L'HOMME au lT*tb Masque h6 fw, DRAME EN CINQ PARTIES ET EN PROSE, pab MM. ARNOULD ET N. FOURHIER, REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS, A PARIS, SUR LE THÉÂTRE ROYAL DE L'ODÉOX, LE 3 AOUT l83l. iV°4. Prix: 35 cents. iSuixcUc*. DE IREZ, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, ÉDITEUR, Ml DES DOMINICAINS, PRÈS BU PASSASE DU THEATRE,' 1 ST2. ffIBIB3®HÏTMHBS a Mtfï!$WIB^<> PREMIER ACTE. LOUIS XIII. D'AUBIGNÉ, seigneur protestant. LE BARON D'OSTANGES. LE PÈRE AUDOIN, de la compagnie de POMPIGNAN, ) LAUNAY, ) C0lirllsans - BOUVARD , accoucheur de la reine. L'AUMONIER de la reine. LE CHANCELIER. NERLY, astrologue italien. Un officier du Cardinal. Courtisans , Gardes , etc. DEUXIÈME ACTE. D'AUBIGNÉ. GASTON. LE PÈRE AUDOIN. LE BARON D'OSTANGES. Un Domestique. MARIE D'OSTANGES. TROISIÈME ACTE. D'AUBIGNÉ. GASTON. St.-MARS. POMPIGNAN. LAUNAY. Un officier. MARIE D'OSTANGES. M" p AUBRY. M mc LANDRY, cabarctière. MM. Chilly. LlGIER. Arsène. Jésus. Doligny. Yalkin. ToURNAN. Ménétrier. Paul. Auguste. Ch. Hoster. St.-Paul. MM. Licier. LoCKROI. DOLIGNV. Arsène. M 1Ie Juliette. MM. Licier. LoCKROI. Delaistre- Valuin. ToURNAN, Ch. Hoster. M racs Juliette. Drlattre. DucliEMII*. saâiB3©nrrA©3S3* AWHBW&Q,, QUATRIEME ACTE. D'AUBIGNÉ, sous le nom de MAURICE. GASTON, sous le nom de MARCHIALI. St.-MARS, gouverneur des îles Sainte- Marguerite. LE BARON D'OSTANGES. LOUVOIS. EVRARD, officier. TONY, jeune pêcheur. MARIE D'OSTANGES. CINQUIEME ACTE. D'AUBIGNÉ, sous le nom d'URBAlN. GASTON, sous le nom de MARCHIALI. St.-MARS , gouverneur de la Bastille. LE MÉDECIN. LE CHAPELAIN. EVRARD , sergent des gardes de la Bastille. Un Offk,7er. MARIE, Sœur de la Miséricorde. Gardes. MM. Licier. Lockroi. Delaistre. Arsène. Paul. Auguste. M 11 " Laine. Juliette. MM. Licier. Lockroi. Delaistre. Valkin. Ch. Hoster. Auc USTE. St.-Paul. M" e Juliette. L'HOMME AU Màsqm tue tftv. ACTE I ('638). Une salle de Saint-Germain : au fond, une porte conduisant dans les autres salles du palais. A gauche, sur le dernier plan, porte d'un escalier dérobe: à droite, BUr le dernier plan, porte conduisant chez la reine; a droite, sur le premier plan, un cabinet. Deux tailles garnies. SCÈNE PREMIÈRE. POMPIGNAN, tirant les cartes d'un côté du théâtre, LE BARON D'OSTANGES, LAUNAY, seigketjrs, LE PÈRE ATJD01N, assis devant une table, et seul de l'autre côté. POMPIGNAN. Tique, trèfle , première coupe. d'ostanges. Dirait-on pas que ces cartes sont le miroir du diable ; depuis que DoUI logeons à Saint-Germain et que lu fais le métier de soroier, qu'as-tu découvert, mon cher Pompignan? POMPIGNAN. Le délivrance de la reine , aujourd'hui iG septembre i638. b'oSTANGES. Parbleu , Bouvard el la sage-femme ont pris le pas sur ta prophétie. U père audoin, à part el composant. O grand roi! soleil des monarques! launay, à d'Oslanges. Quel est ce moine? d'ostanges. Le père \udoin, jésuite bel-esprit, au service du cardinal de Richelieu, le dieu Apollon lui souffle quelque poésie héroïque au sujet i!< la naissance... N, B. Les acteurs sont placés en tête de chaque scène comme ils doivent l'être au théâtre : le premier occupe la gauche du spectateur. t. 6 LE PÈRE AUDOIîT. Mes gentilshommes, prévoyez-vous si le grand événement approche? POMPIGNAN. Il ne peut tarder. audoin, à part. Je n'aurai pas le temps d'achever mon prologue. (Haut.) Sera-oe dauphin ou fille de France ? POMPIGNAN. Que votre révérence veuille bieu attendre la treizième coupe. d'ostanges. Ainsi vous avez foi dans la science de vos cartes? POMPIGNAN. El toi, baron , tu en doutes ? Le jeune d'Estaing n'avait-il pas prédit jour pour jour la naissance de ta fille, baptisée ce matin, sous le nom de Marie d'Ostanges? Saint-Luc et le commandeur de Souvré n'avaient-ils pas prédit la grossesse de la reine après vingt-deux ans de mariage et de stérilité? d'ostanges. Dis plutôt qu'ils avaient vu le carrosse aux armes royales, un soir derrière le couvent de la Visitation : ceci est chronique secrète , messieurs ; Sa Majesté, Anne d'Autriche eut conférence au parloir avec mademoiselle de Lafayeltc, et 11, ers deux belles personnes se prirent d'amitié, et se baisèrent avec larmes et sanglots, tant que la favorite promit tout ce que voulut la reine, à savoir de la réconcilier aveo le roi, son mari ; et de la, il advint ce que vos sorciers ont prédit. LAONAY. Oh! qu'il naisse un dauphin ; quelle bénédiction pour le royaume! d'ostanges. Tour le cardinal. POMPIGNAN. Pour les ri .1 '.isans. AUDOIN. Et les poètes. 0 grand roi ! soleil des monarques! POMPIGNAN. Les grâces et pensions vont pleuvoir. d'ostanges. Oui, sur les cardinal istes, et les abbés qui regorgent de bénéfices : Jes vieux pécheurs! et pour qui amassent-ils tant de trésors? Un franc gentilhomme dirait : c'est pour mou (ils; écoutez les hypocrites, ils ont tous des neveux. POMTMGNAN. Savcz-Votll l'aubaine des moines de Saint-Germain ? lia niaient effrontément la vertu des dames : qu'a-l-ou iail? au lieu d'un abbé, ou leur a donné une abbesse. TOUS. Ali ! ab ! ab ! TOMPIGNAN. La veuve de Lorraine qui demandait pension... Des écus , répondit le cardinal, jo n'en ai plus, mais des moines... en voilà. d'ostanges. Parbleu , le cadeau ne le ruinera pas ; c'est une graine qui repousse toujours. Audoin, ne levai, t. Holà , mes genlilsbommes ! vos propos sentent un peu le huguenot ; vous oubliez que son éiniuenee s'est rail porter liier à Saint-Germain, et que les échos de c< tle salle peuvent répondre à son appartement. d'ostang es. Ab !je sais que le cardinal a autant d'espions pour protéger son pouvoir, que de gardes pour défendre sa personne ; mais j'imagine, père Audoin , que vous n'êtes pas enrôlé dans la sainte milice... ÀUDOIN. A Dieu ne plaise! pourtant .si le service du roi l'exigeait... j'ai là- dessus des maximes... d'ostanges. Il a des maximes sur tous les sujets. Au demeurant, ceux que vous appelez huguenots sont fidèles serviteurs du roi ; mais on leur dresse mille embûches pour les dégoûter de la cour.., Vous savez ce qui est arrivés d'AubignéJ LAUNAY. Non; c'est un digne gentilhomme, d'ostanges. La mémoire de son père a été insultée par un certain Montglas; d'Aubigné, qui est Un brave, messieurs , un ralnne d'honneur comme vous et moi, u'a pu digérer l'affront, et il a donné un soufflet au Moulglas. FOMPIGNAN. Je l'approuve. LAUNAY ET LES AUTRES SEIGNEURS. £1 moi aussi. d'ostanges. Eli bien ! messieurs, le cardinal s'est déclaré le champion de l'olfen- «eur et il exige des satisfactions. K L/.UPsAY. Cbutl voici du monde. SCÈNE IL POMPIGNAN, D'OSTANGES, LATJNAY, L'ASTROLOGUE, AUJJOIN, UN OFFICIER. POMPIGNAN. Holà... cli! l'ami... quelle espace de monstre nous amènes-tu là... arrives-tu de la foire... vas-tu donner un divertissement à la reiue? est-ce le moment des mascarades I d'ostangfs. Cet liommc est un digne astrologue , que Sa Majesté a envové quérir pour l'horoscope de l'enfant qui va m itre ; un vrai sorcier, j'en réponds , il sent le soufre d'une lieue; je veux épiouver sa soience... Allons, vieux possédé, peux-tu annoncer à la compagnie si le ciel nous enverra un dauphin ou une princesse. AUDOIN. Quoi! vous auriez la folie d'écouter... d'ostanges. Chut! saint homme; occupe-toi du oiel, et laisse-nous régler nos comptes avec le diable... Son représentant va parler. l'astrologue. L'astre brillant se lèvera. De qui 1 éolal s'obscurcira , Quand sou pareil apparaîtra. LAUNAY. Hein? POMPIGNAN. Comprenez-vous ? d'ostanges. F.h ! messieur*, la prédiction est claire ; l'astre, c'est une belle princesse, dont l'éclat, c'est-à-dire la gloire, se perdra dans celle d'un autre astre , c'est-à-dire de son mari, POMPIGNAN. Que voilà bien parler en ami de monsieur... L'astre, c'est un dauphin dont la gloire ne s'éclipsera que lorsqu'il trouvera son pareil, qu'il ne trouvera jamais... Voilà le sens de l'oracle. LAUNAY. Et moi je l'entends diiléreinmeut ; deux astres pareils lignifient deux frères jumeaux. 9 TOMriGNAN. J'ai perdu , messieurs, mes cartes annonoent une princesse. SCÈNE III. POMPIGNAN, L'ASTROLOGUE, D'AUBIGNÉ, D'OSTANGES, LAUNAY, AUDOIN. DAUDIGNIi. Que le ciel vous entende , messieurs , et qu'il protège ce royaume! d'ostAnges. D'Aubigné! soyez le bienvenu : qu'y a-t-il de nouveau? d'aubigné. Il n'y a plus de paix ni de bonheur pour la France , tant que l'autorité du cardinal posera sur elle. d'ostAnges. O ciel! soyez prudent; prenez garde à vos paroles. d'aubigné. Le temps de la prudence est passé pour moi; j'ai bravé en face Richelieu, refusant de me soumettre aux indignes satisfactions qu'il exigeait de moi; j'ai déchiré sous ses yeux le papier qui les contenait ; il s'est tû ; sans deute il signe en silence l'ordre de mon exil. Eh bien! moi, je l'attendrai en disant tout haut la vérité. d'ostAnges. Qu'avcz-vous fait ! d'aubigné. J'ai pris conseil de mon honneur; je vous quitterai bientôt, mes amis; peut-être nous reverrons-nous un jour. Si le roi n'a point d'héritier mâle, il laissera le trône à Monsieur ; ce prince est seul capable de ramener la paix et l'union dans le royaume : alors nous vivrons en hommes; nous reprendrons les mœurs de nos ancêtres. Que faisons-nous ici, couchés autour des tables de jeu ou des quenouilles de nos femmes, tirant l'épée dans les cabarets, ou rampant comme des chiens dociles au pied du trône ? Nos pères habitaient des châteaux forts; chacun était seigneur dans son gouvernement et derrière ses créneaux. Aujourd'hui, on démolit nos tours , on taxe nos villes... Montmorency a été décapité, Bouillon exilé , Bassompierre enfermé à la Bastille ; ceux de la religion sont inquiétés dans leur conscience, et le peuple, le peuple est-il heureux, comme ils le prétendent, pour être soustraità notre tutelle? Non , les rentiers sonflfrent.les quartiers sont mal payés ; la nuit, il n'est bruit que de meurtre et voleries. Ah! fuyons , mes amis, fuyons une ville où nous jouons le rôle de valets; 10 fuyons une cour qui veut nous corrompre pour nom désarmer , jusqu'au jour où nous conlierons noire honneur à un roi qui n'aura pas de maître. SCÈNE IV. LES MÊMES, BOUVABD. POMPIGNAN. Silence!au nom du ciel! on sort de l'appartement de la reine. Eh bien! Bouvard, quelle nouvelle? BOUVARD. Grande et heureuse, mes geutilsh.omm.ea. Dieu soit béni! il nous est né un dauphiu de Fiance ! {Il sort.) D AUBIGNÉ. Ciel! BEAUCOUP DE VOIX. Vive le roi! vive le cardinal! d'aubigné. Malédiction! un prince! LES SEIGNEURS. Vive le cardinal ! SCÈNE V. les mêmes, un officier, l'officier. Messieurs , son étnincncc sera touchée de ces témoignages d'amour. Je viens vous annoncer de sa part qu'elle vous admettra au baisemains quand vous aurez présenté vos hommages à Sa Majesté. d'aubigné , à part. Voilà sa puissance devenue inébranlable (i). l'officier , au père Audoin. Père Audoin , ceci est une comédie... AUDOIN- Héroïque : avec prologue et accessoires. l'officier. C'est le cardinal qui en est l'auteur. AUDOIN. Comment ? (i) D'Ambiguë, l'ompi-iian, l'Astrologue, d'Oslauges, I.auuay, l'Oilieier, Audoin. 11 l'officier. Voici deux mille livres; de plus, il vous promet l'éducation du priuce. AUDOIN. Toute ma poésie esl à son service. l'officier , annonçant- Le roi ! SCÈNE VI. D'AUBIGNÉ, POMPIGNAN, L'ASTROLOGUE, D OSTANGES, LE CHANCELIER, LE ROI, LAUNAY, AUDOIN, SEIGNEURS ET DAMES DF. LA COUR. LE ROI. Messieurs, le ciel qui veille sur la France m'a donné un fils : le dauphin vient de naître. Ce sera, si Dieu lui prête vie, le roi Louis \ I Y. Des réjouissances publiques auront lieu dans tout le royaume, et j'ai ordonné que l'on présentât le jeune prince à tous ceux de uia cour et au peuple. d'ostanges. Que Votre Majesté ait pour agréable de recevoir nos félicitations. LE ROI. La naissance d'un fils a déconcerté bien dea médians desseins... Je n'ignore pas que mes ennemis avaient répandu à l'avance des prophéties annonçant qu'il y aurait à l'accouchement de la reine un giand trouille et bouleversement dans le royaume. d'ostanges. En revanche , Sire , voilà un bon prophète. L'ASTROLOGUE. Sire , j'ai prédit l'astre levant. LAUNAY. Et même deux plutôt qu'un. LE ROI. Nerly, tu es un maître dans ta science. Entre dans ce cabinet et tire l'borosoope de mou (ils. LASTROLOGUIÏ. Puisse-t-il être aussi glorieux que le roi son père! LE ROI, à part. Et surtout plus heureux. (L'Jktrologue entre dans h cabinet à gauche de l'acteur.) 12 SCÈNE VIT. les mêmes, excepté l ASTROLOGUE. LE ROI. Avez-vous quelques grâoes à demander, messieurs? le moment est bon. b'ostanges. Sire, l'évêché de Rhodes est vacant, et mon frère.., LE ROI. Baron d'Ostanges, les affaires de l'église regardent son éminenoe. POMPIGNAN. Le régiment de chevau-légers de la reine a perdu son colonel, et... LE ROI. Le cardinal me l'a demandé pour le duc son neveu. AUDOIN. Sire, l'éducation du dauphin... LE ROI. C'est uu soin dont le cardinal se chargera. d'aubigné , à part. Toujours le cardinal. LE ROL Père Audoin, son éminence m'a fait dire qu'elle avait composé pour ce glorieux jour une pièce divertissante. auiioin , avec un soupir. Que j'ai éorite sous sa diotée .. S'il vous plaisait entendre le prologue 3 LE ROI. Volontiers. AUDOIN , à part. Hélas.' perdre tout le mérite d'une si belle chose ! LE ROI. Écoutons les vers du premier poète du royaume. (Il s'assied.) AUDOIN. Grand roi! le soleil des monarques , Tu ne saurais ouvrir les yeux Sans voir les glorieuses marques Des grâces que te font les cieux. POMPIGNAN. Quel étonnant génie | Ainoiv, à part. .1" m'en flatte. 13 • Tl'oSTANGES. On reoonnaîl la touche de Son Emmenée. audoin , à part. Hélas, o'cst pourtant la mienne. Ceux , qui devant Troie assiégée. Do pins fi ent mi tel amas. {Bouvard entre préc jii/arnmeni et parle bas au roi.) Audoin , continuant. Qu'ils couvraient le port de Sigée D'une forêt de mille m;\ts. le roi, trouble, à Bouvard. Que dites-vous ? audoin , croyant que le roi lui a parlé. Qu'ils couvraient le port de Sigée. D'une for êt de mil'e nuits. d'aubigné , bas à ci'Oslanges. Le roi se trouble : il pâlit. AUDOIN. Ni ce jeune Mars de l'Asie, Ni celui dont... {Le roi se lève et sort précipitamment.) SCÈNE VIII. LES MÊMES, excepté LE ROI. LE chancelier , retenant Bouvard. Qu'y a-t-il ? POMPIGNAN. La santé de la reine est-elle en péril? BOUVARD. On n'a rien à craindre pour elle. d'aubigné. C'est donc pour le dauphin ? BOUVARD. Non, messieurs, ne m'inteirogez-pa>, au nom du ciel! d'aubigné, à part. Quel étrange mystère ! tâchons de le pénétrer. AUDOIN. Est-ce que Sa Majesté a cru que mon prologue était fini? {On entend des cris de vive le roi.) LAUNAY. D'où viennent ces aoclamations? BOUVARD. C'est le peuple saluant le dauphin Louis qui vient de lui être présenté. a 14 POMPIGNAN. N'allous-nous pas lui faire notre cour ? d'aubigné. Voici le roi!... quelle agitation! SCÈNE IX. les mêmes, LE ROI, L'AUMONIER. LE ROI. Sortez, messieurs , sortez ; chancelier, et vous , Bouvard, restez; des gardes à cette porte. {Tous sortent.) SCÈNE X. LE CHANCELIER, LE ROI, L'AUMONIER, BOUVARD. LE ROI. Bouvard , dites à M. le Chancelier ce qui est arrivé. BOUVARD. M. l'aumônier et moi étions dans la chambre de la reine, lorsque de nouvelles douleurs l'ont prise, et Sa Majesté vient de mettre au monde un second dauphin. LE CHANCELIER. Ciel! L'AUMONIER. Il dit la vérité. LE CHANCELIER. La naissance du premier dauphin a été annoncée, Sire, que déci- dez-vous ? nous attendons vos ordres. LE ROI. Que je suis malheureux! et comme les bienfaits du ciel se tournent pour moi en préscus funestes ! Le cardinal est malade et n'a pu se rendre ici... il faut le prévenir. (// s'assied et écrit.) Nul autre que vous , messieurs , n'est informé de cette seconde naissance? LE CHANCELIER. Personne, à l'exception de la dame Feronne, sage-femme, et du sieur Honorât, le chirurgien. LE ROI. Quelqu'un ! UN GARDE. Sire. LE ROI. Appelez le père Audoin... [Le garde sort.) C'est un homme qui a la confiance du cardinal, et qu'on peut charger de cette mission. 