V?¥P PARIS VENTRE A TERRE COMÉDIE-FANTAISISTE Représentée pour la première fois, ii Paris, sur le théâtre du Palais-Royal , le 18 septembre 1 868. PU f l Clicliy. — M. Loignon, l'ou! Dupont et Ce, rue du ISac-d'Asméres, I PARIS VENTRE A TERRE COMÉDIE-FANTAISISTE UN TROIS ACTES r a 11 TH. BARRIÈRE et l. stapleaux Oui, le temps a doub'é son tours L'hu'màni é bo précipite, Tous kl clu mins dt-viei,nent couris, L'Océun n'a plus de limite. I.a vie était longue autrefois Sur \ê petit elle ist entraînée : Nous VlTOAl plus dans un seul mois Que dos aïeux dans MM année. Nadaod. PARIS MICHEL L É V Y FRÈRES, ÉDITEURS Bit. VIVIEN NE, 2 BI S, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE 1808 Droit! tle reproduction, do traduction Cl d<-' reprôsont ition rùxrrvri* PERSONNA \ M E BEA UCOR.NET. A'l'occasion de la nomination de M. Beaueornct à l'Académie... VANlER. Il est nommé ? MADAME BE AD CORNE T. l'as encore, mais il le sera... Depuis quinze jours, tous les immortels ont dtné chez nous. V A N IE R . Oh ! alors!... MA DA M E II E \ ITCO 11 N E T. On vote aujourd'hui. V A N I E R . Mes compliments... MADAME BEAUCORNET, Oui, oui... plus lard... voyons ce meuble... VANIER, On mal la porte du fond, (I giiuclie**. Volontiers, je vais vous conduire... (L'inritant i sortir en i'inoli- n»ni.) Madame... (s'arrétant.) Ah !... mais je dois vous prévenir. BAPTISTE, l'iitrunt de droite. Une bonne est là, qui demande madame Beaucornet... M \ DA M E 11 I. A li co II N E T. C'est moi, laites entrer... Elle MSfei SCÈNE m VAN 1ER, MADAME BEAUCORNET, PAULINE *'**. PAULINE. Madame, mademoiselle Cléopàtrc est arrivée. * Madame Beaucornet, vanier. " Vanier, Madame Bcaucurnel. "* Vanier, Madame Beaucornet, Pauline, ACTE PREMIER 5 MAI) A U E BEAUCORNET. Qui cela, mademoiselle Cléopàbe ?... (,4t« un .ri.) Ah ! ma fille. ..(a Vnnier.) Au fait, je me souviens I cetlc chère petite.... Elle son ducouvent aujourd'hui... c'était mémo la distribution des prix; mais je n'ai pas eu le temps d'y aller .. Ah ! ce Paris, un vrai minotaure.... Où est ma fille ? Vnnier qui, tout en parlant, a continue In vérification du catalogue, remonte nu fond u gaucho. — Un domestique pnrnlt ou fond et remet une lettre A Vanier qui In lit. — T.e domestique disparaît. PAULINE. Son professeur de piano l'a ramenée, elle est dans un fiacre avec lui. a quelques pas d'ici. MADAME BEAUCORNET. Comment, ce n'est pas M. de Valdinde ?... PAULINE. Non, madame. . MADAME BEÂUCORNET. Envoyez-la moi!... Ah! Pauline? P M'I.INK. Madame... MADAME BEAUCORNET, Le domestique que j'attendais?... P A V L IN E. Est arrivé, ainsi que la femme de chambre pour mademoiselle... M \DAME BEAUCORNET. Bien... bien... allez... allez ! Pauline sort. SCÈNE IV VA NIER, MADAME BEAUCORNET, puis POLY- CARPE DE FOLL BBRAISE. MADAME RE AU CO RN ET, à Vnnier qui redescend de gauche. C'est pour la chambre de ma fille que je voudrais le meuble G PARIS VENTRE A TERRE du boudoir. Dépéchons-nous, il faut que je sois à une heure chez Gagelin pouressayer ma robe de bal,., une invention de la petite Valès, une fée I... V AN I E R. Mon Die;], madame, c'est que j'apprends à l'instant que la vente n'aura pas lieu. POLTG A R PE, entrant du fond a droite *. En effet, tenez, mon cher Vanier. (Apcreevnnt maritime Heauror- net.) Ah! (La saluant.) Madame!... (a vanier.) Voici la dépèche de mon ami le comte Adhémar de Verasoy... Il me laisse cai te blanche. Pour commencer, j'achète pour lui tout ce que contient l'hôtel... 11 AD A M E BEAUCORNBT. Vraiment ! je me sauve, alors. A ce soir, cher monsieur de Eollehraise... car vous venez à mon bal? PO L Y C A RI' E< Certainement, chère madame ; je vous demanderai même deux invitations: l'une pour le comte Adhémar. l'autre pour son ex-luleur, le chevalier de Pont-Cassé. MADAME BEAUCORNUT. Où faudra-t-il les envoyer? l'Ot.YCARPE. Mais ici... MADAME 111. Ml COR NE T. C'est convenu... ;\ ce ?nir... Je cours chez Gagelin... Elle remonte h gauche. POLYCARPE. A ce soir ! MADAME RE A l'CO R N ET, sur le seuil de In porte, l'arrêtant C'est drôle ! il me semble que j'oublie quelque chose... Oh ! je m'en souviendrai en roule. Kilo sort. * Vanier. Polycarpe, madame Beaucorn»t. ACTE PREMIER SCÈNE V VANIER, POLYCARPE. P O L Y C A lt l'E. Ainsi, c'est dit... cent cinquante mille francs pour tout ce que contienl l'hôtel ! VA NIER. Parfailcment, affaire concilie. POLYCARPE. Faites déchirer les affiches. \ x NIER. Je vais donner des ordres, nous allons rédiger un petit acte. tOL Y CA II PB, Volontiers, où peut-on écrire? V AMER. Là, dans le fumoir. Ils mirent a droite. SCÈNE VI CLÉOPATRE, pdi BEÀUCORNET, put, BAPTISTE, CLKOPATRE, uniforme de pensionnaire, tenant des livres et des couronnes à ln mnin, entre de pnuchc. Au premier étage, m'a dit Pauline, ce doit être ici. Je suis en retard". Monsieur Gamilowilz, mon maître de piano, ne voulait pas me laisser aller; mais où est donc maman?... Je ne vois pas maman du tout... m'aurait-il fait perdre maman? (Apercevant les bijoux.) Oh ! que c'est heau tout ça, des diamanls, des émeraudes, des saphirs, je suis donc chez un bijoutier. Elle dépose ses livres et ses couronnes sur la table de gauche et examine les bijoux. Benucornet entre de droite très-préoccupé, un manuscrit a la mnin. REAUCORNET* sur le devnnt de la scène, déclamant sans voir Cléopdlro. Messieurs, c'est avec une gigantesque émotion que je prends * Cléopfitre, Beaucornet. 8 P'ARJS VENTRE A TERRE cet immortel fauteuil où vos suffrages immérités ont bien voulu m'asseoir... mon peu de valeur, l'insuffisance de mes labeurs géants. CLEOPATRE, qui aprèl avoir examiné les bijoux n feuilleté les volumes placés sur la table à coté de ses prix, apercevant Beaucornet qui fait de grands bras. — A part. Tiens, un aiguilleur! Elle remonte et gagne la droite. BEAUCORNET, mettant vivement «on manuscrit dans sa pocbe. Quelqu'un! (g'incUnnt profondément.) C'est a monsieur Saint-Diziér que j'ai l'immortel honneur de parler* ?.. CLÉOPATRE, avec un cri. Tiens! papa! BEAUCORNET, surpris. Cli'opàtre! ma fille! pourquoi n'es-lu pas à l'acadé... (se reprenant.) Au couvent... c'est-à-dire ? CLÉOPATRE. J'en suis sortie aujourd'hui. BEAUCORNET, s'osscyant à la table do gauche. Ta présence me l'apprend, (a part, entre ses dents.) Messieurs, c'est avec une gigantesque émotion..., CLÉOPATRE, sans l'écouter. Et pour n'y plus rentrer. J'ai fini toutes mes c'asscs, je n'a plus rien à apprendre... BEAUCORNET, 1 part. Ineffable candeur! CLÉOPATRE ** , passant a gauche de la table. J'ai eu des couronnes... des prix... les voici... Elle désigne les livres qui sont sur la table. BEAUCORNET, prenant les volumes sur la table. Voyons. ( Lisant. ) « Madame de Chalis, Fanny. Le CM de Monsieur Guérin. » (s'arrètant.) Singulier choix. CLÉOPATRE, prenant ses prix sur la table. Mais non, ce n'est pas cela. Tiens, voici mon prix de danse. BEAUCORNET, lisant. Itobinson Suisse, !•« volume. * Beaucornet, Cléopttre. ** CMfopfttrej Benurorncl. A C T E PREMIER 'i C LÉ0P.VTR !.. Mon prix de croissance... BEAUCORNET, de même. Rnbmson Suisse, 2" volume. CLÉ OPATBE. El enfin, mon prix do vélocipède. BE IUC0B.NET. Robinson... Crusac, 3 e volume ; c'est presque complet, (a p«rt.) Quelle singulière éducation! (Haut, >e levant.) Ëmbrasse- moi, mon enfant,»tu es digne des palmes qui verdiront bientôt l'habit de ton père. Je suis fier de loi, mais cela ne me dit pas pourquoi tu es ici ?... CL É0PATRE. J'y suis parce que Pauline m'a dit que maman m'y atlen- dail. BEA UCORNET 1 pnrt. Eucharis serait-elle venue solliciter la vo ; x de M. de Saint- Dizior pour moi? ee ne serait pas béle... et il faut que je Sicile... (A Rnptisto (\n\ ontro pnr In droite pnrtnnt divers objets.) Dites- moi, mon ami, M. df Saint-Dizicr esl-il visib'e? RAPTISTE, rftnKennt des objets sur In console i\ f?.uiclie *. M. de Sftint-Ufzier, au second, la porle en face. RE A II COU N ET. Nous sommes donc au premier? RAPTISTE. Au-dessus do l'enlresol, oui, monsieur. BEAUCORNET, li pnrt. Suis-je étourdi! c'est mon discours que je relisais en montant, (a Rnptiste.) Chez qui sommes-nous ici?... BAPTISTE. Chez madame Hcrmosn, qui est partie pour la Russie et dont on vend le mobilier... REAUCORNE T. Tout m'est expliqué. Eucharis adorcjes ventes, (a Baptiste.) Vous avez une dame ici ? * CMopAtre, Baptiste, Bo;uicornel 1. PARIS VENTRE A TERRE HAPTIS TE. Oui, monsieur, clic est dans la serre... au fond du boudoir. (Confidentiellement.) Elle voit les albums. Il sort. REAU CORNET. Cléopâtre, c'est ta mère, aitcnds-la, chère enfant. Il faut que je te quitte. (Tirant un manuscrit de su poclic.) C'est aujourd'hui l'é- lection, et j'ai encore huit ou neuf courbettes à exécuter... je monte chez M. de Saint-Dizier... fais des vœux pour mes palmes. (Lisant.) « Messieurs, c'est avec une gigantesque émotion..... » II sort par le fond à droite. SCÈNE VII CLEOPATRE, POLYCARPE, VANIER, P .,i, MUSTENFLUTE. CLEOPATTlE, Ragnant la droit». Pauvre papa ! se donne-t-il de la peine 1 POLYCARPE *, entrant avec Vnnier. Nous voilà d'accord, le notaire du comte vous attend, il terminera avec vous. CLÉ 0 PATRE, i part, examinant Polycarpa. Tiens, il me semble que je connais ce monsieur... (a part royant entrer Mustenfiùte.) Oh ! la belle dame! MUSTENFLUTE, entrant do gauche **. Qu'est-ce qu'on m'a dit, Yanier, votre méchant tableau vaut dix mille francs!... VANIER. Au moins ! MUSTENFLUTE. Alors, Ernest, vous pouvez vous fouiller. CL ÉO P ATR I. o pirt. Vous fouiller !... Je retiendrai ça. * Polycarpe, Vsnier, CMoplirt. ** Polycarpe. Muslontli'itc. Vnnier. Olénpftlre. ACTE PREMIER 11 V A NIER. Du resta, je dois vous dire que!... MUSTE IVFLUTE, il Polycarpe. Tiens, Polycarpe ! POLYCARPE. Mustenflûte ! CLÉOPATRE, i. pnrt. I,e drôle de nom ! POLYCARPE, A MmterifliUo Je viens de chez vous, chère belle. MUSTE X V LUT I". Retour de l'amant prodigue? POL ICA n PB. Pas précisément. VANIER. Je voulais vous dire, chère amie, que le Walteau en question 'est plus à vendre; tout a été achète'' par M, de Folle- braise. .. pour un de ses amis. Mustpnflute est remontre à gaucho, CLÉOPATRE, A part. Follehraise !... c'est bien cela... J'ai vu ce monsieur chez papa, (a Polycarpe.) Monsieur, vous n'auriez pas vu maman ? POLYCARPE, passe trois*. Maman! qui ça, maman, mademoiselle? Ç I. É O PATRE. Vous ne me reconnaissez pas, monsieur?... c'est que j'ai grandi : je suis la lille de monsieur Boaucornet. POLYCARPE. Le candidat perpétuel... M lis oui, je vous reconnais ;\ présent. V AMER. Comment, mademoiselle, si jeune et déjà fille d'un candidat perpétuel ! CL é 0P A TRE. Oui, monsieur. * Mnttenflutt, Vanter, Polycarpe, ciéopfttro. 