F c 422/13 1 «F+C422/Q13 M DE «Cïn.TXlTGTClT, DRAME ES 1R01S ACTES Note pour \IM. les directeurs des théâtres des département. Si le grand nombre des personnages parlant présentait quelques difficultés pour la distribution , dans certaines troupes peu nombreuses, voici les suppressions que l'on peut faire , et les rôles accessoires qui peuvent être doublés. i° A supprimer : le gentilhomme Foster. Le valet Jack , en joignant son rôle à celui de James. Le valet Williams, en faisant porter le billet par l'huissier. Les trois employés. Le second secrétaire . en faisant apporter le portefeuille par l'huissier ; a" Qu'or» peut doubler : Blilild et l'officier d'ordonnance. J>o constablc et Thoby. L'huissier et le garçon d'écurie, et même, au besoin, Covclly et Walpool. MM. les directeurs de province qui voudront monter le Couvent de Ton- nington , sont priés de consulter le feuilleton du Journal des Comédiens , du 2.3 mai 1la mise en scène s'v trouvant très-exactement rapportée. IMPRIMERIE DE DAVID, LE COUVENT DE TONNINGTGN, 01! il il sssrs&tDRirjiREB, Drame ni trois 3rtcs rt m JJriw ; l'Ail MM. VICTOR DUC ANGE et A. BOURGEOIS; M:imi|uc .le M. Alexandre, décor: de M. Gué ; REPRÉSENTÉ, POUR LA PREMIERE FOIS, A rAIUS , SUR LE THÉÂTRE DE LA GAFIÉ, le ia mai rR3o. PRIX : 2 FRANCS. PARIS. A. BOULLAND, A LA LIBRAIRIE CENTRALE, PALAIS-ROYAL , GAMIU B KEliTE d'oRLEANS , H. i. uiga, Éditeur , faubourg poissonmère, >. i. 1850 fë <02 rc PERSONNAGES. ACTEURS. MYLORD-DUC premier ministre. LORD DUDLEY, seigneur de la cour. SIR TOM-LOWE, gentilhomme écossais MORTHON, artiste. BURLEG, gentilhomme anglais, COVELLY, idem. FOSTER, idem. BLIFILD, idem. Le Médecin du couvent de Tonnington. WALPOL , secrétaire du ministre. PATRICK, aubergiste. SOTTGHELL, paysan écossais. COFFREMAN, constable. JAMES, valet de lady Windsor. JACK, idem. WILLIAMS , valet du Lord Dur. TIIOBY , jardinier du courent. Un Garçon d'écurie. LADY WINDSOR. LADY WORCESTER, supérieure du couvent de Tonnington. IIELENA DE ROSELÏNDE , pensionnaire du couvent. MISTRISS HOTTVARD , première sous-maîtresse. Deuxième sous-maîtresse. Troisième sous-maîtresse. Personnages muets, jeunes pensionnaires, etc. M. Joseph. M. LÉOPOLB. M. Adrien. M. Camiade. M. Mercier. M. Thierry. M. Diiarcouht M. Lerel. M. Julien. M. Sallerin. M. Dumesnis. M. Leménil. M. Dharcocrt. M. Lingot. M. Monnet. M. Théodoxe. M"" WsAlîNAï. M 11 " Bourgeois. M 11 ' Eue. SACTicr. M 11 " Chéza. M"° Zoe. M"" Fannt. La scène se pusse alternativement à Londres et à Tonnington. ) - _r^n ^e-^ r ti i Vu au îiiiuisicre de l'intérieur. Pour le ministre , Le maître des requêtes, chef de la division des belles-lettres, théâtres , sciences et beaux-arts , Signe Trouvé. Paris, le 10 mai i83o. LE COUVENT DE TOHMIHOTOH, DRAME EN TROIS ACTES. &otib iPiBimraïamo Le théâtre représente une petite chambre de garçon (rès-moiiesicmcnt meublée. B>$pm SCENE PREMIERE. TOM-LOVE, seul; il écrit. Traccrai-je encore ces mots?... du courage, pauvre Toin- Love! c'est ton unique ressource... Allons!... ( Il écrit en parlant. ) « Votre Excellence ne peut avoir perdu le souvenir de mon père. A son lit de mort, il m'a repété..... que votre grâce... » {H s'arrête. ) Encore solliciter... mendier... moi... un gentilhomme écossais!..... ( // jette la plume et se lève. ) Non!... je n'achèverai point ce dixième placet!... (// le met en pièces. ) Pour la dernière fois , je te déchire !... humiliante supplique ; tu n'iras pas attester de nouveau la misère d'un brave gentilhomme, et la froide ingratitude d'un ministre. Les honneurs , la fortune ont effacé de sa mémoire ce qu'il dut à mon