BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE 2 francs le volume PIOTRE ARTAMOV HISTOIRE D'UN BuuTON DEUXIEME ÉDITION' H*fhi ■i m - fp< ^ Hfc^ - 9 PARIS MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS RUK VIV1BNNK, 2 DIS, IÎT BOULEVARD DES ITALIRNS, 1." A LA LIBRAIRIE NOUVELLE HISTOIRE D'UN BOUTON P01SSV. — IMP. ET STÉR. DE AEG. ROURET. HISTOIRE D'UN BOUTON l'Ait PIOTRE ARTA.MOV DEUXIÈME ÉDITION PA nis MICHEL LËVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS RDI VIVIEME, 2 BIS, ET BOULEVAHD DES ITALIENS, 1 .A LA LIBRAIRIE NOUVELLE 1863 Tous droits réserves A M. EDMOND ABOUT Monsieur, le voulais dédier cette petite étude de mœurs allemandes à celui de nos écrivains qui retrace de Ja main la plus légère les travers de notre humanité contemporaine. Cet hommage vous revient donc de droit. Il aura, j'espère, quelque intérêt pour vous lorsque vous saurez que la pensée m'en est venue le jour où, sur la rive gauche de la Seine, on procéda au martyre de votre Gaetana. Evidemment Vos insulteurs n'étaient pas Français, mais de véritables Germains du grand pays de Bade, et ne connaissaient ta langue écrite par vous avec 1 *2 DÉDICACE tant d'élégance et de sel gaulois, que par les œuvres nébuleuses du baron Grubelkopf-Dummloch et consorts, où il est établi que l'homme est une grenouille perfectionnée. Vous êtes sorti grand et pur de ces complots des hautes grenouilles du'marais latin. Marchez vers votre bel avenir. Vous avez eu l'escorte obligée des triomphateurs. Veuillez agréer mon cordial hommage. Comte DE LÀ FITE. Fanssc-Repose, près Ville-d'Avray, le 31 mai 1802. HISTOIRE D'UN BOUTON i Iohann-Théodore-Habacuc-Népomuc Teufels- furz rentrait à minuit à son quartier de cavalerie, adossé au château de Mannheim. Il sortait du bal public du Taureau d'or, situé rue G 3 . C'était un garçon de petite taille, aux larges épaules, aux jambes longues, au buste court, portant sur ce grotesque échafaudage une tête au front proéminent, dont le vaste crâne contenait la plus mince cervelle de toute la race germanique. Son corps s'appuyail solidement 4 HISTOIRE sur des pieds luttant d'étendue avec ceux des plus grands palmipèdes. Ses yeux, sa chevelure, une petite moustache de poils rudes et hérissés avaient cette couleur indéterminée qui met au désespoir les plus habiles faiseurs de signalement. Sa démarche était roide comme celle de tout cavalier allemand qui sent sa valeur numérique dans un peloton. Le régiment de lohami-Théodore-lIabacuc-Né- pomuc Teufelsfurz portait sur ses boulons h; numéro fatal 9. Ce numéro est regardé, en Allemagne, coin me un chiffre fatidique, vu que, d'en liant, il peut se confondre avec le numéro t>, numéro d'un régiment de cavalerie de la Confédération germanique pris, à Valmy, par les volontaires de la république française, en (lagrant délit de sommeil pendant la bataille. 11 arrivait souvent que les bons Badois, en sortant d'une brasserie, après leur onzième chope, voyaient toutes choses à l'envers et confondaient volontiers le numéro 6 avec le numéro .1) ; ce qui occasionnai! des rixes violentes où les bourgeois d'un d'un bouton 5 côté et les soldats de l'autre se distribuaient force gourmades, tombant par terre et se pochant les yeux contre le pavé rougcàtre des bonnes rues de Mannhcim. De pareilles batailles se terminaient d'ordinaire par une noce générale au Bouc de lu VieUle-Maison. Le chant final de la paix entre civilistes et militaristes était celui-ci : Quelle est la patrie de l'Allemand? La bière el le tabac, C'est la patrie de l'Allemand (i). Alors tout le monde s'embrassait. Les soldats, se croyant bourgeois, se rendaient aux chambres a coucher des bourgeois, et les bourgeois allaient s'étendre dans les lits des soldats, jurant leurs grands dieux de rosser ces maudits Français, qui, depuis Charles-Quint, ne leur laissaient ni trêve ni repos. La biére a cette puissance de confondre les idées. Voilà pourquoi un Allemand n'est ja- (I) Was ist des Deulschen Vaterland? Hei Hier and Tabak. Das ist des Deutschen Valerland 6 HISTOIRE mais au clair ni avec ses pensées, ni avec ses sentiments. Quoi qu'il en soit, lohann-Théodore-llabacuc- Népomuc Teufelsfurz, en déboutonnant sa courte- queue, s'aperçut qu'un bouton lui manquait. 11 se coucha néanmoins et s'abîma dans des réflexions sans fond. Où, comment, quand, de quelle manière et pourquoi avait-il perdu ce bouton, dont la queue seule était restée à son habit? Était-ce au Taureau d'or qu'il l'avait perdu? Était-ce en valsant avec la gigantesque Gîet- chen, cuisinière de M. le conseiller de cour von Srlieishalt? Ou bien en donnant l'accolade (ratenielle à Wilhelm Donnerwetter, ex-étudiant de Heidel- berg et fils du ravaudeur Iakob Uonnerwetler de la rue Q 2 ? Était-ce en allant prendre h; Frais dans le bosquet du bal, avec Mina Miaou, la fille du maître d'école de Striegelhausen 1 Était-ce en allant guetter, dans tous les lieux d'un bouton 7 où elle pouvait passer, la femme de son colonel, dont il s'ôlait stupidement épris? • Était-ce enfin en se déboutonnant, à onze heures vingt trois minutes, au coin de la rueN*? Ou bien encore en se déshabillant avant de se coucher? Et puis pourquoi l'avait-il perdu ? Après de longues méditations, il crut trouver La solution du problème. Ce boulon s'étant retourné sur sa queue, de sorte que le 9 paraissait un 6, c'était une bonne chose qu'il fût tombé : l'honneur du régiment était sauf. Iohann- Théodore-Habacuc-Népomuc Teufelsfurz s'endormit, heureux et content, sur les deux oreilles. Il avait trouvé une solution. Le lendemain, cependant, il ne put constater qu'une chose, c'est que son neuvième bouton lui manquait et que la queue seule, triste et honteuse, présentait sa pointe cornue, rompant l'uniformité pittoresque de la rangée des boutons. 8 IIISTOIRK II Le caporal du 2 e peloton du 2« escadron du 9 e régiment de cavalerie, le pansage du malin achevé, se tenait attablé au Bouc de la Vieille- Maison, une chope de bière, la quatrième, devant lui. Il faisait suisse, comme tous les Allemands, et parcourait, en suçant un cigare d'un kreutzer, fabriqué de feuilles de chou, de belle- rave et d'autres plantes potagères, un vieux volume dépareillé des poésies de la troisième période de Schiller. Ce caporal portait le nom d'Immerdurst. 11 était poète, et il profitait de l'occasion de chaque anniversaire qui intéressait ses amis les bourgeois et les artisans de Mannheim, pour copier, de sa plus belle écriture, quelques vers de son d'un bouton 9 volume de Schiller, qu'il signait et présentait galamment comme siens. Ainsi, à propos du troisième jour de naissance de la fille du boucher qui fournissait de viande le 2 e escadron, il copia les vers suivants : « Hiiin. » Fidèle, comme il convient h un Suisse, je garde les frontière! de la Germanie ; » Mais le Gaulois saute par-dessus le fleuve tolérant il). » Signé : A.-C. [mmebdtjbst » Poète et caporal du 2' peloton du 2 e escadron du 9* régiment de cavalerie. • Au fiancé de la cousine d'un bottier, jeune fille rousse, aux youx blonds, il adressait, pour le jour de son mariage, ces autres vers : Pl'FENDORÏ. « C'est un cas délicat ! Cependant la première possession parait » Parler en ta faveur, et dès lors emploie-la toujours Ci)'. » Signé, etc. » l») Hhein. Trcit, wie «loin Srhweher gflbûfu-t, liewarh'ich (ierinunicna (iraenze; Aller (1er Callier bopfl iiber den ilulitenden Strom. (2) Pntsmoar. Ein bedenklichcr Fa 111 Docb die ersto Possession scheint Far (lich in sprechen, und so brauchc sic inunerhin fort! 1. 10 HISTOIRE A madame Phano, rentière, le jour de sou veuvage : « Partage avec moi ce que tu sais; je recevrai avec reconnaissance. • Mais lu te donnes toi-mi\me à moi; je t'en supplie, épargne-moi, amie (1). » Signé, etc. » Le matin où nous le trouvons, il était fortement préoccupé. La femme de son capitaine Reitpeitsche avait disparu du toit conjugal avec l'enseigne von Halunke. I! cherchait activement quels vers de condoléance, tirés de son Schiller, il pourrait bien adresser au malheureux époux. Il l'ut troublé dans celle poétique occupation par Iohann-Théodore-Habacuc-Népomuc Teufelsfurz, qui venait lui faire un rapport oral sur la perte du bouton. Immerdurst, après avoir gravement écouté pendant une demi-heure, réfléchit pendant une, autre demi-heure, employa une troisième demi- heure à expliquer au cavalier du bouton perdu (1) Thoile mit luir, *as du weiszt; ich werd'es dankbar cmpfangcn. Abcr du gibst mir dich selbst; damit verschono midi, o Freund ! d'un bouton I I qu'il y avait lieu à faire un rapport en règle par écrit, bien circonstancié, l'affaire étant d'une gravité exceptionnelle. lohann-Théodorc-Habacuc-Népomuc fit lentement son demi-tour à gauche et, partant du pied gauche, sortit au pas ordinaire de la brasserie, en se grattant l'occiput, magasin à idées de tout Allemand qui sait réfléchir. A force de passer ses ongles en tout sens sur le derrière de là tète, il parvint enfin à en tirer une idée. Il se rappela que justement le maître d'école Miaou, de Striegelhausen, pédagogue renommé, se trouvait en permission à Mannheim. 11 pourrait, lui, le fameux maître d'école, arranger toute l'affaire pour l'honneur du 9» de cava- ' lerie. Le cavalier trouva Miaou, chantant à tue-tête, à litre d'essai, une cantate philosophique de soixante, couplets à seize vers, que le respectable magister parochiœ, après trente ans d'extase, venait d'achever péniblement. Miaou chanta les couplets un a un au soldai qui écoula cette musi- 12 HISTOIRE que pendant deux heures et demie, avec le plus religieux recueillement. Puis, la cantate terminée, Tcufelsfurz expliqua pendant près d'une heure ce qui l'avait amené. Miaou réfléchit autant de temps, pérora à son tour, et prépara tout ce qu'il fallait pour écrire. Enfin, après sept heures de démarches actives, Iohann-Théodore-Habacuc- Népomuc Teufelsfurz put jouir de la satisfaction de voir herr Schullehrer Miaou former gravement et lentement ses lettres sur une grande Feuille de papier jaune. D'UN BOUTON 13 III Voici ce fameux rapport qui tint le graiul-< luché de Bade eu émoi pendant quatre ans, empêcha la Prusse d'avaler l'Autriche, l'Autriche d'annexer la Prusse, l'Allemagne de fonder son unité, la flotte germanique d'être constituée définitivement, et aida puissamment à l'unification de l'Italie : « Au bien né (I) M. le caporal Immerdurst du 2« peloton du 2e escadron du 9e régiment de cavalerie du grand-duché de Bade, actuellement en garnison à Mannheim, an quartier du château grand-ducal et princier, » Le cavalier Iohann-Théodore-Habacuc-Né- (I) Wohlgebbrner Herr. 14 histoiui; pomuc Teufelsfurz du 2 e peloton du 2 e escadron du 9« régiment de cavalerie du grand-duché de Bade, actuellement en garnison à Mannheim, au quartier du château grand-ducal et princier. » A respecter (1) M. le caporal Immerdurst du 2» peloton du 2 e escadron du 9 e régiment de cavalerie du grand-duché de Bade, actuellement en garnison à Mannheim, au quartier grand-ducal et princier ; » Ce rapport vous est — respectueusement et conformément aux articles de l'ordonnance sur le service intérieur des régiments à cheval du 5 octobre 1733, sur les principes généraux de la subordination, auxquels il est dit que « le cava- » lier doit obéir au caporal,» selon lesdits articles de ladite ordonnance grand-ducale et princière de noire Ires-auguste, très-élevé el Irès-gra- cieux souverain, monarque et maître, Sun Altesse royale et Sun Altesse sérénissime, par la grâce de Dieu, grand-duc de Bade, prince régnant de. la (1) Zu verehrendet Herr. d'un bouton 15 principauté de Zaehringen, seigneur suzerain de divers pays, provinces et contrées, etc., etc., etc., — adressé, et an sujet de quoi suivent les paragraphes ci-dessous: § 1". « Celui qui éerii ces lignes, le susnommé el soussigné lohann-Théodore-Hahacuc-Népomuc Teufelsfurz, cavalier du 2» peloton du 2 e escadron du 9« régiment de cavalerie du grand-duché de Bade, actuellement en garnison à Mann- heim, au quartier du château grand-ducal el princier, est âgé de vingt-trois ans, trois mois et neuf jours; est jeune, célibataire et vierge ; est chrétien de la confession réunie évangélique luthérienne; a appris à lire les quaranle premiers cantiques du livre deB-Cantiques en uS&ge dans le grand-duché do Bade, pour Ladite confession réunie évangélique lulhérienne avec approbation très-élevée grand-ducale; Bail Bigner son nom l.-T.-H.-N. Teufelsfurz. [6 III ST0 IKK § 2. » Au susnommé et soussigné est arrivé un événement contraire aux règlements de ladite ordonnance du 5 octobre 1733, sur la tenue des troupes les dimanches et fêtes, quoique involontairement accompli, mais néanmoins dérangeant l'ordre établi par les règlements de ladite ordonnance, ainsi qu'il a clé mentionné ci-dessus au même deuxième paragraphe, sur la tenue des troupes les dimanches et fêtes. g ■'!. » Ledit événement mentionné au paragraphe 2, contre lesdits règlements mentionnés au paragraphe idem dudit rapport, a eu lieu secrètement et nuitamment, dans un endroit indéfini, soit dans la brasserie du Taureaud'or, soitdans la rue .V, soitdans le quartier du château grand- ducal et princier, ce qui ne peut être ponctuellement précisé, vu que le susdii événement s'est passe nuitamment et secrètement, d'une manière d'un bouton 17 imprévue et en dehors de la volonté et du pouvoir du susnommé et soussigné. I 4. » Cet événement fatal et incompréhensible, ainsi qu'il vient d'ôtre démontré clairement aux paragraphes 2 et 3, hors de tout ordre et de toute légalité, provoqué par des causes inconnues au susnommé et soussigné, et sans exemple dans les annales de l'histoire de notre glorieuse et puissante patrie, qui s'étend du nord à l'est, de l'ouest au midi, a été perpétré, peut-être comme le susnommé et soussigné a tout lieu de soupçonner, dépenser et de croire, contrairement à toutes les lois humaines et divines, avec des intentions immorales manifestes, puisqu'il s'est accompli secrètement et de nuit, ainsi qu'il vienl d'ôtre exposé au paragraphe 3, et expliqué plus évidemment au paragraphe 4 ci-contre. i 5. » Pourquoi cet événement, cet attentat contre 18 HISTOIRE Ja moralité, si imprévu et si horrifique, a-t-il éclaté au sein de la nuit et en secret? Était-ce naturel ? Etait-ce une conséquence fatale ? Était- ce une préméditation politique et sociale de rompre l'uniformité ? C'est ce qui a échappé jusqu'à ce jour, 16 janvier 1857, à toutes les recherches et investigations du susnommé et soussigné. I 6- » Quels ont été les moyens employés à la perpétration d'un acte arbitraire et évidemment dirigé contre l'ordre établi dans notre glorieux pays, ainsi qu'il a été prouvé jusqu'à l'évidence au paragraphe 4 ? Quels ont été les motifs qui oui, pu décider une pareille action désordonnée et illégale? Devait elle avoir lieu subitement, ou seulement après de longues préparations et une constante propagation de l'idée subversive qui a provoqué l'accident dont il est question au paragraphe 2 notamment, et par contre aux 3°, 4e et 5" paragraphes? » Et enfin, Il UN BOUTON Ht g 7. » Le susnommé et soussigné, malgré toute su lionne volonté et ses longues recherches mentionnées au paragraphe 5, mû par son ardeur et son dévouement à l'honneur de la patrie, à la gloire du régiment et sa fidélité au trôs-élevé trône, ne peut admettre facilement que ce fût un besoin absolu et pressant qui a pu déterminer le dénoùmcnt funeste d'un événement imprévu, pou ordinaire et fort inouï et qui pourrait entraîner après soi toute espèce de malheurs et de désastres, de sorte que le susnommé et soussigné ne peut dire si c'est l'objet de ce rapport, ou bien lui-môme qui est la cause que l'événement dont il est question pourrait bien, malgré ses funestes suites, échapper à la clarté divine et à l'intelligence humaine. » Mannheim, le 16 janvier 1857. » Signé : l.-T.-ll.-N. Teufislsfurz Cavalier du 2" peloton du 8* escadron du 0« régiment de cavalerie, etc., etc. » 20 HISTOIRE Au bas : « Ce rapport a été rédigé et écrit par Hysop- pus-Dorotheus Miaou, maître d'école en pied de première classe, à l'école paroissiale évangéli- que luthérienne de Striegelhàusen, grand bail- lage de Heidelberg, actuellement en permission de huit jours à Mannheim. » En foi de quoi a signe : » H.-D. Miaou Maître d'école en pieii de première dusse. » d'un bouton 21 IV Muni de ce rapport rédigé par Hysoppus-Do- rotheus Miaou, maître d'école de Striegelhausen, [ohann-Théodore-Habacuc-Népomuc Teufelsfurz se présenta vers les neul' heures du soir chez M. le caporal Immerdurst, qui le reçut, ainsi que doit le faire tout supérieur vis-à-vis de son iule- rieur, avec toute la morgue d'un homme monté d'un échelon au-dessus de l'humanité allemande. 11 congédia ensuite le cavalier avec cette expression gracieuse : — De manière que... lu peux te retirer, vilain ! Le vilain se retira en faisant un demi-tour a droite, au lieu du demi-tour à gauche selon l'or- 22 HISTOIRE donnancc. Il confondait la gauche et la droite, par suite des vingt et quelques chopes de bière avalées avec le pédagogue Miaou. M. le caporal Immerdurst était monté à ce degré de poésie sombre et sanguinaire qui fait voir en toute chose le côté déplorable de l'idéal. Il avait, ce jour-là, englouti plus de bière brune de Bavière qu'il ne convenait à un pilier de la sécurité politique d'un trône. Madame Phano, furieuse, l'avait mis à la porte pour son insolente dédicace, et le capitaine Reitpeilsche hors de lui pour les vers suivants : » Vieux Homère fidèle, je te confie le mystère délicat. » Que le poète seul doit connaître le bonheur des amants (1). » Signé, etc. » lui avait déclaré qu'il était un imbécile. De plus, le malheureux caporal, qui nourrissait une passion à la Werther pour la femme de son colonel, avait manqué, dans l'après-midi, une 1) Treucr, alterHomer, dir vertrau'ich das zarto GeheimniM ; Uni dor Liobonden Gluck wisse derSaenger alleiu. d'un bouton 23 superbe occasion de présenter à l'objet de son tendre amour des vers qu'il avait copiés pour elle depuis des années. Le caporal, lorsque Teufelsfurz vint lui remettre le rapport, était absorbé dans la lecture du morceau de Schiller de la troisième période, intitulé le Secret. Cependant Immcrdurst était esclave de ses devoirs militaires, et, malgré le vaeille- ment insolite de sa raison, il se mit à lire attentivement le rapport. Il prolongea cette lecture, en l'alternant de celle du Secret, et en suçant son cigare d'un kreutzer jusqu'au delà de minuit. Le résultat fut que les mots secret et nuit frappèrent singulièrement son imagination ardente. 11 s'était, pour ainsi dire, imprégné du morceau et du rapport qu'il venait de lire. 11 s'assit donc à la table de la chambrée, alluma un nouveau cigare, et, prenant une feuille de papier semblable par le format et par la couleur à celui de Miaou, il improvisa d'un trait de plume son rapport au sergent von Bierfasz sur le rapport de Teufelsfurz. 24 HISTOIRE Après l'intitulé (1) tout à Fait semblable à celni du pédagogue, sauf les noms, prénoms, âge, qualités et grade, il coucha ce qui suit sur le papier : g 1*. » lohann-Théodore-flabacuc-Népomuc Teufels- furz ne pouvait dire un mot, trop d'écouteurs nous entouraient; je ne pus interroger que son regard et je compris tout ce que ce regard disait. Il vint en tapinois jusqu'à mon lit de repos, et, caché sous l'ombre de ma couverture, je pus déchiffrer tout un inonde de révélations dans ses yeux 'i 2. » Loin de tout tracas, ils travaillent de jour pour l'enlèvement nocturne, et je reconnus, au murmure de leurs voix, le marteau retentissant qu'ils préparent pour la perpétration du tragique événement. Ils se plaignent de La misérable existence du soldai et de la dureté du ciel ; et cepen- (i) Posl liiulu. d'un bouton 25 danl ils promettent d'obtenir facilement des dieux le bonheur qui manque au pays badois. g 3. » Sur la pointe des pieds, et de nuit, et dans le silence, ils nous ont surpris; et nous nous sommes sauvés d'un pied léger. Nous mettrons entre nos ennemis et nous les ondes furieuses de l'immense fleuve, de notre Rhin allemand, qui sauvera le sanctuaire de la patrie. s! 4. » Il est clair,de toutes ces recherches et investigations opérées par moi, que le secret dont il s'agit est horrible, et que la sécurité de l'unité confédérée de la Germanie est compromise. Je conclus donc que l'ennemi implacable de l'Allemagne, le Gaulois, est à nos portes. 11 est.urgent de veiller, ou le grand-duché de Bade est perdu. » Mannheim, le 17 janvier 1857. 11 Signé Auguste-César Immkrdurst " Caporal du %' peloton du 2* escadron du 9* régiment de cavalerie du grand-duché de Bade, etc., etc. » 2 26 HISTOIRE Le soleil éclairait en plein les carreaux des vitres du quartier, lorsque le caporal Imrflèrs- durst, après avoir relu, pour la dixième fois, son rapport sur le rapport du cavalier [ohann-Théo- dore-Habacuc-Néporauc Teufelsfurz, et après avoir dit chaque fois : « Bien !... très-bien 1... c'est clair celai... de manière que..., «milles deux pièces sous enveloppe, les cacheta et écrivit au-dessus : « Au bien né M. Pierre-Paul-Oscar von Bierfasz, sergent de cavalerie, commandant la 2 e section de la l ro division du 2 e peloton du 2« escadron du 9 e régiment de cavalerie, etc., etc. » Et il envoya le pli par le brosseur du sergent. d'un bouton 27 V Le bien no M. Pierre-Pa^J-Oscar von, Bierfasz était le di?-septième fruit de l'amour conjugal de messire Pierre-Paul-Oscar, seigneur féodal et baron de Bicrfasz, antique château situé dans les solitudes de l'Odenwald, et de dame lohanna- Emerita-Christina-Paulina, aée von Hahnrei. Ce dix-septième fruit du mariage des respectables septuagénaires était, de plus, un fruit sec de la célèbre École polytechnique de Garlsruhe, capitale de Bade el résidence du grand-duc et prince. De cette fameuse école, où viennent achever leurs études toutes les impuissances universitaires de l'Allemagne, et, principalement, les damoiseaux des gentilhommières germaniques, 28 HISTOIRE Pierre-Paul-Oscar von Bierfasz avait emporté une connaissance théorique très-imparfaite sur la méthode de fabriquer à peu de frais de la casson- nade de betterave et de distiller une liqueur fortement aqueuse de sirop de pommes de terre, de plus le talent extraordinaire d'avaler, coup sur coup, vingt-quatre chopes de bière, pendant que midi sonnait à la tour de l'horloge de l'hôtel de ville de Mannheim, ce qu'il consolidait ensuite, par manière de passe-temps, de vingt- quatre saucisses et d'autant de bouchées de salade aux pommes de terre, fortement vinaigrée et poivrée. Bien entendu, von Bierfasz ne payait jamais les frais de ce tour de force. Il en était au quatorzième saucisson, lorsque son brosseur lui remit la missive du caporal lui- merdurst. Bierfasz empocha le pli, acheva ses vingt-quatre saucisses cl les bouchées de salade, et alla ensuite, sous les bosquets défeuillés du parc du château, jouir du frais, par dix degrés de froid. Tout en se promenant, le sabre traînant sur la d'un bouton 29 boue gelée des sentiers du parc, il prit le rapport du caporal, lut le cinquième paragraphe et tomba dans de profondes méditations, en cherchant le sens pratique du secret, de la sécurité menacée, de l'unité allemande compromise, de l'ennemi gaulois et de la chute du grand-duché de Bade. Il pénétra si bien le sens pratique de la missive du caporal, qu'il finit par trouver, au bout de quinze jours, dans le fouillis de sa tête, le sens pratique suivant : « La vérité pratique du secret étanl une chose obscure, on devait évidemment chercher à l'é- claircir. » La sécurité n'étant point un rêve, il était de toute nécessité d'en trouver l'explication pratique dans les songes. » L'unité allemande étant un fait surabondamment accompli, on ne ppuvail permettre a la France de la classer parmi les utopies politiques. » L'existence de l'ennemi gaulois étant dé- 2. .'50 HISTOIRE montrée théoriquement, il était pratiquement notoire que la France voulait accaparer le rôle de maîtresse du continent. » L'Europe continentale, et surtout la Grande- Bretagne maritime, ne pouvant être maintenues dans leur intégrité que par le grand-duché de Bade, il était urgent de douhler les forces militaires badoises, et de porter de dix mille hommes à vingt mille le contingent ordinaire fourni par le grand-duché à la confédération germanique. » Or, le sens pratique de la théorie émise par le sergent de cavalerie Pierre-Paul-Oscar von Bier- i'asz démontrait jusqu'à l'évidence que. « Paris pouvait être pris d'un coup de main préparc à la longue, et après en avoir communiqué le projet et les plans détaillés à l'Autriche, à la Prusse, au Daii cm a rck, à 1 a IIol lande, au x q ualre roy aum es et aux vingt-neuf divers Etats de la Confédération germanique, qui ensuite enverraient leurs plénipotentiaires à Garlsrhue traiter sur le sens pratique qu'entraîneraient après soi la prise et le sac de Paris, d'où évidemment partait toute la d'un bouton 31 trame ténébreuse de l'envahissement projeté du Rhin par la France, et mis à découvert par l'événement secret dont parlait le caporal Immerdurst. » Ce fut dans ce sens pratique que le sergent de cavalerie von Bierfasz fit un mémoire détaille qu'il transmit immédiatement au lieutenant baron von Grubelkopf-Dummloch, commandant le 2» peloton. — Maintenant, pensait von Bierfasz, me voilà sur d'arriver aux épàulettes d'enseigne. 32 H1ST 01 [1 K VI Quelques jours après, le caporal Immerdursl cl le sergent de cavalerie von Bierfasz se trouvèrent tous les deux, l'un de garde, l'autre de planton, sous la grande porte enchère de la maison habitée par le très-haut, bien né M. le colonel Langsamvoran, commandant le 9° régiment de cavalerie en garnison à Mannheim. Le cavalier Teufelsfurz était de l'action, et se tenait immobile dans sa guérite, adossée contre une des encoignures de ta porte cochère. lie ce poste solitaire, [ohann-Théodore-Habacùc-Népo- muc Teufelsfurz pouvait observer, avec toute la gravité philosophique qui sied si bien à un héros teuton, ce qui se passait dans l'intérieur de la d'un bouton 33 cour, et garder strictement ce qui lui était pres- # crit par sa consigne. Personne ne pouvait entrer sans en avoir avant tout demandé la permission au chef de poste, au sergent. Le caporal Immerdurst adorait ce service. 11 pouvait rester là des heures entières, plongé dans des méditations contemplatives et poétiques sur un objet qui, depuis des années, s'était emparé de sa pensée et ne laissait à son pauvre cœur ni paix ni trêve. En véritable Allemand, il était dévoré par un amour volcanique, effréné. Los flots de bière qu'il absorbait journellement, au lieu d'éteindre cette flamme poétique, ne servaient, au contraire, qu'à la nourrir plus désordonnée et plus vive. Elle s'était enfin épaissie et condensée au point que le pauvre homme en était devenu stupide, ou à peu près. Toutes les fois qu'Immerdurst était de planton chez M. le colonel, ou plutôt chez madame la colonelle, il prenait le parti sinistre d'en finir avec sa triste existence. Mais, après bien des combinaisons et des considérations poétiques, 34 111ST0IHE il n'avait pu découvrir la posture pathétique à prendre lorsqu'il se précipiterait, dans son désespoir, comme le biblique Saiil, sur son épéé. El mourir dans une attitude d'épicier repu de biens et de bière... Oh ! cette pensée seule le faisait grincer des dents, à les broyer comme le froment sous la meule d'un moulin. Il se contentait donc de vivre, d'aimer, de souffrir et de rêver un suicide pittoresque, sans avoir jamais ouvert son fatal secret à l'adorable femme qui ne se doutait même point de la victime attelée à son char triomphant d'amour et de poésie. De son côté le sergent von Bierfasz, chef du poste, lui aussi, était noyé dans une mer incommensurable de réflexions. Mais, en homme méthodique, et quoique fortement épris, il aimait pratiquement, et calculait à froid les probabilités de (hanches de réussir dans ses amours, elles profits qu'il pourrait en retirer. Bierfasz avait l'instinct de conservation poussé jusqu'aux conséquences les plus rigoureusement positives. 