12 PARIS VENTRE A TERRE VANIER. Madame voire mère est partie, mademoiselle. CLEOPATRE. Partie ! VANIER. Il y a une grande demi-lieure. MADAME REAUC ORNE T, dans la coulisse. Ma fille ! où est ma fille ?... CLEOPATRE. C'est elle, la voici. Madame Beaucornet entre. SCÈNE VIII Les Mêmes, MADAME REAUCORNET '. MADAME BEAUCORNET, à Cléopiltre. Ahl chère enfant l... je t'avais oubliée, pardonne-moi, j'ai la tôle perdue!... mes invitations... ma toilette... il faut reloucher la robe... elle était tr p, ou plutôt pas assez... mais tu n'as pas besoin de savoir celà... , viens vite, tu prendras une autre voiture pour rentrer pendant que je continuerai mes courses... Adieu, messieurs, à ce soir. (a Mustenflûte.) Madame!... MUSTENFLUTE, avec emphase. Madame !... MADAME BEAUCORNET, A part. Oh ! une égarée ! (a sa mie.) Viens, viens, Cléopâtre. Cléopâtre reprend ses livres et ses couronnes, elles sortent A droite **. MUSTENFLUTE, riant. Cléopâtre !... ah ! ah ! ah ! le bon nom. PO LYCARPE. Mon cher Vanier, je crains que mon ami ne soit déjà arrivé. Veuillez faire porter ce mot au Grand-Hôtel. VANIER, remontant à droite. Comptez sur moi. * Mustenflûte, Vanier, madame Beaucornet, Cléopâtre, Polycarpe »* Mustenflûte, Vanier, Polycarpe. A DTK PREMIG H 51 UST EN F LU TE i Vnnier. Mettez- moi dans mon panier. POLYCARPE, lu retennnt parla main *. Non, restez, Mustenflûte, j'ai à vous parler. MUSTENFLUTE. Sérieusement ? POLYCARPE. On ne peut plus sérieusement. Allez, mon ami. Vanier sort A droite 13 SCÈNE IX MUSTENFLUTE, POLYCARPE. POLYCARPE , s'asseyant sur le canapé i droite, près de Mustenflûte. Ma chère Mustenflûte, je vous disais que... ah !... j'ai de par le monde un ami fort riche... MUSTENFLUTE, riant. Ah ! bah ! POLYCARPE. Pourquoi cet étonnemenl ?... Vous n'avez bien que des amis millionnaires, vous! MUSTENFLUTE, ironiquement. Oh ! il y a des exceptions ! POLYCARPE. Est-ce parce que je n'ai plus le moindre brin d'herbe au soleil?... et Soliman, le comptez-vous pour rien?... MUSTENFLUTE. Un cheval !... Je ne suis pas hïppophage. POLYCARP E. Soliman, chère amie, doit me faire gagner plus de huit cent mille francs à Epsom dans huit jours. MUSTENFLUTE. Ronne chance ! mais revenons â voire ami. POLYCARPE. C'est le comte Adhémar de Verasoy; il vient se fixer a Paris et m'a chargé de l'installer et de le lancer... Je suis en * Mustenflûte, Polycarpe, Vani»r. U PARIS VENTRE A TERRE Irain... J'ai déjà acheté tout ce mobilier qu'on devait vendre demain, ainsi que les chevaux, les voilures, etc., etc.. MUSTENFLUTE, soupirant. Alors, c'est lui qui va avoir mon Watteau. POL YC A RPR. Oui, mais il pourra vous le céder à... bon compte. M VSTENF LUTE. Comment? POLYCAR P E. Je vous présenterai aujourd'hui même à M. de Verasoy. Je veux faire d'Adhémar le roi des viveurs, et vous pouvez haler son avancement au trône... MUSTENFLUTE, nrer pudeur. Ah ! Polycarpe !... j'ai peur de vous comprendre ! F.llo so liWe. POL YC AH PB, M Wnnt. Dali !... un peu de courage ! MUSTENFLUTE, changeant de ton. Et vous appelez ça, à bon compte?... vous êtes escore poli... POLYCARPK. Allons, voyons... ML'RTEN FL L TE. En vérité. Polycarpe, je no sais si je dois... I 1 p 1. JTCA R I' E, Mais oui... mais oui... vous devez... et beaucoup!... Eh bien... Adhémar a trois millions en terre. MUSTENFLUTE, éhln.ii,.. Trois millions!... (sentimentalement.) Ah ! la terre !... il n'y a encore que ca. POLYCARPE. A cinq heures, Adhémar vous portera une avant-scène pour le Palais-Royal?... Est-ce dit? MUSTENFLUTE, remontant '. Vous me permettrez bien de réfléchir un peu. Est-il bien au moins, votre ami ? • Polycarpe, MinlenflfUi- ACTE PREMIER 15 POI.YCARPE. Un Antinous. MUSTENFLUTE. nvcc Terreur. Si j'allais l'aimer ? POLYCARPE. Je vous promets de l'aller dire à Rome. MUSTENFLUTE. Vous êtes insupportable ! POLYCARPE. El vous, vous êtes charmante ! Il lui lieise lu mnin, Mustenflutc sort tt droite. SCÈNE X POLYCARPE, un Instant irai, puis RAPTISTE, ensuit. ADHÉMAR DE VERASOY, puis KERCKOFF. POLYCARPE, liront le rordon de sonnette à lo cheminée. J'espère qu'Adhémar rendra justice a ma promptitude; maintenant achevons notre œuvre. Il s'assied è lo tnbte de pnnche. RAPTISTE ", entrant de droite. Monsieur a sonné? POLYCARPE, écrivent. Tu le sais bien, puisque te voilà. RA PTISTE. C'est juste, monsieur... mais ça se dit. POLYCARPE. As-tu une place ? RAPTISTE. Pas encore, monsieur. POLYCARPE. Très-bien. Je t'arrête, tu entres comme valet de chambre chez monsieur le comte Adhémar de Verasoy, qui va arriver tout à l'heure. * Polycnrpu, Bsptlst». 16 PARIS VENTRE A TERRE BAPT ISTE. Les conditions?... POLTCARPI :. Les mêmes. BAPTISTE. Pardon,., monsieur, chez madame Herrr.osa... il y avait... P OLY CA R PE. Des profits?... c'esl jui tu auras le double. Dis au cocher, au palefrenier, à la cuisinière qu'on les garde également. BAPTISTE. Bien, monsieur... PO L YC A II PE, qui èVrivnit toul en parlent. Porte ces deux lettres au Cercle, et passe ensuite chez mon tailleur, mon chemisier et mon coiffeur, et prie-les de se rendre ici dans une heure. ADIIEMAR, paraissent du fond I droite M. Polycarpe de Follcbraise? POLYCARPE, courant A lui. Adhémw!... mon cher Adhémar!... A DM EMAR , lui serrent ln main. Me voilà I Baptiste s'en va. POLYCARPE . ** Eh bien? et ton tuteur, le chevalier? ADHÉ MA R. Il est encore à la gare; un colis perdu, des tableaux... je ne sais quoi... je lui ai laissé un mot au Grand-Hôtel, il viendra me rejoindre ici. POLYCARPE. Parfait ! ADHÉMAR. Chez qui sommes-nous donc? POLYCARPE, passant, ehnpenu à ln main, cheveux plats, pnrdessus démode - , petit sac de v o va pe en snntoir. Chez toi. * Polycarpe, Adhémar. ** Adhémar, Polycarpe. ACTE PREMIER 17 ■ A n H lï M A R . Comment .. chez moi? POLYCARPE.' Oui.... Ah! j'ai usé largement de la carte blanche que tu me laissais. Tu en as déjà pour cent cinquante mille lianes. ADHÉMA R. Peste! POLYCARPE, se promenant avec Adliémar. Hier, lu as été reçu à l'unanimité de notre Cercle : le cercle des Interdits. ADHÉMAR, s'arrètant. Mais je ne suis pas interdit, moi ! POLYCARPE. Tu l'as peut-être été.. A D II ii m a n. Mais non ? POLYCAR PE. Eh bien ! tu léseras! On l'est, le fut, ou le doit être, c'est notre devise. Demain... tu auras vingt amis; dans huit jours... lu en auras cent. a n H É M A r . C'esl beaucoup. POLYCARPE. Oh ! ils durent si peu ; tu as trois voitures, cinq chevaux On attellera à quatre heures; nous irons au Rois... à cinq heures tu iras chez la maîtresse. A D II É M A R . Ah bah! POLYCARPE. C'est arrangé!... elle l'aime déjà. A six heures et demie tu viens diner au Cercle, je te présente à nos amis, puis nous allons dire bonsoir à Muslenflûte. ADHÉMA R. Muslenflûte ? POLYCARPE. C'est la niai'resse. 18 PARIS VENTRE A TERRE ADHÉMAR. Ah! bon ! POL YCAHPK. Ta mallrcsse, à qui tu auras porté une avant-scène du théâtre du Palais-Royal. A minuit nous allons au bal chez madame Bcaucornet. A trois heures nous soupons au café 1 Anglais, Demain nous allons aux courses. Après-demain... A D II É M A R . Un instant... un instant... tu m'effrayes! POI.YCARPE . Ah! bien... ta n'es pas au bout. BAPTISTE, entrant". Le tailleur de monsieur le comte. ADHÉMAR. Qu'est-ce que c'est que celui-là? PO LY CARPE. Ton Valet de chambre. (Baptiste salue Adhémar. — A Baptiste. Fais entrer. AD H KM A R. Ah ! mais, permets... J'ai deux malles pleines d'habit 1 !. POI.YCARPE. ' Connu !... Tu les donneras à Baptiste. AI) II ÉMAR. Baptiste? POLYCARPE, s'asseyant sur le canapé. C'est ton valet de chambre.. Fntrée du tailleur **. ADHÉMAR. Ah! bon! POLYCARPE. Mon cher Kerckoff, monsieur le comte Adhémar de Vé- rasoy devient votre clienl ; il lui f mt un costume complet dans deux heures... et une toilette irréprochable pour ce soir... Est-ce compris? KERCKOFF, l'inclinant. Oui, monsieur. * Adhémar, Baptiste, Polycsrpe. ** Adhémar, Kerckoff, Polycarpo, ACTE PREMIER 19 ADIIÉMAR, ahuri. Alors, prenez-moi mesure, mon cher Kercklioff. KERCKBOFF. Inutile,' monsieur le comte... Je travaille au jugé... Que monsieur le comte veuille bien se retourner seulement. Adhé- mnr se retourna. Il fait le geste do lui prendre mesure è distanre, en trois mouvements.) Cela suffit!... (sniunni.l Messieurs, j'ai bien l'honneur de vous saluer. PO Lï CA 11 PU, ■.(■ levant, au tailleur! Soyez exact! Kerrkoff sort vivement, suivi de Baptiste. SCÈNE XI POL YCARPE , ADIIÉMAR, puis ARTHUR DE COFFREFORT, ensuite BAPTISTE. ADHÉMAR, passant a droite*. Ah çà! mais... je rêve! P-OLTCARPE, l'as le moins du monde! D'abord, mon ami, à Paris, on n'a pas le temps de rêver, puisqu'on n'a pas le temps de dormir. An TU UR entrant **. Bonjour, messieurs. (Riant.) Quelle drôle d'époque! poli o\n p v. Je lepréscnleM. Arthurde Coffrefort, mon ami... Arthur, je te présente M. le oomlr Adhémar de Verasoy. On se salue. A n t h u n. Monsieur le comte, enchanté de... C'est monsieur que nous avons eu l'honneur de présenter hier au cercle ? An n li m a n. Précisément, et permettez-moi, monsieur, de vous remercier d'avoir bien voulu me servir de parrain... * Polycarpe, Adhémar. Polycarpe, Arthur, Adhémar, 20 PARIS VENTRE A TERRE A R T II UR, lui tendant la main. II n'y a pas de quoi, mon cher, entre nous, lu sais... Allons, bon ! voilà que je vous tutoie... POLYCARPE. Eh bien, pourquoi ne vous lutoieriez-vous pas ? ARTHUR. Au fait!... POLT CARPE, à Adbémar, Qu'en dis-tu ? A RT 11 I I! I! est certain qu'entre gens du mémo monde... (a AdMnw.) Tutoyons-nous, veux-tu? ADHKMAR, riant. C(imme tu voudras. ARTHUR. Ta main! Désormais, tout est commun entre nous. (Riant.) Quelle drôle d'époque!... Il passa i Raurlie *. A H III M A R, hns ù Polycarpe. Pourquoi donc dit-il toujours ça?... POLYCARPE. N'e fais pas attention... c'est un tic. ADBÉMAR, riant. Ah! c'est égal, on va vite en besogne :\ Paris. BAPTISTE, entrant. Le chemisier et le coitïeur de Monsieur attendent M. le comte dans sa chambre à coucher. ADHÉMAR. Vous permettez, messieurs? ARTHUR. Nous te le permettons... Je te tutoie toujours, tu sais. POLYCARPE. C'est ça... va te parisienniscr. Adlii'-mar suivi «le Rapti-ita, sort à franche. * Arthur, Pulyoarpe, Adliéinar. ACTE PREMIER 21 SCÈNE XII • POLYCARPE, ARTHUR, puis LE CHEVALIER D E P 0 N T -CASSÉ, et ensuite M1T C H E LS. ARTHUR, U9Û à gauche de la table. Charmant garçon que ion... que notre ami... counncnt l'appelles-tu?... PO l \ C .VII PB, Adbémar de Vcrasoy. ART II I li. Ali ! oui, charmant garçon ! LE CHEVALIER, entrant de droite *t déposant M valise an fond. Pardon, messieurs "... A ItTllUH, E. Le voici, monsieur le chevalier. SCÈNE Xlll Le,3 MÊMES, ADIÎEMAR , rué, frité, Mnua Irèi-éMguù, «t « In dernière mode . ADilÉM AH , courant au Chevalier. Ah ! mon oncle ! LE UH E V A LIE R. Ah! c'est loi, lu as, nia foi, l'oit bon air ainsi... limbrasse- moi. A U11É M Ail, tirant aa montre. Diable! bientôt deux heures!... U n'y a pas une minute à perdre ! Il oublie l'accolade et va prendre tel gant». * Polycarpe, Arthur, Adhémar, le Chevalier. 