père ; sa vanité peut-être craint de s'en souvenir... ma fierté l'oublie de même... Tout est dit.;, je ne m'abaisserai plus. J'accepte ma misère... Eh bien!... je suis jeune , je me ferai soldat... Soldat!... c'est un noble métier, ce fut celui de mes aïeux; et sur un champ de bataille , je nie trouverai plus à l'aise que dans des antichambres de courtisans. La guerre ! voilà le patrimoine des enfans sans fortune !... C'est en France que je servirai !... oui, sous Gaston! sous Bayard ! Que regrette rai-je en quittant le rivage d'Angleterre?... mes montagne d'Ecosse? je n'y suis plus— Mon père? je l'ai perdu... mes amours? je les appelle encore , et mon cœur seul les rêve... Je n'oserais aimer... Je partirai!... demain... aujourd'hui... mais (il regarde autour de lui) les frais de mon voyage____je n'ai plus rien... Je dois... et mon hôte me menace!... Fatale légèreté!... J'espérais. . —c— j'attendais... et maintenant.... ( regardant son épec) voilà tout ce que... tout ce... ( Comme frappé d'une idée , et relevant la te te avec fierté.) Cette épée... f'épée d'un gentillhomme... cela vaut le trésor du roi ! Eh ! qu'ai-je donc besoin de plus ? je la déposerai pour gage; elle répondra de ma dette, c'est une caution d'honneur... Et pour gagner la France... {Bruit. ) Qu'entends-je?... c'est sur l'escalier... Ce malheureux Patrick aurait-il l'insolence?... M'arrêter!... inoi!... pour une dette!... celui qui mettra la main sur moi verra la lame de •te épée. (Betty accourt. I SCÈNE II. TOM-LOVE, BETTY. BETTY. Sir Love ! sir Love! LOVE. Betty! que me veut-on? qui tne demande? BETTY. Ce sont vos amis , sir Burleg, Covelly, Foster, je ne sais ; enfin tous les mauvais sujets de Londres qui veulent déjeûner ici. LOVE. Ce matin?... qu'importe!... Eh bien! ma chère enfant, il faut les recevoir. BETTY. Du tout! du tout! mon oncle Patrick ne veut plus rien fournir à crédit; il dit que ce sont eux qui vous ruinent ; ils se fâche , et moi j'accours vous demander s'il faut les congédier , s'il faut dire que vous êtes malade, absent, sorti... LOVE. Moi!., congédier des amis !... jamais ! cours et dis-leur... BETTY. Ils montent!... écoutez !... entendez-vous la voix de mon oncle... il dit qu'il va chercher le constable. ("Eclats de rire au-dehors. ) LOVE. Le constable!... parbleu!... j'empêcherai... BETTY. Les voici.... oh! j'en ai peur; ils veulent toujours m'em- brasser, et puis mon futur me querelle. Je me sauve. LOVE. Les imprudent!.... ils ne savent pas... (Betty se cache et tort ensuite. — Covelly, Hurle;;, lutter et Uliiïld entrent en riant 1 SCÈNE III. TOM-LOVE, COVELLY , BLIF1LD , BURLEG, FOSTER, ET PEU APRÈS MORTHON. COVELLY. Parbleu ! sa colère est plaisante. BURLEG. Ah! te voilà donc, philosophe? Ah! ça, dis-moi, moir cher Love, est-ce qu'il te faut une permission du roi pour nous recevoir? LOVE. Quelle folie !... c'est par erreur... COVELLY. J'en e'tais sûr.... Ce bon Tom-Love ! la joie de nos plaisirs, fermer la porte à ses amis!.... TOUS. Ah! LOVE. Ne le croyez pas____ mais quelle heureuse idée, ou peut- être , quelle nouvelle folie vous amène ? BURLEG. Une folie, tu as dit le mot.... figure-toi... (Bi-mt.; LOVE , inquiet. Qu'est-ce encore?.,. BURLEG. Par Saint-Georges! si c'est ton hôte... fMorthon parait.,} COVELLY. Eh ! c'est notre ami Morthon. tous, excepté Lofe. C'est Morthon! vivat! BURLEG. Bravo ! notre jeune peintre ! il ne pouvait, ma foi, venir plus à propos ni deviner plus juste. Messieurs , il sera de la partie. Morthon , c'est moi qui t'invite. TOCS. Nous t'invitons tous. MORTHON. J'accepte, mes chers gentilshommes , jamais je ne refuse en