i PAULINE DRAME EN CINQ ACTES ET HUIT TABLEAUX, PIIÉCÉ1IK DE LA CHASSE AU TIGRE, PROLOGUE EN UN ACTE, TIRÉ DU ROMAN DE M. A. DUMAS, ru ■H, E. GltANGË ET X. f.K 1UONTÉPI1V, Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtra Historique, le \" juin 1850. < 5-D/' d& %l BRUXELLES. 1.1) LONG, IMPniMEtIH-ÉUlTEIin, LIBRAIRE DES THEATRES ROYAUX, HVK DKS PIERRES, 40, PRÈS DU POIDS DE LA TILLE, Le soir au Théâtre Royal. 1850 I> Kit NO M N A «ES. ACTIilin8. HORACE DE BEUZEVAL. MU. Fechter. LUCIEN DE NERVAL. Pierron. MAX. Georges. HENRI. Bonnet. INGHI. Boilkau. WILLIAMS. Peupin. EDGARD. H. Armand. CYRILLE. Barré. LÉON DE BEAUCHAMP. Manstein. DE MONTLOUIS. Bertholet. LE DOCTEUR. Beaulieu. LE JUGE DE PAIX. VlOBIX. LE NABAB. Armand. LE NOTAIRE. Tournot. UN DOMESTIQUE. Paol. UN AUTRE DOMESTIQUE. Maunrs. UN GARÇON D'AUBERGE. Désiré. UN PÉCHEUR. Serres. M"» DE NERVAL. M m " Astruc. PAULINE. Pbrson. HARRIETT. Matiiilde. GABRIELLE. L. Roger. L'HOTESSE. Delaunay. S'adrclter, pour la mutique de cette pièce, à tu. rou- bière, directeur de /'Agenck-Theatbaib, rueFoêaé- aux-léoupt, 9, à Bruxellet. PROLOGUE. t.\ Cll.tNMK AW TICiltE. Dant l'Inde, entre Mutignlore et Goa. A droite, un escarpement do rochers pralicables à une caravane. A gauche, quelques arbres de l'Inde, el entre autres un ravenalah. Au fond, des jongles. Au lever du rideau, le théâtre est vide; bientôt on voit arriver par le deuxième plan à gauche, le Malais Ingbi, qui fait signe à un voyageur de le suivre. SCENE PREMIERE. 1NGHI, put» LE COMTE HORACE, porté dans un palanquin par quatre esclaves, menu l'or ici, M. le comte; voici un excellent endroit pour une huile... (Entre, le eomte Horace.) HORACE. Ah! nous nous arrêtons ici! ce n'est pas malheureux! Voilà une température agréable... peste! cela ne m'étonne pas que les vers à soie vienncnlilc l'Inde...Qu'y a-t-il donc sur cet arbre? ingiii . Ne faites pas de bruit, c'est un macaque. IIOIUCE. El pourquoi ne faut-il pas faire du bruit? INSU, .Mais, parce que le macaque est un excellent manger cl que je vais tâcher de le tuer pour notre dîner. IIOIUCII. Attends alors. inciii. M. le comte veul-il koo fusil? * PAULINE. HORACE. Ce n'est pas la peine, j'ai mes pislolcti... Il vise et lire, les hommes jettent des cris et courent apri» l'animal qui tombe dans la coulisse. INGBI. Comment avez-vous fail !... Hélait derrière une grosse branche, et on ne lui voyait que l'oeil. UOIUCB. Eli bien! je lui ai mis une balle dans l'oeil, voilà tout... En France, mon cher Ingbi, cela s'appelle faire mouche.,. Voilà donc où nous allons camper ? INGBI. N'êtes-vous point d'avis de laisser tomber un peu la chaleur? HORACE. Pardieu!{Dis donc, Ingbi, as-tu quelque chose a me donner à boire? INGHI. Nous avons du vin! 1I0RACB. Non, l'aimerais mieux uno boisson plus rafraîchis- tante; donne-moi de l'eau de cette rivière. INGHI. Nous avons mieux que cela, voilà un ravenalab. HORACE. Autrement dit arbre du voyageur... voir Jussieu et Robinson Crusoé... Et tu crois qu'il ne sera pas passé quelque pèlerin avant nous, qui aura vidé son réservoir? INGHI. Il est intact... d'ailleurs, M. le comte, les voyageurs sont rares entre Mangalore et Gon. RORACt. Oui, la route n'est pas sûre, tu n»'as déjà dit cela, mais j'ai trouvé le motif,n'est-ce pus?c'était pour faire doubler tes gages et ceux de tes homme». prolouuk, scfeîte t. 5 ikuhi. M. le comte, en sa qualité de Français, prend tout du côté plaisant... mais il n'en n'est pas moins vrai que ces montagnes... HORACE. Foisonnent de voleurs, d'étranglaura... insHi. Et de tigres. HORACE. Mon cher Inglii, quant aux voleurs, dans quelque pays que ce soit, dès qu'on m'en parle, et même sans qu'on m'en parle, j'ai l'habitude d'y croire tout-à-fait... quant aux étrangleurs, comme il est possible que les quad'c'liommes qui étaient cachés hier dans lesjongles, et que, grâce à mes instincts de chasseur, j'ai découverts, appartinssent à l'estimable société des Taugh«, j'y crois un peu... Mais quant aux tigres, comme je n'ai pas encore eu le bonheur de rencontrer un chat sauvage, comme je n'ai pas même eu la chance d'entendre un rugissement, je n'y crois pas du tout. INMI. Cependant, M. le comte... HORACE. C'est comme les ours blancs... J'ai un ami qu i a demandé au capitaine Giymard à faire partie de son expédition au Pôle nord , rien que pour voir des ours blancs... iNflni. Eh bien?... HORACE* Ah bien oui, pas plus d'ours que sur ma main; les voyageurs les ont tous mangés... (Les Indiens reviennent avec le macaque.) Dis donc, Inghi, c'est fort laid, cet animal ; je ne me déciderai jamais à y goûter, moi. 6 PAULINE. IHU, Vous lâcherez de tuer quelque autre gibier ; il ne manque pas, allez I HORACE. El) bien! ton rarenalah ? INGBI. Vous voyez! ie le mels en perce... Il veut lui donner à boire dans une feuille. HORACE. Ali! attends... je ue suis pas si homme de la nature que cela, moi... Il va à son nécessaire, l'ouvre, en lire un verre monté en argent, et l'approche de la blessure faite à l'arbre et dont l'eau coule, inciii, au Comte. Rb bîenlcomraentlrouvei-vous le vin du ruveu*l«h! HORACE. Je trouve qu'il a un goût de tonneau... {Aux hommes) Dressez donc ma tente ici... A combien sommes nous de Goa ? INGHI. A dix lieues encore. iioback . Ce qui veut dire que demain soir, nous avons chance de coucher dans un lit... il est vrai que ee sera un lit espagnol... Oh! je les connais tes lieues de l'Inde... Inghi, voyous, donne-moi mon fusil. mont. Voussavezque le côlé droit n'estcliargé qu'à poudre. HORACE Oui... {Il charge «on fusil.) INCIII. Qu'allez-vous faire? IIOIUCE. Je vais voir à tuer quelque chose de mangeable. INGHI. Vous chargez à petit plomb? TROLOGOE, SCÈNE II. 7 HCHUCB. Parbleu ! je ne eoniple pus chasser l'éléphant. INGIII. Cependant si vous rencontriez quelque hôte féroce... IIOIUCE. Un tigre, n'est-ce pas?... Eli bien! je te promets, si je rencontre un tigre, je te promets de le laisser passer... (S'éloignant.) Ce gaillard-là a la inoneinanie du tigre. SCENE II. INGIII, i.ks Indiens. INGHI. Allons, vous autres, à la besogne ; le français a donné l'ordre de dresser sa lente. — Ces Français ne doutent de rien... il est vrai qne celui-là connaît l'Inde comme s'il y était ne... Arbres, plantes, animaux, tl suffit de lui nommer les choses, et alors il est pareil à un bomme qui a oublié et qui se souvient... C'est dans leurs collèges qu'ils apprennent tout cela... Les Indiens obéissent. — Inghï les regarde faire, les mains dans ses poches et en chantant : Était-ce à Manille, Etait-ce à Pékin, Que vivait la fille D'un vieux mandarin? Je ne sais plus bien, Si c'est à Manille, Si c'est à Pékin. Quel nom portait-elle? Etait ce Jasmin, Itose ou Citronelle? Je le cherche en vain. Je ne sais plus bien, Si c'est Citronelle, Ou Ruse ou Jasmin. 8 PAlll.INI?. Était-elle blonde, Ou brune, on châtain? Qu'un autre en réponde, Pour moi je m'abstien... Je ne sais plus bien, Si la belle est blonde Ou brune ou châtain. {S'inlerrompant.) Oli! oh! qui nous arrive là ? En effet, un chasseur qu'à sa tournure on reconnaît pour anglais, apparaît au haut des rochers ; il correspond par des signes avec d'autres personnes que l'on ne voit point Puis, il regarde attentivement le petit campement qui s'opère. SCENE III. LES MÊMES, SIR WILLIAMS. Williams, descendant la montagne. Eh! mais, je ne me trompe pas;c'estInghileMalais. 1NGHJ. Sir Williams !...,le salue humblement votre honneur. WILLIAMS. Bonjour, Inglii... que fuis-tu donc au milieu de en désert? INGHI. .le sers de guide à un Français. WILLUMS. Ah! oui... et les compagnons lui serventde porteur» et d'escorte?... C'est ù lui cette tente? INOBI. C'est à lui, oui, votre honneur. ■WILLIAMS. Et par quel hasard un Français voyage-t-il ainsi?... Ce n'est pas l'habitude de ses compatriotes, ce mesem- blc. INGHI. Voilà ce que j'ai pu comprendre, votre honneur... c'est que le bâtiment qui devait le conduire à Goa ou à PROLOGUF, «CfcSÏ III. !) Bombay, je no sais plus bien, a été forcé à cause du mauvais temps rte relâcher à Mangalorc... une fois là, il n'a pas eu la patience d'attendre, et a préféré venir par terre de Mnngalore à Goa... Il y a quatre jours que nous sommes en roule, et, an c l'aide de Brahma,nous serons demain au terme de notre voyage. WILLIAMS. Alors, il l'a pris à Mangalore? maai. Son correspondant, M. Tliomson, qui est aussi celui de votre honneur, m'a recommandé à lui, comme parlant l'anglais et le français... Nous nous sommes entendus sur le prix du voyage... quatre hommes pour porter la tente, doux hommes pour porter le palanquin, cl moi pour guider... et le joui même de l'arrivée du bâtiment, nous sommes partit, Williams. Quel bâtiment montait-il? ingiii. Un balcau h vapeur venant d'Adon... il arrive de France pur Suez et la mer Rouge. WILLIAMS. Comment l'oppelle-t-on, sais-tu? iricm. Non, voire honneur... Comme il m'a payé d'avance, je n'ai pas cru nécessaire de lui demander son nom. WILLIAMS. Diable! serait-ce l'homme que nous attendons! INGIll. Votre honneur attend quelqu'un ? WILLIAMS. Non, personne... Inglii, j'ai soif, veux-tu me donner un verre de ton ravenalah ? 1SG11I. Oui, votre honneur... justement,ja viens d'eu faire. le PAULINE. WILLIAMS. Je vois bien... c'est pour pelii que je l'en demande ! (// descend jusque sous la lente d'Horace,et regardcau- tour de lui; voyant une couronne de comte sur le nécessaire.) Ali! il parait que c'est un gentilhomme, ton patron. IRSBI. Un gentilhomme, cela se peut bien... vous vous y connaissez mieux que moi, WILLIAMS. Ali! sur sa valise un II et un 1$. Diable! diable! nous marchons de soupçons en prohnhilitcs,ct de probabilités en certitudes... (Ramassant le fragment de lettre avec lequel Horace ahourre son fusil. )jHorace de Belize- val... C'est bien cela... j'en avais comme un pressentiment... (A Ing/ii.) Merci!... (Il boit.) où donc est ton patron ? IKCIIl. Il couit après son déjeuner. WILLIAMS. Où cela? I MO m. Hais dans les jongles... (On entend un coup de fusil.) Entcndez-vou-?... (Un rugissement succède.) WILLIAMS. Oh ! oh ! qu'est-ce que cela? INGIII. Vous ne reconnaissez pus la voix? WILLIAMS. C'est le rugissement d'un tigre, à cequ'il m'a semblé. IKCIIl. Justement. WILLIAMS. Cela tombe à merveille. PROLOGUE, SCÈNK IV. M INGIIl. Comment ? Wll.l iams. Un tigre ! c'est précisément ce que nous cherchons ; j'ai promisà miss Pauline île Meulien de lui faire voir, nvant son départ pour la France, une chasse auligre... Nous sommes partis ce matin, elle, miss Harrictt, sir Edgard et quelques officiers de sa majesté Britannique, dans ce but,.. Nous voilà en mesure. inotn. Et qu'avez-vous fait de votre caravane, mylord? WILLIAMS. Elle nie suit____l'avais pris les devans pourchoisirun lieu de halte convenable... celui-ci me paraitexcellenl. inobi. Eh ! tenez, voici vos compagnons. Williams, donnant une guinêe à Inghi. Pour la peine que je t'ai donnée... Par ici, par ici, mesdames. SCENE IV. les mêmes, PAULINE, HARRIETT, EDGARD, Opfi- cieiis Anglais, E° DE NERVAL, PAULINE. M rae DE NERVAL. Viens, Pauline, viens... ces messieurs chassent dans le parc, et de ce pavillon nous pourrons voir lancer le sanglier. 