendre le sens commun en horreur; Joseph Prudhomme, c'est la vengeance d'Henry Monnier, il s'est dé- HENRY MON NIER. 1 dommage sur lui des ennuis, des contrariétés, des humiliai ions et de toutes ces petites souffrances que les bourgeois causent aux artistes, souvent sans le vouloir. — Cette fois, seulement, il est sorti de son impartialité glaciale, il s'est échauffé, il s'est animé, il a chargé le trait, il a outré l'effet, il a composé enfin. — Prudhomme, malgré son extrême vérité, n'est plus un calque, c'est une création. Balzac, qui faisait le plus grand cas de Monnier, a essayé d'introduire Prudhomme dans sa Comédie humaine sous le nom de Phcllion (voir les Employés), l'hellion sans doute est beau avec sa tète de bélier marquée de petite vérole, sa cravate blanche empesée, son vaste habit noir et ses souliers à nœuds barbotants ; mais sa phrase : « H se rendra sur les lieux avec les papiers nécessaires, » ne vaut pas : « Ce sabre est le plus beau jour de ma vie ! » Toutes les fois que Monnier joue, il attire au théâtre un public spécial d'artistes et de cou- S HENRY MONNIlilt. naisseurs, mais son jeu est trop fin, trop vrai, trop naturel pour amuser beaucoup la foule. Les Prudhommes de la salle son! étonnés de voir rire de celui de la scène : ils ont des idées pareilles, ils s'expriment ainsi et s'étonnent qu'on trouve ces façons ridicules. Monnier, lui-même, à force de vivre avec sa création, en a pris les allures, les poses, les tons de voix et la phraséologie, et souvent à la conversation la plus spirituelle il mêle sérieusement une période a la Joseph Prudhomme ; de même qu'en écrivant un billet, il ajoute à son nom le triomphant paraphe du maître d'écriture qu'il a illustré. Qui n'a lu, dans les Scènes populaires, les Plaisirs de la campagne et le Roman chez la portière? M" 10 Desjardins est immortelle comme M m ' Gibou et M ine Pochet. Ce bonnet dont les barbes flasques s'agitent comme des oreilles d'éléphant flotte dans toutes les mémoires, et personne n'a oublié la Lyonnaise si préoccupée du sort des petits .oiseaux pendant l'hiver. Les HENRY MONNIER. 9 Plaisirs de la campagne sont une antiphrase, comme vous vous en doutez bien; les paysans d Henry Monnier ne sont pas des paysans d'e- gloguc, ils sont voleurs comme des pies, avares comme des griffons, malins comme des renards, diplomates à rouer Talleyrand; et quelle campagne ! une campagne de banlieue, une campagne pavée, poussiéreuse, sans ombre, sans mystère et sans loisir, qui vous donne l'envie d'habiter un entre-sol rue de la Chaussée d'Antin ou une mansarde sur le boulevard Montmartre ! THÉOPHILE GAUTIER. 1. GUET-APENS PERSONNAGES. BRETON. M m0 BRETON. M me DESRIOLLES. FÉLICITÉ. La scène on province, dans une petite ville. UN SALON. UN GUET-APENS P.RETON, M.VDAlME BRETON, FÉLICITÉ. Madame Breton raccommode une culotte, M. Breton fait du filet, Félicité debout, des eflets sous le bras. MADAME BRETON. Gela n'est pas croyable. Comment ils seraient déjà... FÉLICITÉ. Dénichés ; au coup d'six heures, y montaient en voiture. MADAME BRETON. Hier, il n'a été nullement question de cette partie. FÉLICITÉ. Faites excuse, madame a dit à table: Demain, s'il fait beau, nous irons à Tourbes. MADAME BRETON. Je sais qu'ils devaient y aller, il en a été ques- 14 UN GUET-APENS. tion, mais j'étais à cent lieues de croire que ce fût aujourd'hui. FÉLICITÉ. C'est p'têt' à cause que vous n'aimez pas d'aller en cariole, qu'on vous en a rien dit. -MADAME BRETON. m Si vous voulez que je vous dise, je n'en suis paS folle. (Après un moment de silence pendant lequel madame Breton a donné des signes d'impatience.) FÉLICITÉ. Madame ! MADAME BRETON. Vous m'avez fait peur. FÉLICITÉ. V viens d'batt' les effets de monsieur. MADAME BRETON. Ils en avaient besoin. FÉLICITÉ. Ça, oui! MADAME 11 BETON. Il est toute la journée dehors. FÉLICITE. Faut-y les monter dans vot' chambre ? UN GUET-APENS. I» M \ DA \I E lî BETON. Je n'y vois pas d'inconvénient. V ÉLICITI. Madame n'a besoin de rien ? \l \ DA M E B BETON. Je vous remercie. FÉLICITÉ. A quelle heure que madame veut déjeuner? MADAME BRETON. Gomme à l'ordinaire. FÉLICITÉ. Si madame ne voulait déjeuner qu'à midi, ça m' rendrait fièrement service. MADAME BRETON. Va pour midi, pas plus tard. ri licite. Ça, par exemple, j'vous en réponds. MADAME BRETON. Quand reviennent les maîtres de ta maison, n'est-ce pas ce soir? FÉLICITE. Us l'ont promis, mais vous savez, j'y compte pas. 16 UN GUET-APENS. M ADAM!'. BRETON. Ils ne sont pas de parole. FÉLICITÉ. C'est pas ça, madame, quand elle est dans un endroit, c'est le diable pour l'en démarrer. — Madame a plus rien à me commander? MADAME BRETON. Pas pour le moment. FÉLICITÉ. Sans adieu. M LDA.M E 11 RETON. Au plaisir de vous voir. BRETON, MADAME BRETON. B R E TON. Eh ben? MADAME BRETON. Eh ben oui, que veux-tu que j'y fasse? Je trouve qu'ils en prennent fort à leur aise. BRETON. Encore une école, madame Breton, encore une école. UN OUKÏ-M'IÎNS. H • M \ m M E BB ETON. On apprend tous les jours, et en définitive on n'est pas plus savant. Fais-moi le plaisir, quand tu verras madame Boulin, de lui demander si je n'avais pas comme un pressentiment de ce qui nous arrive ? BRETON. Toute la vie tu as eu peur de ton ombre. MADAME BRETON. Chat échaudé craint l'eau froide, et j'ai tant et tant été écliaudée, qu* je suis venue ici comme un chat qu'on fouette. BRETON. J'étais loin, je t'avoue, à m'attendre à ça. IIADA M E BRETON. Tu as un tort, monsieur Breton. IÎRKTON. J'en ai ben d'autres. MADAME 1ÏRET0N. Un surtout que je trouve capital, tu es trop confiant. 1SR13TON. Je juge tout le monde à mon point de vue. 18 UN GUET-APENS. Al A DAME BRETON. Voilà où je t'attends. I!R ETOX. Chaque fois que je rencontrais M. Tripolin, il m'abordait toujours en me rabâchant la même chose : « Ah ! çà, — quand donc viendrez-vous nous voir? arrêtons un jour, ma femme serait si heureuse de vous posséder. » MADAME BRETON. Elle nous l'a bien prouve. B BETON. « Elle s'en fait une fête », c'était, en quelque sorte, à titre de service qu'il nous priait d'y aller; puis, s'il était un mois sans me rencontrer, vite il me décochait un mot, pour me rappeler la promesse ; bref, de guerre lasse, je me suis laissé endoctriner, et franchement, je ne m'en souciais guère plus que toi. MADAME BRETON. A ta place, j'aurais tenu bon. BRETON. Tu eusses fait comme moi. UN GUET-APENS. 19 M ADA M E li li E TON* Je ne crois pas. un li TON. Tu t'y serais laissé prendre ; d'après ce qu'il me disait, je croyais, en venant le voir, lui rendre service et ma présence nécessaire à son repos. MADAME BRETON. Et à peine arrivés, il n'est sorte de misères et d'avanies qu'ils ne nous aient faites! Je t'en fais juge. BRETON. Il est certain... MADAME l!lil''.T<>\. Monsieur Breton... BRETpNi Chère amie? MADAME BRETON. Nous avons commis une faute. BRETON. Tu crois. M IDA M E li RETON. Une très-grande faute. BRETON. Laquelle, s'il vous plaît ? ii) UN GUKT-APENS. MADAME BRETON. Nous aurions dû les prévenir. I! lî BTON. Nous n'avons nullement à les prévenir, ne nous avaient-ils pas dit : « Venez quand il vous plaira, vous serez là-bas comme chez vous, chacun vot' chambre. » MADAME BRETON. A quoi lion! Ils savent parfaitement que nous n'avons jamais fait qu'un lit. Non, ce n'était pas le moment. Voilà tout, nous n'avons point saisi le joint. BRETON. En définitive, chère amie, ils ne nous ont pas battus. MADAME BRETON. Du train dont ils y vont, ça ne tardera pas si nous ne décampons au plus vite, ils y arriveront. Rien ne m'étonne plus, aujourd'hui; je périrais sur l'échafaud, ça ne me surprendrait pas. BRETON. Moi bien. MADAME BRETON. Mais où nous sommes-nous fourrés, mon petit ■MMP ■■-tk^^':'":. HHnHfll UN GUET-APENS. M homme, où nous sommes-nous fourrés? Ces gens- là nous en ont-ils fait assez? Jusqu'à nous défendre de cueillir une grappe à leur treille. B 1! ETON, Je ne m'en suis pas fait faute. M \ DA ME BRETON. Le jour où tu n'as pu sortir... BRETON. Lundi dernier. M Al) A ML BRETON. Ils ne te l'ont pas mâché. D'abord leur raisin, ils le vendent. B li ETON. Fallait nous le dire. .MADAME BRETON. Nous leur en aurions acheté, (sa levant.) Voilà tout ce que je peux faire à ta culotte. (s« regardant dam u «uico.) Vois un peu comme je suis attifée ! Je leur aurais donné ce qu'ils auraient voulu de leur raisin! BRETON. Us n'ont pas osé. MADAME BRETON. Tu sais si je l'adore. 22 UN GUEÏ-*Al'ENS. BRETON. Pas plus que moi. MADAME BRETON. J'ai toujours aimé les fruits! J'eusse été homme, j'aurais passé toute la belle saison sur les arbres, à manger des abricots. BRETON. Moi aussi. J'aurais une grande fortune... M \ n A M E B II E T ON. Je ne te la souhaite pas : bon comme tu es, tout le monde te grugerait, c'est à qui te dépouillerait. BRETON. Ma maison serait la maison du bon Dieu. MADAME BRETON. Tu ferais connue les autres. BRETON. Chacun irait, viendrait, en ferait à sa guise. MADAME BRETON. Je ne crois pas ça. BRETON. Voilà comme je comprends la campagne, avec des coqs, des poules, des vaches, des canards et UN GUET-APENS. 23 des lapins ! J'ai eu beau chercher, depuis que nous sommes ici, je n'en ai pas trouvé la queue d'un. M \ DA M E BRETON. Mais où sommes-nous? Dans un trou. Bfl ET ON. Avec tribunal, sous-préfecture, justice de paix, bureau d'enregistrement et marché tous les ven- dredlS. (On frappe.) Kntl'ez! MADAME BRETON. N'entrez pas, un moment; que j'arrange mes cheveux, (mie ajuste «on tour.) Entrez ! Qui est là? UNE VOIX EXTÉRIEURE. C'est moi. MADAME BRETON. Qui vous? LA VOIX. Madame Desriolles. H AD A M E B I! ETON. Madame Desriolles ! Mutiez, madame, entrez. Les mêmes, MADAME DESRIOLLES. HADA M E DES B IOLLE S. Bonjour, mes petits voisins. 24 UN GUET-M'ENS. MADAME BRETON. Bonjour, madame. ISR ETON , s'inclinant. Votre très-humble. MADAME DESIMOELES. Faut donc la croix et la bannière pour entrer chez vous? On dirait de nouveaux mariés. — Ne vous dérangez pas, je vous en conjure, ne vous dérangez pas. I1RETON, avançant un fauteuil. Prenez donc la peine de vous asseoir. MADAME DESRIOLLES. liien obligée. — Comment avez-vous passé la nuit? MADAME BRETON. Gomme ça. MADAME DE S MOLLES. Toujours ce maudit chien ? MADAME BRETON. Il n'a cessé d'aboyer. Tout ça n'aurait pas eu lieu si l'on m'avait laissé nia chienne. UN GUET-APENS. 2b MADAME DESRIOLLBS. Ne vous avait-on pas dit qu'on ne voulait pas de chien dans les appartements ? MADAME BRETON. Si je l'eusse su, je ne serais point venue, bien certainement. M A DAM E DESRIOLLBS. D'après ce que m'a dit la bonne, les maîtres sont dehors ? MADAME BRBTON. Ce matin à six heures, ils montaient en voiture. M \ DAME DESRIOLLBS. Ils sont allés à Tourbes. M \ DAM E liRETON. Probablement. M A D A M E D E S 11 [0LLE8. Je le sais, ils me l'ont dit. — Ne regrettez pas cette partie ; vous ne vous seriez pas amusés chez ces gens-là, grossiers comme du pain d'orge et communs! comme on ne l'est plus. — Vous avez déjeuné? MADAME BRETON. l'as encore. I 26 UN GUET-APENS. MADAME DESlilOLEES. A cette heure-ci? MADAME BRETON. Nous déjeunons à midi. MADAME DES RIOEEE S. A midi ! Par quel hasard? MADAME BRETON. Félicité nous a priés d'attendre jusque-là. M A DAM E DES li I 0 LLE S. Vous êtes bien dans ses papiers; d'ordinaire elle ne prévient pas, elle en fait à sa tète. M A DA M E I! RETO \. N'a-t-elle pas sa lessive? M A I) A M 11 D ESB I 0 E LES. Un prétexte ; la semaine prochaine, sa lessive, lundi qui vient, pas avant. MADAME BRETON. Je ne sais si je me trompe... M A D A M E D E S I! 1 D E E E i. Vous ne vous trompez pas, elle est la maîtresse. UN GUET-APENS. 27 MADAME BRETON. fie n'est pas ça que je voulais dire. MADA M E DESRIOLLES. Dites, chère madame, dites, je vous écoute. MADAME BRETON. Ça c'est de vous à moi. MA DAM li DESRIO LLES. I! ien entendu. M AD A M E B B ETON. a i peur qu'il n'y ait trop longtemps que nous SOVOns ici. (Breton pousse un soupir.} MADAME DESRIOLLES. Je ne vous l'aurais jamais dit... MADAME BRETON. Vous le pensiez? MADAME DESRIOLLES. Oui! MADAME I! RE TON. J ^ les entendre, ils se faisaient depuis si longtemps une fête de nous recevoir ! M A D A M E DE S I! tOL LES. U fête est passée. ii UN GUET-APENS. MADAME BRETON. Et pourtant, je dois le dire, ils ne se gênent guère avec nous. M \ OA M E DESRIOLLES. Vaudrait mieux le contraire. A votre arrivée, ne vous ont-ils point admirablement reçus? MADAME ISRETON. Le premier jour, oui, j'en conviens ; le second, un peu moins bien ; le troisième, ils nous ont fait faire tout le tour de leurs connaissances; puis vint un jour un petit monsieur tout crépu... MADAME DESRIOLLES. Qui donc ça? MADAME IJRETON. Avec une grande diablesse de femme qui*n'en finissait plus, comment donc déjà... MADAME DE S 11 [OU. ES. Madame de la Tourette ! MADAME BRETON. Précisément. C'étaient eux sans doute qu'on attendait; car nous... MADAME DESRIOLLES. On ne vous attendait pas. UN GUET-APENS. M \l A |>A M E BRETON. Que t'ai-je dit, monsieur Breton? li li E T o N. A partir de l'arrivée de cette dame et de son mari... M A I) A M E DESRIOLLES. On ne s'occupa plus de vous? BRETON. Pas plus que si nous n'avions pas existé. MADAME DESRIOLLES. Une des premières familles du pays, les La Tourette. wàJdame breton. Us restèrent ici huit jours. MADAME DESRIOLLES. J'étais chez ma fille. BRETON. C'est tout au plus si, pendant tout ce temps, on ■fi'adressa deux fois la parole. MADAME BRETON. Cela ne m'étonne pas. BRETON. Je parlais, on ne me répondait pas. 2. 30 UN GUET A.PENS. MA I) h M E DESRIOLLES. On les reconduisit? MADAME RRETON. Ils restèrent vingt-quatre heures dehors. MADAME DESRIOLLES. Et à leur retour? MADAME ISREÏON. Monsieur prit médecine. MADAME DESRIOLLES. Et madame ? MADAME BRETON. Se mit au régime. MADAME DESRIOLLES. Ils vous ont menés aux Cavernes '/ BRETON. Deux l'ois. .MADAME DESRIOLLES. Au bout du monde. MADAME BRETON. Six heures dans d'infâmes carrioles. MADAME DESRIOLLES. Les voitures du pays. UN GUET-APENS. 31 BRETON , so levant. Aïe ! aïe ! aïe ! M \ I) \ M E BRETON. Qu'as-tu, cher ami? B BETON. Ma jambe droite que je ne sens plus. MADAME BRETON. Lève-toi, mon bijou, madame le permet. MADA H l. DESBIOLLES. Gomment donc ! MADAME BRETON. Agis un peu, ne reste pas en place. BB ETON. Où aller? M dDAME bbeton. &ujardin, dans la cour, où tu voudras, il ne ■Banque pas de promenades. (Breton arpente la pièce.) M A l> A ME DESBIOLXES. Au surplus, patientez un peu, je sais qu'ils attendent du monde. , MADAME BRETON. En ce cas, nous ferons bien de prendre les devants. n UN GUET-APENS. MAnAirK DESRIOLLES. Ils le disaient hier, toute une famille qui doit leur venir. MADAME BRETON , a son mari. Eh bien? BRETON. Je vais faire un tour. MADAME BRETON. Va, mon bijou chéri, t'échauffe pas. (iUt'èm- brassont.) MADAME BRETON, MADAME DESRIOLLES. MADAME DESRIOLLES. Avec un mari comme celui-là, chère madame, vous devez être heureuse comme le poisson dans l'eau. MADAME BRETON. 11 est excellent; impossible de trouver meilleur, mais d'une faiblesse!... Croiriez-vous que, parce qu'en quittant Paris, il a dit à son café qu'il passait toute la saison à la campagne, il n'ose plus revenir. MADAME DESRIOLLES. Ah ! vous comptiez... X UN GDET-A PENS. M U> \ M E TÎRETO \. Passer ici tout l'été, oui, madame. \l A I) \ \l E DE SB I 01.U.S. Vous vous étiez arrangés en conséquence ? M LDAHE BRETON. Parfaitement. D'après ce qui nous avait été dit. Nous avons été sur le point de louer notre appartement. \l A n A M K DESRI0LLE8. A ce point-là ! ■MADAME BRETON. En garni. M A DA M E DESRIOLLES. Trop confiant, M. Breton, je vois ça d'ici. M IDAME BRETON. La candeur d'un enfant. MADAME DESRIOLLES. M. Desriolles était taillé dans le même drap. MAI) A M E BRETON. H vous rendait heureuse? MADAME DESRIOLLES. «op heureuse, chère madame, trop heureuse, 34 UN GUET-APENS. c'est là mon malheur. Il eût (Hé moins bon, je l'eusse moins regretté. Quinze années de ma vie et les plus belles, je n'ai rien eu à désirer, il allait au-devant de tout, une reine ne fut pas plus adulée, il n'avait d'yeux que pour moi. MADAME BRETON. Vous l'avez perdu? MADAME DES MOLLES. C'est lui, le malheureux, lui, qui s'est perdu, à quarante-sept ans, en pleine santé, par entêtement, à Lanan, en mangeant des champignons. MADAME Bill ION. Ça ne m'étonne pas. Que de victimes, madame, que de victimes, tous les ans ! MADAME DESIUOLLES. On ne les compte plus. M. Desriolles aussi croyait les connaître, puis... va te promener! MADAME BRETON. On ne souffre pas, dit-on. MADAME DESRIOLLES. Le mien a horriblement souffert. Les yeux lui sortaient de tête, ronds comme des boules de loto. Il écornait comme un lion, il s'en est allé en me UN GUKT-MM-NS. 3o demandait pardon. Pauvre ami ! Il était pardonné d'avance ! — Jamais, madame, vous lui auriez donné son âge! Et gai qu'il était! 11 aurait l'ait 'ire un mort. MADAME BRETON. Toujours ceux-là qui s'en vont lés premiers. M AD A M I DES I! [OLLES. U s'était fait lui-même; le (ils de ses œuvres! et que d'esprit, chère madame, que d'esprit! 11 (,| | était pétri, et adroit des ses mains! Comme un singe ! Madame breton, madame desriolles, féligit é. FÉLICITÉ. Pardon si je vous interromps. (CfcMshMt itat m poches.) Dieux ! Faut-y que j* sois bête, faut-y que 1 sois bête ! MADA M E DE8B 1 0 (.LES. Que vous est-il arrivé? FÉLICITÉ' M en parlez pas, et dire qu'ils me l'avaient 36 UN GUET-AI'ENS. tant recommandé ! Non, faut-y que j'sois bête, faut-y que j'sois bétel M A 1) A il Ë Jl R li 10 N • Vous ne voulez pas, décidément, dire pourquoi ? FÉLICITÉ, trouvant une lettre dans sa poche qu'elle remet à madame Breton. Voilà ! MADAME DLSRIOLLES. Enfin ! FÉLICITÉ. Un bout de lettre que madame avait laissé pour vous. M AD A.ML BRETON, à madame Dcsriolles. Mon congé? MADAME DESRIOLLE8. Pouvez-vous croire ! M IDAME BRETON. Vous permettez ? M \DAM E DE S RIOLLE S. Fûtes, faites, je vous en prie. Cela m'étonnait aussi, qu'ils fussent partis sans vous laisser un mot. UN GUET-APENS. 37 MADAME DESRIOLLES, MADAME BRETON. MADAME DESRIOLLES. Ils reviennent ce soir? MADAME BRETON. Pas du tout. MADAME DESRIOLLES. Us sont à Tourbes? MADAME BRETON. A Servières. MADAME DESRIOLLES. A Servières? MADAME BRETON, lui présentant la lettro. Voyez. MADAME DESRIOLLES. Chez M. Potard. — Une fois chez M. Potard, ds ne seront pas ici de sitôt. J'aimerais mieux a Uer à Paris; d'ici à Servières, ça n'en finit plus. MADAME BRETON. J'en suis enchantée ! MADAME DESRIOLLES. Parce que ? 3 ■ 38 UN GUET-APENS. MADAME BRETON. Ça nous met parfaitement à notre aise. MADAME DESIUOLEES. Il est sûr et certain que c'est un peu fort de café. MADAME BRETON. Mais pourquoi nous avoir fait venir? MADAME DESRIOLI.ES. Oui! MADAME BRETON. C'est toujours là ce que je demande. MADAME DESRipLLES. Oui, pourquoi? MADAME DESR10LLES, MADAME BRETON, FÉLICIT É. FÉLICITÉ, un paquet île linge sous le bras. Vous impatientez pas, vous impatientez pas. vous impatientez pas, j'en ai plus pour longtemps, j' vas vous faire déjeuner. — Ah ! Madame Des- riolles, le joli petit col que vous avez là! MADAME DESRIOLI.ES. Vous ne me le connaissiez pas ? UN GOET-APENS. » FÉLICITÉ. La première fois que je vous le vois. MADAME DE8KIOLLE8. Je l'avais dimanche à la messe. FÉLICITÉ, J'y vas jamais. MADAME BRETON. Vous n'avez pas vu mon mari? FÉLICITÉ. J'ai vu que lui; il a passé et repassé vingt fois la même chose, devant la maison. MADAME BRETON. Ça lui fera du bien. FÉLICITÉ. J'en sais rien, tout ce que je sais, c'est qu'il a l'air d'aimer beaucoup êt' dehors de chez lui, vot' époux. MADAME BRETON. H vous l'a dit? FÉLICITÉ. Pas seulement à moi, mais à tout 1' monde. Y a que Paris, qui dit, y a que Paris ! — Dame, faut dire aussi qu' vous avez pas grand agrément, de- 40 UN GUET-APENS. puis que vous êtes ici! Y z'ont toujours été en l'air, nos bourgeois, jamais un instant chez eux. MADAME BRETON. Aussi allons-nous bientôt prendre notre département. FELICITE. Laissez donc ! Voilà pus d'tois semaines que je vous entends dire ça ! MADAME BRETON. Cette fois sera la dernière. — Et ce déjeuner? FÉLICITÉ. J'y pensais plus. J' sais en vérité pas ce que j' vas vous faire manger. MADAME BRETON. La première chose venue ; mais mangeons, je vous en prie, mangeons. FÉLICITÉ. Aimez-vous les œufs ? MADAME BRETON. Je les aimais. MADAME DESUIOEI.ES. Si j'avais pu prévoir cela. UN GtFET-APENS. 41 MADAME 1511 E TON. Vous êtes trop bonne. MAI) A M E 1)1, S RIOLLES. Je demeure à deux pas. MADAME DESR10LLES, MADAME BRETON, liRETON, FÉLICITÉ. FÉLICITÉ , I la l'enêtre. T'nez, madame, soyez heureuse, voilà vot' époux. MADAME BRETON, allant au-devant ilo son mari. Eh ben ! chéri, tu vas mieux ? liRETON, après un long soupir. Oui. MADAME BRETON. Tu ne dis pas cela de bon cœur. MADAME DESRIOLLES. Peut-être monsieur aurait-il besoin de prendre quelque chose, ma maison est à deux pas. FÉLICITÉ. Vous allez déjeuner, vous impatientez pas. MADAME BRETON, à son mari. Tu as beaucoup rnarché? 42 UN GUET-APENS. BRETON. Oui! M \ h A M E BRETON. Et ta jambe? BRETON. Ma jambe aussi. FÉLICITE, lui présentant un verre d'eau. Avalez-moi ça. BRETON. iNon, merci. F k LICIT É. Madame.... MADAME BRETON. S'il vous plaît? FÉLICITÉ. Ça vous ferait-y rien de déjeuner dans la cui sine? MADAME BRETON. Pourvu que nous déjeunions. tk LICITÉ. J'en ai pas pour cinq minutes. MADAME DESRIOLLES. Vous voyez ma maison d'ici. UN GUET-APENS. 43 MADAME BRETON, MADAME DESRIOLLES, BRETON. MADAME BRETON. Vous m'avouerez que tout ça passe la permission. MADAME DESRIOLLES. Ils agissent ainsi avec tout le monde, faut pas leur en vouloir. MADAME BRETON. Il ne faut pas non plus leur en savoir gré. MADAME DESRIOLLES. Vous êtes les premiers que je vois traiter de la sorte. MADAME BRETON. Merci de la préférence. BRETON. Patience, ça va finir. MADAME BR-ETON. « Te serais-tu entendu?... BRETON. Oui! avec le serrurier. — Il a connu ton père. 4i UN GUET-APENS. MADAME BRETON. Eh ben? — Tu peux parler, madame n'est pas de trop. MADAME DESRIOLLES. Je serais désolée si j'étais importune. MADAME BRETON. Pas du tout, laissez donc! (a son mari.) Eh ben? BRETON. Ce soir, nous couchons à Paris. MADAME 11 RE TON. Sitôt ! BRETON. Ce soir. UEADAJfE BRETON. Qui nous emmène? BRETON. Le serrurier. MADAME BRETON. Mon sauveur ! BRETON. Il nous conduit au chemin de fer, avec*sa voiture. MADAME BRETON. C'est un ange. UN GU4ST-APENS. H5 lîRliï'ON. Quant à nos effets, nous les aurons demain. MADAME BRETON. Dieu soit loué! Baise-moi, mon bijou, viens me baiser. (Après le baisor.) Vous n'êtes un vieux trésor. — Enfin. b il bton; Nous en voilà donc sortis ! H \ n \ \l B B B ET ON. Pas encore. BRETON. Ça ne va pas tarder. MAI) A M E DRSRlOLLKft. Petite voisine, vous nous donnerez de vos nouvelles? MADAME BRETON. Certainement. MADAME DESRIOLIES. Et vos paquets ? M A DA M E B M r.TON. Depuis quinze jours ils nous attendent. BRETON, « ta l'ent-lro. - • Repêchons, chère amie, dépêchons, le serrurier attelle. 16 UN (1U IÎT-A l'ENS. MADAME BRETON, rassemblant les effets de son mari et les siens ('•pars dans le salon et endossant un paletot de voyage. Me voilà! me voilà! LES MÊMES, FÉLICITÉ, une serviette à La main. FÉLICITÉ. Quand madame voudra déjeuner... MADAME BRETON. Merci, bien obligée, pas pour aujourd'hui. FÉLICITÉ. Comment? MADAME BRETON, d'un ton solennel. Nous ne déjeunons plus ici. FÉLICITÉ. Vous voilà partis? MADAME BRETON, imitant ion mail. 11 y a longtemps que nous aurions dû l'être. FÉLICITÉ. Je sais ben qu'à vot' place y a beau jour que je serais filée. MADAME DE S R IOLLES. Je n'en suis pas moins ravie, chère madame, d'avoir fait votre connaissance. » UN GOET-APENS. « MADAME BRETON. Moi de même, (a .on mari.) Couvre bien tes oreilles. V É 1.1 < : 1 T É. Faut-y descendre vos caisses? BRETON. Merci, bien obligé, le serrurier s'en charge. FÉLICITÉ. Quand ce que vouâ revenez ? MADAME B BETON. Pas de sitôt. PERSONNAGES. BAU DRU. M"' BAUDRU. MARGUERITE. JOSÉPHINE. LE MARDI GRAS La scène à Paris chez les Iîaudru. BAH DRU, MADAME BAUDKIJ. B AU DRU. Je ne sais vraiment, chère amie, si je n'aimerais Pas mieux vivre dans un tombeau que dans les ténèbres comme ceux où tu me plonges. M \1>AMK li AU DRU. Donne-moi le temps d'allumer la lampe, tu vas Y voir. I', AU DRU. Qu'avais-tu besoin de fermer les persiennes? n °us sommes exactement dans une boîte. 