pareil cas. De quoi s'agit-il? d'un dîner à Pal-Mal, ou d'une course à New-Park. BURLEG. D'un de'jeûner, mon cher , mais d'un déjeûner d'altesse, tout simplement ici, chez Patrick, dans sa grande salle. C'est un pari que j'ai fait pour Tom-Love. Comme je suis heureux , c'est mon habitude, j'ai perdu , et c'est lui qui paie. LOVE. Comment, c'est moi?... —8— •lonxnoN , avec amitié. Eh! quoi, mon cher Toni-Love, tu m'avais oublie... et vous aussi?... Pour me venger de tous, après que nous aurons bu le vin du pari, je vous inviterai à venir voir, dans mon atelier, la plus jolie personne... tous , excepte Love. Hein? MOKTHON. En portrait... dont jamais heureux pinceaux aient retracé l'image enchanteresse. COVELLY. Et l'original ? MORTHON. C'est un secret. BURLEG. Coquin!... toi, tu l'as vu? MORTHOJV. Pour le peindre. BURLEG. C'est une beauté de cour?... MORTHON. Non !... pas encore... Innocence, candeur, seize ans... mais tout cela est en bonne main. BURLEG. Comment ? MORTHON. C'est une élève... Le portrait se fait secrètement chez une lady célèbre dans les fastes de la galanterie... une amie... jadis... du vieux ministre. BURLEG. De tnilord-duc? LOVE. De?... MORTHON. Chut! BURLEG. lion ! le vieil amateur... MORTHON. Silence .' BURLEG. Secret de duc... cela te sera bien payé... Voilà, mon pauvre l.ove, ce qui empêche Sa Grâce de répondre :\ tes plaintes... Après déjeûner, Morthon, nous irons admirer le dbùble chef-d'œuvre de la nature et de [tes pinceaux. Allons, messieurs . descendons. mortiion , observant J.ovr. Eh! bien?... qu'a-t-il donc ? BURLEG. Allons donc ! Love, que diable ! tu nous fais attendre, mon ami, et quand on a des convives... i LOVE , ai/ee un peu d'humeur. Excusez-moi, messieurs ; mais je ne puis descendre. COVELLY. Comment?... LOVE. Je ne me sens pas bien... une indisposition... De grâce , dispensez-moi... BUULEG. Ah! ce pauvre ami!... il est malade, messieurs!... Eli bien ! mon cher Love , raison de plus pour s'égayer, il faut chasser cela; et avant le déjeûner, pour t'ouvrir l'appétit, nous allons faire monter du punch. COVELLY. Du punch! excellente idée ! (A Lofe.) Ça te guérira, mon ami ! tous, excepté Love et Morthon. Oh! là! ., quelqu'un!... Patrick, Betty!... II n'y a donc personne ici! (Ils frappent sur la table ; Sottghcrl accourt.) SCÈNE IV. Les précédens, SOTTGHERL. (Love s'est assis avec humeur et ne prend plus part à ce qui se passe.) SOTTGHERL. Voilà , mes gentlemen ! voilà ! que demandez-vous ? (Les quatre gentilshommes rient aux éclats en le regardant.) BURLEG. Ah! ah! ah!... la superbe ligure !... Es-tu le diable boiteux, ou le nain du roi Richard? sottgherl, riant. Tiens! c'te bêtise!... y m' demandent qui j' suis , comme si tout Londres ne connaissait pas 1' petit Sottgherl, fils d'Ali- son Grittinich,etde John, Grim, Graet-Rleigsmagot du comté de Groosmicmachillmacmoor, en Ecosse. BURLEG. En Ecosse! il a menti ! c'est du chinois. Va nous faire du punch. sottgherl. Du punch ! ! ! BURLEG. En sais-tu faire, du punch? SOTTGHERL. Si on en sait faire ! à la taverne de la Licorne ! dans Grcet- Marlboroùg-Street-Manchester-Squiarrê, avec du citron, du limon, du rhum et du rac. Ueiu? BURLEG. Eli bien ! va nous en faite. SOTTGHEM.. Du punch! (// rii.) Ahl ah! BURLEG. [)c quoi ris-tu? SOTTGHERL. Pardon;, mon Gentlemen , mais llc-ei, mylady, les accueille avec bonté, leur sourit, embrasse une ou deux des plus jeunes et leur fait signe d'aller jouer d'un autre coté. Aussitôt foutes les jeunes personnes se rassemblent autour d'elles, lui disant eu même temps : Oui, mylady , dans le grand bosquet. Et aussitôt, toutes prennent