NOUVEAU REPERTOIRE DRAMATIQUE .... . »* i.» • 1 SiËiàïllB iP3i&2iî(£Att$iû« BERGAMI PPÉiA HEINE D'ANGLETERRE 4™« SArie. — 7' Lip. A BRUXELLES. J.-A. LELONG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, ivi Di* nimv t p 4833- BERGAMI, DRAME. 1 BERGAMI &a laiMHis n^ASïîULiisttisaïïii&i? DRAME EN CINQ ACTES ET EN SIX PARTIES, PAR MM. FGISTAM, DUPEUTY ET M. ALHOV, Représenté, pour la première fois, sur le théâtre de la Portg-Saint-Martin, le 27 juin 1833. A BRUXELLES. J.-A. LELONG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, BBI DES IIMKES , H» 43. 1833. PERSONNAGES. ACTEURS. CAROLINE DE BRUNSWICK. M"" Georges. BERGAMI. MM. Locrroy. Lord ASHLEY. Provost. GEORGES IV. Delafoss». JULIO. Serres. Sir BROUGHAM ». Auguste. Sir WOOD, aklerman. Valhokk. Le Président de la Chambre DE9 Chilly. Un Ouvrier du port. MoNVAI. Un Épicier de h Cité. Moessard. Un Maître d'Hôtel. Saint-Paul. Un Maçon. Vissot. Un Membre du Parlement. ToURNAH. SANDER1N0. IIÉRÈT. Un Lord. Waletk. Un Messager d'état. Davennep. Un Général français. Tournois. M. ROSSINI. Marchand. Un Huissier de la. Chabb rb Haute. Fowbuhne. Miss JENNY DONALD. M"" MÉl.ANIE. Une Marchande de poissons Adolphe. GAETANA. Adèle. AUGUSTIN. La petite Mélanib. les deux premiers actes s e passent en Italie , *t lié trois derniers en Angleterre. • Prononcez Broumm et Ondd, BERGAMI, DRAME. ACTE I. La cour d'une poste aux chevaux sur la route de Florence à Gènes. Un balcon donnant d'un coté sur la cour et de l'autre sur la campagne. SCENE PREMIERE. SANDEIUNO, R4HUEL , rmsmiBS MÀliXMW, ( \u lever du rideau, les postillons entourent Sande- rino, et semblent par leurs gestes exprimer leur mécontentement.) SANDF.RIKO. Non... non... par saint Janvier! je ne fléchirai pas... je n'ai pas envie de changer l'organisation de mon entreprise pour satisfaire cinq à six brouillons. Depuis dix ans que je suis maître de la poste aux chevaux dans la bourgade de Villalba , il est d'usage que chacun fasse le service des relais à tour de rôle, et non suivant son caprice. Pas de dispense pour monter ù cheval, ou bien à pied pour toujours. RMIIAEL. Mais il mesemble pourtant, signor Sanderino , qu'il serait plus juste de partager entre les postillons les bons voyageurs. Il y en a permi nous ( 6 ) qui n'ont pas gagné, depuis six semaines, plus qu'un muletier qui conduit les caravanes de pèlerins et de mendians à Notre-Dame de Padoue. TODS. Ça , c'est vrai. SAHDEI1IHO. Jeté conseille de te plaindre, toi, Jéronimo... N'as-tu pas mené avant-hier ce gros hospodar qui avait fait cinq cents lieues pour venir voir la différence qui existe entre la lune de Venise et celle deMoscou?..Toi, Corbini, n'as-tu pas été ea- valcadour de cette petite danseuse française qui ramenait dans son pays un fourgon dont la charge su (liraitùpayer l'an'iércdel'arméeduSaint-Pèrc?. Et toi,Stéphano,n'as-tu pas conduit âfrancétrier ce virtuose qui va de contrée en contrée montrer aux princes et aux badauds delà ville lephénomè- ne d'un homme étonnant qui pince avec un seul doigt une guitare où il n'y a qu'une seule corde? KAPIUEl. Et moi? rundf.iuho. .T'espère que tu n'as pas à te plaindre d'avoir trotté devant le cardinal Albnno Gonsalvi ; je suis sûr qu'il t'a généreusement récompensé. R.tFIttET.. Mi ben oui!...Quand je lui ai demande! le pourboire, il m'n répondu qu'il ne s'occupait pas des affaires de ce bas-monde. Alors je me suis adressé au grand-vicaire , son secrétaire... Celui-là , il m'a donné six années d'indulgences qu'il m'a payées comptant en bonne monnaie de rosaire et en grains bénis de saint Hubert. ( 1 ) BAKttllHO. Il n'y en a qu'un parmi vous qui ne se plaigne jamais... il prend le temps comme il vient et les voyageurs comme ils se trouvent... Bergami, voilà lemodèle des postillons... Celui-là , pourvu qu'il ait un cheval entre les jambes et qu'il entende derrière ses deux oreilles le bourdonnement des roues , il ne s'occupe pas d'autre chose. TOl'S. Oh! c'est le protégé, lui. SANDERINO. C'est le meilleur de vous tous... Hior , quand il a su que la révolte avait éclaté chez mon confrère le maître de poste [du relai voisin, et qu'il se trouvait sans conducteur de chevaux , Jiergarni n'a pas fait la mauvaise tête comme vous autres , et pendant que vous délibériez si vous alliez ruiner tin homme , il était déjà en route pour le sauver. (On entend une voiture rouler et des coupa de fouet retentir au-dehors.) Au relai !... et vous autres, à la besogne sans souiller le mot... A qui le tour? TOUS. A Julie. IUHUII. Mais c'est aujourd'hui que se font ses fiançailles , et la famille de la petite Gaè'tana , sa future , doit venir demander congé pour lui. IMBI1M0. 11 ne l'aura pas... qu'il fasse d'abord son relai, et après , libre à lui de se marier si ça peut lui être agréable... Qu'on l'avertisse. (Raphaël et les postillons sortent.) { 8 ) SCENE II. SANDERINO, dn postillon, puis ASHLEY. SANDERINO. Voyons donc un peu qui est-ce qui -vient de nous arriver. le postillon , entrant. Des chevaux!... la pratique est bonne, signor Sanderino..... (Il montra le pour-boire.) monnaie anglaise... je vous la recommande... Adieu, signor Sanderino ; je remonte sur nies bêtes... A propos, mon maître vous remercie bien... tous les mécontens sont rentrés dans les bottes. SANDERINO. Tant mieux... et Ecrgami? LE POSTILLON. 11 a attelé en même temps que moi, et il faut que ses voyageurs ne soient pas bien pressés, car il devrait être arrivé. (Il salue et. sort. — Ashley est entré pendant ce colloque, et se promène au tond.) SANDERINO. Ne vous impatientez pas , monsieur le voyageur... vous pourrez partir dans un instant. (Appelant.) Julio! jui.io, en dehors. Je suis à ma paille... On y va! on y va! on y va! sanderino, saluant Ashlei/. Y a-t-il long-temps que mylord a quitté Londres ? ASHLIT. Monsieur le maître de poste , savez-vous que vous êtes un habile physionomiste, délire ainsi au premier aperçu la patrie sur le visage. (0 ) SANDEHINO. Toutes les nations passent par chez nous autres maîtres de poste , et il faut bien que nom retirions quelque fruit de nos études... Depuis quelques années on a beaucoup parlé en Italie de votre Angleterre, du prince de Galles , héritier de la couronne, de son mariage avec Caroline de Brunswick. ASIILEY. Ah! SilSDV.niSO. Des voyngeui'3 m'ont conté d'étranges choses sur cette union et sur les aventures qui l'ont précédée ou suivie. ASHI.ET. Eh bien! gardez-vous de les répéter devant les voyageuses qui dans quelques minutes s'arrêteront ici... vous pourriez les affliger sans en apprendre davantage. SANDEHINO. Admettons que je n'ai rien dit. {Appelant.) Julio! aSHLEY. Un mot encore, monsieur le maître de poste... Cette bourgade se nomme bien Villalba? StNDEHISO. Oui, mylord , Villalba, à sii postes de Florence. AMI1.F.T. ,T avais donné rendez-vous ici à un ieune seigneur italien qui devait venir ù ma rencontre... N'avcz-vous entendu parleràaucun voyageurd'un gentilhomme anglais qu'il devait attendre ici? SANDEHINO. Non, mylord. ( io ) ASHUT. Allons , je le trouverai sans doute à la poste prochaine. S4NDEHI\o , sortant. Eh bien ! Julio, te dépêcheras-tu , paresseux? SCENE III. A1IST.KY, seul. J'avais pourtant écrit à cet Italien de se presser... il m'importe beaucoup qu'il occupe au plus tôt le poste que je lui destine auprès de la princesse de Galles... J'ai réussi à faire renvoyer son écuyer cavalcadour, et celui que je vais lui donner sera pour moi un puissant auxiliaire dans la maison de Caroline... Il paraît que le bruit de ses aventures fait le tour du inonde; on sait tout, même dans une bourgade: son mariage , sa séparation forcée ; mais quant aux motifs qui ont déterminé cette rupture éclatante, nous sommes seuls, nous autres gens de cour , dans le secret de ces ingénieuses combinaisons. Occupons-nous donc de remplir dignement le mandat qui m'a été confié, et de mériter la reconnaissance du prince de Galles. ( Il refléchit un moment.') Que doit penser Caroline de mon plan do voyage qui semble exactement calqué sur son itinéraire? Pour suivre ainsi une femme pas à pas , il faut être un fou , un amant, ou bien... SCENE IV. AIISLEY, JULIO. JDI.IO, ses bottes à la main. Espion!... va... tous ces maîtres sont de ( M ) même... II était là , ce monsieur Sanderino , qui me guettait à la porte de l'écurie... il a peut-être peur que je lui mange son avoine... C't'idée !... au lieu de me dire tout de suite : « Il y a un « monsieur qu'a des guêtres jaunes, un habit « bleu , et qui veut mi postillon. » ashlet , à part. A force de soins etde prévenances ,j'espèreque je continuerai d'éloigner lessoupçons de son esprit. JULIO. Signor voyageur , les chevaux achèvent de manger leur pitance; ainsi nous ne tarderons pas ù trotter. ASHLEY. Bien , mon ami, bien. JULIO. Vous pouvez vous vanter de tomber joliment... j'ai justement deux coureurs anglais... c'est toujours flatteur d'être traîné par des compatriotes... c'estdos fameux quadrupèdes , allez ; ils sont couronnés. ASHLET. Couronnes ! JULIO. Je veux dire qu'ils ont remporté le prix de la course en 1807... il y a dix ans ; mais ça va encore gentiment, c'est un joli reste de bêtes. A.SU LE V. Ne te presse pas, mon garçon, je reste encore quelques instans ici. julio , à part. C'est peut-être mes bêtes couronnées qui lui font peur.. Vantez donc votre marchandise ! (On entend au-debors un signal d'arrivée.) ( 12 ) asiiley , à part. C'est sans doute la princesse qui arrive... empressons-nous d'aller lui offrir la main pour descendre de voiture. (11 sort.) sajibkbino, sortant du la maison. Vous entendez?... Au relai! au relai! • Jl'UO. Ce n'est pas mon tour... je vais faire ferrer un de mes anglais. (Il sort.) SCENE V. SANDERINO, CAROLINE, JENNY, ASHLEY, BER- GAMI, en postillon. Caroline , à Ashley. Mylord , je vous remercie du soin que vous avez, pris de me précéder pour que rien ne me manquât sur cette route ; mais , je vous en prie, ne pressez pas le départ... Le délicieux pays qu^ nous venons de parcourir!... Il n'y a que d» bonheur possible sous ce beau ciel... et pourtant il est bien cruel de penser que là aussi il y a des tristesses qui flétrissent L'âme , des désenchan temens qui refoulent les illusions , des perfidie? qui brisent l'existence. (Changeant de ton et vivement.) Jenny, as-tu songé à récompenser dignement le jeune conducteur dont les récils nous ont si vivement intéressées? J'ai promis d'intercéder pour lui auprès de vous , monsieur le maître de poste... Il voulait compter les heures de la course, passer au galop sur cette belle terre , fuir de toute la force de ses chevaux ces ( 13 ) amphithéâtres pittoresques, ces sites animés, ces larges ravines où le torrent fait gronder sa voix grave. « Au pas , au pas, lui disais-je ; » et il S arrêta plus d'une lois pour nous laisser admirer ces beHes s<.vues où l'art n'a rien à prétendre ; puis il nous contait les récits et les traditions de ce sol poétique qu'il semble savoir beaucoup mieux que nos baronnets ne connaissent l'histoire de notre monarchie ou les chroniques de leurs biens seigneuriaux... Mais , Jenny, récompense donc cejeune homme. (Jenny s'approche de Bergami et lui donne une pièce d'argent.) BF.nr.4Mi. Je vous remercie , milady, mais je ne puis accepter... Si vous payez quelques paroles à ce prix , vous courez risque d'être étourdie tout le reste du voyage par mes camarades, que vous ne p#ûrréZ plus faire taire dès qu'ils sauront qu'il y a 'in tarif pour parler. ASHLST. Ce garçon est original. CAROLINE. .. Il est fier, mais sans affectation. BEBGAII. Permettez,milady, queje vous rende celte pièce; je serai mieux récompensé que si j'acceptais... CAROLINE. Allons, Jenny, ne le contrarions pas. {Jenny reprend la pièce. A Ashley.) Avei-vous remarqué, mylord , comme il s'exprime avec facilité? A.SHI.EY. Oh! tous ces Italiens sont improvisateurs. ( 1* ) SAN DERINO. Si milady désirait passer quelques heures dans notre pays dont le site fixe les regards de tous les voyageurs , elle jouirait, du haut de cette terrasse du côté du nord , du plus beau tableau que la vue puisse embrasser. CAROLINE. J'accepte votre offre bienveillante, monsieur. ASRIET. Si milady le permet, je resterai près d'elle en attendant l'arrivée de son nouvel écuyer caval- cadour. CAROLINE. Mylord , vous serez toujours le bienvenu... j'ai laissé de si tristes souvenirs en Angleterre ; qu'il m'est doux de recevoir d'un gentilhomme de ce pays un témoignage d'intérêt et d'attachement... Votre bras, inylonl. (Bergami s'incline; clic sort avec Ashley, Jenny et le maître de poste.,) SCENE VI. BERGAMI, soul. Ils sont tous de même... ils trouvent tous étonnant qu'on refuse leur argent... Eh! que veulent-ils queje fasse de deux , de trois, de dix pièces d'or? Elles changeraient mes habitudes... un moment... me jéteraient des chimères dans le cerveau... puis après viendrait l'irritation de n'avoir plus rien... De l'argent!... je n'en veux pas... ou donnez-m'en beaucoup... Oh! alors je sens qu'il y a là aussi de quoi comprendre celte ( 15 ) molle existence toute de plaisirs et d'enivrement... Moi aussi j'aurais des chevaux , de riches équipages, usant chaque heure de ma vie dans la joie des festins , les chants des maîtresses et les cris de l'orgie... Ah! Bergami, loin de toi ces folles idées... Si tu te mettais à aimer l'or, il t'en faudrait trop pour te satisfaire. SCENE VII. BERGAMI, JULIO. jui.io , à part. Mon anglais est ferré... C'est égal, je voudrais bien qu'un autre partît à ma place... Gaè'tana , ma fiancée, et sa mère, sont là à demander un congé pour moi au père Sanderino ; mais il est si entêté... (Apercevant Bergami.) Tiens , c'est toi , Bergami ? BERGAMI. Bonjour, Julio. JULIO. A-t-il le fouet heureux, donc , ce Bergami! Y'ià qu'il amène deux voyageuses... Les femmes, ça ne connaît pas le livre de poste... Mais que j'suisbête! ça t'est bien égal qui tu mènes, toi! BERGAMI. Pas