LES POSEURS GOMÉDIli Représentée pour la première fois à Taris, sur le théâtre des Variétés, le 17 Mars 1862. Paris. — Imp. Tillkt fils aîné, rue des Grands-Augustins. b. LES POSEURS COMÉDIE EN TROIS ACTES LAMBERT THIBOUST ET JULES DUVAL PARIS MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS RUE VIVIENNE, 2 BIS ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE 1862 Ton* droits réservés PERSONNAGES JACQUES BOURDET, négociant retiré........... MM. Arnal. ROLAND, sculpteur.............................. Christian. ANDRÉ GARNIER, peintre, neveu de Bourdet, ami de Roland............................... Desrieux. MARIUS TAUPIER, sculpteur bohème........... Grenier. OSCAR DE LA FAYOLLE, homme du monde.... Aurèle. PROSPER GAUTROT, W.......... E. Thierry. TAILLERET, H.......... S- Bazin. VALENTIN, domestique de Jacques Bourdet...... C. Blondelet. BAPTISTE, domestique d'Oscar.................. Délivre. M. CABOULOT, concierge....................... Videix. MADELEINE.................................. Mlles A. Monoeal. CÉCILE, fille de Bourdet........................ Fi.rraris. MADAME DE SURGIS.......................... Éléonore. ZOÉ, modelé d'atelier............................ Keller. Invités des deux sexes. Les indications sont prises de la gauche et de la droite du spectateur. — Les personnages sont inscrits en tête des scènes dans l'ordre qu'ils occupent au théâtre. — Les changements de position eont indiqués par des renvois au bas des pages. A ARNAL Les auteurs : LAMBERT TÏIIBOUST ri JULES DU VAL LES POSEURS è ACTE PREMIER L'atelier d'André et de Roland. Des plâtres, des étndes, des tableaux.— Torte au ond, grande fenêtre I droilc. — An milieu du théâtre, une estrade pour les modèles; à gauche, lo chevalet et la boîte à couleurs d'André. — Devant le chevalet un fauteuil en tapisserie. — Au fond un petit divan. — A droite, premier plan, un guéridon avec papier, plumes et encre. Un petit livre dessus. — Au troisième plan, une table adossée au mur : sur cette table un cor de chasse, une bouteille de madère, des verres. Du même côté, l'ébauche d'une statue a laquelle travaille Roland. — Sièges de formes et d'époques différentes. Au lever du rideau, MH« Zoé, placée sur l'estrade, agenouillée et les mains jointes, les cheveux défaits sur ses épaules et en train de poser. — André, devant son chevalet, est en train de peindre. SCÈNE PREMIÈRE ANDRÉ, MADEMOISELLE ZOÉ. ANDRÉ. L'œil plus au ciel... MADEMOISELLE ZOÉ. Comme ça? ANDRÉ. Encore un peu... et un air bien virginal... un sourire d'ange... comme quand tu fais un gros mensonge à ton amoureux. MADEMOISELLE ZOÉ. D'abord je ne mens jamais..... ensuite je n'ai pas d'amoureux. ANDRÉ. Bah ! et Corantin ? 4 LES POSEURS. MADEMOISELLE ZOÉ, ara un soupir. C'est mort la semaine dernière. ANDRÉ. Bah ! et pourquoi? MADEMOISELLE ZOÉ. Il m'a battue !... ANDRÉ. Tiens!... il t'aimait donc? MADEMOISELLE ZOÉ. Oht... Est-ce que c'est une preuve d'amour? ANDRÉ. Immense; ça et les cachemires... on aie choix... Les cachemires sont si chers!... MADEMOISELLE ZOÉ, l'tnHnh Pouvcz-vous parler ainsi? oh! vous étiez bien plus gentil avant votre départ pour Home. L'Italie vous a gâté ! ANDRÉ. Et les Italiennes, donc ! MADEMOISELLE ZOÉ. Tenez, vous n'avez pas de cœur. ANDRÉ, rianl. C'est si mal porté... Tout le monde en a. Quand une chose est tombée dans le commerce... c'est fini... MADEMOISELLE ZOÉ. Oh ! ces hommes I (On entend jouer du piano à l'étage au-dessus. ANDRÉ, à part, vivement. Elle est rentrée !... MADEMOISELLE ZOÉ. Tiens!... vous avez des pianistes dans la maison? ANDRÉ, froidement. Oui. MADEMOISELLE ZOÉ. Oh! est-il gentil cet air-la... (qhtntant.) Tra la la lu. ANDRÉ. Hé ! là-bas, le sourire angélique tout de suite!... (Mademoiselle Zoé reprend sa pose. LA VOIX DE ROLAND, en dehorj. C'est une infamie! ACTE PREMIER. 5 LA VOIX DE CABOUL OT. Mais, monsieur... LA VOIX DE ROLAND, C'est un abus de confiance!... (La porte du fond s'ouvre vivement. — Roland parait furieuj, suivi de Ca- boulot.) SCÈNE II Les Mêmes, ROLAND, CABOULOT. ROLAND *. (il a une lellrc ouverte à la main.) On n'a pas idée de ça, ma parole d'honneur, on n'a pas idée de ça! CABOULOT. Mais, monsieur, j'ai l'honneur de vous dire... ROLAND. Vous avez l'honneur de me dire des choses ineptes. — Taisez-vous ! CABOULOT. Mais puisque mon épouse... ROLAND. Silence!... Je vous prenais pour un concierge... vous n'ûtes qu'un portier! ANDRÉ. Mais enfin, que t'a-t-il fait? ROLAND. Ce qu'il m'a fait... le misérable!... on lui remet cette lettre hier soir... très-pressée... il me la donne ce matin. ANDRÉ. Eh bien! le grand malheur! ROLAND. Comment! une lettre de Loulou... ANDRÉ, riant. Ah bah ! ROLAND. Loulou, ma voisine d'en face... une femme charmante... dont j'ai fait la connaissance à la brasserie... Dix-huit ans... des yeux... grands comme ça... et une bouche... comme ceci... une • André, Zoé, Roland, Caboulot. 6 . LES POSEURS. vraie rose!... les abeilles s'y trompaient.... et blonde... comme Cérès. (a cabouiot.) Cérès... qui préside aux moissons... une déesse ! (criani.) une déesse ! CABOULOT. Mais, monsieur, puisque mon épouse et moi nous dormions quand vous êtes rentré... ROLAND. Ils dormaient!... c'est prodigieux!... Monsieur Cabouiot, vous avez manqué à votre mission. — Une loge est une guérite!... Archer du palais, veillez! ZOÉ. Enfin, vous l'avez, votre lettre... ROLAND. Trop tard, Zoé, trop tard, voyez plutôt... (um.) « Je t'attends...» sans s... « à la brasserie » r-i-z... comme dans riz au lait... Cher ange!... «Viens-y... » z-i... Aimez-vous les z... elle en a mis partout. « Ou je romps avec loi. » R-o-n ron... comme dans ron ron petipatapon... C'est de l'orthographe transcendante... ancien prix d'honneur au collège de la nature!... Et je suis brouillé... à cause d'un Cabouiot !... (Il a retiré sa redingote.) CABOULOT. Je vous réitère, monsieur Holand... (Il accroche la redingoto.) ROLAND^ avec dignité, mettant sa vareuse. Assez, monsieur Cabouiot, assez... désormais vous n'existez plus pour moi !... Quand j'aurai des renseignements à cueillir, c'est à madame Cabouiot seule que je veux avoir affaire... (Juand je passerai, dissimulez-vous dans les angles obscurs... Disparaissez dans les placards... Evitez-moi le spectacle toujours pénible d'un concierge qui cède aux douceurs du sommeil quand il a des paquets pour ses locataires... Allez, monsieur Cabouiot, je ne vous retiens pas... (changeant de ion.) Va-t'en, portier! CABOULOT. Concierge!... (a part.) Oh! ces artistes!... (Il sort par le fond.) ACTE PREMIER. SCÈNE III ANDRÉ, ZOÉ, ROLAND. ANDRÉ, a loi en se levant. C'est fait... Tu peux rhabiller. (Zoé quitte l'estrade, relève ses chcvcui et 8e coiffe devant un miroir.—Roland y se promèno en faisant de grands gestes.) ANDRÉ, a Roland. Est-ce que tu n'auras pas bientôt fini ? ROLAND. Parbleu! je voudrais bien te voir à ma place. Une femme délicieuse I... et musicienne!... ANDRK, haussant les épaules. Allons donc !... Tiens... tu me fais pitié... ROLAND. De première force sur le cornet à pislons... Son père était trombone dans un régiment... (poussant un ch.) Ah ! ANDRÉ, qui roule une cigarette. Quoi donc ? ROLAND. Un dernier espoir... (il va prendresou cor de chasse.—A lui-même.) Alors que nos cœurs gravissaient les Alpes du sentiment! Ecoute, me dit-elle, quand tu douteras de mon amour, prends ton cor de chasse... J entendrai ton appel et je te répondrai. — Si oui, c'est-à-dire si je t'aime encore, je jouerai le grand air de Jérusalem... si non... je jouerai... n'importe quoi de l'école française... Allons !... (Il ouvre la fenôtre.) ANDRÉ. Ah ça! veux-tu fermer la fenêtre!... ZOÉ. Il vient de l'air... on grelotte... ROLAND. Faites dll feu... égOÏSteS !... (il embouche son cor de chasse et pousse quelques notes.) Elle va répondre... 0 Verdi 1 sois-moi propice! (On entend jouer au dehors l'air de : Va-t'en voir s'ils viennent, Jean.) 8 LES POSEURS. nOLAND, accablé. Ecole française !... (Il ferme la fenêtre et s'assied à droite.) ZOE, qui a terminé sa toilette. Là... voilà qui esl fait... A propos, monsieur Roland, vous me devez six séances... (noiand, absorbé, ne lui répond pas.) Oh ! ça n'est pas pressé... je reviendrai après déjeuner... Adieu, monsieur André... (Fredonnant) : Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, Va-t'en voir s'ils viennent. (Elle sort en riant par le fond.l ROLAND *, se lorant et passant à gauche. Une femme... a qui j'avais pardonné treize fois... Tous les quinze jours nous avions des liquidations féroces, (s'attendrissant.) Enfin, c'est fini... Tiens!... qu'ust-co que j'ai dans l'œil? C'en est une!... ANDRÉ, éclatant de rire. Tu pleures? ah! ah! ah ! ROLAND. Ne fais pas attention... c'est ma dernière... elle va rejoindre les autres. (Il se jette dans le fantcnil.) ANDRE, les bras croisés, regardant Roland. Il y a des moments où je me demande si tu n'es pas fou !... (11 s'assied sur l'estrade.) ROLAND. Oh! je n'ai pas cette chance-là... seulement je n'ai pas été découpé dans un rocher... comme toi!... Tu es en granit, en pierre de taille, c'est convenu. ANDRÉ. Mon cher, d'abord l'amour n'existe pas. ROLAND. Va ton train, va!... ANDUli. Il n'y a qu'une chose vraie... ROLAND. Laquelle ? ANDRÉ. Paire des tableaux, les vendre 30,000 francs comme Dela- * Roland, André. ACTE PREMIER. 9 croix ou Meissonnier, et dormir tranquille... en rêvant Panthéon... ROLAND. Je n'aime pas ce quartier-là... ANDRÉ. Est-ce que tu dors, toi, quand tu aimes ? ROLAND. Fichtre non !... ANDRÉ. L'insomnie, la fièvre, les scènes... j'ai connu tout ça... quand j'étais jeune. ROLAND. Salut, vieillard cacochyme I comment va ta goutte ? ANDRÉ. Maintenant... ouf!... je respire... je dors... Pourquoi ? parce que je sais que l'amour est une plaisanterie, et que je l'ai rayé... de mes habitudes. ROLAND, te levant. Superbe 1... oh! quel homme fort!.. Es-tu assez fort, hein ! changeant de ton.) Et dire que le gouvernement commande des tableaux à ces gens-là ! (Il passe à droite.) ANDRÉ*, «e levant. S'il y a quelque chose de sérieux dans la vie... c'est un mariage... une position... ROLAND. Une position... L'Institut, pas vrai? Ah çà! est-ce que tu comptes traverser demain le pont des Arts ? ANDRÉ. En tout cas, ce n'est pas une maîtresse qui m'arrêtera au milieu... ROLAND. Eli bien ?... et... (indiquant du doigt l'étage supérieur.) Et Madeleine ? ANDRÉ, impatiente. Hé! Madeleine ! ROLAND, triomphant. Je t'attendais là, mon gaillard!... Tu es bloqué. — La Providence t'a gillé de ce côté-là, c'est vrai... il n y a qu'une Madeleine...et il y a pas mal de Loulou... C'esl égal, je regrette mon échantillon... Loulou XXIV... reine de la fantaisie ! • André, Roland. 1. III LES POSEURS. ANDRÉ. Mais tu ne l'aimais pas ? ROLAND. Si fait!... ANDRE, se remettant à son chevalet et travaillant. Allons donc !... Tu lui écrivais dos lettres que tu copiais dans le Secrétaire des amants... un volume in-12... que nous avons acheté ensemble 50 centimes... dans les galeries du Palais- Royal. ROLAND, riant. C'est vrai... Mais qu'est-ce que ça prouve? je les copiais... avec conviction .. Et puis, c'est si commode ces petites machines-la... (il s'assied à droite, prend un petit volume sur le guéridon et se met à le feuilleter.) Lette première : (Lisant.) « Madame, c'est en tremblant que je prends la plume. Comment exprimer l'amour qui brûle mon sein?... » El caetera... et caetera... « Mais le respect m'enchaîne. » Et estera... Lettre deuxième : (usant.) « Madame, vous m'avez permis de vous voir... » Et caetera... et caetera... «Mais le respect m'enchaîne... » Et caetera... Lettre troisième : (Lisant.) « Ange adoré, enfin, tu l'as dit, ce mot : Je t'aime... » Et estera et caetera... Le respect finit à la lettre troisième. ANDRÉ. Joli ouvrage ! ROLAND. Qu'est-ce que tu veux donc qu'on te serve pour KO centimes? Madame de Sévigné ? (Feuilletant toujours le livre et «e levant.) Ah ! en voilà une que j'ai écrite souvent : (Lisant.) « Lettre pour refuser de l'argent à la jeune personne. — Ah! que ne suis-je un Crésus !... quel bonheur j'aurais à t'envoyer la somme que tu me demandes... mais... » ANDRÉ, nant. Le respect m'enchaîne... ROLAND. Non. (cominuani sa lecture.) « Mais, hélast... les arts sont dans le « marasme... Je n'ai pas mangé depuis quinze jours. » ANDRÉ, riant. Ah!ah! ah! ROLAND, renilletant toujours. Il n'y a que le n° 27 que je ne lui ai pas écrit... la lettre de rupture : (usant). « Madame, tout est fini... » ANDRÉ riant toujours. Tiens!... tout l'amour est là!... ACTE PREMIER. U ROLAND, jetant le livre. Incrédule 1 Tu seras mordu... comme les autres. ANDRÉ. Jamais ! ROLAND. • Comme les autres ANDRÉ. Jamais SCÈNE IV ANDRE, MADELEINE, entrant gaiement par le fond, un ouvrage de tapisserie à la main, ROLAND. MADELEINE. lionjour, messieurs... Peut-on entrer? ROLAND. Madeleine! Tambours, battez aux champs!... Venez, Forna- rina... venez protester contre les paradoxes de Raphaël... MADELEINE, souriant. Comment?je ne comprends pas... ROLAND. Ça ne fait rien ! Protestez toujours. MADELEINE, gaiement. Je proteste. ROLAND. Trés-bien... Passons à l'ordre du jour. MADELEINE. Vous ne savez pas?... j'ai encore une heure avant d'aller à mes leçons... je viens la passer auprès de vous. ROLAND. Bravo ! MADELEINE. Travaillons... C'est si gentil de travailler comme cela., tous les trois... ROLAND. Oui... c'est pittoresque... moi, je suis pour le pittoresque... MADKLEINE, a part, regardant André tristement. Il ne m'a pas embrassée !... (Elle s'assied dans le fauteuil et travaille.) 13 LES POSEURS. ROLAND, chantant en cherchant. Qu'ai-je fait de mon ébauchoir ? où peut l'avoir fourré notre leinme de ménage?... (s'arrétant.) Tiens! je chante... et j'ai la mort dans le cœur. MADELEINE. Vous? ROLAND. Je suis abandonné !... par une femme du monde. (Se remettant à chanter sur les dernières notes do l'air du Miserere du Trouvère, en cherchant toujours son ébauchoir :) 0 ma Loulou, 0 ma Loulou, Adieu! Tra la la la la... Sacrebleu! qu'est-ce que j'ai fait de mon ébauchoir ? (Il entre à gauche.) MADELEINE *, à elle-même. L'amour peut donc finir? ANDRÉ, qui guettait le départ de Roland, allant vivement à Madeleine. Madeleine, qu'avez-vous? MADELEINE. Moi... rien... seulement, quand je suis entrée, pas un regard, pas un mott... alors, mon cœur s'est serré... un peu... mais" c'est fini... ANDRÉ. Non... Ce n'est pas fini... (il Amh d'un coup d'œil que Roland ne rentre pas et tend vivement les braï à Madeleine.) Madeleine! MADELEINE, se levant et se jetant dans ses bris. Ahl il m'aime toujours!... (André prend dans ses mains la tête de Madeleine et l'embrasse au front.) ROLAND *, reparaissant et surprenant le baiser. Entrez! (André réprime un mouvement d'humeur et retourne a son tableau.) MADELEINE **. Oh ! venez, Roland, je suis si joyeuse... Vous ne savez pas? .. depuis quelques jours, j'avais peur... André était distrait... préoccupé... * André, Madeleine. ** Audré, Madeleine, Holand. ACTE PREMIER. 