leur volée ; elles s'en vont en courant, avec le tumulte et le bruit de jeunes pensionnaires. Les dames les accompagnent. ) SCÈNE XIV. LADY WORCESTER, LA PREMIÈRE SOUS-MAITRESSE. LADY worcester, avec une inquiétude très-marquée. Vous avez à vous plaindre de ma fille adoptjve? LA PREMIÈRE SOUS-MAlTRESSE. Oh! cela n'est pas encore très-sérieux; un peu d'étour- derie.. on péglige ses devoirs , on perd le goût de l'étude , et____ (avec intention) ce n'est pas ordinairement, ftlvlady doit l'avoir observe, sans quelqu'autre préoccupation. LADY WORCESTEll. J'ai déjà remarqué moi-même qu'Héléna____ Mais continuez. LA PREMIÈRE SOUS-MAÎTRESSE. Depuis que sa marraine, lady Windsor, s'est tout-à-coup éprise pour elle de tendresse i et, par un caprice tout nouveau , l'a conduite dans le grand monde que ces salons rassemblent, l'esprit de cette jeune personne, si simple et si naïve , n'est plus ce qu'il était ; des idées de coquetterie l'occupent , l'étude ne lui plaît plus , et si le goût du momie , peu d'accord , je le pense , avec sa fortune et vos desseins..., lady wor.c.ESTEn. Oui, le goût du monde serait pour elle un malheur... ( Hètènp. pensive ettenant une fleur qu elle effeuille', s'avance lentement vers un arbuste, et cueille d'un air distrait une nuire fleur, qu'elle effeuille de même.) Vous méritez bien toute ma confiance____Je vous remercie; faites venir Iléléna. LA PREMIÈRE SOUS-MAÎTRESSE. Mylady ne la grondera pas trop sévèrement. LADY yvorcfstkr. Je suis sa mère, plus que sa maîtresse. LA sous-maîtresse . se retournant. La voici!... vous le voyez, Milacly , elle n'est point à jouer avec ses compagnes. (Elles la regardent toutes deux un instant.) SCÈNE XV. LADY WOUCESTEll, HÉLÉNA, LA PREMIERE SOUS- MA1TUESSE. LA PREMIÈRE SOUS MAÎTRESSE , après un silence. Héléna!... (HélénB se retourne à moitié. La sous-maîtresse lui montre inj- laily ; aussitôt Hélcna pousse un cri de joie, en laissant tomber ses Ileurs, et court connue un enfant embrasser niylady. La sous-maîtresse se retire. ) SCÈNE XVI. LADY WORCESTEll, HÉLÉNA. HÉLÉNA. Oh! bonjour, Milady ! Ma bonne amie!... je ne suis ren- trée qu'hier au soir ; j'ai passé deux jours sans vous voir !.... que je suis heureuse de vous embrasser ! —24— LADY WOHC ESTER. Mon Héléna!... HÉLÉNA. 01) ! non , non ; ce n'est pas cela... appelez-moi votre fille. LADY WORC ESTER. Eh bien ! ma fille____ HÉLÉNA. A la bonne heure! me voilà rassurée.... J'avais peur... la sous maîtresse, qui vous quitte, me disait que vous me gronderiez. LADY WORCESTER. Je le devrais donc?... HÉLÉNA. Oh ! non , non , du tout, ma bonne amie , au contraire ; vous allez voir si c'est ma faute. J'ai manque' ma leçon de dessin; c'est bien naturel! j'étais encore si lasse du bal! Figurez-vous, maman, que j'ai dansé toutes les contredanses. Ensuite, il a fallu composer; j'avais mal à la tête. Et puis... je ne sais comment cela se fait, je pensais à toutes les toilettes que j'ai vues chez marraine ; oh! ma bonne amie ! c'était éblouissant! comme à la cour, comme chez le roi. On me l'a dit; je vais vous coûter tout cela : il y avait des robes... LADY WOUCESTER. Je m'en doute— j'ai vu des bals autrefois , ma chère Héléna, et je ne pense pas qu'ils aient rien de plus attrayant qu'alors... Mais vous, ma chère , vous aimez donc bien ces réunions , ce monde que vous voyez chez votre marraine ? HÉLÉNA. Oui, maman; est-ce que cela ne vous paraît, pas aussi bien agréable? LADY WORCESTER. Cela prend à vos yeux la couleur riante de votre âge , et je ne vous blâme point d'aimer ce qui vous sourit. Mais je m'a- larmerais si ce goût s'emparait de votre esprit