5î LE MA H 1)1 fi RAS. M A II A H E li A 11 I) I! V. Pour donner plus de vraisemblance à mon projet, pour faire croire que nous sommes réellement à la campagne. BAUDRU. Et tu crois, bonnement, que les portiers vont dire ce dont tu les as chargés ? MADAME BAUDRU. Pourquoi pas ? BAUDRU. Tu sais, comme moi, ce que sont ces gens là. M IDA M E BAUDRU. Il n'y a pas un mois que je leur ai donné leurs étrennes. B AU DRU. Raison de plus! Du moment qu'ils les ont reçues, ils ne se gênent plus. M A I) A M E li A D I) RU. Et d'assez jolies étrennes! A la femme un bonnet et à sa petite une fort belle poupée qui, sans reproche, m'a coûté assez cher. B AU DRU. Parce que tu l'as bien voulu. LE .MAliUl GKAS. 53 M \ I) A M i: Il A II DRU. Il est de fait que je n'y étais pas forcée; aussi je ne vois pas pourquoi, quand je les en prie, ils ne feraient pas ma coin mission. 1S AU DRU. Tant mieux s'ils justifient la bonne opinion que tu t'es faite de leur mérite ; quant à moi, j'en doute. MADAME ISA II DRU. Au surplus, si je suis obligée de prendre toutes c es précautions, à qui la faute? BAUDRU. A coup sûr, ce n'est pas la mienne. Nous étions parfaitement rue Git-le-Cœur, des portiers charmants ! MADAME li AU DR U. Je vous conseille! une rue, une rue où il ne Passait pas un chat. lîAUDRU. « A présent que tu as une belle rue, tu sais ce f pi'il en coûte. MADAME BAUDRU. Si vous n'aviez été dehors, du matin au soir, si Si LE MAI! Hl GRAS. vous ne m'eussiez laissée seule des journées entières, je ne me serais pas ennuyée comme je l'ai fait et n'aurais pas eu besoin de distractions. Ici, je vois passer des gens qui vont et viennent; ça me distrait, ça m'amuse, ça charme ma solitude. isaudr u. Et nous avons le plaisir, lorsqu'il passe sur le boulevard des troupes, un cortège, un enterrement ou n'importe quoi, de voir la maison ouverte à tout le monde. C'est à qui viendra se pendre à nos croisées et ne nous permettra pas d'approcher; si par hasard il nous prenait envie de voir la cérémonie, il nous faudrait la voir dans la rue. MADAME BAUDRU. Aussi, comme je ne me soucie plus que l'on vienne chez moi gratis, ces jours-là, je n'y suis pour personne, vot'servante de tout mon cœur. lî A UDRU. Autant d'ennemis que nous nous faisons, tu sais. MADAME BAUDRU. Je m'en moque, et d'ailleurs, si tu m'avais donné la permission de louer mes croisées... LE MARDI tiUAS. BAUDRU. C'eût été joli ! \l \ DA ME lî Mi DRU. C'était une spéculation, on m'aurait pardonné, en faveur du motif. C'est cinq à six cents francs qu'elle a retirés des siennes, madame Quinchet, à la dernière rentrée des troupes ! Je les aurais dans ma poche, que j'en trouverais admirablement le placement. BA I DRU. Elle ne t'a pas parlé d'une superbe paire de rideaux qu'ils ont bridée avec leurs pipes et leurs cigares et des beaux fauteuils sur lesquels ils ont grimpé avec leurs bottes toutes crottées! C'était à l'aire frémir, leur appartement, le lendemain, une écurie! Et encore j'ai vu des écuries cent fois préférables. (Long siienco. ) MADAME BAUDRU. Comme on change ! Jusqu'au jour où je me suis mariée, jamais je n'avais manqué un bœuf gras; aujourd'hui, ça m'est parfaitement égal; je n'irais Pas au bout de la rue pour le voir. Les moules, la même chose ; on ne m'en ferait pas mangeraujour- •''hui pour un empire, et tu sais si je les aimais, Monsieur Baudru ! 56 LE M AUDI GRAS. BAUDBU, aVvniUant. Chère amie! \l A I) \ M E B \ I I) li I . Tu sais- si je les aimais? BAUDRU. Qui, chère arnie ? MADAME BAUDRU. Les moules, tu sais si je les aimais ? I! a u DR «. Oui!... Tu ne te sens pas le besoin de renouveler l'air? MADAME BAUDRU. Pas du tout, au contraire. BAUDRU. J'étouffe. On frappe.— Déjà? MADAME 11 AU DRU. C'est Marguerite. On frappe. Entrez! Les Mêmes, MARGUERITE. M AR G U E R IT E , poussant un cri. Oh ! mon Dieu! MADAME BAUDRU. Qu'est-ce qui vous prend? LE MARDI GRAS. M MARGUERITE. Dieu ! que c'est bête de faire des peurs pareilles ! MADAME HA IIDRU. Je vous remercie. MARGUERITE. C'est vrai, il fait pas clair. Pourquoi qu'vous avez allumé la lampe, en plein jour ! M \ DA M E BA I I) RU. Parce qu'apparemment ça m'a fait plaisir. MARGUERITE. On dirait d'un mort. — Jamais n'une part, on n'a tout vu renfermé comme ici. MADAME B AU DRU. Aussi ai-je fait dire que nous n'y étions pas. M AS GU ERITE. Au concierge que vous l'avez fait dire? Y dira rien. MADAME BAUDRU. Vous croyez. MARG UE RITE. D'ailleurs, du moment que vous y êtes, à quoi Ça sert de mentir? 58 LE MARDI GRAS. MADAME RAUDRU. Il ne me plaît pas d'être chez moi. M ARGUERITE. C'est ma cousine qui va être contente ! MADAME IIAUDRU. Quelle cousine ? MARGUERITE. Lisabeth, que j'y ai l'ait dire qu'a vienne. MADAME BAUDRU. Je ne l'empêche pas de venir. MARGUERITE. Manquerait plus qu'ça. MADAME BAUDRC. Elle viendra un aut'jour. MARGUERITE. Un aut'jour, ça ne sera pas le bœuf gras. MADAME BAUDRIJ. J'en suis bien fâchée. MARGL'ERIT E. Pas autant comme elle. — Tenez, regardez, Mossieu qui file. LIÏ MARDI GRAS. M MADAME BAUDRU. Je crois bien, depuis deux heures que vous l'ennuyez avec vos ragots. MADAME BAUDRU, MARGUERITE. M ARGUERITE. Comme ça, on sonnerait, que vous ouvririez pas? MADAME BAUDRU. A personne, sous aucun prétexte. MARC TE HT TE. Quoiqu'a va faire, Lisabeth? MAI)\ME IÎAIDRU. Ce qu'elle voudra, ça ne me regarde pas. MARC. I ERITE. Elle qu'a jamais vu l'bœuf gras. M \ DAM E BAU DRU. Qu'elle achète l'ordre de sa marche, elle verra le chemin qu'il prendra. M ARGUERITE. Et dire qu'ici elle aurait été si bien ! MADAME BAUDRU. Que voulez-vous que je vous dise ! 60 LE MARDI (IRAS. M ARGUERITE. Tout le monde va trouver ça ridicule. M A D A M E I! A I I) RU. Je me mets au-dessus de tout ce qu'on dira. \l A RGUERITE. Et mossieu? MADAME BAUJ>RU. Vous voyez comme il prend les choses. «ARGUE RITE. Et moi qui va partout chanter vos louanges, ça m'a ben réussi! MADAME BAH DRU. Je ne vous ai jamais prié de les chanter, (ou sunne. ) MARGUERITE. Tenez, voilà que ça commence. — Vous voulez pas que je voye qui c'est ? MADAME BAUDBU. Je vous le défends. M ARGUERITE. Vous me le défendez... LE MMîlH GRAS. fil M A DA M E 15 AUDRU. Je vous le défends. — Il y a longtemps, si ce n'était M. Baudru.,.. MA ItC. I E KIT K. Je sais d'avance ce que vous allez dire. M A DAM E 15 A I D*0. Il y a longtemps que je vous aurais mise à la porte. M A r'g 1 ERIT E. Connu! (on sonne.) Heureusement qu'ait pas vous qui porte les calottes, (on sonne.) Vous voyez comme le concierge dit que vous y êtes pas. (on sonne. ) M A I) \ M E BA I I) 15 U. Je vous ordonne de ne pas ouvrir. MARGUERITE. Je bouge pas. ton sonne.) Ça les amuse, faut croire de décrocher vos sonnettes, madame Baudru. M \ DA M E B \ I DR V. Ce bruit me répond dans l'estomac. M IRGUERITE. Avec ça qui vous aiment, les concierges! (on sonne.) A vot' place je j)fél'érerais ouvrir. On vous tuera pas. 4 62 LE MARDI GRAS. MADAME BAUDRU. Laissez-moi. — Et M. Baudru qui n'est pas là! MARGUERITE. Bon! Voilà que vous pleurez, à c'theure? MADAME BAUDRU. On pleurerait à moins, (on sonne.) MARGUERITE. Faut-y ouvrir ? MADAME BAUDRU. Faites ce que vous voudrez. — Mon Dieu, mon Dieu, que je suis malheureuse! MADAME BAUDRU, MARGUERITE, P ui. JOSÉPHINE MADAME BAUDRU. Qui est là? MARGUERITE. Devinez. MADAME BAUDRU. Je vous en supplie, vous me faites mourir à petit feu. MARGUERITE. Devinez. Llï HARDI GRAS. MADAME RAUDKH. Je ne vous répondrai pas. MARGUERITE. Joséphine! MADAME ISA III) RU. Joséphine ? MARGUERITE. Faut-y li dire qu'aile entre? MADAME BAUDBU. Si vous voulez. -MARGUERITE, allant A la porta. Joséphine! JOSÉPHINE, jetant un cri. Oh! mon Dieu! MARGUERITE. La même chose qu'à moi. MADAME BAUDRU. Allez-vous vous trouver mal? JOSÉPHINE. Non, mais c'est d'y pas voir qui m'a fait peur. 04 LE MARDI GKAS. \l ARGUERITE. Je crois bien, comme dans un tombeau. — lîu- vez quet'chose. JOSÉPHINE. Non, merci, j'ai pas soif. MAI) AMI-; BAUDBU. * Ne vous a-t'on pas dit, chez le portier, que nous n'y étions pas. JOSÉPHINE. J'ai pas voulu le croire, j'ai monté. MADAME BAUDBI . Nous pouvions être à la campagne. JOSÉPHINE. Às-tu fini! — D'abord un mardi gras, vous en avez pas 1* droit. MADAME BAI! DRU. Voilà qui est plaisant ! JOSÉPHINE. Et madame s'en va venir au coupe d'midi avec sa cousine. H \ DAME liAUDRIJ. . Nous n'y serons pas. LE MARDI GRAS. MARGUERITE. Laissez vot' clef, ça leur y ait égal. MADAME RA.UDRU. Nous ne sommes plus chez nous. M A RGUERITE. Dame ! GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS PERSONNAGES M. DUMONT. THÉODULE. GRAND-PÈRE ET P E T I T -FILS r.a scène à Paris. M. DUMONT, TflKODULE. M. DUMONT. J'espère, monsieur, qu'aujourd'hui vous allez vous conduire un peu mieux, que de coutume ? THÉODULE. Oui, bon papa; zc serai bien saze et bien désobéissant. « M. DUMONT. Pardon, qu'est-ce que vous venez de me faire l'honneur de dire? Répétez-le moi, s'il vous plaît, que venez-vous de me promettre? 70 GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. THÉODULE. Que ze serai bien mze et bien désobéissant. M. DUMONT. Désobéissant? THÉODULE. Bien obéissant. M. DUMONT. A la bonne heure. Vous ne songez jamais à ce que vous dites. Bien sage et bien obéissant. THÉODULE. Oui, drund-papa. M. DUMONT. Nous verrons si vous tiendrez parole. THÉODULE. Ze tiendrai parole. M. DUMONT. Que le ciel vous entende ! THÉODULE. Parce te l'aime bien, bien, bien ! M. DUMONT. Si réellement vous m'aimez autant que vous le dites, voici une occasion de me le prouver. GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. 71 THÉODULE. Z,e te le prouverai. M. DU MO NT. Prouverai, si vous voulez bien. — Je ne demande pas mieux, prouvez-le-moi. THÉODULE. Bon papa ! M. DU.M ON T. Eh bien? THÉODULE. Ze te l'aime de tout mon tœur. M. DUMONT. Pas tant de démonstrations, je vous prie, ce ne sont pas des paroles que je demande, ce sont des faits. THÉOD ULE. Ze te donnerai des faits. M. DU MONT. J'en accepte l'augure. TB EODULE. Et toi, drand-papa,, tu m'aimes-ti tu comme ze te l'aime, dis? M. DUMONT. Certainement. 72 GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. TH l.onri.E. Me l'aime-ti tu aussi de tout ton tccur? M. DUMONT. Oui! si vous êtes raisonnable; autrement, non ! TIIEODULE. Le crois-ti tu, te ze sciai laisonnable? M. DUMONT. Vous me l'avez si souvent promis et vous m'avez toujours si peu tenu parole, que, dans le doute, je m'abstiens. TIIÉODULE. Ze veux le tu le croyes. M. DUMONT. A votre âge, on ne dit jamais : je le Veux, le roi dit : Nous voulons. — Devrait-on jamais vous faire semblables recommandations? T II ÉODDLE. Tu m'en fêlas plus zamais, zamais, zamais des letommandattons. M. DUMONT. Je ne demande pas mieux. — Vous ne vous GRAND-PÈRE BT PETIT-FILS. 73 rappelez jamais qu'un jour vous serez un homme. TI1EODULE. Si, bon papa, ze selai un homme, tand ze selai drand. M. DUMONT. Bien entendu. I II ÉODULE. Ze selai ti un homme la semaine prominet M. DUMONT. Cela dépendra de la conduite que vous aurez tenue. I ll ÉODULE. Tand ze. selai drand, bon papa, tand je setai drand ! M. DUMOND. Quand vous serez grand, après? T H ÉODULE. Ze selai ti un homme V M. DUMONT. Bien entendu, domine physique. ÏHÉODULE. Oui! — Z'aulai ti des moustasse»? s 74 GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. M. DUMONT. Oui. TllÉODULE. De drandes, drandes moustnsses? M. DUMONT. Ds très-grandes moustaches, certainement. THÉODULE. Et une drande, drandc barbe. M. DUMONT. Et une très-grande barbe aussi, toujours si vous vous conduisez comme vous devez le faire. THÉODULE. Drande, tomme un sapeur de la darde-naXio- nate? M. DUMONT. Oui. TU KO DU LE. DraTid-papa ! M. DUMONT. El) bien ". III KO I) Ii LE. Tu sais pas? M. DU MOIS T. Non, qu'est-ce encore? GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. 7 THÉODULE. Le petit Moignot... M. 1)1 MON I . Le petit Moineau? Quel petit Moineau? THÉODULE. Le petit Moignot... M. DUM ONT. J'entends bien. Serait-il mort ? T HE ODULK. Non, te son papa il est menuisier. M. DUMONT. Je n'ai pas l'honneur de le connaître. THÉODU LE. Il a dit te les barbes des sapeurs de la darde nationale, elles étaient pas à eux. M. DUMONT. Je n'en sais rien, je l'ai toujours ignoré. THÉODULE. Telles étaient au Douvernement. M. OlIMONT. Je n'en sais rien, vous dis-je. 7« (iKAND-PfeRE Kl PKTIT-FILS. TH ÉODULE. Tu Fen sais rien? M. DUMONT. Non! rien absolument! THÉODULE. Poiirloi? vi. DUMONT. Parce qu'on ne m'en a jamais fait part. TH ÉODU LE. T'en a zamais fait part? M. DUMONT. Et que je n'ai jamais été à même de vérifier le fait. THÉODULE. lit puis te tand ils avaient fini d'ét' militaires, y serraient leurs barbes dans des armoires à la mailelie. M. DUMONT. A la mairie. THÉODULE. Mailelie. M. DUMONT. Mairie; ouvrez la bouche. GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. NI Ko 1)1' L E. Peut pas. A [amailelie avetle le drapeau. M. DCHONT. Avec le drapeau? THBODO I.E. Oui. M. DUMONT. Oui qui ? I II ÉODULE. Oui, rfranrf-papa, avette le drapeau. M. DU MONT. Cela ne ni'étonnerait pas. THEODULE. Drand-papa ! M. DU M ON T. Eh bien"? THÉonL'f.i;. Test-ce te c'est, la mailelie? M. DUMONT. La mairie? I II ÉODUi.K. Oui, bon papa. 7N GRAND-PÈRK ET PETIT-FILS. M. DU MONT. La municipalité. THEODULE. T'est-ce te c'est, la lucilimalitè? M. DDMONT. La municipalité? l'UEO DU LE. Oui, dranrf-papa. M. DUMONT. Une circonscription de territoire, une partie de ville, administrée par des municipaux.... THÉODULE. La darde-lumicipanne. M. DUMONT. Son ressort, sa façon d'administrer. THÉODULE. Ah! oui! — Z)/*anl MONT. \h ! oui-da ! TllÉOOUL b' , éleVànt La voix. Avette ma ft/e 3œur ! M. DUMONT. J'entends bien. TIIÉODII LE. /)r/7«d-papa, /flwd il était petit, papa Lili... s. 88 GRAND-PÈRE ET PITIT-FJLS. M. DUMONT. lîh bien? THÉODULE. Il était H bien saze? M. DUMONT. Il l'a toujours été. T II ÉODULE. Bien mzc et bien laisonnable? M. DUMONT. Très-sage et très-raisonnable, c'est une justice que je me plais à lui rendre. I II ÉODULE. Bt bien désobéissant ? M. DUMONT. Kt très-obéissant, ne confondons point. THÉODULE. Tand il était tout lelit, tout letit... M. DUMONT. Tout petit. THÉODULE. Lui as-tu donné le fouet? V GRAND-PÈRE ET l'RTIT-FlLS. M M. DU M ON T. C'eût été tout à fait inutile, puisque jamais il ne se mit dans ce cas-là. . I II BODULE. Et toi? M. Dit If ONT. Comment, moi ! i il ÉODULE. Te ne la ti t'on zamais donné, le fouet? M. DIJMONT. A moi non p'.us. —A cinq ans, monsieur votre père connaissait toutes ses lettres. T U EOD I I.I.. \ cini ans'.' 11. DU MO NT. A cinq ans. ru 1:0ni LE. Moi, z'en ai six. M. DUMONT. Et non-seulement vous ne connaissez pas les vôtres, mais vous ne savez rien, absolument rien. THÉODIILE. Prisée te t'ai été malade. H4 GIîAND-l'ÈRi; ET PETIT-FILS. M. DO-MONT. Plutôt parce que vous avez toujours été paresseux. Toutes ces prétendues indispositions, ce sont des prétextes pour ne pas travailler. TU ÉOD1 LE. Non, drand-papa, ze te promets. m. n r mont. A d'autres! Je n'ai jamais donné là dedans, et jamais je n'y donnerai. TH ÉODULE. Zrnnais te dis ! M. I) II MONT. Je ne vous crois pas. — A cinq ans, monsieur votre père s'habillait et se déshabillait tout seul. T II ÉODU LE. TU papa Lili ? M. DUMONT. Tout seul, tout seul ! 11 faut dire aussi qu'il n'a jamais été pâté. T 11 ÉOD I LE. Moi ze l'ai zamais été, dâti? M. DUMOVI. Vous osez le demander ? GRAND-PÈRE FT PETIT-FILS. 85 THÉOniIÏ.E. Oui, drand-\YA\YA. M. 1)1 MON I . Horriblement gâté ! THÉODULE. Tit papa Lili, il était-î" poli ? V. DUHONT. S'il était poli? THÉODULE. Oui, drand-papa. M. DUMONT. D'une politesse exquise. THÉODULK. Il était-* poli avette sa bonne? M. l>l MONT. Surtout avec elle, rempli d'égards et d'attentions; jamais devant son grand-papa il ne se fui permis de se coucher tout de sou long sur un canapé, comme quelqu'un de ma connaissance, des chaussures dans la main et sa casquette sur la tète. I II ÉODULE. Bon papa, mes bottines sont propres, zr ne suis pas encore sorti dans la lue. 86 GRAND-PERE ET PETIT- FILS. M. DDMONT. Ce n'en est pas moins, vis-à-vis de moi, votre bon papa, une posture des plus inconvenantes. THÉO DU LE, élevant la voix. Puisse te ne suis pas sorti ! Te dis ! M. DUMONT. Je ne suis heureusement pas sourd : inutile, vous dis-je de crier si fort. THEODULE. Puisse tu veux pas m'étouler ! M. DUM ONT. Je dis et je maintiens mon dire, un petit garçon,... devant son grand-père, ne doit pas être étalé comme vous l'êtes. T 11 KODIi L E. Drnnd-papa, ze le fêlai plus. M. DUMONT. Je le désire, dans votre intérêt. THEODULE. TU papa Lili... w. LVUM«NT. Eh bien ? (iRAND-I'ÈRE ET P1TIT-FILS. H7 TS BO Dl LE. Se débarboulait-i tout seul'.' M. DUMONT. Tout seul, et à l'eau froide. TH É ODULE. Dans l'hiver aussi ? M. i> ijmon T. Été comme hiver. TH È <) DUIB. Bien vrai, bien vrai? SI. M' MO VI". Ce doute est une injure. TU ÉODVLE. Non, dra/uf-papa. K, 1)1 M ONT. Pardonnez-moi. Vous ai-je jamais menti? TH ÉODULE. Non, drand-papa.. M. I) UMONT. Pourquoi alors cette observation ? I II IÎODUI.E. Mais bon papa, l'hiver, tand il t'ait bien froid. 8S GRAND-PÈRE ET l'M Tl T-FILS. bien froid, fit papa Lili il se debarboulait-i aussi, à l'eau froide? M. DtJMOVI. Été comme hiver, vous dis-je : aussi en avait- il plus de mérite. théodi m:. Moi ie l'aime bien, tit papa Lili. M. DUMONT. Vous ne faites en cela que votre devoir. TU ÉODD r.E. Zi> l'aime entore mieux te toi. M. DUMONT. Cela ne m'etonne pas. TU ÉOD1 LE. Zftime bien aussi tile maman Lili. M. DUMONT. El toute la famille. TUF.ODIil.K. VA ma tiU sœur et puis ma bonne. m. ni MONT. Nous pouvez l'aimer, mais elle n'est pas de la famille, que je sache. GK A NI)-PÈRE ET PETIT-FII,S. «9 TH ÉODULE. Et puis Mimire. M. ntlMONT. La petite chienne non plus. — Vous aimez tout le monde. THÉODUT.E. Oui, drand-papa. M. DU MONT. Si vous aimez tant tout le monde, vous devriez faire en sorte que tout le monde vous aimât aussi; et pour obtenir ce résultat, il vous faudrait mener une conduite diamétralement opposée à celle que jusqu'à présent vous avez constamment tenue. THÉ OD V LE. Oui, drand-pap-à. M. DUMONT. C'est si beau, un petit garçon qui se conduit bien ! THÉODULE. C'est-?' plus beau /'une tetite fille ? II. D0MOHT. Sans comparaison, parce qu'un garçon qui a le 90 liKAND-PÈRE ET PETIT-FILS. sentiment de ses devoirs, doit être, en quelque sorte, en l'absence... de ses père et mère ou à leur défaut, le mentor, ou plutôt le guide, voire même le soutien de sa sœur. THÉODULE. Empesser qu'on lui fasse du mal? M. DUMONT. Empêcher qu'on lui fasse du mal, comme vous dites fort bien. La mettre à l'abri des pièges qui pourraient lui être tendus. Être son chevalier, lui offrir son bras. THÉODULE. Pour aller promener au zardin des Plantes ; mais, drand-pa.[vd, si elle veut pas? M. DUMONT. Vous aurait-elle jamais refusé ? fi i:odule. A veut zamais. M. DUMONT. C'est que probablement vous vous y serez mal pris. THÉODULE. Non, dr«wd-papa, ze m'y suis pas mal pris. GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. 91 M. DUMONT. En un mot être son égide. T II ÉODULE. 7"est-ce te c'est, drand-papa, son èzide? M. DUMONT. Son soutien, son appui. I II ÉODULE. Ah! oui ! — Zc l'aime bien, ma tite sœur. ' M. 1)1 MONT. Vous n'avez point affaire à une ingrate. T II KIIDULE. Tout à l'heure, tund elle va revenir avelie tite maman Lili, veux lui donner tous mes zouzoux. M. DUMONT. Nous n'exigeons pas de tels sacrifices! Mettez seulement vos joujoux ;i sa disposition, nous ne demandons pas davantage ; soyez, avec elle, bon, serviable, généreux, et votre famille applaudira à vos efforts. TU ÉODULE, Et puis, au zour de l'an, on me rètomp entier a. m. nu MONT. Certainement. 92 GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS T II ÉODD r. K. Port papa? M. DUMONT. Kh bien? T II ÉODll LE. Ttmd est-ce le zour de l'an ? \\. DUMONT. Nous sommes en juillet... un, deux, trois... Dans cinq mois. T II ÉODC LE. C'est-» lonj; ? M. hl M ONT. Ça viendra bien assez tôt, soyez tranquille. THKODULE. On me rêtompensera^ pasce te -'aurai été bien saze et bien désobéissant. M. DUMONT. Obéissant, si vous voulez bien. I II ÉOD l LÉ Dranrf-papa? M. DUMONT. Kncore ! I II RODUI.E. /'aurai /«'des belles étrennes? liKAND-PKKK M PET I T-KI L S. y3 M. 1)1 MONT. Je vous ai dit à quelles conditions : si vous tenez toutes les promesses que vous m'avez faites. I II KODUI.E. Ze, les tiendrai. M. I) I M ONT. Je le souhaite. l ll Ko Du LE. Ze mentirai plus zamais, plus zamais, plus zamais ! M. DUMONT. Gomment? Est-ce que par hasard vous auriez menti ? THÉODULE. Oui, bon papa, M. DUMONT. Et vous osez l'avouer ? TIl ÉODULE. Tu m'as ti tu pas dit de touzours dire la vi- lilê? M. DUMONT. Certainement. TU ÉODULE. Ze te l'ai dit. Z'tii menti /////'/ zVtais tout petit, tout petit. 94 (i« IND-PÈ8E BT PETIT-FILS. M. DUMONT. Je veux bien vous pardonner cette fois, mais à la condition que vous ne recommencerez plus. T II KODULE. Plus zamais, plus zamais, ze te le promets. M. DUMONT. C'est si laid, un menteur ! Je ne connais rien d'aussi laid. TH ÉODULE. Il était ti plus laid te mosieu Dutilleul? M. DUMOM. M. Dutilleul auquel vous faites allusion... THEODULE. Il est tout plein laid. M. DUMONT. Par une cause indépendante de sa volonté. THEODUI.E. Pas pour avoir menti? m. DUMONT. A l'époque où il était en nourrice, il a eu le malheur de tomber dans le feu; mais pour mentir, il n'a jamais menti, que je sache. (îB vnd-père bt petit-fils. 9ri THEODULE. Ze mentirai plus zamais. M. DtTltONT. J'en prends acte, d'autant qu'un petit garçon qui ment, n'aime pas ses parents. ru KO nuLE. Moi, ze les aime bien. M. I) UMONT. Je dirai plus, il ne les a jamais aimés. I il lioni'LE. Pâtre te s'il les aimait, y mentirait pas. — Drand-papa, ? M. DUMONT. Eh bien? ni ÉODULE. Un menteur, c'est-/ pire qu'un polisson des lues? m. nujniM, Cent fois. T H KO I) U LE. Et celui ti dit la vélité? M. 1)1 MONT, Aura sa récompense. yti (jRAND-PÈRE KX PETIT-FILS. THEODULE. Au zour de l'an. M. DU MO NT. Si ce n'est dans ce monde, ce sera dans l'autn THÉODULE. Ah! oui! — Dans le pultidis. M. DIIMONT. Naturellement. XH ÉOOD LE. Drand-pn\>-A ! M. DUMONT. Qu'est-ce encore? THÉODULE. L'autre zour... M. DUMONT. L'autre jour. TU KO I)u LE. Ze peux pas. M. DUMONT. On essaye, vous n'essayez pas. THÉODULE. Si, bon papa. L'autre zour avette Dustine. ' M. DUMONT. Avec Justine. — Que vous est-il arrivé? liK ANO-PKRK B.T PKTIT-b'II.S. «7 TU É.ODU L E. Nous avons vu un polisson des lues, que des militaires emmenaient, avec leurs fusils... M. DU M ON T. En prison? TH ÉODULE. Oui, rfyv/rtd-papa. m. nu M ON T. Parce que, sans doute, il avait menti. TH EODULE. Il avait benulout, beuulout menti. M. I) U M ONT. Cela ne m'étonne pas. Il devait, être fort laid ? I" II ÉODULE. Oui, bon papa. Il était tout plein vilain, fout plein vilain, tout plein vilain ! M. DU MO NT. Vous voyez où conduit le mensonge, vous le voyez. THliODULE. Et ma bonne a dit C\\ resterait longtemps, longtemps en pisoni M. DUMONT. Au pain et à l'eau sans doute. 6 w QfiÀND-PÈRE HT PETIT-FILS. THEODULE. Dans une pison, toute noire, tout noire. II. DUMONT. Nous appelons cela un cachot. TIIÉODULE. Et t'on lui donnerait le fouet. If. DUMONT. Avec des verges trempées dans du vinaigre, jusqu'à ce qu'il ait suffisamment prouvé à ses pères et mères qu'il ne recommencerait plus, ru ÉODULE. Et ^"il ne mentirait plus zamais, plus tamais. — Bon papa ? M. DUMONT. Plaît-il? THÉODUI.K. Les menteurs... M. DUMONT. Eh bien? TH KOOULE. C'est pas des voleurs ? M. DUMONT. Ils le deviennent. GRAND-PÈRE ET PETIT-FILS. 99 TH kodule. Z'ai menti, mais z'ai pas volé. M. I> I! MO NT. Vous le seriez devenu, si vous eussiez persévéré. I II KODULE. Ze percevrai plus. M. OHM ONT. Je vous le conseille. — C'est, je ne saurais trop le répéter, c'est, de tous les défauts, le plus vilain? THÉODULE. D'être désobéissant, c'est donc pas le plus vilain ? M. DUMONT. Moins grave, mais aussi fort laid. r IIKODULE. Tu l'as ti tu zamais menti, toi? M. I) u MONT. Je ne me le rappelle pas. THÉODULE. Tu t'en souviens plus. M. DUMONT. Je viens de vous le dire. 100 KRAND-PÈKK ET PETIT-FILS. TU KODUf.E. Et papa Lili? ». DUMONT. Vou.s m'ennuyez. T II BODDLE. Ze t'ennuie? M. DUMONT. Beaucoup. Vous me faites depuis deux heures subir un interrogatoire qui n'en finit plus. TUKODULE. Au zour de l'an, si ze suis bien snze, z'aurai ti un drand reval, avette des roulettes, tomme nous en avons vu aux Samps-É\ysées , ti marse tout seul, pour monter dessus avette ma tilesœar, dis, dra;i« SEGUIN. ROSS ET. UN SERGENT DE VILLE. UN GAMIN. UNE CORDONNIÈRE. UN MAÇON. UN EMRALLEUR. UNE REVENDEUSE. UNE ÉCA1LLÈRE. UNE JEUNE PERSONNE. UNE VOISINE. UN INDIVIDU. UN OUVRIER. UN DOMESTIQUE. 