BIBLIOTHÈQUE SPÉCIALE DE LÀ SOCIÉTÉ DKS AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES Agent général : LOUIS LACOl'R LA COURSE CORSET SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE EN DEUX ACTES t A I ÉDOUAIU) MISEBAttRE et EUGÈNE NUS 1» A R I S i l BRAIRIE DRAMATIQUE IO, RUE DE LA BOURSE, 10 l86 7 LA COURSE CORSET SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE EN CEUX ACTES PAU Edouard brisebarre et eugène nus 'TljlMHlill Tour la première fois, à Paris, sur le théâtre Dmaïet le 27 janvier 1807 PARIS LIBRAIRIE DRAMATIQUh ÎO, RUE DE LA BOURSE, 10 • 1867 ~<î^^«^£>v ^ "V\ 1 &vn$riUBBE$« *r vV* * }Wr *i, JlV J , y PERSONNAGES CHABOUILLY MM. Oscab. LACREUSETTE ÏONÏ RlOM. BRIQDET............. UN GARÇON DE CAFÉ ISOLIE................ MÉLANIE............. M"" Lagneau. Roger. Rose. Dubois. MADAME POISSON Darocx. UN PETIT SAVOYARD Thérèse. -o—o- AVIS A MESSIEURS LES DIRECTEURS DE PROVINCE. Voici, par emploi, la distribution des rôles de la Course an Corset : C.HABOUILLY, premier comique marqué. LACREUSETTE, jeune premier. BRIQUET, jeune premier comique. ISOLIE, jeune première. MÉLANIE, deuxième soubrette. MADAME POISSON, soubrette marquée. BIBLIOTHÈQUE SPÉCIALE LA. SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES DE Agent général : LOUIS LACOUR PARIS. r»r. atonals si co»r„ uub àmblot, 61 LA COURSE AU CORSET ACTE PREMIER A Taris. — Une rue; un café à droite, un marchand d'habits et de costumes à gauche, plus loin, un débitant de tabac. SCÈNE PREMIÈRE MADAME POISSON, UN GARÇON DE CAFÉ. madame i'Oisson, arrivant parla gauche, à la canlonwlv. Holà'.... ho!... veux-tu pas bouger... toi... serpent!... (larde bien la voiture, not' homme... Taquine pas le cheval, et surtout range-toi le long du trottoir. LE GARÇON DE CAFÉ, Ah ! marne Poisson, la blanchisseuse, vous voilà de bonne heure dans no, quartiers... Vous commencez votre tournée? MADAME POISSON. En venant de Gentilly... Le Marais... C'est mon premier ouvrage... D'abord, j'ai là mu plus grosses pratiques... Et, puis les bourgeois se lèvent de bonne heure par ici. C'est pas.comme au quartier firîda. l.E GARÇON. J'ai été pendant trois ans à la brasserie des Martyrs... et je sais ce que c'est! MADAME POISSON. Voyons, bavard, j'ai pas le temps de rire... Votre patronne est-elle descendue?... Qu'elle m'expédie... C'est que j'ai la moitié de Paris à faire...aujourd'hui... LE GARÇON. Vous êtes toujours pressée, vous l... 4 LA COUKSE AU COHSKT madame poisson, en entrant dans le café. Et vous... vous ne l'êtes jamais... LE GARÇON. Aht dam... ceci... ça tient à ma profession. (]/ continue son ouvrage, et va et vient pendant la scène suivante.) SCÈNE II ISOLIE, puis LACREUSETTE. isolie, en arrivant. Mon Dieu!... mon Dieu!... que j'ai eu tort de ne pas prendre une voiture !... Il me semble que tout le monde me regarde... Oh! quelle affreuse migraine... j'ai gagnée à ce maudit bal de l'Opéra, où je me suis ennuyée à mourir... Ali ! si j'avais su que ce n'était que cela !... lacreusette, venant par la gauche, en costume de Pierrot, sous son paletot et la figure encore blanchie. Allons... bon... mon cigare qui charbonne... (Le jetant au loin.) Ce havane sent le chou !... Tiens... une femme... et une jolie femme. isolie, s'éloignant. Encore des masques. lacreuseite, qui a fait un pas, se trouvant devant elle. Ah!... madame Ghabouilly... isolie, s'arrètant. Ce Pierrot me connaît. Lacreusette... sous cette couche de blanc. Et d'où venez-vous ? LACREUSETTE. De reconduire, rue Chariot... un bébé de votre sexe, qui était employé au Grand Théâtre Parisien de la rue de Lyon, dans les chœurs de Jeanne Darc... et je me dirige, en flânant, vers mes lares... pour me réintégrer dans le costume et la physionomie d'un homme sérieux. isolie, riant. Vous... Ah ! par exemple, voilà une physionomie que je ne vous connais pas. LACREUSETTE. Maif, faites-moi un peu l'amitié de me dire ce que vous LA COURSE AU CORSET 5 êtes devenue cette nuit, vous et mu sœur... .levons ni cherchées dans tous les corridors de l'Opéra, ISOLIE. Taisez-vous donc, menteur... C'est nous, au contraire, qui avom; remué ciel et terre pour vous découvrir... H faut avouer, monsieur, que vous êtes bien peu galant... Abandonner deux femmes... seules... dans un tohu-bohu pareil !... Ah!... nous avons entendu de jolies choses... Je serais morte de honte si nous n'avions pas eu nos masques. LACREUSETTE. Ah ça ! qu'est-ce qu'on vous a donc dit? ISOUE. Ce n'est pas ce que l'on nous a dit... LACREUSETTE. On ne vous a pas manqué? ISOLIE. Non,., certes... LACREUSETTE. Après ça... voyez-vous... au hal masqué...'il y a certaines licences qui surprennent d'abord... mais une fois qu'on y est habituée... on ne détourne seulement pas la tête... ISOLIE. Je comprends, a présent, que mon mari n'ait jamais voulu m'y conduire, et je me repens bien d'avoir profité d'un de ses voyages, qu'il est forcé de faire chaque remaine... pour nos affaires,.. Si votre sœur ne m'avait pas tant tourmentée... La sotte nuit que j'ai passée!... C'est bien la première et la dernière fois... LACREUSETTE. Eh bien!... moi... je me suis amusé comme un dieu!,.. J'ai fait la connaissance d'un paillasse... Nous nous sommes fait vis-à-vis une partie de la nuit... Il avait le plus énorme faux nez... que j'aie jamais vu. J'en suis encore à connaître sa ligure. ISOLIE. Comme il doit ignorer la vôtre... car vous êtes si barbouillé ! Au milieu du bal, nous sommes parties, votre sœur 0 LA COURSE AU CORSET et moi. Elle a voulu à toute force qua je me couche... pour me reposer, mais, nous étions si agitées, que nous n'avons pas fermé l'œil, ni l'une ni l'autre... LACREUSETTE. Tiens.,. (Montrant un objet enveloppé dans du papier qui sort de sonmanchon.) Qu'est-ce que vous avez donc là?... ISOLIE. Dans ce