tant que tu le penses... Depuis que j'ai l'éperon au pied, que (le tètes hideuses devant lesquelles j'ai galopé , et que j'aurais bien volontiers mises au fond du fossé!... Pauvre Italie! JUIIO. Ne parlons pas politique... Tête ardente! tête ardente ! t'es comme moi, toi, est-ce pas ? t'aimes pas l'métier... Moi, j'y reste, mais plus tard ( le ) lu verras... Tu ris... Eli bien! parole d'honneur ! j'crois qu'il y a de l'avenir dans nies grosses hottes... Oli ! je les quitterai un jour... c'est trop monotone pour un homme qui se sent les jambes longues et les idées grandes. bbrg*wi , souriant. Pourquoi t'es-lu fait postillon , alors ? JUI.IO. C'est par amour pour les voyages... J'n'avais pas réfléchi que le postillon ne voynge pas du tout... c'est un être mécanique qui se déplace el se replace à point fixe... Enfin, depuis six ans que j'ai fait plus de dix mille lieues en passant devant les mêmes cabarets et en embrassant les mêmes filles d'auberge , ça n'a été qu'un mouvement de vas et viens qui crispe les nerfs... et puis il m'est venu des remords... notre profession n'est pas du tout morale. BERGAMI. Bah ! et pourquoi cela ? JUMO. Voici sons quel point de vue j'envisage la chose... arrive-t-il un voyageur, vite, Julio , à cheval; tantôt... c'est un ambassadeur qui vient d'escamoter une province, ou bien un gros banquier qui fuit les mains pleines, un grand voleur qui s'échappe , une femme qu'on enlève ou qui se fait enlever... et toujours nous autres en avant... Enfin , le postillon est le complice évident d'un tas de crimes et d'infamies qui fait frémir la nature. HERGAMI. Ah ! ce pauvre Julio ! ( " ) JOMO. Sans compter que j'haïs l'état pour autre chose encore. HHklt. Quelque chose de sérieux? julio , soupirant. Ah! oui, que ça l'est sérieux... Tu sais que j'ai commencé à galoper la poste tout près de Naples, où ma famille était élablie... Eh bien! parmi les seize enfans de ma mère, il y en avait uu plus jeune que les autres , le plusjeune de tous, que je faisais toujours monter en croupe derrière moi... Le pauvre petit! je lui avais fait faire une vestede postillon avec des boutons et des galons, sans compter des petites bottes avec quoi il était gentil à croquer... et dire que tout ça est perdu!... ça me fend le cœur ! ÏEHGAMI. Continue , continue. JCI.IO. Un jour je venais de conduire une Toiture à Naples, et je ramenais les chevaux à la poste, toujours lç petit en croupe... Je ne sais pas ce que j avais, si c'était la chaleur ou le pour-boire... enfin j'ai la bêtise de m'endormit, et quand je meréveille.,. plus d'enfant, plus de petit frère... le pauvre marmot était tombé, sans doute, et je n'ai jamais pu le retrouver... jamais. BERGAJII. Et ta mère, ton père, n'ont jamais fait aucune recherche ? JCUO. Mon père s'est contenté de me casser trois ( 18 ) dents d'un coup de poing, et comme il avait encore quinze enfans il s'est consolé ; mais moi, ■vois-tu, je ne me consolerai pas. Il était si gentil avec ses petites bottes!... Aussi, pour cesser d'être postillon , je suis bien décidé à faire ma fortune. OT.BGJMI. C'est une bonne résolution que tu as prise là. JULIO. Oh ! je savais bien que tu m'approuverais, toi... lu as de l'ambition. mtut. Qui te l'a dit? reno. Une idée!... je me suis toujours figuré que tu irais loin. FÏRG.Utl. Tu te trompes, Julio... Moi, arriver à la fortune!... Toi, peut-être , à la bonne heure. J1II.IO. Eli bien ! veux-tu faire un marché ensemble ? BERGAHI. Comment ? JUI.IO. Nous avons deux têtes aventureuses, nous possédons des moyens el du physique.., IIÏGAII. Où veux-tu en venir? JDUO. Mêlons nos destinées... que le bien qui arrivera ù l'un soit partagé par l'autre. bergahi, avec indifférence. Si cela te convient, j'y consens. ( 19 ) JULIO. Ali! mais , dis donc, moi, je me marie... je n'y pensais plus. maiM. Sois tranquille, va. jouo. C'est une affaire arrangée... seulement, tu conçois qu'à présent tu ne peux plus refuser le pour-boire... Dans notre position ce ne serait pas délicat. SCENE Wl. lis alna, u nitt MARCELLE, GAÉTAN V, p»ts»h», puit CAROLINE et JENNY, sur la terrasse. tous , criant. Accordé ! accordé ! JULIO. Qu'est-ce qu'il y a donc? MARGELLE. Julio, tu es dispensé de monter achevai aujourd'hui. JULIO. Vrai ? Tu n'es pas fâchée de ça, ma petile Gaè'tana, ni moi non plus... Ma future, embrassez notre associé. (Bergami cmhrasse Gaè'tana.) _ A boire , à boire pour tout le monde , et avant J heure de la cérémonie , si quelqu'un veut danser une sartarelle en mon honneur , ça me fera plaisir. (On distribue du vin; des danj.es se forment, et Caroline , a pai n sur la terrasse avec Jcnny, regarde ce tableau animé.) cAR0L1NE, après la danse. Comme ils sont heureux! Jenny... Partout le ( 20 ) ciel met du bonheur , de la joie en contraste avec mon âme. JUUO. Je crois qu'il est temps d'aller prendre le costume, lebouquetetlesgantsbluncs... En avant, les amis ! (Tous sortent, excepte Bcrgami ) SCENE IX. BERGAMI, CAROLINE, d'abord sur la terrait». (Bcrgami regarde le groupe s'éloigner. Le jour est au moment où le soleil se couche.) CAROLINE. Ce jeune homme est resté... BERGAm, assis et sans la voir. Voilà unevéritablesoirée d'Italie! C'est l'heure où de doux regards s'échangent du balcon à la rue , où se donnent à demi-voix des rendez-vous pour la nuit... Ah ! belle Italie! pays d'amour et de volupté ! Je n'ai pas vu encore de femmes plus séduisantes que tes femmes , des orangers en fleur plus parfumés que tes orangers, un ciel plus pur que ton ciel ! CAROLINE. En vérité, cen'est pas là un Italien ordinaire: il y a dans ses traits je ne sais quelle noblesse, dans sa voix un charme enivrant... J'ai bien envie de satisfaire ma curiosité. bergaiii , se levant. Allons nous reposer. Je ne me remettrai en route qiie demain matin , et que saint Bartholo- méo, patron des postillons,! me traite cette fois comme il m'a traité hier. Cette dame que j'ai ( 21 ) conduite ici est si bonne ! 11 y a du plaisir à fouetter ses chevaux pour de semblables voyageurs... Si Julio voulait, je prendrais sa place quand cette dame va repartir. Caroline, d'une voix douce. Je vous remercie , mon ami. RKRGAMI, Ah ! madame , pardon ; je croyais que vous vous étiez retirée., je ne me serais pas permis... (Il va pour sortir.) ctlotitl. Eh bien ! vous vous en allez... Mais restez, restez donc... Pendant notre voyage j'ai été surprise , je dois vous l'avouer, de la facilité merveilleuse avec laquelle vous me citiez tous les monumens que renfermaientlei lieux où UOUI passions : une riche poésie animait quelquefois vos descriptions... Vous êtes Italien? Risikr. Italien de Lodi. CAROLIXK. Vous vous nommez?... BZRKAHi. Bartholoméo Becgami. CABOLISK. Navez-VOU» jamais exercé d'autre étatque celui de postillon ? BF.RGAJIT. Oh ! ce que vous nie deniandcz-Ià , madame, il faudrait, pour y répondre, reprendre mes jours un à un , réveiller des souvenirs presque effaces ; il me faudrait revivre de mon ancienne ( 22 )) et bizarre existence... et puis, que vous import cela , à vous , madame? CARO1 THE. Ah ! mon Dieu , cela m'importe peu en effet... simple caprice de femme qui sVnnnie en attendant ses cbevaux de poste , et qui voudrait se distraire. XERGAMI. Jt doute que vous prissiez beaucoup d'amusement à nies aventures ; cependant, puisque cela vtnis plaît, en quelques mots \oici ma vie : ])ès mon enfance j'ai été soldat ; j'ai servi la France en Italie. Après la retraite du prince Eugène, je me suis jelé dans les montagnes avec une poignée de braves. J'ai soutenu long-temps une lutte acharnée , car j'avais rêvé . moi, pauvre jeune homme de vingt ans, la liberté de l'Italie. J'ai été proscrit ; je me suis caché alors ; mais. comme il faut vivre, et que je n'ai pas un carlini de patrimoine, j'ai changé de nom, j'ai pris la veste que voici, le (Jouet que je tiens à la main .et j'ai couru en chantant sur la grande roule de Villalba... Ah ! c'est égal, je regrette toujours mes coups de l'usil avec les Autrichiens, nies chansons patriotiques et mes babils de montagnard. CAROUKE. Malheureux 1 et si l'on venait à vous découvrir? «RKGAMI. Oh ! cela est oublié sans doute. Mais vous , madame, vous avez dû aussi habiter l'Italie, car vous m'avez parlé pend.ml la route le langage pur qu'on parle à Florence. ( 23 ) % CAROLINE. J'y suis restée deux ans. ■|UH, Oh! je le pensais bien... Et maintenant, madame , vous l'avez quiltée pour retourner en France ou en Angleterre. Parce que vous avez vu Florence , vous avez cru voir l'Italie; mais l'Italie est partout sous ce beau ciel : elle commence aux Alpes et finit à la nier. Mais Venise avec son palais ducal, avec ses fleuves au milieu des rues , avec ses gondoles sur les lagunes ; Ferrare avec ses palais de marbre; Milan , Bologne, c'est aussi l'Italie , madame ; et tenez, elle était bien plus grande et bien (dus belle encore autrefois. Rome et ses campagnes étaient Italie, Naples elle-même était Italie. Oh! quand nous pensons à cela, nous qui voudrions avoir une patrie et qui sommes eclaves , quand nous relevons en idée ce vaste royaume que les rois nous ont pris morceau par morceau , nous nous couvrons la figure de nos mains et nous pleurons comme des rnf'ans. Caroline , à part. Comme il m'émeut! (Haut.) Vous m'avez parlé de Ferrare, de Milan, de Venise , je ne les connais pas... Vous m'avez aussi parlé de Naples... je l'ai vue... je me suis promenée sur son golfe plus d'une belle nuit d'été. BEER AIII. Vous l'avez vue , madame ? J'y étais, moi, à une époque dont le souvenir ne s'effacera jamais pour moi, car il me rappelle que j'ai sauvé quelqu'un. ( 24 ) carolim, trouhUe. De quelle époque voulez-vous parler? MMMR. Une nuit (le bal à la cour du roi Murât. J'étais alors clans la Rardenapolitain», et, ce soir-là, je me trouvai de faction BU palais. C4ROUNE, il part. C'est cela... {Haut.) Attendes un moment, je ne vous entends pas bien d'ici. {Elle descend.) Continuel. BIBStai. L'événement lu plus curieux de la soirée fut celui-ci : Une dame richement vêtue était remontée dans sa voiture; un jeune enfant, aux cheveux blonds comme de l'or, allait monter après elle , lorsqu'un homme se précipite sur cet enfant et l'entraîne. Je m'élance à la poursuite du ravisseur , cl pendant que je lutte avec lui , l'enfant regagne la voilure qui part de toute la vitesse des chevaux. Je m'aperçus ensuite que j'étais blessé à la poitrine d'un coup de stylet. CMtOMNK. Vous avez fait là une action de cœur, Bcrga- DU. BEnotïii. Le lendemain , je reçus un mot de remerciement, signé Caroline de Brunswick, princesse de Galles... Ce qu'elle m'écrivait me fil du bien, car je connaissais ses malheurs et je l'avais plaint bien souvent. Vous ine parliez de ma vie aventureuse, la sienne est pour le moins aussi bizarre. Il n'est pas que vous n'en avez connu quelques détails. ( 2S ) CAROLINE. Oui, on dit qu'elle a beaucoup souffert. Je croyais pourtant qu'elle avait assez bien caché ses peines pour que personne n'eût le droit de les lui rappeler. BERGAMI. Oh ! mais moi je sais mot pour mot cette curieuse histoire , et si je ne craignais pas d'être importun, je vous la raconterais avec tant de vérité que, si Caroline était ici, elle ne pourrait pas dire : Ce n'est pas cela. Caroline , avec un sourire triste. Voyons , Bergami, je vous écoute, imiii, Caroline de Brunswick est de la famille impériale d'Allemagne , fille et saur d'Archiduc... Elle est belle et bonne... En Allemagne comme en Angleterre, on l'a nommée la mère des malheureux. CAROLINE. Faire du bien quand on peut jeter l'or, est-ce donc chose si peu commune qu'il faille en tenir compte auy grands ? IEROA1U. Oh! oui, madame; caries grands, d'ordinaire, ne trouvent de bien dépensé que l'argent qu'ils dépensent pour eux. Aussi, comme je vous le disais, partout on bénissait Caroline, et ce fut un deuil public en Allemagne quand la jeune princesse en partit pour Londres où elle allait épouser Georges, prince de Galles et héritier pré- liomptif de la couronne d'Angleterre. ( 26 ) Caroline , à part. Georges!... Georges!... (Haut.) Continuel, mon ami. JSEBRA.HI. Ce prince de Galles était un de ces jeunes fils de roi qui font, au milieu d'une orgie , l'apprentissage de leur métier de royauté, qui apprennent à conduire leurs peuples en guidant avec adresse un cheval fougueux aux courses de New-Markct. Le fouet du jokey, voilà leur sceptre; quand le parlement leur refuse des guinées, quand les créanciers deviennent pressans, ils l'ont alors ce qu'a fait Georges, prince de Galles : ils cherchent une riche héritière , ils l'épousent et ils paient leurs dettes avec sa dot. CAROLINE. Ah ! Caroline de Brunswick n'aurait pas regretté toute sa fortune si elle avait conservé le COeur de son époux. bergam. Mais l'eut-elle jamais, madame? Cela se vit bien le lendemain de son mariage. Il reprit sa vie de désordre , courut à ses maîtresses qu'il avait oubliées un jour ; et comme il avait fait des guinées d'Angleterre , il leur jeta les florins d'Allemagne que lui avait apportés sa fiancée. Dès ce moment, pas une seule joie pour Iïimedc la pauvre étrangère, pas une consolation , pas un mot d'amour ou d'amitié de son époux. Caroline, (ivre ('motion. C'est vrai, oh! c'est bien vrai. On eût dit qu'il se plaisait à jeter le désespoir dans ce cœur qui était tout à lui. Quand Caroline, les mains ( V ) jointes, les yeux pleins de la fine*, le suppliant à genoux de lui rendre moins atiièreu ne existence ou'ellelui avait consacrée ; plus tard, quand elle lui montrait sa fille au berceau , ti'-n sacré par .cquel la nature semblait vouloir encore les réunir, il la repoussait avec dédain, Il malheureuse mère; il la raillait de son désespoir. Bcnntai, In wytrdnnf. Quelle vive émotion !... Elle pleure, je crois, àiaoïrrii. Huit années se sont érovlées ainsi : calomnies secrètes, insultes publiques; rien ne lui fut épargné par son