1/ ESC A LIER DE LA COUR D'ASSISES UNE DAME DE LA HALLE, UN [<\-ËPICIER, UN PARTICULIER, ETC., liTC. I.A DAME DE LA HALLE. Vous savez toujours rien de nouveau 0 T.'EX-ÉPICIER. Pas depuis hier. LA DAME. A-vous entendu la déposition du commissaire? LE PARTICULIER. C'est d'abord pas une déposition. LA D A M h. Quoiqu' c'est, eune marmite ! 7. M8 L'ESCAUER DE LA COUR D'ASSISES. LE PARTICULIER. Tout au plus un rapport, vu qu' les commissaires de police déposent pas. LA I) A ME. C'est d'abord point n'a vous que j' parle. LE P \ 1TIC I LIER. Moi non plus. LA DAME* Où est-ce que j' vous ai vu? Citez-moi l'endroit? Etes-vous de la police? Quel état qu' vous êtes ? LE PARTICULIER, J'ai pas d'comptes à vous rend'. LA dam i'.. Moi, pas davantage. LE PARTICULIER. J'ai pas moins 1' droit d'vous empêcher de dire des bêtises. LA DAM E. Je vous le [-'connais pas, \<>us savez? (a l'ex- épicier.) A -vous entendu la déposition ? LE PAU T ICI 1.1 E R. C'est pas eune déposition. L'ESCALIER DE LA fcOUR RASSISES. M9 LA DAME. Encore? — Ah çà! décidément, allez-vous m' laisser tranquille? Non seulement je vous connais pas, mais j' serais désolée d'faire vot' connaissance. LE PARTICULIER. \ ous en avez connu de pires. LA DAME. J'en doute, (a t'u-4pici*r.) A-vous entendu le rapport ? LE PARTICULIER. \ la lionne lieure. l,A DAME. J'vous cède pour avoir la paix, sans ça..... 1 a re-épicier.) A-vous entendu le rapport? i.'ex-épicier. Parbleu! J'ai tout entendu, j'en ai pas perdu une goutte. LA DAMK. lin ce cas, quoi qu'vous eu pensez de l'affaire, dites-le franchement, me cachez rien. f.'EX-ÉPICIER. A vous rien cacher, d'ans mon Ame et conscience, non, Vlairand n'est pas coupable. HO L'ESCALIER DE LA COL'Ii D'ASSISES. f.E PARTICULIER. C'est pas mon avis, c'est lui qu' a tout fait. l'ex-épicier. Tant qu'au neveu... , I.A 1) a m i. Quoi qu'vous en pensez du neveu? l'ex-épicier. J'en sais rien. LA I) AME. Qui déjà qu'est Mairand, quel état qui faisait? l' ex- EPICIER. Chartutier. LA DAME. J'y suis. Celui qu'avait la blouse. LE PARTICULIER. Y l'en avaient tous des blouses, si vous 1' prenez par là. LA DAME, à l'ex-épicier. Y répondez pas, moi non plus; laissez-le barboter. — Barbote , mon brave homme, barbote. LE PARTICULIER. Ça n'empêche que c'est Mairand qu'a fait l'coup. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. i.'ex-epici er. Pourquoi voulez-vous qu'ça soye plutôt qu'un aut' ? LA DAME. Vous y répondez, nous sommes perdus. L'EX-ÉPICIER. J'vas vous dire... I.A DAME. Y dites rien. l' e x - k p t r, i f. r . C'est à vous. I.A DAME. Allez. LE PARTICULIER. A preuve que c'était lui... LA DAME. Qui lui ? L'EX- É PtCIE R. Bon ! v'ià qu'vous y répondez! la DAME. J'en ai pitié. LE PARTICULIER. La preuve que c'était lui... 122 L ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. I.A 1)AMI,. Vous vous répétez, faut prend' garde à ça. LE l' A H T ICI! 1.1 ER. La preuve que c'était lui, c"est qu'il était à s* promener. I.A DAME. On peut donc pas s' promener, à c't' heure? C'est donc défendu? Où qu'est la défense? Montrez-la-moi; l'avons vu, vous. J' demande à savoir! LE l'A KT ICI I I E R. Si on a à s' promener, on s' promène durant r|ui fait jour... LA I) A M E, Vous avez vu ça? LE PARTICULIER. Mais la nuit, à trois heures du matin, qui pleuvait à verse, avec un paquet d'elfets sous 1' bras. LA DAME. Eh ben! moi aussi, la nuit du réveillon, j'étais que j' me promenais rue Montorgueil, la même chose, avec un paquet sous le bras, ous est-ce qu'étaient mes galoches, crainte d'avoir froid aux pieds. Ainsi, on m'aurait ramassée, fait coucher L'ESCALIER DE LA COU!! D'ASSISES. 1*8 au violon, vous dureriez trouvé ça tout naturel, c'aurait été pain béni. Merci! Pas mal et vous! LE PARTICULIER. • Vous vous promeniez toujours pas dans des terres labourées. LA DAME. J me promenais où ça me faisait plaisir, ça vous regarde pas, à la fin! l'rx-épicier. Je sais juste et d'bon compte. LA DAME, Moi aussi, j' l'ai toujours été. t' E S- K PIC] E IS. La p'tite femme, entre nous, a bien des p'tites choses à se reprocher. i.a oami;. Tombez sus les femmes, vous gênez pas, allez vot' train ! Qué tort qu'a s'a rendu coupable? lequel, citez-le-moi? J'vas pu loin, j' dis qu'a n'a fait qu' son d'voir. l ' g \ - R PIC 1 K n. Lequel de devoir? I.U L'ESCALIER I)K LA COUB D'ASSISES. LA DAME. Ule a suit son mari, la loi y ordonnait. LE PARTICULIER. Qui ça, son mari? LA DAME, au particulier. J' vivrais cent ansj' vous répondrais pas (à épicier). Lisez l'acte d'accusation, j'ai pas Y temps d'vous l'expliquer. l' BX-ÉPIC1 er. J' la connais mieux q' vous ; tà preuve, c'est qu' tous les jours, depuis l'ouverture des portes, j'étais à l'ouverture des portes, rien ne m'a échappé. LA DAME. Ça vous a bien profité, parlons-en. LE PART ICI! LIER. Vous aureriez tout aussi ben fait d'rester chez vous. LA DAME. Et vous mangez du pain? LE PARTICULIER. J' dis qu' la mort n'a pas faim. L'ESCALIER DE LA ('.Or R D'ASSISES, m L A I) A M K. Après ça, j' dis pas ça pour vous; nous avons des personnes qui comprennent pas, faut les excuser. LE PARTICULIER. Des abrutis. I,' EX- ii F I (". IE R , au particulier. Plait-y? C'est toujours pas vous qui m'en r'montrera. LE PARTIC1 LIBR. Ça jamais été mon intention. t' EX-ÉPICIER. J'ai été jury, tel que vous m' voyez. LE PARTICULIER. • Possible ! J' vous vois pas dans c' rôle-là. l' ex-épicier. J'en ai condamné plus d' quat' qui ne le méritaient pas la quarantième partie de ceu\-iri. LE PARTICULIER. J' vous en lais pas mon compliment. l'ex-épicier. Pas d'pu embarrassé, comme on dit, que c'lui qui tient la queue d'la poêle. m L'ESCALIEfl DE LA COUH D'ASSISE-S LA DAM*. Dans c' cas-là, quand on s' sent pas les moyens d'eune chose, on se retire; mais l'homme est si pétri d'amour-prope ! LE PARTICULIER , à l'ex-épicier. Otez-y donc vot' casquette, à madame, pour la remercier d'son compliment. l'ex-épk.ier. J' l'oterai si j' veux. J' suis pas vot' domestique. LE PARTICULIER. V vous l'ai jamais d'mandé. Vous l'serez jamais, n'y comptez pas. LA DAME. Faites comme moi, y répondez.pas, a c' bel inconnu, Palmerin ou le Solitaire des Gaules. Prenez vos billets ! Ça m' rappelle ma jeunesse. — Comme h M E. .)' commencerais par le neveu. LJESCALIER DJi LA CO,UR D'ASSISES. 181 l' icikh. Moi aussi. LA dame. Pourquoi 1 J'en suis rien. J'aime pas c' jeun* 3 homme-là, il a l'air suffisait. Li£ PARTICULIER. Moi, Mairand, le neveu, le chartutifr, la tante, tout le bataclan ! LA DAJTE. Vous n' savez c' que vous dites. LE PARTICULIER. Parce que ? LA DAM I. La tante peut pas êt' condamnée, vu qu'aile a été assassinée LE .PARÏ'lCULl ER. Ça m'est égal, ça y apprendra. LA DAME. Pas la femme, moi, pas la femme. LE PARTICULIER. Pasce qu'aile est d'vot' sesque. I.' EX-K1MC1ER. Il est de fait et certain que si c'est pas I' neveu 128 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. qu'a fait la sottise, c'est pas moins lui qui l'a conseillée. LA DAME. i' l'ai toujours dit. l'ex-épicieh. Vous avez évu raison de 1' dire, les recéleurs sont réputés pires que les voleurs. MADAME CAZOTTE, MADAME SEGUIN, HOSSET. MADAME CAZOTTE. Ça va bien ? MADAME SEGUIN. Tout doucement, et chez vous? \l \ D \ M E CAZOTTE. Couci, couci; vous aussi? MADAME SEGUIN. Toujours mes poids sur l'estomac. M A D A \1 E CAZOTTE. Comme moi mes crampes aux jambes. Dormez- vous ? MADAME SEGUIN. Dormir comme je dors, autant ne pas l'être. L'ESCALIER DE LA COCH D'ASSISES. 12!» M A I) \ M E C AZOTTE, J'ai la même chose à vot' service. MADAME SEGUIN. J'ai, c'te nuit, compté toutes les heures. bo s s ET. Ces dames vont bien ? MADAME ('.AZOTTE. Tiens! tiens! tiens! m'sieu Bosset ! MADAME SEGUIN. J' vous croyais mort. BOSSET. A l'exception que l'on a oublié d'm'enterrer. MADAME CAZOTTE. C'est c' que j' vois et avec plaisir. m \ I) a m E s e c. (J I N. J' me l'avais laissé dire aussi, qu' vous n'étiez pus de c' monde. BD8 8 ET. J'en ai rappelé. MADAME CAZOTTE. Et vous avez hen fait. lî 0 S s E I. Ma mère n'en fait plus. 130 L'ESCALIER DE LA <.01 U D'ASSISES. M \ I) \ M E CAZOTTE. Tant pis. MADAME SEGIJFN. Conimeat qa' ça va, sans êt' trop curieuse? BOSSÏT. Bien du corps, mal de la tête. MADAME SE GII TIN. .)' suis tout comme vous. Encore d'ces maladies, les nôtres, qu'on n' plaint pas. BOSSE T. Moins fort cependant aujourd'hui qu'hier, je me hâte de le dire. Néanmoins, je vous avouerai que j'eusse été à l'extrémité, je serais toujours venu, tant cette affaire m'intéresse. MADAME CAHOT TE. Vous savez ? BOSSE T. l'as encore. MA D A M E CAKOTTEi Ce malin, l'avocat, général prend la parole, iioss ET. Je le savais, je l'ai ouï dire hier chez la marchande de tabac. L'ESCALIER DE LA COUH D'ASSISES. 1*1 M \ DA M E S BG i; l \. Qu' j'aime donc c' mossieu-là ! M A DA M E CA ZOTTE. Quand on parle à c' point-là, c'est pas des paroles qui partent de la bouche des gens, c'est des perles. r.oss et. Le plus beau des dons, mesdames, celui-là! M \ i> \ vi E s m; D l N. G' que j' me dis tous les jours. MADAME CAZOTTE. \ le voir dans la rue, jamais y n' viendra à l icier de personne de dire : Voilà un grand homme. M A DA M E ski; i' i \. Parce qui paye pas d'mine. HADAM E CAZOTTE, Mais quel talent, mes enfants, quel talent! VI A/fi A \l E s BG IUN. C'est déjà beaucoup d'èt' le premier dans sa partie. un s s ht. C'est tout. I3S L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. MADAME SEGUIN. Y a pas à dire, y vous trouvera des crimes où tout le monde ne rencontrerait que des vertus. MADAME CAZOTTE. Quel nez faut qu'il ait ! BOSSET. Encore une des prérogatives du génie. M h I > \ M E S B G II IN. Aussi, comben qu'a doit èt'heureuse, sa femme, d'un génie comme celui-là ! MADAME CAZOTTE. Qui vous dit, après ça, qu'elle n'a pas ses peines! MADAME SEGUIN. (l'est égal, le jour qu'a voudra, nous rangerons. BOSSET. Contentons-nous, mesdames, du lot que le ciel nous a donné. MADAME SEGUIN. Plus qu'un aut' ça vous est facile à dire, tout vous a toujours revtmi. BOSSET. Toujours n'est pas le mot. t/ESCALIKR DR LA COUB D'ASSISES, m MADAME SEGUIN. C'est égal, pas n'à vous de se plaindre. BOSSET. Aussi ne me plaigné-je pas. Règle générale, pour être heureux sus terre, faut toujours regarder au-dessous de soi. MADAME SEGUIN. \u-dessous, j'ai personne à voir. M \ DA M V. CAZOTTE. ( A madame Seguin.) A-VOUS pris VOt' Café ? MADAME SEGUIN. Si vous voulez, mais j'y ai pas tdViché, j'avais pas faim. MADAME CAZOTTE. Dieux ! que je la plains ! MADAME SEGUIN. Qui ? sans vous commander. M\DAME CAZOTTE. La pauv' vieille dame. MAI) A M E 8EGI) I \. Vous avez core ben d'la bonté d' reste: aile a pus besoin de rien. 8 \U L'ESCALIER DE LA GOIÎR D'ASSISES MADAMI'. C \ /n i i l. Avec une fortune comme la sienne, ne pas mourir dans son lit! MADAME SEGUIN. Pisqu'alle a reçu le coup d' la mort dans sa chamb' à coucher, aile en était pas loin. TÎOSSET. Je suis désolé, mesdames, de n'avoir point de sièges à vous offrir. M S DA M E C \ ZOTTE. J'accepterais d'autant plus volontiers que j'ai mes jambes que je ne les sens plus. MADAME SEGUIN. Et moi donc ! BOSSET. Vous souvenez-vous, ce n'est pas hier, vous souvenez-vous du procès de la rue i\otre-Dame-des- Ghamps? MADAME SEGUIN. .('vivrais cent ans que j'men souviendrais. MADAME CAZOTTE. Moi, comme si c'était hier. L'ESCALIER f)E LA COUR D'ASSISES. 135 MADAME SEGUIN. Trois jours et trois nuits, songez donc, qu'nous avons passé à la belle étoile. m \DAME CAZOTTE. Sous des parapluies, maisquoiqu'bien couverte, j'étais pas moins trempée... MADAME SEGUIN. Pas plus qu'moi. M \ OA M K CA'/.OTTE. Mais trempée, comme y n'est pas possible ! aussi, à partir d'c'moment là je tousse, telle que vous me voyez. Du reste, l'aut pas se plaindre, nous avons été bien' dédommagées par tout ce que nous avons vu. MADAME SEGIH\. J'me plains pas non plus. MADAME CAZOTTE. Tous condamnés. MAI) A M E s ÉG DIN. Tous les sept. M A DAM E CAZOTTE. On n'avait jamais vu ça. (36 LKSCAL1EU DE LA COUR D'ASSISES. MADAME SEGUIN. Je n'suis pas n'un procès, que j'pense, tout d'suite, a vot' cousine. MADAME CAZOTTE. Vous parlez la d'un temps qui n'est plus. MADAME SEGUIN. Était-elle assez divinement placée pour voir toutes ces cérémonies là! MADAME CAZOTTE. J'crois bien, quai de la Féraille, à deux pas de sa chope. MADAME SEGUIN. Nous commencions d'abord par bien déjeûner, si vous vous rappelez. MADAME CAZOTTE. Ce qui nous empêchait pas de dîner. MADAME SEGUIN. C'est-à-dire qu'à l'heure de dîner, je m'mettais à table, pour faire comme tout le monde, par politesse, mais j'avais pas d'appétit. MADAME CAZOTTE. Moi non plus! La première fois, ça produisait généralement c't'effet-là, mais après... L'ESCALIER 01-; LA COUR D'ASSISES. 137 M \ DAM E S EG lil \. On dévorait. Il est sûr et certain qu'on finissait par s'y faire. Il en est d'ça comme de la mort de mon mari. M \ DA III CAZO lit. Dans tout la même chose. MADAME SEGUIN. Y a que l'premier qui coûte, comme dit la chanson : i Le premier pas Se fait sans qu'on y pense. MADAME BEGUIN. Craint-nn jamais ce qu'on ne prévoit pas... I S SERGENT DE \ I U.K. Dites donc un peu, mesdames, sans vous interrompre... M \DAM E s EG l i v Im'semble que nous n'insultons personne. UN GAMIN. Et la majesté des lieux ? MADAME SEGUIN. On parle pas d'ces choses-là à table. 138 L'ESÇAUEB DE LA COUB D'ASSISES. M \ I) \ M E C \7.<>TTE. J'sais ben qu'la première Ibis, de les voir passer tous ces scélérats-là, ça m'avait donné la chair de poule. MADAME SEGUIN. Moi dans le ventre qu'était mon mal. M \ QA M K CAZOTTE. Puis, quand j'ai retourné les voir, je n'vous dirai pas, ça m'a fait plaisir, mais ça m'intéressait, au point qu'ensuite j'restais jusqu'au bout. MADAME SEGUIN. Et vous en étiez pas fâchée? MADAME CAZOTTE. \u contraire, faut tout voir dans la vie. MADAME SEGUIN. D'autant qu'chez vot' cousine nous étions aux premières loges. Elle était ben gentille. MADAME CAZOTTE. Si ce n'est qu'elle a toujours eu une épaule plus haute que Faut'. MADAME SEGUIN. Sans vous j'm'en aurais jamais aperçu. L'ESCALIER DE LA COUH D'ASSISES. 1/88 MADAME CA//OTTE. Habillée ça ne paraissait pas. liossi: t. Je ne l'ai jamais vue autrement. MADAME GAZOTTE. J'aime à le croire. M \ l),V M K S EG-U I N. Manquerait pu qu'ça I —• Dites donc, dites donc ! papa Bosset, avec vot' air de n'pas y toucher, si l'on vous laissait faire... BOSSET. Je ferais de mou mieux. MADAME 8BGU1\ . Mauvais sujet ! B088ET. Mais je n'en abuserais pas. — Qu'est-elle devenue, la petite cousine? MADAME GAZOTTE. Elle est devenue... qu'elle est morte. BOSSE T. Et madame sa mère ? MADAME GAZOTTE. La même chose. Le père, la mère, la tante et 140 L'ESCALIER DK LA COUR D'ASSISES. les sœurs, toute la maison, il n'en est plus question, tout est fiïcassé. IlOS S K l'. Que voulez-vous, on ne peut pas être et avoir été. MADAME SEGUIN. C'est ma consolation. ONE CORDONNIÈRE, UN MAÇON, I N EMBALLEUR, I N CHAUDRONNIER, UNE REVENDEl SE, ETC. LE MAÇON. Ça j'peux l'dire, j'iai ;issez prouvé, j'crains pas la fatigue. LE CHAUDBONNIEB. Ni moi. LE MAÇON. Mais rester trois heures debout, sus nos jambes, comme nous le faisons, sans rien prend', j'dis qu'c'est d'trop, pour une personne seule. LE CHAUDRONNIER. C'est par trop aussi, y a pas d'bon sens. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 111 LE MAÇON. Il est bon d'vous dire qu'à c' matin j'allais travailler, quand, en route, j' rencont' un pays; nous prenons un verre de vin ensemble, pis on s'en vient à parler du procès. LE CHAUDRONNIER. On n' parle que d'ça dans tout Paris, n'importe quel côté qu' vous vous tourniez. LE MAÇON. Pour lors, qui m' dit, dit-y : « Y n'est qu' temps, si nous voulons t'êt' placés convenablement, faut nous dépêcher. — Ça va, que j' réponds. » Nous prenons une seconde tournée, et hardi ! nous voilà ! LA CORDONNIÈRE. (a son voisin.) Quelle heure qu'il est, sans vous commander ? LE VOlSIiN. Neuf heures qui viennent de sonner. LA CORDONN 1ÈRE. Merci. Ben obligée. le voisir*. V a pas d'quoi, à vot' service. U2 L'ESCALIEK DE LA COUR D'ASSISES. LA REVENDEUSE. Encore deux heures à attendre. LA CORDONNIÈRE. Au moins, si c'est pas davantage. l'écaillère. Manie Gardet! madame gardet. Si vous plaît ? LA revendeuse. Êtes-vous là? MADAME GARDET. F crois ben qu'oui. LA REVENDEUSE. Êtes-vous comme moi ? MADAME GARDET. .le 1' voudrais, j'aurais p't-êt' pas si chaud. LA REVENDEUSE. I' commence à en avoir assez, d'tout ça. M \DAME GARDET. Faut êt' lâche, comme j' la suis, pour rester UNE JEUNE PERSONNE, à sa voisine. Pardon, madame, si j' vous interromps. L'ESCALIER DE LA COUH D'ASSISES. 143 UNE VOISINE. Faites, inamselle. LA JEUNE PE RSONNË. Pourriez-vous in' dire si c'est qui seront laits mourir? LA CORDONNIÈRE. Paraîtrait qu'oui selon les uns, qu' non d'après les aut's. UN INDIVIDU. \ cause que c'est des riches. UN OUVRIER. Je n' vois pas déjà qui soient si riches. l'individi . D'aucuns, pas tous; mais le neveu, celui qu' a tout dirigé, l'est, riche. LA CORDONNIÈRE. Le n'veu? Où voyez-vous ça? UN DOMESTIQUE. J'ai pas besoin de 1' voir, je l'ai assez vu : il a plus de deux cents francs à manger par jour. LA REVENDEUSE. Sa tante les avait, pas lui. Quand j' dis deux Ui L'ESCALIER l>I. LA COUR D'ASSISES. cents francs, pas deux cents francs, mais quatre cents qu'elle avait à manger par jour, lui pas. MADAME GARDET. Je m' la suis laissé dire aussi. LE DOMESTIQUE. Mes maîtres les connaissent. l' ÉCAILLE RE. Y z'ontlà de jolies connaissances, j' leur en fais mon compliment. LA REVENDEUSE. Permettez-moi d'm'y joindre. MADAME GARDET. Parlons peu et parlons bien. Croyez-vous, mesdames, qui leur sera rien fait, à tout ce monde- là ? LA REVENDEUSE. Je Y crains plus que je n' le souhaite. I.'ÉCAILI.ÈRE. Je a' demande qu'une chose : qu' les ceux qui massacrent soyent massacrés. Jusqu'à Henri IV, le roi des hommes, qu'ils ont fait périr sous l'coup d'un assassin ! Pour ça que j'aime pas de voir les L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 145 souverains s' promener dans Paris : un malheur est sitôt arrivé ! MADAME GARDET. Vous savez, au surplus, mesdames, les on dit ? I.' ÉCAILLER E. Je demande à les connaître. M A D A Al E GARDET. 11 est grandement question d' supprimer les bourreaux. l'écaillère. Quoi qu'on veut qui d'viennent ? LA REVENDEUSE. Des rentiers, y en a pas encore assez. l'écaillère. Tout simple : du moment qu'on leur z'y enlève leur état ! C'est pas moi, c'est pas vous qui leur z'y donnera d'l'ouvrage. LA REVENDEUSE. Et c'est nous qui payera. MADAME GARDET. Comme toujours. l'écaillère. Savez-vous c' qu'un résultera, d' tout ça? 9 146 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. LA REVENDEUSE. Pas encore. l'écaillère. Qu'on viendrait à tuer quequ'un des miens, voire même mon mari, s'il était encore de c' monde, l'auteur du coup n' périrait que d' ma main. MADAME GARDE T. On ne peut se faire justice soi-même. LA REVENDEUSE. C'est bien défendu. l' ÉCA [LLÈRE. Du moment qu'on ne me la fait pas, je m' la lais, j'en suis ben fâchée, tant pis, fallait pas qui y aille! Supposons, une supposition... LA REVENDE USE. J'vous comprends, allez toujours. I.'ÉCVI l.l.l.KE. Supposons qu'en rentrant chez vous, après avoir travaillé toute la journée, niais travaillé... LA REVENDEUSE. Gomme nous travaillons, après ? L' ÉCA I LLÈRE. Vous trouviez vot' homme, vos enfans, vos L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 147 père et mère, si vous les avez chez vous, nageant dans des Ilots de sang? MADAME (1ARDET. / Comme ça s'voit, tous les matins, dans les journaux. LA REVENDEUSE. Allez toujours. l'écaillère. Naturellement, vous aéreriez pas contents. madame gardet. Ni contente ni ben aise. l'écaillère. Est-ce qu'en bonne conscience, des gueux et des brigands pareils devraient exister! ses père et mère ! pauv' chéris ! y meurent déjà ben trop Vite ! (Elle tire son mouchoir.) LA REVENDEUSE. Allons, allons, manie Guibout, faisons pas l'enfant. L* ÉCAl LLÈRE. C'est qu'avec moi, voyez-vous, faut jamais toucher c'te corde-là ! UN MONSIEUR. En proscrivant les rigueurs... 148 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. l'écaillère. Après ? LE MONSIEUR. En adoucissant les peines, les magistrats n'ont qu'un seul et même but. LA REVENDEUSE. Lequel, si vous plaît ? LE MONSIEUR. De rendre les hommes meilleurs. MADAME GARDET. Toujours les hommes, jamais les femmes, l'avons remarqué ! LA REVENDEUSE. En faisant les lois, eux, pas bêtes, y leur sont ménagés. l' bca i L L ÈRE. Ça l'empêche que vous aurez acquitté ceux à cause que nous sommes ici. MADAME GARDET. Ça m'étonnerait pas. UN OUVRIER. Moi, ça m'étonnerait, voilà la différence. UN VOISIN. Du moment qu'mosieu décide, je m'incline. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 149 L*OU V I! I E 11. Y a point à s'incliner, j'vous parle pas, passe/ vot'chemin. LE VOISIN. De quoi ! de quoi ! l'ouvrier. Pourquoi dites-vous pas, pendant qu'vous y êtes, qu'on achète le jury? ça serait plus tôt fait. I.A RETENDE USE. Vous allez trop loin, il a pas dit ça. l'ouvrier. Vous avez pas la parole, taisons-nous! — J'ai mon patron, qui l'était jury, l'mois passé, allez- vous dire aussi qu'il était vendu ? l'iNDJ v 1 DU. J'en dis rien. l'ouvrier. Il a fait remarquer, au contraire, qu'un riche qui fait des sottises, rien ne l'excuse, tandis que nous aut's, quand y nous arrive; d'èt' sans ouvrage, faut pas moins nous procurer du pain pournot' femme qu'est en couche, ou nos enfants qu'en demandent, n'importe comment, il en faut! J'sais ben qu'aut'fois, on s'arrêtait pas à ces considérations-là, mais à c't'hcure on s'y arrête. ISO L'ESCALIKn DE LA COUR D'ASSISES. Tant qu'aux riches, vous dureriez l'intention de les ménager, vous obéreriez pas l'faire. L' I NDITIDC. J'dis que d'tout temps, y a éhu des préférences, qui y en aura toujours. l' écaillère. Et moi, quiconque a tué, doit l'être. LE MONSIEUR. Règle générale, faut faire le bien pour le mal. l' é caill i: n i-;. Alors, d'après mosieu, on aura dérangé cent et tant de personnes, sans compter les magistrats, les huissiers, les gendarmes, nous aut's et tout ça pour rerien ? merci ! ça s'rait encore trop commode, à la fin. DEUXIÈME INDIVIDU. Du moment qu'il existe des preuves. l' ÉCAILLÈRE. Faut pas moins qu'il en existe, y a jamais d'fumée sans feu. l'ocvri er. Après ? l' écaillère. Pourquoi que j'suis pas en prison, vous non L'ESCALIER DR LA COUR D'ASSISES. I.il plus? Parccque nous avons rien fait pour y êt' ! Tous tant qu'nous sommes ici, on nous a jamais arrêtés. UN NOUVEAU VENU. Pas sûr. LE MONSIEUR. Je le serais, j'en subirais les conséquences. LA REVENDEUSE. L'beau mérite! pouvant point faire autrement! Gribouille, va ! l' écaillère. J'vais me mett' a faire les cent dix-neuf coups, h présent, si j'suis pincée, j'm'en moque, j'invoque les circonstances atténuantes, on m'renvoyé, j'rent' à la maison, on n'a l'droit de me rien dire. LA REVENDEUSE. Ouand j'pense qu'avec la millième partie d'son avoir, à la pauv' femme, qu'on juge ses assassins, j'aurais pu êt' si heureuse et mon homme aussi ! UNE OUVRIERE. J' m'aurais marié. LA COR DON N I K I! E. As-tu fini ! 152 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. LA REVENDEUSE. Pour le coup que j'porterais chapeau! Mon rêve ! MADAME GARDET. On serait aux anges, avec un revenu pareil. LA CORDONNIÈRE. Et voyez où ça conduit. l'écaillère. Toujours pas moi qu'on fera mourir pour avoir mon argent. MADAME CAR DE T. Moi non plus, pas d'danger. la cordonnière. Une fiche de consolation. LA REVENDEUSE. Voulez-vous, mesdames, que j'vous dise? l'écaillère. .l'veux bien. LA REVENDEUSE. J'ai jamais éhu d'chance. l'écaillère. Donnons-nous la main. MADAME GARDET. Et moi, croyez-vous que je n'en ai jamais éhu beaucoup? un mari qu'est toujours malade. