GALERIE D'ORIGINAUX. BRUXELLES, • -- TYP. un Ve J. VAN BOOOENHOtlDT, Rue Ue Schnerbeeh, 12. i INTÉRIEURS DE BUREAUX. PERSONNAGES. M. DE SAINT-MAUR, chef de division. Officier rix de tous les objets de consommation, il savait toujours il combien te montait la dépense qu'il venait de faire ; au moment de se retirer, il avait soin de tenir sa monnaie toute prête dans la main, et, saisissant l'instant où sa victime était seule, il se dirigeait doucement de son coté; arrivé à deux ou trois pas de sa destination, il avançait à reculons, et jetait, en tournant le dos, son argent sur lecomptoir. Ce petil manège dura pendant trois années : le café passa alors en d'autres mains; M. Riffé avait tellement contracté l'habitude de ce nouveau mode de payement, qu'il paya encore longtemps de cette manière le successeur, qui croynit avoir bérilé de sa vieille rancune. Depuis son arrivée à Paris, il occupe le même petit logement, il a conservé les mêmes fournisseurs, leurs fils ou leurs neveux. A onze beurei un quart, il quitte le café et rentre chez lui. Il va sans doute en rentrant se mettre au lit? Pas du tout. Immédiatement après avoir changé de chaussures, éteint son rat, allumé sa chandelle, endossé une petite carmagnole, s'être couvert la tête d'un bonnet de coton, avoir fait un grand feu dans la cheminée, il vient se camper dans sa vieille bergère, les pieds étendus sur INTÉRIEURS DE RURUAUX. 19 les clienels. Il s'endort dans celle position, ot ce nVsl ordinairement que lii clmlc d'une bùclic sur les jambes, on le froid qui vient le saisir quand le feu s'étcinl, qui l'obligent à regagner son lit. Il est alors trois heures du matin ; c'est celte heure qu'il choisit de préférence pour faire son lit : malgré les plaintes réitérées de ses voisins, rien au momie ne lui fera changer sa manière d'être. Tous les ans, il sollicite un jour de congé, un seul jour dans l'unnéc, pour faire sa provision de bois. Arrivé le premier au bureau, il est le premier à lire le journal dont on l'a chargé de faire l'abonnement et de classer la collection. Il sort le premier. Depuis trente-deux ans, — a l'exception des fètes ci dimanches, du jour de sa provision de bois et du séjour forcé dans sa chambre à la suite de la cbtltesur son derrière dans la rue des Saints-Pires, — à quatre heures moins un quart, il commence à promener la brosse sur ses effets, et son tiroir est fermé au premier coup de quatre heures à l'horloge de ministère. Soixante-cinq ans. De ces physionomies qui ne disent pas grand'chosc. Front chauve, des dents excellentes, bon pied, bon a-il, belle main, aimant la gaudriole. Redingote blanche en été, houppelande en hiver, gilet de couleur, pantalon sans bretelles, bas chines, souliers ù boucle sur le coté jouant la botte, grosse canne d'épine, chapeau connu, habit rapi et parapluie en permanence à son bureau. M. CARDOUIN, vérificateur. — Né à Snint-Just-dc- 10 GALERIE d'omcinaux. Lussac, près de Broiiagc en Saintongc, cadet d'un quatrième mariage. Au sortir du collège, on lui lit embrasser l'état ecclésiastique. A l'époque de lu Révolution, le jeune Cardouin jeta le froc aux orties, et, après avoir pendant quelque temps travaillé clicz un avocal au Parlement, il entra au ministère sous le Directoire. Célibataire, marqué au B, d'un Icmpéramcnt secondaire, bardé en toute saison de flanelle de la téte aux piedi, vivant seul, mangeant seul, dormant sculets'amusant seul ; faisant lui-même son ménage et sa cuisine. Gourmand comme tous les égoïstes, vieux coureur, sournois cl vindicatif, cultivant des fleurs sursa terrasse ; s'occupant de chimie, de physique et de distillation; grand amateur de tableaux, de gravures, de médailles cl de curiosités. Envieux de loulc espèce de mérilc ou de réputation. Possédant à fond le grand talent de tout avoir pour rien, et renconlraul toujours des occasions cx- Iraordinaires. Au courant de tous les débats de la cour d'assises, quittant à trois heures son bureau les jours d'cxéeulion. Ayant sur la conscience la mort de plusieurs chats surpris sur sa terrasse et la lin malheureuse d'un vieux carlin qui s'oublia sur son paillasson. Méprisant de tout son cœur ses collègues, qui le lui rendent bien l recherchant avec empressement l'occasion de lancer quelque épi- grainmc, quelque bonne méchanceté, sans toutefois avoir l'air d'y loucher. Jamais de sa vie M. Cardouin n'a rendu une visite à un collègue malade ; il n'as- INTÉRIEURS DE BUREAUX. 21 tinta jamais à un enterrement. Brusque M impoli avec ses supérieurs, il rst grossier et sullisant avec ses camarades. Soixante-six ans, l'œil cave, le teint plomlié, (Tant maigreur cITrayanlc, perruque noire, grande redingote brune, aucune appai'enec de linge, gilet noir boulonné, cnlotlc de velours noir, bas de filo- scllc, souliers couverts, un parapluie toute Tannée à la main, chapeau à forme basse. M. DESROCHES, expéditionnaire. — Décoré de juillet, célibataire, bon, serviable, ennemi de l'arbitraire et du despotisme en général. Destiné, par suite de l'indépendance de ses opinions, à végéter toute sa vie aux appointements de quinze cents francs. Orphelin dès l'Age de dix ans, il resta abandonné aux soins d'un oncle, son tuteur, qui obtint pour son neveu, (ils d'un militaire mort au service, son admission dans un collège, aux l'yrénées. Le jeune Dest'oches cul toujours en lui le germe de cet amour de l'indépendance, qui jamais ne lui permit de s'adonner à des éludes sérieuses : il avait quatorze ans, qu'il c'était pas encore de seconde force sur 1 orthographe, mais il était de la première sur la clarinette el la balle au mur. Intimement persuadé que le latin éuii un e langue morte qui ne le mènerait ;i rien, ci que l'étude des mathématiques ne le ferait jamais entrer à l'École polytechnique, puisque, dans lontes les lettres que lui avait adressées son oncle, celui-ci lui faisait toujours entrevoir la carrière administrative connue la plus belle des car- I •ii GALERIE n'ORir.INAUX. rières, qu'il lui fallail avant tout 6e faire une belle main, qu'une belle main conduisait à ton! ; une fois qu'il crut avoir obtenu une belle main, il se reposa. Un malin, après le déjeuner, une chaise de poste s'arrèla devant la porte ; l'écolier y moula, cl quilla le collège, sans savoir s'il devait le regretter, à peu prés aussi avance que lorsqu'il y était enlré, accompagné île son onele, qui, le lendemain de leur arrivée à Paris, le plaça dans le ministère, aux appointements de douze cents francs, après deux mois de surnumérai ial. Il n'entendit plus parler de son oncle, qui, pour les soins qu'il avait prodigués i» son neveu, préleva une quarantaine de mille francs qui devaieul revenir à ce dernier sur la succession de ses père et mère. Des roches fut longtemps le persécuteur du papa Itiffé, son collègue, devenu son ami le plus dévoué depuis la mauvaise plaisanterie du chapeau. Partout il se fait le champion des opprimés; il aime de passion les hais cl les grisseltcs, auxquelles il procure des billots île spectacle. D'une certaine force sur la clarinette , il remplace souvent ses camarades musiciens attachés à des théâtres, enchantés de l'occasion. Plusieurs fois il nvail prévenu M. Doulrcmerqu'il commençait à se fatiguer d'être depuis longtemps la victime de ses tracasseries; le commis principal n'en tint aucun compte : Des roches ne trouva pas d'outre moyen,, pour tenir sa parole, que de lui faire l'application sur la face de deux soufflets, à la suite INTÉRIEURS T)F. RURF.AUX. c l'.\ d'un rapport que Le bon apôtre avilit fail contre lui au chef '0WG1NAUX. SCÈNE m. LAURENT, DUFLOS. duflos. - Voilà votre eau chaude. Laurent. — Le feu va-t-il dans le pelil bureau ? di clos. — H n'allait déjà plus. On leur a mit un poêle énorme, dans ce petit bureau; il Faudrait au moins une voie de liois par semaine pour l'alimenter; il n'y avait déjà plus de bois, je viens de le remplir. LAUR1HT. - Aïe! aïe! aïe! duflos. — Eh ben, qu'est-ce tpie vous avei donc? laurent. — Parbleu ! j'ai que ton eau est bouillante, et que j'ai manqué de m'écliauder le mcnlon. duflos. — Et votre bain de pied, est-ce que vous ne le prenez pas aujourd'hui? lairutct. — Non, pas aujourd'hui; demain. Il est trop tard aujourd'hui, la demie vient de sonner. (Il renferme son plat à barbe dans une armoire.) duflos. — Demain, vous n'aurez pas le temps, (Il passe son habit.) C'est jour de signature, et INTÉRIEURS DE RUREAUX. H vous savez quel train tt' nous fait, ce jour-là ! Vous rappelez-vous la dernière [ois? tiAUBEKT. — Ce n'est pas toujours comme ça, heureusement! Moi, d'abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m'effraye point ; aussi, les jours de signature, je m'attends à tout. C'est pas l'embarras, faut croire qu'il aura reçu une fameuse chasse en bas 3 pour être remonté si en colère ; et nous qu'étions les premiers là sous sa main en arrivant, nous avons reçu la première bordée, c'est lotit simple. (// passe son habit.) duit.os. — ,1e m'en vas voir si le feu va dans le cabinet. (Il sort.) SCÈNE IV. LAl'RENT,.sc«/,nic»rt7i( set lunettes et prenant le journal. Voyons ce qu'il dit aujourd'hui, celui-ci. (Lisant) : « Grèce. Napoli, 30 novembre.—Les lettres de l'ouest delà Grèce annoncent l'éruption d'une insurrection générale en Albanie; la population belliqueuse de cette province s'est dé- 1 // est mit là pour diMgnor le chef de division. * En bas, le cabinet du ministre. 30 GALERIE D'ORIGINAUX. clarée indépendante de In Porte... «C'est bien fuit pour les Turcs! «...De la Porte... Taphit-Mugte,i la tète de six mille hommes, occupe Parali et les... les Zo.. .les Zol...k...i...kl... les Ksoklidcs Tepelenl cl Argyrokastron. » C'est des noms comme du temps des Polonais; impossible de pouvoir lire les journaux dans ce temps-là. « Kl Argyrokaslron ! » Voilà un drôle de nom, Argyrokastron ! « Les chefs des insurgés ont repoussé partout les autorités turques... » SCÈNE V. LAURENT, DUFLOS. MfLM. — J'entends déjà monter dans l'escalier. murent. — Comment! déjà M. Rlffé! (Il nu-Iule journal sous sa pancarte.) SCÈNE VI. ILKS PRÉCÉDENTS, EUGÈNE. B0OÉNÏ. — lionjour, messieurs. murent et duflos. — P>onjour, monsieur Ku- gène. i,aurent. — Monsieur Eugène, vous Unirez par INTÉRIEURS DE BUREAUX 31 vous mettre mal avec M. Rifle : voilà deux jours de suite que vous arrivez avant lui. i.u.im:. — La dernière (ois que maman csl venue, M. de Sainl-Maur lui a fait espérer que, si je redoublais de zèle, il pourrait bien taire quelque chose pour moi. duflos. — Qu'est-ce qu'il veut donc que vous fassiez de plus? Vous restez jusqu'à cinq heures, quelquefois plus, à vous amuser à collalionncr avec M. Doulremcr. Ça lui est bien égal, à lui, de rester : on ne dîne qu'à six heures à sa gargote. Laurent. — C'est-à-dire qu'il profile de ça pour avoir de la société. Tenez, monsieur Eugène, je vous parle par expérience, voyez-vous, dans les bureaux, plus vous en ferez, plus on vous en fera faire. Combien y a-t-il que vous êtes ici? Eugène. — Deux ans au mois de mars. duflos. — Déjà deux ans? LAURENT. — Certainement, monsieur est entré à peu près deux ans après loi. m nos. — C'est vrai, il y aura bientôt quatre ans que je suis ici. Comme le temps passe! Laurent. —Je ne trouve pas ça, moi, et il y a longtemps que j'y suis. m oéto. - Bonjour, messieurs. (Il entre dans son bureau.) 32 GALERIE D'ORIGINAUX. SCÈNE VII. LAURENT, DUFLOS. ucixos. — Il me fait de la peine, ce pnuvre petit bonhomme! il n'est pas plus question de le mettre ;iu\ appointements... (Laurent a repris son journal; Duflos est assis de l'autre côté de ta table.) On vous y mettra, aux appointements, un tas de flâneurs qui ne font rien de rien, qui disent qu'ils font leur droit, et qui viennent une fois par mois pour émarger l'état des appointements! encore nous faut-il souvent aller le leur porter chez eux à signer. Eh lien, tous ces gens-là vous montent sur son dos. Le lion Dieu n'est pas juste. Laurent, interrompant sa lecture. — Mil dame! pourquoi n'esl-il pas né quelque chose au ministre, ou seulement le cousin de la femme de son chef de bureau ? niFLOs. — J'ai en horreur tous les protégés, moi. Au jourde l'an, qu'est-ce qu'ils nous donnent.' Trois francs, tant que ça peut l'étendre; la litur que ce pauvre petit M. Eugène, qui ne touche rien, n'a jamais manqué de nous donner ses cinq francs. Aussi, si jamais il devient quelque chose, celui-là!... lauréat. — Il fera comme les autres. (On en- INTÉRIEURS DE BUREAUX. 33 tend du bruit à la porte ; Laurent cache son journal.) SCÈNE vin. LES PRÉCÉDENTS, M. R1FFÊ. m. rimé. — Bonjour. Le journal est-il arrivé? lurent, avec aplomb. — Pas encore, monsieur \\m. m. riffé. — Je serais venu plus lôt ce matin, mais j'ai fait la rencontre en venant, vous ne devi- neriez jamais de qui, de M. Cocliin! Je craignais même de m'ètre attardé ; c'est lui qui m'a arrêté ici, au coin de la nie Daupliine, car je ne le voyais point. Comme il est engraissé! Laurent. — Il y a bien longtemps qu'on ne l'a vu par ici, M. Côchin; il ne vient donc plus jamais nous voir? m. util. — Non, il ne vient plus. El puis, vous savez, j| est un peu singulier, M. Cocliin; il m'a cependant demandé des nouvelles de tout le monde; et puis il demeure maintenant avec ses enfants. Laurent. — Où ça donc? m. riiïb. — Là-bas, au diable, à Vaugirard. L'été dernier, j'ai été me promener un dimanche de ces côtés-là, je l'ai rencontré avec toute une 84 GALERIE D'ORIGINAUX. société; mol, j'étais seul de la mienne. Il m'a dit qu'il demeurait lout près de là. Laurent. — Sa demoiselle était bien belle personne. Vous rappelez-vous quand elle venait voir son papa à son bureau ? m. biffé. — Elle est bien Changée depuis ce temps-là,allez. Les enfants l'ont tuée, celte femme- là; niais elle n'est pas encore à jeter de côlé. Vous me remettrez le journal sitôt qu'il sera arrivé, sans vous commander. laurwvt. —Prends garde de le perdre! [M. Hifjc entre dans son bureau; Laurent reprend la lecture de son journal.) I.E III III 11 SCÈNE IX. EUGÈNE, M. RIFFÊ. m. r.i 111. apercevant Eugène. — Comment! encore le premier arrivé aujourd'hui? Ali çal niais vous couche/, donc ici? i k.im;. — Bonjour, monsieur. Non, je viens d'arriver. m. nr-Ft. — Si je n'avais pas élé arrêté en roule, je vous aurais bien délié d'arriver le premier au- INTÉRIEURS DE BUREAUX. Joard'huf, par exemple. J'ai rencontré M. Cocliin *n Min de la rue Dauphine, et, nia foi, de nï en «Iguille, loul en causant, j'ai entendu sonner huit heures à la Monnaie, et je l'ai bien vite quitté; sans Ça, je serais encore au pont Neuf. Vous ne l'avez pas connu, M. Cocliin? (Jf. lïiffé a retiré ses soc- i.ciRnoiiiiv. — On persiste toujours à s'abonner à ce journal. (Il passe des manches de couleur pour préserver celles de son habit.) Mais c'est le Plus mauvais journal que je connaisse; il n'y a jamais rien d'intéressant. Il est toujours le dernier à donner les nouvelles. J'aimerais mieux les felites Affiches. m. RiFi-K. — Vous allez d'une extrémité à l'autre, monsieur Cardouin. m. CARDovin. — Est-ce vrai, ce que je vous dis? Appelez-vous, il y a deux mois, dans cette affaire 'lui a été jugée, pour ce viol : à peine s'il en a parlé. m. uiffé. — Oui, j'avoue que, dans cette affaire, il n'a pas dit grand'cliose. m. cardoi in. — Ali ! vous en convenez. Je vous cite celle-là, parce que c'est celle-là qui me tombe sous la main; mais c'est toujours comme ça. J'ai bien envie de mettre une petite bûche dans le poêle Pour entretenir la chaleur. m. desroches, interrompant la lecture du journal. — Comment! vous trouvez qu'il ne fait pas assez Chaud? m. cardouin. — Non, monsieur, je ne trouve Point qu'il fasse assez chaud. desrochks. — Mettez votre bûche, monsieur GALERIE It'ORIf.INAUX. Cardouln ; mais je vous préviens que, de mon côté, je vais ouvrir la fenêtre. m. cardouin. — Je vois qu'il faut vous céder, je ne suis point entêté, moi. (On entend dans la pièce des garçons de bureau la petite toux sèche de M. Clergeot.) m. cABDOum. — Je vous annonce, messieurs, la visile de M. Clergeot. (Il regagne sa place. M. Riffé est à In. sienne, donnant un coup de brosse à ses guêtres cl à son pan lu Ion. Eugène expédie depuis son arrivée, 'l'uus les tiroirs s'ou- rrenl u l'arrivée liu chef île bureau. Desroches a interrompu sa lecture, et placé son chapeau sur le bureau] d'un voisin absent. Tous les employés sont à leur place.) SCÈNE XII. LES PRÉCÉDENTS, M. CLERGEOT. m. cliioiot. — Bonjour, messieurs. M. Fran- cliet serait-il malade? DHSftOCHES. — Il était là il n'y a qu'un instant, monsieur. m. CLIRQIOT. — M. ('■risard élait-il aussi là, il n'y a qu'un instant, monsieur Desroclies? INTÉRIEURS DE BUREAUX. 43 desboches. - Je ne suis pas, monsieur. m. clergeot. — Vous aviez l'air si bien au courant de tout, monsieur Desroches, que je croyais que vous auriez pu me donner aussi des nouvelles de M. C.risard. Bonjour, monsieur Eugène. m uÈiB, embarrasse. - - J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur. m. clehgeot. — Avez-vous disposé de votre soirée aujourd'hui ? Eugène, de plus en plus embarrasse. — Monsieur, j'ai l'honneur... m. clehgeot. — C'est très-bien. Venez donc encore passer la soirée à la maison; nous comptons sur vous. eigèive. — Monsieur... m. clehgeot. — Bonjour, monsieur Rlffé. Comment vous portez-vous? m. rifïé. — Vous me faites bien de l'honneur, monsieur. m. clergeot. — Vous avez toujours bonne mine, monsieur : vous vivrez cent ans. m. riffé. — Monsieur... je n'ose l'espérer... m. CLERGEOT. — Si je ne craignais d'abuser de votre complaisance, monsieur Rlffé, je vous serais liien obligé de renouveler mon abonnement à la Gazette musicale; ce sera ma femme, madame GALERIE D'ORIGINAUX. Clergeot, à laquelle vous nurez rendu ce service; c'est pour elle. N'est-ce pas sur votre chemin? m. riffb. — Non, monsieur; mais n'importe... SCÈNE XIII. LES PRÉCÉDENTS, FRANCIIET. fiunciiiït. — Bonjour, messieurs. Qui n'a pas vu la pièce de FrancoBl n'a rien vu ! m. clergeot. — .le ne l'ai pas encore vue, monsieur Franche!, la pièce de Franconl; mais, quand ma femme sera rétablie, je compte l'y mener. C'est donc fort beau? rBAiccHiT. — Monsieur, al je suis un peu en retard... c'est que... m. clergeot. — Comment donc! mais pas du tout. Vous n'étiez pas en retard aujourd'hui ; M. Desroches prétend qu'il n'y a qu'une minute que vous étiez là. Je le croyais aussi en voyant ce chapeau à votre place. N'êtes-vous pas nouvellement marié, monsieur Franche!? franchet. — Oui, monsieur, depuis deux ans. m. clergeot. — Je n'en savais rien; je vous en fais mon compliment. Bonjour, messieurs. Je regrette beaucoup de ne pas avoir vu M. Grisard; je vous en prie, faites-lui bien mes compliments. (Il sort.) INTÉRIEURS DE BUREAUX. 48 SCÈNE XIV. LES PRÉCÉDENTS, excepté M. CLERGEOT. desroches. — Ça fait pitié I lu me fais avoir de belles affaires, toi. Tu arrives là sur sou dos avec ta pièce de Frauconi. Est-ce qu'ils n'ont pas pu le dire à côté qu'il était tel? il archet. — C'est fait exprès pour moi, ça! Pour une fois que cela m'arrive, c'est avoir du malheur, ma parole! desroches. - Il n'y a pas de quoi fouetter un chat. manchet. — Non, mais c'est ennuyeux. {M. Cardouin glisse furtivement une assez forte bûche dans le poète, m. Riffé taille ses plumes; M. Cardouin ne perd pas le poète de vue; Desroches continue ta lecture de son journal; Franchit brosse son chapeau; Eugène expédie toujours.) SCÈNE XV. LES PRÉCÉDENTS, M. GR1SARI). m. grisard. — Ronjour, messieurs, .le vous recommande les petits pains de la rue du Hall; GALERIE D'ORIGINAUX. tenez, regardez, n'est-ce pas btane connue de la neige ? m. cardoi'in. — Si vous étiez arrivé deux minutes plus tôt, vous les auriez fait admirer à un amateur. m. grisard. — Qui donc? m. CAiBomif. — M. Clcrgeot. m. urisard. — Il esl déjà arrivé? m. cardouin. - Et reparti. m. grisard. — Ces clioses-!à sont faites pour moi ! Pour une fois par hasard que cela m'arrive... m. CARDomiv. — Il nous a chargés de vous faire ses compliments. •1S10CIIS. — Oui, il était d'une humeur ravissante, ce matin; il était à mettre sous verre. Monsieur Cardouin, voici le journal. Je vous vois là tournailler autour du poêle... vous avez l'Intention de nous fourrer encore quelques petites huches, je vous vois venir. m. cardouin. — Je fais, monsieur, coque bon me semble. desroches. — Ce qui vous semble bon ne l'est pas toujours pour tout le monde. m. cardouin. — Je ne vous répondrai pas, ce serait à n'en plus finir. (Il regagne sa place avec son journal.) dksruches, dcboul, s'approchanl du bureau de INTÉRIEURS DE RUI1EAUX. W Grisard. — Tiens, monsieur Grisard, vous ne nous disiez pas que vous aviez fail l'acquisition d'un pantalon noisette. m. grisard. — Prouth! c'est que je n'y ai pus pensé. disrochis. — C'est la première fois que vous le mettez? m. grisard. — Pardonnez-moi, je l'ai mis dimanche dernier; je dînais chez M. PHIars,du secrétariat. franchkt. — Vous avez clioisi là une couleur bien claire. si. grisard. — C'est un pantalon pour mettre tous les jours. PRANCHET. — liaison de plus, il est trop clair. m. CARDomn, interrompant sa lecture. — Voyons donc ce fameux pantalon ! {Il abandonne son fauteuil.)C'eM plus clair que noisette, une idée plus clair. Vous avez payé ça?... m. (ïRisARD. — J'ai là une aune un quart à vingt- deux francs, et puis six francs pour la façon. m. oARDomiN. —Ce n'est pas une donnée. Tenez, voici un pantalon (pie j'ai depuis près de deux ans, que je n'ai presque pas quitté, cl c'est un drap qui avait bien plus de corps (pic le vôtre; on ne peut pas en juger maintenant; niais il m'est revenu tout fait à vingt et un francs. 48 GALERIE D'ORIGINAUX. desroches. — Vous avez toujours tout pour rien; je ne sais, en vérité, pas comment vous faites, monsieur Cardouin. iranchet. — Le fait est que M. Cardouin est fort heureux dans ses marchés. m. cardoui?». — Mais, quand vous voudrez, messieurs, je vous mènerai aux magasins dans lesquels je nie fournis. m. grisard. — Certainement, pour un pantalon de tous les jours, je trouve que ce n'est pas citer. m. cardouin. — Ce pantalon-là aurait du vous revenir tout fait de dix-neuf à vingt francs. Après cela, j'ai beaucoup acheté de draps, et j'en ai l'habitude. desroches. — Vous avez trouvé aussi une adresse pour des chapeaux supertins à sept francs? m. cardouin, sèchement. — Mais oui, monsieur, à sept francs. desroches. — Laissez donc! SCÈNE XVI. LES PRÉCÉDENTS,M. DOllTREMER. m. doctremer. — Bonjour, messieurs. (Il fait beaucoup de bruit avant de s'installer à son bureau. Il ûle son habit; il peigne ses cheveux et INTÉRIEURS DE BUREAUX. 