royal époux. Un seul être au monde lui restait , qui la couvrait de toute son affection de vieillard, qui lui laissait baiser ses cheveux blancs quand ellepleuratt, qui l'appelait doucement « ma fille! » Hélas! ce dernier appui lui fut enlevé au ;si : le vieux roi perdit la raison. La nation anglaise proclama régent Georges, prince de Galles; et ù peine l'acte de régence eut-il été enregistré au parlement, qu'un ordre formel contraignit Caroline à sortir d'Angleterre... on là chassa! Elle voulait emporter sa fille dans ses bras : ou arracha de ses bras sa fille chérie.. .Depuis elle S erré de contrée en contrée , poursuivie à chaque pas par la haine et les outrages... Ah! Georges!... Georges!... vous m'avez fait bien souffrir, et pourtant je vous aime encore ! snq * ht. Qu'entends?je!,. vous seriez... [Su jetant à sas qenout.) Oh! madame, par Ion ! En réveillant dans votre âme de si pénible! souvenirs, je vous ( 28 ) ai arraché un secret dont vous ne vouliez pas me rendre dépositaire. CAROLINE. Je vous pardonne. (Bergami fait un mouvo- mcntponr MOrtir.) Eh Lien ! monsieur Bergami, vous ne me demandez pas même des nouvelles do cet enfant que vous avez sauvé ? bergami , menant. Je n'osais p is , madame. CAROLINE. Il est maintenant à l'abri des atteintes de mes ennemis... je le fais élever dans une villa que j'ai acquise près de Gênes , sur les bords de la mer. C'est dans cette retraite que je retourne , après un assez long voyage , pour veiller moi-même sur lui et tâcher de me faire oublier du monde. BERGAMI. Ah ! madame, il y a quelqu'un du inoins qui ne vous oubliera jamais. CAROLINE. Monsieur Bergami, je vous crois capable d'un grand dévouement. BERGAMI. Je n'ai jamais trahi personne. CAROLINE. Et... vous êtes libre ? BERGAMI. Pourquoi me faites-vous cette question ? CAROLINE. Vous le saurez plus tard ; à présent , voulez- vous céder à un désir que je vais vous exprimer? BERGAMI. Qu'cst-co donc , madame 1 ( *> ) CAROLINE. Avant de partir , j'aurais du plaisir à touj voir sous vos habits de montagnard. (Mouvement d'étonnement de Berqami.) Le voule*-vou.s? BERGAHI. Oui, madame. CUROLINl. Je vous attendrai ici. BEBGAHt. Je vais revenu'. (Il »ort.) SCENE X. CAROLINE, sculo. Oh! voici depuis longues années le seul moment de bonheur qui soit venu consoler mou âme. Il me l'a rappelé, ce jeune homme, ce temps du l'Angleterre et l'Allemagne m'appelaient la mère des pauvres; il me l'a dit avec cet accent de conviction qui part du cœur. On plaint partout mon sort, on me donne des regrets et des souvenirs. ..et quand il a parlé,une douce émotion s'est emparée de moi , des larmes ont mouillé lentement mes mains qui voulaient les retenir ou les cacher... (Avec amertume.) Oui, oui , je ne méritais pas de souffrir comme j'ai souffert... Il me fallait , pour répandre un charme consolateur sur ma vie , quelqu'un qui m'aimât d'un amour égal au mien. SCENE XI. CAROLINE, ASULEY. ASHLF.I. Madame , les chevaux de posta que vou» avez ( 30 ) commandés sont prêts , j'ai donné l'ordre qu'on fit approcher jusqu'ici voire voiture : vous pouvez partir à l'instant si vous le désirez. CAROLINE. Quelques momcns encore, mylord, j'ai un acte de munificence royale à accomplir : vous verrez, mylord, si jesais me souvenir d'un service rendu. asuley , à part. Ce n'est sans doute pas de moi qu'elle veut parler. (Haut.) A propos, j'oubliai* d'apprendre à votre altesse qu'une lettre de Gênes m'annonce que le jeune seigneur italien que je vous ai choisi pour écuyer cavaleadour attend votre arrivée à votre villa. Caroline, d'un air distrait. Je vous remercie. (Bergami entre sous ses habits de montagnard.) SCENE XIL les précèdent , BEUG A MI, S \ NDIÏR1 NO , JULIO, MARCELLE, GAÉTAN A , gens de la noce, beiic. un. Madame , me voici à vos ordres. ashi.ey , à part. Que signifie cela? CAROLINE. Mylord Ashley , vous vous êtes donné beaucoup de peine pour remplacer mon écuyer cavaleadour , et je vous en suis reconnaissante ; mais ■vous me pardonnerez, je l'espère, si je tiens à le choisir moi-même. ASHLET. Mais , madame , ce jeune seigneur qui vous attend... ( 31 ) C*R01.ISE. Je vous excuserai. Quant au choix que j'ai fait, il ne dépend plus que du consentement d'une seule personne... Monsieur Bergami, voulez-vous, être mon écuyei ? mun, Moi, madame ! ASHLEY. Lui! JULIO. Mon associé! CAROLINE. Vous regrettez peut-être votre indépendance. BERGAMI. Mon bonheur sera de vous obéir toute ma vie! julio , à sa fcmmff. Il accepte : c'est une fameuse chance pour nous ! ASHLÏT , ci fart. C'est un échec , mais je saurai le réparer. CAKOLISE. Mylord, acceptez une place ; Bergami, vous occuperez celle qui est en face de la mienne... Partons. JULIO, bas à Borrjami. Tu n'oublieras pas le traité. BERGAMI. Sois tranquille. (Une voiture attelée paraît au fond.) JULIO. Alors, des bottes! je ne veux pas qu'un autre ait l'honneur de conduire mon associé. (Tous montent en voiture et Julio sur un des chevaux, le fouet à la main.) ( 83* ) Caroline, dans ta voiture. Adieu , mes amis... Jeunes filles , voici le cadeau de la mariée. (Elle donne une bourse à Gaétana.) jïlio , à cheval. Bon ! CAROLINE. Priez tous pour Caroline de Brunswick , princesse de Galles. (La voiture se met en mouvement.) FIN DU PREMIER ACTE. ( 33 ) ACTE IL L'intérieur d'une villa sur les bords de la mer, aux environs de Gènes. Salon brillant décoré à l'italienne. Fond fermé par jalousies. Portes latérales. Au premier plan, à droite , est une porte plus petite corn muniquant à un cabinet. SCENE PREMIERE. ASIILEY, seul, assis; il somblo rêver profondément. Oui, plus je réfléchis , plus j'acquiers la conviction ayant l'air de ne faire attention à rien ) ( 84 ) bergami , au fond, à part. Encore cet Anglais... je ne sais... il est toujours sur me traces... On dirait qu'il cherche l'occasion de me parler en secret... (Sapprochant et haut.) Je vous salue , rnvlord. ashi.f.y, faignunt la surprise. Ah! c'est vous, liergarni ? déjà en ce salon , de si bonne heure? itteAii. J'attends le lever de la princesse. ASHLEÏ. Comme moi. BEUGAWI. Nons aurons beaucoup de monde ce matin à la villa , des peintres célèbres , des artistes, ce sera presque une cour vraiment... mais, mylord, croyez-vous que son altesse tarde à paraître?... Hier je n'ai pu la voir et j avais cependant à lui rendre compte d'une commission dont elle m'avait chargé. ASRLET. Ah ! oui... ce navire qu'elle a frété... je ne devine pas pourquoi... Eh bien! est il prêt? BISSAU, Quand son altesse le voudra. (Montrant les jalousies.) Par ces fenêtres , elle pourra l'apercevoir à l'ancre et les voiles ployées, sur le magnifique golfe de Gênes. AIHHY. Monsieur Bergami, vous êtes né sous une heureuse étoile , au moins?... je me hâte d'ajouter que voire mérite vous a aussi bien servi quo la fortune... (Mouvement de Bergami.) Non, vous ( 35 ) êtes digne du sort dont vous jouissez, du vif intérêt que vous porte Caroline de Brunswick, car die vous porte un vif intérêt, monsieur Ber- gami, vous ne l'ignorez pas. OMtn. Si son alles.se a daigné in'lionorer de sa hante protection, c est sans doute à mon zèle ardent et dévoué que je dois cette faveur. ASHLEÏ. Ali! la faveur où l'on se trouve placé auprès d'une femme s'obtient de tant de manières... Au reste , vous la possédez, c'est l'essentiel ; je puis me tromper, n ais j'ai la conviction profonde que vous avez devant vous l'avenir le plus brillant... Avcz-voiudc l'ambition? bergamt, iirijlitjcmmftnl et d'un air léger. Qui n'eu a pas ? ashï.ët, souriant. Surtout quand on est aussi bien placé que vous pour la satisfaire. DKRG \ HT. Quel est l'homme qui, une fois au moins en sa vie, ne s'est pas trouvé sur le chemin de la fortune et des honneurs'.'' ASHLKT. Que de gens ont laissé e'ehapper l'occasion!... C'est ce que je disais hier encore àun de mes amis. EElir.ABI. Ah! ASIII.EV. Imaginez-vous, mon cher Bergami, qu'il no dé- pendait que de lui d'acquérir un titre honorable , celui de baronnet, par exemple... et d'être possesseur de cent mille livres sterling comptant. ( 36 ) BERÇ A ni. Et il a refusé ? iSIILIT. Oui. BERftAMI. C'est un sot. ASHMtT. N'est-ce pas? (Bruit en dohors. A part.) Quelqu'un vient sans doute , c'est fâcheux. (Haut.) Bergami, nous reprendrons plus lard cet entretien, si vous le voulez-? BERGAHl. Bien volontiers, myloid. ÀSHLEV. Quand nous pourrons êlro seuls, car ce qui me reste à vous dire exige du mystère et de la disci ôlion... Au revoir. iimar, A.U revoir! (Bas.) Je saurai du moins ce qu'il veut de moi. la voix nt jumo, en dehors. Bergami! c'est Bergami que je demande! MHUI, Eh ! mais , c'est la voix de Julio. SCENE III. BERGAMI, JULIO, valets, julio. Je vous dis que je ne suis pas un intrus... je suis l'ami d'il signor Bergami) son ami intime... Bonjour, Bergami, comment te portes-tu? Vous voyez bien que je le tutoie. BEH Je gage cent mille livres sterling que , si tu le veux, tu remplaceras le prince de Galles dans le cœur de Caroline , et que tu apporteras au palais de Saint-James la preuve de son infidélité. Dans le cas où tu gagnerait , ajouta-t-il en souriant, jeiloublerai la somme, » CAROLINE. C'est une plaisanterie. SERS AU. Non, c'est sérieux , madame; ce pari, moyen adroit de ménager l'amour-propre de celui qui l'acceptait , signifiait ceci au fond ; du moins c'est ainsi que je l'explique : « Le prince de Galles paiera deux cent mille livres sterling à qui lui donnera le moyen de prouver que Caroline ae Brunswick a manqué à ses sermens. » (Après une pause.) Celui qui a tenu le pari se nommo lord Ashley... CAROLINE , vivement. Et celui qui l'a proposé se nomme le régent d'Angleterre , n'est-ce pas!... (Avec indignation et bas.) Est-ce assez, d'aiïronts , ô mon Dieu!... 'I ne suffit pas d'avoir brisé mon âme par les tortures de l'abandon , de ui'avoir chassie avee ( 80 ) honte et comme une étrangère du pays qui m'avait adoptée, de (n'avoir refusé, en partant, les embrassemens de ma fille... il lui fallait encore semer les pièges sur mes pis , m'insulter par d'odieux soupçons , enfin traîner le nom qu'il m'a donné dans la fange des débauches de la taverne... Mais, dites-moi , Bergami , ne vous a-t-on pas abusé par un rapport trompeur?... Je ne puis croire qu'il ait poussé jusque là la folie ou l'insolence ! BERGAMI. Oh ! croyez-le , madame , car c'est la vérité pure... je vous le jure par le dévouement que j'ai pour vous. CAROLTVE. Et... comment avez-vous su cela? IIERSAÏ1I. Ceci est mon secret, madame... Je vous supplie de ne aie pas ordonner de le révéler. CAROLINE. Il suffit... C'est cependant assez extraordinaire pour que j'aie envie de tout apprendre... lin vérité , Bergami , le premier sentiment que votre récit a excité en moi a été de l'amertume et du chagrin... le second est bien (liftèrent, je vous assure... j'ai presque envie de rire du choix bi- tarredu prince de Galles , et de l'étrange présomption de lord Ashley... Voyez donc le beau séducteur qu'ils sont allés me prendre là! Puis lord Ashley a une femme chai mante, une femme qui ne mérite pas qu'on la dédaigne... qu'on demande plutôt au prince deGalks! N'importe , à la place de mon royal époux , si j'avais ( 81 ) eu si peu de confiance en Caroline , je l'aurais jugée du moins femme de meilleur goût, et j'aurais choisi mieux que lord Ashley. BERd un , « part. Je n'oserai jamais lui parler de la résolution gué j'ai prise. Caroline , gaîment. Allons : je vois bien qu'ils veulent me forcer à renoncer à ma vie accoutumée, à ma vie douce encore au milieu des peines qu'ils me font, par le charme que jettent sur elle les soins de ceux qui me sont chers... Hélas! ils m'avaient laissé cependant bien peu de consolation dans mon exil !... Désormais, pour se mettre à l'abri de leurs outrages, il faucha que la pauvre Caroline n'ait pas auprès d'elle un seul cœur qui laime, qu'elle détourne son regard quand elle rencontrera un regard qui lui dira : « Comme je te plains! » qu'elle n'ait pas un ami, car pour eux ce serait... Oh ! non , non , je ne renoncerai pas à ces émotions pures du dévouement et de l'amitié; non , je n'abaisserai pas mon âme jusqu'à la contraindre à se taire pour éloigner un misérable soupçon ! 