13 ANDRÉ. Moi? quelle idée!... MADELEINE. Il rentrait tard... Hier, vous êtes rentré à plus de minuit. ROLAND. Plus de minuit!... Oh! oh! Et d'où venais-tu, malheureux, à celte heure indue? MADELEINE, à André. Oui, d'où veniez-vous ? ANDRÉ, avec embarras. lié ! mon Dieu ! j'ai... j'ai une famille... MADELEINE, à Roland. Ah!... ROLAND. Une famille?., oh ! oui... ton oncle... un ancien négociant... enrichi dans les cotons... Et tu venais de chez lui à cette heure- là ? ANDRÉ. Oui, je venais de chez lui. MADELEINE. Oh! c'est bien différent!... mais j'avais peur... je croyais qu'il avait cessé de m'aimer... (Kllc se rassied.) ROLAND. Cesser de vous aimer!... Est-ce que c'est possible? vous. Madeleine... Madalena... la pelite Neua... comme nous disions à Home... la petite chanteuse des rues qui venait chanter à la villa Médicis... quand nous étions pensionnaires du gouvernement... Nena,qui comme aujourd'hui égayait les heures du travail... Nena, à qui notre camarade Bernent apprenait le piano, et qui devenail peu à peu une musicienne, une vraie artiste I car ma parole d'honneur, vous autres Italiennes, vous ûles toutes nées sous un si-bémol... C'est vrai... dans ce pays- là, on vient au monde en chantant... Guillaume Tell... quand c'est un garçon... cl l'air du Barbier... quand c'est une demoiselle... (André a passé a droite.) MADELEINE*. Oh ! oui... je travaillais bien, n'est-ce pas, André?... Etre pianiste, donner des leçons, gagner sa vie .. c'était un si beau rêve ! " Madeleine, lloland, André. U LES POSEURS. ANDRÉ. Ce rôve s'est réalisé pour vous, Madeleine. ROLAND. Cesser de vous aimer!... vous, qui l'avez si bien soigné... l'intrigant.... quand il a eu ces abominables fièvres d'Italie. Vous lui avez fait de la tisane bleue. Oh 1 avoir une femme qui vous fait de la tisane bleue I... MADELEINE. C'est si naturel... N'avcz-vous donc jamais eu une femme à votre chevet ? ROLAND. Jamais!... j'ai été adoré, c'est évident; mais quand j'étais soutirant, les demoiselles me disaient : « Faut vous soigner, mon bon. » Et elles ne revenaient jamais... Tandis que vous... (avec admiration) VOUS!... (A André.) VeUX-tU l'cnibrasSCI' tout de Suite! (Il le fait passer près de Madeleine.) ANDRÉ *. Et toi, veux-tu me laisser tranquille! Il est insupportable, n'est-ce pas, Madeleine ? MADELEINE, gaiement. Je ne trouve pas. ROLAND, allant travailler à sa statue. Vivent les souvenirs !.... Ça rajeunit !.... Et nos cinq années faites, quand nous avons quitté Rome, qui a suivi André? la petite Nena ! Toujours elle.... Fidèle, dévouée, marchant toujours.... comme le chien du régiment... MADELEINE. Ah ! c'est qu'à Paris je devais le revoir, lui. ROLAND. Elle est venue à pied... Embrasse-la, je ne regarde pasl ,11 cache sa tfite derrière la statue.) ANDRÉ, impatiente. Ah ! tu m'ennuies!... MADELEINE. Oui. ;\ pied... et en chantant la canzonnctla des Piffcrari que vous aimiez tous... — Vous la rappelez-vous, Roland ? (Elle se lève et -va à Roland.) • Madeleine, André, Roland. ACTE PREMIER. 15 ROLAND *, quittant sa statue. Si je me la rappelle!... corpo di Bacco !... Où est mon tambour de basque? (Il prend un tambour de basque dont il s'accompagne en cbantant avec Madeleine. — Pendant ce chant, André s'est assis près de son chevalet et les regarde en souriant.) MADELEINE et ROLAND. Air nouveau de M. Victor Chéri. Io sono la poverina, Tra la la... Canto, ballo sulla piazzetta, Tra la la... Fate, signor et signora, Fate (bis) la carita. Fate, signor et signora, Alla povera Che canta La carita (bis). Ecco, eeco, laBambina! (Après ce chant, on frappe au fond.) Entrez ! ANDRE, se levant. ROLAND. Des rôdeurs d'ateliers ! Quand on est bien en train de travailler... on est toujours dérangé !... C'est insupportable!... SCÈNE V es Mêmes, GAUTROT, PAILLERET. (Gautrot, gaillar dà moustaches en croc, le chapeau sur l'oreille, l'air crûnc. J'ailleret, tjpe de dandy.) PAILLERET **. Bonjour, travailleurs !... (saluant Madeleine, qui se dispose à sortir.) Mademoiselle... GAUTROT ***. C'est nous qui vous faisons fuir, mademoiselle? * André, Madeleine, Roland. ** André, Madeleine, Pailleret, Gautrot, Roland. André, Pailleret, Madeleine, Gautrot, Roland. 16 LES POSEURS. MADELEINE. Non, messieurs... Une leçon à donner... Excusez-moi... (a André.) Je vous revcrrai ce soir, n'est-ce pas?... ANDRÉ, gêné. Ce soir ?... Oui... oui... sans doute !... (II se remet a son che-valet.) MADELEINE. Messieurs... (Elle salue et sort par le fond.) ROLAND, criant. Adieu, Nena! PAILLERET *, lorgnant le tableau d'André. Peste!... votre tableau avance... GAUTROT, se laissant aller dans le jrrand fauteuil en tapisserie. Ouf ! vous permettez?... Je suis rompu! Ces maudits témoins m'ont fait faire dix lieues!... ROLAND, s'assejant à droite et traTaillant à une petite ébauche qu'il prend sur le guéridon. Vos témoins?... Encore un duel ?... GAUTROT. Oui... une dispute à l'Opéra, pour un fauteuil d'orchestre.... avec un monsieur que j'ai assez malmené. Et ce matin nous sommes allés sur le terrain... i\ Ville-d'Avray... une heure et demie avant de trouver un endroit... par un temps impossible... ANDRÉ. Est-ce que vous l'avez blessé? GAUTROT. Non... les témoins ont arrangé l'affaire... je ne tenais pas du tout a tuer ce monsieur... vous comprenez?... dix ans de Salle... je SUis SÛl' (1e UlOi... (se levant et indiquant des coups née sa canne.) J'attends mon homme... il attaque, je pare et je riposte... il marche, je pare... ROLAND, travaillant, a part. Il part... pour la campagne!... PAILLERET **, allant à Gautrol. Et tu es allé te battre par le chemin de fer? c'est affreux !... un homme qui se respecte doit arriver en voiture de maître. " Pailleret, André, Gautrut, Roland. ** André, Pailleret, Gautrot, Roland. ACTE PREMIER. 17 Si tu m'avais écrit un mot... je t'aurais prêté ma voiture... Oh ! mon cher, je viens d'acheter une paire de chevaux... deux bijoux, deux amours!... ANDRÉ. Cher?... PAILLERET. Non... quinze mille francs chez Maurice... Ah! ce que coûte la vie parisienne !... (Il s'assied dans le fauteuil.) ANDRÉ. Vous allez beaucoup dans le monde?.,. PAILLERET. Beaucoup... Eh bien, à chaque bal, c'est quinze francs de gants. ROLAND. Quinze francs de gants?... PAILLERET. Sans doute... trois paires de gants... Un homme du monde... un homme qui se respecte entin, doit toujours être ganté de frais... Eh bien, vous dansez une polka... vous prenez une glace... voilà une paire de gants défraîchie... Oh! c'est ruineux ! MARIUS TAUPIER, entrant par le fond, sa pipe à la Ijouche. Bonjour, tout le monde!... (Marius Taupicr, type de bokèmo ; longs cheveux, barbo inculte, chapeau rond, paletot do velours usé; mise ayant une grande prétention à la négligence et à l'excentricité.) SCÈNE VI ANDRÉ, PAILLERET, GAUTROT, TAUPIER, ROLAND. TAUPIER, I Roland. Dis-donc, vieux, as-tu encore les eaux-fortes de Rembrandt? J'en ai besoin pour un renseignement. ROLAND, montrant la gauche. Oui... cherche dans ce cabinet .. Elles sont dans le grand carton vert... (Les jeunes gens saluent Taupier.) TAUPIER, à Roland. Ces messieurs !... 18 LES POSEURS. ROLAND, se levant et le* présentant* M. Prosper Gautrot, amateur... M. Pailleret, amateur... M. Marius Taupier, artiste. PAILLERET, souriant. Cela se voit... ROLAND. Je crois bien... si ça ne se voyait pas, il se brûlerait la cervelle. TAOP1EH. Tu plaisantes toujours... (Il passe près d'André, qui a quitté son chevalet.) ROLAND *. Pourquoi ne te fais-tu pas couper les cheveux 1... ça coûte dix sous... TAUPIER. Est-ce que je m'occupe de ça ?... Est-ce que tu me prends pour le Journal des modes, moi? ROLAND. Oh ! non. (II se rassied à droite. — Gautrot s'assied à côté de lui.) TAUPIER. Je suis artiste... pour mon malheur... vu que l'art est mort. Il n'y a plus de bons hommes... Où sont les eaux-fortes ? ANDRÉ. Carton vert. TAUPIER, frô lant une allumette sous la semelle de sa botte pour la faire prendre et rallumer sa pipe. Rembrandt ! 11 élait rudement fort, celui-là I... il avait un côté!... ANDRÉ. Il se faisait couper les cheveux !.. TAUPIER. Maintenant, en peinture, on fait des moulons... et en sculpture, pas un torse... L'art est mort, quoi! (Il entre à gauche.) OSCAR, qui a paru h la porte du fond. Alors, vive l'amour, messieurs I * Pailleret, André, Taupier, Gautrot, Roland. ACTE PREMIER. 19 SCÈNE VII PAILLERET, ANDRÉ, OSCAR DE LA FAYOLLE, GAUTROT, ROLAND. • TOUS. Oscar ! OSCAR. Bonjour, André... Tiens! Pailleretl... Gautrotl... Ah! c'est charmant !... (11 distribue des poignées demain.) Bonjour, Roland! Sont- ils ijeureux de travailler!... moi, je n'ai pas le temps... TOUS. Bah ! ANDRÉ. Et pourquoi ? OSCAR. Les femmes, messieurs!... TOUS, riant. Ah!... (Pailleret se rassied dans le fauteuil, et André s'installe sur le divan au fond.) OSCAR. J'ai une veine de femmes hlondes... L'année dernière, c'étaient les brunes, une série, mon cher, une vraie main... Ah ! dites-donc, Manda... vous savez bien?... Manda... ma maîtresse... j'ai rompu... oh! une histoire délirante... Elle s'est rencontrée un soir, chez moi, avec Célestine Pilois... Célcstine Pilois... qui a ruiné trois Russes... Une scène, mon cher... ah! elles se sont battues... Il y a Célestine qui a arraché le chapeau de Manda... Manda n'avait plus de chapeau... Elles ont tout cassé... tout... C'était superbe... ah! ah! ah ! (Il passe à gauche.) GAUTROT*. Diable d'Oscar, va!... OSCAR. Ah ça! il est quatre heures... Est-ce qu'on ne prend pas le madère ici ?... ANDRÉ, se levant. Si fait ! Tous se lèvent.) * Oscar, Pailleret, André, Gautrot, Roland. 20 LES POSEURS. ROLAND, allant chercher une bouteille et des verres. Madère demandé... voilà! voilà! (Il -verse.) PAILLERET * , tirant un porte-cigare. Messieurs, d'excellents cigares... j'ai pris le parti de les faire venir de la Havane... (Il offre des cigares.) OSCAR. Ce qu'il y a de fort, c'est que je vais peut-être me marier... TOUS. Allons donc !... OSCAR. Oui, mon père veut que je me marie... un père moral... comme tous les pères de province... Alors, j'ai demandé la main d'une jeune personne... que vous connaissez, André. ANDRÉ. Moi ?... qui donc ? . OSCAR. Je vous dirai cela plus tard... Ah çà! vous ne m'abîmerez pas auprès du beau-père?... vous ne direz rien de mes aven- turcs ? ANDRÉ. Trahir un ami ? Fi donc ! (Pailleret »a se rasseoir dans le fauteuil.) OSCAU **, buvant son madère. Oh! les aventures... je ne peux pas sortir de chez moi sans marcher sur une aventure. Tenez, hier au soir, rue La- bruyère... (Tous s'asseyent, excepté Oscar : Roland sur l'estrade, André et Gautrot à droite.) ROLAND, se versant du madère. Première aventure du nommé Oscar, gentilhomme français... Oscar Lauzun, allez votre train 1... OSCAR. Eh bien! j'ai rencontré une Mimi-Pinson... en simple bonnet,., je lui ai pris la taille... ROLAND. Petit mousquetaire, va ! OSCAR, voix de femme. « Monsieur, laissez-moi... que voulez-vous? -— T'aimer, ma * Oscar, Roland, Pailleret, Gautrot. " Pailleret, Roland, Oscar, André, Gautrot. ACTE PREMIER. 21 chère enfant!... — Mais c'est indigne !... jamais !... c'est impossible I...» Je l'ai accompagnée... PAILLERET. Jusqu'à la porte? OSCAR, jouant avec son stick. Oh! plus loin... ROLAND. Bah ! OSCAR. Parfaitement!.., et... (Avec tuma) j'ai passé une vraie soirée! TOUS. Vive Oscar! (Oscar Ya reporter son verre sur la table a droite.) SCÈNE VIII Les Mêmes, ZOÉ. ZOÉ *, entrant par le tond. Monsieur Roland! monsieur Roland 1 ROLAND, se levant. Zoé! ZOÉ. Je viens chercher mon argent... ROLAND. Nous avons six séances... attends... OSCAR, s'approchant de Zoé, à part. Une re-grisette! ZOÉ, le regardant. Oh! OSCAR, à part. Ah !... ANDRÉ. Qu'est-ce donc? ZOÉ. Oh 1 rien... C'est que monsieur ressemble... Oh! c'est bien drôle tout de même... Pailleret, Zo6, ('.«car, André, Gautrot. 22 LES POSEURS. ROLAND. A qui? ZOÉ. A un petit imbécile qui m'a suivie hiersoir, rue Labruyère... TOUS. Hein? ZOÉ. Il voulait me prendre la taille! je lui ai donné un soufflet... Il n'a pas demandé son reste... il court encore! TOUS, riant. Ah ! ah ! ah 1 ZOÉ, prenantl'argent que lui donne Roland. Merci,monsieur Roland... Bonjour, messieurs et la société... (Elle sort vivement par le fond. — Les rires éclatent autour d'Oscar consterné. — Tous se lèvant, oicepté Gautrot.) SCÈNE IX Les Mêmes, moins ZOÉ, pui,MAR[US TAUPIER. OSCAR*. Ce n'est pas moi !... je jure que ce n'est pas moi... ROLAND. Allons donc I deuxième et dernière aventure du nommé Oscar, gentilhomme français... (Elevant son verre.) A la santé d'Oscar! (André va s'asseoir près do Gautrot.) TOUS. A la santé d'Oscar ! TAUP1ER **, rentrant par la gauche, des dessins I la main et toujours la pipe a la bouche. Qu'est-ce que c'est? Les vins étrangers circulent en mon absence ! ROLAND, montrant la table de droite. Prends ton verre... (Taupier va le prendre. — Holand passe a gauche.) OSCAR ***. Pourquoi le nicrais-je? Manda m'a donné vingt soufflets et je ne les nie pas... J'adore les femmes. * Tailleret, Roland, Oscar, André, Gautrot. " Pailleret, Roland, Oscar, Taupier, André, Gautrot. **• Roland, l'ailleret, Oscar, Taupier, André, Gautrot.) ACTE PREMIER. 23 GAUTROT. . Et moi donc!... Jo me suis battu vingt fois pour elles... PAILLERETj élendu dans le fauteuil. Mais, moi, elles me ruineront... Il y asix mois, messieurs, j'ai fait le voyage de Londres exprès pour acheter trois rangs de perles chez Mortimer... et pourquoi?... pour Mélanie... que je n'aimais pas... TAUPIER, son \erre à la main. Moi, quand j'achèterai des perles pour une femme, il fera une jolie chaleur !... (Il va s'asseoir sur l'estrade.) PAILLERET. Ohl qu'un galant homme se ruine pour sa maîtresse, rien de mieux. ANDRÉ. Mais qu'un homme d'esprit le prenne au sérieux, voilà qui est absurde. ROLAND. Ahl on va démolir les femmes?... Parfait! je prends ma Stalle, (il s'assied à gauche.) Allez. GAUTROT. Mon cher, j'avais une maîtresse que j'adorais... Eh bien! elle me trompait... 11 y avait un Brésilien... je suis allé le trouver... ROLAND. Vous l'avez tué, c'est convenu!... Allons, massacrons un peu le Brésil!... GAUTROT. On a arrangé l'affaire... heureusement. TAUPIER. Est-ce qu'on peut travailler avec les femmes? Elles sont toujours dans votre poche. ROLAND. Tous les grands artistes ont aimé. ANDRÉ. Allons donc ! TAUPIER. L'amour est inutile. —Savez-vous ce que disait aux Romains Quintus Métellus?... (On rit.) ROLAND. Où va-t-il chercher ça! TOUSj avec impatience. 24 LES POSEURS. TAUPIER. C'était un Romain carré, celui-là, un vrai... il avait un côté... il leur disait... (changeant de ton.) Qu'est-ce qui me passe le tabac? (Il se lève.) ROLAND. Tout à l'heure!... On demande le discours de Quintus Mé- tellus... TAUPIER. 11 leur disait : « Romains... » Oh! il était d'un carré avec les femmes I... Le discours! TAUPIER, déclamant. « Romains, oui, les femmes sont coquettes, menteuses, insupportables... mais, quoi?... puisque la nature a arrangé les choses de telhî sorte qu'on ne peut ni vivre tranquille avec une femme, ni vivie sans femme, eh bien... mes enfants... marions-nous pour assurer la perpétuité de noire nation... » ROLAND. Eh bien I TAUPIER, se rasseyant sur l'estrade. Eh bien! Paris a plus de deux millions d'habitants; on ne peut plusse loger. Les femmes, c'est du luxe... Voilà! (Paillcret se love et va au fond s'étendre sur le diva» ) ROLAND. Comme c'est joli ce que tu dis là! TAUPIER. Je suis logique. ROLAND. Tu es inepte 1 ANDRÉ. Enfin, tu conviendras, mon cher... ROLAND. Ah 1 — La parole est à M. André Garnicr, jeune vieillard plein d'expérience. ANDRÉ, riant et se levant. Vieillard! parce que je ne parle pas de mes vingt ans, de ma jeunesse en deuil, de tout ce bagage absurde que les poêles ont inventé!... (n «ient s'asseoir sur le borna*.) Sous le prétexte que * Roland, André, Oeear, Pailleret, Taupicr, Gautrot. ACTE PREMIER. 28 l'on a vingt ans, il faut se donner des boucles de cheveux, des alliances... dans lesquelles on fait graver sérieusement : « Anatole, Caroline, 1 er mai 1857. » Est-ce assez gracieux I ROLAND. Mais, enfin, qu'est-ce que tu demandes ? ANDRÉ. Je demande qu'on supprime les sonnets, les violettes, les bois d'Aulnay et ies clairs de lune, comme excitation à la débauche. Je demande qu'on supprime les mansardes et les jeunes tilles qui arrosent les capucines de leurs fenêtres, en élevant des chardonnerets. ROLAND. C'est trop fort!... Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, les chardonnerets? ANDRÉ. Us m'agacent; ce sont des pianos à plumes... Je demande qu'on ne dise plus d'une femme aimée : « Oh! celle-là n'est pas comme les autres!... celle-là est un ange!... » ROLAND. Pourquoi ? ANDRÉ. Parce que, quinze jours après, on est forcé de dire le contraire, et qu'alors on a l'air d?un monsieur qui ne sait pas ce qu'il dit. L'amour!... les serments éternels!... allons donc!... Ést-cc qu'un homme intelligent doit se laisser arrêter par ces niaiseries sentimentales! — Une maîtresse, c'est une fantaisie, une occasion; on la prend et on la quitte. C'est si facilede dire à une femme : « Ma chère, je vous aimais hier, je ne vous aime plus aujourd'hui... c'est fini... quittons-nous. » C'est si simple ! la femme est furieuse... vous menace de se tuer... naturellement... GAUTROT. Les femmes ne se tuent jamais... TAUPIER, M levant. Kilos se manquent toujours. Lisez la Patrie. « Les voisins sentirent une forte odeur de charbon; on enfonça la porte, et on aperçut la demoiselle X... complètement inanimée. » ANDRÉ, riant. « Les secours qui lui furent prodigués la rappelèrent à la vie. » i 26 LES POSEURS. TAUPIER, se rasseyant sur l'estrade. « On attribue sa fatale résolution à un désespoir d'amour. » ANDRÉ. Et un mois après, on rencontre le poème de sa jeunesse coifl'é d'un chapeau rose, vétu d'une robe mauve, au bras d'un jeune monsieur,— le tout entrant aux Provençaux ou au Café Anglais. TAUPIER. Le charbon a changé de destination! on met dessus des côtelettes. Dzingl boum! allez, la musique! (Il se levé et va près do Gautrot.) OSCAR. Mais toutes les femmes se consolent. — Les veuves ne pensent qu'à se remarier. ANDRÉ. Parbleu! elles y pensent.... avant d'être veuves... ROLAND *, furieux, se levant et prenant le milieu. Vous êtes fous! la femme, c'est le cœur, c'est la force, c'est le dévouement, c'est l'amour enfin, et l'amour, c'est la vie. PAILLERET, riant. Souvent femme varie!... GAUTROT, riant. Perfide comme l'onde!... ROLAND. Les femmes sont des anges... vivent les femmes 1... Ouvrez l'histoire... citez m'en une, depuis la création du monde... une seule qui ne soit pas un ange, je vous en défie. ANDRÉ , riant. Éve, qui a perdu le premier homme. ROLAND. Oui, mais elle l'a suivi dans son exil, elle l'a aimé... et l'amour voilà le vrai paradis !... Femme charmante !... TAUPIER. Et Lucrèce Borgia? ROLAND. Résultat d'une mauvaise éducation... femme à plaindre ! OSCAR, riub Eh bien?... Et la marquise de lirinvilliers? * Oscar, André, Pailleret, Roland, Taupior, Gautrot. ACTE PREMIER. 27 ROLAND. Chimiste distinguée! Renvoyée à l'Académie des sciences. Et les veuves du Malabar, qui se jettent dans le feu pour rester fidèles a leurs maris !... Les femmes'sont sublimes !... ANDRÉ. Elles vous trompent... ROLAND. Souvent!... mais elles en sont fAchées après... ce qui prouve la bonté de leur caractère, (a André. ) Tiens, tu es ridicule... avec ta pose au monsieur insensible, tu abîmes l'amour... et quand lu es seul, tu prends les colombes en sevrage. ANDRÉ. Et toi donc, tu ne poses pas ? ROLAND. Moi ! jamais ! ANDRÉ *, se levant, ainsi que les autres. Allons donc!... Messieurs, je vous le dénonce! Quand il allait aux rendez-vous de Loulou, il se sanglait... il pose... pour l'homme maigre. (On rit.) ROLAND, veié. Mais je ne suis pas gras, j'ai des muscles, voilà tout. ANDRÉ. Et cela ? (Il montre son ventre. ROLAND, avec aplomb. C'est de l'estomac ! ANDRÉ, riant. Décidément, il est maigre... GAUTROT, risnt. 11 est poitrinaire !... PA1LLERET, riant. Le climat de Nice, mon cher! OSCAR, riant. Infortuné Roland ! TAUP1ER, lui serrant la main. Tu devrais te mettre au lait d'anesse, il y en a dans le quartier. * Oscar, Pailleret, André, Roland, Taupier, Gautrot. 28 LES POSEURS. ROLAND. TAUPIER. Des ânesses ? Superbes !... ROLAND, entre >cs dents. Parbleu !... il y a des ânes aussi I... (on frappe.) Entrez ! (Gautrot a passé à gauche.) SCÈNE X LES MÊMES, M. BOURDET, entrant par le fond. BOURDET *. Pardon, messieurs... Est-ce qu'un profane tel que moi?... ANDRÉ. Mon oncle !... ROLAND. M. Bourdet!... ( A»an t ant »i.emcnt le fauteuil. ) Monsieur Bourdet, donnez-vous la peine... BOURDET **, s'assejant. Volontiers... car vous autres artistes, vous demeurez un peu haut. Du reste, je n'ai pas toujours habité les premiers étages de la rue de Provence. ROLAND. Et vous vous êtes toujours bien porté, monsieur Bourdet ? BOURDET. Toujours; vous aufsi, a ce que je vois... Êtes-vous heureux d'engraisser comme ça 1... (On rit.) ROLAND, lejé, à part. Hagne ! ! ! il n'a que des choses désagréables à vous dire, celui-là ! BOURDET. Bonjour, mon cher Oscar... j'aurai à vous parler. ANDRÉ. Mon oncle, permettez-moi de vous présenter mes amis... M. Pailleret... M. Gautrot... M. Marius Taupicr. ♦ Taupior, Gautrot, Oscar, Roland, Bourdet, André, Pailleret. " Taupier, Gautrot, Oscar, Bourdet, Roland, André, Pailleret. ACTE PREMIER. 29 BOURDET, se levant à moitié pour «aluer, et »e rasseyant. Artiste, à ce que je vois... Moi, messieurs, je ne suis qu'un marchand... venu à Paris en sabots... avec vingt sous dans ma poche. Eh bien! j'ai fait fortune. . Oh ! messieurs, c'est que j'ai une volonté... quand je veux une chose, je suis une barre de fer. ROLAND. Mais M. Bourdet a aussi manié la plume, messieurs... et sa brochure sur les cotons... BOURDET, trcs-modeste. Oh ! Roland, je vous en prie... cette brochure... mon dieu!... Je connaissais la question, voilà tout ; j'ai dit sur les cotons des choses... pratiques... et j'ai abordé (fort discrètement du reste) une question assez palpitante... ROLAND. La question de l'esclavage !... TOUS. Ah! , BOURDET. Je suis abolitionnisle, et cela est facile à expliquer. Fils de mes œuvres, venu à Paris en sabots... ROLAND. Avec vingt sous... BOURDET. Dans ma poche. ANDRÉ, bas à Roland. Tais-toi donc ! BOURDET. Je dois nécessairement ('lever la voix en faveur des nègres. Je demande leur émancipation; je jette ce cri au Canada : (s 0 i«nnt.) « Jeune Amérique, la vieille Europe te regarde... fais-y bien attention... Plus d'esclaves ! Nègres et Canadiens, embrassez-vous ! » TOUS. Bravo ! (Oscar remet le fauteuil en place.) ROLAND. Mais alors, monsieur Bourdet, qui s'occupera des cotons? qui récoltera les cannes à sucre ? BOURDET. Les nègres, mon ami; on les gardera... comme domestiques. 0 LES POSEURS. ROLAND. Ah ! parfait!... c'est une idée !... BOUItDET. La brochure s'est beaucoup vendue... mais je n'ai aucune prétention à cet égard... Je ne suis qu'un marchand, je le sais... mais j'aime les artistes, les vrais artistes... Il y en a qui gagnent beaucoup d'argent. TAUPIER, a part. Bourgeois, va ! BOURDET. Ainsi, quand mon neveu André s'est fait peintre... ROLAND. Vous lui avez fermé votre porte... BOURDET. Oui... je doutais de sa vocation... mais maintenant, je lui rouvre mes bras... (André passe près do Bourdet.) ROLAND *. A présent qu'il a des commandes du gouvernement. BOURDET. A présent qu'il a des commandes du gouvernement... je n'hésite pas à, le nommer mon gendre. TOUS. Hein ? (Tous les regards se Bxent sur André.) ANDRÉ, embarrassé. Mon cher oncle... ROLAND. Comment... votre gendre... lui... André? BOURDET. Ali! bah!... vous ne saviez pas cela? 11 ne vous l'a pas dit?... quel cachotier !... Oui, messieurs, je lui donne ma fille unique... ma Cécile... Mon cher Oscar, vous m'aviez demandé sa main... mais des engagements antérieurs... OSCAR / Irès-cnnuyé. Certainement... j'aurais été fier... de... BOURDET, bas à Oscar. J'ai consulté Cécile... elle ne vous aime pas... * ïaupicr, Gaotrot, Oscar, Bourdet, André, Rolland, Pailleret. ACTE PREMIER. 31 ROT.AND, à André. Comment!... tu te maries? Et tu me lecachaisl ANDRÉ. Rien n'était décidé... ,_ , , (Il remonte.) BOUUDET *. Comment, rien?... nous signons le contrat ce soir... Est-ce qu'il ne vous a pas invité à la soirée? (Il \a à Roland.) ROLAND, regardant André. Non. BOURDET, à André. Ah çà'.mais... à quoi penses-lu? Je donne un bal... et je compte sur vous, (aui jeunes gens.) Messieurs, voulez-vous me faire l'honneur ?... (Il leur remet des cartes.) PAILLERET. Avec grand plaisir, monsieur. GAUTROT. J'accepte!... Agréez tous mes remercîments. BOURDET, à Marius Tanpier. Puis-je espérer, monsieur, que vous vous joindrez à ces messieurs? TAUPIER. Moi!... (a part.) Pristi'... pas d'habit noir!... BOURDET. Oh ! j'insiste... j'aime les vrais artistes. TAUPIER, I part. D'ici à dix heures j'en trouverai un. (iiaut.) J'accepte. BOURDET. Ah! bravo... A ce soir, André! Messieurs... soyez exacts... une petite sauterie... sans prétention... mais on s'amusera... A ce soir; ne me reconduisez pas! .. ne me reconduisez pas... Pas de cérémonies... je ne suis qu'un marchand, TOUS. Au revoir, monsieur Bourdet. (Bourdet sort par le fond.) " Taupier, Gantrot, Oscar, André, Bourdet, Roland, Paillerct. .12 I LES POSEURS. SCÈNE XI Les Mêmes, moi-» BOURDET. (André est calme. Roland va à lui.) ROLAND *. C'est donc vrai? ANDRE, froidement. Oui... puisque le contrat sera signe 1 ce soir. ROLAND. Ah! OSCAR, riant. Allons doncl... 11 y a un obstacle, mon cher! ANDRÉ. Lequel? OSCAR. Madeleine. PAILLERET. Vous reculerez au dernier moment. GAUTROT. La force de l'habitude. TAUPIER. Étais-tu beau tout à l'heure! «Tout finit, quittons-nous!» Voilà une phrase qu'on ne dit jamais. ANDRÉ. On l'écrit... et je vais écrire à Madeleine. ROLAND, l'arrilant. André" ! c'est impossible ! ANDRÉ. Pourquoi? ROLAND. Parce que tu aimes Madeleine; parce que le jour où tu lui écriras : « Je ne vous aime plus, i tout sera fini enlrc elle et toi... fini... pour toujours... Prends garde! prends garde I (Musique à l'orchestre. — André le regarde un instant, sourit froidement, va s asseoir devant le guéridon et se dispose à écrire.) PAILLERET**. Il écrira!... * Taupier, Gautrot, Pailleret, Oscar, André, Roland. ** Taupier, Gautrot, Pailleret, Oscar, Roland, André. ACTE PREMIER. 33 TAUPlfiR, voyant André qui hésite. 11 n'écrira pasl OSCAR. Vous hésitez!... Vous voyez bien 1 ANDRÉ. Non... mais... c'est singulier... (niant.) La première phrase est toujours difficile... Ah!... Roland!... ce livre... le Secrétaire des amants... il y a une formule, je crois... le n° 27... Dicte... TOUS. Bravo ! OSCAR. Superbe ! ROLAND. Parbleu !.. je veux te voir aller jusqu'au bout, (n prend le livre et improvise comme s'il dictait:) « Madeleine, vous m'avez aimé; vous m'avez veillé comme une sœur; vous m'avez sauvé la vie... » (André, qui écrivait, laisse tomber la plume.) ROLAND. Écris donc... on te regarde!... (Dictant toujours.) « Oubliez mes promesses, mes sermejits... oublions le passé... Madeleine, je ne vous aime plus. » Signe... (André signe et cachette la lettre.) ROLAND, avec douleur. Ah ! je ne t'aime plus, André ! (Il déchiro le livre et lo jette.) OSCAR, avec admiration. Ah ! messieurs, c'est excessivement fort! TAUP1ER. C'est carré ! ANDRÉ, se levant, à Roland. Tu remettras cette lettre à... Madeleine. ROLAND. C'est sérieux ?... ANDRÉ, lui tendant la lettre. C'est sérieux. ROLAND, la prenant. Soit !... mais encore une fois, prends garde! (11 va au fond et s'assied sur le divan.) OSCAR *. C'est d'autant plus fort qu'elle est délicieuse... Une Italienne... Taupier, Gautrot, Pailleret, Rgland, Oscar, André. 34 LES POSEURS. c'est superbe!... Dites donc, André,., maintenant qu'elle est veuve... je peux lui faire la cour?... ANDRÉ. Ah !... (Après un mouvement.) Mais libre à vous!... (Il remonte vers la gauche.) PAILLEBET *. Messieurs, décidément André est un grand homme... je propose d'enterrer sa vie de garçon au Café Anglais. J'offre à dîner... (Gautrot passe près d'Oscar.) ANDRÉ **, ôlant sa jaquette et passant une redingote. C'est celai... au Champagne! TOUS. Au Champagne! PAILl.ERET. fites-vous des nôtres, monsieur Taupier? TAUPIER. Impossible! (a part.) Je vais faire la chasse à l'habit noir. PAII.LERET. Au Café Anglais ! GAUTIiOT. En route, messieurs!... (Les jeunes gens sortent gaiement par le fond. — Au moment où André est sur le seuil de la porte, la musique s'arrête à l'orchestre, et l'on entend les sons du piano de Madeleine à l'otage supérieur. Elle joue le petit air italien chanté a la scène IV. André reste immobile et écoute.) ROLAND, se le»ant **. C'est Madeleine qui est rentrée. ANDRÉ, ému. Oui. ROLAND. Madeleine qui pense à toi et qui se croit aimée... Allons, un vrai mouvement... (lu. tendant la lettre.) Tiens, reprends ça!... LES JEUNES GENS, dans l'escalier et reparaissant à la porto. Hé!... André, André!... viens-tu? * André, Taupier, Gautrot, Pailleret, Roland, Oscar. ** André, Taupier, Pailleret, Roland, Gautrot, Oscar. *"* Roland, André. « ACTE DEUXIÈME Un salon très-riche chez Bourdet, donnant dans un autre salon préparé pour un bal. — Lustre, girandoles et candélabres allumés. — Portes latérales. — Dans le pan coupé de gauche une cheminée ; dans celui de droite une console. — A gauche, un guéridon, près duquel est un canapé. — Fauteuils. SCÈNE PREMIÈRE BOURDET, P ui, VALENTIN. BOURDET, entrant par le fond & gauche, et parlant a la cantonade. Allumez les bougies du salon I Préparez les tables de jeu!... (Descendant la scène.) Ail! quel CaSSC-lÛlC qu'llll bal ! (Tirant §a montre.) 8 heures 3li!... On ne tardera pas à arriver... (Appelant.) Valen- tin! (a lui-même.) Pourvu que rien ne manque... il faut que je m'assure... (Appelant plus fort.) Val... VALENTIN*, entrant tranquillement par le fond, à droite. Monsieur a appelé V BOURDET. Ah! vous voici. Eh bien, tout est-il prêt? VALENTIN. Oui, monsieur. BOURDET. Les potages, les glaces? VALENTIN. Monsieur peut se reposer sur moi. Quand on a servi chez les grands seigneurs... BOURDET. Ahl vous avez servi chez les grands seigneurs? VALENTIN. Depuis mon enfance. A huit ans, j'étais groom chez le marquis de Listenac.., le marquis de l.istcnac, qui descend des Hautecourt par les femmes. Un Lislenac, René de Listenac, * Bourdet, Valentin. ACTE DEUXIÈME. Il avait suivi à la bataille d'Ivry Ilcnriot do Béarn. Lfi Béarnais, devenu roi, voulut signer au contrat.de Kené de Eistenac avec Marguerite de Hautecourt. On raconte même que ce monarque s'écria : « Ventre-saint-gris, nies deux lions, quels lionceaux me dotmerez-vous? » Jolie famille, monsieur, jolie familleI BOimDET, 1 pari. Il est très-instruit 1 (h»ui.) Dites-moi, croyez-vous que mon bal sera bien? VALENTIN. Pas mal! C'est le dernier de la saison... car nous sommes au printemps. Ça me rappelle qu'aux dernières courses, quand j'étais chez le duc de Puycerda, un Portugais... il engagea deux chevaux, Jeunesse et Mélusine. Mélusine se déroba au second tour. BOUM ET. C'est bien. Allez voir si les candélabres sont allumés. VALENTIN, remonlant. Oui, monsieur, (s'trduai t ii porte.) Jeunesse arriva première et gagna le prix. Ohl les Puycerda! ..jolie famille, monsieur, jolie famille! (Il sort par le fond 1 droite.) DOUHDET. Il est trés-instruit. SCÈNE II ROL PiDET, CECILE, entrant par la droite en robe île bal. BOUIIDET. Ah! c'est toi, Cécile ! CÉCILE. Mon cousin n'est pas arrivé? BOlinDET. Cela n'a rien d'étonnant 1 II est encore de bonne heure, (li regardant.) Es-tu assez belle! CÉCILE. Ah! mon pére, ne dites pas cela! Je suis fagottéc... B0UB.DET, je récriant. Fagottéc ! CÉCILE. Les couturières n'en font jamais qu'à leur tète! J'avais re- 38 LES POSEURS. commandé à la mienne de mettre dix-neuf volants à ina jupe... BOUBDET. Vraiment! Tant que ça? CÉCILE. Sans doute! Toutes les femmes qui savent s'habiller ne portent pas moins de dix-neuf volants. Je suis furieuse... J'ai l'air d'une pensionnaire. BOUBDET. Eh bien! mais... il me semble... CÉCILE, J'ai dix-sept ans. BOUBDET. Seize I CÉCILE. Je vais sur les dix-sept... A cet âge-là, on est une personne raisonnable, une personne... sérieuse. BOUBDET. . lieu!... beu! c'est-à-dire... CÉCILE. Pardonnez-moi, mon père, très •sérieuse. D'abord, moi, j'ai pour principe... VAI.ENTIN, annonçant au fond. Madame de Surgis. (Il disparaît après l'entrée de madame de Surgis.) BOUBDET, s'empressant. Ah ! Madame de Surgis!... CÉCILE, Ma marraine !... SCÈNE 111 Les Même?, MADAME DE SURGIS. MADAME DE SUItGIS *, entrant par le fond à droite. Bonsoir, Bourdet; bonsoir, chère petite... (Elle embrasse Cécile.) * Bourdet, madame do Surgis, Cécile. ACTE DEUXIÈME. i!l CÉCILE. Qu'il est aimable à vous d'être venue de bonne heure ! BOURDET. Vous vous Ctes toujours bien portée, madame? MADAME DE SCRGIS. Pas mal! merci... à la migraine près... Je suis si nerveuse.... Vous permettez que je me débarrasse? (Elle relire son burnous.) BOURDET. Gomment donc! (Il lui prend son burnous et le met sur le dos du canapé.) CÉCILE, monlranl un obj«l enveloppé que tient madame de Surgi». Qu'est-ce que cela? MADAME DE SURGIS. Oh! rien; une bagatelle que je destine à Juliette, ma fille. Je dois, demain matin, aller la voir à son couvent... Et, tout à l'heure, en passant devant Tcmpier, j'ai fait arrêter ma voiture et je me suis fait apporter un jouet pour cette chère enfant. (Elle déveluppo le paquet.) CÉCILE. Comment! une poupée? BOURDET, la prenant. Fort jolie, ma foi!... On perfectionne aujourd'hui la main- d'œuvre à un point... (Il va poser la poupéo sur le guéridon.) CÉCILE. Juliette joue encore à la poupée? BOURDET. A douze ans? MADAME DE SURGIS. Douze ansl mais non... elle n'en a que huit. BOURDET. Ah pardon! je croyais... (u »°ur>t; a pwt.) Ah! oui !... MADAME DE Sl'RGIS, »oupirant. Mon Dieu, oui, j'ai déjà une grande fille de huit ans... Je me suis mariée si jeune!... si jeune! BOURDET. Ça s'explique. 