50 PAULINE. LUCIEN. Bonjour, ma mère... {Avec un peu de contrainte.) Bonjour, Pauline. PAULINE. Ali! vous étiez ici, M. mou cousin?... M™" DE NERVAL. Je te croyais dans le parc avec ces messieurs. gabriblle, avec une gaieté forcée. Oui, en frère galant, il metenaiteompagnie,pendant que j'arrangeais mes fleurs. LUCIEN. Je savais, ma mère, que vous deviez venir ici avec ma cousine, et n'ayant pas eu le bonheur de vous voir ce matin... M me DE NERVAL. C'est vrai... mais à qui la [aulc?... depuis quelque temps je ne le reconnais plus, Lucien... Toi, si gai autrefois, tu t'isoles, tu semblés nous fuir... lucibn, embarrassé. Moi? / «i me de nerval, avec tendresse. '* Lucien... mon enfant, est-ce que tu aurais des secrets... des chagrins?... lucibn, vivement. Aucun, ma mère, aucun, je vous le jure... (On entend au loin les sons d'un cor.) Mais j'entends le débucher... l'animal est lancé... permettez, ma mère... M me DE NERVAL. Va, mais sois prudent, surtout... Ces chasses au sanglier m'inspirent toujours quelque crainte. LUCIEN. Oh ! rassurez-vous, ma mère!... Pour nous, modestes chasseurs parisiens, le danger n'existe pas... (Avec une gaieté forcée,) A la lionne heure dans l'Inde; n'est- ce pas, macousine,dans l'Inde où vous chassiez ta panthère et le tigre? ACTE I, TAB. 1, SCÈNE II. 51 Pauline, à part, avec émotion. Le tigre !... un des chasseurs, paraitsant au fond, tout courant. Eh bien! eh bien! Lucien,la chasse est commencé», et lu es encore ici. LUCIEN. Mais loi-même... LE CHASSEUR. Au moment de partir,mon domestique a l'adresse de me remettre une lettre pressée, de sorte qu'il faut que je réponde. GABRIBLLB. Peut-on vous offrir plume, encre et papier?... LE CHASSEUR. Je n'osais vous le demander... BAIIIILLI. Entrez ici, c'est mon bureau. LE CHASSEUR. Cent fois, merci... Ne tue pas le sanglier sans moi, Lucien. LUCIEN. Sois tranquille, je t'attendrai. PAULINE. Oh! je ne crois pas mon cousin un chasseur bien redoutable. LUCIEN. Ah ! vous croyez, Pauline?... Eh bien! si je reviens avec la patte de la hâte à ma boutonnière, me donne- rez-vous cette rose?... PAULINE. Puis-jc vous l'offrir d'avance? LUCIEN. Non, je veux l'avoir gagnée. PAULINE. Allez doue, beau Méléagre ! 32 PAULINE. SCENE III. M-« DE NERVAL, PAULINE, GABRIELLE. M ,nard se change parfois en providence... Oui, e'cst vrai... vous aviez, m'avez-vous fait dire, quelque chose à remettre à une personne de la famille... Voilà toute la famille réunie, monsieur, et ce que vous avez à remettre... HORACE. Oh! mon Dieu, madame, c'e^t un simple mouchoir. TOUS. Un mouchoir! PAULINE. Un mouchoir! HORACE. Un mouchoir que M" 0 Pauline de M'-ulieu m'a prêté il y a un an de cela. PAULINE. Moi, monsieur? LUCIEN. Ma cousine ? M me DE NERVAL. Vous connaissez Pauline? HORACE. J'ai eu l'honneur de me rencontrer une fois avec mademoiselle pendant mou voyage aux Indes. »»• DE NERVAL, GARRIBLLB et LUCIEN. Aux Indes ! Horace, à Pauline. Mademoiselle, voulez-vous me permettre?... PAULINK. Monsieur... horace, baissant un peut la voix. J'aurais voulu le garder toute ma vie... mais cette restitution était le seul moyen de vous revoir. Pauline, Irès-troubléc. Monsieur... luciën, ri part. Que lui dit-il donc ? 58 PAUUNE. SI" 10 DR NERVAL. Aux Indes !... C'est aux Indes que vous avez connu ma nièce? Ah ! votre nom, monsieur, votre nom?... IIORACR. Le comte Horace de Beuzcval. M""-' DE NERVAL et OAUHIELLE. Le comte de Beuzcval! un chasseur, s'approchant vivement. Horace!...Horace de Beuzcval?... El) ! oui,vraiment, je ne l'avais pas reconnu d'abord. horace, le regardant. Léon de Beaucbamp !... léon, tendant la main. Comment! c'est loi!... tout le monde à Paris te croya il mort ! HORACE. Ma foi!...je t'avoue que pendant six semaines je l'ai cru comme tout le monde... Maisenfin, tu vois que, scion toute apparence, nous nous étions trompés. LÉON. Je t'en fais mon compliment, mon cher. HORACE. Merci. M me DR NERVAL. M. de Beuzeval !... je n'en reviens pas... Mais alors vous n'êtes pas un étranger pour nous... Ma nièce nous a souvent parlé de vous, monsieur. HORACE, regardant Pauline. Est-il possible! M m « DE NERVAL. Ce matin même, peu d'instans avant votre arrivée, nous nous entretenions de votre rencontre près de Bombay... d'un défi dont les suites pouvaient vous avoir été si funestes. ACTE I, TAB. SCÈNE V. 30 BOMCC, à Paulinn. Eh quoi ! je serais assez heureux pour être resté dan* votre souvenir? Pauline, troublée. Monsieur !... ivcien, à pari, observant. Ce trouble... cette émotion... H me DE NERV4L. Nous étions bien loin alors de penser que quelques minutes après nous aurions le bonheur de vous voir. hoiucb, l'inclinant- Madame !... Mais, pardon ; maintenant que le but de ma visite est rempli, il ne me reste plus qu'à prendre congé de vous. M" ,e DE NERVAL. Comment,monsieur,vous- voulez partir... nous quitter déjà... Oh! non, non, cela ne se peut pas... vous passerez la journée avec nous... HORACE. En vérité, je craindrais d'abuser... M m * DE NERVAL. Abuser!... Vous, notre Dieu tutélaire... vous, le sauveur de mon fils... Oh ! jamais ! jamais ! Restez, je vous en prie... nous vous en prions tous, n'est-ce pas, Lucien? LUCIEN. Certainement, ma mire. HORACE. Allons, l'invitation est trop charmanlo et répond trop à mes propres désirs pour que je lasse une plus longue résistance : je cède, madame, je me rends. Pauline, à part. Il reste ! H»* DU NERVAL. Et moi, monsieur, je vous en remercie. 40 PAULINE. HORACE. Veuillez seulement me permettre de donner quelques ordres à inon domestique. Ne comptant pas sur l'honneur que vous daignez me faire, j'avais pris un engagement avec quelques amis pour dîner avec eux à Paris... cl je vais leur envoyer dire de ne pas m'alten- dre. M m « DR NERVAL. Comment donc, monsieur 1 ne vous génez pas. HORACE, allant au fond et appelant. Inghi! iNGiii, paraissant au fond. Maître?... léon, se détournant. Ah! l'on Diru ! quel costume bizarre.., {A Horace.) OÙ diable ns-tu pria Ce garçon-là, mon cher? HORACI, C'est un Malais... que j'avais engagé à Goa, comme interprète... et qui s'est attaché à moi à la suite d'une aventure dont madame vous parlait tout-à-l'heure... Ces natures primitives ont une profonde estime pour tout ce qui leur paraît du courage... Il m'a suivi des Indeien France et ne mcquitle jamais... Mais pardon... Il retourne nu fond et parle bas à loghi. Pauline, à Léon. Y a-t-il longtemps,M. de Bcaiichamp.que vous connaissez le comte Horace ? LÉON. Sans être positivement liés,mademoiselle, nousnons voyions fréquemment à Paris avant son voyageaux Indes. M me DE NERVAL. Ce que je sais de lui m'en donne la plus haute idée. LÉON. Oui, c'est un type, exceptionnel, une de ces organi- ACTE I, TAR. I, S ÈNE Y. 41 salions puissantes que souvent la nature, comme par caprice, s'amuse à enfermer dans une enveloppe qui semble trop faible pour les contenir. Avec une apparence débile et languissante, le comte Horace est un nomme de fer, résistant à tentes les fatigues, surmontant toutes les émotions, domptant (nus les besoins... Je l'ai vu passer des nuits entière* soit au jeu, soit à table... et, le lendemain, tandis que ses compagnons dormaient, partir, fans avoir pris une beure de sommeil, pour une ebasse ou pour une course aveede nouveaux compagnons qu'il lai'Sait comme les premiers, sans que la fatigue se manifestât chez lui autrement que par une pâleur plus grande et par une petite toux qui lui est habituelle. M m « DE NERVAL. Et son existence, quelle était-elle ? LÉON. Mais celle de tous les jeunes gens à la mode. M mo DE NERVAL. Il o de la fortune? LÉON. Je le crois... il a toujours mené grand train... rien ne lui coûte pour satisfaire ses fantaisies.., Il y a deux ou trois ans, par exemple, il était en rivalité avec une altesse royalcpourdeux magnifiques chevaux. Le comte Horace a doublé le prix que le prince voulaity mettre, et les lui a enlevés!... Du reste, en admettant que ses prodigalités aient un peu entamé son patrimoine, son Voyage dans l'Inde u'avait-il pas pour objetderecueillir une riche succession qu'il doit avoir rapportée? Horace, qui a entendu, te rapprochant. Kli bien! mon cher, voilà ce qui te trompe... je n'ai rien rapporté du tout. tous. Comment ? 43 PAULINE. HORACE . Deux cousins me disputaient l'héritage... Voyant qu'ils y tenaient plus que moi,après leur avoir prouvé que je ne craignais pas leurs menaces, j'ai voulu leur prouver au-si que j'étais un rival généreux... Et, ma foi, la succession... PAULINE. Eh quoi ! monsieur, vous la leur avez abandonnée? HORACE, Ali! entendons-nous, mademoisellej pour rien au monde je ne voudrais exagérer le méi i le que j'ai eu dans celte affaire. Afin de nous épargner des frais de procédure, j'ai proposé à mes Chers cousins de prendre le hasard pour arbitre... J'ai joué l'héritage, et j'ai perdu la partie... voilà tout ! TOUS. Est-il possible ! i.k domestique, entrant. M. le curé deMarly fait présenter ses respects à M m " de Nerval, et lui rappelle que M"" Gabtielle a promis de quêter aujourd'hui à une heure pour les pauvres de la paroisse. M"> c DE NERVAL. Ah! c'est vrai!... tant d'événeinens ont eu lieu depuis ce malin que j'avais oublié cette promesse... (Au Domestique.) Répondez que nous irons... Le domestique sort. GABRIELLB. Mais, maman, ces messieurs? M m « DE NERVAL. Voudront bien nous excuser de les quitter pendant quelques momens. Lucien leur fer», en uotre absence, les honneurs du château. TOUS. Certainement, certainement. ACTE I, TAB. I, SCENIC VI. DE NERVAL. Monsieur ! Léon, à mi-voix. Voilà bien mie de ces originalités '. En voyantentrer ces dames, il n'aura pu résister au plaisir de s'appro- cliar de l'une d'elles... et voilà le prix dont il paye ses plaisirs. Tenez... voyez... que disais-je horace, s'approchant de Pauline. Voulez-vous me permettre, mademoiselle, de vous offrir mon bras jusqu'à l'église? PAULINE. Merci, monsieur, mais je suis un peu souffrante...et je demanderai à ma lanle la permission.de rester. M mc DE NERVAL. Comment, lu ne viens pas avec nous? PAULINE. Veuillez être assez bonne pour m'en dispenser, chère tante. M ine DE NERVAL. Alors, monsieur, ce sera moi qui vous demanderai voire liras. nnilACR. C'est trop d'honneur, madame. M mc DE NERVAL. Et toi, Lucien !... tu restes ici LUCIEN. Non, je vous suis, nia mère. tous les chasseurs, te levant. Nous vous accompagnons aussi. Jimo [, B NERVAL. Venez, messieurs. LCcir.N, à part. Seul avec elle ! oh! mon secret m'échapperait peut- 'M tort.) 48 PAULiNE. SCENE