papier? LACREUSETTE. Oui... qui sort de votre manchon. ISOLIE. C'est mon corset... Tout à l'heure, en voyant le grand jour, je me suis jetée à bas du lit, et je me suis habillée à la hâte. LACREUSETTE. Donnez-moi le bras, je vais vous mettre h votre porte. ISOLIE. Non... merci... Avant de rentrer, je suis tellement fatiguée que je vais prendre un bain pour me délasser. LACREUSETTE. C'est déjà fait, puisque vous n'avez plus de corset. ISOLIE. Oh! est-ce que vous en faites souvent comme cela? LACREUSETTE. Quand je suis en pierrot, seulement. ISOLIE, Ces jours-là... je vous éviterai!... Surtout, mon cher Lacreusette... pas un mot à monsieur Chabouilly... de ma fotte équipée... LACREUSETTE. Votre mari... Ah ! je m'en garderai bien... sa tête travaillerait... il se croirait perdu... E1 quand revient-il à Paris... ce gaillard-là?... ISOLIE. Ce soir... selon toute probabilité,., car il m'a écrit hier qu'il prendrait ce matin le chemin de fer... Mais, je me suis refroidie... moi... là, àcauser avec vous... J'entre aux LA COURSE AU CORSET 7 bains. (En s éloignant.) Venez donc ce ?oir prendre une tasse de thé. LACHEUSETTE. Avec grand plaisir... mettez-y des sandwichs... Ah! voici un marchand de tabac... ouvert... (En entrant dans la 6ou- tique.) Si je pouvais trouver un bon quatresoudos I (Arrivent du côté opposé, Briquet, vn peu gris, en paillasse avec un faux nez, et Mélanie m bébé.) SCÈNE III BRIQUET, MÉLANIE. briquet, donnant le bras à Mélanie, Moi, je suis Parisien... et toi de la Saintonge. N'est-ce pas que lu es de la Saintonge ? MELANIE. Oui, oui, je suis de la Saintonge. Mais va donc plus vite. BRIQUET. Et toi, marche droit... Mélanie... parole d'honneur de paillasse... foi de Briquet... (Trébuchant.) Tu dessines des zigzags... MÉLANIE. Voyons, nous ne sommes plus au bal... quitte ton faux nez... BRIQUET. Non... ça ménage l'autre. MÉLANIE. 11 doit être frais, l'autre, après tous les petits verres d'eau- de-vie que tu as jetés dessus. BRIQUET. Raison de plus pour ne pas l'exposer à l'air... S'il esUin peu enflammé, je le connais... il deviendrait bleu... c'est son habitude, et je n'aime pas le bleu. mélanie". Voyons... il se fait tard... il faut vite que j'aille me déshabiller et que je rentre... J'ai une peur atroce... que madame Chabouilly ne soit déjà réveillée... et qu'elle m'ait sonnée. 8 LA 0OUHSK AU CORSKT rmiQUET. Elle re... sonnera. MÊLANIK. Merci... et elle verrait que je ne suis pas rentrée, et puis elle finirait peut-être par découvrir... BRIQUET. Quoi?... après tout... que tu es mon épouse... que je t'ai donné mon nom... malgré ma famille... qui voulait me faire épouser une marchande de fromages ! MEI.AN1E. Et monsieur Chabouilly, mon maître, me mettrait tout de suite à la porte... parce que je lui ai entendu dire cent fois qu'il ne voudrait jamais, à son service, d'une domestique mariée... C'est si regardant, ces bourgeois... Allons, viens reprendre tes habits... et retourne chez ton patron, monsieur Lacreusette ! (Mélanie sort.) HMQUET. On y va... Ça me coûte de me séparer de mon faux nez... SCÈNE IV BRIQUET, LACREUSETTE. lacreusette, sortant de chez le marchand de tabac avec un cigare allumé. A la bonne heure, en voilà un bon... {Voyant Briquet.) Tiens, mon paillasse. BRIQUET. Mon ami Pierrot... Bonjour, Pierrot... LACREUSETTE. Comment! c'est toi, satané farceur... BRIQUET. Oui, la vieille... LACREUSETTE. Oh! oh 1 il me semble, mon gaillard, que tu as un peu siroté... Veux-tu prendre une tasse de thé., .sans façons?... LA COURSE AU CORSET 0 BRIQUF.T. Eh bien... sans façons... j'aime mieux un verre de vin... ou de punch... (S'asseyaut à une, table devant le café.) Garçon... ohé! garçon... ici,garçon! LE GARÇON. Que faut-il servir à ces messieurs? BRIQUET. Demande à mon ami. I.ACREUSETTE. Du punch ! (A part.) Je commence à croire que je me suis encanaillé... BRIQUET. Qu'est-ce que tu fais... hein ?... LACREUSETTE. Mon Dieu!... pas grand'chose. BRIQUET. Comme moi... T'es en maison... dis? LACREUSETTE. En maison... (A part.) C'est inconcevable, maintenant que voici le jour, plus j'examine ce luron-là... et plus il me semble... briquet, S' 'attendrissant. Piejrot... je t'aime... T'as payé z'à boire. lacreusette, l'examinant. Mais non... c'est impossible. BRIQUET. Je veux fembrasser. lacreusette, le repoussant. Jamais ! briquet, ramassant son nez qui tombe. Ah ! mon pif ! lacreusette, le reconnaissant, et à part. Briquet!.,. briquet, essuyant son nez. Mon nez est écorché. lacreusette, « part. Mon domestique. l. 10 LA COURSK AU CORSET iiiuQUET, faisant trinquer son nez avec un verre de punch. A la f anlé de mon nez!... (Dans ce moment son verre se renverse.) Bon, du punch sur mes bas... Qu'est-ce que va dire mon épouse !... Les bas de laine de son maître qu'elle m'a prêtés. LACREUSETTE. Ah bath!... BRIQUET. Oui... LACREUSETTE. Ton épouse... UMQUET. Ne la mécanise pas... C'est ma légitime... Tu sais bien... le bébé... le bébé... avec qui nous avons dansé... LACREUSETTE. AL ! tu es marié... pour de vrai... BRIQUET. Veux-tu te taire... Pchitt... C'est un mystère... Je passe pour garçon et elle aussi... Tu comprends... les maîtres sont si bêtes... N'est-ce pas qu'ils le sont? LACREUSETTE. Mais oui... assez. Ahl ta femme l'a prêté les bas de son maître... BRIQUET. Oui, parce que... Attends un peu... v'ià le rapport; parce que... j'avais égaré... le gilet de flanelle du mien... lacreusette, à part. Très-bien... Cela se corse... Il porte mes gilets de flanelle. BRIQUET. Et cette serine de Mélanie... qui, sans y faire attention... le donne... il y a huit jours... à la blanchisseuse... Mais je l'attends... la blanchisseuse.,, je le remettrai en place... et mon bourgeois n'y verra que du feu. lacreusette, à part. C'est donc cela que mon linge va un train... briquet, montrant le bol vide. Dis