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 153 LA CORDONNIÈRES Gomme le mien qui boit ; aussi, chaque fois que j'vois passer un enterrement, savez-vous ce que j'fais ? M A D A M E G \ K T. Le signe de la croix, comme tout l'inonde. LA CORDONNIÈRE. Oui, mais après? MADAME GARDET. Après ? j'en sais rien. LA CORDONNIÈRE. J'mc dis, il est hen heureux celui là: son ouvrage est faite, il va se reposer. l'ècaillère. En fait de repos, je n'en ai jamais êhu, j'en aurai jamais. LA REVENDEUSE. J'en ai autant à vot' service. M \ DAM E GAR I) ET. Si ce n'était par respect humain, j'm'en irais, tant j'm'ennuie d'attend' des éternités pareilles. LA REVENDEUSE. Si encore on était sûr et certain de s'placer. I.' bc m i l eue. C'est si douteux. 9. 154 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSIS I-S. MADAME (JARDET. Je dis toujours: jamais on m'y reprendra, pis toujours on me reprend. LA REVENDEUSE. Des crimes comme ceux-là se rencontrent pas toutes les semaines. L' LCA I LLÉRE. Heureusement. une voix. Vous avez pas l'droit d'vous mett' là . DEUX IÈ \l I : \ ( 11 \ . Ça vous r'garde pas. PREMIÈRE VOIX. Nous allez voir comme ça me r'garde pas. PLUSIEURS ASSIST WI S. A la queue ! L'ÉCAILLÉ R !.. C'est pas non plus èt' raisonnable ; voilà trois heures et même davantage que nous sommes à croquer l'marmot et l'on viendra prend' nos places ! oh ! mais non ! I,' A SSl S T A \CE. A la queue ! à la queue ! UNE DAME. Y a donc plus d'sergents d- ville? L'ESCALIER Dr, LA COUR D'ASSISES. 15» UNE VOISINE. Y en a toujours quand on en a pas de besoin. TROISIÈME voisine. Le v'ià! le v'ià! U.\ LAMPISTE. T'nez là, sergent, d'vant vous, c' Parisien en casquette. UN NOURRISSEUR. Dites z'y qui s'en aille. l'assista \( I.. A la queue! à la queue! LE SERGENT, à l'usurpateur. Dites donc, hé ! là-bas, allez donc voir un peu dans la rue si j'y suis. l'assistam:e. A la queue! à la queue! l'usurpateu 11. Je venais pour voir quéqu'un d' ma connaissance. le sergent. Faites-moi l'amitié d'vous en r tourner, et pu vite que ça ! l'assistai: e. A la queue! à la queue ! 4Sfi L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. LE SERGENT. Entendez-vous c' quej' dis? l'usurpateuiî. On s'en va. Me bousculez pas. UNE DAME. Faut-y pas prend' des mitaines? l'usurpateur. Me touchez pas, j' vous dis. Tumulte. UN INDIVIDU. Vous avez pas ¥ droit d'y toucher, à homme. UN SECOND. Pourquoi qui viole la consigne? LE PREMIER INDIVIDU. Y viole rien. l'assistance. A la queue! à la queue! I.'ÉCAILLÈRE. Bon, v'ià 1' chapeau du sergent par terre. LA REVENDEUSE. Ça va s' gâter, vous allez voir. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. 157 UN QUIDAM. Pourquoi aussi que 1' sergent y a mis la main susl' collet? MADAME (iARDET. Y l'a pas maltraité : y a dit seulement d's'en aller. LE QUIDAM. Si veut pas s'en aller ! LA REVENDEUSE. L' sergent suit sa cousine, y L'a rien à dire. MADAME G A R DE T. Les voilà tous les deux qui s' roulent. A la garde ! l'écaiilère. Et dire que v'ià deux hommes qui vont s' tuer, et personne pour les séparer. LA REVENDEUSE. Empêchez-les donc, tas d' faignants. — A la garde ! \' ÉC A I L LE UE. Soyez calme, la v'ià qu'arrive. MADAME OARDET, à son voisin. Pourquoi donc qu' vous voulez m' marcher sus Y corps? 158 L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. LE GAMIN. J' vous marche pas, c'est vous qui reste là comme un I. MADAME GARDE T. J' vous défends de m'toucher. LE GAMIN. Vous m' défendez? MADAME GARDET. Oui, j' vous défends. LE GAMIN. Ûtes-vous ma mère? MADAME GARDET. J'en serais bien fâchée. , • LE GAMIN. Pour me défendre. l' écaillère. Attention! v'ià les portes qui s'ébranlent. MADAME GARDET. Marne Guibout, nous quittons pas. I.' ÉCAl LLÈRE. Ron, v'ià que j' perds mon bonnet. UN GAMIN. Vous voulez dire vot' marmotte. L'ESCALIER DE LA COUR D'ASSISES. M \ l) A M E G A RDET. Aïe ! aïe ! aïe ! l' égaillés e . Quoi qu' vous avez? M A 11 A M E (i \ It DE T. J'étouffe! LA REVENDEUSE. Poussez donc pas. l'écaillée e. Dieu qui y a des gens qui sont bêtes ! UNE FEMME JEUNE ENCORE. \ la garde ! UN PLAISANT. Vous assassinez pas, ça n'avance à rien. LE LAMPISTE. Bon! une femme qui se trouve mal ! UN VITRIER. Donnez-z'y d'l'air. LE LAMPISTE. Plutôt un verre d'eau. UNE voix. Au voleur ! P lt E M I E R G A M I x. Dieux! j' ris-t'y. Eh! là-bas! y 1G0 L'ESCALIEU DIÎ LA COUli D'ASSISES. DEUXIÈME <; A MIN. Allume! allume! l'écaillère. Marne Gardet! MADAME GARDET. Oui! L' ÉCA I LLÈ RE. Quoi qu' vous faites? MADAME GARDET. J'étouffe, et vous? I.' ÉCAILLÉ RE. Moi aussi. LES IMPITOYABLES PERSO NNAGES. MARION. BONNIN. M me MARION. MÉLANIE. LES IMPITOYABLES La scène en province chez madame Marion. MARION, BONNIN, MADAME MARION. Marion et sa fommo, assis près do la tablo. Bonnin seul fonctionne. MADAME MARION. Monsieur Marion, donne à boire à monsieur. RONNIN. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces. «AD AME MARION. Monsieur Bonnin? BONNIN. Madame ? M \ DAME M A M I (I \. Sans cérémonie, changeons de place. 164 LES IMPITOYABLES. IÎONNIN. Ne vous dérangez pas, je vous en prie. MADAME MARION. Venez par ici. BONNIN. Je suis à merveille. MADAME MARION. Faites ce que je vous dis. BONNIN. Uniquement pour vous obéir. MADAME MARION. A la bonne heure ! Vous aviez là un vilain soleil dans les yeux qui vous faisait faire des grimaces abominables; tenez, j'en pleure. BONNIN. Vous êtes bien bonne. MADAME MARION. C'est plus fort que moi : j'aime pas voir souffrir ni bêtes ni gens. — Attendez un peu. (BUe so lève.) Ouvrez l'œil ; plus grand, plus grand, que je vous l'essuie ; n'ayez pas peur, mon mouchoir est blanc. — Voilà qui est fait. — Dans cinq minutes il n'y paraîtra plus. BONNIN. Je vous rends grâces. LJiS IMPITOYABLES. 105 MADAME MARION. Et vous ne disiez rien ! 1SONNIN. J'ai toujours si peur de déranger les gens ! MADAME MARION. Faites donc le bon apôtre, je vous conseille ! C'est pour ça que vous tombez chez les gens sans rien dire, en sournois, et justement vous arrivez comme nous sortions de table; ma foi, tant pis, ça vous apprendra ! J'avoue qu'à l'heure qu'il est, faire faire à une bonne une seconde cuisine, je ne m'en sens ni l'envie ni le courage. BONNIN. Soyez sans inquiétude, j'ai parfaitement déjeuné. M \ l)A \l E \l \ Ul (>>,. Monsieur Marion, donne à boire à monsieur. BONNIN. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces. • Les Mêmes, MËLaNIE. M R LAME, Madame ? 166 LES IMPITOYABLES. MADAME MARIOV Eh bien? • MF. LAN II'. Vous savez pas? MADAME MARION. Non, et vous? MEEANIE. Manie Bury... MADAME MAKI ON. Elle n'est pas morte? MÉLANIE. Non, madame, pas encore. MADAME MARION. A vous voir, on serait tenté de le croire. M ELANIE. Aile envoie demander si c'est qu' madame va v'nir la prend' tantôt pour aller chez marne Cousin . M \ DAME MARION. Vous ferez dire, ou plutôt vous direz à M mc l!ury qu'il m'est tombé quelqu'un de Paris. M Kl. A N I E. Et qu' ça vous empêche d'y aller, pas vrai? MADAJIE MARION. Voulez-vous me laisser dire. LES IMPITOYABLES. 167 MELANIK. Dites-, j' veux bien. BONN IN. Je ne voudrais pas pour un empire... MADAME MAItlON. Dites-lui aussi que j'espère que monsieur me permettra d'aller la prendre tantôt sur les deux heures. KONNIN. Je serais désolé... MEEANIE. Papa lîonnin ? liONNIN. Mademoiselle? \i ÉLANIE. Ça va toujours, l'appétit? BONN IN. J'ai parfaitement déjeuné. MÉLANIE. Merci, vous n'êtes pas difficile. MADAME U A II ION. Monsieur Marion, fais donc boire monsieur. ISONNIN. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces. 168 LES IM1' IT 0 VA BLES. MÉLANIE. Et Justine, papa Bonnin, comment qu'a va? BONNIN. Elle vous dit bien des choses. MÉLANIE. Merci. En voilà une qu' est ben sûre d'mourir chez vous ! BONNIN. Elle vous l'a dit? HÉLANIE. Aile me l'a point dit; mais aux termes que vous en êtes... MADAME MARION, à Mélanie. Prenez donc la peine de vous asseoir. MÉLANIE. Pas pour le moment, faut que j'aille et vienne. Est-ce qu'a m'a pas tout dit, Justine : qu'a faisait chez vous tout c' qu'a voulait; qu'a mettait les robes de madame, qu'on li disait jamais rien ; que tout c' qu'aile entreprenait était bien; qu'aile avait d'l'argent de placé; enlin qu'aile était ltu- reuse comme personne, (aile s'assied.) MADAME MARION. Monsieur Marion, verse à boire à monsieur. les iM Pitoyables. i (m liONNI N. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces. M ÉLANIE. Pour combien d'temps, p'pa Bonnin, qu' vous êtes ici? r,<>\ \ i v Je n'en sais rien encore. Al É LAN 1 E. En attendant, j'ai toujours mis des draps à vot' lit. MADAME M AR ION. Quand, mademoiselle, comptez-vous aller à la boucherie? M ii l A NIE • l'as avant deux heures ; j'ai tout 1' temps. P'pa lîonnin? BONNIN. S'il vous plaît? M ÉLAN1 E. Chez vous, c'est-y Justine qui y va, au marché? 1ÎONNIN. Depuis qu'elle est à la maison. MÉLANIE. Ici pas. 10 170 LES IMPITOYABLES. MADAME MARION. J'ai mes raisons. MELANIE. Ben des amitiés à Justine, si vous y écrivez. BONNIN. Merci pour elle. MADAME MARION. Et le café de monsieur? MÉLANIE. Sus V feu, qui chauffe. — (a Bonnin.) Eh ben, n'à revoir, p'pa Bonnin. BONNIN. Vous aussi. MADAME MARION, BONNIN, MARION. MADAME MARION. Monsieur Mavion, donne à boire à monsieur. BONNIN. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces. MADAME MARION. Toujours la même, Mélanie, vous voyez, mangeant toujours dans la main, ici comme chez elle. LES IMPITOYABLES. 171 BONNIN. Elles ne sont guère attachées aux maisons qu'à cette condition. MADAME MARION. Si encore elles l'étaient! Néanmoins, celle-ci, telle qu'elle est, je la préfère de beaucoup à la vôtre. ISONNIN. Toutes deux ont les mêmes qualités. MADAME MARION. Je n'ai jamais pu voir Justine en face. BONNIN. Vous m'avez déjà fait l'honneur de me le dire. MADAME MARION. Et si l'on n'a pas le bonheur de lui plaire, il n'y a pas de grossièretés qu'elle ne vous fasse. BONNIN. Très-passionnée, Justine, très-passionnée. MADAME MARION. Quelle engeance ! monsieur Bonnin, quelle engeance ! 172 ■ LES IMPITOYABLES. Les Mêmes, MÉLANIE. MADAME MARION. On serait trop heureux si l'on pouvait se passer de ce monde-là ! MELANIE, un plateau à la main. Allez vot' train, continuez vos éloges, vous gênez pas, où est-ce qu'y a d'ia gène, vous savez? MADAME MARION. Vot' café est-il chaud au moins? M ÉLANIE. Vous pouvez y goûter. MADAME MARION. Monsieur Bonnin? BONN IN. Belle dame? MADAME MARION. Je ne me souviens plus si vous mettez du sucre. \l ÉLANIE. Kn voilà une question ! — Essayez toujours. MADAME MARION. • Monsieur Marion, ne dors pas, je t'en supplie. LES IMPITOYABLES. 173 M É r. A NIE. Madame n'a plus besoin de moi ? M \ D \ M E MARION. Pas pour le moment. H É L A N IE. En ce cas je m'en vas. MARION, MADAME MARION, BONNIN. MADAME MARION. Une petite goutte d'eau-de-vie dans vot' café, monsieur Bonnin? BONNIN. Volontiers. MADAME MARION. Comme il n'en est jamais entré chez vous. BONNIN. Je veux bien. MADAME MARION. Qu'en dites-vous? BONNIN. Délicieuse. MADAME MARION. Quand je vous disais! Voyons, monsieur Marion, ne dors pas. 4 0. 174 LES IMPITOYABLES. BONN! \. Laissez-le faire. MADAME MARION. Du tout, du tout, le médecin me l'a bien recommandé : dormir, comme y dort, dans la journée, ne lui vaut rien, c'est dans le cas de le faire mourir d'un coup de sang comme M. Mermet. — Voyons, voyons, monsieur Marion, lève-toi, remue-toi un peu,, va faire un petit tour, M. Bonnin le permet; vous le permettez? BONNIN. Certainement. M \ I) \ M E M ARION. Puis tu reviendras.—Va, cher ami, va; tiens, ta Canne. (Bile la lui présente.) MADAME MARION, IÎ0NN1N. MADAME MARION. Vous l'aurez trouvé changé? BON NIN, Dans la rue, je ne l'aurais pas reconnu. MADAME MARION. Il n'a jamais été bien fort. LES IMPÏTOY.VISUÏS. 175 t BONNIN. Non, mais il avait encore certaine activité. M \ I) \ M \. M A RI ON. Toujours dehors, autrefois, toujours par voies et par chemins. Aujourd'hui, plus rien, une machine; il passerait toute la journée, si je le laissais faire, dans son fauteuil, à bailler aux corneilles, comme un hébété. BONNIN. Je voulais, belle dame, vous faire une question. MADAME MARION. faites, monsieur Jîonnin, faites, ne vous gênez pas. MI N. Êtes-vous toujours aussi enchantée d'avoir quitté Paris? MADAME MARIOX, après un moment d'hésitation. Je m'en vas vous dire : oui et non. BONNIN. C'est ce que nous avons pensé. \J \ l)A ME \l \ Il I ON. A vous dire la vérité, je n'ai jamais eu ce qui s'appelle un goût très-prononcé pour ta province, mais on m'avait tellement rabâché aux oreilles 176 LES IMPITOYABLES. qu'on y vivait pour rien, que les alouettes y tombaient toutes rôties, que nous avons voulu, mon mari et moi, vérifier le fait, et en définitive... I10NNIN. Toujours à peu près la même chose. MADAME MARION. Puis, c'était le pays de mon mari. BONNIN. Ah! M. Marion serait... MADAME MARION. Né natif, son père était chapelier, son grand- père aussi, à deux pas, sur la place. BONNIN. Il ne me l'a pas dit. MADAME MARION. Il ne s'en est jamais vanté. —Quand vous voudrez, nous irons voir la maison. BONNIN. Avec grand plaisir. — Vous nous reviendrez, chère madame, vous nous reviendrez. MADAME MARION. Laissez-moi vous finir. Une chose encore, que je ne crois pas vous avoir dite... LES IMPITOYABLES. 177 BONNIN. Dites, je vous en prie. MADAME MARION. Je suis bien aise de jouer un tour à mon propriétaire. BONNIN. Je vous croyais les meilleurs amis du monde. MADAME MARION. Je t'en souhaite ! jamais de la vie !—Dites-moi? BONNIN. Belle dame ! MADAME MARION. Âvez-vous eu jamais à vous louer de votre porteur d'eau? BONNIN. Je vous avouerai franchement que je n'en sais rien, nos relations ont toujours été fort peu suivies. MADAME MARION. Il est de ces pays-là; les gens les plus faux, ces messieurs, les plus vindicatifs, les plus mal élevés qu'il y ait au monde ! BONNIN. A les voir, on ne le dirait pas. 178 LES IMPITOYABLES. MADAME MARION. A les voir, peut-être; à l'user, non. — Des sauvages terribles, quand une fois ils s'y mettent. J'avais eu trois fois le bonheur de sauver la vie à sa femme, il ne me l'a jamais pardonné. — Encore un petit verre. BONNIN. Non, merci, bien obligé, je vous rends grâces, — Et ce serait, croyez-vous, ce motif? MADAME MARION. Je n'en connais pas d'autres ; il savait personnellement que j'avais positivement déclaré que, du jour où il m'augmenterait, je lèverais le pied ; il n'a pas manqué le coche; mon bail expirait à midi, à une heure nous étions augmenté, triplé, une horreur! Je ne me possédais plus, j'étais furieuse! BONNIN. On le serait à moins. MADAME MARION. Et vous croyez que si jamais nous avions une révolution... BONNIN. Je ne veux pas le croire. s LES IMPITOYABLES. 479 MAI) A M E H \ aïON. Je ne lui dirais pas son fait? Je le lui dirais, monsieur Bonnin, je le lui dirais, et très-bien; un homme ne m'a jamais fait peur. Au reste il a eu raison, ça lui a réussi, il a loué mon appartement ce qu'il a voulu. — Et quelle différence, quelle différence, quand j'y pense, avec ce que je paye ici ! Devinez. BONNIN. Je n'en ai pas la moindre idée. MADAME MARION. Notez que nous avons la maison entière. ISONNIN. Je ne saurais le dire. MADAME MARION. Six cents francs, monsieur Bonnin, six cents francs. BO« N'IN. Six cents francs ! MADAME MARION. C'est pour rien, une maison, avec cour et jardin, buanderie ; tous mes savonnages, je les fais ici, je ne donne pas ça dehors. Il y a ici de quoi loger 180 LES IMPITOYABLES. hardiment quatre ménages comme le nôtre, et de l'eau, de l'eau partout. BONNIN. Vous avez de l'eau ? M \ DA M h MA RION. Partout, partout ; l'été, vous savez, monsieur Marion vit dans l'eau, ce qui est à considérer. Un moment, nous dûmes l'acheter, puis, j'ai réfléchi, je me suis dit : nous n'avons pas d'enfants, tout me porte à croire qu'à l'heure qu'il est je n'en aurai plus. BONNIN. En eûtes-vous jamais ? MADAME MAR1<>\. Deux, fille et garçon, de mon premier mari, rien de celui-ci, je les ai perdus tout jeunes, en nourrice ; bref, nous avons changé d'avis, aujourd'hui, je m'en loue. BONNIN. 11 est de fait qu'à un certain âge, se créer des embarras... MADAME MARION. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, et pour laisser tout, à qui ? Je vous le demande. LES IMPITOYABLES. «81 BONNIN. Je n'en sais rien. MADAME MARION. A des gens qui se moqueront de nous! non, non, pas de ça, Lisette, serviteur de tout mon cœur, — encore un petit verre. BONNIN. » Volontiers... (Haussant son verre.) Merci ! merci ! MADAME MARION. Allons donc ! ça ne peut que vous faire du bien. BONNIN. C'est pour boire à l'espoir que j'ai de vous revoir bientôt des nôtres. MADAME MARION. Je ne dis pas qu'un jour, nous ne finirons pas par là. BONNIN. Pourquoi pas tout de suite ? MADAME MARION. Mon Dieu, pour une raison toute simple, j'ai tant et tant crié par-dessus les toits que de ma vie je ne reviendrais à Paris, qu'en y revenant, chacun me jetterait la pierre. 41 183 LES IMPITOYABLES! BONNIN. Vous croyez ? MADAME HARION. lit l'idée de passer pour une girouette fait que je n'ose pas. BONNIN. Vous êtes, par ma foi, bien bonne de vous arrêter à ces considérations-là. MADAME MARION. J'ai regretté mon logement, ça je l'avoue, d'autant que j'y avais mes habitudes. BONNIN. Je conçois cela. MADAME MARION. Je m'y étais mariée deux fois, j'y avais perdu mes enfants. b o n m \. Tout cela finit par attacher. M \ DAM E M \ l'.l<>\. Aussi, de le quitter, je ne vous le cache pas, j'ai été longtemps à m'y faire, BONNIN. Je le crois. LES IMPITOYABLES. 183 MADAME MARION. Mettez-vous à ma place. BONNIIV. Je m'y mets parlàitcment. MADAME MARION. Et savez-vous qui a eu la maladresse de m'ap- prendre que j'allais être augmentée ? BONNIN. Non, certes. M \ DA M Ë MA 11 ION. Je vous le donne en cent. BONNIN. Vous me le donneriez en mille, ce serait exactement la même chose. MADAME MARION. Madame Bonn in. BONNIN. Ma femme ! MADAME MARION. Vous la reconnaissez bien là. BONNIN. Ça n'a pas été, je le parierais, dans une mauvaise intention. 184 LES IMPITOYABLES. MADAME MARION. Je ne vous dis pas, mais avouez qu'agir ainsi. (Bas à l'oreille de Bonnin.) PaSSeZ-moi le 1110t. BONNIN. Je vous le passe. MADAME MARION. J'irai même plus loin... BONNIN. Allez, je ne m'y oppose pas. MADAME MARION. Je vous jure que, dans le premier moment, il lui serait arrivé quelque chose de désagréable, ça ne m'aurait pas fait de peine. BONNIN. La pauvre femme n'est pas méchante. MADAME MARION. Mon Dieu ! je le sais bien, d'autant que jamais je ne lui avais fait de mal. Au reste, je ne lui en veux plus. BONNIN. Et vous faites bien. MADAME MARION. Vous me l'auriez amenée, je ne lui eusse pas sauté au cou. LES [IMPITOYABLES. 188 BONN IN. C'eût été parfaitement inutile. MADAME MARION. Mais je l'eusse bien reçue. BONN IN. Je n'en doute pas, elle m'en avait même manifesté l'intention. MADAME MARION. Qui l'en a empêchée? IÎONNIN. La malheureuse ne peut plus mettre un pied devant l'autre. MADAME MARION. On la dit un colosse. BONNIN. On dit vrai. M h I) \ M E MARION. Qu'elle n'avait plus ligure humaine. BONNIN. Vous ne pouvez vous faire une idée de ce qu'elle est devenue. Surtout depuis un an, elle a pris des proportions inouïes. MADAME MARION. Dernièrement, chez ma belle-sœur, je la citais, 486 LES IMPITOYABLES. au sujet d'un monsieur qui dînait avec nous, deux jours avant, et que je trouvais énorme, et l'on me dit que la vôtre, à côté de ce monsieur, n'était qu'un avorton, je ne voulais pas le croire. BONNIN. Au mariage de mademoiselle Trumeau, elle a voulu danser. MADAME MAIUON. On lui a ri au nez, on m'a conté ça. 1SONNIN. Et franchement... MADAME MARION. Vous n'en avez pas été fâché? BO\NIN. Je le lui avais prédit. MADAME MARION. Kcoutez, ce n'est point pour en dire du mal. BONNIN. Je ne le souffrirais pas. MADAME MARION. Et vous auriez raison ; mais vraiment, nous avons quantité de gens qui méritent bien ce qui leur arrive. LES IMPITOYABLES. 187 liONNIN. Ce jour-là elle le méritait. MADAME MAI! ION. Voyez si à présent mon monstre d'homme reviendra. 1ÎONNIN. Il éprouvait le besoi-n de prendre l'air. MADA M E UARION. Je n'ai qu'une peur. HONNIN. Laquelle, s'il vous plaît ? MADAME UARION. Qu'il ne soit allé se, jeter sur son lit. BONNIN. Et quand cela serait ? MADAME MABION. Dormir ainsi, dans tous les coins, ça ne lui vaut rien, le médecin l'a dit, je ne le perdrai pas autrement. liONJNIN. Vous n'avez rien à vous reprocher. MADAME M A il ion. Rien absolument. 188 LES IMPITOYABLES. BONNIN. Vous avez fait, n'est-ce pas, tout ce qu'il était humainement possible de faire ? MADAME MARION. Tout, monsieur Bonnin, tout, souvent même au delà. BONNIN. Et si jamais vous veniez à le perdre... MADAME MARION. Ce serait ma consolation, je le sais bien. — Au définitif, c'est la plus jolie mort. BONNIN. Charmante ! je suis bien de votre avis. MADAME MARION. On ne souffre pas. BONNIN. Au contraire. MADAME MARION. On ne dérange personne. BONNIN. Et comme il faut toujours en finir... MADAME MARION. Mieux vaut celle-là qu'une autre. LES IM PITOYABLES. 189 BONNIN. Je la lui souhaite. MADAME MARION. Merci pour lui. — Encore un petit verre. BONNIN. Volontiers. MADAME MARION, versant Pauvre cher ami ! ** BONNIN, arpentant la pièce. Dites-moi, chère dame. MADAME MARION. Plaît-il V BON N I N. Vous vous êtes, sans doute, créé ici quelques relations ? MADAME M Ali ION. Fôrt peu. , BONNIN. Et vous vous en trouvez bien ? M \ D \ M I M A R ION. Admirablement. BONNIN. Qui voyez-vous ? — Le percepteur ? 11. 100 LES IMPITOYABLES. MADAME MARION. Non, à cause de sa femme, plus maladroite encore que quelqu'un de votre connaissance. BO NNIN. C'est beaucoup dire. — Le inaire ? MADAME M A R ION. Pas davantage, rapport à ses demoiselles. BONNIN. 0 Le receveur de l'enregistrement? MADAME MARION. Le plus mauvais joueur du département. 1SONNIN. Qui donc alors ? - MADAME MARION. Le docteur. BONNIN. Vous voulez dire l'officier de santé. M M) \ M E M \ I! [ON. Le médecin, monsieur Bonnin, le médecin, si vous voulez bien. BOA \ l\. Excellente connaissance. MADAME MARION. Nous le voyons beaucoup, mais beaucoup, beau- LES IMPITOYABLES. 191 coup; je suis môme fort étonnée de ne pas l'avoir déjà vu. (Elle sonno.) Un homme de talent et de savoir, un homme de premier mérite, sans contredit. BONNIN. Vous l'appelez ? M A h A M E M \ R I ON. M. Capabot. BONNIN. Capabot! M A DAM E M IRION. Le docteur Capabot. Vous ne vous attendiez point à le trouver ici ? BONNIN. Non, ma foi ! MADAME MARION. Vous n'êtes pas sans en avoir entendu parler? BONNIN. Jamais ! MADAME MARION. Vous n'en avez jamais entendu parler ? BONNIN. Jamais ! jamais ! MADAME MARION. Jamais ? 192 LES IMPITOYABLES. BONNIN. Sur ma parole ! MADAME MARI ON, BONNIN, MÉLANIE. VIÉLANIE. Madame a sonné ? MADAME M A R ION. Le docteur n'est pas venu ? M ÉLANIE. Y a beau jour. MADAME MARION. A quelle heure? MÉLANIE. Ben avant cinq heures, chercher le fusil de mo- sieu. MADAME MARION. Il sera allé à la chasse. MÉLANIE. J'en sais rien, y me l'a point dit. MADAME MARION. C'est bien. LES IMPITOYABLES. 193 MÉLANIE. Madame a pu rien à me commander? (Pas do réponse.) MÉLANIE. JN'à r'voir, p'pa lîonnin. BONNIN. De tout mon cœur. MADAME MARION, BONNI \. MADAME MARION. Je suis encore à me demander comment il se fait que vous n'ayez jamais ouï parler du docteur. IlONNIN. Je n'en sais rien. MADAME MARION. Il jouit pourtant d'une assez belle réputation! BONNIN. Je ne la lui conteste pas, mais toujours est-il qu'elle n'est point venue jusqu'à moi. MADAME MARION. Une réputation européenne ! que dîs-je ? universelle ! 194 LES IMPITOYABLES. BONNIN. • Je ne vous dis pas non. MA DAM E M \ RION. Tout le monde connaît M. Capabot, le docteur Gapabot! BONNIN. Excepté le plus humble de vos serviteurs. M \ DAM E MA RION. Dimanche, nous passons la journée chez lui.— Serez-vous encore ici, dimanche ? BON m \. J'en doute. MADAME MABION. Si vous y êtes encore, pour peu que le cœur vous en dise, nous vous emmenons à la campagne, ici tout près, nous sommes là chez nous. Et comme il traite! monsieur Bonnin, comme il traite! — Certes, quand vous avez du monde, vous faites bien les choses... BO \ \ I \. J'ai la prétention de le croire. M \ DAME MARION. Eh bien, comparée à celle du docteur, votre table n'est rien, rien absolument, il n'en est pas question ! LES IMPITOYABLES. 