6 erg a mi , avnc dignité. Mais, savez-vous madame, que ce soupçon est déjà venu? CAROLINE. Que dites-vous? BERGABI. Savez-vous qu'il y a ici un de vos serviteurs... un de vos plus dévoués... à l'amitié pure t-'t désintéressée , que l'on vous fait un crime de ( M ) traiter avec bienveillance, d'entendre avec plaisir , quand auprès de vous il charme , par ses souvenirs d'aventurier , vos longues heures du, soir ? Savez-vous qu'on dit, madame, qu'il est étonnant que vous .ayez pris cet homme si bas pour l'élever ensuite si haut, que pour peu qu'il vous vienne la fantaisie de le faire monter encore, il n'y auia bientôt plus déplace digne de lui , qu'une place... à côté de vous... Savez- vous cela , madame? CABOLIKE. Que m'importe ? lERC.AJIf. Savez-vous aussi que lord Ashley est tellement convaincu de cet impudent mensonge qu'il a trouvé cet homme bon pour gagner le pari du prince de Galles et qu'il a eu l'insolence de le lui proposer? CMtOLTNE , après un mouvement. Je sais que ce serviteur dont vous me parlez est le cœur le plus loyal qu'il y ait au monde ; je sais que Caroline de Brunswick ne craint pas que qui que ce soit l'outrage, car elle a appris à se faire respecter. BERGAHI. Ah ! madame, n'est-ce pas déjà assez de souffrances supportées avec tant de résignation ? N'est-ce pas déjà assez de calomnies jetées par la haine sur une tête si chère ? Si votre orgueil vous ordonne de les braver , notre devoir à nous qui vous chérissons plus que la vie, notre devoir est des les épargner à votre repos. ( 88 ) Caroline , avec impatience. Enfin , quel est votre projet, monsieur Ber- gami '!... Vous hésitez? vos yeux se remplissent (le larmes... expliquez-vous. BERtAMI. Oh! pardon, pardon, madame... mais ces paroles que j'étais décidé à prononcer en venant ici , ces paroles que vous écouterez sans colère peut-être , elles ne peuvent s'échapper de mes lèvres , maintenant que je suis près de vous. CAROLINE. Parlez!... mais parlez donc !... UHAII , après une pause. Je viens vous prier , madame, de permettre que je quitte votre service. Caroline , vivement. Vous voulez partir? BERGAJU. Aujourd'hui même. C\ROLINE. Et... si je n'y consens pas?... EERQAMI. .' Oh!... vous y consentirez, madame... Si ce n'est pas pour vous , au moins pour moi. CAROLINE. Quoi donc ? parce qu'un sot a jeté entre nous je ne sais quel rêve de son esprit malade , je me séparerais , moi, d'un ami fidèle et sûr que personne ne remplacerait dans ma confiance ; vous abandonneriez , vous , une femme qui vous doit peut-être, je ne crains pas de l'avouer, Bergami, les seuls jours sans chagrin qu'elle ait passés depuis long-temps! Que vous fait, à vous, qu'on dise que je vous préfère à mes autres ser- ( 54 ) vîteurs ? Que me fait, à moi, qu'on dise que vous m'aimez d'amour... si cela n'est pas?... BERGAMI. Et si cela est?... CAROLINE. Bergami !.. BERGAMI. Cela est, madame... Oh ! vous ne l'auriez jamais su , jamais!... Et cependant cet amour-là est devenu Lien ardent et bien profond. Vous rappelez-vous, madame, notre premier entretien , il y a un an , vous , au haut de ce balcon italien où vous respiriez l'air embaumé du soir, moi, au pied , vous regardant et causant à voix presque basse avec vous... Nous parlions de vous et de moi, de mes aventures et de vos malheurs, de nos deux destinées si différentes... et pourtant presque semblables par leur bizarrerie. Eh bien! alors , je me suis senti entraîné vcrsvous comme par une fatalité invincible... Alors, sans m'expli- quer ce que j'éprouvais, je me suis voué à votre sort tout entier; je me suis juré au fond du cœur que mon repos, ma liberté , mes plaisirs, mes peines , ma vie, tout cela serait à vous et pour toujours. CAROT.ISE. Taisez-vous, Bergami; taisez-vous, au nom du ciel ! ÏERGABI. Depuis!... oh! depuis, madame, je vous ai vu tous les jours , à toute heure; ce serment que je tous avais fait de vous donner mon existence tout entière est devenu encore plus sacré pour moi ; ( «5 ) j'ai béni avec plus de transport encore le moment qui a décidé de mon avenir; ce qui n'était qu'attachement et amitié est devenu passion et amour. Il n'y a plus que ma volonté ou la vôtre pour nous séparer : Dieu, lui-même, ne le pourrait pas... Et maintenant, dites-moi encore de rester, madame, dites-moi que je ne vous prouve pas tout mon respect, tout mon amour en m'éloi- gnant de vous... CAROLINE , vivement. Assez, monsieur , assez... Allez attendre mes ordres... Vous ne tarderez pas à les recevoir. (Elle indique du geste la porte de sortie.) bergami , bas , en se retirant. Ah ! si je rencontrais l'Anglais ù présent! (Il sort.) SCENE VII. CAROLINE, seule, vivement agitée. Cet Ashley , quel homme infâme !... Je suis donc destinée à souffrir foules les insultes!... Ca jeune Italien lui-même, que j'avais accueilli avec tant de bienveillance , que je voulais élever à la fortune dont je le croyais digne... pourquoi est-il venu me faire un aveu qu'une autre femme' eût pu écouter, peut-être , mais que la princesse de Galles est condamnée à regarder comme un outrage ? Insensé.... pourquoi n'a-t-il pas senti qu'il fallait se taire !... Il partira, oui, il partira sans retard. Son sort... je l'assurerai... Je le ferai riche... plus riche qu'il n'a jamais pu l'espérer... (Bruit et cris en dehors.) Qu'est cela ? ( 56 ) BF.RGAM7, en dcJlOTS. Vous êtes un lâche!... Défendez-vous! «AROI.INE. Qu'entends-je ? (Elle s'approche vivement de la porte.) Bergami... c'est un duel, ô mon Dieu!... (Cliquetis d'épées.) 01) ! le malheureux!... c'est pour moi... (Avec vn cri.) Arrêtez ! .. arrêtez!... Caroline vous défend de vous battre... (Le bruit des armes continue.) SCENE VIII. CAROLINE, Î.ORT) ASIILEY , l'épia à la main; puis BERGAMI, le poursuivant. Caroline, se plaçant entre eux. Dans ma maison, messieurs , devant moi! ASIILEV. Cet insolent Italien a osé menacer un gentilhomme anglais !... Il faut que son sang lave l'affront que j'ai rfçu de lui. bergajii , à Caroline. Le sien aurait déjà coulé , si un mot de votre bouche ne retenait mon bras. CAROLINE. Silence tous deux ! (On entend crier : vive Caroline de Brunswick ! vive la reine'.) Que signifie ce bruit ? Tout le monde accourt de ce côté! Qu'est-il donc arrivé ? SCENE IX. LES MÊMES, JENNY , AUTISTES, DAMES, TJN COURRIER. JENSY. Un courrier extraordinaire vient de mettre pied à terre à l'entrée de la villa... Ou l'entoure, ( 87 ) on le presse, el il dit à chacun l'importante nouvelle qu'il apporte , celle de la mort duvieui roi d'Angleterre. CMUILINE. Mort !... le roi Georges III! JENNY. Oui, madame; voici le courrier lui-même qui n'a voulu remettre ses dépêches qu'à Votre Altesse. Caroline , prenant frs défiches. Donnez! donnez. ! {Elle ouvre le paquet.) Une lettre du prince de Galles!... (Lisant.) « Madame, mon père le roi Georges 111 a terminé sa longue et douloureuse carrière. » (S'interrompant.) Pauvre vieillard , qui avait survécu à sa raison !... (Lisant.) a Je viens vous proposer , madame, une réconciliation franche et sincère; mais il est une condition sans laquelle les souvenirs du passe' ne peuvent être efl'acés... Vous resterez sur le continent, et enverrez au parlement voire acte de renonciation au titre et au rang dereine d'Angleterre. » Quelle insolence!... Messieurs , je proteste en votre présence , comme je le ferai aux yeux de toute l'Europe , contre la violence dont on veut me rendre la victime... Mes droits sont sacrés, je saurai les maintenir... Il n'y a plus ici de princesse de Galles. Inclinez- vous, messieurs, je suis reine d'Angleterre. TOUS. Vive la reine d'Angleterre ! CAROLINE. Dès ce moment je fais acte de souveraineté, 4 ( es ) et je nomme ma maison... Tous nos serviteurs fidèles conserveront auprès de la reine les emplois qu'ils remplissaient aupiès de la proscrite; miss Jenny Donald , vous êtes élevée an rang de première dame d'honneur ; monsieur Bergami , nousvous faisons comte et chambellan... {A Ash- ley.) Lord Ashley , jusqu'à présent vous avez accompagné Caroline dans son exil; désormais je; vous défends de vous montrer à mes yeux. Vous êtes indigne de la confiance que j'avais mise en vous. Messieurs, regardez bien cet homme poulie reconnaître partout où vous le rencontrerez. Il a trahi l'infortune , il s'est vendu pour de l'or à la puissance. J'attache devant vous sur son front le sceau de l'infamie ! (A Berrjami.) Tout est-il prêt pour le départ ? (On entend un coup de canon.) BERGAMI, Madame , voici le signal qui l'annonce. (Les jalousies du fond s'ouvrent; un bâtiment léger parait sur la mer, le vaisseau met toutes voiles dehors et semble «e mettre en mouvement.) CAROUBE. Messieurs , ce n'est plus en Sicile que nous allons maintenant, c'est à Londres BERGAMI. A Londres ! ajiit.ey , avec rag». Caroline de Bruswick, nous nous retrouverons , je l'espère. (Tout le monde se dirige vers le fond ; Asbley, seul sur l'avant-scène, semble menacer Caroline; Bergami fait un mouvement vers lui ; la reine l'arrête et jette ■n regard de mépris sur A.sliley.) FIN DU Dr.l'XIÈME ACTE. ( w ) ACTE III. A Londres, dans la maison de l'aldermann Wood. — Une grande salle de réception. A droite et à gauche, deux portes latérales. — Au lever du rideau, miss Jcnny Donaldet quelques daines de la reine sont en scène occupées à ranger divers objets et cartons de Caroline. SCENE PREMIERE. MISS JENNY DONALD , suies de la heine. MISS JENNY. Enfin , nies chères compagnes , depuis hier nous voici à Londres , dans la capitale de notre belle Angleterre. une un. Et avec le titrede dames d'honneur de la reine. MISSJESKT. Oui... mais cet emploi brillant, nous ne pouvons l'exercer au milieu de la pompe d'une résidence royale à Carletowrihousc ou à Saint-James , par exemple, grâce à notre bien-aiiné souverain Georges IV. L'accès en a élo détendu ù la princesse Caroline, et, sans le dévouement de M. l'aldermann Wood, notre auguste maîtresse courait grand risque de descendre à l'auberge. m dame. Oui... mais le peuple? MISS JENNY. Oh ! à défaut de la cour , le peuple est pour la reipe : c'est ce qui me rassure. Quelle récep- ( 60 ) tion!... Trois cents gentlemen qui précédaient ù cheval nos voitures, la ville entière illuminée... puis les cris de la foule : Vive notre souveraine! vive Caroline de Brunswick !... SCENE II. LES PRECEDEES , JULIO. Jtuo, enlt'ouvrant la porte à deux baltans, se met à crier : Vive la reine d'Angleterre! (Mouvement d'effroi des dames d'honneur.) miss JENNY. Oh! mon Dieu! que veut cet homme 7 (Elles se retirent presque épouvantées et forment un groupe.) jtjlio , toujours à la porte. N'ayez pas peur, mesdames , n'ayez pas peur, je vous en supplie ; c'est un reslcde mon enthousiasme d'hier. (// s'approche poliment de Jenny et la salue.) Vous ne me reconnaissez pas , miss Jenny? vous m'avez pourtant vu en Italie, et hier , lors de l'entrée de Sa Majesté, si vous ne m'avez pas entendu, c'est que vous y avez mis de la munvaise volonté. Je puis dire , sans vanité', que j'ai servi la cause do la princesse du toute la puissance de mes poumons. MISS JENNT. C'est bien , monsieur ; que demandez-vous ? jci.10, avec attendrissement. Je voudrais serrer dans mes bras mon ami Bergami. BEaaiMi, dans la coulisse. James, des chevaux le plus tôt possible... Hâtez-vous . { 61 ) 111.10. C'est sa voix ! «MIT. Il sort sans doute du cabinet de la reine.... (Aux dames.) Je ne sais ce qui se passe ici, mesdames ; mais, depuis ce matin, notre chambellan a pris un air triste et rêveur. (Le montrant aux dames.) Tenez... regarde?:.., (Bergami paraît par la porte de droite, pensif et le» bras croisés. Les dames et Julio sont au fond , de sorte qu'il peut entrer sans les voir.) (Bas, aux dames.) Mesdames , maintenant que l'audience du seigneur liergami est terminée, nous pouvons entrer chez la reine. (Elles entrent en silence , Julio reste.) •MJLIO. Il paraît fort occupé , mon compatriote. Tenons-nous un peu à l'écart... il faut lui ménager le plaisir de la surprise. $CENE III. JULIO , au fond; BERGAMI , arrivant lentement sur l'acant-scine etsej tuitdans un fauteuil. msiiti. M'éloigner !... me forcer à quitter Londres sitôt... ne pas me laisser jouir de son triomphe!.. JULIn , a part. Ai-je envie de l'embrasser, ô mon Dieu ! bf.hgaht , à voix busse et étouffée. Quelle est cette mission dont elle doit me charger ? Elle me l'apprendra elle-même , m'a-t-elle dit. Ah!... ma!gré le soin qu'elle mettra sans doute à me cacher le véritable motif de cette séparation , je crains de l'avoir devinée... Çel ( 62 ) amour italien qui brûle mon âme, cet amour que chaque instant, chaque minute passés auprès d'elle rend plus violent et presque plus hardi, il l'inquiète... il l'effraye... Je l'ai vu à cette réserve soudaine qu'elle s'impose à présent avec moi. Quand , en prenant congé d'elle , à l'heure où finit mon service, ma bouche timide se pose respectueusement sur sa main , cette main tressaille et semble vouloir se retirer, et cependant elle est émue en ma présence , et, loin de moi, souvent elle a pleuré... JULIO, toujours au fond. 11 parle tout seul... il s'occupe peut-être de moi... (Faisant un mouvement.) Ah! ma foi , je n'y tiens plus... (Allant vers lui.) Mon ami !... mon cher ami !... (11 se jette dans ses bras.) iiistai. Comment! c'est toi, Julio? JULIO. Moi-même. BEBGUiT. Et par quel hasard te trouves-tu ici ? JULIO. Ah! voilà... c'est une drôle d'idée qui m'est venue , va; une idée qui s'est emparée subitement de mon imagination... ardente... Cher ami, sans t en douter , c'est toi qui me l'as donnée cette idée-là... Tu te rappelles qu'à notre dernière entrevue à la villa de Gênes j'avais été faire un tour à l'office avant de m'en retourner au pays, moi et ton argent , quand j'apprends que f C3 ) 'out le monde déménage sur un vaisseau et que tu pars pour l'Angleterre avec la princesse de Galles, elle en qualité de reine, toi en qualité de comte...de chambellan... enfin je ne sais quoi... Crac, la tête me tourne... je ne pense plus à ma femme ni à la poste du prie Sauderino... Je demande à mains jointes qu'on me fourre dans "11 coin de votre navire, à fond du cale, si l'on v ent... Impossible... Je ne me décourage pas. Un brave capitaine italien m'offre de m'embarquer avec lui. j'accepte, et, deux heures après, moi, postillon, jevoguais sur l'onde, bravant les flots et lemal de mer pour voler dans les bras de l'amitié. BEKG1JII. Et... la traversée a-t-clle été heureuse? JULIO. Heureuse! comme ça... D'abord, j'ai été très- malade... oh!bien malade... Ensuite, nousavons eu un gros temps... une tempête affreuse. Pour alléger le navire, on a jeté tous nos effets à la nier , et on était près de m'y jeter moi-même , v u les htiHemens que la peur m'arrachait. m,«uni. l'aiivie Julio ! Jlii.m. Enfin , nous avons fait naufrage sur les côtes d Angleterre. J'ai acheté avec ton argent, un habit à la mode, tout neuf; un bel habit anglais... {H le montre.) C'est étoffé ça... Avec le reste de ton argent j'ai pris un cheval, et, comme ■"ous voyagiez lentement, j'ai pu vous rejoindre. Je me suis ieté à corps perdu dans le cortège de peux qui, à chaque pas, félicitaient la princesse, ( fl* ) de sorte que, de bourgade en bourgade , de ville en ville, je vous ai suivis, criant, chantant, pleurant... et m'enivrant de porter avec les braves amis de la reine. tanin. C'est fort bien ; mais cela ne m'explique pas ce que tu viens faire à Londres. JULIO. J'ai à ce sujet des choses de la plus haute im portance à te communiquer. bergabi, impatienté. Abrège. JULIO. Tel que tu me vois, toutes mes idées sont bouleversées...Tu as devant toi un individu