VIII. PAULINE, seule. Je l'ai rev u !... lui !... que je ne croyais plus revoii ! lui que je croyais mort !... mort pour moi peut-être... Je suis seule enfin, je puis me livrer à toutes les émotions qui m'assiègent !... Mais d'où vient donc l'empire que cet homme a pris sur ma vie... d'où vient que depuis un an, son souvenii me poursuitsanscessc... d'uù vient que tout-à-Plicure encore, en le voyant paraître, je me suis sentie tressaillir à son aspect ?... Mon Dieu ! est-ce que je l'aimerais? Mon Dieu... rnaisjescraisfolle de l'aimer!... un homme bizarre... étrange, que j'ai vu risquer sa vie sur une gageure... sa fortunesur un coup de dés... un homme dont le calme me glace,..dont l'énergie me fait peur... Tout-à-l'heure, au milieu deces joies de famille, de cette reconnaissance qu'on lui témoignait... je l'observais, moi... Il était froid, impassible!... Et c'est à lui que je confierais le bonheur de toute ma vie... Non ! non ! jamais... il ne croit à rien... Oh ! je ne veux plus penser à lui ! je veux l'éviter... le fuir!... (En disant ces mots, elle se retourne et aperçoit Horace sur le seuil de la porte.) Ah ! le voici !... SCENE IX. PAULINE, IIOUACE. HOHACB. Ecoutez-moi, Pauline!... car on va revenir...etnous n'avons que peu d'instans à rester ensemble. P4DLIKI. Monsieur... de grâce!... HORACE. Ecoutez-moi... car ce que j'ai à vous dire ett gi»>« el solennel... En vain vous chercheriez à me fuir; il y a des destinées qui peuvent ne se rencontrer jamais; ACTE I, TAR. I, i '.NE IX. 49 Biais qui,dès qu'elles se rencontrent, ne doivent plus se séparer... Je ne suis pas un homme comme les autres hommes... A l'âge du plaisir, de l'insouciance, de la joie, j'ai beaucoup souffert, beaucoup pensé, beaucoup gémi. Vous êtes la première femme que j'ai aimée ! car Je vous aime, Pauline... PAULINE. Vous, monsieur ' HORACE. Grâce à vous, et si Dieu ne brise pas cette dernière espérance de mon cœur, j'oublierai le passé et j'espc- lerai dans l'avenir. Nous sommes jeunes tous deux, libres tous deux, je puis être à vous et vous pouvez être " moi... Dites un mol, el je m'adresse h votre tante,et nous sommes unis. — Si nia conduite commemonâme vous semble en dehors des habitudes du monde, pardonnez-moi ce que j'ai d'étrange el acceptez-moi com- 01 e je suis, vous me rendrez meilleur. Si, au contraire de ce que j'espère, Pauline, un molifqucj'ignore,niais qui cependant peut exister, vous engageait à nie fuir, sachez bien que tout serait inutile. Partout je vous suivrais, comme je vous ai ùlivie... Aller au devant vous ou marcher derrière vous,sera désormais mouseulbut. J'ai perdu bien des années, risqué cent fois ma vie et mou âme pour arriver à un résultat qui ne me promettait pas le mémo bonheur. PAULINE. Des menaces, monsieur!... HORACE. Non, mais une prière... Je no vous menace pas, je "ous implore... On vient!... Adieu, Pauline, ayez pitio de vous... et de moi... (Il tort vivement.) 4 m PAULINE. SCENE X. PAULINE. M™> DE NEHVAL. pauli\k, fondant en larmes. Mon Dieu (... mo» Dieu !... mon Dku!... M n,fi de nerval, entrant. Pauline! encore ici !... je te cherchais'... Eh liien ! qn'as-lu? réponds, mon enfant, voyons î PAULINE. Oh ! je suis bien malheureuse! DE NERVAL* Le« malheurs de ton âge, mou enfant, sont comme les 01 âges du printemps, ils passent vile et font le ciel plus pur. PAULINE. Al) ' si vous savic i !... MU" DE NERVAL. Je sais tout ! PAULINE. Qui vous l'a dit? M 1 »» de NERVAL. Lui! PAULINB. SI. de Bcuzcval. M ra0 DE NERVAL. Tout-à-l'heure, en m'accompagnent à l'église. PAULINE. Et que vous a-t-il dit ? M m " DE NERVAL. Qu'il t'aimait, que son bonheur ser&itquetu devinsses sa femme. PAULIN!. Sa femme!... moi ? M"" DR NERVAL. Aurais-tu quelque répugnance pour ce mariage? PAULINE. Eh! le sais-jfl moi-mime?... Comment voillci-voiis qui je voie clair dans mon propre cœur? ACTE I, TAB. I, SCÈNE XI. 51 M m « DE NERVAL. Allons, je vois qu'il faut quece soit moi qui me charge de ce soin... Eh bien !... encore des larmes !... Voyons, ? 70 PAULINE. HARRIETT. Ah! c'est que, ma chère, nous n'avons pas passé par Paris. PAULINE. Comment! mais c'est* le chemin ordinaire. HARRIETT. C'c« la comtesse désire-l-ello que je reste pour la servir?... PAULINE. Non... je me verserai moi-même... [A part.) Mon Dieu ! où avais-jc donc la tête... en quittant Paris?... N'avoir pas emmené avec moi nia femme de chambre, eelle bonne Lucile... dont les soins me seraientsi pré eieux...seule dans ce vieux chàlcuu, avec cet hommo à 'isage sinislre... [Voyant lnghi qui, au lieu de sortir, ''est approché de la fenêtre et l'aouverte.) Eh bien !qu • faites-vous là?...Pourquoifermec-voua lescontrevents .' INOUÏ, Il va y avoir de l'orage; je craignais que le bruit du 'onnerre n'effrayai M ,n « la comtesse. PAULINE. De l'orcgc, vous croyez, lnghi?... 6 Sï> PAULI>E. INQM. Madame peut s'en assurer elle-même... Pauline, se levant et allant à la fenêtre. Oui, le temps est sombre, en effet... l'air lourd et brûlant... j'entends là bas le grondement des vagues qui se brisent sur la eôte... Ali! je plains ce«x qui seront en mer eclte nuit... Vous ne pensez pis que votre maître soit en mer, Inghi?... inttii, Co n'est pas probable... Madame sait bien qu'en la quittant après le déjeuner, il n'a parléqued'uiiecliassc. paiji ine. Oui, un pari considérable... une ebasse àcourreaveC des Anglais... c'est vrai, je l'avais oublié. INOUÏ. Si madame craignait de rester tout un jour seule au cb&trJan, que n'a-t-elle retitnn M. le comte?... Ses amis lui offraient de partir sans lui, de le laisser près de ma" dame. PAULINE. Oui,maisjemc8iiisaperçue delà contrariété qiicceln lui causerait... Il prétendait êlre le plus engagé dansle pari, et devoir le soutenir en personne... je n'ai pas voulu dès mon arrivée être une entrave à ses plaisirs..' d'ailleurs, son absence doitetremomentanée...c'estde* main qu'il a promis de revenir, n'est-ce pas?... INGHI. Demain, oui, madame. PAULINB. Il ne vous a d-it en paiticulier rien qui vous fasse suppose; le contraire?... MMI, Rien, Jl m " la comtesse... ACTE III, TAB III, SCÈNE II. 87. PAULINE, Il suffit... aller. INGUI. Madame n'a rien à m'onlonner ?... PAULINE. Non... allez... laissez-moi... (IngUi s'incline et sort.) SCENE II. PAULINE, seule, allant au guéridon et seversanldu thé. Allons... ce n'est qu'un peu de patience et de courage à avoir... Résignons-nous et attendons... {Elle boit et s'ussied.) Me quitter le lendemain même de mon arrivée, après une séparation de deux mois déjà... Ali ! s il m'aimait comme autrefois, m'aurait-il laissée seule, abandonnée, dans ce château isolé... au milieu d'un pays théâtre d'événemens horribles. Ces bruits sinistres... ces lugubres histoiics qui m'ont fait quitter Pa- r| s> qui m'ont été répétés à Caen, me reviennent malgré moi à l'esprit; il me semble qu'un grand malheur nie menace... Il me semble que cette nuit qui commence ne finira jamais... (Se levant.) Tâchons d'éloigner ces pensées... (Regardant la pendule.) Il est lard... essayons de dormir; le sommeil me calmera... me donnera l'oubli... (£/{e dègrafesa robe et s'apprête à Voter, on entend dans l'éloignement une détonation. Pauline s'arrête effrayée.) Qu'est-ce que cela?... On dirait le bruit d'une arme à feu... Encore un crime, peut-être... (Joignant les muins.) Mon Dieu ! protégez ceux qui voyagent, et donnez le repentir uu cœur de l'assassin... (Après avoir écouté.) le n'entends plus rien... (Elle va à la fenêtre, l'ouvre et repousse les contrevents.) rien que le mugissement de la tempéle... rien que le vent qui 84 PAULINE. siffle dans les ruines de l'abbaye... Oli ! ce n'est pas la crainte des morts qui m'agite, les moines établies dont en passant j'ai foulé les tombes, dorment de leur sommeil béni, les uns dans leur cloître, les autres dans leurs caveaux... Non, c'est des vivans que j'ai peur... (Un éclair suivi d'un coup de tonnerre trèt-violent.) Quelle nuit, mon Dieu!... (Après avoir repoussé la fenêtre.) Ob ! je ne me coueberai pas... je veillerai jusqu'au matin... là, tout habillée, dans ce fauteuil... (Elle se rassied près du guéridon.) Veiller!... mais que faire ?... comment forcer mi pensée à se détacher des objets qui l'assiègent ?... Voyons, reprenons ma lecture... (Elle reprend le livre et le lit bas pendant quelques instans, puis s'interrompant.) Toujours cette philosophie mordante et terrible... les doutes de Faust, les blasphèmes du maudit... (Fermant le livre.) Cette lecture me lait mal... Il doit y avoir dans celte bibliothèque quelque ouvrage plus consolant, plus gai... Cher» riions... (Elle se lève et va replacer le livre qu'elle tenait, dans un rayon de la bibliothèque, puis prenant un autre volume ut regardant le titre.) L'Inde Anglaise!... C'est là que j'»i connu Horace... c'est là que se sont écoulées les premières années de ma vie... En me pai- Lant de ce pays, ce livre me rappellera Ictempsdomoii bonheur... (Elle fait quelques pas tout en ouvrant le livre.) Étourdie que je suis... j'ai pris le second volume au lieu du premier... (Elle retourne sur ses pas,vapour remettre le volume derrière le rayon, et s'arrête.) Que vois-je? au fond de ce casier , un bouton de cuivre! Il y a donc mie porte derrière eelle bibliothèque... (Ré- fléchissant.) Une porte! mais non, mais non, c'est impossible... celle chambre, si je ne m'abuse, forme l'angle ACTE III, TAB. III, SCENE II. 85 du château... où pourrait conduire une porte placée là?... cependant, ce bouton doit servir à quelque chose, voyons donc...{Elle avance sa maindans le rayon.) Je cherche en vain à tourner... Ah ! peut-être en appuyant... oui... oui... je crois qu'il cède... {Jetant un cri.) Ah !... {Elle se rejette brusquement en arrière, le panneau de la bibliothèque tourne brusquement sur lui- même et laisse voir une ouverture pratiquée dans l'épaisseur de la muraille.) Un escalier... dans le mur... où mène-t-il?... Pour quel usage l'a-t-on fait construi- re? Je n'ose avancer... et pourtant, je ne sais quel pressentiment ma pousseàladécouvertedecesecrct.Allons, point de crainte puérile... {Elle se rapproche de l'escalier, met le pied sur la première marche, mais au même moment, une bouffée d'air s'échappant de l'ouverture éteint la bougie, une obscurité complète se fait dans la chambre.) Ciel! me voilà sans lumière... et ce bruit que je viens d'entendre !... {Prêtant l'oreille.) Je ne me trompe pas, on ouvre la grille du parcîsi c'était Horace?,., s'il allait me faire un crime de ma curiosité!... {Elle repousse la bibliothèque, cherche à tâtons la place du volume et le remet sur ta tablette, puis court à la fenêtre et regarde audehors.) Oui, j'enteuds des pas dans le jardiu, on se dirige de ce côté... c'est lui... il aura été libre plus tôt qu'il ne croyait... il est de retour ! Dieu soit loué!... {Regardant toujours.) L'obscuritéest profonde, je ne vois rien... Ah! si, pourtant... je commence à distinguer... Trois hommes... trois hommes 00 blouse! mais comment ont-ils pénétré ici?... comment ont-ils la clef du parc?... je ne pui> distinguer leurs traits, ils marchent courbés, il mcsemblcqu'ilsportent quelque chose... Quoi donc?... Ils approchent!... PAULINE. {Avec une terreur croissante.) Grand Dieu ! niais, ce Fardeau, cm dirait un corps humain,enveloppé dansun manteau. Oui... oui... ce manteau s'agite, il s'enlr'ou- vre! un bras en sort, jVntievois une étoffe blanche, une femme, c'est une femme ! Que se passe-t-il ici ?... t|ue vais-je devenir?... Mon Dira! prenez pitié de moi... mon Dieu! protégez-moi ! mon Dieu ! secourez-moi... (Après quelques inslans, se rapprochant de la fenêtre.) Plus rien... ces bornâtes ont disparu, mais cette femme, celte pauvrefemme, qu'en veulent-ils faire?...Oli ! je ne dois pas hésiter... Je cours prévenir Inghi ; il doit avoir des armes... et s'il est temps encore d'empêcher un crime... (Elle court à la porte.) Mais il m'a enfermée!... enfermée!... est-ce par inadvertance?... est-ce par précaution?... Je ne sais que penser, ma teke, ma pauvre tetes'égare, je sens que je deviens folle!. ..