195 BONN IN. Je ne vais point à ['encontre; mais comment se fait-il qu'un homme aussi remarquable... • MADAME MARION. De premier mérite. BONNIN. Si vous voulez... reste ici, dans un trou ! MAI) A H E M \ Il I < > \ . Un fort joli trou, monsieur lîoiinin, un fort joli trou, ne vous en déplaise; d'ailleurs qu'irait-il faire à Paris, je vous le demande ? m» \ \ i \. Ce qu'y font les autres. MADAME MARION. De la peine, mon cher monsieur, de la peine. A l'exception de trois ou quatre qui tiennent le haut du pavé, le reste meurt exactement de faim ; tandis qu'ici il lui vient des malades, non-seulement de la capitale, niais des quatre coins de la France, de l'Europe, voire même des quatre parties du monde. BONNIN. Vous m'en direz tant. 196 LES IMPITOYABLES. MAI) AMI] MARfON. Tous gens qui viennent le consulter. liONNIN. Je suis étonné de ne jamais l'avoir vu. MADAME MARION. Gela ne m'étonne pas; le docteur ne voit que les personnes les plus distinguées; toute sa clientèle a toujours été (Luis le plus grand monde, le plus grand monde ; tous les jours, les plus beaux équipages seraient à sa porte, s'il voulait s'en donner la peine. ISONNIN. 11 ne le veut pas! M \ I) A M E M A 1! I ON. Il ne l'a jamais voulu. ISONNIN. Je serais, néanmoins, fort aise de faire sa connaissance. MAI)A M E M IRION. l'as lui. IlONNIN. Et la raison ? MADAME MARION. Il a pris en grippe tout ce qui vient de Paris. LES IMPITOYABLES. 197 BONNIN. 11 a pourtant daigné faire une exception en yotre faveur. MADAME MARION. Aussi, ça a-t-il été la croix et la bannière pour arriver à nous lier. M. Marion le saluait, il ne le lui rendait pas; il mit trois mois, trois grands mois, à m'oter son chapeau. BONNIN. Vous avez persisté ? MADAME MARIu\. Je vais vous dire, c'était chez moi une question d'amour-propre; je n'en suis pas moins arrivée à mes fins; j'ai eu du mal, ça j'en conviens, du mal et de la patience. BONNIN. Il a de la fortune? M \ DAME MARION. Fort riche, fort riche par sa femme, qu'il a perdue. 1SON m \. Ah! oui-da! MADAME MARION. A vingt-deux ans, d'une fausse fluxion de poi- 198 LES IMPITOYABLES. trine, elle est morte dans mes bras! Lui n'avait rien, absolument rien, que son talent, mais un talent de premier ordre; sans cela, je ne l'eusse pas laissé tranquille qu'il ne vînt k nous ; j'aurais été sur son dos du matin au soir, on le lui a, du reste, assez prêché. BONNIN. Et quelle est sa spécialité? MADAME M A RI O \. Les opérations, les grandes opérations, c'est surtout comme opérateur qu'il excelle; lors de votre accident, si vous aviez eu le bonheur de l'avoir sous la main, vous ne seriez pas, à l'heure qu'il est, estropié comme vous l'êtes. JSONNIN. Je vais beaucoup mieux. MADAME MARION. Ne croyez pas cela, vous allez tout de travers ; ceux qui vous disent le contraire ne sont pas vos amis : vous boitez comme on n'a jamais boité, c'est au point qu'à tout moment on craint que cette pauvre jambe ne vienne à se déboiter. BON NIN. Heureusement qu'il n'en est rien. LES IMIMTOYAnU'S. MADAME MABION. On vous a massacré, mon cher monsieur, on vous a massacré; la première chose que le docteur m'a dite, quand je lui parlai de votre malheureuse jambe : « 11 a eu affaire à un âne, à un « oison, c'est le pont aux ânes, rien n'était plus « facile, un enfant la lui aurait remise. » BONNIN. Je n'en suis pas persuadé. MADAME MABION. Si, pendant le quartier d'hiver que vous comptez passer ici, vous aviez tant soit peu de courage... BON \ i \. Je recommencerais? MADAME HARION. Quand ça ne serait que pour faire plaisir à madame Bonnin, lui ménager une surprise. BONNIN. Ce serait parfaitement inutile, elle y est faite. SIADA M E MABION. Je ne le crois pas. BONNIN. J'en suis sûr. LES IMPITOYABLES. M \ I) \ M E WAR ION. Ah! les hommes, les hommes! vous êtes bien tous les mêmes! Vivent les femmes, pour savoir souffrir ! A elles le pompon! comme disait ma marraine, dans son gros bon sens ! BONNIN, MADAME MARION, MÉLANIE. ^Mélanie, en entrant précipitamment, renverse une chaise.) MADAME MARION, effrayée. Qu'est-ce que c'est que ça! M É LAME. Madame Bury... M VI) A M E M A RIO N. Encore ! MÉLANIE. Fait demander à madame ce qu'elle compte faire. MADAME M Mil ON. Je n'en sais rien, vous le voyez, j'ai les bras liés. IÎONNIN, so levant et prenant son chapeau. .le suis vraiment désolé... LES IMPITOYABLES. MM MADAME M A B10 Ni Lui avez-vous fait répondre, à madame Bury, que la personne que j'avais chez moi y était toujours ? M KLANIE. Elle a dit que ça ne faisait rien. MADAME MARI ON. Elle est charmante ! Puis-je décemment mettre monsieur dehors? le puis-je, je vous le demande ? 1SONNIN. Si j'avais suivi ma première inspiration... MADAME BABION. Vous sentez, M. lïonnin, que l'observation que je viens de me permettre... BONN IN. Parfaitement, belle dame, parfaitement. MADAME M A RI ON. N'est pas pour vous... BONNIN. Parfaitement. MADAME MAB.ION. Mais, dans ma position de maîtresse de maison, je ne puis faire autrement. 202 LES IMPITOYABLES. BONN] \. Parfaitement. M \ l> A M E M \ Il I < > \ . Et vous saurez, pour votre gouverne, qu'à cinq heures, à cinq heures précises, nous nous mettons à table. BONNIN. Parfaitement. MADAME MA R ION. Vous voudrez bien vous le rappeler? IlONNIN. Parfaitement. On entend un coup de feu. HADA M li MA R ION. Ah ! mon Dieu ! M É I. A \ I I'.. C'est le docteur qui chasse. MADAME MARIO N. Faites-moi le plaisir, mademoiselle, de ne venir que lorsque je vous sonnerai. (EUe sort.) m kl ami:. • Ça suffit. ,* LES IMPITOYABLES. 503 BONNÎN, MÊLAIS I E. H Kl. A Eh ben, quoi que vous en dites ? BONNIN. On vient de me donner mon congé. MKLANIE. Après les avoir hébergés, l'homme et sa femme, à sa campagne, des années! BON NIN. Ils l'ont oublié. M BLANIE, Pas lui, pauv' cher homme, il a toujours été plus bête que méchant; mais elle... Voulez-vous que je vous dise... BONN) \. Je veux bien. M Kl..A NIE. Faudrait pas avoir de cœur, si vous restiez ici. BONNIN. Aussi vous serai-je fort obligé de vouloir bien envoyer tantôt mon.bagage au chemin de fer. 204 LES IMPITOYABLES. M ÉLANIE. A la bonne heure ! ça leur apprendra. BONNIN. Ça ne leur apprendra rien. PROPOS EN L'AIR 12 « PERSONNAGES. M m " DUCHÉ. M. UADAMASSI. MARGUERITE. scène chez madame Duché. PROPOS EN L'AIR MADAME DUCHÉ, MARGUERITE. MADAME DUCHÉ. Je fais tout ce que je peux, je sue sang et eau, impossible de vous comprendre. MARGUERITE. J' crie pourtant assez fort. MADAME DUCHÉ. Je vous répéterai toujours la même chose : ce n'est pas crier qui fait qu'on entend, c'est articuler; vous n'articulez pas; c'est exactement, quand vous parlez, comme si vous aviez de la bouillie plein la bouche. MARGUERITE. Par exemple ! 208 PROPOS EN L'AIR. \1 \ OA M E di CH É. Répétez-moi, je vous prie, le.nom de ce monsieur. MARGUERITE. Je vous l'ai pas dit. MADAME DUCHÉ. Je ne l'ai point entendu. MARGUERITE. Pladalapa... paradapa. MADAME DUCHÉ. Radamassi. MARGUERITE. Oui ! — En voilà, un nom ! MADAME DUCHE. Un nom turc ; ses père et mère étaient Turcs, Turcs ou Arméniens; qui dit l'un dit l'autre. Comment ! M. Radamassi se serait donné la peine de venir? MARGUERITE. 11 est corc en bas. MADAME DUCHÉ. Et vous ne me dites rien. • MARGUERITE. Depuis une heure je ne vous dis que ça. PROPOS EN L'AIR. 200 MA I) A M I DUCHÉ, appelant. Artémise. (a Marguerite.) Faites-le monter, faites- le monter. (Appelant.) Artémise! Mais allez donc, allez donc! Si je m'attendais à celle-là! (Appelant.) Artémise ! — Monsieur Radamassi ! MADAME 1)1 Cil É, MON SI Kl R RADAMASSI. MOU SI E tl R li \ DA MASSI. En chair et en os. MADAME DUCHÉ. Pas possible! MOiNSIEUR It A D A M A S SI, s'avanç»nt. Permettez-moi... AI A D A M E DUCHÉ, présentant sa joui. Avec grand plaisir. — En voilà une surprise ! Don nez-moi vot' chapeau. MONSIEUB I! A DA M \ S S I. Vous ne vous attendiez pas à nia visite? MADAME DUCHÉ. J'étais à cent lieues. — Donnez-moi vot' chapeau. 12. 210 PROPOS EN L'AIR. MONSIEUR RADAMASSI. Puisque vous le voulez absolument... MADAM K D U C Il É , appelant. Artémise! MONSIEUR RADAMASSI. Elle va bien? MADAME DUCHÉ. Elle devient énorme. C'est bien gentil à vous de vous être souvenu de la maison. MONSIEUR RADAMASSI. Je n'avais garde de l'oublier, croyez-le bien. MADAME DUCHE. Que voulez-vous prendre? MONSIEUR RADAMASSI. Mien, sans cérémonie. MADAME DUCHÉ. Dien vrai? MONSIEUR RADAMASSI. Je sors de table. MADAME DUCHE. Et madame ? MONSIEUR RADAMASSI. Je pense qu'elle va bien. PROPOS EN L'AIR. 21 A M A S s l. . Jusqu'à présent, elles semblent vivre en assez bonne intelligence ; vous la connaissez, madame Dutremblay? MADAME DUCHÉ. « Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Nous avons été les deux doigts de la main. MONSIEUR R VDAM \ssi. J'ignorais que vous eussiez été liées à ce point. MADAME DUCHÉ. Pendant deux mois, nous passions le temps à nous brouiller et à nous raccommoder, lorsqu'un jour, n'y pouvant plus tenir, c'était... Où donc déjà? A sa campagne? MONSIEUR RADAMASSI. A la Picotière ? MADAME DUCHÉ. Précisément. Elle m'avait mise hors de moi, j'ai PROPOS EN L'AIR. 213 pris mes cliques et mes claques, et va te promener ! je n'y ai plus remis les pieds. MONSIEUR 1! A DAMAS SI. Elle l'a vendue, cette propriété-là. MADAME DUCHÉ. Ça ne m'étonne pas. Son mari n'y est-il pas mort? MONSIEUR RADAMASSI. Et enterré. MADAME DUCHÉ. Ça a dû lui faire plaisir. MONSIEUR Il A DA M \ SSI. Je n'en sais rien. MADAME DUCHÉ. D'autant plus qu'il semblait aimer beaucoup sa propriété.—Artémise! MONSIEUR RADA \l ISSI. Ne la dérangez pas, je serais désolé de la déranger. MADAME DUCHÉ. Au contraire, elle sera encbantéc devons voir. Quel homme, ce monsieur Dutremblay, quel hommel un ange! sa femme ne l'a pas rendu bien heureux. 214 PROPOS EN L'AIR. MONSIEUR RADAMASSl. Si fait! vraiment. MADAME DUCHÉ. Elle était toujours à crier après lui. MONSIEUR RADAMASSl. C'était un bon cheval de trompette, que le bruit n'effrayait pas, et qui adorait sa femme. MADAME DUCHÉ. Ils n'ont pas eu d'enfants? MONSIEUR RADAMASSl. Ils en ont eu quatre, qu'ils n'ont pas gardés. M \ DAME DUCHÉ. Gomment! Madame Dutremblay vous a quittés? MONSIEUR RADAMASSl. Il y avait longtemps qu'elle en avait l'intention. MADAME DUCHÉ. Aitémise! Je la croyais là. MONSIEUR RADAMASSl. Jamais ma sœur n'a pu s'entendre avec ma femme. MADAME DU CHE. Et Dieu sait si madame Radamassi y a mis du PROPOS EN L'Alli. 215 sien ! Je ne sais pas ce que vous êtes dans votre intérieur... MONSIEUR RADAMASSI. Je suis vif. MADAME nue m i:. (Ja, je le crois, mais madame Radamassi doit être bonne comme le pain. MONSIEUR RADAMASSI. Ma femme a fait pour sa belle-sœur ce qu'elle n'aurait fait pour personne. MADAME DUCHÉ. Ça ne m'étonne pas. MONSIEUR RADAMASSI. Pour personne au monde. MADAME DUCHÉ. Elle n'en a pas été plus reconnaissante? MONSIEUR RADAMASSI. Au contraire, toutes les fois qu'elle a pu la traîner dans la boue.,. MADAME DUCHÉ, Elle ne s'en est pas fait faute. MONSIEUR RADAMASSI. Bien plus, quand les occasions ne se présentaient pas... M6 PROPOS EN L'AIR. M AI) A M E DUCHÉ. Elle les faisait naître. Je la reconnais bien là. Nous avons dans nos connaissances une jeune personne exactement la même chose. \l <> \S I E 1 11 R A l> A M \ SS1. Une jeune personne ? MADAME DUCHÉ. Qui surtout est d'une taquinerie qui n'a pas de nom. Elle vous adore. MONSIEUR R A D A M A S S I. Et quelle est, s'il vous plaît, cette jeune personne si bien disposée en ma laveur? MADAME DUCHÉ. Devinez. MON S 1 E 0 R B A DA M \ S S I. J'ai beau chercher, je ne trouve pas. MADAME DUCHE. Artémise. WONS! EU li 11 ADAM \ SSI. Vous plaisantez. . MADAME DUC III.. Elle sait combien il me serait agréable de vous ta faire voir, elle ne viendra pas; tout ça pour me faire de ta peine. Je ne voulais point vous en parler... PROPOS EN L'Ail!. 217 MONSIEUR R A D A M A S S I. l'ourquoi ? MADAME DUCHÉ. C'est plus fort que moi, au point, monsieur Uadamassi, comme vous êtes un honnête homme, qu'il y a des moments où le ciel me censurerait, je dirais bon voyage ! C'est affreux ce que je dis là, mais je le pense, (buo sanglote.) MON 81 BOB R ADAM \ s s l. Non, vous ne le pensez pas. Voyons, voyons, elle est encore bien jeune. MADAME DUCHÉ. Elle a vingt-quatre ans, monsieur Radamassi, vingt-quatre ans. Nous ne pouvons pas garder une bonne. MONSIEUR RADAMASSI. C'est fâcheux. MADAME DUCHÉ. Elle a son père en horreur. Elle le trouve commun. . MONSIEUR RADAMASSI. Son père? M \ D A ME DUCHÉ. 11 n'est pas distingué, j'en conviens, je suis la première à le dire... 13 •218 PROPOS EN L'AIR. IfONSIS D li lî AD A M ASSI. C'est peut-être un tort. MADAME DUCHÉ. Mais c'est un honnête homme. MONSIEUR RADAMASS1. Des plus honorables. 0 M \ 1) A \l E DUC H É. Et ce qu'il y a pour elle de plus malheureux, c'est qu'elle lui ressemble. MONSIE U li RADAMASSI. Vous trouvez ? MADAME DUCHÉ. En mieux; ça tient un peu de son'père. Vous ne voulez décidément rien prendre? n MONSIEUR RADAMASSI. Je vous rends grâce. MADAME DUCHE. Deux œufs à la coque. MONSIEUR RADAMASSI. Non, merci, bien obligé. MADAME DUCHÉ. Son nez, sa bouche; pas ses yeux, mais ses oreilles, elle a ses oreilles. Nous voudrions bien PROPOS EN L'AIR. m la marier, son père et moi; peut-être changerait' elle, avec une personne qu'elle aimerait, si jamais elle aime quelqu'un. Mais j'y pense, dans vos connaissances, ne pourriez-vous pas nous trouver çà? MONSIEUR R AI) A \l \SSI. Je verrai. MADA \l E l>l CH É. Un homme du caractère de son père ne vaudrait rien; il lui faut un gaillard qui la mène rondement, qui la mate ; elle a besoin d'être matée, dans son intérêt. MONSIEUR R A D A M A S S I. Le mariage, après ça, vous savez... MADAME une il h. Si je le sais ! Quand je me suis mariée, tout le monde vous le dira, je n'étais pas à prendre avec des pincettes, mais j'aimais mon mari, c'était mon excuse, comme je l'aime encore ; ce n'est pas comme il y a vingt-sept ans, c'est autre chose; vingt-sept ans de ménage, monsieur Radamassi, sans que ça paraisse. «ONSIEUB RADAMASSI, Ça l'ait votre éloge. 2211 l'UOl'OS EN L'AIR. MADAME DUCHÉ. Combien de temps qu'elle est veuve ? MONSIEUR R A DAM AS S I. Votre demoiselle ? MADAME DUCHÉ. Comment, ma fdle ! Vous n'êtes pas à ce que je vous dis. MONSIEUR RADAMASSI. Pardon, de qui, s'il vous plaît, voulez-vous me parler ? MADAME DUCHÉ. De madame votre sœur. MONSIEUR RADAMASSI. De madame Dutremblay? MADAME DUCHÉ. Je vous demandais combien il y avait de temps qu'elle était veuve. MONSIEUR RADAMASSI. La sixième année. MADAME DUCHÉ. Déjà six ans ! Au fait ! MONSIEUR RADAMASSI. Mon fils avait quatorze ans, il en a vingt. PROPOS EN L'AIR. IM MADAME DUCHÉ. Oscar a vingt ans ? MONSIEUR RADAMASSI. Ni plus ni moins. MADAME DUCHÉ. Vous rappelez-vous la rue Cloche-Perche? MONSl EUR RADA M \ S S I. Et la cour Batave, et tout ce quartier-là. MADAME DUCHÉ. Je m'y suis bien amusée. Ah ! madame Dutrem- blay est à Sens! Et monsieur votre frère, comment a-t-il pris ça? MONSIEUR RADAMASSI. Très-bien. Vous le connaissez ? M \ DA ME DUC II É. Si je le connais ! Je crois bien ! Nous avons dû nous marier. MONSIEUR RADAMASSI. Mais oui, il me semble en avoir entendu parler. MADAME DUC. HÉ. Vous étiez alors un enfant. MONSIEUR li IDAHASSI. Un enfant qui marchait tout seul, j'étais déjà chez le notaire. 22i PROPOS EN L'AIR. M \ I) \ M Y. I) I C 11 É. Saute-ruisseau. MONSIEUR RADAMASSI. Chez M. Méritant. MADA M E I) OC UÉ. Un ami de papa, M. Méritant. Sans son nez, je l'épousais. MONSIEUR RADAMASSI. Vous avez dû épouser bien des gens. MA DAM F. DUCHE. Vot' frère, monsieur Joseph. Vous me direz à ça, on finit par s'y faire, comme à un beau visage ; je m'y serais habituée, à son nez, maman n'a jamais voulu. M ON SI EU II li VD A M A SSI. Je l'ai connue, madame vot' mère. MADAME DUC II K. Une grande sèche, pas facile à manier, mais franche comme l'osier: quand les gens ne lui plaisaient point, elle ne le leur envoyait pas dire; j'adore ces caractères-là, et vous ? M 0 \ s i EUR li \ D \ \| \ S S I. Moi aussi. PROPOS 1ÎN L'AIR. 223 VfADA M E ftBCB É. Papa n'avait pas cette franchise-là. MON SIEUB R A D A M A S S I. Ils n'étaient pas cousin avec le mien. HADA M E l)l CHÉ. La faute à papa, qui a toujours aimé s'amuser, Attendez que je sache si ma fille ne serait pas là. — Artemise ! — Es-tu là ? — Elle n'y est pas. — Où donc en étais-je restée? Mu \si EUR RADAMASSI. A monsieur vot' père, qui a toujours aimé s'amuser. M \ H \ M E Dl CH É. S'il arrivait qu'il rentrât plus tard que d'ordinaire, c'était toujours, soit avec vot' papa, soi! avec monsieur Touchard... \H>\ S] EUR RADA MASSI. Un ami du mien, monsieur Touchard. m \ l) h ME duc u É. Soit avec monsieur Vernod. MONSI EUR RADAMASSI. Ce qui n'était pas. MADAME DUCHÉ. Ce qui n'avait jamais été. Autant de prétextes 224 PROPOS EN L'A I R. pour faire prendre le change à maman ; aussi avait- elle tous ses amis en grippe, vot' papa surtout. MONSIEUR R A D A M A S SI. L'homme le plus rangé qu'il y eût au monde. \i a dame ni CH É. Au point que, lorsqu'elle le voyait d'un côté de la rue, crac, elle s'en allait de l'autre. Toujours la faute à papa. MONS I E i R Ri DAM AS SI. Pauvre dame ! MADAME DUCHÉ. Mettez-vous un peu à sa place ! elle savait combien papa était facile à entraîner, et dans tous les gens que son mari fréquentait elle voyait un ennemi. MONSIEUR R A I) A M A S S 1. Je le conçois. MADAME DUCHÉ. D'où venez-vous, malheureux, lui demandait- elle, — d'avec monsieur Touchant ou Radamassi, répondait petit père. Vous sentez, d'après ça, si elle devait vous chérir. MONSIEUR RADAMASSI. Parfaitement. PROPOS EN L'AIR. m \ i) \ m i: ni en e. Pareille chose m'arriverait, j'aurais toutes les peines du monde à ne pas vous arracher les yeux. MONSIEUR R \ I) \ M \ S S I. J'aime à croire que jamais pareille occasion ne se présentera. MADAME DUCHE. Je le crois aussi ; monsieur Duché n'a pas non plus beaucoup de caractère, je lui rends cette justice; mais c'est de ces hommes qui n'ont d'aut's plaisirs que ceux qu'ils prennent chez eux. Si je ne suis pas là, il ne mangé pas; voilà ce qu'est mon mari. MONSIEUR R AI) A M AS S I. Il s'est toujours bien porté? M \ M \ M E DUCH É. Admirablement! Il nous enterrera tous, vous verrez ça. MONSIEUR R ADAMASSI. Je le désire. MADAME DUCHE. Et dire qu'avec tous les éléments possibles, nous devrions être, mon mari et moi, les gens les plus heureux du monde... 13. i«6 PROPOS KN L'AIR. MONSIEUR 11 A I) A \l VSSl. Eh bien? MADAME DUCHÉ. Nous ne le sommes pas. MONSIEUR R A D AM A s s 1. Pourquoi ? MADAME DUCHÉ. Vous le voyez. MO \SI EUS I1AD.AMASSI. .le ne lu vois pas. \l \ li \ HE DUCHÉ. J'ai beau l'appeler, voyez comme elle vient. BONS] E I R li A DA M \SSI. Qui, s'il vous plaît? MADA M E Dl Cil É. Artémise. — Voilà l'agrément que j'ai depuis qu'elle est au monde. Voulez-vous que je vous dise ? HO NSI E H li 11 A D A M \ SSI. Je vous en prie. MADAME DUCHÉ. Elle n'aime pas sa mère. MONSIEUR R A D A M \ s s l. Vous croyez ? PROPOS EN L'AIR. 227 \l \ OA M E I) 0CB É. Tout me le prouve. — Vous dire tout ce que cette enfant m'a fait pleurer, ça n'a pas de nom, ça n'en a pas. — Mariez-nous-la, monsieur Ra- damassi, mariez-nous-la. MONSl E I H R A DAM A S S 1. Tout cela, à la longue, finira par se faire. MADA M E DUCHÉ. Quand, monsieur Radaniassi, quand? MONSl Kl H HADAMASSI. Plus tôt, peut-être, que vous ne croyez. MADAME DUCHÉ. Et monsieur vot' lils, dont nous ne parlons pas, quel grand'houime est-ce ? MONSIEUR HADAMASSI. Un caractère diamétralement opposé. Il n'aja r mais eu ce qui s'appelle de volonté. Une demoiselle. MADAME DUCHÉ. Un diable, la mienne; elle n'a jamais fait que la sienne. MONSIEUR R ADAM ASSI. Peut-être, aussi, avez-vous été trop bons. 22S PROPOS IÎN L'AIR. MADAME DUCHÉ. N'en ayant qu'une, nous avions toujours peur, son père et moi, de la perdre. Puis monsieur Duché était si fier d'avoir une fille, qu'il lui semblait que les alouettes allaient lui tomber! —iïlle n'a jamais eu d'enfants ? MONSIEUR R A D A M A S S I. Qui ? s'il vous plaît. H \ D A M E DUCH É. Madame Dutremblay? MON SI K D I! I! A I>A M \ 88t. Si fait, quatre; je me suis fait l'honneur de vous le dire. M \ |>A M E I) IIC II É. Qu'elle n'a pas gardés, je m'en souviens. J'ai une tète... Faut me pardonner, monsieur Ratla- massi, pardonnez-moi. MONSIE IIR RADA M 1881. Gomment donc ! MADAME DUCHÉ. Je ne me rappelle plus les choses. Que lui est- il donc déjà arrivé, dans le temps, à madame vot' sœur? Des choses extraordinaires... PROPOS EN L'AIR. 220 MONSÏIÎUR RADAA1ASST. Un boulet cfe canon. MADAME DUCHÉ. C'est ça, un boulet de canon. AIONSIlilIR RADAMA8SI. Qui entra dans sa, chambre. MADAME DUC. III.. J'y suis. ' MONSIEUR BAI)A MASSI. En 1830, comme elle accouchait de sa fille, elle ne l'a pas vu, ça lui a donné un coup... MADAME DUCHÉ. C'est bien fait pour ça. MONSIEUR RADAMASS1. Depuis elle n'en a plus eu. — Ah! ça, puisque nous en sommes sur ce chapitre, est-ce que vous ne viendrez jamais nous voir? M \ DA M E DUCHÉ. Ce n'est pas l'envie qui nous manque. MONSI E U R R A I) A MASSI. A présent surtout, ce n'est plus comme autrefois, où l'on mettait quatorze heures;•aujourd'hui le trajet se fait en deux tout au plus. 230 PROPOS EN L'AIR. MADAME DUCHÉ. Combien de chez vous à la station ? \l (l \ SI i; I li B A DAMASSI. Moins loin que d'ici à la place Royale. ItADA \l E DUCHÉ. C'est charmant, monsieur Radamassi, c'est charmant ! MONSIEUR RADAMASSI. Vous voyez que vous n'avez plus d'excuse. MADA M E DUCHÉ. Nous irions certainement avec grand plaisir... MONSIEUR RADAMASSI. Pourquoi ne pas le faire? MADAME DUCHÉ. J'vas vous dire... MONSIEUR RADAMASSI. Dites, je vous en prie. M \ I) A M E DUCH É. Mariez not' demoiselle. MONSIEUB RAI) \ MASSI. Je ferai ce que je pourrai. MADAME DUCHÉ. Une fois mariée, vous ferez de ses père et mère tout ce que vous voudrez ; mais jusque-là... Quand PROPOS EN [.'AIR. m j'y pense ! six mille deux cent quarante-deux francs que nous coûte son éducation, monsieur Duché en a fait le calcul. MONSIEUR RADAMASSI. Gela ne m'étonne pas. MADAME DUCHÉ. Sans compter les maîtres d'agrément. MONSIEUR RADAMASSI. Que voulez-vous ! MADAME DUCHE. Que vous nous la mariiez. — Monsieur Rada- massi, le plus tôt possible, voilà ce que nous voulons, son père et moi. tfONSl E I R 11 \ DA M A SS1. Chère madame ! M \ D A ME DUC II É. Je voudrais mourir. MONSIEUR RADAMASSI. Quelle idée ! M A I> A M E D DC II É. Je serais plus heureuse. MONSIEUR RADAMASSI. Je n'en sais rien. UNE OUVERTURE UNE OUVERTURE BOUTRY, GOUBIN, „uai,i,s ; MIC II Kl, ,....., une serviette sous le bras. 1*00 TR Y. Compère, vous ne mangez pas. goubin. Faites excuse. MI tl IIE L , à part. Merci! D'puis deux heures y n' fait qu' tord' et avaler! GOUBIN. J'ai au contraire beaucoup mangé. Il y a deux ans que je ne déjeune plus à la fourchette. BOUTn v. Je vous ai connu bon. 136 UNE OUVERTURE. G OTJBTN. Autrefois, pas depuis ma dernière maladie; il m'a fallu enrayer, et, ma foi! je ne m'en porte pas plus mal. BOUT H Y. Encore du lapin ? GOU1SIN. Non, merci. liOIITRÏ, Vous l'avez trouvé bon ? GOIIBIN. Excellent ! BOUT li . Cette petite cuisse ? GOUBIN. Pas pour un empire. BOUT RI . Je me plais à croire que vous ne faites pas de cérémonies. GOUBIN. Je viens de vous prouver que non. lî O 11 T\R V. Voici la carte : des petits pois, un pâté d'Amiens que Gustave vient d'envoyer à sa tante... UNE OUVERTURE. 237 <;<>( iîin. Il va bien ? IÎOUTR Y. Si bien qu'il va se marier. GOUBI N. Déjà! BOUTHY. Il a vingt-huit ans. • GOUBIN. Vingt-huit ans! BOUTR Y. Ça vous étonne ? Je l'étais à vingt-trois. Vous avez avec ça une omelette au rhum, je sais que vous l'aimez,.. GOUBIN. Mais oui! BOUTS 1. Et d'excellent café. Réglez-vous là-dessus. GOUBIN. Cent l'ois plus qu'il n'en faut. Ah ! le neveu su marie ! HOUTRY. Sa future aussi. GOUBIN. I ne jeune personne des environs qu'il épouse? SI38 UNE OUVERTURE. BOCTRY. Do Paris. GOUBIN. De Paris? BOUT H Y. De la Chaussée d'Antin. M 1(11 E l. Je la connais, la Chaussée cTÀnth), j'y ai servi. IKMITIi Y. J'en suis ben aise. GOUBIN. De la fortune, cela va sans dire. BOUTS Y. Je le pense, mon beau-père n'est pas homme à laisser faire des sottises à son fils. GOUBIN. Il a parbleu ben raison. BOUTÂT. Michel, une assiette à monsieur. Décidément vous ne voulez [dus retourner au lapin? GOUBIN. Cela me serait littéralement impossible. UNE OOVERTUHIi. ïS9 BOUT l! 1 . C'est bien vu, bien entendu. COUD IN. J'y suis revenu; puis, quand même je le voudrais. . . BOUT li Y. Adjugé ! Quelle maladie avez-vous? cou i;i \. On ne l'a jamais su. IÎOÏJTRY. C'était pas des rhumatismes. GOUBIM. Une fausse fluxion de poitrine. BODTB Y . Toujours dans l'estomac? G OU lit \. L'estomac et les jambes. BOUT HT. J'ai eu ça. Des bourdonnements dans Les oreilles ? GOUBIN. Si vous voulez. lit) UTRY. Faut prend' des bains. 