15 SCÈNE XL LliS MÊMES, AUDOIN. AUDOIN. Sire, Votre Majesté m'a fait l'honneur de... LE ROI. Prenez ce billet ; vous nous apporterez la réponse du cardinal. AUDOIN. Sire , à l'instant même. LE HOI. Passez par cet escalier dérobé, pour éviter les regards et les questions : allez. (Audoin sort.) SCÈNE XII. LE ROI, assis, LE CHANCELIER, L'AUMONIER, BOUVARD. LE ROI. Un de mes ordinaires. (Un garde entre.) Suivez eet homme. Un au- ti e. (Un autre garde s'avance.) Qu'on ne laisse entrer personne dans la chambre de la reine , et que la sage-femme et le chirurgien n'en puissent sortir. (Le garde sort à droite.) Votre avis , messieurs ? (à l'aumonier.) Parlez. l'aumônier. Sire, je pense que la naissance du second dauphin doit être annoncée à la Fiance. LE CHANCELIER. Je suis d'un avis contraire. BOUVARD. Et moi, je me range au sentiment de monsieur le chancelier. LE ROI. Vos raisons, messieurs ? BOUVARD. Sire, de deux frères jumeaux , le dernier venu au monde est l'aîné. LE ROI. Mais aux yeux de la loi ? LE CHANCELIER, Ses droits ne pourraient être contestés, LE ROI. C'est dono lui l'héritier de mon trône, et je n'ai présenté ce matin que le premier fils de France... mais si l'on s'aperçoit... 16 LE CHANCELIER. Aussi, je n'hésite pas à croire que l'uu des deux doit rester inconnu. LE ROI. Et lequel? LE CHANCELIER. Sire , le roi Louis XIV est votre successeur, tous l'avez nommé. l'aumonier. Mail son frère doit partager la couronne; ses droits , il les tient de Dieu... Les lois humaines peuvent-elles les lui ravir? LE CHANCELIER. La loi salique est muette et n'a point prévu la naissance de deux (ils jumeaux du roi... Sire, songez à l'avenir ; deux frères nés sur le trône ne partagent pas leurs droits ; ils se les disputent l'épée à la main : reconnaître deux dauphins, c'est vouer votre royaume à l'anarchie, à la guerre civile ; c'est livrer la Fiance, épuisée de sang, à ses ennemi;, et peut-cire l'effacer du tyng des nations... Choisissez, Sire, entre un fils et vos peuples , qui vous appellent aussi leur père. Dieu ne vous a pas mis sur le Uùiie pour vous soumettre aux mêmes lois que le reste des hommes... Ce qui serait un crime chez un autre est un sacrifice que vous devez au repos de vos sujets. l'aumonier. Ali! Sire, pardon; mais je ne puis entendre... LE ROI. Tariez ! parlez! l'aumonier (i). Sire, Dieu punit l'homicide. . mais si les deux princes étaient en â^'e de régner... si vous veniez me dire au trihunal de la pénitence : un de mes fils était un impie, un méchant, qui aurait fait le malheur de son peuple, et mou bras l'a fr.-ppé; eh bien.' je le jure ici, je vous donnerais plutôt l'absolution pour un tel meurtre, que pour ce qu'on vous dit de faire ; Sire, ne croyez pas qu'un homme, fût-il roi, puisse se charger d'expliquer les desseins cachés de la Providence. On vous parle d'anarchie, de complots, de guerre civile; niais en quelles mains remettez-vous le sort de la Fiance? Si celui que vous épargnez devait être un tyran , si celui que vous perdez devait être un grand roi !... si vous lancez sur le monde une race mauvaise, ou si vous étouffez dans son berceau royal la gloire delà monarchie. . e savez-vous, Sire ? Laissez faire à Dieu, quia le secret de ce qui doit arriver. (i) Le Hoi, l'Aumônier, le Cbaaoelier, Bouvard. 17 LE ROI. Ah! vous m'épouvantez. LAUMONIER. Tous deux sont votre sang.., tous deux devaient réjouir vos entrailles de père. le roi , se levant. Mes fils ! .. hélas!... je n'eu ai qu'un... 0 mon peuple! cxiges-lu ce sacrifice ! Que le ciel me dicle mou devoir. SCÈNE XIII. LES MÊMES, AUDOIN. AUDOIN. Sire , voici la réponse de Son Ëmincnce. LE ROI. Donnez. AUDOIN. Le cardinal m'a dit que Votre Majesté m'instruirait de tout, et ne m'oublierait pas. LE CHANCELIER- Eh bien ! Sire? LE ROI. Je n'attendais pas moins de celte ame de fer.'..; Ah! messieurs, le dernier valet de inou royaume est plus heureux que votre roi. l'aumonier. Eh quoi! Sire, vous consentez? LE ROI. On le veut... 0 Louis ! si tu n'es pas le meilleur et le plus grand des rois... de quel fardeau chargeras-tu la conscience de ton père! AUDOIN. Sire , si c'est à moi que l'éducation du dauphin est confiée, je vous réponds... LE ROI. M. le cliaucelier, avez-vous écrit le procès-verbal de cette seconc!» naissance ? AUDOIN. Qu'entcnds-je! LE ROI. Le cardinal désire que ce secret vous soit révélé : Tous allez rapprendre... liiez. audoin, lisant. Que vois-je ! un second fils? a> 18 LE KOI. Que sou père doit déshériter... Ali.' plaignez-moi, messieurs, et ne m'accusez pas... (à Audoiu.) Vous partirez aujourd'hui même aveo cet cufant, que vous élèverez dans l'ignorance de son rang..... et dan la pratique de noire sainte religion catholique. Bouvard, dites à M. le chancelier si vous avez vu sur le oorps du second dauphin des marques qui puissent le faire reconnaître. LE CHANCELIER. Sire, la lettre du cardinal fait-elle mention?... LE ROI. Écrivez, messieurs, je le vtux... Je sacrifie mon fils à la raison d'état: mais j'entends que si son frère Louis vient à mourir, Gaston soit mis en sa place... parlez , Bouvard. BOUVARD. Le prince a un signe à la main gauche, une petite tache jaunâtre au côté droit du col : c'est là ce qui le distingue de son frère, la ressemblance entre eux étant parfaite. le noi, au chancelier. Rédigez la formule du serment... (à C Aumônier.) C'est vous qui préviendrez la reine, et qui remettre* cet enfant aux mains de la dame Peronnc; je ne veux plus le voir. LE CHANCELIER , lisant. « Au nom de la très Sainte-Trinité) sous peine de mort, sous peine » des tourmens de l'enfer, je jure de ne jamais révéler ce secret d'é- » tat, répondant en ce monde et dans l'autre des maux qui pour- » raient en advenir. » LE ROI. Sur la croix de cette épée. LE CHANCELIER. Je le jure. BOUVARD. Je le jure. l'aumonier. Je le jure. AUDOIN. Je le jure. LE ROI. (Il fait signe à Audoin de le suivre et s'approche de la table qui est devant le cabinet à droite ; il écrit.) Gaston et Providence», voua ne répondre* qu'à ceux qui se présenteront eu notre nom, avec cette devise... Ou vous remettra une cas- 10 selle marquée de noire sceau royal pour y renfermer nos dépêches. (Le Roi signe et les autres après lui. On entend le son des cloches.) LE KOI. C'est le Te Deum, pour la naissance du dauphin Louis. Le sou des cloches l'annonce au peuple. l'aumomer. Et le peuple dit que oVst la voix de Dieu. le boi, se découvrant. O mon fils , quand ces cloches , muettes pour ta naissance , sonneront l'heure de ta mort , que ton unie ne m'accuse pas, et ne eiic pas Vengeance contre ton père! — Messieurs, reprenons notre rôle de roi et de courtisans ; allons prier, la paix sur le visage et le remords dans le cœur. (Vivement à Audoin.) Sur votre salut éternel, mon père, faites de mou lils un honnête homme. I^u'ou ouvre! SCÈNE XIV. les mêmes, LES COURTISANS. LE KOI. Messieurs, le sort et l'avenir des peuples sont enfermés dans le berceau des rois... leur éducation doit éveiller toute notre sollicitude; l'abbé de Beaumont est nommé gouverneur du dauphin Louis. audoin , à part. Sa charge sera plus agréable que la mienne. LE ROI. Obtenez par vos prières que le ciel vous donne un grand piince. DOSTANGES. Qu'il soit digue de son père! LE ROI. Brave comme son aïeul Henri, et comme lui, ménager du sang de ses sujets!... Suivez-moi, messieurs. (Les courtisans suivent le Roi.) DOSTANGES, à d'Auùigné. Eh bien! d'Aubigué, tu ne viens pas? POMPIGNAN. Y penses-tu ? un profane; son grand-père était huguenot, son père était huguenot; et lui... d'aubigné. Mon père, messieurs, était un compagnon d'armes du grand Henri, il l'a imité dans sa gloire , et non dans sou abjuration. 20 POMP1GNAN. Adieu doue; va-t-en consoler monsieur... SCÈNE XV. D'AUBIGNÉ, seul, II se passe à la cour quelque étrange événement; le Roi a tenu oon- seil secret dans cette salle... J ai cru distinguer des éclats de colère ou des cris de désespoir... quelle agitation soudaine a succédé- aux transports de joie, et quel mystère de sombre augure environne le berceau de L'héritier du trône ?... Le soupçonneux Louis aurait-il prêté l'oreille aux bruits injurieux qui s'attaquent it l'honneur de la reine ? Oli! qui me donnera le premier til des choses secrètes de ce palais?... précieuse découverte qui tournerait au profit de ma, haine pour le oar- dinal et de la cause de a religion nouvelle... SCÈNE XVI. D'AUB.'GNK, L'ASTROLOGUE. l'astrologue, dans le cabinet. M. d'Aubigné! M. d'Aubigné ! d'aubigné. Qui m'appelle? l'astrologue» C'est moi. D'AUBIGNÉ. Quelqu'un était là!... l'astrologue , sortant. Vous êtes seul. Ah! M. d'Aubigné, ne me perdez pas... Malheureux! ils m'ont oublié dans Ce cabinet... d'aubigné. Comme tu es pâle et défait! Dans ce cabinet, dis-tu, pendant que le roi tenait conseil?... l'astrologue. I'iût au ciel que je n'y fusse jamais entré... s'ils se le rappelaient, ô Dieu !... J'ai été forcé d'écouter de terribles choses. d'aubigné. Viens , tu me les prédiras. LASTHOI.OGUE. Ah ! de grâce, sauyez-moi ; ils me tueront, monsieur, ils me tueront. d'aubigné. Viens chez moi, je te déroberai ù leurs recherches , tu me révéleras tout ; ton salut est a ce prix... 21 l'astrologue. 0 Dieu.'... prends pitié de Ion serviteur.'... d'aubigné. OU ; faible Louis , orgueilleux cardinal, vos seorèts sont à moi. l'astrologue. Quelqu'un s'approche. d'aubigné. Viens vile. (jT/s sortent par Vescalier dérobé ; le Chancelier arrive par le Jond avec des gardes.) SCÈNE XVII. LE CHANCELIER, gardes. LE CHANCELIER. Dans ce cabinet... UN GARDE. Il n'y esl plus. LE CHANCELIER. O Ciel.' fatal oubli ! mille éous d'or pour la tête de cet homme. FIN DU PREMIER ACTE. ACTE II (16S7). Une campagne auprès do Semur; à droite de l'acteur, la maison du - père AuUoin : a gauche, celle du baron d'Oslanges. SCÈNE PREMIÈRE. D'AUBIGNÉ, arrivant. Près des bords de l'Yonne : voilù bien la maison que j'avais remarquée ; c'est donc là qu'il vit dans l'ignorance de son tort... Won entreprise réussira-t-elle?... aurai-je vainement affronté les périls qui menacent un proscrit? déciderai-je ce jeune homme à me suivre:'... Que j'ai long-temps attendu cette occasion... Un oourrier mécontent.' des menaces et de l'or m'ont livré ses dépêches... Voilà mes lettres de oréauces... Quelqu'un! relirons-nous à l'écart. SCÈNE II. AUDOIN, sortant de chez lui, D'AUBIGNÉ au fond. AUDOIN. Debout, avant le jour ! la son cill-nce devient fatigante... Où peut-il être allé?... moi qui voulais lui donner te matin une leçon de botanique... Quel est oetétranger? 22 d'aubigné, n'avançant. Je parle sans doute au père Audoin, de la compagnie de Jésus? AUDOIN. Votre serviteur. d'aubigné. Je suis un homme de In mur, personnellement attaché au cardinal Mazariu comme vous l'étiez il y a dix-huit ans au cardinal Richelieu. AUDOIN. Vous composez des comédies pour Son Emiueu.ce? d'aubigné. Dieu m'en garde !••• Audoin. Vos traits ne me sont pas tout-à-fait inconnus... Cependant... D'AUBIGNÉ. Je voyage sous le nom du marquis de Saint-Luc... afin de prendre des renseignemens sur l'enfant qui vous fut confié. audoin, reculant. Plait-il? à moi? d'aubigné. Ne vous toublez pas ; je vous répote que je suis au cardinal. AUUOIN. Qui m'en assure? d'aubigné, bas. Gaston et Providence ! Cette devise vous est connue... J'avais seul deviné le sens des prédictions d'un astrologue qui disparut le lendemain de votre départ... J'ni vu les fêtes qui accueillirent la naissance de Louis XIV, et la consternation qui suivit une autre uaissauoe... AUDOIN. N'avez-vous pas d'autre preuve de la confiance de la cour 1 d'aubigné, présentant les dépêches. Ces dépêches. audoin, les prenant. Le sceau royal!... Oui... c'est la réponse que j'attendais... Pardon , mais je ne saurais m'environncr de trop de précautions... Quant à cette lettre je la lirai seul mon jeune élève n'a jamais aperçu aucun de ces précieux papiers, ni la cassette qui les renferme. Vous venez de Paris? Suis-je donc entièrement oublié de la reine-utère? et la magnifique pension que le cardinal m'a promise... d'aubigné. Dépend peut-être de la manière dont vous avez rempli les intentions de la cour. 23 AUDOIN. J'ose dire qu'elle sera satisfaite ; j'ai élevé le jeune liomme dans une complète ignorance... Se croyant le fils d'un prétendu baron d'Or- ville, qui le tient éloigné de sa personne.il vit sans aucune idée du monde , ni des lois, ni des arts, ni des sciences... Ce n est pas île moi qu'il aurait appris la moindre chose... Quand on m'a chargé de son éducation , ou savait bien à qui l'on s'adressait. d'aubigné. Vous avez pu le priver de toute instruction ? AUDOIN. Et oe n'est pas sans peine... Il me questionnait particulièrement sur l'histoire de ce royaume , mais je lui ai si bien brouillé les idées qu'il n'est pas en état de distinguer la première race de la troisième, ni d'appeler par leurs noms tous les petits-fils de Saint-Louis. d'aubigné , à part. Malheureux! AUDOIN. Ce n'est pas tout... On m'avait recommandé de l'élever dans la religion catholique... J'ai fait mieux, je l'ai préparé dès l'enfance à ajouter foi aux pratiques superstitieuses, aux légendes. . et quelque peu à l'astrologie... croyance salutaire ; j'ai là-dessus des maximes. d'aubigné. Vous avez fait là, monsieur, un beau chef-d'oeuvre d'éducation. Audoin , 5e découvrant. La compagnie de Jésus n'en fait jamais d'autre... Sans compter que je l'oooupe adroitement; la botanique, distraction innocente..., des excrcioes de dévotion, la chasse et un peu de musique , voilà sa vie ; le reoueil de nos maximes, voilà sa lecture. d'aubigné, à part. Sot et vil courtisan! AUDOIN. Vous paraissez satisfait... Aussi je me flatte que vous appuierez mon placet pour cette magnifique pension. d'aubigné. Oui, monsieur, oui. (o«ueitli avec faveur... o'eallà salis doute ce qui vous enhardit u lever les ) eux sur uia lille. GASTON. Il est vrai, je l'aime. d'ostanges. Savcz-vous quelle est mademoiselle d'Ostanges? GASTON. Belle et accomplie. DOSTANGES. Elle oompte douze générations d'aïeux illustres, et notre maison ■ toujours brillé de l'éclat le plus pur. . Expliquons-nous franchement, jeune homme , vous aspirez à la main de ina lille et vous en paraissez digue. audoin , à dAubigné. Comment, comment? d'aubigné, à Aiidoin. Chut, attendez. DOSTANGES. Je reçois à l'instant même une lettre de la cour...; ma grâce a été accordée aux instances du marquis de Seuecey qui sollicite mou alliance. GASTON. O ciel ! d'ostanges. Connaissez-moi cependant... le bonheur de ma fille et l'honneur de ma maison, voilà n es tusées les plus chères... Je puis renoncer enoore une fou aux laveurs de la cour, à l'amitié des grands; je puis Vous nommer mon gendre. GASTON. Ah ! quelle joie! Marie serait a moi I oh ! monsieur, vousétes vraiment généreux, vraiment noble... A ous tiouveiez en moi toute la ItttUi'ciM J un lils. 32 a: do,n , à (CAubigné. Al..' ça, il: i d'aubigné , bas à Audoin. l'ai ii ncc! d'ostanges. \ ous ilcl il» du barou il'Oi ville ? GASTON. O.ii , nittMÎeur. d'ostanges. l'aiilon , eu nom m'échappe.. Lu baron est-il a la cour?... GAI. TON. Hélas! je ne l'ai jamais vu. Leyeic Auiloin peut seul vous répondre.. I' : llZ (\udoill. daubigné, bas à Audoin, A votre tour. AUDOIN. Le barou n'est pas à Ja cour. D'o: TANCES. Où dono est-il ? AUDOIN. Je l'ignore... (à (TAiibiçné.) Je ne mens pas. d'ostanges. Sc3 aïeux ?... AUDOIN. On ne les connaît pas. GASTON. O ciel! que dites-vous? d'ostanges. Jamais le baron n'a tu son (ils? mais la mère de ce jeune homme.. AUDOIN, regardant d'Aubigné, Sa mère? d'auuigné , bas. Une paysanne. GASTON. Eli bien! ma mère... AUDOIN. N'élait pas l'épouse du baron, GASTON. % QuVntends-je? Audoin , bat à d'Aubigné. Je ue meus DM. d'ostanges. Fils naturel ! 