40 LES POSEURS. CÉCILE. Oh! moi! je n'ai jamais aimé les poupées, n'est-ce pas, papa? BOURDET. C'est vrai, tu as toujours préféré,., les ménages. CÉCILE. J'ai pour principe qu'une jeune fille doit étudier de lionne heure le côté sérieux de la vie. (Bourdet remonte dans le second salon.) MADAME DE SURGIS, prenant la main de Cécile. Eh bien! ma chère Cécile, tu dois être satisfaite... C'est ce soir qu'on signe ton contrat. (Elle va s'asseoir sur le canapé avec Cécile.) CÉCILE *. Dame, à mon âge, il est temps, je crois. MADAME DE SURGIS. Moi, depuis mon veuvage, on me tourmente pour me remarier... mais j'hésile... le choix d'un mari est si difficile! Hien ne presse, d'ailleurs... J'ai le temps d'attendre... Est-ce que ton prétendu n'est pas ici ? (Bourdet redescend.) CÉCILE. Pas encore! c'est même montrer assez peu d'empressement. Oh! les jeunes gens d'aujourd'hui sont étonnants! • BOURDET, redescendant. En effet, et je commence à m'élonner... ANDRE, en dehors. Au petit salon, très-bien! BOURDET. Ah! c'est lui! CÉCILE. C'est heureux I SCÈNE IV Les Mêmes, ANDRÉ, puis VALENT IN, et mmmbmm* GAUTROT, OSCAR DE LA FAYOLLE, PAILLERET et enfin TAUPIEit. BOURDET **, à André qui entre par le fond, à droite. Eh! arrive donc!... tu te fais bien désirer! * Madame de Surgis, Cécile, Bourdet. " Madame de Surgis, Cécile, André, Bourdet. ACTE DEUXIÈME. 41 MADAME DE SUHGIS. On vous attendait avec impatience. ANDRÉ, saluant. Madame ! CÉCILE, d'un ton de reproche. Enfin vous voilà, mon cousin ! ANDRÉ. Pardon, chère Cécile! Pardon, mon oncle... mais il m'a été impossible d'être libre plus tôt... Quelques amis se sont emparés de moi... BOURDET. Ces jeunes gens que j'ai vus à ton atelier?... ANDRÉ. A table, naturellement, nous avons causé de mon mariage.. BOURDET. De ton bonheur!... ANDRÉ. De mon bonheur... oui... c'est ce que je voulais dire... et malgré moi, je me suis un peu oublié. BOURDET. Je comprends ! MADAME DE SURGIS, a Cécile. Ah! s'il parlait de toi, c'est une excuse... •BOURDET. Ah çà! et ces messieurs? tu ne les as pas amenés? ANDRÉ, remontant. Si fait, mon oncle, ils me suivent... CÉCILE. Quels messieurs? BOURDET *, allant à Cécile. Des amis de ton cousin que j'ai invités. Nous manquions de danseurs. ANDRÉ, regardant au fond, \ droite. lit tenez... justement... VALENTIN, .enant du Tond, I droite, et annonçant. M. Gautrot. — M. Pailleret. BOURDET. Ah! V * Madame de Surgis, Cécile, liourdet, André. LES POSEURS. VALENTIN, de mime. . M. Oscar de la Fayolle. (II disparaît après l'entrée des jeunes gens.) BOURDET, I Cécile. Celui-là, tu le connais. CÉCILE, bas. Oui, ce jeune homme qui vous a demandé ma main... BOURDET, bas. Que je lui ai refuSIÎe. (Aux jeunes gens qui entrent par le fond, à droite, et qui s'approchent en saluant.) Enchanté devousvoir, messieurs. (Madame de Surgis et Cécile se lèvent.) PAILLERET *, le lorgnon sur l'œil. Comment I mais c'est nous qui sommes trùs-heureux... GAUTROT. Très-flattés que vous ayiez bien voulu nous admettre à... BOURDET, modestement. Oh! une petite fête de famille! Un bal bourgeois ! Vous le savez, je ne suis qu'un marchand... Mais, pardon 1 j'oublie de... (Présentant Cécile.) Ma fille, messieurs !... LES TROIS JEUNES GENS **, saluant. Mademoiselle... CÉCILE. Je suis charmée, messieurs, que vous ayez accepté l'invitation de mon pùre. PAILLERET , saluant. Trop bonne en vérité. (Allant à André, bas.) Mon compliment, cher! OSCAR ***, bai à Gaulrot. Mariage de convenance ! je suis sûr qu'au fond elle me regrette. BOURDET, aui jeunes gens. Madame de Surgis, sa marraine! (im jeunes gens saluent.) veuve d'un officier supérieur. GAUTROT ****, s'approcliant. Le colonel de Surgis! J'ai failli avoir une rencontre avec lui. * Madame de Surgis, Cécile, André, Bourdet, Cantrot, Paillent, Oscar. ** Madame de Surgis, Cécile, Buurdet, André, Gautrot, Paillent, Oscar. *** Madame do Surgis, Cécile, Bourdet, André, Faillerct, Gautrot, Oscar. *'** Madame de Surgis, Cécilo, Bourdet, André, Gautrot, Paillent, Oscar. ACTE DEUXIÈME. 'i3 TOUS. Un duel!... MADAME DE SURGIS. Avec mon mari ! vous, monsieur? - GAUTROT. Heureusement, madame, l'affaire s'est arrangée. (Gautrot passe près des dames derrière lo canapé. — Madame de Surgis et Cécilo se rasseyent.) PAILI.EBET*. Un brave militaire!... On parlait précisément de lui, il y a quelques jours, chez le ministre. ANDRÉ. Tu es reçu chez le ministre? PAII.l.ERET. Je n'ai pas manqué un seul de ses mercredis... il m'en voudrait à la mort. BOURDET, \ pari. Peste! mon neveu a de belles connaissances! VAI.ENT1N, annonçant du tond, à droite. M. Marius Taupier ! (II sort après l'entrée de Taopicr.) BOURDET, aut damei. Ah! encore un ami d'André. (Allant n fcml do Taupier qui entre par i« tond à droiic.) Lnchanté de... (Il retourne près de Cécile.) TAUPIER , en babil noir entièrement boutonné, rheteux aussi lonji qu'au premier acte. Monsieur cl mesdames, je vous salue, (serrant ta main d'Antre.) Bonsoir, toi. CÉCILE, surprise I la vue de Taupier. Ah ! mon Dieu ! MADAME DE SURGIS, de même clbai. Qu'est-ce que c'est que ce monsieur-là? BOURDET, bas. Un sculpteur, un grand sculpteur! il a le cheveu du génie! MADAME DE SURGIS, bas. list-ce qu'il vient du Brésil? BOURDET, no comprenant pal. Du Brésil?... Je ne sais pas... * Madame de Surgis, Cécile, Gautrot, Bourdct, Anùré, Faillerct, Oscar. M Madame de Surgis, Cécile, Bourdct, Gautrot, au deuxième plan; Taupier. André, PailleM, Oscar. 44 LES POSEURS. ANDRÉ, présentant Taupicr. Mon ami Taupicr, un des plus chauds défenseurs de L'art! TAUPIER. Oh! l'art!... ne parlons pas de ça! L'art est mort. MADAME DE SURGIS. Comment! TAUPIER *, passant prés de Bourdet. Je le disais absolument, ce malin encore : on ne fait plus que du métier ! Du modelé, des bonshommes de chic!... l'as d'œuvres magistrales!... pas de si y le... rien d'un peu carré, de rudement senti... qui ait un côté.".. Comme Michel-Ange, on n'entre pas dans la peau du bonhomme. L'art est mort, quoi! l'art est mort ! (Il passe la main dans ses chevcui et va s'accouder sur la cheminée. — Gautrot va près de lui.) CÉCILE, bas. Singulier langage! MADAME DE SURGIS, lias. On n'y comprend rien. BOURDET, de mené. C'est un garçon de talent. Voyez ses cheveux!... VALENTIN **, revenant par le fond à droite et s'appruchant de Bourdet. Monsieur!... BOURDET. Quoi? (André et Oscar 8'asseycnt il droite.) VALENTIN ***. Je venais prévenir monsieur qu'il y a plusieurs personnes au salon. BOURDET. Ah! Eh bien! pourquoi ne danse-t-on pas? Est-ce que les musiciens ne sont pas là? * VALENTIN. Pardon! mais l'accompagnateur, le pianiste, n'est pas arrivé. * Madame de Surgis, Cécile, Bourdet, Taupier, Gaulrnt, André, Faillcrot, Oscar. ** Taupier, Gautrot, à la cheminée; madame de Surgis, Cécile, Bourdet,Valcn- tin, André, l'aillerct, Oscar. *'* Taupier, Gautrot, madame de Surgis, Cécile, Bourdet. Valentin, l'aillerct, André, Oscar. ACTE DEUXIÈME. 45 BOUBDET, avec agitation. ( Comment! M. Giraud? A neuf heures passées!... Lt il n a rien fait dire? VALENTIN. Non, monsieur. Ça me rappelle que quand j étais chez le comte de I.ivry... bocrdet, riifrnf ««!■ C'est bien! c'est bien 1 il faut envoyer... On ne peut pas danser sans piano... Offrez du punch à ces messieurs. (Valentin sort par le fond à droite ) OSCAB *, bas à André. Dites donc, ça tient toujours? ANDRÉ. Quoi? OSCAB, t>»«. Nos conventions au sujet de Mail... ANDRÉ, ba>, l'interrompant avec impatience cl »e levant. Eh oui! taisez-vous doncl (Il passe près de Cécile. — Oscar se \bte.) CÉCILE **. A quoi pensez-vous donc, mon cousin? vous paraissez préoccupé! BOIHIDET. C'est vrai! tu semblés tout... ANDBÉ. Moi! nullement! je suis trés-gai, très-heureux... BOL'RDET. Passons au salon... André, donne la main à ta cousine, (a madame de Surgi» en lui présentant le bras.1 Madame... (a part ) "aS de pianiste!... Comme c'est contrariant! (Il sort par le fond à gauche avec madame de Surgis. - Andr6 les suit, en donnant la main à Cécile. - Valentin rentre par le fond à droite avec un plateau. — Taupier et G-autrot quittent la cheminée.) * Taupier, Gautrot, madame de Surgis, Cécile, Bourdet, Pailleret, André, Oscar. " Taupier, Gautrot, madame do Surgis Cécile, André, Taillerct, Oscar. 3. 46 LES POSEURS. SCÈNE V GAUTROT, TAUPIER, VALENTIN, PAILLERET, OSCAR. OSCAR. Allons, messieurs, un verre de punch. LES AUTRES. Volontiers ! (Ils prennent des verres sur le plateau.) GAUTROT. Il paraît que décidément André épouse... PAILLERET. C'est un garçon positif. TAUTIER. Un homme fort! Il est dans le vrai! GAUTROT. Un beau mariage qu'il fait là... PAILLERET, 1 Oscar. Et qu'il vous souffle, diles-donc, Oscar! OSCAR. Oh! moi, ça m'est égal... Je ne suis pas embarrassé pour... Ce punch est excellent! TAUPIER, prenant un autre verre. Pas mauvais! mais franchement j'aimerais mieux un bock, PAILLERET. Un bock! ah! fi donc! (Ils boivent.) VALENTIN, à part. Comme ils avalent, ces bourgeois! PAILLERET. Ma foi, très-cher, je ne regrette pas ma soirée. GAUTROT. Ni moi. (Ils remettent leurs verres sur le plateau.) TAUPIER , prenant un troisième verre. Moi, je n'aime pas le monde, je n'y vais pas. GAUTROT, s'assejant sur le canapé. Pourquoi? (l'aillerot va s'asseoir à droite. 1 * Gautrot, Taupier, Valentin, Oscar, Paillerct. ACTE DEUXIÈME. M TAUPIER. Parce qu'il faudrait avoir un habit noir. PAIM.ERET, étonne. Pourquoi n'avez-vous pas d'habit noir? tautier. Parce qu'il faudrait aller dans le monde, (n avale ie punch d'un seul trait et remet son verre sur le plateau. A Valent!» : ) TiCnS, nlOn VieUX 1 VALENT!N, étonné, à part. Mon vieux ! (Arec mépris) Cet homme sent la pipe. (11 sort par la droite.) GAUTItOT *, se levant et passant près d'Oscar. Ah ça ! si nous allions rejoindre la compagnie? OSCAR. Oui! il doit y avoir des conquêtes à faire... J'ai déjà vu des •îpaulcssplendides... Venez-vous,messieurs?viens-tu, Pailleret? PAILLERET, se levant. Un moment! Je viens de maculer mes gants avec ce diable de punch. 11 faut d'abord que j'en change. GAI'TROT. Ahl quel dandysme ! TAUPIER. Changer de gants! quel luxe 1 OSCAR. C'est Georges Brummel en personne! (Ils sortent on riant par lo fond à gauche.) SCÈNE VI PAILLERET, pu ROLAND. PAILLERET, après avoir regardé autour de lui, allant s'asseoir sur le campé. Seul! vite! ma gomme!... (Il tire un morceau de gomme élastique de sa poche et se met à frotter ses gants.) ROLAND **, entrant par le fond à droite cl à part. Déjà foule la dedans! Impossible de... (Apercevant raiiierei.) Pailleret! (Il s'arrête.) * Taupier, Gautrot, Oscar, Failleret. " Taillerct, Roland. 4S LES POSEURS. PAILI.ERET, à pari. Des gants que je n'ai pourtant mis que deux fois... Je les croyais plus frais. ROLAND, à put Que diable fait-il donc! (il «'approche sur U pointe des pieds el pousse loul à coup un éclat de rire.) Ail! ail! ail! PAILLERET, décontenancé, se levant. Hein ? Roland ! ROLAND. Pince! mon cher, pincé! PA1LLERET, fourrant la gomme élastique dans sa poche. Moi! comment! mais... ROLAND. Ah ! ah ! l'homme aux trois paires de gants! PAILLER ET. Oui, j'avais oublié d'en prendre en sortant, et ma foi... je... ROLAND. Bien, bien! je connais la recette. Je l'ai pratiquée quelquefois... dans les' moments de crise financière... Les œuvres de Jouvin, revues et corrigées... PAILLERET. Oh ! mon Dieu! c'est la première fois que... Mais pardon, on m'attend pour une valse. ROLAND. Va, va, ne te gène pas. PAILLERET. Au revoir, cher, au revoir! (a part.) Que le diable l'emporte! (Il sort par le fond à gauche.) ROLAND, seul, le regardant sortir, puis l'Matyinl a droite. Le poseur à l'élégance!... Et André? Encore un poseur!... mais sa pose à celui-là est moins innocente... Sera-t-il assez vaniteux, assez fou pour sacrifier ce'.lc pauvre Madeleine?... (Se levant, remontant et regardant au fond h gauche.) Le Voilà dailS Un COifl flU salon, auprès de sa cousine, une petite mijaurée qui ne vaut certes pas la centième partie de... Ah! les hommes! grands enfants qui brisent leurs joujoux... quille à les pleurer après... ACTE DEUXIEME. 49 SCÈNE VII ROLAND, MADELEINE, entrant par ta rond à droite avec VALENTIN. VALENT1N *, à Madeleine. Restez ici un moment, mademoiselle, je vais prévenir mon maître du motif qui vous amené... MADELEINE, qui porle des cahiers de musique. C'est bien, merci, j'attendrai. ROLAND **. l'apercevant et tres-surpris. Madeleine ! MADELEINE. M. Roland! VALENTIN, H retournant, el à part. Tiens! il connaît la pianiste... Qu'est-ce que c'est que tous ces gens-là, mon Dieu ! (Il 8orl par la gauche.) MADELEINE, à Roland. Comment, vous ici, à ce bal ? ROLAND. Oui, je suis invité... Mais vous, vous, qui vous amène dans cette maison? MADELEINE. Oh, moi! c'est un hasard. ROLAND. Un hasard! comment ça? MADELEINE. H y a une heure, j'étais bien tranquillement à étudier dans ma petite chambre et ne pensant guèreà passer la nuit dans un bal,lorsqu'on est venu metrouver de la part de M.Ciraud... vous savez, mon ancien maître de piano... aOLAND. Oui, un brave garçon, un (aient!... Eh bien? MADELEINE. Eh bien, il se trouvait subitement indisposé et clans l'impossibilité de se rendre a une soirée où il était attendu. Alors, il avait pensé à moi pour le... * Valentin, Madeleine, Roland. ** Madeleine, Roland. 50 LES POSEURS. # ROLAND. Le remplacer ? HADELKINE. Sans doute ! au piano! ma foi j'ai accepté... J'ai pris l'adresse qu'on m'apportait et me voilai (âiiiii.) Je viens faire danser. ROLAND, sluprfait. Taire danser!... (a part.) Elle va faire danser son... MADELEINE. Ecoulez donc! pour moi, modeste professeur à cinquante sous le cachet, quarante francs à gagner en jouant quelques contredanses, c'est une bonne aubaine. ROLAND, I pin. Pauvre fille !... Et elle a passé la nuit dernière à copier de la musique ! MADELEINE. Voilà le 8 qui approche... ROLAND. Le 8 avril ! échéance fatale ! MADELEINE, «ouriaot. (Jue je ne voyais pas, je vous l'avoue, arriver sans frayeur t... Celte somme m'aidera à payer mon terme. ROLAND. Comment, est-ce qu'André?... MADELEINE. André?... ROLAND. Il est riche, il gagne de l'argent. MADELEINE. Ah! mon ami, vous me connaissez mal! Vous savez bien que j'ai un grand défaut : je suis fiere. ROLAND. Comme une Romaine ! MADELEINE. Si le travail est une grande chose, c'est qu'il donne l'indépendance. Quand je tends la main à André, ce n'est que pour serrer la sienne! La fatigue peut quelquefois pâlir mon visage et André me trouver moins jolie; mais je suis libre comme lui... et. quand je lui dis : « Je vous aime ! » il ira pas le droit de douter de mon amour. ACTE DEUXIÈME. 51 % ROLAND, M tendant U main ISicn, ma fille, très-bien! Oh! ces Italiennes, quels cœurs d'Orl (Madeleine remonte el regarde l'appartement.) Ce n'est pas COnUllC mademoiselle Loulou, qui nie demandait sans cesse des bottines. (a part.) lit André renoncerait à un pareil trésor! Que faire? Elle ne peut rester. Un mot, la présence d'André suffisent pour tout lui apprendre... (En disant cela il a passé il gauche.) MADELEINE *, redescendant a droite. Mais qu'avez-vous donc? vous paraissez contrarié. ROLAND. * Contrarié! Eh bien, oui !... Contrarié de vous voir ici. MADELEINE. Moi? et pourquoi donc? ROLAND. Pourquoi? pourquoi? (a pan.) Je ne sais que lui dire! (tiaut.) Vous Fatiguer! Veiller jusqu'à trois ou quatre heures du malin quand déjà vous avez passé la nuit dernière! MADELEINE. Tiens! vous savez ça? ROLAND. 