donc... si nous en prenions un second... hein?... LA COURSE AU CORSET il LACREUSETTE. Non... je trouve que je t'ai assez régalé... BRIQUET. Veux-tu bien pas te gêner... La première fois... ce sera mon tour... (Criant.) Garçon!... le garçon, arrivant. Monsieur... BRIQUET. Un deuxième... LACREUSETTE. Rien du tout... (Lui donnant une pièce de monnaie.) Tenez... payez-vous... le garçon, rendant la monnaie. Quatre francs de bol... sur cinq... BRIQUET, Le reste est pour toi... le garçon, enlevant le bol et rentrant dans le café. Merci bien, monsieur. LACREUSETTE, à part. Il fait les honneurs de ma bourse... BRIQUET. Nous nous reverrons... Jeté ferai goûter un petit vin de monsieur... pas son ordinaire... le cachet rouge... Je vais rejoindre mon épouse... A bientôt... mon ami Pierrot... LACREUSETTE. Plus tôt que tu ne le crois, mon ami Paillasse ! SCÈNE V LACREUSETTE, puis CHABOUILLY. LACREUSETTE. J'ai dansé toute la nuit vis-à-vis de mon domestique... Je lui ai payé du punch, et nous nous sommes tutoyés!... et pourquoi?... Parce qu'il avait un faux nez... Quelle matière à réflexions ! De l'influence des faux nez sur les distances sociales!... Ah ! le drôle est marié... et il porte mes gilets de flanelle... (Au Garçon, qui est sorti du café et qui 12 LA COURSE AU CORSET dispose sa devanture.) Ah! garçon, prêtez-moi donc votre serviette. le oarçon, la lui donnant. Voilà, monsieur. lacreusette, s'essuyant la figure. Ah! ça fait du bien!... chabouilly, arrivant et à lui-même. Ma femme ne sera pas encore levée... J'arrive... je... je l'embrasse... et nous déjeunons comme deux cœurs !... lacheusette, rendant la serviette au Garçon. Merci... (S'éloignant.) Maintenant... (S'arrétant.) Oh! Chabouilly. CHABOUILLY. Lacreusette... en pierrot!... Homme léger!... lacredsette, à part. Et sa femme qui n'est pas encore rentrée... qu'il ne trouvera pas. (Haut.) Comment, c'est toi... te voilà... Mais, on ne t'attendait que ce soir. CHABOUILLY. C'est vrai... Je l'avais même écrit à Isolie; mais j'ai eu terminé ma besogne plus tôt que je ne l'espérais... et, ma foi, j'ai pris le train de trois heures du matin, pour être de bonne heure à Paris... Je suis moulu comme du martini- que... J'étais à côté d'une nourice, qui m'a fortement incommodé... elle... et son... jeune homme... Enfin... dans la vie... tout n'est pas violettes... me diras-tu? lacreusette, à part. Il faut absolument que je le retienne ici... pour que sa femme ait le temps de rentrer... chabouilly. Au revoir, mon vieux Lacreusette. J'ai hâte de revoir ma -femme. LACREUSETTE. Chabouilly... il faut absolument que tu prennes quelque chose de chaud... CHABOUILLY. C'est mon intention.,, et ma femme a... LACREUSETTE. Tu ne t'en iras pas... avant d'avoir trinqué avec moi... chabouilly, à part, après avoir regardé Lacreusette. Hum !... il a bien déjeuné! il a pompé. LA COUKSE AU COKSliT 18 LACREUSETTE. Viens-tu? CHABOUILLY. Oui... oui... oui... (A part.) J'en aurai plus tôt lini... il ne faut jamais contrarier un ivrogne ! lacreusette, le prenant par le bras, et à part. Je le tiens... et s'il me quitte avant une demi-heure... (Poussant toujours Chabouilly dans le café.) Dedans ! (Au moment où Lacreusette va suivre Chabouilly dans le café, Briquet, sous ses habits de domestique, sort de chez le costumier, voit Lacreusette, va à lui, et lui mettant la main sur l'épaule.) SCÈNE VI LACREUSETTE, BRIQUET. BRIQUET. Tiens, te v'ià encore, Pierrot?... lacreusette, se tournant vers lui. A bas les pattes, drôle ! BRIQUET. Mon maître!... LACREUSETTE. Ah! tu mets mes gilets de flanelle!... LACREUSETTE. Sans m'en douter, monsieur... LACREUSETTE. Et les bas de mon ami Chabouilly... BRIQUET. Monsieur... ils se sont trouvés lù... ils ne faisaient lieu... LACREUSETTE. Et tu es marié?... BRIQUET. Un jour que je m'ennuyais!... LACREUSETTE. A la maison... brosse mes habits... cire mes bulles... et fais-moi du feu... 2 14 LA COUItSIÎ AU CORSET chabomlly, sortant du café. Ah ça!... il me plante là... au milieu du café?... entre deux chopes vides ! lacbeusette, repoussant Chabouilly dans le café et y entrant après lui. Veux-tu bien rentrer... (Criant.) Garçon t... allons donc, garçon?...' SCÈNE VII BRIQUET, MÉLANIE. « BRIQUET. Le pierrot... c'était lui... mon maître... monsieur Lacreu- sette! Et je lui ai tapé sur le ventre... (Voyant Mèlanie, eu costume de ville, sortir de chez le costumier.) Ah ! Mélanie !... MÉLANIE. Quoi?... qu'est-ce que tu as?... BRIQUET. Monsieur... Quel monsieur ? C'est un pierrot!... Quel pierrot? Le gilet de flanelle... Quel gilet de flanelle? Avec les bas... Les bas... Au punch !... Du punch?... MÉLANIE. BRIQUET. MÉI.ANlh. BRIQUET. MELANIE. BRIQUET. MÉLANIE. BRIQUE1. MELAPilh. LA COUUSK AU COnSK'i 15 BRIQUET. Une nous avons bu.., MÉI.ANIE. Ah! tu en as trop bu, Briquet, car tu ne sais plus ce que tu dis... SCÈNE VIII Les Mêmes, MADAME POISSON, sortant du café avec un paquet de linge. madame poisson, au Garçon de café, qui rentre. Soyez tranquille, monsieur Arthur...vos faux cols seront bien raides... [Voyant Mèlanie.) Tiens... mamzelle Mêlante, MÉLANIE. Vous n'êtes pas encore allée chez nous?... MADAME POISSON. Non, j'ai pas commencé par votre quartier, mais j'irai tout à l'heure vous porter votre linge... MÉLANIE. Ah ça! j'y pense, madame Poisson, quel corset m'avez - vous donc rapporté la semaine dernière?... il est deux foi? trop grand pour moi. MADAME POISSON. Comment, c'est donc vous qui l'avez, ce maudit corset?... c'est à une marchande de beurre. MÉI.ANIE. Clleest conséquente! MADAME POISSON. Ju vous le reprendrai aujourd'hui... Ah ! bien, depuis huit jours, elle m'en fait une vie pour son satané corset.