33 GÀSTO*. Moi! d'ostAnges. Il suffit. Dès ce moment, monsieur, il n'est plus rien de commun entre vous et moi. GASTON. Moi ,illégitime ! moi sans nom , sans naissance ! Cela ne se peut pas; là Audoin.) rétractez vos paroles, monsieur. Quoi! c'est 14 ma destinée, etje l'apprends aujourd'hui pour la première fois... Ah! s'il est vrai, combien vous êtes coupable! cet amour, vous l'avez vu naître et vous ne m'avez pas arrêté, mais savez-vous que maintenant il fait partie de mon existence, que je ne puis plus l'arracher de mon sein. (se tournant tiers le baron.) Oui, monsieur , il est trop lard pour renoncer à Marie. d'ostangks. Et cependant j'espère que vous oublierez jusqu'à son nom, car Voici notre dernière entrevue. GASTON, Ah! ne me quittez pas ainsi... par pitié , quelques mots encore... il faut que je vous parle sans témoin. d'ostanges. Monsieur... GASTON. Au nom de l'honneur, je l'exige. AUDOIN. Modérez votre violence, jeune homme. GASTON. Silenoe, Audoin, vous répondiez devant Dieu de toutes les suite» de celte affaire. o OSTANGES, à Audoin et à (tAuÙigné. Veuillez vous éloigner. d'aubigné, à part. Maintenant il est à moi. SCÈNE X. GASTON, D'OSTANGES. D'OST ANGES. Que me voulez-vous encore ? vous avez entendu ma réponse. GASTON. .l'ose eu espérer une autre. Je suis obscur , je n'ai pas de nom , pas de litres, mais l'avenir peut m'en donner... Je m'éloignerai de voua, 34 de Marie , et ne reviendrai que lorsque je serai digue de TOtre alliance. DOSTANCKS. Pourrez-vous jamais Fifre? GASTON. Le tort de ma naissance n'est p;:s le mien. DOSTANGES. Jamais cette tâche ne souillera l'honneur de ma maison. GASTON. Répétez encore ces paroles, monsieur, pour qu'il ne nie reste aucun espoir , et que je puisse vous parler comme je le dois... Jamai.-. je n'épouserai votre fille? d'ostanges. Jamais. Cette demande est un a (Iront. GASTON. Parce qu'elle est d'un San;; noble et que moi... je suis un bâtard.' DOSTANGES. Vous l'avez dit. GASTON. Et que vous êtes jaloux de l'honneur de votre maison... Jj'oSTANGES. Je l'ai reçu intact et le rendrai (!e même. GASTON. Voyons comment les nobles entendent l'honneur de leur maison.. Savez-vousque votre tille m'aime cl qu'il ne vous reste que deux partis a prendre, ou «le me donner votre fille ou Je frapper son séducteur ? d'ostanges. Malheureux , qu'oses-tu dire? GASTON. Ella est à moi , rien ne peut ni us séparer que la mort... DOSTANGES. 0 ciel ! GASTON. Ce bâtard s'est fait aimer... Pour lui seul votre fille sera pure et vi l tueuse ; atreo lui ul l'honneur de voti e maison , le véritable honneur reste intact... sans lui, tout est déshonoré, flétri!, . d'ostanges. Ah! tu njens! GA'TON. ia voui ai laissé maître de ma vie... preneï-la et uc m'outra gel pas. 35 Je ne sais pas noble, moi, mais je ne saurais pa s supporter trop d'affronts... Vous feignez de ne pal rue croire, uiai.s j'ai dit la vérité. d'ostanges. Cela n'est pas. GASTON. Et si cela est, Marie ru'apparliciidra-t-clle? d'ostangf.s. Marie,., non... c'est impossible... (Quelqu'un!... [un domestique.) Qu'on appelle mafillc..., elle viendra..., infâme calomniateur.-, elle viendra GASTON. Quelle vienne! D'OSTANGES. Baisse les yeux , et tombe à genoux... l.a voici. SCÈNE XT. GASTON, D'OSTANGES, MARIE. d'ostanges. Marie, ma fille bien-aimée... mon espérance, ma gloire, viens con- vainrre cet homme de mensonge... Est-il vrai... pardonne , si je t'iiu- milie a ce point..., est-il vrai qu'un indigne amour... est-il vrai que tu sois coupable ? MARIE. Mon père ! d'ostanges. » Il ose dire que tu lui appartiens,.. GASTON. Eli bien! monsieur, ai-jc menti ? MARIE. Grâce! pitié ! mon père , Gaston est le maître de ma vie- d'ostanges. Indigne enfant ! ne prononce plus oe nom !.., ou ma fureur... GASTON. Ah! tourutz-Ia contre moi... je veux mourir, d'ostanges. Pas de ma main. SCÈNE XII. les même*, un domestique, le domestique. Monsieur le baron , une voilure vient d'entrer dans la conr... c'est «elle du marquis de Srnccey. (//«• retire au fond.) 36 MARIE. Ciel ! ah ! mon père... (Elle tombe à genoux.) d'ostANGEs, la relevant. Préparez-vous A partir pour Paris, (au domestique, en montrant Gaston.) Si cet homme se présente , qu'on le chasse. (Il sort.) SCENE XIH. GASTON, LE DOMESTIQUE. GASTON. Vous avez parlé du marquis de Seneecy : est-il jeune ? LE DOMESTIQUE. Non. (Il ">rt.) GASTON. Un vieillard!... ali ! ne trouverai-jc personne qui puisse laver de ion sang cet odieux nom de bâtard ! SCÈNE XIV. D'AUBIGNÉ, GASTON. d'aubigné, à part. I.e moment est bon. (haut.) lîh bien ! vous avez parlé au baron inflexible , n'est-il pas vrai? Je partage votre douleur et votre indignation... Comme vous , je déteste ces nobles , si chatouilleux sur le faux honneur, si insensibles à l'honneur véiitablc. GASTON. Il emmène sa fille ! .. il lui donne un époux... je l'ai laissé partir... Les délier !... ils sont vieux tous deux... je les assassinerais. d'aubigné. Écoutez-moi. GASTON. Ah! je m'en souviens... Marie a un frère, il peut tenir une épéc, lui, ii répoudra pour les deux vieillards. d'aubigné. Il ne se battra pas avec vous. GASTON. Je l'appellerai làcbc. d'aubigné. Il vous appellera bâtard et ne le bultri pas. GASTON. Ah! d'à ubigné. Pourtant, si vous voulez partir ? 37 GASTON» Tout de suite ! D'AUBIGNÉ. Mais comment ? de l'argeut, des chevaux, tout vous manque. GASTON. Eh bien.' je trouverai quelqu'un qui prendra pitié de moi... celui- là sera mon premier ami. d'aubigné. Les ohevaux vous attendent... de l'argent en voilà. GASTON. Je m'abandonne à vous! d'aubigné , à part. Dieu soit loué! la eause du parti est gagnée. GASTON. Fuyons... Audoin! SCÈNE XV, AUDOIN, D'AUBIGNÉ, GASTON. d'aubigné. J'emmène oe jeune homme dans les environs... il faut calmer son agitation... Je vous le ramènerai plus tranquille. AUDOIN. Pauvre Gaston ! d'aubigné. Il vous pardonne... GASTON. Oui. (à part.) Car je ne dois plus le revoir. audoin, à d'Aubieni. Veillez bien sur lui. d'aubigné. Je ne le quitterai plus. GASTON. Ah ! Marie, Marie ! Audoin, seul- Allons achever mon placet pour le cardinal. (Il* sortent.) FIN DU DEUXIEME ACTE. 4 38 ACTE ÏIÏ (<«9)- Une salle de cabaret ; porte au fond. SCÈNE PREMIÈRE. MADAME LANDRY, garçons, rangeant les tables. MADAME LANDRY. Allons , yous autres , dé[>Êehez-vous... il est sept heures et demie , et la réunion est pour huit heures, (a un garçon.) Combien île bouteilles ? UN GARÇON. Cinquante i les voioi. MADAME LANDRY. A leur santé... et remettez celle-là avec les autres... Les ivrognes voient double... ils boivent.-, ils paieront comme dit monseigneur le cardinal, il n'y a rien à rabattre avec eux; soyez, polis cependant, OU ce cabaret est le rendez-vous des gens les plus distingués de la ville et quelquefois de la cour. SCÈNE II. MADAME LANDRY, D'AÙBIGNÉ, garçon. . DAUBIGNÉ. Personne encore ? MADAME LANDRY. Personne. d'aubigné. Pas même mon neveu. MADAME LANDRY. Von-; u'evez pas vu le neveu de M. d'Aubigné? UN GARÇON. Non. MADAME LANDRY. De'quel pays avez-vous donc ramené ce beau garçon-la ? Avec une figure comme la sienne, votre neveu ne manquera pas de protectrices ; vous n'êtes à l'aris que depuis quelques jours, et entre nous , c crois bien qu'il a mis le temps » profit. d'aubigné, Plait-il ? (à part.) Je crains toujouis quelque imprudence. MADAME LANDRY. ■ . Lu dernière fois que vous êtes venu ici avec les gentilshommes que 39 vous alterniez aujourd'hui, votre neveu en sortant a été accosté par un page qui lui a remis secrètement une lettre. d'aubigné. Si c'est rie la part d'une grande dame, elle pourrait choisir un cavalier d> plus mauvaise naissance. MADAME LANDRY. Tout est prêt, et vos amis peuvent venir. d'aubigné. Fort l>i' n. MADAME LANDRY. Au moins, pas de propos politique*, monsieur d'Aubigné ; oc n'est pas que la maison ne «oit sine, mais le cardinal a des espions partout, et moi je ne puis refuser ma porte à ceux qui veulent entrer; par eiempie , a ce M. tic Saint-Mai J , qui est une créature du Maurin. d'aubigné. L'ancien gouverneur de Bourgogne... MADAME LANDRY. Rappelé parle cardinal pour faire la cour à la belle veuve du marquis de Senecey. Ali! c'est une intrigue... Le cardinal s'aperçoit que lu roi néglige sa nièce pour la marquise, et prudemment il choisit un mari pour celle-ci. d'aubigné. Ah! madame Landry, voilà de la médisance; et si nous jasions aussi haut que vous... mais soyez sans crainte... de la politique! le moment serait bien choisi, par-dieu ! Ne sommes-nous pas tous heureux , protestans et catholiques , sous le roi Louis XI \ ? et moi-même ne dois-je pas à sa bonté ma rentrée à la cour? Allez à vos affaires, madame Landry. Le vin est-il bon? MADAME LANDRY. Excellent. d'aubigné. Tant mieux. C'est le vin qui met en gaîté les hommes, comme l'amour met en joie les femmes , n'est-ce pas? MADAME LANDRY. J'ai connu des buveurs qui avaient le vin triste, et de pauvres femmes qui ne riaient pas toujours; mais sur ce chapitre-là je me tais. On ne peut parler de ce qu'on ignore. d'aubigné. Jeune et belle , comme vous l'êtes, madame Landry , on ne vous croira pas sur parole. 40 MADAME LANDRY. Toujours galant, monsieur d'Auhigué. d'aubigné. Toujours. , EUe sorf ) SCÈNE III. D'AUBIGNÉ, seul. Knfin , le moment est venu ! Jamais conspirateur n'eut la partie plus belle... Je tiens dans mes mains le sort de la monarchie, celui de l'Europe, celui delà religion!... Ali! si j'avais pu m'emparerde cette cassette, ou le père Audoin renfermait les messages d'Anne d'Autriche... mais je suis arrivé trop tard. Le saint homme était allé rendre ses oomptes à Dieu , et le précieux dépôt avait disparu... renvoyé sans doute à Louis. N'importe, l'origine du prince est écrite sur son front. Que nous faudrait-il cependant?... Un accident... une maladie un hasard.'... Que Louis rejoigne ses aïeux, et la couronne tombe sans efforts sur la tête de son frère , un roi de notre religion!... un roi qui ne serait en réalité qu'un instrument sous ma main. Fidèles catholiques, nous verrions alors de vos conversions par milliers. La parole du maître est si persuasive... Mais je m'oublie : Gaston ne sera peut- être qu'un otage entre mes mains. 'Il regarde par la fenêtre.) Ah! voici oe cher neveu... M»» nevetl!... Que Dieu et le roi me le pardonnent) SCÈNE IX. D'AUBIGNÉ, GASTON. GASTON. Tu es arrivé le premier, bel oncle; mais comme tu vois, l'élève suit le niailre, quand il s'agit (l'une joyeuse partie. DAUBIGNÉ. Mon cher neveu, pour un nouveau réformé, vous menez une vie dont l'austérité n'est pas exemplaire. GASTON. Ah ! nous nous fâcherons... d'abord pour ce vous , qui me déplait , et ensuite pour tes sermons... Voyons, que venons-nous faire ici? vas-tu nous parler enoore , comme l'autre soir , du cardinal, des pro- testans, de Dieu et du diable ? Tout cela est bon pour toi. DAUBIGNÉ. Et que proposes-tu? GASTON. De rire et de vider des verres eu l'honneur de nos belles. 41 d'aubigné. Oui, l'on m'a dit que tu avais fait une conquête. GASTON. A celui qui dirait du mal delà mienne je donnerais un coupd'épée, et un remerci meut à qui me dirait son nom... oar je n'ai encore reçu d'elle que des billets sans signature : c'est une aventure de roman. d'aubigné. Fou que lu es! GASTON. Sais-tubienquedans ses lettres, la dame m'engage à me méfier de toi? d'aubigné. De moi ? «ASTON. Et de tes amis. d'aubigné, à part. Soupçonnerait-on nos projets? GASTON. J'ai suivi son page, et je l'ai vu rentrer au Louvre. Il faut que me» amis m'aident à la découvrir. d'aubigné. Digue occupation pour des gentilshommes! GASTON. Des gentilshommes! Parle pour eux et pour toi; mais moi qu'ai-je à faire, sinon à prendre la vie gaimeul? Autrefois j'ai juré effrontément que j'étais le fils du baron d'Orville... Maintenant me voila ton Deveu , sans être devenu pour cela de meilleure famille... Ma foi, j'ai renoncé à connaître la mienne. Je te n uieroie de m'avoir tiré de 5c- mur où je languissais... Tu m'avais promis de me faire voyager, et depuis deux ans tu as bien tenu ta promesse. Mais je voudrais me reposer et voir le monde ailleurs que sur les grandes routes... Paris m'olhe ses plaisirs , et tu me les refuses.,. La cour, je n'eu puis approcher... d'aubigné. Et qu'y verrais-tu? des insensés qui dépensent en fêtes le fruit de la sueur du peuple ; sout-ce là les plaisirs qu'il te faut? Tu trouves bien sans doute que le roi lui-même... GASTON. Vraiment, qui s'amuserait dans le royaume , si ce n'est lui ? Tu ris de pitié, mais c'est toi qui me fais de la peine... Au lieu de te tenir tranquille, tu passes ta vie à intriguer, et de moi, tu fais une espèce 4. . 42 de conspirateur en second, un pilier du cabaret où tu tiens tes conférences mystérieuses, un véritable oiseau de nuit qui ne vole que dans les ténèbres... et au bout de tout cela que trouverai-je ? une prison d'état peut-être... Ab ! prends-y garde, au moins, cber oncle, je t'en prie; je sens que j'y mourrais d'ennui au bout de huit jours.... Veutre-Saint-Gris , comme disais ton Henri IV , la vie au soleil, active, bruyante, dissipée, voilà ce qu'il me faut... Des fêtes, des plaisirs... et puis, des conspirations si tu veux, pour remplir le reste du temps. d'aubigné. Des idées plus sérieuses t'occuperont bientôt. GASTON. Je suis sérieux aussi quelquefois, quand je suis seul; le souvenir de Marie et dé l'affront que j'ai reçu se réveille... C'est toi qui m'as empêché de me couper la gorge avec son frère... Marie.'... je l'aimais bien... je l'aime encore... mais elle est devenue la femme d'un autre... Elle m'a oublié peut-être.. Esl-elle à la cour? d'aubigné. Qu'importe? c'est une folie d'y songer encore... Voici nos amis... (à part.) H n'y pas un moment à perdre. SCÈNE V. LAUNAY, POMPIGNAN, D'AUBIGNÉ, GASTON, gentilshommes, d'aubigné. Bonjour, messieurs; il table tous , et le verre en main. GASTON. C'est parler. (Us s'asseyent. Launay, Pompignan, dAubigné et Gaston à la table de gauche ; les autres aux tables de droite.) d'aubigné. Demain la cour va partir pour un voyage de quelques jours , il est temps de donner le signal d'une entreprise juste... GASTON. Un moment, cher oncle...'tu nous prends par trahison... Je suis venu au cabaret pour,me divertir en bonne compagnie, et non pour t'eulendrc rabâcher tes griefs contre la cour... A ta sauté... et que ceux qui pensent comme moi me fassent raison... Personne? POMPIGNAN. ri'Aubigné, yous nous aviez repondu de votre neveu? 