au point d'en effacer des habitudes plus calmes et plus conformes à votre sort. HÉLÉNA. Ai-je mal fait? LADY WORCKSTER. Non !... pas toi, mon enfant, et la pensée de t'aflliger est loin démon cœur... mais je voudrais éloigner de toi... (acec un soupir) bien «les périls.... Si ton cœur manque d expérience , ton esprit peut déjà me comprendre... Avance-moi ce sie'ge. ( Klle paraît réfléchir profondément à ce qu'elle va dire. Héléna , nu |>»n inquiète, avance un des siégea du berceau. Lady Wor ceater s'assied; prend la main d'Heléna et lui sourit avant de lui parler. ) —23— i.Ady WORCESTER, regardant attentivement Hélcna, et comme cherchant à lire dans ses yeux. Depuis... un mois... je l'ai mis en note, votre marraine, tady Windsor, vous a pris subitement dans une extrême affection... Avant ce temps, ma pauvre enfant, elle ne songeait guère à la pauvre orpheline. HÉLÉNA. Je ne l'étais plus, mylady , vous m'aviez appelé votre fille. LADY worcester. Et, pendant dix années , elle ne's'oflïit point à partager le titre de mère. Je vous élevai. Une fois par an , tout au plus , votre tutrice se souvenait que vous étiez sa pupille et sa filleule; et quelqu'un de sa maison, un valet, m'apportait le prix de votre pension... que j'aurais voulu refuser. HÉLÉNA , se jetant dans ses bras. Maman !... LADY W ORC ESTER. Je ne le gagnais plus , j'étais ta mère. D'où vint donc toul- à-coup ce caprice? Cet empressement à t'attirer chez elle , à te montrer dans ses fêtes, où ton sort ne t'appelle pas à briller ?... je m'en étonne. HÉLÉNA. (l'est co2nme moi, maman, je voulais vous le demander. LADY WORCESTER. Moi, je cherche a le savoir... JNe t'a-t-elle rien dit qui puisse expliquer?.. HÉLÉNA, baissant les yeux. Milady... Tu hésites. Je n'ose... Tu rougis!, C'est que... Eh bien? Eh ! bien.., t rouvée jolie. LADY WORCESTER. Il ÉLÉNA. LADY WORCESTER. HÉLÉNA. vous savez qu'elle me connaissait à peine. LADY WORCESTER. HÉLÉNA. quand elle m'a vue. je crois... qu'elle m'a Jolie LADY WORCESTER. HÉLÉNA. Yoici comment. C'est le jour que vous m'avez envoyée chez elle avec mistriss Otvar. Vous vous souvenez?... J'étais bien mise; je désirais lui plaire, et jamais elle ne me regardait. Justement, ce jour là, elle paraissait soucieuse, bien contrariée. J'avais envie de pleurer, niais il y avait un lord chez elle : lord Dudley. LAD Y WORCESTEH. Dudley ! HÉLÉNA. Tout-à-coup nia marraine, jetant avec impatience une lettre qu'elle lisait, tourna les yeux vers moi, et me regarda avec uue attention... qui me déconcerta. Je croyais qu'on allait me gronder; au contraire , ma marraine devint riante, et dit à lord Dudley : Voyez donc, mylord... Elle me montrait. LAD Y WORCESTEH. A lui? HÉLÉNA. Je rougis... elle me garda toute la journée : c'était la première fois. Le surlendemain, vous savez qu'elle vint me chercher... Ce fut encore bien d'autres amitiés. Elle me para, me mit ses bijoux... Oh! que j'étais bien !... Et jugez, ma bonne amie, si son amitié est sincère, elle avait fait appelé* un jeune peintre qui fit mon portrait sous ses yeux. LADY WORCESTEH. Vous ne me l'aviez pas dit. HÉLÉNA. Elle me l'avait défendu. LADY WORCESTER. Déjà des secrets. HÉLÉNA. Oh ! jamais d'autre ! il m'a bien trop pesé ! lady worcesteu ; clic se lève en réfléchissant. Je ne puis comprendre... Lady Windsor est une femme de cour, habile en intrigue... Cependant, elle est coquette aussi, et ce n'est pas l'usage de ses pareilles d'attirer sur d'autres l'attention. Je m'y perds... mais je tremble... et je soupçonnerais... HÉLÉNA, à part. Elle est fâchée ! c'est à tort. lady worcester , se retournant vite. lléléua ! HÉLÉNA. Maman ! lady worcester , prenant la main d'Héléna et avec vivacité. On vous a donc fait voir le grand monde , des bals bril- lans? HÉLÉNA. Oh ! oui, toute la noblesse, et même un jour on attendait mylord-duc ! LADY WORCESTER. Lui !... Vous y deviez paraître? HÉLÉNA. Oh! je le pouvais sans crainte... Milady m'avait donné la plus jolie toilette! J'étais la plus brillante de tout le bal. LADY WORCESTEH. C'est assez... (Kllc se détourne un peu, jiose une main sur son front, et iélléehil. ) —27— héléna , avec crainte. ■Qu'avez-vous , mylady ? ai-je eu quelque tort? LADY WORCESTER. Aucun... {Avec une tendresse plus marquée.) Ma fille, ,si j'exige de toi que tu renonces... héléna , vivement. A aller chez ma marraine? LADY WORCESTER. Eh bien ? HÉLÉNA. Si vous l'exigiez, maman, j'obéirais... mais... LADY WORCESTER. J'y songerai... va rejoindre tes compagnes... Oublie cet entretien. héléna, après un instant de réflexion. Si vous m'embrassez. (Lady Worccstcr l'embrasse; Héléna sort ensuite.) SCÈNE XVII. LADY WORCESTER, seule, et presque tout de suite LA PREMIERE SOUS-MAITRESSE. LADY WORCESTER, réfléchissant. Lord Dudley... un courtisan... le confident, l'agent des intrigues du ministre... Quel nuage ce nom élève dans mon esprit! Et ce bal où mylord-duc... LA SOUS-MAÎTRESSE , qui est déjà entrée. Mylady... LADY WORCESTER. Que me veut-on ? LA SOUS-MAÎTRESSE. Lady Windsor demande à vous entretenir. LADY WORCESTER. Elle est ici? LA SOUS-MAÎTRESSE. Avec lord Dudley qui l'accompagne. LADY WORCESTER. Vous m'étonnez ! La réputation de cet homme devait lui interdire l'entrée de ma maison. LA SOUS-MAÎTRESSE. Il ne s'est pas rendu cette justice à lui-même, mais si mylady l'ordonne, je vais... LADY WORCELTER. Non , par égard pour lady Windsor... Je vais les recevoir. (Hélénarevient en courant.) —28— SCÈNE XVIII. Les mêmes , HELENA. héléna, accourant. Maman ! maman ! voici ma marraine! LADY WORCESTER. Je le sais , ma chère, et je vais... HÉLÉNA. C'est inutile... Je les ai vu descendre de voiture devant le grand perron , je leur ai dit que vous étiez au jardin, les voici. (Ils entrent. ) lady worcester , à la sous-maîtresse. Laissez-nous, madame. SCÈNE XIX. LADY WORCESTER , LADY WINDSOR, LORD DUDLEY, HÉLÉNA. LADY WINDSOR. Je vous salue , mylady. DUDLEY. Jjady Worccster daignera-t-ellc agréer mon hommage ? (Lady Worcesler le salue légèrement, sans lui répondre.) LADY WORCESTER , à latty IVindsor. J'allais vous recevoir, mylady , je suis à vos ordres. LADY WINDSOR. Ce jardin est charmant. Si vous le permettez, mylady, nous y serons aussi agréablement que dans votre parloir , et pendant que ma filleule va se préparer à m'accompagner, nous pourrons.... LADY WORCESTER. Comment, inilady ! j'ai mal entendu, sans doute. Vous ne prétendez pas emmener encore mon élève ? LADY WINDSOR. Pardonnez-moi, je viens la chercher moi-même. Cela vous fait plaisir, n'est-ce pas, ma chère enfant?... répondez sans rougir. HÉLÉNA. Oui, mylady... C'est à dire... sans doute, mais... si maman... LADY WINDSOR. A son âge , le moindre plaisir a tant de charmes!... Allez mettre un voile, on vous habillera chez moi. héléna, lui parlant bas. Y a t-il encore un bal ? LADY WINDSOR. Oui ; allez, ma chère. (Héléna, malgré cet ordre, vient consulter des yeux lady Worcesler. Celle-ci, qui a écoulé en silence et sans jeter un regard sur Héléna, lui dit avec vivacité : ) —29— LADY WORCESTER. Allez! (Son geste, aussi sec et aussi prompt que sa réponse,; intimide Héléna ; niais aussitôt Dudley lui présente la main. ) dudley , avec grâce. Allez, charmante miss; on vous en donne la permission. (Lady