„ Elle n'a pas voulu me donner le vôtre sans ravoir le sien. Soyez sans inquiétude... je vous le rapporterai mercredi prochain. briquet, bas, à Mélanie. Dis donc... et le gilet de mon maître?... MÉLANIE. Ah! (A madame Poisson.) Et ce gilet de flanelle... que je vous ai donné?... 10 LA COURSE AU CORSET MADAME POISSON. Il est prêt, je l'ai, je vous le donnerai avec votre linge. briquet, à part. Sauvél (A Mêlante.) Je viendrai le prendre dans la journée, et je le replacerai sans avoir l'air... MADAME POISSON. A tout h l'heure, mamzelle Mélanie, MÉLAJSIE, Vite, chez ma maîtresse. BRIQUET. Et moi, chez mon maître. ENSEMBLE. Am : Josépha (par Lazard). Dépêchons, le temps nous presse; Chacun de nous doit remplir son devoir. Il est tard, pas de paresse. Quittons-nous bien vite; au revoir! (Mélanie et Briquet sortent d'un côté,madame Poisson de l'antre.) SCÈNE IX ISOLIE, UN PETIT SAVOYARD. isolie, en entrant. Ah ! je suis plus à mon aise... quelle bonne idée j'ai eue !... Ce bain m'a tout à fait reposée. un petit savoyard, courant autour d'Isolie. Un petit sou, ma belle dame! ISOLIE. Un sou, mon pauvre petit... ma foi, je ne sais pas si j'en ai... Ah! oui... on m'en a rendu au bain. (Elle prend sa liourse dans son manchon, et l'ouvre; dans ce moment, son corset, enveloppé dans du papier, sort à moitié du manchon. Donnant au petit Savoyard.) Tiens, en voila deux ! LE SAVOYARD. Ah! merci bien, ma bonne dame... (En s'éloignant.) Ça LA COURSK AU CORSET 17 vous portera bonheur... Youp la catarinal (Isaliesort. En marchant, le corset, enveloppé dans du papier, sort tout à fait du manchon et tombe à terre sans attirer l'attention (Tlsolie.) SCÈNE X CHABOUILLY, LACREUSETTE, sortant du café. CHABOUILLY, à lui-même. Ah ça!... quelle singulière conversation il me tient la, depuis une heure... lAcbeusettk, à part. Elle a eu le temps de rentrer chez elle... lâchons-le. chabouilly, à part. Dans les premiers moments, je le soupçonnais d'avoir flûte. LACB.EUSETTE. Mon cher Chabouilly... je suis désolé de te quitter... CHABOUILLY. Fais donc tes affaires... je vais embrasser ma femme. LACBEUSETTE. A bientôt. (A part.) C'est bien le diable, maintenant, s'il s'aperçoit de l'équipée carnavalesque de madame Cha- lmuilly !... SCÈNE XI CHABOUILLY. (Il s'éloigne, puis il s'arrête à la vue du paquet qu'il aperçoit à ses pieds.) Tiens, qu'est-ce que c'est que ça?... (Il ramasse le paquet et le déploie.) Un corset... un corset dans du papierl... Oh!... oh 1... un des petits mystères de la grande ville !... T)c sepl a dix... dans Paris... chaque matin, qui de nous n'a rencontré... rasant les boutiques, qui s'ouvrent, ces hirondelles d'amour, trottant menu dans leurs bottines mal lacées... et portant à la main, dans un,journal du'soir, ce corset trop bavard, qui récite aux passants... un conte des Mille el une nuits... oublié par Shéhérazade? (Examinant le corset.) Il est 2. IX LA COURSE AU CORSET d'une taille agréable... assez line, même, si les deur bords se joignent bien... {Examinant le journal.) C'est égal, le propriétaire de ce journal ist un heureux drille!... C'est le journal d'avant-hier... de lundi... il est déchiré... en deux... il n'y a pas grand mal!... [Poussant un cri.) Ah!... mais non... mais oui... cette tache, cette tache d'encre... là, juste à l'endroit où l'autre jour... je l'ai faite moi-même, fans le vouloir, quand ma femme est venue dans mon cabinet pour que je la lace, et que j'avais ma plume à la main... Et c'est sa taille, c'est son envergure, c'e3t le corset d'isolie! c'est le corset de ma femme!... Comment se trouve-t-il sur la voie publique?... Eh! parbleu, parce qu'elle l'y a perdu!... Et je riais tout à l'heure en me contant ma propre histoire... Non... pas propre... je répudie cet adjectif !... Où a-t-elle passé la nuit?... chez un abonné de ce journal, jeune ou vieux ? (Reployant le corset dans le papier, et le mettant dans sa poche.) Mais qui?... qui?... qui?... Ah? je le saurai... Isolie... Isolie... (S'éloigncmt en courant.) Ah ! ma tète est grosse de drames! Je me crois à l'Ambigu... et il me semble que devant moi, je vois danser la Gazette des Tribunaux ! FIN DU PREMIER ACTE, 1,A COURSK AU OORSliT 19 I ACTE DEUXIÈME Un intérieur. — Porte au fond; portes latérales. Deux placard». Chaise», etc. SCÈNE PREMIÈRE MÉLANIE, entrant avec précaution et examinant de tous côtés. Personne... Rien de dérangé... Tout est dans le même état qu'hier au soir... quand j'ai fait semblant d'aller me coucher... Quelle chance 1 madame n'est pas encore levée.. Ah !... (Poussant du pied un gros paquet de linge placé dans un coin.) Voici le linge de la blanchisseuse, que nous avons apprêté, dans la soirée, madame et moi. Faut pas non plus que j'oublie le corset que je dois lui rendre... Où est-il donc?... Je l'avais descendu hier... (L'apercevant sur une chaise.) Ah !,.. le v'ià... Je vas le fourrer dans son paquet. (Elle met le corset dans le paquet de linge.) Maintenant... faisons le cabinet de toilette.demonsieur...(.É/Ze;va ouvrir la porte du cabinet. Ecoutant.) 11 me semble qu'on a sonné... C'est madame qui se réveille... (Elle va ouvrir la chambred'isolic et recule stupéfaite.) Ah I mon Dieu !... il n'y a personne, et son lit n'est pas défait. Madame n'est pas rentrée... SCÈNE II MELANIE, ISOL1E. isolie, en entrant par le fond. La bonne n'est pas encore descendue... Rentrons vite! (Voyant Mélanie sur le seuil de sa chambre.) Ah !... Elle... mélanie, se retournant. Ahl vous... vous v'ià, madame!... 