43 d'aubigné. Et j'en réponds encore. LAUNAY. Pourtant oe langage... Voudrait-il déserter notre cause? (Ils se levant cl s'approçhcnt de Gaston.) GASTON. Moi ! messieurs, yous me connaissez mal... La métier de conspirateur ne me plait pas..! J'ai été engagé presqu'à mon insu dans tes menées dont le but est noble et le succès incertain... Mais puisque vous êtes tous décidés, personne ne pourra dire qu'au moment du péril j'ai abandonné mes amis... Launay , prenez ce ) oignard, et si j'hésite quand il faudra agir, frappez, (à d'Aubigné.) Parle, maintenant, mou oncle. d'aubigné. Nos projets sont bien compris. Recouvrer toutes les franchises des grands vassaux de la couronne, toutes les libertés de notre conscienoe ; prévenir les nouvelles attaques qui se préparent dans l'ombre contre la religion ; enfin , obtenir le redressement de tous nos griefs , voilà la fin que nous nous proposons. Maintenant, voici nos moyens.., Nous emparer de plusieurs places fortes , nous appuyer de quelques grands noms, et de nos voisins de Flandre; mettre à notre tête un prince du sang royal, dont je vous ai d'avance promis le concours , pour dicter ensuite les conditions d'un traité. Pompignau, sur combien d'hommes pouvez-vous comptez pour un coup de main?... POMPIGNAN. Sur mille à peu près. d'aubigné. Tous armés? POMPIGNAN. Tous. d'aubigné , à Launay. Et vous? LAUNAY. Je vous promets Nancy. d'aubigné. Votre régiment vous est dévoué... (à Pompignan.) Avez-vous reçu les dépêches du prince d'Orange? POMPIGNAN. 11 nous joindra au premier signal. Alais quel est le prince qui doit nous commander, est-il français ? d'aubigné. Vousle connaîtrez plus tard, quand notre sainte entrepriseaura réussi. 44 POMPIGNAN. En attendant, où est noire chef? d'aubigné, montrant Gaston. La voici. TOUS. Gaston! GASTON. Moi!... SCENE VL les mêmes, MADAME LANDRY. MADAME LANDRY. M. de Saint-Mars vient d'entrer. POMPIGNAN. Saint-Mais! un agent du cardinal! LAUNAY. Sommes-nous découverts?... DAUBtGNÉ. Reprenez vos places. (Ils s'asseyent tous.) SCÈNE VII. les mêmes, SAINT-MARS. d'aubigné, élevant sou ferre. A la gloire et à l'heureux mariage du roi Louis XIV! SAINT-MARS, Ùlilllt SOIl cluipcUtl. Je m'unis à vous, mes gentilshommes... pardonuez-mo. me liberté*. J'ai pénétré jus<|u'ici saus Connaître aucun de vous... n'est-il poiut dans votre compagnie un jeune homme nommé Gaston? GASTON. Me voilà. SAINT-MARS. M'accorderez-vous la faveur d'un entretien? GASTON. Volontiers, monsieur. d'aubigné, à part. Que lui veut-il? {haut.) Nous vous laissons ici, mon jeune compagnon... nous nous retrouverons ce soir... (bas.) à minuit... (haut.) Le verre en main... (èas.) et l'épée au poing. (Ils sortent.) 45 SCÈNE VIII. GASTON, SAINT-MARS. saint-mahs , a part. Il fout que ce jeune homme «oit quelque personnage suspect, le Cardinal nie charge de l'interroger. GASTON. Que me voulez-vous , monsieur ? SAINT-MARS. Je venais... que vois-je ? quelle étrange ressemblance... GASTON. Etes-vous peintre, monsieur? et tellement enchanté de ma figure que vous veuillez en prendre copie ? à votre aise... de face ou de profil... mais commencez ou parlez. saint-mars , à part. C'est le visage du roi, sa taille , le même son de voix... (liant.) Un grand personnage frappé de votre bonne mine , prend à voire fortune le plus vif intérêt... et l'on pourrait vous produire à la cour en vous attachant à sou service. GASTON. Quel est ce seigneur? SAINT-MARS. . Mais vous me pressez déjà bien vivement... et si le cardinal n'avait pas voulu se faire connaître... GASTON, Le cardinal... je refuse... je dois refuser. saint-mars. Cette réponse l'étonner», N'avez-vous pas des titres à cette faveur? n'êtes-vous pas gentilhomme et bon catholique î GASTON. Monsieur... SAINT-MARS. Sans doute vous n'avez jamais vu ,'la cour... Vous avez été élevé dans quelque province éloignée. GASTON. Peu vous importe, je suppose... SAINT-MARS. Je cherche les raisons de l'étrange accueil que vous faites à mes offres. Si vous saviez oe que vous refusez. , GASTON. Celle oonr est-elle en effet un si magnifique séjour? 46 SAINT-MARS. Ah ! jeune homme il fallait voir le dernier carrousel du cardinal. GASTON. Et ce que l'on dit de la galanterie des dames el lie leur beauté... SAINT-MARS. Tout cela est vrai... nous au lies gens de cour, nous trouvons pr de cruelles... GASTON. Et parmi toutes ces belles, n'eu oiti-t-on pas quelqu'une? SAINT-MARS. Avant toutes , une dame d'honneur de la reine-mère , la charmante veuve du marquis de Senecey. GASTON. Veuve, dites-vous i elle est rétive? SAINT-MARS. Vous la connaissez?... GASTON. Marie d'Ostanges... la oomp igne de ma jeunesse. SAINT-MARS. Vous avez été élevé à Semur. GASTON. Dans la province dont vous étiez gouverneur. SAINT-MARS. Vous habitiez les bords de l'Yonne , avec le père Audoin... près du baron d'Ostanges ; on vous nommait d'Orville. GASTON. Et vous) monsieur, vous étiez ce Saint-Mars que la province entière détestait, et dont j'ai souvent combattu les actes tyranniques; vous voyez, monsieur , que nous nous connaissons. saint-mars , à part. J'en sais assez pour le cardinal. (haut.) Oseriez-vous porter vos vues jusqu'à la marquise? GASTON. Qui m'en empêchera? SAINT-MARS. Les nobles gentilshommes qui la courtisent et qui souffrent à peine la rivalité du roi. GASTON. Du roi.' SAINT-MARS. Celui qui a Louis pour rival ue redoutera pas M. Gaston d'Orville 47 GASTON. Ël lui à son tour ne redoute personne. SAINT-MARS. Il suffit .jeune homme; sachez vous modérer, et n'attirez point sur vous par quelque imprudent éclat les yeux d'une cour qui peut-être observe déjà vos démarohes... j'ignore le motif de cette surveillance... mais si vous en croyez mes avis , ne paraissez point au Louvre. SCÈNE IX. GASTON, seul. Marie me serait rendue... je la reverrais libre! Ali! comment n'ai- jc pas deviné que ces messages secrets me venaient d'elle ? elle m'aime encore... je le crois... que ce Saint-Mars soit mon rival... peu importe... mais le roi !... le roi... Oui, voilà le danger... Un prince jeune, victorieux , cité pour sa galanterie.,, aura-t-elle pu résister à ses soins?... Il faut que je la revoie, que je lui parle... Dame d'honneur delà reine-mère, je demanderai ; je me ferai indiquer... j'ai de l'or, d'Au- bigné ue m'en laisse pas manquer; quant à sa oonspiration! eh bien, je la retrouverai ici, à minuit... Où diable a-t-il eu l'idée de me faire nommer chef,., à la bonne heure, j'aime à commander; mais avant tout au Louvre... au Louvre... Ah ! la beauté cachée dans ce palais est plus précieuse pour moi, que toutes les puissances qu'il renferme. , (// iorf.) SCENE X. Au Louvre. L'appartement de la marquise : porte d'entrée au fond; à gauche du spectateur, porte conduisant ohez la marquise ; à gauche, sur le dernier plan, une fenêtre; à droite, une toilette avec uue glace. A gauche, une table garnie. MARIE, seule. Ce portrait... il semble que ce soit le sien... dans l'image de Louis, je retrouve ci Ue de Gaston... que leurs traits sont semblables... mais que leur langage est dillereut! .. autant que la galanterie est au-dessous du véritable amour... Pauvre Gaston!... je tremble pour Initie cardinal soupçonne un complot... Ah! qu'il parte... qu'il parte... ma dernière lettre n'était pas assez pressante : écrivons encore... SCÈNE XI. MADEMOISELLE AUBRY, MARIE, assise devant la toilette. MARIE. Vous voila, mademoiselle Aubry ? est-ce l'heure de me rendre chez la rciue-mère ? 48 MADEMOISELLE AUBRY. Oui madame , souffrez que je rajuste votre coiffure. MARIE. Ne prenez pas ce soin. MADEMOISELLE AUBRY. La tristesse de madame la marquise nous étonne beaucoup) veuve, jeune et belle, entourée des hommages de toute la cour et de ceux même du maître... MARIE. Je ne les ai pas cherchés. MADEMOISELLE AUBRY. C'est pouroela qu'ils vous cherchent... Le roi aime, dit-on, les entreprises difficiles... Or, uu amant bien épris ue se décourage pas pour un peu de rigueur. MARIE. Vous lisez trop de romans, mademoiselle. MADEMOISELLE AUBRY. Ah ! madame, l'Astrée et la Clélie sont de bien beaux ouvrages , et je m'étonne qu'une personne si accomplie que vous l'êtes sur les ohoses d'esprit ne partage pas mon admiration : rien n'est plus divertissant que ces aventures mystérieuses , oes déguisemens de monarques eu bergers, ces amours qui commencent, qui continuent et se termiuent d'après les règles de la belle galanterie... Par exemple, je me figure le roi oomme un véritable héros de roman. Je ne l'ai vu qu'une fois depuis que j'ai l'honneur d'être attachée à votre service : c'était au dernier carrousel : que sa figure m'a paru belle ! MARIE. Bien belle, n'est-ce pas ? MADEMOISELLE AUBRY- Des traits si nobles... MARIE. Tout-à-tait nobles , ma bonne Aubry... MADEMOISELLE AUBRY. Et digues d'un maître du monde... MARIE. Voilà oc que j'ai toujours pensé de lui !... MADEMOISELLE AUBRY. Je me disais quesi j'étais grande dame et qu'il eût pris mes couleurs, j'aurais craint d'eu mourir de joie. Singez donc... un roi! MARIE, à part. Toujours le roi! (haut.) Lais ous cela... Vous trouverez dam m* De l'apporterez; il faut que je la remette à Sa Majesté aujourd'hui nème, (Mademoiselle Aubry sort.) J'avais oublié ce dépôt que le père \udoin m'a fait parvenir... Je ne sais ce que ce peut être... le roi doit 49 chambre une cassette qui porte l'empreinte des armes royales : vous me l'apporterez; il faut que je la remette à Sa Majesté aujourd'hui mën Ai seul eu avoir connaissance. SCÈNE XII. MARIE , un domestique , ouvrant la porte du fond. LE DOMESTIQUE. Madame la marquise veut-elle recevoir ? MARIE. Qui désire me parler? M. de Saint-Mars? LE DOMESTIQUE» Un gentilhomme que je ne connais pas. MARIE. Laissez entrer. (Gaston entre et s'arrête.) (à part.) Gaston ! (au domestique.) Allez attendre mes ordres. SCÈNE XIII. MARIE, GASTON. GASTON. Marie ! C'est vous!. MARIE. GASTON. Vous èles étonnée... peut-êlre la marquise de Seneoey attendait-elle le visite du roi de France ? MARIE. Quelle parole dans un tel moment! Ah! je n'espérais pas vous revoir... Comment avez-vous appris?... GASTON. J'avais des soupçons, Marie, que ces lettres venaient de toi... et ton nom, ton rang â la oour m'ontélé révélés... M. de Saint-Mars... MARIE. Tu l'as vu? GASTON. Si je l'ai oompris , il t'aime... il aspire a l'honneur de ta main .. ne me dis pas que tu rejettes ses hommages, tu me ferais rougir de te l'avoir demandé ; mais moi, tu m'aimes encore ? ils ne sont pas vains, n est-ce pas , les sermens qu'on se fait seuls au milieu de la nuit! elles 5 50 ne s'efTaoent pas du cœur les paroles d'amour qu'on prononce à voix basse... rien ne s'oublie, u'esl-ce pas ? nous n'avons pas été séparés... tu es resiée avec moi, Marie, toujours présente à nia pensée... Et toi, dans cette cour brillante, tu songeais à moi, au jeune homme obscur, dédaigné, et ton amour me vengeait des mépris du monde... Ah.' Marie, oublions que deux ans se sont écoulés, et dis-moi, comme autrefois , dis-moi, belle dame et noble marquise , que tu aimes le pauvre Gaston. MARIE. Ah ! jugrs-en par mon inquiétude au moment où tu exposes tes jours. GASTON. Seraient-ils menacés ? MARIE. 3e ne sais , mais vos réunions secrètes... GASTON. Eufin, que soupçonue-t-011 ? MARIE. TJn complot... une entreprise contre l'autorité du premier ministre... Admise dans l'intimité des grands, je saiiotielc oardinalest inquiet... il fait surveiller tous les niéuoulens... Ou connaît le lieu où ils se ras* semblent. GASTON. Oh ciel! lu me fais trembler... non pour moi, mais pour eux,.', pour d'Aubigué. MARIE. Il faut rompre avec eux. GASTON. Il faut les prévenir. MARIE. Sans les revoir, du moins; peut-être serait-il trop lard... Fuis... je l'eu conjure. GASTON. Pour laisser le champ libre aux vœux d'un seigneur noble ou d'uu monarque. MARIE. (iaston ! GASTON. Prévenir mes amis, partir ensuite, mais seul... c'est le fait d'un lâche qui tient à la vie... Avant de te revoir je l'aurais risquée sur un coup de dés, je la jouais avec d'Aubigué dans un complot... si je renonce îi paitager les dangers de mes amis, il faut que tu renonces à 51 cet éclat qui t'environne; c'est on sacrifice pénible pour une femme , mais ce sera le prix de l'honneur A*nn homme. . si tu Lésites, tout e-l dit entre nous... tu ne m'aimes plus... je puis attendre les coups du cardinal. MARIE. Fuir aveo loi » mais comment? GASTON. Ne crains rien... partout j'ai des amis qui protégeront nia fuite... un avis secret instruira d'Aubigné... demain ou ce soir si tu veux... MARIE. Demain... ce soir... abandonner la cour , mon rang , mon père ! GASTON. Est-ce tout ce que tu regrettes ?... tu ne m'as point parlé du roi. MARIE. On vient, silenoe. SCÈNE XIV. les mêmes, MADEMOISELLE AUBRY. MADEMOISELLE AUBRY. Madame , voici la cassette que vous m'avez demandée... Ce ne peut èlre un trésor, car elle est bien légère... (Elle la pose sur la table à gauche.) Je viens de voir le gentilhomme de service qui vous mande à l'instant même ohez la reine-mère... On veut consulter votre goût sur une parure du prochain ballet. MARIE. Des parures... des fêtes... (à Gaston.) Ah! ce n'est pas un regret. (à mademoiselle Aubry.) Vous reconduirez ce gentilhomme par l'escalier dérobé, (à Gaston.) Vous m'excuserez monsieur, (bas.) Revenez ce soir. gaston , à part. 0 bonheur.'... (haut.) Je salue humblement madame la marquise. (Mûrie sort.) SCÈNE XV. (.ASTON, MADEMOISELLE AUBRY. GASTON. Ah! j' nv , is lor , ( , e me mn dv „ e Poui a mfi res[c uj) douPÈ IMmcir.. Mademoiselle... MADEMOISELLE AUBRY. Le roi! est-il possible , sous ce vêlement... 