24 l'A I! I S V E N T R E A T E li H E LE Cil EVAL1ER , ù part. Il est pressé, je l'embrasserai plus tard. ARTHUR , passant *. Je vous quitte. Je vais au Taltersall. (a Adhémar.) Nous te verrons ce soir ? AIHIEMAR lui donnant In main. Tu vas citez madame Beaucornet ? \ R t n u r . Certes ! A I) II É M A R. Eh bien, alors, à ce soir... ARTHUR, saluant. Chevalier! LE CHEVALIER, saluant. Monsieur... (a part.) Il paraît qu'ils sont très-liés... Arthur sort. SCÈNE XIV LE CHEVALIER, ADHÉMAR, POLYCARPE, P ui ( BAPTISTE et des Domestiques. LE CHEVALIER, 9 Adhémar **. Tu connais donc ce monsieur depuis longtemps? A D H E M A R , mettant ses gants. Je leeonnais depuis une heure. LE CHEVALIER. Et tu le tutoies?... ADHÉMAR. Depuis cinquante minutes, (il sonne. A Polyorps.) On doit avoir attelé? POLYCARPE. Je le pense. * l'olycarpo, Adhémar, Arthur, le Chevalier. ** Polycarpe, Adhémar, le Chevalier. ACTE PREMIER AD HÉ M Ail, appelant. Baptiste! Baptiste! Ah çà! mais ce drôle-là ne viendra donc pas ? UAPTISTE, entrant. Que monsieur lu comte me pardonne, mais... POLYCAltrE, a Adhémar. Oui. je lui avais donne" une commission... (a Baptiste.) Eh bien ? * BAPTISTE *. lis sont là, monsieur, j'en ai trois : ils viennent de la salie Urouot... Voici la facture. POLY CARPE, prenant le papier. fais apporter. (Lisant.) Un président, un diplomate et un mOUSqUetaire ; c'est partait, (aux domes'iques qui apportent les tableaux.) Accroche/.. (Lfl domestiques suspendent A la muraille les portraits des personnages que Polyearpe vient de nommer. — Au Chevalier.} Monsieur le chevalier, voilà l'accident réparé **. LE C11EVALIEB, lorgnant les toiles*'". Qu'est-ce que c'est que ça ? POLYCARPE, siniplenienl. Vous avez égaré, m'avez-vous dit, des portraits de famille? l.E CHKVAL1 Kit. Sans (toute. POLI C A KPE. Eh bien, en voici d'autres pour les remplacer. l.E OH B\ ALI E II. Mutant. Comment! remplacer mes ancêtres POLYC.AKPE, froidement. Ils ne ressemblent pas? LE CHEVALIER. Je le crois bien, venire saint b'eu ! * Baptiste, Polyearpe, Adhémar, le Chevalier. ** Polyearpe, Adhémar, le Chevalier. *"* Adhémar, lo Chevalier, Polyearpe. 26 PARIS VENTRE A TERRE 1> O L Y C A R I» E. Bah ! quand les armes des l'ont-Cassé seront sur le cadre... L E cilE Y AMi: H, Indigné, Ah! c'est trop fort! POLYCAHPE. D'ailleurs ce ne sont que des ancêtres provisoires. LE CHEVALIER, »rt *. Où allons-nous?... où allons-nous?... POLYCAHPE, à Baptiste, qui s'est tenu au fond à droite. La voiture est en bas? BAPTISTE. Oui, monsieur. POLYCA K PB, i Adhémar. Eli bien, pars. Je te retrouverai, à six heures et demie, au Cercle. ADHÉHAH. C'est dit ! (au chevalier.) Mon cher oncle, à bientôt! je vais chez une femme charmanie, que je n'ai pas encore vue v mais que j'adore : mademoiselle Muslciillùk-, Fausse sortie. LE CHEVALIER, ahuri. Hein?... Musten... quoi? A DII É M a r . Flûte... (a Poiycarpe.) A propos... où dcmeure-t-elle? POLYCARPE. 3ii, rue de l'enthièvre. ADHÉHAH . Parfait! je cours lui chercher sa loge. LE CHEVALIER, criant. Mais où te retrouverai-je?... A D HÉ M A R . Poijrcarpe vous le dira... adieu, adieu!... Ii sort vivement â droite. * Le Chevalier, Adhémar, Poiycarpe. ACTE PREMIER 27 SCÈNE XV POLYCARPE, LE CHEVALIER, BAPTISTE. LE CHEVALIER, marchant rivement. Une maison monléô, des intimes, une maltresse !... Et voilà quatre heures seulement que nous sommes arrivés! mais c'est étourdissant ! BAPTISTE*! entrant. Une lettre pour monsieur le chevalier de Pont-Cassé! T. E CHÈVAL1 K B , In prenant et lisant. Ah! du chemin do fer, -ans doute... Non, une invitation de monsieur et madame Beaucornet... mais il y a erreur. P O L Y C A R 1> E . Non pas, non pas... Je vous ai présenté ce matin avant votre arrivée, pour ne pas perdre de temps. Vous venei au bal avec Adhémar. I E CHEVALIER. Au bal, moi!... POL1CARPE. Vous ne pouvez vous en dispensée. D'abord, n'êtes-vous pas venu à Paris pour veiller sur votre ex-pupille? L E* C II E V A L I E R . Sans doute!... P O h Y C A R P E . Eh bien... alors... LE ' I1KVALIER, qui commence à avoir des hallucinations. Oui... oui... Je comprends parfaitement... seulement... permettez... allons bon! je ne sais plus ce que je voulais dire... ah! c'est qu'en vérité, tout ee que je vois, tout ce que j'entends.;, cette rapidité vertigineuse!... Il passe. P O L Y C A R P E , traversant vivement. Le mouvement perpétuel! la furia francese... mais;'s noire vie, chevalier. Aujourd'hui... suivez-moi bien " Le chevalier, Raptiste, Polvrarpe. * l'olycarpe. le Chevalier. 28 PARIS VENTRE A TERRE LE C II E VA LIER . Oui, aile/.... i> oi.vc a a pb . Aujourd'hui nous vivons à la vapeur, frou, frou, frou, train express! (irnitnnt la trompette.) TÛÙÙÛ! LE CHEVALIER. Train expressI frou! frou! frou! POM c \ Il PB . Ne perdez pas un mol! L E CII E V A L 1 E Il . NOO... expreSS... (imitant Polycarpc.) TÛlIÙÛ ! POLÏCARPE. De ce temps tout s'improvise... LE c II E VA LIE R . Ah! POLYC\R PE . L'amour, l'amitié... LE CHEVALIER . Oui. POLÏCARPE. La maîtresse aimée d'aujourd'hui est l'indifférente de demain... le en e v A LIE R • Bon. V O L Y C A R P E . Le million gagné & la dernière liquidation se perd à cel'e qui la suit... leo he valu: r . Parfait! POLÏCARPE. Souvenir veut dire huit jours, éternité trois mois... LE CHBVALIE R. Admirable! POLÏCARPE. Le gaz a remplacé le soleil... l'électricité, la poste; nous faisons de la nuit le jour, et du jour la nuit... LE CHEVALIER. Sublime! ACTE PREMIER 29 POI.YCARPE. Enfin, notre Paris à nnus n'ost plus celui où chaque jour avait vingt-quatre heures; non, c'est le Paris dont chaque journée a vingt-quatre secondes : en un mot, c'est le Paris... ventre à terre ! LE CHEVALIER, transporte. Ventre à terre!... il m'entraîne!... il m'élertiiso... je sens qu'il me pousse des roulettes sons les bottes... frou !... frou !... Je ne sais pas ce que j'éprouve. Ma téte va éclater, mais je 83ns que je vais dépouiller le vieil homme, je sens que je vais devenir... fou... PO LTCA a PB. C'est très-bicil porté ici. (Tirait «« montre, itm un cri.) Ali! mon Dieu! je n'ai pas un instant à perdre. L U C H E V A L I E 11 . Où allez-vous donc? POLYCARPE. Je n'en sais rien, mais il faut absolument que j'y sois à trois heures. H B*élance an dehorf* LE CHEVALIER, tout 4 fait ahuri. A trois heures!... (Enfonçant son chapeau sur s» tête.) J'y Sera avant lui!... Il iort en courant. 9. 30 PARIS VENTRE A TERRI' ACTE DEUXIÈME Chez Beanenrnet. — Salon (Menant.— Portes au fond, donnant sur un second salon et portes latéralos. Table ronde et rhaisos au milieu, fauteuil au premier plan ù droite ; ù gauche, canapé ; au fond du mémo côté, console avec candélabres, devant table de jeu; à droite, tu fond, cheminée avec vases. SCÈNE PREMIÈRE JOSEPH, motlnnt iIps hnngi dnns les cnnilélnliros de 1» rnnsnb>, JUSTINE, entrant par ln droit-, àtt fleurs à In main. JUSTINE, portnnt île* fl<>nr<. Monsieur Victor...... JOSEPH, nrrnnj^nnt AM boURip*; m tM ctipmîm'-<>. Mademoiselle Charlotte. JUSTINE se rMnnrnnrit. Tiens, vous n'êtes pns Victor? JOSE PII. Non, je suis Joseph. » JUSTINE. Fourquoi m'appehv.-vous Charlotte? JOSEPH. Parce qu'on m'a dit que c'était votre nom. JUSTINE, Je m'appelle Justine. Charlotte (U\l le nom de la femme de chambre de madame Beaucornet que j'ai remplacée. JOSEPH. Comme Victor était celui du valet de chambre de Monsieur dont j'ai pris la place. ACTK DEUXIÈME JUSTINE . Vous n'êtes donc pas ici depuis longtemps? JOSEPH. Depuis ce matin, et vous? JUSTINE. Moi, j'y suis depuis une heure; croyez-vous la maison bonne'' JOSEPH. Eahl euli! ça m'est égal. Il l'aMted ù gnnehe du guéridon et roule des Iioukîm dons dea Landes do papier. I UST1NE. Moi aussi, du reste; j'ai l'habitude do faire deux services pir mois... JOSEPH . Moi, j'en faisqualro, k Ju«tiw>.) On donne donc un bal ici? Il so Ut*. .1 USTINE, Il parait. Elle Rnrnit de fleurs les vase» de In rheminé>, Joseph eontiuue ù plnrer dsi Imugies dons les enndélnnres. SCÈNE II I.F.S MÊMES, CLÉOPATRI, pnrtnnties livres et ses enu- rnnnes. CL KO PAT R E *, euir.mt .lu tond. J'ai pris un fiacre et me voici..... JUSTINE. Quelle est celte jeune tille ? JOSEPH. Oue désire Mademoiselle? 0 I. É 0 P A T B E, Mais rien, je suis In Bile de madame Beaucornet. • Jofteph. Cléop&tre, Justine. 32 PARTS VENTRR A TERRE .10 s E PH, à part. ✓ Elle est gentille, la petite. Il sort ïi gnuctm. I U S T I N li * . Ah! vous êtes la fille de madame. Mademoiselle, je vous attendais, je suis votre femme de chambre. CLÉ O P A T RE. Tu t'appelles ? JUSTINE. Justine, mademoiselle. CLÉOPATRIÎ avec joie. Eh bien ! Justine, maman achève ses courses, unis elle va rentre)'. — J'ai eu trois prix! Dis donc, sais-tu pourquoi maman n'est pas venue à la pension pour la distribution ? JUSTINE. Les apprêts de son bal, sans doute. C L É 0 P A T R E . Un bal, elle donne un bal, quand? JUSTINE. Mais ce soir..... CLÉ OPA T I! E, Je comprends... pour mon entrée dans le monde, quel' bonheur!... mais j'y songe, il me faudra une toilette et un coiffeur..... J USTIN lï. Celui de madame viendra tout à l'heure. CLÉOPATUl . Oh! non, pas celui de maman.....un autre... je voudrais être coiffée comme mademoiselle... Mustcnflûte , avec des petits, cheveux ici..... JUSTINE. . J'aurai votre affaire, je connais un coiffeur très à la mode à deux pas, e'osMui qui m'a entreprise pour notre dernier bal. CL É O l'AT R E, étonné». Voire bal ? • Cléopttre, Justine ACTE DEUXIEME 33 JUSTIN E. Oui, le bal des pens de maison. CLÉOPATRE. . Il faudra le prévenir. JU STINE. Bien, mademoiselle. On sonne en dehors. CL ÉO PAT RE. Oh ! maman, sans doute ! SCÈNE III Us Mîmes, MADAME BEAU CORNET. M ADAM E BEAUCORNET, entrant comme une trombe et venant tomlier sur la ehnisc i\ droite du guéridon *. J'ai cru que je ne rentrerais jamais. Ouf! quelle journée! (a Cléopâire qui vient pour l'embrasser, lui tendant la joue.) DépèchO- toi. (a Justine.) Justine, ôtez mon chapeau, mon châle, mes gants, tout à la fois..... Je suis pressée. Justine obéit. C L É.OP ATRK. Et papî? JUSTINE. Monsieur n'est pas encore rentré. MADAME BEAUCORNET, se levant**. Quel lambin! que fait-il? .V cette heure il no peut plus être dans l'urne. (\ Justine.) U faudra chiffonner une toilette pour cette enfant. JUSTINE. Bien, madame. Elle sort un instant, en emportant le cktle et le chapeau de madame Benneornet. 