240 UNE OUVERTURE. GOUBIN. J'en ai pris. BOUTRY. Eh ben? GOUBIN. Ça ne m'a pas l'ait de mal. BOUTRY. Vous dire ce que j'ai guéri de monde avec les bains, c'est inimaginable. GOUBIN. N'aurai-je point l'honneur de présenter mes hommages à la maîtresse de la maison? BOUTRY. Aujourd'hui? GOUBIN. J'en serais ravi. BOUTRY. Vous prendriez plutôt la lune avec les dents. GOUBIN. Serait-elle indisposée ? BOUTRI. Mieux que ça, elle a sa lessive. I,DI' IS1N. Je n'insiste pas. UNI- OUVERTURE. 241 BOUTRY. Vous sa\ ez ce qui en est. GOUBIN. Je la plains. BOUTRY. Ce n'est pas elle qui est la plus à plaindre. — Ne parlons pas deçà.— Michel ! étes-vous là? MICHEL. Oui, monsieur! BOUTRY. Donnez-moi le pâté! là devant moi, que nous voyions un peu ce qu'il a dans les entrailles. M K'.IIEL. Oh! le beau pâté ! le beau pâté! <;uijiîin. Inutile de l'entamer. BOUTRY. Parce que? GOUBIN. Non, vraiment, je vous jure, je n'ai plus faim. ♦ BOUTRY. Vous en mangerez. GOUBIiN. Je ne fais point de cérémonies. 14 2(1 UNE OUVERTURE. BOUTRY. Vous en mangerez ! ou vous direz pourquoi ! GOUBIN. Je vous l'ai dit, je n'ai plus faim. BOUTRY, ouvrant le pâté. Le sort en est jeté ! GOUT.l \ . C'est un meurtre. BOUTRY. Gomment, pour une malheureuse fois que vous venez à la maison..... je voudrais bien voir! — Michel, l'assiette de monsieur ! GOUBIN. Très-peu. BOUTRY. Qu'est-ce que vous en dites ? GOUBIN. Il est exquis! impossible de manger rien de meilleur. liOIITRY. J'attendais Brelu. GOUBIN. Ah! monsieur Brelu. UNE OUVERTURE. 243 BOUTRY. Il m'avait promis de venir. GOUBIN. A moi aussi. BOUT II Y . A présent il ne viendra pas. <; D X lt Y. Je ne dis pas non. % <; oins in. Le cu'ur sur la main. Toujours de bonne humeur, obligeant comme personne, n'ayant riefl à lui, la plus belle fourchette du département. BOUTRT. .Ne mangeant plus, je ne puis l'apprécier. GO III! IN. Aujourd'hui, petit père, vous avez mangé. BOUT» V. Par exception, pour vous tenir compagnie. coi BIN. Quand est-ce que vous mariez votre demoiselle ? BOUTRY. Je n'en sais rien, nous avons le temps, Julie a dix-sept ans. GOUBIN. Finais a davantage, ça, j'en conviens. ONE ODV ERTURE. i57 BOUT II Y. Plus du double de sou âge; il serait son père. GOUBIN. Mais il ne demande rien. BOUT lt Y. En êtes-vous bien sûr ? goi; r, i \. Pas un sou, pas une obole ; et par le temps qui court, papa Boutry... BOUTRY. C'est à considérer, je me range de votre avis. G OUI! IX. Voyons, n'y allons pas par quatre chemins. Voulez-vous de Finais, ou n'en voulez-vous point? BO U 1' R Y. Laissez-moi réfléchir. <;ou BIN. Que décidez-vous? BOUTK Y. Je vous avouerai franchement que... G OUI! I \. Quoi? 258 UNE OUVERTURE. no UT R Y. Que je suis... ma foi... fort embarrassé. GOB I! i n . Je commence par vous dire que Finais ne m'a jamais parlé de rien. BouTR Y. Il ne vous a parlé de rien? GOUBIN. Jamais il ne m'en a ouvert la bouche. ItOUTRY. Pourquoi alors tant me presser ? GOUBIN. Parce que je sais que Finais, s'il rencontrait chaussure à son pied... Vous comprenez?... BOUT li \. Je comprends. cour.i \. Ne demanderait pas mieux que de s'établir... BODT II Y. Je conçois ça. GOUBIN. Et naturellement... j'ai pensé à vol' demoiselle. UNE OUVERTURE. Î59 IÏOTITRY. Ce dont je vous suis toujours fort obligé. GOUBIN. Mais du moment que la chose ne vous va pas... BOUT HY. Je n'ai pas dit cela. GOUB) N. Finais a vingt'partis valant, je ne vous dis pas mieux que le vôtre, mais qui pourtant... BOUTB Y. Je suis loin de mal interpréter vos intentions. GOUBIN. Non, mais c'est que je ne voudrais pas... BOUT I! 1 . Nous ne voudrions pas non plus, ma femme et moi... goub IN. Qu'on pût dire un jour: C'est Goubin qui a tripoté ça. BOUTS A. On ne le dira jamais. GOUBIN. Je ne dis pas vous... îliO UNE OUVERTURE. BOUTS V. Ma femme non plus. GOUBIN. Je ne vous en parle pas, rendez-moi cette justice; vous en ai-je jamais ouvert la bouche? Jamais ! BOUT II Y. Non, je vous rends cette justice. GO UBl R. Jamais ! BO IJTR Y. Jamais, jamais ! GOUBIN. Après ça, en admettant que Finais ne vous aille pas, ni à madame, ni à votre demoiselle, ni même à vous, voulez-vous en tâter d'un autre? Dites, vous gênez pas. BOUTS?. Donnez-moi le temps de respirer. GOUBIN. Prenez-le. isnUT R Y. Il n'y a pas, heureusement, péril en la demeure. UNE OUVERTURE. 261 GOUBIN. Non, nous pouvons aussi bien dans un mois, dans deux mois, quand nous voudrons... boi r r >. Dites-moi? GOUBIN. Parlez, je vous écoute. BOUTRY. Vuriez-vous, par hasard?... GOU ISI X. Un autre parti à vous proposer? BOUTRY. (le n'est pas précisément ce que je veux dire. GOUBIN. J'en ai vingt. — Après ça, de vous à moi. puisque Finals ne vous va pas!... BOUTRY. .le n'ai pas dit cela. GOUBIN. Non, mais je l'ai compris. Quelle dot, en définitive, comptez-vous donner à vot' demoiselle? BOUTRY. Ce n'est pas à moi, mais à ma femme, qu'il faut vous adresser... m UNE OUVERTURE. GOUBIN. .le comprends, c'est elle— BOUT B Y. Oui, qui aie département de ces choses-là. GOU BIN. Bien ! bien ! BOl T R ï . t Tout ce que je puis vous dire... GOUBIN. Dites... boutri . C'est que Julie est fille unique, que nous n'avons qu'elle, sa mère et moi, et après nous... (lOUBIN. Elle aura tout ce que vous avez. BOUT R Y. Naturellement. go ii r. I N. Voulez-vous que je vous dise une chose? BOUTRY. Tout ce que vous voudrez. GOU BIN. Gardez-vous de jamais proposer ça. UNE OUVERTURE. !63 BO i T i! ~i. Parce que?... GOUIUN. L'on vous rirait au nez. Ces choses-là ne se font plus, — vieux jeu. BOl T R Y. \ oua croyez '.' GOl BIN. C'était bon- il y a trente-deux ans. — Passez- moi la sonnette, — là, à droite, derrière la carafe. — Rien obligé, (u agite îa'sonnotte. ) Vous sentez que je fi'ai pas que votre affaire en tète. liO IIT R Y. Je ne sais, en vérité, plus où j'en suis. Li s MÊMES, MICHEL, an plateau a la mahi. BOUT i: ï . Tu nous avais oubliés. Mien EL. \ Je vous attendais. — Sûr qu'il est bon en faut, M. Finals ! BOUTB V. Tu nous entendais ? •264 UNH OUVERTURE. MIC II e L. Dame! monsieur, dans un office, à moins de dormir... BOUTRY. Tu ne coucheras pas ici ce soir. MICH E l. Je vas vous dire une chose. r BOUTRY. Je t'en dispense. — Je n'aime pas à répéter, tu sais ? MICHEL. Du moment qu' monsieur... GOUBIN, BOUTRY. GOUBIN. Éh ben, compère? BOUTRY. Vous me voyez dans le plus grand embarras. GOUBIN. Il n'y a vraiment pas de quoi. BOI'TR v. A cause de ma femme. Quant à ma fille... UNE OUVERTURE. 86a GOUBIN. A son âge, on n'a pas de volontés. BOUT HT. Elle n'en a pas. GOUBl \. Veulez-vous que ma femme lui en parle? BOUTR Y. Je n'en sais trop rien... elle pourrait toujours la sonder. GOIIB1N. Pourquoi ne point aborder franchement la question ? BOUT RY. Je l'aborderais bien... GOUBl \. Qui vous en empêche? BOUTBY. C'est qu'en vérité, ce pauvre M. Finais... GODBIN. Eh ben, quoi? ce n'est pas un \donis, vous ne m'apprenez là rien de nouveau. RODTBY. Non. 266 UNM OUVERTURE. col Bl \. Ce sera plutôt un camarade qu'aut' chose, que vous allez avoir pour gendre. BOUT R.Y. Il est bien commun. GOUBIN. Vous vous y ferez. Après tout, il n'est, pas bossu. BOUTR Y. .le ne sais si je ne l'aimerais pas mieux. GOUB1 N. Prenez vot' café, tandis qu'il est chaud. BOUTÉ*. Quand comptez-vous le voir? 601 BIN; Finais? BOUT u Y. Oui. GOIIBIN. Tantôt, si vous voulez. BOIJTRY. .le serais bien aise d'en causer un peu avec M.....Boutry. UNE Oin ERTURE. t&l GOI lil \ . Un jour de lessive ? BOUTR Y. Je n'y pensais plus. — Voisin ! GOUBIN. Si vous plaît? lîoUTRY. Croyez-vous que ma femme'.'... GOUBIN. Oui! BOIITB . Vous ne savez pas ce que je veux dire. GOUBIN. Je m'en doute. — Oui ! — Et à belles baisemains ! BOUTR"! , Ainsi, vous regardez la chose... GOI BIN. Gomme si elle était faite. BOUTR"!. En vérité ! GOUBIN. Tout est arrêté. S68 UNE OUVERTURE BOUT 11 Y. Arrêté ! GOCBIN. Depuis trois semaines. BOUTS Y. Depuis trois semaines ? GOliBIN. 0. Et la noce dans un mois. BOUT 11 v. La noce? GOUISLN'. Dans un mois, VOUS tlis-je. (On entend le bruit d'une voiture.) Une visite qui vous arrive. — C'est Finais. BOUT II Y. Pinais ? ËrOUBF-N. . Oui. BOUT B Y. 11 a donc une voiture? 60U BIN. 11 eu a deux. Deux voitures? lî ( ) Il T u Y. UNE OUVERTURE. î<>9 GOUBIN. Et un grand chariot. BOUTB1. Et vous ne m'en avez rien dit ! GOU1HN. Pourquoi? vous n'en vouliez pas.— Eh ben ! vous vous en allez ? BOUTBA . Je ne fais qu'aller et venir. cou BIN. Pourquoi ? BOUTA Y* Je vas passer un habit. cou BIN. \ quoi bon? BOUT 11 V. Ce sera plus convenable. GOUBIN. Nous allons en finir. BOUTAT. Non, non, je ne veux pas qu'il me voye ainsi. BOUTAT. Dépêchez-vous. 270 UNE OUVEIiTMîK. GOUBIN, MICHEL. M I CH E L. Monsieur ! GOB BIN. Qu'est-ce? qu'y a-t-il? H [CHEL. Vous no, savez pas? GOUBIN. Non. M [CHEL. M. Finals qui vient. GOUBIN. Eh bon ? M I C II Et. Et M. lioutry qui s'en va. G OUBIN. Eh ben? \l [CHEL. Il a donc pas lieu ? r,OUB[N. Oui ? quoi ? UNli OUVERTURE. 271 \i i c m e r.. Le mariage. cou B I N. Quel mariage ? M I C II E L. De M. Finais, avec la demoiselle à papa Goubin. BOUTRT. Qui vous a parlé de ça? MICHE I.. Madame, qui l'a dit à la lessive. BOUTHY. Michel ! M [C HE L. Monsieur? BOUT 11 Y. Vous rappelez-vous ce que M. Goubin vous a dit tantôt ? m i <;u e i.. A preuve qu'à c' soir... BOIITRY. Eh ben ? M I Cil E t. J'entre chez lui. BOCTRY. (liiez qui? 272 UNE OUVERTURE. M 1 C II EL. Chez U. Finais. BOUTRY. Je lui en ferai mon compliment. MENUS PROPOS PERSONNAGES. M"" ; THDROT. M" lc CHEVASSD. La scène à l'aris, dans la rué, sur lu trottoir. MENUS PROPOS MADAME THUROT, MADAME CIIEVASSU. BADA M E T II II ItOT. Si vous parlez toujours, j'en finirai jamais. M A DA M E C 11 E VA S SU. Allez vot' train, vous gênez pas, j'ai 1' temps. Quoi déjà qu' vous disiez? \l A DA UK TH I ROT. J'en sais rien. MADAME CHEVASSU. Recommençons tout, ça m'est égal. M A I) \ M E I 11 U ROT. J'y resuis. J' vous disais qu' ma'me Soulllot... M A DA M E CH l.\ AS S U. Pardon si je vous interromps... 276 MENUS PROPOS. MADAME THUROT. Faites. M ADAM E ClIliVASSU. C'est pas ma'me Soufflot que son mari a éhu la pierre? MADAME Tll IJROT. -' f M..... Gueriné, que son homme a été opéré: iname Soufflot, c'est la dame que son homme a été oublié dans les Catacombes. M \ D A M E CH E v A s s i.. On y a pas ouvert 1 M A MA M E TU I' ROT. Le lendemain. MAPA M E CH E VASSC. Quoi qui faisait, de son état? MADAME THUROT. Y faisait la peine : c'était un pochard; y vivrait encore, qu'aile serait, à l'heure qu'il est, sus La paille. MADAME C 11 E VA 8 SU. Alors il a ben fait d's'en aller. \l S IU M E T U V ROT. Au fond, pas de méchanceté, quand il était M EN US PROI»OS. i~: pas bu; il avait même de l'esprit; mais bu, un idiot. MAI) A H E CH E V A S SI'. Et dire que vous avez des femmes qu'ont celte passion-là ! M \ DA M li TH l) ROT. Des fois. Chez nous, c'est 1' chagrin qui nous vaul ça. MADAME GHEVASSC. J'en ai éhu, moi, plus gros que des maisons, puisque j'suis restée seule au monde avec quatre enfants, mon père et ma mère à ma charge; j'ai jamais éhu l'idée déboire: au contraire, plusj'a- vais d'chagrin, moins j' buvais. VIA OA M E I II l ROT. J' suis comme vous; je n' dis pas que dans un dîner, si on s' trouve avec toutes des personnes que l'on connaît... M \ D A M E Cil E VASSI . • la. ça s'appelle pas boire. \l LDA M E 1 UU RO T. On se trouvera ce qu' j'appelle montée..., on ne sait pas pourquoi. 16 27,h MENUS PROPOS. M A h \ H E CH E VAS SI . Ça, tout le monde... MA DAM E TH I ROT. Plus ou moins. Mais pour en revenir à ma'nie Soufflot, j'ai été liée avec elle, comme y n'est pas possible, pendant quatorze ans : les deux doigts * de la main; ce qu' j'avais, ail' l'avait; a serait rentrée plus tard que d'ordinaire, j'aurais pas mangé. MADA M E (.11 \.\ \SSIJ. J'ai été comme <;a avec mes enfants. MADAME THUROT. J'y aurais vu une épingle dans sa bouche, j' m'aurais dit : A va s'étrangler, faut L'ôter. Eh ben ! quand a nous a quittés pour aller ailleurs, aile a trouvé des gens qui ne nous valent pas, sans mépriser personne, et nous a plantés là comme on ne plante plus. M A D A \l E C BEVASSl). Ça a dû vous faire de la peine? M \ I) A M E THUROT. Ça m'en a fait, et aujourd'hui je n'y pense que quand il en est question; autrement, jamais sou nom ne me viendrait à la bouche. — Ktes-vous comme moi? MENUS PROPOS. 279 M \ DA \l E CHEVASSI . J'en sais rien; comment qu' vous êtes? MADA M E X 11 0 ROT. J'ai toujours aimé les animaux. MADAME CHEVASSU. J'ai aimé mes entants, ça m'a suffi* MADAME THUROT. J'en ai jamais eu. MADAME CHEVASSU. Et vot' époux? M Al) \ M E TU U ROT. L'avous \ u? «ADAM E CHEVASSl . Deux fois. M A DA M E T II 0 ROT. Eh ben? M A H A M E CHEVASSU. Eh ben! oui. HADA M E TU I ROT. Vous m'avouerez qu' faut d'la vertu. M \ l> A M E CH E VA SSO. A I' voir dans la rue... MADAME TU III! or. Oïl ne dira jamais : C'est, un joli homme; niais à viv' avec lui, on dira, c'est un ange. 180 MENUS PROPOS. MADAME CM I. VA S S 1'. Vous laites bien de nue l' dire. MADAME THUROT. Jamais y n' m'a (lit un mot plus haut qu' faut' MADAME CUEVASSU. t- Ménagez-le, y sont rares ceux-là. M \ DAM E III I KO T. S'il avait de la sauté, j' s' rais trop heureuse. \l \ I) A M E (.11 E VA S SU. 11 eu a pas? \1 \ l> \ M E TU U ROT. Pas autant que j' voudrais. MADAME CHBVA88U. Raison de plus pour le ménager. MADAME THUROT. Je le ménage aussi. — Ce qui lui faudrait, mou mari, ça serait des rentes. MA DAM E CIIEVASSi;. Et à moi donc ! MADAME ni un or. 11 aurait des routes, y ferait rien do ses d doigts. MADAME CUEVASSU. Je forais pas grand' chose non plus. VENUS propos. m M \ I) \ M E TH I ROT. Ce qu'il aime, c'est d'èt' dehors. MADAME CBETASSU. Y a une chose qui pourrait êt'. VI AD A VI E Til I BOT. Quoi? M A DA M E C II E V V S S I . Sergeni d'ville. MADAME THUROT. Il est trop petit. MADA VI E CH EVAS8I . Vous croyez ? \l A li \ H E TH I ROT. Faut des beaux hommes, y ne l'est pas, et pas d'âge à jamais le devenir. VI A I) A VI E C 11 E V A SS I . Faut en faire vot' deuil. VI A I) A VI E TH I ROT. ï a beau jour qu'il est fait. Le vot' est-y grand? VI A DA VI E C II E V \ S S V. S'il est grand? Six pieds! s'il a pas davantage. Et dire qu'il en a pas besoin ! VI V I) V VI E I II I 1 ROT. Toujours à ceux-là que 1' sort est propice. 10. m MENUS PROPOS. MADAME THUROT. Le vôtre, vous est-y bon? M A DA M E CHK VA SSII. V m'est c'que Louis XVIII était à mon beau- père, indifférent. M \ DA M E TH UBOT. Quoi qui y était ? MADAME CHEVA8SU. Il était pas son roi. MADAME THUROT. Parce que? M A I) A M E C II E V ISSU. 11 l'avait pas reconnu; et si tout le monde avail suivi son exemple, Louis XVIII s'en serait retourné chez les Anglais, d'où qui venait. MADAME THUROT. J'ai jamais aimé ces gens-là. MADAME CHEVASS1 . Et moi donc ! Des gens qu'on en voulait plus nulle pari. De son frère non plus, à Louis Wlll. m \ i) a m e tu h aox. Charles X? MENUS PROPOS. 283 M \ DAM E CH E \ A SSII. Ouil II ;i ^lm beau faire tout au monde, jusqu'à se faire sacrer à Reims... MADAME THUROT. Pays du pain d'épice. M ADA M E C II EV AS SU. Mou beau-père 5 a pas pardonné. Vous l'avez ben connu ? u \ n \ H E TH li roi . Je l'ai vu une fois. VIADA M E CH E \ ISSU. V ous l'avez vu plus que ça, mon beau-père. MADAME THUROT. Vous me parlez de Charles \. Je vous réponds Charles \. M A |> A M E «: il E 1 ISSU. Les propiètaires et les portiers, si vous voulez que je vous dise, sont compères et compagnons. MADAME THUROT. Mon Dieu, oui. M A DA M E CH E V A SSU. Êtes-VOUS bien avec les vôtres ? 284 MENUS PROPOS. ' MADAME T II II ROT. I)<; portiers ? MADAME CHEVA8MJ. Oui. MADAME THDROT. Bonjour, bonsoir, pas de liaison./' \l \ I) \ \1 E CH E \ A 8S U. Vot' propriétaire, ma belle-mère l'a connu apprenti. M A II A \l E Tfl l ROT. Faut pas le dire. M \ DAM E CH EVASSIi. Y a beau jour qu'c'est fait. MADAME THDROT. J'm'étonne pas si vous déteste, y vous pardonnera jamais ça. \1 A I) \ \i e c II E \ a ss o. .le m'en moque, mon homme aussi. — Figurez- vous, pour vous dire à quel point que je savais ses parents dans la misère : l'commissaire de police dit un jour à sa mère qui follait qu'a mett' à son garçon une aut' culotte, que la celle qu'il avait était pas décente. Que fait ma belle-mère? a va en ■■IHI^HHiHHHH^Hl MENUS PROPOS. 188 sercher eune à mon mari et l'y passe.— Vous croyezp'têt' qu'aile l'a rendue? Des navets! A y en a pus jamais rien dit. MADAME THUBOT. A devait s'y attend'. Pour ça que j'prête jamais. M \ I > A M E CHE1 18 SI . J'finirai par là : mais mieux qu'ça. Manie Souf- flot, que j'vous parlais, a connaît eune, portière que j'vous montrerai quand vous voudrez; jamais vous vous figurerez c'qu'alle a fait à une pauv' femme inscrite au bureau d' bienfaisance et qui demeure dans'sa maison. M IDAM E TH1 ROT. Aile l'a pas tuée? M \ DA ME CH E\ A.SS1 . Aile aurait moins souffert. Laissez-moi vous dire. M A I) \ M E T 11 I ROT. Partez du pied gauche. MADAME CHEVAS8U. La bonne femme que j'vous parle, avait un chien, c'était toutes les jours des histoires. J86 MENUS PROPOS. M \ DAM E THU ROT. Pour ça que j'en aurai jamais. M \ I) \ VI E CHEVASSU. Ma satanée portière a pas éliu d'cesse, qu'la pauv' femme l'ait jeté à l'eau. M \ M E TH I ROT. l'auv' femme! MADAME CHEVASS1 . Et pauv' bête ! La malheureuse voulait pas le jeter, a pleurait toutes les larmes de son corps. M \ DA M E TH I ROT. A fallu le faire ? M \ I) \ Al E Clltl A S S I . Aile y a réponnu : « Si faut absolument que j'jette ma bête à l'eau (tout ce qui m'reste de mon pauvre homme) y aura deux morts ce jour-là, vous pouvez en êt' sûre. » MADAME THU ROT. Quoi qu'aile a réponnul \I.\D.\ \1 E CIIEV \SSI . Aile a ricané. — A s'en va donc, avec son nui- mal, à Vincennes, mais, par précaution, aile avait une corde dans son tabellier. MENUS PROPOS. ffl MA l> \ M E TH1 ROT. Je la vois d'ici. M AD A M E C 11 E V A S s U. Eune l'ois arrivée, aile attache son chien au pied d'un arbre, la pauv' bête l'avait jamais tant léchée. — Eune fois attaché, a sait pu quoi y dire, il y prend comme eune sueur froide, a se sent pas seulement la force d'y adresser un dernier bonjour, a s'en retourne en priant l'boii Dieu d'y venir en aide. MAI) A \l E THDROT. Pauv' femme! MA I) A M E C HE \ A SSU. l'auv' chien, qui faut dire. \1 A DA M E l ll I ROT. Je Pdis aussi, pauv' chien! ADAM E CHE \ A SS I . A s'en revient comme a peut. M A I) \ M E I II I ROT. Aile avait pu d'jambesV VIA DAME CHEVASSU. Pas plus que d'sus la main. î8« MENUS PROPOS. M A II A M E TU I ROT. Dieu! Faut-y qui y ait des gens méchants sus la te ire! M A I) \ M E eu E \ A S S I . Enfin, par eune... aidez-moi donc... pareune... MADAME THU-ROT. Présomption? MADAME CMEVA88U. Oui; a r" gardait de coin pour voir si, des fois, son malheureux chien ne revenait pas. MADAME THUROT. Est-y revenu? m a n a m e en r: vassu. Noir! MA DAM E TU I ROT. On y aura tué. \i a n \ \i E eu E v a s s i . Laissez-moi vous achever.— A l'entre chez elle, niais partout qu'a regardait dans sa chambre, a voyait sa bête. MADAME THUROT. Laissez-moi la plaindre. M A D A \l E Cil E \ A SS I. Plaignez-la, la blâmez pas. Enfin, un jour... MENUS PROPOS. 239 MADAME THOROT. Aile le retrouve ? M 4 I' \ \l E C II E \ AS S SU* Non. Deux jours se passent... BADA M E THURO r. Autant d'tortures! Et toujours pas d'cbien? M a oa m E en EvASSU. Ah! benoui! Et notez une chose, aile avait payé les dix francs d'un chien, donc qu'aile était en mesure avec le gouvernement; quand j'dis qu'aile avait payé, aile avait pas payé, c'est moi qui s'trompe. \l A I) \ M E T II U ROT. La portière était dans son droit. \i \ I) A m e c 11E v a ssr. Laissez-moi vous achever. — Aile avait pas payé, si vous voulez. M A DA M E TU I ROT. Aile était dans son tort. M A I) \ m ë en E> \ s s i . Aile avait pas payé, niais une dame, une vieille (lame, religieuse, pas dévote, y avait dit, à La pauv' femme : « Mère Desbrosses... » 17 290 MliNUS PKOI'OS. MADAME THUROT. C'était son nom? MADAME CHEVASSU. Oui, à la femme au chien. « Mère Desbrosses, tant qu'a vivra, vot' bête vous coûtera rien, soyez calme, ça me regarde. » MADAME THUROT. A payait? MADAME CHEVASSU. Tous les ans, les dix francs de son chien. MADAME THUROT. Y a encore de bonnes âmes. MADAME CHEVASSU. Heureusement pour l'humanité. MADAME THD ROTi J'en connais pas beaucoup dans les propriétaires. MADAME CHEVASSU. Y en a pas. MADAME THUROT. J'en ai jamais vu. MADAME CHEVASSU. Quand un soir... MENUS PROPOS 291 MA I) \ M E TH U ROT. C'est pas fini ? MADA M B cil K \ \ssi . Laissez-moi vous achever. — Aile entend qu'on gratte à sa porte. MAI) A M E I 11 I ROT. C'était son chien? MADA \l l C HE A \ s s i . Aile ouvre... M \ i> \ \i E ru i no i. C'était son chien ? M \ DA M E CHEV Assi . Oui! MADAME THUROT. Tenez, marne Thurot, vous ui'donneriez quarante sousqu'vous me rmderiez pas pu contente. MADAME CHEVA88U. u l'as possible, qu'a dit, ina Mirza...» MADA M E THUROT. Mirza, le nom d'une chienne. \l \ DAM E CH E V A S.s I . C'en était eune. M \ DAME TH I ROT. Vous disiez un chien. m MENUS PROPOS. M AD A ME Cil li VAS S I . Je m'avais trompé. Enfin, l'importe, c'était elle, oui, sa chienne, sa prop' chienne; j'vous demande si c'est qu'aile était heureuse. MADAME THUBOT. A sa place, j'aurais sauté d'joie. MADAM E CHEVASS I . L'histoire ne l'dit pas. .MADAME THUROT. Faut avoir éhu des chiens, pour savoir ce qu'en est. MADAME CHEVASSi:. Vous en avez éhus? MADAME THUROT. Pas moi, défunt mon père. MADAME CHEVASSI . La voilà donc, pauv' femme, au gré de ses désirs. MADAME THUROT. Dites au combe, mame Thurot, dites au combe. Je sais qu'à sa place, j'aurais voulu mourir. VIADA ME CH E \ AS81 . Laissez-moi vous achever. — La voilà doue, comme je vous disais, la plus hiifeu.se des femmes, mais chaque médaille, pas vrai, a son revers ; aile avait compté sans son hôte. MENUS PROPOS.' m MADAME TU F ROT. La portière va tout gâter. MAO \ M E III E \ \ssr. La voilà, fictivement, qui monte avec un commissionnaire ; sa clef était sus la porte ; y z'entrent . MADA M E TU DROT. Y vont assassiner sa bête. M \ l) \ \l E C H E \ \ss l . Laissez-moi vous achever. — Le commissionnaire empoigne sa chienne... MADAME THIIROT. N'achevez pas. m \ r> \ \i E en E \ a ssr. La descend et puis s'en va. M \ DAME THUROT. Son nom, sans vous commander, son nom, au commissionnaire, comment qui s'nomme, si vous plaît ? MA 0 A ME Cil EV S S S I . Jean. MADAME THUROT. .l'vivrais cent ans, jamais j'j penserais. MADAME CHE1 A s si . La mère Desbrosses veut courir après sa bêle. 294 'MENUS PROPOS. MADAME THUROT. Aile en avait l'droit. MADAME CHI. \ ISSU. C'est alors que sa portière y dit des horreurs et des sottises, que tant qu'on était à la charité on élevait pas des bêtes, que c'était voler l'gouvernement, que c'était une voleuse. MADAME T HIT ROT. Pourquoi pas la tuer tout d'suite ! MADAME CHEVASSP. Pis aile y allonge, des coups de pied et des calottes, sur les os des jambes, que la pauv' femme en était toute contusionnée. MADAME T H U ROT. Quoiqu'alle est devenue ? MADAME CHEVA88U. La mère Desbrosses? M A n A M E TU I ROT, Oui! MADAME CHE\ \SSl. Aile a traîné quet' temps encore, pis aile est morte. MENUS PROPOS. 593 MADAME THUROT. \lle est pu hur ev.se. MADAME CHEVAS8U. J'en sais rien, j'y ai pas été voir. Les Mêmes, DN GARÇON ÉPICIER. LE GARÇON, sortant de la boutique, deux chaise» à la main. Ces dames seront p'têt' mieux sur des chaises? \l \ DA M E TH 1 ROT. Si nous vous gênons, faut l'dire. l' épicier. J'vous vois d'puis deux heures sur vos jambes, 'ai pitié. HADA M E C II E V A S S I . On va bien chez vous? l' \:v i c 1 E R. l'as mal et vous. PERSONNAG BS. PRÉSIDENT. COMMISSAIRES. CONVIVRS. G ARÇONS. La scènç à Paris, dans un salon do 300 à 400 rouverts, avec orchestre. UN BANQUET BEAtH EAU, GOULET. G 00 L ET. Je ne vois pas Drapu, HE A II V E A U. Qui ça, Drapu ? GOULE T. Vous connaissez pas Drapu? BEAUVEA I). Quoi qui fait? GOULET. Y fait c' que nous faisons. beau v E A I'. Drapu? — Non, connais pas. — Attendez, c'est pas Sapeur? 