52 GASTON. Qu'avcz-vous donc? MADEMOISELLE AUBRT. Est-ce bien lui? Pardon... la surprise... le respect... GASTON. Je ne vous comprends pas. MADEMOISELLE AUBRY. Ah! Sire , je m'attendais si peu à voir Votre Majesté... gaston, à part. Sire... Votre Majesté. . que veut-elle dire ? MADEMOISELLE AUBRY. Qui vous a vu une fois, doit en conserver le souvenir. GASTON , à part. Elle me prend pour le roi... MADEMOISELLE AUBRY. Ce di'guisement est tout-à-fait galant et conforme à l'usage* gaston , à part. Cette femme estfolle, son erreur me servira... {haut.) Soyez discrète et parlez bas. MADEMOISELLE AUBRY. Oui, Sire, aussi bas que vous voudrez, GASTON. Vous avez déjà vu le roi... tous m'avez vu , dis-je, une fois ? MADEMOISELLE AUBRY. Une seule. GASTON. Dans cet appartement ? MADEMOISELLE AUBRY. Non , Sire. gaston, à part. Je respire. MADEMOISELLE AUBRY. Mais flans le glorieux carrousel où vous portiez les couleurs de ma maîtresse, GASTON, à part. Ali ! c'est un amour déclaré, [haut.) Et dites-moi, la marquise wt" elle (1ère du pouvoir de ses charmes, répond-elle aux empressenicus que son roi fait paraître ?... Ah! parlez sincèrement, .je le veux. MADEMOISELLE AUBRY. Ah! Sire, qui peut rester insensible à vos hommages! Li marquise allecloen vain de l'indifférence... soyez certain qu'elle vous aime. Ciel! 53 gaston , à part. MADEMOISELLE AUBHY. Lorsqu'elle fut présentée à la cour, tout le monde s'aperçut de l'im- pretiion que lui causa la présence de Louis. GASTON. Est-il vrai ? MADEMOISELLE AUBRY, Il fallut la soutenir, tant l'émotion était forte... puis elle devint triste, rêveuse , et souvent je l'ai vue tirer de son sein un portrait du roi, qu'elle couvre de pleurs... gaston, à part. Ah!... MADEMOISELLE AUBRY, à part. Il parait bien ému , c'est de joie apparemment. GASTON. Mais son père le baron d'Ostanges ? .. MADEMOISELLE AUBRY. Votre Majesté a eu ses raisons pour l'envoyer en Angleterre. gaston , à part. Je m'en doutais, (haut.) Il suffit, je vous remeroie, je reverrai la marquise... retirez-vous. (Mademoiselle Aubry s'incline et se retire.) SCÈNE XVI. GASTON, seul. Qu'ui-je appris?... les rapports de celte femme, les discours de Saint-Mars , tout s'accorde, tout m'explique l'hésitation de Marie... Pourtant elle est prête à quitter pour moi ce séjour de luxe et de corruption ; rien ne la force... écrivons cependant à d'Aubigné... (// va s'asseoir devant la table à gauche.) Tout est découvert, fuyez... ce portrait du roi! (voyant lacassette.)Vuc cassette aux armes royales?... oui... ce sont bien les armes de Louis. Que renferme-t-clle ? quelque preuve peut-être... holà quelqu'un !... contenons-nous. SCÈNE XVII. GASTON, MADEMOISELLE AUBRY. GASTON. Veuille* fai Voil rc reroeUw ce billet... non. (Il le déchire.) Malédiction! « "ne cassette bien préoieuse... que peut-elle contenir? 54 MADEMOISELLE AU13RV. Voire M.ijcslé doit le savoir mieux que pcisonur , pnisque c'eslà die que ma maîtresse devail la rendre aujourd'hui même. GASTON. Au roi ! MADEMOISELLE AUBRY. A vous seul en secret. GASTOS. Et pourquoi?,,. MADEMOISELLE AU1ÏR Y. Je ne sais ; mais si elle s'applique à surmonter son penchant, si elle se décide à une rupture , il est d'usage de se rendre les gages d'amour. Voire Majesté n'a plus lieu à (n'ordonner? GASTON. Bien... laissez-moi... bissez-moi... MADEMOISELLE AtJBRY. J'obéis. (Elle sort.) SCÈNE XVIII. gasxon , seul. Au moment où elle se réconcilie avec moi!... que renvoic-t-clle a son noble amant? des présens ou des lettres... elle les avait reçus... elle m'avait trahi !... Ce consentement qu'elle m'a donné, je ne le dois qu'à un moment de repentir , qu'à sa pitié. Oh! le cœur d'une femme n'est pas à l'épreuve du titre de roi... comptez sur la foi jurée pour cette vie... fumée légère qui s'évanouit sous le regard du maître... O Dieu! mais je veux la convaincre, lui reprocher sa perfidie; la preuve est là..... je l'aurai... . Que vais-jc faire? ouvrir cette cassette : violer ses secrets!... ses secrets! pourquoi, pourquoi ne pas me dire : je ne t'aime plus, la vanité m'a séduite... je serais parti seul... Mais la prendre pour compagne de ma fuite et la soupçonner... ah! c'est affreux pour elle... pour moi... La vérité Yaut mille fois mieux... (cherchant à ouvrir la cassette.) Ah! ce n'est pas le sceau royal qui arrêtera mon poignard. (La cassette s'ouvre.) Des lettres ! j'en étais sûr... O Marie ! Marie!... d'où vient que je n'ose lire ?... Ai-je encore quelque chose à apprendre? Une lettre en chiffres! (Il la recette.) et celle-ci.,. Au père Audoin... Que vois-je?„. Au père Au- dotn?... Anne d'Autriche... Ma vue se trouble-t elle ?... Est-ce une illusion?... Moi!... moi! que dit-elle?... « Gaston , frère jumeaude louis XIV... » Je deviens insensé!,.. « Le prince a une petite tache à la main gauche... » La voilà... « Vne autre au côté droit du col !■■• » (1/ s'élance versla g.'acc et déchire sa cravate.) Ah!,., et celle-ci en- 55 core!... (VI tombe sur un fauteuil.) « N'oubliez pas qu'il est du sang » royal de France, et que la mort du Dauphin peut appeler sur » la trône Gaston, frère jumeau de Louis XIV. » C'est écrit... et signé Aune d'Autriche!... Ma mèiv.'... frère du roi!...fils de LouisXIU!.. Paix à ta mémoire, mon royal père... Amour pour vous , ô ma mère , qui ne m'aviez pas proscrit sans retour ! Amour à toi mou frère !... mon frère.'.,. Il est roi!... Et moi aussi je suis roi de France.,, encore son rival !... Je lui ressemble , disent-ils , je veux lui ressembler plus encore. Ah! ne me repoussez pas , mou frère Louis : 11 me faut nia part de l'hoiitage de notre père... Vous voyez : Gaston , frère jumeau de Louis XIV, signé, Anne d'Autriche... Gaslon , c'est moi! Anne d'Autriche, c'est ma mère ! Ah ! ne me repoussez pas , ou vous répondrez devant Dieu de la paix du royaume. Gardez , gardez pour vous les pompes et les joies de la cour , mais à moi des armes , des soldats , de la gloire!... Protestai», c'est moi qui porterai vos plaintes: vous tous , dont on méconnaît les droits, venez à moi : on a violé les miens... venez à moi, nous aurons justice ensemble... C'est un fils de Franco qui vous rallie : oui , j'écrirai sur mes drapeaux ; Gaston , frère jumeau de Louis X1Y , signé , Anne d'Autriche. Oh ! comment ai-je pu vivre ainsi jusqu'à ce jour ?... Je me sentais la quelque chose... Obscur, rejeté, j'avais du sang royal dans les veines, et pourtant une seule pensée m'occupait : l'amour d'une femme , et une fuite honteuse,,. Que vous êtes vides maintenant, rêves de mes jours oisifs, plaisirs d'où coeur qui s'ignorait !... Aujourd'hui le réveil au bruit des armes,.. Vingt batailles , et la gloire, et les regards , et les applau- disseraens du monde... Oh .' quelle vie ! Ce sera la mienne , et je n'ai que vingt ans , et j'ai de la force, et j'ai le cœur pur !—Quelqu'un !.. Sa mens d'un roi, pensées qui troubleriez le repos du monde , rentre» dans mon sein. SCÈNE XIX. SAINT-MARS , GASTON, un domestique au fond. saint-mars , entrant. J'attendrai madame la marquise. • [Le domestique sort.) (A pa/t.) Le voilà ! une querelle et nu coup d'épée... J'ai mes instructions, (haut.) Vous dans cet appartement, jeune homme ? GASTON. Votre étonnement me déplait. SAINT-MARS. L'approche du Louvre vous était interdite. •« 56 CAS I ON. C'est pour ce'a que j'y tuis T»nu, SAINT-MARS. La marquise souffre doue vos visites ? GASTON. Demandez-lui si elle souli'rc les vôtres. SAINT-MARS. Vos réponses sont brèves et moins polies qu'on ne les échange enlre gentilshommes. GASTON. Peut-être ccnviennenf-cllc s de vous à moi. SAINT-MARS. Je me tiendrais offensé, si vous étiez d'un rang plus élevé, mais vous n'êtes pas m.m égal. GASTON. Non. Ni ne voudrais l'être. SAINT-MARS. Je le crois , votre naissance vous assure l'impunité. GASTON. Ah! rendez plutôt grâce à la vôtre. SAINT-MARS. Je prétends à la main de la marquise : je ne souffre point de rival de voire sorte., Hetirez-vous. GASTON. Me ooramauder.,. k moi : vous l'osez ! SAINT-MARS. Etes-vous seulement gentilhomme? GASTON. Je jure Dieu que je le suis. SAINT-MARS. Eh bien !... faites-moi raison l'épéc à la main. GASTON. De tout mon coeur, (ùpart.) Que vais-je faire?... commettre ma destinée avec cet homme... SAINT-MARS. Vous hésitez. GASTON. Je vous épargne j mais retirez-vous. 57 SAINT-MARS. Si vous êtes de noble famille , faites-le voir... Mais non , vous avez peur... GASTON. Insensé. 1 ... savez-vous à qui vous parlez ?... Respectez-moi, moniteur. SAINT-MARS. Vous ! GASTON. Demandez pardon... SAINT-MARS. A qui? vous me faites pitié. GASTON. Pitié!... chapeau bas , monsieur, chapeau b.ns. (Il lui arrache son chapeau.) SAINT-MARS. Insolent! qui étes-vous donc? , GASTON. Je suis... Défendez voire vie. (Ils niellent Vêpée à la main.) SAINT-MARS. Et vous la vôtre. GASTON. Voici la marquise. SAINT-MARS. Quand l'horloge sonnera six heures, derrière le Louvre. GASTON. J'j serai. (Us remettent leurs ( : pées.) SCÈNE XX. les mêmes, MARIE. MARIE. M. de Saint-Mars! SAINT-MARS (l). 3 " suis désespéré, rnadainc, d'avoir manqué l'occasion de vous en- • rel< ' ma is mon service m'appelle chez le cardinal. Six heures vont bientôt sonner. gaston, lias à Saint-Mars. Comptez sur moi. (Saint-Mars salue et sort.) (') 6 «»*on,Saint.M»rt, Marie. 58 SCÈNE XXI. GASTON, MARIE. MARIE. Qu'est-ce donc? Vous parliez haut quand je suis entrée; vous se- rit'Z-vous querellés? GA.'TON. Il «'est vanté «le l'épouser. MARIE. Lai! GASTON. Il fait valoir ses titres, comme aulrefoi» le marquis... Ses titres! c'est moi que ta aimes, u'est-il pas vrai? Gaston, pauvre, fugitif, sans famille ? MARIE. Toi seul. GASTON. Vois cette cassette. MARIE. Ociel! Je devais la remettre au roi! GASTON. Et c'est un roi qui l'a ouverte..; lis... Je te croyais infidèle, ]'•' violé tes secrets... Pardonne et lis. marie , après avoir lu. 0 mon Dieu! GASTON. Fils de Louis XIII... o'est moi... Eh bien? {Marie tombe à genoux.) gaston , la relevant. Ah! dans mes bras, sur mou cœur, Marie , mon bien , mon amour .' MARIE. Gaston... que je te dise encore une fois que je t'aime... Demain je partais avec toi, demain j'aurais été ta femme... Je ne suis plus que la niaitresse d'un prince. GASTON. Toujours ma femme. (On entend des voi\ confuses dans l'antichambre.) Quel est ce bruit? d'aumgné, en dehors. Je veux lui parler. GASTON. C'est la voix de d'Aubigné : un ami qui m'est tout dévoué. (Sur unsigne de Marie, ledoine.'tiqae laisse entrer cl'Aubigne) 59 SCÈNE XXlî. D'AUBIGNÉ, GASTON, MARIE. d'aubigné. Eu bien! mon cher neveu... excusez, madame la marquise, e'est doue ici qu'il faut venir te chercher ? GASTON. Vous arrivez a propos. d'aubigné. Pardon, si je trouble une reconnaissance, mais nous avons aujour- d'bui des affaires plus graves. GASTON. Je le sais, et Marie aussi. d'aubigné. Imprudent! et pourquoi es-tu venu ici? GASTON. Ne gronde pas, ober onole, je te suis... Tu dois désigner ce soir le chef îles conjurés. d'aubigné. Oui. GASTON. Il est du sang royal ? d'aubigné. Oui. GASTON. El les preuves de sa naissance? d'aubigné. Je les aurai. GASTON. Prends-les donc. d'aubigné. Ciel!... ces lettres!... GASTON. Eh bien! cher oncle, savais-ti. que ton ueveu?.. 4 d'aubigné. Depuis vingt ans , mou prince , je savais tout. GASTON. Je le confierai mes secrets .. (On entend sonner si\ heures.) (kpart.) Voioi l'heure,., sortons... (haut.) Adieu, Marie. MARIE. Monsieur d'Aubigué, je n'ai plus que des vœux à former. Veillez "Ul lui, défeudei-le des périls qui le menacent .surtout, empëobei qu'il ue rc\oi c M. de Saint-Mars... Je les ai trouvés tous deux... 60 d'aubigné. Saint-Mars! l'ame damnée de Mazariu ! mais tu as donc... tous avez donc juré de nous perdre. GASTON. D'Aubigné , vous oubliez que je ne suis plus de la famille. d'aubigné. Mou prince , depuis deux ans, je vous ai toujours dit la vérité : je vous la dirai toujours Des louanges, si elles sont justes; des reproches , si vous les méritez. GASTON. Tu as raison. Mais il faut que je vous quitte... d'aubigné. Où allez-vous ? , SCENE XXIII. les mêmes, MADEMOISELLE AUBRY. MADEMOISELLE AUBRY. Un envoyé de Son Éminence le cardinal. d'aubigné, à part. Dieu !... MARIE. Que veut-il ? MADEMOISELLE AUBRY. Faut-il faire sortir Sa Majesté? d'aubigné. Bouté du ciel! quoi vous savez... MADEMOISELLE AUBRY. Je l'ai reconnu. GASTON. Faites entrer. SCENE XXIV. LES MÊMES, UN OFFICIER, DEUX GARDES. MARIE. Que demandez-vous, monsieur? L'OFFICIE !l< Un jeune gentilhomme nommé Gaston...que nous devons conduire eu présence du cardinal. d'aubigné , à pari. Il est perdu. l'officier , montrant Gaston. Serait-ce point ce cavalier? Cl MADEMOISELLE AUBRY. Y pensez-vous ? le Roi ! l'officier. Le Roi! {Ilt'inclines.) d'aubigné, à pari. H est sauvé. gaston , à part. Je pourrai sortir, (haut.) Adieu, madame la marquise... (bas.) D'Aubigné , à ce soir... (haut.) Je vous défends de me suivre, (aux gardes.) Restez, messieurs. (Ilpasse devant les gardes qui sHnclinent, et sort.) d'aubigné. Dieu soit loué.' SCENE XXV. LES mêmes, excepté GASTON. l'officier. Mais le cavalier que nous venons chercher, où est-il? d'aubigné. Je ne sais... que lui veut-on? l'officier. Le cardinal désire aocommoder son affaire avec M. de Saint-Mars. MARIE. Que dites-vous?... un duel? l'officier. Derrière le Louvre, à six heures sonnantes. marie, à d'Aubigné. O mon Dieu, et il est parti ! d'aubigné. Malédiction ! l'officier. S'il est au remlez-vous,nous le retrouverons... Venez, messieurs. (Ils sortent.) SCÈNE XXVI. D'AUBIGNÉ, MARIE, MADEMOISELLE AUBRY. marie, à d'Aubigné. Tâchez de le rejoindre. d'aubigné. Fatale imprudence! (Il ouvre la fenêtre et regarde.) Que vois-je ? les avenues du palais sont gardées... Aucun moyeu de parvenir jus- 6. m qu'à lui..- (revenant.) Ah! ces lettres, je les aurais payées de mon •ans . les voilà el maintenant tout nous échappe. Le ciel a-t-il niaudi notre cause ? MARIE. Malheureux ! c'est moi, c'est mon amour qui le perd. u'AL'DICiNJi. Écoutez , madame ; ce secret que nous possédons seuls , n'est pas de «eux qui se révèlent ou qui s'oublient... Comme moi, vous êtes attachée au sort de Gaston : Comme moi, vous le suivrez eu quelque lieu que ce soit... MARIE. Oui, D AUBIGNÉ. Ceserala yensée de toute votre vie... MARIE. Je vous le juie. MADEMOISELLE AUBRV , rt Ici Jlllctre. Ah ! madame la marquise. MARIE. QuV a-t-il? MADEMOISELLE AUURY. Voyez, dans la rue , des flambeaux , des piques, des arquebuses, et au milieu di la loule, un carrosse : ou eutrajue un homme. MARIE. Courez vile et saclnz... SCÈNE XYVH. les .vîmes, M. DE SAINT-MARS. MARIE. Ah! monsieur de Saint-Mars! SAINT-MARS. Rassurez-vous^ madame, mou adversaire n'a point paru au rendez-vous. d'aubigné. Où donc est-il ? SAINT-MARS. Je viens vous aunouovr la nouvelluXiveur dont Sa Majesté m'honore. Je suis nommé gouverneur de la forteresse de Figuerol, et J* pji» aujourd'hui inCiue. u'aulicnl. Partez-vous seul ? 63 SAINT-MARS. Avec madame la marquise, si elle veut accepter ma main. V.AiUE. ^'ous, mon époux , jamais! .SAINT-MARS. Adieu , madame, vous ne me reverrez plus. u'aubigné. Adieu , Marie, je le reveirai. FIN DU TROISIÈME ACTE. ACTE IV 0 r ' (i f»'- Aux îles Sainte-Marguei :, e. A droite, sur le dernier plan, le fort; au fond , la pleine m' r. SCÈNE PREMIÈRE. TONY; il arrive dans sa barque en chantant un air provençal. C'est déridé : je ne prendrai pas de poissons avant le coucher du soleil... C'était bien la peine de m'aventurer jusqu'à la pointe de l'île Sle.