gonflé d'ambition... Je veux des honneurs , des titres , des places... ou au moins une place. JJEKGAHI. Et tes anciens projets d'établissement ? JULtO. Renversés de fond en comble. Ecoute, la botle me pèse et le fouet nie répugne. Il y a maintenant incompatibilité complète entre la route de poste et le chemin dans lequel je veux me lancer. Tu te souviens du vieux rabricip, le chef fonctionnaire de notre district de Viilalba, c'est un brave homme , celui-là , et qui entend bien son métier... Il a l'estime de tout le monde, et il gagne trois mille ducats... Eh bien ! je veux sa place ; c'est-à-dire que je la désire comme un insensé. C'est uue idée tixe, et il faut m'arrange! - celte affaire-là, ( 60 ) BKRG K Kl. Ce n'était pas à Londres que tu devais Tenir pour obtenir un emploi dans le royaume de Nazies. juuo. Qu'est-ce que ça fait ?... C'est tout simplement unu petite alFaire de télégraphe ; la reine , ta protectrice, dira un mot, rien qu'un mot.,. Alors , l'ambassadeur de Londres fera signe à l'ambassadeur de Naples... (Il gesticule des bras.) Bou ! en vingt-quatre heures voilà le père Fa- hricio à pied , sans qu'il ait eu seulement le temps de regarder d'où vient le vent... Plus tard, l'ambassadeur d'Italie ayant crédit ouvert d une destitution , se fera rembourser en même "•onnaio sur son confrère de Londres. C'est pas plus difficile que ça. "SRGvmi , qui a été distrait et qui s'est approché de la porte de la reine. H m'a semblé entendre du bruit dans le cabinet de la reine... Si elle allait venir !... Jl'LIO. Eh ben ! ne trouves-tu pas que j'ai raison? BEKRAM1 , préoCCUl*. Oh ! tout-à-fait ! ■IV 1.10. Alors, je peux compter sur toi... Tu vas l'occuper sans retard de me donner lu place du père Fabricio. MNMMai. Nous causerons de c<'la une autre fois, Julio. juur>. Une autre fois !... pas du tout... il faut battre •e fer pendant que je suis chaud. Je te le répète, ( 66 ) je suis altéré d'ambition ; j'ai pour les fonctions salariées une véritable soif de postillon. bergami , l'approchant cncorr du cabinet. Je crois que c'est elle qui se dirige de ce côté, juno. Eh !... mais... tu ne me parles plus !... BKRRAMI. Si, si... C'est que la reine peut se rendre ici dans un instant, et tu comprends que ta présence... JULIO. Rougirais-tu de moi 1 bergami. Julio , je t'en prie , va-t-en. JULIO. Que je m'en aille... où ça? berg\mi , impatienté. Où tu voudras. juno , étonné. Quel ton!... Ah ! Bergami! c'est mal... Moi qui t'aime tant! Moi qui l'aime plus que mon pauvre frère que j'ai perdu ! BERGAHI. Tais-toi !... Tais-toi donc... la voici. JULIO. Qui? BERGAMI. La reine. JULIO. La reine ! Eh bien ! je ne suis pas de trop... Je lui parlerai, moi, ù la reine... (La reine parait , Bergami fait un mouvement d'impatience pour repousser Julio ; la reine laisse tomber un regard de mécontentement sur Julio.) ( 67 ) jtLio , embarrassé. Je sors... Son regard me coupe l'improvisa- t'on... (Il regarde Ber garni avec l'expression d'une rage concentrée , et sort en disant : ) Tu Hé le paieras, monsieur mon associé. SCENE IV. LA. HEINE , BERG AMI. CABOLIRI, Quel est cet homme V BIROAÏI. Un compagnon de mon enfance, né dans le même village que moi. Il est devenu ambitieux , le pauvre Julio, comme tant d'autres. La pro.r Action que Votre Majesté accorde au dévouement de Bcrgami, a tourné bien des têtes dans n os vallées d'Italie. CAROLINE. Ces gens naïfs regardent ceux qui parviennent eornme les protecteurs naturels de ceux qui ont ' e désir de s'élever... Demandez pour eux quel- lues faveurs, Berganii, elles ne vous seront, pas ,p fusées... Mais il est temps cpie je vous apprenne la cause du sacrifice que j'exige encore " e votre amitié... C'est une faute que nous av ons commise d'avoir conduit jusqu'à Londres ' etenfant, être chéri qui a fait la consolation de "■es jours d infortune. James a trouvé, auprès ''e Soutliwark, une retraite sûre pour mon Augustin. C'est à vous , Bergami , que je remets le droit de le protéger... Vous allez partir avec lui. ( 68 ) naaAnt. Ah! madame! ce peu de mots a déjà rendu le caime à mon cœur ; j'en avais besoin pour pouvoir me séparer de vous. Caroline , aves embarras* Je ne vous comprends pas. IUttH< Pardon, pardon pour Dergami , d'avoir craint un moment, un seul moment que sa souveraine lui eût retiré ses bontés. CAROLINE. Bergami, vous avez craint cela ? BERGABI. Hélas! madame, encore une fois pardon... Mais mon bonheur était si pur auprès de vous ! mais toute mon existence me semblait tellement liée à la vôtre, que la pensée que cette joie céleste viendrait à m'être ravie a bien pu me rendre injuste malgré moi...Oui, je vous l'avouerai, depuis quelque temps votre accueil me semblait plus froid , votre sourire moins ami ; nos entretiens si doux , je m'imaginais que vous n'y trouviez pas maintenant autant de charmes qu'auparavant , et je n'avais vu dans la mission que vous m'annonciez... oh! que j'étais insensé !... madame, qu'un muet avis que ma présence vous déplaisait. CAROLINE. Insensé, en effet, car jamais votre dévouement et votre amitié n'ont été mieux appréciés par Caroline. bersaii. Ah! je me rendrai digne de cette nouvelle ( 69 ) marque d'intérût que me donne ma souveraine en exécutant ses ordres, en la quittant enfin... quoi qu'il m'en doive coûter. Si, quand je serai loin d'elle, quand je ne la verrai plus, mes regards se tournent involontairement vers les lieux où je l'aurai laissé, je les reporterai aussitôt sur cet enfant qu'elle a confié à ma garde, pour éloigner de mon âme les regrets de l'absence ou les désirs du retour, etje me dirai : Il y a peut-être à Londres quelqu'un qui me tient compte de ce que je souflre et qui pense à moi quelquefois ! Caroline , acec émotion. Toujours, Bergami , toujours ! (Caroline vivement émue lui donne sa main : jeu muet. Enfin , ne pouvant plus cacher ses larmes, Caroline court vers la porte de son cabinet et apcllc : ) Jenny ! jenny !... SCENE V. les utm, JENNY, ie rim AUGUSTIN. cmioune, à Bergarni , lui remettant l'enfant. Parte/., Bergami ! et que voire vigilance soit attentive : nos ennemis ont tant d'adresse! A mille ruses opposez mille précautions. Si les événement qui se préparent ont un résultat favorable, James reviendra vers vous : son arrivée sera le signal de votre retour. (Tendrement.) C'est l'exil que je vous demande ; je vous y condamne et je fais des vœux pour qu'il soit de courte durée. (Enibrassaut Augustin.) Adieu , mon enfant ! Augustin , l'embrassant. Adieu , ma mère ! ( 70 ) • ERttAMI , sur le seuil de la porte à droite avec l'enfant. Madame , je vous l'ai dit : ma vie et mon sang sont à vous. (Il sort avec l'enfant.) SCENE VI. CAROLINE, JENNY. CAROLINE , bas. Ah! il ne sait pas que je souffrais plus que lui, peut-êtie, tie (('lie séparation cruelle !... Mais je (levais l'éloigner... il le fallait... Mon Dieu ! j'ai cru un moment qu'en sa présence mon émolion allait rue trahir. jenny , qui est allée au fond. Madame, sir Wood , voire hôte , demande si Votre Majesté peut le recevoir. CAROLINE. Sir Wood !... Certainement, miss Donald , j'ai toujours du plaisir à revoir celui qui m'a si noblement offert l'hospitalité. (Jcnny sort. Wood entre.) SCENE VII. CAROLINE , WOOD. SIR WOOD. Madame , les différentes corporations de Londres vous demandent par mon organe l'honneur de vous présenter leurs respectueux hommages. Elles sont rangées en silence et bannières déployées devant les portes de mademeure, et attendent que VotreMujcsté veuille bien les recevoir. C\ROLINE. Qu'elles viennent ! Qu'elles viennent, monsieur Wood , tout de suite ! ( 71 ) wood , bas. C'est que... j'ai une autre audience a solliciter de Voire Majesté. CAROLINE. Et... pour qui ? WOOD. Pour Sa Majesté Georges IV. CAROLINE. Le roi ! WOOD. Oui , madame. Un de ses aides-de-camp vient de me prier de sa partde demander l'heure de Vo- tr e Majesté. ..C'est un entretien important et confidentiel. J'ai pensé que vous recevriez le roi av 'ant les corporations. CAROLINE. Vous vous êtes trompé , monsieur Wood; le Pp"ple d'abord , le roi ensuite. (Elle va se placer sur le fauteuil élevé qui lui est préparé. Wood va au fond du théâtre et fait un signe. Les portes sont, ouvertes à deux battans. On voit les corporations monter par deux escaliers latéraux.) SCENE VIII. CAROLINE, WOOD. Deputations de plusieurs corps constitues , on corporation» de Londres. La reine * est assise ■ les corporations entrent et se rangent d'iii.s lu salle ; elles portent des bannières en tète . sur l'une on lit: A la reine les ouvriers du port; sur une autre: A Caroline les marchanda de la cité; sur un» troisième: Les femmes du peuple à la reine du peuple , etc. TOUS , en entrant. Vive Caroline ! vive la reine ! CAROLINE. Merci, mes amis ! Ces hommages me sont t n ) bien doux , car je suis sûre au moins qu'ils ne sont pas commandés. LE LORD MAIRE. Nous, vos fidèles citoyens de Londres, le lord maire, les aldermen et les conseillers de la cité réunis en conseil municipal, avons cru remplir un devoir en apportant à Votre Majesté les expressions de notre attachement et de notre respect. CAROLINE. Messieurs. dans toutes les alarmes par lesquelles j'ai passé, l'attachement généreux de lanatian anglaise a été mon bouclier contre mes ennemis... Soyez assurés que le temps n'effacera jamais les scnlinr'ns de reconnaissance que je dois à ma patrie adoptive. Hit OUVRIER BU PORT. Majesté, faites excuse! nous sommes de pauvres ouvriers du port, mais nous avons un cœur et des poings à boxer pour vous du matin au soir; si bien que nous avons fait une collecte pour boire demain en votre honneur ; faites excuse, Majesté, si nous nous grisons à votre santé. CAROLINE. Combien êtes-vous ? l'ouvrier. Cinq cents, vu qu'il y en a deux mille qui n'ont pas d'argent. CAROLINE. Invitez-les tous de la part de la reine. TOUS. Vive la reine ! v« trtom. Madame , les épiciers de la cité vous préscii- ( 7» ) tent leurs très-humbles remerciemens , car vous leur avez fait vendre plus décent mille lampions pour illuminer votre arrivée. (La reine sourit.) eue rira du riDïti. 11 sont tous comme ça les épiciers. un m vçns. Majesté, si le corps des maçons peut vous être agréable contre les ministres, vous n'avci qu'à dire un mot, et demain on pourra mettre à la place de leurs hôtels : Terrain à vendre. CAROLINE. Non, non, mes amis, point de révolte h cause de moi... ils seraient trop contens si jeleur don- Dais ce prétexte. UN DÉPUTÉ. Madame, la chambre des communes nous envoie vers vous pour vous avertir qu'elle a pris la ■"«solution d'interposer sa médiation entre le roi el vous , si Votre Majesté le permet. CAROLINE. •Te remercie messieurs les représentons de la d'ambre des communes ; je sais que je compte parmi eux d'ardens et courageux défenseurs, n 'ais... que l'on commence par rétablir mon nom * u i' la liturgie, par me rendre les honneurs publics qui sont dus à mon rang, et alors il sera temps de parler de médiation. UNE FEU H E DU PEUPLE. Le reine a raison... il ne faut pas céder à sou Diari. WOOD. Taisez-vous , taisez-vous , ma bonne. CAROLINE. Pourquoi ? Laissez-la parler. ( W ) LA FEJIJIE DU PEUrLÏ. Certainement, puisque je suis députée des marchandes de poissons , des nymphes de la Tamise, comme on les appelle ; madame la reine, on m'avait composé une harangue très-bien tournée, mais je ne sais pas comment j'ai fait eu route, j'ai perdu mou harangue... Si bien que je ne peux plus vous parler que tout naturellement. CAROLINE. J'aime mieux cela. LA MARCHANDE DE rOISSONS. Il n'y a qu'une chose à vous dire... Nousavons fait une souscription, madame la reine, une souscription a lin Scheling qui a produit un tres- beau service en vermeil... Nous pl ions madame la reine de ne pas s'en offenser , car dessus il y aura écrit : Les femmes du peuple à la reine du peuple. Voilà , madame la rien. CAROLINE. Mesdames, j'accepte votre cadeau avec le plus vif plaisir; et si je remonte jamais sur le trône, je le regarderai comme un des plus beaux joyaux de ma couronne. wnon , but. Madame, la voiture du roi entre dans la cour. CAROLINE , do mêmn. C'est juste ; c'est son tour. ( Haut.) Je me souviendrai de vous tous ; n'oubliez pas non plus la reine Caroline... Dieu vous garde, mes amis! tous , en sortant. Vive Caroline ! vive la reine ! CAROLINE. Monsieur Wood, veuillez introduire le roi. (Elle rentre dans sou appartement.) ( ) SCENE IX. WOOD , LE ROI. wonn, qui a introduit le roi par la petite porte de coté. Sire, la reine va venir. (11 salue et sort.) SCENE X. LE ROI, seul. Je vais donc la revoir! Les propositions que J a < à lui faire seront-elles bien accueillies , et Caroline , arrivée à Londres, se montrora-t-elle moins fière qu'à Gênes ? Cette négociation était délicate... aussi, j'ai voulu m'en charger moi- même... (Après une pause.) Si lord Ashley s'est t'mparé de ces lettres qui, selon lui, sont une Preuve accablante contre Caroline, elle ne pourra Se refuser à quitter l'Angleterre, et ma cause Sc ''agagnée... Mais aura-t-il réussi?.. Oh! oui!., Cet Ashley est bien le plus subtil Argus que jamais prince ait envoyé en mission : sa charmante fenime me le disait elle-même il y a quelques )°ui'!, : (< Comptez sur mon mari, sire, il ne saurait échouer ; il tient trop à devenir membre de la chambre des lords, » UN domestique, annonrant. Sa Majesté la reine. (Il sort.) Ah! 8CENI-; XI. LE ROI, CAROLINE. carom-ik , à elle-même. Le voilà !... Je ne croyais pas éprouver une si ( 70 ) vive émotion en me retrouvant près de lui... Allons, je me sens le courage de l'écouter. LE ROI. Vous excuserez, je l'espère, madame, l'impor- tunité que j'ai mise à obtenir de vous cet entretien. dAIOtlRI. Votre présence, sire, m'est d'autant plus précieuse que mon cœur cherche à la regarder comme le présage d'un rapprochement. Je vous demande pardon de vous entretenir dans cette modeste retraite ; il nY< pas