300 UN BANQUET. GOULET. Oui ! . BEAUVEAU. Je n' connais qu' lai. G OU LET> J' savais ben qu' vous deviez 1' connaître. BEAUVEAU. Pourquoi qu' vous dites Drapu? G OUI. ET. Pasce que c'est son nom, Sapeur son surnom, autrement son sobriquet. ]! E A II V E A U. Sapeur, oui; Drapu, non: pour moi comme pour beauconpde monde, c'est Sapeur. <; orr.Ki. Est-ce qui ne va, pas venir? I! ka tJVEAU. J'en,sais rien. GOULET. Sans doute par rapport à Mévil, si vient pas. BEAUVEAU. Souvent, pas (Mine raison; nous avons des gens, sans nommer personne, qu'on aimerait autant ne pas voir, et qu'on voit la même chose. UN BANQUET. GOULET. Par politique. BEAUVE AU. Encore. GOULET* Ça m'est arrivé. BEAUTE AV. Et moi donc ! l'Ius d'\in^I fois. 'goulet. Encore aujourd'hui. BEAU VEAU. J' crois ben. — \près ça, j'y tiens pas. goulet. Moi, pas davantage. DIJON, MOI CHET. DIJON. Écoutez, que je vous dise eune chose. mouch et. Dites, j' vous écoute. DU ON. Pour connaît' Bouchon à fond... 30S UN BANQUET. J.E GARÇON. Vermicelle ou julienne? DU ON. Merci, jamais de potage dehors. M H I CM E T. ^ Ni moi non pins, pourtant je l'aime. 1)1 .ION. Comme moi, vous l'aimez chez vous. KÛCCHET, Parce que j' sais comment qu'il est fait. DIJON. Pour en revenir à Bouchon, personne ne le connaît comme moi: tout ce qu'a fait Bouchon, tout ce qu'il fait encore, je le sais; ce qui n' me dit pas, je 1' devine, tant je 1' sais par cœur. Nous avons fait not' première communion ensemble; nous avons été apprentis ensemble; noua nous sommes, autant dire, jamais perdus de vue ; il aurait été mon frère, nous nous serions pas plus aimés. MOUCH ET. Gomme moi, dans le temps, avec Tondeur. DIJON. Aussi, j' vous Y répète, pas capable, Ronchon. UN BANQUET. 303 d'avoir jamais tenu le propos que vous 5 prêtez. MO 11 Cil E T. Vutant dire alors que tout ce que j'ai avancé n'esl pas. DIJON. J'ai jamais prétendu ça. ME LOTTB. Vous n'allez pas finir? h i .1 o \. Mettez-vous à ma place. ME LOTT E. Pasce que j' m'y mets que j' me crois en droit d' vous dire qu'entre camarades on ne doit jamais en venir à s' fâcher. I>l .ION. .le q' me fâche pas. M E [iOTTE. Surtout pour des riens, car c'est des riens. UN VOISIN. Et au potage encore. DU ON. Je dis seulement que F propos qu'on prête à Bouchon n'a pas éhu lieu. 304 UN BANQUET. M E10T.T E. ï étiez-vous? tfOUCH ET. Non, j'y (Mais pas. DIJON. Eh ben : VIOUCH ET. J'y étais, si vous voulez. \1 Kl. o i t E. Donc que vous y étiez pas. MOUCHE T. Nous m' laissez pas achever. M E LO.TT E. J' vous laisse. DIJON. Avons entendu c' que vous avancez M oi e n ET. Écoutez, que j' m'explique. DIJON. J'écoute rien. L'avous entendu? HOUC II ET. Non. DIJON. J' suis fixé. UN n-vNoui- r. m non: il ET. Mais ta personne qui me l'a rapporté, j'en suis sûr. DIJON. .1' vous démande à m' faire trouver avec elle. Mol Cil ET. Quand vous voudrez. DIJON. Ça m' fera, plaisir. MOUCHE T. .l'ai jamais dit de mal de Bouchon. DIJON. ,1e l'aurais pas souffert. \l E LOTTE. Et dire que nous do\ rions être ions amis ! B E lï N \ 111). C'est toujours le contraire. DIJON. De son CÔté, par rapporta moi, IJouchon est la même chose ; on nie débinerait, ou n'importe, il ne le laisserait pas l'aire. Moreu et. Ça, je le conçois. 306 UN BANQUET. DIJON. Son père était le mien. m ELOTTE. Voulez-vous m'écouter ? (ioiîil lard. Parlez, homme généreux, parlez. s l CTROT. Nous vous écoutons. li E RN A RD. Assez. (, (i B I r. L \ RI>. Je demande la parole. S AUTROT. D'abord, si nous parlons tous à la fois. \l li LOTTE. Jamais nous n'en sortirons. s \ DTROT. Sortons-en, messieurs, sortons-en. &OB I LL \ RD. Mais n'y revenons plus. DIJON. Sans avoir reçu une grande éducation. S AUTROT. Nous en sommes tous la. UN BANQUET. :t07 DIJON. Sans avoir reçu une grande éducation... <;oiu r.i.ARn. Nous y voilà revenus. DIJON. Voulez-vous m'écouter? s \ I TROT. Nous vous écoutons. GO Bit M ni). Soyez bref. DIJON. Sans avoir reçu une grande éducation... SAIJTROT. Ça a été dit. GOR1 LLA RD. Et redit. DIJON. Je n'ai jamais fait de sottise à personne. M B LOTTE. Nous le constatons. DIJON. Mais faut pas non plus qu'on m'en lasse. MOUCHF.T. On ne vous en fait pas. 308 UN BANQUET. 1)1.ION. Vous avez crosse mon ami. MOUCH ET. Si je l'ai fait, c'est sans intention. GORItLARO. Alors, embrassez-vous. SAUTROT. Kt n'en parions plus. GOBI LLARD. Comme au loto, messieurs changeons nos cartons. DIJON. Sans avoir reçu... PLUSIEURS VOIX. Non ! non ! non ! GO B I 1.1. \ RD. Parlons de nos rapports avec la Russie. S A UT RO I'. Je veux bien. DIJON. Voulez-vous m'écouter? PLCSIE1RS VOIX. Non ! non ! non ! UN BANQUET. 309 GOBI 1.1. \ lil). Je demande ta parole. PLUSIEURS VOIX. Parlez ! parlez ! parlez ! GOB 1 1.1- V lil). Je suis venu ici pour m'amuser. SAUTROT. Je n'ai point eu d'autre but. PLUSIEURS VOIX. \i moi, ni moi, ni moi ! GO BILLARD. Du moment que je ne m'amuse pas, je réclame mes fonds. ME LOTTE. Attendez. GOB] M. A li I). J'ai trop attendu. VIVI lil\, BEL! . \ I V I E l(. Je ne le cache [>as, voilà qui m'étonne, que jamais vous n'avez connu monsieur Collot. 310 UN BANQUKT. iselu. l'as faute d'avoir été assez d'Ibis chez lui. VIVIKR. C'est qu'apparemment y n'y était pas. BELU. Faut croire. v i v IK li. Tant-pis, vous dureriez connu un brave homme de plus. BELU. Tant qu'ça soye, tout l'inonde me l'a dit. LE GARÇON. ■ Du homard ? BELU. Donnez. VIVIER. Y s'aurait pas remarié, père Gollot, je mourais chez lui. BELU. Pourquoi qu'vous y êtes pas mort? VIVIE R. J'vas vous l'dire; et à l'heure qu'il est, sa fortune serait faite et la mienne aussi. IÏELU. Comment qu'vous en avez sorti? UN BANQUET. 311 VIVIER. J'vous l'ai pas dit ? BEI. I). Vous mTavez promis, vous l'avez pas fait, v i v 1 E 1!. Pas ma faute, si j'en ai sorti, pas la sienne. B E l n. Pas la sienne non plus ; la faute à qui? VIVIER. A sa seconde. BEL U. Quelle seconde ? viv 1E lî. De femme. BELU. A valait pas cher '! VIVIER. A valait rien. — De ces princesses à qui qui faudrait toujours y parler à plat ventre. BELU. J'aurais jamais aimé ça. VIVIER. Mi moi. M i ' UN BANQUET. RELU. Ni personne. M'humilier devant quéqu'un, merci ! \ 1 VIE K. Qu'un individu au monde, un seul, à qui que j'aurais t'ait cette concession-là. BELO. A une femme ? V IV I E u. Mon père. BELO. Moi la mienne, ayant perdu le mien... VIVIER. Au reste y me l'aurait jamais demandé. RELU. S'il en avait pas besoin. VIVIER. 11 l'aurait eu, j'avais rien à y refuser. Si bien, pour vous en finir, papa Gollot ne connaissait que sa femme sur la terre, ne voyait que par elle ; a y aurait dit : « Dolphin (son p'tit nom), Delphin, tu sais pas? — Non? — On a enlevé c'te nuit les tours Notre-Dame... » UE LU. Y l'aurait cru? UN HANOI'HT. 343 \ IVIBR. Dru connue mouche. — Elle l'avait subjugué. li ELU. Toujours mulhureux pour l'ouvrier, du moment qu' madame porte la culotte. \ I \ 1ER. Nou-seulemeutpourl'ou; rier, pour toutl'monde, j'en ai été la preuve; et dire que d' tout V temps qu'aile a vécu, sa première, toute' qui m' passait par la tète, j'avais 1' droit de 1' faire ! 1ÎELL', bas, il l'ureille de Vivier. Est-ce que... par hasard... lié! là-bas! VIV J E li. On l'a prétendu ; jamais. kl lu. C que j' vous en dis... vous savez. V I V 1 L ii. J' vous l'aurais pas caché. — Au contraire, a m' confiait ses pensées. BE LU. Aile était point hureuse. \ I \ 1ER. Non ! — D'autant qu'aile adorait son mari. 18 314 UN BANOUKT. BËLCi Et lui? VIVIER. Pouvait pas la voir. BEi.lI. Gentille, sa seconde? VIVIER. Vingt-deux ans; aile aurait été sa fille. Belle de corps, tête de bois, la figure de son caractère, grincheuse, un glaçon. Du moment qu'aile a su la façon qu' j'étais avec l'aut', la première, aile a juré ma perte et se l'est payée. Le patron, comme j' vous disais, qu'avalait tout c' que contait son épouse, et voyant qu'a m'avait dans 1' nez, s' met à devenir injuste à mon égard, lui qui jamais n' l'avait été ; au point que j'ai dû m'en aller. Il ELU. Vous vous êtes en allé ? VIVIER. J'ai préféré ça. BE LU. Sans compter qu' vous avez rudement bien fait ! v i v I E II. Depuis, par une personne à qui qu'il l'a confié, j'ai su qu'il était pas heureux. ON BANQUET. 348 Il EUT. > pouvait pas l'être. VIVIER. Durant sa première, jamais il aurait prononcé c' mot-là. 1ÎEI.U. J'suis sûr; pas moins, que l'jour qu'aile est morte, il a perdu gros. VIVIE I!. Ça été sa ruine. Follait voir leurs armoires, du temps d'sa première; pleines jusqu'au goulot. iî thV. Et d'puis? VI V1E1Î. Tout porté chez ses parents, ses parents à elle ! «EUT. Ben entendu. \ i v I E 11. Pus une loque, pus un chiffon, pus rien! Puis, quand il est venu à casser sa pipe... DE LU. Il est mort? \ I N I E ïî. Un an juste, jour pour jour, après que j'en ai sorti. — Vous m' croirez si vous voulez... 316 UN BANQUET. Il ELU. i\\ez toujours. VIVIER. l'as n'un drap pour l'ensevelir. R E LIT. l'as croyabe ! VIVIER. }' vous en parle savamment; c'est moi, moi tout seul, qui l'a mis dans n'un drap n'a moi. liF.r.u. Et sa femme, quoiqu'alle estd'venue? Y I \ I E li. J' vous l'ai pas dit? BE r.ii. Si vous l'avez dit, j'l'ai point n'entendu. VIVIER. Aile en a pris un aut'. REM. De mari? v i v I F.R. Non, qui la rouait de coups et li faisait décrotter ses souliers. R EIV. l'as volé. ON BANQOET. :t)7 v I v I E lî. l'auv' père Collot! y m'a l'ait du mal, niais si m'en a fait, y m'a fait plus d'bien; j'y pardonne. BSLU. Ça a dû pas moins vous porter un rude coup? VIVIER. Ça m'a tué; et, comme on dit, un malheur n'arrive jamais seul : voilà crue j' viens à perd' mon père ; y-n'avait de sa vie fait grand'cbose pour moi. ISE LU. Vous l'avez pas moins pleuré? VIV1 E I!. Laissez-moi vous dire... bb lu. Vous avez éhu la bêtise de le pleurer? VI V I E 1!. Un père est un père. BBLU. Oui, quand il est, bon; autrement, non! Des navets ! VIVIER, l'as sa faute, j'y en veux pas. 18. 31 « UN BANQUET. I! IL i . J'y en aurais voulu. v i v 1 I 11. J'aurais pas été bossu, j'aurais flatté son amour- propre, y m'aurait aimé ; maman une fois morte, crac! il en prend une aut', ma belle-mère a pas seulement voulu faire ma connaissance, j'ai pu revu mon père. BEM. J' vous dirai rien du mien, j'ai pas ça à y reprocher, y s'est toujours parfaitement conduit à mon égard; mais si le ciel m'en avait donné un comme qui dirait le vôt', non-seulement je l'aurais pas pleuré, quand y s'est en allé, mais j'aurais ri le jour qu'il aurait parti. VIV 1ER. Seulement, laissez-moi vous dire : y s'est point en allé sans m' laisser quet' chose. RELU, Il était-y marié ? VIVIER. Non. BELL!. Faut'pas y en savoir gré, il a pas pu faire autrement. I N BANQUET. • 349 V I VI E li. Quoique garçon, il est bon d'vous dire que j'avais des économies. 11 k iv. Pas bête ! i I N I E R. Perdant mon père, j'avais pu besoin d'en faire, à quoi bon ! l'idée de rester tout seul au monde me tourne la tête; l'argent de mon père, mon argent à moi, j' me mets à tout chavirer, eh ! aile/ donc, à toi, à moi la paille de 1er, je fais une noce, mais une noce, que 1' diable en aurait pris les armes I De range qu' j'étais j' deviens une infamie, une horreur. Bref, de (il en aiguille, j' tombe malade... lî li i. u. lion ! V I \ IE H. Faut dire aussi que j'avais tout fait pour ça. li li LU. fit personne, avec vous ? VIVIER. Pas un chat; quand j'vous dis qu'j'avais tout croqué. J'me souciais pas néanmoins d'aller à 3Ï0 - UN BANQUET. l'hospice. Non: suffit que mes parents y avaient jamais fichu les pieds, j'vonlais point commencer la série; ça n'empêche qu'on m'y porte; j'y resse trois mois. i! BL1J. Après 1 v i v I E 11. L'jour de ma sortie, l'ciel veut que je rencont' un ancien que j'avais l'ait sa connaissance à l'école, que même je l'avais pas r'vu d"puis c't'époqne-là. 15 K LU. Dans vot'partie ? \ I v l E II. Non, bijoutier; faut croire que j'étais changé, j voulait pas me r'connaît': c'était pas par fierté, j'y demandais rien. BBLtJ; (Comment alors qui vous a r'connu? VIVIER. A ma bosse, que j'ai toujours. — Où qu'tu vas, ma vieille? qui s'met à m'dire. — J'réponds pas. seulement quoiq' déjà pâle, j'pâlis encore. — Tu n'iras pas, qui m'ajoute, non, tu n'iras pas, j'te l'défends. —■ Où ? que j'dis. — Te fiche à l'eau ! — J'y allais. UN BANQUET, 121 BELU. Vrai : y r v 1 e ii. Comme va qu'un Dieu sur la terre. m ZIV. Vous allez m'trouver bête, v'ià quej'pleure. VIVIER. C'est pas tout. HKf.IT. Encore ! VIVJ E li. Y m'mènechez lui. y m'fait monter les escaliers, ou plutôt non, y m'inonte sus son dos, j'avais pu d'jàmbes; sa femme... be tu. 11 était marié ? \ 1 v lEn. Trois enfants et. sa mère..Eune lois dans sa maison, son épouse veut pas que j'm'en aille. — Quand on en a pour six, qu'a dit, y en a pour sept; y s'en ira pas. BELU. En voilà eune femme ! v 1 v 1 E li. Dites un ange, vous ire/ pas irop loin, .l'avais 321 UN BANQUET. pu d'elï'ets, pu d'crédit, pu rien ; on m'avait tout vendu, tout pillé, tout saccagé; j'étais littéralement tout nu ; j'resse chez eux six semaines. BELt. Merci ! VIVIER. Quand j'ai sorti, y m'avaient trouvé une place juste où je suis encore, avec vous, où que j'espère rester tant que j'aurai bras et jambes, et voilà! BARRÉ, THUREL, .M AI ROT. B \ ItR K. Non messieurs, non, j'aime pas les flatteurs. THUREL. Moi non plus. M 1 I ROT. Ni moi. I! \ Il It É. J'aurais été flatteur, comme je ne l'suis pas, une supposition, savez-vous ce qui me serait arrivé ? THUREL. Non. BARRE. J'rouleraiscarrosse, Mairotest là pourvousl'crire. UN BANQUET. 3j5 mai no r. T'en plains pas, ça sera l'héritage de tes enfants. BARRÉ. Le seul, peut-être, que personne ne pourra leur contester, personne au monde ! M \ I IKIT, lih ! ben oui, eh ! bon oui, allons, Voyons! ba Kit i:. Personne au inonde ! m a m o r. T'attendris pas. B \ I! I! L Excusez, papa Thurel, c'est plus fort que moi. THURKL. (ja fait vol' éloge. 15 A Kit !.. Non, jamais on saura ce que j'vaux. M 1 I ROT. Dis pas ça, je l'sais. BARRE. Tout c'qui y a en moi de fort, de grand... M \ I 11 0 1. Tu dis ? i24 UN BANQUET. 1SARRÉ. De fort, de grand et de généreux. M \ I ROT. Commence pas ton épitaphe! l'ius tard, au dessert, nous t'y autorisons. Il A 11 K K. Je ne crois pas en avoir trop dit. u \ I ROT. Non, mais suffisamment; arrêtons les irais, y n'est qu'temps, rase pas mossieu. Il A R II É. Papa Thurel ! TH U R li !.. Si vous plaît '.' BAHHÉ. Vous rappelez-vous la première fois que nous nous sommes vus? TH I RE I.. C'était pas aux contributions ? barri:. Oui! . . m \ in or. Nous étions ensemble. I N BANQU ET. 323 » B \ R a E. J'dis à celui-ci : Tu vois ben ce p'tit mosieu,là- bas? Y m'répond : Oui, — à la porte des contributions, qui fume sa pipe... THUREL. JTai cassée, c'te pipe-là. BARBÉ. Je serais pas étonné de l'voir un jour mon ami, que j'y ai dit. MAI ROT. En nous en revenant. BARR É. Vous voyez, j'y fais pas dire. LÉ (1 ARÇON. Olfrirai-je du poisson à mossieu ? MAI ROT. \ Donnez. b \ Il 11 t. Vous pouvez rencontrer des personnes honnêtes... THUREI.. J'en ai trouvé. ISAftRÉ. Plus honnêtes, non ! Du côté de la probité, voyez-vous, j'ai toujours été sans reproche. 19 « 326 UN BANQUET. \1 \ I ROT. La plus belle noblesse. -*- Monsieur Thurel, vous ne buvez pas. THUREL. Faites excuse. BARRÉ. Mon épouse, la même chose. Vous la verrez, si jamais, comme je l'espère, vous nous faites l'amitié de venir à la maison. x IIUBE L. Avec grand plaisir. BARRÉ. Vous verrez dans mon épouse une créature qui, sans avoir été élevée dans des pensionnats, en a les éléments. M \ [ROT. Ta femme, veux-tu que je te dise? c'est le plus beau fleuron de ta couronne. BAR I! É. Tout comme moi, Aglaé n'a jamais encensé le pouvoir; pas vrai, Mairot? ma i bot; La pure vérité. • UN BANOUKT. i:>7 iiAltl! É. .l'ose dire qu'elle est forte. m \ i aoT. C'qui m'fait vous dire qu'a n'craint personne. BARRK. \ preuve : sans avoir jamais vu, j'\ dirais : Aglaé, montre un peu à monsieur comme quoi tu me défendrais, si on venait jamais à m'attaquer. MAIROT, à Thur.il. Ecoutez bien ça. B \ i; il É. A commencerait par vous prendre, vous mettrait sous son bras et vous ficberait l'fouet connut: à un enfant, par-dessus vos culottes, tout, père Tburel que vous êtes, mais..... en veux-tu, en ' voilà ! \l A I ROT. C'qui vous dit là, j'y ai vu faire. b \i; 11 !•:. Vous n'y verriez que du feu. m \i ROT. l'asse un peu à son caractère. 328 UN BANQUET. B \ il RÉ. La première fois qu'a vous verra, vous attendez pas à des compliments... \i \ I KOT. Pas d'danger, a vous dira putôt des sottises. BAR li É. Sans toutefois vous en dire. THUREL. J'comprends. BABBÉ. Lue supposition. M 1 I ROT. Va ton train, aie pas peur. B \ B li É. As-tu jamais eu à t'en plaindre? m \ I RÔT. Tu sais. J'te l'aurais dit. Dix ans que nous vivons ensemble ! THUBE1. [.'ne femme comme la vôtre, c'est un trésor. i! \ il li i:. C'est aussi mon opinion. M \ I ROT. Gomme aussi ta mienne. UN BANQUET. 329 barri:. , Et la vot', m'sieu Thurel? sansêt' trop curieux, qué genre de femme que c'est? THURE L. La mienne '.' M \ I l( OT. Oui! TIILIRKI., avec un soupir. N'en parlons pas. (Solution de continuité.) AI AI ROT, à Barré. T'avais ben besoin de lever c'lièvre-là! TH I REL. Non pas c'que vous croyez, au contraire. Depuis bientôt sept, ans... M \ 1 ROT; Sept ans, c'est pas un jour. TH C I! E L. Dans les jambes qu'est son mal. B \ li RÉ. Laissez-moi la plaindre. TH UR EL. Elle le mérite. 330 ( N BANQUET. M A 1 ROT. Je demande à boire à sa santé. ] Il QUEL. Je ne sais si je dois le désirer. IÎARRE. Dans son intérêt, j*conçois ça. TllUREJ.. (la dérangerait toutes ses habitudes, el pourtant Je crois n'avoir rien à me reprocher. TÎARRÉ. Papa Thurel? THUREL. Si vous plait ? B \ i! i! i:. Je ne crains pas de le dire, vous êtes le premier homme que je rencontre. TUTîREI.. Je crois lïiériter cet aveu. BARR É. Le premier ! M \ I ROT. Bon ! voilà qu'tu renverses le vin sus la nappe, à présent ! UN BANQUET. B \ l! RÉ. 331 J'payerai l'dégât, parlons pas d'ça. — A la santé de maman Thurel! M \ 1 ROT. Nous ne sommes pas au dessert; voyons, Barré, tiens-toi. B A B li É. Papa Thurel? M A [ R O T , à Thurel. Pardonnez-lui, en faveur du motif. i; \ h R i:. Papa Thurel? TIIIIR E L. Oui! li \ RRK. Quand vous me connaîtrez davantage, vous saurez tout ce que jé vaux. - THUREL. Je le sais déjà. ' MAIROT. Tu te répètes, prends-y garde. LE GARÇON. Des haricots verts? m UN BANQUET. \L WROT. Merci, j'sors d'en prendre. B \ I! I! É. Je ne suis pas de ces gens aujourd'hui blancs, demain noirs, non; comme je m'appelle Barré, d'mon nom... ma ru or. Tu n'as jamais trahi ta pensée. B \ B 11 É. J'irai plus loin. \l \ \ ROT. Vas-y. B \ li 11 É. J'ai jamais trahi ma pensée. m \ I ROT. (l'est dit. B \ B B É. Ni la mienne, ni celle à personne. SIAIROT. Accordé. i>, \ i! iî É. La trahison n'a jamais été mon emblème, pourquoi? X II l B E !.. Parce que vous avez toujours été honnête homme. UN BANQUET. 333 B \ li RÉ. Parce qu'aussi, dans not' famille, nous n'avons jamais eu qu'un seul et unique drapeau. m \ I ROT. Tu vas dire des bêtises. B \ I! RÉ. Partout où j'ai été, soit dans les affaires, ou autrement, soit même dans la garde nationale, où n'importe, j'ai jamais remporté que des éloges, tous mes chefs ont toujours su me respecter. \l A I ROT. Pardon, si je t'interromps! à t'entend', t'en aurais fait des mille et des cents d'patrons. IÎA li li É. Qu'est-ce quej'dis? \l \ i ROT. T'en a fait trois, /i/ids-tu, trois, pas davantage. IIARKK. Pasce que les deux premiers sont morts. M A I ROT. Et le troisième; est fou ; sans ça ! , li \ u ré. M. Bourbonne? 334 UN BANQUET. M \ I ROT. Sans doute. II \ I! I\É. Paul aussi vous dire que les patrons de c'temps- là... \l A I ROT. Étaient pas meilleurs que 1rs ceux d'aujourd'hui. barri;. Quelle différence ! TB D 1! EL. Vous avez là dedans du pour et du contre. M VIROT. Gomme dans tout. I! \ RRÉ. Les hommes, laissez-moi vous dire, les hommes, comme je les entends... \r \ i ROT. Comme nous les entendons... va toujours. barri;. Deviennent de plus n'en plus rares, on n'en voit plus... M \ I ROT. % On n'en voit plus? DIS BANQUET. I!A B I! R. Non ! M \ I IlOT. Laisse-moi donc tranquille, on en voit encore. ItARRli. On n'en voit plus comme on en voyait. M \ I ROT. Quand ça serait qu'papa Thurel. THURBL. Messieurs, M'aiment, vous me contusionnez. B \ R R É. Le fait est que vous êtes un homme. THUREL. Je crois l'avoir assez prouvé. BAI DRY, RIVET, VERGÉS. B \ r DRY. T'nez, père Rivet, un enterremenl qu'j'ai encore bien ri, je me souviens déjà pu, si c'était vot' petit garçon ou vot' p'tite fille... R [VET. J'ai eu le malheur de les perdre à quinze jours l'un de l'autre. Si c'était un martli... 336 UN BANQUET. BAUDRY. J*crois qu'oui. RIVE T. I h p'tit garçon, si c'était an mardi. B \ I I» R Y. .l'm'ai jamais tant amuse . V B R G Y. S. Ni moi. BAUDRY. NOUS avons mangé un lapin avec sa cervelle. B i v ET. I D lapin ? BAUDRY. Oui! RIVET. Ma p'tite fille un vendredi. 1)1 RIE R. Nous auriez pas un sujet plus gai, par hasard ? CAUBET. Ça nous changerait. BOUZON. Où diable donc que s'tiennent les commissaires? H EXT RON. Derrière vous. ON BANQUET. 337 UN COM MISS \ I R E. Vous réclamez quelque chose? no u 7. ON. Un garçon, sans vous commander. i. E G \ R ÇON. Voilà! BOB 2, ON. De l'eau de seltz. LE C, ARC.ON. Voilà! B \ I llll Y. Do l'eau de seltz ! V I lit. ES. \s-tu fini ! m COt RE T. Nos pères ne connaissaient pas ça. RIVET. El s'en portaient pas plus mal. V E R 1) E A U. Ce qui a pas empêché le mien d's'en aller à quatre-vingt-sept ans d'une chute dans les escaliers. ISA on RY. Comme moi, ma tante, d'une voiture, faubourg Montmartre. 338 UN BANQUET. LE G S RÇON. L'eau de seltz demandée ! \ E B D E AIL, Gare les taches! I! I V F, T. Vttention ! \ ERG ES. Aie pas peur, ça m'connaît. (Explosion r. ^. Gare là-dessous ! V E I! DE i l . Merci ! ben obligé ! DUCOB K ET. Que Y diable soit d' vous ! plein ma cravate ! V ERGÈS. L'ai-je fait exprès? DUCOURET. Vous allez comme une corneille qui abat des noix. v É I! G ES. Ça peut arriver à tout le monde. DUCOB I! ET. Aussi ça m'est-il arrivé. B AU DRY. En plein. UN BANQUET. S39 DIJCOUR HT. Je n'en ai pas perdu une goutte. \ ERG ES. Ça ne tache pas. I>[ <;<>[ B ET. Que le ciel vous entende ! DULONG. Dieu! qu'il fait chaud ilans le creux de cet arbre ! \Efl K T. Si l'on ouvrait ? G R A \ D.1 E \ \. Merci ! deux airs !... R Al! DR Y. .l'aime mieux aut' chose. DULON G. C'est une étuve. F r e vus. Pourquoi ne pas ouvrir ? NEKET. Nous avons des tas d'frileux qui n'aiment pas ça. DULONG. Dans c' cas-là, on reste chez soi. 340 UN BANQUET. N KRKT. C'est assez mon avis. CABASSON, GIREL. GIREL. Je ne vous savais pas grand-père. G A BASSON. Hélas! r.iREi.. Comment, hélas ? CARASSON. Manière de dire. G i n EL. \ la bonne heure ! G Al! ASSON. Vous n'étiez pas sans savoir que j'avais marié ma demoiselle. , GI BEL. ^ a pas longtemps. . C \ B \SS()\. Vous demeuriez encore rue Saint-Martin. G lli EL. Tant bjue ça ! UN BANUUKT. Ul C\BASSON. Onze mois qu'elle est mariée, à un limonadier. g I R E i.. Klle en a le physique. C A1ÏASSON. Je n' vous dis pas, mais jamais elle ne sera ce qu'était sa mère; vous l'avez pas connue? G I liEL. Vot' demoiselle? <: \ B V.SSON. Ma femme. GIftEL. De réputation. CABAS SON. La tête de plus que sa fdle. GTREÏ. Excusez ! CA B ISSON. Et forte ii proportion. Nous allons un dimanche à la campagne, chez un ami: elle avait soif, elle demande à boire, on y en donne; le temps de r'mercier la personne, j'étais veuf. GTREI.. Si vite? 342 UN BANQUET. CAP, A S SON. On l'aurait voulu, comme j' disais à quéqu'un, on n'aurait pas été mieux servi. — Et me voilà resté seul avec la petite, elle avait onze ans. GIREI.. Bon garçon, son mari ? i;a b a s s on. Mon gendre? GIKEL. Oui. G \ BA SSON. Depuis que j'ai l'honneur d'êt' son beau-përe, il est encore à lever la main sur moi. GIREL. C'est gentil de sa part. CABASSON. Il est avec moi d'une politesse, voyez-vous... y a pas, y a pas. G I R E L. Et avec ça, de l'ordre, de l'économie? CA BASSON. Impossible d'en avoir davantage. G 1 B l '.T.. Joli garçon ? UN BANQUET. 