'Certainement, je le sais, j'ai vu chez vous de la lumière. Ça n'est pas raisonnable. Vous vous tuerez... vous tomberez malade. MADELEINE. Malade!... Allons donc! je suis forte ! ROLAND. Ça n'est pas une raison! Moi aussi, je suis fort... je suis très-fort, mais j'ai besoin de dormir. Et d'ailleurs, André, que pensera-t-il en apprenant votre absence ? ' MADELEINE. Oh! ne craignez rien!... J'ai laissé un mot pour lui chez le concierge. ROLAND. M. Caboulot ! belle caution ! Ah ! je connais sa manière de remettre les lettresl MADELEINE. ■ai* enfin.,. * Rolan.l. Madeleine. Si LES POSEURS. ROLAND. Enfin, enfin... il faut vous en aller. MADELEINE. M'en aller! quand je viens de faire avertir... ROLAND. Oui, puisqu'il faut vous l'avouer, sachez donc que cette maison... MADELEINE. Eh bien! cette maison?... ROLAND, à pari. Bah ! calomnions le cotonnier ! (mut.) Celte maison n'est pas- convenable. MADELEINE. Comment 1 mais on m'avait dit... ROLAND. Vous êtes chez un vieux garçon, un viveur... qui ne reçoit que des femmes légères... des jeunes premières de l'Hippodrome... des femmes qui passent à travers des tuyaux de pipe... hop là, hop! MADELEINE. Ah ! mon Dieu! ROLAND. On dansera des cotillons dédiés à l'indépendance. A deux heures on vous demandera le quadrille d'Orphée aux enfers... (chantanl le molif de la bacchanale.) Pan, pan, pan, pan, US ! MADELEINE. Que dites-vous? ROLAND. Les dames feront le cavalier seul, comme les Arabes du Cirque-Olympique... Voilà où vous êtes, mademoiselle, voilà où vous êtes... MADELEINE. Ohl mais alors, je m'en vais, je m'en vais! (Elle remonte.) ROLAND. C'est ça, partez! (a pari.) Sauvé! ACTE DEUXIÈME. 53 SCÈNE VIII Les Mêmes, BOURDET. BOURDET *, cnlront par le fond, à gauche, cl courant a Madeleine qui s'apprête à sortir. Ah! mademoiselle, vous voilà! ROLAND, -à part. BagneI BOURDET. Mon domestique m'a tout appris... vous venez pour remplacer M. Giraud. MADELEINE, hcjitant. Monsieur! (a part.) 11 a l'air Ires-respectable. BOURDET. Avcz-vous apporté des quadrilles, des polkas? MADELEINE, embarrassée. Sans doute... j'avais pris de la musique, mais... BOURDET. Parfait!... (AperMTant Roland et lui donnant la main.) Alt!... bOIljoUl', Roland, (a Madeleine.) Votre arrivée me tire d'un cruel embarras... Car c'est un grand jour pour moi... ROLAND, I part. Hagne! Hagne! BOURDET. Nous signons ce soir le contrat de ma fille. (Il remonte.) MADELEINE, étonnée. De sa fille? ROLAND, à part. Patatras ! MADELEINE, à pari. Un contrat! un mariage! (Allant * Roland, bas.) Que me disiez- vous donc? ROLAND **, à part. Je suis pris ! * Holand, Bourdet, Madeleine. '* Roland, Madeleine, Bourdet. 54 LES POSEURS. BOURDET, redescendant. Venez, mademoiselle, venez vile... On attend avec impatience le signal pour danser... MADELEINE. Oui, monsieur, oui, je vous suis... (a pari.) Mais que me disait donc Roland ?... ROURDET, enirainant Madeleine. Venez... venez donc!... (Il sort avec elle par le fond à gauche. SCÈNE IX ROLAND, pou CÉCILE. ROLAND , seul. Saperlotte ! que va-t-il arriver?... La vérité va se découvrir... Et alors, quel chagrin pour la pauvre fille 1... Quelqu'un !... (Voyant Cécile qui entre par k fond à fauche.) C'est la future 1 la fée Pim- béchc ! CÉCILE *, parlant à un jeune homme qui est censé l'inviter. Non, non, merci, je ne danse pas. (T e jeune homme s'éloigne par le fond ù gauche. Cécile entre. — On entend une musique de quadrille.) ROLAND **. Ah ! vous ne dansez pas, mademoiselle?... CÉCILE, hésitant. Monsieur... monsieur Roland, je crois?... Pardon, je ne vous reconnaissais pas d'abord .. Vous êtes si engraissé 1 (Elle va à la cheminée et arrange sa coiffure devant la glace.) ROLAND, reié. Ah! (a part.) Celte pelile m'est antipathique. CECILE, d'un ton pédant. Tous ces jeunes gens, avec leurs invitations', sont insupportables, (.a danse m'a toujours semblé une distraction puérile... presque ridicule ! C'est lion pour les enfants. ROLAND. Alors, qu'csl-ce que vous failcs donc au bal ? * Un jeune homme, Cécile, Roland. ** Cécile, Itoland. ACTE DEUXIÈME. 55 CÉCILE, redescendant et allant s'asseoir sur le canapé. Moi? niais ce que fait toute personne sensée... Je cause, je regarde, j'observe... Mais danser, c'est insipide, n'est-ce pas votre avis ? ROLAND, à part. Comme l'a dit un philosophe, il n'y a pas de petites filles. Les petites filles sont des femmes moins grandes que les autres. CÉCILE. En ce moment, surtout, à la veille de me marier... ROLAND. Vous marier! Ah ! oui, vous vous mariez ! CÉCILE, tris-înaniérde. Que de graves réflexions à faire!... D'abord, je veux un coupe' 1 ... Oh! j'y tiens... Presque toutes mes amies en ont... avec deux chevaux pour la voiture, et un autre pour la promenade... c'est de rigueur!... Ensuite, un bel appartement sur les boulevards... pas trop haut... dans le prix de (i ou 8,000 fr... On ne peut pas se loger à moins... il faut évidemment recevoir... bien que j'aie cela en haine... Mais on est du inonde, n'est-il pas vrai? on ne s'appartient pas. Quelle fatigue 1... ajoutez à cela les Italiens, l Opéra... des dîners qu'il faut rendre... Oh! c'est odieux, c'est odieux! (Elle se lève et passe à droite. 1 ROLAND*, qui s'est approché du guéridon, prenant la poupée. C'est à vous, cette poupée-là ? CÉCILE. A moi! par exemple! vous voulez plaisanter, je suppose? ROLAND. C'est juste !... Je plaisantais! vous êtes une personne raisonnable, vous? CÉCILE. Oui, monsieur, je le crois. ROLAND. Vous ne jouez plus à la poupée, vous? cÊcii.r.. Non, monsieur, non cerlaincment. ROLAND. Eh bien, moi, j'y joue, mademoiselle. * Roland, Cécile. 5C LES POSEURS. CÉCILE. Vous? ROLAND, s'asseyanl sur le canapé et parlant l la poupée qu'il tient sur les genoux. Qu'est-ce que c'est, mademoiselle? des cachemires, des diamants, des robes à falbalas ?... Vous êtes folle apparemment ! CÉCILE. Monsieur ! ROLAND. Je parle à la poupée, mademoiselle, (a h poupée.) Hein? qu'est-ce que vous dites? que vous voulez vous marier? Vous marier!... pour faire la grande dame, n'est-ce pas? CÉCILE. Mais, monsieur... ROLAND. Pardon, mademoiselle, je parle toujours à la poupée. (cfeUe «'assied à droite. — a la poupée.) Savez-vous seulement quels devoirs le mariage impose ? Êtes-vous capable d'assurer le bonheur d'un époux ?... Voyons, répondez ! Non, vous vous taisez ! vous \oilà toute confuse... vous ne songez-qu'à briller !... 11 \ous faut des loyers de 8,000 francs!... 3,000, mademoiselle... 3,000 !.. Qu'est-ce que c'est?... on fait la grimace?... retournez en pension, mademoiselle... (se levant.) En pension, petite fille !... et plus vite que ça !... (Il remet la poupée sur le guéridon.) CÉCILE, suffoquant do colère et se levant. Monsieur, si c'est pour moi que vous parliez, si c'est une leçon que vous prétendiez me donner... ROLAND. Ne vous en donnait-on pas encore hier... au couvent? (Avec douceur à Cécile, qui mord son mouchoir pour ne pas pleurer. ) Je VOUS ai fait de lit peine, mon enfant, pardonnez-moi ! Mais pourquoi vous vieillir ainsi ? Soyez jeune, rieuse, un peu folle, même. Soyez de votre Age enfin. Hélas! on n'a seize ans que pendant une année ! On arrive si vite à vingt-huit. 11 est vrai que lorsqu'on a vingt-huit ans, on reste dessus jusqu'à quarante! CÉCILE. Oh! je vois bien que mon mariage n'esl pas de votre goût!., niais il se fera, monsieur, je vous en préviens... Oui, il se fera! je me marierai, quand ce ne serait que pour vous contrarier. ACTE DEUXIÈME. 57 SCÈNE X l.ES MÊMES, ANDRE, entrant parla gruche, très-agité, puis OSCAR. ANDRÉ *, à Boland. Ahl mon ami! c'est toi? ROLAND. André ! CÉCILE. Qu'y a-t-il, mon cousin? cette agitation... ANDRÉ. Ce n'est rien... quelques mots seulement à dire à Roland. ROLAND. A moi? CÉCILE **, remontant. Des secrets?... je me retire. (On entend la musique de bal jouer une valse.) OSCAR ***, accourant par le fond, à gauche. Mademoiselle, vous m'avez promis cette valse, et je viens... CÉCILE, minaudant. Valser! oh! monsieur de la Fayolle, rendez-moi ma promesse... Faites danser les jeunes filles! OSCAR. Jamais, mademoiselle; j'exige ma valse, (a pan.) Au fond, elle m'adore. CÉCILE. Allons, puisqu'il le faut absolument, valsons! (a p»n, nant de sortir.) Ce monsieur Roland! c'est tres-inconvenant ce qu'il a dit là !... nie prendre pour une petite tille! (Elle abandonne sa main à Oscar et sort avec lui par le fond à gauche.) SCÈNE XI ROLAND, ANDRÉ, ,.ui 3 OSCAR. ROLAND. Eh bien! voyons! qu'cst-il arrivé? * Roland, André, Cécile. ** Roland, Cécile, André. *** Roland, Cécile, Oscar, André. 58 LES POSEURS. ANDRÉ, 3e rapprochant. Elle est ici ! ROLAND. Madeleine? Parbleu, je le sais bien! (Il passe à droite.) ANDRÉ *. En la voyant entrer toul-à-l'heure avec mon oncle, je me suis jeté dans une chambre voisine... où je suis resté près d'une table de wistb... ROLAND. Elle ne t'a pas vu ? ANDRÉ. Non. Mais qu'importe! Un celât est immanquable!.,. 11 est clair qu'elle vient pour rompre mon mariage. ROLAND. Eh non! la pauvre enfant n'y pense seulement pas. ANDRÉ. Comment?... ROLAND. Elle vient pour faire danser, pour gagner deux louis. ANDRÉ, avec émotion. Madeleine ! ROLAND. Elle vient, en vaillante et honnête fille qu'elle est, sacrifier son sommeil, sa santé, pendant que tu t'occupes à la trahir. ANDRÉ. Mais... elle ne sait donc pas ?... BOLAND. Elle ne sait rien encore. ANDltK. Mais cetle lettre ? ROLAND. Eh! cette lettre, je n'ai pas encore eu le courage de la lui donner. (La tirant de sa poche.) La voilà! cachetée... intacte ! lu peux encore la déchirer. ANDRÉ. Moi? (La valse continue dans la salle de bal. — Roland passe doucement son bras «ous celui d'André.) * André, Eoland. ACTE DEUXIÈME. M ROLAND, d une voii douce et émue. Dis donc, André, te rappelles-tu nos bons jours à Rome?... Et cette nuit que nous avons passée presque entière an Colys'e... au milieu des ruines... tous les trois? Madeleine nous racontait son enfance, et comme quoi on la baltait le soir quand elle rentrait, sa petite main vide... Si bien que lu t'es mis à fondre en larmes. ANDRÉ, ému malgré lui. Oui... je me souviens... Parbleu! une enfant de huit ans que l'on frappait... (Il passe a droite et s'assied.) ROLAND *, commuant son récit. Alors, elle s'est jelée à ton cou et t'a embrassé.— «Eh l ien, et moi? lui dis-je, je sanglotte aussi, est-ce qu'on ne m'embrasse pas, corpo ai Baccol» Alors elle a pris nos deux mains... chacun de nous se taisait... Madeleine était bien heureuse, car elle avait autour d'elle ces deux grandes choses qui sont la vie: l'amitié, l'amour. Elle aimait, elle était aimée, elle croyait .. Te SOUVienS-lU dC Ce SOil-là, Atldré?... (Tout en parlant, il a tiré la lettre * sa poche et la tend à André ému et chancelant.) AllollS, Utl 1)011 mOUVemeill ! Ton devoir, ton bonheur, te fixent auprès de Madeleine. (La musique cesse.) ANDRÉ, ému. Mon devoir!... mon bonheur! ROLAND. Certainement. Voyons, est-ce dit? déchirons-nous? ANDRÉ, hésitant. Mais... ROLAND. Eh bien? ANDRÉ, vivement. Tais-toi! on vient! (Il se leye.) OSCAR * , entrant brusquement par le fond à gauche, à André. Ah! cher ami, vous ne savez pas? Elle est ici I au piano! ROLAND, a part, passante gauche. Ea peste l'étouffé, celui-là! * Roland, André. ** Oscar, Itoland, André. .10 LES POSEURS. OSCAR *. Quelle adorable créature ! quels yeux! l'arole d'honneur, j'en suis fou ! ANDRÉ, avec colère. Vous!... OSCAR. Dites donc? ça tient toujours, n'est-ce pas? ANDRE**, passant au milieu. Eh! laissez-moi !.. OSCAR. Comment? de l'humeur!... Est-ce que vous ne seriez plus décidé?... Est-ce que Pailleret aurait gagné son pari? ANDRÉ. Quel pari? ROLAND, 4 pari. 11 va tout gâter! OSCAR. Eh bien! Paillcrcta parié cent louis avec Gautrot qu'au dernier moment vous reculeriez... On fait des poules au buffet... Les uns parient pour Gautrot, les autres pour Pailleret... C'est superbe!... ANDItK. Oui?... Eh bien, Pailleret a perdu! OSCAR. Vrai?... ANDRÉ. Je n'ai pas changé de résolution. OSCAR. Alors, je puis toujours faire la cour à Madeleine? ANDRÉ, froidement. Sans doute.... Que m'importe!... ROLAND. André, écoule! ANDRÉ, avec impatience. Ah ! plus un mot... Laisse-moi!... (Il sort par le fond à gauche.) ROLAND **, a part. Le fou!... Il n'en démordra pas!... * Roland, Oscar, André. ** Roland André, Oscar. Roland, Oscar. ACTE DEUXIÈME. 61 OSCAR, l part. lîravo! c'csl charmant!... Mais au milieu de tout ce monde, comment parler à la petite? Oh! une idée... quelque cl.use de LouisXV!,.. Vite!... Allons.exécuter mon projet... (Il sort par le fond à gauche.) SCÈNE XII ROLAND, puis BOURDET. ROLAND, seul, réfléchissant. Comment arriver à rompre ce mariage? Faire une nouvelle tentative prés d'André, inutile!... 11 s'entêtera par vanité, par gloriole... Mais quel moyen employer? BOURDET, en dehors. Faites circuler les plateaux, les glaces!... (Il entre par le fond a gauche.) ROLAND, à lui-même, voyant entrer Bourdet. Ah !... l'homme à la barre de fer.. Si j'essayais !.. BOURDET *, s'approchant et lui tendant la main. M. Roland! Comment, vous restez seul? Vous n'entrez pas? Je comprends; vous craignez de vous ennuyer avec des bourgeois, comme vous nous appelez... Ah dame I moi je ne suis qu'un marchand I ROLAND, l part. Nous y voilà! (tt.ut.) Oh! un marchand!... Un marchand! c'est trop de modestie ! BOURDET. Du tout! Je me rends justice, mon ami; je ne m'en fais pas accroire. ROLAND. Allons donc! un marchand comme vous est un industriel. BOURDET. Un industriel... Je le veux bien!... Va pour un industriel. ROLAND y «'échauffant. Et l'industrie, monsieur lîourdct ! Savcz-vous ce que c'est que l'industrie? * Bourdet, Roland. 4 G2 LES POSEURS. BOURDET. Dame !... c'est... c'est... ROLAND. C'est la richesse et la prospérité des peuples; c'est la gloire des Ktats ; c'est la grande artère sociale. Voilà ce que c'est !... BOURDET. Certainement! Je ne dis pas le contraire... L'industrie rend de grands services ! ROLAND. D'immenses services 1 BOURDET. Immenses, soit! ROLAND. Vous êtes un homme do mérite, monsieur lîourdet! un homme remarquable ! BOURDET, modcstcmenl. Oh! ROLAND. Remarquable, je maintiens le mot. Un homme dont sa ville natale est fiere à juste titre! BOURDET. Comment! Que dites-vous-là?... On parlerait de moi à Château-Thierry?.., ROLAND. Château-Thierry vous contemple! Château-Thierry vous admire! Château-Thierry vous vote des ovations ! BOURDET. Allons, allons ! vous vous moquez !... ROLAND. Je ne me moque pas, et la preuve, c'est qu'il est fortement question pour vous d'une récompense. BOURDET. D'une récompense?... ROLAND. D'une distinction..., d'un honneur! BOURDET, Irèi-ému. J'y suis ! on veut m'offrir un banquet ? ROLAND. Mieux que ça !... ACTE DEUXIEME. 63 B0UI1DET, avec une émotion croissante, ot regardant sa boutonnière. Mieux que ça?... La... la... croix peut-ôtre?... ROLAND. Mieux encore... BOURDET. Ah mon Dieu!... Et quoi donc? ROLAND. Y a-l-il longtemps, mons : our Bourdet, que vous files allé à Château-Thierry? BOURDET. Oui, mon ami, fort longtemps. Le mariage de ma fille... le trousseau... mille préoccupations que vous devez comprendre... ROLAND, avec aplomb. Eh hien! j'y suis allé, moi, à Château-Thierry. BOURDET. Hah ! ROLAND. Il y a trois jours... le conseil municipal m'a fait demander; il m'a parlé de vous. BOURDET. De moi? oh t il a dû vous en dire du mal. 11 y a là-dedans Ducluseau qui no m'aime pas... Poriquet non plus... parce que j'ai fait fortuné... La jalousie ! ROLAND, d'une voix forte. Ducluseau vous aime, Poriquet aussi ! Comme on se trompe ! Vous n'avez peut-être pas de plus grands amis au monde que Poriquet et Ducluseau... Ducluseau, c'est ce gaillard assez?... BOURDET. Non, tres-maigre... mon ami. ROLAND. C'est ce que je voulais dire! il n'a pas... BOURDET* n Oh! il n'a pas votre embonpoint, bien certainement. ROLAND, avec une grimace. Oh ! non ! BOURDET, riant. Non... ça lui est défendu. ROLAND, à part. Attends, attends, tu vas me fe payer. 64 LES POSEURS. BOUBDET. Ce Ducluscau... il est bonhomme, au fond... (sa ravisant.) Il n'esl pas sans mérite, allez, ce garçon-là. C'est sa femme qui lui fait du tort. BOLAND. Il vous apprécie : « Bourdet est un homme remarquable, » s'cst-il écrié !... BOUBDET. 