tenu à moi que Votre Majesté fût reçue dans une demeure plus digne d'elle. LE ROI. Vous avez été blessée, je le vois, du refus que vous a fait lord Liverpool de vous accorder une de mes habitations royales... Veuillez m'écouter, madame, et vous comprendrez le motif de ce refus. carolise. Asseyez-vous, sire... Mon attention la plus, respectueuse ne vo is manquera pas. (Ils vont pour s'asseoir; la reine reprend.) Mais avant de commencer cet entretien , oscrai-je vous adresser une prière? (Mouvement d'assentiment du roi.) Dites- moi donc quelques mots de ma fille... de voire fille... Quand je mus partie pour mon long exil, j'ai laissé ici un ange de douceur, de beauté... Je reviens , ctjcne trouve qu'un tombeau. le roi, avec vmotion. Madame , la princesse Charlotte est mort 6 ( 77 ) l'idole de l'Angleterre ; des regrets étaient dans tous les cœurs , des larmes dans tous les yeux. CAROLINE. Lui parliez-vons quelquefois de sa mère ? LE ROI. Souvent, madame. CAROLINE. Et... m'aimait-elle toujours ? LE ROI. Je ne lui ai pas appris à vous haïr. Caroline, avec expansion. Je vous remercie. (Se remettant et avec effort.) Mdintenantje suis prête à vous entendre. (Ils s'assoient.) LE ROI, après une panse. Vous avez reçu à Gènes , madame , la lettre lui vous instruisait de la mort du vieux roi mon pète. Caroline. Oui, sire, la lettre signée de vous qui m'ordonnait de ne jamais poser le pied sur le sol de la Grande-Bretagne. le roi. Et cependant vous êtes à Londres. CAROtllIl. Voici comme cela s'est fait, sire : j'ai lu à liante voix ,devanttoute ma maison rassemblée, ^otre lettre qui exigeait de moi une renonciation complète à mes droits à la couronne, et , a près l'avoir lue, j'ai déclaré que j'étais reiue d'Angleterre, et je suis partie pour venir m'as- s eoir sur le trône avec vous. IX 801. Oui, on m'avait dit cela déjà. ( 78 J CHiOLINR. Et vous a-t on dit aussi, sire, avec quel enthousiasme j'ai été accueillie en arrivant? A mon débarquement, le navire pavoisé de mille couleurs , qui me portait, a été salin' par une foule immense qui se pressait sur le rivage. J'étais environnée, portée jusqu'à ma voiture. Pendant ma route de Douvres ù Londres , en quelque lieu que ce Filt, les mêmes va ux m'accompagnaient. A Londres , oh ! à Londres, c'était un spectacle curieux à contempler. Là , vous êtes maître cependant ; là, un désir de vous eût opposé des cris de haine et de dédain aux cris de symphatie et de pitié que poussait le peuple à mou aspect... Eh bien ! pas un seul cri de dédain eu de haine ; partout de la pilié et de la sympathie, partout de l'amour. (Se levant et avec majesté.) Et à présent, sire, ordonnez-moi de sortir d'Angleterre , car c'est cela que vous venez me proposer, n'est-ce pas ? c'est ma part du trône que vous venez me supplier de vous vendre. le roi, qui s'est levâ en même temps que Caroline, Aussi cher que vous le voudrez. Ecoutez-moi, madame ; il est dans le monde de ces positions forcées qu'il faut subir, de ces préjugés impérieux auxquels il faut se soumettre. Entre nous deux , l'opinion Duplique a élevé une insurmon* table barrière ; elle condamne Caroline de Brunswick et le roi d'Angleterre à vivre séparés l'un de l'autre. c*rot.ine, avec émotion. Cette opinion publique que vous respecte* ( 79 ) 'ant , sire , est-ce bien elle qui élève entre nous cette barrière insurmontable dont vous parlez? LE roi , vivement. Je l'accusais, madame, pour ne pas vous accuser. CAROLINE. Moi? LE ROI. Vous. Caroline . avec ditjnité. Sire , sur votre honneur , croyez-vous aux infimes calomnies dont on a essayé de me flétrir ? Sire, donnez-moi votre parole de roi que tous y Ployez. LE ROI. Madame , je ne suis ni ne veux être votrejuge ; jyais le repos de l'état exige que vous quittiez \ Angleterre, et si vous comprenez vos véritables ,n térêts, vous serez partie demain. Caroline. Je les comprends bien mal alors , sire, car je •este. Prenez garde ; les clameurs de quelques fâcheux et l'appui d'un petit nombre de lords mé- c ontens vous ont enivrée. Le peuple vous prend comme un moyen de sédition ; il voit en vous ,,n étendard de révolte ; mais la nation anglaise , Ce 'le qu'on peut réellement appeler ainsi, n'est P°s aussi disposée à laisser impunies les insultes que vous avez fuites à son roi. Songez-y, madame, y a eu de reines que le parlement a convaincues d'adultère. LE ROI. ( 80 ) CAROLINE. Elles étaient coupables, sans doute. LE ROI. Elles avaient besoin , comme vous, de la clémence royale. Henri VIII et Edouard II ont été inflexibles pour elles : Georges IV ne vous refuserait pas son pardon. CAROLINE. Son pardon!... Et qui des deux doit l'accorder à l'antre? Qui a été chassé de son pays d'adoption , du pays qui lui avait offert un trône ? Est- ce le roi d'Angleterre ou Caroline? Qui a supporté un exil injuste sans se plaindre, traînant partout l'espionnage sur ses pas, entouré de pièges . abreuvé de inépris? Qui a vu sa réputation, son honneur, jetés à la merci du premier pamphlétaire? Qui recevait, comme un bruit lointain du monde, le récit des coupables dissipations du seul être auquel était vouée toute son existence? Est-ce le roi d'Angleterre ou la malheureuse Caroline ? LE ROI. Assez, assez , madame ; je ne suis venu ici ni pourrecevoir de reproches ni pour vous en adresser... Ne me forcez pas à changer de langage. CAROLINE. Je livre ma vie entière à l'enquête la plus sévère... Une preuve , une seule preuve , je ne la crains pas, je la demande. LE ROI. Vous demandez des preuves!... Mais sachet donc, madame, qu'il en existe d'accablante» ( 81 ) confie vous, et que sans moi le lord grand-chancelier les aurait déjà livrées nu parlement. C A ROLINE. Une seule , sire , une seule. LE BOT. Vous l'exigez?... Eh bien ! pendant votre absence de la cour et vos voyages sur le continent, pensez-vous que ma surveillance soit restée inactive? CAROLINE. Je sais le contraire , sire. LE ROI. Pensez-vous qu'on n'aitpas saisi le fil de plus (| "ne intrigue secrète que vous croyez à jamais oubliée?... Cet enfant auquel vous portez un si % ''f intérêt... On connaît maintenant le mystère " e s a naissance. CAROLINE. Est-ce pour cela qu'on a voulu le faire assassiner à Naples ? LE ROI. Et cet homme... cet Italien... Oh! vous m'en 2 * e ndrez , madame ; vous l'avez voulu. CAROLINE. Je suis calme, sire, vous le voyez. H Roi. Cet homme pris dans les derniers rangs du P eu ple i cet homme qu'un caprice de femme a c 'evé à la fortune , est-ce encore de la calomnie 1"i le représente suai cewe à vos côtés, ne vous Huittant jamais ? Est-ce la calomnie, madame , lui vous montre aux yeux de l'Italie entièrejetant s,lr la vie de cet aventurier l'éclat brillant d'un 5 ( 82 ) manteau de comte, prostituant entre ses mains la clé d'or de chambellan? Est-ce la calomnie enfin qui a osé l'appeler hautement le rival du roi d'Angleterre? CAtotini. C'est un serviteur fidèle, dont le plus grand tort est peut-être de ne s'être pas vendu à mes ennemis. I.ï ROI. Ce serviteur fidèle vous a suivie à Londres , madame ; mais veillez sur lui , car j'ai donné l'ordre de le saisir partout où on le trouvera. Caroline, après avoir r 'primé un mouvemrnt. 11 est de ma maison , et les lois anglaises le protégeront contre voas-même. Sire , je vous avais demandé des preuves ; je les attends encore. le roi, après s'être avancé jusqu'à la porte et avoi" fait vit sitj/ie. Voici quelqu'un , madame , qui se chargera de vous en fournir de nouvelles. SCENE XII. LES SÈMES , ASHLEY. G A ROMNE. Cet homme ici!... Sortez , monsieur , sortei & l'instant même. ASB LET. Je m'empresserai, madame , de souscrire * votre désir , si telle est aussi la volonté de Sa Majesté le roi. LE ROI. Pardon , madame ; niais pour manquer à c« point à ce qu'il vous devait , il a fallu que lo frt ( 83 ) Ashley fût guidé par un motif de la plus haute importance. à SB LIT. Oui, sire , de la plus haute importance : ces papiers dont j'ai souvent entretenu Votre Majesté... (Montrant Caroline. ) Ces lettres que la princesse recevait en Italie... Lt uni. Eh bien! ASTHET. Elles sont entre mes mains... les voici. (Il remet un paquet cacheté.) CAROLINE. Ah! vous êtes parvenu à vous en emparer , "jylord... (Avec ironie.) Malgré votre zèle à ser- v,r les intérêts du roi, je n'avais, j en conviens , "Ucun soupçon sur vous le noi. Ge» lettres contiennent, à n'en pas douter, le secret de toute une intrigue. CAROLINE. Je ne le nie pas. m uni. Alors, madame. ne me forcez pas à m'en faire u "e arme contre vous; acceptez ce que je vous proposé, et je vous promets un généreux si- '*uce, OAtaum. Sire, ces lettres sont à votre discrétion ; vous Pouvez les lire ou en respecter le mystère... Prenez ce dernier parti, je vous le conseille, et il y * dans ce conseil plus d'amitié et d'indulgence »" e vous n'en méritez. ( 84 ) UE BOI. Vous le voulez? Caroline, viocment. Ouvrez , sire ouvrez ! ASHLBY. A présent, madame , je me retire. CAROLINE* Au contraire, restez, mylord , restez... je vous le permets. LE EOI, brisant le cachet et parcourant l'adresse de quelques letites. Que vois-je! mon écriture! ASHLEY. Son écriture! Caroline, à voix haute et reprenant les lettres. Et celle de lady Ashley. A8HLET. Ma femme! Caroline , à Ashley. Vous voyez bien que j'avais raison de vous prier de rester: ceci vous regarde. (Au roi.) Vous ne vous trompiez pas , sire , en disant que le secret de toute une intrigue était renfermé là. Vous devez être content; vous aussi , mylord : le voile est déchiré. LE roi . aoec agitaiio*. Madame, cette correspondance... CAROLINE. Ne craignez rien , sire ; en lui donnant de I» publicité , qu'y gagnerais-je? Un peu de piti" pour moi, de la honte pour vous... La reine Caroline ne sait pas se venger à ce prix. (Elle froisse les lettres et les jette au feu.) le roi | à part. Anéanties! ( »r> ) CAROLIHI. Il en sera de même de toutes vos accusations , sire : de loin la calomnie les rendra graves et terribles ; de près elles s'évanouiront ou retomberont sur mes oppresseurs, sur vous-même peut-être. LE RM. Georges IV , madame , est descendu jusqu'à ls prière... Maintenant c'est un ordre que le roi d Angleterre vous donne. caruiine , uvec fierté. Un ordre! LE ROI. J'attends votre réponse... Partirczvous? CVROLIKK, avec dignité. Sire, vous me demander ma lionte, car je l'avouerais coupable en fuyant... Je refuse. LI ROI. Eh bien donc! puisque vous le voulez , que 'a lutte s'engage entre nous , lutte acharnée et e, erncll(\ Il tant que Georges IV , roi d'Angleterre» reste seul assis au trône, et que Caroline de "'unswick sorte de Londres... A vous, pour • r H>mpher, madame, les clameurs d'une popn- faceen délire, les intrigues, les complots peut- jtfe de quelques seigneurs factieux! A moi la Wcedes lois el mon énergie, à napi l'appui des fidèles sujets de ma couronne. Mais songez-y, "•est la dernière fois que je vous ai parlé de pardon. CAROLINE. J'accepte \o« conditions, sire , et je me con- ,Ie en mon lion droit el en l;i justice £fo Dieu ( 86 ) LE ROI. Ju6qu'ici j'avais hésité à signer l'ordonnance que sir Ashley m'a apportée du conseil et qui vous nomme des juges... Donnez , mylord. (On entend au-dchors des cris confus.) , CAROLINE. Ecoutez, sire, écoutez! SCENE XIII. LES MÊMES, l'aLDERMANN WOOD. SIR WOOD. Madame , les ouvriers de Londres , qui ont appris la réception gracieuse de leurs députés, s'arrêtent en foule devant ma demeure , et demandent que vous paraissiez à ce balcon. CAROLINE. Je vais me rendre à leurs vœux... Reconduisez Sa Majesté le roi jusqu'au bas de l'escalier. GEORGES , avec colère , signe un papier que lord Ashley lui remet. Caroline Amélie de Brunswick, votre époux outragé vous cite devant la chambre des lords pour crime d'adultère. CAROLINE, près du balcon-, sa tournant vers le roi. Georges IV , la reine d'Angleterre vous cite devant le peuple anglais. VOIX AU-DEHORS. Caroline ! Caroline ! au balcon ! au balcon ! (Le roi sort avec Ashley , les Déclamations redoublent.) FIN DU TltOISIÈME ACTE. ( 87 ) ACTE IV. PREMIER TABLEAU. salon dans le goût gothique. Grande porte au fond; "ne causeuse a droite de l'acteur; du même côté, ui'c porte secrète communiquant à un petit escalier. SCENE PREMIERE. JENNY , seule, regardant •par une porte entr'ouoerte. Sa Majesté est inquiète... et pas de nouvelles de la chambre des lords. C'est aujourd'hui Pourtant que doit avoir lieu la troisième lecture dubill d'accusation... et sir Brougham n'arrive I )a s...Su Majesté a donne l'ordre qu'aussitôt qu'il se présenterait on le laissât monter sans l'an- "oncer... Mais , la voici. SCENE IL JENNY, LA. HEINE. Caroline , rêveuse. Rien encore!... comme il tarde!... (Apercevant ••nny,) Ah! c'est vous, Jenny?... Eh bien!... J attends toujours , vous le voyez... Mon Dieu!... '"on Dieu !... faut-il donc tant de temps pour CQudaniner ou pour absoudre? JENNY. Pardon.., mais je ne comprends pas lescrain- que pont avoir Votre Majesté. ()u'avcï-vous redouter, madame, de la noble chambre? ( 88 > L'opinion publique ne lui a-l-elle pas déjà dicté son jugement. Caroline, souriant. Oh ! oui , c'est vrai ; mais la noble chambre respecte peu quelquefois les arrêts de l'opinion publique. (A part, descendant la scène.) Je ne sais... j'avais plus de courage quand il était près de moi... Je cherche en vain ;'. ni'abuser... Le soin de ma réputation , livrée à la merci de mes ennemis, m'occupe peut-être moins que son absence... Je l'aime donc bien!... Il fallait qu'il s'éloignât, lui et cet enfant dont la naïve ignorance sci ait un arme terrible entre les mains de mes persécuteurs. Ils sont si habiles !... Pour imposer silence à leurs lâches insinuations, n'ai-jç pas été forcée moi-même, depuis que mon procès est commencé , de quitter la demeure hospitalière du digne monsieur Wood ? Ils m'accusaient «l'avoir choisi sa maison parce qu'elle était située dans le quartier le plus populeux de Londres ; on eût dit vraiment que moi , reine sans couronne et sans pouvoir, je voulais essayer une révolution. JIttST. Sir Brougham, madame. SCENE III. les jiiïEs, S1U BltOUGIUM. CAROLINE. Ah! sir Hrongham , soyez le bienvenu. Vous arrivez de la chambre des lords '! ÏROUCHAH. Oui , madame, et j'y retournerai après vous avoir rendu compte de ce qui s'y est passé. ( 83 ) CAROUBE. Sir Brougham , je ne vous ai pas encore remercié du zèle el de la chaleur avec lesquels vous avez embrassé la cause d'une pauvre proscrite. •' attendais que vous eussiez terminé votre beau plaidoyer. Je nedoule pas que la seconde partie " ; iit répondu à celle que vous m'avez transmise; c cst un éclatant triomphe pour vous. woiAiia. La noble chambre devait m'écouter avec intérêt, madame; jo lui parlais de vos malheurs... Mais ce grave procès n'est pas encore fini... Jus- ( I"'a présent tout me fait espérer le succès... Je v oiis ai appris , madame , le peu d'impression C I" avaient produites sur la haute assemblée les déclarations de ces témoins vendus qu'on était a 'lé chercher ù grands frais en Italie ; je vous ai dit avec quel religieux silence j'ai été écouté ïuand j'ai rappelé votre long exil, vos souffrances sur lu terre étrangère et vos innombrables bienfaits. Grâce à cette persuasion profonde dont j'ai eu le bonheur de pénétrer quelques-uns d e Vos plus ardens adversaires , la majorité pour •a seconde lecture du bill n'a été que de vingt- fluit voix. Maintenant la troisième lecture va être Proposée par les ministres. J'ai l'espérance , la c prtitude que la majorité s'affaiblira encore... 