49 ses favoris, oie ses souliers, en remet d'autres; il ouvre les tiroirs de son bureau, prend une liasse de papiers et commence la attribution du travail aux expéditionnaires.) m. Rirni. — Comment se porte ce malin M. Uou- tremer? m. doutrkmkr. — Merci, très-bien... Monsieur Eugène, et l'état d'appointements, quand le com- mencerez-vous? sera-ce aujourd'hui? edi.1 m — Mais, monsieur, je ne savais pas qu'il fallût le commencer déjà. m. doutrkmkr. — Comment! déjà? est-ce que vous croyez que l'on ne payera pas ce mois-ci? DI9ROCHCB. — Ça lui est bien Indifférent, que l'on paye ou non, pour ce qui lui revient. m. doutrkmkr, à Eugène.— Mais qu'avcz-vous donc fait ce matin ? kugènk. —J'ai expédié une douzaine de circulaires. m. doutrkmkr. — Il s'agit bien Je cela! nous avons le temps. Vous n'entendez jamais quand on vous dit une chose; je vous avais recommandé hier, en quittant le bureau, l'état d'appointements. s\ BftiM. — Je vais m'y mettre. m. doutrkmkr. — Mettez-vous-y tout de suite, et ne restez pas dont heures dans cet état d'incerti- tude. Faut-il vous l'apporter? M GALERIE U'ORICINAl X. si b*nk. — Je vais le chercher, monsieur. (Il se lève pour la première fois.) m. MtmMn, de sa place. —Je ne conçois pas ce jeune homme ; il est d'une apalhie... A son âge, j'aurais fait vingt [ours pendant qu'il se lève de dessus sa chaise. MMoohb, à M. Doulrcmcr. — Qu'est-ce que vous m'apportez là? m. iioitremer. — Ce sont des ln'evcts de pen- sion dont on a besoin pour demain; ils doivent passer à la signature. desroches. — Je ne demande pas mieux, mais ce que je fais est aussi pour demain la signature. Voulez-vous que je vienne ce soir? m. uoiitremer. — Mais il faudra bien revenir, si nous sommes écrasés de besogne comme ces Jours-cl nous l'avons < ; :r. ueshociies. — Merci. m. dootremer. — Monsieur Cardouin, voulez- vous nie faire cette lettre? Vous lirez votre journal après, je vous le remettrai. m. OAMOOIir. —Ça suffit. {A pari.) Goujat! 11/. Doulremer emporte le journal.) INTÉRIEURS DE BUREAUX. .'il ONZE HEURES. (Taille des plumes; déjeuner de SIM. les employés; visites au poêle ; repassage des canifs.) h. un 11;, au poêle. — J'ai rencontré ce matin, en venant, M. Cocbin dans la rue Daopblne : il m'a chargé, messieurs, de vous dire bien des choses. m. cârdoiiis, tout en écrivant. — Il ne vient plus nous voir, M. Cocbin. h. rimé. — il demeure si loin! m. cardoi a. — Où demeure-t-il donc? m. Mtli. — Il demeure avec ses enfants. m. CARnorir». — El où demeurent ses enfants'.' H. RlfFÉ. — Là-bas... parbleu ! à... m. un..... un. —Là-bas... où, là-bas?... à Gon- stanlinople! m. riffk. piqué. — Non, monsieur, pas à Oon- stantinople... à Vaugirard. m. «risard. — Sa demoiselle a, dit-on, beaucoup d'enfants. m. mu trkmer, interrompant m lecture — Sa demoiselle? Elle n'était donc pas mariée? m. ghisard. — Si fait; moi, je dis sa demoiselle Comme je dirais sa fille. m. nortKKMER. — Vous devez dire sa fille ou la GALERIE li'ORIGINAUX. désigner par son nom de femme. Je sais bien qu'elle est mariée; mais toute autre personne qui ne la connaîtrait pas comme nous la connaissons, serait tentée de croire qu'elle ne l'est pas; et, sans le vouloir, vous pourriez tout bonnement lui faire beaucoup de tort. m. qubam. — On sait bien que je n'ai point de raison pour vouloir lui faire du tort. m. douihemër. — Certainement; je sais bien, moi, que vous n'avez nullement l'intention de lui porter préjudice; mais je serais à côté de vous dans un café, n'importe où, que, ne connaissant pas M. Cocbin comme je le connais, et entendant parler de sa demoiselle comme ayant beaucoup d'enfants, j'aurais, à part moi, une fort mauvaise opinion de M. Cocbin d'abord, de mademoiselle Cocbin et de toute la famille Cocbin. dissocies.— J'entendrais parler d'une personne (pie je ne connaîtrais pas, je n'y ferais aucune attention. m. DOGTBJEXC&. - Vous, monsieur Desrocbes, vous avez la science infuse. m. 1,1 MB. — Il est toujours bien engraissé, M. Cocbin! m. doutbemer. — Oui, il promettait de devenir gras; je ne sais si vous l'avez remarqué, mais il avait de petits os, M. Cocbin. INTÉRIEURS DE BUREAUX. 83 desrociies. — 3c n'ai jamais fait celte remarque-là ; je sais seulement qu'il était bien sec. franchît. — Dis donc, Desrociies, quand comples-lu aller à Franconi? desroches. — Je ne sais pas; la semaine prochaine peut-être bien. franchet. — Ali bien, nous en parlerons ; j'y retournerais bien encore. m. doctrem KR. — Il paraît que c'est fort beau? franchît. — Oui, très-beau. (Les employés se mettent au travail; M. Dont renier qui lté le bureau en emportant le journal.) 9111)1. SCÈNE XVII. LES PRECEDENTS, moins M. DOUTREMER. M. CARDOtiN, quittant sa place cl courant au bureau du commis principal. — Il a emporte le Journal? C'est bien agréable! (Il retourne à sa place; toutes les conversations de MM. les employés se font, en général, sans chant/cr de place.) DEsaocBis. — Oui, en allant faire son petit rapport au ebef de division, il trouve fort Simple de lui porter le journal. Qu'est-ce que cela lui fait M QAMÙHE li'oRKWXAliX. line nous ne le lisions pas? Nous sommes abonnés, nous ne devons pas le lire... El Je m'y abonnerais eneore? Oh! non, jamais, par exemple; ce serait par Irop bête. franchet. — Tilis-loi donc. Mon Dieu, que tu es ennuyeux; te le fais comme cela le redresseur des torts... desrociibs. — Non ; mais c'est qu'une injustice me révolte : je n'étais pas né pour être dans les bureaux. m. CARDOM!*, le persiflant. — Une ambassade vous aurait mieux convenu, vous qui aimez tant les voyages! •isiocMS. — J'iimerals à voyager, c'est vrai, mais avec vous, monsieur Cardouin; vous me ferlex part de vos impressions, ce serait divin. Quels moments délicieux vous nous avez rail passer en nous racontant ces épisodes de votre voyage dans voire pays, l'année dernière, quand vous revîntes des vendanges! Pourquoi ne pas livrer à l'impression ces ravissanls souvenirs, monsieur Cardouin? m. cardouin. — Vous êtes un manant. «KsRociiKS. — Ceci est bien prosaïque, par exemple. m. cariiocin. — Laissez-moi tranquille. m. GRisARn. — Monsieur Riffé, j'ai mangé hier de la clioucroule; aile élail excellente. INTÉRIEURS DR BUREAUX. desboches. — Oh ! do la choucroute, je déleste ce plat-là... m. kiffi':. — Comment était-elle accommodée, voire choucroute? m. grisard.— C'était chez M. Pillais, au secrétariat. Oh! ma femme ne m'en ferait pas manger pour un empire. De tout ee qu'elle n'aime pas. d'abord, on n'a pas de peine à ne pas lui en faire manger. Hais c'était accommodé comme on l'accommoda ordinairement, je crois, avec des saucisses. D'ailleurs, madame Pillars est de ce pays-là : elle est de Strasbourg, de ces eôlés-là, de l'Alsace. m. riffk. — Je ne la connais pas. m. grisard. — C'est une grande blonde, très- belle femme, comme toutes les Allemandes; elle a un faux air de Marie-Antoinette, mais plus jeune. m. riffk. — Ali! elle a ce port-là? h. grisard. — Oui, un port de reine. m. riffk. — Ils n'ont pas d'enfants? m. grisard. — Pardon, une pelite lillc qui est en nourrice à Chalou, près de Saint-Germain. m. RiFFit. — Je connais bl«n Chalou et tout ce pays-là, j'y suis allé bien souvent; je vous parle de vingt-cinq ans. (On entend beaucoup de bruit dans la salle des garçons de bureau.) MmociM. — Ah ! voici l'aristocratie qui nous arrive. GALERIE D'ORIGINAUX. SCÈNE XVIII. LES PRÉCÉDENTS, M. DE POCHOLLE, M. DE FAVRICE. (Ces deux messieurs entrent en riant aux éclats.) h. m pocholle. — Je ne rirai jamais comme j'ai ri ce matin au cours de 11. Pigeau. m. de favricr. — Je ne vous ai vu que dans la cour en sortant. m. H pochollk. — Dînez-vous aujourd'hui fiiez le secrétaire général? m. M favrice. —Je ne pourrai pas nie rendre à son invitation ; ma sœur, madame de Llmoux, est toujours à Ptrli. m. dr rocaoLLi. — J'en suis fàclié; JeBeconnaîtrai personne. m. favricr. — M. île Salnl-Miur y sera sans doute Invité ? m. ni: pochoi.le. — Il n'est pas très-amusant. INTÉRIEURS DE HUItEAUX. 81 SCÈNE XIX. LES PRECEDENTS, M. DE SAINT-MAlR, suivi de son commis principal M. DOUTREMER. {MM, de Pocholle et de Favrice sont parvenus à quitter leurs chapeaux.) m. de sAiivr-MAi'R. — Bonjour, messieurs. Aura-t-on le plaisir de vous voir ce soir Chez M. le secrétaire général? (Doutremer sourit à la. fin de chaque phrase du chef de division. Il gardé le plus profond silence, et reste toujours place à ses côtés.) m. h pociolli. — Je compte bien m'y rendre. M. nu saint-haur. — Et vous, monsieur de Favrice? (Doutremer sourit.) m. di favrice. — J'en suis désolé, mais ma sœur, madame de LtmotU, étant encore à Paris, je ne puis me dispenser de passer mes soirées avec elle. (Lté employés gardent le plus profond silence pendant la visite de M. le chef de division.) m. de sAiîiT-MAiiR. - Madame votre sœur est une admirable personne! (Doutremer sourit.) m. de favrice. — Oui, je n'hésite pas à II trouver telle; elle est si bonne! K8 GALERIE D'ORIGINAUX. m. Dl saint -M.tuR. — M.- tic Liinoux ne se rend donc pas à sa préfecture î (Doutremer sourit.) m. de favrice. — Il compte cependant partir celle semaine. m. un sAiNT-MAUH. — Il doit être très-difficile pour madame votre sœur de quitter la capitale; elle est fêtée, entourée d'hommages; Paris est, dit-on, le paradis des femmes. (Il sourit. Doutremer ricane.) Je ne vous dis pas adieu, messieurs. MM. de l'ocholte et. de Favrice s'inclinent et se mettent à leurs bureaux.) m. doitremkr. — J'aurai l'Iionneur de vous faire observer, monsieur, que j'ai remis toutes les pièces à l'appui de la demande de M. de lïouras à M. Clergcot. m. de saint-mu r. — Je vous observerai, moi, f/no Clergcot ne m'en a pas ouvert la bouche. (Dou- tremer sourit par habitude.) m. de saint-mavr. — Bonjour, messieurs. (Il sort; Doutremer le conduit jusqu'à la porte.) SCÈNE XX. LES PRÉCÉDENTS, excepté M. DE SA1NT-MAUR. m. DoiTREMER/i MM.de Poclwllc cldc Favrice. INTÉRIEURS DE HUItEAUX. 59 — Messieurs, l'étal d'appointements n'est point encore fait ; M. Eugène n'a pas jugé convenable de le faire... Voulez-vous que l'on envoie chez vous? m. uii ioomui. — Mais oui ; je serai peut-être bien occupé d'Ici à quelques jours. m. doctreher.'— J'enverrai Laurent chez vous. Et M. de Favrlceî m. de favrice. — Il serait bien possible que je revinsse. m. doitremer. — Comme vous voudrez, monsieur. m. de pocholle. — Avez-vous gardé votre cabriolet? M. DE FAVRICE. — VoillCZ-VOUS qUC JC VOUS jette quelque part? M. de pocnoLLE. — Volontiers. [lit sortent; ^outremer les salue.) SCÈNE XXI. LES PRÉCÉDENTS, excepté MM. DE POCHOLLE et M FAVRICE. desroches. — Voilà des appointements bien gagnés ! m. DoiiTREMER. — Pourquoi n'ètcs-vous pas ué sur le trône, vous seriez encore plus hcureu\ 60 (iALIilUli d'originaux. que ces messieurs. (H se dispose à nettoyer ses ongles.) franciiet. — Je crois que six mille livres de renie valent bien un tronc, n'est-ce pas, Desro- ches? BinociM. — Je crois MM, six mille livres de rente, et même moins. m. grisard. — Si mon beau-père ne s'était pas remarié, ma femme aurait plus que ça ! m. CABBC-l iv - Vous n'avez pas entendu parler de l'assassinat de la rue Saint-Marc, monsieur Grisard? m. MnmiXBEt arrangeant ses ongles. —Est- ce qu'il y a des détails aujourd'hui ? H. grisard, déjeunant. — Je n'en ai pas entendu parler. m. cardouipî. — J'ai ouï dire que l'assassin était un tailleur. m. uri& — Ils sont tous tellement pélris d'ambition dans cet étal-là, que cela ne ni'élonnerait pas. Ils ne volent pas encore assez sur leurs pratiques. (.1/. Cardouin se levé et se dirige du côté du poêle.) dksrociif.s. — Monsieur Cardouiu, je vais ouvrir la fenêtre si vous approchez du poêle. m. cardouin. — Je vous prie, une fois pour tout, de nie laisser tranquille, monsieur Ucsroclies. INTÉRIEURS DE BUREAUX. ni m. noi'TRKMER, toujours occupé à nettoyer ses ongles. — Une fois pour toutes, monsieur Car- douin, si vous voulez bien. m. cardoijin. — Bah ! nous ne sommes pas ici à l'école. m. doctbimkr, — Il n'en coûte pas plus de dire bien. m. imité. — Éllez-vous beaucoup de monde à dîner hier, monsieur Grisard ? m. grisard. — Non; c'était un dîner sans cérémonie; mon épouse n'y était même pas. ' m. doctremer, terminant ses ongles. — Votre femme, s'il vous plaît; il n'y a que les ouvriers qui se servent de ce terme ù'épousc pour désigner leur femme. m. grisard. — Depuis bientôt quarante-huit ans que je suis au monde, je n'ai jamais dit autrement, et je ne m'en suis pas plus mal trouvé. m. doi'trmmkr, promenant un cure-dents dans sa bouche. — Vous avez parlé de bonne heure. m. grisard. reprenant, sa conversation interrompue. — Il y avait un frère à madame Pillars, un Alsacien, une petite demoiselle et un de leurs cousins qui est décoré; un jeune homme qui chante comme un ange. m. doutremer, son cure-dents dans la bouche. — On chante donc encore à table? GALERIE D'ORIGINAUX. m. grisari). — Mais on chaule partout où je vais. On chantera, j'espère, toujours à la maison. M. DUKTRKMKR, WltOfflUit SOK ClirC-deiltS. — Monsieur Eugène, voyons si vous ne faites pas encore quelque sottise : montrez-moi votre hesogne. KKGÉrns. — La voici, monsieur. m. noiTRKMER, se servant du cure-oreille. — Je vous avais défendu de faire encore de ces vilaines grandes lettres là. f.c n'est point là une écriture tondue : que voulez-vous que je vous dise? c'est affreuxt (Bt$fOChU quitte son bureau; il va rendre quelques visites duns les bureaux, il est sans chapeau.) SCÈNE XXII. LES PRÉCÉDENTS, excepté DESROCHES. m. noiTRKMKR, toujours son cure-dents à la main. — Si vous voulez en faire à votre tète, oh ! mieux vaudrait rester chez vous. Qu'est-ce que cette nouvelle manière de faire vos jamhages, maintenant? C'est un nouveau genre! Où avez-vous vu que l'on écrivît comme cela? Je vous avais recom- mandé de vous procurer les exemples de Brard, de Saint-Omer, de Petit, de Dourgouin, vous ne l'avez pas fait. INTÉRIEURS DE UUIŒAUX. 63 icotiii. — Maman n'a pas... m. i)outiu;mi;r. — Votre mère n'a pas voulu. Oh! vous ne manquerez pas de trouver d'excellentes raisons pour ne jamais faire ce que l'on vous recommande. (// sort. Eugène regagne tristement sa place.) SCÈNE XXIII. EUGÈNE, M. GR1SARD, M.RIl'TÉ, FRANCHE'!', M. CARDOUIN, M. DESCOINGS. m. «risar». — Tiens, voilù M. Descoings. Comment se porte madame Drscoings, mademoiselle Descoings, toute la famille? Venez donc par ici, voilà une chaise. m. descoiws. — Je vous remercie... Tout le monde se porte hien... Madame aussi? H. r.RisARn. — Vous êtes trop lion ; à merveille. m. Diaconat. — Vous ne venez plus nous voir. (La conversation,en devenant plus intéressante, est moins intelligible; les deux iiitcrlacutcurs parlent très-bas, dans la crainte qu'ils ont d'initier à leur entretien tout le bureau.) 64 GALERIE D'ORIGINAUX. SCÈNE XXIV. LES PRÉCÉDENTS, DESROCHES, fuit LAURENT. desroches. — Savez-vous la nouvelle, messieurs? On dît que M. Pacoret remplace M. Birague à la eofflpUbllllé; M. Birague aurait une sous-pré- feclure je ne sais plus où. franciiet.— Cela n'arrangera guère M. Dalivoy. nusitncHEs. — M. Dalivoy n'a pas besoin de sa place. manchet. — Il faut croire cependant qu'il y licnl, puisqu'il y reste. desroches. — Ce n'est pus une raison. m. riffé. — Messieurs, ne laissons pas mourir le feu. m. desrociies. — Monsieur Cardouin, vous ne répondez pas à l'appel. m. cardouin. — Il me semble que vous pourriez bien sonner le garçon de bureau ; vous avez, la son- nelle derrière votre fauteuil. desrociies. — C'est vrai; je croyais vous rendre service. (Il tire le cordon de la sonnette.) m. cardouin. — Vous me rendrez service quand vous voudrez bien ne plus vous occuper de moi. INTÉRIEURS DE RL'RKAUX. bADMire. — Me voilà, messieurs. m. riffk. — Laurent, voulez-vous voir un peu au poêle? (Laurent met du bois au feu.) MURCHH. — Laurent, vous me ferez le plaisir de demander les pièces de ce dossier à H. Nebel. {Il remet le dossier an garçon de bureau, qui sort.) SCÈNE XXV. LES PRÉCÉDENTS, M. DOUTREMER. m. ixhtremer. — Je viens de voir la cousine de M. de Saint-Maur:elle est charmante;elle descend. (Il va à la fenêtre.) Venez, messieurs; nous pourrons la voir passer dans la cour. (Les employés, à l'exception de M. Grisard, qui reçoit une visite, et d'Eugène, qui expédie, se précipitent aux deux croisées du bureau.) K< Uni — Je ne l'ai pas aperçue, celle dame; j'ai la vue si liasse ! m. cariiomu. — Elle a l'air fort bien. manchet. — Elle est de la taille de madame Clergeot. m. doltremer. — Iiien plus grande, bien plus élancée. i'esroches. — Je ne lui trouve rien d'exlraordi- GALERIE HORK.INALX. naire, moi; elle ne MM pas marcher, celte femme-là. m. noi TREMiiR. — Vous ne vous y connaissez p;is. DEsnociiKs. — Non, mais c'est vrai, parce que c'est la cousine du chef de division, c'est une divi- niié. Vous êtes bien drôle, allez! m. noi trëmkr. — Ça suffit, n'en parlons plus. Dès que vous ne la trouve/, pas bien, colle dame, nous n'avons pas besoin d'entrer dans d'autres détails; restons-en là, s'il vous plaît. Kugène, venez; nous allons eollationner. (Eugène se rend à Vinvi- talion du commis principal-} BESROc.Hss. — .le crois m'y connaître aussi bien qu'un autre, en jolies femmi s. m. DoiTRKNKR. — Monsieur Grisard, nous allons eollationner; s'il vous était possible de remettra voire entretien? m. IMCOntM. — Je vois que je vous dérange, monsieur Giïsard ; je vais me retirer. Ne m'oubliez pas, je vous prie, auprès de madame Grisard. (// se lève.) m. grisard. — Je vais vous conduire. (Ils sortent tous deux.) INTÉRIEURS DE BUREAUX. 07 SCÈNE XXVI. LES PRÉCÉDENTS, excepté MM. GRISARD et DESCOINGS. MfMQBM.—C'«rt ignolilc.ce que vous venez de faire là, monsieur Doulremer, à M. Grisnrd. Vous vous garderiez bien de faire à un autre une pareille sottise. m. lonuui. — Je ne suis pas arrivé à mon âge sans savoir nie conduire, Dieu merci ! MUeeua. — Vous avez cependant liesoiu, à l'âge ati(|uel vous êtes arrivé, de petites leçons de temps en temps. m. doitremer. — Vous devriez tout le premier les nu tiic en pratique, le* leçons dont vous vous ■Matra si prodigue envers les autres. m. tint. — Allons, Desroehes, allez-vous encore recommencer? MMOCIM. — Je ne souffrirai jamais de clioses semliialilcs sous nies yeux tant qu'il me restera une goutte de sang dans les veines. S'adresser à qui encore, à M. Grisard, le meilleur liomnie du monde, un saint! m. imhtkdmkh. — Il est bien extraordinaire qu'il (IS GALERIE D'ORIGINAUX. ne me soit plus permis la moindre observation; ces messieurs faisaient un bruit à ne pas s'entendre... dksrochus. — Vous avez l'ouïe bien Ane, vous, monsieur Doutremer ; à peine si je les entendais de ma place, moi qui étais plus près (pie vous de ces messieurs; mais non, vous avez été enchanté de jouer un peu au chef de bureau, c'est voire dada; n'avez-vous pas reçu la semaine dernière une lettre adressée à M. le chef de bureau Doutremer? Tout cela de la gloriole, pas autre chose. m. DOUTREMER) à Eugène. — Commençons notre collation ; car, si je me niellais à répondre à M. Desroches, nous en aurions pourjusqu'à demain. desroches. — Il vous faudrait plus de temps encore pour me donner une bonne raison. m. doutremer, n'emportant par degrés. — Je vous prie de ne pas Interrompre mon travail. desroches. •— Ce n'est pas à mol que vous imposerez silence. m. doutremer, roulant m yeux dans leur orbite. — Monsieur Desroches ! desroches. — Voici une belle occasion pour annoncer à M. de Saint-Maurque je ne trouve pas sa cousine magnifique. m. doutremer, que la colère a rendu cadavéreux. — J'aime mieux vous céder la place, mon- INTÉRIEURS DE BUREAUX. 69 sieur, j'aime mieux vous céder la place. (// ferme son tiroir avec violence.) desroches. — N'oubliez pas de revenir avec une poignée de verges, (if. Doutremer sort; Eugène reste immobile sur sa chaise en attendant son retour.) SCÈNE XXVII. LES PRÉCÉDENTS, excepté M. DOUTREMER. fr\nchet. — Tu n'as pas le sens commun ; pourquoi aussi toujours te mêler de ce qui ne le regarde pas? h. Rim:. — C'est bien vrai. HSIOCIM. — Je ne vous conçois pas, vous autres ! vous verriez égorger un homme sous vos jeux, que vous resteriez calmes el Impassibles; je ne suis pas comme vous, moi : la moindre injustice me révolte. m. riffë. — Depuis bientôt trente-trois ans, il y aura trcnte-troisaiis au 9 février prochain que je suis dans les bureaux, jamais personne ne fut égorgé. m. CAUOim, persiflant. — C'est au figuré. (Il profite de l'exaspération croissante de Desroches pour fourrer une petite bûchette dans le poêle.) 711 GALERIE D'ORIGINAUX. franchet, à Desroches. — Tu ne seras jamais qu'un grand enfant. m. biffé. — Vous m'aviez cependant bien pro- mis, Desroches, d'être plus raisonnable. desroches. — Que voulez-vous! c'est plus fort que moi ; on ne peut pas changer son organisation, n'est-ce pas ? m. iuffé. — Si vous saviez le mal que vous vous faites! Je voudrais pour je ne sais combien que ces scènes-là n'eussent jamais lieu. deshoches. — Esl-cc ma faute, à moi ? M. cardouin. — Mais, nioiisîcup Rlffé, vous n'avez donc pas entendu que M. Desroclies prétend que cela est plus fort que lui : l'empêcher de parler, ce serait vouloir s'opposer à ce que la rivière coulât. m. biffé. — Monsieur Cardouin, je me crois en droit de dire ce que je dis à M. Desroches; je vous ai prouvé, ce me semble, que, dans l'occasion, je savais prendre sur moi... {appni/anl suites deux derniers mots de sa phrase) et beaucoup! m. cariiouin. — Je ne sais pourquoi, monsieur, vous prenez à tâche de revenir sur la même chose, quand ma parole et celle de monsieur votre ami, M. Desroclies, auraient dû suflïre pour détourner tous les soupçons qui pesaient sur moi. INTÉRIEURS DE ISUKIÎAUX. 71 m. Riri'ii. — Je n'accuse personne, monsieur ; j'iiime mieux penser que les bords de mon chapeau se sont détruits eux-mêmes. SCÈNE XXVIII. LES PRÉCÉDENTS, LAURENT. i.aurent. — Monsieur Desroclies, voulez-vous passerchez M. de Saint-Maur, s'il vous plaît? desroches. —Je n'irai pas. M. ru'fé, quittant son fauteuil. — Allons, Desroches, allez-y pour moi. DistocHM, — Je n'irai pas; je ne suis pas un en ran t. franchet. — Pourquoi éviter une explication ? - SCÈNE XXIX. LES PRÉCÉDENTS, M. DUMONT. m. ui'momt. — Qu'est-il donc arrivé, messieurs? On vous entendrait du lias du grand escalier. DESRocnBs. — M. Doulremcr a voulu humilier M. Grisard, j'ai pris la défense de M. Grisard ; --J GALERIE D'ORIGINAUX. M. Doulremer est allé faire son rapport à M. de Sainl-Maur, qui m'envole démoder» m. iraoïtT. — El naturellement vous refuez de vous rendre à son invitation? besroches. — Plutôt mourir... m. uuMortT, l'interrompant. — Vous ne mourrez pas, et vous allez ni'accompagner dans son cabinet. iiesrociies. — Mais, monsieur... m. dumoivt, avec fermeté. — Vous allez sur- lc-r.liam|) m'accompagner au bureau de M. de Sainl-Maur. desroches. — Je n'ai rien à vous refuser, (il/. Dumont sort, accompagné de Desroches; Laurent les suit, et referme la porte du bureau.) m. cardouin, ricanant. — Plutôt mourir... C'est vraiment plaisant! (MM. Riffé el Franchet se sont remis à leur place. M. Cardouin n'a quille la sienne que dans l'intention de pousser tin peu le poêle. Eugène est resté dans la même position sur sa chaise depuis le départ de M. le commis principal.) INTÉRIEURS DE BUREAUX. 