11 n'est pas sans mérite. ROLAND. « Messieurs, Bourdet est venu à Paris... en sabots... » BOUBDET. Avec vingt sous... BOLAND. « Dans sa poche ! » BOUBDET. Dans sa poche ! BOLAND. « Et le voilà, à l'heure qu'il est, l'industriel le plus important du deuxième arrondissement! » BOURDET. Mais, dame!... ROLAND, chanseant do ion. 11 faut vous dire que Château-Thierry est bien changé! BOURDET. Ah! tiens, tiens! ROLAND. Oh! vous iriez maintenant, vous ne le reconnaîtriez plus; on a tout bouleversé!... Pour faire une place, on a démoli une quarantaine de maisons... une place publique qui est d'un nu, du rcslc... On avait pensé d'abord à y mettre un polit obélisque. BOURDET. Ah! un obélisque, c'est bien coûleux... rien que le transport déjà, c'est effrayant ! BOLAND. C'est ce que Poriquet leur a dit. BOURDET, rianl. Ah! Poriquet a pris la parole'? Oh ! j'aurais voulu être là! ACTE DEUXIÈME. 65 ROLAND. Il leur a dit : « Ne mettez donc pas d'obélisque... D'abord, avec la somme que vous avez votée, quel obélisque pouvez- vous avoir?... Un petit obélisque... un roquet d'obélisque... Eh bien, pour avoir des obélisques comme ça, autant ne pas en avoir. Pas d'obélisques. Allons, allons, il n'en faut pas. » BOURDET. C'est clair, c'était stupide ! ROLAND. Parbleu 1 (a part.) Il est lancé à fond de train! DOURDET. Du reste, j'ai toujours apprécié Poriquet... C'est le plus fort du conseil... c'est dommage qu'il s'explique difficilement... on ne sait jamais ce qu'il veut dire... Je crois même qu'il est un peu... (n je louche le tront.) Mais c'est leplus fort du conseil!... ROLAND. Il vous adore, il vous aime peut-ûlre plus que Ducluseau... C'est à lui que vous devez tout, mon cher monsieur liourdct. BOURDET, intrigue. Tout quoi? ROLAND. Prenez demain le premier express, allez le remercier, le bénir, le serrer dans vos bras.... il a entraîné les autres. BOURDET. Les autres! mais parlez donc, mon ami, qu'y a-t-il? que se passe-t-il ? ROLAND. Comment! vous ne devinez pas? BOURDET, tremblant. Non... non... j'avoue que... ROLAND. Eh bien, le conseil municipal de Château-Thierry.... BOURDET, haletant. Le conseil municipal?... ROLAND. A résolu.... BOURDET. A résolu?... ROLAND. De vous élever... t. 66 LES POSEURS. BOUBDET. De m'élevcr?... ROLAND. De vous élever... une statue! BOURDET, chancelant. Une... une statue !... ROLAND, le soutenant. Du calme! Soyez homme, monsieur Rourdet, du calme! (Dourdct tombe assis sur le canapé.) BOURDET, qui ne peut plus articuler. Une... une statue... à moi?., une statue!., il serait possible! ROLAND, à part. Ça prend. BOURDET, se calmant un peu. Non. . non, c'est trop.... Je ne souffrirai pas... (Il se lève,) ROLAND. Pourquoi donc? BOURDET. Ma modestie me fait un devoir... ROLAND. Allons donc! BOURDET. Certainement, je suis très-sensible... très-flatté! J'aurais accepté toute autre distinction... (n regarde sa boutonmcie.) Mais une statue, oh ! ROLAND. Eh bien! la même ville n'en a-t-cllepas érigé une à La Fontaine? BOURDET, atec admiration. Oh! mon ami, La Fontaine! La Fontaine était un écrivain... comme on en voit peu... permettez-moi de le dire. ROLAND. N'avez-vous pas fait une brochure? BOURDET. Oui... ma brochure... conlrc l'esclavage. ROLAND. Un écrit de premier ordre! BOURDET. Hein?... ACTE DEUXIÈME. 67 ROLAND, plus fort. Un ta it de premier ordre!... BOURDF.T, avec modestie. Oh !... (Avecconviction.) Il y a du bon, je crois... J'ai dil des choses assez forles au Canada. ROLAND. Ah! vous ne les lui avez pas mâchées. BOURDET. Non .. Ah! vous avez remarqué?... (changeant Je ton.) Mais ce n'est qu'une brochure... tandis que La Fontaine... ROLAND. lili bien, quoi? La Fontaine, qu'a-t-il fait, après tout, des fables? BOURDET. Des fables admirables! La Cigale et la fourmi... Le Renard et le corbeau... Le Lapin el la sarcelle ! ROUND. Non, pas celle-là... c'est d'un autre... Vous confondez, monsieur Bourdet. BOURDET. C'est juste 1 Je confonds avec les Deux pigeons, un immorte] chef-d'œuvre! ROLAND. Les Deux pigeonsl vous croyez? BOURDET. Oh! une grâce... ROLAND. Voyons, monsieur Bourdet, ne nous laissons pas entraîner par cet enthousiasme ponsif... Examinons un peu froidement... Remarquez que je n'en veux nullement à La Fontaine... il ne m'a jamais rien fait... seulement, examinons. BOURDET. Oui, allez... vous verrez quel homme! ROLAND. Analysons les Deux pigeons... Nous disons donc : un pigeon s'ennuie, il s'en va... Il pleut, il est mouillé! La belle affaire, quand il pleut, tout le monde est mouillé, monsieur Bourdet. BOURDET. Naturellement. — Moi, tout le premier, qui oublie toujours mon parapluie. M LES POSEUHS. ROLAND. Passe un enfant... avec sa fronde... BOURDET, déclamant. Cet âge est sans pilié. ROLAND. Le pigeon a une aile cassée. Il revient, voilà tout. Un pigeon, qu'est-ce que c'est, après tout? Un oiseau qui coûte trente sous... BOURDET. Et encore, il faut qu'il soit beau ! ROLAND. Un pigeon trente sous, deux pigeons trois francs ! BOURDET, ébranlé. C'est vrai! mais quel charme dans le style! (Déclamant) : Nos deux amis, libres, heureux, Aimèrent d'autant plus la vie, Qu'ils se la devaient tous les deux. ROLAND. Non, non, vous retombez dans le lapin, monsieur lîourdel.. Nous causons pigeons dans ce moment-ci... Si vous voulez causer lapin, je veux bien, mais... BOURDET, Tivcment. Non, je me trompais... Mais c'est égal, la poésie, c'est sublime. ROLAND. Moins que l'industrie... BOURDET, avec force. Peut-être! ROLAND. I.'industrie, celle grande artère sociale... Et un industriel comme vous, à qui l'on décernait les honneurs du marbre, pouvait arriver à tout. Vous refusez, n'en parlons plus. C'était la députation pour vous, un portefeuille peut Cire. Est-ce qu'on sait où l'on va quand on est lancé! BOURDET. Un portefeuille? ROLAND, jouant l'homme reié. Quel avenir pour votre famille!... Vous refusez ! n'en parlons plus... Ministre de l'agriculture... du commerce. Moi,là-dedans, je ne perds qu'une dizaine de mille francs, j'en avais besoin. . Ces! mal, M. Bourdct, c'est mal, je n'aurais jamais cru... ACTE DEUXIÈME. 69 BOUItDET. Comment! cette statue... ROLAND. Elle m'était commandée... Enfin, puisque... BOUItDET. Comment, vous perdriez... à cause de ma modestie... (Épanoui.) Ah! mon cher Roland... il fallait donc... (ui serrant la main.) J'accepte, mon bon ami, j'accepte. ROLAND. Ah! excellent monsieur Bourdet! (Il le serre dans ses bras.) BOURDET*, laissant éclater son orgueil et passant à droite. Et puis, après tout, pourquoi donc n'aurais-jc pas ?... M. La Fontaine a bien la sienne... Je me suis fait moi-même, et je vois au pinacle des gens qui ne me valent pas, nom d'un petit bonhomme!... Je suis fils de mes œuvres!... ROLAND. Sublime! La pose y est!... Ne bougez pas... l'attitude noble et fiîre, le regard inspiré ! BOURDET, prenant une pose. Comme ceci ? ROLAND. Parfait, la main gauche appuyée... BOURDET. Sur Une balle de COtOn... (il appuie s. main sur le bras d'un fauteuil). De l'autre, tenant... ROLAND. Vos sabots. BOURDET. Hein? ROLAND. Vos sabots! BOURDET. Oh! des sabots à la main! Non, une brochure, plutôt. ROLAND. Votre brochure contre l'esclavage. BOUUDET. Oui... et mes sabots... ROLAND. A vos pieds! 70 LES POSEURS. BOURDET. Hein?... ROLAND. A vos pieds ! BOl'RDET, rclicchijjanl. Après ça, des sabolsà une statue... ! Hum !... ce n'est guère... Et puis, cst-il bien niîcessaircdc rappeler?... ROLAND. Vous avez raison... pas de sabots! BOURDET, Pas de sabots! ROLAND. Des bottes!... BOURDET. Des bottes... vernies!... ROLAND. Des bottes vernies, c'est cela! (Regardant autour de m.) Ah! si j'avais un crayon, un bout de papier pour faire une esquisse... BOURDET, lans bouger. VOUS devriez toujours avoir ça SUr VOUS... (Montrant la gauche.) Dans mon cabinet. ROLAND. Bravo! ne bougez pas!... la pose est excellente! BOURDET. Oui... on m'a souvent dit que je posais assez bien. ROLAND, à part. Ça y est! il a mordu! (Il sort par la gauche.) SCÈNE XIII BOURDET, puis VAEENT1N. BOURDET, sans quitter la pose et raide comme un piquet. Sur le bureau vous trouverez tout ce qu'il vous faut. VALENT1N *, entrant par le fond à droite. Monsieur... (Étonné.) Tiensl qu'est-ce que vous faites donc là? monsieur! * Valentin, Courdct. ACTE DEUXIÈME. 71 IîOUIlDET. Moi ? rien... je... Ah ! tiens ! C'est toi ? Que veux-tu ? VAI.ENT1N, Spart. Il nie tutoie !... (h«ui.) Monsieur, c'est le notaire qui vient d'arriver... BOURDET. ' Le nolaire ?... VALENTIN. Sans doulel pour le contrat... BOURDET. Le contrat! le contrat! (a part, se promeannt ara agitation.) Donner ma fï 11 o à un artiste... La fille... d'une statue! .. quand je puis devenir député, ministre.Diable! diable! ceci mérite réflexion. VAI.ENTIN. Monsieur, on vous attend. BOURDET, avec impalicnre. C'est bon! j'y vais!... (a pin) Quel parti prendre? C'est fort embarrassant Enfin, jetions ma pose... c'est l'essentiel!... Pas de sabots!... des bottes vernies! (Il sort par la droite.) VALENTIN, scu!. Ce ton arrogant! ce tutoiement! Et celte posture! (n imite la pow qu'avait Bonrdat.) Il y a quelque chose, bien sûr. Ça me rappelle que quand j'élais chez la vicomtesse de Spurzeim... SCÈNE XIV OSCAR, VALENTIN, puii ROLAND, P «u CÉCILE, MADAME DE SURGIS, GAtJTROT, PAILLERET, TAUPIER, ANDRÉ, ,t TOUS LES INVITÉS. OSCAR, entrant par le fond à gauche et à part. C'est fait! J'ai employé mon moyen Louis XV. ROLAND*, revenant par la gauche. Tiens! il n'est plus là? (a wutin.) Où donc est M. Bourde17 VALENTIN. En affaires avec le notaire. (Il sort par la droite.) • Roland, Oscar, Valentin. 1-2 LES P0SEUI1S. ROLAND. I.c notaire? (Madame de Surgis, Cécile et lous les imités, entrent par le fond à gauche.) MADAME DE SURGIS, à Cécile. Tu entends?... Ic notaire. CÉCILE *. Ahl il est donc arrivé? MADAME DE SURGIS. On ne tardera pas à signer le contrat. ROLAND, a part. J'espere bien que si. MADAME DE SURGIS. Ali! cela me cause une émotion... je suis si nerveuse 1 (Elle s'assied à droite avec Cécile.) GAUTROT . bas à André qui entre par le fond à gauche avec les autres jeunes gens. Convenez que le cœur vous bat un peu. 4 ANDRÉ. A moi? nullement. PAILLERET, bas. Vous êtes paie, mon cher. ANDRÉ. Vraiment ! oh 1 c'est la chaleur sans doute. (Il s'assied sur le canapé, Tailleret s'assied a cote de lui. — Les autres l'entourent.) ROLAND , qui s'est approché d(rrière le canapé, bas à André. Aurais-tu le courage ou plutôt la faiblesse de consommer le malheur de Madeleine et le tien? ANDRÉ, à pari. < M'cxposer à leurs railleries... Non, non, c'est impossible 1 GAUTROT, bas à André. Vous ne signerez pas devant elle! LES AUTRES JEUNES GENS, bas. Non, non, vous ne signerez pas ! ANDRÉ, avec un effort. Je signerai. LES JEUNES GENS. Ab! * Roland, Oscar, madame de Surgis, Cécile. ** Taupier, Oscar, Roland, l'aillcrct, André, Gautrot, Cécile, niad. de Surgis. **• Taupier, Oscar, l'aillerct, André, Roland, Gautrot, Cécile, mad. de Surgis. ACTE DEUXIEME. 73 ROLAND, bai à André. Cependant... ANDRÉ, bas. Pas d'observations! Porte cette lettre et que Madeleine s'éloigne de cette maison. ROLAND, bas. C'est bien décidé? ANDRÉ. Oui. ROLAND. Soit donc!... (a pan.) Oh! sacrebleu ! nous verrons! (Il s'éloigne par le fond à gauche.) LES JEUNES GENS*, entourai t André. Bravo! mon cher, bravo ! OSCAR, bas. Tu es d'une belle force! TAUP1ER, de mfme. Oui, c'est campé I ANDRE, fiévreusement et se levant. Eh bien! voyons... ce contrat! ce notaire! Signons-nous? SCÈNE XV LES MÊMES, BOURDET, entrant par la droite, d'un air froid et compassé. BOURDET **, très-gourme. Pardon! on ne signera pas aujourd'hui. TOUS, avec étonnement. Comment? (Cécile et madame de Surgis se lèvent.) MADAME DE SURGIS. Et pourquoi donc? BOURDET, cherchant ses mots. Pourquoi?... pourquoi?... des considérations... d'un ordre élevé... me font une loi... non... m'obligent., non... m'engagent... et puis, ma fille est encore bien jeune. * Taupier, Oscar, Pailleret, André, Gautrot, Cécile, madame de Surgis. ** Taupier, Pailleret, Oscar, Gautrot, André, Bourdet, Cécile, madame de Surgis. 74 LES POSEURS. CÉCILE, se récriant. Moi? niais, papa.., BOURDET. Silence, Cécile! (am invités.) Elle peut attendre. CÉCILE. Attendre? MADAME DE SURGIS. C'est comme moi. ROLAND , qui vient de rcpaiaitrc et à part. La statue a fait des petits! ANDRÉ. Eh quoi, mon oncle, une rupture? BOURDET. Un ajournement, du moins... J'ai besoin de réfléchir... Plus tard, nous verrons. CÉCILE. Mais, papa, permettez... BOURDET. Silence! Tu sais que je suis une barre de fer! ROLAND, à p»rt. Ah oui! BOURDET, aux invités. Mais que cet incident n'interrompe pas plus longtemps nos plaisirs... le souper doit Cire servi... messieurs, la main aux dames!... CÉCILE. Mais, papa, je ne me marierai donc jamais?... MADAME DE SURGIS, 1 part. C'est singulier! (Bourdet prend 11 main do Cécile. — Un invité présente la sienne à madame de Surgis. — Ils sortent par le fond à gauche, suivis par la foule des invités qui s'éloigne peu à peu et finit par disparaître. — André a passé à droite. — Musique jusqu'à la fin.) SCÈNE XVI TAUPIER, OSCAR, PA1LLERET, GAUTROT, jJOLAND, ANDRÉ, puis MADELEINE. ROLAND, à part. Enfin 1 j'ai réussi ! (Oscar s'est assis sur le canapé.) * Taupier, Pailleret, Oscar, Gautrot, André, Bourdet, Cécile, madame de Surgis, Roland. ACTE DEUXIÈME. 75 OSCAR, bas à ses amis. Messieurs, je vous attends pour déjeûner demain chez moi. La belle Madeleine vous y versera le Champagne! ROLAND, s'approchanl d'Oscar et gaiement en lui frappant sur l'épaule. Bravo, mon cher!... Je m'invite! (Tous les jeunes gens entourent Oicar.) ANDRE, à part, poussant un soupir d'allégement. Ah ! j'étouffais! Je puis ôter ce masque qui me pèse... Je respire!... Je suis libre!... Courons retrouver Madeleine, et... Ifl Ta pour sortir et s'arrête vivement en voyant entrer Madeleine qui s'avance venant du fond à gauche en lisant une lettre.) Ma lettre! malheureux! il est trop lardl... (Il reste atterré. — Madeleine traverse sans le voir et sort par le fond à droite. — Le rideau baisse.) * Taupier, Oscar, Roland, Pailleret, Gautrot, à gauche; André, seul, à droite; le milieu entièretnent vide. FIN DU DEUXIÈME ACTE ' ACTE TROISIÈME Chez Oscar. Un boudoir très-coquet, très élégant et entièrement tapissé de portraits de femmes ; porte d'entrée au fond. — Portes latérales. — A gauche, une panoplie. — Fauteuils, chaises, etc. — Un cordon de sonnette à gauche. SCÈNE PREMIÈRE OSCAR, BAPTISTE. (Baptiste, en petite tenue de domestique, est en train d'épousseter les tableaux.) OSCAR, entrant par la gauche ; il est en robe de chambre. Eh bien, Baptiste, que fais-tu là? BAPTISTE. J'épouste, monsieur. oscAn. Prends garde d'abîmer mes pastels. BAPTISTE. Vos pastels? OSCAR, montrant les portraits. Souvenirs précieux, Baptiste! épaves des tempêtes de mon cœur... BAPTISTE, à part. A ce qu'il dit!... OSCAR. Des portraits de femmes du monde qui m'ont adoré. BAPTISTE, à part. U aura acheté ça dans une vente. OSCAR, se laissant aller dam un fauteuil à gauche. Oh! les femmes!... quelle fatigue!... Tiens, Baptiste, je comprends que le sultan ait congédié toutes ses demoiselles de compagnie... ACTE TROISIÈME. 77 BAPTISTE, montrant un des portrait». Monsieur, il y a comme ça la petite comtesse qui n'est pas vernie... Elle s'abîme!... OSCAR. Tu l'enverras chez Desforges... Elle mérite des égards... Ah ça ! et le déjeuner? BAPTISTE. On est en train d'ouvrir les huîtres. OSCAB. Tu te rappelles ce que je t'ai recommandé ? BAPTISTE. Au sujet de la petite dame? OSCAB, se levant. Oui. — Ne va pas faire de sottises!... Dès qu'elle se présentera en demandant la comtesse de La Fayolle, réponds avec aplomb que c'est ici. BAPTISTE. Avec aplomb? Bien, monsieur. OSCAB. Ajoute qu'elle est à sa toilette, et viens me prévenir. BAPTISTE. Oui, monsieur..... c'est convenu. Monsieur peut être tranquille. OSCAB. C'est bien ! Va surveiller les apprêts du festin. BAPTISTE. Oui, monsieur, (a part, en sortant par le fond.) C'est quèque manigance, bien sûr!... OSCAB, seul. Le concierge a le mot... je lui ai glissé, deux louis... Ainsi, pas de danger... Madeleine donnera dans le piège... et alors... Ah! ah!... quel roué je fais!... c'est ça qui va me poser aux yeux de ces messieurs!... BAPTISTE *, revenant par le Tond. Monsieur... OSCAB. C'est elle!... la petite dame?... Déjà?... * Oscar, Baptiste. 