51 de nouvelles charges ne se présentent pas contre Votre Majesté. (HROLINE. r -h ! mon Dieu !... de quelle accusation nie 'clriraient-ils encore ? Quels nouveaux inen- S0|| gei pourraient-ils inventer ? ( 9» ) BIIOIIGIIAM. Je vais vous l'apprendre , madame ; c'est pour cela que j'ai obtenu du lord chancelier qu'on suspendît les débats pour conférer quelques instans avec vous. CU'.IIUNE. Je suis prête à vous répondre , sir Erongham. BROllGiniï. Un homme , un Italien a été arrêté dans une taverne de Londres et mandé sur-le-champ devant la noble chambre. Jl prétend avoir des révélations importantes à faire. CAROLINE. Que ces révélations importantes ne vous ef- raient pas , *ir Broughnm... je ne connais sans doute pas cet homme... Il n'est pas plus dangereux pour moi que ceux que l'or des ministres a déjà corrompus. Biotisnis. On parle aussi d'un jeune enfant soustrait avec soin à toutes les recherches... c\ roi.ïne , vivement. Aurait-on découvert sa retraite' brougiiaji. Non , madame , car j'en aurais été averii. (Mouvement de joie de la reine.) c\roi,ine, changeant brusquement la concertation. Sir Brougham , pensez-vous que si le bill, à sa troisième lecture, ne passe qu'à une faible majorité, les ministres de Gcorgesl V auront l'audace de le porter à la chambre des communes 1 brougham , insistant. Cet enfant, madame, n'avez-vous rien à m ap' ( 91 ) prendre sur le mystère qui le cache à tous les Veux Y CAROLINE. Rien... Souvenez-vous seulement deceei, mon cher Brougham,c'est que, quoi qu'il arrive, vous pourrez , la tête liante et la main sur le cœur , •'ire à mes juges: « Celui-là qui accuse lu reine e st un imposteur ! » IIOUOHAM. Ah ! madame , je comprendrais mal la haute fission dont vous m'avez, honoré , si je n'avais pas d'abord, en descendant dans ma conscience, a cquis pour mes faibles efforts l'appui d'une profonde convic tion. CAHOUNB, avre dignité. C'est ainsi que je voulais être défendue mon» sieur. BROl'fill II. ÎTne dernière question avant de me retirer, madame? Vous n'avez point encore paru aux ^ûbats... Votre Majesté a-t elle l'intention d'assis- ,er ù la troisième lecture du biH>? CAROLINE. Non... A quoi servirait ma présence au milieu de cette orgueilleuse aristocratie des trois r °yaumes?... Je n'irai pas... Je ne le crois pas, du moins. RROUSHAB. Permettez , alors, que je prenne congé de Votre Majesté. Dans une heure , madame , si '"es espérances ne me trompent pas , je viendrai T °"s saluer reine de la Grande-Bretagne , au toom d e votre chambre des lords. ( 92 ) CAROLINE , lui donnant sa main à baiser. Sir lirougham , que Dieu et ma bonne chambre des lords vous entendent. (Brougliam sort.) SCENE IV. CAROLINE, seule , le regardant sortir. Ce digne avocat sera un jour l'honneur de l'Angleterre. Comme il m'a défendue ! comme il m'est dévoué! (Après nnepause.) Enfin ce douloureux procès touche à son terme, et demain j'aurai réduit mes ennemis au silence... Mon cher Augustin alors me sera rendu. (Nouvelle pause.) Pauvre enfant! depuis que je l'ai caché à Soiithwaik , il n'est venu qu'une seule fois consoler Caroline! Il me semble te roir entr'ou* vrir mystérieusement celle ]>orle secrète que Bergami et lui connaissent seuls !... Ces momens si courts ont été bien doux !... (Ella écoule.) J'ai cru entendre monter l'escalier... {Elle écoute encore.) Non... rien... ce ne pourrait être que lier- garni, et il ne se rendrait pas auprès de moi sans mon ordre... (Après une pause.) Il sait qu iineini- prudence nous perdrait... Les paroles de Georges IVreteotisN«ntencore à mon oreille! « Veillez sur cet Italien, madame, me disait-il ; car il sera arrêté partout où on le trouvera... » Oui!.-- oui!... c'est par la prison et les tortures tjnevoU' le puniriez , sire, de sa fidélité à mon malheur! Aussi, je n'oublierai pas votre menace. Je veillerai sur lui , et s'il le faut, je le défendrai conl'' vous-même... (Un nouveau bruii te fait enieuh' 0 ( 93 ) Qu-dehort.) Mais... je no m'étais pas trompée... y a quelqu'un là... (Un gémissement étouffé sa fait entendre.) Des plaintes étouffées!... (On frappe A la porte faiblement.) Plus de doute!... 81 c'était !... (Elle se précipite vivement vers la petite porte, qui s'ouvre... Bergami est appuyé *urun des cotes du corridor ; Caroline le reçoit dans ses bras.) SCENE V. CAROLINE, BERCAMI. Dtkoilftt. Bergami I Bergami! (Elle le soutient.) Il ne répond pas!.... Quelle pâleur!.. (Ellele placesurnn c annpé.) Son cœur De bat-il plus, mon Dieu! (Elle I >0 se sa main sur soncœur et la retira avec un cri.) Ah! du sang !.. (Elit se lève épouvantée etrestedt- v ant lui avec désespoir.) Ils l'ont assassiné ! 'ïbgami , rouvre les yeux far degrés cl passe la mai* sur son front. J'ai cru que j'allais mourir... Où est-elle?... ^a reine !... la reine !... CAROLINE. Bergami! bergamt , la reconnaissant. 9' 1 • madame ! je craignais de ne pas pouvoir «itiver jusqu'à vous... CAROLINE. Malheureux!... était-ce ainsi que je devais v °«s revoir?... Mais il vous faut du secours... Je Va 's appeler... iiroaxi, la rtttnant. Non... ma blessure est légère... ce n'est pas 7 ( 94 ) elle qui me fait souffrir... (Moutetiientdejoieda lareine.)La fatigue.. .la lion le... (Faisant un effort pour se jeter à ses pieds.) Ah ! madame , pardonnez-moi : je suis bien coupable. CABOLIMS. Vous!... Oh! c'est impossible!... Vous coupable envers Caroline!... El ce sang, ce sang qui coule, n'est-ce pas pour elle que vous l'avez versé?... BEXGtxr, avec desespoir. Qu'importe que quelques gouttes de ce sang aient été répandues!... Je n'ai pas su conserver le dépôt que vous aviez confié à mon courage... CABOLINE. Que dites-vous ? mèuri, Cet enfant que vous av iez mis sous ma garde, cet enfant qui vous nommait sa mère... CAROLINE. Eh bien ? itasAii. Us viennent de me l'enlever... (Mouvement de Caroline.) Oh ! n'allez pas me maudire, madame , je l'ai défendu jusqu'à ce que mes forces aient été épuisées , jusqu'à ce que mon épée se soit brisée dans ma nain... Quatre hommes s'étaieni saisis de lui... la liilte fut longue et acharnée..- Que vous dirai-je? j'ai dû enfin céder au nombre ; ces misérables ont disparu , et moi, je suis arrivé pour remplir du moins un dernier devoir envers vous... Ah! madame! croyez-vous main' tenant que. je lois coupable et que je n'aie pas b e ' soin de votre pardon ? CAROMPts, avec anthousiusvie. Detnom pardon!... q.iand saigne la blessur* ( 98 ) que vous avezreçue en vousdévouantpourmoi... oh ! non , non , heureuse encore, Bergami, que ]e n'aie point à trembler pour vos jours, que les coups qu'on vous a portés n'aient pas été mortels... Ce n'est rien , oli ! ce n'est rien , n'est-ce pas? vous l'avez dit. Mais qui vous a frappé? Avezvous vu ces hommes qui ont enlevé ce pauvre enfant? avez-vous vu votre assassin ? pr.ncuMi. Oh! c'est une revanche du duel de Gênes , madame. CAROLINE. Sir Ashley !... l'infâme! iktÀifci. H vous hait, madame , il a voulu, en me faisant assassiner, se venger de vous. Si vous sa- ^>ez , madame . quels services on peut demander à son dévouement , vous frémiriez. SCKNE Vf. IES MEHES, JENNY. jennï , entrant. Ah! pardon, madame; je croyais que Sa Majesté était seule. CAROLINE. Que me voulez-vous . Jenny? (Bergami s'est assis sur la causeuse.) JENNY. Un messager d'étal , envoyé par la chambre ««pairs, insiste pour être introduit sur-le-champ :u, l 1 ' ès de Sa Majesté. Caroline. Faites entrer , et prévenez au plus tôt le doc- **Uï Uolland que j'ai besoin de ses services. (Jenny sort.) ( 96 ) SCENE VII. «s mêmes, UN MESSAGER D'ÉTAT. IE MESSAGER. La noble chambre demande à Sa Majesté s'il lui conviendrait de se rendre auprès d'elle, sans retard , ou si elle préfère que le solliciteur général vienne l'nterroger sur un incident fort grave dont il aura l'honneur de l'instruire. CAROLINg. Répondez à la noble chambre qu'au moment où vous lui avez, apporté votre message, la reine d'Angleterre avait déjà pris la résolution de se rendre au palais des pairs. (Le messager salue et sort.) ÏERGAMI, se lovant. Quoi ! madame, vous voulez... CAROLINE. Oui , maintenant c'est un devoir. Je n'ai pa» encore montré à l'Angleterre tout ce qu'il y a d'énergie et de puissance au font de mon âme... Ces lords qui me jugent, ils ne m ont pas encore vue à leur tribunal, ils me verront... (Mouvement de joie de Bercfanii.) Je vais aller leur demander compte de cet enfant qu'ils ont ravi à ma tendresse et de votre sang qu'ils ont répandu. BERGAMI. Ah ! madame , à la chambre des lords, oui , mais tousdcux...Vous, qu'ils accusent à causede moi... moi , leur découvrant ma poitrine saignante , et criant à haute voix h vos accusateurs : «Vous qui calomniez la reine, vous avez menti." Allons , allons , madame , j'ai encore assez force pour vous servir une dernière fois. ( 97 ) . CUtUll, Malheureux! ce serait vous perdre!... Restez.., Bergami.,. Caroline vous l'ordonne. SCENE VUÎ. ies mêmes, JENNY, LE DOCTEUR HOLLAND. cvroi.ink, au docteur qui entre. Monsieur Holland , prodiguez vos soins au comte Bergami , qu'ils ont tenté d'assassiner , e ' ne le quittez pas d'un instant jusqu'à mon retour. Miss Jenny, donnez des ordres pour que personne , pendant mon absence , ne puissepénétrer dans celte maison... Maintenant... à la chambre des pairs ! (Le docteur llolland s'approche de Bergami; la reine se dispose a sortir.) DEUXIEME TABLEAU. ^'intérieur de la chambre des lords à Londres. — Au changement à vue, le théâtre représente la copie exacte de la gravure de Ceorges Hayter, seulement 'e fauteuil que doit occuper la reine est encore vide. SCENE IX. M. BItOUCIHM, avocat de la reine , iz président bs lu. CIU»>iiK. I.OHDS, HUISSIERS DE I V Cil IMBUE, J0UR5AUSTÏS. ASHLEY. ■Sodgium, comme terminant la défense qu'il vient de présenter. ■ •■Maintenant, my lords, que votre conscience Prononce entre nous et nos ennemis... Comme ^•Censeur de la reine, je crois suffisamment ..^montré rjue l'acte d'accusation n'est qu'une ♦Me de mensonges... Tout cet échafaudage de ( 98 ) calomnies, il a suffi d'un souffle pour le renverser... Jugez delà moralité du procès par les Î)rincipaux traits qui le caractérisent... D'abord, e roi Georges IV , notre gracieux souverain , est juge et partie dans la cause... ISfeUT. Vous insultez le roi. TOtJS. Ecoutez ! écoutez!... ItOVMUI. Sur trois cent soixante-huit pairs appelés à prononcer sur le sort de leur souveraine , cent trente-sept reçoivent des pensions du ministère... y compris le noble lord qui m'a fait l'honneur de m'interronipre. voix de i.'orrosiîios. Bravo ! bravo ! BROcr.iuir. Enfin , tous les témoins à charge sont des témoins subornés. ASHLET. Qui le prouve ? BBOIÎOII»». Ce qui vient d'arriver tout récemment à Douvres.. Douze Italiens, onze hommes et une femme, venaient de débarquer et s'annonçaient comme témoins à charge contre la reine, voulant, disaient-ils, gagner l'argent qu'on leur avait promis- VU LllKll. Je demande qu'on prenne acte de cette (Mf prédation des deniers publics. HOOMIhB. Oh! mylord, que votre seigneurie se rassure.