1SOL1E. Oui... MÉLANIE. J'entrais dans votre chambre... pour voir... 20 LA COURSE AU CORSET isome, posant son manchon sur une chaise: Je le vois liien! MELANIE. Pour voir.. IS0LIE. Quoi?... MÉLANIE. Si vous dormiez encore... et je craignais... je supposais... ISOLIE. Que supposiez-vous? MÉLANIE. Oh !... rien, madame. isolie, à elle-même. A merveille... Me voilà compromise vis-à-vis de ma domestique... (En entrant dans sa chambre.) J'ai été très-légère de me laisser entraîner à ce stupide bal masqué! SCÈNE III MÉLANIE, puis CHAHOUILLY. MÉLANIE. A la place de madame... au moins... moi... j'aurais défait mon lit. chabouilly, en dehors. Mélanie... MÉLANIE. Monsieur !... lui!... (Courant à la chambre d'Isolie.) Oh ! il faut que je prévienne madame. CHABonr.LY, entrant. Mélanie! MELANTE. Tiens, monsieur... Vous v'Ià déjà.. On ne vous attendait que ce soir... CSABOUIIXT. C'est possible... Où est ma femme? MÉI.ANIG. Madame... dans sa chambre... Ah!... Et depuis quand?... LA COURSE Ali CORSET M MÉLANIE. Mais, depuis hier soir... CHABOUILLY. Ali!... c'est bien... (Allant à la chambra et essayant de l'ouvrir.) Fermée!... La porte est fermée... (Criant.) Iso- lie!... mélanie, à part. Oh ! oh ! ça se gâte... isolie, en dehors. Qui est là ? CHABOUILLY. Parbleu, madame, c'est moi... Il n'y a que moi qui aie le droit de vous appeler Isolie... Je le suppose, du moins ! isolie, en dehors. Attends, mon nmi... je passe mon peignoir. MÉLANIE. Vous voyez bien... monsieur, madame s'habille... CHABOUILLY. Qu'est-ce qui vous demande quelque chose, à vous?... Tournez-moi les talons... A cette cuisine! (Mèlanic s'éloigne par la porte du deuxième plan.) SCÈNE IV CHABOUILLY. Voyons donc... ce qu'elle fait... (Regardant par le trou de lusermre.) Elle tape sur ses matelas, elle froisse son oreiller pour me faire avaler qu'elle a couché dans le domicile conjugal; mais, j'ai la preuve du contraire... et la voilà.,. (Il tire le corset de sa poche.) Elle ne sait pas que je l'at trouvé... Sait-elle seulement qu'elle l'a perdu... ce témoin muet... de ma catastrophe I... (Am corset.) Oh!... je le reconnais... c'est bien lui... Je l'ai payé de mes deniers... El je le trouvais trop cher... (Reployant le corset.) Et j'avais raison !... je ne me doutais môme pas... de ce qu'il me coûterait... (Voyant Isolie qui entre.) Oh !... elle !... (Il remet le corset dans sa poche.) SI LA COURSE Atl CORSET SCÈNE V CHABOUILLY, isolie. isolie, courant à lui. Comment, Loulou, c'est toi?... chàbocillt, à part. Loulou ! isolie, l'embrassant. Oh! quelle aimable surprise!... chaboijili.y, à part. Je n'en dirai pas autant ! isolie, lui tapant sur la joue. Tiens, tu es un bon petit mari ! ciuuouiu.Y, à part. Ne me pétrissez pas les joues I isolie. Ah! la drôle de figure que tu as!... Tu es tout jaune ! chabouii.ly, à part. Jaune... ça se voit... ISOLIE. Ah ! c'est que tu as passé la nuit en chemin de fer. CHAB0U1LLY. Ça y est... pour quelque chose... isolie. Et tu n'as peut-être rien pris... je vais dire à Mélanie de presser le déjeuner. CHABOtJILLY. Non, j'ai une idée! isolie. Laquelle... Raoul? CHABOUII.LY. De déjeuner au restaurant, en tète-à-tête, comme deui amoureui... mut, Ah! l'excellente idée !... LA COUHSIi AU CORSET M CHABOUILLY. N'est-ce pas?... ISOLIE. Tu me payeras des escargots... hein? CHABOUILLY. Des escargots? ISOLIE. C'est excellent... tu verras... tu t'y feras... CHABOUILLY. Crois-tu?... ISOLIE. Et où irons-nous ? CHABOUILLY. Où tu voudras... Allons, dépêche-toi de t'habiller. ISOLIE. Sois tranquille!... CHABOUILLY. Je vais me raser... et toi, passe ton corset... ISOLIE, Oui, mon ami ! chabouilly, à part. Je suis sûr... de... mon affaire... elle n'en a qu'un... et je l'ai dans ma poche ! mélanie, sortant du cabinet du premier plan. Monsieur, l'eau chaude, pour votre barbe, est sur votre toilette... CHABOUILLY. Bien. (A lsolie.) Ne t'amuse pas à la moutarde... mets ton corset. ISOLIli. En deux temps... c'est fait. chabouilly, à part, en entrant dans le cabinet. C'est qu'elle nu sourcille pas !... SCÈNE VI ISOLIE, MÉLANIE. MÉLANIE. Eh bien, madame ? isolil, qui se dirigeait vers sou mi'u hon, n'arrêtant, Quoi? » LA COURSE AU COKSET MÉLANIE. Monsieur ne s'est douté de rien ? ISOLIE. Mais je ne vous comprends pas ! MÉLANIE. Ah!... faites excuse, madame... Alors... je me serai trompée... (A part.) Ah ça ! est-ce qu'elle voudrait me faire gober, à présent, que je ne l'ai pas vue rentrer ce malin? isolie, cherchant dans'son manchon. Oh ! mon Dieu ! MÉLANIE. Quoi donc, madame? isolie, entrant dans sa chambre. 11 n'est pas possible... je l'aurai porté dans ma chambre. MÉLANIE. Qu'est-ce qui lui prend? Ah! les maîtres... on ne sait jamais par quel bout les prendre... isolie, rentrant. Il n'y est pas... (Retournant à son manchon et le fouillant.) Voilà mon mouchoir... mes gants... Mais aidez-moi donc à chercher... vous... MÉLANIE. Quoi, madame? isolie. Mon corset!... MÉLANIE. Votre corset... Madame a perdu son corset? ISOLIE. Perdu... j'espère bien que non... par exemple! Eh bien ! cela serait gentil... il ne me manquerait plus que cela... Vous l'avez trouvé?... MÉLANIE. Mon Dieu, non... Mais si madame voulait me donner l'adresse... j'irais... ISOLIE. Quelle adresse? MÉLANIE. Dam!... de... du... ISOLIE. Du quoi?... MÉLANIE. Est-ce que je ?ais, moi! LA COURSE AU CORSE! 25 SCÈNE VII Les Mêmes, LACREUSETTE. lacreusette, entrant. Bonjour, chère madame Chabouilly, ce n'est que moi... isolie, avec désespoir. Ah! mon ami... MÉLANIE. C'est monsieur Lacreusette. lacreusette, à part. Mon bébé du bal... Et dire que j'ai passé une partie de la nuit à faire le joli cœur avec un cordon bleu. ISOLIE. Si vous saviez... J'ai perdu mon corset! LACREUSETTE. Votre corset... vous l'aviez mis dans votre manchon! isolie, à lacreusette. C'est vrai... je me souviens, mais enfin... je l'ai perdu... je ne sais pas comment... je ne sais pas où. mélanie, à part. Et il est ami avec monsieur!... C'est toujours comme ça ! ISOLIE. Et il vient de prendre l'idée à mon mari de m'emmener déjeuner au restaurant! Il faut que je m'habille.... il m'a bien dit, tout à l'heure, d'aller mettre mon corset, et... Je n'ai que celui-là!... Ma foi, tant pis, je vais tout lui avouer. MÉLANIE. Ah! madame...il ne faut jamais convenir de ces choses-bi! ISOLIE. Ah!... Mélanie... ma fille... prêtez-moi le vôtre... MÉLANIE. Mon corset... Ah! madame, c'est comme un fait exprès... v'ià huit jours que je ne l'ai plus. Il s'est crevé! ISOLIE. Mon Dieu!... mon Dieu! LACREUSETTE. Ne vous désolez pas... je sais où vous l'avez laissé. mélanie, à part. Voyez-vous ! lacreusette, sortant. Aux bains... je cours et je vous le rapporte! mélanie, à part. Ils ont été prendre un bain, tous les deuces, c'est du propre ! 