11 ne supportait qu'avec impatience lt'UN BOUTON 3!) l'idée de vivre éterriellement au sein des chagrins e1 des injustices donl toute sa carrière militaire avait été tissue, depuis qu'il s'était vu dans la nécessité de quitter la dignité d'élève de l'École polytechnique en qualité de fruit sec. A défaut de cœur, il possédait celte étoffe de la nature composée de sang, de muscles, de nerfs, qui fait que l'amour n'est autre chose, dans de tels hommes, qu'un profond calcul d'égoïsme. Quand il pensait à l'objet de ses désirs, à cette femme, comme il disait, il entrevoyait les épaulettes d'enseigne qu'elle pourrait facilement lui procurer, le.jour où elle ne résisterait plus à ses entreprises hardies. — Je l'aurai, pensa-t-il, ou je la transpercerai de mon sabre droit. Telles étaient les conclusions pratiques qu'il tirait de sa passion pour la grande Laure, qui savait à peine que le sergent de cavalerie von Bierfasz existât dans le régiment en qualité de sous-officier. Le cavalier Teufelsfurz, lui aussi, adorait la colonelle. Grâce à cette passion, il dominait sou 36 HISTOIRE caractère opiniâtre el revêche, qui l'eût constamment fait jeter à la salle de police. Mais son amour se resserrait strictement dans les limites de son imagination bornée. Pour lui, qui n'avait jamais entendu parler ni d'Horace, ni d'Ovide, ni de Tibulle, toute cette affaire de sentimentalité n'était que pure sensation, qu'un désir de jouissance telle quelle. La bière qu'il buvait ne le portait pas vers les régions éthérées. De tout ce qu'il éprouvait dans le cœur, il ne sentait bien nettement que l'entraînement de l'instinct. Ainsi, tandis que Bierfasz était absorbé dans les calculs d'un amour utilitaire, qu'lmmcrdurst se débattait douloureusement dans les étreintes d'une passion poétique à la Werther, Teufelsfurz ne rêvait, .lui, qu'aux plaisirs de la sensation qu'il éprouverait, en pressant ne fût-ce que le bout des doigts de sa belle. Les trois amoureux se morfondaient donc à cœur joie sous la porte coebère. Immerdursl cherchait, comme c'étailson habitude invariable, un vers galant destiné au tendre objet de ses d'un bouton 37 amours. Comme tout Allemand poète, il était heureux, non de la voir, mais au moins de frôler, en secret, les murs adorés qui la cachaient aux yeux des mortels, sous leur enveloppe épaisse, froide et sombre. Bierfasz calculait les effets d'une lettre non signée, pleine de tirades d'une passion flam- boyante. [raïaerditrst se posait la question délicate s'il lui ferait enfin parvenir les vers suivants, tirés toujours de son volume de Schiller : A LA MUSE. « Ce que je serais sans toi, je ne le sais ; mais j'ai horreur, Quand je vois ce que sont sans toi des centaines et des milliers (1). » Signé : A.-C. Immerduust » l'oëte, caporal au i', etc. » Teufelsfurz suivait d'un regard envieux les évolutions amoureuses d'un coq, tournoyant en caquetant autour d'une des poules qui composaient le personnel de sou sérail. Ils se tenaient ainsi absorbés dans leurs mé- (1) An IMF. MUSE. Was icli olino dioli wairo, ich wcisz es niclit; al>cr mir frftQét, Sth'ich, watohne dicta iiumlcrt' and TuMnd siml. 3 38 HISTOIRE ditations, lorsqu'un incident, fort commun du reste, incident de tous les jours dans la vie de ménage, les réveilla tous les trois de leurs profondes contemplations. Une grande femme, frisant la quarantaine, ou à peu près, vêtue d'une camisole de nuit jetée par-dessus un jupon de madapolam, le tout fortement chiflbnné et nullement de première fraîcheur, apparut dans la cour, suivie d'une jeune et jolie servante, proprement mise. Les cheveux de la jeune fille, lisses et ramassés en chignon sous un immense peigne, contrastaient étrangement avec la coiffure de la femme, dont la tresse rare, détortillée et défaite, flottait en désordre sous un maigre bonnet de nuit. Cette femme, en marchant, faisait claquer sur le pavé de la cour deux pantoufles où étaient fourrés des pieds chaussés d'une paire de bas tombant en plis et accusant l'absence des jarretières. —Ah! s'écria en lui-même le sergent, c'est elle! — Ciel ! soupira, en portant vivement sa main vers la région du cœur, le caporal, c'est elle! d'un bouton 39 — Tonnerre et vent! grommela le cavalier, c'est elle ! La jolie fille, en un tour de main, venait d'attraper une poule qui se débattait en poussant îles cris aigus. Toute la basse-cour répondit à cet appel d'alarme. Ce fut un bruit tellement assourdissant, que l'on ne put entendre un mot de ce que se dirent les deux femmes. Mais le résultat démontra que la pauvre poule était condamnée à faire, à son tour, le plongeon de l'éternité dans la soupe au riz. La jolie fille disparut en emportant le gallinacé. La femme sèche mit les poings sur ses hanches, jeta un regard scrutateur autour d'elle et se dirigea, au bruit solennel de ses pantoufles, vers la porte d'où elle était sortie. — 0 adorable créature, soupira le caporal, te voir et mourir ! — Ah! si tu voulais, les.épaulellcs d'enseigne ne tarderaient pas à venir, pensa le sergent. — Diable de colonel, quel satané brin de femme il a donc ! murmura Teufelsfurz. 1(1 UlriTOIKli VJI C'étail elle en effet, elle, le sublime, l'ado- rableobjel des tendres soupirs du trio amoureux! c'était elle, la très-gracieuse madame la colonelle Langsamvoran, née baronne von Fick- facken, Charlotte-Amélie-Laure. Elle était longue, sèche et plate. Elle avait de grands yeux d'azur, aux couleurs passées. Sa mince chevelure était blond de lin. Un front étroit et fortement fuyant depuis les arcs de sourcil, qui se faisaient remarquer par leur absence complète, dénotait une nature vaine et sentimentale. Son nez, droit et terminé en pointe aiguë, flanqué de narines aplaties, attestait un caractère aigre-doux. Sis lèvres étaient d'un houton 41 milices, ses joues flétries; et il fallait tonte L'épaisseur du classique bandeau de Cupidon, posé sur des yeux allemands, pour la trouver belle. Elle paraissait rêveuse lorsque, entourée des officiers du régiment, elle écoutait avec distrac- lion le tourbillon flasque de leurs bons mois et de leurs quolibets surannés, toujours les mêmes depuis qu'il y avait des officiers dans ce régiment. Pincée, roide, elle se balançait avec affectation sur ses longues écliasses, en traversant ses salons, où se réunissait régulièrement, cliaque mois,le monde militaire, qu'elle abhorrait comme tout le reste. Son idéal, c'était la cour. Quand elle était avec ses gens, elle était âpre, dure, capricieuse. Elle mangeait énormément, et lisait sans cesse, quand elle ne grondait pas. Froide et réservée, vis-à-vis de son mari, elle avait à peine un mot pour lui. Le colonel, depuis vingt ans qu'il était uni à cette femme par les doux liens de l'hymen, s'était peu à peu accoutumé à celte stupide ei morne existence. 11 s'occupait des affaires de service, mais toujours sous 42 HISTOIRE les ordres de sa femme, qui l'avait poussé depuis le grade de lieutenant. La famille von Fick- fackerj était une puissante famille, très-bien en cour, et l'on n'avait rien a lui refuser. Dans la ville même, madame la colonelle jouissait d'une immense réputation. On l'avait nommée la muse de Mannheim. En société, elle divaguait admirablement sur toute espèce de sujets. Elle faisait do la littérature, et avait composé des élégies, des idylles, des églogucs, des hymnes patriotiques, des romans philosophiques, des nouvelles de genre, des drames mystiques et des comédies, voire même elle avait écrit un charmant ouvrage, sur la maternité, sur les peines et les plaisirs de cet état. Toul cela, était pro- prettement, coquettement accommodé ; rien n'y manquait, excepté le cœur d'une femme, le sentiment d'une mère : elle n'avait jamais eu d'en tonte. Le monde l'avait proclamée une femme supérieure. Les divers cercles de Mannheim ['écoutaient comme un oracle. Les savants et les érudits passaient des heures entières avec elle, discutant d'un bouton Y,\ sur des sujets tellement élevés et tellement profonds, qu'ils finissaient par ne plus se comprendre. Elle était surtout forte en économie politique, et solidement ferrée sur la philosophie. C'était une encyclopédie vivante. Les hautes autorités de Mannheim étaient pleines de déférence pour cette femme. Sa protection était toute-puissante. Qui eût osé déplaire à une Fickfacken? Au reste, elle se mêlait peu aux mesquines intrigues de la vie de province. Elle visait plus haut. Elle rêvait pour son mari le grade de général, l'emploi de ministre de la guerre, la dignité de conseiller d'Etat et le titre de comte; car, pour elle, elle était déjà dame d'honneur de première classe et maréchale de cour, et c'est le dernier terme de l'ambition des dames allemandes. Aussi elle ne laissait jamais échapper une occasion de faire valoir son mari auprès de la cour de Carls- ruhe, où aboutissaient les rôves de toute sa vie. Le jour où ses trois adorateurs l'avaient vue, dans son poétique déshabillé, vaquer à ses affaires 44 HISTOIRE déménage, la colonelle attendait à dîner deux de ses intimes amies. En Allemagne, on dine tôt : à midi précis chez l'artisan ; aune heure dans le négoce et la finance; à deux heures chez les fonclionnaires supérieurs, et à trois heures dans les maisons aristocratiques; Donc, c'était l'heure du repas chez madame la colonelle. Toute la matinée se passa en apprêts. Les deux amies étaient, l'une la femme du ministre de la guerre, l'autre celle du grand chambellan de la cour. Ces dames étaient en route pour Paris et venaient à Mannheim remonter leurs finances chez le baron français, le banquier juif le plus connu de toute l'Europe, et qui manipule les capitaux de tous les personnages marquants, en train de faire ou de défaire leur fortune. A l'heure indiquée, les trois dames et M. le colonel se mirent à table. d'un bouton 15 VIII Pierre-Paul-Oscar von Bicrfasz avait longtemps médité sur le moyen pratique d'arriver enfin à une entrevue avec madame la colonelle. A force de sonder dans les profondeurs de son cerveau, il trouva une solution qui lui parut on ne peut plus praticable. Il calcula qu'une fois tout ce grand monde à dîner, il pouvait parfaitement s'introduire auprès de la vigoureuse fille, la cuisinière, qui avait si lestement attrapé la poule, et que, par elle, il obtiendrait le tète-à-tète si ardemment désiré. Il se rendit donc, sans bruit, casque en tète et le long sabre sous le bras gauche, vers la cuisine, située au rez-de-chaussée. 46 HISTOIRE Une cuisine, à Mannheim, est une pièce importante. Celle de la colonelle surtout était remarquable par sa grandeur. Au fond, le long du mur, s'étendait un immense four a compartiments. Une longue table garnissait le milieu do la piùcc. Des planches clouées au mur supportaient tout ce qui était nécessaire à la confection culinaire des plats germaniques. La jeune fdlc était activement occupée autour de ses pots en fer de fonte émailléc. Elle était seule, et coordonnait, sur un long plat ovale, dans un ordre symétrique, des côtelettes de bœuf aux raisins de Corinthe et à l'amande douce. Lorsque Bierfasz fourra sa tôte à travers la porte cntre-bàilléc, la belle cuisinière arrosait ces côtelettes de lait et de bière fouettée au lard. Un parfum, adorable pour la faculté olfactive des Allemands, chatouilla l'odorat du sergent. 11 éternua à plusieurs reprises. A ce bruit, la cuisinière se retourna en s'exclamant, comme le fait immanquablement toute bonne catholique. — Ah ! Jésus! Maria ! d'un bouton 17 — Ètes-vous seule, toute charmante jouvencelle? demanda le sergent. — Entrez, entrez, monsieur le sergent de cavalerie. — Au moins, il n'y a personne ? insista le sergent en continuant d'étérnuer. — Comme toujours, monsieur le sergent de cavalerie, il n'y a personne.. — Alors, j'entre, reprit le sergent en lâchant une nouvelle bordée d'éternuements. — A votre santé, monsieur le sergent de cavalerie, dit la cuisinière en saluant les éternue- ments de Bierfasz. — Grâce à votre bonté, riposta galamment le sergent. — Qu'y a-t-il à votre service? monsieur le sergent de cavalerie. —Ah 1 voilà, répondit-il,avec votre permission, fille charmante, il s'agit de procéder par ordre. — bagatelle, monsieur le sergent de cavalerie; mais allez toujours, je vous écoute. — Je vois avec plaisir que j'ai affaire à une 48 HISTOIRE fille expérimentée et versée dans le grand art de la vie pratique. — Certainement, monsieur le sergent de cavalerie ; mais allez toujours; je vous... — Je comprends qu'une vierge méthodique, comme vous, déteste la routine a laquelle je n'ai jamais eu l'habitude de recourir dans mes aspirations vers le sens pratique de la chose. — Ah ! oui-da, monsieur le sergent de cavalerie; mais allez toujours; je... — La pratique, ô colchique d'automne! doit toujours répondre à la théorie dans tout ce qu'on veut mettre à exécution. — Bien entendu, bien entendu, monsieur le sergent de cavalerie; mais allez toujours... — Enchanté, charmante belladone! Vous comprenez cela comme l'arithmétique; et la façon d'agir reçue dans notre pays, très-aimable or natif, exigeait de mon sens, tel que je vous le soumets, d'en arriver aux actes extérieurs relatifs à ma demande, d'un bouton 49 — Demandez, demandez, monsieur le sergent de cavalerie; mais allez... — Couronne virginale, interrompit galamment Bierfasz, je demande une intelligence secrète, par votre entremise, avec une personne très-haut placée qui pourrait me faire valoir auprès de mes supérieurs. — Auprès de vos supérieurs, monsieur le sergent de cavalerie? Mais... — Oui, lait virginal, la personne en question peut seule me donner l'emploi que je brigue, et vous pouvez compter, si je réussis... — Je n'en doute pas, monsieur le sergent de cavalerie... — Or, ceci bien compris, ô parchemin vierge, abordons la question. — Oui, abordons, monsieur le sergent. —11 s'agit de me faire pratiquer une entrevue secrète avec la très-gracieuse madame la colonelle. Avec madame la'colonelle, monsieur le sergent ? 50 HISTOIRE — Oui, cire vierge, avec elle-même, ce soir, quand elle sera seule. — Mais comment faire? Je n'oserais, monsieur le... —Voici, il ne faut pas s'arrêterà lasimplespécu- lali< m,ils'agitdo tendre à l'exécution,en exerçant... — Mais madame la colonelle n'exerce point les soldats, monsieur... — 0 pucelle naïve! il s'agit bien d'exercer les soldais. Dites seulement que je désire hanter madame la colonelle pour le service de l'État. Priez- la de disposer ce soir le terrain de manière... — En un mot, il faut que je dise à madame la colonelle que M. le sergent de cavalerie désire voir madame la colonelle seule, ce soir? — 0 adorable virginité du sens pratique, c'est cela même. — Eh bien, c'est bon, je le dirai... A ce moment, un laquais descendait pour chercher le plat qui venait d'être préparé; et Bierfasz n'eut que le temps de manœuvrer, pour s'échapper de la cuisine sans être apërçu. d'un bouton 51 IX A peine le sergent se fut-il effacé et le laquais eut-il disparu, qu'une toux à intonations rbylh- miques retentit à la porte de la cuisine. A ce moment, la cuisinière était absorbée par la composition d'un plat doux pour entremets. C'étaient des œufs battus au miel, relevés de piment et de tranches de jambon artistement entourées de saucissons coupés très-minces ; le tout saupoudré fortement de canelle et de cassonade. Un peu de vin blanc et de lait caillé, versés en dessous, étaient destinés à rehausser le piquant de ce mets sensuel, le plus adoré des Badois après la choucroute. . Mais le caporal lmmerdurst, ne rêvant que 52 HISTOIRE vers et poômes, fut pou touché de l'aspect radieux du platsch-matsch. Il se tenait.pour un homme épique, héroïque, dramatique, lyrique et didactique. 11 commença sans plus amples préparatifs, et dans le langage des dieux,ce qu'il avait dessein de dire :. — Veine peétique de nies désirs ardents, la nohlcsse, la beauté et la grandeur de mes sentiments précipitent mon génie profond vers la fougue des aveux. — Tiens! c'est vous, monsieur le caporal. Soyez le bienvenu. Qu'y a-t-il pour votre service? — 0 génie poétique! anime-moi de ton feu sacré. Sous ce drap grossier de la casaque du guerrier teuton, bat un cœur qu'emporte Pégase vers les lionnes el douces aspirations. Mes soupirs, vers la sublime Sapho, celle explosion idéale de toutes les beautés de la nature, sont la pour affirmer, au besoin, les ardeurs de mon âme. — Monsieur le caporal, vous dites là de bien belles choses, répondit la jeune (Me, qui se sen - r'UN BOUTON 53 tait, comme toutes les Allemandes, mie admiration instinctive pour les poètes. — Oli ! précieux! vous avez compris mon génie poétique, et vous concevez que j'ai bien le droit de soupirer après les hantes régions de son noble cœur. Ce n'est point une licence, n'est-ce pas? — Monsieur le caporal, vous parlez si bien, qu'on ne peut vous refuser la permission de dire tout ce que vous voulez. — Oh! délicieux! poétique artiste de ce divin réduit des besoins grossiers de l'humanité. Mais oserai-je vous exposer, vous expliquer ce qu'il y a d'idéal dans mes espérances éternelles? — Ah ! monsieur le caporal, pourquoi doue pas, s'il vous plait? — Oh ! délicat ! Trois fois soyez bénie, ô mortelle sublime ! Enfin, enfin je pourrai donc briser le pénible et douloureux silence de mes passionnés soupirs pour la muse, la gloire poétique du poétique pays de Bade. — Monsieur le caporal, dit la grosse fille en soupirant profondément, voilà que je ne vous 54 HISTOIRE comprends plus. Veuillez être assez bon pour me dire ce que vous désirez. — Oh! exquisI Ce que.je désire... Et le caporal Immerdurst, plaçant ses deux mains sur son cœur et roulant ses yeux vert de bouteille, au point qu'on n'en voyait plus que le blanc, se mit h déclamer : « Écoute en écoutant Quand do l'airain calaminé, Le son sonnant, Le tintement tintant, Pesant de son poids, Sur l'air aéré, Avisant son avis, Du moment momentané Qui s'écoule en s'écoulant Dans l'éternité éternelle; Alors m'élevant, De mon âme animée Vers la poésie poétisée Je voudrais en voulant, Atteindre en montant, Les hauteurs (''levées, De son sein s'agitant De tremblements tremblants. ■ — Jésus! Maria ! s'écria la cuisinière, seigneur Dieu ! que c'est donc beau, cela ! d'un bouton • 55 — Oh! colossal ! C'est corn me cela que j'aime... et... comme cela que je parle... — Dame, monsieur le caporal, on le sait, vous parlez bel et Lien ; mais qui donc voulez-vous atteindre? — Oh! fatal! mais elle, donc, elle vers laquelle j'aspire toujours, perpétuellement, éternellement, elle, la divine muse de la poésie. — La musc? Mais, au nom du ciel, monsieur le caporal, mais la muse, c'est madame la colonelle donc ? — Oh ! parfait!... Oui, c'est elle, c'est la musc ! c'est elle, elle, que mon pauvre cœur adore avec ardeur! — Jésus! Maria! s'écria la cuisinière stupéfaite ; vous n'y pensez pas, monsieur le caporal. Madame la colonelle, la très-gracieuse madame la colonelle... — Oh! somptueux! oui, oui, il faut que tu lui dises que, ce soir, j'aspire à lui apprendre les secrets de la nuit... J'ai pour elle dos vers... 11 entendit des pas sur l'escalier de l'office, et 56 HISTOIRE se sauva à toutes jambes vers le poste, où il s'assil à côté du sergent, et se remil à rêver à La soirée do délices poétiques que devait lui procurer la,jolie cuisinière. d'un bouton 57 X Teufelsfurz usa de moins de précautions pour arriver à la cuisine. Il y cuira tout simplement au moment où la cuisinière arrangeait un de ces plats monstrueusement combinés, auquel les Allemands donnent le nom intraduisible en français de saucissenkar- toffdbreisauerkrautkrantzicurst. Il serait difficile de rendre l'idée gastronomique qui a préside à l'invention de ce formidable couronnement de l'édifice culinaire allemand. Ce mets est surmonté d'une guirlande de boudins et d'andouilles; une corniche de choucroute entrelacée de betteraves confites au sel, (orme un anneau qui repose sur une coquille de .")ar mon goàer (1) ! sur l'air Di tcmti palpiti. Cette romance ne se compose que des deux vers que nous venons de citer et peut se chauler des heures, des journées, des années entières, sans que l'Allemand mélomane puisse jamais se blaser sur le charme de celle mélodie. Le lieutenant von Pflfferling sifflai! donc de la sorte constamment, tout en faisant régner l'ordre dans son peloton, en tenant au jour son livret, en veillant à la conservation des effets de ses (Il AU incin Silher, ail niein Gold, lit m ir dareh dil Kahl' gerollt. d'un bouton 09 cavaliers et à la tenue des chambrées. Au réveil, aux écuries, aux revues, aux inspections, à sa toilette, à ses heures de repas, à son coucher, chez lui ou chez les autres, il sifflait, sifflait tou- toujours l'air Di tanti palpiti. On ne pouvait dire s'il aurait sifflé ce malheureux air devant l'ennemi ; il n'avait pas encore eu l'occasion d'entendre siffler les balles. Ce n'était guère que chez la colonelle qu'il ne sifflait pas. La belle dame lui avait fait au cœur une profonde blessure, et il l'adorait en silence, à sa manière, en sifflant mentalement. La musc de Mannheim, le soir, à la lueur vacillante de la chandelle, ressemblait autant à la très-gracieuse madame la colonelle en déshabillé de lit, qu'un buisson de roses chaudement épanouies ressemble à une longue perche. Ce n'était plus la femme maigre et plaie du matin, telle que l'avaienl admirée les trois amoureux de service sous la porte cochère. Elle était devenue ample, aussi étendue en largeur, ou à peu près, qu'elle l'étail en longueur. Son buste étail abon- 70 HISTOIRE dant, son soin spacieux. Ses yeux, dans l'ombre que renvoyait sur sa flgOfe un abat-jour bleu de Prusse, paraissaient noirs. De magnifiques tresses un peu plus foncées que le blond de lin de sa ' chevelure, couronnaient son front fuyant. De faux sourcils dessinaient, dans la hardiesse de leur contour, du sentiment cl de la rêverie. Un admirable râtelier, d'une denture éclatante de blancheur, se montrait à travers ses lèvres fardées de rose, comme des perles enchâssées dans un fermoir de corail. Une mantille aux couleurs éclatantes couvrait ses épaules, déjà soigneusement voilées. Une robe immense en soie couleur jonquille la drapait largement, et retombait en longs plis sur une vaste crinoline, ne laissant à découvert qu'un tout petit bout d'un adorable soulier en salin rouge. Elle était belle comme cela, et c'était ainsi que la connaissait la société mannheimoisc. Les jours où personne ne venail passer la soirée chez elle, on était Sûr d'y trouver le lieutenant von Pfifferling. De sept heures du soir à neuf, il d'un bouton 71 était assis, ainsi que nous l'avons trouvé au début de ce chapitre. Ni elle ni lui ne quittaient leur posture d'abandon poétique. Sourds à tout ce qui se passait hors du boudoir, ils s'absorbaient dans leurs méditations et confondaient leurs ames dans un long regard. Au reste, pas un mot, pas ungcslc. A les voir ainsi, on aurait dit deux mannequins dressés là par un peintre dans son atelier. Au dernier son de la pendule, annonçant neuf heures, le lieutenant von PliOerling se levait, saluait en faisant claquer ses éperons, ha muse lui tendait la main sur laquelle l'amoureux au tanti palpiti déposait un long et calme baiser. Puis il sortait ; et, une fois dans la rue, il se remettait à siffler : Tout mon argent, tout mon or, A roule par mon gosier. Lui et elle s'étaient repus de l'immense bon- lieur d'avoir été seuls. Que faisaient-ils ainsi pendant la soirée? Ils s'aimaient; 7;' HISTOIRE XIII A peine le lieutenant von Pfiffcrling était-il parti en sifflant, que la vigoureuse et jeune cuisinière apparut, comme le spectre de Banquo, devanl la muse. —Qu'est-ce? demain!a-t-clle d'un airmaussade. — Très-gracieuse madame la colonelle, si vous le permettez, je viens m'acquitler d'une commission. — D'une commission ? lit la colonelle; de la part de qui? — Très-gracieuse madame la colonelle, de la part de M. le sergent de cavalerie de garde, de M. le caporal de planton et de .M. le cavalier de service. D'UN liOUTON l'A — De service, où? demanda la colonelle. — Très-gracieuse madame la colonelle, de service sous la porte cochère de la maison. — Qui t'a autorisée à te charger de leurs commissions ? — Très-gracieuse madame la colonelle, c'est d'après l'ordre de votre hauteur bien uée. — D'après mon ordre? demanda la musc étonnée; d'après mon ordre? — Oui, très-gracieuse madame la colonelle. — Et c'est moi qui l'ai donné, cet ordre? — Oui, très-gracieuse madame la colonelle. — Ah! par exemple, sotte espèce, quand l'ai-je donné, cet ordre? — Mais, très-gracieuse madame la colonelle, vous me l'avez fait transmettre par ces trois messieurs. — Quels trois messieurs ? — Mais, très-gracieuse madame la colonelle, M. le sergent de cavalerie de garde, M. le caporal planton et M. le cavalier de service. — Je n'y comprends rien du tout. 74 HISTOIRE — Très-gracieuse madame la colonelle, c'est ce qu'ils m'ont dit du moins. — Ah ! par exemple, s'écria la muse en se levant toute d'une pièce, tu es assez stupide pour croire que je m'abaisserais à parler à des soldats ? — Pourtant, très-gracieuse madame la colonelle, le sergent de cavalerie m'a dit qu'à neuf heures du soir... La cuisinière s'arrêta tout court. — Allons, voyons ce qu'a dit ce butor? ■ — Très-gracieuse madame la colonelle, le sergent a dit qu'il se tient prêt à procéder à un tête- à-tête pratique avec votre haute noblesse. — Ah! le gueux, le gredin! s'écria la muse blêmissant de colère. — Très-gracieuse madame la colonelle, M. le caporal est aussi venu, qui m'a dit comme cela... La cuisinière hésita de nouveau. — Voyons encore ce que t'a dit cet animal ? — Oh ! lui, très-gracieuse madame la colonelle, il a dit qu'il aspirait à initier madame d'un bouton 75 dans les secrets de la nuit. 11 a même parlé de vers... — Oh! le maraud! Mais ils sont donc fous ou ivres ? — Je ne sais pas, très-gracieuse madame la colonelle, cela peut être. A celte fin môme que le cavalier a dit que la très-gracieuse madame saurait tout de suite ce qu'il désire, quand j'aurai appris à madame; la colonelle qu'il y a dans sou régiment un nommé Iohann-Théodore-Habacuc- Népomuc Teufelsfurz. —Ali çà ! mais ils sont définitivement ivres, ces gens-là. Ils ne savent ce qu'ils disent. M\! ils se grisent quand ils sont de service, ces maroufles. Attends là un moment, reprit la muse de Mann- heim. Et, se plaçant devant la table : — Une plume, du papier et de l'encre I Puis, se tournant vers la cuisinière : — Le nom du premier faquin? — Von Bierfasz, sergent de cavalerie. — Du deuxième ' 76 HI8T0IRE — Immcrdust, caporal. — Du troisième? — Teufelsfurz, cavalier. La colonelle écrivit : Ordre. « Le sergent de cavalerie von Bierfasz, le caporal Immcrdust et le cavalier Teufelsfurz, en prison jusqu'à nouvel ordre pour s'èlre enivrés, étant de service chez le très-haut hien né M. le colonel commandant du 9 e de cavalerie, et pour propos impertinents sur le compte de la très- haute bien née madame la colonelle, commandante le 9 e de cavalerie. » Mannheim, au quartier de l'état-major du 9« régiment de cavalerie, le 31 janvier 1857. » Signé : Pour le colonel-commandant du 9" de cavalerie, la colonelle - commandante du 9 e de cavaleiie : » Chahlotte-Amélie-Laure von Lang- SAMVORAN, née VON FlfiKFACKEV. » d'un bouton 77 Elle plia le papier, le cacheta et mit la sus- cription : A exécuter immédiatement au reçu du présent ordre. » Au très-haut bien né M. le colonel-commandant du 9 e de cavalerie, A Mannheim. » — Fais porter cela immédiatement au cercle des officiers supérieurs, à la brasserie du Nectar des dieux. Une demi-heure après, le sergent Pierre-Paul- Oscar von Bierfasz réfléchissait, étendu sur le lit de camp, à la difficulté d'arriver aux épaulettes d'enseigne. Le caporal César-Auguste Immerdurst rêvait à côté de lui sur le bonheur poétique de souffrir pour une cruelle muse. Et lohann-Théo- dore-llabacuc-NôpomucTeufelsfurz ronflait àfaire crouler les murs de la prison. 