343 CM! A S90N. Avez-vous c(iiiiiu Taltna '.' GIREL. Pas encore. CABASSON. Gomme tête, il me rappelle Talma, comme homme, ma mère. [Agitation de sonnette.) COM MISS AIR ES. Silence ! LE PRÉSIDENT. Messieurs, entre le premier et le second service, nous allons nous lever un instant de table. l'ass E m b lé e. Oui ! oui J oui ! V N CONVIVB. J'en suis pas fâché. DEUXIÈME CONVIVE. Comme vous, j'les sens pu. ( Dans le jardin.) M ESN \ R D. Monsieur Vivier, un cigare? .(44 UN BANQUET. \ EVIER. Non, merci, ben obligé, j'ai aut' chose. MES NAR l>. Vous ])i'éférez la pipe? VIVIER. De beaucoup. m Es n \ un. Je l'ai fumée pendant sep1 ans, étant au service; je fumais huit sous d'tabac par jour. Aujourd'hui je serais deux jours sans fumer, ça ne nie ferait rien. \ i v i en. Tout n'es! qu'habitude. \i esnaro. Oui. \ E 11 SI Al.. Que dites-vous, messieurs, du dîner? \l ESNARD. Je ne sais pas. Tant qu'à moi, j'ai rien.mangé. GRIVET. Ma foi, moi, c'est tout au plus. V KRSIA I.. Le fait est que pour cinq francs... UN BANQUKT. 348 M I S \ \ li I). On ne peut pas nous donner dos ortolans. B I I! I I. Sans donner des ortolans, on pourrait, avec cinq francs, traiter différemment, et ça, je m'en charge, quand vous voudrez. M ESN A RD. Nous n'en sommes encore qu'au premier service. \ E R S I A L. Attendons. VI VI E r.. Où nous étions, l'an dernier, nous étions quatre- vingt-dix-neuf fois mieux. B E \ I 11 EG A R I). Je ne peux pas me rend' compte comment nous n'y sommes point retournés. BERLI. On ne le saura jamais. DUBOIS. Bien mieux encore chez Mably. . VOTBL. Demandez aux commissaires pourquoi qu'on a changé Mablj. 346 UN BANQUET. c. ri vois. Oui! BERLI. Ils le savent. ro t Si. Mais le diront pas. M î. s \ \ lil>. Vous parlez de l'année dernière? BEBLI. Oui, eh ben? MESNARI). Vous rappellez-vous le saumon? VEI1SI \ L. Parfaitement. BEAUREG AR I). Y marchait tout seul. BE R M. J'aime pas ça dans un saumon. BINE T. On est toujours à crier après les commissaires... \ ot EL. Après ? BIN E T. C'est donc amusant de l'être? UN BANQUET. 347 VOTKI.. Faut que ça V soye, puisque tant d'monde eu veut. M ESN A RD. Encore un plaisir que je ne comprends pas. roT r i-. .le dirai plus, que j'ai jamais pu comprendre. \1 ES \ \ R I). Nous avons des personnes qu'aiment ça. \ OT E I.. Sans compter qu'on m'a proposé assez d' fois d'en être. M ES \ \ itl). Vous avez pas voulu ? VOTE L. J'ai toujours remercié, autant d' fois qu'on m' l'a demandé; j'ai toujours répondu non. UN VOISIN, bas à son voisin. On n'y a pas demandé tant qu' ça. DEUXIÈME Y ors IV (Test aussi mon avis. r r e m r E 1! VOISIN. Moi la mienne. 34S UN BANQUET. CH VVOUROT. Comme moi dans la gard' nationale. MESNAlîl). Non, c'est chez moi une règle de conduite de ne jamais accepter ni grades ni honneurs. (.11 A\ OU ROT. Moi non plus; suffit que j'ai été militaire, on me les a tous proposés. VERSIAL. Vous vous en trouvez pas plus mal ? Cil \\ OUR0T. .1' m'en trouve mieux. Tant qu'aux commissaires, c'est sans comparaison comme les adjudants dans les régiments, jamais on les aime. DAVIAUD. On ne peut contenter tout le monde. \ o r ei.. Et la musique ? lecuit. Au second service. JACKBT. Quoi donc qui font, les musiciens? VIVIEN. Y mangent. DN BANQUET. LECU1 T. Dis plutôt qui boivent. 349 BONTEMPS, MÉCHIN, GOUROTTE. BONTE Ml"-. Méchin ? M F. C II I V Plaît-y? BON rEM l'S. Tu vas rien nous dire? UÉCHIiS. Rien du tout. GOU aOXTE. Lu moindre des choses. M ÉC II i \. Quand j' vous dis rien, c'est qu' c'est rien. BONTEMPS. On y compte. M ÉCH I \. C'est I' tort qu'on a; non, je ne veux plus ni rien dire, ai rien faire, ça devient embêtant, pas aut' chose ! GOUROTTE. T'es bête ! i.iO UN BANOUKÏ. MÉCHIN. Précisément parce que je l'ai été trop longtemps que je ne me soucie plus de l'être. BONTE M PS. Si encore tu avais des motifs. MECH i \. J'en ai des bottes. BONTE Jl PS. Oh! alors... BOUHOTTE. C'est bien différent. me eui m . J'ai su positivement tout ce qui a été dit l'année dernière sur mon compte. BONTE M PS. ' Quoi qu'il a été dit? GOU ROTT E. J'ai rien entendu. BO NTEM PS. Ni moi. M ïiCH[FV. Suffit que je 1' save, pas vrai? GOt ROT.TE. L'a t'on chantée assez de fois, ta dernière? ! \ BANQUET. 354 \i ÉCH I \. Trop qu'on, l'a chantée ! Quand y m'arrivait d'passer dans un atelier, ça manquait pas, on m'en régalait. • BONTE M PS. Mais qui a pu tenir les propos que tu cites? GOITROTTK. Oui, qui ? \J ÉCHl \. Je les ai entendus. BON T E M l'S. PasGobillard? GO D ROTT E. Pas Sautrot? BONTE M PS. Avec ça qui s' gêne! GOUROTT K. Il est déjà pas si fort. BONTEMPS. Ni si brave. GOUROTTE. Dans le temps, si tu te rappelles, avec Signol... BONT E If PS. Et Borel ? 35S UN BANQUET. GOUROTTE. Et tant d'autres ! « BON T E WPS. % Il a jamais été bon. GOtJROTT B. Comme disait le père Nathan, c'est jamais avec eux que j" me retirerai à la campagne. {Agitation de sonnette.) G OU ROT TE. Bon! voilà qu'on sonne! Prenez vos billets! BONTE M PS. \llons-y gaîment. CH WOV liOT. \llume! allume! (La salle du banquet.) LES COMMISSAIRES. A vos places, messieurs, s'il vous plaît! (Air : Où peut-on être mieux.) LES COMMISSA1 il E S. A vos places, messieurs, s'il vous plaît! chavoi; ROT. Tu vas bientôt te taire, monsieur le commissaire? UN BANQUET. 353 LES COMMISSAIRES. A vos places, messieurs, à vos places! ME],DITE. Vous me croirez si vous voulez... GOBILLARD. Je veux bien. M E LOTT E. Ça fait du bien dese délasser un peu les jambes. BON T E Ml'S. Comme moi les miennes, je les sentais plus. LES COMMISSAIRES. A vos places, messieurs, à vos places ! M E LOTTE. Un malheur, dans ces choses-là, c'est de rester si longtemps à table. TA M P] E lî. Viv' la gaieté, C'est ma devise. Viv' là gaieté, C'esl ma santé. M E LOTTE. \u dessert! T A M P 1 E I!. Quel jour, le dessert '.' îft. 354 UN BANQUET. I.KS COMMISSAIRES. A. vos places, messieurs, à vos places ! UNE VOIX. La musique! (Agitation de tonnelle.) GOB u n R i>. Est-ce qu'on ne dira plus rien? 8ADTROT. . Quel silence ! [Imitation du cri des animait JîA I! i: É. Bien ! les bêtises qui vont commencer. UN VOISIN. Du moment qu' ça fait ri" tort à personne. IS\RRÉ. Je vous (lis pas. MET1VIER. Savez-vous si Méchin va nous chanter quét' chose? BONTEMP8. J'y ai demandé. M EXl v 1 EH. Eh ben ? BON I E M Pt. Y veut pu rien dire. I N BANQUET. GOl CET. Laisse donc. lit INNE AU. Il en serait ben trop fâché. \i e t i v I E R. Je répète ce qui m'a dit. IIN K ?01X. Vive la charte ! Nouvelle imitation du cri des animaux.) i N COMMISSAIRE. Messieurs, je vous en prie. LÀ VOIX. Vive la charte ! 'Agitation de sonnette.) BK AFNN EAU. La musique ! DE SI. ANDES, à son voiiin. Vous aimez ta musique ? LE VOISIN. J'aime mieux aut'chose. TU IIRF.I.. Chacun sou goût, 356 UN BANQUET. GOB tL£A R I). Comme les gens qu'aiment les salsilis. SAUïliOT. Frits ! GOULET. Allons donc les musiciens ! CH AVOCROT. Les voilà qui viennent. SAUT ROT. l'as vite. Ouverture. (Fra Piavolo.) ( Applaudissements. ) THUREL. J'ai toujours aimé la -luire. C AVI AT. Vous savez que c'est Fra Diavolo. TUURKL. En ètes-vous bien sûr ? caviat: Très-sûr. TU I R E I.. Ça en a comme un faux air. CHAYOl ROT. Comme un éléphant à une carafe. UN BANQUET. 357 \l A I ROT. Vaut encore mieux entend' comme ça, que pas du tout. GOBI M, \ R I). Et dire que je ne nie suis pas encore amusé ! S \ I TROT. Moi non plus, mais j'espère. GOBI LIA RD. Et moi donc ! UNK VOIX. Vive la charte ! s \ OTRO.T. Donnez-la-lui et que ça finisse. Imitation du chant des oiseaux. THl R E !.. Je maintiens mon dire, je préfère la musique à tout. R \ liRlî. Le présideiH va-t-il nous faire un discours? MAI ROT. ' Nous n'y sommes pas. GIB ET. Elle a pas d'enfants? 358 UN BANQOET. C A B \ SSON. Qui ? si vous plaît. GIRET. Vot' demoiselle ? CABASSON. Oui, fille et garçon. GIRET. Une p'tite fille? (Grand bruit au. Milieu de la salle.) GO lil LIA un. Quarante-cinq à quinze ! CHAVAROT. Qu'est qu'c'est qu'ça ! s I DTROT. J'ai entendu tomber que'qu'chose. <; <> B1 r. la h n. Je ne bouge pas. S A UT R 0 T. Moi non plus, pas d'danger! (A l'exception d'un très-petit nombre, tous les convives ont quitté leur place.) M AQ1ÏK T. Kn v'Ià. d'l'ouvrage ! i N BÀNQ1 I. B E LU. .159 Rangez la vaisselle. ni .m \ . Y n'est pas blessé? «i OUI. ET. J'en sais rien encore. VIVIE li. De l'air, messieurs, de l'air. DIJON. Rangez les chaises qu'on puisse circuler. \i E LOTT E. Dieu ! que j'ai eu peur! Btl.U. » Voilà le monde; aujourd'hui vivant, demain morl. \.....CH ET. Témoin, tout à l'heure, le père Nille. VIVIER. Où ça qu'il est? GOULET. Vous le voyez pas, là-bas, près la croisée, qui respire? \ l v l E li. Ah ! oui, là-bas. 300 UN BANQUET. DIJON. Songez, une masse comme ça sus la tête! vi vu: H. Il l'a pas reçue. JS EAU VEAU. S'en est pas fallu de beaucoup. I! E EU. En voilà pour une somme! GOULET. Ça regarde l'établissement. BARRÉ. Pas sa faute. GOULET. J'entre pas là dedans, à eux de veiller qu'leux affaires soient en état. VIVIER. Au fait! BEAUVE AU. Fallait pas moins qui fût mal attaché. \1 E LOTTE. Qui ça? DIJON. Le lustre. 1 \ BANQUET. 361 (lOISILLARD. C'est le lustre qu' est tombé? BEAU VEAU. Non, le Panthéon. LES COMMISSAIRES. A vos places, s'il vous plaît, messieurs, à vos places ! \ i \ 1ER. C'est bête comme chou, je commence par vous dire, ça m'a tout retourné. BONTEMPS. J'crois bien. MELOXTE. Songez si ce pauvre père Wille avait reçu ça sus la tête. \ IVIEK. Oui! Je m'en serais jamais consolé. BEAUVEAU. Pas vot' faute. VIVIER. Non, mais suffit qu'on se Mf e trouvé ensemble. LANGLOIS. Comme moi, ma belle-mère, qu'a manqué d'èt' brûlée la semaine dernière. H 362 UN BANQUET. DIJON. Tant mieux si a n'a fait qu'manquer. LANGLOIS. On ferait encore ben du chemin avant d'en trouver une pareille. GO OLE T. Conservez-la ! les celles qui sont bonnes sont rares. BEAUVE AU. A qui le dites-vous ! GOULET. Je donnerais la mienne pas cher. . DIJON. La mienne aussi. LES COMMISSAIRES. A vos places, messieurs, s'il vous plaît ! LA MÊME VOIX. Vive la charte ! (Imitation du chanl du coq.) » MELOTTE. Je ne suis pas bégueule... VIVIER. Moi non plus. UN BANQUET. \l E LOTTE. Y a deux choses que je n'aime (Musique.) L A N G ], ( ) I S. Tiens, une bonne idée ! ME LOTTE. Ça mettra fin aux bêtises. PLUS [ E I, Il S FOI X. Méchin! MéchinI Méchin! GOB I l.l. A 11 n. Ah! oui! à propos. BONTEMPS. Laissez-le, y a'dira rien. MOUCfl E T. Plus souvent ! GOBILLA lï D. Toujours la même. S A UT ROT. Nous la cpnnaissons. l'assemble*. Méchin! Méchin ! Méchin! LA MÊME VOIX. Vive la charte! 364 UN BANQUET. UNE AUTRE VOIX. La chanson. l'assemblée. Méchin! Méchin! Méchin! [Agitation de sonnette.) DES VOIX. Y chantera. d'autres voix. Y chantera pas. (Agitation de sonnette.) LES COMMISSAIRES. Silence, messieurs, s'il vous plaît! ME LOTTE. Le voilà qui se lève. CHAUVEAU. G'est-à-dire qu'on le lève. MOUCHE T. Tenez, regardez, Hontemps qui le tient à bras- le-corps. CHAUVEAU. A moi il avait dit qui n'chanterait pas. UN BANQUET. MOI CH ET. A moi qui n'dirait rien. CRAC v EAU. A sa place j'aurais rien dit. MO u<: H ET. Un ban! L'AS SE M BLÉE. Oui! oui! oui! Tlne ! deux! trois! SA I I ROT. Quand je vous disais. v i v 11 : u. Quoi que vous disiez ? SAUT ROT. Je ne répète jamais. MEi.ottk. Vous faites bien. l'as s e m blé e. La chanson ! La chanson ! La chanson (. IgitaCion de sonnette.) LES COMMIS? \ l R ES. Silence, messieurs, s'il vous plaît! QUELQUES voix. Y chantera. 366 UN BANQUET. d'autres voix. Y chantera pas. {Agitation de sonnette.) LES COM MI 8 S AI RE 8. Silence, messieurs, s'il vous plaît! MÉCHIN. {Applaudissements.) \l ÉCB I \. La Bergère et la Bouteille. (Applaudissements.) MÉCHIN. Je De suis point, un Jiomme do mérite, Je ne viens pus ici dicter dos lois; Mais je voudrais, ainsi qu'il le mérite, D'un bon patron célébrer les exploils. UNE NOTABLE PARTIE DE 1.' A S S E M li I.É E. Bravo ! bravo ! bravo ! bravo ! LES COMMISSAIRES. Silence, messieurs, s'il vous plaît! une voi\. N'interrompez pas. UNE AUTRE VOIX. Kaut recommencer. UN BANQUE T. .167 60 H I 11. A RD. Non ! non ! SAUTROT. Non ! non ! non ! M E LOTTE. Si ! si ! si ! TOUTE I,'ASSEMBLEE. Recommencez ! toute l'assemblée. Bravo ! bravo ! bravo ! M ÉC II I N. La Bergère et la Bouteille. D'AS SE M BL l I . Bravo! bravo! bravo! bravo! M ÉCH IN. Je no suis poinl un homme de mérite, Je ne viens pas ici dicter dos lois; Mais je voudrais, ainsi qu'il le mérite, D'un lion patron célébrer les exploits. Qu'un potentat, dans sa fortune altière, Se croie un dieu, ma foi, moi je m'en ris; J'aimo bien mieux les yeux de ma bergère, Vieille bouteille avec de vieux amis. 368 UN BANQUET. l'assem blée. Bravo! bravo! bravo! bravo! UNE VOIX. Second couplet. \l ÉCHIN. Point n'est besoin pour charmer notre vie, De lambris d'or, do clinquants, d'oripeaux: Train de Mondor n'est point ce que j'envie, Je ne veux pas de valets sur mon dos. Les grands diners ne sont pas mon affaire. J'aime bien mieux petit couvert bien mis, Joyeux propos, les yeux de ma bergère, Vieille bouteille avec de vieux amis. l'assemblée. Bravo! bravo! bravo! bravo! UNE VOIX. x Troisième couplet. DEUXIÈME VOIX. N'interrompez pas. M ÉCHIN. Quand, rassemblés dans ce vaste domaine Où chaque été nous venons nous asseoir, Nous nous sentons joyeux, l'àme sereine. C'est, d'avoir fait chacun notre devoir. L'égalité n'est point une chimère, Dans ce repas qui nous a réunis. UN BANQUET. Car le patron aime aussi sa bergère, Et sa bouteille avec de vieux amis. EN CHOEUR. Car le patron aime aussi sa bergère, lit sa bouteille avec de vieux amis. r.' a s s K M I! I. I . K. Bravo! bravo! bravo! bravo! L E C II CE (I R. Car le patron aime aussi sa bergère Et sa bouteille avec de vieux amis. L A MÊME \ 111 \. Quatrième couplet. M KCHIN. Lorsque la mort, de sa faux meurtrière. Viendra trancher le 81 de mon destin, Qu'elle me trouve, à mon heure dernière, L'âme tranquille ej, le verre à la main. Mais, jusque-là, point de craintes amères, Quo de nos cœurs les chagrins soient bannis chaulons toujours les \eu\ de nos bergères lit la bouteille avec de vieux amis. BONTE WPS. En chœur ! LE CHOEUR. Mais, jusque-là, point de craintes amères, Oue de nos cœurs les chagrins soient bannis; 370 UN BANQUET. Chantons toujours les yeux de nos bergères Kl la bouteille avec de vieux amis. 1/ as s emblée. Bravo ! bravo ! bravo ! bravo ! BONTE MPS. I n bau! — Une! deux! trois! BONTKM PS. Quand je te disais! M ÉCH I V Je sais ben, niais qu'est-ce tu veux? BONTE M PS. Laisse-moi donc tranquille, s'ils avaient seulement bougé, j' les couvais, je te les aurais mouchés. DUO \. C'était là le plan. BONTE MPS. Tas d'prop's à rien. GI R B !.. C'est égal, t'es pas encore au bout de ton rouleau, aie pas peur ! POUTRE L. 4 Non, qui ne l'est pas! UN BANQUET. J71 BONTE Ml 1 S. • Qui z'en fassenl autant ceux que ça ne chausse pas. VOIT It Kl.. Laisse-moi donc tranquille ! des feignants'. UNE VOIX. \ i \ e la charte ! m e LOTTE. Ah ! çà mais qui donc qui pousse ce cri-là! eu \ \ \ ROT. Un entêté! GI RE L. Bien nommé. [Musique.) HÉ C H IN. Taisez vos becs, le présidenl va parler. LES COMMISSAIRES. Silence, messieurs ! (Mouvement dans l'assemblée.^ GRI1 E L. Si je parlais jamais, je sais bien ce que je dirais. BON T E M PS. Tu vas pas le taire? 372 UN BANQUET. LES COMMISSAIRES. Silence, messieurs ! (Silence.) (Le président se lève et lit un discours écrit.) LE PRÉSIDENT. Chers camarades, Ce n'est pas sans une émotion profonde que je viens cette année, comme les précédentes, vous donner un nouveau témoignage de la vive grati- titude que m'inspire votre franc et loyal concours. Si notre établissement, placé si haut dans la hiérarchie industrielle, a perfectionné nos produits, doublé nos relations; s'il a non-seulement soutenu, mais encore agrandi sa vieille réputation, à qui le doit-il, je vous le demande? A vous, à votre travail incessant, à votre activité constante, à votre bon vouloir surtout. Heureux et lier de marcher à votre tète, j'espère y rester encore longtemps. Sorti de vos rangs, je ne veux m'en séparer que lorsque les infirmités de la vieillesse m'en feront une indispensable loi... UNE VOIX. Bravo ! UN BANQUET. 373 I Pi COM HISSA] B K. Silence, messieurs ! LE PRÉSIDENT, lit d'ailleurs, n'ai-je point à mes côtés les fondateurs de l'établissement, ou ne sont-ils pas représentés par leurs curants, de dignes enfants, disons-le hautement, dignes en tout de Icms pères '! l' 18SEMB 11. E. Oui! oui! oui! oui! (Vives acclamations. Applaudissements prolongé**) LE PRÉSIDENT. Est-ce que nous ne sommes point une famille? l'assem blé e. Si ! si! si! si! (Longs applaudissements.) LE PRÉSIDENT. Nous sommes d'autant plus une famille, chers collaborateurs, que nous en comprenons les devoirs. Cette caisse de secours que nous avons fondée, qui assure l'existence de nos vieillards, c'est une institution que je me permettrai de qualifier de patriarcale. 374 UN BANQUET. l'assemblée. Bravo! bravo! bravo! FIN ET, à son voisin. On me donnerait cinquante francs je ne serais pas [ius content ! LE VOISIN. Moi, trois cents. UN COMMISSAIRE. Silence, messieurs! LE PRÉSIDENT. Que de malades dont les souffrances ont été soulagées ! CM VEL. Trois mois que je l'ai été, de ce bras-là. LE PRÉSIDENT. Dont les souffrances ont été soulagées! GRU E L. Sans ça, j'allais à l'hôpital. MAI) DU IT. Comme moi, quand je m'ai cassé la jambe. UN COMMISS A I RE. Silence, messieurs! UN BANQUET. 3~i"> LE PRÉSIDENT. Dont les souffrances ont été soulagées ! Que de soins prodigués aux vétérans de l'industrie, à ceux qui ont noblement combattu sur les champs de bataille industriels, aux invalides du travail! UNE VOIX. Vive l'empereur! Une émotion indicible s'empare de l'auditoire; plusieurs des assistants so lèvent ot viennent presser la main de l'orateur. LE PRÉSIDENT. Si ce n'est pas assez, il faut que nous soyons l'atelier modèle ! PLUSIEURS \oi\. Oui! oui! oui! LE PRÉSIDENT. La famille modèle! \' ISSEMB LÉ*E. Oui! oui! oui! r,K PRÉSIDENT. Dans l'armée, il est d'usage de designer par des chevrons les années de service, d'honorer par des décorations le courage et le dévouement. plusieurs voix. Oui! oui! 376 UN BANQUET. LE PRÉSIDENT. Eh bien! que des médailles soient décernées tous les ans aux plus dignes. QUANTITÉ DE VOIX. Oui! oui! oui ! LE PRÉSIDENT. Aux plus dignes, non par ceux que pourrait arbitrairement accorder tel ou tel jury, mais par vous tous, amis et chers collaborateurs et chers camarades, par vous tous ! DE TOUTES LES PARTIES DE E A SALEE. Bravo! bravo! bravo ! une vorx. A bas les Anglais ! TOUTE L'ASS E M I! LE E. A bas personne ! LE .P li KSI DENT. Vive tout le monde ! TOUTE L'ASS KM I! LÉ K. Oui ! oui ! oui ! LE PRÉSIDENT. De nouvelles améliorations sont en projet. (Marques d'attention. ) Une des premières assurera à tous, proportionnellement à son travail, une part... UN BANQUET. 377 UNE VOI\. Bravo ! T.E PRÉSIDENT. Une part dans les bénéfices de l'entreprise. (Applaudissements, cris d'enthousiasme.) M 1 C II ELET. Mon père s'en est allé trop vite. TAUPIN. Comme moi le mien, il avait rêvé ça. UN COMMISSAIRE. Silence, messieurs ! LE PR K S IDE NT. Nous continuerons à marcher d'un pas ferme dans la voie qui nous est tracée, que nous axons suivie, dans laquelle nous nous soutenons mutuellement. DE TOUTES PARTS. Oui! oui! Toujours! toujours! LE PRÉSIDENT. Et comment songerions-nous un seul instant à nous en écarter, puisque c'est celle du progrès? ( Trépignements, cris do joie, le président reçoit de nombreuses félicitations, l'enthousiasme est a son comble.) M M H U , à son voisiu. Voulez-vous que je. vous dise ? 378 UN BANQUET. LE VOISIN. Dites. MÉRU. Que je vous dise franchement de quoi nous avons l'air? r. F. VOISIN. Je veux bien. M K RU. D'un enterrement. le \oIsiv J'ai vu des enterrements qu'on pleurait moins qu'ici. m é r a. Mais c'te fois ici, laissez-moi vous dire, c'est pas de peine, pas de chagrin... LE VOISIN. C'est d'plaisir et de contentement. MÉR I'. J'ai déjà embrassé quat' fois le président, j'y retourne, v'nez-vous? LE VOISIN. Plus tard. méri:. J'ai vu bien des réunions... UN BANQUET. 379 LE VOISIN. Pas plus qu' moi. M É R II. J'ai jamais rencontré une entente comme aujourd'hui. BONNIN. Je demande la parole. LE PRÉSIDENT. Vous l'avez. BONNIN. A la santé du président ! UNE VOIX. Un ban. I.' A S S E M li L É E. Oui ! oui ! oui ! BONNIN. Une ! deux ! trois ! — A son aimable épouse ' l'assem blée. Oui ! oui ! oui ! BONNIN. Puisse-t-elle longtemps l'aire son bonheur, comme le sien est dans toutes nos bouches! GRAND NOMBRE DE VOIX. Oui ! oui ! oui ! oui ! 380 UN BANQUE T. Ut KU. A nos frères ! UNE VOI X. A la Grande-Armée ! AUTRE VOIX. Au bonheur d'èt' ensemble ! l'assem blé e. Oui ! oui ! oui ! FLEURIOT. A la Grande-Armée ! TESTH. Y nous rase avec sa Grande-Armée. M1DPIN. Elle est décédée, Ut Grande-Armée. THtJIÎOT. \n champ d'honneur. SOUM ET. Qui donc celui-là, qui boit à sa santé? MAUGÉ. Lumignon. CHASSEBO UT. Le môme de l'an passé. TAUPIN. Lt de l'an prochain. UN BANQUET 384 BO I! NIER. Pas malheureux que 1' père Goubaud ait pas demandé la parole. MÉGIN. Pour le coup que nous durerions couché ici. ru U1TOT. Pas dit qui parlera pas. SOUMET. J'espère que non. MÉGI N. D'autant qu'on va pas tarder chacun à prend* son département. TliUITOT. Tant qu'à moi, je m'en vas pas. SOUMET. Ni moi. «ÉGIN. Ni moi. FLEUHIOT. Sans compter que je m'en vas pas comme ça. DÉSIRÉ. Jamais. I! ROCHON. Laissons passer les plus pressés. 48-2 UN BANQUET. MÉG 1\. N'a revoir, vieux ! CLIGNANCOURT. Vous n'aussi; mes amitiés chez vous. MÉGIX. Merci. TABLE. Introduction, par Théophile Gautier........ 1 Un Guet-Apens................. M Le Mardi Gras................. * 9 Grand-Père et Petit-Fils............. 67 L'Escalier de la Cour d'Assises........... 115 Les Impitoyables................ 16* Propos en l'air................. 205 Une Ouverture................. 233 Menus Propos.................. 273 Un Banquet................... 2«J7 PARIS. — J. CLAYI, IMPRIMEUR, "7. RUR SAINT - BKNrtlf. n A A LA MEME LIBRAIRIE CHEFS-D'ŒUVRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE Format grand in-18 ji'-siis à S fr. le vol. &v THEATRE COMPLET DE RACINE, avec des remarques littéruires et un choix do notes classiques par M. F&iAX I.e- maistre. 1 fort vol de plus de ~0U pages. ŒUVRES COMPLÈTES DE MOLIÈRE. Nouvelle édition, accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles, par M. Félix Lemaistre, précédée dé la Vie de Molière par Voltaire. 3 forts vol. 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DE L'ALLEMAGNE, par M- de Staël. Nouvelle édition, revue d'après les meilleurs textes. I fort vol. MES PRISONS, suivies des Devoirs des hommes, par Silvio Pbllico; traduction nouvelle par le comte H. de Mbs- bkv, revue par M. le vicomte Alran te Villeneuve, C gravures. . . . 1 vol. FABLES DE LA FONTAINE, avec deS notes philologiques et littéraires, par M. Félix Lemaistre, et illustrées de 8 grav............. 1 vol. CONTES ET NOUVELLES DELA FONTAINE, nouvelle édition, revue avec soin et accompagnée de notes. 1 vol. JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, traduction en prose par M. V. I'iiiluton de la Madeleine; augmentée d'une description de Jérusalem, par M. de Lamartine. 1 vol. ŒUVRES DE RABELAIS, nouv. édit., revue sur les meilleurs textes, éclaircie quant à l'orthographe et à la ponctuation, accompagnée de notes succinctes et d'un nossaire, par Louis Barre. 1 fort vol. de OT pages. CONTES DE BOCCACt, traduits par Sa- DATIER DE CAsTRES....... 1 Vol. DE L'ÉDUCATION DES FEMMES, parniadamedellÉMUSAT, avec une pré* face par M. CIi.de Hémusat, . . 1 vol- L'HEPTAMÈRON. Contes de la reine de Navarre. Nouvelle édition. . . 1 vol. LES CENT NOUVELLES NOUVELLES, texte revu avec beaucoup de soin sur les meilleures éditions et accompagné de noies explicatives. 1 vol. CONFESSIONS DE ROUSSEAU. 1 vol. JULIE OU LA NOUVELLE HÉLOISE- par J. J. ItoussEAU....... 1 vol- HISTOIRE DE GIL BLAS DE SANTIL" LANE par LE Sace, précédée des jugements et témoignages sur le Sarge 6* sur (i i Ulas.........1 vol- ŒUVRES DE MILLEVOYE, précédées d'une Notice de M. Sainte-Beuve. 1 vol- ŒUVRES DE GRESSET, précédées d'une appréciation littéraire P ar la Harpe.......... 1 vol J IMPRIMERIE DE J. CLAIE, RLE SAINT-ttErsolT, 7- es c- S- )E il. es ar le ,i. J- cf il. h B- )ll E. <). I., îifi a- c- é. A" )1. S, ■é- it le il. s. or aè ,1 t >). L- e* et )|. es 11. es ai' ëOB 4138