(Elle tombe accablée sur un fauteuil, puis lout-à-coup elle se lève et court appuyer son oreille contre ta bibliothèque.) J'entends marcher derrière ce panneau! on monte l'escalier, on vient ici... je sui> perdue... Ali!... (Elle court au lit, sur lequel elle se jette tout habillée et se blottit sous les couvertures.) C'est la seule chance (le salut qui me reste; fe rmons les yenx,retenonsmonhaleine; mon cœur, cesse de battre... mes lèvres, cesse* de trembler, peut-être, me croyant endormie, ces hommes m'épargneront-ils... Elle appuie la tête sur l'oreiller et feint de dormir ; quelques inslans après, la bibliothèque tourne de nouveau sur elle - même, Horace parait, n'arrêta sur le seuil de l'ouverture et écoute. ACTE III, TAB. 111, SC&NK 1». 87 SCENE III- PAULINE, sur le lit, HORACE. Horace, à part. Hien !... Elle est couchée, et dort sans doute... Il s'avance avec précaution vers lo lit, l'orage redouble au dehors, Hnraces'approchi', écarte les rideaux du lit.écouln •a repiration de Pauline; en cet inslant un éclair illumine 'a chambre. Pauline, qui a ouvert el refermé subitement les yeux. Horace !... Horace, à part, tressaillant. Mon nom !... (/( écoute et appelle à voix basse.) Pauline!... {Après avoir attendu, ne recevant pas de réponse.) C'était un rêve!... Elle dort... pauvre femme!... Elle n'a rien vu... Allons... Il referme doucement les rideaux, puis, sans faire de bruit > reprend le chemin de l'escalier, retire à lui la bibliothèque et disparait. SCENE IV. PAULINE, seule, et se jetant à bas du lit avec stupeur. Horace !... c'était lui !... Oli ' je l'ai bien reconnu !... Ce n'est point une illusion! c'est bien lui qui a ouvert celte porte, c'est bien lui qui s'est avancé vers moi,lui, qui a écarlc ces rideaux, lui, dont un éclair m'a montre le visage si pâle? Mais alors, pourquoi ce mystère? ces précautions étranges? pourquoi surtoutecttepâleur livide?... Oli ! mon Dieu ! quel horrible soupçon !... Ces 'rois hommes que j'ai vus passer sous ma fenêtre..c'étaient Horace et ses amis; et cette femme... celte femme qu'ils enlevaient... Oh! je comprends tout maintenant; cette femme, c'est la maîtresse d'Horace ! Voilà pourquoi le comte ne voulait pas me laisser venir au 88 PAULINE. château... voilà pourquoi il a prétexte une partie île chasse... Ali! malheureuse! malheureuse!... Horace ne m'aime plus... {Elle pleure dans se) maint, puis tout-à-coup relevant la tête, marche résolument à la cheminée et tire la sonnette.)Oi\ ! je veux le confondre... je veux qu'il vienne... qu'il vienne à l'instant... qu'il sache que je ne suis pas sa dupe... {Tirant de nouveau la sonnette et avec force.) Eli bien! ne m'entend-ou pas?... Arrivcra-t-on quand j'appelle?... (Elle sonne violemment et brise le cordon.) Arrivera-t-on enfin ? SCENE V. PAULINE, INGHI. MWf. Me voilà ! Madame a sonné?... piuiine, commandant à son émotion. Allumez celte bougie qui s'est éteinte ! ingui, après avoir obéi. W' la comtesse... n'a plus rien à m'ordonner? PAULINE. Non... vous préviendrez votre maître que je désire lui parler a l'instant même... inghi, étonné. Mon maître... PAULINE. Eh bien! ne m'entendez-vous pas? inouï. J'entends à merveille... mais ce que madame demande est impossible... PAULINE. Impossible? et pourquoi? acte iii, tab. iii, scèke v. 89 inii, Madame sait bien que M. le comte n\st pas au château. PAULINE . Il n'est pas au château !... INGIII. Non... paulinb, émue. Il n'est pas revenu !... 1NGQI. Non..-. PAULINE. Vous en êtes bien sûr? INGHI. J'en suis sûr... PAULINE. Vous me le jurez?... INGHI. Je le jure. PAULINE. C'est bien... je me trompais... Allez... (// tort.) SCENE VI. PAULINE, seule. Elle prend le flambeau,.va droit à la bibliothèque, jette le volume à terre, fait jouer le ressort, et mettant le pied »ur la première marche de l'escalier. Oh ! je saurai, moi, s'il eslauchâteau... Elle descend. 90 PAULINE. QUATRIÈME TABLEAU. Un souterrain de l'abbaye de Grand-Pré.—Au fonda droite, une porte dont te haut est vitre — A gauche, l'extrémité d'un escalier ; dans un enfoncement on lit, sur lequel Har- rietl est étendue les mains liées. — Horace, Max et Henri, sont à une table placée à droite, sur laquelle sont des boU" teilles, des verres et les débris d'un souper Chacun des convives vêtu d'une blouse bleue, porte un couteau de chase à la ceinture, et a une paire de pistolets à portée de la main. SCENE PREMIERE. HORACE, MAX, HENRI, à table, HARRIETT, sur le lit, puis INGIII. hax, élevant son verre. Allons, à votre santé ! Henri, trinquant. A la tienne!... Ils boivent. Inghi entre par l'escalier de gauche, Horace »e lève et va à lui. iioiuce. Eli bien! que voulait-elle? INGHI. Sans doute elle avait entendu quelque bruit... elle vous croyait au château et demandait à vous voir. HORACE. Et tu lui as dit?... INGIII. J'ai nié. HORACE. Bi-n !... (iictxjriomj à la table.) A demain, messieurs, je vous quitte. ACTE 111, TAU. IV, SCfeWS I. 01 ■IMIi Déjà! max, avec ironie. Tu remonte près de ta femme? Horace, avec colère. Je ne veux pas que l'on me parle de ma femme ! MAI. Oli! oh! cela te fâche!... calme-toi!... il n'en sera plus question... mais pourquoi t'en aller si tôt'' ■Mit. Il nie semble que tu es en lionne compagnie... HORACE. Oui, en si bonne compagniequejc l'eusse quittée depuis longtemps si nous n'étions liés tous les trois par un ferment; et si chacun de nous n'avait le droit de redevenir honnête homme que du consentemcntdesdeux autres ! D'ailleurs, que voulez-vous que je fasse ici? MAX. Bois, par dieu ? Horace, avec mépris. Avec vous?... HENRI. Pourquoi pas ?... HORACE. Le beau plaisir de boire avec vous!... A la troisième bouteille, vous voilà ivres comme des portefaix ! MAX. Jouons. iiuHAce, haussant les épaules. Jo ne suis pas un filou pour vous gagner votre argent quand vous n'êtes pas en clat de le défendre. MAX. Eh bien! alors, fais la cour à notre belle Anglaise. 9^ PAULINP. HORACB. Est-ce qu'elle est vraiment belio? HENRI. Charmante! HORACE. C'est possible ! je ne l'ai pns regardée. MAX. Tu peux t'en rapporter à nous... c'est une femme adorable... Demande plutôt à Inglii qui lui a lié les mains... (Lui donnant une poigne d'or.) Tiens, mon brave, voilà ta part de prise. ■nom, prenant l'or. Merci. HORACE. Généreux comme un voleur! max, te levant.. Voyons, voyons, ce n'est pas répondre... Fais-lu la cour à notre Anglaise, oui ou non?... HORACE. Non!... MAX. Alors c'est moi qui aurai cet honneur... iienri, te levant autsi. Un instant!... il mesemblequejesuis bien quelqu'un ou quelque chose ici....et que j'ai des droits comme un autre... même plus qu'un autre. MAX. Toi? UENRI. Qui est-ce qui a tué le mari' horack, riant. Au lait, c'est un antécédent. I ACTE III, TAU. IV, SCÈNE I. 93 iiarbiett, sur le lit. Oli !... messieurs!... ayez pitié de moi !... max, à Henri. Soit; je ne dis pas le contraire; mais quiest-ce qui a attendu à Caen une journée entière etvousa prévenus de la route que devait prendre la chaise de poste? HORACE. Diable! voilà qui devient embarrassant !... il faudrait être le roi Salomon en personne pour décider qui a le plus de droits, de l'espion ou de l'assassin. HENRI. Il faut pourtant que cela se décide... Tu m'y as fait penser à cette femme, et voilà que j'en suis amoureux maintenant. MAX. I2t moi de même..'. Or donc, puisque tu y lenonces, 'oi, Horace, qui es notie chef, présente-lui l'un de nous. UORACE. Pour que l'autre m'aille dénoncer à la suite dequel- que orgie où, comme aujourd'hui, il ne saura plus co qu'il fait, n'est-ce pas?... OU ! que non, mes maîtres! vous êtes jolis garçons, vous êtes jeunes, vous êtes riches... vous avez dix minutes pour faire votre cour à la "elle... Allez, mes don Juan, allez !... MAX. Ma foi, à la cour près, il y a une idée dans ce quotu viens de due... Qu'elle choisisse elle-même celui qui lui conviendra le mieux. Hl! Mil. Allons, soit! mais qu'elle se dépêche... Explique-lui cela, toi, Horace, qui es désintéresse dans la question. 94 PAULINE. I10IUCB. Volontiers... cela vous épargnera des frais de modes- lie... (Il s'approche du lit.) harriett, détournant la tête. Mon Dieu! mon Dieu! et ne pouvoir mourir! iiorucE. Mylady, voici deux brigands de nies amis, que j'ai i'Iionneur de vous présenter... tous deux d'excellente famille, au resta... ce dont ou peut vous donner la preuve sur parchemin, si vous le désirez... qui, élevés dans les principes de la secte platonique, c'est à-dire du partage des biens, ont commencé par manger les leurs... puis, trouvant que tout était mal arrangé dans la société, ont eu la vertueuse idée de s'embusquer sur les grandes routes où elle passe, pour corriger ses injustices, rectifier ses erreurs et équilibrer ses inégalités! Depuis cinq ans, à la plus grande gloire de la phi- lopbie et de la police, ils s'occupent religieusement de cette mission, ce qui leur donne de quoi figurer de la manière la plus honorable dans les salons de Paris, et les conduira probablement, comme cela est arrive pour moi, à quelque bon mariage qui les dispensera do continuer l'existence des Karl Sloor et des Jean Sbo- gar... En attendant, ils vous supplient bien humblement de choisir, entre i ux d'eux, celui qui vous conviendra le plus. — Me suis-jc expliqué d'une manière catégorique, madame, et m'avez-vous compris? harriett, te tournant de. ion côté. Ah! s'il vous reste quelques sentimens danslecœur, au lieu de m'outrager, tuez-moi plutôt... (Levant le' yeux.) M. de Beuzeval !!! ACTE lit, TÀD. IV, SCENE h 9a dorage, étonné. Vous me connaissez? runniBTT. Le comte de Beuzcval ! le mari de Pauline!.,. Ali ! pauvre femme!... pauvre femme! tu es encore plus à plaindre que moi ! Horace, troublé. Slais qui donc êtes-vous?... (Se baistant.) Miss Har- lictt!... (A part.) Ali ! tant pt»! tant pis! MAX. Eh bien! que répond-elle? voyons. NIUI. Elle répond que c'est infâme ! voilà tout! et j'avoue que je suis un peu de son avis. max et iip.sni. Alors? HORACE. Alors faites comme vous voudrez et laissez-moi tranquille! (// se rassied, boit, et à part.) Miss Harrictt !... max, à Henri. Tu ne veux pas me la céder ? HENRI. Non. MAX. Eh hien ! alors, je la prendrai. HENRI. C'est ce qu'il faudra voir. MAX. Henri! Henri 1 je te jure que cette femme m'appartiendra. HENRI. Et moi, je te promets sur ma vie qu'elle sera & moi! 96 PAULINE. et je tiens plus à mn vie,je crois, que tu ne tiens à ton honneur... Ils tirent leurs couteaux et se mettent en garde. 