7S HISTOIRE XIV Le 1 er février 1857, le lieutenant du 2n peloton du 2 e escadron du 9° régiment de cavalerie, le baron von Grubelkopf-Dummloch, venait de se lever et allait se mettre à son travail sur une thèse philosophique, présentée en 1621 à laSor- bonne de Paris par un anonyme, lorsqu'il reçut le mémoire sur le rapport du rapport de Iohann- Théodore-Habacuc-Népomuc Teufelsfurz. La thèse qui l'absorbait en ce moment traitait de l'origine de l'homme au point de vue philosophique ; et il y avait dix à douze ans que le baron Grubelkopf-Dummloch écrivait une réfutation de cette thèse en dix volumes grand in-8". Six volumes avaient été déjà publiés. L'ouvrage d'un iwiuton 79 avait fail sensation par toute l'Allemagne. Dans les six premiers volumes, de sept cent vingt pages chacun, le baron philosophe avait prouvé, au moyen de déductions abstraites et concrètes basées sur l'absolu et l'infini, que l'homme primitif, imparfait, avait été avant tout une grenouille. Dans les cinq cents dernières pages du sixième volume, il établissait d'une manière irréfutable, que l'homme-grenouille qui est tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera, était présentement une grenouille perfectionnée. Celte nouvelle théorie philosophique avait suscité des polémiques sans nombre/Tous les hommes de science exacte cherchèrent à quelle espèce de grenouille l'homme pouvait appartenir. 11 y eut bien par-ci par-là quelques incrédules qui voulurent discuter la possibilité d'une pareille théorie ; mais, après cinq ou six ans de batailles à coups de volumes de toute grandeur, il se trouva que M. le baron Grubelkopf-Dumm- loch avait parfaitement raison. Pour obtenir cette éclatante victoire cnii lit au 80 HISTOIBE docte baron une réputation colossale dans toutes les universités de l'Allemagne, il lui avait su lii de renvoyer ses adversaires aux Fables choisies . mises en vers par M. de la Fontaine, arec un nouveau commentaire par M. Coste, membre de In Société royale de Londres ; nouvelle édition, à Paris aux dépens de la Compagnie, 1758, tome I" livre III e , fable IV : les Grenouilles qui demandent un roi, pag. 64. Trois ou quatre des plus forts philosophes allemands disséquèrent cette fameuse fable à te] point qu'il n'en resta plus de vestige. Force fut donc aux Allemands de convenir qu'en effet l'homme était une grenouille perfectionnée. Les quatre derniers volumes que M. le baron Grubclkopf-Dummloch préparait, depuis cinq ou six ans, étaient destinés à prouver que l'Allemand est un homme-grenouille superperfectionné, de sorte que le matin un Allemand était, par sa nature, élevé à la puissance d'un tonneau sans bière, et que, le soir, il devenait un tonneau plein de bière. Cette faculté exceptionnelle de se d'un bouton 81 désemplir et de se remplir périodiquement toutes les vingt-quatre heures, était donc une preuve patente de la superperfection de l'Allemand. D'où M. le baron Grubclkopf-Dummloch concluait que la race germanique tire son origine de la première grenouille des étangs antédiluviens. Or, la vallée du Rhin étant évidemment le lil d'un ancien lac, il est donc constant que le Badois est, non-seulement un homme superperfectionné, mais encore un Allemand suprasuperperfec- tionné, d'où l'axiome universel qu'un Badois est l'Athénien de la Germanie, tandis que le Bavarois en est le Béotien. Ce à quoi l'université de Wurz- bourg qui avait eu vent de ce paradoxe philosophique se préparait à donner un démenti formel, en citant pour preuve que Lola Montés, danseuse erotique, fut à tel point goûtée et comprise dans le royaume de Bavière, qu'en récompense des services signalés que ses jambes avaient rendus ;| 1 Etat, elle fut créée comtesse du Vieux-Hann- swurst. Le mémoire sur le rapport du cavalier Tcufels- 5. 82 HISTOIRE furz avait singulièrement renversé, a la première lecture, les idées philosophiques du lieutenant baron von Grubelkopf-Dummloch. Il l'avait lu rapidement, il est vrai, mais avec la Bagacité d'un philosophe allemand qui avait passé un tiers de sa. vie à la profonde recherche du sens philosophique de l'homme en général, de l'Allemand en particulier et du Badois avant tout. Après avoir achevé sa toilette du matin , le docle baron relui encore une Ibis les Irois pièces, et tomba dans des réflexions profondes sur le sens philosophique du mémoire de Bierfasz. Le résultat fut que le lieutenant, pendant six semaines, ne put ni boire, ni manger, ni dormir, ni vaquer à aucun de ses devoirs militaires, civiques et philosophiques. Il devin! d'une humeur massacrante, Taisant des querelles d'Allemand à tout ce qui l'approchait. Ses yeux se cerclèrent d'un bistre foncé, à tel point que leur couleur bleu clair passa au verdâtre. L'insomnie l'éner- vait et le rendait tellement irritable, qu'un beau jour, il fut mis aux arrêts forcés pour réponse d'un bouton 83 inconvenante à un de ses supérieurs. 11 avait tant maigri, qu'au lieu de quatre-vingts livres qu'il avait pesé d'abord, il ne s'en trouvait plus sur la balance que soixante. Enfin il était presque réduit, manque de boisson, à un état de dessica- tion qui rappelait la très-vérîdique histoire du fameux colonel Fougas, l'homme à l'oreille enssée. Les arrêts forcéseurenl cependant ceci de bon, que le baron y gagna deux mois de réflexions, et put, en conséquence; écrire un mémoire sur le mémoire sur le rapport du rappori , mémoire très-circonstancié où il prouvait le sens philosophique de la trame ténébreuse en question. Le 2 avril, il rein il les pièces au capitaine Reitpeitsclie. Grâce aux observations philosophiques du lieutenant, celle affaire avait atteint sur le papier le développement de deux cent quarante-six feuilles écrites sur toutes les pages, sans une seule marge laissée en blanc. La suscripiion du mémoire du baron portait : « Des dangers du projet de désagglomération de l'agrégation politiquede l'unité germanique, 84 HISTOIRE considérés au point de vue de la morale el de la religion, en réfutation du matérialisme, du na- turalisme, du réalisme, de l'idéalisme, du positivisme, du socialisme et du communisme, germes infaillibles du bouleversement el de l'anéantissement de la famille, de l'État, de la patrie, de la religion, de la philosophie et du sentiment de l'autorité a divmo et ah humano du Père delà patrie badoisc, du très-haul et très excellent seigneur el souverain, Son Altesse royale el Altesse sérénissime, monseigneur le grand duc el prince de Bade, de Zaehringen, etc., etc. » D'UN BOUTON 85 XV Le capitaine Reitpeitsche . commandant le 2° escadron du 9 e de cavalerie, était doué de deux qualités détestables. La première et la plus insupportable dans un militaire était celle d'être hypocondriaque; La deuxième e1 la plus ridicule dans un Badois était un patriotisme outré. Cet homme, âgé de quarante-cinq ans, aban donne, depuis quelques mois, de sa femme, qui s'était sauvée avec l'enseigne von Halunke, avait une grosse et large Qgure. 11 était fort, d'une carrure écrasée et épaisse. Il avait le ventre pendant. Morose et nerveux, démoralisé par suite de longs exercices et d'excès de plaisirs, il ne 86 HISTOIRE digérait même plus La bière, élémenl indispensable aux natures germaniques. Ses facultés intellectuelles souffraient énormément de la fraîcheur et de l'humidité de la bonne ville de Mannheim , lavée par le Rhin. Il s'adounait volontiers à la tristesse et à l'oisiveté. Son plus profond chagrin, celui qui le rongeait depuis que l'âge de la raison étail venu éclairer son enfance tardive, se concentrait sur l'amer regrel de rie pouvoir incttre devant son nom le von , celle particule de noblesse d'origine, tant souhaitée de l'Allemand qui sent la profondeur de ses mérites. Il passait ses matinées à lire des livres de médecine, auxquels il ne comprenait rien, et ses soirées a des purgations de toutes sortes, fort en usage du reste dans la haute société allemande. Ces affections morbides si; traduisaient principalement sur la sombre Bgure du capitaine. Son * visage jaunâtre dénotait une absence complète de toute idée. A cheval devant son escadron, il se sentait toujours mal à l'aise. Les bourdonnements et les sifflements dans les oreilles lui faisaient d'un bouton 87 croire qu'on en voulait à sa vie. Aussi était-il constammeul hors de la portée de la carabine ou du pistolet. Cette dernière circonstance lui avait acquis une renommée universelle dans l'armée badoise. Quand on voulait cfter un homme brave et courageux, on le comparait au capitaine Reit- peitsche, le Ney badois, le brave des braves de la grande armée du grand-duché. Il aimait sa patrie, le grand-duché de Bade, physiquement, moralement et politiquement. Physiquement, son amour se traduisail par un appétit désordonné pour la pomme de terre, le saucisson, la bière el le vin verjuté du Rhin. Il adorait Carlsrube, la grande capitale du grand empire de Bade. Une fois en sa vie il avait été à l'étranger, en France. Et voici à quelle occasion. On l'envoya en mission en 1848 à Strasbourg, à propos d'un fer à cheval, volé par un déserteur du régiment. Ce fui au nom de son gouvernemenl qu'il réclama le fer a cheval, se souciant forl peu du déserteur, enrôlé depuis deux ans en Afrique dans la légion étrangère. Pour se débarrasser des 88 HISTOIRE importunités du capitaine, le maire de Strasbourg lui fil remettre un vieux fer à cheval, perdu par un liacre, et valant à peine quarante centimes. Le capitaine dit à M. le maire que l'honneur de Bade était sauvegardé, et revint chez lui plus malade que jamais, déclarant que l'Alsace, française d'âme et de cœur, était une misérable contrée, desséchée par sa gallomanic, que, du reste, avec son escadron seulement, il se chargerai! de la ramener, ainsi que la Lorraine, au sein de la grande nation germanique. Moralement,il adorait le grand-duc de Bade. Son Altesse le grand-duc, disait-il, esl la personnification du grand peuple badoiS. Il haïssait profondément toute autre nationalité, soutenant, dans son éloquence badoise, qu'un Français, pourtout bon Badois, n'était qu'une bouchée de salade; un Anglais, une tranche de roshif, et un Russe un oignon qui fait digérer le repas. Il professai! un mépris écrasant pour le Prussien, qu'il traitait-de lourdeau, pour le Hessois, qu'il nommait un imbécile aveugle, ilem des Suisses, des Aulriehiens 1>'UN BOUTON . . O» cl du reste des nationalités. Sa conviction intime était que le Badois seul méritait de vivre au soleil du bon Dieu. Politiquement, ses prétentions étaienl plus hautes encore. Sans rejeter la possibilité de l'unité de l'Allemagne, il prétendait seulement qu'elle ne pouvait s'accomplir que par la puissance irrésistible des invisibles années badoises. La gloire de son pays marchait avant tout, et, d'après sa théorie à lui, tôt ou tard la France, l'Angleterre, la Russie, de même que toute l'Allemagne, devaient, par la force des choses, devenir des provinces badoises. Il y aurait alors l'Allemagne badoise, la Russie badoise, l'Angleterre badoise, et la France badoise. Chacune de ces provinces auraii pour gouverneur un capitaine de cavalerie badoise, avec le litre d'allessc sérénissime, de Irès-haut el très-féal chevalier, chargé de pourvoir au bien-être de ces malheureuses contrées, languissanl acutellemenl sons le joug du despotisme, en proie a la misère cl sans avenir. Dans ses bons moments, il terminait ses 90 . HISTOIRE longues disgressions sur ce grave sujet en criant d'une voix tonnante : — Der Tevfel! l'avenir c'est nous! l'Europe c'est nous I foi de cravache du capitaine lieitpeitsche ! On peut comprendre maintenant dans quel sens patriotique et hypocondriaque le capitaine Reitpcitsche, au lieu de résumer le dossier, en élargit, au contraire, les proportions. D'ailleurs, de tout ce qu'avait pu écrire le lieutenant haron von Grubclkopf-Dniumloch, il n'avait saisi assez confusément que deux mots : dangers et patrie. 11 conclut donc, comme son lieutenant, qu'il y avait urgence de surveiller les trames ourdies par des hommes malveillants, sortis évidemment de France, cl qui n'avaient d'autre but que de renverser la grandeur de l'Allemagne, en culbutant, avant tout, l'édifice social cl politique de la grande patrie hadoise, seul rempart solide delà tranquillité, de l'ordre et de la sécurité européenne. d'un iiouton 01 XVI Une immense salle où se voyaient quatre chaises tressées de jonc, une lourde table carrée, une chandelle d'un kreutzer et demi, brûlant de mauvaise grâce, eu si filant àcremcnt et trahissant ainsi des matières résineuses mêlées au suif, pour donner plus de poids à la marchandise, des stores d'un jaune passé, telle était la pièce où se tenaient deux hommes , l'un habillé de noir de la tète aux pieds, l'autre revôtu de l'uniforme du 9° régiment de cavalerie. Le premier était le prieur doyen de l'église cathédrale évangéliqne luthérienne de Mannhcim, herr Schwetzer, théologien et naturaliste. Le second était le major Son Allesse sérénissime 92 HISTOIRE prince régnant von Steis-Stein-Steis-Lumpen- Betmold-Schorsleinburg, seigneur suzerain de deux mille neuf cents habitanls, fournissant au contingent de l'armée fédérale vingt-huit hommes, ayant une demi-voix aux assemblées générales et un sixième de voix aux assemblées ordinaires de la confédération germanique. Le nom de la capitale de la singulière principauté de Lumpen-Betmold-Schorsteinburg nous échappe pour le moment. Tout ce que nous nous rappelons, c'est qu'elle compte une population de trois cent vingt-huit âmes. La principauté elle-même est divisée en quatorze provinces qui sont administrées par un conseil de ministres, composé d'un ministre de l'intérieur, d'un mi- nistre des finances, d'un ministre des domaines de la couronne et d'un ministre des affaires étrangères. C'est ce dernier qui, de plus, est chargé de porter, aux diètes de Francfort, la demi-voix ou le sixième de voix attribué à son maître et souverain. Les revenus de cet empire se montent à en- d'un bouton 93 viron (rois mille deux cents florins par an, suivant 1rs bonnes ou les mauvaises récoltes. L'armée lumpenoise est composée de la garde princière forte de huit hommes, les officiers et la musique y compris, de l'infanterie de ligne avec dix soldats, de la cavalerie montée sur quatre chevaux de louagè, lors des grandes manœuvres et des revues annuelles, de l'artillerie ayant un desservant par roue, l'affût étanl fourni par le prince de Kneiphausen et le canon pur le comte de Kertsenstein, et enfin du génie, comptant un effectif de quatre hommes. Cette armée, absorbant la presque totalité des revenus de l'empire, le prince von Slcis-Stoin-Steis-Lum- pen-Betmold-Schorsteinburg s'étail décidé, après avoir nommé un conseil de régence, à prendre du service dans l'armée badoise. Là, Henri-Al- berl LXVIII" du nom, promu immédiatement au grade de major, partageail son temps entre les soucis et les tracas du gouvernement, et sa passion pour les recherches théologiques. En Russie, il aurait fail un excellent procureur général 94 histoire du saint synode dirigeant; en Allemagne il parvint à se faire classer au nombre des écrivains dogmatiques les plus distingués. 11 avait débuté par un volumineux ouvrage intitulé : « Recherches théologiques sur 1rs principes catholiques et protestants dans leurs rapports avec l'existence de l'Église dans l'État et de l'État dans l'Église. Schorstcinburg, imprimerie princièrede L'Institut de la bibliographie scientifique de l'Allemagne universelle, 1850. » En quatre ans, cet ouvrage avait eu « cinq éditions revues, corrigées, augmentées, commentées et annotées avec soin par l'auteur lui- même. » 11 y avait quinze jours, le 15 juillet 1857, le capitaine Reitpeitsche avait eu l'honneur de remettre à M. le major, Son Altesse sérénissime, le dossier volumineux delà grande affaire. Ces quinze jours, le major les avait consciencieusement consacrés au plus sévère examen des documents reçus. Le major consul (ai I donc son ami intime le d'un bouton 95 docteur theologise herr Schwelzer, sur cotte affaire qui menaçait de prendre des proportions colossales et qui était grosse d'épouvantable» orages dans l'avenir. Le major développa fort au long à M. le prieur doyen son avis sur la « mystérieuse circonstance qui avait amené l'événement dont il tenait les fils, sans pouvoir atteindre les lâches criminels tramant de sataniques desseins contre l'Allemagne une et indivisible, et contre le grand-duché de Batlen qui se réjouissait de l'honneur et de la félicité d'être gouverné par un prince aussi magnanime, aussi puissant que Son Altesse royale. » — C'est grave, très-grave, observa le pasteur Schwetzer. — Cela demande beaucoup de prudence et de prévoyance de la pari de très-hautes autorités constituées de ce glorieux empire, remarqua le major prince von Steis-Stein-Steis. ■ Comme vous le dites, Altesse sérénissime, ce glorieux pays, constitué en bailles autorités, 96 H1STOIIIE demande de la prévoyance et de la prudence... Cela en demande beaucoup, affirma le pasteur •Schwetzer. — Observation profondément judicieuse et hautement sage, très-haute Révérence, continua le major. — Certainement, monsieur le major, fort certainement, reprit hoir doctor. — Cette bière est lionne, dit le major en avalant une gorgée. — Cette bière est bonne, dit à son lour le pasteur. Et tous deux tombèrent dans une silencieuse méditation. Au bout de dix minutes, le théologien dit, en faisant couler dans sa gorge quelques gouttes du breuvage amer : — Cette bière est bonne. — Cette bière est bonne, lil de même le militaire. Quarante minutes s'écoulèrent. Les deux interlocuteurs s'étaienl absorbés dans tous les raffine- d'un bouton 97 ments de recherches théologiques sur l'affaire en question. Puis le pasteur, s'ingurgitant un long et mince filet de bière, dit d'une voix grave : — Cette bière est bonne. — Cette bière est bonne, soupira gravement et sur une note creuse le major. Une heure et demie après, le major, achevant la chope, dit de nouveau d'un ton triste : — Cette bière est bonne. — Cette bière est bonne, riposta sur le même ton le pasteur. Les deux amis se tendirent cordialement la main au moment de se quitter — A demain, Altesse sérénissime, à demain. — Surtout, très-haute Révérence, de la discrétion, de la circonspection, de la prudence, de la réflexion, de la sagesse... — Certainement, monsieur le major, fort certainement, de la circonspection, de la discrétion... — A demain. — A demain. (i i)8 HISTOIRE • l.o major et le docteur conférèrent ainsi pendant vingt soirées, jusqu'à ce qu'un événement imprévu vînt hAter le travail de l'avis et des con- clusions sur la grave affaire. d'un itou ton 99 XVII Grâce aux indiscrétions du prieur doyen, le très-haut révérend pasteur Schwetzer, la nouvelle d'une affaire ténébreuse et dont il était impossible de saisir la trame, s'ébruita peu à peu dans tout Mannhéim. De là, elle se répandit dans les villes voisines, à Heidelberg, à Weinheim, à Schwelsingcn, puis à Bruchsall, à Durlacli, à Garlsruhe, à Bade-Bade, à Bippoldsau, à Oppe- nau, à Freiburg. Partout on éprouvait comme un vague pressentiment de quelque chose de terrible qui se préparait dans un prochain avenir. Le grand-duché de Bade, Mannhéim surtout, vivait dans des appréhensions douloureuses. 100 HISTOIRE Personne n'était sûr du lendemain. Les Badois, tourmentés far de mauvais rêves, se prirent à méditer sur l'instabilité des choses humaines. L'opinion publique était fortement travaillée. De sinistres rumeurs parlaient d'expropriation, de partage, de malheurs sanglants qui allaient éclater sur le beau pays de Bade. Mais personne ne pouvait se rendre compte de l'événement tant redouté. Les savants, les économistes et les philosophes en cherchaient inutilement le dernier mot. On savait bien qu'il se tramait quelque chose; mais quoi? mais par qui? mais où étaient noués les nœuds inextricables du complot? Les autorités étaient sur les dents. La police armée de toutes pièces battait la campagne en cberchant les instigateurs, les conspirateurs, les conjurés. Mais tout fut en vain. Alors elle s'acharna sur la presse, sur la littérature, sur tout ce qui s'imprimait. Elle doubla le nombre de ses agents secrets, qui passaient les nuits et les jours à lire des épreuves, à chercher un sens, une si- d'un bouton 101 gniflcation, une allusion révolutionnaire dans quelques lettres renversées que le prote avait laissé passer inaperçues. Une typographie fut soumise à une perquisition de ce genre qui ne dura pas moins de huit jours. Il s'agissait de savoir pourquoi, dans un très- volumineux ouvrage qu'on éditait en ce moment, il y avait, à différents passages, les lettres suivantes renversées : ZRUTSMU. L'agent qui avait été chargé de lire cet ouvrage avait découvert qu'en prenant ces lettres à rebours, on lisait clairement le mot UMSTURZ (renversement, bouleversement). Qu'avait à faire ce mot dans un livre de physique, où il était beaucoup question de démonolo- gie et de satanurgie ? A quoi ce mot pouvait-il faire allusion? Et comment s'élait-il trouvé là dans ce moment de crise politique imminente? On confronta plusieurs éditions antérieures de cet ouvrage, et on ne put y retrouver les lettres ZRUTSMU, renversées comme dans la dernière. 11 était donc clair jusqu'à l'évidence que 6. 102 HISTOIRE (oui le nœud de la conspiration était justement dans ce mot qui était la devise de la trame fu- neste, ourdie contre la patrie allemande. Ces investigations sagaces avaient réussi. L'affaire prit dès lors une consistance de réalité indiscutable. La conspiration était découverte ; son but avoué, connu. Elle voulait, ni plus ni moins, s'attaquer au monde politique, en s'attaquant au monde moral. Elle voulait enchaîner, asservir et profaner les autorités constituées. Elle voulait renouveler les esprits, émanciper les masses, introduire d'autres institutions. Il'UN BOUTON 103 X \ 111 Ce fut sous le pénible pressentiment des malheurs que faisait redouter celte fatale découverte, qu'eut lieu la réunion militaire de tous les mois, chez madame la colonelle Langsamvoran. L'enfilade des appartements que nous avons décrits, était illuminée a giorno, comme le disait l'éternel siffleur du tanti palpiti, le lieutenant von Pfifferling. Dans chaque chambre brûlaient en vacillant deux chandelles de suif. Le brosseur du colonel, en grande livrée, culotte jaune, gilet rouge et habit vert, en bas de coton bleu gris et souliers à boucles de cuivre, passait et repassait gravement, les mottchettes en main, d'une chandelle à une autre chandelle. 104 HISTOIRE La colonelle Langsamvoran, CharloUe-Amôlic- Laure, dans la posture que nous lui connaissons et transformée en muse du soir, était étalée pour la montre dans sa causeuse. Le lieutenant von Pfîfferling, à ses côtés, se tenant comme d'habitude sur l'angle de sa chaise, immobile, silencieux, la bouche desserrée et les yeux fixés sur l'objet de sa constante adoration, sifflait mentalement son air favori. Le prieur doyen M. le docteur Schwëster, qui jouissait de la prérogative, en sa qualité de pasteur, de se faire recevoir partout, occupait un fauteuil près de la muse et en face du tanti pal- piti. Son épouse, madame la prieure doyenne, reposait son corps, lourdement affaissé, dans un des coins du canapé. Celle bonne et brave dame était habillée strictement d'après une gravure de la mode viennoise de l'année 1836. Elle était enterrée dans un flot de rubans de couleurs éclatantes; une légère fourrure était négligemment jetée sur ses grasses épaules. Un immense bonnet enclavait son visage que le temps avait ridé, D'UN BOUTON 105 comme l'hiver ride les fruits. Un éventail de grand'mère en papier imagé, représentant des montagnes, des arbres touffus, des oiseaux, des rivières et des troupeaux, se balançait dans sa main gauche. A côté d'elle se tenait le major, Son Altesse sé- rénissime le prince von Steis-Steiu-Steis-Lumpen- Betmold-Schorteinburg. Puis venait madame la sous-colonelle Hatzcndorf, tout autant barriolée que madame la prieure. Sur un fauteuil devant la table ronde et en face du canapé se pavanait le lieutenant von Grubel- kopf-Dummloch. Enfin, sur l'autre causeuse, on voyait le capitaine Rcitpeitsche. C'étaient les élus de la société de la muse mann- lieimoise. La deuxième majoresse, La capitaine du premier escadron, quelques lieutenantes et sous- licutenantes, avec leurs maris à la suite, s'étaient répandues dans le grand salon qui précédait le boudoir. Le colonel Langsamvoran; assis devant la table 106 ii î s i oi ii e de la salle à manger, servait le thé que des brasseurs, en petite tenue, présentaient avec diverses friandises. On ne fumait pas. La muse de Mannheim ne supportait pas l'horrible odeur du cigare à un kreutzer. La conversation était montée en raison des pénibles pressentiments qui fatiguaient tous les esprits. Le prieur doyen avait beau faire des pointes lumineuses dans le domaine de la nature, pour prouver que le danger n'était pas aussi pressant qu'on voulait le dire, on sentait que lui- même n'avait pas cette conviction. — Ah! disait-il, croyez-le bien, les Grecques ne sont pas dans la nature allemande. L'aristocratie est aussi impérissable que la terre. D'ailleurs, Bade a pour lui le droit de sa force, la souveraineté de sa science sur l'intelligence, la souveraineté de son gouvernement sur le peuple. Une révolution est impossible si l'on veut s'attaquer à nos droitsetà nos idées, au fait accompli, au règne de la nature. Pour nous garantir des d'un bouton 107 idées subversives, nous avons nos droits sur l'humanité. — C'est clair comme un ruisseau limpide, soupira la muse mannheimoise. Le lieutenant von Plifferling, serra ses lèvres en rond, prêt à pousser son haleine avec violence pour former le son aigu du sifflet ; mais il s'arrêta en regardant son adorée Charlotte-Amélie-Lattre. — Ce serait un crime notoire de vouloir nous ravir nos rangs, observa la sous-colonelle. — N'est-ce pas? dit d'une voix Qutée lu prieure. — Que veulent les hommes de la conspiration? reprit à son tour le sérénissime major. Nous faire manquer à notre serment? Notre honneur militaire est de mourir immobiles à notre poste. — C'est parler en sage profondément versé dans la science théologique, dit la muse en poussant un long soupir. Le lieutenant von Pflfferiing jeta uu regard ineffable d'amour platonique sur la colonelle el continua tout bas l>i tonti palpiti. 108 histoire — J'avoue que je ne puis contenir mon indignation , s'écria le capitaine Reitpeitsche. Le sermeni, oui ; mais l'amour du pays, voilà l'alpha et l'oméga de toute chose. Si les hommes de l'affaire en question possédaient la parole allemande, si leur cœur était vraiment badois, si leurs bras étaient des bras de Teutons, la patrie serait sauvée. Les malheureux! Eh! je vous prie, le grand-duché de Bade, c'est le... le... — Le doux pays de la joie, acheva la muse. Le lieutenant von Pfifferling plongea langoureusement ses yeux dans les yeux de la muse. — Ali ! oui, s'écria la sous - colonelle ! en élevant ses bras vers le plafond, le pays des chants. — Beau pays serein! ajouta le lieutenant philosophe. — Pays de la félicité naturelle ! accentua le prieur doyen. — Pays de l'idéal! soupira le major. — Oui, oui, reprit le baron von Grubelkopl'- Dummloch, poésie, patriotisme, théologie, nature d'un bouton 109 et philosophie, voilà la force du grau il pays de Bade. Pour parer aux conséquences de l'avenir, il faut déclarer la patrie en danger. Le génie philosophique ne doit pas sommeiller pendant que le génie de la police tend au triomphe. 11 faut que, tous les jours, paraissent des articles dans les journaux, et des brochures annonçant la grande crise qui se prépare; il faut que Ions les Etats de la confédération germanique, toutes les autorités des villes et des villages siègent en permanence jusqu'au jour où.l'affaire sera enfin éclaircio. Il faut que le 9° de cavalerie fasse une pétition menaçante pour intimider les instigateurs des désordres. 11 faut proposer d'accuser la France et l'Angleterre, de supprimer leur existence politique et sociale, et de maintenir le pays de Bade dans son rôle de gardien de la tranquillité diplomatique de l'Europe. 