78 SCÈNE XXX. M. RIFFÉ, FRANCHET, M. CARD0U1N, EUGÈNE, M. GRISARD. m. grisard. — Messieurs, il ne IMI pas chaud dehors. m. ri m;. — S'il ne fait pas cliaiul dcliors, il fait étouffant Ici; je suis loul en nage! m. grisard. — Je vous assure que, moi, je suis glacé; j'ai eu l'imprudence de ne pas prendre mon chapeau en allant reconduire M. Descoings, je crains de m ètre enrhumé. nuuicin. — Il s'est passé une fameuse affaire depuis voire départ ! m. grisard. — Que s'est-il donc passé, messieurs? m. RiFFii. — Parhleui il s'est passé que vous êtes cause que M. Desrochcs va perdre sa place. m. grisard, dans le plus grand dtonnement. — Moi ! m. ri m';. — Certainement, vous! m. grisard, passant de l'étunnemcnt à la stupeur. — H. lilfllé, je suis un honnête homme, entendez-vous! je suis incapable... rRARCHET, l'interrompant. — On ne vousac- u GALERIE D'ORIGINAUX. cuse pas, monsieur Grisanl, on ne vous accusera jamais d'une mauvaise action. M. Riffé veut vous dire que vous êtes la cause... m. GRisARi), les yeux hagards. — Moi ! mol dénoncer quelqu'un?... franciikt, continuant sa phrase. — La cause involontaire de ce qui vient d'avoir lieu. m. grisard, avec force. — Je suis un honnête hommeI un père de famille! m. uni. — Il n'y a pas moyen de vous rien dire... m. grisard, exalté, frappant du point] sur son bureau. — Je jure sur ce que j'ai de plus sacré au monde... niKtaUTj allant à lui. — Monsieur Grisanl, écoulez-moi. m. grisard, (le plus en plus exalté. — Sur lu tête de mes enfants... FRArsciiKT. — Mais écoulez-moi... m. grisard, au dernier degré d'exaltation. — Moi dénoncer quelqu'un? moi, Grisant? Ma pauvre femme ! franchît. — Monsieur Grisard. m. grisard. — J'en mourrai... Laissez-moi... (Eugène fond en larmes.) FRANciiET. — Dcsroelies a trouvé le procédé de M. Doulremerà voire égard inconvenant; il le lui INTÉRIEURS DE BUREAUX. a reproché dans des termes qui l'ont blessé ; il est allé se plaindre à M. de Saint-Maur, qui vient de faire appeler Itesroclies. m. grisard, après un silence. — Pauvre Des- roches! moi, je serais la cause...? Non, non, je veux accepter cette responsabilité, l'auvre garçon ! Desrocttet ! {Il se dégage des brus de Franche!, et court à la porte.) nuHGUt, Carrelant cl le saisissant à bras- le-corps. — Monsieur Grisard, restez! allons... lésiez î... m. grisard, se déballant dans les bras de Franche!. — Laissez-moi ! Moi, dénoncer quelqu'un! SCÈNE xxxi. LES PRECEDENTS, M. CLERGEOT. m. clergf.ot, apercevant, en entrant, Grisard dans les bras de Franche!. —Eh bien, messieurs! Contaient, monsieur drisard, vous vous colletez avec M. Franche!; mais c'est donc une insurrec- lion complète organisée dans les bureaux de la division? FRANcnET. — Je m'opposais à ce que M. Crisard aiiài prendre la défense de M. Desroches. 7H GALKltlf D'ORIGINAUX. m. i;risard. — Oui, monsieur, puisque je suis la cause de celle malheureuse affaire, j'en dois accepter toute la responsabilité! m. ciilUBOT. — Je ne dois pas, messieurs, vous dissimuler que M. de Salnl-Maur est furieux. Je dois le dire, M. Dcsrochcs professe des opinions qui ne sont pas lolcrahles dans un ministère; il se persuade, ce monsieur, qu'il va (licier des lois; il se croil ici dans sa compagnie de voltigeurs; il se trompe : nous ne pouvons ni ne devons souffrir de pareilles choses. Au surplus, il a un excellent avocat. (H prend un ton ironique.) M. Dumont s'est chargé de plaider son affaire; elle ne pouvait tomber en de meilleures mains. ( Abandonnant l'ironie pour le Ion goguenard.) Que dites-vous de lout cela, papa Riffé? m. riffé. — Je dis, monsieur... que je ne dis rien. m. clergeot. — Mais encore?... m. riffé. — Je dis, monsieur, que c'esl très- malheureux. m. clergeot. — C'est certainement ainsi que j'envisage la chose, comme très-malheureuse pour M. Desroches. Vous demeurez toujours au diable, vous, monsieur Iiiflë? m. riffé. — Oui, monsieur, vous êtes bien lion. m. clergeot. — Vous êtes dans les houes, Rifle. INTÉRIEURS ItF. DUREAUX. 77 {Il rit aux éclata ; lliffé sourit d'assez mauvaise grâce au calembour de son chef de bureau.) Et M- Eugène, que dlt-U do tout cela? kcgène. — Monsieur... SCÈNE XXXII. LES PRÉCÉDENTS, M. DOUTREMER. m. clergeot. — Eli MM, Dotilremcr, quel est le résultat du plaidoyer de M. Itumonl? m. noi i'RKMKR. — Le résullal est que j'ai eu •ort, et que M. Itesroches, pour prix de son manque de procédés à mon égard, va passer dans le cabinet de M. Dumont, qui le fera travailler ù ses côtés. (La physionomie de M. Hiffé prend une teinte plus gaie.) M. clergeot. — C'est admirable! Nous voici, messieurs, entièrement a votre disposition. C'est une indignité! (// sort en poussant la porte avec violence.) m. iioi tremer. à Eugène. - Retournez a votre Place, je ne suis pas en élalde m'occuper d'aucun travail aujourd'hui ; j'ai la tète brûlante. 78 GALERIE D'ORIGINAUX. SCÈNE XXXIH. M. DOUTREMER, FRANCHET, M. RIFFÊ, M. CARDOUIN, Jl. GRISARD, EUGENE, DES- ROCHES. (Jf. Rijfi abandonne son fauteuil cl saute au cou de Dcsrochcs.) m. cakdocin, à part. -- C'est réellement loiï- ebant. .iiESRociiKs, les yeux humides. — Quel homme que ce M. Dumont! Comme j'aimerais à me faire tuer pour cet homme-là I (M. Riffé regagne sa pince en sanglotant; Eugène essuie ses yeux avec son mouchoir. Un grand silence succède à l'agitation des scènes précédentes ; on n'entend plus que le mouvement, des plumes et des grattoirs sur le papier.) IJ N E II E V H E. SCÈNE XXXIV. LES PRECEDENTS, M. TCPINIER. m. TOT1H1I1, venant se poser devant le poêle, la main sur le marbre. — Bonjour, messieurs. Comment pouvez-vous tenir ici, avec une chaleur INTÉRIEURS DF, BUREAUX. 79 pareille? C'csl à en mourir, parole d'honneur! Dans noire bureau, c'est une glacière; ici, c'csl une étuve... Je venais me réchauffer avec vous; •nais vous avez aussi par trop poussé voire poêle. (Personne ne répond.) Aujourd'hui, messieurs, le budget doit tire discuté à la Chambre. On va encore nous travailler, vous allez voir ça, proposer des suppressions. Eli ! mon Dieu, laissez- nous donc un peu en repos! Vraiment, bientôt le métier ne sera plus tenaille. C'est une chose ter- rlble que d'être tous les ans comme nous sommes à l'époque de la discussion du budget. (Prolon- (intion du silence.) J'ai un (Ils; mais, si jamais celui-là devient employé, je veux être damné. Je "e sais encore ce que j'en ferai; mais, au moins, il ne sera pas employé. Quel métier que celui-là mainlenanl! il est devenu atroce! Monsieur liiiïé, quand me donnerez-vous ma revanche? (Jf. Itiffe' ne répond pas.) Je suis moralement persuadé que le métier d'employé — car on en a fait un métier — est le dernier des états. Personne de vous, messieurs, ne vient nous voir; vous nous abandonnez donc à noire malheureux sort? M. ("ar- douin a-t-il lu le journal ce malin? m. cardouin. — Je ne l'ai point lu, non, monsieur; je l'aurais lu, il n'y a pas à cela le moindre 'loute, si je n'y eusse pas été abonné ; je le suis, je 80 CAI.F.RIIÎ II OIlir.INAUX. m l'a) point lu. Non, monsieur, je ne l'ai point lu. (// ouvre un itvre.) m. tiipimeb. — Ma loi, je ne lis que fort peu de journaux, et je vous assure que je m'en trouve fort bien; la politique m'ennuie, que voulez-vous! Quand nous nous mettrons l'esprit à la torture, qu'en résultera-t-il? Nous nous ferons du mal et nous ne changerons rien à l'ordre des choses ; c'est que c'est à remarquer au moins, on ne change rien,on... ne... change... rien... {SiUnce.) JeCfOil que voilà un temps noir qui nous annonce de la neige; je n'aime pas ces vilains temps gris comme nous en avons depuis dix jours, ça rend tout triste. Parlez-moi de l'été, vive l'été! j'aime mieux l'été que l'hiver. Chacun son goût après cela; moi, je préfère l'été. Au moins l'été, vous avez la promenade, la campagne. (Personne encore ne repond.) Qu'est-ce qui n'aime pas la campagne? J'adore la campagne, moi. Il y a quatre ans, j'avais obtenu un congé de quelques jours, je n'en demande pas souvent, je l'ai passé à la campagne, dans le pays de ma femme, au mois de niai; comme je me suis amusé! Mais, quand je dis qui: je me suis amusé, je me suis amusé comme un enfant. Aussi, quand nous en sommes revenus, je n'en pouvais plus... Ali! j'aime bien la campagne, pas la campagne à la ville, la campagne. L'hiver, qu'est-ce que vous INTÉRIEURS DE BUREAUX. SI voulez Taire? Toujours au coin du feu, il n'y a rien de plus triste; j'aime mieux Pété, décidément, j'aime mieux l'été. (// reste encore quelque temps devant le poêle.) Messieurs, j'ai bien l'honneur de vous saluer. (// sort piqué.) UNE HEURE ET DEMIE. SCÈNE XXXV. M. DOUTREMER, M. RIFFÊ, M. GRISARD, EUGÈNE, DESROCHES,FRANCHET,M. CAR- DOU1N. (M. Doiitrcmcr est plongé dans ses réflexions; M. MM roupille; M.Cardouin parcourt un livre dont il a rail raequUHIon le malin en vonanl a son bureau ; M- Grltard csl toujours abattu ; Franche! taille sa plumes Dearocheadéploie beaucoup d'activité ; Eugène travaille comme a l'ordinaire ) m. cARDouiis, fermant son livre. — Je n'ai jamais connu un bavard, un diseur de riens comme ce M. Topinler; j'ai cru qu'il allait coucher ici. MANCHET. — C'est un bon enfant. CARDotiiiv. — Ali! est-ce encore un bon enfant, celui-là? Mon Dieu! vous êtes, en vérité, 8 I GALERIE D'ORIGINAUX. vous-même bien lion enfant de qualifier ainsi toutes vos connaissances; mais vous ne savez donc pas. monsieur Franche!, qu'il n'y a rien au inonde de plus commun qu'un lion enfant; depuis Cadet Roussel, qui était aussi un lion enfant, eoniliien de gens prennent cette qualité de lion enfant! Le premier venu vous fera-l-il une sottise, il ne l'aura pas faite dans une mauvaise intention, car il a tout l'air d'un lion enfant; ou bien encore, c'est un de nies amis, c'est encore à la mode ce mol-là. « Je ne me gène pas avec vous, vous dira-l-on, parce que je trouve qu'il n'y a rien de si ridicule que de se gêner avec ses amis. » On vous rendra votre parapluie avec deux énormes taches do graisse, un parapluie tout neuf; on vous dira, en vous le rendant : « Je ne me gène pas avec vous; sans cela, je l'aurais fait recouvrir; mais à quoi lion entre amis ? » Bien obligé ! (M. liijfé se réveille.) Quand vous aurez vécu comme mol, monsieur Franche!, vous saurez ce que valent les choses. franchet. — Vous lui tiendrez donc toujours rancune, à ce pauvre M. Tupinier, pour ce malheureux parapluie? m. cardouin. — Je ne lui garde pas rancune, pas le moins du monde; je dis seulement qu'il est inouï de perdre un objet et de ne pas avoir la délicatesse de le remplacer. INTÉRIEURS RE RUREAUX. sa ». mi n';, avec intention. — Je me suis dit cela, H y a longtemps, et je nie le dirai toujours. rmNCHKT. — M. Tup(8fer vous aurait donné un •Dira parapluie, que vous auriez regretté le vôtre t'avantage. nirrÉ. — Ça, c'est bien vrai. m. cAnnoms. — Monsieur Franchet, lenons- D0U8-en là,je vous en supplie ; car, vraiment, notre bureau va devenir ineessamment une arène. h. biffé. — A qui la [aulc1(M.Doutremcr sort.) SCÈNE XXXVI. LES PRÉCÉDENTS, excepté M. DOITREMER. *. tiMSARn, quittant son fauteuil. — Monsieur Uesroclies, si vous aviez perdu votre place, je mourais ce soir. BKsRociiEs. — Comment ça? M - grisard. — Oui, certainement, je n'aurais pas survécu aux reproches que vous étiez en droit de m'adiesser. HttociM. — Est-ce que vous avez jamais mé- nll des reproches, vous, monsieur Grisard? M - r.RisARii. — Mais toujours est-ce en prenant 1110,1 P*rtl que vous vous êtes compromis. 84 GALERIE D'ORIGINAUX. desrochbs. — Voyez-vous, monsieur Grisard, je ne suis jamais allé chez vous... M. GRISARD. — C'est le tOl't qui! VOUS I1VCZ CU, monsieur Desroches... desroches. — Si bit, une fois, uue seule fois, pendant la maladie d'un de vos enfants. Eli bien, je vous aime, après M. Duniont, connue mon père; vous et M. Riffé, vous êtes nies plus grands amis du bureau. FRANCHET. — Moi, je SUIS M Chien ? desroches. — Toi, je l'aime bien aussi; j'aime bien aussi Eugène, pauvre petit lionime ! Eugène, vous êtes un cbarmanlgarçon ; je n'oublierai jamais, quand je vivrais cent ans, que vous avez essuyé vos yeux quand je suis rentré au bureau. Je ne l'oublierai jamais : quand vous aurez besoin de moi, je suis là. Vous tenez de famille. Voire père était un de mes grands amis. Quant au reste du bureau, je sais ce que j'en pense. m. caruouiiv. — Heureusement que le reste du bureau se soucie fort peu de l'opinion que vous pouvez avoir de lui. desrochks. — Monsieur Rilïé, je veux dîner aujourd'hui avec vous. m. rtffk. — J'allais vous le proposer. lllMfll — Si aussi bien M. de Saiut-Maur m'avait dit des choses désagréables, je lui donnais INTÉRIEURS DR BUREAUX. 8Î> nia démission. J'aime bien trop nia liberté pour rester dans les bureaux, je m'engagerais tout de suite dans le 9 e ebasseurs. m. CAMonm.— Toujours par amour pour votre liberté ? DESRociiKs. — Monsieur Cardouin, il est deux beures et demie, vous avez une bonne heure ù me faire enrager; je vous accorde encore le quart "Près quatre heures. Demain, je ne suis plus des vôtres. m. cARnourc. — Qu'est-ce que cela me fait? msrociiks. — Cela me fait beaucoup, a moi. (M. Cardouin commence sa promenade habituelle de long en large dans le bureau.) •t. grisari». — Je crois que je ferai bien, par précaution, de me faire mettre quelques sangsues ( 'ii rentrant. M- biffé. —Vous ne feriez pas mal, auparavant, Je passer un peu chez votre médecin. *■ orisard. — Croyez-vous? m. Mut. — || n'y a pas le moindre doute. M- CARnoem. — C'est bien étonnant! j'avais m ls ma plume prés de mon encrier, il if> ■ qU'BB instant : je ne peux pas la retrouver. Ce sera la seconde de la semaine que j'aurai égarée. fra?ïchet. — Il ne s'est présenté personne I votre place. c 8fi GALERIE D'ORIGINAUX. m. CAMonit. — Je n'accuse personne, je dis seulement que cela est bien étonnant; il n'y a pas à dire, je l'ai posée là ; va le promener, elle ne s'y trouve plus. Allons, il en sera de celle-ci comme de mon grattoir, je n'en entendrai plus parler. franchît. — Messieurs, j'oubliais de vous dire que, demain, je suis de garde. desrociiks. — Où ça ? frasciiet. — A la mairie. Dintocaif. — Tu as bien tort de ne pas entrer dans notre compagnie; ce sont tous gens charmants, tous bons enfants. IHAHCHET. — Je suis très-bien dans la mienne. desrociiks. — Cet été, nous aurons des agréments au bonnet comme dans la vieille garde. Tu connais notre capitaine? HtAKCBIT. — Parbleu! si je le connais! son cousin a servi dans mon régiment. desroches. — C'est il il chai niant garçon. francii et. — Il est donc bien changé? deskociiks. — ,îe l'ai toujours vu bon entent. frani het. — Del roches, si vous voulez, nous mangerons de la choucroute à dmer? desroches. — Je veux bien, j'aime assez la choucroute. Ah ! mon Dieu, je ne suis pas difficile : quand je dis que J'aime la choucroute, j'aime (oui. INTÉRIEURS DE BUREAUX. .s 7 iRAStiiKT. — Tu nimcs Inul ce qui est lion; tu n'es pas dinieile. h. tait. — Monsieur Eugène, en prévenant votre maman, vous pourriez peut-être dîner avec nous? Eugène. — Je vous remercie, monsieur. dksrociiks. — Esl-ce merci oui, ou merci non? Expliquez-vous. m. doitrkmer, qui vient de rentrer. — Monsieur Eugène, vous n'avez pas oublié que vous avez ce soir à travailler chez M. f.lergcot? Eugène. — Non, monsieur. TROIS HEURES OH QUART. SCÈNE XXXVII. l'RANCIIET, DESROCBES, M. RIFFE, M. CAR- KOUIN, M. GIUSARD, M. DOUTHEMER, MADAME GIUSAIUt. m. GRisARD. — Tiens, te voilà? {Tous les employés, à l'exception de Cardouin et de Doutre- •Wi s'inclinent et .'allient madame Crisard.) madamk crisard. — Oui, me TOltt. Tu ne m'at- lenOais déjà plus. Mais comme tu es donc rouge! Que IVsl-il donc arrivé ? 88 GALERIE D'ORIGINAUX. m. urisard. — Mien, rien; c'est le sang qui me porte à la tête. Assieds-toi. madame grisar». — Je serais venue plus tôt; maisje suis allée rendre une visite à madame tia- chellerie. m. atiM»,commençantfêtpréparatif$~dê départ. — Comment Pas-lu trouvée? madame grisard. — Mais bien souffrante toujours. Elle a une vilaine toux que je n'aime pas lui voir. [MM. Biffé,Franchei et Detrochet viennent se grouper l'un ajjrès l'autre auprès du couple Grttard.) fbajcbet. — Comment se porte madame Gri- sard? MADAME grisard. — Vous êtes bien 1)01), monsieur FraneheL lit madame Francliel? VBARCHT. — Trèf-blefl ; vous êtes liien lionne. madame grisard. — Elle a toujours de si belles grossesses ! franciiet. — Maisoui, assez, Dieu merci! madame grisard. — J'espère qu'après ses couches, nous la verrons plus souvent. franchet. — Il faut l'excuser, madame, elle est si tenue à la maison. madame grisard. — Je me mets liiru à s,i place ; à qui le dites-vous? Est-ce qu'il n'y a pas toujours à faire après M. Crisard? Vous lui direz, que j'irai INTÉRIEURS DE BUREAUX. 89 la voir... pas demain; demain, c'est vendredi; je n'irai pas la voir demain, mais lundi sans faute, lundi ou mardi de la semaine prochaine. fraixchet, ftlournani à sa place. — Vous lui ferez toujours honneur et amitié. Ubahi krisard. — Vous ne voulez donc pas absolument vous marier, monsieur Desroches? desrociies. — Quelle est, madame, la malheureuse qui voudrait de moi, lion Dieu? madame (iRisARit. — Tenez, monsieur Desroches, si vous voulez, j'ai votre affaire, une jeune personne très-bien, dans nos connalssai.....s. iiesroches. — A-l-clle qunique chose? MADAME krisard. — Elle est fort bien élevée. desrociies. — Est-elle jolie? MADAME (iRISARI). — Elle U CSl tli ItMt IIî JOliC , de ces ligures plutôt bien que mal; elle touche un peu du piano. desrociies. — Non, madame; je ne me sens pas encore toutes les qualités requises pour me lixer. madame krisard. — Venez me voir quand vous serez décidé ; nous vous trouverons quelque chose. (Desroches retourne à sa place.) m. biffé. — J'ai l'honneur de vous saluer, madame. Comment vous portez-vous? madame brisai». — Merci, Irès-bkn. Il ne 00 GALERIE D'ORIGINAUX. fa ii l pas vous demander ça, à vous, monsieur Rifle ; vous vous portez toujours comme un charme. m. niiTii. — Si ce n'étaient nies maux de reins... madame grisât,». — ,1e vous ai vu passer, monsieur Riffé, il y a environ quinze jours, dans ia rue DtuphiDe ; vous alliez comme le vent. m. riifé. — Je venais sans doute ici. MADAMI GRISARD. — VOUS ll'aVieZ pilS 11101 3UX reins, je vous assure, ce jour-là. m. Ripni. — .le n'ai pas eu celui de vous voir. madame grisard. — Et votre nièce, comment va-l-cllc? m. riffé. — Elle est toujours avec son mari, merci. Madame, j'ai bien l'honneur... madame grisard. — A l'Iiouncur de vous voir, monsieur Riffé. (M. Mffé regagne sa place; M. Grisard termine sa toilette.) i m. i: m . — Ronjour, madame; comment vous portez-vous? madame grisard. — Très-bien, monsieur Eugène. Et madame votre maman? ei;géne. — Vous êtes bien bonne, madame; elle est toujours souffrante. madame grisard. — Vous lui direz que je rirai voir bientôt. Eugène. — Oui, madame. Et Edmond, et Arthur, comment se portent-ils? INTÉRIEURS DE BUREAUX. fM madame grisari). —Très-bien, Irès-bien, merci ; ils sont toujours a leur collège. Qunnil les jours seront pins longs, il faudra venir nous voir avec votre maman : nous irons nous promener Ions ensemble. luetitl. — Vous êtes bien bonne, madame. madame grisard. — Kl) bien, Grisard, as-tu bientôt Uni avec tous les tours? Mon Dieu, que lu PS échauffé! tu as le teint ponceau, ma parole d'honneur. m. grisard. — Oui, j'ai besoin de prendre l'air. madame grisard.— Bien le bonjour, messieurs ; votre servante. (MM. Biffé, Desroches, Franche! et Eugène s'inclinent; MM. Poiitremcr et Car- ilouin conservent leur immobilité.) SCÈNE XXXVIII. M. RIFFÉ, DESROCHES, FRANCHET, M. CAR- DOUIN,EUGÈNE, M. DOUTREMER. desrociies. — C'est une femme excellenle, madame Grisard. m. rifj'é. — Je ne me rappelle pas l'avoir rencontrée dans la rue Dauphine. franciiet. —Je ne connais pas d'elles plus obligeants que ces gens-là. (Cardouin commence sa (12 GALERIli D'ORIGINAUX. promenade en long dans le bureau, promenade qui a lieu tous les jours un quart d'heure avant l'heure du départ.) desroches. — Madame voire mère n'est-elle pas très-liéc avec madame Grisard, monsieur Eugène? EiiaÉNE. — Oui, monsieur; elle a soigné papa dans sa maladie. desrociies. — Je la reconnais liien la. m. cardoein, persiflant. — Ce sont, en général, des gens très-liants. m. rikfi:. — Ce ne sont pas des égoïstes. m. cardoiiin. — Sont-ce encore des lions enfants, monsieur Desroches? DiisRocniis. — Vous avez l'air enchanté aujourd'hui, monsieur Cardouin. Avcz-vous encore à vous féliciter de la mort de quelque chat surpris sur votre terrasse, ou de l'empoisonnement d'un malheureux carlin qui se sera oublié sur votre paillasson? m. ciRDOum. — Quand je plaisante, monsieur Dosroehes, je n'aime pas m'entendre dire des impertinences; je vous dis cela une fois pour toutes. desroches. — Messieurs, c'est le dernier jour i:sroches. — Il faillira la venir voir au printemps ; pcut-êlre aurons-nous l'autorisation de porter le pantalon garance, comme la ligne. damicouut. — A la lionne heure. (.1/. Cardouin se (Uriije vers la porte.) i'esrociiks. — M. Cardouin,jc vous fais mes adieux. m. CARiioi;in, la main sur le boulon de la porte.—El moi aussi, monsieur, avec le plusgrand Plaisir. (Il sort.) QUATRE HEURES. SCÈNE XL. LES PRÉCÉDENTS, excepté M. CARDOUIN. m. rikfé. — Dcsroclies, vous apprêtez-vous"! i'ksroches. — Je suis prêt. iumicourt.— I)épêclic-toi, Francliel; nous descendrons ensemble. •■Riiciiet. — ,1c suis prêt; je n'ai plus que mon chapeau à hrosscr. (Mil. Biffé, Desroches, Fran- c 'iet et Damkourl sortent du bureau.) 