1IARRIETT, Mais par pitié, par grâce, au nom du ciel! tuez-moi donc? Horace, un instant pensif, se levant tout à-coup et l'approchant des deux adversaires. Qu'est-ce que vous venez de dire, messieurs? max, menaçant Henri. J'ai dit que cette femme serait à moi. _ henri, de même. Et moi, j'ai dit qu'elle serait non pas à lui... mais à moi... et je maintiens ce que j'ai dit. Horace, prenant un pistolet. Eh bien! vous en avez menti tous les deux! vous ne l'aurez ni l'un ni l'autre... {Il tire.) iiarriett, jetant un cri. Ah!.. Depuis un instant, une lumière a paru derrière le vitrage de la porte du fond. Un cri déchirant a répondu à celui d'Har- riett. tous, l'arrêtant. Qu'est-ce que cela? MAX Ct HENRI. Il y avait quelqu'un de rrière cette porte. HORACE. Quelqu'un !... Il court ouvrir la porte; Pauline évanouie et qui se cramponnait au panneau, vient tomber sur le théâtre. Tous. Une femme! Horace, avec épouvante. Pauline !... ACTE III, TAB. V, SCENIC I. 97 LES DEUX ACTIIBS. La comtesse! HENRI. Nous sommes trahis. horacb, froidement. Ne craignez rien, messieurs, je me charge d'elle. CINQUIÈME TABLEAU. Les mines do l'abbaye de Grand-Pré. — Sur te devant, la voûte de la chapelle soutenue par des piliers à moitié détruits par le temps Près de l'un de ces piliers, à droite, des marelles dégradées, et derrière ces marches, une porto. — Au fond, le cloître avec de grands arbres, des pierres de tombeaux, des creix. \Jne de ces pierres plus apparente CJUe les autres. — A l'horizon, on découvre, le rivage et tel rochers du Calvados —Nuit complète On entend le bruit d'un orage qui gronde au loin. La lueur des éclairs perça de temps en temps l'obscurité. On «oit arriver par le fond Lucien, marchant comme un homme qui chercho à s'orienter. Il s'arrête devant le cloître et regarde autour de lui; ses vètemens sont mouillés par la vase et l'eau de lu mer. SCENE PREMIERE. LUCIEN, seul. Quel temps!...quelhorrible temps!...lepère Cyrille avait raison, lorsque hier soir il me prédisait de l'ora- B fi ... La pluie commence à tomhcravcc force... si je pouvais trouver un abri... Autant que je puis en juger l'aigre l'obscurité, je ne dois pas être loin de celte vieille abbaye que j'ai dessinée tantôt de la mer... [Eclair.) Oui, je ne me trompais pas... la voilà devant moi!... (Avançant.) Je dois êlrc ici dans la chapelle!... Enfin, 7 98 PAULINE. dans la chapelle ou ailleurs, je suis à couvert, c'est le principal... cherchons un endroit qui ne soit pas trop écroulé et reposons-nous. ..(Apris avoir cherché.) Voici justement des marches... auprès d'un pilier qui me garantira du vent... Il est impossible de trouver un lit plus convenable... {Il s'assied.) Des que le jour viendra, je descendrai vers la côt'.ct pour peu que la mer soit devenue plus calme, je trouverai bien quelque brave pêcheur qui me ramènera à Trouville... car j'ai peur que ma pauvre barque ne soit pliisenclat de m'y conduire... ( Tirant mie bouteille de sa poche.) Voyons, avalons une gorgée de cet excellent rhum dont l'estimable M mc Lo- riol a eu soin de lester les poches de mon paletot... ça me réchauffera, car la nuit est fraîche en diable!... (Il boil.)Et> ! mais on dirait que l'otage s'appaisc... tâchons de dormir... (// s'étend sur les marches.) Je sens que ce ne sera pas difficile... je suis harassé de fatigue... Qui m'eût dit que je dormirais cette nuit si près du château habité par le mari de Pauline l'au line... (// s'endort, Au bout de quelques instans on entend comme un grincement de porte dans les profondeurs de l'abbaye, Lucien se réveille en sursaut.) Qu'est-ce que cela? je ne l'ai pas rêvé... il m'a semblé que l'on fermait une porte... là, derrière ma lêtc... (Ecoutant.) Mai- oui, j'entends des pas... on monte un escalier... Ah! ça, est ce que les sotltei ralns ar7.)Uin: clef !... {Horace, soulève avec sa bêche la picr- r " d'une tombe, puis jette la clef dans la fosse.) Il jette C( 'Ue clef dans la fosse!... ""race replace la pierre, pu in après s'être assuré que nulle trace ne peut révéler son secret, il reprend la beche et se retourne. —La lune a disparu. Horace rentre dans la chapelle, écoute, se dirige vers la porle par laquelle il est en- tre , la pousse doucement, disparaît ; la porto eo referme. SCENE III. LUCIEN, seul. l'atti '....(Quittant son pilier.) Quelle singulière nven- 'ure!! Oh ! je saurai quel est ce mystérieux inconnu... )» pénétrerai dans ce souterrain ' Mais le jour commença •i paraître... enquérons-nous d'abord d'un moyen de retourner à Trouville... On ontend au loin une vois qui chante t La chanson que vous dites, Je voudrait la savoir, (bisj Sur le bord de t'tsle; Je voudrais la savoir, Sur le bord de l'ieau... 100 PAULINE. LUCIEN. Mais jn connais celte chanson... Il remonte el écoute la voix, chantant. Belle, entrez dans ma barque. Belle, on tous l'apprendra, (bis) Sur le bord de l'itta, Belle, on vous l'apprendra Sur le bord de l'ieau. LUCIEN. C'est la voix du père Cyrille... (Courant au fond et agitant son mouchoir.) Ohé ! de la barque! oh ! la voix. Oh! LUCIEN. Ils m'ont aperçus!... ils me répondent!... Eh! père Cyrille !... par ici!... par ici!... la voix. Jîous v'Ià!... nous v'Ià!... espérez un peu. Lucien, regardant toujours. Les voilà qui viennent... ils amarrent leur barque au rivage... les voici ! SCENE IV. LUCIEN, LE TÈRE CYRILLE, LES DEUX AUTRES PÉCHEURS. les PÉcuEuns, courant à lui. M. Lucien ! CYRILLE. J'ons-t-y point lu berlue? c'est-y ben vous que j'voyons? LUCIEN. Eli! oui, père Cyrille, c'est moi. ACTE tll, TAS. V, SCÈNE IV. 101 CYRILLE* Ali! mais... ah! mais...je n'croyons pas vous retrouva... ne vous voyant point revenir à Trou ville par ce mauvais temps, j'vous avions cru mort, ncyè comme un kien ! LUCIEN. Mort!... non pas... Seulement, comme Robinson trusoé, j'ai fait naufrage. LES PÈCnEUHS. Naufrago ! LUCIEN'* Oui, je vous conterai cela... pour le moment, je compte sur vous pour me prendre à bord. CYRILLE. Comment donc, m'sieu Lucien, avec plaisi /... Ah! ben, ab! bon, en partant c'tc nuit, je ne m'attendais pas à faire une si bonne pique. LUCIEN. Partons. TOUS. Partons !... (Ils remontent.) Lucien, à part, s'arrêtant au fond. N'importe! je reviendrai... et je saurai pourquoi ecl homme a mis une clef sous cette pierre!... FIN DU TROISIÈME ACTE. 102 PAULINE. ACTE IV. SIXIEME TABLEAU. La chambre à alcôve ilu premier tableau du 3 me aclc. Les rideaux de l'alcôve sont fermes de manière à masquer entièrement le lit. — Guéridons de chaque côlé : chaises et fauteuils. SCENE PREMIERE. MAX, LUCIEN, LE DOCTEUR. max, précédant le Docteur. Entrez, messieurs, entrez... LE DOCTEUIt. Vous savez le trislodcvoir qui m'amène,monsieur.,, je suis médecin à Dives, et l'on m'envoie pour constater un décès... MAX. Celui de M m0 la comtesse de Bcuzeval, assassinée, cette nuit, dans le parc mcinc de son cliàtcau... Mouvement de Lucien dont la pâleur est extrême. LE DOCTEUR. Nous avons appris, il y a quelques heures, cet épouvantable événement: la gendarmerie est sur pied, tout le pays plongé dans la consternation.,. MAX. Je le crois... LIE DOCTEUIt. Ce nouveau crime paraît inexplicable, on ne comprend pas une telle audace de la part des meurtriers... MAX. Hélas! monsieur, ce malheur n'estquo tropeertain... (Montrant Lucien.) Monsieur est un de vos confrères? ACTE IV, TAB. VI, SCÊNg I. 103 LE doctbur, hésitant. Oui, c'csl-à-dirc, monsieur est un crève en chirurgie qui, en l'absence de mon collègue de Dires retenu pour affaire de clientèle, el M trouvant par lia>ard danscetle ville, a liien voulu m'accompaaner. Max s'incline, Lucien après lui avoir rendu son salut se détourne pour cacher son émotion. MAX. Le juge de paix du canton n'est point encore arrivé pour rédiger le procès-verbal que vous avez â signer... muis il ne peut tarder, ]C pense... LE DOCTEUR. Nous attendions... M. do Beuzcval n'est point au château !... MAX. M. de Beuzcval, mon ami, est parti ce matin pour Caen, afin de solliciter du préfet l'autorisation de faire transporter le corps à Paris, où sont les caveaux de sa famille... LE DOCTEUR. Il doit fitro bien profondément affligé do cette catastrophe... MAX. Oh ! jugez... LE DOCTEUR. La comtesse élait jeune ?... MAX. Vingt ans... LE DOCTEUR. Belle?... MAX. Aussi belle que bonne !... Lucien tire son mouchoir et cache son vinifi lOi PAULINE. LE DOCTBUK. Pauvre femme... elle venait, m'a-t-on dit, d'arriver au château ? MAX. Elle y était depuis la veille, monsieur. LE DOCTEUR. Quelle fatalité!», et c'est dans le parc, dans le parc même que le meurtre a été commis?... MAX. En notre absence du château, car, par une fatale coïncidence, Al. de Beuzeval, un de nos amis et moi étions partis hier pour la chasse... et ce n'est que ce matin, à notre retour, que nous avons trouvé cette malheureuse femme, étendue à terre, et le cœur traversé d'une halle... LE DOCTEUR. Mais elle était donc seule ici ?... comment se fait-il que les gens de la maison?,.. MAX. Ne comptant pas sur l'arrivée de la comtesse, nous n'avions emmené de Paris avec nous qu'un seul domestique... LE DOCTEUR. Eh bien ! ce domestique?... MAX. Il dormait et n'a rien entendu... LE DOCTEUR. C'est incompréhensible ! MAX. Tout-à-fait incompréhensible!... nous nous perdons en conjeclnres sur cette mortdéplorahlc... nul douteque le crime n'ait été aoinmis par les malfaiteurs qui depuis ACTE IV, TAB. VI, SCÈNE II. 105 quelque temps désolent la contrée... maiscomment s'é- Inii'nt-ils introduits dans le parc?... comment M"* de Beuzeval y était-elle venue elle-même, seule, par une nuit d'orage?... voilà ce qu'on ne peut expliquer... le nocTEiin. Et ces malfaiteurs, ont-ils volé quelque chose au château? MAX. Rien... peut-être n'onl-ils pu forcer les portes, peut- olrc entendant ou croyant entendre quelque bruit au dehors... ont-ils pris la fuite... que vou9 dirais-jc?... je ne sais moi-même à quelle supposition m'arrêter... LE DOCTEUR. Espérons, monsieur, que l'autorité mettra enfin la nain sur ces misérables, et que justice sera faite... quanta présent, notre minislèreseborneà constater la mort et à dresser un procès-verbal de l'événement.Dès que M. le juge do paix sera arrivé... MAX. Je m'empresserai de le conduire vers vous; mais de tristes formalités réclament ma présence... vous permettez que je vous quitte pour quelques instans... LE DOCTEUR. Allez, monsieur, allez... SCENE II. LUCIEN, LE DOCTEUR. lUciEN, gui s'est contenu jusqu'alors, se laissant tomber sur une cliaise et éclatant en sanglots. Morte, morte... oh! mon Dieu! mon Dieu... LE DOCTEUR, CtOUné. Eh bien! qu'avez-vous, monsieur? 