10 LA COURSE AU CORSET SCÈNE VIII MÉLANIB, ISOLIE, CHABOUILLY. chabouiï.ly, arrivant précipitamment, en bras de chemise, encore barbouillé de savon, et son rasoir à la main. Oui est-co qui me demande? isolie, se retournant. Ah! mklanie, à part, en tressaillant. Nous fait-il des peurs ! CHABOUILLY. Qui donc était là?... ISOLIE. Personne ! CHABOUILLY. J'ai pourtant entendu une voix mâle... et des talons de bottes... MÉLAME. Les oreilles vous ont corné. CHABOUILLY. Corné!... Qu'est-ce que c'est que ces expressions-là?... Je ne veux pas qu'on se serve de pareils mots dans ma maison... entendez-vous? MÉLANIE. Tiens, pourquoi donc? CHABOUILLY. Pourquoi?... parce que... vous êtes mal embouchée. MÉLANIE. Ça suffit, monsieur... (Prenant le paquet de linge.) Avez- vous du linge à donner pour la blanchisseuse ? CHABOUILLY. Non... Si... Est-ce que je sais... Voyez-vous-même... C'est votre affaire. mélanik, emportant le paquet de linge. Oui, monsieur... J' vas y regarder. (En disparaissant par la cuisine, et à part.) 11 oublie toujours quelque chose dans ses poches. LA COURSE AU CORSET 27 SCÈNE IX CHABOMLLY, ISOLIE, puis MÉLANIE. chabouilly, se contraignant. Eh bien, Lili, tu n'es pas habillée? ISOLIE. Pas tout à fait, Raoul. chabouilly, à part. Je la guigne... ISOLIE. C'est que... je ne peux pas mettre la main sur mon corset... Suis-je maladroite d'avoir égaré ainsi...1 chabouilly, se contraignant toujours. Egaré... On n'égare pas un corset, Lili... C'est un ustensile trop intime pour qu'on s'en sépare à la légère comme d'un mouchoir de poche... Vous n'avez pas égaré le vôtre, Lili... Vous l'avez perdu... isolie, à part. Oh ! mon Dieu!... Il sait... CHABOUILLY. Vous l'avez perdu... ISOLIE. Allonc donc... Vous êtes foui... CHABOUILLY. Fou!... Ah! mort de ma vie... je le voudrais... au lieu d'être... ce que je suis... et, ce que vous avez perdu... je l'ai trouvé... (Il entre dans sa chambre.) ISOLIE. Il me soupçonne... il m'accuse... il croit... chabouilly, revenant avec un corset qu'il enlève du papier. Tiens, le reconnais-tu?... melanie sort de la cuisine, et reste sur le seuil de la porte, et à part. Quelle chance! ISOLIE. Ça, mon corset. mélanie, d part. Celui de la marchande de beurre !... chabouilly, examinant le corset avec stupéfaction. Sac à papierl... il s'est allongé l... et élargi !... mélanie, examinant le corset. Ça, mais c'est le corset du dôme des Invalides. 28 LA COURSE AU CORSET ISOI.IE. Ah ! quel homme, quel tyran !... Que je suis malheureuse!... {Elle entre dans sa chambre en disant, à part :) Comme ça, j'évite les explications ! chabouilly, considérant le corset. Je l'ai pourtant bien trouvé... ce matin... dans la rue... On dit que la jalousie fait grossir les objets... (Enveloppant à moitié le corset dans le journal, et le jetant sur la table.) Mais il m'avait paru plus petit... Ce n'est pas un corset... c'est un rébus! mélanie, sortant vivement de la chambre d'Isolie. Monsieur... monsieur... des odeurs... du vinaigre... le l'étirer... Madame se trouve mal. CHABOUILLY. Ma femme!... (En entrant dans la chambre d'Isolie.) C'est ma faute, aussi, j'ai été trop dur... contre mon habitude. mklanie, courant cù et là. Bien... Je ne trouve plus le vinaigre... Ah!... dans ce placard... Non... ce n'est pas dans celui-là... C'est dans l'autre... (Elle s'éloigne du premier placard pour aller au second, qu'elle ouvre. Prenant un flacon.)\o\ci laburette....Quelle chance qu'elle a eue, que j'aie ce cabas-là sous la main... et que j'aie entendu leur chamaillerie... Tiens... est-ce qu'il ne faut pas que les femmes s'enfr'aident donc ! SCÈNE X MÉLANIE, MADAME POISSON. madame roissoN, entrant, chargée d'un paquet de linge repassé. Bien le bonjour, mamzelle Mélanie. Vous voyez que je ne viens pas trop tard, comme je vous l'avais promis... mklanie. Oh! ma chère madame Poisson, je n'ai pas le temps dans ce moment-ci... Posez là votre linge blanc... L'autre est dans la cuisine. MADAME POISSON. C'est bien... c'est bien. Je vas faire ma pratique du quatrième, et je redescendrai... HÉLANTE. C'est ça... Je serai à vous tout à l'heure... SCÈNE XI MADAME POISSON, posant le paquet de linge sur une chaise. J'aime bien mieux revenir pour compter le linge avec elle... Comme ça, s'il manque quelque chose, on n'a pas de LA. COUfîSK AU CORSET 29 difficulté?. {Apercevant sur la table le corset mal enveloppé. Tiens... v'ia le corset de ma marchande de beurre... Juste, la bonne l'a apprêté pour me le rendre... Ça me fait penser à son satané gilet de flanelle... que j'allais oublier encore 1 Je l'ai pourtant mis exprès dans ma poche... pour y penser. (Tirant le gilet de flanelle d'une grande poche placée sous son tablier.) Là!... (Enlevant le corset du journal, et y replaçant exactement le gilet de flanelle et fourrant le corset dans sa grande poche.) Comme ça... elle peut être sûre, aujourd'hui, qu'elle l'aura... (En sortant par le fond.) Et ma marchande de beurre... son ustensile. SCÈNE XII CHABOUILLY, puis LACREUSETTE. chabouilly, sortant de la chambre d'Isolie. Il n'y a pas moyen de lui arracher une parole... A chaque interrogation, elle pousse un cri... lacreobette, à lui-même, en entrant par le fond. Rien... La baigneuse n'a rien trouve... Oh!... Chabouilly!... CHABOUILLY. Ah ! Lacreusettc, tu ne sais pas... lsolie me trompe... Elle a un amant... Un homme qui lit un journal du soir... Rocambole, peut-être ! (l'est cela qui me chagrine le plus. LACBEUSF.TTE. Voyons... as-tu toute ta tète?... CHABOUILLY. Plus que complète, je l'ai tenu dans ma main. LACREUSETTE. Ta tête? CHABOUILLY. Eh! non, son corset... que j'ai trouvé dans la rue en te quittant. lacreusette, à part. Ah! diable! CHABOUILLY. Que j'ai bien reconnu... va... Et quand ici... pour confondre l'infidèle... je le tire de mon paletot... Ce corset si mignon était devenu... d'une capacité de trois nourrice-. (Déployant le journal et agitant machinalement le gilet de flanelle devant Lacreusette.) Tiens... regarde... LACREUSETTE. Mais c'est un gilet de flanelle. 