0 I. É 0 PA T H E. Pour ton bal... je sais.....que tu es bonne! Elle embrasse sa mère. * Cléop&tre, madame BeauCOrnet, Jusline. •' Cleopfttre. Justine, madame Boaucorncl. u PARIS VENTRE A TERRE MADAME BIÎAUC0I1NET. Oui pour mon bal... Figure-toi que ma robe ne va pas encore; on doit venir me l'essayer une dernière l'ois tout à l'heure. Ah ! que de courses !.... la fleuriste, Chevel; le souper sera magnifique, mais c'est ce misérable tapissier que je n'ai pas pu attraper, et il faut qu'il me transforme la chambre de ton pùre et la mienne... les salons ne suffiront pas... J'ai lance" douze cents invitations. CLÉOPATRE*. Que ça? MADAME BEAUCORNET, nnnl. Elle est bonne, et je ne me suis pas occupée que do notre Fête, j'ai fait encore dix visites pour notre quête an prolit des jockeys infirmes, je n'ai trouvé personne, madame do Mérante était au Bois, la comtesse d'Arcy au bain, madame d'Alvert avait sa migraine et madame deLarchaux...avait son cousin. (a ciéopdtrc.) Pourquoi ton parrain ne l'a-t-il pas ramenée? Je l'en avais prié, il y a quatre jours, en revenant du Bois. CLÉ OPATR E. Dame! je l'ai attendu, et voyant qu'il ne venaitpa J . j'ai accepté le bras de M. Gamilowith. MADAME HE AU CORN ET. M. Gamilowith ? CLÉOPATRE. Oui, Une, deux. MADAME BEAUCORNET. Une, deux? 0 LÉ 0 I> AT RK . Le professeur de piano; c'est un petit nom que nous lui avons donné à la pension, il reviendra dans la soirée, je te le présenterai... ne lui dis "pas que nous l'appelons ainsi, M. Gamilowith est lier. MADAME BEAUCORNET. C'est un Polonais? • Cléopitra, madame Beaucornot. ACTE DEUX IÈME 3u ci.É OP AT RE. Pas précisément. Il est do Versailles, mais il a eu tant de malheurs!.... Justine entre et va ù la cheminée ranger divers objets. M ADAM E BB AUCOR H E T. yue ça revient au même... Et es-tu contente de ce professeur"' Kilt: l'assied à droite du guéridon. CLÉOPATUE. timidement. Oui, maman, ah! c'est un laineux musicien. Connais-tu : l'entée rêveuse, murmure à quatre mains, pour lam-tain et viole d'amour. M A I) A M K H HA UCOll NET, Non. C L É 0 1' A T H E. Eh ! bien, c'est de lui... ah! ijucl artiste ! (Ai>i.rt.) Seulement il embrasse trop fort. M A D A M K B E A L" C O II N E T, s'arrangennt devant la glace Oa'eUe tient à la nain. Ahçà! mais... je suis écarlate ! (a Justine.) Allez me chercher ma pomme. JUSTINE , la prenant dans sa poche. La voici, madame. M A 11 A M E II E M CORNET. Bien. Elle s'asperge de poudre de ril. JOSEPH, entrant du fond. Madame, le chef demande si l'on peut servir? MADAME BEAUÇQRNET Mais non, il faut attendre Monsieur, (a cicopàtre pendant ijuo Josephs'en va.) As-lU failli, toi? Elle se lève **. clbopaThe. Mais oui..... * CMopètre, Justine, înadamo Beaucoruet. ** Clfjopàtrc, madame Bcaucornct, Justine. 36 PARIS VENTRE A TERRE MADAME BEA UCORN ET. Heureux âge! c'est égal, ne mange pas trop, lu ne pourrais plus entrer dans ta robe. Tu louperas après le bal. CLEOPATRE, qui il pris la houpelto et s'est saupoudrée jusqu M nez. Oui, maman ! MADAME B E A U C O R N E T Allons, qu'est-ce qu'elle a t'ait là, je vous demande un peu, petit pierrot, (lille lui essuie le visage ; eu se tournant, .'i Justine.) Justine, vous sortirez tous mes diamants. CLEOP A T KE. Ah! dis donc, maman, tu m'en prêteras un peu. MA DAME BEAUCORNET. Mademoiselle, vous porterez des dhmants quand VOUS serez mariée. CLÉOPA TU E. Pas avant? ah bien ! alors, marie-moi tout de suilr ' M ADAMR BEA ITC0B.NE T. Nous y songerons, ton père et moi. CLÉ O 1>A TR E. Ah! j'y songerai bien aussi! MA DAM E BEA UCORN Et. Songe d'abord a ta toiletle de ce soir. SCÈNE IV Les M èmes, JOSEPH, puis AL EX A M) H E. .1 OSE l'M. Le coiffeur de madame. MAD AME BE A ICOU N liï \ Déjà* (Au coiffeur qui antre précipitamment. Ail! plus lard, Alexandre. ALEXANDRE, qui dépuse lii'-vreuseincnt ses instruments sur une table. Plus tard I plus tard! pardon, madame, mais d'ici à onze heures, j'ai plus de trente coiffures à échafauder. Si je pars, il me sera impossible de revenir. * Cléopùtrc, Alexandre, madame Bcaucomet. ACTE DEUXIÈME 37 MADAME BEAUCORNET. Alors, prenez ma tète, bourreau! Alexandre fait voler les épingle» et éparpille- le« cheveux uvee une urdeur incroyable. SCÈNE V Les Mêmes, CHOSOFF. CMO 80 PÏ, entrait, ta domestique, en le repoussant. C'est bon, c'est bon, machine m'attend. MADAME BEAUCORNET. Allons, Chosolf, à présent! CHOSOFF, déployant une toilette pleine de souliers et allant se mettre BOX [lieds do madame Benucornet*. Votre pied, madame, (il s'agenouille.) Le droit... non... le gauche... non, non le droit. „ , ssn) . 0 des soulk , rs . M VDAME B EAUCOIINET. Je n'en finirai jamais ! et Strauss qui ne m'a pas répondu. Il faut que je lui envoie un télégramme. Justine, dé quoi écrire ? \ L E X A NI) Il E. Mademoiselle Justine, d?s épingles ! MADAME BE AUC0B.NET, 4 Cléopiitre. Mais remue-toi donc.(Au cordonnier.) Trop grand, trop grand ' (a Justine.) Donnez vite ! — l'encre... la plume!.... (Ella écrit.) Strauss, rue.....(Avec un cri.)'Aïe! Alexandre, vous me clouez! (Écrivant toujours, nu cordonnier.) Tl'Op grand CI1C01V. (Elle signe.) Justine, vite au télégraphe ! JUSTINE. lïi' n, madame ! .MADAME BE A UCORNET. Ah ! attendez ! (Prenant un autre papier.) M. de Veaupineé que j'ai oublié, mais c'est un intime, il est encore temps. (Ecrivant, au coiffeur.) Alexandre, le chignon biou ci l'air, que 1 on voie le cou. (a Justine en lui donnant la lettre.) On trouvera * Justine, Cléupùtre, Alexandre, Madame Beaucornet, cliosulï. 3 38 l'ARIS VENTRE A TERRE le vicomte ail Café Rielie. Allez. (Justine sort. — Au cordonnier.) Trop étroit! trop étroit! C'est pour une poupée, ça! ALEXANDRE, snluont et sortant comme un trait. Voilà qui est fait, madame. ■ 1 II sort. CHOSOFF, avec une tape sur la plante du soulier. Du coup, voilà votre numéro, madame, serviteur... Il sort. H AD A M E BEAUCOnNET, souffrant..— Elle se lève et marche avec peine* Ah! respirons un peu. Oh! la... oh! la la. SCÈNE VI CLÉOPATRE, MADAME BEAUCORNET, BEAU- CORNET, puis JOSEPH et JUSTINE. BEAUCOIINET, venant tomber sur un siège d gauche*. Je suis brisé. MADAME BEA.UCOn.XET. M. Beaucornet. C I, ÉO PATB E. Papa î Courant à lui et se mettant sur ses genoux. MADAME BEAU CORNET. Eh bien? BEAUCORNET, se levant hruscpiement et jetant Cléopotre île côté. Machin l'emporte ! C'est à recommencer... (n passe.**) un si beau discours..... « C'est avec une gigantesque émotion que je prends cet immortel fauteuil. » MADAME BEAUCORNET. Tu avais pourtant lait toutes tes visites. BEAUCORNET. Oui, deux cent trente et quelques.... dans une après-midi. Si quelque choïe peut me consoler de cet échec, c'est de penser que je pourrai enfin me reposer un peu, depuis un mois je ne vis plus, lit ce bal, ce maudit bal! c'est bien la peine de le donner. * Cléopàtre, Beaucornet, madame Beaucornet. ** cléopàtre, madame Beaucornet, Beaucornet. ACTE DEUXIÈME 39 MA DAME BEAUC01S N ET. Il nous servira toujours, Cléopàlre ne doit pas coiffer sainte Catherine. CLEOPATRE. Ob ! non, par exempleI MADAME BE'AU CORNET. Nous devons produire cette cliere enfant, et notre bal. .. B EAUC0R.NET, l'interrompant. Ehl mon Dieu, produis-la, reproduis-ki, marie-la, ce soir même... si tu veux ! CLÉOPATRE, ratent. Oh ! oui, oui, ce soir I MADAME BEAUCORNET, sévèrement. Cléopàtre, c'est indécent ! CLÉ 0PATRE. Ah! BEAU CORNET. Certainement, cette chère enfant, un jour ou l'autre, il faudra bien nous en débarrasser; mais, auparavant, j'aurais désiré que mes affaires... MADAME BEAU CORNET. Au fait, comment vont-elles? B E AUCORNET . Eh ! le sais-je ! depuis un mois que je ne les suis plus... ainsi... j'ai une somme considérable engauée dans l'opération Mitehels, les ballons captifs et... laisse-moi lire les journaux... j'apprendrai peut-être quelque chose. Il s'ussied ù droite du guéridon. Cléopàtre et madame Beaucornet sur le ritnapé de gauche . BEAUCORNET, prenant un journal qu'il parcourt. Voyons donc ! voyons donc, (il ut.) « Monde politique. La guerre est imminente... » MADAME BEAUCORNET et CL ÉOPATRB , Ah 1 BEAU CO R N E T. « A moins que la paix ne soil consolidée...» * Cléopàtre, madame Beuucuniut, Beaucurnut. iO i'akis Centre a terre .MADAME BEAUCOBNET et CLÉOPATBE, raMuréei. Ah ! BEAUCOBNET. f Monde parisien. .Madame la princesse de X... a joué laco- niédie; <|ueles dames du Théâtre-Français se Licnnenl bien...» (Arec un cri.) Ah ! • MADAME BEAUCOBNET. Qu'y a-l-il, mon ami V BEAUCOBNET, se levant, lut montrant le passage et avec un visage épanoui. Ses jours sont condamnés, il va quitter la torro. MADAME BEAUCOBNET, se'levant ainsi que Cléopiltrc. Qui donc? BEA UCOB.NET. Cadart l'académicien! Mon chapeau. M AD AM E BEAUCOBNET. Vous sortez? BEAUCOBNET. A l'instant. (Se coiffant avec crilneric.) Je rCCOUlmcnce mCS VI- sites. MADAME BEAUCOBNET. A cette heure ? Elle passe DEAUCORN ET , avec noblesse. Il n'y a pas d'heure pour les immortels!... (Déclamant.) « Messieurs, c'est avec une gigantesque émotion... » Il sort. Elle le suit, Cléoptltrc traverse. MADAME BEAUCOBNET *\ Nous ne dînerons pas aujourd'hui. CLÉOPÀTRE. C'est déplorable. JOSEPH, annonçant. Madame est servie. JUSTINE, rentrant. Madame, on est venu de chez Gagelin. * dléuputrc, Bcaucortiet, madame Boaucornel. ** Madame Beaucornoi, Cléopâtre. ACTE DEUXIÈME il MADAME BE AUC 0RNE T. Enfin ! Ell'e sort à gauche. CLÉOP A T R E . Mais jn tombe d'inanition, moi! J UST INE , bos, à CléopAtrc. Le coiffeur est là. CLEO PATRE. Vraiment... j'y vole ! Kilo sort on courant ;ï droite JOSEPH, offrant ion brel n Justine. Alors ! mademoiselle Justine est servie... JUSTINE, riant. Allons dîner. Ils remontent, Le Chevalier entre dn fond. SCÈNE VII Les Mêmes, LE CHEVALIER, n porto un hnbit bien àbou- tons d'or. LE CHEVALIER*, entrant rapidement. Annoncez le chevalier de Pont-Casse', je suis en retard peut-être... Est-ce que le bal esl tini ? j osi: ph . Fini ! il n'est pas commencé, monsieur. LE CHEVALIER. C'est extraordinaire... Il m'a semblé que nous étions restés six heures à table. — (Aux domotiques.) C'est bon, je vais attendre cinq minutes... Eh bien, vous êtes encore là? (on»onne a droite et n gauche.) Tenez, on vous sonne, (criant.) Allez! mais allez donc ! JOSEPH. On s'en va, monsieur, on s'en va ! H sort a gnuoho ot Justine à droite. * Joseph, le Chevalier, Justine. 