40G PAULINE. liicien, «fins lui répondre. Morte... elle... Pauline... si jeune... si lielle!... morte, froide... inanimée maintenant,., oh ! c'est horrible... c'est horrible!... LE DOCTEUR. Une pareille douleur!... mais vous connaissiez donc M»" de Beuzeval? LUCIEN. Si je la connaissais... si je connaissais Pauline... mais je l'aimais, je l'aimais, monsieur... LE DOCTEUR. Est-il possible?... LUCIEN. Je l'aimais lant, que pour lui éviter un chagrin j'aurais donné ma vie, je l'aimais tant que pour la sauver j'aurais donné mon âme... je l'aimais lant, monsieur, que je mourrai parce qu'elle est morle... (// pleure.) le docteur, lui prenant la main avec intérêt. Pauvre jeune homme... allons, rcmctlcz-vous... LUCIEN. J'étais son parent, son cousin ; la grande fortune de Pauline m'avait seule empêché d'aspirer à sa main.,, je m'élais résigné à la voir passer aux bras d'un autre... j'avais cherché dans l'absence le courage, l'oubli de mon amour... enfin, devenu plus calme et plus fort, j'allai» retourner ii Paris, j'allais la revoir : jugez de mon désespoir, lorsque ce matin, en débarquant à Divcs, l'ai appris en même temps cl la nouvelle do son arrivée et celle de sa mort... LE DOCTEUR. Ah! je m'explique maintenant le motif.de volrcinsis- ACTE IV, TAB. VI, SCÈNE II. 107 lance, (juaml vous m'avez demandé de me suivro ici, à la place de mon confrère absent... LUCIEN. Et, tant que je vivrai, je vous serai reconnaissant, monsieur, de m'avoir accordé cette grâce... oui, avant '[ue les planches du cercueil ne se fermassent sur elle, avant que la terre ne la recouvrit à jamais, j'ai voulu la contempler une dernière fois, revoir une dernière fois son doux et beau visage, prier près d'elle... pauvre ■nge... et lui dire... lui dire un éternel adieu!... LE DOCTEUR. Oui... oui... je vous comprends...Mais,calmez-vous, '! "e faut pas que l'on soupçonne... LUCIEN. Que je me calme... ait ! c'est que tous ne savez pas quels cruels reproches viennent se mêler à ma douleur! LE DOCTEUR. Des reproches... que voulez-vous dire?... LUCIEN. Morte... morte assassinée...cette nuit,danssonparc ! dans son parc, cnlendez-vou-... quand j'étais là......oi. LE DOCTEUR, ètOIXtlé. V0U8... LUCIEN. Oui, j'étais là... à quelques pas à peine du lieu où l'un tuait Pauline... LE DOCTEUR. Est-il possible?... LUCIEN. I'our éviter l'orage, je m'étais réfugié dans les ruines 'le l'abbaye...et je n'ai rien entendu, rien deviné...mon cœur ne m'a pas dit : Mais va donc, va donc, c'est clic, 108 PAULINE* c'est Pouline, c'est la sœur (|ii'on égorge... va donc la défendre, va donc la sauver !... Ali ! misérable que je suis ! LE DOCTEUR. Jeune homme, mon ami, revenez à vous, voyons,du courage... LUCIEN. Oh ! mais, si je n'ai pu la défendre, je la vengerai du moins... LE DOCTEUR. Vous, et comment cela?... LUCIEN. Déjà quelques indices me permettent de l'espérer... LE DOCTEUR. Vous auriez des indices? LUCIEN. Vogues, incertains encore... mais qui peuvent me conduire à la découverte de la vérité. LE DflCTEUn. Et, sachant quelque chose, vous n'en avez pas fait la déclaration, vous n'avez pas prévenu la justice.., LUCIBN. Non... je veux agir seul... LE DOCTEUR. Seul... mais... LUCIEN. Oh ! ne m'ôtez pas cette triste et dernière joie... laissez-moi essayer par moi-même de découvrir lesauteurs de ce crime infâme ; mi jour, docteur, je ne vous demande qu'un jour.Si demain...demain entendez-vous, je n'ai pas réussi dans mon entreprise,eh bien .'je vous ACTE IV, TAD. VI, SCÈNE III. 109 le prompts, je vous le jure... je préviendrai l'autorité en lui laissant le soin île trouver les coupables... LE DOCTEUB. Silène ! on vient... SCENE III. les mêmes, MAX, LE JUGE DE PAIX. MAX. Voici M. le juge de paix, messieurs... le juge, après avoir salué le Docteur et Lucien, à Max. Où est la chambre mortuaire?... MAX. C'est celle-ci, monsieur... Lucien, à part, avec émotion. Celle-ci... LE DOCTEUR. C'est sans doute dans cette alcôve qu'ont été déposés ■es restes de la victime?... MAX. Oui, docteur, là, sur ce lit... Il va tirer les rideaux du lit, et on voit une femme recouverte d'un drap noir. LE JUGE, à Max. Comme ami de la maison, ces formalités doiventvous frre pénibles, monsieur. Veuillez donc seulement me donner les noms et prénoms de la personne décédée, el puis vous serez libre de vous éloigner... MAX. Merci, monsieur... (Le Juge va à la table cl écrit.) LE JUGE. Elle se nommait? MAX* l'aulinc de Mculiun, comtesse de LUuzcval... 110 PAULINE. le juge, qui a écrit. Son âge ?... ma. Vingt an;... le juge. Le lieu de sa naissance?,.. MAX. Le cliâtcau de Meulien, près de Paris... LE JUGE. C'est bien, monsieur. Il y a dans cette maison une personne qui pourra servir de second témoin?... MAX. Un autre ami du comte < t de moi, oui, monsieur... LE JUGE. Avant de partir, je vous ferai signer le procès-ver- bal... Vous pouvez vous retirer... MAX. Je vous laisse donc, messieurs; faites votre devoir... Il s'incline et sort. SCENE IV. LE JUGE DE PAIX, LE DOCTEUR, LUCIEN. Luci un, à part. Là... elle est là'... Voilà tout ce qui me reste de celle que j'ai tant aimée... Il s'incline vers le lit avec respect. LE JUGE. Messieurs... veuillez remplir voire ministère... ""lucien, à part et se soutenant à peine. Mon Dieu ! mon Dieu I le juge, au Doelcur, rri/ardant Lucien. Qu'a donc votre confrère?... ACTE IV, TAD. VI, SCENE IV. 111 LR DOCTEUR. Pardon, M. le juge de paix; mais ce jeune homme a connu la comtesse de Beuzeval, sa mort l'a beaucoup affectée, et si vous le permettez, je m'occuperai seul... LE JUGE. Allez donc, docteur... votre témoignage suffira... Le Docteur s'approche du lit, soulève un peu le drap et examine le corps ; pendant ce temps, le Juge a préparé des papiers et s'est mis à commencer le procès-verbal tandis <]ue Lucien s'est agenouillé sur le devant la figure tournée vers l'alcovc cl prie. le juge, répétant ce qu'il écrit. « Examen lait de l'état du cadavre et ouï la déclaration du docteur Moran, nommé à cet office, nous, juge ( 'c paix de l'arrondissement de Divcs, constatons que la personne (pu nous a été présentée morte... » (S'itUcr- rompant.) Eli bien! docteur:'... LE DOCTEUR. Morle d'une lésion au cœur produite par une arme à feu... le juge, qui a écrit. • Laquelle blessure paraît avoir été le résultat d'un crime, etc. » il cliurclie le papier sur lequel il a inscrit les noms. Lucien, qui s'est relevé. Oh! la revoir, la revoir encore... Mon Dieu! soutenez mon courage,.. Il su dirige vers lu lit en chancelant. LE juge, continuant d'écrire. « Est la ianie Pauline de Mculicn... » ''UcntN,fuj a soulevé le drap et découvert la tète, à part. Qu'ai-jc vu ?... 112 PAULINE. LB JUGE. « Comtesse de Bcuzcval... » (// écrit toujours.) lvcien, à part et dans le plus grand trouble. Mais cette femme... celte femme, ce n'est pas Pauline; cette femme que son mari déclare morte, ce n'est pas la comtesse de Bouzeval !... le juge, répétant ce qu'il écrit. « En foi de quoi nous avons signe... o Lucien, à part. Mais si ce n'est pas Pauline, Pauline existe donc? ., et si elle existe, où est-elle ?... le juge, présentant la plume au Docteur. A vous, docteur; signez... Lucien, à part et se souvenant tout-à-coup. Cette clef qu'un domine cachait dans une tombe!... (Le Docteur a pris la plume et signe.) Oli ! cette clef! cette clef!... (// sort vivement.) SEPTIÈME TABLEAU. Un caveau de l'abbaye, coupé dans sa longueur, par une grille do fer, — A gauche les dernières marchent d'un escalier. Dans la partie de droite se trouve Pauline, assise îi terre, la léte appuyée dans ses mains ; piês d'elle sur une pierre, est une lettre, un verre et une lampe qui seule éclaire I* 1 caveau. SCENE PREMIERE. PAULINE, «tt/tf. Après quelques inslans, elle revient de son accablement, et passe la main sur son front comme pour rappeler ses souvenirs. Elle promène ses regardfl autour d'elle; ses y* 1 '* s'arrêtent sur la lettre potée sur la pierre. Elle prend le papier, l'approche de la lampe et lit lentement : ACTE IV, TAB. VII, SCÈNE I. 113 « Vous avez voulu que la carrière du crime fût complète pour moi, Pauline : vous avez tout vu, tout entendu; je n'ai donc plus rien à vous apprendre; vous savez qui je suis, ou plutôt ce que je suis... Si le secret que vous avez surpris était à moi seul, si nulle autre existence que la mienne n'était en jeu, je la risquerais plutôt qui? de f;iiro tomber un seul cheveu de votre tête, je vous le jure,Pauline... Mais une indiscrétion involontaire, un signe dYffïoi ai radié à votre souvenir, Un mot échappé dans vos rêves peut conduire à l'échu- faud non-seulement moi, niais encore deux autres liomnics. Votre mort, nssure trois existences... Il faut donc que vous mourriez. J ai ou un instant l'idée de vous tuer pendant que vous étiez évanouie,mais je n'en a ' pas eu le courage, car vous êtes la seule femme que J aie aimée, Pauline. Si vous aviez suivi mon conseil, 00 plutôt, oliéi à mes ordres, vous seriez à cette heure *u milieu de votre famille. Vous êtes venue près de moi, ne vous en prenrz donc qu'à vous de votre destinée. Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n'est descendu depuis vingt ans,et dans lequel,d'ici à vingt •ins peut-être, nul ne descendra encore... N'ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre... Tout ce que J B puis faire est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d'une agonie lente et douloureuse. Dans l'un ou l'autre cas, et quelque parti que vous prcîiicr, a Compter de cette heure, vous oies morte. " Personne ne vous a vue, personne ne vous connaît... Celle femme que j'ai tuée pour mettre Max et Henri d'accord sera ensevelie à votre place, ramenée k 8 114 PAULINE. Paris dans les envonux de votre famille, qui pleurera Sur sa tombe croyant pleurer sur la vôtre... Adieu, Fauline; je ne vous demande ni oubli ni miséricorde; il y a longtemps que je suis maudit, et votre pardon ne me sauverait pas... « (Laissant tomber la lettre avec découragement.) Voilà dix fois que je relis cette letlre, Croyant toujours y découvrir un mot qui me permette d'espérer... et ce mot,je ne le trouve pas!... (Etendant la main pour prendre le verre.) Vous le voyez, mon Dieu! jesuis condamnée...l'aiattendu deux |ours (buis les angoisses, dans les termes, mettant en vous ma foi, espérant que vous feriez un miracle pour me sauver. Mais ce miracle, mon Dieu, vous ne l'avez pas fait! Je vous ai prié, supplié, de me rendre nu monde, à la lumière, d'ouvrir cette tombe où je suis ensevelie vivante... et ce miracle, Seigneur, vous ne l'avez pas fait! Maintenant je suis an bout de mes forces... j'éprouve les tortures de la soif, de la faim ; je vois la mort s'approeber, une mort lente, cruelle, horrible !... et vous me condamneriez d'abréger mon supplice... Oli ! non, non, cela ne se peut pas ! Mais celte mort n'est pas volontaire, vous le savez bien!... Mais si je pouvais vivre, mon Dieu ! est-ce que je me tuerais, moi... (Saisissant le verre.) Allons, allons, il le faut... Personne ne peut in'entendre, personne ne vieillira à mon secours. Ainsi, n'hésitons plus... Dans quelques heures peut-être, je n'aurais plus de résolution,de courage... dans quelques heures peut-être, la douleur m'aurait été la force... (Elle approche le verre de ses lèvres.) Mourir si jeune... a vingt ans!... mourir ignorée, au fond de ce cachot.» avec la pensée que jamais un parent, un ami ne viendra s'agenouiller sur nia tombe!... Mais la faim ! l'hor- ACTE IV, TAB. VII, SCÈNE II. 115 rible faim que je sens là... qui chaque instant augmenta qui bientôt me déchirerait... (Avec forer.) Ah ! c'est trop tarder!... Allons!... (Elle approche le poison de te> lèvres et boit : à peine a-t-elle vidé le verre qu'on entend du bruit au haut du souterrain.) Qu'entcnds- je?...aurait-on eu pitié de moi? viendrait-on me cher- Cher?... Et ce poison,ce poison que j'ai Lu !... (On entend des pas rapides dans l'escalier.) Oui, voilà qu'on v ient... on descend... on approche ! lucien, dans l'escalier. Pauline! où èles-vous?... Pauline, me voici ! PAULIN B. Mon nom !... (Se levant et courant à la grille.) OU ! •irez-moi d'ici !... je n'ai rien vu, je ne dirai rien, je le JUre par Dieu qui m'écoute! SCENE II. PAULINE, LUCIF.N. Lucien, paraissant et courant à la grille. Pauline! Pauline! vous n'avez rien à craindre... je viens à votre aide, à votre secours... je viens voussau- Ver! PAULINE. Me sauver!... Mais qui étes-vous donc? LUCIEN. Votre ami, votre frère ! Pauline, le reconnaissant. Lucien!.,, vous!... c'est vous! LUCIEN. Oui, c'est moi que le ciel avait envoyé tout exprès pour surprendre un secret que l'on croyait enseveli dans l'ombre... moi qui, sachant que vous n'étiez pas 116 PAULINE. morte, oi soulevé la pierre sous laquelle on avait cache la clef de votre prison... moi qui viens vous délivrer, enfin! PAULINE. Me délivrer!... medélivrer!... oui.medclivrcr ! Mais ouvrez cette porte... ouvrez-laà l'instant... Tant qu'elle ne sera pas ouverte, je ne croirai rien, je n'espérerai rien... Au nom du ciel, Lucien, ouvrez celte porte ! LUCIEN. Remettez-vous, chère Pauline,remettez-vous ! Jen'ai pas la clef de celle grille, mais j'ai apporté dequoi l'ouvrir... je vais aller chercher... pablinb, lui saisissant le bra$. Ne me quittez pas!... ne me quittez pas !... je ne vous rcvcrrais plus peut-être! LUCIEN. Ne plus me revoir!... Mais je n'ai qu'un désir,qu'une pensée, qu'un but, vous arracher d'ici. PAULINE. Sercz-vous longtemps? LUCIKN. Non, non, je ne m'éloigne pas... là, sur les marches de cet escalier, j'ai laissé une pince de fer au moyen de laquelle j'enfoncerai ces barreaux... pauline, quittant le bras de Lucien. Allez donc! LUCIEN. Je reviens!... je reviens!... Il disparaît dans l'escalier. PAULINE. Oh ! mon Dieu ! vous m'avez exaucée... Mon Dieu, c'est vous qui l'avez guidé vers moi... Soyez béni,mon Dieu! ACTE IV, TAU. VII, SCÈNE II. 117 lijcikn, reparaissant avec une pince. Mo voilà! PAULINE. Mais aurez-vous la force? LUCIEN. Dieu me la donnera... Il attaque la serrure, cherche à soulever la grille avec 6» pince, elle résiste. Pauline, désespérée, Ah ! cette serrure est trop solide, vous ne pourrez jamais la briser!.... LUCIEN. Attendez attendez !... Alors il tourne ses efforts contro la pierre, elle finit par «e liétachor, la grille se descolle et tombe. PAULINE. Libre ! je suis libre !... lucien, s'élançant. Oui, libre pour toujours! partons! PAULINE. Oui... oui... partons... mais d'abord... Elle ramasse la lettre qui est à terre, s'approche de la lampe et la brûle. LUCIEN. Quelle est cette lettre? PAULINE. La preuve d'un crime... et je l'efface ! • LUCIEN. Et ce verre!... grand Dieu!... qu'y avait-il dans ce verre? PAULINE. Du poison. LUCIEN. Et vous l'avez bu ! 118 PAULINE. PAULINE. Savais-je <|UC vous alliez venir? locien, prenant le verre. Depuis combien « DE NERVAL. gabkibllk, debout près de la fenêtre. Bientôt cinq heures! dans une heure, on signe la contrat, et il n'est pas encore arrivé!... n'aurait-il pas reçu ma lettre?... je lui avais bien tout dit cependant, !c jour, l'heure... M m< DE NERVAL. Eh bien?... gabrielle, courant à la fcnùtrc. Je croyais, j'espérais... mais non, ce sont messieurs Je Montlouis et de Dcauchamp qui arrivent. M m0 DE NERVAL. Et qui attendais-tu donc ? ... GA11RIELLE. Moi, ma mère? 122 PAULINE. H me DR NBRVAL. Oui, eux seuls manquaient ce me semble ! GABR1BI.LB. Ma mère, j'espérais, j'attendais... Oh! mon Dieu! mon Dieu ! l'heure se passe; anriez-vous rsison, ma mère... et nous aurait-il oubliées toutes deux? U"<° DE NERVAL. Ah! oui, ton frère! c'est inutile de l'attendre,lu l'as dit toi-même; comment viendrait il n'étant pas appelé près de nous, quand cinq ou six fois je lui ai écrit pour lui dire combien son absence nous était douloureuse? Viens, mon enfant, viens, et tâchons d'oublier Lucien comme il nous oublie. GABRIF.LLE. Oh! ma mère... c'est que, malgré votre défense... unie db NERVAL. Eh bien?... GABR1ELLB. Je n'avais pu résister au désir de voir mon frère, et... U"'« DE NERVAL. Et tu lui as écrit? G A ItRIELLE. . Pardonnez-moi de vous avoir désobéi, ma mère! M me DE NERVAL. Et tu lui disais la cause? GABRIBLLE. Oui. M mc DE NERVAL. Tu lui disais l'heure, le jour? GABRIELIE. Je lui disais tout. ACTE V, TAB. VIII, SCÈNE 111. 125 »M BE NERVAL. Oh ! tu vois bien que nous sommes encore plus oubliées que je ne le croyais. SCENE II. LES MEMES. LUCIEN. LUCIEN. Vous êtes injuste pour moi, ma mère; c'était le 11 niai à six heures ; et nous sommes le 11 mai et il n'est que cinq heures et demie. M m0 DE NERVAL. Lucien ! GABR1ELLE. Mon frère! LUCIEN. Oui, moi-même : mon père en mourant ne m*a-t-il pas fait chef de la famille, et quand ma sœur accomplit U" acte aussi grave que celui de donner à un homme Bon-seulement sa .....in et sa fortune, mais encore sa T| c, n'était-ce pas à moi de remplacer mon père?... M mc DE NERVAL. Bien! voilà les rôles intervertis. Je croyais avoir des reproches à te faire et c'est toi qui m'en fais; n'impor- le voilà revenu, oublions Ion absence, je n'ai pas le courage de garder plus longtemps ma colère... je te pardonne et je t'emlirasse Maintenant, mes enfans, Je vous laisse ensemble et je vais annoncer à nos amis le retour de l'enfant prodigue ! SCENE m. LUCIEN, GABRIELLË. LUCIEN. Allez, ma mère, allez ! 12* PAULINE. GABRIELLE. Ali! mon frère!... mon cher Lucien! je savais Lien que tu viendrais, moi... LUCIEN. Merci de m'avoir écrit, mon enfant ; c'est une inspiration du ciel ! Oh ! non, en recevant ta letlre, en apprenant le nom de celui (pin tu allais épouser, non, non, je n'ai pas hésité un instant. GABRIELLE. Oh! je ne doutais pas de toi, bon frère,mais je craignais que tu ne puisses quitter Londres où je tesavais retenu par... LUCIEN. Achève, par... GABRIELLE. Par une femme. LUCIEN. Hélas! chère enfant, peut-être un jour sauras-tu malgré toi, malgré moi-même, quelle est cette femme qui me retenait, et alors.... GADRIELLE. Alors?... LUCIEN. Alors tu comprendras tout... Mais voyons, parlons de toi, Gabriel le. GABRIELLE. De moi ! LUCIEN. Ou plutôt du comte. Viens ici, ma chère enfant; je suis à la fois ton père et ton frère, ton père par l'âge, ton frère par lecœur. Dis-moi franchement, loyalement, «n mettant de côté toutes ces petites pudeurs de jeune ACTE V, TAB. VIII, SCÈNE IV. 125 fille, qui, dans In situation où nous sommes, pourraient avoir une gravité terrible... est-ce un mariage d'amour "lue ton mariage avec le comte Horace?... CABR1ELLK. Mais oui, mon frère ; il paraît m'aimer beaucoup. LUCIEN. Mais toi ? G4BMELLB. Moi! LUCIEN. L'aimcs-lu aussi beaucoup, toi?... r. ABU! ni. t. II. ■fe le trouve agréable, de façons parfaites, je crois lu une femme même sans aimer ardemment un pareil l'ommcje crois qu'une femme peut êtreheurcuse avec lui. LUCIEN. Voilà tout? CABMELLB. Voilà tout! LUCIEN. (-'lut! le voici! SCENE IV. LES MÊMES, HORACE. noiucE. Eli! que m'apprend-on, cher M. de Nerval! vous de retour ici quand on ne comptait plussur votrearrivee! Ah! mais c'est une joie que vous me permettrai de ressentir le premier et bien sincèrement... (Lucien s'incline froidement sans prendre la main que lui tend le comte Horace. — Ce dernier ajoute à part :) Ob ! oh ! 'I»'y a-t il? 126 PAULINE. LUCIEN . Ma présence ne doit pas vous élonner, monsieur... An moment où le comte Horaceallait épouser ma sœur, je devais me trouver là. GADMELI.E, à part. Oh! mon Dieu! dequel ton lui parle-t-il, et pourquoi le regarde-t-il ainsi ?... HORACE. Pardon, monsieur; vous arrivez, et je viens me jeter ainsi, moi étranger encore à la famille, au milieu des premiers épancticmens du retour; mon excuse est dans la permission que M m0 de Nerval m'en avait donnée ! LUCIEN. Mais aussi, monsieur, êtes-vous le bien-venu. GADRIELLE. Oui, vous le voyez, M. le comte, quelle que fût la gravité des liens qui le retenaient à Londres, mon frère n'a pas voulu qu'un aussi grand événement que celui qui va s'accomplir, se passât hors de sa présence; il sentait bien qu'il nous enlevait une part de notre bonheur en demeurant loin de nous; aussi il est revenu, et, comme vous le disiez, sa présence nous rend tous bien heureux. HORAO». Je voulais vous écrire, monsieur, je voulais vous donner sur ma fortune, sur les scntiinens que m'inspirait M" e votre sœur... LUCIEN. A quoi bon, monsieur? votre fortune est connue... peut-être moins dans sa source, c'est vrai, que dans l'emploi que vous en faites; quant à vos scntiinens a ACTE V, TAB. VIII, SCÈNE V. 127 l'égard de ma sœur, ceux que vous aviez pour sa malheureuse amie, lui ont clé connus, etaprèsavoirreodu voire première femme si parfaitement heureuse, nul doute, monsieur, que vous ne fassiez le bonheur de la seconde. HORACE. J'y tâcherai, monsieur... (A pari.) Décidément, il se passe quelque chose d'étrange : d'où va venir l'orage ? je n'en sais rien, mais il sera bien reçu ! SCENE V. LES TÉMOINS, LES MÊMES, M m « DE NERVAL, LE NoTAlIUÏ. M me DE NERVAL. Entrez, messieurs, je vous prie; M. de Montlouis, M. de Beauchamp, voici Lucien. LES JEUNES GENS. Ah 1 cher Lucien ! LUCIEN. Merci, chers.,, (Bas.) Sous aucun prétexte, ne quittez le château. MONTLOUIS. Aurais-tu besoin de nous? LUCIEN. Peut-être. iiorace, » part. L'orage ! l'orage ! LE NOTAIRE. Veuillez prendre place,messieurs, je vais lire le contrat. « Par-devant maître Guillaume Bonvilliers et son collègue,nolairesà Paris soussignés,ont comparu M. le comte de Beuzeval, demeurant à Paris, majeur, slipu- 128 PAULINE. tant pour lui et en son nom personnel, d'une part. Et M"o Galjriellc de Nerval, fille mineure de M. Gaston de Nerval, décédé, et de M m « Lîalhilde de Meulien son épouse, stipulant pour elle et en son nom, sous l'assistance et l'autorisation de sa mère, d'autre part. Lesquelles parties, dans la vue du mariage projeté entre elles, et dont la célébration aura incessamment lieu conformément h la loi, ont arrêté les clauses et conditions civiles de celle union ainsi qu'il suit, en présence de... * Le nom des témoins! MONTLOUIS. Léon de Beanchamp et Emmanuel de Montlouis. le notai » F., aprbs avoir écrit. « Déclare le futur époux, que ses biens consistent en une somme de G00,000 francs, provenant tant de son chef, que de la succession de sa première femme, M™ 1 * Pauline de Meulien, décédée. En faveur dudit mariage, M mc de Nerval constitue en dota M"« Gabriclle de Nerval sa fille une rente de 1!