96 GALERIE D'ORIGINAUX. SCÈNE XLI. M. D'OUTREMEU, EUGÈNE. m. dooteemkr. — Monsieur Eugène, venez nous allons collallonner. Eugène , tristement. — Oui, monsieur. L'ENTERREMENT. i CHEZ M. BEI.n.lMI'. SCKNIï PREMIÈRE. M. BELHAMY, M. PRÉPARÉ. «• niun, — Pardon, monsieur Préparé, si I e passe ma culotte devant vous. M- préparé. — Comment donc! mais ce serait »ic désobliger que d'agir autrement. m. belhamt. — Il y avait une éternité que nous "c nous étions vus. M - préparé. — Je vas vous dire, je suis allé à la campagne. M - belhamy. — C'est donc ça! Vous la menez douce, monsieur Préparé; vous vous moquei de ( .' a , toujours par voies et par chemins! Ah! Btf- W«Bl vous n'êtes pas à plaindre. GALERIE D'ORIGINAUX. I. préparé. — Je R6 me plains pas mm plus. m. RIUIAKT. — Et. vous faites bien. h. préparé. — Mais je crois, monsieur Bel- bamy, que rien ne vous retient plus que moi. m. MUANT. — A vous parler franclieinent, je n'ai jamais eu ce qui s'appelle un goût bien prononcé pour la campagne; je ne puis pas faire vingt pas hors Paris sans qu'aussitôt je me trouve dans l'Impossibilité d'aller plus loin : je suis trop gias. m. préparé. — Cependant, nous avons des personnes qui, bien que grasses, sont toujours par voies cl par chemins. m. MUUT. — Non, décidément, je n'aime pas la campagne; je suis allé une fois à Fontainebleau, on nie cornait sans cesse aux oreilles : « Mais allez dune à Fontainebleau, Belbamy; rien n'est beau comme Fontainebleau; tout le monde est allé à Fontainebleau, c'est uni! charmante partie à faire. » Je l'ai faite ; eh bien, le second jour, j'en avais assez. Dans la soirée, j'étais de retour, et dans un état !••• moi seul le sais. m. prépark. — Le goût des uns, après cela, n'est pas celui des autres; moi, j'aime la campagne. m. muaxt. — lion ! merci I bien obligé ! que le diable l'emporte, maudit animal t m. pri'.paré. — Qu'avez-vous donc? a. bii lAvi. — Rien. l'enterrem KM . m. préparé. — Comment! rien? m. EELiuMY. — Mon diable île sous-pied qui vicia du craquer. m. préparé. — Je n'eu porte jamais. M- Hum, — Je finirai par là, vous verrez... Encore, vous, monsieur Préparé, vous avez une (tanne. m. préparé. — Pour ce qui est de mes affaires, c'est tout comme si je n'en avais pas. >• iielhamy. — Parce que vous ne l'avez pas stylée à ça. *■ préparé. — J'aurais eu beau la slyler, on n'en 'ail pas toujours ce qu'on veut, des dames. M - Huumr. — A quoi l>ou alors se marier? Car je meis en fait que, sur vingt mariages, dix-neuf sc font parce que les hommes ne savent pas coudre un boulon. SCÈNE il. LES MÊMES, ADÊLF.. Aman. — Voilà une Icllre que la petite à la por- vient de monter. ■« UHunr, — De qui celte lettre? àrtta. — Dame, Je ne sais pas, moi ; ça vient de lû poste, mu GALERIE D'ORIGINAUX. m. prépark. — Ça m'a tout l'air d'un billet de foire pari de mort. m. iielhamy. — Ali bah! Et de qui donc?... Pardon, monsieur Préparé. m. préparé. — Faites, je vous prie; vous êtes chex vous. m. BELbaky. — Tiens!... Ah! par ma fol, voilà qui est plaisant! Ilis donc, Adèle... Adèle. — Eh bien, quoi? m. belhamt. — M. Pérlnet qui est mort ! adèle. — Pas possible ! m. préparé. — H. Pérlnetf M, belhaxy. — Mais, nui, au fait, vous le connaissiez, monsieur Préparé? m. préparé. — Très-parliculièrcmenl. m. BILBAMT. — En voilà une drôle, à laquelle je ne m'attendais pas. adèle. — Ni moi. m. préparé. — (le qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec lui, il n'y a pas de ça quinze jours; il n'avait l'air de se douter de rien. m. belbamv, lisant. — « Vous êtes prié d'assister au service, convoi et enterrement de M. Louis-Honoré-Laurent-Jean Pérlnet, décédé en sa maison... » adèle. — Sa maison? la maison à madame f.odot, sa maison? l'enterrement. 101 m. bklbamy. — Enfin, n'importe; on met sa maison pour lont le monde, c'est l'usage. (Lisant.) « Rue... qui aura lieu le... etc.,etc. De profundis. Imprimerie de Ducessois. » Adèle. — C'est demain matin. m. BILIAHT, Usant, — « De la part de madame Permet, sa veuve; de M. Albérie Périnct, de M. .Iules-Armand Périnct, de M. Boudard, de madame Boudard, de mademoiselle Célesline-Ai- méc Boudard, de mademoiselle Eglé-Maric Boudard, etc., etc. » Eh bien, si j'attendais la mort de quelqu'un, ce n'était guère celle-lù. m. préparé. — Ainsi va le monde. m. HUANT. — Mon Dieu, oui! Quand je pense qu'il y a huit jours, je dinai avec lui chez son neveu. Qui s'en serait doute? AiniLn.—H y a moins que ça que je l'ai rencontré ""-j'allais au marché—avec son chapeau à la main. m. préparé. — Le sang l'incommodait. Adèle. — Il était avec un autre monsieur. m. bklhamy. — Ce n'est pas une raison. piu.park. — Comment! ce pauvre51. Périnel est mort! M- UKMiAMY. — Je connais quelqu'un qui ne sera l'as fâché de ça. préparé. — Qui ça? son neveu? car ses en- lanis sont de bons enfants. 402 GALERIE D'ORIGINAUX. m. belhamy. — Son neveu, d'abord, cl sa sœur, madame Boudard. iDÉLE.—Ça mettra du beurre dans ses épinards, à marne Boudard. m. PRÉPARÉ. — Croyez-vous? Elle lui paraissait pourtant bien allacbée, à sou frère. m. belhamy. — Ils ne se voyaient pas depuis qu'elle s'était remariée, il y a plus d'un an. m. PRÉPARÉ. — Ali ! oui-da ! M. BELHAMY. — A COlltCaUX lirfs ! m. préparé. Ce n'était pas un méchant homme que ce Périnet. M. BELHAMY. — Ull bêla! m. préparé. — Peut-être le jugez-vous un peu sévèrement. H. belhamy. — Un niais! abèle. — C'est des gens qui changeaient de domestiques à tout moment. m. belhamy. — La preuve qu'ils ne vivaient pas en très-bonne intelligence, c'est que, depuis longtemps, ils étaient séparés de biens. Les uns donnent tort au mari, d'autres à la femme; c'est un embrouillamini à ne plus s'y reconnaître. Au surplus, qu'ils s'arrangent entre eux ! Moi, je n'ai rien à y prétendre, je m'en moque! m. préparé. — Je vous en livrerais bien autant, pour ma part; il fut un temps, je me le rappelle l'enterrement. 103 comme si c'était liicr, Il fut un temps où ils menaient grand Iraln. K. belhamy. — C'était un gaillard, ce diable de papa Pérlnet. adéle. — Je sais bien, tant qu'à moi, que je n'aimais pas quand monsieur m'envoyait chez lui : il avait toujours quelque bêtise à vous dire. m. belhamy. — S'il ne faisait qu'en dire, ce n'était que demi-mal. adële. — Dites donc, vous... m. belhamy". — Tiens, Adèle, voilà encore un sous-pied craqué. ADELE. — Qu'est -ce que vous voulez que j'y fasse? m. belhamy. — Mais un point; ça me rendrait service. Adèle. — Comme ça, sur vous? Merci 1 A quoi bon les sous-pieds, après tout? A vous tirer vos pantalons, à vous les éreinler! C'est bien embêtant, celte Invention-là. M- Munir. — C'est la mode. m. préparé. — Il y a longtemps que j'y al renoncé. • adelï, — Et vous ne vous en trouvez pas plus mal? préparé. — Au contraire. adéle. — Non; mais je me lue de lui dire de la 10 ï- GALEfUE IIOHICINAUX. laisser suivre aux autres, lii mode; il ne veut jamais m'écouler. m. belhamy. — J'en ferais de belles si je t'écoulais. adéle. — Vous avez beau dire, quand on a du ventre comme vous en avez, c'est fini, faut plus penser à tout ça. m. prkpakk. — Comment! ce pauvre M. Périnet s'est laissé mourir! m . MLlMrr. — Je crois bien que c'est parce qu'il n'a pu faire aulrancnt. m. pri'parb.— A quelle heure demain le service? m. belhamy. — Attendez... Dix heures précises. m. préi'abé. — C'est un peu tôt pour la saison. m. belhamy. — Comptez-vous y aller? m. prépariô. — Peut-être bien, si je reçois une invitation ; sans cela, j'en doute. m. belhamy. — Vous en recevrez immanquablement... Après ça, on va là comme on va ailleurs, pour voir du monde ; vous y trouvez des individus qu'on ne voit que là. m. préparé. — Peut-être bien m'y déciderai-je... Dites-moi, monsieur Belhamy, déjeunez-vous auparavant? m. belhamy. — Assez ordinairement je ne déjeune pas, mais je prends quelque chose. m. préparé. — C'est comme moi. l'enterrement. m. bkliiamy. — Parce que, vous savez, il est d'usage dans certaines maisons de déjeuner en sortant de là. m. pri'paré. — Vous rappelez-vous l'en terminent de ce pauvre Jl. Lagrénols? m. bkliiamy. — Si je me le rappelle... Jamais nous ne nous amuserons comme ce jour-là. m. prkparé. — Vraiment, j'en étais houleux. m. bklb kMT. — Il n'est rien de tel que ces par- lies improvisées. m. prkparé. — FA cependant nous devons convenir, entre nous, que nous le regrettâmes tous beaucoup, M. Lagrénois. m. IIUUTi — Mon Dieu ! croyez-vous que, s'il eûl été là, il n'eût pas été le premier à s'amuser? m. prkparé. — C'est ce que je me suis dit souvent depuis ; surtout du caractère dont, il était. m. bkliiamy. — Ça, je le crois... Ali eàt mais est- ce qui; vous partez, monsieur Préparé, que je vous vois prendre voire chapeau? M- préparé. — Oui; j'ai plusieurs courses à faire ce malin... Je vous demanderai la permission... M- bkliiamy. — Pourquoi ne pas rester un peu? Nous aurions déjeuné là, comme deux paires d'amis. m. prkpark. — Dieu obligé, impossible au jour- GALERIE U'OIUCINAUX. tl'iiui ; niais vous, monsieur Belhamy, quand est-ce que vous viendrez nous demander à dîner? m. belhamy. — Nous organiserons tout ça demain, à l'enterrement. m. prépari;. — Si j'y vais. m. belhamy. — Vous y viendrez. m. prépare. — Nous verrons... Sans adieu. h. belhamy. —De tout mon cœur; nies respects à madame. m. pp.i'.PARii. — Merci pour elle. SCÈNE III. M. BELHAMY, ADÈLE. m. belhamy. — Comment! ce pauvre Péri net est mort ! adèi.e. — Mon Dieu, oui; quand vous vous désolerez, ça ne le fera pas revenir. m. belhamy. — Je ne nie désole pas, je dis que c'est triste de voir ainsi filer toutes ses COnnalS- sances, n'est-ce pas vrai? Je ne me désole pas autrement. Pérlnel était un lion diable, au fond ; ce n'était pas un aigle, mais il yen a tant comme lui, et qui vivent. adèle. — Celui qui sort d'ici, par exemple. m. belhamy. — Quelle différence! Périnel, tel l'enterrement. 1(17 qu'ii était, valait, à lui seul, dix Préparés; il est bète à manger du foin, celui-ci. ADÈLE. — Vous diles ça de lui aujourd'hui, parce que demain vous l'enterrez; mais il n'y a pas si longtemps que je vous entendais dire; «Quel ennui que celte maison-là I quel être assommant que ce Périuel ! il est bêle comme une oie ! » el je ne sais quoi encore vous n'avez pas dit. m. dklhamy. — C'est possible, je ne m'en souviens plus; après ça, où veux-tu que je me déboutonne, si ce n'est chez moi? auèle. — Si ce n'était que chez vous, je ne dirais trop rien encore ; mais c'est que c'est partout, el ça vous fait du tort, vous le savez aussi bien comme moi. m. iielhamy. — Ma foi, tant pis ! ceux qui ne sont pas contents, qu'ils le disent. adèlh. — Ils ne se gênent pas non plus. m. iiuuiTi — Après tout, je n'ai besoin de personne... adèle. — Dieu merci. m. belhaky. — ,1e n'ai ni femme ni enfants, j'aime à m'amuser, et je m'amuse... au prlit bonheur I... Vois ce pauvre Permet, le voilà ad patres ! c'est peut-être comme ça que je serai dimanche. adèle. — Ne dites pas ça... ça n'aurait qu'à vous porter malheur. ■108 GALERIE D'ORIGINAUX. m. helhamy. — Le grand mal, quand ou a un gros ventre... adéle. — Voyons, donnoz-moi vile votre pan talon, que je l'arrange, vieux monstre ! II LA ih.«i«o:v nioiiti aiim:. SCÈNE PREMIÈRE. M. PRÉPARÉ, M. TÉTROT, M. DUPRÉ, ehiaht», PARENTS, INVITÉS, ETC. (I,cs arrivants vont se plucer an fond de la pièce ; échange de snluls entre les personnes de connaissance. Tons parlent a voix busse.) m. préparé. — Bonjour, monsieur Tétrot, de tout mon cœur. m. tktrot. — Voire serviteur très-humble, monsieur Préparé. m. phépari':.— Vous avez dû cire bien étonné, monsieur Tétrot, en apprenant la mort de ce pauvre M. Périnel. m. tétrot. — Ne m'en parlez pas! nous étions justement à table quand nous reçûmes le billet de faire part. l'bnterrgment. m. prépark. — Moins favorisés que vous, nous n'avons rien reçu : ni lettre, ni billet, ni rien au monde ; je l'ai su par le plus grand des liasards. m. tktrot. — Vous savez, dans des moments comme ceux-là... m. prkparé. — Aussi, je ne lui en veux point ■e inoins du monde, je vous jure. m. tktrot. — On ne sait où donner de la tête, et c'est bien naturel. m. préparé. — Je me trouvais chez M. Belliamy. m. tétrot. — Il va bien? m. prkpark. — Mais il se portail tort bien hier. m. TiiTROT. — Ce n'est pas une raison pour se bien porter aujourd'hui. Voytfz ce pauvre Pérlnet ! m. prkpiré. — Nous avons avec ça, depuis un mois, un temps affreux... C'est extraordinaire la quantité île personnes qui s'en vont. m. tétrot. — C'est merveilleux ! Lundi, je ne sais si vous la connaissiez, nous avons enterré madame Beaumaviellle. m. prkpark. — Madame lîeaumavieille est décédée? m. tktrot. — Mon Dieu, oui ; je dînais deux Jours auparavant chez elle. m. préparé. — Ce qu'il y a de bien singulier, monsieur Tétrot, c'est que J'ai causé avec ce pauvre M- Pérlnet, il n'y a pas de cela quinze jours ; il ! 10 GALERIE D'ORIGINAUX. n'avait l'air de se douter de n'en. Comment! nia- dame Beaumavieille est. morte? m. tétrot.— Lundi dernier, nous l'enterrâmes. Il faisait un temps détestable, comme aujourd'hui. m. préparé.— Il serait bien à désirer qu'il changeât. m. tétrot. — Pour les récolles surtout. m. préparé. — Pour tout en général. m. ni'PRii. — Votre serviteur, monsieur Tétrot... Bonjour, monsieur Préparé; et votre dame? m. préparé. — Vous êtes bien bon; et la votre? m. dtpré. — Vous êtes bien honnête... Eh bien, monsieur Tétrot? m. tétrot. — Nous étions loin de nous attendre à celle-là, monsieur Dupré... m. prépari';. — C'est ce que je disais, il n'j a qu'un moment, à monsieur; ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec ce pauvre M. Périnet, il n'y a pas de cela quinze jours. m. dupré. — ,1e l'avais vu deux jours auparavant... m. préparé. — Ça lui a pris comme un coup de foudre. m. dcpré. — Il me parlait de ses projets, des améliorations qu'il se proposait de faire à sa campagne... Enfin, qui' voulez-vous!... N'est-ce pas l'enterremeni . 111 M. Philibert qui vient d'entrer là avec une cravate île couleur? m. prépara. — Et son beau-frère, oui, monsieur Dupré. m. ncPRÉ.—Je me disais aussi : Voilà une figure qui ne m'est pas inconnue. Il est fort engraissé. m. priïpiré. -- Oui, beaucoup. Et II ne se doutait de rien? m. dlprk. — Qui ça ? m. préparé. — Ce pauvre M. Pérlnet. m. diprk. — De rien absolument... Ce fui us boulevards que nous (Minimes ; il mangea comme à l'ordinaire, fort peu; Périnet, depuis longtemps, mangeait fort peu. m.préparé. — Fort peu... Je l'avais aussi remarqué. m. dipré. — Je lui offris du café, j'en pris, il n'en prit pas. m. préparé. -— C'est que probablement il se sentait un peu... m. serai, — C'est possible. m. préparé. — Mais, du reste, il avait toute sa tête. 112 <;ai.fme n'onir.ixAux. SCÈNE II. LES PRÉCÉDENTS, M. BELHAMY, M. MOUIN, M. POISSY, LE COMMISSAIRE DES MOUTS. m. relhamy. — Bonjour, messieurs; comment va? LES ASSISTANTS. — CIlUl! M. ttuaf; - Je craignais de ne pas arriver à l'heure. LES ASSISTANTS. — Clllll ! m. MMUrr. — Bonjour, messieurs. Quelle chaleur il rail ici!... Savez-vous I quelle église nous allons, monsieur Dupré? m. ni pré. — Je l'ignore. m. BELiiAMY. — Ils vont encore nous garder là une iteralté. m. loi in. —Si vous voulez, monsieur ISelliamy, nous irons faire une partie de billard chez Borel, en M te mitât, sans avoir l'air île rien. m. reliumy. — Ça me va, d'autant que je déleste tout ce qui est prclraille. m. koi ni. Je ne l'aime pas plus que vous : les anciens troupiers, en général, n'aiment pas ce monde-là. l'enterrement. 113 m. belhamy. — Ne parlons pas de ça ici... Nous sommes là avec un tas de capucins... M. MOUIN. — Suffit. m. préparé.— Vous partez,monsieur Belhamy! m. belhamy. — Je vais prendre un peu l'air. Il fail ici une chaleur I... (Il sort suivi de M. Mouin.) m. poissy. — Eh liien, monsieur Préparé, vous voilà donc des noires? m. prépare. — Bonjour, monsieur Poissy. Je l'ai fait par égard pour le défunt, car Je n'ai pas reçu de lettre de faire pari. m. poissy. — J'ai reçu la mienne hier en rentrant chez. moi. m. préparé. — Je suis le seul, à ce qu'il paraît. »i. poissy. — Je n'ai pas vu ses (ils. m. préparé. — ils étaient là tons deux, il n'y a qu'un instant. Ils paraissent bien affectés. m. poissy. — On le serait à moins. m. préparé. — Ces pauvres jeunes gens nie font Vraiment de la peine! m. poissy. — Oui, c'est un cruel moment à passer pour eux. m. préparé. — Je ne puis me faire à l'idée que C« pauvre M. lVrincl. ne soit plus. Ce qu'il y a de Wen singulier, monsieur Poissy, c'est que j'ai causé avec lui, il n'y a pas de cela quinze jours; il n'avait m GALERIE D'ORIGINAUX. l'air de se douter de rien... Il était d'une continuée... ij e commissaire nus morts.— Messieurs,quand il vous fera plaisir. III i.a nu: LES PRÉCÉDENTS, M. BEAUFUMÉ, M. DU- PLAN, M. TARDIVEAU. M. VIDAL, M. LORRAIN. (Les invites suivent le cliar, la letc découvcrlc.) m. BiîAiTiiMÉ. — Eh! voilà M. Duplan! j'étais Irès-étonné de ne pas le voir. m. ditlan, arrivant tout essoufflé. — Il n'y a donc plus d'espoir? m. tariiiveau. — Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors. m. vidai,. — Mon épouse ne voulait pas que je prisse un parapluie; j'ai tenu bon, cl je n'ai pas lieu de m'en repentir. m. lorrain. -- Pardon, monsieur, si je prends la liberté de me mettre sous votre abri. m. vidal. — Comment donc, monsieur! c'est l'enterrement. avec plaisir. Vous ne seriez point, par hasard, parent de M. Pérlnet, monsieur? m. lorrain. — Non, monsieur; je n'ai même pas l'avantage de le connaître. m. viual. — Ali! vous ne le connaissiez pas? m. lorrain. — Je ne l'ai même jamais vu. m. vidal. — Mors, monsieur, comment se failli?... Pardon, monsieur, si je vous fais celte question... m. lorrain. — Comment donc, monsieur! vous en avez le droit... C'est moi qui ai pris le fonds de M- Chevalier. ». \idal. — Fort bien ! mais quel est ce M- Chevalier? quelle branche de commerce ou d'Industrie explolle-t-ll, monsieur, s'il vous plaît? i» lorrain. — Les denrées coloniales. «• vidal. — Où prenez-vous cela? m. lorrain. — Les épiecs. m. vidal. — Ah! je comprends, l'épicerie. Monsieur est.épicier? m. lorrain. — En gros et demi-gros, oui, monsieur; nous tenons aussi les liqueurs des îles. k. vidai. — Il n'y a pas de mal à ça, monsieur; Il n'y a, certes, pas de mal à ça. m. lorrain. — Et nous fournissions la maison... du chose... du... m. vidal. — Du défunt? 1lfi VALERIE D'ORIGINAUX. m. lorrain. — Oui, monsieur. M. vidai.— Fort bien!... Monsieur, nous avons perdu un excellent homme. m. lorrain. — A ce qu'il paraît, oui, monsieur. m. vidal. — Nous avons été quelquefois divisés d'opinions... m. lorrain. — Dame, on ne s'entend pas toujours... m. vidal. — Mais toujours je me suis plu à lui rendre la justice qu'il méritait à tous égards. m. lorrain. — A ce qu'il parait, oui, mon- sicu r. m. vidal. — C'était ce qu'on peut appeler hautement un brave et digne homme. Faites un peu attention à vos pieds, monsieur, s'il vous plaît ; vous venez de marcher en plein dans le ruisseau. m. lorrain. — Je ne l'ai pas fait exprès. m. vidal. — J'aime à le croire. m. lorrain. — Monsieur est du quartier.' m. vidal. — Oui, monsieur, voisin et ami de ce pauvre M. Permet. m. lorrain. — Monsieur, nous serions bien heureux si parfois, dans nos articles... m. vidal. — Merci, mille fois, monsieur. Vous venez encore de n'envoyer quelque chose. m. lorrain. — Vous croyez? l'enterrement. m. vidal. — J'en suis convaincu. Je vous remerciais donc, monsieur, de vos offres loules bienveillantes; mais j'ai mon épicier. m. lorrain. — Je ne dis pas non, monsieur. m. vidal. — Vous auriez lorl de soutenir le contraire, monsieur. m. lorrain. — Seulement, comme nous avons donné plus d'exllnction à noire maison... m. vidal. — D'extension, monsieur, si vous voulez bien. m. lorrain. — Oui, monsieur; nous espérons l»ar là... M. mdal. — Je crois que le temps voudrait se lever. m. lorrain. — Tiens, c'est vrai; il ne pleut plus. M. mdal. — Ou, du moins, c'est bien peu de chose. M. lorrain. — En vous remerciant, monsieur. *• vidal. — C'est avec grand plaisir, monsieur. m. lorrain. — Voici de nos adresses. *• vidal. — Je vous en ai la même obligation, monsieur; mais il m'est, pour le moment, de loule impossibilité d'ouvrir ma capote. m. lorrain. — Je vais, si vous le permettez, les mettre dans vos poches de derrière. 8 •118 GALERIE D'ORIGINAUX. m. vidai. — Va pour mes poches de derrière, puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement. m. lorrais. — Les y voici; bonjour, monsieur. m. vidal. — Voire serviteur de tout mon cœur. m. préparé. — Savcz-vous, monsieur, si madame l'érinet gardera son logement? m. vidal. — Al) ! pardon, monsieur, mille fois pardon ! je vous prenais pour mon épicier. Je suis persécuté, depuis une heure, par cet homme! Je ne vous remettais pas. iNe m'adrcssie/.-vous pas une question ? m. préparé. — Je vous demandais si madame Périnet gardait son logement. m. vidal. — Je n'en sais rien, monsieur; peut- être serait-il possible qu'elle-même ne sût pas encore ce qu'elle fera à ce sujet. m. préparé. — Je connais quelqu'un à qui ce logement conviendrait fort. m. vidal. — Je ne puis nullement vous éclairer à cet égard. m. préparé. — Vous n'en savez pas le prix? m. vidal. — Je l'ai toujours complètement ignoré. m. préparé. — Cette pauvre madame Périnet doit être bien affectée. m. vidal. — C'est pour cela que je crois le l'enterrement. m moment mai choisi pour lui parier de son appartement. m. prépariî. — Aussi n'est-ce nullement mon intention, monsieur; nullement. Je m'associe de tout mon cœur à ses regrets; quand je pense, monsieur, qu'il n'y a pas décela quinze jours, j'ai causé avec M. Périnet : il n'avait l'air de se douter de rien, le malheureux 1 Ça lui a pris comme un coup de foudre. m. vidal. — Cette perte est immense non-seulement pour ses proches, monsieur, mais encore pour tous ceux qui le connaissaient; car, il ne faut pas se le dissimuler, monsieur, c'était un homme excellent, bon père, bon époux, bon ami; il avait tout réuni; c'est fort rare! M. préparé. — Il a été charmant, dans le temps, si vous vous le rappelez, pour le fils de ma femme. h. vidal. — Oui, je me rappelle effectivement l'avoir vu une fols chez lui, à une certaine époque. Ce jeune homme semblait annoncer de grandes dispositions; qu'est-il devenu? m. Pitrui — Il est avocat; il n'a pas pu venir; il a un pelil commencement d'affaires, il est fort actif, fort intelligent... Si vous pouviez en toucher quelques mois à madame Périnet... Il arrive que, dans les successions... •120 GALERIE D'ORIGINAUX. m. vidal. — Ils ont un parent, je crois, qui suit la même arrière et qui se charge de tout. m. préparé. — C'eût élu dans le cas, monsieur, où madame Périnel... m. vidal. — C'est bien aussi comme cela que je l'entends, monsieur; mais je vous répéterai qu'ils ont ce cousin, qui parait s'être chargé des affaires de la succession... Nous voici, je crois, à l'église... Je ne sais de quel côté... m. prépark. — Je n'en sais pas davantage... J'ai l'honneur de vous saluer. m. vidal. — Bonjour, monsieur. IV L'ÉOLME. Durée «le la cérémonie, trois heures trois quarts. LA SORTIK di: L'ÉGLISE. LES PRÉCÉDENTS, M. MESLIN, M. HOQUET. m. MKSLiN. — Allez-vous au cimetière? m. tardiveau. — J'irais, que ça ne le ferait pas revenir, le pauvre cher homme; je m'en retourne à la maison. m. HMMR. — Je m'en vais (airecomme vous: l'enterrement. 