42 PARIS VENTRE A TERRE LE CHEVALIER. Qu'a-t-il donc à rire, ce faquin ? (Remontant.) Dis donc, bélître ! SCÈNE VIII LE CHEVALIER, ADHÉMAR. ADHÉ M A II. Ah ! enfin, mon oncle, je vous retrouve. — Qu'est-ce que vous laites ici? LE CHEVALIER. Je viens au bal..... ADHÉMAR. Au bal, il faut toujours venir le dernier. LE CHEVALIER. Ah! A H II É M A R . Et que vois-je? un habit barbeau. LE CHEVALIER. Tout neuf. t ADH ÉMAR. Il faut aller ôter ça tout de suite, ça n'est plus de mode..... LE CHEVALIER. Il me semble cependant que pour une petite fête intime... ADHÉMAR. Mais non, mais non, et d'ailleurs j'ai besoin de vous pour une demande grave qu'on'ne peut faire qu'en habit noir. LE CHEVALIER. Laquelle? ADH É MAI!. Mon oncle, je veux nie marier. LE CHE VALIFÎR. Avec Mustenflûte? ADHÉMAR. Mustenflûte... oh! c'est fini, elle me trompait. ACTE DEUXIÈME « 1,1! CHEVALIER. Déjà? Elle est dans le mouvement. A 1111 KM A II. ' C'est toute une histoire. * LE G H S V A LIER. Commence par la fin.....moi aussi, je suis clans le mouvement! A 1) Il É m v r . J'abrégerai. J'arrive çbe» Mustenflùte.....une demi-heure après.....elle m'avoue que ses chevaux manquent rte pain cl qu'il faut dix mille francs pour le marchand de fourrage..... LE CH E V A LIER. C'était raide 1 A I) II è H A 11. Je cours chez notre banquier, j'y prends la somme et me voilà chez Mustenilùte. Sa femme rte chambre vient m'ouvrir. Remets ceci à la maîtresse, lui rtis-je! et supplie-la de me recevoir, et je lui donne les billets de banque... la soubretle disparait et revient aussitôt. « Madame, me dit-elle, remercie bien M. le comte, mais elle n'est pas visible... elle a du monde, le notaire de sa famille. » Vous comprenez? on a beau être de Carpentras, orf sait ce que ça veut dire. LE CHEVAL 1ER remonte et vn s'esseoir A gnuclrfc*. Ah! que lu es long, mon ami. ADHKMAR, en pnssnnt h droite. ii Soyons gentilhomme ! » me dis-je, et immédiatement, je me fais conduire chez un bijoutier de la Chaussée-d'Antin, Perrée, je crois, pour acheter à Mustenflùte, le bracelet de rupture... J'entre et je la vois..... LE CHEVALIER. Mustenflùte? ADHKMAR. Héloïsc rte Vermisel... quels yeux, quels cheveux, quelles rtents... et un piert... on en mettrait quatre comme celui-là dans une de vos bottes. * Le Chevalier, kdhémir, ii PARIS VENTRE A TERRE LE CHEVALIER. Merci, mon ami, merci bien ! A D II É M AU. Le hasard nous fait marchander le mémo bracelet... Je le lui cède, j'en choisis un autre... nous causons.....elle est veuve... elle est libre, elle est belle... elle ne sortira pas ce soir... elle vous attend, allez mettre un habit noir, et allez lui demander sa main. LE CHEVALIER. Mais as-tu bien réfléchi? A II II KM A R . Réfléchi, je crois bien, car si elle refuse, je me suicide dans dix jours..... LE CHEVALIER, se lovnnt Pourquoi dix jours? A I) II K H A R . Parce qu'il me faut ce temps-là pour être ruiné. LE CHEVALIER Ruiné! ADIIÉMAR. Mais oui, tenez, comptons. J'ai trois millions, n'est-ce pas? Eh bien depuis douze heures, j'ai déjà dépensé ent soixante-, dix mille francs, ça fait trois cent quarante mille francs par jour. Or,, si je ne me marie pas dans dix jours, touisera croqué, et j'aurai même quatre cent mille franc-; de dctl ■-. Vous voyez donc bien qu'il faut que vous alliez mettre un habit noir, mon oncle, revenez ensuite, je vous donnerai les dernières instructions pour que la belle Héloïse de Vermisel ne nous résisle pas. Allez, allez... LE CHE VA LIER. J'y cours. . Il sort. SCÈNE IX ADHÉMAR, CLÉOPATRË, entr.nl it gauche. CLKOPATRK. Elle a QM toilft t p des plus exn>ntrivnnt Adlii'-mnr qui redesrend. Quoiqu'un! A DU ÉMAR, avec un cri., . Ali ! la jolie personne ! CL KO PAT It E. Plaît-il, monsieur? An hémAh. Mon Dieu! mademoiselle,je n'ai pas été maître d'un mouvement d'admiration à la vue de tant de charmes, .le vous demande pardon. CLÉOPATRE. Ah! vous ne m'avez pas lâchée, monsieur... Vous venez pour le bal? ADHÉMAR. Oui, mademoiselle. CLEOPATRE. Vous êtes sans doute un ami de papa et de maman, (Sur un «este d'Adhemar.) monsieur et madame Beaucornet. ADHÉM VU. Ah ! vous êtes? cléop \ t ni:. Leur tille, oui, monsieur... Je me nomme Cléopalre, et vans? A n il B UAR, louriont. .le m'appelle Adhémar, comte de Verasoy. C L É OPATRE. Vous êtes comte, monsieui,ah! vous êtes hien heureux, papa n'est rien... V DH K 11 A R, «ourUnt. Pas même académicien! CLÉOPATRE, soupirant. Nous ne sommes pas de noblesse. ADHÉM A R. Ça viendra peut-être. 3. 46 PARIS VENTRE A TERRE <: 1.É0 PAT RE. Au couvent, j'avais plusieurs amies qui étaient titrées, et figurez-vous que, sous prétexte qu'elles avaient des armoiries jusque sur leurs cahiers, elle me regardaient comme ça pardessus l'épaule. (En confidence.) Alors, moi, je les battais, tiens. adiikmau . Ma foi, vous aviez joliment raison, tiens!... (a pnrt.)Elle est d'une ingénuité. II ln contemple. C 1. É o I' \ T R E , sennunnt ses cheveux. Vous regardez ma coiffure ? n'est-ce pas que ça me va bien, cette nappe? Elle mnrche vers ta gauche. AD HE M A R*, pnssnnt. Ah! Dieu! ça donne envie de souper. CLÉOPATRE. Plaît-il.?... ADHÉMAR. Je dis que vous me rappelez les forêts vierges et la chute du Niagara... les foiôts vierges, surtout! CLÉOPÂTRE. Vraiment?... croyez, monsieur, que je suis bien flattée; c'est que c'est bien a moi, ces cheveux-la. (Se tournant et lui tendant son chignon.) Tenez, tirez plutôt. \ 1) il É M A R . Dieu m'en garde! (a port.) C'est un vrai trésor d'innocence! CLEOPATRE. Ma robe est bien aussi, n'est-ce pas? seulement, les épau- lettes tombent un peu bas... il faudrait faire une petite pince avec une épingle, je vais appeler Justine... A n il li M \ il, rfrement, A quoi bon?... ne suis-je pas là? une petite pince,n'est-ce pas? CLRO I' ITRB. Oui, mais est-ce que vous saurez? " Cléopâtrc, Adhémar. ACTE DEUXIÈME 17 A D II E M A R . passant derrière le guéridon* Certainement, j'ai été habilleuse au théâtre de Carpentras. CLEO-PATRE) assise a gaucho du guéridon, lui donnant une épingle. Oh! alors!... eh bien, tenez... (Le guidant.) comme ça... là... ah! mais, si vous me piquez, je le dis à maman. A DU É M A .....Kanl l'opingle. Ne craignez rien! (a part.) Quelles épaules... la voie lactée, mais c'est qu'elle est bien plus jolie que la veuve Vermisel !... c'est-à-dire que c'est un amour... un chérubin. CLÉ 0 PA T R K , impatientée. Mais dép?chcz-vous donc! A 1)11 i M Alt . J'ai fini. CLEOPATRE, arec un cri. Ah! voilà ce que je craignais... APHEMAR, lui embrassant vivement i'épnnlo. C'est guéri. CLÉOPATRE, étonnée. El] bien? Madame lîeaueornot parait au fond donnant des ordres à Joseph qui nllume le lustre du second snlon. \ BH è M V II, i part. Mais je l'aime! mais j'en suis fou! (Aver mépris.) Et mon one.lv qui va demander l'autre en mariage! faut-il qu'un homme soit bête!... CLÉOPATRE. Ali ! voilà maman. SCÈNE \ Lus MÊMES, MADAME BEAUCORNET. MA ï> A M E II E A U G O HN ET. dans une toilette insensée, A la cantonade **. Allons, dépêchez-vous ! j'ai vu déjà plus de dix voitures enlrCI' dans Ul COUr Ct... (Apercevant CléopiUre qui s'est campée fièrement .levant . lie) Que vûis-je?... ma fille en Canadienne! * Adhémar, Cléopâtre ** Adhémar. madame Hoaucornot, ClropStre. 48 PARIS VENTRE A TERRE CLÉOPA THE, Ah!... MADAME BEAUCORNET. Quelle horreur!... CL ko pat ni:. Quelle horreur?... Mais monsieur me trouve très^ven comme ça. (a Adhtaar.) N'est-ce pas, monsieur? A II II K M A It . Vous éîcs ravissante, mademoiselle. 01 É OP AT R E , à sn mère. m La, lu vois bien ! A I) Il K M a r . Vous êtes bien véritablement la fille de madame votre mere. MADAME BEAUCORNET, enchantée. Ah! monsieur!... monsieur?... ADHÉMAR . Adhémar de Verasoy, madame. MADAME BE'AUCORNET. Monsieur le comte de Verasoy! ah! monsieur le comte monsieur Polycarpe de Follebraise nous a beaucoup parlé de vous, et veuillez croire que je suis très-honorée !... A D II É M A R . Moi, madame,, je suis bien heureux, je vous le jure, je n'oublierai jamais les quelques instants que je viens de passer auprès de votre adorable demoiselle. — Une voix intérieure me dit que si le ciel l'a placée sur ma roule (Avec nmour.) ça v.c doit pas être pour des prunes. • MADAME BEAUCORNET, riant. Monsieur, en vérité, vous avez trop d'indulgence pour elle, car c'est une petite folle, seul'ment, ah! elle a un cœur excellent... beaucoup d'ordre... un peu d'arithmétique el une simplicité... l'enfant qui vient de naître, (a part.) Quels regards il lui jette! Est-ce que noire Cléopalre aurait déjà trouvé un mari? (Arer. joie.) Comtesse! et monsieur Beaucornet qui ne A C T E D E U X I È M E 4(1 voulait pas donner ce bal. (Haut a AdMmtr.J Mais excusez-nous, monsieur, viens, Clôopàtre. Btifl remonte. ADllÉMAR , bai :< CléopAtre. A bientôt, chère petite ame! CLÉOPATRE , i part. Tiens! le mol de monsieur Gamilowilli. M A D V M E I< E A U C 0 H N lï T . Allons, viens-tu ? CLEOPATRE. Oui, maman... MADAME BEAUCORNET, il part, sortnnt nu fonil à droite. Pour des prunes! Cléoprttre In suit. Los trois portos du fond restent ouvertes. A T) II É M A R , parcourant la scène. Oui, mais elle est ravissante, idéale. Elle sera ma femme; il faut que mon tuteur fasse la demande ce soir môme. SCÈNE XI ADIIÉMAR, POLYCARPE, puis ARTHUR. POLYCARPE, entrant tout joyeux*. Bonne nouvelle, mon cher Adhômar! (Adhém«r l'écoute.) Renne nouvelle... pour moi. (Adhémnr s'éloigne.) Je viens du Be'.ting... Snlimnn est à égalité, je gagne à l'heure qu'il est trois cent mille francs, rien que sur mon livre de paris... ARTHUR, s'ossoyant au guéridon à gauche . Quelle drôle d'époque! Ah! messieurs, en voilà une bonne cascade. La Mustenflûte qui est vicomtesse!... POLYCARPE, s'nsseynnt a droite du guéridon. Mustenflûte! * Adhémar, Polycarpe. ** Adhémar Arthur, Polyonrpo. PARIS VENTRE A TEISHH ARTHUR, assis sur le cnnapé I gMohe Eh bien, oui, Mustenflûte, noire ancienne cliente. A P II É M A II . Et elle est vicomtesse pour de vrai?... depuis quand? ARTHUR, tirnnt sa montre. Alterniez! voyons, elle m'a quitté à sept heures dix, clic devait être au chemin de fer à sept heures vingt, quarante minutes pour aller, vingt minutes pour lire l'acte et lo signer. 