•• il n'en coûtera pas un scheltibg aux trois royau- ( 99 ) "les; car ces estimables Italiens ont été obligés de se rembarquer à la hâte , après avoir reçu du Peuple une paie dont ils ne sont nullement disposés à venir réclamer le supplément. (Rires, murmures et apulaudisscmens.) I.E l'RÉ est destiné, et l'assied.) C»ROI1\E Asseyez-vous, mylords. (Ils s'aiiaitnt tous.) °us m'avez mandée auprès de vous pour in'in- ( 101) ) terroger... Je suis venue , moi, pour me plaindre... Mais, mylords , ma première parole dans cette enceinte doit encore être une protestation... Je vous le répète, quel que soit le jugement que vous rendiez, je décline d'avance sa validité; car je ne reconnais à vos seigneuries ni ledroit de me condamner, ni celui de m'ubsoudre. Asin.tï. Je ferai observer à la chambre qu'elle a déjà passéùrordredujoursur un acte de celte nature. LE PRÉSIDENT. Le président regarde néanmoins comme un devoir de donner acte à Sa Majesté de sa nouvelle protestation. CAROLINE. Maintenant, je réclame de vous , mylords, la réparation d'une révoltante injustice. Un de mes serviteurs , le plus dévoué , le plus iidcle, peut-être, a été lâchement assassiné par une main inconnue !... Un enfant, dont la tendresse apportait quelque consolation à mes malheurs, m'a été enlevé aux mépris de toutes les lois !... Il est quelqu'un ici qui sait bien que ce n'est pas la chambre que j'accuse... Qu'on ordonne une enquête sur le crime que je vous ai dénoncé, qu'on me rende cet enfant qu'on m'a ravi. Si on a voulu lui arracher des aveux , si l'on a espéré faire de son innocence une arme contre votre «ouveraine , on a eu le temps de l'interroger, do le torturer; qu'on me le rende , mylords... S' 1 le faut , je descendrai jusqu'à la prière. le président , ijui a fait un signe à un huissier. C'est aux magistrats, madame, à vengerI e * ( ici ) violences exercée! sur celui do vos gens qui en a été la victime Quant à cet enfant, vous allez le revoir;mais ii ne pourra vous être rendu que lors- Qu il aura e'té confronté avec un dernier témoin. C UIOII1E. Ah ! le voilà ! SCKNK Xï. IM iituts, \UG1JSTIN (" est amené par un tiuissior ; mais dûs qu'il aperçoit U reine il court à elle.) CmOUKl. Cher enfant ! AUGtSTII». , Ma mère , ils voulaient nie séparer ue ïoik ! (Mouvement général dans rassemblée.) LE PRÉSIDENT. Les débats continuent. AS1ILET. Je demanderai à faire une question à l'honora ble avocat... Il a victorieusement répondu . dit- » à toutes les charges de l'accusation ; mais il ^e semble qu'il n'a pas dit un mot de celle qui a ra Pport à cet enfant, dont la naissance est un Mystère si inexplicable. cinoMXE , nivrment. Je l'avais défendu... Je rougirais d'avoir i me Justifie].d'une aussi absurde calomnie. IM PRÉSIDENT. Faites entrer le témoin. UNlipii Monsieur Brougliam , je sais tout ce que vous avp 7. fait pour moi : je vous en remercie... Mais 'luel peut être enoor» cet homme ? ( 105 ) SCENE XII. LE* MÊMES , JULIO. JULIO, à lui-mSînr nu flattant. Mon Dieu ! mon Dieu ! qu'est-ce qu'on m* y eut donc? LE PRÉSIDENT. Témoin, quels sont vos noms , âge , état et qualité ? JULIO. Julio Pcrdicacchi, mon président , âgé de vingt-huit ans , ancien postillon , et ami de cet ingrat de Bergami , mon président, LE PRÉSIDENT. Jurez-vous de dire toute la vérité, et rien que la vérité ? JULIO. J'en lève les deux mains, mon président ,je dirai la vérité; mais je ne dirai pas de mensonges commeon a voulu me 1 insinuer dans ma prison. BBOUGII.Uï. Vous le voyez,, mylords , partout la fraude et la corruption. LE PRÉSIDENT. Julio... vous avez été long-temps en ItalieT JULIO. J'aurais bien dit toujours y rester, mon magistrat. LE PRÉSIDENT. Vous y avez connu Sa Majesté la reine, alors princesse de Galles ? JULIO. J'ai eu l'honneur de galoper devant elle un» leule fois, ( 103 ) IE PRÉSIDENT. Pourtant, il paraît que vous avez eu le temp* d apprendre bien des choses , puisque dans la taverne où l'on vous a arrêté vous teniez des propos dont le sens était peu favorable à la reine et a votre ancien ami Bergami? JHI.IO. Il nefaut pas y faire attention, mon président; ) avais bu tant de porter et de double aie pour |*>* décliagriner , que la tête n'y était plus ; et J ensuis bien fâché, si ça a pu faire de la peine à "ne brave princesse devanlqui j'ai galopé et qui adonné un cadeau de noce à ma Femme. Mais "lettons que je n'ai rien dit , mon grand juge , e t laissez-moi m'en aller... II FBÉSIDENT. Attende/.! attendez!... N'avez-vons pas dit ''internent que vous saviez beaucoup de choses su -r Bergami... et sur la reine?... qu'on ne vous trompait pas facilement? JUI.IO. Je l'ai dit, c'est vrai... Mais ce n'était pas moi T" parlais : c'étaient les bouteilles de bierre. LE PRÉSIDENT. Vous avouez avoir dit aussi que l'enfant qui habite près de la reine lui appartient, qu'elle est sa mère, et qu'elle en convient même en secret. juuo. Madame la reine... je vous demande pardon c °rrime à Dieu... C'est vrai que j'ai eu l'infamie de dire encore ça ; mais ce n'est pas moi qui l'ai '"Venté, au moins. LE PRÉSIDENT. De qui donc le tenez-voui ? ( 104 ) jui-io. Des laquais de lord Ashley... Un jour, à l'office, à la villa , près de Gênes , ils m'ont fait toiis ces conles-là... et, dans ma colère, je les ai répétés... Mais enfin , ce n'est pas une raison pour que ça fasse du tort ù une si bonne, si excellente reine... Ce n'est pas sa faute si je suis un ivrogne et un mauvais garnement. (Se jetant a genoux.) Pardonnez-moi, madame la reine , ça ne m'arrivera plus jamais. brocgham , à part. La reine se tait ! lï PRÉSIDENT. Augustin , levez-vous. (L'enfant se lève.) Témoin Julio, cet enfant est-il celui dont vous avez parlé ? JULIO. Je ne peux pas le reconnaître... je ne l'ai jamais vu... (Regardant l'enfant.) Il me semble pourtant que cette petite figure-là... Non... LE PRÉSIDENT. Rassemblez vos souvenirs. JUIIO. Ah! mon Dieu !... il serait possible!... Oh! non ! non ! ça ne peut pas être lui... Mon président, voulez-vous me permettre de demander » l'enfant s'il n'a jamais eu d'à ut renom qu'Augustin? AUGUSTIN Je crois que si... quand j'étais bien petit, mioà Bon , bon , mon président, voulez-vous me permettre de demander à l'enfant s'il ne se sourient pas d'avoir porté des petites bottes , de j"' lies petites bottes de postillon ? ( 103 ) AIIGIISTI». Oh! oui... ii y a bien long-temps... (Touchant *on front.) C'est là ; mais c'est comme un nuage... C'était mon frère , déjà grand , qui me mettait sur sonchetal, derrière lui... JULIO. Et qui te disait.-Allons, onp! en route, Paolo!.. AUfiliSTIN. Oui... Paolo... Paolino... Puis, un beau jour, je tombai... je criai... et depuis je ne me souviens de rien... jïi.io. Ah! c'est lui !... Plus de doute, c'est mon prère que j'ai tant pleine!... Paolo!... AUGUSTIK. Julio! JULIO. Fratetlo ! fratellino mio !... Ah! que je suis donc content d'avoir été à la taverne ! (U le presse dans ses bras, le couvre de caresses ; des groupes animés se forment dans la salle.) Caroline , .v en Tient à la bouche. ( 117 ) JULIO. Approchons-nous un peu. LA VARCH MIDE DE POISSONS. C'est ça . nous aurons au moins la fumée. ( Us s'approchent de la table; pcnrlant ce temps, le peuple circule toujours et change de place à chaque instant.) «F.nr.tjii. Est-ce un mnllienr de plus à redouter ? (Ashlcy et Bcrgaini sont séparés par des groupes qui les empêchent il<' se voir.) la m arcii ande de poissons , revenant. Je ne peux pas y tenir, ç:i sent trop bon. JULIO. Ah ! il y a un roatsbeef et un plumbpudding lui m'ont donné des désirs insatiables ! LA H ARCIIANDE DE POISSONS. God ! god ! j'en suis embaumée ! beroahi , regardant vers la table. Toujours la même tranquillité sur son visa- 6 e --. On dirait que c'est elle qui commande. JULIO. Eh ! niais... je ne me trompe pas... ce matelot, c'est lui! Ne 1er r. a mi , vivement. me nomme pas. Ah! oui, je comprends. {A part.) C'est ù-dire 1UC je ne comprends pas ; mais c'est égal. LA MARCIUNDE DE POISSONS. U est bien bel homme, votre ami... et pui» "voyez donc comme il regarde toujours la reine!... (ABcrgami.) Matelot, je suis bien sûre que vous êtes pour la bonne cause, vous... pour la cause des femmes ? 8 ( >18 ) BERGAMT. Je "tous jure que la reine n'a pas de partisan pins dévoué. Ct MARCHANDE DE rOlSSONS. A laLonneheure 1 j'aime ça, moi!... (Les amenant tous deux sur le devant.) Dites donc , puisque nous tomme] trois bons enfans , ici, on peut tout dire... Eh bien ! moi, je crois que le roi n'est pas plus content qu'il ne faut de donner à dîner à son épouse. jm.ro. Je le crois aussi , moi... il ne veut pas avoir l'air ; mais il a une figure longue de ça... et il boit... mais il boit... comme s'il avait été postillon dans sa jeunesse. le ROI, dans In fond, à table Allons , mylords, fêiez dignement le jour de notre couronnement, et que vos dernier» toasts se mêlent au choc des verres et aux éclatsbruyans de votre gaîté. SCENE \I. LES MÊMES , DOMESTIQUES. (En ce moment, «les domestiques entrent de tous côtés dans la salle il" banquet, portant sur des plateaux des flacons de vins de prix. — Les domestiques versent, a boire à la ronde.) ASHLÏT. A la santé du roi ! IES LORDS. A la santé du roi ! le soi. A la prospérité ! à lu gloire de l'Angleterr» ! LES LORDS. A la gloire de l'Angleterre ! ( 119 ) IK 9»RCU\!IIIE DE MISTOSJ. Eh bien! el la santé de ta reine ? _ IV. rEtPI.E. Oui, ou!, la santé de la reino |,„ (Le plus (rend jili'nrc, »u bunqno* succède a ce cri général du peuple. — Le roi élève: on verre et échanj» • Un toast avec la reine.) TOUS. Vivat"! vivat ! (On exécuto le fi cil savo thâ kiuf ) M REINE, 4f l, crirtt. Oui, mes amis, Dieu protège le roi. ft 1< peuple anglais ! le tEirr.v Vive le roi ! vive la cei ne ! (On se lève de table ) m ' <■ mi i , ri part. Quelle est maintenant ^'intention delà reine'.. N'importe , je ne sorti rai dç Saint-James qut lorsqu'elle l'aura quitté elle même, (le roi, en se levant de tabije , a donné la main, au la reine.) Lv REUK. Sire, avant de quitter ce palais, il faut que je Tous parle encore. U ROI. •le vous attendrai dans mes appartement ; mais j'ai droit de compter que ee jour sera le dernier qui nous aura vus ensemble à Saint- James. lll l'éloigné d'elle et reçoit les salutations des grands, qui se retirent ; la reine reste ainsi isolée des gens de la cour ; niais le peuple , en sortant, lui prodigue les témoignages de son respect et de son atta-* Çhement. — V la sortie du roi, ou referme les ri «eaux. ( 120 ) SCENE VII, CAROLINE , sculi-, puis BERC AMI. Quel silence! quel abandon, après ce La ni quel royal... Seule ici, moi... seule et mépriser dans ce palais où je devrais régner et commander en souveraine!.. Ces lâches courtisans ! ce sont les mêmes!.. Oh ! je lésai reconnus ! les i . . . * , . . A mêmes qui se prosternaient a mes pieds et quêtaient un de mes regards quand ils croyaient que l'avenir delà princesse de Galles était une couronne de reine... Ah ! qu'ils sont plus doux à mon cœur, ces soins des fidèles serviteurs dévoués à mon infortune !... On peut y croire , du moins...(Apercevant Bergami sans le reconnaître.) Que veut cet homme? il s'approche... (Elle fait quelques pas avec résolution. — Bergami s'est aussi approché vivement; ils se rencontrent.) Uer- gami !... Bergami à Saint-James!.,. JERGA1II. Lui-même , madame; Bergami ne doit-il pas vous suivre partout ? CAROLINE. Imprudent ! vous m'uviez promis de demeurer caché jusqu'à mon retour. BERC. Mil. J'avais promis , madame , plus que je ne pouvais tenir. Quand vous êtes sortie seule et sans suite de votre maison d'Hauuuershire, quand vous avez rejeté la prière que je vous adressais en pleurant de ne pas me séparer d e vous, vous ave/, été témoin de ma douleur, de ( 121 ) mou désespoir... Je ne sais, quels pressentimens cinintres m'agitaient, quelle terreur secrète s'é- lait empalée de moi... mais |e n'ai pas eu la force de résister à cette vive émotion... An risque de vous déplaire... je vous ai désobéi. . et me voilà. caroi.i.ji , ntlrnilric. Noble ami, que la royauté superbe daignait convier à son orgie de couronnement. Lli, madame, à Wlte place où nous sommes , étaient des cœurs généreux oui vous aiment bien ; h , j'ai entendu des bénédictions sortir de toutes les bouches ; mais là aussi (Montrant le fond.) dans cette gulc- n< ^, à côté de vous, loin de vous... a->is à cette ll »'jle snlendide où vous u'étie* point appelés , ( 123 ) étaient des courtisans qui vous haïssent , qui vous jetteraient volontiers sur la tête un linceul au lieu d'une couronne. Caroline , affectant de sourirê. Par bonheur, leur haine est peu dangereuse. iM&iif. Vous croyez ? Ah ! madame , il y en avait un parmi eux que j'observais en silence... Celui-là vous couvait de ses yeux étincelans... comme le tigre couve sa proie ; celui-là, vous leconnais- sez... Etdites-moi, pensez-vous qu'on demandât en vain un crime à lord Ashley? Caroline, vivement. Lord ishley ? MMUD, Qu'avez vous , madame?... vous avez pâli... Caroline, après une jittuse, pendant laquelle on voit quelle A'0i////v\ Le nom de cet homme produit toujours sur moi une impression profonde... il mêlait peur... BERG-AMI. Quittez donr ce palais, où vous n'auriez jamais dû entier. CAROIME. Non... pas encore... il faut que je parle à mon époux... il m'attend. lflGAII. Il vous attend... (Apres une pause et avec émotion.) Est-ce un dernier eflort que vous allez tenter sur son coeur ? CAROLINE. 11 serait inutile. BF.RGAUI. Quittez donc ce palais alors!. .Qui vous retient'' ( 123 ) CAROLINE. Dans une heure, Bergami, je vous rejoindrai a Hammershire. BERGAHI. Dans une heure... (Avec désespoir.) Vous me trompez... vous ne reviendrez pas. Caroline , ucec douceur. Bergami... I1RGAMT. Vous ne reviendrez pas, madame; leb;mquet royal de Saint-James a préparé la réconciliation de GeorgesIV et de Caroline; l'entretien qu'il» vont avoir ensemble achèvera cette réconciliation...et je vous le répète, vous ne reviendrez pas. ciMtMa. Ecoutez-moi, Bergami ; certes, quand Londres saura demain que Carolines'esl présentée a » palais de Saint-James, que son royal époux l'a conduite, lui-même, au banquet du couronnement, il n'y aura pas une voix dans Londres qui ne proclame la réconciliation de Georges IV e t de Caroline! Certes, si mon ambition de souveraine s'est réveillée, si je veux prendre la moitié de ce trône qu'on m'a refusé si long-temps, 'a chance r.is sou» Charles IX , drauic-hislor. Le Prit aux Clercs, op. coin. Lucrèce Hovgia , drame- Les VienX récités ,,com.-rauûV Gustave ïll, opéra' bistor. Camilla , corn.-vàud. .3"' siaiE. Fanirta»» corn. Le» Malheurs d'un Amant. Heureux, péBtr yaud. La Jolie Fille de Patine, drame S,lint-Ocnrs> Chronique de iNaS. Charles Vil ehi'?. ses Gratin» Vassaux, tragédie. Toujours, com -Viud. Le Gw" (fîeir, com.-vaud. Madame Lavalelte.draine lnot. Les Knfansd'Edouard, tragédie. La Médecine sa» 3 Médecin, op.-coin. — 4 e smiik. Sophie Arnoiddi com. mè4ée de couplets. Dix Ans do la Vie d'une Femme, drame. LndoTic, dtamc-lyr. LeScrmen'i opéra. L'Escroc du grand monde, comédie. Ca* theriue 11, comédie. Bcrgami et la Bcine d'Angle terre, drame.