-Marguerite, et tout près du cliàteau, pour ne rien voir encore!... Qui vient la?... Ah! o'est le uère Maurice, ce pêcheur tout nouvellement établi sur la côte... Oh! eh ! père Maurice. SCÈNE II. TONY, D'AUBIGNÉ, en habit de pécheur etsous le nom de Maurice. MAURICE. Que regardais-tu donc? Quelque prisonnier s'cst-il montré a cette fenêtre ?... TONY. Non , par malheur, et puis c'est si haut!... Dites donc, vous nr avez jamais vu ?... MAURICE. Qui? TONY. Ce prisonnier qui a toujours la figure cachée sous un masque de fer. MAURICE. Jamais. TONY. Mon père l'a aperçu en portant des provisions au château, il dit que 64 du reste c'est un beau garçon... On m'a assuré aussi que se voix est touchante. Quelquefois, pendant une nuit calme, les matelots on* entendu des chants bien doux, qui semblaient venir du ciel, avec le son d'un luth ou d'une harpt... Mais pourquoi ce masque? Voilà ce que je me demande... Je më rappelle bien quand M. de Saint-Mars l'a amené dans l'Ile. Il y a déjà dix ans... On en a parlé dans noire cabane, pendant tout l'hiver, le soir, après le souper, au coin du feu... Les uns assuraient que c'était un grand personnage, duo de Moumouth , je crois , ou bâtard de Buckin^ham ; mais les autres di- seut qu'il a une tête effrayante... une vraie lète de mort... D'autres, que c'est un sorcier qui vous jetait des sorts, rien qu'en vous regardant... C'est peut-èlre lui qui a porté malheur à ma pèche. MAURICE. C'est possible... TONY. Je suis bien sûr en rentrant d'être grondé par mon père... Grondé , ça m'est égal... mais battu !... ça m'arrive toutes les tbis que je ne lui rapporte pas du poisson, ou un éou blanc... Aujourd'hui, rien. MAURICE. Tiens , mon enfant, je suis pauvre comme toi... mais je n'ai besoin de gagner du pain que pour moi seul. Voilà quelque argent. Je t'achète ton premier coup de filet. TONY. Merci , père Maurice. On a beau dire que vous rapportez au gouverneur tout ce qui se rasse dans l'Ile , moi je suis bien sûr que vous êtes un brave homme. Je vais jeter mon filet dans les fossés du château, et je reviens tout de suite. (Il surt à droite.) SCENE III. MAURICE, seul. Moi, vendu au gouverneur! Plût au oiel qu'il m'eût déjà flétri de sa confiance !... Pauvre prince! quelle lente agonie! Depuis dix ans je cherche l'occasion de le sauver; serai-je plus heureux ici qu'à PigUCTo! ? Seul, j'ai deviné quel est l'homme au masque de fer... Marie elle-même l'ignore encore... Quand je l'ai trouvée dans l'Ile, j'ai cru qu'elle était instiuite; mais elle ne songeait qu'à la captivité de son père... Depuis deux jours je ne la vois plus. Sera-t-ellc parvenue à tromper la vigilance du gouverneur, à séduire un des gardiens du baron? Cela se peut, toute leur attention se porte sur le malheureux prince. «5 SCÈNE IV. MAURICE, TONY. TONY. La singulière aventure, père Maurice!... je la dirais chez nous, 01» ne la croiiait pas... Vous ayez du bonheur. MAURICE. Qu'y a-t-il? TONY. Je jette mon filet dans les fossés du château... en le soulevant, j« sens de la résistance... Oh!oh! pensai-je , la marée est bonne,.. Je lire et j'amène assiette d'argent... MAURICE. Donne. TONY. C'est que c'est de, l'argent manif... MAURICE. Cette assiette aura été jetée par une des fenêtres de la prison:.. H faut la rendre au gouverneur : Je m'en charge. TONY. Comme vous voudrez , vous m'avez acheté mon coup de filet : maij c'est égal, vous avez du bonheur. J'aperçois le gouverneur; je m'en vais bien vite... Ah ! faites attention , on dirait qu'il y a quelque chose d'écrit derrière, o'est rayé tout du même oôté. Adieu père Maurice. MAURICE. Adieu, mon enfant. {Tony remonte dans sa barque et s éloigne en chantant.) SCENE V. Maurice, seul. Celte assiette m'appai lient à doubla titre... (II lit.) « Tâchez de " pénétrer dans le fort Sainte-M.ugu< rite; la garnison est faible , » vous nie trouverez fidèle aux droits de ina naissance royale. L'homme * au masque de fer.» — 11 m'aura vu!... Le gouverneur!,.. Allons , maintenantcU l'audace et du sang froid; Voici le moment que j'ai désiré. SCÈNE VI. MAURICE, SAINT-MARS, un officier , quelques soldats. SAINT-MARS , à l'ojjtcier. Parcourez l'Ile : visitez la poiute sud-est où l'abordage est facilt. 6. 66 Ùmuuiuuici suspems sont, dit-on, débarqués cette nuit , assurez- vous de la vérité. l'officier. Il suffit. Maurice , à part. Ils ut les trouveront pas. (Lojjicier sort avec les gardes.) SCÈNE VII. SAINT-MARS, MAURICE. MAURICE. Est-ce que le vieux baron d'Ostauges a encore tenté de s'échapper, monsieur le gouverneur? SAINT-MARS. Non , Maurioe ; et grâce à vous qui m'avez averti de ses projets , je n'ai rien à craindre. Vous m'avez rendu service : je ne suis pas ingrat : voulez-vous quelque chose de moi ?... MAURICE. Je vous l'ai déjà dit... un lit et du pain, dans le château.:. SAINT-MARS. Impossible. Si vous avez besoin d'argent? MAURICE. Je ne demande pas l'aumône, mais seulement du repos. Puisque oela ne se peut, adieu doue... je retourne dans ma cabane ; mais avant de vous quitter, j'ai à vous remettre ce ijue j'ai péché tout à l'heure dans les fossés du château,,, une assiette d'argent. SAINT-MARS. D'argent ? (// lui donne l'assiette.) MAURICE. Je suppose qu'un de vos prisonniers l'aura laissée tomber. saint-mars , à part. Un «eul aurait pu le faire. maurice , reprenant ses filets. C'était un heureux coup de filet, mais le poisson n'était pas d e bonne prise... Adieu, monsieur le gouverneur. (1/ va pour sortir.) saint-mars, après avoir lu. Que vois-je?,.. Ne vous éloignez pas : vous répondez du ïecre'" malheureux! vous me perdez,., ma vie ou la vôlïe... restez... « v<1 vous lu ce qu'il a écrit ? fi7 MAURICE. Je ne sais pas lire. SAINT-MARS. Qui m'en répond ? MAURICE. I.a parole d'un honnête homme. SAINT-MARS. Vous devez parler ainsi ; votre liber é en déj end. MAURICE. Prcucz-Ia, si vous ne me croyei pas. sa i:\t- . ars , à part. Encore une victime de ce futal secret !... non,., non... mais que du moins il ne puisse parler. ( haut.) Écoutez , Maurice , je cède a vos prières; le domestique d'un prisonnier confié à ma garde est mort avant-hier : je vous ollre sa place , la voulez-vous ? MAURICE. Volontiers. SAINT-MARS. Mais une foi3 entré dans le château, vous ne pourrez plus en sortir. MAURICE. Jamais ? SAINT-M ARS. Jamais. MAURICE. N'importe, je consens , le château est grand.., il y a une cour pour se promener et quelques prisonniers à qui on peut dire bonjour et bonsoir. SAINT-MARS. Yous ne parlerez à personne. MAURICE. Heureusement, je ne suis pas bavard de mon naturel... je me mettrai au* fenêtres pour prendre l'air, et regarder la pleine mer... SAINT-MARS. Le prisonnier que vous servirez sera changé de chambre : celle qui lui est destinée n'est éclairéeque par une fenêtre a vingt pieds du sol... MAURICE. J'entends : c'est un cachot... allons, dépêchons-nous de conclure, c ar vous m'en diriez tant que je reprendrais mes filets et ma misère. ^ est dit, je suis à vous , et vous répondez de mon paru. „ . SAINT-MARS, suivez-moi, 68 SCÈNE VIII. LES MÊMES, T.01FICIER, LES GARDES. saim-mars, à iojjicier. Ëli bien? l'officier. Nous n'avons rien vu. , MAURICE. Vous avez mal cherché. SAINT-MARS. Que diies-V'itis ? MAURICE. Ce n'est pas à la pointe suil-est, mais au nnrrl de l'île qu'il fallait aller : douze ou quinze hommes y sont débarqués , et se sont cachés dans une caverne fouuée pu le rocher. SAINT-MARS. Comment savez-vous ?... MAURICE. Je les ai vus hier soir, je les ai entendus parler d'une voix basse et .mimée... leur dessein est de pénétrer dans le fort par surprise et de délivrer le prisonnier... (bas,) qu'ils nomment le duc de Mou- mouth... SAINT-MARS. Conduisez mes soldats. MAURICE. Sur-lc-champ. SAINT-MARS. On s'eitfparera d'eux. 1 MAURICE. Et ils pénétreront dans te fort, mais autrement qu'ils ne l'entendaient. SAINT MARS. Accompagnez cet homme... attendez : j'irai avec vous. (Maurice se place au milieu des gardes.) Toujours des craintes! toujours des complots! fatale ambition, tu m'as attaché à l'autre bout de la chaîne de mon prisonnier!... la garnison est faible,., il n'a que trop raisou. ' mais monsieur de Louvois visite les côtes de la Provenoe : je vais I e faire prévenir de m'euvoyer un renfort. Allons, partons. (Us sortent.) 69 SCÈNE IX. Une chambre de la prison. Au fond ( porte d'entrée donnant sur les oorridors ; à droite, porte donnant dans une autre ohambre : tables garnies, une à droite et l'autre à gauche, une lampe sur chaque. Demi-nuit au changement à vue. LE BARON D OSTANGES , MARIE, sortant de la chambre à droite. DOSTANGES. Ma chère Marie , je crains toujours la visite du gouverneur : il faut te retirer. MARIE. Je ne le pourrais sans danger. Julien , ce gardien qui m'a fait entrer secrètement pendant l'absence de M. de Saint-Mars, doit venir me -chercher à la première occasion. d'ostanges. J'espérais à peine te voir ; nous sommes gardés si étroitement ! il faut que l'on ait enfermé ici quelque personnage important... maudit soit le jour où je me suis battu avec ce noble si fier, pour l'honneur de ma maison ! MARIE. Un peu de courage. d'ostanges. Déjà un mois.'... c'est bien long; il y a de quoi user la patience d'un homme. Ces deux chambres ne donnent que sur des murs noircis: ee serait trop de bien pour un prisonnier de voir un beau ciel et la campagne. Ma bonne Marie, tu pensais toujours à ton vieux père ? MARIE. Je pensais à obtenir votre grâce ; on me l'a fait espérer. d'ostanges. M. De Louvois la refusera. MARIE. Pas à un ordre du roi. d'ostanges. Comment ? MARIE. Quelques jours après qu'on vous eut arrêté, je quittai la retraite °u nous vivions ensemble depuis... ne parlons pas de cela ; il y a trois semaines environ, qu'à la nuit tombante on frappa à la porte de la Petite maison que j'habite sur la cote. Le temps était affreux : un 'omuie qui s'était égaré me demanda l'hospitalité; le lendemain il ni olha de l'or : prenez , me dit-il, je suis riche... 70 D'OSTANGES. l.a fille du baron d'Ostanges a refuséj!... MARIE. J'ai accepté la graoe de mou père, qu'il ma promis de demander au roi. DOSTANGES. Quel était cet homme ? MARIE. Un grand seigneur, sans doute; il m'a dit qu'il allait rejoindre l'armée. d'ostanges. Sent nom ? MARIE. Je l'ai oublié. d'ostanges. Bonne Marie!... si autrefois ton père a fait couler tes larmes, lui gai donnes-tu maintenant ? OTARIE. Maintenant, vous êtes mon seul amour sur la terre. d'ostanges. Cette grâce, l'attends-tu bientôt ? MARIE. Ile jour en jour. d'ostanges. N'entends-tu pas marcher dans le corridor? MARIE. Oui, iVst sans doute Julien... il vient me chercher. d'ostanges. Pfoil , j'ai l'oreille exercée... je reconnais les pas de mes geôliers. C'e st M. de Saint-Mars. MARIÉ. <> ciel!,., s'il me trouvait... OÙ nie cacher?... d'ostanges. Ici, dans wtte chambre. (// ouvre la porte et la refenrte sur Marie ■) Silcuoe !... (H vient i a»$toi à la table.) SCÈNE X. SAINT-MARS, D'OSTANGES, l'officier, deux geôliers daim le fond. SAINT-MARS. Baron d'Ostanges!... d'ostanges , »e levant. Monsieur le gouverneur ?..; 71 SAINT-MARS. Vous allez quitter cette chambre. l/osTANGES. Moi!... ma grâce est-elle arrivée? SAINT-MARS. Votre giace! (aux geôliers.) lïmmcnez cet homme. DOSTANGES. Où me conduit-on ? SAINT-MARS. Dans une autre partie de la prison. d'ostanges , à part. Ciel ! et Marie ! (haut.) Je demande qu'on rae laisse ici,.. SAINT-MARS. Non : mon devoir... n'osTANGES. De geôlier : maia d'ancien ami... SAINT-MARS. Par les fenêtres de votre nouvelle chambre, vous pourrez von- la campague. d'ostanges. Jit je cède la place à quelque autre infortuné?-.. SAINT-MARS. Ces deux chambres resteront vacantes. d'ostanges , à part. Julien la fera sortir, (auxgeôliers.) Je vous suis SCENE XL SAINT-MARS, reste seul avec Toffieief^ après de silence : Ont-ils passé le corridor? l'officier , se. levant. monsieur le gouverneur. SAINT-MARS- Appelez. LOFFIC1ER. (Il sort.] un moment Oui Marthiali! Enh SAINT-MARS. ''"liei, Marohiali. (Marckiali entre le visage couvert d'un î" e -) i" lyjUer.) Sortez. 72 SCÈNE XII. SAINT-MARS, MARCHIALI. (Marchiali va s'asseoir sur une chaise à droite. Saint-Mars se lient debout et découvert. SAINT-MARS. Prince , on a jugé convenable de vous faire habiter cette ohambre. J'aurai soin qu'on y transporte tout ce qui vous est nécessaire, et même ce que l'on refuse aux aulres prisonniers. Du reste, rieu n'est changé ; mes instructions sont toujours les mêmes : la mort pour celui à qui vous vous découvririez. Avez-vous quelques ordres à me donner ? (Marchiali lui fait signe de la tète de sortir.) (à part.)he courage de cet homme m'étonne moi-même... jamais une plainte! (Il sort.) SCENE XIII, MARCHIALI, seul. (Il se lève et examine la chambre, puis il revient et s'assied.) Depuis dix ans !... ô mou Dieu !... les bourreaux !... Je voulais me briser le front contre l'airain de ce masque : un reste d'espoir m'a retenu. Mon sang se dessèohe et brûle dans ma tête comprimée... Mo» Dieu, par pitié, une heure de sommeil... un rêve, un rêve qui m e rende pour une heure le ciel et la liberté! (Il se lève et traverse le théâtre.) , SCENE XIV. MARCHIALI, MARIE. marie , entrouvrant la porte. Je n'entends plus de bruit... ils sont partis... (Elle s'approche de Marchiali.) Mon père... (Marchiali se retourne.) Ah!... (Elle recule épouvantée.) MARCHIALI. Une femme ici !... Comment y est-elle entrée?... O Dieu! Marie.' Non, cela ne se peut; je m'abuse; ma tête exaltée... Voyons, du calme... Oui, c'est elle , la voilà telle que je l'ai vue... Ce n'est pa J un rêve. MARIE. Qui êtes-vous , qui êtes-vous ?... au nom du ciel! marchiali , à part. Elle ne le sait pas. (haut.) Retenez vos cris. MARIE. Quelle voix !. .. Étrange illusion ! ah .' parlez., qui êtes vous? 73 MARCHIALI. Qui je suis?... Ah! si je vous le disais!... La mort, la mort, entendez-vous... Jene dois être pour vous que l'homme au masque de fer! MARIE. Infortuné ! MARCHIALI. Comment avez-vous pénétré jusqu'ici ? N'êtes-vous pas entrée dans l'espoir d'y rencontrer quelqu'un? MARIE. Oui. MARCHIALI, Et qui donc ? MARIE. Mon père. - MARCHIALI. Votre père!,., ah !. .. (1/ fait un mouvement.) MARIE. Vous avez aussi un père ,desamis... une femme, peut-être... (Mar- chiali secoue la tête ) Et ils ignorent votre destinée ?... MARCHIALI. Oui; MARIE. Et jamais ils ne la connaîtront? MARCHIALI. Jamais. MARIE. Ob! que je vous plains! Mais ne vous désolez pas... souvent l'alta- rheraeul survit à l'absence : je le sais moi. Ceux que vous aimez pleurant peut-être loin de vous.,, leurs cœurs vous sont restés fidèles. MARCHIALI. Elle m'aimerait encore !... ô Dieu! MARIE. Pauvre prisonniei !... j'entends que vous pleurez , mais je ne le vois pas... MARCHIALI. Etre si près d'elle et ne pouvoir me découvrir... Ah ! cette entrevue sera un secret entre le ciel et moi... (haut.) J'ignore comment vou» e 'es entrée, mais séparons-nous... Partez, partez vite. MARIE. H faut attendre. 7 74 MARCHIALI. ■on, fuyex, fuyez, Marie. MARIE. Vous savez mou nom! MARCHIALI. Qu'ai-je dit ? MARIE- Quel soupçon? Non... ce n'est pas possible... Pourtant celte voix. . oes sanglots étouffés... Ah .'je crois reconnaître... Dites-moi, est-oe tous , Gaston? Oh! non , non, n'est-ce pas? si malheureux , si souffrant , je ne le voudrais pas... Ah! vous n'êtes pas Gaston... Dites-moi que ce n'est pas vous ? MARCHIALI. Marie ! MARIE, se jetant dans ses bras. AU! o'est lui! c'est lui! MARCHIALI- Chère. Marie !... tu frémis : tes larmes n'arrosent qu'un visage de fer ; niais sens battre mon cœur... il est toujours le même... Ah! tu es la première à qui j'ose le dire, mais depuis dix ans, je souffre horrible' ment! MARIE. Était-ce done ainsi, était-ce donc dans ce lieu que je devais te retrouver! Hélas! j'ignorais ton sort... quand on me parlait du masque de fer , j'éooutais tranquillement ; oui , moi, Gaston , je ne m'indignais pas... je ne pleurais pas... je pensais à un criminel... et c'était toi qu'ils avaient couvert de ce masque affreux !... Oh! que ne puis- je l'arracher! Que je voudrais revoir tes traits , et les contempler une fois encore... Comme ils doivent être flétris par tes souffrances sans relâche! .- Tu n'as point de sommeil, n'est-ce pas .'