Windsor l'encourage d'un sourire ; Dudley la conduit. ) héléna , bas à lady Windsor , en passant près (Pelle. Tâchez que ma bonne amie ne soit pas trop fâchée. (Dudley la conduit jusqu'à la coulisse et revient. ) SCÈNE XX. LADY WINDSOR, LADY WORCESTEU, DUDLEY ('Les deux dames sont demeurées en silence; lady Worcesler se contenant avec peine, et lady Windsor souriant de son triomphe.] dudley, d'un ton de courtisan. Décidémentj malgré son aspect sévère et sa mélancolique antiquité, ce séjour est ravissant, et ce joli troupeau blanc qu'on aperçoit d'ici, quelque charmant qu'il soit, n'en est pas, m y lady , le plus bel ornement. lady worcester, le regardant d'abord avec hauteur tandis que lady Windsor lui fait signe de son éventail. Mylord se croit-il dans le salon de mylord duc, ou dans le boudoir d'Anne de Roulen ? DUDLEY. Parbleu ! non. LADY WORCESTER. Qu'il y songe donc . ( Se retournant vivement vers lady Jf r ind- sor. ) Mylady, j'ai gardé le silence lorsque tout-à-l'heure vous avez disposé de mon autorité , en ordonnant à l'une de mes ('lèves de se préparer à vous suivre avant que je ne l'eusse permis. Ce silence n'est pas un consentement. lady WINDSOR , piquée. Mylady!... LADY WORCESTER. Veuillez m'entendre. Je trouve peu convenable que la jeune Héléna-soit tout-à-coup jetée au milieu d'un monde qui ne convient point à sa modeste éducation. Elevéejusqu'ici sous mes yeux, il ne faut pas qu'elle aille échanger mes leçons contre les conseils que pourrait lui donner la coquetterie dont on reçoit l'exemple dans vos salons de cour. Et que serait-ce, Mylady, si le spectacle de vos assemblées brillantes, de vos l'êtes, de vos parures, devenaient le besoin de son cœur et le tourment de sa vie? Ne l'y exposez pas. Vous l'avez remise entre mes mains comme une pauvre orpheline ; respectons sa destinée. Je ine suis engagée à lui servir de mère, ma conscience en répond ; elle est ici sous ma garde , et la règle de ma maison s'oppose à ce qu'elle sorte 4 —50— davantage. Excusez-moi donc,Mylaily ; mon élève, ma fille , ne quittera plus cet asile. (Pendant ce discours , Dudley a présente un siège à lady Windsor qui s'est assise et s'évente. Après ce discours, elle se lève avec une émotion qu'elle a peine à retenir. ) dudley , bas à lady TVindsor. Lady Windsor fera-t-elle des excuses à lady Worcester ? ( Lady Windsor s'avance sans répondre à Dudley. ) LADY WINDSOR. J'admire, Milady, tant de sagesse et d'austérité. Je respecte beaucoup les réglemens de votre maison , et je m'humilie devant votre dédain pour le monde frivole où j'ai le malheur de vivre. Mais tel qu'il est enfin ce monde , il faut qu'on s'y produise quand le temps en est venu; et quelque respectable que soit votre pouvoir sur vos élèves , il s'arrête où finit le mandat des parens qui vous les ont confiés. LADY WORCESTER. Comment? Héléna... LADY WINDSOR. Je viens la reprendre de vos mains. LADY WORCESTER. Vous me retirez mon élève? LADY WINDSOR. Mais c'est un -droit que j'acquis sans doute quand je vous la donnai. LADY WORCESTER. Je croyais... Sans parens , sans fortune... oubliée jusqu'à ce jour, j'avais pensé que cette jeune orpheline n'avait que moi pour protecteur, et que ce couvent pour espérance et pour avenir. LADY WINDSOR. Vous vous êtes trompée ; j'ai fixé le sort de ma pupille. Je la marie. LADY WORCESTER. Si jeune!... ( Elle regarde Dudley.) LADY WINDSOR. Un parti brillant ne se diffère pas; soyez sans inquiétude , le sort de votre élève méritera de faire envie. LADY WORCESTER. Ah ! Mylady, prenez garde de la perdre ! LADY WINDSOR. Ce mot!.... DUDLEY. Ce doute!... LADY WINDSOR. La