12! j'ai cru vraiment qu'ils n'en finiraient pas, à l'église. m. tardiveau. — Ils leur en ont donné pour leur urgent. m. mesltn. — On n'a jamais vu tenir les gens aussi longtemps sur leurs jambes. M. tardiveau. — Je vous demande à quoi bon toutes ces cérémonies? m. Maiinr. — A jeter l'argent par les fenêtres, pas aulre chose. (Ils s'éloignent.) - m. préparé. — Tiens, vous voilà, monsieur lïel- liamy ? Où étiez-vous donc? Je vous ai cherché, je ne vous ai pas vu. m. I1LMMY.—Nous étions avec M. Monta, dans un tout petit coin. m. préparé.— C'est singulier, je n'ai pas vu non Plus M. Monta. m. Noutft. — J'élais avec M. Rclhamy. préparé. — C'est donc cela. m. itELHAMv, dans une voiture de deuil.— 'Venez-vous avec nous, monsieur Préparé? m. préparé. — Ce serait avec bien du plaisir; mais vous n'avez pas de place. m. belhamy. — Si fait, en se serrant un peu. »t. préparé. — Je vous remercie toujours... Je vais voir ailleurs... Sans adieu. H- itELii AMY. — Mes respects chez vous. J'aime m VALERIE D'ORIGINAUX. mieux qu'il se place ailleurs, c'est plus dans nies goûls. m. hoquet. — Si vous vouliez ma place, monsieur? m. belhamy. — Non, je vous en prie; je suis ici parfaitement. PREMIÈRE VOITURE, PRÉCÉDANT IE CHAR. Ecclésiastiques, Enfants de cliccur, gens d'Eglise. DEUXIÈME VOITURE. LES DEUX FILS PER1NET, M. PALMA , M. BOUDARD, leurs oncles. m. Boudard. — Vous n'avez pas deux pièces de dix sous, monsieur Palma? m. palma. — Je vais voir... Oui, les voici. m. Boudard. — Ça n'a pas de nom; nous tenir près de quatre heures à cette église ! m. palma. — Le curé n'était pas arrivé. m. boudard. — Il élait pourtant prévenu depuis hier. m. palma — Ces messieurs ne sont pas toujours très-exacts. m. boudard. — C'est comme le vicaire : avoir l'enterrement. lia fait la mine au moment de monter en voiture ! Que voulait-il donc de plus? m. palma. —Voyons, Eugène, du courage, mon ami! liens, respire un peu le flacon de ta maman. (Lu deux jeunes gens fondent en larmes.) m. boudard. — 11 faut se faire une raison... Quand il n'y a plus de remède. m. i'alma. — J'aime mieux les voir pleurer, ça les soulage. M. Boudard. — Ce ne sont pas des enfants. m. palma. —Ce sont des enfants qui ont perdu leur père, monsieur Boudard. m. boudard. — Comme vous voudrez, monsieur Palma, comme vous voudrez. TROISIÈME voirait M. POIREAU, M. LANOY, M. PRÊCHEUR . M. AVERE. m. poireau. — Oui, certes, la place Louis XV est une jolie place. m. avéré. — Jolie, oui, mais colidelict. M. lanoy. —Ils l'ont gâtée. m. prêcheur. — Je l'aimais cent fois mieux au- paravant quand il n'j avait rien du tout. m. poireau. — Mais c'était un cloaque ! 1SH GALEME D'ORIGINAUX. M. avéré. — La première fois que j'y suis allé, j'ai demandé si les candélabres n'étaient pas ni chocolat. m. prêcheur. — Et ces fontaines qui inondent, les passants? m. avéré. — Quand elles ont de Peau. m. prêcheur. — Il faut voir ces trottoirs, les jours de verglas. m. poireau. — Moi, je trouve cette place magnifique. «. LAPfOY. — Je trouve qu'il y manque une pendule. m. avéré. — Et cette grande borne qui a coûté des millions; que fait-elle là? m. prêcheur. — Et ces effrontées statues, accroupies sur leurs pavillons, est-ce bien ragoûtant à voir? m. poireau. — Allons, messieurs, vous êtes difficiles à contenter. m. avère. — Ce n'est pas ma faute si nous vivons dans un siècle de petits hommes et de petites choses. m. laivoy. — Parce qu'on ne fait rien convenablement. m. prêcheur. — Parce qu'on ne fera jamais rien de mieux que ce qui étail. l'enterrement. QUATRIÈME VOITURE. M. MOUTARDIER, M. CORMOIS, H. PHILIDOR, M. VERSEPUY. m. moutardier.— Moi, je trouve le homard une viande lourde. m. i'himdor. — Ah ! c'est bien lion ; j'avoue mou faillie, j'aime le homard. M. cormois. — A déjeuner surtout. m. versepiiv. — Je préfère les huîtres à toute espèce de choses. m. PiiiLiDOR. — Je donne encore la préférence à un bon illet de hœur. M. MOUTARDIER.—J'ililllC MM 1C fllCt de llCOUf, mais c'est In difficulté. M- cormois. — Le filet n'est pas plus difficile à faii'e qu'autre chose. moutardier. — Je ne dis pas; mais nous avons a la maison une diablesse de cuisinière, impossible de lui faire faire ce qu'elle ne veut pas; elle est terrible pour ça. M. cormois. — Rien n'est plus facile qu'un filet j'ai déjeuné, pas si bêle. m. beliiamy. — Ce n'est pas l'embarras, j'aurais l °ut aussi bien fait pendant que vous étiez à l'église... M. moitaruier. — Vous n'étiez, donc pas à l'église? m. belhamy. — Je l'en moque! pourquoi faire? Nous étions, bien gentiment, M. Mouin et moi, à fi >ire notre partie de billard chez llorel. M - Moiun.—Si vous voulez, nous irons tout uni- '"ent dîner aux Ycndanijcs. M - BELHAMY. — TiellS, c'CSl VOUS, niOIISiCUl' Mouin? Je devais m'en douter : vous nous ouvrez toujours de bonnes idées, vous. Eh bien, va pour '''s Vendanges! Vous êtes des nôtres, monsieur Moutardier? M - MOUTARDIER. — A IllOI't! m. mouin. — Topez là, c'est arrêté! N'ayez pas Wir, aile/., nous nous amuserons. i:îo GALERIE D'ORIGINAUX. m. itF.LiiAMY. — Nous aurons eu assez de chagrin ce malin. K. HODiif. — Tenez, voyez-vous, là-bas, cette petite colonne sur votre droite,monsieur Iielliamy? m. bglhaxy. — Près de la pyramide? m. moutardier. — Je la vois d'ici, jilus sur la droite. m. muaK. — C'est bien facile, H n'y a qu'elle de colonne. M. MOUTARDIER. — Sur VOlTC droite. m. beliiamy. — J'entends bien... N'est-ce pas une petite colonne surmontée d'une urne enveloppée dans une espèce de linge? m. mouin. — Oui, de linge en pierre. C'est là qu'est enterrée ma belle-mère. M. BELHAMY. — Ail ! Olli-da. m. moun. — Mon épouse est en face... J'ai éli longtemps que je n'aimais pas à venir ici. m. moutardier. — Je crois bien ! m. mou*. — Mais, comme on dit, le temps est un grand maître. m. beliiamy. — Sans cela, on serait bien mal- beureux. m. moutardier. — Les plus à plaindre sont ceux qui restent. m. mouin. — Vous avez bien raison, monsieur Moutardier; ce que vous dites est bien la vérité. l'bntbrrembnt. 181 m. belhamy. — Ne vous avait-elle pas laissé des enfanls, madame Mouin? K. Houitt. —Je n'ai eu qu'un (ils de nia pre- niièrc remme, monsieur lïclhainy ; il est à Montparnasse, ce fils-là; sa mère est à Montmartre : j'en ai un peu partout, comme vous voyez. m. uuumr. — C'est fort bien. m. moutardier. — Ali ça ! mais il parait qu'ils vont nous conduire au bout du monde! j'ai toutes les peines à me tirer d'affaire. m. belhamy. — On enfonce dans ce diable de cimetière, c'est atroce 1 m. mouin. — Venez par ici, messieurs, c'est "'oins mauvais. Après ça, il a tant plu ! Ah î c'est W que nous restons; je vois là-bas la (èle de colonne qui s'arrête. M. MOUTARDIER. — TAcllOnS (lollC de l'éllllil' qilel- •Pies bons enfants pour nous tenir compagnie aux Vendanges. m. belhamy. — M. Pbilidor est-il venu jusqu'ici ? m. moutardier. — Nous étions dans la même voiture. m. Mouin. — Mais, à propos de voilures, qui no,,s empêcherait de nous en retourner dans les voilures de deuil aux Vendanges? M - belhamy. — Au fait, eu donnant la pièce au cocher. 132 GALERIE D'ORIGINAUX. Grand silence; la bière descend dans la fosse. Les prêtres se retirent ; les enfants tombent dans les liras des parents et des ainis, qui les soutiennent. Les cochers des pompes funèbres, les croque-morts, les fossoyeurs, les jardiniers , les gardiens du cimetière , les garçons marbriers, etc., etc., etc., tiraillent les enfants, les parents, s'accrochent il tout le inonde en mendiant leur pourboire, et la police n'en peut mais. m. Boudard. — C'est vous, je crois, que je \is hier? M marbrier. — Oui, monsieur, c*esl moi qu'est le marbrier. m. uoiDARD. — Nous avons dit que nous ferions le plus simplement possible. Ll marbrier. — Je vous ai remis mou tarif. Si monsieur veul que ce soit quelque chose de satisfaisant... m. Eot DARti. - Mais oui, autant que possible. Ll marbrier. — Si monsieur veut prendre la peine de venir jusqu'à la maison... m. Boudard. — Je n'ai pas le temps aujourd'lmi. LE MARBRIER. — C'CSl ici ViS-à-ViS... NOOI avons de très-jolis modèles à choisir; la vue n'en coûte rien. m. Boudard. — Nous verrons tout cela un attire jour. l'entkbrement. 133 le marbrier. — Nous avons, dans ce moment, quelque chose de bien élégant. m. liouiiARii. — Plus tard. le marbrier. — Nous tenons aussi des inscriptions toutes faites, au gré des familles. M. Boudard. — Eh bien, plus tard, monsieur... Monsieur, qui? le marbrier. — Chrétien. M. Boudard .— Bonjour, monsieur Chrétien. le marbrier. — Je vous ai laissé des cartes? m. boudard. — Je les ai chez moi. le marbrier. — En voici d'autres, dans le cas quelquefois... m. soudard. — Bien obligé... Ainsi, c'est convenu, monsieur Chrétien, nous reviendrons vous voir quand le fort de la douleur sera passé. le marbrier. — Ça nous titra plaisir, monsieur. M. Boudard. — Bonsoir, monsieur Chrétien... Où sont mes neveux, à présent? M - avère. —Votre serviteur, monsieur Boudard. *• Boudard. — Bonjour, monsieur Avéré. Je cherche nies neveux. M - avéré. — je viens de les voir monter en voilure. M - soudard. — Ils sont, ma foi, charmants, o m GALERIE D'ORIGINAUX. quand je me lue le corps et Pâme pour leurs propres affaires! Vous ne savez pas, monsieur Avéré, le mal que je me donne depuis deux jours! m. avéré. — Je m'en fais une idée. m. Boudard. — C'est inouï! m. avéré. — C'est une grande perte pour la famille. m. Boudard. — Très-grande, monsieur Avéré, très-grande. Après cela, que voulez-vous! un peu plus tôt, un peu plus lard, il faut toujours en passer par là... De tout mon cœur, monsieur, mes hommages à madame. m. averk. — Votre serviteur Irès-Iiumble. monsieur lîoudard. m. belhamy, appelant. — Monsieur Mouln! monsieur Moutardier! allons donc! m. prêcheur. — Monsieur Poireau ! m. têtard. — Monsieur Préparé! monsieur Gavot ! monsieur Coilereau ! m. Di'PRÉ. — Monsieur Commis ! monsieur Car- toliatl monsieur Voisin! m. BKLHAMY. — J'ai fait quelques recrues pour notre dîner. m. moutardier. — Eli Iden, tant mieux, plus on est de fous... Mais qu'altcndons-nous? Montons dans les voitures si nous ne voulons pas qu'on nous les prenne. l'enterrement. 138 m. mouin. — C'est bien dit ! Montons. Mais où sont-elles? K. belhamy. — Laissez faire, ne vous inquiétez pas; est-ce que je n'ai pas envoyé mon monde à moi en avant? M. moutardier. — Vous m'en direz tant! m. belhamy. — Nous en avons trois pour notre société ; est-ce assez? m. moein. — Bien, bien. Montons-nous? m. belhamy. — Je vas dire deux mots à quelqu'un que je vois là-bas ; je suis à vous. m. moutardier. — Ne soyez pas longtemps. ». belhamy.— Deux minutes. m. préparé. — Oui, monsieur; ce qu'il y a de bien singulier, c'est que j'ai causé avec ce pauvre M- Périnet, il n'y a pas de cela quinze jours; il «'avait l'air de ne se douter de rien... Il était d'une confiance t... M - prcdhomse. — Ainsi va le monde, mon cher monsieur, un clou chasse l'autre. LES TROMPETTES. PERSONNAGES. Kl. PITOIS. MADAME PITOIS. MADAME 1ENOUILLOT. MADAME SAINT-AUBIN. GUICHARD. SOPHIE, CLARISSE. {!■» srbiic se passe à Paris, dans la maison de madame Pilait.) SCÈNE PREMIÈRE. MADAME PITOIS, SOPHIE. ■UDixi pitois. —Vous dites donc, Sophie, que ,0 ul le monde pareil bien étonné de voir Napoléon la cour royale de Paris? •138 GALERIE li'oitlGINAliX. BOPiifl. —Oli! ça, oui, madame; c'esl-à-dlre que beaucoup de personnes à qui je l'ai dit avaient l'air de ne pas le croire. madams pitois. — Cela ne m'élonne pas. Toujours on devrait suivre sa première idée. Hier au soir, tout en me déshabillant, je me disais que je ferais peut-être bien de vous donner son diplôme d'avocat, à mon lils ; je ne l'ai pas fait, j'ai eu tort; vous l'auriez collé dans votre cuisine: ça aurait prouvé, clair comme le jour, à certaines gens, que leur cheval n'était qu'une bête. IOHII. — Est-ce qu'il ne serait plus temps? madame imtois. — Si fait : et la preuve, c'est qu'avant qu'il soit deux fois vingt-quatre heures, ce sera comme je viens d'avoir l'honneur de vous le dire. Et qui donc, s'il vous plaît, avait l'air de douter que Napoléon fût de la cour royale? SOPHIE. — Personne, madame. madamk pitois. — Comment! personne? soniiE. — Non, madame. madame) pitois. — Voila qui est singulier, par exemple ! Et que me disiez-vous donc alors, il n'y a pas cinq minutes ? sopiiii:. — Dame, je ne sais pas. MADAME PITOIS. — MOl IIOII pIllS. sopiiii:. — On ne disait pas précisément que ça n'était pas vrai... LES TROMPETTES. 139 ■ADAM pitois. — Ça y ressemble pourtant l'omiiie deux goultes d'eau. sophie. — Mais madame doit bien savoir à peu près ce que j'enleuds dire par là... On avait un air... madame pitois. — De ne pas y croire, n'est-ce pas? sophie. — Oui, madame. madame pitois. — Expliqua-VOUS donc : VOUS «les là deux heures à me tenir le bec dans l'eau... On ricanait, n'est-ce pas? on chuchotai!, on avait ■'air de se dire tout bas à l'oreille : « Tiens, tiens, t't-'iis, le llls de madame Pitois qui vient d'être nommé avocatl En voilà du nouveau ! Ah ben, par exemple! si ça ne fait pas pitiéI » Enlln, cent mille autres platitudes de ce genre, j'en suis sûre. sophie. — Oui, madame. m hume pitois. — Je l'aurais parié. C'est une chose extraordinaire, la quantité de gens à qui le bonheur des autres fait de la peine. Je ne suis pas comme ça, moi, Dieu merci ! Vous êtes là pour le dire. sophie. — Oh! ça, bien sûr. madame pitois.— A moins qu'une personne n'ait Cherché à nie faire du mal, oh ! alors, je ne dis pas, c'est différent ; sans cela, toutes les fois qu'il arrive 'P'elque chose d'agréable à quelqu'un de ma con- 140 GALERIE D'ORIGINAUX. naissance, vous me verrez toujours en être bien aise, c'est mon caractère. Au resle, Faut croire que nous ne sommes pas (ous taillés dans lo même moule, cl c'est fort heureux. Sophie. — Comme je reviens du marché, si madame voulait écrirej madame l'irois. — Nous verrons ça plus tard... Vraiment, je m'admire ! Nous voilà toutes deux bien tranquilles, les liras croisés comme de grandes paresseuses, et nous ne pensons pas plus que rien du tout à tout ce monde que nous avons demain à dîner : c'est que, plus j'y pense, moins je vois comment nous en sortirons. Sophie. — Je n'en sais rien non plus, d'abord. MADAME PITOIS. — AvCC ça, M. PïtOÎS, c'est absolument comme une cinquième roue à un carrosse! Mon Dieu! que la pauvre femme ail du mal, qu'elle n'en ait pas, c'est tout comme. Mais, depuis hier, je ne sais pas si tu l'as remarqué comme moi, je ne le reconnais plus : il ne tient pas en place; il va, il vient, il tourne, il retourne; c'est le mouvement perpétuel que ce pauvre homme-la : il esl toujours dans mes jambes; il ne sail, en vérilé, pas où donner de la tète. De voir son fils avocat, il semble que ce soit pour lui le nec plus ullrà. SOPHIE. — Vous diles, madame? I.F.S TROMPETTES. I il madame pitois. — Vous ne savez pas ce que j'entends par là? supiiii;. — Non, madame. madame pitois. — Que voulez-vous que je vous •lise ! je n'en sais trop rien moi-même ; il y a comme Çf une foule de mois dont on se sert, parce que ça s « trouve sous la main, on ne sait pas trop poar- °uoi... C'est comme si je vous disais... cnlin... que "ion mari s'imagine que de voir Napoléon avocat, e'csl... ma foi, le ncc plus ultra. Tu conçois. Sophie. — Oui, madame, à présent. MADAME PITOIS. — Voilà CC qllC I10US entendons Par le ncc plus ultra. I'our moi, qui, en cela, ne suis pas tout à fait de son avis, je crois que, pour m on ||| Sj c ',, s i t ou t kofiMBMBt avoir ce qu'on appelle le pied dans l'étrier, et pas autre chose : la suite nous prouvera lequel de nous deux a raison. A entendre M. Pitois, son garçon n'a plus qu'a ouvrir la liouehc, les alouettes vont lui tomber toutes rôties. Non, mais c'est que lu ne le connais Pas encore comme moi. Quand une fois son amour- Pfopre est stimulé, il va, il va... plus moyen de '«Téter : une corneille qui abat des noix! 11 a loueurs élé comme ça ; et rappelle-loi, au surplus, ce que je vas le dire'. Sophie. — oui, madame. madame pitois. — Si Napoléon arrive jamais 142 GALERIE D'ORIGINAUX. à être décoré, député, commissaire de police, pair de France ou autrement, la inoindre chose, enfin, tu verras si je te mens, à dater de ce jour-là, il faudra faire enfermer mon mari : le pauvre clier homme en deviendra fou, mais fou à lier! rien n'est plus certain ; j'en mettrais ma main au feu. Sophie. — Vraiment? madame pitois. — D'autant que c'est daiis les avocats que tout se prend aujourd'hui ; sans ça, est-ce que nous aurions jamais pensé, son père et moi, à cette partie-là? Fi donc! avec leurs grandes vilaines robes toutes noires! De la vie, nous n'aurions eu cette idée-là ; nous l'avons fait, parce que ça s'est trouvé comme ça; car, si aussi bien l'empereur avait vécu, notre intention était de le mettre à l'École polytechnique, dans les hôpitaux, ou bien encore dans les vivres. Dans ce temps-là, les parents pouvaient choisir, ce n'était pas comme à au jour d'aujourd'hui. En admettant même que nous n'eussions pas réussi à l'Ecole polytechnique, ce qui a toujours été assez difficile, nous nous serions vite retournés d'un autre côté, et, certes, ce ne sont pas les protections qui nous auraient jamais manqué. Sophie. — Ça, je le crois bien. madame pitois. — D'abord, mon frère à moi, mon frère aîné, Céiettitt, l'oncle do mon lils, par LES TROMPETTES. conséquent, qui était dans les vivres, n'aurait pas regardé à deux fois de le prendre avec lui. Il était dans les vivres-vituules, à l'armée d'Espagne, mon Ml* aîné; il y a même fait sa pelote. Nous avions encore Antoine, mon cadet, CldicbOfl que nous ''appelions; ce pauvre CediCBOOl il est mort d'un coup de snng en niellant sa culotte. Il était dans les "'»''e«-6o/s,Cadiclion.Je l'ai m'en pleuré. El le mari de ma sœur, dont je ne te parle pas, H. Collignon, '"on heau-frère à moi, le bras droit de l'empereur, siruaien aux armées, qui vient de mourir, il y a lr ois mois, à Cliàtcau-Gontier ; tous gens, j'espère, lui se seraient mis en quatre pour leur neveu. Tu v °is donc bien, d'après cela, que nous n'étions pas e »core par trop embarrassés, Somui, - Oh! ça, non, par exemple, que vous ne l'auriez pas été ! «Ab*ME pitois, cherchant à voir ce que renferme un papier sur lequel se promènent ses ™ux mains depuis un bon quart d'heure. — tt»'ya-t-ii donc là dedans? sopiiie. — Dans ce papier-là? «UlUME PITOIS. — Oui. Sophie. — Ç| f c ' es t mon foie de veau. «uiiame pitois. — Est-il bien Trais? *•*>». — Dame, il fêtait ce matin, en revenant Uu lu boucherie. GALERIE b'OMCINAUX. MADAME PITOIS. — AVCZ-VOIIS été fOQt Il'S.'lIlit- nas? soriHE. — Oui, madame. madame pitois. — Eh bien? Sophie. — J'«l fuit les quatre coins du mutité, il n'y en avait point. madame pitois. — Nous ne trouverons guère ça que chez les comeslililes. Madame Saint-Aubin a dû s'en charger, autant qu'il m'en souvient. Sophie. — Vous savez bien, la cuisinière à la dame que nous avons été hier ensemble? madame pitois. — Qui ça ? Françoise? sophie. — Oui, madame, la Bourguignole. madame pitois.— Est-ce qu'on l'a miseàla porte? sophie. — Non, madame; je voulais vous dire que je l'ai rencontrée au marché. madame pitois. — Le savait-elle? sophie. — J'y ai appris. madame pitois. — Ça a-l-il eu l'air de lui faire plaisir? sophie. — Oh ! ça, oui, par exemple. madame titois. — J'ai bien vu tout de suite que je disais une sottise en vous demandant si c'était qu'on l'eût mise à la porte. sophie. — C'est ce que je me suis dit aussi. MADAME PITOIS. — Celle tille CSl Ull CXCClICIlt sujet. LES TROMPETTES. i v:> sophib. — Elle m'a dit que sa dame en serait bien aise. madame pitois. — Ça, je le crois. Es-lu passée chei madame Saint-Aubin? Sophie. — Oui, madame. madame pitois. — Que t'a-t-clle répondu? sophie. — Elle n'était pas levée. madame pitois. — Et chez madame Bitoefcett sophie. — La cuisinière m'a dit qu elle était Partie d'hier au soir pour la campagne, chez sa maman, avec sa petite demoiselle.