11 est neuf heures quarante-cinq (Remettant sa montre). Il y a juste une heure vingt-cinq qu'elle est lilrée... ADHÉMAR. Qu'est-ce que tu nous chantes? ARTHUR. Ah! c'est juste, vous ne savez pas? Il faut vous dire que Mustenflùlc avait voulu me la faire au fourrage. ad il ii m ah , riant. Tiens ! comme à moi. \ lt TU I 11 ■ Quelle drôle d'époque! Dix mille francs. APIIIÎMAR. C'est son chiffre ! ARTHUR. Je me récuse et lui offre en dédommagement un diner à la Maison d'Or. Elle accepte, mais comme Yordier était en train do dresser notre menu, la porte s'ouvre et un homme noir appaniit. C'était un notaire, il venait chercher Mustenflùlc de la part d'un monsieur qui était en train de trépasser d'une ndigestion de timballe au macaroni, el qui tenait, à ce qu'il paraît, à réparer les torts qu'elle avait eus envers lui, en l'épousant in extremis, et ce monsieur, c'était un des nôtres, c'était le vicomte de Valdinde. POLIT CA BPS. Bah! ARTHUR, avec, nmertume. Oui, messieurs! Cocotte à sept heures vin^t, vicomtesse a neuf heures quarante-cinq... quelle drôle d'époque! ACTE DEUXIÈME 51 PO LIT CARPE, avec sentiment. Ah! quel coup de foudre; ce pauvre Yaldinde, si bon, si distingué, si serviable, si... ARTHUR. Oui, ah ! celle mon va laisser un grand vide dans le monde sportique. poi.yc au PB . Bichistique et gastronomique. Al) Il li M A R . Que faisait-il, ce Valdinde? POLVCARPE, de» lnrmes dnna In voil. Il eïait le parrain de mademoiselle Beaucornet. AIIHEMAR. El après ? ARTHUR. Il ne faisait plus rien, il se laissait vivre, voila tout... POLYCARPE, chnngennt de ton. L était déjà bien gentil de sa part, puisque personne ne lui en sav 'il gré. On rit. A 011 É M A R . Enfin, voyons, à quoi était-il bon? ARTHUR. Mais à rien... P 0 F. Y C A R P E . Au contraire. ADHÉMAR. Alors il a bien fait de s'en aller. polyuarp B. C'est-à-dire qu'il va longtemps qu'il devrait être parti. ARTHUR. Il aura manqué le train. Ce qu'il y a do sur, c'est que ce n'est pas une grosse perte que le monde fait là, car c'élailuu fier imbécile. POLYCARPE. C'était une huître. PARIS VENTRE A TERRE ARTHUR. La, son oraison est finie... Si nous parlions d'autre chose? En voilà assez de Valdinde. Il se lève. POLTCARPE, se levnnt ainsi qn'Adhémar. Oui, en voila môme trop... ARTHUR, rient. Quelle drôle d'époque!... P O [. Y C A R 1> E . Faisons-nous un écarté? ARTHUR. Soit, un écarlé ! Ils vont se mettre a In tnble de jeu nu fonil I gnucjie. SCÈNE XII ADHÉMAR, ARTHUR. POLYCARPE, LE CHEVALIER, et eneuit. BEAUCORNET et MITCHELS. BEAUCORX l!T, cntrnnt et se pnrlnnt n lui-même. L'heureuse nouvelle était prématurée!... Néanmoins on désespère des jours de cet excellent Cadart... Bouchonnoi, un de ses amis intimes, ne quitte pas son chevet... Il doit me tenir au courant. LE CHEVALIER*, entrant, à Adhémar. Me voilà ! Je suis prêt. ADHEMAR, vivement, nu Ciievnlier. Enfin !... mon oncle, je l'adore... LE CHEVALIER. Iléloïso de Vermisel, c'est convenu. A I) H É M A R . Non, ce n'est plus elle. LE CH EVAL1ER. Ah ! elle te trompait aussi. * Adhémar, le Chevalier, Mitdiels, Beaucornet — [Arthur et Polycarpc à la taille de jeu.) ACTE DEUXIÈME ADHEMAR. Non ! mais j'en aime une autre. L E r, II E VA 1.1 E R . Une aulre? Très-bien, il est dans le mouvement. A DUE M a h . C'est mademoiselle Beaucornetl... Cléôpàtre, et il faut que vous fassiez la demande ce soir môme. Tenez, justement voilà le père. MITC1IELS*, entrant et allant A Beaueornet. Ah!... je vous cherchais... succès sur toute la ligne ! L E C II K V V L I H 11 , à BitcKels. La ligne des ballons-omnibus. BEAtICO UMÎ T. Les ballons captifs. MIT G HE L 8. Oui, nous avons la concession. La compagnie est constituée... Depuis ce malin les actions font déjà prime... nous allons gagner des millions... LE CHEVAL1KR , ARTHUR, POLYCARPE. Fichtre ! LE CHEVAL 1ER. Des millions! vcntre-saint-bleu! POLYCARPE, A put. so levant. La petite est un crâne parti ! A 11 'r III' It , A part, mim>' jeu. Si je songeais à faire une fin. BEAUCOBXET. Des millions... nous allons gagner des... Ah! mon ami, je ne me sens pas bien... (il tombe sur une chaise A droite.) Je c ois même que je vais me trouver mal. Ml TC II EL S, lui tapant dans la main. Allons! allons! A 1)11 É M A II, bas au Chevalier. .Faites la demande, je cours rejoindre Cléôpàtre. Il sort. MITCHELS, sur qui s'appuyait Reaueomet. Ali ! j'aperçois un de mes actionnaires. 1] léehfi lleaueornet ipii retombe. 54 PARIS VENTRE A TERRE LE CHEVALIER*, l'arrêtant nu passage. Pardon, cher banquier, noire intéressante jeune mère?... MITC II E LS. Ma femme?... Elle est dans le liai! LE CIIEVALI K R. Et l'enfant? MITCII E LS Il est en Normandie. LE CHEVALIER. Depuis quand est-elle mère?... M I TCH EL S. Depuis cinq jours. Il sort vivement. LE CHEVALIER. Bravo! elle est aussi dans le mouvement. SCÈNE XIII Les MÊMES, moins M1TCHELS. L'icMté continue. LE CHEVALIER *, avec admiration. . Parle7 moi de ça!... au inoins ces gens-la ne s'amusent pas a la inoutarde, faisons comme eux. Vite la demande en deux temps... (il va pour parler A Benucornot, mais Polycorpe qui a quitté la table de jeu est déjà près de celui-ci.) Allons, lion ! 11 s éloigne un peu. BEAUCOR NET, qui faisait des chiffres a part. Cinq cents francs de prime ; mais, à ce compte-lit, je dois gagner plus de douze cent cinquante mille francs .. POLVCARPE , a demi-voix, a Bo.tucornet, d'un ton ému. Monsieur, j'ai trente ans et le plus beau cheval du continent... j'adore mademoiselle Cléopàtre, votre tille, et j'ai l'honneur de vous demander sa main, daignez-vous me l'accorder? * Le Chovalicr, Mitchels, Beaucornet. " l'olyciirpe, Beaucornet. ACTE PEUXII',ME R 1! E A V CO R N F, T', toujours dnns ses calculs. Mais oui, mais oui! POUY CARPE. Ail ! monsieur, je suis bien heureux. Il E A U C O R \" ET, lui serrant la main avec distraction. Ce cher ami ! POI.YCA R PE , à pari. [.'affaire est entendue... 11 retourne u In tnMe de jeu. Arthur s'est approché à son tour d- Beau- cornet. Lfl CHEVALIER, qui s'en est «.paiement approche, A part. A l'autre maintenant! BEAUCORNET, toujours plongé dnns ses calculs. Les actions seront à trois mille francs... je réaliserai... Il additionne *. ARTHUR, avec sentiment. Monsieur, mon pére est banquier et il n'a pas encore été en Belgique, je suis son unique enfant, j'adore mademoiselle Cléopatre votre fille... Il E A 1' CO R X E T , même jeu. Je réaliserai quatorze cent soixante-huit mille francs... A R T H l! R . continuant. Et mon plus cher désir serait de devenir votre gendre. R E A U C O R X E T , avec joie. Ah! mais mon ambition n'aurai! jamais élé jusque-la. ARTHUR. Ah ! monsieur. Il se jette dans ses bras. BEAUCORNET, attendri. Mon jeune ami, croyez que je suis louché jusqu'au fond du cœur, ARTHUR, avec des [armes. C'est moi, monsieur, c'est moi. (a part.) L'affaire est faite ! Il remonte. BEAUCORNET, à part, passant à droite. <• fortune, comme tu nous fais vite des amis ! Il reprend son carnet. * Beaucorftet, Arthur. [Les nulrr-s persnnniip;p!> nu tant] ii gauche.) 56 I» A It I S V E N T H E A T E K li V, LE 0 II E VALI E II, i pari " . Enfin, la place est libro. BEAl'COBNET, reprenant ses calculs. Quatorze cent soixanie-huit milie francs... mais voyons donc, il me semble que ça doit faire plus que ç i. LK CHEVALIER. Monsieur, je suis le chevalier de Pont-Cassé, les charmes de mademoiselle voire fille Ont bouleversé le cœur de monsieur Adhémar de Verasoy, mon neveu; le susdit descend d'une des familles les plus nobles de franco et possède trois millions de fortune : si vous le permettez, je vais réveiller un notaire, on dressera le contrat, on le signera, on le parafera, au petit jour tout sera bâclé; ça vous va-t-il? Il H A UC ORN E T , i fitt Allons, bon! voila que je trouve soixante mille francs de moins à présent. L E CHEVALI E fi. Puis-je annoncer à mon neveu qu'il est agréé? REAUCORNET. Hein ! votre neveu, agréé dan; le conseil ? 1 1: C II K V A L l E R. Le conseil I ah ! votre conseil de famille ? BEAIÏCORNKT, crient. Quel consril de famille ? I. E 0 HE VALI lï fi , criant aussi. Ce n'est pas tout ça. Est-il agréé par vous, oui, ou non? BE A DCO II N ET, nlmri. Mais,monsieur! (a pan.) Impossible de faire un calcul avec ce gôneur-là. JOSEPH, entrent de droite. M. Bouchonnot désire parler a Monsieur.., BEA U COR.NET. L'ami de ce bon Cadait. il m'apporte sans doute d'excellentes mauvaises nouvelles. LE CH E V \ L I E R. Oui ou non? * Le Chevalier, Beaucornet. ACTE DEUXIÈME 57 I) E A CC 0 RN E T. Eh bien, oui. (.\pnrt.) C'est le seul moyen de s'en .débarrasser. « Mc.-sicurs, c'est avec une gigantesque émotion. » Il sort à droite LE C1IEV ALI B R. Enlevé ! voilà comment il faut mener les affaires, ventre- saint-bleu ! ventre à terre! • SCÈNE XIV Les MÊMES, CLÊOJATRE, puis des Invités. On entend la musique du bnl, les invités polLcnt nu fond dans le secund salon. w CLÉOPATRE, entrant. Voilà la polka, clje ne trouve pas mon danseur. LE CHEVALIER, l'apercevant. Ah] l'ange en question ! le fait est qu'elle est charmante, (s'avancant.) Mademoiselle. C L è O P A T R E. Monsieur. LE Cil EV ALI E R. Voulez-vous me permettre de vous embrasser ? CLÉOPATRE. M'embrasscr... Est-ce que vous donnez des leçons de piano ? LE C II E V A L 1 E 11. Mais non. Il insiste. C LÉO l'A T It E. Alors, monsieur, vous pouvez vous fouiller, (a part.) La, je l'ai placé. Elle prend le liras d'un jeune homme qui accourt, laissant le chevalier ahuri. JUSTINE, i madame Heaucornet qui nasse venant de gauche. Madame, voici les tapissiers. 