7K LES POSEURS. BAPTISTE. Non, monsieur; c'est un monsieur d'un certain âge... qui demande à parler à monsieur. I OSCAR. A moi?... son nom?... BAPTISTE, montrant une carte. Voici sa carte. OSCAB, la prenant. M. Bourdet!... mon ex-beau-père!... Ah bah!... qu'est-ce qu'il peut me vouloir?... Fais entrer... et prie-le d'attendre un moment... je vais achever ma toilette... M. Bourdet chez moi !... (Il sort par la gauche.) BAPTISTE, allant à la port» du fond. Entrez, monsieur... mon maître va venir dans un instant!... (Il introduit Bourdet et sort.) SCÈNE II BOURDET, s ™i. (Il est en costume de voyage. Il a un cache-nez, une casquette, et tient un sac de nuit. — Il s'approche lentement, regarde le public sans parler, puis il dit, d'un air accablé : ) J'arrive de Château-Thierry! (n dépose son sac de nuit sur un fauteuil à droite.) Ce matin, à l'issue de ma petite fête, je consulte le Moniteur des chemins de fer, et je vois : « Château-Thierry... express... 7 heures 33... Le cœur palpitant d'un noble orgueil, je pars pour le chef-lieu qui m'a vu naître... dans l'intention louable de remercier le conseil municipal de l'honneur qu'il voulait me faire... J'arrive... je cours chez Poriquet... je sonne... drelin din din... on m'ouvre... on m'introduit... Poriquet était couché... A ma vue, il se met sur son séant... « Bourdet! s'éciïe-t-il, et par quel hasard? — Mon cher Poriquet (c'est moi qui parle). Mon cher Poriquet, je viens remercier le conseil municipal... Vous avez repousssé l'obélisque, vous avez bien fait... Un obélisque est un pavé prétentieux qui ne prouve rien... Laissons à l'Egypte ses produits... — Vous avez bien raison, me dit Poriquet... je partage votre opinion sur les obélisques, mais... qu'est-ce qui me procure l'avantage de vous voir?..,—Comment, Poriquet, vous ne devinez pas?... Je ACTE TROISIÈME. 79 viens pour ma statue... — Quelle statue? — Eh! mais... ma statue... celle que l'on a le projet de m'érige? sur la nouvelle place de cette ville... » Naturellement, je prends une pose, la pose convenue. Poriquet me regarde d'un air singulier, et, je dirai plus, avec une certaine crainte... Mais je n'y fais pas attention dans le premier moment... — Très-bien!... dit-il. Restez comme cela!... ne bougez pas!... Puis il se levé et s'enfuit dans la chambre voisine... Cela m'étonne un peu... mais je ne bouge pas. — Pourtant, au bout de quelques minutes, ne le voyant pas revenir, la curiosité me prend... je m'approche de la porte, j'écoule, et qu'est-ce que j'entends?... Poriquet qui disait à sa femme : « C'est une folie douce, mais qui pourrait devenir furieuse... Je crois prudent d'avertir la gendarmerie et de faire conduire ce pauvre diable dans la maison de santé...» Ce mot m'éclaire!... je n'en écoute pas davanlage... Je me précipite, je vole à la gare... après avoir traversé celle place... où il est, lui, M. La Fontaine... ce fabuliste!.." il avait l'air de me narguer, de ricaner; plus je m'éloignais, plus il me criait aux oreilles : « Apprends, Bourdet, que tout flatteur « Vit aux dépens de celui qui l'écoute : « Celte leçon vaut bien... » Enfin, j'arrive à la gare, je me jette dans une première classe... honteux et confus, et me voici... jurant, mais un peu tard, qu'on ne m'y prendrait plus!... (s'iîhtnitat pu Ainsi, on se moquait de moi!... Il est clair que ce Roland s'entendait avec ses amis... avec mon neveu peut-être... Oh! mais nOUS allons VOir... (Regardant à gauche.) Voici OSCai'! (se frollanl les mains.) Ahl messieurs, rira bien qui rira le dernier!... SCÈNE III OSCAR, BOURDET. OSCAR, entrant par la gauche. M. Bourdet!... chez moi!... quel heureux hasard!... Pardon de vous avoir fait attendre... je m'habillais... BOURDET. •1 n'y a pas de mal, jeune homme... il n'y a pas de mal!... 80 LES POSEURS. OSCAR. Mais, que vois-je?... ce costume, ce sac de nuit.. Est-ce que vous partez?... BOUMET. Au contraire, j'arrive. OSCAR. Ah bah!... un voyage d'agrément?... BOURDET. D'agrément?... Non, pas tout à fait... OSCAR. D'affaires, alors? BOURDET. Oui, d'affaires, c'est cela; — et je n'ai môme pas voulu prendre le temps de rentrer chez moi avant de vous annoncer une bonne nouvelle. OSCAR. Une bonne nouvelle?... BOURDET. Tenez, j'irai droit au fait... En deux mots, voici la chose : Mon cher Oscar, vous m'aviez demandé la main de ma fille... OSCAR. Oui... mais vous me l'avez refusée... BOURDET. Malgré moi... j'avais alors d'autres visées... OS3AR. Sur votre neveu... BOURDET. Depuis, j'ai réfléchi : mon neveu est peintre... et les peintres sont tous des bohèmes... OSCAR. Oh! monsieur Bourdet... BOURDET, insistant. Parfaitement, mon ami... Tenez, Raphaël lui-môme... Raphaël... s'affichait avec une demoiselle!... Voilà les artistes!... Enfin j'ai consulté Cécile... et si vous êtes toujours dans les mêmes intentions... OSCAR. Eh bien?... BOURDET. Eh bienl... je vous la donne... elle est à vous. OSCAR, très-surpri». A moi?... mais vous m'aviez dit qu'elle ne m'aimait pas... VCÏE TROISIÈME. si BOURDET. Je me trompais!... avec ces petites filles on n'est jamais sûr. . Elle vous aime, vous lui plaisez... OSCAR. Je lui plais!... (Apart.) C'est charmant 1... Soufflera André sa femme... et déjeuner tout à l'heure avec sa maîtresse!... voilà une veine!... BOURDET. Ah ça! voyons, est-ce une chose convenue?... OSCAR. Certainement!... je suis enchanté... j'accepte!... BOURDET. Trùs-bien!... Touchez là!... (Il lui tend sa main.) SCÈNE IV Les Mêmes, ROLAND, puis GAUTROT et PAILLERET. ROLAND *, entrant par le tond, très-gaiement. Eh bien!... déjeune-t-on?... OSCAR, allant à Roland. Roland!... BOURDET **, à part, a»ec colère. Lui !... ROLAND. Oui, me voilà!... exact au rendez-vous!... Eh! mais je ne me trompe pas!... c'est M. Bourdet!... GAUTROT et PAILLERET, entrant par le fond. M. Bourdet!... ici?... ., , ... (Ils descendent.) GAUTROT ***, a Oscar. Tu l'as invité ?... PAILLERET. M. Bourdet déjeune avec nous ?... OSCAR, bas à MM Mais non!... mais non!... Es-tu fou?... * Oscar, Bourdet, Roland. ** Bourdet, Oscar, Roland. **• Oscar, Failleret, Bourdet, Gautrot, Roland. 82 LES POSEURS. BOUBDET. Non, messieurs, non... je ne puis être des vôtres... j'arrive de voyage... GAtTTROT et PAILLERET. De voyage?... BOURDET, avec intention. Je viens de Château-Thierry. ROLAND, à part. Hagne!... . . ' (Il dissimule une envie do rire.) GAUTROT. De Château-Thierry ?... ROLAND. Patrie du divin La Fontaine!... Quel homme!... TOUS, avec admiration. Oh!... ROLAND *, passant près de Bourdet. Les Deux pigeons, chef-d'œuvre!... OSCAR. Le Renard et les raisins... ROLAND. RavissantI... et la Belette"?... très-fort, la Belette!... BOURDET, regardant Roland avec rage. Soyez persuadés, messieurs, que je m'agenouille devant mon compatriote. J'en suis fier!... ROLAND, impitoyable. Le Rat de ville et le rat des champs!... GAUTROT. Mais tout cela ne nous dit pas le motif du voyage matinal de M. Bourdet. ROLAND. En effet... parlez, monsieur Bourdet, parlezI... BOURDET, les observant. Je savais... j'avais appris qu'on se proposait de me faire un grand honneur... TOUS, excepté Roland. Vraiment?... Tailleret, Oscar, Bourdet, Roland, Gaulrot. ACTE TROISIÈME. 83 BOURDET. De m'accorder une récompense au-dessus de mon faible mérite... ROLAND, à pirt. Je connais cette guitare ! BOURDET. Je suis allé remercier le conseil municipal... mais en même temps je l'ai prié de renoncera ce projet... ROLAND, à pari. Pas mal, pour un cotonnier! BOURDET. Je ne m'abuse pas, moi ; je ne suis qu'un marchand.... (à pan) S'il a parlé, de cette manière ils ne pourront rire à mes dépens. ROLAND. Bravo!... monsieur Bourdet!.. ce trait de modestie vous honore !.. vous n'êtes qu'un marchand, eh bien! restez marchand!.... BOURDET, bas avec colère. Monsieur!.... ROLAND, froidemenl. «Ne forçons point notre talent, «Nous ne ferions rien avec grâce. » BOURDET *, bas à Roland. Monsieur!... vous aurez bientôt de mes nouvelles* ROLAND. Hein?... Permettez..... nOURDET. Adieu, messieurs.... OU plutôt au revoir!... (il va reprendre son sac de nuit. — Bas à Roland.) Vous aurez bientôt de mes nouvelles!.. (Il sort par le fond. — Oscar le reconduit jusqu'à la porte.) SCÈNE V LesMêsies, moins BOURDET, pm.MARIUS TAUPIER.p.m BAPTISTE. ROLAND **, I pari. De ses nouvelles! qu'est-ce qu il veut donc dire? J'en ai de ses nouvelles.... elles sont satisfaisantes.... • " l'ailleret, Oscar, Roland, Bourdet, Gautrot. " Pailleret, Gautrot, Oscar, Roland. 84 LES POSEUR . OSCAR, revenant. Vivat !.. le voilà parti!... ROLAND. Ahl ça, que diable venait-il faire ici?.. OSCAR. Ah!., c'est bien drôle, allez!... une chose étonnante!... J'ai une veine!... ROLAND. Comment?... (Il s'assied dans un fauteuil à droite.) GAUTROT. Qu'est-ce donc?... OSCAR. Plus tard, je vous conterai ça. Ne songeons présentement qu'à notre déjeûner. (Marius Taupier entre par le fond; il a fait couper ses cheveux et sa barbe; il est vêtu avec une certaine élégance.) TAUPIER *. Est-ce que je suis en retard ? ROLAND, le regardant. Ciel !... (Il se renverse dans le fauteuil.) LES AUTRES, de même. Ah ! mon Dieu !... ROLAND. Marius a fait couper ses cheveux ! PAILLERET. Marius en dandy ! (Il passe à droite, en examinant Taupier.) GAUTROT. Quelle métamorphose ! oscar **. Oh ! il a des gants ! TAUPIER. Oui, messieurs, oui... un artiste doit se tenir... il faut aller dans le monde... se créer des relations... on peut faire un mariage... ROLAND. Tu as fait des concessions, toi?... * Oscar, Gautrot, Pailleret, Taupier, Roland. ** Oscar, Gautrot, Taupier, Pailleret, Iloland. ACTE TROISIÈME 88 TAUP1ER. . Oh ! des concessions !... seulement, je ne mettrai plus le pied dans les brasseries... 11 y a là de faux artistes, des faiseurs d'esthétique, qui accusent leur siècle, au lieu de travailler. — Les vrais artistes (et, Dieu merci, nous en avons) n'arrivent pas en buvant des bocks ! (Il tire un porto-cigare de sa poche et laisse tomber uno lettre. — Roland se lève et va la ramasser.) PAILI.ERET *. Et un porte-cigares!... TAUPIER, offrant dei cigares. Voulez-vous des Londres V ROLAND, lisant la suscription do la lettre. Direction des lieaux-Arts!... (ouvrant h lettre.) Messieurs, tout s'explique... il a une commande !... TAUPIER. Eh bien, oui... après? ROLAND, riant.- Ah! ah! ah!... allons donc!... GAUTROT, à Taupier. Bravo, mon cher! (Il lui serre la main.) PAILLERET **, de même. Mes sincères compliments! OSCAR, de même. , Nous boirons à la santé de votre chef-d'œuvre ! TAUPIER. Et notre Hébé... est-elle arrivée? OSCAR. Madeleine?... Elle viendra, messieurs, elle viendra! ROLAND, A part. J'y compte bien. (Musique à l'orchestre. — Baptiste entre parle fond.) BAPTISTE, entrant par le tond. Monsieur?... OSCAR ***, allml à lui. Ah! Baptiste... Eh bien?... * Oscar, Gautrot, Taupier, Roland, Pailleret. " Oscar, Gautrot, Taupier, Pailleret, Roland. *** Gautrot, Taupier, Oscar, Baptiste, Roland, Pailleret. 8fi LUS POSEURS. BAPTISTE, mystérieusement. C'est la petite dame. TOUS. Madeleine !... Bravo !... OSCAR. Chut !... cachons-nous d'abord, pour ne pas effaroucher l'innocence !... TOUS. C'est ça!... cachons-nous!... OSCAR, montrant la gauche. Vite, messieurs, par ici !... GAUTROT et PAII.LERET, à voix basse. Par ici !... ROLAND, à part. Et moi, avoir l'œil !... (Ils entrent à gauche.) SCÈNE VI HAPTISTE, pu,» MADELEINE. BAPTISTE, après leur sortie, allant à la porte du fond. Venez, mademoiselle... (Madeleine parait*.) Madame la comtesse achève sa toilette... MADELEINE. II suffit!... J'attendrai qu'elle puisse me recevoir. BAPTISTE, à part. Madame la comtesse I... ah ! ah !... en voilà une bonne !... (Il rit en sortant par le fond.) MADELEINE, seule. Tirant une lettre de sa p)che et lisant. « Madame la comtesse do La Kayollc prie, mademoiselle Madeleine de vouloir bien passer chez elle demain à midi, afin de s'entendre avec elle sur des leçons de piano. » C'est singulier... celle dame, je ne la connais pas... Uni donc lui a parlé de moi ?... Et puis, cette lettre que me remet un domestique au milieu d'une soirée... Ah! j'entends marcher... c'est elle sans doilte !... ( I.a porte de (fauche s'ouvre et Oscar parait.) Ah!... * Madeleine, Baptiste. ACTE TROISIÈME. R7 SCÈNE VII OSCAR, MADELEINE, P m< ROLAND. OSCAR , entrant par la gauche. N'ayez pas. peur!... MADELEINE, étonnée. Un jeune homme!... Madame la comtesse de La Fayolle ? OSCAR, avec aplomb. C'est moi !... MADELEINE. Vous?... comment... quelle est cette plaisanterie?... oscAn. Vous ne me reconnaissez pas?... Oscar... Oscar de La Fayolle. un ami d'André, de Roland... MADELEINE. En effet, je me rappelle vous avoir aperçu à leur atelier... Ah ! je comprends... c est madame votre mère qui m'a écrit ?... OSCAR, se dandinant en caressant ses favoris. Ma mère!... ma mère est à cent lieues d'ici... en pleine Gironde... MADELEINE, souriant. Alors, monsieur, je ne comprends plus!... OSCAR. Comment! .. vous ne devinez pas?... (ma ton passionné.) Une ruse pour vous voir... pour vous parler!... MADELEINE. Me parler... OSCAR. Pour vous dire que je vous aime comme un fou... André ne vous aime plus... c'est fini... mais moi je vous adore; moi, voyez-vous, je suis capahlc de... MADELEINE, trés-calmo. Ahl très-bien!... Je comprends... adieu, monsieur!... (Elle remonte.) OSCAR, se campint devant la porte. Partir !... sans m'avoir écouté !.. non, non... Oh! je m'attends à voire colère. S8 LES POSEURS. MADELEINE. Ma colère! .. OSCAIt. A voire indignation!... On s'indigne toujours... la première heure., et puis... MADELEINE. Mon indignation... mais nullement, monsieur !... vous me faitCS rire... Voilà tout... (Elle le regarde un instant et se Ihet i rire.) Ah! ah!ah! (Elle passe a gauche.) OSCAR | un peu décontenancé. Je la fais rire!... MADELEINE. Vous vous attendiez à une scène... comme il s'en joue dans les drames... « Monsieur, laissez-moi... grâce... » Ou bien encore : «Monsieur, craignez tout de mon désespoir, de ma colère !... » Mais pas du tout... vous vous êtes trompé, monsieur... Comment donc vous appelez-vous?... oscAn. Oscar... Oscar de La Fayollc... MADELEINE. Monsieur Oscar... soit... Ah! vous aviez arrangé d'avance la situation... d'autant plus que je suis Italienne... Mais, monsieur Oscar, je suis depuis quatre ans à Paris... par conséquent je suis devenue un peu Parisienne... J'ai renoncé au poignard, au stylet, et comme les Parisiennes, je me contente de rire au nez des sots... Il y en atant!... OSCAR, »ej<. Des sots!... Mais... MADELEINE. Auriez-vous la prétention d'ôtre le seul?... Ce que c'est que l'amOUI'-propre!... (Roland parait i la gauche et écoule i la porte.) Allons, monsieur Oscar, votre petite comédie était mal arrangée... D'abord, pourquoi vous servir du nom de madame votre mère?... î'i! monsieur!... 11 fallait trouver autre chose... Si elle le savait, vous seriez grondé... Enfin, vous êtes jeune... vous vous corrigerez... Quel âge avez-vous ?... OSCAR. Mademoiselle... cette raillerie!... Est-ce ma faute àmoi, sien vous voyant je n'ai pu résister... * Madeleine, Oscar. ACTE TROISIÈME. 89 MADELEINE *. Au charme de ma personne — C'est ça que vous alliez dire, n'est-ce pas?... Mais on me l'a déjà dit... on me l'a dit en français, en italien, en espagnol... Je parle un peu l'espagnol.. Eh hienl mon cher monsieur, c'est toujours la même chose dans toutes les langues... (consultant sa montre.) Ah! mon Dieu!.:, midi passé et j'ai une leçon à une heure... (Eiie va tirer le cordon do sonnette.) Quel temps VOUS UlC faites perdre!... (A Baptiste qui paraît.*) Mon ami, faites avancer une voiture... vite... allez donc!... allez donc!... (Baptiste s'incline et sort tout surpris. — Madeleine s'assied très-tranquillement à gauche.) MADF.LEINE, en s'assejant. Vous permettez?... OSCAR, ne sachant plus ce qu'il dit. Oh! mademoiselle... comment donc !... Enchanté de... ROLAND **, entrant tout a fait. I.e déjeuner refroidit!... Versez pavillon! Boum!... OSCAR, avec dépit. Roland!... MADELEINE, se levant. Roland... ici?... (Elle lui tend la main.) ROLAND. Oui... oui... je déjeune... Mais vous déjeunez aussi, Madeleine ?... MADELEINE. Moi?... ROLAND. Ce cher LaFayolle compte sur vous... il nous a promis votre présence... MADELEINE. Ma présence?... ROLAND. Pas vrai, Oscar?... Ah ça! parlez donc, mon cher!... Si c'est ainsi que vous faites vos invitations, mademoiselle ne restera pas... MADELEINE. Tout cela est-il vrai, monsieur?... * Madeleine, Baptiste, Oscar. ** Boland, Oscar. 