...jamais de cal me ; l'ennui dévore ton cœur, le désespoir fatigue ta pauvre téle, et tu ne peux pas pleurer... Oh! que je voudrais voir tes larmes oouler sur mou sein , poser ton front brûlant sur nus mains, et le rafraîchir de mon souffle!... Oh ! ma vie tout entière pour un seul embrassement!... MARCHIALI. Jamais... Jamais... MARIE. Les orutls!... quel supplice MARCHIALI. Sur ta vie , garde-toi de dévoiler ce funeste nanti... Je te l'ai dit, U mort... 75 MARIE. Ah! Gaston!... pourquoi ne puis-jedemanderàpartager ton sort.'... seule avec toi je serais heureuse... tu le serais peut-être... mais mon père!... el puis, M. de Saint-Mars ne le voudrait pas,.. Je ne reutro- 'ai ici que pour apporter la grâce de mon père. MARCHIALI. Malheureux !... ne plus te voir... Ah • de tous mes souvenirs le tiea m'était le plus cher , le cœur de Marie valait plus qu'une couronne. MARIE. Écoutez : on s'approche ; la fuite est impossible... MARCHIALI. Ne crains rien, Marie, si c'est le gouverneur , il n'arriver* pw jusqu'à toi. SCÈNE XV. MAURICE, MARCHIALI, MARIE. MAURICE. Est-elle encore ici ?... La voilà... MARIE. M. d'Aubigné! GASTON. C'est vous ! MAURICE. On vous a ohangé de ohambre, elle vous a reconnu ; voilà ce qu« je voulais prévenir... (à Marie.) Julien vous attend, il faut partir... vous n'avez que deux minutes, GASTON. Fuyez, Marie,adieu, MARIE. Pour toujours , peut-être ! MAURICE- Un instant de relard , vous êtes perdue. (Elle êort.) SCENE XVI. MAURICE, MARCHIALI, tenantlaporledufondenir'ouvert*. MARCHIALI, Ecoutez! MAURICE. Elle descend l'escalier... le guichet s'ouvre... il se referme... «M» est sïuvcl, A présent, à nos all'aires. 76 MARCHIALI. C'est donc vous, d'Aubigné, que j'avais cru reconnaître? MAURICE. Je suis dans l'île depuis un mois. MARCHIALI. Une assiette d'argent... MAURICE. A été remise par moi au gouverneur. MARCHIALI. Par VOUS.'... MAURICE. Pour s'assurer de mon silène»', il m'a fait entrer dans le fort : sous le nom de Maurice, je prends auprès de vous la place de votre domestique. MARCHIALI. D'Aubigné, par pitié, arrachez-moi un instant ce masque... il m'étouffe ! MAURICE. Deux hommes connaissent seuls le secret de ses ressorts, Saint- Mais et M. de Louvois. Eooutez-moi, avant la fin du jour vous pouvez itre roi. MARCHIALI. Libre MAURICE. Et roi. Depuis notre séparation, les persécutions contre les pro- tealans te sont ralentie!, mais non pas. ma haine ; j'ai repris mou rang et j'ri ieparu à la cour. MARCHIALI. Y parle-t-on de l'homme nu masque de fer ? MAURICE. Des bruits vagues... des mensonges; la vérité sera un coup de foudre ; la Frauoe est lasse du joug de Louis... MARCHIALI. Opprime-t-il sou peuple? MAURICE. Jugez de lui par votre sort... Le moment est arrivé... j'ai quitté secrètement l'armée... Celte nuit, dans quelques heures , je vous enlevé. MARCHIALI. Dans quelques heures! MAURICE. J'ai fait venir dans l'île une douzaine de prolcstans , gens dévoués , e les ai dénoncés au gouverneur... ils sont tous enfermés dans celt" 77 prison : la garnison est faible, on peut la désarmer; une barque dt pécheur nous transportera sur la côte , et dans huit jours vous proclamerez vos droits à la faoe du monde. MARCHULI. Mes droits ! voudra-t-on y oroire ? la seule preuve que j'avais..! Maurice , tirant une lettre de sa poche. La voici. MARCHULI. La lettre de ma mère ! MAURICE. Je l'ai gardée... elle vous servira. MARCHULI. Aurai-je encore assez de force? MAURICE. Vous la retrouverez quand l'air de la liberté vous frappera au visage. Eli! que sait-on ? le ciel est pour nous, Louis est à la guerre et n'est pas invulnérable. MARCHIALI. Le sort en est jeté , je ne risque que ma yie , et quelle vie ! MAURICE. Je puis compter sur vous? MARCHULI. Oui. MAURICE. Le g 0l i V erneur ! MARCHULI. Toujours cet homme .' {Il rsntre. ) SCÈNE XVII. MAURICE, SAINT-MARS. MAURICE. Me voici en fonctions, monsieur le gouverneur. SAINT-MARS. Ayez-vous parlé i votre nouveau maître? MAURICE. "«nie perdue... il ne veut pas répondre : pour un personnage de si haute uaissanoe , votn duc île Monmouth est un peu sauvage. SAINT-MARS. Aiinouo-^-lui la visite de M. de I.ouyois. 7. 78 mAurice , à part. M. de Louvois .' (haut. ) Est-ce qu'on vous le donne aussi à garder celui-là? SAINT-MARS. 11 débarque en ce moment au pied du cliiileau avec trente soldats que je l'ai prié de délaclier de sa -aide. Il moule l'escalier. Maurice , à part. Trente soldais ! la lutte est trop inégale. Treule soldats!... ma foi, le tout pour le tout, ma léte ou la victoire. SAINT-MARS. Entrez , monseigneur. SCÈLNE XVIII. MAURICE , ail fond; LOUVOIS , SAINT-MARS. LOUVOIS. Gouverneur , je vous amène les Ironie hommes que vous m'arei demandés, vous pouvez compter sur eux : je les ai fait mellrc sous les armes... C'est ici la chambre du prisonnier ? SAINT-MARS. Oui, monseigneur. L0UVO1F. J'espère , monsieur, que vous l'avez loujours traité aveo les égards qui lui sont dus, sans manquer pourtant a une surveillance dont vous répondez sur votre lète. ( vi jant Maurice. ) Quel est cet homme ? SAINT-MARS. Le domestique que j'ai mis pri s de lui,., il m'est dévoué... LOUVOIS. Connaît-il le prisonnier ? MAURICE. Oui, monseigneur. LOUVOIS. Comment? Maurice , bas à Loiwois. C'est le duc de Monmouth. LOUVOIS. Fort bien. Gouverneur, j'attends des dépêches importantes ; lorsque le courrier arrivera , appui ti z-lcs-moi sur-le-champ. SAINT-MARS, à part. Quel ton impérieux ! ( haut. ) Maurice , vous vous chargerez de cetle corn mission. MAURICE, Oui. ( à part. ) Rien n'est perdu. ( 1/ sort. ) Tà LOUVOIS. Introduisez le prisonnier. sAinx-maus, appelant. Marchiali! LOUVOIS. Laissez-nous seuls, mouskur. ( Sain -Mari sort. ) SCÈNE XÏX. LcUVOIS , MARCHIALI. MARCI1IALI. Qui êtes-vous ? louvois , je découvrant. Le marquis de Louvois , ruiuistiv v Sa M;,jeslé. MARCHIALI. De mon frère ! venez-vous rie sa part? ( 1/ s'assied.) LOUVOIS. Oui, prince , pour changer votre sort. ( Il s'approche pour lui ôter sou masque.) MARCHIALI. Inutile... mes doigts s'y sont usés... un art infernal l'a attaché sur moi... ( Louvois dilache le masqut et le pose sur la table. ) Dieu!... al) !je respire !... (Il reste quelque temps comme ébloui, il porte ensuite les mains à sou visage, puis apercevant le masque sur la table.) Voyez , monsieur , voyez , mes larmes lYat rouille'... (1/ se lève.) OU! de l'air... de l'air ! {Il parcourt la chambre.) Pas une fenêtre !... LOUVOIS. Prince, le roi, votre frère... GASTON. Ne me parlez pas de lui... ne me parlez pas encore... je Depuis vous entendre... je ne vois lieu... je uYutcuds rien... ali! tant d'émotions à la fois.' (// retombe sur une chaise.) louvois , à part. Après dix ans d'une telle captivité, il consentira... GASTON. Mon frèi e Louis, disiez-vous... a-t-il inventé pour moi de nouveaux tour mens?... que me voulez-vous? louvois. En partant pour l'armé/:, Sa Majesté m'a remis les pouvoirs les plus étendus : Prince, vous êtes libre, i vous voulez.. PO GASTON. Libre.'... mon frère a-t-il dono enfui des remords? est-il prêt de rendra compte ù Dieu de sou règne? LOUVOIS. Espérons que Sa M.ijesté , victorieuse de ses ennemis, vivra encore loug-tempa pour le bonheur de ses sujets. Mais elle est touchée de compassion... GASTON. Libre! avez-vous dit? LOOTOtS. Vous quitterez la France sous un nom étranger, après avoir signé devant moi une renonoiation formelle à tous vos droits... il le faut pour prévenir tous sujets de trouble; déjà même quelques tentatives paraissent avoir été formées. GASTON. Ah! vous avez peur, voilà le secret de cette généreuse pitié... Renoncer aux droits de ma naissance, sortir du royaume, inconnu, fugitif, seul!... LOUVOIS. Le trésor de l'état vous sera ouvert. GASTON. On me donne de l'or, et moi je donne une couronne. louvois, lui présentant un papier. Prince, signez. Gaston , allant à la table de droite. Il n'y manque que mou nom -, ma liberté à ce prix... (Il l'assied.) LOUVOIS. Signez... gaston , se levant. Jamais... non jamais. LOUVOIS. C'est la volonté du roi. GASTON. Sa volonté, monsieur!... c'est sa volonté que je souffre , que je sois sa victime... mais c'est la volonté de Dieu que je meure roi de France... Jamais je ne signerai. LOUVOIS, Prince !... GASTON. Retournez dire à mou frère Louis que je ne signerai pas. LOUVOIS. Pi iuc«, qu'espéitz-vous ? 81 GASTON. Je n'espère rien, monsieur, mais je ne signerai-pas. LOUVOIS. Votre captivité doit être éternelle. GASTON. .le mels au défi mes bourreaux... renoncer lâchement à me» droits!... non... non... il faut plus de dix années de toariuena pour lasser mon courage,., il me reste encore assez de foroe pour souffrir long-temps... Que mon frère Louis meure sur le trône et moi dans un cachot, je mourrai roi de Franoe!... C'est aussi ma volonté à moi. SCENE XX. SAINT-MARS, LOUVOIS, GASTON. LOUVOIS. Que voulez-vous? SAINT-MARS. Monseigneur!... pardonnez mon effroi... mais oette nouvelle, si elle est vrai.'... Le roi... LOUVOIS, Eh bien , le roi ? saint-mars , voyant Gaston. Ah ! (Il s'approche de Louvois.) Le roi tué à l'armée... louvois, bas. Tué !... qui vous l'a dit ? SAINT-MARS. Ou blessé mortellement, la nouvelle s'est répandue dans la prison. LOUVOIS. Le courrier est-il arrivé ? SCENE XXI. SAINT-MARS, LOUVOIS, MAURICE, des dépêches à la main, GASTON. MAURICE. J'entre sans permission... niais toutes les portes sont ouvertes... Quelle nouvelle ! .. grand Dieu!... louvois, prenant les dépêches. Doniuz... Faites rentrer Marchiali. Maurice, d'un ton brusque. Rentrez... (bas.) c'est lu dernière fois que vous obéissez... (Gaston rentre dans la chambre d droite.) 82 ' louvois, lisant. « Monseigneur, M. le maréchal de la Feuillade me charge de vont < écrire : l'armée e » prendre pour la tranquillité du royaume. » Au camp de Turnheim, le 17 août 166g. » Pour le maréchal, signé d'Aubigné. » SAINT-MARS. D'Auhigné , nn seigneur de la cour... C'est donc vrai... Quel cou|> t* foudre!... LOUVOIS. O mon maître Lisex! saint-mars , lisant. « Tué d'un boulet de canon... 17 août... » louvois, lisant. ♦ ♦»**•» #ui moyens à prendre pour la tranquillité du royaume .» SAINT-MARS. Qu'on fasse rentrer les prisonniers. MAUHICE. Impossible... ils savent la nouvelle... les voilà qui se révoltent... SAINT-MARS. Veillez sur Marchiali. LOUVOIS. Quel événement!... AU! Saint - Mars... que faire... quel parti prendre?... Maurice , ouvrant la porte de la chambre oh est Gaston. Que faire, messieurs?... Le roi est mort : vive le roi! SAINT-MARS. Malheureux , qu'as-tu dit? SCÈNE XXTÏ. LES MEMES, (iASTON. GASTON. Qu'eutends-je ? le 10; est mm 1 ? MAURICE. Tué a l'armée le 17 août. gaston , à Louvois. Je n'ai pas signé, monsieur , je suis roi de Franot. Tous ne l'êtes pas. Ma naissance! Tas de preuyes. Cette lettre de ma mère! Mais le dauphin... 83 louvois. GASTON. LOUVOIS. GASTON. LOUVOIS. GASTON. Est mineur et ses droits sont nuls ({uand je reprend* les i LODVOIS. Impossible... Saint-Mars, appelez dono les soldats. saint-mars , allant aufond. A moi! fermez les chemins. l'officier , entrant avec quelques soldat*. Les soldats n'obéissent plus au nom du roi. Les prisonnier* aot des armes , nous ne sommes pas les plus forts. Maurice, à Gaston. Vous pouvez sortir , eu dehors le tumulte est au comble, sorte» GASTON. Restez, ou suivez-moi. Saint-Mars, je tous pardonne ; Loavoù , vous serez mon ministre. SAINT-MARS , à Loitvois Soyons les premiers à le proclamer. SCENE XXIII. LOUVOIS, SAINT-MARS, MARIE, GASTON, MAURICE. L'OFFICIER , soldats au fond. MARIE. Ab! monsieur de Saint-Mars, la grâce de mon pere, signée dm roi ' MAURICE. Du roi ! (Des prisonniers et des soldats sont entrés *t eocupmt it fond de la scène.) LOUVOU. Donnes i 1AINT-MAR1 Quelle date? MAJUB. Caatua! Marie! Le 19 août. Le 19! Dieu! 84 GASTON. louvois , lisant. SAINT-MARS. GASTON. LOUVOIS. Soldat», votre roi est vivant; (montrant Maurice.) arrêtez ce traître gaston , aux soldats. N'avancez p;ii. LOUVOIS. Obéisses. GASTON. S'ils s'ajipro' hent de lui, je me nomme. LOUVOIS. y»« dites-vous? gaston , ramenant sur le devant de la scène. Monsieur de Louvois, je ne puis plus être roi, mais je conserve: un moyen de troubler Ih paix du royaume : je n'ai qu'à dire un seul mot. Ils sont quarante qui m'éeoutent; ferez-vous tomber quarante têtes |«mr assurer votre secret? Faites ouvrir les rangs de vos soldats, a ce prix je tairai le orime d'un frère et le supplice de l'autre. louvois , à part. Un danger giave d'un côté , de l'autre un homme obscur... (haut.) qu'il parte ! ' * maurioe, à Gaston. Adieu. GASTON. Nous sommes quittes maintenant... (Maurice sort.) Messieurs , je vous rends les lettres de ma mère. Remettez-moi ce masque , si vous youlez. (Saint-Mars va prendre le masque.) MARIE. Grâce I grâce! (ELU se jette à genoux entre Saint-Mars et Gaston.) GASTON , regardant d'abord Louvois et ensuite Saint-Mars. Femme, laissez-nu i, je ne vous connais pas. FIN DU QUATRIEME ACTE. 85 ACTE V ( l68 <>)- L'appartement du gouverneur delà Bastille. Au fond, de grandes croisées donnant sur une terrasse; à gauche, au fond , porte donnant également sur la terrasse ; k droite, sur le dernier plan , une autre porte; au fond , la cour de la Bastille. SCÈNE PREMIÈRE. SAINT-MARS, LE CHAPELAIN, LE MÉDECIN. saint-mars , assis devant une table garnie. Monsieur le chapelain, lui avez-vous administré les secours de la religion ? LE CHAPELAIN. Il ne les a pas désirés, et il me semble beaucoup moins souffrant que VOUS ne me l'aviez fait craindre. LE MÉDECIN. En effet , malgré la longue défaillance qui lui est survenue avant- hier , le prisonnier est plus malade d'esprit que de corps. SAINT-MARS. Cet homme ne peut pas mourir. LE CHAPELAIN. Ah ! monsieur, ne hâtez pas par vos vœux l'instant qui doit le retirer de ce monde. Ce serait une coupable pensée, quoique son existence soit si misérable. LE MÉDECIN. Ah; qui ne sciait pas ému de pitié, en le voyant aux prises aveo une destinée qu'il ne semble pas avoir méritée... Ce matin il a refusé mes soins et demandé ceux d'une Sœur de la Miséricorde ; ne puis-je faire prévenir une de ces saintes femmes de se rendre à la Bastille? SAINT-MARS. J'y consens... un mourant, peu importe. LE CIIAPELAlN. Encore une prière, monsieur; aujourd'hui, jour anniversaire de la naissanee du roi, vos soldats M livrent à la joie. Le prisonnier en- ter-t leurs aodamations , veuillez le tirer de son oaohot pour quelques ir ,s ; un peu d'air et de liberté lui fera plus de bien que tous les secours de. la science. saint-mars , à des soldats. Qu on fasse monter Marchiali. 