58 PARIS VENTRE A TERRE MADAME lili AUCOKNET. Enfin ! (Elle suit Justine.) Suivez-moi. Elles sortent par le fond. LE CHEVALIER, regardant Cléopiltre. Chère petile ! quand elle saura... mais ne perdons pas de temps, allons fairj nos achats. Les magasins doivent être encore ouverts, et, s'ils sont fermés, ils rouvriront. 11 veut sortir, mois il en est empêché par les polkeurs, ipii ont envuhi la salon, lleaucornet est rentré en scène. BEAUCOHNET, avec désespoir. Cadart va mieux ! Il tombe accablé duns un fauteuil, à droite. La polka redouble d'entrain. Le Chevalier fait une trouée et disparaît. ACTE TROISIÈME ACTE TROISIÈME L'ne autre pièce de l'appartement de Bcaucornet. Portes au fond, portes latérales; le bal continue. Deux fauteuils premier plana droite et à gauche, des échelles doublo dans les pans coupes. SCÈNE PREMIERE MADAME BEAUCOR.NET, JUSTINE, JOSEPH, Tapissiers, puis BEAUCORNET et C LÉO PAT RE. Au lever du rideau, les tapissiers finissent de poser des tentures, des torchères, etc. Deux tics portes du fond sont fermées, celle du milieu est ouverte et l'on «perçoit dans l'autre chambre îles valets en habit noir occupés à dresser un somptueux buffet. Ou entend toujours ta musique du bal. PREMIER TAPISSIER, aux ouvriers, qui, au lever du rideau, posent des gnleries, appliques, etc., etc. Allons, messieurs, dépêchons, dépêchons!..* MADAME BEAUCORNET, MU tapissier», vutraut et passant suus l'échelle do gauche. Ali! vous voilà! c'est bienheureux!., s'il y a du bon sens!., venir à une heure du matin. PREMIER TAPISSIER*. Ah! que voulez-vous, madame? Ce sont les derniers bals, et ce soir, nous en avons neuf! au Grand-Hôtel, rue de Mar- beuf, de Trévisc, Tireohappc, Beaurepaire, Navarin... aux Provençaux... ici... et chez une petite dame, (a ses aides. Voyons, dépêchons!... On agite la porte du fond à gauche. * Madame Beaucornet, le tapissier. 60 l'A Kl S V ENTRE A TE 11 RE M AD AME BEAU COR X ET. Ah! mon Dieu! on va envahir ce salon 1 Fermez donc celte porte. (Aux tapissiers.) Faites donc monter tout voire monde ! P> E MIE R TAPISSIER, désignent ses deux hommes. Tout mon monde ! le voilà ! , U AD AME I! E A U C O R N lî T . Mais ea n'en Bi ira jamais. (Aux tapissiers.) Donnez-moi un marteau, des clous! (Appelait.) Joseph ! appelez monsieur, (a Justine.) Et vous, mademoiselle, allez donc chercher ma fdlc, qu'ils viennent sur-le-ch imp. JUSTINE, ollrtnt à la porte, premier plan i\ gauche. Les voici, madame. lîeaucornet et Qéopâtre entrent suivis île Joseph, premier plan îi gauche. MADAME BEAU-CORNET*. Venez nous aider. (Aux tapissiers) Un marteau, des clous! (Les donnant è Beaucornet.) Tenez! BEAUCORNET. Mais je ne suis pas tapissier. H A DAME 11 E \ lie Oit NE T. Ça ne fait rien, (a Ctéopatre.) Toi, mon enfant, monte à l'échelle et cloue les portières. CLÉOPAT 11 E. Oui, maman ! (Elle montée l'échelle,aJustine.) Tiens bien l'échelle. BEAUCORNET. Mais qu'est-ce qu'il faut que je fusse? P II E U I E II T A 1' I S S I E u. Grimpez là-dcs.-us et fixez la galerie avec mon aide. Il désigne un homme qui est déj'l monté d'un côté de l'échelle, u droite, et qui pose une galerie. BEAUCORNET, emliarrassé de ses outils. Mais, pour monter, où vais-je mettre ça? MADAME B E A U C O R N E T, ln houi he pleine de clous. Mais dans votre bouche, monsieur, comme moi I Il EAU CORNE T. Parfait! 11 essoye de fourrer le mnrlenu dans sa bouche. * Madumo liouucornct, Uuaucornct. ^Lcs autres au fond à gauche, A.CTE TROISIÈME 61 M A DA M B B E A l COU NET. Mais pas le marteau, nions eur lîeaucornet, les clous! BBAOCOB.NET. Partait ! (il boom s» bouche do clous et monte (1 l'échelle. A sa femme.) Ne frappe donc pas si fort, ça me fait mal à la tôle. P It li M 1ER T APISS1 E H, aux ouvriers. Ddpéchons-nous ! dépêchons-nous! 11EAUC0BNET, à sa femme, avec un loopir et baragouinant la ' . bouche peine. Dis donc!.. Cadart va mieux. Il cloue, madame Beaucornet cloue, entrée du Chevalier. Boaucoinet laisse tomber son marteau. SCÈNE II Les Mêmes, LE CHEVALIER. LE CHEVALIER, portant une corbeille, un grand carton, un berceau, des joujoux. Ah ! me voici ! (au public.) Ils ont rouvert (Aprèe un temps.) les magasins !.. (A Justine et à Joseph qui travaillent aussi.) OÙ CSl ma nièce ? CLÉOPATRE*, de son échelle. Tiens ! le vieux qui voulait m'enibrasscr. MADAME BEAUCORNET*, venant en scène. Le Chevalier!., mais nous no sommes pas prêts ! LE CHEVALIER. Ça ne fait rien !.. moi, je suis de ta t'a i ille. Il s'assied à gauche. BEAUCORNET, du haut de t'éohelle. Comment '? do la famille ? LE CHEVALIER. Evidemment !.. puisque mon neveu épouse votre fille. Il E a UCOB.NET. Hein? * Madame Beaucornet, le Chevalier. ^Lcs autres conservent leur position et travaillent.) 4 62 PARIS VENTRU A ÏI-RHE CLÉOl'ATRE, it haut de l'échelle. Jo vais nie marier ? MADAME BEA UCOB N ET. Clouiez, mademoiselle, clouez. (.uiimt l'échelle Je son mûri.) Comment, monsieur Beaucornet, vous mariez voire lille cl vous ne m'en dites rien ? BEAUCORNET. Je marie ma fille ? moi ? LE CHEVALIER. Mais oui, à mon neveu... le comte Adhémar de Vcrasoy. HE AUCOB.NET. En vente" ! LE CHEVALIER. Adhémar, pour qui je vous ai demandé, il y a une heure, la main de mademoiselle Cléopâtre, que vous m'avez même accordée. Il dépose ses colis a terre avec l'uide de Justine. BEAUCORNET. Eu êtes-vous bien sûr? LE CHEVALIER. Parbleu ! et la preuve, la voilà ! (ouvrant le carton.) Toilette de mariée... voyez-vous, ma nièce... avec la couronne de fleurs d'oranger. CLÉOPÂTRE*. Oh ! la belle robe ! MADAME BEAUCORNET, sévèrement. Clouez, mademoiselle, clouez. CLÉOl'ATRE, boudant. Ah! LE CHEVALIER. Voila pour le présent... et pour l'avenir : berceau, layette, biberon, jouets... I] montre chacun des objets et finit par un gros bébé. CLEOPATRE. Oh ! la jolie poupée. Elle descend de son échelle. * Cléuu&tre, Justine, lu Cliovuliur, niuclatiiu BMUCOrnetj Buuuconn.'t. ACTE TROISIÈME 63 LE CHEVALIER. Emportez tout ça, ma nièce... - » CLEO PAT RE, sautant. Oui... oui... viens, Justine. Elle sort avec Justine et Joseph qui emportent les objets. PREMIER TAPISSIER. Voilà qui est fini, madame... messieurs (a ses aide».) En route ! Ils sortent par ta droite en emportant les échelles. SCÈNE III BEAUCORNET, MADAME BEAUCORNET, LE CHEVALIER*. LE CHEVALIER, A Beoueornet. Eli bien! voyons... qu'avez-vous fait de voire côté? BEAUCORNET. Moi ! mais rien du tout ! LE CHEVALIER. Comment ! nous épousons votre fille depuis une heure et vous restez inactif ! Il EAfJCORNET. Vous êtes bien sûr que je vous ai donné ma fille?.. • LE CHEVALIER. Puisque je vous le dis. MADAME BEAUCORNET. Puisque monsieur vous le dit. BEAUCORNET. C'est extraordinaire!... je n'ai pas du tout souvenance. LE CHEVALIER, lui donnant des imprimas. Tenez, voilà les lettres de l'aire part. BEAUCOUP ET. Déjà? * lîeaucornot, le Chevalier, madame Beaucornet. 6 PARIS VENTRE A TIÏRRF. le f; il n v a r. i eu. Et comme mi nièce aura peut-être un garçon j'ai écrit pnr prudence à une société tonlinière pour l'exonération du service militaire. La lettre est partie. BEAU CORNET, il pnrt. Je ne sais plus du tout où j'en suis! I, E CI! E V A I, I K 11. Nous allons signer le contrat tout à l'heure. MADAME BEAUCORNET. Mais un notaire?... LE CHEVALIER. Eh bien !... dans le bal... il n'y a pas de bal sans notaire... 11 doit y en avoir un ici. MADAME BEAUCORN E T. En effet... maître Duchemin. LE C ir E V A L 1ER. Vous voyez bien!,je vais le chercher pour qu'il rédige l'acte promptemenl. M A D A M E II E A C CO RN E T. Inutile, il a toujours sur lui des contrats et des testaments en blanc. LE CHEVALIER. Ça va aller tout seul, alors. BEAUCORNET il pnrt. C'est égal, il a beau dire... je ne me fouviens pas du tout. SCÈNE IV Les Mêmes, POLYCARPE, ARTHUR. POLYCARPE*, entrant du fond et ollnnt « Benucornet. Pardon, beau-père... H KAUCORNET, Mutant. Hein ? * Heaucornct. Polycarpe, le Chevalier, madame Benurornel. ACTE TROISIÈME 65 POLYCARPE. Vous no savez pas nù csl ma nature ? HEAUCORNET. Qui va? POLY CARPE. Mais, mademoiselle Cléopâtre. LE GH8 VAL IS R, qui est un peu remonté. Qu'esl-ce qu'il dit ? BEAUCORNET. Allor.s bon ! voilà aulre chose! MADAME HEAUCORNET. Encore un gendre! ARTHUR, ontrnnt dp gmirhe, À madame Reaueornot • Belle-maman, nia fiancée m'a promis une contredanse 'et... MADAME BEAUGORNET. Votre fiancée !... Oui ça ? ARTHUR. Mais vutre fille! MADAME BEAUGORNET. Ali ! c'est trop fort ! BEAUCORNET, pnasnn nu milieu**. Mais c'est une averse ! Je n'ai pourtant pas pu promcllre Cléopâtre à lanl de monde que ça? LE CHEVALIER. Ces messieurs sont fous. POLTCARPE, ii Beauoornet. Mais vous m'avez agréé pour gendre. ARTHUR. Vors m'avez accordé sa main, je ne connais que ça. LU CHEVALIER. C'est à mon neveu qu'on l'a accordée, ventre-sainl-bleu !... MADAME BEAUCORNET, aYM complnisnmc. Quelle noble émulation ! * Beaucornet, Polycarpe, le chevalier, Arthur, madame Beaucornet. ** Polyearpe, le Chevalier. Beaucornet. Arthur, madame Reaueornet. i. 66 PARTS VENTRE A TERRE p o L Y ÇA il P E, A Beoneomet. Voyons... souvenez-vous... Je vous ai dit que... mon cheval... i ARTII U R. Je vous ai dit que papa... LE CHEVALIER. Je vous ai dit que mou neveu... If i: AU CORN ET, nlmri. Attendez... c'est encore un peu vague... mais je crois me souvenir... (Désignant Polycarbe.) Celui-là a un cheval qui n'a pas été en Belgique. (Montrant Arthur.) L'autre, un père qui concourt pour le prix de cent mille francs. (An chevalier.) Et vous, un neveu... qui cultive les vers a. soie, non, qui se nomme Yerasoy... C'est bien ça, n'est-ce pas? t ois t ao i s. Parfaitement ! RE AU CORN ET, après un instant do réflexion. Eh bien !... Je n'y comprends rien du tout. Il remonte nu fond et Rnyne l'extrême droite. MADAME RKAUCORNET, passnnt avec un pudique embarras*. Pardon, monsieur !... votre neveu... chevalier... et vous, messieurs, vous tenez beaucoup, je le vois, à entrer dans notre famille par la porte fleurie de l'hymen. TOUS TROIS. Oui, belle maman ! M A I) A M E B E A U CORK ET, à part. Ils sont charmants! (Reprenant.) Eh bien! il y a peut-être un moyen, mais il vous faudra un peu de patience! j.iî c hé valu: k. Parlez ! MADAME 11EAUC0RNET, les yeux baissé». Mon Dieu ! je ne sais comment vous