90 LES POSEURS. OSCAR * perdant complètement la teteet passant près de Madeleine. Mon Dieu! mademoiselle... je... vous savez... j'avais pensé... Mon Dieu!... tous les jours, on invite quelqu'un à déjeuner .. parce que... MADELEINE, railleuse. Oh! combien je suis désolée, monsieur, j'ai déjeuné!... OSCAR. Ah!... vous avez... (Madeleine et Roland le regardent un instant avec le pins grand sérieux, puis partent d'un grand éclat de rire.) ItOI.AND. Ah!ah!ah! MADELEINE. Ah! ah! ah!... OSCAR **, à part", passant à gauche. J'aurais dû partir hier pour Bordeaux... SCÈNE VIII Les Mêmes, PA1LLERET, GAUTROT, puti BAPTISTE. GAUTROT **, entrant par la gauche et Topant Madeleine. C'est elle 1... PAILLERET, de mime. Ah!... Bravo!... Allons... à table!... TAUPIER, de même. Nous sommes au complet. BAPTISTE, entrant par le fond et annonçant. M. André Garnier!... (Mouvement général.) MADELEINE ****• André!... OSCAR. André ici!... Mais je ne l'ai pas invité!... (Allant à Baptiste.) Dis que je n'y suis pas !... * Madeleine, Oscar, Roland. ** Oscar, Madeleine, Roland. *** Oscar, Taupier, Pailleret, Gautrot, Madeleine, Roland. ***• Oscar, Pailleret, Taupier, Gautrot, Raptistc, Madeleine, Roland. ACTE TROISIEME. 91 ROLAND *, empêchant, par un geste, Baptiste de sortir. Inutile!... Si vous lui fermez la porte, il entrera par la fenêtre. Il sait que vous êtes chez vous!... OSCAR. Comment., il sait que... mais qui le lui a dit?... ROLAND. C'est moi!... Je l'ai invité de votre part... TOUS. Vous?... ROLAND, tics-calme. Uu'est-ce que vous voulez!... moi, j'ai cru bien faire!... TAUFIER. Ça va se gâter... André est élève d'Othello. GAUTROT. Et moi, je suis élève de Grisier... Si André fait le méchant, je m'en charge. Dix ans de salle, mon bon ! OSCAR, étreignant la main de Gautrot. Ce cher Gautrot, va!... tu es gentil d'être venu ! MADELEINE. Roland, expliquez-moi. . OSCAR, désespéré. Que faire?... Que faire?... ROLAND. Madeleine, entrez là, dans cette chambre... (Il va ouvrir la porte do droite) OSCAR. Oui... c'est cela... qu'il ne vous voie pas... MADELEINE, qui ne comprend pas. Mais... ROLAND. Il y va de votre bonheur!... MADELEINE. Mais mon cher Roland... ROLAND, gaiement. Je ne m'appelle plus Roland... je m'appelle la Providence des amoureux... Ah!... Corpo di lîaccot ma petite Néna, vous Sei'CZ heureuse... (il lui prend la tète dans les mains et lui donne un baiser sonore sur le front. Se tournant vers les jeunes gens.) Ah ! je l'CIllbraSSC, moi, niCS- * Taillcret, Tanpier, Gautrot, Oscar, Baptiste, Roland, Madeleine. 92 LES POSEURS. sieurs... Ce sont mes honoraires!... (a Madeleine.) Allez... allez... (Madeleine entre à droite, a Baptiste.) Faites entrer M. André Garnier!... OSCAR, chancelant. Gautrot, ne me quitte pas !... {Baptiste'introduit André, qui lui donne son chapeau; puis il sort par le fond.) SCÈNE IX PAILLERET, GAUTROT, OSCAR, ANDRÉ, TAUPIER, ROLAND, ANDRÉ, pflle et jouant l'indifférence. Il parle en retirant ses gants par des mouvements brusques et fiévreui. Bonjour, messieurs... Bonjour Oscar... (Il lui donne la main.) OSCAR, d'un air contraint. Ce cher André !... Est-ce gentil à lui d'être venu !... ANDRÉ. v J'étais peu invité... mais j'ai pensé qu'avec des amis, j'aurais mauvaise grâce à me gêner... et me voilà... (a Roland,d'un air dégagé.) Bonjour, toi!... (Allant à Gautrot.) Eh bien!... on ne déjeune pas?... je me sens un appétit de naufragé!... ROLAND *, à pari. Ris, mon gaillard... Ça va éclater tout à l'heure... ANDRÉ, qui, tout en parlant, a tout fouillé du regard autour dr lui. Qu'est-ce que vous avez donc tous?... Vous avez l'air d'être pétrifiés!... Allons, Baptiste, du Champagne pour égayer Oscar... ce cher Oscar !... ROLAND, à part. Il va le mordre!... TAUPIER, i part. Oh ! les femmes ! OSCAR. C'est vrai... au fait... ce déjeûner... Baptistel... ANDRK, changeant de ton. Où est-elle?... OSCAR. Mais... je ne sais... ce que... ANDRÉ. Où est-elle?... Elle est ici... j'en suis sûr... ' Tailleret, Gautrot, André, Oscar, Taupier, Roland. ACTE TROISIÈME. 93 OSCAR. Mais non... ANDRÉ. Ahl... je la devine près de moi !..; Elle est ici... et je viens la chercher... 11 me la faut... je la veux... PA1LLERET *, allant à André. Mon cher André, avouez qu'hier vous étiez plus raisonnable... ANDRÉ, avec emportement et passant près de Roland. Hier... hier... j'étais fou ! (Paillcrct repasse & gauche.) ROLAND **, | André. Allons donc!... Tu vois bien!... ANDRÉ, à Roland. Laisse-moi tranquille, toi!... (aux autres.) Hier, j'ai dit ce que j'ai voulu; je le pensais peut-être hier; aujourd'hui, je change d'avis... voilà tout... (A»cctorce.) Madeleine est à moi... elle m'appartient... je la veux... où est-elle? parlez... parlez vile, je vous le conseille, mon cher Oscar... je suis nerveux ce matin; vous savez, il y a des jours où l'on se réveille mal, de ces jours où l'on jetterait volontiers les gens par la fenêtre... et je suis un peu dans un de ces jours-là, mon cher Oscar... Voyons, parlez... où est-elle?... où est Madeleine?... OSCAR. M;iis... je vous jure... ANDRÉ. Vous mentez!... PAILLERET, GAUTROT, ROLAND et TAUPIER. André !... OSCAR. Mais, puisque je vous affirme... ANDRÉ. Vous mentez!... (Oscar pasie à gauche.) GAUTROT ***, à André. En vérité, mon cher, vous le prenez sur un ton... Je suis l'ami de M. de la Fayolle... et je ne puis permettre. . ' Gautrot, Pailleret, André, Oscar, Taupicr, Roland. " Pailleret, Gautrot, Oscar, André, Roland, Taupier. *** Oscar, Pailleret, Gautrot, André, Taupier, Roland. 94 LES POSEURS. ANDRÉ, avec joie. Ali! vous vous ballez, vous... Lui, il ne répond pas aux démentis... mais VOUS... VOUS VOUS battez!... (il s'élance rers la panoplie, décroche deux épées de combat, et en jelte une aui pieds de Gautrot.) I II garde! Monsieur Prosper Gautrot, en garde!... ROLAND, saisissant André. André !... (Les autres vont à lui et cherchent aussi à le retenir.) ANDItÉ . connue un lion. Laisse-moi... en garde!... PAILLERET. Mais vous n'y pensez pas!... GAUTROT. Mais c'est absurde... se battre sans témoins!... AND*RE, monlrant les autres personnages. Des témoins!... en voilà!... GAUTROT. Mais... il faut un terrain... ANDRÉ. Ali!... bon!... il vous faut la campagne!... un paysage!... Quand on veut se battre, on se bat partout... A nous deux!... (il «eut s'élancer sur Gautrot, on le «lient.) LaisSCZ-moi doilC!... GAUTROT, qui a mis un fauteuil entre André et lui. Mais, mon cher André, je n'ai pas eu l'intention de vous insulter... je le déclare hautement... J'ai parlé de témoins... Mais enfin, on peut arranger l'affaire... que diable!... OSCAR, à part, regardant Gautrot aiec mépris. Oh!... il a peur!... le lâche!... ANDRÉ, laissant tomber son épée. Ah!... je suis perdu !... (II passe à droite.) ROLAND **, s'approchanl de lui. Tu vois bien que tu l'aimais!... ANDRÉ. Oui... ne m'accable pas!... Je sais que tout est fini, et fini par ma faute !... Oh! que l'on est fou de renier son cœur, de ne pas vouloir être soi-même, pour afficher des vices ou des ridicules... que l'on n'a pas!... Mais on est entouré, écouté... * Oscar, Paillerot, André, Roland, Taupier, Gautrot. ** Oscar, Paillcret, Taupier, Gautrot, Roland, Andr6. ACTE TROISIÈME. 95 On travaille pour la galerie... On ment à soi-même et aux autres, jusqu'à ce que le masque soit tombé!... Je suis puni... c'est juste... je le sais., mais je souffre... Que ferai-je sans elle... maintenant? Oh!... là... vois-ru, Roland, j'ai du feu !... j'étouffe!... ROLAND. Dans ce cas-la, on pleure... ça soulage! .. ANDRE, se raidissant. Pleurer... moi... non... non!... ROLAND. Ah! le malheureux, il pose encore!... (Bas.) Tu ne veux pas pleurer parce que l'on te regarde! Eh bien!... eh bien... tiens... pleure dans mes bras!... on ne te verra pas!. . (Il lui tend les bras.) ANDRÉ, s'y jetant et sanglotant. Ah! mon ami!. . mon frère 1... (Taupier a passé a gauche.) OSCAR *, d'un air contrit et passant près de Roland. Ma parole d'honneur, je suis désolé... PAILLERET. Oscar n'a jamais eu l'intention... GAUTROT. Mais oui, tout est arrangé!... TAUPIER. C'est égal, on ne déjeune pas assez. OSCAR. 11 a raison... à table! TOUS. A tableI... viens, Roland. ROLAND. Allez, je vous suis. (Oscar, Gautrot, Pailleret et Taupier entrent à gauche.) SCÈNE X ROLAND, ANDRÉ. ANDRÉ**, qui était tombe assis, se relevant tout à coup. Oh! celte lettre... que je lui ai écrite!... Ah 1 fou que j'é- tais !.,. (Il passe à gauche.) * Taupier, Pailleret, Gautrot, Oscar, Roland, André. ** André, Roland. % LES POSEURS. ROLAND *, 1 voix basse. Oh!... cette lettre-là... elle ne l'eût jamais pardonnée... aussi je l'ai confisquée!... ANDRÉ. Que dis-tu ?... ROLAND, la tirant de sa poche. La voici... maintenant, si tu tiens à ce que je la remette... (Il fait un mouYement.) ANDRÉ, se jetant sur la lettre. Ah!... jamais!... (Il la déchire en mille morceau:. — La porle de droite s'ouYre. — Madeleine parait.) SCÈNE XI Les Mêmes, MADELEINE; puis OSCAR. ANDRÉ *. Madeleine!... (L'orchestre joue piano le motif de la chanson du premier acte.) MADELEINE. Oui, c'est moi, André!... Pardonnez à M. La Fayolle! Sa petite ruse n'a servi qu'à nous prouver à l'un et à 1 autre ce que nous savions si bien. —Que vous m'aimiez, — et que je vous aimais... Nous nous sommes aimés quand nous étions pauvres... ces amours-là ne meurent jamais !... [m tendant les mains.) N'est-ce pas, André? ANDRÉ **, se précipitant vers elle et couvrant ses mains de baisers. Ah! Madeleine!... ma femme!... ROLAND, s'esstiyant le front. Sapristi!... j'ai eu assez de mal!... OSCAR ***, rentrant de la gauche, sa serviette à la main. Mais venez donc, messieurs!... (voyant Madeleine.) Aïe! BAPTISTE, annonçant du fond. M. Bourdet. (Bourdet entre par le fond. — Ilaptiste sort après l'entrée.) * André, Roland, Madeleine. " Roland, André, Madeleine. *'* Oscar, Roland, André, Madeleine. ACTE TROISIÈME. 97 SCÈNE XII LES MÊMES, M. BOURDET, des épées sous le bras et lenanl une boilc à pistolets; puu TAUPIER, PA1LLERET et GAUTROT. M. BOURDET *, à Oscar. Bonjour ! mon gendre !... ROLAND. Son gendre!... II. BOURDET, avec intention. Mon cher Oscar, je donne trois cent mille francs de dot à Cécile. ROLAND, montrant André et Madeleine. Nous avons un million d'amour par ici ! MADELEINE, heureuse. Oh oui!... ROLAND, gaiement. Les trois cent mille francs viendront plus tard!... M. BOURDET, «'approchant de Roland, (njs.) Monsieur, vous vous êtes permis, à mon égard, une bourde... que je ne qualifierai pas... Vos armes? ROLAND, éclatant do rire. Un duel!... Avec vous, monsieur Bourdet?... Jamais!... Tenez, j'aime mieux vous faire des excuses!... là... (nun ton sérieui.) Monsieur Bourdet, je vous fais des excuses ! ! M. BOURDET, vivement. Je les accepte, monsieur! (a part, d'un air triomphant.) J'étais bien sûr qu'il ne se battrait pas !... (André est près do Madeleine. M. Bourdet va à Oscar. — Taupier, Gautrot et l'aillcrct paraissent a la porte de gauche, leur serviette à la main.) • Oscar, Bourdet, Roland, André, Madeleine. (Le rideau baisse.) FI N. KN VENTE CHEZ LES MÊMES ÉDITEURS Pièces de théâtre, belle édition, foi-mat gi F. POXSARO. Ï.C. Lucrèce, trae/'d'e.................1 50 Api.ès de Mer.mie, tragédie.....1 50 ClHflnlle Corday, t.afiedi*......1 50 Ilotnce et Ly lit, eonie lie.......1 • li i \ t»e, t< W*air...................2 ■ L'IIonneuv et 1 Argent, ccn..„ 2 • La Bovra«..0*méd.*........ .....2 ■ EMILE Al (il! «. 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Gusniau le Braie, d.-Hme....... 2 Le 8«|« et le Fou, tsomedie.... 1 Le Chariot doutant, drame..2 Aimons noire prochain* com... 1 Bcreùlatnim, npéi a............. 1 LATOUR i»E S< YBAR8 Rosemoiiile, tragédie............ 1 I.ÉOX GOZLAX. Le Gâte.'U des Reines, .•«mm -die. 2 La Famille Laml'erl, comédie. 1 Un petit bm.lV) Oreille, com.. 1 ERSEST LEGOITVÉ. Par droit de (lon'|nè!e, touiéil. 1 Le Pamplilet, coulé le.......... 1 VK.TOH SÉJOITK. Richard hl, drame............... 2 Le» Notestènitieunes, driime.. 2 André Ger.r.l. drame.......... 2 Le Martyre du Crp r, drame... 2 Le P'tletol brun, comédie......1 LesGiainU V.if-iun, drame... 2 La Tireuse île cartes, drame, 2 OCTAVE PKlTILl ET. Le Pooret leConHa, comedié. 1 * La Oise, QOmé lie............... 1 50 Péril en la demeure, comédie. 1 5O Le Village, comédie............. \ « La l'i e, eninédie................. 1 ■ Daltla, drame.....................1 DO Le H'>man d'un {'Une homme piu*re,cime.lie.............. 2 • JULES SAXDEAIT. f. c, Madeiun'nclli de la Se gUère, e. 1 50 Al.I X UITM48 Fit». La Dame aui (lamehiiH, drame. 1 D'aue de Lya, -i...... ■■■............ 1 50 Le Demi-Monde, romedie..... 2 1 M ' RM ll,E OE fil II A R DIX. Lad. TaftûnV, eométlia........2 » CV«t la.j-ulcd.i Mati, . oui..... 1 ■ Là Joie Bill peur, *.médi*...... 1 *'0 ;Le Cliu rnu d un tiortdftrr, c... 1 • I Une Femme <|iii dél. ste son Mai i, eoniéilie................... 1 ' ■ L'Fcole des Jourunli-le», eom, I » l'.-J. RAI.IMl.U. Dm Porte, drame.................. 2 • \ndre Cliéiner, drame..........1 » L'Ombra âm Molière, à-propos. • 75 Ilcicean, comédie............ 1 • IIIA RIO ITCHARIL La Fîan.miua, i-omédie.........2 * Le Retour du Mari, comédie... 2 • EÉLIC1EX M A L LREI L LE. Lei Mér< » repi ulie», comédie. 2 • LOUIS UATlMtOXXR. [l. ro et I.eand e, drame...... 1 ■ ROGER DR BEAUVOIR. La UéWn, comédie............ 1 50 I» POÇCIIKR HT R 6NIER La Jui onde, coin, die............ 2 ^ PAUL UT. MIT6&KT. La l'.evam lie de l.nu/11 n, COm, 1 '0 l' Iinstim 1 , roi'.le Suède, corné I. 1 50 Cl! \ RLES KDMOX0. ..a Pl« -line, drain.-............ 1 50 , AOOLPIII'i OU31AS. L'EeOlc de.» Familles, coin, .li.-. 1 ■ HîXESr KKRRBT Le» Famille*, romédie.......... 1 50 l^'ue dira le Monde? comédie. 2 • Ou inaurais lïiclie, comédie... 2 1 I.'Anneau de Fer, cnirédie ... 1 50 EDOUARD POUSSIER. UneJ.....née d'Aprippa, eom.. 1 50 Le Temps perdu, eomé lie,. . 1 50 L* * Lionne* pauvres, cmé-lie. ' ■ [Un beau M kl iape, eoinedi".-... 2 1 I Il 1 X II Y NlîllGKR. La Vie de Robème, comédie... 1 50 I.e Houliomnie J.niis, cooicilie. 1 » LÉOX LAVA Les Jeune» lien», comédie..... 1 50 | Le» t'Hiiv > r» d'esprit, eoiiii dn . 1 50 jl.r Ituc Jul», comédie............ 2 1 LE MAUQUU DR Ri:i.LOV Pytbiaa et Dumoii, comédie..,. 1 . .karel Dufardîn. comedi.-.......1 .1. ATI H A X . I La Fille d'frelyie, ir-p-die.. 1 50 ARMAND BkRTHET, Lu Moineau de Lésine, coin.. 1 Le Chemin de Cotiuihe, eom. 1 50 VIARDtt |>B LA U AOLLLXI- F.oulin m ilad.-.eoiuedi'.......1 ■ JULES LACROIX Œdipe roi, de Sophocle, « 2 ■ and In-flft anglais. CHARLES POTROfli. f. c. Un Feu de Partie, . orne. le.... 1 » AITGI STIM-, RltOHAN. Lei .M.-lamori Iiom >. le l'Amour, comédie............. ............ ■ 1 1. DU PHBMAR.W. L.I Droits ,1c .......if, com.. 1 '0 l.«ll.iiilan S . ina J« itut, i,>,(Oilié,lir. 1 50 I.K COMTK n'ASSAS. I.a Ténntda Mil,,, comédie.... 1 00 I.ÉO.\ HALBVY. G. 041. Fil r vi nt, C'inéd o.... 1 ■ PAGESIS i Of. CUAMBBAlT Coiunii'iil lii 1 rniMps-lu ? rom. 1 • EDOUARD HSTCR. Struciii, e, dr.ma......i.......... 1 * 11. I.I CAS. Méilt'-t,, tr.Kédl.................... 1 50 DUIIOMMK ET SAUVAGE. La tcciila du Roi, di.nte.... 1 • PB N DINA» Il IX'GUÉ. rranr. SlnUara, dransé.......... 2 > William Sbakapeure, dramr... 2 t CAMIt I.K DOUCBT. Le. Ennemi. la Saiioli^.e... 1 50 Uè Prvll défendu, comédie..... 1 50 DKGOrKCEU.E,TIIIBOlTST Je dîne cfaesjna Mère, eo,,,,... 1 » VICTORIEN SA R DOIT. La TaiiTue, eomcdle............1 50 ÉDOITAliD PLOUVIER. Lr tlnifl im li,, ilramr-........... 1 50 Troft Bmu pour rirn faire, c... 1 ■ Le l'aj.duamaora, t.médie.. 1 50 A. ROLLAND et J. DO KOVS Le Maicluni'l malgré lui, com. 2 ■ I II M V H ET, Miclu-I Cerraiii'ea, drame........ I 50 CHARLES IAFONT. '.p dernier Ci in>iu, coin, d e... 1 • EDMOND COTTINKT. L'A.ou. |>ar amour, comédie. 2 • SIRAl'DINCtL THIROITST Les Femmes qui pleurent, c... 1 • LI ADIÈIIES. Les Hâtons llriilaiils, eimiëilie.. 2 • F. BECIIARD. Les nèclasfés, oomédïr.......... 1 50 CHARLES DE COURCV. LtCbainiule plu.long, com.. 1 50 RI'.NE CLÉMENT. L'Oncle île Sjrione, comédie. 1 2 LOUIS HOUILHKT, lla'dauie de Moulaic\, drame. Pans. — Imprimerie île A. Wirnîtisimm, H, rue Mnntiiiort 10 >0 s ,0 * r ■ it so PGB 4365