30 LA COURSE AU CORSET chabouii.ly, stupéfait. Un gilet de flanelle! Oui, ma foi, c'en est un... Un gilet de flanelle d'homme chez moi et je n'en porte pas ! (Avec douleur.) Quand je dis que je n'en porte pas... je le croyais... I.ACRKUSETTF.. Ah 1 ça, mais le corset... • CHABOIHLLY. Il s'est changé en gilet... LACREUSETTE. C'est incroyable! (Examinant le gilet, et à part.) Mais c'est mon gilet de flanelle. CHABOUILLY* Je vais écrire à sa tante Margottin. LACREUSETTE. La tante de ta femme. CHABOUILLY. Pour lui ré-expédier sa nièce... franche de port ! LACREUSETTE. Tu te presses trop... CHABOUILLY. Qu'est-ce que tu veux que j'attende... que je trouve sous mon lit des bottes à l'écuyère. LACREUSETTE. 11 ne faut pas en croire les apparences. CHABOUILLY. Les apparences... non... les gilets...oui! (Pliant à moitié le gilet dans le journal) et cette preuve de ses mœurs... frivoles... (Allant àun placard, qu'il ouvvre.) Je la conserve, (Il firme le placard) et je vais la mettre sous clef! lacreusette, à part. Il enferme mon gilet. chabouilly, fourrant la clef dans sa poche. Et maintenant que j'ai la clef dans ma poche!... A la tante Margottin!... Je. vais lui taper... un poulet... un peu.,, corseté I LACREUSETTE. Tu n'écriras rien ! CHABOUILLY, J'écrirai ! LACREU9ETTE. C'est ce que nous verrons. LA C0UI1SE AU CORSET 31 chabouiixy, entrant à gauche, suivi par Lacreusette, Tu vas le voir ! ENSEMBLE. CHABOUIIXY. Ah! je suis... convaincu I Ah I je suis... vois-tu, Ce mot-là m'écorchel Ah I l'hymen m'a perdu I Je n'aurais pas dû Allumer sa torche ! LACREUSETTE. Ah! sois-en convaincu, Il ne t'est pas dû, Ce mot qui t'écorche. Ah I tu n'es pas perdu. De l'hymen peux-tu Blasphémer la torche ! SCÈNE XIII BRIQUET, p?«s MELANIE. imiQUET, entrant par le fond avec précaution et appelant bas. Mélanie... Métairie... où diable est-elle donc?...Voyonsdans la cuisine. [Û va sur la pointe des pieds regarder dans la cui- siine.) Non... personne... j'aurais pourtant bien voulu avoir le gilet de mon maître... et lui remettre les bas du sien. mélanie, tenant une paire de bottines, sortant de la chambre d'isoline et à la cantonnade. Soyez tranquille, madame, je ne dirai pas un mot,.. (Voyant Briquet.) Comment, te v'ià, toi. BRIQUET. Eli oui... je viens chercher le gilet de monsieur... MÉLANIE. Et moi qui ai oublié de le demander à la blanchisseuse... mais elle va revenir... attends là... sur le carré ; moi, il faut que je fasse les bottines de madame. {Elle entre dans la cuisine.) 33 l.A COURSE AU CORSET SCÈNE XIV BRIQUET, seul. Attends là... attendre une. blanchisseuse qui a toujours les mains dans l'eau... moi qui n'aime que le vin... A propos de vin, il y a là, dans ce placard, une certaine bouteille que nous avons entamée, Mélanie et moi, l'autre soir que ses maîtres étaient absents. Si pendant que je suis seul, je lui redisais un petit bonjour, par souvenir et. par politesse... personne... voyons. (Ilowore le \" placard.) Rien, tiens,on l'aura changée de place. (Il referme le placard.) Ah! c'est sans doute dans l'autre placard. (Il va au 2 ms placard. ) Bon... n'y a pas de clef... voyons donc si la clef de celui-ci... (Il va au 1 er placard, en enlève la clef, qu'il va appliquer à la serrure du second.) Ça entre... ça tourne... (Ouvrant le placard.) Et ça ouvre... Juste... v'Ià la bouteille... n'y arien à grignoter par là... pas une croûte de pâté... une carcasse de poulet... qu'est-ce qu'il y a dans ce papier-là... c'est mou, ça doit être delà galantine. (Ildéploie le papier.) Non, c'est un gilet de flanellle... mais c'est le mien... celui de mon maître... qu'est-ce qu'elle chantait donc, qu'elle ne l'avait pas encore. (Tirant une paire de bas de sa poche.) J'ai là, les bas, qu'elle m'a prêtés. (Mettant dans le journal les bas à la place du gilet qu'il prend.) Chacun son bien, je rentre dans le gilet de mon bourgeois, et voici les bas du sien... ah! et le placard que je ne fermais pas... (Il le ferme.) Et la clef... qui était sur l'autre... faut remettre tout en place. ..(Il ôte la clef du placard, et la remet dans la serrure de Vautre, où. elle était précédemment.) Là... (Examinant la bouteille qu'il a prise.) C'est toujours leur même bordeaux!... Je vas dire à Mélanie qu'elle n'ait plus d'inquiétude sur ses bas... et que j'ai repris mon gilet. (Il sort par le fond.) SCÈNE XV CHABOUILLY, LACREUSETTE, puis ISOL1E. lacreusette, suivant Chabouilly. Voyons, Chabouilly, tu n'enverras pas cette lettre? CHABOUILLY. Non. LACREUSETTE. Tu me le promets ? s LA COURSE AU CORSET 33 CHABOUILLY. Oui... (A part.) Je n'ai pas fini ma barbe ce matin... il m'achève ! LACREUSETTE. Et tu m'invites à déjeuner ? CHABOUILLY. Ça m'est égal. LACREUSETTE, Et je fournis mon plat... un pâté de gibier de la Lorraine que ma sœur m'a envoyé ce matin. Je grimpe chez moi et je redescends... CHABOUILLY. Va vite, j'ai très-faim... (Lacreusctte sort par le fond.) Faim!... oui... de vengeance,., et non pas de pâté! (Criant, lsolie !... Isolie !... isolie, sortant de la chambre. Ah ça, quel train faites-vous donc ? CHABOUILLY. Le train qu'il me plaît... épouse cri... isolie, riant. Comment, vous songez encore... chabouilly j voulant finir son mot. Cri... mi... ISOLIE. A cet immense... chabouilly, idem. Nelle ! ISOLIE. Corset... CHABOUILLY. Ce n'est plus un corset, madame... c'est un... gilet de flanelle... ISOLIE. Tiens... je ne savais pas que tous en portiez... CHABOUILLY, fuHiUX. Ni moi non plus... je ne croyais pas en porter... Mais à présent je suis basé... Voyons... dis-moi son nom... ISOLIE. Le nom de qui? CHABOUILLY. Du... gilet. ISOLIE. Quel gilet V Il LA COURSE AU COHSE'l C11AB0WLLY. Qui était autrefois un corset... Tiens... (// ourre le placard, prend le paquet et défait le papier.) Regarde... Le reconnais-tu?... {Stupéfié.) Ah ! ce sont des bas... ISOLIE. Des bas de laine. CHABOCILI.Y, Et à moi!... Et j'avais la clef dans ma poche!... (Courant çà et là.) Bosco... Robert-lloudin... Ilamilton... vous êtes ici, n'est-ce pas?... Ne vous cachez pas... c'est inutile... je vous vois... Mais montre-loi donc, médium!... mélanie, rentrant par le fond. Monsieur ! CHABOUILLY. Ah! c'est toi... Tiens, Mélanie, donne cette lettre à un commissionnaire, et qu'il la porte tout de suite à son adresse. isolik, prenant vivement la lettre. A ma tante Margottin ? CHABOUILLY. Qui va venir vous chercher et vous conduire dans une maison... un peu... pénitentiaire. isolik, déchirant la lettre. Ah ! par exemple ! chabodilly, voulant s'y opposer. Isolie I... isolie, lui jetant les morceaux au nez. Voilà les morceaux ! mélanie, voyant les bas de laine sortant du papier, que Cha- bouilly a précédemment jetés sur un meuble, et à part. Ah ! les bas de laine .. que cet imbécile de Briquet a rapportés... et qu'il plante là... .--ans me le dire... (Les faisant glisser du papier et les fourrant sous son tablier. ) Si madame a laissé son armoire ouverte... (En entrant dans la chambre d'Isolie.) J'vas les faufiler. SCÈNE XVI CHABOUILLY, ISOLIE, LACKEUSETTE. lacreusette, entrant par le fond, tenant à la main un pàti enveloppe dam un papier. A table!... voici mon palé de gibier. LA COUHSE AU COllSET 35 CHABOUILLY. Lacreusette, ce n'est plus un... gilet. LACREUSETTE. Bath! CHABOUILLY. Juste... ce sont des bas... et les miens... Vois plutôt... [Il va prendre le journal et l'ouvre.) Rien ? il n'y a plus rien?... Voilà le bouquet!... {Criant.) Mais montre-toi donc, Daven- port? colonel Stodare ?... lacreusette, dégageant le pâté du papier. Voyons, ne nous ahuris pas, et flaire-moi ce pâté-là. i JOLIE. Ahl qu'il est beau!... lacri.usette, le portant sous le nei de Chabouilly. Et un fumet ! chabouilly, voyant l'enveloppe du pâté, et l'enlevant à Lacreusette. Le journal du soir... encore... un- autre morceau... (L'examinant, puis poussant un cri.) Ahl (Courant chercher un fragment du journal dans lequel étaient les bas, et rapprochant les deux papiers l'un de l'autre.) Ils s'ajustent I... nota. Quoi? chabouilly. Les deux morceaux... lacreusette. Du quoiî chabouilly. Du journal... (Sautant à la gorge de Lacreusette.) Ah! c'est donc toi qui m'as coiffé ! lacreusette, se débattant. Tu m'étouffes I... CHABOUILLY. Pas assez... C'est dans la moitié de ton journal que ma femme a perdu son corset. ISOLIlî. Je ne l'ai pas perdu, monsieur .. puisque le voilà... (Elle écarte sa robe de chambre et montre son corset.) CHABOUILLY. Ah! oui, c'est bien celui-là... voilà la tache d'encre... mais l'autre, le grand corset, où est-il?... 30 LA COUKSE AU CORSET SCÈNE XVII Les Mêmes, MADAME POISSON, arrivant avec un grand panier, par le fond; puis BRIQUET sortant de la cuisine; puis MÉLANIE, sortant de la chambre d'Isolie. madame poisson, montrant le corset qu'elle tire du panier. Le voilà... CHABOUILLY. Oui, c'est bien celui-là qui s'est changé en gilet... briquet, sortant de la cuisine et agitant le gilet. Voilà le gilet! CHABOUILLY. Mais les bas? MÉLANiE, qui entre en montrant les bas. Les v'ià les bas!... CHABOUILLY. Et tout cela était dans île papier?... LACREUSETTE. Dont les deux morceaux viennent de chez ma sœur... comprends-tu? CHABOUILLY. Oui... pas du tout... ISOLIE. En déjeunant... nous te dirons... mais tu ne te fâcheras pas... MÉLANIE, « ISOlie. Ni vous, madame... briquet, à Lacreusette. Ni vous, monsieur... CHABOUILLY. Eux aussi... ah!... que de petits mystères... dans un corset !... quand il y en a !... CHOEUR. Air des Portiers. Avant de s'emporter Quand on voit pointer Une chose louche, Sa langue on doit tourner Et la retourner Sept fois dans sa bouche. Pari». — Xyp. Morris et Ce, rue Amelot, 64 OUVRAGES DES MÊMES AUTEURS LES SOUPIP.S DE BOLIVAR.................... i acte. L'AUTOMNE D'UN FARCEUR................... 1 acte. SUZANNE................................... 6 actes. LA SERVANTE............................. . 7 actes. LES PAUVRES DE PARIS.................... 7 actes. LA ROUTE DE ISRKST.................... 10 actes. L'ILE SAINT-LOUIS ......................... 9 actes. LA LÉGENDE DE L'HOMME-SANS-TÊTE.......... 5 actes. ROSE BERNARD............................... 5 act-s. LES MENAGES DE PARIS.................... 7 actes. LES PORTIERS............................ 1 acte. MAISON SALADIER......................... .. 2 actes. LE GARÇON DE FERME.......................... 8 actes. LES LETTRES DES ANCIENNES .............. 1 acte. M, DE LA RACLÉE........................... 1 acte. LA FEMME COUPABLE......................... 5 actes LÉONARD................... ................ 7 actes. LES MÉDECINS.............................. 5 actes GÉRALD................................... 5 actes LES TROUS A LA LUNE................. 4 actes. LE MUSICIEN DES RUES................... 7 actes. LES PAUVRES FILLES.......................... 5 actes. BOTANY-BAY........................... 9 actes. Paris. — iuip. Morris et Compagnie, lue An;elot, (4. ■P&B 3527