dire... enfin,monsieur lîeaucornct est jeune encore....et si un jour... nous avons... deux filles... TOUS TROIS, avee stupéfaetion. Oh ! * Polyenrpc, Arthur, madame Roaucornet, Beaucornot. ACTE TROISIÈME 67 BEAUCORNET, à pnrt. Oli! je no m'engage pas à ça, moi! - Il remonte et gagne le milieu de ln scène deuxième pion*. POLYCARPE, H Bcnueornet. Nous voulons mademoiselle Cléopâtre... décidez-vous donc! BEAUCOBN ET. Eli bien!.. Je me décide : Je la garde! TOUS TROIS. Jamais!.. • MADAME HE AU CORNET. Quel triomphe pour l'orgueil d'une mère ! BE AUCORN E T. J'en ai assez... qu'ils s'arrangent ! venez, madame Reau- eornel.. Il se diripe vers ln porte de droite nu fond. MADAME BEAUCORNET, snlunnt et suivant son mnri. Messieurs !.. Enfin, ce qu'il y a de sur, c'est que nous ne manquerons pas de gendres. BEAUCORNET, I ln porte. Venez, madame Beaucornet. Ils sortent. ARTHUR, J part. Quelle drôle d'époque ! SCÈNE V POLYCARPE, LE CHEVALIER, ARTHUR. LE CHEVALIER. Allons, tinissons-en !.. Vous allez vous désisterions les deux. ARTHUR, nssis n droite. Lâcher le sac!.. Jamais ! POLYCARPE, nssis a gnoelic. Jamais de la vie ! * Arthur, le Chevalier, Polycarpe. Beaucornet, madame Reancornct. liS PARIS VLNTR E A T ER R E LE C HE VA LIER. lit vous croyez que ça va se passer comme ça?... savez- vous que le chevalier de Ponl-Çassé a eu, dans sa vie, dix rencontres !.. Il marche P O L Y C. A R P K. Moi, j'en ai ou vingt et une. ARTHUR. Et moi... pas du tout. LE CHEVALIER, iï Polycnrpe. Une dernière fois, renoncez-vous à la main de mademoiselle Cléopâtr i? POLYCARPE. Non ! cent, fois non ! ARTHUR. Mille fois non. LE CHEVALIER, furieux. Eh bien !.. vous êtes deux petits crevés! POLYCARPE, liomlissant. Oh! une telle insulte! votre jour? LE CHEVALIER. Quand vous voudrez. PO LYC A n PE, Votre heure? LE CHEVALIER. La première venue. POLYCARPE. Votre arme ! LE C H E VA LIER. L'une ou l'autre. POLYCARPE. Je choisis la dernière. L E C H E V A L I E R . C'est dit. Arthur, a part. S'il pouvait faire coup fourré! LE CHEVALIER, remontant. Vite des témoin». ACTE TROISIÈME ■ 09 SCÈNE VI • Les Mêmes, A D HÉ M A li \ AT)1I ÉMA1, entrant du fond. Pour mon mariage? LE CHEVALIER. Non... pour un duel ! A I) Il É M A R . Ah bahl LE CHEVALIER. Nous nous coupons la gorge avec monsieur. a nu km A II. Pourquoi ça? LE CHEVAL1 lin. Tu le sauras plus lard, va d'abord chercher les armes homicides. ADHÉUAB. Cependant... LE CHEVAL1ER. Mais va donc. . nous n'avons que juste le temps... Je tue monsieur, je reviens... et nous signons le contrat. ADHBMAR. Mais où trouver des épées, à cette heure? ARTHUR) imlicpiant la porte, premier plan à droite. Par là, dins le cabinet du beau-père... il en a, pour l'aire croire qu'il a éié journaliste. 11 sort suivi d'Adhéttinr. ADHBMAR. J'y cours! SCÈNE VII POLYCARPE, LE CHEVALIER, p„i s ARTHUR. LE C II E V A 1.1ER , redescendant, i\ Polvcarpe. Vous savez que ce sera un duel a mort! * Poljrcarpé le Chevalier, A1 hériter, Arthur. 70 PARIS VENTRE A TERRE POLYCARPE. J'y compte bien. LE C II E VAL] F. U . Oui, nous resterons tous les deux sur le carreau. PO LTO A II t lï . Je ne me suis jamais battu autrement. le c u e v A l i n u . Ni moi non plus. pot v C a n i' e . Oser m'appelcr petit crevé! (Marchant sur le chevalier.) Vieux pot cassé ! LE CHEVALIER. Par le sabre de mon père !... Il s'éloncc sur Polycarpe. Arthur rentrant se précipite entre eux et reçoit la giffle que le Chevalier destinait â Polycarpe. ARTHUR, poussant un cri. Ah ! SCENE VIII Les Mêmes, BEAUCORNET*. Polycnrpe fait faire un tour t\ Arthur. Le Chevalier les poursuit. Tîenucor net parait. U E AI C 0 II N ET. Pourquoi ce bruit? ARTHUR. Rean-pere, séparons-les... ces messieurs veulent se couper la gorge. II E A U 0 0 R N E T . Chez moi ! TOI'S T 11(11 S. Oui, brau-pôre! Polycnrpe, Arthur. lioaueiirncl, le Cliovalior. ACTE TROISIEME 71 BEAUCORNET. ( Messieurs !.. messieurs!.. 11 entraîne le Chevalier ver» ta droite, Arthur entraine Pulycarpe vers la ganebe, au deuxième plan. ARTHUR. Uu calme!.. DEAUCORKET. Je vous en prie, pas d'esclandre! Il pousse le Chevalier dehors, tui.dis qu'Arthur fuit sortir l'olycarpe par la gauche. I.E CHEVALIER, à Polycarpe. Escogriffe! POLYCARPE, au Chevalier. ■ Vieux gâteux ! TOUS DEUX ENSEMBLE . Ah ! j'aurai son sang ! Ils sortent poussés par Arthur et Benucornet. Adliéniar rentre en scène. SCÈNE IX ARTHUR, BEAUCORNET, ADHÉMAR. puis POLYCARPE et L i; CH E VAL 1ER. A 1> II É M A R *, portant des épées. Voilà les épées. B E A i: <: o R .\ E T . Monsieur... un duel chez moi!... dans mes salons? A DU É M A II . Mais non, dans la nie... sous un réverbère... BEAUCO lt N E T . C'est différent !.. (parréflexion.) Mais j'y songe... si on arrangeait l'affaire. ADHÉMAR. C'est une idée ! Arthur, Adliéniar, Beuuconiul 72 PARIS VENTRE A TERRE ARTHUR. Impossible!., il y a eu un soufflet de donne". BEA CCOR NET■ Un soufflet ? ARTHUR. C'est même moi qui l'ai reçu. Il e a U CO R nu t . Eh bien ! alors... l'honneur est satisfait... ADHli M AR . Ah çà ! mais où sont-ils donc? ARTHUR. Nous les avons poussés dans le bal... chacun par un côte opposé. Ils remontent. AIIIIKMAU, avec terreur*. Mais ils s'y chercheront ! ARTHUR. C'est juste ! A 1)11 É M AR. Ils s'y rencontreront ! BEAUCORNET, Courons, courons, messieurs ! pourvu que nous arm ions à lemps ! Us se précipitent^ et ouvrent In porte -du fond. Le Chevalier et l'ulycarpe paraissent dans les liras l'un de l'autre. I! E A U C 0 11 N E T . Ah ! bah! Al) II1ÏM AU . Que vois-je? A R T H 0 II . Ils s'embrassent ! LE 0 II K V A L 1 K R, descendant la scène étrcigi.ant toujours Polycnrpe. Oui, je l'embrasse!.. Oui, il m'embrasse, oui, nous nous embrassons !.. A II T II U R, à part. Quelle drôle d'époque ! ' Arthur, l'olycuipe, le Chevalier, Adhcuiar, BuaUcoruet. ACTE TROISIÈME T.! LE CIIEV A L 1ER, i Adhcmar. Tout est arrangé, tu as le n° 3. ADIIÉMAR. Comment, le n° 3 ? LE CHEVALIER, désignant Arthur. A moins que ce ne soit monsieur. (Reprenant.) Quelques mots d'explication nous ont suffit. Je croyais avoir fait la demande le premier, (a Arthur.) A quelle heure avez-vous parlé à monsieur Beaucornet, jeune homme? ART II II It . A minuit moins cinq... LE C H E V A L1 E 11. Alors, vous avez le n" 2. A n II É M A II . Mais, mon oncle... LE CHEVALIER, sons l'écouter. Récapitulons, messieurs... Polycarpe de Follebraise... onze heures... POLTCARPE. Quarante. LE CHEVALIER. N° 1. Arthur de Coffre-Fort, minuit... A RT 11 I 1! . Moins cinq. LE CHEVALIER. N° 2. Et le comte Adhémar de Verasoy, minuit... n° 3. a n n É m A 11 . Le n° 3. Pour quoi faire? LE CHEVA LIER. Tu attendras ton tour. Quand la fille de monsieur... BEA.UCOR.NET. Ma fille! LE CHEVALIER. Oui, quand votre fille deviendra veuve de Polycarpe, elle épousera Arthur, et lorsque lui-même sera mort...mon neveu lui succédera... c'est convenu. 74 P A R l S V E N T R E A T lî lï R K A l> Il É MA 11 . Mais, mon oncle... L E CII E V A LIER. Puisque c'est convenu. Il E A II CORN i; T , s'avansnnt. Permettez... permettez!.. LE CHEVALIER . Allez-vous à votre tour m'échauffer les oreilles? BE \ DCO l\ N E T . Dieu m'en garde ! Il remonte et sort ,i droite* LE CHEVALIER*. A la bonne heure ! lit maintenant, n es 1. 11 EAUCORNET. Hein ? POLYCARPE, nu notoire. Inscrive/, le N° 1. Il f;iil n^snolr Renuenrnet sur le premier fouteuil. MAI) A M E BEAUCORNET, & port. Que diable veut-il «lire avec son N° 1? DUC 11 li MIN, s'asseyant. Faut-il lire le contrat? BEAUCORNET. "ais il mo semble... Cleopâtrei madame Beaucornet, Arthur, Polycarpe B*aucornel Adhfmar. 80 PARIS VENTRE A TERRK POLYCARPE. Inutile BEAUCORNET. Bien, bien... inutile!... lintin!... DU CHEMIN, désignant Arthur. Monsieur esl le futur? A It TU 11 15 S3 levant. Pas encore. POLYCARPE, i'aTangant. Le futur... c'est moi... on vous dit... Arthur s'assied. DUC11EMIN. Vos nom et prénoms. POLYCAR PE. Zéphirin-Amour-Polycarpe de Follebraise. DUCtIIÏMIN, écrivant. De Follebraise. SCÈNE XIII Les Mêmes, JOSEPH, puis MITCHELS. JOSEPH, entrant. Une.dépêche peur M. Polycarpe de Follebraise. POLYCARPE, la prônant. Merci. Ah! de Londres! (Avecuncri.) Grand Dieu!... naufrage!... tout perdu !... corps et bien!. ... Soliman noyé! Je suis ruiné. La pauvre bè'.c ! Pendant cette scène, Adhémar est remonté à droite et Polycarpe vient tomber sur le fauteuil qu'il occupait . HE A U CORNET. Ruiné ! il est ruiné ! DUCHE MIN, écrivant. Nous disons donc, Zéphirin-Amour. HKAU CO RNET. Un instant... n'écrivez pas. • Madame Beaucornet, Arthur, Duchemin, Adhémar, Bcaucornet, Polycarpe. ACTE TROISIÈME 81 MADAME BEAUCORNET. Non, n'écrivez pas. (a put.) Ma pauvre enfant! BEAUCORNET, à Pblycarpe. J'en suis désolé... mais vous comprenez, du moment où vous n'avez plus de cheval, je ne puis vous donner ma tille! l'OL YCARPE, à part. Patatras! CL ÉOP AT RE, à part. C'est manqué!... Allons vite annoncer cela à M. Gami- lowilh! Elle sort sans'être remarquée. POLYCA RPBi Ah!! (il va pour sortir, il trouve Adhémar A M E BEAUCO n X E T. Eli bien? B E A U C OR.NET , tranquillement. Eli bien! ou démolit la maison. MA D A ME BEAIJCOB.NET, s., levant. Ciel ! TOUS. Fuyons ! Tous les invites se lèvent *. BEAUCOBNET. On commence par la cave... non, par les mansardes... mais c'est égal. LE C II E V A L I E B, se relevant. Ah ! c'est trop fort!... Mais nous sommes donc dans un pays de possédés ? Le notaire s'est levé et ronge ses pnpiers. BEAU CORNE. T, appelant. Joseph ! Justine ! (Justine et Joseph paraissent.) Qll'oil f.ISSe !CS malles... on déménagera quand nous serons partis. ■\i a n a m e b i; A 1(0 11 N E T. Mais où allons-nous? Il EAUCOB N ET. N'importe ! pourvu que ce soit un endroit tranquille... à Bade, par exemple ! ADRÉMAR, C'est une idée. Nous signerons h: contrat là-bas. * Le chevalier, Beaucoraet, madame Beaacornet, Duchemin, Adbémar, ÉitcheU. ACTE TROISIÈME CLEOPATHE, légèrement. Oui, M n >US avOIlS le ICmpS ! (Joyeuse.) A Bade ! quel bonheur!... De là nous irons en Suisse. A 1)11 ÉMAR. V to, mon oncle... allons l'aire aussi nos malles. LE CHEVALIËa, d'un ton singulier. Mes malles!... Oui, je vais faire mes malles... mais pas pour Baden-Baden! mais pour Ca'penlras et venlre à terre! Lo bruit augmente, on se lutte pour sortfr. Le rideau baisse. K I N Ci.icuy., n pr. M. Loicxon, Païi Di pont et C'*, rue du Bac-d'Asniores, t-2. PGB 3476