11 faut détruire les oppositions dans les chambres où il y en a. Il laut rayer des vocabulaires des diverses langues „usqu aux noms de subversion, de renversement, de révolution, d'insurrection, de manifestation. 7 110 HISTOIRE L'empereur Nicolas 1er, autocrate de toutes les Russies, eu a donné un exemple digne des applaudissements de la postérité la plus reculée, en effarant de sa propre main, du dictionnaire russe, le mot volniy doukhe (vapeur de la braise), comme synonyme d'esprit de liberté. Une commission de douze cents des plus doctes savants et érudits de l'Allemagne, sous la direction de douze Badois les plus profonds, sera nommée pour veiller à l'exécution des décrets que je propose. — Obi grandiose! s'écria la musc en battant des mains. Le lieutenant von Plifferling faillit se mordre la langue en terminant la finale di tanti pair pîti. — Oh ! fameux 1 s'écria le pasteur en joignant ses applaudissements à ceux de la muse. Une salve d'applaudissements frénétiques retentit jusque dans la salle à manger, où le colonel Langsamvoran servait le thé. De toutes parts éclataient les exclamations : — Magnifique! d'un bouton 111 — Pompeux ! — Splendidc ! — Admirable ! — Glorieux ! L'enthousiasme soulevé par le projet de proclamation de la patrie eu danger s'étant un peu calmé, le major parla. — Le programme, tracé de main de maître par le très-honorable et très-respectable M. le lieutenant baron von Grubelkorpf-Dummlocli, est, je pense, acceptable et réalisable. Pas de doute que le grand-duché de Bade ne se lève comme un seul homme et n'entraîne toute l'Allemagne dans un élan irrésistible. Mais il me semble que, cette fois, le baron s'est trop exalté dans ses sentiments de patriotisme, et a oublié un peu le sage prétexte qu'avant d'agir, il faut mettre en délibération, qu'avant de mettre en délibération, il faut réfléchir... Je suis donc d'avis qu'il y a urgence a... — Gomment ! s'écria le fougueux capitaine Reitpeitsche, il s'agit bien de réfléchir! La patrie 112 HISTOIRE csl en danger; il y va du mien et du tien. La France ét l'Angleterre trafiquent de l'Allemagne. Vous n'êtes pas raisonnable sur la portée immense de celle affaire. On veut procéder mal avec nous... — Mais enfin... — .le ne rabats rien, je n'ai qu'un mot... — Soyez donc traitable, monsieur le capitaine... — Monsieur le major... — Vous contrevenez à toute bienséance, observa le pasteur, vous blessez... — Non pas, non pas, interrompit le capitaine, tonnerre et tempête ! la patrie est en danger, vous l'avez déclaré, il faut agir... — Mais enfin... — Je dis, moi, criait toujours le capitaine, que la patrie est en danger, qu'il faut agir, qu'il faut faire effet, que dès lors il faut peser et mettre en délibération... — Mais c'est précisément notre avis, se récrièrent les adversaires du capitaine. d'un bouton 113 — Gomment, du diable! c'est votre avis? Je vous dis que... Un tumulte effroyable eut lieu. On discuta pendant trois quarts d'heure. Pendant ces éclats de voix, le remue-ménage des chaises, et tout le tapage qui se produit d'ordinaire dans des réunions allemandes, le pasteur Schwetzcr se pencha vers la muse mannhei- moise et lui glissa dans l'oreille cette parole : — Gracieuse bergère, pour quelle heure, cette nuit? — 0 mon' amant adoré, pour minuit et quart, répondit la muse. Le lieutenant von Pflfferling, cette fois, se mordit réellement la langue, sur une des notes M - tanti palpiti. 11 se leva pale comme la mort et foudroya d'un regard sublime la belle Loltchen, qu'il adorait à la Werther. Il avait tout entendu. ■Il sortit en chancelanl île la maison, et regagna son gîte, sans avoir sifflé, pour la première fois de sa vie, son éternel di tanti palpiti. 11 î HTSTOTUK XIX Cependant, malgré les appréhensions générales sur la terrible affaire, les cercles mannheimois n'en continuaient pas moins de donner leurs bals annuels, leurs fêles de circonstance. On dansait comme par le passé au son des violons et des clarinetles, avec accompagnement obligé du trombonne. Les éclats des valses de Lanncr et de Strauss, le lendemain de la réunion militaire, retentissaient, joyeux et mesurés, chez M. le maréchal de la cour en retraite, àMannheim. Il y avait assemblée brillante. Toute la Vonnschaft (l'aristocratie), était au grand complet, Le major, le baron el le malheureux von Pflfferling,en leur d'un bouton 115 qualité de aobles, étaient du nombre des invités. On ne discutait ni ne raisonnait chez M. le maréchal de la cour en retraite; on quadrillait, on polkait, on mazourkait, on galopait et surtout on valsait. On mangeait de la brioche et l'on buvait de l'affenthaler, sous le pseudonyme pompeux de vin du Rhin. Dans un dos salons les plus reculés delà somptueuse maison, se tenait la belle muse mannhci- moise, à demi couchée sur un sofa. Le prieur doyen assis à côté d'elle, devisait sur les choses de la nature. La musc souriait de son plus doux sourire. Tout à coup entra le malheureux von Pfiffcr- ling, qui ne sifflait plus depuis la découverte fatale de l'amour effectif de la colonelle et du prieur. Von Pfifferling n'avait pas remarqué tout d'abord le pasteur Schwclzcr placé derrière la colonelle. Le lieutenant se précipita vers clic et, blôme de colère, lui demanda ironiquement : — Est-ce qu'il n'y a pas de naturaliste par là? 110 HISTOIRE — Monsieur, répondit avec dignité la colonelle, réfléchissez à ce que vous dites. — Mille tonnerres! je demande s'il n'y a pas de naturaliste par là. — Monsieur, reprit en se levant la colonelle, reprenez vos sens. — Au nom de tout l'enfer! revenez donc vous- même à vous. En se levant, la gracieuse bergère avait révélé la présence de l'amant préféré. Le moment fut terrible. Le prieur doyen recula d'un pas. — Ah ! te voilà, faquin ! murmura le lieutc- nant d'une voix étranglée et reculant avec horreur. Avance donc! que je te torde le cou. — Soyez donc raisonnable, monsieur le lieutenant, dit le pasteur en reculant encore. — J'aurai assez de sens pour envoyer par la poste, dans l'autre monde, un gredin comme toi, cria le lieutenant d'une voix tonnante. — Vous délirez, monsieur le lieutenant, lit le pasteur. d'un bouton 117 — Je te provoque en duel au pistolet, lâche! continuait le lieutenant. — Oh ! vous n'exposeriez pas ainsi votre vie précieuse, parlait d'une voix étouffée le prieur doyen, arrivé au mur et s'y collant le plus qu'il pouvait. — Je me moque de cette vie, tu l'as flétrie, disait le lieutenant, d'une voix tremblante d'émotion. • — Monsieur le lieutenant, je tiens a la mienne. — Tu refuses donc la satisfaction que je te demande ? — Formellement, monsieur, formellement. — Eh bien, naturaliste de malheur, je vais te chasser cette balle à travers la cervelle, dit le lieutenant en ajustant son heureux rival. — Au meurtre ! à l'assassin ! au secours*! cria le pasteur en se roulant par terre. — Malheureux ! lit la colonelle en se précipitant sur le Lieutenant, vous êtes fou ! Il y eut entre la muse ci le lieutenant une lutte qui dura quelques secondes ;i peine. Eu arra- 118 HISTOIRE chant le pistolet de la main de son Werther, elle porta un de ses doigts sur la délente. Le coup partit. La muse s'affaissa. Un tumulte effroyable se fil dans la maison. Le major et le licutenanl se précipitèrent sur leurs sabres, déposés dans un des coins de la salle où l'on dansait, en s'écriant : — Aux armes! c'est l'affaire terrible qui éclate. A ce cri d'alarme, tout le monde chercha à fuir, à se cacher. — Les voici ! les voici! vociféraient les uns. — Que Dieu ait pitié de nous! hurlaient les autres. — Les Français ont traversé le Rhin, disail-on de toutes parts. En un clin d'oeil, il ne resta plus dans la maison que le* personnes qui l'habitaient. Le major et le lieutenant coururent hors d'haleine vers le quartier, réyeillèrenl les trompettes et firent sonner t'alerte. Une heure après, le n'aiment entier était sous les armes et à cheval, attendant,immobile et m silence,Tattaquedel'ennemi. d'un houton 119 Cependant, le maréchal de cour en retraite, à force de chercher, finit par trouver la cause du tumulte. 11 arriva dans le salon au moment où la muse revenait de son long évanouissement. Le naturaliste s'était sauvé à toutes jambes. VonPfifferling, pâle et immobile, les traits bouleversés, regardait, d'un air hébété, devant lui, dans le vide. Il ne sentait plus, il n'entendait plus, il ne voyait plus. Il murmurait en chantonnant : Cœur, mon cœur, pourquoi si triste? Qui! signifient tes soupirs? Il fait beau là-bas, Mais ce n'est point la patrie (1)1 La pensée avec la raison avail fui de la tête déjà si faible du descendant dos nobles durs de Normandie. Il était fou. (1) Herz, du moin Herz, warum so traurig? Wozu deine Wehenî Sebœn ist es da, Unddocb ist'sdie Heimatb nkhtl 120 HISTOIRE XX Le régiment resta à cheval jusqu'au lever du soleil. L'ennemi ne voulant pas paraître, force l u t au colonel de faire rentrer les chevaux aux écuries et les cavaliers au quartier. La gracieuse colonelle expliqua comme quoi elle avait failli être tuée par des hommes appartenant cà la conspiration. Le bruit se répandit que le prieur doyen avait été tellement maltraité par des inconnus masqués, qu'il avait été obligé de se mettre au lit à demi rompu. Le lieutenant von Pfifferling avait succombé, disait-on, aux coups de sabre portés sur le crâne lorsqu'il défendait sa colonelle, et, sans la bra- d'un bouton 121 vouro du 9 e de cavalerie et le courage du major et du lieutenant, c'en était fait de Marmheim. Après une pareille tentative, ou comprend que le major, Son Altesse serénissimc le prince von Stcis-Stein-Stcis-Lumpen-Betmold-Schorstenburg, activa son rapport. 122 histoire XXI En Allemagne, chaque ville a son paria, son vagabond sans domicile avoue, pauvre diable à la position sociale indéterminée, aux moyens d'existence problématiques ; personnage établi de temps immémorial dans la localité, que chacun sait exister mais que nul ne connaît; véritable énigme, encore insoluble môme de notre époque et qui, atout prendre, frise un peu le juif errant, avec la seule différence que le paria se traîne dans le3 limites étroites de sa ville natale, d'où il n'est jamais sorti, et d'où il ne partira un jour, sans être accompagné de personne, que les pieds en avant et le corps horizontalement couché dans la bière du pauvre. d'un bouton 123 Un homme de cette sorte vivait à Mannhoim, sous Le nom d'ixia Izquepolt. Le septuagénaire herrvon Ahfuhrungsmittcl, directeur de police, mêlé depuis cinquante ans à toutes les intrigues réactionnaires du grand-duché de Bade, prétendait avoir connu Ixia Izquepolt, quand il n'était encore que prolocoliste de police. A ce compte, le paria devait avoir au moins quatre-vingt-dix ans, et, cependant, son extérieur n'en dévoilait pas plus de quarante à quarante-cinq. Son visage, sa taille, sa démarche, étaient ccuxde tout Allemand venu au monde la pipe à la Louche. En ellet, on étaitsûr devoir Ixia IzqueLolt là où l'on voyait une vieille pipe à évacuation, fabriquée do la porcelaine la plus grossière de Messein, avec le portrait typique du grand Fritz, Frédérick II, orné d'un incommensurable chapeau triangulaire et présentant deux crachats sur le côté gauche de la poitrine. Ixia Izquepolt était vêtu d'un surtout gris, dont la coupe rappelait les temps orageux du Directoire. Usé jusqu'à la trame, ce vêtement lisse 124 HISTOIRE frappait par sa propreté, extraordinaire dans un habitant du Rhin germanique. Sa chemise, que l'on voyait sortant de dessous les manches et rabattue sur une cravate en soie verte, était d'une blancheur irréprochable, mais nécessairement de cette blancheur grisâtre, signe infaillible de la provenance de la toile, tissée par quelque bonne vieille femme de Steineau ou de Neckar- gemund. Son pantalon à pont, de couleur brune, tombait sur les tiges de ses bottes, toujours proprement cirées. Ces tiges rebelles montraient des tendances prononcées à se faire jour à travers le pantalon et y dessinaient des cercles parfaits, se perdant sur le gras de la jambe. Une casquette plate avec une visière carrée d'un demi-pied de longueur complétait cette tenue, marquée au coin d'une stabilité quasi-séculaire. Tout le monde connaissait Ixia Izquepolt, et personne ne savait rien de lui. Il nous eût été difficile de dire ce qu'il était au point de vue moral et intellectuel, si nous n'avions eu l'occasion d'étudier personnellement cet étrange bipède. d'un bouton 125 lxialzqucpolt ne parlait jamais, ou parlait peu. Il rêvait ; il ne sentait sa vie que par les coups de lèvres humant sa pipe et réglés comme le tic taed'une pendule de la forêt Noire. Il ne paraissait être ni égoïste ni philanthrope. Il n'allait à aucune église, s'occupant fort peu de religion ; il ne lisait point, se souciant encore moins de sciences et de littérature. 11 ne discutait sur rien au monde, laissant à chacun pleine et entière liberté de divaguer n'importe sur quoi. Invariable dans ses habitudes, mangeant peu, ne buvant jamais, il écoutait toujours et ne disait rien. Aussi les Mannheimois de diverses volées disaient vulgairement qu'il n'était ni chair ni poisson. Les bourgeois le regardaient avec mépris et ne lui parlaient jamais. La bureaucratie l'accusait d'être un misérable qui ne rapportait pas un kreutzer à l'État. Les juifs le comparaient à une vieille bourse vide. L'aristocratie financière dédaignait de songer àlui. La société des conseillers le considérait comme un animal à part, el 126 HISTOIRE mesdames les militaires riaient de la visière de sa casquette et du ravage de ses tiges de hottes sur l'infortune pantalon qui voilait tant bien que mal ce que la pudeur fait cacher à l'homme dans les pays civilisés. L'ouvrier, le petit artisan et le prolétaire lui rendaient parfois son salut. Quant à. la liante société, elle ignorait jusqu'à son existence. A part ces détails que nous venons d'esquisser rapidement, la vie du pauvre Ixia n'aurait présenté rien, absolument rien qui méritât l'attention. Mais la police le surveillait attentivement, et le suivait pas à pas. 11 est vrai qu'elle se souciait fort peu de ce qu'il faisait, do ses moyens d'existence. Non, la police hadoiso ne s'occupe jamais de ces niaiseries, bonnes tout au plus à défrayer les loisirs de la police des grands Etats de l'Europe; mais ce que le directeur de police de Mannheim, et avec lui ses nombreux agents, auraient voulu savoir à tout prix, c'était ce que pensait Ixia Izqucpolt. Car, d'après la théorie d'un bocton 1?7 policière de ce pays, L'homme qui pense e1 ne dit rien est un homme suspect et dangereux. Il est évident pour elle que celui qui ne dit rien conspire le bouleversement de l'État et de tout ce qui existe par la grâce de Dieu. Sans s'en douter le moins du monde, Ixia Izquepolt se mouvait au milieu de ce dédale inextricable d'espionnage, organisé autour de lui avec une persévérance digue de toute police en générale, et de celle de Mannheim en particulier, 11 y avait vingt ans passés que l'illustre herr von Abfuhrungsmittel s'était juré sur sa foi de directeur de police qu'il saurait un jour ou l'autre à quoi pensait Ixia Izquepolt. Chaque fois qu'il regardait dans le livre noir, il voyait avec un dépit concentré que sous le nom de ce paria, les émargements de dangereux et do suspect', restaient toujours en blanc, comme par le passé. 128 HISTOIRE XXII Le pauvre Ixia Izquepolt rêvaii depuis quarante ans à la création d'un nouveau système philosophique. Il avait fini par comprendre que l'objectif et le subjectif ne suffisaient plus au besoin toujours croissant de l'Allemagne de s'abîmer dans l'absolu et l'infini de la pensée. — L'âme allemande, se disait-il, étant toujours tournée du coté de l'objet cherché, que personne ue peut atteindre, il est évident qu'il faut trouver ailleurs les moyens d'arriver à la béatitude de la pensée qui émeut la puissance de l'âme. Partant de là, il y a à voir do quel côté apparaissent la cause, le sujet de la raison universelle, d'un bouton J29 principe intérieur, organisation évidente de Fètre. « Le subjectif dans l'objectif, raisonnait toujours Ixia Izqucpolt, est l'asservissement de la raison; l'objectif dans le subjectif est le despotisme de la raison. Or, raison subjective, ou raison objective, donnant par l'essence préexistante de leur nature pour résultante sommaire : le despotisme et l'asservissement de la raison, il est évident que si : p (A Vn — m) + p (A \Zn + rr>) - x on arrive aux résultantes : n = x — p* 11' — x donc ce qu'il faut trouver. » Et Ixia Izqucpolt, au moyen de ces calculs, découvrait un des bouts du x eberché. Depuis trente ans, ce bout de x tourmentait son imagination, comme la queue du diablotin que le savant Néander voyait toujours poser sur son nez, lorsqu'il était étudiant, puis candidat, puis magister, puis enfin docteur en théologie, tourment qui ne finit qu'au jour où, dans un duel 130 HISTOIRE malheureux, il eut un gros bout de nez emporté d'un eoup d'espadon. Le bonhomme trouva enfin le terme de l'a? tant cherché; il l'appela le conjectif. D'après son idée, « le conjectif devait englober en un seul tout l'objectif et le subjectif, donc amener l'unité rêvée des fonctions de toute espèce et de tout genre, animales et spirituelles, physiques et intellectuelles. Au moyen de cette unité dans la philosophie, il était intégralement et dillérentiellement positif qu'on arrivait de surabondance à l'unité germanique... « Et le pauvre Ixia Izquepolt s'arrêtait tremblant d'émotion, palpitant d'extase devant celle découverte sublime du conjectif. — Liés lors, plus de cette guerre interminable des diverses écoles philosophiques qui empestent la raison allemande; plus de ces dissidences religieuses qui di visent le camp de l'humanité ; plus de ces écoles.économistes qui si; battent à coups de libre-échangisme et de protectionisme; plus de ees fluctuations financières qui engouffrent l'or d'un bouton 131 et l'argent, et nourrissent le pauvre peuple d'émissions toujours renouvelées d'actions et d'obligations; partant, plus de despotisme et plus d'asservissement. La liberté absolue, de part et d'autre, tel devait être le résultat magnifique du conjectif! Certes, si M. von Abfuhrungsmittel, directeur de police de Mannheim, avait pu flairer un tant soit peu le bout de l'a; à la poursuite duquel s'a- ebarnait Ixia Izquepolt, nul doute qu'il n'eût fait enfermer le père du conjectif dans une des fameuses cellules de la prison de Bruchsall. Un soir Ixia Izquepolt, à la recherche de la définition définitive du conjectif, se promenant dans le parc du château, son éternelle pipe a la bouche, fut frappé tout d'un coup d'un objet blanchâtre, étendu par terre sur le sable des allées, il s'arrêta tout court et se mit à l'étudier attentivement. L'objet qui gisait devant lui, raisonna Izquepolt, devait être un des organes du corps humain et justement celui qui brille le plus par sa faculté 132 HISTOIUE active. Cet organe est divisé par un mince cartilage, donc destiné à doubler la fonction à laquelle il est appelé; organe du reste solitairement établi dans un lieu, et ayant de chaque côté un nombre égal et correspondant de parties accessoires, telles que nerfs, vaisseaux, muscles, cartilages, etc., situées les unes à droite, les autres à gauche; organe évidemment subordonné au cerveau, et dont l'action et le mouvement sont assujettis à l'influence du centre de la pensée. Ce qui préoccupait le plus Ixia Izqucpolt, ce n'était point le nom de l'objet trouvé, niais bien l'origine de ce bout de nez, et surtout l'idée de rembarras de celui qui l'avait perdu, les nerfs qui viennent du vaisseau ne pouvant plus exercer la fonction olfactive. — Le malheureux! pensait Ixia Izquepolt, il ne peut plus jouir du bonheur le humer l'odeur du tabac et de la biére. Après avoir longuement considéré le nez, le bonhomme se demanda : d'un bouton 133 — Le ramasserai-je, ou ne le ramasserai-je point ? Ixia Izqucpolt était d'une probité à toute épreuve. Il pensa donc qu'il fallait ramasser ce tronçon de nez, probablement d'une taille respectable à en juger par ce qui était par terre, et le remettre à la police, afin qu'elle pût le restituer il son propriétaire primitif. Il apporta donc le nez à la maison de ville, le remit au greffier de service, qui lui en donna un reçu, moyennant quatre kreutzers, sur papier timbré, non sans avoir, avant tout et séance tenante, dressé un procès-verbal en forme qu'Ixia Izqucpolt dut signer et payer encore d'un batzen. Cette formalité remplie, Ixia Izqucpolt, plus que jamais absorbé par la recherche de la définition du conjectif, se retira dans son taudis. — Décidément, grommela le greffier de service en congédiant le rêveur, je pense que le misérable s'amende et qu'il va enfin se décider à rapporter à l'État quelque chose de plus qu'un bout de nez. 8 loi HISTOIRE XX11I Le lendemain, à neuf heures du malin, et lorsqu'il s'assit devant la table de travail, placée au milieu de la pièce, où il écrivait régulièrement de neuf heures à midi et de deux à cinq, herr von Abfuhrungsmittel tressaillit de joie en jetant ses yeux sur les pièces des affaires courantes du jour, auxquelles il devait donner une solution. C était le procès-verbal de la veille, dressé sur le nez trouvé. Mais ce ne fut nullement ce fragment de chair humaine qui intéressa M. le directeur de police, de telles trouvailles étant fréquentes à Mannlieiin, où MM. les étudiants de lleidelberg viennent de préférence se battre en secret, avec l'intention d'un bouton 135 publiquement avérée de narguer les militaristes Ladois qui no se battent jamais, témoin l'année 1848, où l'on fit venir l'armée prussienne entière pour mettre à la raison une centaine d'insurgés qui s'étaient emparés de la ville. Gc qui avait fait tressaillir d'aise herr von Abfuhrungsmittel, c'était le nom d'Ixia Izque- pol t. — Je te tiens donc enfin! dit-il en se pendant au cordon de la sonnette qui descendait du plafond au-dessus de sa table de travail. Le soldat de police de service en tunique voi le, pantalon vert, le casque pointu sur la tête et un immense coupe-chou au côté, se présenta et exécuta gravement le salut militaire. — Va chercher immédiatement le nommé Ixia Izquepolt et amène-le mort ou vif, commanda d'une voix brève le directeur de police. — A l'ordre de Votre Grandeur, répondit le soldat on faisant son demi-tour à gauche et en sortant au pas accéléré. Herr von Abfuhrungsmittel pril le livre 136 HISTOIRE noir, l'ouvrit à la lettre I, et, regardant le nom d'ixia Izquepolt : — La la, murmura-t-il, la la, il faut que tu y entres cette fois-ci. Voici vingt ans que je te guette. Iferr doctor jv/rispruâ^ntix Von Abl'uhrungs- mittcl, directeur de police à Mannhcim, n'était point un méchant homme. Au contraire, il était bon époux, bon père, bon de tout ce qu'on grave d'ordinaire sur les pierres mortuaires des honnêtes gens. Mais il était systématiquement soupçonneux et tracassier dans ses terribles fonctions. 11 voulait avant tout de l'ordre dans l'ordre môme. A cet effet, il inventait règlements sur règlements qu'il ajoutait consciencieusement à ceux qui étaient déjà établis depuis que la ville de Mannhcim existe, c'est-à-dire depuis 1606, L'archiviste de la chancellerie m'affirmait, il y a quelques années, que les règlements de police de cette ville étaient admirables, vu qu'il y en avait vingt-ci ik[ mille, donc un par habitant. Grâce à ces vingt-cinq mille règlements, donl d'un bouton 137 personne à Mannheim ne soupçonne l'existence, la ville jouit d'une sécurité et d'une tranquillité que trouble à peine quelque événement fortuit, tel, par exemple, qu'une rixe entre les cuisinières à propos de préséance devant la borne d'une fontaine. Quant à la commodilé de la vie, tout s'y pourvoit de soi-même, par la gn\cc du bon Dieu et sans l'intervention de la police. Herr von Abfuhrungsmittcl s'occupait du reste rigoureusement de tout ce que lui prescrivaient ses immenses attributions. Seulement M. le directeur, comme il y avait peu à faire, peu à voir et à entendre, faisait tout par lui-même. Un être, comme Ixia Izquepolt, étant une exception dans la vie normale de la bonne bourgeoisie de Mannheim, il n'était donc pas étonnant que la police se préoccupai de découvrir enfin ce à quoi il pensait. 8. 1.38 HISTOTRE XXIV Lorsque, uno heure après, le paria, flanqué du soldat au casque pointu, apparut dans le bureau de M. le directeur de police, il s'y déroula le dialogue suivant : — Approchez, dit herr von Abfuhrungsmittel. D'où venez-vous? — Du parc, de l'allée à droite du grand bosquet, en face de l'aile ouest du château, répondit \xi% Izquepolt. — Vous êtes Ixia Izquepolt? demanda ensuite le directeur de police. — Oui, Votre Grandeur. — On ne dit rien de bon sur votre compte. D'où étes-vous? d'un bouton 139 — De Mannheira. — Pourquoi portez-vous une visière carrée à votre casquette! — Je ne vois pas pourquoi je ne porterais pas une casquette confectionnée ainsi par le casque- tier, maître Kniphausscn. — Vous êtes probablement un socialiste? — Non, Votre Grandeur. Je suis bien moins avancé. — Allez-vous à la brasserie? — Je ne bois point de bière, Votre Grandeur. — Oli ! vous êtes donc francomanc ou anglo- mane? — Nous sommes Allemand par la volonté de Dieu. — Allez-vous en soirée? — Si je puis y rencontrer des hommes qui raisonnent bien, je suis toujours prêt à passer mon temps avec eux. — Pourquoi n'allez-vous pas à la brasserie? Vousytrouveriez des hommes qui boivent labiere, cela convienl à tout honnête Allemand. 140 HISTOIRE — Je tiens essentiellement, Votre Grandeur, à ne pas boire de la bière, et je ne vais pas à la brasserie parce qu'on y boit, et c'est tout. — Et ce bout de nez, qu'est-ce? — Eh! mais, c'est un bout de nez, il me semble. — Oui, mais sa provenance? — 11 faut la chercher. Je suppose, Votre Grandeur, que c'est un nez d'étudiant qui se l'est laissé abattre pour la plus grande gloire de sa Landsmannschaft (confédération d'étudiants). — A l'ordre de Votre Grandeur, interrompit le soldat de police, je viens justement d'entendre réclamer ce bout de nez au son de la caisse. Il appartient au baron von Narrcnbaum, étudiant de la faculté des sciences économiques. — Ah!... Mais alors, continua h; directeur de police en se tournant vers l'interrogé, de quoi vivez-vous? — De ce que le bon Dieu a daigné me donner, répondit simplement Ixia Izquepolt. — Oui, vous mendiez. d'un bouton 141 — Non, Votre Grandeur, je n'ai pas besoin de mendier. Dieu m'a donné autant qu'il faut pour qu'un honnête homme ne meure point de faim, et si je venais à manquer, Dieu, je le sais, y pourvoirait suivant mes besoins. — Eh bien, je veux y pourvoir à mon tour. Je vais vous mettre à la nourriture de l'État à trois batzen (1) par jour. — Votre Grandeur, je demande une grâce. — Laquelle? — Dispensez-moi de l'aumône de l'État. — Quand je saurai ce que vous pensez, je verrai. — Que veut dire Votre Grandeur ? demanda Ixia Tzquepolt en ouvrant de grands yeux. — Je veux savoir, reprit le directeur, pourquoi vous ne dites jamais un mot en public. — A l'ordre de Votre Grandeur, interrompit encore le soldat de police, elle voit ici un homme dont tout le monde dit la même chose. (1) 6." centimes. 142 HISTOIRE — Ah!... Cela est suspect, observa herr von Abfuhrungsmittel. Avcz-vous jamais parlé avec quelqu'un? — Oui, Votre Grandeur, répondit Ixia Izque- polt; mais je n'ai jamais répété ce que j'entends. J'ai la prétention de garder le silence sur ce qui ne me regarde point. — Plus de doute, vous en êtes un ! Ali ! je m'en doutais bien! Mais pourquoi ne discutez-vous jamais? — On discute assez sans moi. C'est la manie allemande, comme Votre Grandeur le sait. — Je ne pense pas de même. — Du moins, c'est l'idée que je m'en fais. — Cela peut-être. Voyons maintenant, à quoi pensez-vous? — Mais je pense à l'objectif et au subjectif, et je cherche à trouver le conjeclif. — Comment le conjeclif? C'est du nouveau ça! Un Allemand se contente de ce qui existe déjà. — C'est ce qu'il y a de malheureux. d'un bouton 143 — Ne pourriez-vous pas me délinir votre con- jeetif? — Je doute. Je ne suis pas encore tout à fait d'accord avec moi-même sur ce grave sujet. — Réfléchissez. Je noterai en attendant. M. le directeur de police inscrivit tout triomphant dans le livre noir à la lettre I : « Izquepolt (lxia), suspect, très-suspect; dangereux, très-dangereux. » — Eh bien, dcmanda-t-il ensuite, avez-vous trouvé? — Je réfléchis à la moralité de mon interrogatoire. — Et cette moralité ? — Si lu penses que la pensée est libre... — Assez! silence ! C'est un abominable socialiste, dans le genre de ces détestables Français. Puis, se tournant vers le soldat de police et avec un geste impérieux, il ajouta : — En prison ce libertin, qui vil dan9 la débauche de la pensée ! 