- madame pitois. — Comme ça, nous ne l'aurons Pas demain? sophie. — C'est à croire, elle y reste un mois. madame pitois. — Comme c'est agréable! Moi lui comptais sur elle. Il faut toujours qu'elle soit cn l'air, celle-là ; elle serait bien avec mon mari. El les Fenouillot, tu ne les as pas vus? sophie. — Pardon, madame; j'ai vu madame Fenouillot, la mère; la bonne étail sortie, c'est c 'le qui m'a ouvert. Elle m'a dit de vous dire que peut-être bien qu'elle viendrait déjeuner avec v °us; mais que, pour sûr, la journée ne se passc- r!, il pas sans qu'elle vienne vous voir. madame pitois. — Celte bonne marne Eenuuil- W ! Elle a toujours bien aimé Napoléon ; il est H6 GALERIE D'ORIGINAUX. vrai qu'elle l'a vu si pelit ! c'est elle qui l'a reçu. Pauvre enfant! A propos, sais-tu s'il est levé? sophie. — Je ne vous dirai pas, vu qu'il était sept heures quand j'ai parti. MADAME PITOIS. — Il Serait Meil possible qu'il fut encore au lit. Tous ces dîners de camarades, je ne les aime pas, je n'ai jamais pu les souffrir : ça n'en fiait pas, ça vous mène à des je ne sais quelle heure, .le ne dis trop rien, pour ne pas paraître ridicule, mais je n'en pense pas moins. D'ailleurs, ce régime de parties ne lui convient guère, à mon lils; il n'est pas fort. Sophie. — Comment voulez-vous donc qu'il soye? Un colosse! Il renforcil tous les jours. madame pitois. —Ce n'est pas une raison, chère amie, ce n'en est pas une; on a vu filer des colosses au moment où l'on s'y attendait le moins. C'est comme mon mari; certainement, en voyant passer M. Pitois dans la rue, tout le monde se dira : « En voilà un payeur d'arrérages! » C'est que pas du tout, moins que rien. Mais, pour en revenir à mon avocat, il n'a qu'à faire après tout comme son père, se coucher de meilleure heure et se lever plus matin, il ne s'en portera que mieux. sophie. —Ça ne ferait peut-être pas son compte, à lui. madame pitois. — Après ça, moi, ce que je t'en I,ES TROMPETTES, 147 dis el rien, c'est approchant la même chose, il n'en fera jamais qu'à sa tête ; c'est bien aussi pour cela lue, si j'avais en à choisir, j'aurais préféré avoir "ne demoiselle, parce que, vois-tu, Sophie, quand je ne le sais pas rentré, je ne suis pas tranquille; c'est plus fort que moi, je crois toujours qu'on va me le ramener sur un brancard. Je ne suis pas tomme M. l'ilois, qui sans cesse me rabâche la même chose : « Mon Dieu, Adélaïde (c'est mon nom déjeune personne), que diable (c'est son mol)! que diable! après tout, ton (ils est un garçon, laisse-le aller son petit bonhomme de chemin. Qu'est-ce que ça peut nous faire qu'il fasse ce qu'il vomira, pourvu qu'il nous revienne avec ses deux oreilles. » Malheureusement, ce n'est jamais aux oreilles qu'on s'en prend, et il y a tant M choses à craindre dans Paris pour un jeune bonime! Après tout, la confiance ne se commande P'is, on n'est pas mère pour rien. somiE. — Faut-il débarrasser la table? maihmk mois. — Je crois liien, el tout de suite encore; enlève-moi tout ça ; s'il m'arrivait quelqu'un , je serais désespérée que l'on me surprit dans un fouillis pareil... Je m'en vas passer une robe. Ne larde pas à revenir, n'est-ce pas? somiE. — Non, madame. ■ttilti mois, se refltirtlant ilan* une f/laee. GÀLBRIB d'originaux. — Comme je suis f«iile! ma robe n'est seulement pus agrafée; jusqu'à mou bonnet qui ne me lient pas sur la léte ! Je suis toute nue. (Elle sort.) SCÈNE II. SOPHIE, seule. Pauvre femme ! si aussi bien elle venait jamais à apprendre que son chérubin n'est pas rentré, et le commerce qu'il fait depuis près de deux mois, c'est pour le coup qu'elle la serait, malheureuse! Du reste, je suis bien comme elle; si je viens jamais à avoir un enfant, j'aimerais cent fois mieux une fille! à moins que mon garçon, si c'en était un, ne soye un monstre; car, pour être aussi joli que celui-ci et ne pas plus en jouir qu'on n'en jouit, merci, c'est pas la peine. (On entend parler dans lu pièce voisine.) Bon ! voilà le restant de nos écus. SCÈNE III. SOV\]\V,?YïO\S,poussanidevantluiV.l]lCMM- piTois. — Allons, Guicbard, allons donc! MHCMM. — Non, vraiment, mon ami, je le jure que je crains d'être indiscret. LES TROMPETTES. mon. — Toi, indiscret ? Laltte-doM Maquille, jamais de la vie. «iiciurd. — Mais songe donc un peu, me pre- senler devant une dame, à l'heure qu'il esl. pitois. — Bah ! si ce n'est que ça, il y a longtemps que toute la maison est sur pied ; demande Ptalôl à Sophie. Uraii. — Oli! ça, oui, j'ai eu le temps de réunir du marché. mois. — Ce lion C.uieliard! que je suis donc content de le revoir! un ami de trente ansl uuiciAUé — Au moins. pitois. — Ma foi, tu as raison ; quand nous fl "ies connaissance, j'arrivais à Paris. Nous ne "OUI doutions guère alors de ce que nous serions "n jour. G nuHAiu>. — Je m'e n suis toujours à peu près «louié. mois. — Pas moi. guichaui). — Dis donc, Pitois? pitois. — Mon ami? GiiciuRo. — Tu m'as Tait espérer que je pour- ' Présenter mes hommages à la femme... pitois. — En,; vient dans l'instant. Sophie, lu 'liras ancien 'lue je lui amène à déjeuner un de ses s adorateurs. loUant Guichard. -Qui ça? monsieur.' 10 GALERIE D'ORIGINAUX. (iticiiAKD. — Si vous voulez bien le permettre. Décidément, mon ami, je le demanderai la permission... FIT019. — El, moi, je le demande dix minutes, pas davantage. glichaku. — Sans cérémonie, en vérité, je ne le puis. pitois. — Mais pourquoi? i.. n.ii lui. — L'heure avance, mon bureau nie réclame. pitois. — Je n'y pensais plus; lu l'as donc toujours, ion bureau? BCICIAU. — Toujours, Dieu merci! iïtois. — Et tu ne gagnes pas grand'cliose là- bas, n'est-il pas vrai, mon pauvre garçon? cuiciiAUD. — Pas grand'cliose, non, mon ami. pitois. — Je sais bien, moi, que je n'aurai* jamais voulu de place. J'aime trop ma liberti* pour en. uticuARi). — Si j'eusse été à même de choisir, peut-être bien aussi aur.iis-jc préféré autre chose. pitois. — Je te crois sans peine. (A SopMf>r Tu rangeras tout ça tantôt; fais-nous déjeuner le plus tôt possible. GiiicHARD. — Je t'assure, Pitois, que c'est m contrarier beaucoup que de l'obstiner à vouloir (i" L je reste. LES TROMPETTES. loi pitois. — Laisse-moi faire, ne t'inquiète île rien. Sophie. — Lt nom de monsieur? mois. — Voilà que tu ne te souviens déjà plus de ce que Je l';ii dit! Que viens-je de te dire? MHIB. — Vous m'avez dit un ancien udora- Mw de madame. pitois. — Tu n'as pas besoin d'autre chose. [Sophie sort en ricanant au nez de lluichurd.) SCÈNE IV. PITOIS, GU1CHAIU). GiiiuuRD. — Elle a l'air fort à son aise, cette demoiselle; elle mange dans la main. i'itois. — Elle a de l'esprit comme un démon, nous l'aimons beaucoup. Mais ne reste donc pas ainsi plamé devant celle croisée, comme un terme. «Vicia», — Si j'élais certain que la remnic ne *'»t pas bientôt... pitois. — Voyons, prends une chaise, fais connue ehei toi. lionne-moi ton parapluie. guciurd. — Non, vraiment, Pitois, lu n'es pas r *lwnnaUe,., pitois. — Pose là ton chapeau. BCICBX». — J'af imil heures moins un quart. pitois. — Tu avances. Elle sera fi eonlcntc de 1M i, \ I l I;! I n'OHIGINAUX. te revoir, madame Pilois ! si heureuse! elle va rire comme une folle. GUiciuRD. — Il parail qu'elle esl toujours fort gaie? pitois. — Toujours, mon pauvre ami, toujours excellente. Tu nous trouveras ce que nous étions autrefois, toujours les mêmes; la fortune ne nous a pas changés ; nous revoyons toujours avec plaisir nos anciennes connaissances. bdicuu. — Vous ne les voyez pas souvent? pitois. — Pas autant que nous le voudrions, c'est vrai. Que diable! il faut bien aussi faire un peu la part des circonstances. Nous avons chacun nos affaires. Ce Paris est si grand! on y est si occupé ! les journées y sont si courtes ! Soy<* seulement quinze jours sans vous voir, impossible de vous retrouver. C'est là ce qui nous est arrivé, mon pauvre C.uichard; lu n'es plus venu, nous avons été des siècles sans entendre parler les uns des autres. GUiciuHU. — Décidément, je préfère revenir- pitois. — Tu ne t'en iras pas, ou nous nous brouillerons à jamais. QtJtcBAM. — Non, vraiment, Pitois... pitois. — Ce n'est pas un quart d'heure de p' uS ou de moins... GUiciuRD. — Si fait, en administration.- LES TROMPETTES. m mois. — Allons donc, lu ne nie feras jamais croire ça. Je ne suis plus ce que je voulais le dire... m'y voilà. Tu as dû, néanmoins, cire bien étonné lorsque je l'ai appris le chemin qu'avait fail mon lils? criciURD. — Je l'avouerai que îion-sculemenl j'en suis enchanté, mais qu'encore je le trouve dans une très-jol|e position. ïitois. — Dis donc supcrlic! lu es bon là, avec ta jolie position ; dis donc magnifique ! gciciiard. — C'est comme lu voudras. rnois. — A son âge surtout! mais c'est la plus belle passe dans laquelle se soit jamais trouvé un j«nne homme. Vois donc un peu quel avenir va se dérouler devant lui, quelle brillanie carrière il va parcourir! Avocat! goichard. — Le voilà parti. pitois. — Fils unique! de la fortune! une éducation admirable ! Il faut dire aussi que sa mère et Woi n'avons reculé devant aucun sacrifice : nous "'avons pas ça {il appuie l'ongle du pouce sur l'extrémité de la mâchoire supérieure et le relire aussitôt.) ;'i nous reprocher. (ii it:H*Ri). — Je le sais, mon ami, je le sais; tu ni 'as déjà rail l'honneur de me le dire. îMTois. — Tu as raison, C.uichard, je ne fais là lue te répéter ce que tu sais déjà. Pardonne à ton Vle il ami; mcls-loi un instant à sa place. C'est un ISI GALERIE U'ORIGINAIX. besoin pour lui de faire part à quelqu'un de son bonheur; son cœur est plein, vois-lu, il déborde ! Le Ml est que, depuis quatre heures que je suis levé, si je n'ai pas été dans vingt ma,sons, au moins, je n'en ai visité aucune. Gi'icfURb. — Tu n'as pas dû rencontrer grand monde à cette heure-là? pitois. — Pas un cliat. Tous au lit, les paresseux ! Tu me croiras si tu veux; mais, depuis hier, il m'aété de toute impossibilité de rester cinq minutes en place. Je suis sûr que, de toule la nuit, je n'ai pas fermé l'œil. J'ai les nerfs dans une agitation horrible. Je ne pourrais pas, je suis sûr, tenir une plume sur ma tète; c'est au point que ce malin, en faisant mes courses, j'avais été mon chapeau; il pesait cent vingt livres. El, lorsque, je l'ai rencontré, je croyais l'avoir encore à la main : je venais de le perdre ; pas moyen de me rappeler où je l'ai laissé ! gi'ichari). — Si tu prenais un bain. pitois. — Ah bien, oui, j'ai bien le temps. kuicimru. — Ça ne te ferait peut-être pas de mal : un bain calme; un bain ou des sangsues. riTOU. — Après tout, je ne fais là que ce que ferait loul autre père à ma place. Quel est celui qui, comme moi, ne se trouverait à l'apogée du bonheur s'il possédait un fils comme c'lui-là- LES TROMPETTES. Quand je viens à passer en revue loules ses connaissances, je ne sais en vérité, si je dors ou si je suis éveillé. Tout ce qu'il y a de mieux dans Paris, 'es premières maisons ! El ça, je me l'explique parfaitement. Il est si doux, si bon, si prévenant, que e'est à qui nous l'arraeliera ; aussi sommes-nous des journées entières sans le voir, et cela n'est pas étonnant, un avocat ! Gticmno. — Il me semble, cependant... i'itois. — Cela ne doit pas du tout le sembler étonnant, mon ami, et je vais t'en donner une preuve. «nc.HARD. — Je le veux bien, mais dépêcbe-toi. I'itois. — Hier, ma femme et moi, nous aurions désiré l'avoir à diner; il venait d'être reçu avocat à la cour royale, de Paris; tu conçois, on aime, ecs Jours-là, a se trouver en famille; nous n'avons nue lui d'enfant, ça nous aurait vraiment fait plaisir. guicihri). — A-t-il daigné accepter? •"itois. — Nous nous sommes bien gardés de lui Cl > faire seulement la proposition. GtJicHARn. — Vous ne pouvez pas facilement Approcher. I'itois. — Ce n'est pas ça ; mais il lui eût été de "Mite impossibilité de s'y rendre; tu juges, il avait Mol-être cent invitations pour une. 156 GALBRIE ii'OMGINAUX. gvicharu. — Oh ! alors, je comprends que sa famille... pitois. — Enfin, c'est à ne pas croire : nous avons rassemblé pour demain une trentaine de personnes environ, nous voudrions organiser une espèec de petite fête a l'occasion de l'heureux événement qui vient de lui arriver; eh bien , nous en sommes encore à savoir si nous aurons le honliciir de le posséder; sa mère l'es père Je n'y compte pas. evtOUM, tirant ta montre. — Neuf heures moins un quart, I'ilois. i'itois. —Tu dois voir, d'après cela,que, si, dès à présent, il est déjà tant aimé, que sera-ce donc, quand une fois il sera en position d'Obliger tout le monde ! Aussi, mon pauvre Guiehard, lu peux être Util tranquille, les amis de son père ne seront pas oubliés. Hicuit, — J'en suis bien persuadé, mais je l'en remercie. riTois. — Toi, mon vieux camarade? GUCHARn. - Qu'il n'use pas son crédit, je n'ai besoin de rien. pitois. — Tu as beau dire, nous n'en ferons pas moins notre devoir. Comme je te disais, le voila en passe d'occuper les premiers emplois; d'un moment à l'autre, n'esl-il pas à la veille de faire un très-beau mariage ? LES THOMPETTES. 157 guichard. — Ali! oui-da ! pitois. — Ce n'est encore qu'une supposition, n >ais enfin eela peut arriver. Il y l déjà long- lemps, n'est-ce pas, que lu ne l'as vu? guc.iiard. — Mais oui, une douzaine d'années environ. pitois. — Tu ne le reconnaîtrais pas; il est change,c'est une cliose extraordinaire! Figure-loi, tribord, la tète de plus que moi. guichard. — En vérité? pitois. — El gros à proportion. Gt'iciiARn.— Ce doit cire un bien bel homme. PITOU, — Admirable, mon pauvre ami, aduii- Hbl« ! Ta as rarement vu un plus beau député. •■i iuiard. — Est-ce que déjà...? Pardon, mon anii, si je me permets... pitois. — Ou ne sait pas ce qui peut arriver; Pourtant, je l'avouerai... ceci doit rester entre nous, Guicbard... giiuiard. — J'entends bien. Ali! il est question...•> Je t'en tais mon compliment ; et dans quel •^•parlement? pitois.— Tu n'y penses pas! comment voudrais- tu «n'à son âge...? gughard. — Je ne sais pas, moi! avec loi, les "Venemenu se succèdent d'une manière si rapide, •lue déjà je le voyais à la Cbanibrc. 158 GALERIE D'ORIGINAUX. i'itois. — Tu n'y os pas du tout ; je voulais seulement le dire, mon pauvre ami, au sujet de la dé- pulaiion, que souvent j'y avais pensé. GUICHARD. — Polir loi ? pitois. — Pour Napoléon. ciiiciiARD. — J'y suis à présent : continue. Eh bien? pitois. — Cela ne peut lui manquer : vois après cela tous nos gensen place ; tous n'onl-ils pas commencé par être de petits avocats, puis députés? et, une fois à la Cliamlire, à l'aide de quelques petites concessions, de certaines complaisances, il n'y a plus que la main, tu le sais, pour devenir préfet, receveur général, pair de France, ministre, tout ce que vous voulez, et je te prie de croire que mon garçon n'est pas plus liëteque tout ce monde-là. guichard. — Je ne dis pas le contraire; mais pardon, mon ami, si je t'interromps encore... pitois. — Tu ne m'as pas compris? oiiicH vrd. — Si rail, parfaitement : mais il commence a se faire lard... et je craindrais... pitois. — Dis-moi, Guichard, lu m'y fais penser, tu pourrais me rendre un service. guiciuri). — Moi! et lequel? Ah çàt lu plaisantes, n'est-ce pas? pitois. — Du tout ; un très-grand service, parole d'honneur. LES TROMPETTES. 189 GtilCHAHD. — Songe donc un peu, mon cher, 'lue de ma vie je n'ai eu l'ombre de crédit. mois. — Ce n'est point une raison. guichari). — Si encore tu me disais de quelle nature serait ce service, ce qu'il faut faire, ce dont 11 s'agit; tu es là à rouler de gros jeux... pitois. — Es-lu bien vu dans ton bureau? GincHAiw. — Je le crois. pitois. — Je te demande si tu es bien avec tout le monde? QCICBAKD.—Je ne crois être niai avec personne. mois. — Dans vos administrations; vous devez nécessairement avoir affaire à beaucoup de monde? •ii'iuiARD. — Oui, sans doute; mais où veux-tu en \vnir? pitois. —Tu vas le savoir. Si, de temps en temps, S| ms pour cela avoir l'air d'y mettre la moindre intention, tu glissais adroitement, et comme par MUrd, un petit mot au sujet de mon (ils, je crois Que cela ne ferait pas mal; qu'en dis-tu? Guiciuitn. — Je n'y suis pas du lout. pitois. — C'est que lu y mets de la mauvaise Volonté. BVtCliu, — Pas le moins du monde, je l'assure. ; pitois — Rien de plus simple. Prêle-moi, je 1 ' " Prie, toute ton attention. Tu amènerais, par m GALERIE D'ORIGINAUX. exemple, la cou versa lion sur la supériorité bien et dûment établie du barreau français, — je te dis ça en gros,—ce qui t'amène tout naturellement à faire l'éloge d'un jeune nomme dont tu as entendu dire le plus grand bien, de M. Napoléon Pilois, sans pour cela le nommer, un jeune avocat, ardent, impétueux, l'espoir et l'avenir de la cour royale de Paris! une organisation à pari, un de ces êtres privilégiés,deecs météores qui apparaissentde loin en loin pour éclairer leur siècle! je ne sais pas, mol ; tout ce que lu voudras; voilà seulement le canevas, c'est à toi maintenant à broder là-dessus. Tu n'es pas maladroit, vois à (n'arranger tout ça pour le mieux ; ce n'esl pas à moi, son père, qu'il convient de faire son éloge. GmciuRn. — Tu t'en acquittes pourtant assez joliment. Écoule, Pilois. riTois. — Mon ami? gcichard. — Permets-moi une observation, une seule. mon. — Il paraît que je ne me suis pas encore bien expliqué. ocicHAHD. — Si fait, parfaitement; mon observation n'en subsiste pas moins. Comment veux-tu que les gens auxquels je ferai l'éloge de toi) fils puissent Jamais deviner de qui je veux parler si je ne le leur nomme pas? LES TROMPETTES. MTOtg, — Comment? uiichard. — Oui; ne n'H-ta pas tlil tle ne ras le leur nommer? UTois. — Cela ne me regarde plus, c'est maintenant ton affaire... «uiciiard. — Décidément, mon cher ami, lu n'y es plus, lu bals la campagne; lu viens là me charger d'une commission... i'itois. — Craindrais-tu, Guiehard, que le service que je réclame de Ion amitié ne Tut de nature à l e compromettre? GuiuuuD. — .le ne dis pas, quoique souvent en administration on ail vu des choses si singulières... pitois.— Eh! que diable! mon cher, cela se ren- eonire tous les jours ! ne voyons-nous pas à chaque instant, aflichés à chaque coin de rue, de carrefour, dans les cafés, dans lous les journaux enfin, (, es individus qui viennent de je ne sais où, et dont les noms linissenl, à la longue, par nous devenir aussi familiers que s'ils étaient nos amis ou n °s parents? C'est l'histoire du Paraguay-Iloux, Wl cols-Oudinot, et de je ne sais quelles inventions merveilleuses encore, qui ont valu à leurs fleurs des cent cinquante à trois cent mille livres 4« rentê. '•t ichard. — ,1c ne dis pas non; mais peut-être a «ssi MM. Paraguay et Oudinot... 16-2 GALBR1E D'ORIGINAUX. pitois. — De deux choses l'une : le veux-tu ou ne le veux-tu pus? giicharo. — Je me trouve bien embarrasse - . mot*. — C'est oui ou non. BEICIAM. — Tu voudrais donc que je fisse...? i'itois. — Ce que nous appelons l'article. i.uuuki). — Je crois que j'y suis; n'esl-ce pas aussi ce que l'on appelle sonner la trompette? pitois. — Si lu t'aimes mieux ; eli bien? (;i idURD. — Je t'avouerai franchement que je suis un peu neuf dans celle partie-là, et je craindrais forl de faire quelque sottise, quelque lourde gaucherie; écoute, I'itois, je me connais. pitois. —Ainsi, tu me refuses? laiiciiAnu. — Non, mon ami, je ne le refuse pas, bien loin de là! tu es à me pousser l'épée dans les reins ; donne-moi le lemps de respirer... pitois. — Il me semble pourtant entendre ce que parler veut dire. miClAH. — Je ne le refuse pus. Je ne désire rien tant, au contraire, que de pouvoir l'être agréable; mais c'est qu'en vérilé, avec la meilleure volonté du momie, ce que lu proposes ne nie parait pas praticable. mois. — N'en parlons plus. BCIClAM. — Tu ne veux pas m'enlendre. pitois. — Qu'il n'en soit plus question. Vrtr LES TROMPETTES. nient, mon pauvre Cuiehard, je suis forcé d'en convenir, lu as élé et lu seras toujours... uncttw. — Lu pauvre homme, n'est-ce pas? «Ton. — Ai-je tort? De ta vie lu n'as voulu faire comme tout le monde; j'ai eu beau le corner aux oreilles : « Mais remue-toi donc, sors donc une fois de ta coquille, prends donc un parti! » lout comme si je n'eusse rien fait. Non, lu as mieux aimé rester dans ton coin comme un loup, (Ju'en e st-il résulté? que tous les camarades l'ont passé sur le corps; et c'esl bien fait, tu n'as eu là que le Prix de tel œuvres. KOiCHABl. — Que ne prends-tu un hàlon pour 'ne prouver que j'ai eu lorl? pitois. — Non, niais t'est la vérité. Tu te "Wrei, mon pauvre garçon, que l'on va venir te trouver 1 Je t'en moque! Crois lu donc bonnemenl lue, si ma femme ri moi ne nous étions pas donné auianl de mal, que si nous n'avions pas remué ciel e ' terre, nous serions où nous en sommes? Car, Clin, nous ne faisons pas les 11ers, nous avons commencé comme loi, comme tant d'autres; nous 11 avions pas le premier son, et nous voilà, grâce a" ciel, à l'heure qu'il est, fort au-dessus de nos affaires; ce qui ne nous a pas empêchés de donner a notre fils une éducation royale, qui aujourd'hui 104 GALERIE D'ORIGINAUX. le met à même tic s'élever aux premières dignités de l'Élit. QtJicHARD.—Je le lui soiilmile de tout mon coeur. pitois. — Je ne dis pal que cela lui arrive... demain, par exemple. guichakm. — Je le crois aussi. pitois. — Mais plus lard, dans trois ou quatre ans, tout au plus peut-être : ce n'est pas la peine d'en parler. Je le vois venir : lu diras à cela ce que disent de nous Lien des gens... GViciiARi). — Je ne dirai rien. pitois. — n Ces Pilota oni bien du bonheur ! » Nous en avons eu, c'est vrai, je n'en disconviens pas ; mais toujours est-il qu'il ne nous est pas tombé du ciel, ce bonheur, qu'il nous a fallu l'aller chercher; cl, pour le trouver, nous nous sommes donné terriblement de mal, ma pauvre femme et moi, terriblementeil le mol! guiuiard. — Tu es là à suer sang et eau, et pourquoi, je le le demande, dans quel but? pitois, se montant par degrés.—La belle chose que vos administrations ! l'admirable perspective! Si vous avez le malheur de déplaire il celui-ci, supprimé! Votre place convient-elle à celui-la, le frère, le beau-frère, le cousin de je ne sais qui, supprimé! Mais ce doil être un supplice, un tourment de tous les jours, de tous les instants, de LES TROMPETTES. 165 toutes les minutes, un purgatoire, un enfer! Tiens, ^'ois-tu bien, Gulehard, si aujourd'hui pour demain, ceci n'est encore qu'une supposition... gijiciurd. — Comme le mariage de tantôt? mois. — Mon fils serait à la veille d'être nommé... secrétaire gémirai d'un ministère, que je l'en voudrais pas. «uichard. — Tu aurais peut-être tort. p iTois, appuyant sur les premières syllabes. "—Je... n'en... voudrais pas, je te le jure sur l'hon- "ïur, sur ce que j'ai de plus cher au monde. Qu'est- ce > au bout du compte , qu'un secrétaire général ? flu'est-ce que cela signifie? où cela mènc-t-il? (Saisissant avec force le bras de son ami.) Tu me connais, Gulehard t •Blcuuu, faisant la grimace. — Très-bien; ni!lis , prends garde, tu vas me briser le bras. mots. — Tu sais si j'aime Napoléon? (// le Pousse loin de lui en lui lâchant le bras.) BtHCEiUi avec humeur. — Oui, oui, cent fois 0U| ... Est-ce une raison pour m'estropier t mois, d'un ton solennel—VA\ bien, aussi vrai 1 u e je m'appelle Titois, de mon nom, vois-tu... «Hauts, se frottant le bras. — .le suis sûr 1 U| ! j'en porte la inarque. mois. — Aussi vrai que je m'appelle Pitois de *Oi nom... 11 106 GALERIE D'ORIGINAUX. guichari). — J'entends bien, I'itois de ton nom. pitois. — SI de sa vie mon lils acceptait jamais une place, une dignité, n'Importa quoi, qui ne fût pas en harmonie avec mes principes, ce serait bientôt fait. GciciuR». — El que ferais-tu ? mois.—Ce que je ferais? (tes deux i/eux braqués sur Guichnrd.) Ce que je ferais? Tu me le demandes ! GBICHaba, — Il me semble qu'il n'y a pus là d'indiscrétion. i'itois. — Tu ne sais donc pas ce dont je suis capable? GDiciiARi), effrayé. — Mais tu me fais trembler, Dieu me pardonne; lu es atroce! (Il se lève et se place derrière sa chaise.) • pitois.— Tu vas le savoir. J'ai de l'énergie, moi, une grande force de volonté, vois-tu. — Eli bien, si mon fils se roidissait jamais contre mes volontés, je le mettrai! sous mes pieds. (Guichard recule toujours et, à la fin de la phrase, il $ e trouve à l'extrémité de la salle.) Je ne le rever- rais de ma vie; je planterais là femme, enfa»', maison, tout le bataclan; Je m'expatrierais s'il le fallait; voilà ce qui! je ferais! gcichard, à part, dans le coin de Vapparlt- mcnl. — Décidément, il est fou. LES TROMPETTES. 