>,000 francs. Fait et passé eu l'étude, et ont les parties et leurs parons et amis signé avec les notaires après lecture faile.» Il n'y a pas d'observations à faire à la rédaction de ce contrat?... Alors veuillez signer, mademoiselle. ..(Gabriclle signe.) Main- tenant, au futur époux. lucien. à part. Voyons, s'il osera !... (Horace signe.) Il a .signé ! LE NOTAIRE, Aux parais, maintenant... Madame... M'°° de Nerval signe. le notaire, à Lucien. Monsieur... Lucien s'approche et déchire le contrat. ACTE V, TAB. VIII, SCENE V. 120 TOUS. Oii! HORACE. Monsieur ! LE NOTAIRE. Que faites-vous ? M"'« DE NERVAL, Que signifie? LUCIEN. Cela signifie, ma mère,que ce mariage ne peut avoir lieu ; cela signifie que ce mariage est impossible ! TOUS. Impossible ! M me DE NERVAL. Lucien ! LUCIEN. Ma mère, me croyez-vous assez insensé pour briser une ebose aussi sacrée que la parole, si je n'avais de puissans motifs de le faire? HORACE. Mais, monsieur, ces motifs... LUCIEN. Un fils a dans cette heure solennelle quelques mois à dire à sa mère que lui seul peut dire, qu'elle seule doit entendre... Excusez-moi, messieurs. M rae DE NERVAL. Parle, mon fils. LUCIEN. Ma mère, vous savez si je vous aims, vous savez si j aime ma sœur; vous savez si, lorsqu'il s'agit de votre bonheur à toutes doux, je suis capable de prendre légèrement une résolution : vous savez enfin si, dans des résolutions aussi suprêmes, je suis homme à vous r.f. frayer par un mensonge... eh bien! ma mère, je vous ' c dis, eh bien! ma mcie, je vous le jure, si ce mariage 0 130 PAULINE. s'était fait en mon absence,si mon père n'élait pas sorti de son tombeau pour l'empêcher... M m « DE NERVAL. De .«on tombeau !... LUCIEN. Oui, car les morts savent tout; si Gabrielle enfin s'appelait à cette heure la comtesse de Beuzeval, il ne me resterait plus qu'une chose à faire, et je la ferais, croyez-moi... ce serait de vous enlever, vous et votre fille, de fuir la France avec vous pour n'y rentrer jamais! et d'aller demander à quelque terre étrangère l'oubli et l'obscurité au lieu de la honte qui nous attendrait dans notre patrie. M me DE NERVAL. La honte! que veux-tu dire?... LUCIEN. Je ne puis m'expliquer, j'ai fait un serment. M mo DE NEI1VAL. C'est bien... Messieurs, quoique mon fils se refuse à me donner toute explication, il est le chef de la famille, et... BOlUCf. Pardon, madame; mais cette explication que SI. Lucien vous refuse à vous, j'ai le droit de la demander, moi. LUCIEN. Voila ! HORACE. Oui, moi! vous ne m'avez pus cru, je l'espère, monsieur, homme à subir une pareille insulte sans en demander le motif. LUCIEN. Pour vous-même, M. le comte, ne mo le demandez pas, je vous prie. HORACE. Merci del avis, monsieur ; mais je ne le suivrai pas... ACTE V, TAB. M, SCÈNE VI. 151 cl tout au contraire, je vous somme de vouseypliquri'. LUCIEN. Vous le voulez ? noRAci. Sur-le-champ, devant tout le monde, et tout haut, oui, monsieur, je le veux. LUCIEN. Vous le voulez ? Hi.IUCB. Vous avez dit, monsieur, que ce mariage était impossible... j'entends que vous me disiez pourquoi. LUCIEN, Pourquoi? vous me demandez pourquoi? HORACE. Oui, pourquoi, monsieur? SCENE VI. m m mèues, PAULINE, pute, mourante, montant le perron, et s'arrèlant à la porte. PAULINE. Pourquoi?... c'est moi qui vais vous le dire... parce que les lois défendant d'ép° uscr l,ne seconde femme, tant que la première n'est pas morte, et que je suis vivante, monsieur ! TOUS. Pauline ! iiorace, à part. Pauline vivante! Ah ! voilà la foudre ' LUCIEN . Vous ici, madame ! PAULINE. Cette lettre de voire sœur que dans le trouble de voire départ vous avez oubliée... celte lettre m'a toutap- pri»; une heure après vous, je partais... une heure après vous, je débarquais en France... une heure après vous, j'arrive ici ! 132 PAULINE. gabriblle. Pauline ! PAULINE. Ma sœur !... ma mère ! M mc DE NERVAL. Mais,ci) effet, M. le comte, si Pauline vil, comment ?... PAULINE. Oh! ne l'accusez pas! que personne ne l'accuse... M. le comte (levait croire que j'étais morte, et bien morle ! M™' DR NERVAL. Mais enfin!... PAULINE. M. le comte a dû croire que la malheureuse victime assassinée à quelques pas du château et enterrée à ma place, M. le comte a dû croire que c'était moi. iiorace, à part. Qu« dit-elle? M rac DR NERVAL. Mais comment, puisque tu étais vivante, comment as-tu laissé penser à ton mari que tu étais morte? et nous, corn ment nous couda m nais-tu à d'éternels regrets? PAULINE. Ma mère, ceux qui voulaient qu'on crût à ma mort, ceux-là m'avaient ensevelie vivante dans un cachot.où je sciais morte, si Lucien n'y était descendu à temps pour m'en faire sortir vivante! GAIHIIELLB. Lucien ! HORACE. C'est vous, monsieur? LUCIEN. Oui, monsieur, c'est moi... (Ras.) J'étais dans les ruines de l'abbaye de Grand-Pré pendant la nuit du20 septembre, au moment où un homme cachait une clef sous une tombe. . ACTE V, TAB VIII, SCENE VU. 133 PAULINE. Et comme ces misérables m'eussent tuée, s'ils eussent su que la tomlio avait rendu sa proie, il fallait que tout le monde crût à ma mort, il fallait que je me laissasse pleurer par ceux qui m'avaient le plus aimée! ■ ">• DR NERVAL. Mais tu n'as plus rien à craindre... Ici, tu es sous la protection des lois, sous la sauvegarde de la justice... Ces hommes, tu les connaît? PAULINE. Non, ma mère, je ne les connais pas!... Elle s'évanouit. M me DE NBR VAL. Oli ! mon Dieu ! GABRIELLE. Au secours! au secours! LUCIEN . Ma mère, emmenez Pauline dans votre chambre. M mc DE NERVAL. Mais qu'a-l-elle donc ? LUCIEN. Hélas I ma mère, ne vous ai-jc pas dit «pic j'étais près d'une pauvre femme qui se mourait... Messieurs, recevez toutes mes excuses; mais vous comprenez!... TOUS. Oli ! oui! oui !... On se retire par les diiTcrcnles portes. SCENE VII. IIOUACE, LUCIEN. Horace, retenant Lucien. Hestez, monsieur ! LUCIEN. Que je reste ! HORACE. Oui. LUCIEN. Montions, Deaiichamp! 13* PAIH.1ME. LES DEUX in m:- <;in-. Sois tranquille !... (Les jiorles se referment.) lucien, revenant. Me voici, monsieur, que voulez-vous ? IinllACB. No le devinez-vou* p»iJ LUCIEN. Que demandez-vous donc de plus ? Pauline ne tous a-t elle pas justifie? non*cB. Oui, aux yeux de tous; mais vous, vous savez que je suis un voleur, un assassin, et il faut «juc je vous tue. LUCIEN, Comme tue un voleur et up assassin, sans doute? IIOIUCB. Non, monsieur, comme tue un gentilhomme. LUCIEN. Ali! merci! J'avais promis de ne pas aller au-devant de ce duel, mais puisque vous nie l'offrez : Des armes ! des armes! HORACE. Inutile d'en chercher, monsieur; j'ai l'habitude d'en porter sur moi, et d'excellentes... Voici des pistolets... (Il jette des pistolets sur ta table.) Choisissez le \ôtre, monsieur ; le mien sera ceiui dont vous ne voudrez pas. LUCIEN. Un instant, je ne veux pas servir de cible à un homme aussi sûr de sa main que vous l'êtes. Vous m'avez donné autrefoisune preuve de votre adresse en mesau- vanl la vie... faisons les chances égales, je vous prie. IIOIUCB. Oh! faites, faites; ce que vous ferez sera bien fait! LUCIEN. Un seul pistolet chargé, sans antre distance entre nous que cette table sur laquelle vous ne craigniez pas ACTE V, TAB. VIII, SCÈNE VIII. 135 de signer un contrai qui déshonorait toute noire famille, sans autre aide que Dieu qui nous voit et qui nous juge! iioiuce, t'inclinanl. Ces pistolets sont tout chargé-, monsieur; ôtrz la balle d'une des cartouches. LUCIEN. C'est fait ! HOIUCB. Maintenant, mettez-les sous le lapis de cette table, et comme c'est vous qui av<'z ôté la halle... LUCIEN. C'est juste, vous choisirei; monsieur, voici les pistolets. noiî ACE, Si nous nous battons sans témoins, il peut y avoir accusation d'assassinat? LUCIEN . J'ai là messieurs de Beauchamp et de Monllouis. vous satisfont-ils ? nOHACE. Parfaitement... reste à .-avoir maintenant s'ils consentiront ? LUCIEN. C'est mon affaire \...(Ouvrant la porte.) Entiez, messieurs. SCENE VIII. les mêmes, MONTLOUIS, BEAUCII.UII'. LUCIEX. Messieurs, pour des molifs qu'il est inutile de vous expliquer, mais qui sontd'une gravilé suprême, unduel entre M. de Bcuzuvnl et •« est indmppnMblt j non» avons donc résolu de nous battre de manière à ce qu'un de nous dcmeuiàt mort. 13(5 PAULINE. MONTI.OUTS. Que dites-vou ? LUCIEN. Vousm'avczpromis de lie point faire d'observations; regardez donc en silence ce qui va se passer et vous rendrez témoignage... (Les adversaires prennent chacun un pistolet.) Comptez jusqu'à trois, Beauchamp; au nombre trois, nous tirerons ensemble, n'est ce pas, M. le comte? HORACE. C'est dit... DEAUCIIAMP. Une... deux... trois !... (Ils tirent.) HORACE. Al) ! je crois que c'est vous qui aviez le bon, M. Lucien ! Merci ! vous m'épargnez IVchal'aud... Jetez celte arme, Lucien ; vous êtes témoins, messieurs, que je viens de me tuer moi-même... (Il tombe.) SCENE IX. les mêmes, PAULINE, puis tout le Monde. PAULINE. Mon Dieu ! Ali ! tous, entrant. Un duel ! un duel ! BEAl'CIIAMP. Non, messieurs, un suieido. lucien, s'approchant de Pauline. Pauline ! PAULINE. Soyez tranquille, Lucien, je tâcherai d'oublier Ià- liaul que c'est vous qui l'avez lue!... V tx. 18 me ATSÎSKK. le Testament de Cétar. François le ehampi. le Cachemire vei t ■ Un conseil d ami. Gabrietle Diviser pour régner. In. Trompette du jugement dernier. Lully. les l'oréherons. un Ami malheureux, les Bijoux indiscret», la Dame eur. Croque-Ponte. Jeunesse des Mousquetaires Il ne [nul pat jouer avec le feu. Blanche et Blanehetle. Colombine. Charlotte Corday l„ fée aux roses Toussaint Louverturc Sémiramit. IVi l'un ni l'outre. Jl M KÏ> -> 348?