144 HISTOIRE XXV Partout ailleurs, une arrestation, comme celle d'Ixia Izquepolt, eût passé inaperçue. Mais, au pays de Bade et ensuite en Allemagne, elle eut un retentissement tel, que, pendant plus de deux ans, on ne parla que de la découverte d'une nouvelle secte politico-sociale. Les uns la nommaient la société des ixiites, d'autres des isquepoltiens, et le plus grand nombre l'appelaient celle des conjecUvistes. Le paria, cet homme si profondément inconnu, avait grandi dès lors dans l'opinion publique à la hauteur des Werther, des Faust et "de l'Ane vert du fabuliste Gellert. Toute une nouvelle théorie sociale fut bâtie, d'un bouton 145 dans les brasseries, d'abord, sur les paroles du grand philosophe, qui n'avait, depuis qu'il s'était mis à rêver, communiqué ses idées à âme qui vive. Les professeurs de toutes les facultés de théologie, de philosophie, d'économie politique, de philologie, de littérature, dejurisprudence, d'astronomie et de médecine des universités de Goet- tingen, de lena, de Wurtzbourg, d'Erlangcn, de Tubingen, de Heidelberg, de Halle et de Bonn s'en emparèrent ensuite, et analysèrent la nouvelle théorie du conjeclif. Selon ces professeurs, « elle se basait sur l'état politique naturel, gouverné par la raison primitive, administrée par l'aptitude et la capacité. Les sensations de l'homme physique au moyen du plaisir et de la douleur y servaient de guide à l'homme moral, dont les idées, conservées par la mémoire, reproduites par l'imagination, soutenues par l'attention comparante des rapporte utiles ou nuisibles, devaient donner pour résultante le jugement qui esl I expression du raisonnement. La conscience, 9 146 HISTOIRE l'amour de soi, l'intelligence et la justice, la volonté et la liberté y étaient élevés au degré d'une puissance, d'où pouvoir légal cl liberté régulière, tendresse paternelle et amour maternel, respect filial et, enfin, l'état nécessaire et l'état conventionnel de la famille. » Quant a l'état civil et à la législation, la théorie analysée parut tellement profonde que tous les grands jurisconsultes déclarèrent qu'lxia Izque- polt, le grand penseur, était seul en état de la comprendre et d'en révéler les immenses résultats. Le fait est qu'à Halle, M. Kraemmergeist, doctor jurisprudentix, y perdit le dernier brin de sens commun qui avait résisté à ses longues recherches sur la juridiction probable, jadis à l'usage d'Adam et d'Ève pour le service de leurs personnes et de leur ménage. Ces recherches avaient été provoquées par une question délicate suscitée au pays de Kracwinkcl, dont le prince régnant, ne pouvant s'accorder avec, son épouse sur les principes abstraits des forces productives de l'homme, avait fini par d'un bouton 1 il demander Ja séparation et le divorce. Ce fut un grand scandale dans les trente et quelques cours allemandes. Pour l'épargner aux regards des peuples, l'empereur d'Autriche, les rois, les grands-ducs, les princes, les landgraves, les seigneurs et les villes libres, s'empressèrent de s'interposer en médiateurs officieux et oiïiciels entre les deux époux. Cette médiation eut un résultat éclatant qui lit beaucoup d'honneur à la puissante confédération germanique. Après trente- trois séances générales et dix-sept séances ordinaires aux assemblées de Francfort, on parvint à envenimer la querelle des deux augustes époux à tel point, (iue la princesse de Kraewinkel mourut d'une attaque d'hystérie, et que le prince se suicida à force de boire de l'excellent gose, bière brassée dans la bonne ville de Goslar au royaume de Hanovre. De cette manière et grâce aux re- .cherches savantes du professeur Kraemmcrgeist, une paix profonde et perpétuelle régna enflfl dans le ménage naguère si troublé et si bruyant de la cour de Kraewinkel. I 18 HISTOIRE Ainsi donc, la théorie du conjectif, dont Ixia [zquepolt mûrissait la définition définitive entre les quatre murs de la prison de l'hôtel de ville à Mannlieim, coïncidant, d'une manière frappante, avec la découverte des fameuses lettres renversées et avec l'affaire soulevée au 2« peloton du 2« escadron du 9e régiment de cavalerie, force fut au major prince Steis-Stein-Steis-Lumpen-Bet- mold-Schorsteinburg d'accélérer ses conclusions sur le rapport de Teufelsfurz. Le major, pressentant que, selon toute probabilité, l'alfaire du 9" de cavalerie pourrait bien se rattacher par la suite à l'affaire d'izquepolt, pressa son travail, de sorte que, le 22 février 1858, il put le remettre solennellement au colonel Langsamvoran, commandant le 9c de cavalerie. d'un bouton XXVI Le colonel Langsamvoran était d'origine autrichienne. Ses aïeux s'étaient expatriés lors des terribles persécutions contre les réformés, suscitées pour la plus grande gloire de Dieu par les bons pères jésuites. La famille de Langsamvoran s'étail établie à Mannheim et y poursuivit de père en fils la carrière militaire dans le régiment qui porte de nos jours le numéro 9. Les Langsamvoran y sont à l'état de permanence traditionnelle,. Dès qu'un vieux colonel de ce nom meurt de caducité, il est immédiatement remplacé par un nouveau colonel du même nom qui à son tour meurt fidèle el inamovible à son poste. Ils avaient été de père en Bis de braves gens, el Langsam- 150 HISTOIRE voran, notre contemporain, n'a jamais failli à la bravoure de ses ancêtres. En aucun temps et dans aucune bataille, même au plus fort des grandes guerres do l'Empire, le 9° n'avait jamais été entamé par l'ennemi. 11 fut le seul qui revint au grand complet de la désastreuse retraite de la campagne de 1812, tant il fut déployé d'activité prévoyante et de savante stratégie par le vieux colonel Langsamvoran, grand-père de celui qui le commande actuellement. Le vieux colonel Langsamvoran IX avait strictement et saintement suivi la tradition paternelle qui enseignait de marcher en avant le plus lentement possible. Son petit-fils Langsamvoran XI, commandant le 9c depuis 1817, avait marché sur ces traces. Il avait empêché le massacre de son régiment sous Waghaeusel par les insurgés badois, en faisant exécuter fort à propos et au grand galop, une manœuvre savamment combinée qui jeta les Prussiens alliés, en plein, devant le front ennemi. Cette journée mémorable par les coups de crosse qui terminèrent la bataille, coups de crosse admi- d'un bouton 151 tlistrés par les insurgés aux Prussiens battus cl se sauvant à la débandade, valut au colonel Lang- samvoran XI la grande croix du. Lion de Zachrin- gen et la réputation d'un tacticien accompli. Le dossier remis au colonel par le major ne contenait pas moins de treize cent quatre-vingt- buit pages in-folio de rapports, de mémoires, de considérations, de conclusions, de notes, de renvois, de commentaires, d'extraits et d'explications. Le colonel, quoique homme trés-savant, très-érudit, philosophe transcendant, théologien profond, tactitien habile et stratège accompli, employa quinze jours pour le dépouillement et l'élude du volumineux dossier. Il fut saisi d'une terreur indicible, après en avoir achevé la lecture, à l'idée des dangers imminents que cou- raienl son propre honneur, celui do son régiment, la sécurité de la société, l'ordre de l'État et la sûreté du trône grand-ducal. Écrasé parla pensée de la lourde responsabililé qui pesait sur lui, il se décida enfin, après mûre réflexion et de longues conférences avec sa femme, la muse mannhei- 152 HISTOIRE moise,à réunir un conseil de régiment et à lui sou- mettre,avantd'allerplusloin,cette affaire terrible. Le conseil se réunit dans la salle de rapport du 9° de cavalerie, le 21 mars 1858. Il était composé : Du colonel, présidenl ; Du lieutenant-colonel, vice-président; De deux chefs d'escadrons, contre-présidents; De trois capitaines, membres extraordinaires; De cinq lieutenants, membres ordinaires; Et de cinq sous-lieutenants, membres titulaires. Le major, Son Altesse sérénissime le prince von Steis-Stein-Steis-Lumpen-Betmol d-Schors- teinburg, en fut nommé rapporteur. Le capitaine Reitpeitsche sous - rapporteur, ayant la parole. Le lieutenant baron von Grubelkopf-Dummloch élail auditeur ou juré do régiment; Trois sergents furent adjoints comme protoco- lants et six caporaux comme copistes. Dans la séance constitutive, après une discussion très-longue, très-animée et très-débattue, il fut statué que : d'un bouton 153 « Considérant l'urgence préventive des circonstances extraordinaires qui se présentaient inopinément à la considération des hautes autorités régimentaires, réunies en séance extraordinaire; » Considérant la prévention urgente de l'extraordinaire des circonstances inopinées qui de vaient être soumises à l'approbation militaire des membres du conseil, tels que : président, vice-président, contre-présidents, membres extraordinaires, membres ordinaires et membres titulaires; » Considérant, d'autre part, que la prudence, la discrétion, la prévoyance, et la rapidité de conception et d'exécution étant reconnues d'impérieuse nécessité, afin de parer aux dangers pressants, menaçant la patrie : » Il avait été résoin séance tenante et après mûre délibération , après longue discussion et exacte pondération des avis et conseils des soussignés de constituer et d'établir un conseil secret d'enquête régimentaire formé par lesdits soussignés, avec la clause expresse de la valeur dénominaledes voix aux réunions,ainsi qu'il suit : 9. I.Vl HISTOIRE VOIX AUX ASSEMBLÉES GRADES. générales. ordinaires. 4 1 4 1 3 1 Chef d'escadron 2'..... 3 1 1 i/3 1 1/3 1 1/3 Lieutenants (5 ensemble). . . 5 1 1/8 Sous-lieutenants (5 ensemble). 2 Ifi 9/10 Le rapport de la séance constitutive, signé par les vingt membres, fut envoyé au général de brigade résidanl à Maimheini. Quinze jours après, l'approbation revint avec un ordre exprès d'accélérer l'action du conseil d'enquête. Le 29 avril eut donc lieu la première séance qui fut consacrée, ainsi que les onze suivantes, a la lecture des pièces concernant l'affaire. Le 17 mai commencèrent les débats, qui se terminèrent le 21 août. Enfin, le 30 octobre fut fixé à l'audition du rapport. d'un ÏîOTJTON WVll Ce rapport, composé par le capitaine Reitpeits- che, suscita un élan incroyable de patriotisme. Toute l'assemblée couvrit d'un applaudissement universel la conclusion pathétique, présentée par le sous-rapporteur et conçue ainsi qu'il suit : « Très-hauts bien nés, très-hauts nés. très- bien nés, haut bien nés, haut nés, bien nés, seigneurs et messieurs (1). » J'appelle surtout votre attention sur la patrie allemande qui souffre, sur cette pairie qui n'est ni la Prusse, ni la Souabe, ni le pays du (l) BadmMgebaaM, bMhgabowM, WohlgtboroM, Hoch- îuverehronde, und Zuverehrende Herren, 156 HISTOIRE Rhin où fleurit la vigne, ni celui du Bell où vole à tire-d'aile la mouette; non, non, je l'appelle sur noire pallie, sur le grand-duché de Bade, qui s'agrandit à vue d'oeil depuis des siècles; » J'appelle surtout votre attention sur la patrie allemande qui endure tous les maux possibles, sur celle patrie qui n'est ni la Bavière, ui le pays des hèles à cornes, ni la Moravie, ni le pays de fer de Sainte-Marie-aux-Mines; oh ! non, non, je l'appelle sur notre belle patrie, sur le grand-duché de Bade, qui s'étend tous les jours vers les quatre points cardinaux ; » J'appelle surtout voire attention sur la patrie allemande qui pâlit des douloureux enfantements des idées subversives venant du pays delà dissimulation et de La frivolité, sur celle patrie qui n'est ui la Poméranie, ni La Westpha- lie, ni le pays où souille le vent sablonneux des dunes, ni le pays où coule paisiblement Le Danube, oh! non, non, je l'appelle sur notre belle pairie, sur le grand-duché de Bade, où s'entas- senl par milliers d'innombrables populations; p'UN BOUTON 157 «J'appelle surtout voire attention sur la patrie'allemande qui ne peut tolérer les abus de l'esprit dangereux et abusif des Français, sur celle patrie, qui n'est ni La Suisse, ni leTyrol, ni l'Autriche resplendissante de défaites glorieuses et de perles grandioses, ohl non, non, je l'appelle sur notre belle patrie le grand-duché de Bade, où les kreutzers brillent aussi nombreux que les étoiles au ciel; » J'appelle surtout voire attention sur la patrie allemande qui doit empêcher l'aigle monocé- phale de venir l'enserrer dans ses griffes impériales, sur cette patrie qui n'a ni un empereur, ni un roi ; oh ! non, non, je l'appelle sur notre belle patrie, sur le grand-duché de Bade, gouverné par un seul et unique prince, qui commande une grande année de dix mille hommes, rivaux des Grecs de Xénoplion se retirant devant l'ennemi pour ne point perdre une bataille inutile ; "J'appelle surtout voire attention sur la patrie allemande qui ne peut consentir a être ab- 158 HISTOIRE sorbée par les pays où l'on ne parle pas l'allemand, cette langue mélodieuse, la seule digne de chanter les louanges de Dieu. Cette patrie allemande, seigneurs et messieurs, ne peut être que là où treize cent mille Badoi's donnent à leur grand souverain le droit incontestable et incontesté de disposer de trois voix aux assemblées ordinaires de la diète de Francfort. » Ici, messieurs, ici est la patrie allemande, ici, où Ton jure de mourir pour son glorieux pays; ici, où l'on veille, de crainte de surprise de la part de l'ennemi d'outre-Rhin, de l'ennemi implacable de l'humanité germanique; ici, où le cœur bat, calme et paisible, quand il s'agit de l'honneur de notre glorieux souverain, de ce héros invincible qui n'a jamais perdu de bataille; » Ici, est la patrie allemande, qui, dans un jour de colère, abandonna, lorsqu'elle le put sans danger, le vaniteux jargonneur qui nous a volé et l'Alsace, et la Lorraine, et tout ce qui fortiie actuellement le pays où se démène le Français, haï et détesté par nous tous, comme il con- d'un bouton 159 vient ;'i tout ûdèle Allemand de détester et de haïr tout ce qui n'est point Allemand. » Oh! oui, ici, ici, je le répète, je l'annonce, je le crie à tout l'univers, saisi de terreur el courbé devant ma parole, dans un immense étonnemént, c'esl ici, ici, oh! oui, c'est ici qu'esl la patrie allemande ! C'est ici dans le grand- duché de Bade, à Mannheim,... que dis-jc? dans notre auguste assemblée que doit être, qu'est toute l'Allemagne... l'humanité entière (1)... » Les très-hauts bien nés de l'auguste assemblée rentrèrent chez leurs femmes, la tète bouillonnante , tellement cette chaleureuse allocution avait bouleversé leurs idées. Longtemps après, ces messieurs criaient encore à luc-tète : — Haut ! haut l vivat pour notre belle patrie, le grand-duché de Bade ! Pcveal pour la France ! Pereai pour l'Europe entière ! (1) Co discours est la traduction presque textuelle du h- meux. chant patriotique : Was isl des Dculschcn Vaterland ? Qu'est-ce que la patrie de l'Allemand ? 1G0 HISTOIRE XXVIII L'affaire du conjectif avait grandi. L'Allemagne entière suivait éperdue, haletante, le développement du conjectivisme dans les chaires universitaires. Les tribunes religieuses tonnaient à qui mieux mieux contre la nouvelle secte philoao- phico-politieo-thcologique. Le prédicateur de l'église cathédrale de Cologne, le révérend Blasebalg, fulminal'anathème contre le malheureux Ixia Izquepolt, qui mûrissait dans sa prison la définition définitive du conjectif. Le sacristain de la cathédrale de Worms, herr Glëizner, écrivit un mémoire virulent contre le même Ixia Izquepolt. Il prouvait, de la manière d'un bouton 161 la plus écrasante, que « cet homme était évidemment l'incubation personnelle du diable, une éruption satanique de l'enfer jaloux de l'unité touchante entre les catholiques et les protestants de l'Allemagne religieuse; un avorton sorli de l'expectoration fulgurante de Béelzébuth. » Le prévôt du chapitre d'LIlm, herr von Duck- maeuser, de son cùté, démontra, dans une vingtaine d'articles premier-Ulm, que l'infâme Ixia [zquepoll était un ridicule personnage pour avoir osé nourrir la prétention de devenir un chef d'école philosophique, un maître de secte religieuse, un novateur d'un nouveau système politique : . « Car, observait, dans son article de conclusion, le prévôt du chapitre d'UIm, qu'est-ce que c'est que cet Ixia Izquepolt? Comme homme d'Etat, il n'est ni officier de chancellerie, ni huissier, ni conseiller, ni secrétaire, ni copiste de chancellerie. Cet homme, jusqu'ici n'a pas eu à sa disposition un seul pupitre de chancellerie? Sail-il manier le style de chancellerie? Connaîtrait- 162 HISTOIRE il un sceau de chancellerie ?A-l-il idée de ce que Boni les caractères de chancellerie? Est-il en état de rédiger une simple lettre, un ordre de chancellerie? Possède-t-il seulement une feuille de papier de chancellerie? » Je réponds : non. » Et de quel droit alors cet homme vient-il imposer à l'Allemagne une et indivisible son nouveau système politique ? » Est-il prêtre ? Jouit-il de la prérogative de porter le rabat ? Compte-t-il enfin dans le gouvernement hiérarchique de l'Eglise ? » Je réponds : non. » El qui donc, dés lo'rs, a conféré à cethomme le pouvoir de se poser en hérésiarque devant l'Allemagne une et indivisible, déjà si profondément labourée par des dissidences religieuses? » Je demande plus loin : Est-il docteur en philosophie ? » Je réponds : non, il ne l'est pas. » Il ne peut donc être un philosophe ; il n'a pas le droit de philosopher; il n'a pas le privi- d'un houton 163 lége de débattre les questions philosophiques, car en philosophie, la première condition, sine quà non, c'est d'être docteur en philosophie, alors, et alors seulement, on peut jouir de la prérogative do rechercher les vérités philosophiques. » Et le prévôt du chapitre d'Ulm s'écriait en terminant : « Grand Dieu des cieux allemands ! où en sommes-nous arrivés avec notre rage de singer la France dans ses idées libérales, dans ses principes démocratiques, dans ses institutions d'égalité devant la loi et de liberté dans les professions ! 0 Allemagne, to voilà donc réduite à tolérer les travaux scientifiques de ces hommes qui n'ont pas subi un premier examen à l'université! Et, si nous autres gradués, nous n'y prenons garde, ces apprentis de la science vont anéantir à tout jamais la philosophie allemande, cette philosophie que Platon et Aristote avaient pressentie, cette philosophie qui a créé le système de l'anglais Newton, cette philosophie qui est la nourricière de la raison et le contre-poison du 164 HISTOIRE sens commun. Non, non, il n'en sera pas ainsi tant qu'un seul chapeau doctoral couvrira de son ombre philosophique la docte et érudite Allemagne. » Les universités allemandes, à force de déchiqueter à belles dents le conjectivisme d'Ixia Izque- polt, se fractionnèrent au bout de linéiques mois en aillant d'écoles conjectivistes qu'il y a d'universités. Heidelberg se déclara conjectiviste à priori, et se targua orgueilleusement, cà la barbe de l'Allemagne savante, de la gloire d'avoir donné le jour au fondateur de cette école, l'enfant chéri de Mannheim. Goettinguc et Iéna se proclamèrent conjectivistes à posteriori, tandis que Wurtzburg et Erlangen priren! parti pour le conjectivisme idéal. Bonn et Halle, dans leur ardeur de raffiner sur ridé d'Ixia Izqucpolt, annoncèrent que le célèbre philosophe de Mannheim n'avait jamais eu la pensée du conjectivisme formel ; que, bien loin de là, le grand maître avait déclaré, dans d'un bouton 165 mi écrit encore inédit, que le conjectif était le précurseur du déjectif qui devait étendre ses rameaux sur toute la surface du monde philosophique. Fribourg en Brisgaw et Kœnigsberg, en analysant toutes ces nouvelles Faces de la question, surgic d'une manière si inattendue, perdirent toute trace du sujet qui faisait tant de bruit et tombèrent droit dans le nihilojectif, seul système qui a prévalu enfin dans toute l'Allemagne, au bout de quatre ans de batailles scientifiques dont les annales peuvent se retrouver dans quelques centaines de mille de volumes, de brochures, d'articles de journaux, de revues diverses. De tout cela, il ne resta qu'un seul fait capital et mémorable pour l'Allemagne. Elle y gagna un grand philosophe de plus, un philosophe qui rêve encore, de nos jours, dans ses longues promenades à travers les allées du parc de Mann- hehn. à l'iatrouvable délinition détinitive du conjectif. J1IST01UE XXIX Aussi, le major prince von Stcis-Stein-Steis, qui, en sa qualité de théologien et d'érudit, suivait avec beaucoup d'attention le mouvement intellectuel de sa patrie, fut extrêmement frappé de la coïncidence des deux incidents : 1° de l'af- l'airc en question; et 2° de l'arrestation d'Ixialzque- polt, le chef de l'école conjectiviste. Il alla donc se concerter de nouveau avec son ami le prieur- doyen de L'Église évangélique luthérienne, Hcrr Schwclzer, docteur en théologie et naturaliste. — L'affaire, dit le prieur-doyen,. après avoir consciencieusemeut écouté le prwee, est plus grave que je ne l'avais pensé, il y a deux ans. — Beaucoup plus grave, beaucoup plus grave d'un bouton 167 que nous ne l'avions pensé, continua le prince. — Fort certainement, reprit le prieur-doyen en avalant une gorgée de bière ; fort certainement, elle est beaucoup plus grave que nous ne l'avions pensé. Après quelques instants de-silence : — Mon avis est, continua le docteur, que Votre Altesse sérénissime doit communiquer là-dessus avec Sa Grandeur le directeur de police, M. le conseiller d'État Abfulirungsmittel. — En effet, il me semble, Votre haute Révérence, que ce serait le plus prudent, ajouta le major. Je pense même que vous pourriez m'accompa- gner chez Sa Grandeur le directeur de police. — 11 n'est que sept heures, ditherr Schwetzer, ic directeur de police doit être à la brasserie Zum Zeughaus; c'est là que se réunissent MM. les conseillers, et le directeur en est un. — Oui, oui, allons à la brasserie ZimZ&Ur ghaus; nous y causerons en buvant une chope. Les deux amis sortirent et se dirigèrent gravement vers la brasserie, située en l'ace de l'arsenal. 108 HISTOIRE XXX Quatre éléments, intimement liés entre eux, constituent la force de l'Allemagne. La bière, dont la mousse inspire le génie de ce peuple traversant l'histoire de l'humanité à la recherche de l'absolu ; la pomme de terre, dont les pailics saccharines adoucissent l'amertume de sa course échevelée après l'idéal; le saucisson, qui gonfle de quelque peu de substance matérielle celle vie agitée constamment» à la poursuite de l'infini, et la fumée du tabac, expression dernière de ce qui reste de tant de systèmes el île savantes investigations. Méditant entre chaque boubée de tabac, entre chaque tranche de saucisson, entre chaque D'UN BOUTON 169 pomme du tubercule et entre chaque gorgée de bière, l'Allemand voit son existence s'écouler lentement, sans préoccupation ni secousses. 11 s'en retourne tranquillement dans un autre inonde, ne laissant ancun vide dans le vaste plan de l'humanité. Depuis la guerre de Trente ans, L'AUemandn'a pas varié d'un iota dans ses habitudes. 11 repousse avec acharnement toute innovation ayant pour but le confort ou le bien-être matériel. Toute introduction nouvelle dans les usages, dans les mœurs, dans la manière de se loger, de se nourrir, est immanquablement rejetée avec un profond dédain, comme venant de la France. La plus haute expression de ce germanisme était herr von Abfuhrungsmittel, l'illustre directeur de la police; de Mannhcim. Depuis qu'il était au monde, il n'avait pas varié un seul jour dans sa manière de vivre. Au plus fort des tourmentes populaires, il était resté calme, impassible, ne se réjouissant d'une manière maligne qu'au moment où quelque désastre public avait atteint 10 170 HISTOIRE la France, qu'il abhorrait de toutes les puissances de son âme. Et le digne homme était d'une conséquence toute logique dans sa haine pour la « grande nation » abattue en 1814 parles efforts réunis de toute l'Europe. 11 déplorait seulement qu'on n'eût pas fait avec la France ce qu'on avait l'ait avec la Pologne. Bien souvent dans son intimité, il s'écriait en fumant sa vieille pipe d'écume de mer : — Quant à moi, je ne veux rien savoir de ce franc fripon qu'on nomme le Français. Quoique ayant étudié dans son temps, il méprisait le savoir et la civilisation. — Tous ces savants, tous ces inventeurs, toute cette clique d'écrivains, s'écriait-il parfois, ne font que gâcher ce qui avait été si bien arrangé par nos pères. Hélas, hélas! ajoutaiWl, ce que c'est que les temps. Si j'avais pu administrer vingt coups de schlague à ce coquin d'Ixia lzque- polt, toute l'Allemague serait tranquille et il n'aurait pas été plus mention du conjeclif qu'il n'était question, il y a deux siècles, d'objectif et de d'un bouton 171 subjectif. Et puis, clans ces bons vieux temps, l'État avait plus d'énergie qu'actuellement. Aussi voyez comme c'était beau avant celte satanée révolution de 89. 11 y avait partout dépendance, servitude, contrainte et assujettissement. Le souverain était maître absolu de son pays, et un directeur de police maître absolu dans sa ville. Tout était stabilisé, comme sur un rocher de bronze. Au reste, la bonne ville de Mannhcim s'accommodait fort bien de son vieux directeur de police, de ses quatre baillis supérieurs, de ses quatre baillis inférieurs, de ses vingt-huil conseillers de toute espèce, de ses vingt-cinq juges de diverses intances, de ses vingt-deux hauts fonctionnaires de diverses dénominations et de ses trois cent quatre-vingt-dix-neuf employés des différentes chancelleries. L'entretien de ces gardiens de la sécurité sociale et de l'ordre public, pour lequel on usait du concours de soixante et quelques soldats de police à casque pointu, coûte à l'Etat un million et demi de florins par an. 172 HISTOIRE Tous ces employés sont vêtus d'uniformes; mais, par une économie bien comprise, ils n'en- dossenl le harnois civil que les grands jours. Tous se distinguent par une simplicité primitive quant ji l'ameublement, au linge de lit et au service de table. On n'y connaît ni tapis, ni tapisseries, ni rien de ce qui embellit partout ailleurs l'habitation de l'homme. Peu ou point do goût pour les beaux-arts et pour les jouissances qu'ils procurent. 