167 pitois. — J'irais au bout du monde, en Amérique, aux Etats-Unis, n'importe où... {Enprononçant les derniers mots, ses forces épuisées l'abandonnent : il tombe la tête à la renverse suite dossier de sa chaise; une sueur froide inonde son front et se répand sur son visage; ses paupières se ferment à la clarté du jour.) oiicHARu, éperdu, courant d'un bout à l'autre de la salle. — Oh ! mon Dieu ! que faire? que devenir? Et pas une malheureuse goutte d'eau! Si rappelle à mon secours, sa pauvre femme va être ■M abois... Pitois !... Kt l'heure de mon bureau!... l'itois!... Je ne me suis jamais trouve à pareille fêle... {En furetant de tous côtés, il parvient à découvrir une carafe.) Dieu soit loué! Attends, attends, mon ami. (// lance l'eau de la carafe à la fitiure de l'itois.) Ma foi, j'en suis bien fâché> ■-dvienne que pourra. (Rapprochant de son ami.) I-h bien ? mois, enlr'ouvranl la paupière cl d'une voix éteinte. — Merci, Guichard, bien obligé. «uicharu. — Comment le trouves-tu? pitois. — Merci, pauvre ami, beaucoup mieux. ouicHARu.—Ton col ne serait-il pas trop serré? mois. — Non, mon ami. Wiouu, — Pourquoi aussi l'aller mettre dans de s états pareils? 168 GALERIE D'ORIGINAUX. mon, revenant peu à peu de sa faiblesse. — Je ne l'en veux pas, pauvre ami. guicharu. - Je le crois. I'itois. — C'esl bien un peu ta faille. aoiCBÂRD. — Par exemple 1 pitois. — Tu es cause de la sotlisc que je viens de Taire. giicuari). — Allons donc ! pitois. — Tu es là depuis deux heures à me tenir tèle. GUicHARU. — Moi?... Mais dis donc, plulûl, au contraire, que, si j'ai un tort à me reprocher, c'est de ne pas l'avoir fait. M'as-lu seulement donné le temps de placer un mot, un seul? PROII. — Ne vas ta pas remporter à ton lOUTÎ guichard. — Non , niais c'est que tu n'as lias non plus le sens commun, passe-moi l'expression. pitois. —Calme-toi, Guichard, je t'en prie; tu m'entres dans les oreilles. GuiciiAun. — Il me semblait pourtant t'avoir donné d'assez, grandes preuves de patience! i'itois. — Je t'en remercie. Voyons..., donne- moi la main... Je me sens beaucoup mieux. gi'icharii. — Je n'ai besoin de rien, je n'ai de ma vie rien demandé à personne, Dieu merci ! pitois. — Il ne s'agit pas de cela ; te voila a cent lieues de la question... Jet'ai demandé la main- LES TROMPETTES. 109 gi'iciurd, lui donnant la main. — Qu'à cela ne tienne. hton. — A la bonne lieure. giichard. — Si j'étais en étal de rendre service, personne au monde... rixois. — EMOnt guiciurd. — Comme lu n'es pas plus que moi en état de déjeuner... imtois. — Queveux-lu faire? BVlCRiU, gagnant la porte. — Te demander la Permission... pitois. — Un moment, Guicbard, que diable! onicHARD, même jeu. — Impossible, cber ami; et l'beure de mon bureau 1 Bien le bonjour. pitois. — Où vas-tu? r >iitnARn. — Tu voudras bien être mon interprète auprès de madame Pitois. (// saisit le bouton delà porte, qui s'ouvre précipitamment.) SCÈNE V. LES MÊMES, SOPHIE. Richard. — Mon Dieu! mademoiselle, vous 8Vet failli me renverser. sophib. — Dame, je ne vous savais pas derrière 18 Porte, mol. I7il GALERIE D'ORIGINAUX. pitois. — Elle ne l'i pas fait avec inlenlion. .......»n>. — Je veux bien le croire; mon chapeau n'en esl pas moins défoncé du choc qu'il a reçu. pitois. — Et la maîtresse va-t-clle venir à M fin? sopiiik. — Non, monsieur. pitois. — Comment, non ? cuiciuri), promenant son chapeau dans ses deux mains. — \a troisième fois que je le mettais. pitois. — Et pourquoi ne viendrait-elle pas? Sophie. — Puisqu'elle est dans sa eliamlire qui déjeune avec, madame Fenouillot. GiicnARi). — Alors je puis donc... (U gagne I' 1 porte de nouveau.) pitois, — I n moment, Je le prie, cher ami ; cela demande explication. sophie. — Il n'y a pas d'explicalion à avoir, puisqu'on vous dit que madame m'a dit de vous dire qu'elle n'était pas visible, et que, si vous ne montiez pas, que votre déjeuner allait refroidir. giiiciiard. — Tu vois donc bien___ pitois. — Elle n'a pas pu dire ça, je suis certain qu'il y a un malentendu. sophie. — Je dis ce qu'on m'a dil, moi. BinciAU. — Je l'assure que, si ce n'était l'accident arrivé à mon chapeau... LES TftOMPF.TTES. 171 sophie. — Monsieur va-t-il déjeuner? guichari). — Que ce ne soit pas moi qui te retienne. pitois. — .le vais le laisser seul; lu ne m'en Veux pas. pauvre ami? guchard. — Celte fois, le pauvre ami va le souhaiter le bonjour. imtois. — Te voilà fâché contre moi, je vois ça «ans les yeux. uuiciurd. — Pas du tout, au contraire, je l'en donne ma parole. Adieu, Pitois. (Pendant ce tempt, Sophie esl allée s'asseoir au fond de la salle.) pitois. — A bientôt, tu me le promets? oeichard.— Certainement! (A pari.) Cela n'engage à rien. riTois. — Donne-moi un jour, que nous dînions ensemble. gmcharii. — Nous verrons. Ali çà! j'espère que 111 ne vas pas te déranger? pitois. — Laisse-moi l'accompagner. cuiciurd. —.le m'y oppose formellement. pitois. — Tu badines. wichard. —. Pas de cérémonies, je l'en prie. pitois. — Je suis vraiment désolé, eberami, «« malentendu qui me prive... gihcrard. — Indique-moi seulement par où je «ois sortir. \n CALEBIK ll'ORini.WUX. pitois. — Par ici. {Guichard sort le premier, Pitois reste à la porte.) Là, clans l'antlchlffl* bre. Ouvre la seconde porte à gauche... bien! lu trouveras l'escalier; t'y voilà!... A bientôt, au revoir. gi'ichard, sortant (le la maison, remettant son chapeau sur sa tête, et tirant sa montre. — Dix heures passées ! dix heures trente-cinq ! el mon chapeau perdu ! Tonnerre de ïïrcsll (Lançant Un regard furieux sur lu maison.) Que le diable t'emporte, maudit Pitois, et ta femme, ton Napoléon et loule la maison ! (Il se sauve à toutes jambes.) SCÈNE VI. PITOIS, SOPHIE, toujours sur sa chaise, les bras croisés, les jambes allongées. pitois. — Il faut convenir, Sophie, quevousôlcs encore bien de votre village. sophie. — Comment ça ? pitois. — Aller faire une semblable sottise! sopiiie. — Est-ce que je savais, moi? pitois. — Heureusement encore que c'est tombe' sur celui-là, un ancien camarade à moi, un pauvre diable! ça ne lire pas à conséquence; mais juge?. LES TROMPETTES. 173 «n peu, si pareille chose fût IrHVée à quelqu'un Pour mon fils. soi'hik. — Eh bien? riTois. — Eh bien, quoi? soniiK. — ,1e ne l'aurais pas fait ; est-ce que je n e connais pas mon monde ! pi rois. — A la bonne heure; mais ce n'est malheureusement pas la première rois que cela vous arrive, chère amie. ■ontn, les yeux en l'air. — Ah! mon Dieu! mon Dleul mois. — Quoi? que signifie cette exclamation? V* que je dis n'est peut-être pas vrai? Que veulent dire ces mouvements d'épaulcs-là? soniiK. — Rien. pitois. — Mais si fait; ne vas-tu pas homler, a Présent, parce que je me suis permis une petite ol>- •WWIo« ; si l'on ne peut plus rien dire, alors c'est différent, je ne dirai plus rien. soi'iiiiî. — Je crois bien, vous êtes toujours à Ne brusquer; vous ne pensez jamais qu'à nie gronder. riTo\s. — Je ne t'ai grondée ni brusquée; il ne faut pas dire ça. Nous avons une bien mauvaise ma chère amie; il faut en convenir. sophik. — C'est pas ma faute; on ne se refait Pas. La vôtre est peut-être lionne aussi? m GALERIE D'ORIGINAUX. mtoh. — Voyons, je n'aime pas les bouderie s ; voyons, faisons la paix; il n'y a pas dans tout cela de quoi fouetter un chat. Eli bien, m'en veut-on toujours? Sophie. — Non ; niais c'est que c'est vrai, comme si vous n'en faisiez pas vous-même, des bêtises! pitois. — En voilà assez, n'en parlons pas davantage; qu'il n'en soit plus question, mauvais sujet. soraii. — Qu'est-ce que vous avez donc encore fait, que vous voilà tout mouillé? pitois. — Tu trouves? sophie. — On vous a donc jeté un seau à la II' gure? pitois. — Ce n'est rien : j'ai voulu Loire un verre d'eau rougie, je me le suis versé sur mon gilet. Sophie. —Vous ne pouvez pas rester comme ça- pitois. — Tu crois? Sophie. — Parbleu! il faut vous changer. Je vas vous donner une cravate et un gilet. (Ell c sort.) pitois. — Là, dans ma ehamhre, à côté, tu trOO" veras tout cela. [Olanl son habit.) Tu m'apporteras en même temps mon petit miroir. Sophie , dans la pièce voisine. — Le petit n"' roir de votre nécessaire 1 LES TROMPETTES. mois. — Oui, chère amie. Je n'y pensais plus, "M; ce bêla de Guicliard m'a vraiment inondé. (Visitant les effets qu'il vient de quitter.) Ali !... "h !•.. ah!... dans quel état il m'a mis ! Tout trempé ! c'est à tordre. MMil, rentrant. — Tenez, tout ce que vous n'avez demandé. Grognorez-vous encore après mol? imtois. — Pose tout cela sur la chaise. Bien obligé. Dis-moi, Sophie? ■Wni. — Qu'estai qu'il y a encore? nto». — Est-il levé, Napoléon? *o»hi«.— J'en sais rien ; madame a défendu aux bonnes d'aller dans sa chamhre. pitois. — Elle n'a peut-être pas torl. soi'hik. — Vous croyez que tout le monde est connue vous? mois. — Bon ! une pierre dans mon jardin. sophik. — C'est vrai, ça ; vous dites toujours des cn oses qui n'ont ni queue ni tête. pitois. — Il y a cent à parier que le coquin n'est Pas rentré. Mm», — Ça lui arrive plus souvent qu'à son tour. I'itois. — N'en dis rien toujours a sa mère. Sophie. — N'y a pas de danger. pitois. — Dame, après tout, faut hien que jeu- GALERIE D'ORIGINAUX. nesse se passe; et tant qu'il nous reviendra avec ses deux oreilles... sophiiî. —■ Et votre cravate, est-ce que vous n'allez pas la mettre aujourd'hui ? pitois. — Tu as raison, je n'y pensais plus. Sais- tu que tu me donnes des distractions? sophie. —C'est bon, c'est bon; dépêchez-vbirt» que madame va arriver, pas de bêtises. pitois. — CommentI ce drôle de Napoléon se permettrait...? Sophie. — Qu'est-ce qiie vous voulez! bon ehieB cliasse de race. pitois. — C'est une personnalité, ça, friponne! (Il lui prend la taille, i Sophie, se déboutait. — Laissez-moi, voyons» pas de bêtisesI laissez-moi, ou je jette vot' faux toupet par terre. pitois. — Tu as toujours de lionnes grosses joues, ma commère. sophiiî. — Voulez-vous vous taire, gros polisson! voulez-vous bien vous taire! Non, vraiment... Tenez, voyez-vous , j'en étais sûre... M*" dame qui vient, je l'entends... Vous voilà W" avancé, n'est-ce pas? Hum! vieux scélérat, va! LES TROMPETTES. 177 SCÈNE VII. LES MÊMES, MADAME PITOIS, MADAME FENOIUXOT. naihmk pitois. — Eh bien, monsieur Pilois, qu'est-ce que cela veul dire, à présent? Vous voila cn chemise! f'Tois. — .le changeais de gilet. Pardon, madame Fcnotiillol, si je vous reçois ainsi. m wumk pitois. — El devant Sophie, encore... jj e sl bon de vous dire, madame Fenouillot, que Pilois n'a pas assez de sa chambre, ù lui loui S(il| l, pour s'habiller. Ah! mon Dieu! il ira toul aus si bien vous changer de eulolle dans le salon, ■JM la cuisine, dans la salle à manger, de tous les «"■es; ça lui e sl, parbleu! bien égal. MADAMR FENOUILLOT. — Allez, allez, IIMIIC Pi- lois > je suis ce qu'en vaul l'aune ; ils sont bien tous •Wodmit les mêmes. pitois. — Grâce, grâce, mesdames; deux contre Ull > la partie n'est pas égale. ****»! feihol'illot. — Toujours le mot pour nre > ce M. Pii 0 i S ! mtois. — lit ce( t e ,.| l(Te Sllll (é, madame Fe- luuillof? 178 GALERIE D'ORIGINAUX. MADAME FEItOUILLOT. — Comme CJI , VOUS êl« s bien honnête; mon coté nie fuil toujours mal. Si I e n'avilis tenu à venir moi-même vous faire nos compliments, je ne serais pas sortie de la journée- Mais c'est votre avocat que je voudrais emhrasser. madame pitois.— Sophie, allez voir si c'esl qu'il est levé. Sophie. — Oui, madame. {Elle sort.) SCÈNE VIII. PITOIS, MADAME PITOIS, MADAME FENOUILLOT. pitois. — Si j'étais avocat, peut-être bien 'a première fois qu'il est sorti avec son habit "'artillerie, nous sommes allés vous voir; élais-je Sa 'isfaite ou pas? mauame fenoiillot. — Écoutez, sans vouloir Sonner ici plutôt raison à l'un qu'à l'autre, je vous dirai, et ee n'est pas ici pour flaller, que Napo- léo " est nn très-joli cavalier. , pitois. — Nous sommes lous comme ça dans la famille. 180 GALERIE I» ORIGINAUX. madame pitois. — Prends garde, mouleur Pi' lois, tu vas t'écorchcr. Je le conseille de parler. Est-ce que tu devrais jamais ouvrir la bouche quand il s'agit de garde nationale? Au lieu de faire retoucher à ton vilain habit qui bâille du derrière à faire rougir une demoiselle... habami rinouiMiOT. — Ah çà ! voyons, il ne s'agit pas de tout ça, il foui ce matin que j'aille porter la nouvelle chez toutes nos connaissances... Que je n'aille pas faire de sottises, si c'est possible- N'est-ce pas au tribunal royal que Napoléon vient d'être nommé avocat du roi ? pitois. — A la cour royale de Paris. madame pitois. — Monsieur Pitois, si tu écrivais tout ça sur un petit bout de papier? madame i'kkouillot. —Ce n'est pas la peine» je m'en souviendrai bien à présent. madame pitois. —Où allez-vous de ce pas? madame fenoiillot. — J'ai bien en vie de commencer par les liarbot. madame pitois. — Si vous donniez en mô(W temps un coup de pied jusque chez les Brochet ï madame nintiMiOT. — Vous avez raison, il ne m'en coulera pas plus. pitois. — Nous nous mettrons à table à cinq heures, madame Fcnouillot. LES TROMPETTES. 181 ■ m ou; pitois. — N'oublie/. pas que, demain, vous dinez Ici. MADAME FKSOl'lLLOT. — AL ça! vous voulez 800c ni'avoir en pension ? mois. — Vous savez que nous ne demandons Pas mieux; c'est vous qui ne voulez pas. liMM fenouillot. — Toujours tuccliaiit, ce «■ Pitois... Voyons, n'allez-vous pas faire des cérémonies, à présent? Rentrez donc. ■Ubami pitois.— Au revoir, madame I'enouillot. madame fkivolilïjOT. — Sans adieu, manie Pi- 'ois... Restez, monsieur Pitois, je vous en prie. l'iiois. — Ne dites donc rien ! si j'ai quelque chose à vous conter en particulier. madame MHOG1LL0T. — Vous entendez, marne Pitois? madame pitois. — Que voulez-vous que j'y •asse? Les femmes ne meurent pas de chagrin. SCÈNE IX. madame pitois , seule. — J'ai toujours peur 'luaml je l'envoie quelque part, cette bonne ma- dunieFenouiilot, qu'elle ne fasse quelque gauche- C'est une excellente femme, mais elle est quel- quefois d'un bêle à manger du foin... Où est-ce est, ù présent, celte Sophie? N'y a pas 182 GALEfttE Il'oiMCINAUX. moyen d'en jouir nujuurd'liui. (Appelant.) Sophie!... Êtes-vous là? Sophie , dans la pièce voisine.— Oui, madame SCÈNE X. MADAME PIT01S, SOPHIE. madame pitois. — Où étlei-VOUl donc passée? Je vous cherche partout! lomil. — J'étais en bas. madame pitois. — Où ça , en has? chez le portier? Sophie. — Oui, madame. madame pitois. — Je ne vous conçois pas. Vous savez combien je déleste que vous alliez dans C*tW loge; tout comme si je ne disais rien, vous y & eS toujours fourrée. sopiiie. — C'est vous qui m'y a envoyée. madame pitois. —Mol? sopiiie. — Oui, madame. madami: pitois. — Voilà qui est fort, par exemple! El quand donc? sophie. — Vous m'avez dit vous-même dw* voir si c'est que M. Napoléon était levé. madame pitois. — Et bien, est-ce qu'il couche chez le portier, à présent? l.F.S TltOMPF.TTIÎS. m sopiiiK. — Non, madame; mais, puisque vous défendez aux bonnes d'aller dans sa chambre... madame pitois. — Je ne crois pas être jamais Maniée pour ça. K»raii. — je ne dis pas; mais il a bien fallu que j')' aille, dans la loge, pour le demander. *ai>am8 imtois. —je sais bien que je n'aurai ja- n 'ais le dernier mol avec vous; aussi en ai-je pris " ln n parti. Enfln, loul cela ne me dil pas si mon "Is esi levé. MW1, — Pas encore. madame pitois. — El que dit-on, clie7. le por- jb*i de sa nomination d'avocal à la cour royale de Paris? soriin:. — On est joliment contcnl. allez, madame ! madame pitois. — Flatteuse! Sophie. — Oh ! oui, madame, bien vrai. ■Uda.hi PITOIS. —On l'en a donc parlé? Voyons, conte-moi ça ! Je veux tout savoir. "*«. — Quand je suis entrée chez eux, il y ,v *" beaucoup de inonde; à peine si l'on pouvait s 'y retourner. madame pitois. — Je le crois, c'est si petit ; je *W changer tout ça. Eli bien? Sophie. — J'ai vu (ont de suite de quoi il était GALERIE D'ORIGINAUX. question; car, du plus loin qu'elle m'a vue, la portière, eile m'a dit : « Arrivez donc, Sophie! » MADAÎIB l'ITOIS. — C'CSl cllUrilliUll I Sophie. — « Arrivez donc, il est qucslion ici de quelqu'un de chez vous. » madame pitois. — C'était de Napoléon ? soi'ime. — « De quelqu'un de chez vous, du jeune bomme à madame l'ilois... » madame pitois. — Démon (ils. Bonnes gens! Sophie. — « Du jeune homme i madame , flP vient d'être nommé avocat du roi de la cour do Paris. » madame pitois. —A !a cour royale, c'est bien cela. sopiiie. — Elle en avait les larmes aux yeux. madame pitois. — Pauvre femme! Donne-moi mon mouchoir. sopiiie. — Là, madame , sur la table, a côte 4* vous. madame pitois. —Ulcrci. (Essuyant une lannc.) Ce sont de bonnes gens, ces portiers; ils peuvciil être bien sûrs qu'ils mourront avec nous. sophie. — Monsieur a fait bien des courses ce malin, pas vrai, madame? madame pitois. — Je crois bien, depuis quali'O heures qu'il est levé. LES TROMPETTES. •185 sophii:. — Eli bien, le portier en a peut-être encore plus fait tpie lui, de courses. madame pitois. — Pauvre cher homme! Fais- moi penser, nia tille, quand nous descendrons à la Ci >vc, à leur monter quelques bouteilles de bon vin. Qu'est-ce que j'ai Tait de ma bourse? (Elle retourne Utpoches.) To n'as pas vu ma bourse? soruiK. — Non, madame. madame imtots. — La voilà... Tiens, tu remettras ceci, de ma part, à leur petit bonhomme pour avoir des gâteaux. sorniE. — Merci bien pour lui, madame. MADAME IMTOI9. — A propOS , lu M D'il pas CU- encorc dit quel est ce monsieur qui est venu tantôt? Sophie. — .le ne me rappelle pas son nom; je l'ai Pourtant entendu dire à monsieur; je ne m'en soutiens plus. madame mon. — Qui ça peut-il Btret Sophie. — Monsieur m'a dit, comme ça, de vous dire que c'était un de vos anciens adorateurs. madame pitois. — Qu'est-ce encore que cette NUse-là ! Est-ce que j'ai jamais été adorée? Il n'en f;| il jamais d'autres! Avait-il l'air de connaître mon "' s > ce monsieur? sophie. — Oui, madame; ils en ont parlé avec monsieur. 186 GALERIE D'ORIGINAUX. MADAME l'ITOIS. — A-t-ll |>!II'U bien aiSC (le le S* voir avocat à la cour royale de Paris? sophie. — Oh ! oui, madame, bien content ! madame mois. — Comment était—ilT avait-il l'air gêne avec M. Pilois? sophie. — Pas du tout; monsieur le tutoyait. MADAME PITOIS. — El <|UCllC HlillC IVtIHI ? sophie. — Ma foi, madame, je ne me souviens pas bien; tout ce que je sais, c'est qu'il n'avait pas l'air licureux. madame pitois. — Quelque pauvre diable, encore, qu'il aura connu autrefois, qui sera venu pour des secours. sophie. — Je ne crois pas, madame, car il a uni' place. madame pitois.— Où ça? sophie. — Il ne l'a pas dit, mais c'est un homme de bureau; monsieur lui a même dit : « Qu'est-cû que lu gagnes là-bas, mon pauvre...? » Je ne sais plus son nom... « Pas grand'cliose, n'est-ce pas?» Il a dit : « Oui. » madame pitois. — D'abord, je ne vois pas pourquoi M. Pilois a Clé lui faire celle question devant- vous; il faut toujours qu'il parle à tort et I travers, ce diable d'boniine-là ; il appelle cela de la fran- cbise : moi,je l'appelle autrement. Comment! vous ne vous souvenez p;is de son nom, à ce monsieur. LUS TltOMI'RTTES. 187 soi'iiic. — Si, madame) attende* donc... c'était un nom comme en nier. madame mois. — Taverotef ? aoraii. — Non, madame. madame pitois. — Ne serait-ce pas Polisseur, Par hasard? sopiiiK. — Non, madame... Ah! pardon, je dis que c'était en nier, c'est moi qui se trompe : je voulais dire en ard. madame mois. — En ard ? Sophie. — Oui, madame. madame pitois. — Est-ce que ce serait? Oh! non! ça n'est pas possible-; il se garderait bien de jamais remettre les pieds ici,celui-là; on l'a si bien reçu ! sophie. — Madame ne trouve pas? madame pitois. — N'est-ce pas quelqu'un de très-sec? sophik. — Oui, madame, Irès-maigrc. madame pitois. — J'y suis, c'est ça. Est-ce que serait Guichard? Sophie. — oui, madame, c'est ça. madame pitois. — Où diable M. Pitois l'aura- été déterrer? tcftrj, _ Madame le connaît donc, ce monsieur ? madame pitois. — Si je connais Guichard? Je ne •188 GALERIE D'ORIGINAUX. connais ([ne ça ; pauvre brave lioininc! Que je suis donc fâchée de ne pas l'avoir vu ! SCÈNE XI. LES MÊMES) PITOIS, un paquet de lettres à la main. pitois. — Tenez, Sophie, voilà des lettres pour mon (ils; vous les lui remettre! quand II descendra. Chère amie, je vais déjeuner. madame pitois. — Dis donc, dis donc, monsieur Pilois, nous avons un petit compte à régler ensemble-, rrrois. — Et pourquoi? Ne vas-tu pas me faire on crime, à présent, d'être allé reconduire cette brave madame Fenoulllot? madame pitois. — Il s'agit bien de ça, vraiment! ne dirait-on pas, à vous entendre, que je dessèche de jalousie? que vous ayez jamais été un homme a bonnes fortunes? que c'est i qui vous aura? Lassez donc, mon cher ami, vous me faites pitié! pitois. — Si c'est une querelle d'Allemand, madame l'ilois, qne vous venez me faire là... madame pitois. — Je n'ai que deux mots à vous dire; vous pourrez vous en aller après. Quel •*»» LES TROMPETTES. 189 s'il vous plaît, l'individu que vous m'avez amené lanlôl? imtois. — Eh ! parbleu ! c'est C.uicltard. KMYll, — Vous voyez, madame, vous avez dc- j'usle. madame mois, à Sophie. — Je ne vous parle P a s. {A son mari.) Et comment se fait-il qu'il ait Consenti à remettre les pieds ici? i'itois. — Je l'ai rencontré ce matin, comme je sortais d'une maison dans laquelle je venais de déposer une carie. La tète encore loute remplie de l'événement d'hier, je ne pensais pas a autre chose, '" rsi ine Je me trouve tout à coup lancé dans un Posant que je ne voyais pas. ■UMh mois. — Toujours comme un élour- neau. PiTois. — J'allais lui lairc des excuses, quand je donnais, qui? Guicliard! Pas moyen de l'éviter. H me vient aussitôt une idée; je me dis : Voilà un MUird qui depuis longtemps est dans les administrions, il a dû se trouver en rapport avec beau- eoil P de Dlonde, peiil-êlrc me sera-t-il lion à qucl- V- chose. maiiame pitois. — Jamais lu ne l'es endormi Sur le rôti, c'est une justice à te rendre. PiTois.—.| e l'engage donc à déjeuner; il ne s'en S0U(:iail Pas trop, l'heure de son hurcau appro- 190 GALERIE D'ORIGINAUX. chait. Je no lui donne pus le temps de la réflexion, je l'enlève el le dépose dans celte pièce. Une fois ici, je lui conte mon affaire, je lui fais sa leçon , pas moyen d'en rien tirer. Ce qu'il était autrefois, clière amie, il l'est encore, Il le sera toujours : Bl pauvre liomme, comme par le passé. madame pitois. — Tu devais liien t'y attendre. N'importe, j'aurais bien désiré le voir. pitois.