8 m LE CHAPELAIN. Nous allons visiter d'autres infortunés ; si l'état de celui-ci devenait inquiétant, faites-nous prévenir sans retard. (Ils sortent à gauche.) SCÈNE a SAINT-MARS, seul. J'ai eu tort de leur laisser voir mon impatience : la moitié de ma pensée m'a échappé : on m'a attaché à cet homme comme un vivant * un cadavre... M. le comte de Saint-Mars, m'a dit le roi quand j'ai amené ici mon prisonnier, je vous promets le titre de duo et le gouvernement de Normandie dès que je n'aurai plus besoin de vos services à la Bastille... Alors le prisonnier était faible et malade comme aujourd'hui ; alors je me disais : il a peu de jours à vivre... et voilà dix ans que j'attends..: attendrai-jc long-temps encore? Oh! non. .. non... pas un jour de plus. Sergent Evrard! SCENE III. SAINT-MARS, ÉVRARD. ÉVRARD. Monseigneur..! SAINT-MARS- Le bruit de sa maladie s'est répandu ? ÉVRARD. La fin de cet homme ne surprendrait personne. SAINT-MARS. C'est ce qu'il faut; c'est un grande supplice , Evrard , qu'une existence comme la sunne. ÉVRARD. , 11 voudrait mieux mourir. SAINT-MARS. Evrard , quand je sortirai de la bastille , j'aurai du crédit à la cour, et je remplirai toutes mes promesses. Quand sortirons-nous de la Bastille? ÉVRARD. Mais... demain, peut-être. SAINT-MARS. Demain vous serez lieutenant. ÉVRARD. Demain vous sere» duc. J 87 SCÈNE IV. UES mêmes, MARCHIALI, conduit par un officier, et D'AUBIGNÉ, sous le nom d'Urbain et sous le costume d'un garde de la Bastille. Ils entrent à droite. l'officier. Voici le prisonnier. (Marchiali passe devant d'Aubigné , s arrête un moment devant lui, puis vient s'asseoir. Il est masqué.) SAINT-MARS. Qu'où plaoe un factionnaire sur la terrasse. (L'officier place d'Aubigné en/action.) SCÈNE V. MARCHIALI, SAINT-MARS. sainx-maus , détachant le masque- Mon prince.,. GASTON. Je ne suis pas prince... voire prinoe est au Louvre, on l'appelle Louis XIV, et on crie :Vive le roi! Les avez-vous entendus?... Vous me parlez toujours debout et la tête découverte ; asseyez-vous , mou- sieur. Je vous vois toujours... Combien y a-t-il de temps que vous êtes eu prison?... Moi, il y a vingt ans : et vous? SAINT-MARS. Vingt ans. GASTON. Que c'est long vingt ans à entendre sonner heure par heure ! Nous sommes entrés ici ensemble... Nous y avons vieilli ensemble... Nous y mourrons ensemble. SAINT-MARS. Ah! j'espère en sortir. GASTON. Vous sortez quelquefois ?... Dites-moi, le ciel est-il toujours beau? l'air toujours pur ? Je suis sûr qu'un pauvre malade comme moi reviendrait à la vie, au milieu d'une campagne... SAINT-MARS. Vous avez désiré les soins d'une Soeur de la Misérioordc , je vais la faire introduire. (Il prend le masque et s'apprête à le remettre à Marchiali.) GASTON. Encore ! 88 SAINT-MARS. Ses traits flétris portent l'empreinte de ses souffrances... Cest un spectacle dont la soeur rendra témoignage. (Il suri.) SCÈNE VI. GASTON, seul. La tête d'un homme peut-elle contenir toutes ses pensées ?.., Quand on est libre, on les répand au dehors ; mais celui qui est seul , qui réfléchit tous les joui s , toutes les nuits ; celui qui amasse ses pensées comme un trésor, qui y revient sans cesse, et sans relâche... Oh! c'est une fièvre alors... Celui-là peut en devenir fou... Voila ce qu'il faut craindre. SCÈNE VII. GASTON, D'AUBIGNÉ. d'aubigné. Je n'ai qu'un instant pour lui parler. (Il se place devant Gaston.) Me reconnaissez-vous ? (Gaston jait signe que non.) Vous n'avez pas du moins oublié mon nom ? D'Auhigné! Quoi! jusqu'à mon nom ? Ah! malheureux; un corps sans amc, voilà oe que je retrouve; hormis votre caplivité , vous ne vous rappelez rien ?.,. Mai ie... GASTON. Marie!... Oh .'je m'en souviens... Esiste-t-elle encore ? d'aubigné. Oui. GASTON. Où est-elle? d'aubigné. Dans un couvent. GASTON. Elle était bonne; elle m'aimait! Ce n'est pas comme cet homme dont vous me parlez. d'aubigné. D'Auhigné I GASTON. Lui ! il n'aimait que le fils de Louis XIII. d'aubigné. Que dites-vous ? GASTON. J'ai beaucoup réfléchi depuis ce temps ; je crois qu'il voulait se servir «le moi... Il m'a perdu. 89 iVaumgné. Lui vous perdre ! et le voilà qui revient encore pour vous sauver! Où est-il ? Mail devant vous. Vous, vieillard ? GASTON. d'aubigné. GASTON. D AUBIGNÉ. Oui, moi, qui depuis votre naissance , ai les yeux sur vous ; moi, qui vous ai suivi à Pigncrol, aux Iles Ste-Marguerite, ici, enGu ; poursuivant ma tàolio , vieux par l'âge , jeune encore par l'audace, et prêt à vous disputer à vos bourreaux* GASTON. Ah ! je vous reconnais maintenant. d'aubigné. Depuis uu mois j'attends l'ocoasion. Il était temps de la trouver ; on veut vous tuer. GASTON. Non... oh.' non... d'aubigné. Votre fin prochaine est annoncée... Je soupçonnais le gouverneur, je l'ai épié , je sais tout : le lieu ? ioi ; l'heure ? ce soir. Prenez ce poignard , quand votre meurtrier viendra pour vous frapper, c'est noua qui le frapperont... Vous revêtirez ses armes. Cet escalier conduit à la porte du nord. Là, j'ai des amis tout prêts à nous recevoir. Je me suis ménagé des intelligences au. dehors; m'entendeî-vous ? GASTON. Oui. d'aubigné. Je retourne à mon poste. Je veille sur vous , adieu... Mais caches doue ce poignard. , (U sort.) SCENE VIII. GASTON, MARIE, ÉVRARD , entrant à droite. ÉVRARD. Entrez, ma sœur. marie , à part. Le voilà ! ÉVRARD Comment vous nomme-t-on ? MARIE. Soeur Marie. 8. 90 ÉVRARD. Vous signerez ce papier. marie:. Que renferme-t-il ? EVRARD. Voyez comme cet homme est malade; examinez bien comme il sou lire. MARIE. Hélas! ÉVRARD. Vous attesterez que vous l'avez trouvé eu danger de mort. MARIE. [ Oh! monsieur... ÉVRARD. Vous avez un quart d'heure pour l'entretenir. (1/ tort.) SCÈNE IX. GASTON, assis, MARIE. MARIE. Tauvre prisonnier, il est bien abattu. Regardez-moi! GASTON. Une femme ! Elle ressemble à Marie... Oui, je sentais que je devais la revoir... Je pensais à elle, je l'attendais. MARIE. Que ses traits sont flétris! GASTON. Elle est pâle comme une ombre! J'ai des inslans de délire , des mo- meus où l'on me traite comme un enfant... Souvent j"ai cru vous voir.., Approchez-vous, donnez-moi votre main; parlez encore, pour réassurer que cette fois je ne me trompe pas. MARIE. Oui, je suis cette Marie que le monde a toujours séparée de vous, et qui n'ai jamais vécu que pour vous; un couvent m'a reçue ; là, j'ai appris que les Soeurs de la Miséricorde portaient des secours aux prisonniers ; je suis entrée chez elles, ou louait mon zèle , mes soins: on disait que je faisais entendre des paroles de consolations. J'ai été choisie souvent, souvent je suis venue \ la Bastille. J'attendais que l'on fit appeler pour l'homme au masque de lcr...J'ai attendu neuf ans! GASTON. Femme dévouée ! ame pleine d'arnour ! mes rares instaus do bonheur , c'est à toi que je les dois tous ! oh! merci,,, merci. 01 MARIE. Eu arrivant, je craignais qu'il ne fût trop tard, GASTON. Oui, ils veulent m'ôler la vie. MA1UE. 0 ciel ! que dis-tu ? GASTON. Ma vie! il y a long-temps que le ilambeau en est éleint ; ce n'est plus un vivant que tu vois : c'est uu cadavre qui se meut dans un tombeau de fer... je n'ai que quarante ans, et mon front est chargé de rides... mousang est glacé... Ce masque, autrefois il m'élouil'ait!... il me déchirait le visage... et maintenant mes joues creusées ne peuvent plus le remplir !... sous cette figure , toujours froide et immobile , ma Bgure s'est contractée par la souffrance... j'ai prié pendant de longues nuits , mais l'amertume amassée dans mon coeur s'échappait eu malédictions! (se levant.) Oui, maudits soient ceux qui m'ont mesuré l'agonie, maudit ce monde où la vie d'un homme ne peut trouver sa place!... Non, Dieu ne l'avait pas voulu ainsi... Malédiction !... malédiction!... (Il tombe sur le fauteuil.) MARIE. Ses transports l'ont épuisé... se s yeux se ferment... Mon ami! GASTON. Marie, où es-tu?.» d'aubigné , arrivant. Qu'y a-t-il? MARTE. Appelez le médecin... le prisonnier se meurt. d'aubigné. Juste ciel! (Il sort.) MARIE. Gaston ! GASTON, se relevant. Je suis en liberté!... oui. je sens l'air dans mes cheveux... autour de mon front... oh! n'y posez pas de couronne, voyei le masque... ils ont attaché le masque a celle couronne... Viens, Marie, cache-moi fuyons... Oh ! mon nom , ma gloire; mou royaume pour uu rayon de soleil... (1/ tombe sur un canapé devant la jenûtre.) SCÈNE X. les mêmes , LE MÉDECIN , D'AUBIGNÉ. MARIE. Oh ; monsieur , secourez-le ! LE MÉDECIN. Donnons-lui de l'air, approchons-le de la fenêtre. MARIE. Conservez-vous quelque espoir? . LIS MÉDECIN. Attendez, 92 d'aubigné. Oh l Marie , je crains que nous ne nous rclrouvious pour une terrible épreuve... Eh bien, monsieur? LE MÉDECIN. ! ne mourra point celte fois. ■AME. Dieu sott béni.' LE MÉDECIN. La vie n'est que suspendue par l'effet d'une secousse violente; Voyez cependant, il ne respire plus. Le pouls est arrêté !... tout autre qu'un homme de l'art croirait aux apparences de la mort; ce n'est qu'une profonde léthargie. DAUBIGN É. Une léthargie, dites-vous ? combien de temps doit-elle durer ? LE MÉDliCIH. Environ deux ou trois heures. Un semblable accident m'a effrayé avant-hier. d'aubigné. Deux ou trois heures! j'aurai le temps,.. MARIE. Que dites-vous? d'aubigné, amenant le médecin sur le devant de la scène' Que Dieu me protège" .. tout le monde le croira mort, vous en êtes sûr ? LE MÉDECIN. Il n'y a personne qui ne s'y trompe. d'aubigné. Et il se réveillera , vous en êtes sûr ? LE MÉDECIN, Oui. d'aubigné. Monsieur, il faut que cet homme soit mort pour tout le monde et qu'ensuite il se réveille. LE MÉDECIN. Qu'culends-j'e ? d'aubigné. ,Vous annoncerez qu'il a cessé de vivre. MARIE. Que voulez-vous faire ? d'aubigné. Lé sauver. LE MÉDECIN. Aunonoer la mort d'un homme vivant ! d'aubigné. Pour l'arracher à la mort. LE MÉDECIW. Moi ! le placer dans le cercueil! 93 d'aubigné. Aimrz-vous mieux qu'un assassin l'y place? MARIE. Un assassin! d'aubigné. Oui, le convoi est déjà préparé. Ce soir tout serait vrai, la mort et les funérailles; queloutsoit faux. Ecrivez le piooAs-verbal île sa mort. Je suis armé, vous ne l'êtes pas. Ecrivez.(Le médecin s'assied et écrit.) MARIE. Votre projet m'épouvante ! d'aubigné. Faible femme , voyez le danger où il est. Donnez, monsieur; fort bien , cela est eu règle. LE MÉDECIN. Je tremble de oe que j'ai fait. d'aubigné. C'est une bonne action ; maintenant votre ministère est fini,., qui me répondra de votre silence 1 LE MÉDECIN. L'événement. d'aubigné. Allez donc attendre ie convoi ; devant la porte du nord ; s'il arrive jusqu'au cimetière Saint-Paul, vous parlerez. LE MÉDECIN. Mais le gouverneur, le roi. . d'aubigné. Le roi! je vous réponds de sa reconnaissance, allez. ( (I.e médecin sort a gauche.) SCENE XI. D'AUBIGNÉ, MARIE, GASTON, sur le canapé. d'aubigné. Nous n'avons pas un moment à perdre. Il faut faire prévenir le gouverneur. MARIE. Jouer ainsi avez le tombeau ! si cette entreprise échouait. d'aubigné. Dieu seul est maître... mais toutes lescliances sont pour nous. Allez. marie, l'approchant de Gaston, Oh ! dors profondément, et qu'aucun signe ne trahisse la vie aux yeux de tes bourreaux ! ÇÈllj lui donne un baiser sur le front , et sort a droite.) SCÈNE XII. D'AUBIGNÉ, seul. Froid... immobile... (se découvrant.) C'est maintenant que je te iaorts' 0 * ^ C * ' aU0L- > cl i u le ^ oa 9 t P° ur manteau royal te uneeui des SCÈNE XIII, D'AUBIGNÉ, SAINT-MARS , MARIE, LE CHAPELAIN, ÉVRARD, GASTON sur le canapé, soldats. SAINT-MARS. LM-il vrai? le prisonnier... MARIE. A cessé de souffrir. LE CHAPELAIN. A-t-îl expiré sans douleur ? MARIE. (lui. SAINT-MARS. Qu'on emporte le corps dans la chambre voisine. (Les soldats emportent Gaston, et sortent par la droite.) Le médecin a-t-il dressé le procès-verbal ? d'aubigné. Le roici. saint-mars, lisant. « Le 16septembre «680, jour anniversaire de la naissance de Sa Majesté le roi, à huit heures du soir, est mort à la Bastille le nommé Marchiali. » — 3e suis libre. (Nuit jusqu'à la fin de l'acte.) d'aubigné, à part. 0 geôlier ! l'hypocrisie t'avait aussi donné un masque, niais ta joie perce au travers. SAINT-MARS. Celte femme et ce soldat signeront comme témoins. (Ils signent; on entend les cloches.) C'est la cloche des funérailles. LE CHAPELAIN. Que Dieu ait pitié de sou MM J mort sans prières et dons la foi protestante, ses souffrances compteront dans le ciel pour l'expiation de ses fautes SAINT-MARS , lisant. Sœur Marie...Urbain... c'est bien.—Monsieur le chapelain, veuille» vous rendre auprès de Sa Majesté pour lui annoncer cet événement. Dites-lui , je vous prie , que tous ses ordres seront exécutés , et que je ne négligerai aucune mesure de prudence. (Le chapelain sorta gauche.) Evrard , voici les instructions que j'avais reçues en cas de mort. (Êvrard sort a droite.) (a Marie.) Ma soeur, vous pouves sortir. (a d'Aubigué.) Vous serti uu des h ois soldats qui escorteront le convoi au cimetière Saint-Pattl. Il va se mettre eu route. J'ai encore des •ordres à donuer. Attendez-moi. (VI sort a droite.) SCÈNE XIV. MARIE, D'AUBIGNÉ. d'aubigné. Prévci.ez mes amis . il est sauvé. MARIE. Je tremble... OU que je voudrais que celte heure fatale fût passée / 95 d'aubigné. Il sera libre. MARIE. Nous irons a Semur ? d'aubigné. Ou ailleurs. MARIE. Nous l'entourerons de soins. DAUBIGNÉ. Et de serviteurs dévoués. MARIE. O Gaston ! tu peux encore goûter le bonheur. d'aubigné. O Louis! tu peux encore trembler sur ton trône. Qu'une voiture soit prête à deux cents pas de la porte du nord... Allez, je me charge du reste. marie. Je vole et ie reviens. SCENE XV. D'AUBIGNÉ, seul. Ils veulent révoquer l'édit de Nantes... qu'ils l'osent!... (a lafr- nètre.) Le convoi descend dans la cour... Oh! passe, image trompeuse... A présent , royale victime, tu vas commencer à vivre. SCENE XVI. SAINT-MARS, D'AUBIGNÉ. SAINT-MARS. Ce chant de mort est doux a mon oreille comme un chant de triomphe ! (montrant le masque.) Voilà , Dieu merci, tout ce qui me reste de lui! Cette figure privée du corps qui la faisait mouvoir et vivre * J'irai demander a Louis le prix de cette tète, (a d'Aub'gné,) Vous *'es prêts. d'aubigné. Oui. SAINT-MARS. Encore quelques minutes. Les portes de la Bastille vont s'ouvrir. SCENE £VII. les mêmes, un OFFICIER, entrant à droite. l'officier. Les ordres de ia Majesté sont exécutés , j'ai lait brûler dans la chambre du prisonnier tout ce qui lui avait appartenu. d'aubigné, à part, au fond. Ils avaient tout prévu. SCENE XVIII. les mêmes , ÉVRARD , entrant à droite. ÉVRARD. Monseigneur , d'après les instructions de Sa Majesté que vous m'a- 96 vcz fait connaître et que j'ai dû suivre , le corps du prisonnier avant d'être placé dans le oeroueil a été entièrement mutilé. d'aubigné , s élançant sur le devant de la scène. Mutilé ! mutilé.' qu'avez-vovs fait ? vous l'avez tué ! SAINT-MARS. Comment ? d'aubigné. Vous l'avez tué! sa mort était fausse , aveugles bourreaux. Savez- vous qu'elle est votre victime? SAINT-MARS. Silence! (Le convoi passe dans la cour.) d'aubigné. C'était votre roi, et j'irai le crier sur son cercueil... C'était votre roi. ÉVRARD. Cet homme e3t insensé. SAINT-MARS. Qui êtcs-vous? SCENE XIX. les mêmes, MARIE, entrant à gauche. MARIE. Pourquoi ces cris ? d'aubigné. Venez, femme, venez; demandez-lui ce qu'il a fait de Gaston : (Montrant Saint-Mars.) voilà le régicide! MARIE. Ah! d'aubigné. Mort, entendei-vous , mort assassiné... Ah ! pleurez, pleurez maintenant : notre lâche est unie, (a Saint-Mars.) Je suis d'Aubigué. SAINT-MARS. Vous mourrez ici. SCENE XX ET DERNIERE. les mêmes, un officier, entrant à gauche. l'officier. Monsieur de Saint-Mars, au nom ilu roi, rendez-moi votre épée et suivez-moi. Le niéch cin de la RWtiUc vous a dénoncé à Sa Majesté .. vous êtes Jicouséde l'avoir forcé à constater la mort d'un prisonnier encore vivant. SAINT-MARS. Moi! d'aubigné. Le'fait est vrai. Giôlier, »,,ilà ta récompense... ma vie est à voua. Le roi est mort. UN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE. ï*(xB 34 i