11 y a bien un immense théâtre à Mannheim, qui fait assez d'honneur aux architectes mannheimois, mais la salle est trop grande pour une ville où le modeste bourgeois n'a pas à consacrer douze kreutzers chaque soir à la représentation de quelque bouffonnerie à l'adresse de la France ou de l'Angleterre. Ce théâtre avait été construit avec le denier prélevé sur le pain quotidien du prolétaire. Voici vingt el quelques années que la ville a imposé de deux kreutzers le pain noir de trois livres, qu'on cuit pour la nourriture de l'ouvrier. Ces deux kreutzers sont destinés à payer un édi- d'un bouton 173 fice où le pauvre diable ne met jamais les pieds. Au boul de Tannée le pauvre artisan se trouve avoir payé pour lui et pour sa famille plus de cinquante francs d'impôts ! Et personne ne murmure dans ce peuple modèle. On obéit bêtement; maison obéit. L'obéissance, c'est tout ce que demande du peuple un gouvernement allemand. Mais nous voilà bien loin de la grande affaire. Avec ces diables d'Allemands, on est toujours en danger d'oublier le sujet que l'on trailc Avis aux faiseurs d'histoires sur les mœurs d'oulrc-Rhin. (0. HISTOIRE XXXÏ Lorsque, à sept heures du soir, le major prince von Steis-Stein-Steis et le prieur-doyen herr Shwet- zer entrèrent dans la grande salle de la brasserie Zum Zeughaus, ils y trouvèrent la réunion des conseillers au grand complet. Il y avait là le conseiller privé, le conseiller particulier, le conseiller intime, le conseiller secret, le conseiller deeour, le conseiller des finances, le conseiller de cadastre, le conseiller de ville, le conseiller spirituel, le conseiller de justice, le conseiller de baillage, le conseiller de commerce, le conseiller de police, le conseiller municipal, le conseiller de douane, le conseiller de sacristie et le conseiller de médecine. d'un bouton 175 L'Allemagne, on le voit, est un pays de conseillers par excellence. Nulle pari ailleurs, le proverbe « le temps porte conseil (1) » n'est autant justifié qu'à Mannheim. Une affaire aussi peu grave qu'elle soit a le temps de mûrir en passant par les mains de tant de conseillers. Il est vrai que le plus souvent la question est vidée depuis des années, lorsqu'enfm arrive le dossier des avis, des consulations, des délibérations, des conclusions qui demandent d'au Ires années pour leur dépouillement. La vaste salle où étaient réunis ces messieurs avail trois croisées donnant sur la rue. Elle avait environ douze mètres de longueur sur huit de largeur. Une immense table en bois de chêne poli et bruni par le temps s'y élevait triomphalement , entourée d'une trentaine de chaises du même bois. Le long d'un des murs étaienl placées une dizaine de tables à quatre places. En face de la porte d'entrée, dans le coin vers la rue, (1) Kommt Zeit, kommt Rath, 176 HISTOIRE paradait, surélevé de trois degrés, le comptoir du maître de la brasserie. Le tout était éclairé au gaz par deux becs descendant aux deux extrémités du plafond. Le plancher était saupoudré de salile jaune. Le maître, an gros tonneau d'homme, trônant dans un voltaire d'occasion, surveillai! attentivement les trois servantes et le garçon, qui servaient assez lestement les pratiques. Quatre barriques de bière étaient étalées sur le rebord du comptoir, devant le maître. La salle, d'après les prétentions du propriétaire, était une pièce historique. Ses murs, peints à l'huile, représentaient les hauts faits d'armes de l'armée française sous Constantine, A droite en entrant, l'artiste, avec du vert de perroquet, du jaune d'ocre et du bleu de Prusse, avait tenté de rendre, par une superposition calculée à l'avance sur un effet pittoresque, la plaine qui s'étend derrière le Bardo. Celle plaine étail en vert. Des bonshommes mis au bleu, avec des Qgures impossibles, dont le nez, la moustache et les d'un bouton 177 sourcils rappelaient les ovales grossiers que tracent les enfants sur les murailles pour indiquer la figure humaine , galopaient sur le premier plan. Tous ces bonshommes étaient à cheval sur des animaux gris léopardé, animaux dont il eût été difficile de bien préciser l'espèce, car on n'en voyait absolument que le museau, la tête étant masquée entièrement par le bras gauche tendu du cavalier tenant le sabre en avant. On ne voyait par derrière que la queue du même animal, la croupe entière disparaissant sous un amas de diverses couleurs, ce qui avait la prétention d'indiquer que la charge de campagne était complète. Les pieds et le ventre des chevaux disparaissaient sous la couleur verte, dentelée, hachée et parsemée de lâches rouges; probablement de l'herbe et des fleurs. Enfin, comme dernier trait caractéristique de ces chasseurs d'Afrique, tous étaient manchots, et tous avaient la face tournée en arrière, comme pour dire un dernier adieu à un rocher, de couleur noire, s'élevant jusqu'au plafond et Qanquéd'un 178 HISTOIRE gros pâté simulant une fortification. Au-dessus on pouvait lire l'inscription française : Porte de la Brèche. Au loin, une couche d'ocre jaune indiquait les sables du grand désert. Un épais nuage de môme couleur attirait invariablement l'attention de tous les chalands de la brasserie. On savait que c'était la poussière soulevée par la fui le des Arabes. Une vinglaine de queues blanches et noires, symétriquement rangées, apparaissaient seules, hors de cette poussière. — Et là, là, disaient les conseillers en admiration, là, dans ce nuage poudreux, il y a des centaines, des milliers d'Arabes qui se sauvent, se pressent, se culbutent, s'écrasent... Oh! quel sublime tableau!... Oh! le grand peintre!... — Eh! voyez donc, reprenait-un autre conseiller, ce lointain bleu, si foncé, comme cela doit être gros d'orage et de tempôtel Cela mugit, cela tonne, cela ébranle le globe terrestre... Oh! oui, Offcnwischer est un grand artiste de l'école Kaulbbach. d'un bouton 179 — Eh! disait un autre, quels rausards sont ces maudils Français! Ils ont peur môme en poursuivant les Arabes. Ils regardent derrière eux, pour voir si le vieux Fritz ou Bliichcr ne viennent pas les prendre, comme à Waterloo. — Parbleu! s'écriait le directeur de police, Waterloo, Waterloo! Sans nos Badois, Bliichcr et Wellington étaient rùtis comme des moineaux francs à la broche. C'est nous qui avons mis à la raison ces gueux de Français. Telles étaient, chaque lundi, les observations immanquablement répétées depuis quinze ans, devant celle magnifique fresque, œuvre fantastique d'Offenwischer, ex-soldat de la 2» légion étrangère, où il était venu, déserteur, se mettre, pendant des années, à l'abri du bâton bavarois, et où il avait exercé les hautes fonctions de cui^ sinier en pied. 180 HISTOIRE XXXII La table du milieu était occupée par tous les conseillers de Mannheim. Chacun avait devant soi une chope de bière à trois kreutzers et à la bouche, soi!, une pipe, soit un cigare. Ce lundi, c'était justement le directeur de police qui présidait à son tour l'augusle assemblée. Lorsque Le major elle prieur-doyen entrèrent, tout le monde écoutait le respectable président. On lit place à ces messieurs; ils avaienl rang égal à celui des conseillers. Ilerr von Abfuh- rungsmittel reprit : — Je disais donc, mes chers et très-respec- les seigneurs, que le conjectivisme, qui [ail tanl de bruitpar huile l'Allemagne, est une miséra- d'un bouton 181 ble invention d'un cerveau malade. Nous autres, Allemands, nous sommes au-dessus de ces vétilles, importations clandestines de France. L'Allemand esll'héritier direct de la puissance romaine et de la beauté grecque. Beauté et puissance, nous avons cela. Il nous manque le Rhin tout entier, depuis ses sources jusqu'à son embouchure, et la vaste plaine s'étendant, à gauche, jusqu'à Paris, Orléans, Rouen et le Havre. 11 se tut et promena un regard solennel sur son auditoire. Le conseiller de cour suça précipitamment son cigare, le retourna plusieurs t'ois entre ses mains et avala une gorgée de bière. Cela voulait dire qu'il demandait la parole. Tous les conseillers portèrent leur chope à la bouche. C'était le signal de la parole accordée. Le directeur de police inclina la tète. Le conseiller de cour passa l'index sous son nez, à droite et à gauche. Après quoi il commença : ~ Hum... hum... Hautement respectés soi- 11 182 HIS T 01 il K gneurs et amis, oui, sans doute, oui, sûrement, la Zalzach, la Pégnilz, le Wescr, la Sprée, l'Elbe, la Pleisse, l'Inn, la Saal, le Mein, l'Oder, le Neckar, le Danube, la Moselle et le Rhin ne peuvent plus suffire à la grandeur de l'Allemagne, et surtout de notre glorieux pays de Bade ; mais, très- hauts, respectables seigneurs et amis à respecter, notre pays a produit de plus belles choses que des rivières qui coulent éternellement. 11 a produit de grands monarques. Et c'est l'Allemagne, passivement obéissante, qui a fait la grandeur de ses souverains. Voyez en France, au contraire, il n'y a plus de possibilité d'y devenir un piussant potentat. C'est que là-bas, c'est le conjectif qui est le tout, et chez nous, accepter le conjectif, c'est-à-dire l'abolition du despotisme et de la servitude, serait un grand malheur. Tout bon Allemand est né pour obéir. Je dis donc, comme sa grandeur, noire très-honoré président, que le conjectif ferait le malheur du pays. A son tour, il se tut, en plongeant son regard dans le fond de sa chope, où il ne restait a'V9 BOUTON 183 plus que quelque gouttes de bière. Il inéditait : — Dépenserai-je encore trois krcutzers ? La voix grave du docteur Schwetzer mit fin a ses perplexités. II venait de proférer son sacramentel « la bière est bonne » Les vingt-huit conseillers tirent chorus en répétant sur divers tons et en achevant leur chope : — La bière est bonne! Ces mots furent dits avec une importance sans pareille. Ils éleclrisèrent les membres de la compagnie des buveurs. Tous s'écrièrent : — Sommelière, encore une chope ! — Sommelière, encore une chope ! Les chopes furent remplies au milieu d'un murmure de satisfaction visible. Messieurs les conseillers s'émancipaient ce soir jusqu'à une troisième chope. Cela faisait pressentir que quelque chose de grave se préparait. Le maître de la brasserie reniflait de joie dans ses grossea narines, et disait à chaque Chope qu'oïl emplissait et qu'il avait soin de marquer sur uni; table noire avec de la craie : 184 HISTOIRE — Quand je dis, moi, que le très-haut révérend, M. le pasteur Schwctzer, est un grand orateur... cinq, six... personne ne peut résister... dix-huit, dix-neuf... à sa parole... vingt-sept, vingt-huit... Ouf! c'est un florin et vingt-quatre kreutzers de plus que son éloquence va nie rapporter... — Sommelier, encore une chope par ici !... — Et par ici, sommelière!... — Et ici donc, sommelier!... Ces voix partaient de toutes les petites tables à quatre places où s'étaient mis d'autres buveurs qu'on appelle élégamment des chameaux, parce qu'ils sont de passage et ne sont pas des habitués de la célèbre taverne. Le maître encaissa encore deux florins douze kreutzers. — Grand orateur! grand orateur! murmurait-il. Kathrina, schnelle Kathrina, une chope pour moi. Le docteur, M. le pasteur Schwetzer va parler; cela vaut bien une chope. D UN BOUTON 185 XXXIII Le pasteur Schwelzer se leva. 11 ne parlait jamais assis. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Il s'essuya, tirailla les deux bouts du collet de son surtout, toussota légèrement, et, le calme rétabli, commença d'une voix assurée : —■ Messieurs et nobles amis, plus de paix!... Plus de liberté!... L'Allemagne entière est pareille à un vieil habit usé qu'on veut retourner pour l'accommoder à une mode nouvelle. Le siècle bout comme une puissante chaudière de locomotive, et l'avenir se présente avec de sinistres présages !... Encore un peu, et l'électro-ma- gnétisme viendra remplacer la vapeur. Et dire que l'Allemagne, ce pays de libre immobilité et 186 HISTOIRE de paisible préparation se sent entraînée, malgré elle, à se jeter dans le tourbillon de l'activité! Hélas ! nous ne sommes que trop enclins à oublier le vieux proverbe : Festma lente, que Tacite avait appris de nos ancêtres... Ici, le pasteur, une seconde fois, tirailla les deux bouts de son collet et essuya son front ruisselant avec l'index et le médium. — Très-bien! très-bien! fit l'assistance en chœur, et en buvotant à la chope. — C'est magnifique! grommela le maître. Un discours comme cela par semaine, et j'aurais cent quatre florins par an de plus. M. Schwetzcr reprit d'une voix pénétrée : — Mes chers messieurs et parfaitement nobles amis,tous les liens delà moralité sociale sont brisés!... On en veut aux vénérables formes de notre glorieux pays. On veut détruire les choses les plus sacrées. On tolère que des misérables, qui ne sont ni docteurs, ni candidats, ni employés, ni conseillers, ni dignitaires, ni gradés, viennent émettre leurs convictions, leurs aspirations, leurs ten- d'un bouton 187 (lances, leurs opinions enfin, comme s'ils n'étaient pas faits pour obéir à ceux qui sont pourvus de diplômes universitaires, de patentes d'État, de brevets de ministre, de chartes grand'ducales. Rien ne peut empêcher ce déluge d'idées nouvelles, de principes antiréglementaires... — Bravo! bravo! s'écrièrent les conseillers en portant leur chope à la bouche. — C'est admirable! murmurait le maître. Deux discours comme cela par semaine, et j'aurais deux cent huit florins de plus par an. M-. Sdrwetzer, aprèsseg gestes oratoires obligés, reprit d'une voix stridente : — Mes très-chers messieurs et extraordinairc- ment nobles amis, d'où vient le mal. Ces deux peuples convoitentla possession de notre glorieux grand-duché, et, sentant notre force, sont allés en Crimée préparer des voies faciles pour notre assujettissement. Ces deux ennemis de la race germanique nous envient nos pièces de kreutzers... Ici, l'orateur tira deux six-kreutzers de sa po- ''iie. Les conseillers en Qrenl autant, 188 HISTOIRE — Ah ! continua l'orateur, venez, venez les prendre si vous l'osez!... 0 ennemis de la race germanique, c'est à votre barbe que je bois cette chope, à votre perte définitive... — Haut! haut! vive! vive! s'écrièrent les conseillers en trépignant des pieds et en buvant à la chope. — C'est inouï ! disait à mi-voix le maître. Quel oraleur ! quel orateur ! Trois discours comme cela par semaine, et je gagne trois cent douze florins de plus par an. M. Schwetzer, ayant accompli dans l'ordre voulu ses gestes, reprit d'une voix ironique : — Mes très-chers et respectés messieurs et tout à fait extraordinaires amis, que veulent-ils, ces descendants de Brcnnus?.... De l'or 1— rien que cela. Les malheureux ! mais ils ne savent donc pas que le glorieux pays de liade, comme toute l'Allemagne est trop riche pour posséder de l'or? Nous n'avons que des assignats. Qu'ils viennent en tirer parti s'ils osent, s'ils le peuvent. Des assignats !... mais c'est ce d'un bouton 189 qui fait la richesse et la force de l'unité germanique, dont nous sommes l'avant-garde vigilante. Non, non! qu'ils viennent apporter leur or chez nous, et nous leur tendrons en échange ce divin breuvage que nous buvons à l'extermination de toutes les races qui n'appartiennent pas à notre belle et puissante Germanie... — Hourra! hourra! criaient les conseillers en trépignant et en frappant la table de leurs chopes vides. — Sommeliôrc ! encore une chope ! tonnerre et vent ! mugit une voix. — Et ici encore, sommeliôrc de tous les diables ! — Sommelier, une chope ici! — Une chope par ici, diablesse de femme ! hurlait le conseiller spirituel. Les sommelières et le sommelier versaient, versaient toujours. — Ouf! dit le maître en continuant ses calculs, cela fait trois florins et trente-six kreutzers. Quand je dis, moi : Oh! les orateurs, ça rap- 11. I!)0 HISTOIRE porte à l'État, et ça rapporte aux brasseries... Dans son enthousiasme, le maître se leva et cria d'une voix enrouée : — Messieurs très-haut respectes, sauf votre respect et votre très-haut respect, la santé du très-haut révérend M. le pasteur, prieur-doyen et docteur Schwetzer ! — Haut! haut ! vivat! vivat ! cria l'assistance. Parmi les chalands de passage, il se trouva un étudiant de Dorpat. 11 leva sa chope, et commença à crier d'une voix de Stentor : — A fond, à fond, à fond !. . D'autres voix répétèrent : — A fond, à fond, à fond!... Vingt voix reprirent : — À fond, à fond, à fond !... Toute la brasserie mugit ensemble : — A fond, à fond, à fond !... On cria ainsi jusqu'à ce que les chopes fussent vidées. Force fut alors de les faire remplir de nouveau. Beaucoup de conseillers laissèrent échapper de la mauvaise humeur; mais l'anti- d'un booton 191 que usage prévalut. Il fallut s'y conformer, quoique évidemment la soirée menaçât de dégénérer en orgie de bière (1). (i) Kneiperei (pince-cabaret). 19? HISTOIRE XXXIV Quatre autres banques remplacèrent les pre- inières. Le maître de la brasserie se frottait les mains. Il avait déjà encaissé onze florins et douze kreut- zers. — Oh ! disait-il en aparté , que nos ancêtres étaient donc sages et prévoyants! Rien qu'avec des pièces de trois kreutzers par personne, et voilà onze blancs florins passés en caisse. Le silence rétabli, M. Schwetzer recommença : — Ça donc, mes très-chers messieurs et ex- traordinairement nobles amis, maintenant... s'il vous plaît, et avec votre permission... venons à la conclusion. La liberté et le despotisme peuvent d'un bouton 193 parfaitement bien s'accorder, témoin notre glorieux pays et nos hautes autorités constituées, qui y vivenl paisiblement. Laisserions-nous échapper un pareil état de choses, qui fait l'envie du monde entier, Franc et Gaulois, Anglo-Saxon et Roman, Slavo-Russe et Greco-Turc? Non, messieurs, non ! Il ne sera pas dit que le conjectif, qui fait le tour de l'Allemagne, aura entraîné dans ses voies coupables le vaillant 9° de cavalerie, que nous avons le bonheur de posséder, dont nous payons l'entretien, et qui rapporte tant ànolre glorieux pays et à nos autorités constituées... — Ecoutez, écoutez, dirent quelques conseillers... — Silence! Attention! reprit la voix tonnante de l'étudiant. — Chut! conlirma le maître, chutl c'est peut- être encore trois florins et trente-six kreutzers que je vais encaisser. Chut! chut!... L'orateur continua : — Eh bien, mes chers messieurs et très-nobles amis, il s'agit ici de prudence... de beaucoup de 194 HISTOIRE prudence... de la part... des... très - hautes... hautes autorités... uncaffaire... se rattache... au major... non... à Son Alt... esse... non, mille tonnerres ! se rattache à l'affaire en question, à l'affaire du conjectif... — Un complot militaire ! s'écria le directeur de police, en pâlissant d'émotion, ah!... Mais l'étudiant en passage, saisissant sa chope et la faisant tourner en rond sur la table, entama l'hymne célèbre : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Dois de la bière, bonne, bonne Lisette, Bois de la bière, bonne, bonne Lisetto, Bois de la bière! Bois de la bière bonne, bonne Lisette, Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Bois de la bière (1). (l)Trink Bier, liebe, liebe Lieschen, Trink Bier, liebe, liebe Lieschen, Triuk Hier, liebe, liebe Lieschen, Trink Bierl Trink Bier, liebe, liebe Lieschen, Trink Bier, liebe, liebe Lieschen, Trink Bier, liebe, liebe Lieschen, Trink Bier! d'un bouton 195 Et lesbuveursdespetites labiés, réunissantleurs voix à celle de l'étudiant, reprirent en chœur: Unis de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Quelques conseillers, les plus jeunes d'entre tous, s'adjoignirent aux premiers chanteurs et continuèrent : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Les plus âgés, se rappelant leur jeunesse, se mirent de la partie, en entonnant : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Le vénérable orateur ne put résister à l'entraînement qui gagnait de plus eu plus la compagnie des buveurs et continua d'une voix de serpent de cathédrale : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc , etc. Le directeur de police, malgré ses soixante et dix ans, céda au charme des souvenirs du bon vieux temps et mêla sa voix peu ferme à celles de Imite l'assistance : 196 HISTOIRE Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Les sommelières et le sommelier, oubliant leurs devoirs et leur humble position sociale, renforcèrent de leurs voix fraîches et sonores le : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Le maître de la brasserie lui-même, appuyant ses mains sur les deux bras du voltaire, donna de sa voix enrouée un nouvel élan au chant magique du : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. En face de labrasserie Zum Zengha us se trouve l'Arsenal. Le factionnaire, entendant de sa guérite le chant populaire, se hâta d'entonner ta Marseillaise germanique. Tous les hommes de garde chantèrent avec lui ce refrain héroïque : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. Les passants, électrisés par ces voix, formèrent un chœur formidable qui vociférait : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. d'un bouton 197 Une heure après, tout Mannheim, hommes, femmes, vieillards, jeunes gens, enfants, militaires, bourgeois, artisans, prolétaires, ouvriers, employés, marchands, aristocrates de finance ou de naissance, chantaient à tue-tête : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. C'était un courant électrique irrésistible. Les soldats de police eux-mêmes, les gardiens de nuit, jusqu'aux gardiens du cimetière et les fossoyeurs répondaient en écho lointain : Bois de la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. 11 n'y avait que les morts, notre ami lxia Izque- polt et les trois victimes de l'amour qui ne pouvaient entendre ni redire ce refrain magique : Bois do la bière, bonne, bonne Lisette, Etc., etc. au son duquel, un 93 allemand serait capable de bouleverser le monde. 198 HISTOIRE XXXV Vers les trois heures du matin de celte nuit à jamais mémorable dans les annales patriotiques de ISade, le major, Son Altesse sérénissime von Sleis-Stein-Steis-Lumpen-Belmolt Scliorsleinburg se sentit transporté à travers les rues vers sa demeure terrestre, à Mannheim, rue K 3 . 11 lui semblait que lui, principe divin, était porté au son des voix mélodieuses des anges, des archanges et des chérubins, répétant en chœur le chant du Bois de la bière, bonne, bonne Lisette. En effet, c'était M. Schwclzer, aussi fort des épaules qu'en matière de théologie el d'histoire lia lu ici le, qui l'avait rapporté sur son dos et versé sur un lit, comme un sac de farine que l'on décharge. d'un bouton 190 Le directeur de police, ayant perdu le sentiment de ce qu'il devait à sa haute position magistrale, chantant toujours l'interminable refrain, fut porté triomphalement vers son logis par les conseillers, accompagnés de soldats de police à casques pointus. Le conseiller spirituel et le conseiller de sacristie se trompèrent de porte dans leur enthousiasme et vinrent se coucher dans une des maisons de la rue Q*, maison dont les volets ne s'ouvraient jamais, môme en plein midi, et au- dessus de la porte d'entrée de laquelle flgurail en chiffres gigantesques le numéro 09. Bref, lesoleil radieuxetéelalani était déja depuis longtemps levé et inondait de ses chauds rayons la bonne ville de Mannheim, que les accents du chant patriotique retentissaient encore par-ci par-la, dans les tavernes et les cabarets, entrecoupés de vociférations formidables, dans lesquelles on pouvait nettement distinguer les cris: — Haut! haut ! pour le pays de Bade l à bas La France! à bas l'Angleterre! ï?00 HISTOIRE XXXVI Enfin, lorsque le calme habituel fut rentré dans la vie publique et privée de Mannheim, que la fièvre de patriotisme tomba et que directeur de police et conseillers purent un peu mettre de l'ordre dans leurs idées brouillées par la bière, par le chant patriotique du Bois de la bière, bonne, bonne Lisette; par le discours fougueux du pasteur Shwetzer, prieur-doyen de l'église cathédrale; par le conjectif qui menaçait de renverser l'ordre et l'unité de la confédération germanique; par l'affaire du 9 e de cavalerie, et par la découverte si importante qu'elle se rattachait au fatal conjectivisme, les hautes autorités constituées île la ville se réunirent en assemblée d'un bouton extraordinaire pondant plusieurs semaines, el décidèrent enfin qu'il y avait urgence de s'entendre avec les autorités militaires pour parer au danger qui menaçait de bouleverser le glorieux pays de Bade. A cet effet, les autorités civiles cl militaires se concertèrent longuement pour déployer toute la majesté voulue dans de pareilles circonstances et frapper l'imagination du peuple par l'exposition de toutes les forces dont on pouvait disposer. Le colonel du 9 e de cavalerie devait faire monter achevai les trois escadrons, forts de dix-sept chevaux chacun, et composant ce régiment. Le colonel d'un régiment de ligne, en garnison à Mannheim, devait amener, de son côté, les deux bataillons cinq cents hommes à peu près, qu'il commandait. Les échevins des diverses corporations au nombre de quinze, vêtus de l'habit à la française, coupe de 1833, et coiffés du chapeau classique, devaient renforcer les deux régiments, montés sur d'énormes chevaux empruntés aux proprié- 202 HISTOIRE taires des manufactures de tabac et des brasseries, et le colonel Langsamvoram haranguer.les troupes réunies en face de l'hôtel de ville. De son côté, lè conseiller supérieur Wortkram adresserait la parole aux citoyens de la ville. A cet effet, une table devait être placée sur une charrette renversée, recouverte d'un tapis écarlate. Une proclamation rédigée par les toutes autorités serait ensuite télégraphiée par tout le grand- duché. Pendant ce temps, la flottille des bateaux à vapeur de la com pagnie Rhin-Dusseldorf-Mayence- Cologne, rangée en ordre de bataille devant le pont flottant du Rhin, tirerait des coups de canon de ses petites pièces de divers calibres. Les cloches de l'église des jésuites sonneraient le carillon à toute volée pendant quatre heures de suite. Ces arrangements pris, la solennité fut annoncée pour le 2 mars. d'un bouton 203 XXXVII Le programme fut rempli de point en point. Rien n'y manqua. La fouleélaitimmense, cal me et digne, comme il convient à un grand peuple qui sentque toute? les destinées de la patrie dépendent de son attitude. L'Europaeïscher-Hof, le Rheinischer-llol', le Deutscher-Hof, le Pfaelzer-Hof, le Rheinthal, le café-restaurant Rhcinlust, organisèrent des ban- quels patriotiques à vingt-quatre kreutzers par tête La pomme de terre et le saucisson, mets nationaux, y tenaient le premier rang. Le château, l'église des jésuites, l'Observatoire, la Bourse, l'Arsenal, le port-franc, l'hôtel de ville et le pont-suspendu se pavoisèrent de pavillons jaunes et rouges, couleurs du grand-duché. 204 IIISTOlliE Le 9e de cavalerie, en grande ternie, se plaça comme il avail 616 convenu. A un signal donn6, et au son des cloches, au bruit du canon, des fanfares et des tambours, La harangue du colonel Langsamvoran et l'adresse du conseiller supérieur Wortkram eurent lieu simultanément. 11 fallait avoir la forte carrure des tètes allemandes pour saisir quoi que ce fût des discours prononcés au milieu de ce vacarme officiel. Tout se passa très-bien cependant. Le 9«, électrisé par les paroles de sou brave colonel, brandissant le sabre dans l'air, cria pendant plus de vingt minutes : — Haut! haut! vive la patrie ! vive Bade! vive le grand-duc ! En avant contre les maudits Français ! en avant ! en avant ! Le colonel eut beaucoup de peine à maintenir cette ardeur militaire el à empêcher ses braves de se mettre en marche contre la France. Le discours de M. le conseiller supérieur Wor- I k ram, discours qui dura cinq quarts (F heu re, l'ut d'un boni à l'autre couvert d'applaudissements d'un bouton 205 frénétiques. Personne n'en entendit un mot. Mais on cria tout le temps : — Oui, oui, mort aux Français! mort aux Anglais! Certainement! assurément! mort aux ennemis du génie allemand ! M. Wortkram (il des gestes désespérés pour calmer l'effervescence populaire, suscitée par ses paroles foudroyantes. Il fut obligé de promettre tout ce qu'on lui demandait, c'est-à-dire la mort des Anglais et des Français. I/Allemagne aime beaucoup les promesses et s'en contente toujours. — Nous avons obtenu ce que nous voulions, criait la foule; on nous a promis ce que nous demandions. Il s'agit maintenant d'attendre tranquillement, do ne rien précipiter. A cinq heures du soir, toute la foule était attablée dans les cabarets, fêtant ce grand jour de délivrance, ce jour de gloire, où la patrie badoise et l'Allemagne étaient sauvées par la courageuse démonstration à l'adresse des ennemis acharnés de la race germanique. 12 206 Il IS T01 11 E XXXVIII Une soûle chose cependant avait manqué, c'était le télégraphe. Ce fut un douloureux réveil pour toutes les hautes autorités constituées civiles el militaires de la ville de Mannheim. Voici ce qui était arrive : A son grand regret, ce fut le secrétaire de la chancellerie de police cpii fut chargé, par le directeur de police, de faire télégraphier la longue proclamation. 