— Je t'ai fait appeler, jamais tu n'as voulu descendre. madame pitois. — Il fallait me faire savoir q"'' 1 était là. Esl-il bien changé? pitois. — Méconnaissable, à faire peur, les jours creuses, pâle, maigre, tiré! Tu sais que jamais i' n'a été beau ; il est maintenant à faire trembler. >" n'as rien perdu à ne pas le voir. soi'iiie. — Oh! bien sûr que madame n'aP ,lS perdu. madame pitois, avec dignité. — Faites-moi l fi plaisir, mademoiselle, d'aller voir à la cuisiné sl j'y suis. Sophie. — ()u'ai-je donc dit? madame pitois. —Je n'aime pas que l'on f 1 " 11 * 1 ' 0 son nez où l'on n'a que faire... M'avez-vous entei'" due?faul-il vous le répéter? (Sophie suri.) LES THOMI'ETTES. l'H SCÈNE XII. l'ITOIS , MADAME PITOIS. madame pitois. — On a beau dire, les femmes °nitoujours plus de tact que les hommes; jamais iti n'aurais été lui parler de ses affaires, à ce pauvre Guicliard. et devant ma domestique, encore. pitois. — Ne crois pas que rien lui fasse; sois Ne» tranquille de ce côté-là : il est toujours lier comme un paon, toujours le même refrain à la bou- c ' le : « Je n'ai liesoin de rien. » madame pitois. — Est-ce une raison? Je sais '•'«n, moi, que je n'ai de ma vie été plus insolente, ~~j'ai tort de dire insolente, je ne l'ai jamais été , "~ niais plus liêre que lorsque nous en étions aux cx PciIieiils. Je n'en suis pas moins extrêmement contrariée de ne pas l'avoir vu. Guicliard est un homme, et les braves gens sont rares par le l °nips qui court. Du reste, je dirai toujours que , situ n' >V»i8 pas cherché à l'humilier, il aurait 1C- N< ton déjeuner, et ne serait pas parti? j'iTois. — Pourquoi? pourquoi? Par la'faulc de ..r onne d'abord, qui ne nous avtlt pas dit que tu JJeunais chez toi; puis l'heure de son bureau qui Passait de partir. Voilà, je crois, ce qui s'ap- 192 GALERIE Il'oRICINAUX. pelle entrer dans de grandes explications; que venx-tu de plus? MADAME PITOIS. — ÉcOUtC, je VCUX biCI) tTOKl tout ce que lu me dis là ; lu as tau ne pas vouloir en convenir, néanmoins tu aurais tout aussi hic» fait de lui laisser continuer son chemin. Tu le A" gures peut-être l'avoir rendu Mes heureux en rlj menant avec toi; mais c'est que, pas du tout, je suis sûre, au contraire, que le pauvre cher homme a noire maison en horreur, et c'est tout simple, il n'a jamais éprouvé chez nous que des désagrt' riicnis. pitois. — Allons, Adélaïde, un jour comme celui-ci, nous n'avons pas le temps de nous atlen- drir. Ne pensons qu'à notre lionhcur. madamh l'irois. — C'est précisément parce que aujourd'hui j'en ai, du honneur, que j'aurais aime trouver quelqu'un avec qui le partager; et, cerlcs> Gulchard en eût Mes accepté la moitié. imtois. — On dirait ù l'entendre que nous sommes abandonnés de la nature entière. MADAME PITOIS. — TienS, VOiS-tU lliCIl , "K" 1 ' sieur Pitois, quand lu fais comme ça l'esprit loi" 1 ' je le déteste, je voudrais le voir à cent lieues. pitois. —("est bien aimable à toi. madame pitois. — Non; mais c'est vrai, vois-lu> tu n'es pas méchant, lu n'as jamais eu l'ombre I I.F.S lUOMI'ETTES. W3 méchanceté ; quelle rage as-lu donc de vouloir toujours passer pour ce que tu n'es pas? Chez loi, le Premier mouvement est excellent; tu as été enchanté ce matin de trouver (Juichard sous la main, l'our lui faire pari du bonheur qui venait de l'arriver... pitois, poussant un soupir de suffisance. — l'rout! Hadaki mois. — N'aie pas l'air de dire que "ou, parce que ca est; et, pour en revenir à ce que n, »us disions, lu as élé bien aise de le retrouver. Cil| q minute! après, ce n'étail plus ça, l'amour-pro- Pfe avait pris le dessus, lu l'étais dil : « Un instant ! si l'on venait ù rencontrer cet individu-là chez moi, *M dirait le monde? » Eh! bon Dieu! le monde, P 0 "r qui lu fais tant de sacrillces, laisse-le dire, il Se moque bien de toi. mois. — De lil en aiguille, nous voilà revenus sur le lorrain de nos discussions quotidiennes. •Ubame i'itois. — A qui la faute? Trois. — Ce n'est,ma foi,pas la niicnne;ct, si , P'cnds aussi chaudement le parti de (luichard, e,, sl que tu sens où le liât te blesse. Tu es bien un I' CI1 connue lui, ma toute belle : lu n'as jamais "•ta faire grandcliose pour les autres. «mumk I'itois. — Ah çà ! savez-vous, mon tout cau > que je vous trouve encore bien plaisant de m GALERIE D'ORIGINAUX. me venir dire des choses pareilles? Il nie semble que, depuis bientôt trente-six ans que j'ai le bonheur de vous appartenir, j'ai fait tout ce qu'il était humainement possible de faire! Dire que c'est avec plaisir, ça, je ne le dirai jamais. Mais c'est que plus j'y pense, plus je trouve le moyen de vous le prouver, et sans aller chercher midi à quatorze heures encore. Vous allez aussi appeler ne rien faire, cuisiner comme je vais cuisiner demain toute la journée pour un las de gens que je ne connais pas, que je n'ai jamais vus, et qui jamais ne m'ont offert un verre d'eau? Qu'a vei-vous à répondre à cria ? i'itois. — Tu ne nie persuaderas jamais que ■ ne connais aucune des personnes invitées pour demain. madame eiTois. — Ma fol, c'est tout au plus. I'itois. — Ne dis donc pas cela. m ad a mi; i'itois. - Kl pourquoi, s'il vous pim 1 ' ne le dirais-je pas? i'itois. — Parce que cela n'est pas. madame I'itois.— 11 me semble, pourtant, qu cs cepté trois ou quatre personnes que nous avo"' demain, passé ça je ne connais plus un chat, n'était pas la peine de me donner un démenti |>° si peu dechose. Au surplus, si je ne me faisais u raison, si je ne me disais : Tout ce que je fais ' > c'est pour Napoléon, pour mon dis; comme je vo LES TROMPETTES. 19.1 «irais Mon vile envoyé promener tout ce brave ""onde-là ! Ça ne pèserait pas deux onces. Nous ne nous ressemblons guère, mon cher ami, puisque cher ami il y a, mais tous les gens qui ont l'air de se croire au-dessus de moi, je les déteste. Htoh. — Tu vas toujours d'une extrémité à l'autre. maihmi: pitois. — Quand nous n'avions à diner a 'a maison que des gens comme nous, on riait, on f bantait au dessert, les coudes sur la table, j'ai toujours adoré ça, cl l'on se quittait bons amis, Se promettant de recommencer bientôt. F.t toi aussi, monsieur l'itois, qui aujourd'hui veux tran- c,| ei' du grand seigneur, lu m'amusais mieux dans Ce taaps-li que non pas à présent, avec les grandeurs; tu te permettais des calembours, qui la plu- Part du temps n'avaient ni queue ni léle, mais qui cn faisaient pas moins rire. l'irms. — Voyons, bonne chatte, calme-loi!le V °H* dans un élalqui m'afflige; essuie les larmes, " c Meure pas comme ça. m a»amk mois. — Je pleure vos sottises. Hlou. — Rien obligé. On serait tenté de croire, . " v <'iiait quelqu'un ici, que je viens de me porter quelque radieuse extrémité. «unwij pi T0IS . i,nissc/.-moi ! vous m'ex- "'de/.. 196 GALERIE D'ORIGINAUX. i'itois. — Dans quel étal, bon Dieu! la robe M k lient plus sur les épaules. Je l'en prie, cbère amie, de la tenue. madame riTois, montant sur ses gra)i(k chevaux. — Vous me faites rire avec votre lcnun Tu le vois, Adélaïde, déjà des visites. madame mou. — Qu'est-ce que ça me fui 1 * 11 bout du compte, ne suis-je pas chez moi? LES TROMPETTES. 197 SCÈNE XIV. MT018, MADAME PITOIS, MADAME SAINT- AUBIN , CLARISSE. Uuil saint-audin. — Clarisse, déposez ici ce que vous tenez a la main. Coniment! déjà sur pied, toute bonne? madami uTois. — Comme vous voyez. madame saint-aubin. — Que je vous embrasse, v " u s la plus heureuse des épouses 'et des mères, bonjour, petit père! pitois. — Votre serviteur très-humble. madame saint-aïbin. — Veillez, Clarisse, je v °us prie, à ne rien oublier dans la voiture. Clarisse. — Oui, madame. Madame saint-acbin. — Prenez ma bourse, vous réglerez avec le cocher; c'est, je crois, cinq «cures. >*ai>amb pitois, faisant an signe à son mari. ~~ Monsieur Pitois... mois. —Comment! belle dame, vous voulez?... Madame saint-aihin. — Laissez donc, petit Hw, laissez donc. madame titois. — Tu devrais déjà être revenu. 198 GALERIE Ii'ORKilNAUX. riTois. — Non, cerles, belle dame, je ne souffrirai point... madame pitois. — Ce serait du joli ; vous ferfc* connue ça loutes nos commissions, et encore... madame saint-aobin. — Je me rends, puisque vous l'exigez absolument. madame pitois. — A la lionne licure! madame sAi^T-AiBn. — Clarisse, descende* toujours avec monsieur... Dites-moi, Clarisse! Clarisse, revenant sur nés pas. — Madame-' madame sAiNT-Ai'Bir».— mettcz-inoi la bourse- SCfïNE XV. MADAME PITOIS, MADAME SAINT-AUBIN- MiDAME SAINT-AUBIN. — VOUS VOVCZ, ' oU ' C bonne, que vous faites de moi ce que vous voulez- madame pitois. — Mais c'est bien comme Ç a que je l'entends. madame sairt-acbin. — Que je vous onil>ras sC encore! Sommes-nous bien heureuse? madame pitois. — Tenez, madame Salnl-AoN"j ce n'est vraiment pas pour dire, mais je voudfw cire morte, a l'heure qu'il est. MADAME SAINT-AUBIN. — VOVC-DS, pJIS i'tOW lillage, soyons raisonnable. LES TllOMPËTTES. 191) madame mois. — Non, je vous jure, je ne serai jamais plus heureuse que je ne le suis. madame saint-aibin. — Vivez, vivez encore, vivez longtemps pour votre (ils, pour vos amis. Je vais, bonne mère, vous demander la permission d'ôter mon chapeau. madame mois. — N'èles-vous pas chez vous? madame saint-aibin. — Donnez-moi votre main Hue je la serre dans les miennes. Ah eà! comment avons-nous passé la nuit? madame pitois.— Comme ça, j'ai élé très-agilée. madame saint-aibin. — Pas plus que moi. Et notre cher enîant? madame mou. — Je ne l'ai pas encore vu. madame saint-aibin. — Il est venu hier un '"stant à la maison, il m'a trouvée ionien larmes; J e venais d'apprendre l'heureux résultat de son affaire. Depuis le malin, j'éiais sur les épines. J'avais chez moi M. Larvot, le président Larvot, lui lui a dit les choses les plus (laiteuses. madame imtois. — Ça, je le crois. m adame saint-aubin. — LA pauvre enfant ne *W»H que devenir. Tanldc vertus modestes,alliées 11 tant de talent, de belles qualités; c'est inimagi- "j'ùl'', inouï, merveilleux, c'est à ne pas croire. Mais que vous dirai-je, toute bonne, que vous ne sachiez déjà? N'esl-il pas le meilleur des fils, le 200 GALERIK D'ORIGINAUX. modèle des jeunes gens de son âge, l'espoir du W" reau français? madame pitois, sanylotattl. — Tenez, madame Saint-Aiihin, voilà, depuis liier, le métier que je fais. {Elle montre son mouchoir arrosé de ses larmes.) MADAME SAINT-AUBIN. — CalineZ-VOUS, 1)01111" mère, de grâce, calmez-vous! Je viens de chez madame Clievef, je l'ai fait lever; voici sa note. madame pitois. — Bien obligée. Vous avez pensé à tout. madame saint-aibin. — Je crois bien ne rien avoir omis. Je veux, toute bonne, mener notre W s chez le président, qui désire beaucoup le connaître; ce sont de belles connaissances que je n'entend 8 point qu'il néglige. madame pitois. — Comment donc ! ni moi n° n plus. MADAME SAINT-ALBIN. — lit petit père, S» I,S doute, aussi bien enchanté? madame pitois. — Ne m'en parlez pas, dans la joie de son âme ! MADAME SAINT-AUBIN. — JC l'ai reiKOIltrC J u ne sais combien de fois ce matin; il semblait s multiplier. . MADAME PITOIS. — Depuis qUall'C tWBTflff sur pied. LKS TROMPEURS. 201 madame liinr-ACira. — Vous allez voir les daines de la halle avec leurs bouquets. Je ne crois pas que pclit père y ail songé. madame mois. — Je n'en sais rien; était-ce bien nécessaire? madame sunt-aubin. — Ah ça ! bonne mère, ne m'avez-vous pas donné carie blanche? madame rrrois. — Je ne dis pas; mais il y a de «s choses... madame saint-aibin. — Ce n'est pas ici, toule u °nne, le moment de lésiner. Pas de petites économes, croyez-moi, quand il s'agit de l'avenir d'un "'s. Jusqu'à présent, vous avez bien voulu en passer Partout où j'ai voulu ; vous en ctes-vous mal trouvée? Madame pitois. — Non, ma foi, j'aurais mauvaise grâce à le dire. madame saint-aubin.— Vous voyezdonc bien !... Vo 'i'i pelit père. SCÈNE XVI. LKS MÊMES, PITOIS. Madame saint-aibin. — Comme il a chaud, ce c!l( r ami ! pîtui.s. ~ Je ne sais vraiinrnl pas, depuis hier, «oniment j'existe. 302 GALERIE ti'ORIf.INAUX. madame pitois. — Ça passe aassl II permission, de te remuer connue lu le fuis. madame saint-aumn. — Pauvre petit père, je veux que vous preniez quelque chose. pitois. — Je vous rends mille grâces. madame saikt-aubin. — Vous ne m'avez donc pas vue ce matin? pitois. — ,1c n'ai pas eu ce bonheur. MADAME SAIST-Al'Bin. — NOUS IIOUS SOIDlllCS pourtant, vingt fois au moins, trouves nez à nez. Je suis encore à m'expliquer comment ma voiture ne vous a pas marché sur le corps. madame pnots. — C'est ce que je lui dis chaque fois qu'il sort; il ne prend jamais garde à rien, un burluberru. madame sAiNT-Ai'Biïf. — Je vous dirai que j'ai passé la soirée d'hier chez madame Saint-Estève. pitois. — Charmante petite personne. MADAME SAINT-AEIJIN. — Le nCZ III) pCU fort. madame pitois. — Et d'où la connais-tu, Bon: sieur Pitois, celle dame-là? pitois. — Je te l'ai dit. Aimable au possible! madame saint-aiibi?!. — Un démon de malice et de méchanceté. Une petite dame, lionne mère, dont le mari est toujours à la (îuaileloupe. madame pitois. — C'est possible, mais je ne nie la remets pas. LES TROMPETTES. 203 MADAME SAINT-Al'W.'V. — Elle reçoit llCilUCOUp 'le momie. Je suis sure qu'il y avait bien liier chez elle deux cents personnes : des magistrats, des députés, des artistes, des hommes de lettres, une féunion délicieuse. Il était près de quatre heures, lue l'on dansait encore. madame pitois. — C'est ce que j'appelle faire de la nuit le jour. i'itois. — Impossible, dans un certain monde, de faire autrement. madame saixt-aibik. — Mais sans doute, bonne amie. madame I'itois. — Je sais bien que, quant à v °us, monsieur Pitois, si je n'y tenais la main... madame sAiisT-Air.iTi. —On I fait de la musique; e "e chimie à ravir. Il est inouï de voir sortir d'un si Petit corps un si grand volume de voix. m va ame pitois. — Avez-vous louché un mol de notre avocat? •""•ois, taisant un signe à son épouse. — Madame Pitois! madame pitois.— Eh bien, quoi? depuis quand, s 'd vous plait, m'est-il inlerdil de parler Chei moi? madame saist-aibin. — Oui, bonne mère, il a *M question du cher (ils, beaucoup même. J'ai été ass ez heureuse de pouvoir annoncer au peu de per- ^ot GALERIE D'ORIGINAUX. sonnes qui l'ignoraient l'heureux rénllll do la journée d'hier. madame pitois. — Tout \ê monde ne le savait doue pas? Alors, monsieur Pilois, qu'avez-vous donc fait depuis hier? pitois. — Jeté l'ai dit, ehèrcamle. madame saint-aibin. — Il n'y a pas de sa faule: les journaux n'onlélé instruits qu'hierdans l'aprcs- midi, et fort lard encore. madame pitois. — C'est donc ça! pitois. — Non, niais toujours lu es prête à nie jeter la pierre. madame pitois. — Allez vous pronieuer, vous m'ennuyez. MAnAME saint-aubin. — Quel était donc, petit père, ce monsieur avec lequel vous aviez l'air si fort occupé quand je vous rencontrai ce matin ? pitois. — ("était sans doute (luichard; ne le connaissez-vous point, hollc dame? madimi; saint-aubin. — Oui, certes, je le connais, beaucoup trop pour mon malheurI Comment, c'était là Guicliard? Mais vous avez donc renoué avec lui? Je vous croyais brouillés à tout jamais- MADAME PITOIS. — Pas du lOUt. pitois. — C'est-à-dire, chère amie, qu'il I tollt à coup cessé de nous voir; nous n'avons jamais su pourquoi. LF.S TROMPETTES. madame pitois. — Ce n'esl pas ma failli', il moi. pitois. — La mienne non plus, je le prie de le croire. madame saint-Aubin. — J'ai toujours regardé son éloignemenl de voire maison comme un très- grand bonheur. madame pitois. — Il (aul dire aussi, madame, lue jamais vous ne l'avez vu d'un lion œil. pitois. — Tu te fais comme ça des idées, nia Pauvre femme. madamk imtoîs. — Mêle-loi donc un peu de les affaires, mon pauvre homme. madame saint-ai iih. — Je crois vous avoir dil dans le lemps que ce Guichard était moins que r 'en, un malotru, un drôle qui m'a (ail cent Impertinences. madame pitois. — Cela m'étonne. pitois. — Non, mais lu as toujours voulu en faire un héros, chère amie. madame pitois. — Ah ça ! monsieur Pilois, je v °us l'ai déjà dit, conihien est-ce qu'il faut encore vous le répéter? vous m'ennuyez, à la lin, avec vos e "taamfe,uiei de chère amie commeça, je vous l' r| e. Je vous en demande bien pardon, mais c'est avec lui comme avec les enfants; quand il y a du moi| de à lu maison, monsieur se croil tout permis. 206 GALERIE D'onif.INAl'X. MADAME SAIHT-ASIIH. — VoilS .IllacIlCZ il 00 beaucoup trop d'importance, loule lionne. madame pitois. — Chaque fois que J'ai l'air (!c porter de l'affection à quelqu'un, il semble que ce soit une raison pour que monsieur le prenne en grippe. madame saint-aubin. — Voyons, bonne mère, écoulez-moi! de grâce, écoulez-moi! madame pitois. — Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'en ai fait la remarque. MADAME SAINT-AUBIN. — Je ne (loule pas qUC vous n'ayez, toute bonne, d'excellentes raisons pour adorer ce monsieur... madame pitois. — C'est que je ne l'adore p*| du tout; seulement, je me plais à lui rendre justice. madame SAINT—ALBIN. — Si nous nous inctloiis à discuter sur les mois, nous nous éloignons entièrement de la question. Vous pouvez avoir beaucoup a vous louer de ce monsieur, je ne vais pas a l'M" contre; peut-être même lui uvez-vous de grandes obligations, c'est ce que je ne sais pas; je dois néanmoins vous prévenir, malgré tout l'attachement, toute l'amitié que je vous porle, que voi s méritez à tous égards, que je me verrais dans l'obi ' galion de ne plus vous voir, si je venais jamais .1 vous rencontrer avec cet liomme-lù... LES TROMPETTES. 207 madime pitois. — Vous pouvez être tranquille, il se gardera bien de jamais remettre les pieds ici. Madame saint-Aubin. — Après cela, ce que je vous en dis, nies bons, mes excellents amis, c'est Uniquement dans votre intérêt; libre à vous de faire ce que bon vous semble ; vous devez tous deux me rendre assez de justice pour être persuadés que jamais je ne Chercherai à exercer sur vous la moindre influence. madame pitois. — Ça, c'est vrai. pitois. — Ce serait bien niai reconnaître... madame s.unt-auihn. — Surtout dans un moment comme celui-ci, où tous les yeux sont portés s ur ce cher eufant, l'espoir du barreau de Paris, l'avenir de la cour royale... pitois — L'appui de nos vieux jours... nadamk saint-aubin. — La gloire et la consolation de-vos vieilles années... qu'il est du devoir 11 «ne amie de signaler a votre sollicitude, à voire Prudence, tout ce qui pourrait porter préjudice il s °n étal, à son avancement, à son avenir... pitois. — Qu'en dis-lu? madame pitois. — Que voulez-vous dire, avec °* re air triomphant? Tout ça ne me prouve pas Pn luoi C.uichard peut être si dangereux? madame saint-aibin. — Si vous voulez abso- 1,1 "'eut vous refuser à l'évidence... •208 r.AI.EKIK h'oiticix.ux. MADAME PITOIS. — Il lie S'agit |)flS lit' Ça, nia- dame Saint-Aubin. MADAME SAIST-AUBIN. — Mais si fait, tout»! bonne, vous devez m'en croire; cl, si je ne vous fournis pas ù Mutant cent preuves irrécusables de ses atroces menées, si je ne soulève pas le masque dont se couvre l'imposteur, c'est qu'il me répugne de le faire. madame pitois. — Ali! madame Saint-Aubin, vous me permettrez... MADAMK SAIST-AIEIN. — I,OrS de H1011 prOCt'S, quand nous plaidâmes en séparation avec mon mari, ce fut lui qui m'aliéna l'uffeetion de M. Saint* Aubin, qui prit fait et cause contre moi, faible femme, cl qui, depuis lors, se montra mon plus Implacable ennemi. madame pitois. — En êlcs-vous bien sûre? MADAME SAINT-AI'BIN. — ToUlCS SeS illfamiCS sont jointes au dossier. Il en est, au surplus, de ce Guicliard comme de bien d'aulres dont je vous vois faire tant de cas : de ces Brochet par exemple, de ces Barbot, de ces Fcnouillot, tous gens qui vivent à vos dépens, soit dit en passant, s'engraissent de vos dépouilles, et qui jamais ne nie pardonneront de les avoir appréciés à leur juste valeur. pitois. — C'est ce que je me lue de dire. LES TROMPETTES. 0(I!1 MADAME PITOIS. — VOUS (litCS (ICS SOttiSCS à lil journée; csl-ce que jamais je vous écoule! madame saint-aijmn. — Il ne fnut cependant pas se dissimuler, ma Imite lionne, que vous voilà aujourd'hui dans une position à ne plus voir tous ces gens-là. mois. — Le fait est que, pour peu que nous tenions à établir Napoléon d'une manière convenable... madame imtois. — Je n'ai jamais prétendu, après ça, que vous n'ayez eu à vous plaindre de ce pauvre Guichard ; il élait lié avec votre mari : Peut-être bien qu'il a pu dans le temps (aire cause commune avec lui, cela ne me regarde pas; mais, ( l Ui| nt aux Fenouillot, aux Brochet et aux Bnrbol H'e vous mêlez là dedans, quel mal ont-ils fait? étais si heureuse! .l'ai hien fait de la dépense •'onimc si j'attendais vingt ambassadeurs ; j'ai peut- *Hre avancé à cette femme une centaine de louis hypothéqués sur les brouillards de la Seine, et pour arriver où, je vous le demande? C'est, ma foi. Payer un peu cher des trompettes. n\. TABLE DES MATIÈRES. Intérieurs de bureaux; .............. * '.'enterrement.................. 97 '.es trompettes................... Fll> M Ij A. T4M;K. •V OUVRAGES PARUS OU A PARAITRE : LU MCMTS DE L'OREILLER, par t'. Sur. . «• CAUSERIES, par Alexandre Damai......... * VOYAGE EN ABYSSINIE, par A. Vaystiêret . . . t LE BOSSU, par Paul Fëvat............. 6 LES RUINES DE PARIS, par Ch. Mometet ... 2 LES GENTLEMEN DE GRANDS CHEMINS, par Marie Aycard................... * HISTOIRE DE LA MODE EN FRANCE,par t. dr la Bèdolliêre.................... ' I CE QU'ON A DIT DES ENFANTS, par É. Deulmnel I ! I.A SUCCESSION l,E CAMUS, par CUampfleary. . 3 CES CHAUFFEURS, par fUie llcrlhet....... 5 LES PR*POS AMOUREUX, par Champ/leur:/. ... < CONFESSIONS DE SYI.VIUS ((a Bohème amua- rtiife), par le mime................. 1 HISTOIRE DE RICHARD LOYAUTÉ ET DE LA BELLE SOUBISE, par le même......... ' LES DET TES DE OHM, par A Uf, Maquet..... * AVATAR, par Théophile (iantier........... * LA JETTATI IIA, par le même............ ' CHARLES LE TÉMÉRAIRE, par Alexandre Damai t I.K CHASSEUR DE SAUVAGINE, par le mime., t L'HOMME AU A CONTES, par le même....... I LE CADET DE FAMILLE, par A lex. de Laieryne . SÉRAPHINA DARISl'E.jmr A. de Brêhal..... I , SCÈNES PARISIENNES, ;iur Henry Mannier ... ■ < HISTOIRE DE LA CONVERSATION , par Kntili Deiehanel...................... * HISTOIRE I) I N HOMME ENRHUMÉ, par Stahl . IM-1.il DE CIIAMFORT, par l'. -J. Slahl. ... I • HISTOIRE D ATELIER, par Edmond Ahont. ... I DICTIONNAIRE DES VICES ET DES DÉFAI 1 S DES FEMMES, par Larcher............ 1 ANTHOLOGIE FÉMININE, par le mime...... I HISTOIRE DU III AHI.E , ;ror A . Morel....... 1 PGB 4136