11 fallait quitter la chope patriotique pour une affaire d'Etat ! Le garçon de télégraphie fit jouer par erreur les batteries sur le fil qui communique mm avec Carlsruhe, mais avec Berlin. Il avait pris une part très aclive à la démonstration, et était ému d'attendrissement sur la grandeur et les forces de son glorieux pays. Il avait donc fait télégraphier à Iterlin : d'un bouton 201 — Etes-vous libre ? On avait répondu : — Oui. Là-dessus, il se mil à télégraphier d'un trait la proclamation, qui fut immédiatement, remise au ministre des affaires étrangères. Le ministre, en lisant cette proclamation de quatre pag es in-folio, tomba presque à la renverse. L'ennemi implacable était aux portes de l'Allemagne; il allait franchir le Rhin et tendre la main aux conjectivistes qui infestaient de leurs idées et de leurs principes toute la confédération germanique, mais surtout le pays Ilessois. La ville de Mannheim, Qdèle à ses devoirs sacrés, veillait et était prête à repousser l'agression. C'était tout ce que monsieur le ministre parvint à déchiffrer de la longue proclamation. M. le ministre croyait rêver. Comment! au mo- meni où tout semblait présager une paix gêné- rate, la France et l'Angleterre menaçaient d'une invasion terrible toute l'AllemagneI Il ne pouvait en croire ses yeux. 11 se jeta dans sa voiture etallacomniuuiquor avec ses collègues. 208 histoire Heureusement, à Berlin, les hommes d'Etat comme dans toute l'Allemagne, du reste, sont doues d'une forte dose de sens commun. On relut la proclamation, on la commenta et on décida que, l'affaire n'étant pas claire, il fallait en donner avis au premier ministre do Bade. On télégraphia en conséquence à Carlsruhe. Grande fut la rumeur. Le premier ministre convoqua immédiatement son conseil. Personne ne savait rien de rien. La proclamation renvoyée de Berlin parut tcllemcntincroyable, qu'on la soumit au grand-duc. Il fronça les sourcils et envoya immédiatement sur les lieux un de ses grands référendaires, pour une enquête sérieuse sur les causes qui avaient produit cotte singulière agitation. L'enquête dura longtemps. Grâce à la confusion des rapports et de tous les autres documents du dossier de l'affaire en question, dont l'origine remontait au 16 janvier 1857, tout avait été si bien embrouillé, qu'on ne put jamais parvenir à savoir à fond la véritable cause de l'ébranlement produit dans toutes d'un bouton 209 les doctes couches de la savante Germanie. Le grand conseiller eut beau procéder aux recherches judiciaires, il eut beau interroger et Iohann-Théodore-Habacuc-Népomuc-Teufelsfurz, et le profond pédagogue Hysoppus-Dorothéus Miaou de Stricgclhauscn, et le caporal poëte César-Auguste Immerdust, et le sergent Picrre- Paul-Oscar von Bierfasz, et le lieutenant baron von Grubelkopf-Durnmloch, et le capitaine Reit- peitsche, et le major Son Altesse sérénissime Stcis-Stein-Sleis le prince régnant de Lumpen- Bctmold Schorstcinburg ; il eut beau les confronter avec Ixia Izquepolt, qui était toujours absorbé dans ses recherches sur la définition définitive du conjectif ; il eut beau demander de quoi enfin il s'agissait , — il ne put rien découvrir. Les interrogatoires auxquels il soumit le prieur-doyen Schwetzer, le directeur de police Alifuhrungsmiltel, le colonel Langsamvoran lui- même, les conseillers divers, ne servirent qu'à obscurcir encore davantage cel événement, déjà si obscur par sa nature môme. 210 HISTOIRE XXXIX Un beau matin, désespérant de trouver une solution quelconque, et après avoir fail relâcher Ixia Izqucpolt et les trois amoureux de la musc, il lit emballer le dossier sur une voilure à quatre cbevaux et l'expédia à Carlsrulie, où il alla, dès le lendemain, faire verbalement son rapport au grand-duc. — Eh bien, monsieur le grand référendaire, qu'est-ce donc que cette grosse affaire? demanda Son Altesse royale. — Monseigneur, voici justement qu'on déballe le dossier, répondit l'excellence en montrant la voiture à quatre chevaux, de laquelle cinq ou six hommes enlevaient des liasses de papier. — Rien que cela? fit le grand-duc. Mais enfin qu'est-ce? d'un bouton 211 — Altesse royale, je vous avoue n'y avoir rien compris. — Même après les deux mois d'enquête? — Oui, monseigneur, même après les deux mois d'enquête. — Mais, enfin, qu'en pensez-vous? — Altesse, je pense qu'ils sont tous là-bas fous à lier. — Gela se peut, dit le grand-duc en souriant. Et ces trois prisonniers militaires? — Monseigneur, jamais je n'ai pu apprendre la cause de leur détention. — Comment? Et on les a tenus si longtemps sans aucun motif plausible? — Oui, Altesse royale. — Mais, c'est incroyable! Ob ! le colonel Lang- samvoran doit être puni pour un pareil abus de pouvoir. Faites-lui expédier immédiatement une retraite non motivée. — C'est dur, monseigneur, mais il l'a mérité. — Et ce philosophe? — Ixia Izquepolt. Je l'ai fait relâcher. Le 212 HISTOIMK Il'UN UOUTON pauvre homme, pas plus que les trois militaires, ne savait pourquoi il était en prison. — Oh ! c'est trop fort, s'écria le grand-duc. Un directeur de police s'amusant à faire détenir les gens sans aucun motif, contrairement à toutes nos lois civiles et pénales! Vous écrirez la destitution de ce directeur. — Monseigneur, maintenant il faut une dernière décision à cette affaire. — Passez-moi donc une plume et du papier. Son Altesse royale écrivit quelques mois, et remit le papier au grand conseiller. — Vous joindrez cela au dossier, dit-elle. Vous ferez déposer le tout dans mes archives privées, Ce sera un chapitre de plus à ajouter à l'histoire de la manie allemande de faire d'une mouche un éléphant. Et le grand-duc congédia d'un salut gracieux le grand référendaire, qui put lire les mots suivants écrits de la main de Son Altesse royale : « Vouer à l'éternel oubli cette affaire ténébreuse. » FIN. CATALOGUE MICHEL LÉVY FRÈRES LIBRAIRES-ÉDITEURS BT Dl LA LIBRAIRIE NOUVELLE PREMIERE PARTIE Nomcaiu «nuage» en Tente. — Ouvrane» divers, forait ii-8* Biblittkéqie eontemperaine, (omit grand in-18. — Biblitts^jM Maull». 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AUTRAN LE POÈME DES UEAUXJOUHS.— 1 VOl. 8 » EDGAR QU1NET HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE 1815. -- l vol. avec une carte......7 50 PRÉVOST-PARADOL NOUVEAUX ESSAIS DE POLITIQUE ET DR LITIÉRATUHB. —1 VOl.....7 50 DUVERGIER DE HAURANNE HISTOIRE DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN FRANCE (1814-1848). — Tome V. l vol.........7 50 CHARLES LAMBERT LE SYSTÈME DU MONDE MORAL. —1 VOl. 7 50 J. SALVADOR HISTOIRE DBS INSTITUTIONS HE MOÏSE ET DU PEUPLE HÉBREU.—5« Clilt., revue et augmentée d'une introduction. — I vol.........15 » L'AUTEUR des Souvenirs de Mme llécamier. COPPET ET "WEIMAR. — MADAME DE STAËL ET LA GRANDE DUCHESSE louise. — Récits et Correspondances.—! vol...........7 50 LOUIS REYBAUD économistes modernes :Cobden. — Bastiat.—Michel Chevalier—John Stuarl Mill. — Léon Faucher. — ROUI. — 1 vol...........7 50 J. J. AMPÈRE de t'Institut l'histoire romaine a lOCI,—S vol. avec des plans torjographiques de Rome à diverses époques.....15 » MORTIMER-TERNAUX HISTOIRE DE LA TERREUR, 1TJ2-17ÎH, d'après des documents authentique!) et inédits. Tomes I et 11.—1vol. 12 » LOUIS DE VIEL-CASTEL HISTOIRE D"! LA RESTAURATION. — Touie V. —1 vol........0 » format gr. tn-t& a » fr. le vol. AUGUSTE MAQUET vol. LES VBRTBS-PBUILLES......... 1 S'-RENÉ TAILLANDIER LA COMTESSE D'ALBANY......... 1 JULES GÉRARD te Tueur de lions VOYAGES ET CHASSES DANS 1,'HIMALATA. 1 EL. DUFOUR LES SRIMPEURS DES ALPES. — PcakS, Passes and glaciers. — Traduction. 1 MAX VALREY ces pauvris femmes :......... 1 CH. MAGNIN HISTOIRE DBS MARIONNETTES BN BU- ROPB DEPUIS L'ANTIQUITÉ JUSQU'A nos jouas.éd.,revue et corrigée. 1 A. 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AMPÈRE de V'Académie française césar, scènes historiques. 1 vol. L'HISTOIRS ROMAINE * ROMB, aVeC des plans topographiques de Borne à diverses époques.—2 vol. . . 1S promenade a» Amérique.— Etats- Unis. — Cuba. — Mexique. — 3» édition. — 2 vol.......12 .1 50 HA DAME LA OtICHESSB D'ORLÉANS, HÉLÈNE DE MECB.LBMBOURÛ- schwerin. 6« édition. 1 vol... 6 *** alesia, Étude sur la septième campagne de César en Gaule. Avec deux cartes (Alise et Alaise). — 1 vol...............6 * * * LES TRAITÉS DE 1815. — 1 VOl. ... 2 J.AUTRAN LE POÈME DES BEAUX JOURS.—1 VOl. 5 J. BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE LETTRES SUR L'ÉGVrTB. 1 VOl.....7 5 L. BAUDENS Inspecteur, membre du Conseil de santé des armées de terre et de mer. la guerre un crimke. — Les campements, les abris, les ambulances, les hôpitaux, etc. — l vol.....6 IS. 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COHEN. les déicides. — Exanien de la divinité de J.-C. et de l'église chrét. au point de vue du judaïsme. 1 vol. 5 J.J. COULMANN RÉMINISCENCES. ToilIC 1........5 VICTOR COUSIN de l'Académie f rançaise PHILOSOPHIE DE KANT. — 1 VOl. . . 5 PHILOSOPHIE ÉCOSSAISE. — 1 VOl . . 8 PHILOSOPHIE SBNSUALISTE. — 1 Mil 5 J. CRÉTINEAU-JOLY le pape clément nv, seconde et dernière lettre au père Theincr.—1 v. 3 A. BEN-BARUCH CRÉHANGE lis psaumes, traduct. nouv. 1 vol. 10 LE GENERAL E. DAUMAS le grand dbii&t : Itinéraire d'une Caravane du Sahara au pays des Nègres (royaume de Haoussa\ suivi d'un Vocabulaire d'histoire naturelle et du code de l'esclavage chez lesmusulmans, avec une carte coloriée. Nouvelle édition. 1 vol. 6 M»" DU DEFFAND CORRESPONDANCE INÉDITE AVEC LÀ DUCHESSE DE CU01SKUL ET L'ABBÉ barthélbmv , précédée d'une introduction par il. de Sainte-Âu- laire. — 2 vol..........is CH. DESMAZE LE l'ARLBMBNT DE PARIS. 1 VOl. . . 5 CAMILLE DOUCET COMÉDIES RN VERS. — 2 VOl. . . 14 DUVERGIER DE HAURANNE HISTOIRE DU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN FRANCE (1814-1848), précédée d'une introduction.5 vol. 37 tome VI (Sous preite). 1 vol. ... 7 LE BARON ERNOUF HISTOIRE DE LA DERNIÈRE CAPITULATION de iaris. — Evénements de 1815. — Rédigée sur des documents entièrement inédits. 1 vol. 6 LE PRINCE EUGÈNE MÉMOIRES ET CORRESPONDANCE POLITIQUE ET MILITAIRE, publiés, annotés et mis en ordre par il. Du Casse. 10 vol....... CO XAVIER EYMA la république américaine. Ses Institutions.— Ses Hommes —2 vol. 12 LES TRENTE-QUATRE ÉTOILES DE l'u- nkin américaine. — Histoire des états et des territoires. — 2 vol. 12 J. FERRARI HISTOIRE DE LA RAISON D'ÉTAT. 1 V. 7 GUSTAVE FLAUBERT salammbo (sous presse). — 1 vol. 6 18 m LE COMTE DE FORBIN fr. c. Charles barimore. — Nouvelle édition. — 1 VOl...........5 » AD. FRANCK Membre de l'Institut. ÉTUDES ORIENTALES. —1 Vûl.....7 50 LE C" AGÉNOR DE GASPARIN Ancien Député l'a méhique devant l'euhope, principes et i iiU'tT'Is . — I vol......6 > UN GRAND PEUPLE QUI SE RELÈVE, LKS ÉTATS-UNIS EN 1861. — 1 VOl. 5 » ERNEST GERVAIS LESCROISADBSDRSAINTLOUIS.lVOl. 6 > CONTES ET POÈMES — 1 VOl.....5 » EMILE DE GIRARDIN QUESTIONS DE MON TEMPS.—12 VOl. 72 » EDOUARD GOURDON HISTOIRE DU CONGRÈS DE PARIS. 1 VOl. 5 » ERNEST GRANDIDIER VOVAGR DANS L'AMÉRIQUE DU SUD.— Pérou et Bolivie. — l vol.....S » F. GUIZOT I» CHINE ET LE JAPON : BliSSiOll OU comte d'Elgin pendant, les années 1857, 1858 et 1859; racontée par Laurence Oliphant. Traduction nouvelle, précédée d'une introduction. — 2 vol..........12 » L'ÉGLISE ET LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNES en 1861. — 3e édition. —i vol. . B » HISTOIRE DE LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE DES PROVINCES-UNIES, par J. Lothrop Motley, trad. nouvelle, précédée d'une grande introduction (l'Espagne et les Pavs-lias aux ivie et xixe siècles) —4 vol. 24 > HISTOIRE PARLEMENTAIRE DE FRANCE, collection complète des discours de M. Guizot dans les chambres de 1819 à 1848, précédée d'une introduction formant le complément des mémoires pour servir à l'histoire de mon temps [sous presse). — 4 vol.........30 » mémoires pour servir a l'histoire de mot temps.—S» édition. 5 vol. . 37 50 tome vi [sous presse). 1 vol ... 7 50 TROIS ROIS, TROIS PEUPLES ET TROIS siècles souspresse). i vol. ... 7 80 William PUT et son îEMPs, par lord Stankope , traduction précédée d'une introduction.— Tom. 1 et II. —2 vol.............12 > LE COMTE D'HAUSSONVILLE HISTOIRE DE LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS : 1850-1848, avec documents, notesetpièies.|ustilicalives.2vol. 12 » HISTOIRE DE LA RÉUNION DE LA LORRAINE A LA Fil A MCE, a veC IlOtCS, pièces justificatives et documents entièrement inédits. 4 vol. ... 30 > ROBERT HOUCIN fr. c LES TRICHERIES DES GRECS DÉVOILÉES. — 1 vol..............5 » VICTOR HUGO LES CONTEMPLATIONS. 4 r éd. 2 VOl. 12 » LA LÉGENDE DES SIÈCLES.— sédition. — 2 vol..........15 » PAUL JANET. 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LA GUERRE DE CRIMÉE. — LeS Cam- peinenls, les Abris, les Ambulances, los Hôpitaux, etc. —2« édition. . . 1 GUSTAVE DE BEAUIY10NT de Vlnstilut. l'trlanok sociale, POLITIQUE et religieuse. — 7» édition, revue et corrigée, avec un avant-propos sur la situation actuelle de l'Irlande. . 9 ROGER DE BEAUVOIR les Meilleurs fruits de mon panier . 1 LA PRINCESSE DE BELGIOJOSO asie mineure et syrie. —Souvenirs de voyage. — Nouvelle édition. ... 1 scènes de la vie turque : Emina. — Un prince Kurde.— Les deux Femmes d'Ismatl-Ucy.....1 NOUVELLES SCÈNES DE LA VIE TURQUE (Sous presse)............ 1 GEORGES BELL VOYAÔI EN CHINE...........1 LE MARQUIS DE BELLOY vol. LES COMÉDIES DE TÉRENCE. 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L'Interdiction. Pierre 6rassort. Sr.iKn DE Ll VIS l> K PROVIKCE Tome 9. — Ursule mirouet. Tome 10. — Eugénie Grandet. Tome 11.— les célibataires i. Pierrette. Le Curé de Tours. Tome 12. • LES) CELIBATAIRES II. Un Ménage de Garçon. Tome 13. — les parisiens en province. L'illustre Gaudissart. La Muse du département. Tome 14. - les rivalités. La Vieille Fille. Le Cabinet des Antiques. Tome 15. — le lvs dans la vallée. Tome 16. — illusions perdues i. Les deux Poètes. Un Grand homme de province à P iris, ue partie. Tome 17.— illusions PERDUES, n. Un Grand homme de province, 2* partie. Ève et David. SCKim Dl U TU PAMSUÏÏSE Tome 18. — SPLENDEURS ET MISÈRES im:s couRTtflANEs. Estber heureuse. A combien l'amour retient aux Vieillards. On mènent les mauvais eiiemins. Tome 19. — la dernière incarna- no* de v \utrin. Un Prince de la Mo- berne. Un Homme d'affaires. Gaudissart II. Les Comédiens sans le savoir. Tome 20.— histoire des treize. Fer- ragus. La duchesse de Langeais. La Fille aux yeux d'or. Tome H, — le père goriot. Tome 22. — césar uirotteau. Tome 23. — la maison nucingen. Les Secrets de la \ rincesse de Cadlgnan. Les Employés. Sarrasine. Fariuo cane. Tome 21. — les tarents pauvres, i. La Cousine Bette. Tome 25.— les parents pauvres, n, Le Cousin Pons. sciius di li ru politiqci Tome96.— une rciSEBBBCSB affaire. Un Épisode sous la Terreur. Tome 27. — l'envers de l'histoire contemporaine. Madame de la CUante- rie. L'Initié. Z. Marcas. Tome 28.— LE DÉPUTE D'ARCIS. SCÈ1U8 DK Ll TU «ILITAIRI Tome 29.— les chouans. Une Passion dans le Désert. sr.hf.s DI Ll TU DE CIIMCM Tome SO.—LE MEDECIN DE CAMPAGNE. Tome 31.— le curé de village. Tome 32. — les paysans. K T U D E S PHILOSOPHIQUES Tome33. — la pf.au nu chagrin. Tome 34. — la recherche »e l'absolu. Jésus-Christ en Flandre. Melmoth réconcilié. Le Chef-d'«'livre inconnu. Tome 35. — l'enfant maudit. Gam- bara. Massimilia Doni. Tome 36.— les marana. Adieu. Le Ré- quisitionnaire. El Verdugo. Un Drame au bord delà mer. L'Auberge ronge. L'Flixir île longue vie. Maître Cornélius. Tome 37. — sur Catherine de médi- cis. Le Martyr calviniste. La confidence des Ruggieri. Les deux rêves. • Tome 38. — louis lamrert. Les Proscrits. Scraphita. ETUDES iSil.TTIQCES Tome 39. —physiologie du «amagb. Tome 40.— PETITES MISÈRES de la vie CONJUGALE CONTES DROLATIQUES Tome il. 1 er dixain. — la belle im- | péria. Le Péché véniel. La mye du roy. ŒUVRES COMPLÈTES DE H. D E BALZAC L'Héritier du diahle. Les Joyeulsetés du roy loys le unziesme. La Connestable. La PucclledcTliilhouse. Le Frère d'armes. Le Curé d'Aïay-le-Rideau. L'Apostrophe. Tome 42. 2 e dixain. — les trois CLERCS DE SAIXCT-MCHOLAS. Le jeUSUC de Krançoys premier. Les bons proupos des religieuses de Poissy. Comment feut Baaty lechasteau d'Aïay. La faulsecourtisane. Ledangier d'estre trop cocquebin. La chiere Buictée d'amour. Le prosne du joyeulx curé de Mcudou. Le Succube. Désespérance d'ammir. Tome 43. 3me dixain. — Persévérance d'amour. D'unu iustii iardqui neseremem- broyt lescliouses. Sur le movnc Amador, qui feut un glorieux abbé de Turpenay. Berthe la repentie. Comment la belle lllle de Portillon quinaulda son iuge. Cy est remontré que la fortune est touiours femelle. D'ung paouvre qui avoyt nom le vieulx par-chemins. Dires incongrus de trois pèlerins. Naïfvelé. La belle Impéria mariée. THÉÂTRE Tome 44.— vautrin, drame en K actes. Les Ressources de Quinola, comédie en S actes et un prologue. Paméla Giraud, pièce en 5 actes. Tome «.— la jiaratre, drame intime en .s actes et 8 tableaux. Le Faiseur (Mc/- cadel), comédie en 5 actes (entièrement conforme au manuscrit de l'auteur.) OUVRAGES DE DIVERS FORMATS GEORGES BELL fr. c LI miroir de caaiiostho (Hypnotisme). —1 vol. in-18.......1 » J. 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PEYRAT un nouveau boom, histoire de l'Immaculée Conception.—I vol. in-18 1 » LE DOCTEUR RAULAND LE LIVRE DBS ÉPOUI. — Gflidt pOUT la guérison de l'Impuissance, de la Stérilité et de toutes les maladies des organes génitaux.—1 fort vol. gr. in-18............* > LE D r FÉLIX ROUBAUD Inspect. dm Eaux min. de rnuaues {Nièvre) la danse des taiiles. Phénomènes phisiologiques démontrés , avec gravure explicative. — 2« édition. — 1 vol. in-18...........1 » LES BAUX MINÉRALES DE LA FRANCE. Guide du médecin praticien et du malade.—1 fort vol. gr. in-18 broché, 4 fr. ; relié..........K » M me ADAM SALOMON dr l'éducation d'après panhobi- pan. —1 joli vol. in-32......1 » ÉTUDES CONTEMPORAINES Format In-IN ODILON BARROT DE LA CENTRALISATION BT DI SSS EFFETS. — 1 VOl.......... 1 > LE PRINCE A. DE BROGLIE Ml RÉFORME ADMINISTRATIVE BN AFRIQUE. — 1 VOl......... 1 KO ÉDOUARD DELPRAT L'ADMINISTRATION BT LA PRESSE. 1 V. 1 > A. 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S BATAVIA................. 1 le conscrit.......•...... 1 ir démon dr l'argent........ 1 le fléau du village......... 1 ir gentilhomme pauvre........ 1 1* guerre des paysans........ ( Heures du soir............ 1 t» jeune docteur........... 1 HENRI CONSCIENCE (Suite) vol. LK LION DE FLANDRE.......... LA HÈRE JOR.............. L'ORPHELINE.............. 8CÈNES DE LA VIE FLAMANDE...... SOUVENIRS DE JEUNESSE........ LE TRIBUN DE GAND.......... LES VEILLÉES FLAMANDES....... P. CORNEILLE œuvres, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages ......... ARTHUR CURNILLON MATHÉUS ................ CUVILLIER-FLEURY VOYAGES ET VOYAGEURS........ LA COMTESSE DASH LES BALS MASQUÉS........... LA CHAINE D'OR............. LES CHATEAUX EN AFRIQUE....... LES DEGRÉS DE L'ÉCHELLE....... LA DUCHESSE D'ÉPOSNES ........ LE FRUIT DÉFENDU........... LES GALANTERIES DE LA COUR DE LOUIS IV LA RÉGENCE.............. LA JEUNESSE DE LOUIS XV....... LES MAITRESSES DU ROI........ LE PARC AUX CERFS.......... I.E JEU DE LA REINE........... LA MARQUISE DR PARABF.RR....... LA MARQUISE SANGLANTE........ LA POUDRE ET LA NEIGE......... LE SALON DU DIABLE.......... LE GÉNÉRAL DAUMAS LKS CHEVAUX DU SAHARA........ LR GRAND DÉSERT............ E. J. DELÉCLUZE DONA OLIMPIA............ MADEMOISELLE JUSTINE DE LIRON . . . LA PREMIÈRE COMMUNION........ ÉDOUARD DELESSERT VOYAGE AUX VILLES MAUDITES . ... PAUL DELTUF AVENTURES PARISIENNES........ LIS PETITS MALHEURS D'UNE JEUNE FEMME............. PAUL DHORMOYS UNE V1SJ*I CHEZ SOULOUQUE...... CHARLES DICKENS Traduction A. Pichot CONTES DE NOËL........... LR NRVRU DE MA TANTE........ OCTAVE DIDIER UNR FILLE DE ROI............ MADAME GEORGRS ..... ...... MAXIME DUCAMP MÉMOIRES D'UN SUICIDÉ........ LE SALON DE 1857 ........... LRS SIX AVENTURES.........» . ALEXANDRE DUMAS AHAURY................. ANGR PITOU............... ASCANIO ................ AVENTURES DE JOHN DAVYS ...... 20 LIBRAIRIE DE MICHEL LÉ VY FRÈRES. ALEXANDRE DUMAS (Suite), vol. ALEXANDRE DUMAS [Suite), vol. LUS RAIKINIBRS..... LB BATARD DE MAULÉON BLACK ......... LA BOUILLIE DR LA COMIESSK BERTHB. LA BOULE DE NEIGE......... BRIC-A-BBAC.............. UN CADET DK FAMILLE........ LE CAPITAINE PAMPBILI....... LE CAPITAINE PAUL.......... LE CAPITAINE RICHARD........ CATHERINE BLUH......' . . . . CAUS SERIES. CECILE. CHARLES LE 1 i M {■' R AIR E......... LE CHASSEUR DR SAUVAGINE....... LE CHATEAU d'RPPSTEIN......... LE CHEVALIER D'ilARMENTAL...... LE CHEVALIER DE MAISON-ROUGE. . - . LE COLLIER DE LA HEINE........ LB COMTE DR MONTR-CRÎSTO....... LA COMTESSE DR CHARNY........ LA COMTRSSR DR SA 1.1 SBIIRT....... LES CONFESSIONS DE LA MARQUISE. . CONSCIENCE L'INNOCENT........ LA DAMR DE MONSOREAU........ LES DEUX DIANE............ DIEU DISPOSE.............. LES DRAMES DK LA MKR......... I.A PKMMR AI) COLLIER DR VELOURS. . . PERNANDR................ CNR PII.IK DU RÉGRNT......... LES FRÈRES CORSES........... GABRIEL LAMBERT............ GAULE ET FRANCE ............ GEORGES ................ UN GIL BLAS EN CALIFORNIE...... LA GUEBRE DES FEMMES........ HISTOIRE D'UN CaSSE-NOISETTE..... L'HOROSCOPE............. IMPRRSSIONS DR VOYAGE—EN SUISSE — UNE ANNÉE A FLORENCE........ — L'ARABIE HEUREUSE......... — LES RORDS DU RHIN......... — LE CAPITAINE ARÉNA......... — DE PARIS A CADIX........... — QUINZE /OURS AU SINAÏ....... — LR SFÉRONARK............ — LE VÉLOCK............... INGÉNUE ................ ISA BEL DE BAVIERE........... ITALIENS ET FLAMANDS......... ivaniioé de W.Scott. [Traduction.]. JAM............... JEHANNi: LA PUCELLg...... LRS LOUVES DK MACHRCOUL. . . MADAME DR CHAMBLAY..... LA MAISON DK GLACI...... LS MAÎTRE D'ARMRS....... LBS MARUGKS DU PERE OLIPUS. LUS MlfDICIS........... MRS MEMOIRES............ MÉMOIRES DE GARTB4LDT......, MEMOIRES D'UNE AVEUGLE...... MÉMOIRES D'UN MÉDECIN (BALSAMO). LE MENEUR DE LOUPS...... . . . LES MILLE ET UN FANTÔMES...... LES MOHICANS DB PARIS........ 4 LES MORTS VONT VITE.......... 2 NAPOLÉON................ i UNE NUIT A FLORENCE......... 1 OLYMPE DR CLÈVES........... 3 LE PAGE DU DUC DE SAVOIE....... 3 LB PASTEUR D'aSHROCRN........ 2 PAULIN! BT PASCAL itHUNO....... 1 LR PÈhK GIGOGNE............ 2 LE PÈRE LA RUINE............ 1 LA PRINCESSE i LORA.......... 1 LES QIIABANTE-CINg.......... 3 LA REINE MARGOT............ 2 LA ROUTE DR VA REN NES......... 1 LR S A LTEADOR............. 1 SA LVATOB................ îî SOUVENIRS D'ANTONY.......... 1 SULTANETTA............... i LES S TU ARTS.............. t SVLV A N DIB E.............. t LB TESTAMENT DK M. CHAI'VELIN. ... 1 TBOIS MAÎTRES............. 1 LES TROIS MOUSQUETAIRES....... 2 LE TROU DE L'ENFER........... 4 LA TULIPE NOIRE............ 1 LR VICOMTE DT BBAGRLONNH...... fi LA VIE AU DÉSERT.......... . 2 UNR VIR D'ARTISTE........... 1 VINGT ANS APRÈS............ S ALEXANDRE DUMAS FILS ANTONINR................ 1 AVENTURES DR QUATRE FEMMES..... 1 LA BOITE D'ABGENT........... 1 LA DAMR AUX CAMÉLIAS......... 1 LA DAME AUX PERLES.......... 1 DIANE DE LYS.............. 1 LE DOCTEUR SERVANS.......... 1 LE RÉGENT MIISTEL........... 1 LE ROMAN D'UNE FEMME........ 1 TROIS HOMMES FORTS......... 1 LA VIE A VINGT ANS........... 1 HENRI DUPIN CINQ COUPS DE SONNETTE........ 1 MISS EDGEWORTH Tradxtction Jousselin. GABRIEL D'ENTRAGUES HISTOIRES D'AMOUR KT D'ARGENT. . . . i ERCKMANN-CHATRIAN L'ILLUSTRE DOCTEUR MATHÉU8..... 1 XAVIER EYMA AVENTURIERS ET CORSAIRES. 1 LES FRMMRS DU NOUVEAU MONDE. ... 1 LES PEAUX NOIRES............ 1 LES FEAUX ROUGES........... 1 LE ROI DES TROPIQUES......... 1 LR TRONK D'ABGENT........... * PAUL FÉVAL ALIZIA PAULI.............. * LRS AMOUBS DE PABTS.......... 2 LB BRRCEAU DE PARIS......... 1 BLANCHRFLEUR ............. t COLLECTION MICHEL LÉVY. - 1 FR. LE VOLUME. îl PAUL FÉVAL (Suite). vol. Lit BOSSU OU LB t'KTIT PARISIEN. . . . 3 LE CAPITAINE SIMON.......... i LKS COMPAGNONS DU SILBNCE...... 3 LBS DSRNIRRBS KÉRS.......... 1 LU FANFARONS DU ROI......... 1 LE FILS DU DIABLB........... * LB TUBUR DB TIGRRS........... 1 GUSTAVE FLAUBERT MADAMB BOVARY............ î PAUL FOUCHER LA VIB DB PLAISIR............ 4 ARNOULD FRÉMY LES CONFESSIONS D'UN BOHÉMIEN ... 1 LES MAITRESSES PARISIENNES...... 1 GALOPPE D'ONQUAIRE LE DIARLF. BOITEUX A PARIS...... 1 LB DIABLE BOITEUX EN PBOVINCE ... 4 LE DIABLE BOITEUX AU VILLAGB .... 1 Il DIABLB BOITEUX AU CHATEAU .... f THÉOPHILE GAUTIER l'art modernb............. 1 lks beaux-arts en buropb....... â constanitnoplr............ 1 les grotesques............ ' JULES GÉRARD LA CHASSE AU LION, OTtlé de 42 gravures de G. Doré.......... 1 GÉRARD DE NERVAL LA BOHEME GALANTE.......... 1 LBS FILLES DU FBU........... 4 LR MVHOUIS DB FAYOLLB........ 4 SOUVRNIRS DAI.LBMAGNB........ 1 FULGENCE GIRARD UN CORSAIRE SOUS L'EMPIRE...... 1 ÉIY1ILE DE GIRARDIN iuiLt.................. t M"" ÉMILE DE GIRARDIN CONTES D'UNB VIEILLE FILLI A SBS NB- VEIiX................. 4 la cboix de berny (en socie'te' avec Th. Gautier, Méry et Jules San- deau)................. 4 Marguerite............... 1 m. le marquis db pontangbs...... 1 nouvelles . Le Lorgnon. — La Canne de M. de Balzac — Il ne faut pas jouer avec la douleur............... 1 H. POEMES COMPLETES........... i le vicomte dr launay. — Lettres parisiennes. — Édition complète. . . 4 LÉON GOZLAN LE BARIL DE POUDRE D'OR........ 1 LÉON GOZLAN (Suite) vol. LES CHATEAUX DB FRANCE. ...... 4 LA COMÉDIR RT LES COMEDIENS..... 1 LA DKBNIÈBR SŒUR GRISB........ 4 LB DRAGON ROUGE........... 1 LBS ÉMOTIONS DB POLTDORB MARASQUIN................. 4 LA FAMILLE LAMBERT.......... i LA FOLLE DU LOGIS........... 1 HISTOIRE DR 130 FEMMES........ 1 LB MÉDECIN DU PBCQ.......... 1 LE NOTAIRE DB CHANTILLY....... 1 LBS NUITS DU PERE LACHAISB...... 1 M"" IHANOEL DE GRANDFORT l'autre monde............. 1 GRANIER DE CASSAGNAC DANAK.................. 1 LA REINE DES PRAIRIES........ 1 LÉON HILAIRE NOUVELLES FANTAISISTES........ f HILDEBRAND Traduction Léon Wocquter LA CHAMBRR OBSCUBE......... 1 SCÈNES DE LA VIB HOLLANDAISE. ... 1 ARSÈNE HOUSSAYE l'amour COMMB IL EST ......... i LBS FEMMES COMME ELLES SONT..... 1 LA VERTU DE ROSINE.......... 1 CHARLES HUGO LA BOHÊME DORÉE........... S LA CUAISE DE PAILLE.......... i FRANÇOIS VICTOR HUGO Traducteur LB FAUST ANGLAIS DB MARLOWB..... i SONNETS DE SHAKSPKARB........ 1 F. HUGONNET SOUVENIRS D'UN CHEF DR BUREAU ARARE................ 4 JULES JANIN L'ANE MORT............... 4 LR CHEMIN DE TRAVERSE........ 4 UN COIUR POUR DEUX AMOURS..... 1 LA CONFESSION............. 4 CHARLES JOBEY L'AMOUR D'UN NEGRE......... 1 PAUL JUILLERAT LES DEUX BALCONS........... * ALPHONSE KARR AGATHE BT CÉCILB........... • LB CHEMIN LE PLUS COURT....... 1 CLOT1LDE................ 1 CLOVIS GOSSBLIN............ 4 îï LIBRAIRIE D ALPHONSE KARR (Suite). Toi. CONTES ET NOUVELLES.......... 1 devant LES TISONS. ,......... 1 LES FEMMES............... 1 ENCORE LES FEMMES........... 1 LA FAMILLE ALAIN............ 1 FEU BRESSIBR.............. 1 LIS FLEURS............... 1 GENEVIÈVE................ 1 LES GUÊPES............... 6 HORTENSE................ 1 MENUS PROPOS............. 1 MIDI A QUATORZE HEURES....... 1 LAPECHBENEAU DOUCEETEN EAU SALÉE. 1 LA PÉNÉLOPE NORMANDE........ 1 UNE POIGNÉE DE VÉRITÉS........ 1 PROMENA DES HORS DE MON JARDIN. . . 1 RAOUL.................. 1 ROSES NOIRES ET ROSES BLEUES..... 1 LIS SOIRÉES DE SAINTE-ADRESSE .... 1 SOUS LES ORANGEnS........... 1 SOUS LES TILLEULS........... 1 TROIS CENTS PAGES........... 1 VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN . ... 1 KAUFFMANN RRILLAT LE MENUISIER......... 1 LEOPOLD KOMPERT Traduction Daniel Stauben LES JUIFS BE LA BOHÈME........ 1 SCÈNES DU GHETTO........... 1 DE LACRETELLE LA POSTE AUX CHEVAUX......... 1 M"'" LAFARGE Née Marie Capeile HEURES DE PRISON........... 1 G. DE LA LANDELLE LES PASSAGÈRES............ 1 CHARLES LAFONT LES LÉGENDES DE LA CHARITÉ..... 1 STEPHEN DE LA MADELAINE LE SECRET D UNE RENOMMÉE...... 1 JULES DE LA MADELÈNE LES AMES EN PEINE........... 1 LE MARQUIS DES SAFFRAS.......1 A. DE LAMARTINE LES CONFIDENCES............ 1 GENEVIEVE, HISTOIRE D'UNE SERVANTE. 1 ORAÏISLLA................ 1 NOUVELLES CONFIDENCES........ 1 RÉGINA................. 1 TOUSSAINT LOUVERTURE......... 1 VICTOR DE LAPRADE PSYCHÉ................. 1 CHARLES DE LA ROUNAT LA COMÉDIE DE L'AMOUR........ 1 THÉOPHILE LAVALLÉE HISTOIRE DE PARIS........... 3 JULES LECOIWTE LE POIGNARD Dr. CRISTAL........ 1 CARLE LEDHUY LE CAPITAINE D'AVENTURES....... 1 -^ LEOUZON LE DUC vol. l'empereur ALEIANDRE II....... 1 LOUIS LURINE ICI l'on aime.............. i FÉLICIEN MALLEFILLE LE CAPITAINE LAROSE.......... 1 MARCEL................. 1 MÉMOIRES DE DON JUAN........ 1 MONSIEUR CORBEAU.......... * CH. MARCOTTE DE QUIVIÈRES DEUX ANS EN AFRIQUE, «VeC Ulie illtrO- duction du bibliophile Jacob. ... 1 MARIVAUX théâtre , précède d'une notice sur sa vie et ses ouvrages par Paul de St-Victor............... i X. MARMIER AU BORD DE LA NÉVA......' . ■ 1 LBS DRAMES INTIMES........... 1 UNE GRANDE DAHB RUSSE........ ' HISTOIRES ALLEMANDES ET SCANDINAVES. 1 LE DOCTEUR FÉLIX MAYNARD UN DRAME DANS LES MERS BORÉALES. . 1 JOURNAL D'UNE DAME ANGLAISE.— DC Delhi a Cawnpore........... 1 VOYAGES ET AVENTURES AU CHILI. ... i MÉRY ANDRÉ CHÉNIER............. i LA CUASSB AU CHASTRE......... 1 LE CnATEAU DES TROIS TOURS..... 1 LE CHATEAU VERT............ 4 UNE CONSPIRATION AU LOUVRE..... 1 LES iiamm':s de l'indk......... 1 UNE HISTOIRE DE FAMILLE....... 1 UNE NUIT DU MIDI........... 1 LES NUITS ANGLAISES.......... 1 LES NUITS D'ORIENT........... * LES NUITS ESPAGNOLES......... * LES NUITS ITALIENNES.......... 1 LES NUITS PARISIENNES......... 1 SALONS ET SOUTERRAINS DE PARIS. ... 1 PAUL MEURICE SCÈNES DU FOYRR (LA FAMILLE AUBRT). 1 LES TYRANS DE VILLAGE......... 1 PAUL DE MOLÈNES AVBNTURES DU TEMPS PASSÉ...... 1 CARACTÈRES,!! RÉCITS DU TEMPS . ... 1 CHRONIQUES CONTEMPORAINES..... 1 HISTOIRES INTIMES............ 1 HISTOIRES SENTIMENTALES ET MILITAIRES l MÉMOIRES D'UN GENTILHOMME DUSIÈCLB DERNIER................ * MOLIÈRE (œuvres complètes) nouvelle édition publiée par Philarète Chaslis . . 8 M'"" MOLINOS-LAFITTE l'éducation du foveh......... 1 HENRY MONNIER MÉMOIRES DE M. JOSEPH PRUIinOMME 2 CHARLES MONSELET M . DE CUPIDON............. 1 ____- —y LE COMTE DE MOYNIER vol. BOHÉMIENS II GRANDS SEIGNEURS. . . i HÉGÉSIPPE MOREAU œuvres, avecune notice par Louis Sa- titbonne............... 1 FÉLIX MORNAND BBRNERETTB............... 1 LA VII ARABE.............. 1 HENRY MURGER LES BUVEURS D'EAU........... 1 LE DERNIER RENDEZ-VOUS....... 1 MADAME OLYMPE............ 1 LE PAÏS LATIN.............. 1 PROPOS DE VILLE BT PROPOS DB THÉATRB. 1 LE ROMAN DB TOUTES LES FEMMES. ... 1 SCÈNES DB CAMPAGNE.......... i SCÈNES DE LA VIE DE BOHEME...... 1 SCÈNES DB LA VIE DB JEUNESSE..... t LE SABOT ROUGB............. ' LES VACANCES DB CAMILLE........ 1 A. DE MUSSET, DE BALZAC, G. SAND PARIS ET LES PARISIENS........' LES PARISIENNES A PAB1S.......I LE TIROIR DU DIABLE.........I PAUL DE MUSSET LA BAVOLBTTB..............• PUÏLAURENS............... ' NADAR LE MIROIR AUX ALOUETTES.......' QUAND J'ETAIS ÉTUDIANT........I HENRI NICOLLE LE TUEUR DE MOUCHES......... CHARLES NODIER Traducteur LB VICAIRE DE WAEBFIBLD........ ÉDOUARD OURLIAC LES GARNAC1IES............. L. LAURENT-PICHAT LA PAÏENNE..............• AMÉDÉE PICHOT UN DRAME EN HONGRIE......... L'ÉCOLIER DE WALTER 8COTT...... LA FEMME DU CONDAMNÉ........ t LES POÈTES AMOUREUX......... i PAUL PERRET LBS BOURGEOIS DB CAMPAGNE..... 1 HISTOIRE D'UNE JOLIE FEMME...... 1 EDGARD POE Traduction Ch. Baudelaire AVENTURES D ARTnUR GORDON PÏM . . 1 HISTOIRES EXTRAORDINAIRES...... 1 NOUVELLES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES I F. PONSARD ÉTUDES ANTIQUES............ 1 A. DE PONTMARTIN vol. CONTES D'UN PLANTEUR DB CHOUX. . . 1 CONTES ET NOUVELLES......... | LA FIN DU PROCÈS........... { MÉMOIRES D'UN NOTAIRB........ \ OR BT CLINQUANT............ 1 POURQUOI JB RESTE A LA CAMPAGNE . . 1 L'ABBÉ PRÉVOST hanon lbscaut, précédée d'une Étude par John Lemoinne......... MAX RADIGUET SOUVENIRS DB L'AMÉRIQUE BSPAGNOLI. 1 RAOUSSET-BOULBON UNE CONVERSION............. J B. H. REVOIL Traducteur LE DOCTEUR AMÉRICAIN......... i LES HAREMS DU NOUVEAU MONDE. ... 1 LOUIS REYBAUD CE QU'ON PEUT VOIR DANS UNE RUE. . . 1 CÉSAR FALBMPIN............ 1 LA COMTESSE DE MAULÉON........ 1 LE COQ DU CLOCHBR.......... 1 LB DBRN1ER DBS COMMIS-VOYAGEURS . . 1 ÉUOUARD MONGERON.......... 1 L'INDUSTRIE EN EUROPE......... f jbrômb paturot à la recherche de la meilleure des Républiques...... i jl'i.ome paturot à la recherche d'une position sociale........... i MARIE BRON1IN.............,1 MATIIIAS L'HUMORISTE.........."l PIERRB MOUTON............ 1 LA VIB A REBOURS............ 1 LA VIE DE CORSAIRE........... 1 AMÉDÉE ROLLAND LES MARTYRS DU FOYER........ \ NESTOR ROQUEPLAN regain: la vie parisienne...... j JULES DE SAINT-FÉLIX SCÈNES DB LA V!B DB GBNTILHOMMI. . 1 LE GANT DE DIANE........... \ MADEMOISELLE ROSALINDK....... { FRANCIS DE SAINT-LARY LES CHUTES FATALES.......... | GEORGE SAND ADIUANI................. ^ le chateau des désertes....... i le compagnon du tour db france . . 8 la comtesse db rudolstadt...... % consuelo................ 3 la daniblla............... 3 la derniers ald1ni.......... 1 le diable aux champs........ 1 la filleule.............. 1 françois le ci1amp1.......... ^ histoire de ma vie.......... 10 l'homme de neige............ 3 HORACE................. 1 I i • t LinnAinin. un iransi, leïi I' H f, KTTS7 GEORGE SAND {Suite) -roi. ISIDORA................. 1 JACQUES................. 1 JEAN NU................■■ 1 lblia. — Métella.—Melchior.— Cora. 2 LETTRES D'UN VOVAGBUR........ 1 lucrezia floriani. —Lavinia..... 1 LES MAITRES SONNEURS........ 1 LE HEUNIKK D'ANGIBAULT....... 1 NARCFSSE................ 1 LB PÉCHÉ DE H. ANTOINE........ 2 LE PICCININO.............. 2 LB SECRETAIRE INTIME......... 1 SIMON.................. 1 tbverino. — Léone Léoni....... \ l'uscoque............... 1 JULES SANDEAU CATHERINE............... 1 NOUVELLES............... 1 SACS BT PARCHEMINS.......... 1 EUGÈNE SCRIBE NOUVELLES............... 1 théâtre (Ouvrage complet)...... 20 COMEDIES............... 3 orÉRAS................ 2 OPÉRAS-COMIQUES.......... 8 C0MÉDIB5-VAUDEVILLES........ 10 ALBÉRIC SECOND A QUOI TIENT L'AMOUR......... 1 CONTES SANS PRÉTENTION........ 1 FRÉDÉRIC SOULIÉ AU JOUR LB jour........... 1 LES AVENTURES DE SATURNIN PICHBT. . 2 LB BANANIER.— EULALIE PONTOI8. . . i LB CHATEAU DBS i YRÉNÉES...... 2 LB COMTE DE POIX........... 1 LB COMTE DE TOULOUSE........ 1 LA COMTESSE DE MONRION....... 1 CONFESSION GÉNÉRALE......... 2 LB CONSEILLER D'ÉTAT......... 1 CONTES POUR LES ENFANTS....... i LB8 DEUX CADAVRES.......... 1 DIANE ET LOUISE............ i LES DRAMES INCONNUS......... 4 LA MAISON N° 3 DE LA RUE DE PROVENCE................ 1 AVENTURE8 D'UN CADET DE FAMILLE I LES AMOURS DE VICTOR BONSBNNB. . 1 OLIVIER DUHAMEL.......... I UN ÉTÉ A MBUDON........... 1 LES FORGERONS............. 1 HUIT JOURS AU CHATEAU........ 1 LA LIONNB............... 1 LE MAGNÉTISEUR............ 1 UN MALHEUR COMPLET......... 1 MARGUERITE. — LB MAÎTRE D'ÉCOLB. . 1 LES MÉMOIRES DU DIABLE....... 2 LE PORT DR CRÉTB1I........... 1 LES PKÉTRNDUS............. 1 LBS QUATRE EPOQUES.......... 1 FRÉDÉRIC SOULIÉ (Suite), vol. LIS QUATRE NAPOLITAINES....... î LBS QUATRE SOIURS........... 1 UN RÊVE D AMOUR. —LA CHAMBRIÈRE 1 SAT H A N1B L................ 1 S] JEUNESSE SAVAIT, SI VIEILLESSE POUVAIT.................. 3 LB VICOMTE DB BKZIERS....... 1 ÉMILE SOUVESTRE lbs angbs du povbr.......... au bord du lac............ au coin du fbu............ causeries historiques bt littérairb3 chroniques db la mer........ lbs clairières............. confessions d'un ouvribb...... contes bt nouvelles.......... ua.\s la prairie..........• . les derniers bretons......... les derniers favsans......... deux misères.............. les drames parisiens......... l'échelle du femmbs......... en famille............... en quarantaine............ le foyer breton............ la gouttb d'eau............ histoires d'autrefois......... l'homme et l'argent......... la lune db miel............ lb mat db cocagne........... le mémorial de l'a m 1 i i,k..... \ \ lb mendiant db saint-roch.....! le monde tel qu'il sera.....! le pasteur d'hommes......... les pécués db jbunbssb........ pendant la moisson.......... un philosophe sous les toits..... PIBBJtl ET JEAN............. RÉCITS ET SOUVBMRS.......... LES HÉPROUVÉS BT LES ÉLUS RICHE BT PAUVRE............ LB ROI DU MONDE ........... SCÈNES DB LA CHOUANNERIE...... SCÈNES DB LA VIE INTIME........ SCÈNES ET RÉCITS DES ALPES...... LU MURÉES DE MEUDON........ SOUS LA TONNELLE........... SOUS LES FILETS............, SOUS LES OMBRAGES........... SOUVENIRS D UN BAS-BRETON..... souvenirs d'un viaii.LARD, la dernière étape................. SUR LA PELOUSE............. THÉÂTRE DE LA JEUNESSE........ TROIS FEMMES............. MARIE SOUVESTRE paul ferroll, traduit de l'anglais. . . 1 DANIEL STAUBEN SCÈNES DB LA VIE JUIVB EN ALSACE. . 1 COLLECTION MICHEL LÉVY - 1 FR. LE VOLUME. Kl DE STENDHAL (h. beïle) vol. DB LAMOUR............... i CHRONIQUES ET NOUVELLES....... 1 LA CHARTRBUSB PB PAKMB....... 1 CHRONIQUES ITALIENNES........ 1 MEMOIRES D'UN TOURISTE....... 2 PROMENA DES DANS ROME........ 2 LE ROUGE ET LB NOIR......... 1 EUGÈNE SUE ADÈLE VBRNBUIL............ 1 LA BONNE AVENTURE.......... 2 CLÉMENCE HERVE"............ 1 LES FILS DB FAMILLE.......... 5 GILRRRT ET GILBRRTB.......... 3 LA GRANDS DAME............ 1 LES SECRETS DE l'oREILLER...... . 3 LES SBPT PÉCHÉS CAPITAUX....... 6 L'ORGUEIL............... 2 L'ENVIE. —LA COLBRB........ 2 LA LUXURE. — LA PARESSE...... 1 L'AVARICB. — LA GOURMANDISE ... 1 M"" DE SURVILLE BALZAC | SA VIE ET SES ŒUVRES .... 1 FRANÇOIS TALON LES MARIAGES MANQUES......... 1 E. TEXIER AMOUR ET FINANCE........... 1 WILLIAM THACKERAY ' Traduction IV. Hugues LES MÉMOIRES D'UN VALET DE PIED . . 1 LOUIS ULBACH vol. 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M"" LOUISE COLET QUATRE POÈMES COURONNÉS PAR l'aCA- DÉMIE................ ALEXANDRE DUMAS LA JEUNESSE DE FIKRROT, COUte (le ICC MARIE DORVAL............. M™ e MANOEL DE GRANDFORT r.omment on «'aime lorsqu'on ne s'aimk plus............. HENRY DE LA MADELÈNE (.HUMAIN BARBERLBUB.......... MÉRY [.ES AMANTS DU VÉSUVE........ MICHELET POLOflNE ET RUSSIE. . . . VOl. LÉON PAILLET VOLEURS ET VOLÉS ...... PETIT-SENN BI.UETTES ET BOUTADES. . . NESTOR ROQUEPLAN LES COULISSES DE 1,'oPÉRA. . . . AURÉLIEN SCHOLL CLAUDE LE BORGNE........ EDMOND TEXIER UNI! HISTOIRE D'HIER......... H. DE VILLEMESSANT LES CANCANS ............. WARNER sciiamvi., le Prophète du Caucase . mJr COLLECTION HETZEL ET LÉVY. - 1 FR. LE VOLUME. 27 COLLECTION HETZEL ET LÉVY t FRANC LE VOLUME Jolis volume» format iu-aas, papier votiu. BAISSAC vol- LES FEMMES DANS LES TEMPS ANCIENS. 1 LES FEMMES DANS LBS TEMPS MODERNES. \ H. DE BALZAC III FEMMES..............4 MAXIMES ET PENSÉES.......... 1 A. DE BELLOY PHYSIONOMIES CONTEMPORAINES ... 1 PORTRAITS ET SOUVENIRS.......I ALFRED BOUGEARD LES MORALISTES OUBLIÉS....... 1 A. DE BRÉHAT li CHATEAU DE KERMARIA....... I UN DRAME A CALCUTTA......... 1 SÉRAPHIN» DARISPR........... i CHAMPFLEURY M. DE ROISDHYVER...........3 ÉMILE DESCHANEL LE BIEN QU'ON A DIT DE 1,'AMOUR. . . 1 LR BIEN ET LE MAL QU'ON A DIT DIS ENFANTS................ 1 LE BIEN QU'ON A DIT DES FEMMES. . . 1 LES COURTISANES GRECQUES...... 1 HISTOIRE DE U CONVERSATION. . . . 1 LE MAL QU'ON A DIT DE L'AMOUR ... 1 L| MAL QU'ON A DIT DES FEMMES ... 1 XAVIER EYIÏ1A EXCENTRICITÉS AMÉRICAINES.....1 THÉOPHILE GAUTIER AVATAR ................. 1 ■ STTATUBA................ 1 GOETHE Traduction Édouard Grenier. LR RENARD............... 1 OLIVIER GOLDSMITH Traduction Alphonse Enquiros. > OÏAGB D'UN CHINOIS EN AN OLBTBRR B. 1 LÉON GOZLAN RALZAC EN PANTOUFLES......... 1 LES MAÎTRESSES A PARIS........ | l'NR SOIRÉE DANS l.'AUTRE MONDE. . I LE COMTE F. DE GRAMMONT COMMENT ON SE 1 ' IR......... I COMMENT ON VIENT ET COMMENT ON d'ON VA................ CHARLES JOLIET vol. L'ESPRIT DE DIDEROT. •........ 1 LAURENT JAN MISANTHROPIE SANS REPENTIR..... 1 JULES JANIN LA COMTESSE D'ERMONT........ ! E. DE LA BÉDOLLIÈRE HISTOIRE DR LA MODE EN FRANCE. . . I LARCHER ET JULLIEN CE QU'ON A DIT DE LA FIDÉLITÉ ET Dl L'INFIDÉLITÉ............. | HENRY MONNIER LES BOURGEOIS AUX CHAMPS...... 1 COMÉDIES BOURGEOISES........ \ CROQUIS A LA PLCMS.......... 1 GALERIE D'ORIGINAUX......... 1 LES PETITES GENS........... 1 SCENES PARISIENNES.......... 1 CHARLES MONSELET LA CUISINIÈRE POÉTIQUE........ 1 LE MUSÉt SECRET DE PARIS...... i ALFRED DE MUSSET M Uc HIMI PINSON............4 VOYAGE OU IL VOUS PI.URA...... 1 EUGÈNE NOËL RABELAIS...............1 LA VIE DES FLEURS ET DES FRUITS . . 1 LOUIS RATISBONNE A'J PRINTEMPS DE LA VII........ 1 P. J. STAHL DE L'AMOUR FT DR LA JALOUSIE. ... I LES BIJOUX PARLANTS..........1 L ESPRIT DES FEMMES ET LES FEMMES D'ESPRIT............... 1 L'ESPRIT DE VOLTAIRE......... 1 HISTOIRE D'UN PRINCE ET n'UNB PRINCESSE, souvenirs de Spa....... 1 LOUIS ULBACH L UOMJU AUX CINQ LOUIS tt'OR 48 LIBRAIRIE DE MICHEL LÉVY FRÈRES. OUVRAGES ILLUSTRÉS VOYAGES ET AVENTURES DANS L'AFRIQUE ÉQUATORIALE Mœurs et coutumes des habitants. — Chasses au gorille, au crocodile, au léopard, » l'éléphant à l'hippopotame, etc., par pail du chah n membre correspondant de la Société géographique de New-York, de la Société d'histoire naturelle de Boston! et de la Société ethnographique américaine, avec illustrations et cartes. Edition française revue et augmentée. — 1 vol. grand iii-8 11 . — Prix: broché 15 fr.; relié e n toile, doré sur tranches. 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LE FAUST DE GŒTHE Traduction revue et complète, précédée d'un Essai sur Gœthe, par henri bi.aze; édition illustrée de 9 vignettes de tony johannot et d'un nouveau portrait de Goethe, gravé sur acier par langlois, et tirés sur papier de Chine. — 1 vol. gr. in-8. Prix: broché, 8 fr.; relié en toile, avec plaq., doré sur tranches. Prix: 12 fr. THÉÂTRE COMPLET DE VICTOR HUGO lvol.gr. in-8, orné du portrait de Victor Hugo et de 6 grav. sur acier, d'après les dessins de raffet, l. boulanger, j. david, etc. — Prix: broché,6 fr. 50. Demi-reliure chagrin, plats toile, doré sur tranches. Prix: 11 fr. CONTES RÉMOIS Par le comte de chevigné. — 4» édition, illustrée de 34 dessins de meissonieb. —1 vol. grand in-18. Prix: 3 fr.; in-8 carré. Prix: 7 fr. 50.— Il reste quelques exemplaires du même ouvrage, tirés sur grand raisin vélin, 20 fr.; sur papier de Hollande, gravures tirées a part sur papier de Chine. Prix : 60 fr. LA COMÉDIE ENFANTINE Par louis ratisbonne, illustrée par gobert et froment, 2« édition. — 1 vol. gr. in-8°. — Prix : broché, 10 fr.; relié en toile avec plaques spéciales, doré sur tranches. 14fr.; demi-reliure chagrin, plat toile, doré sur tranches.Prix: 14 fr. LE RENARD DE GŒTHE Traduit par édouard grenier, illustré par kaulbach. — l volume grand in-8". Prix : broché 10 fr.; demi-reliure chagrin, plat toile, doré sur tranches. Prix : 18fr. CONTES BRABANÇONS Par Charles de coster, illustrés par MM. DE groux, de schampheleer, durwée, félicien rops, van camp et otto von thoben, grav. par William brovvn — lbeau vol. in-8». Prix : S fr. LE 101' RÉGIMENT Par jules noriac— 1 voiume grand in-16, illustré de 84 dessins. — Prix : 4fr. 80. CONTES D'UN VIEIL ENFANT Par feuillet de conçues, 2'édition. Ouvrage imprimé avec le plus grand soin, illustré de 35 gravures sur bois. — 1 vol. grand in-8 jésus, papier de choix, glacé et satiné. Prix : broché, 8 fr.—Richement relié, tranche dorée. 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Ornée de H belles gravures et d'un portrait dessinés par Gustave doré. — 1 vol. grand in-8 jésus. Prix, broché : 7 tr. 50.— Relié en toile mosaïque, riche plaque spéciale, tranche dorée: 12 fr. — Relié en demi-chagrin, plats toile, tranche dorée. Prix: 12 fr. CONTES D'UNE VIEILLE FILLE A SES NEVEUX Par Mme émile de girardin. Iluslrés de H belles gravures. —1 vol. grand in-8 de plus de 300 pages. Pris, broché : fi Ir. — Id. avec giavures coloriées : 8 fr. — Relié en toile mosaïque, riche plaque, tranche dorée . 10 fr. —Relié demi-chagrin, plats eu toile, tranche dorée. Prix : 10 fr. FIERABRAS Par m \ry lAfoh. Ouvrage imprimé avec le plus grand soin, illustré de 12 gravures sur bois tirées hors texte, dessinées pur sustai e doré, et gravées par des artistes anglais. —1 volume grand in-8 jésus, papier de choix, glacé et satiné. Prix, broché: 7 Ir. oO c. — Relié demi-chagrin, plats en toile, tranche dorée. Prix : 12 fr. LE ROYAUME DES ENFANTS, SCÈNES DE LA VIE DE FAMILLE Par M mc molinos-i.affitte. Illustré de 12 belles gravures par fatii. — Un volume grand in-8 de plus de 300 pages. Prix : fi fr. — Id. avec gravures coloriées : 8 Ir. —Ilehe en toile mosaïque, riche plaque, tranche dorée : 10 fr.—Relié demi-chagrin, plats en toile, tranche dorée. Prix : 10 fr. LA DAME DE BOURBON Par mary lafon. — 1 volume graud in-lG, illustré de 45 dessins. — Prix: 5 fr. NADAR JURY AU SALON DE 1857 1,000 COMPTES RENDUS. _ 150 DESSINS. — Prix: I fr. ALBUMS COMIQUES DE CHAM Chaque Album, avec une jolie couverture gravée, contient CO dessins d'Actualités. Prix do chaquo Album : 1 frano. Salmigondis. — Macédoine. - Salon de 1857. — Saison des Eaux. — Nouvelles pochades. —Croquis de printemps. — Ces bons Chinois. Les Charges parisiennes. Cours de géométrie. — Nouvelles fariboles. — Souvenirs comiques Chasses et courses.—Les Kaiserlicks. Revuedu Salon de 1853. —Olla Podrida.—Emotions de chasse.— L'Age d'argent.—Paris s'amuse.—Folies parisiennes. —Un peu de tout. Fariboles.—Parisiens et Parisiennes. — Croquis variés. — L'Arithmétique illustrée. — Paris l'hiver. — Croquis d'automne. — Ces bous Parisiens. — Nouveaux Cro- quisdechasse. - La Bourse illustrée. — Le Bal masqué.— Le Calendrier.— Croquis militaires. — Les Chinoiseries.—Encore un Album.— Les Français en Chine. — Les jolis messieurs et ces charmantes petites dames. 30 OUVRAGES ILLUSTRÉS. 4- LES GRANDES USINES DE FRANCE Par turgan. — Les grandes Usines de France paraissent en livraisons de 16 pages grand iu-8, ornées de belles gravures et de dessins explicatifs, contenant, imprimée avec luxe sur beau papier satiné, l'histoire et la description d'une des grandes usines de France, ainsi que l'explication détaillée de l'industrie qu'elle représente. | Le 1 er volume, entièrement terminé et broché, renfermante belles gravures, comprend : les gobelins (3 livraisons].—>" partie : Histoire.-2 e partie : Teinture.—3« partie : Tapisserie et Tapis. 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Reliure toile mosaïque, riche plaque, tranche dorée...... 6 I VII. — les bohèmes, 20 lithographies. — Ilroçhé.......... 8 1 études d'androgynes, 10 lithographies. — Broché..... t J 18 fr. Reliure toile mosaïque, riche plaque, tranche dorée...... 6 1 VIII. — les anglais cuEz eux, 20 lithographies. — Broché..... 8 ) manière de voir des voyageurs, 10 lithographies..... 4 j 18 fr. Reliure toile mosaïque, ricin» plaque, tranche dorée...... 6 ; IX. — LES PROPOS DE THOMAS VIRELOQUE, 20 MtllOg. — BrOCllé. 8 \ histoire d'en dire deux , 10 lithographies. — Broché. . . 4 L, les petits mordent, 10 lithographies. — Broché...... 4 1 Reliure toile mosaïque, riche jilaque, tranche dorée..... 6 / X. — le manteau d'arlequin, 10 lithographies. — Broché. ... 4 S la foire aux amours, 10 lithographies. — Broché..... * > I8fr. l'école des pierrots, 10 lithographies. — Broché..... 4 f Reliure toile mosaïque, riche plaque, tranche dorée...... 6 J CE QUI SE FAIT DANS LES MEILLEURES SOCIÉTÉS, 10 lilllOgl'apll. — llTOClléS. 4 !T. messieurs du feuilleto\, o lithographies.................. *«• Outre les séries ci-dessus réunies comme reliure, chaque album broché, de 10 lithographies se vend séparément 4 fr. 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Norm andie. — lin revenant des noces. — Le Moulin. — Ronde du pays de Caux. 6" liv. bourgogne. — J'avais un' ros' nouvelle. — Kho ! liho ! Eho ! — Voici venu le mois des fleurs. 7" liv. berry.-- La voila, la jolie coupe. — J'ai deinaudé-z-à la vieille.— Petit soldat de guerre. 8» liV. GUYENNE Cl GASCOGNE.— Mi- chaut veillait. —La Fille du président— Dés le matin. 9" liv. Auvergne. — Bourrées de Chap-des-Beaul'ort. — Quand Marion s'en va-t-à l'ou. — Bourrée d'Ambert. 10 e liV, SAINTONGE , ANGOUMOIS et pays d'aunis. — La Femme du roulier. La petite Rosette. — La Maîtress' du roi céans. H'Uv. FRANCHE-COMTÉ. — Ail bois rossignolet. — Les trois princesses. — Paysan, donn'-inoi ta Dite. 12" liv. bourbonnais. — Mon pipe a fait bâtir Château. - Jolie tille de la garde. — Derrièr' chez nous. 13 e liv. bf.ark. — Belle, quelle souffrance — Pauvre brebis. — Cantique an- tounat par Jeanne d'Albict. 1-t" hv. poitou. — Nous somm's venus vous voir. — La v'nu' du mo ; s de mai.— C est aujourd'hui la foire. lîi" liV. TOURA1NE, MAINE et PERCHE. — La verdi, la verdon. — La Violette.— Su' l'pont du nord. ici" liv. Nivernais. — Lorsque j'étais petite. — Quand j'étais vers chez mon père. — J'étions trois capitaines. 17" liv. limousin et marche. — Pourquoi me faire ainsi la mine? — Les scieurs de long. — Quoiqn'en Auvergne. 18" liv. anjou. — Nous sommes trois souverains princes. — La chanson du Rémouleur.—N'ya rien d'aussi charmant. 10" lit', daupiiiné.— J'entends chanter ma mie. — La Remette. — La Fille du général de France. 20" liv. Bretagne. — A Nant's, a Nant's est arrivé.— Rossignolet des bois. — Ronde des filles de Quimperlé. 2tc liv. lorraine, — J'y ai planté rosier. — Mon père m'envoie-t-à l'herbe. — Le Rosier d'argent. 22" liv. lyonnais. — Belle, allons nous épromener. — Nous étions dix lilles dans un pré. — Pingo les noix. 23" liv. Orléanais. — Les Filles de Ceruois. — Le Piocheur de terre. — Les Cloches. 2" Ho, île de France.— Germine.— Chanson de l'aveiue. — Si le roi m'avait donné. 2ii" M*, roussillon. — J'ai tant pleuré. — Le changement de garnison. — En revenant de Saint-Alhan. 21" liv. CHAMPAGNE.— CécilU. — SlU' le bord de l'île. — C'est le jour du gigotiau. 28» et 29" liv. PRÉFACE 30" liV. TITRE, FRONTISPICE, TABLES Ct COUVERTURE. 32 LIBRAIRIE DE MICHEL LÉVY FRÈRES. ■6--^ i GÉOGRAPHIE NOUVELLE Par sagamsan, Géographe de S. 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AMAITHKSSR AUX MAINS ROUGES— » 50 LE MANCHON l»K FRANGINE . . — » 30 SCÈNES DE LA VIE DB HOIIÈM8. — > 90 LB SOUPES DES FUNÉRAILLES. — > 50 JULES SANDEAU SACS ET PARCHEMINS...... — » 90 EUGÈNE SCRIBE CARLO RROSCHI........ — * 50 JUDITH OU LA ..Or... u OPÉRA. — > 30 La maitrehsp inonvmk. ... — > 30 PROVKHHi'S.......... — > 70 ^ ALBÉRIC SECOND fr. c. LA JEUNESSE DORÉE...... I \'0l. > 50 FRÉDÉRIC SOULIÉ AU JOUR LB JOUR....... — » 70 Ltl AVENTURES DB SATURNIN FICHET........... — 1 30 LE BANANIER . . "...... — > 50 LA COMTESSE DE MONRION . . — » 70 CONFBSSION GÉNÉRALE. ... — 1 80 LBS DEUX CADAVRES...... — » 70 LES DRAMES INCONNUS • ... — 2 50 LA MAISON N* 3, RUS DB PROVENCE........... — » 70 LIS AVENTURES D'UN CADBT DE FAMILLE........ — > 70 LES AMOURS DE VICTOR BONSEN NE........ — > 70 OLIVIER DUHAMEL..... — » 70 BULALIB PONTOI8....... — > 30 LES FORGERONS........ — » 50 HUII JOURS AU CHATEAU ... — > 70 LB LION AMOUREUI. . . l . . — » 30 la lionne........... — » 70 lr maître d'école...... — » 30 marguerite.......... — > 50 les mémoires du diable. . . — 1 > lbs quatre napolitaines . . — 1 30 les quatre sœurs...... — » 50 si jeunesse savait, si vieillesse pouvait....... — 1 50 lr vrai! d'or......... — 140 ÉMILE SOUVESTRE DEUX MISÈRES......... — » 90 L'HOMMR ET L'ARGENT. .... — > 70 JEAN PLBBBAU......... — » 50 PIBRRE LANDAIS....... — > M LES RÉPROUVÉS ET LES ÉLUS. . — 1 KO SOUVENIRS D'UN BAS-RRETON. — l 80 EUGÈNE SUE les sept péchés capitaux. . — 8 > l'orgueil........... — 1 80 l'envie........... — »90 la colère. . . . ■..... — » 70 la luxure......... — > 70 la paresse......... — »80 l'avaricr.......... — >80 la gourmandise...... — > 50 les enfants db l amour. . . — » 90 la bonne aventure..... — 4 50 gilbkht et gi i.hrkte..... — 2 70 le diable médecin...... — 2 70 la femme séparée de corps et de biens. . . — > 90 la maroc dame...... — > 80 la lohetti1......... — » 30 la femme 1)k lkttrrs. . . . — » 90 la bille fille....... — » ko LBS MÉMOIRES l.'lIN MARI. . . — 2 70 UN MARIAGE DE CONVENANCES — 1 KO DN HARIAOE D'ARGENT ... — » 90 UN MARIAGE D'INCLINATION. — >B0 LES SRCRKTS DE I. OREILLER. . — 9 10 LES FILS DE FAMILLE..... — 2 70 VALOIS DE FORVILLE LE CONSCRIT DB L'AN VIII. . . — > 90 BROCHURES ÉMILE AUGIbR fr.e. DISCOURS DB RÉCEPTION A L'ACA- DÉMIB FRANÇAIS!......... 1 > LOUIS BLANC APPEL AUX UONNÈTBS GENS. . • . 1 » LA REVOLUTION DE FÉVRIER AU LUXEMBOURG........... i > HENRI BLAZE DE BURY M. LB COMTE DK OH AU BORD, UN MUIS A VENISE.......... 1 » BONNAL AEOLITION DU PROLETARIAT. ... 1 » LA FORCE BT L'iDBB........1 » G. BOULLAY REORGANISATION ADMINISTRATIVE, i > L. COUTURE DU GOUVERNEMENT HEREDITAIRE en France et des trois partis qui s'y rattachent........... i ko CHARLES DIDIER QUESTION SICILIENNE.......1 > UNS VISITE A M. LE DUC DB BORDEAUX............... ^ , ERNEST DESJARDINS NOTICE SUR LE MUSÉE NAPOLEON III El PROMENADE DANS LES GALERIES. > 50 DUFAURE DU DROIT AU TRAVAII........ » 30 , , ALEXANDRE DUMAS REVELATIONS SUR LaRRBSTATION d'ÉMILE THOMAS......... ADRIEN DUMONT LES PRINCIPES DE 1789....... > SO LEON FAUCHER LE CREDIT FONCIER........> 30 DB L'IMPÔT SUR LB REVENU. ... > 30 EMILE DE GIRARDIN AVANT LA CONSTITUTION...... » 50 CONQUETE ET NATIONALITÉ..... 1 > LE DESARMEMENT EUROPÉEN. . . . 1 > DÉSARMEMENT ET MATÉRIALISME. . 1 » L'EMPEREUR NAPOLÉON III ET LA FRANCE.............. 1 > lbmpire avec la liberté. . . . 1 > l'équilibre européen....... 1 » l'expropriation abolie par la dette foncière consolidée . . . 2 > la guerre............. 1 » JOURNAL D'UN journaliste au secret................ 1 y LE LIBRE VOTE........... i » L'ORNIÈRE DES RÉVOLUTIONS..... 1 » SOLUTION DE LA QUESTION D ORIENT. 2 50 UNITÉ DE RENTE IT UNITÉ D'INTÉRÊT. 2 > GLADSTONE deux lettres au Lord Aberdeen sur les poursuites politiques exercées par le gouvernement napolitain................ i » JULES GOUACHE les violons de h. marrast. ... > KO DIVERSES LE COMTE D'HAUSSONVILLE fr. i CONSULTATION DB MM. LES BATONNIERS DB L'ORDRE DBS AVOCATS. 1 LETTRE AUX BATONNIERS DE L'ORDRE DBS AVOCATS........... t M. DE CAVOUR ET LA CRISE ITALIENNE . LÉON HEUZEY CATALOGUE DB LA MISSION DB MACÉDOINE BT DB THBSSAL1B...... > l LAMARTINE DU DROIT AU TRAVAIL....... > î LETTRE AUX DIX DÉPARTEMENTS. . » î LA PRÉSIDENCE........... » "1 DU PROJET DB CONSTITUTION. ... 1*1 UNE SEULE CHAMBRE........ > I EDOUARD LEMOINE ABDICATION DU ROI LOUIS-FHILIPPB. >l JOHN LEMOINNE AFFAIRES DE ROME......... 1 A. LEYMARIE HISTOIRE D'UNE DEMANDE EN AUTORISATION DE JOURNAL, Simple question de propriété....... 2 LE COMTE DE MONTALIVET LB ROI LOUIS-PHILIPPB BT SA LISTE CIVILE............... LE BARON DE NERVO LES FINANCES DE LA FRANCE SOUS LB RÈGNE DB NAPOLÉON III. . . . D. NISARD DISCOURS PRONONCÉ A L'ACADÉMIE française eu réponse au discours de réception de M. Pousard. . . UN PAYSAN CHAMPENOIS a timon, sur son projet de Constitution............... CASIMIR PÉRIER LE BUDGET l'K 1803 . ^........ LA RÉFORME FINANCIÈRE DE 1865. GEORGES PERROT CATALOGUE DE LA MISSION Il'ASIE MINEURE.............. A. PONROY LE MARÉCHAL BUGBAUD.......* F. PONSARD DISCOURS DB RÉCEPTION A L'ACA- IIÉMIB FRANÇAISE......... PRÉVOST-PARADOL DKLl LIBERTÉ DES CULTES EN FRANCE DEUX LETTRES SUR LA RÉFORME DU CODE PÉNAL.......... PU GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE ET DU DÉCRET Dl! 24 NOVEMBRE. ESPRIT PRIVAT l.lî DE DIEU......... ERNEST RENAN CATAI.OGUB DES OBJETS PROVENANT DB LA MISSION DE PIIÉN1CIE. . . . > 50 SAINT-MARC GIRARDIN DU DÉCRET DU 24 NOVEMBRE OU DB LA RÉFORME DE LA CONSTITUTION DE «852.............. 1 > GEORGE SAND & V. BORIE TRAVAILLEURS ET PROPRIÉTAIRES. 1 » THIERS DU CRÉDIT FONCIER........ » 30 LE DROIT AU TRAVAIL........ » 30 1,1 HI! A I II I K I) KM lllll RI. LL IM ^TTÎTnfff TT -WT UN PA LE PR lus a: IR BO U FI LRS LE IL LK Ml- 1RS eort LA P SOUS LRS L'B» »RNI Se C'.IU! HISI LA I REGI LA V M LINS H UN A| LR • «H LB C UNB i LB D LRS ! 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