voici!... Mylady, vous allez recevoir les adieux d'Hé- léna. Dès ce moment, j'entends user de mes droits. Le mariage dont je vous ai fait la confidence est encore un secret pour elle. —31— dudley , très-poliment. On vous supplie de n'en point parler clans cet instant. (Tous les deux s'éloignant ensemble, gagnent un peu au fond. Ilclcna revient avec toutes les pensionnaires qui raccompagnent ; elle a un \oile à la main. Les trois sous-maîtresses entrent également, ainsi que Thoby. ) SCÈNE XXI. Les précédera , HÉLÉNA, LES SOUS-MAITRESSES, THOKY, TOUTES LES PENSIONNAIRES. (Iléléna vient d'abord saluer la marquise, puis s'approche de de lady Worcester. Sur un geste que fait celle-ci, les élèves, qui paraissaient devoir rentrer, s'arrêtent, retenues parles sous- maîtresses, et ensuite •'approchent avec elles, forment un grand cercle, sans régularité, autour de lady Worcester et d'Iléléna. Deux valets, à la livrée de lady Windsor, sont également entrés. ) LADY WORCESTEU , t'illUC. "> fleléna!... HÉLÉNA. Maman ? LADY WORCESTEU. Vous allez cesser de me donner ce nom !... HÉLÉNA. Jamaispourquoi? LADY WORCESTER. Nous devons nous séparer... Vous allez ine quitter. HÉLÉNA. Moi ! je ne veux pas. (Elle jette son voile qu'elle tenait, et appuie sa tète sur le sein de de lady Worcester.) LADY WORCESTER. C'est le mot que j'attendais de ton cœur, et maintenant, le mien a reçu tout ce qu'il espérait ! HÉLÉNA , en pleurs. Pourquoi cet ordre?... Qui nie le donne? {Regardant lad'y il' indsor ai'rc un air de révolte.) C'est vous, milady ? LADY WORCESTEn. Oui, ma cbère Héléna .. {Héléna va pour répondre. ) Ecoutez-moi encore. Votre tutrice et voire marraine dispose aujourd'hui de votre sort, vous devez, respecter ses droits et chérir sa protection; c'est du inoins pour votre bonheur un gage qui doit nous rassurer. LADY WINDSOR. •le ne crois pas qu'Héléna doute de mon amitié. HÉLÉNA. Non, mylady. {Elle se retourne vivement vers lady Worcester.) Riais... LADY WORCESTER. U faut obéir, c'est un devoir... comme aussi c'en est un , —32— mon enfant, de ne jamais oublier i'asile ou s'est passé le plus bel âgé de votre vie, les jeunes sœurs qui vous ont chérie et celle qui fut votre mère. (Elle l'embrasse; ensuite Hélcua , sortant de ses bras, rencontre ceux des jeunes pensionnaires qui se sont rapprochées.) LABY wiivdsor, à un valet. Que ma voiture approche. HÉLÉNA, revenant-vile à ce mot dans les bras de lady PVor- cester. Maman! oit! je ne puis vous quitter. LADY windsob , un peu piquée. Hlena!... LADY WORCESTER. Mon cœur vous suivra et mes regards aussi. Un sort brillant vous est promis... allez en jouir, mon enfant, je serai contente. Mais si jamais un jour le malheur, le regret seulement vous atteint, revenez dans mes bras ; vous retrouverez vos sœurs , votre asile , votre famille... ou bien appelez- moi , et votre mère volera vers vous. DUDLEY , bas à lady Windsor. La voiture est là. lady Windsor, prenant Hélén a par la main, et l'éloignant un peu. Allons, ma chère... (Unpeu bas.) Pourquoi ces larmes? ( 11 se fait un mouvement à la suite duquel lady Windsor se trouve un peu remontée , et s'assied. Les sous-maîtresses ont passé du côte de lady Windsor. Au moment où celle-ci, avec Dudley, (ait le mouvement d'emmener ÏJolcna , la première sous-niai- tresse s'avance, prend la jeune personne par la main et la ramène devant lady Worccster.) LA SOCS-MAITRESSE. Milady, votre fille attend votre bénédiction. (Hélèna se met à genoux , ainsi que toutes les pensionnaires.) FIN DU PREMIER ACTE. iXOTia MddMlD - ■ i a n ■ Le théâtre représente le cabinet particulier «lu lord-duc. Son bureau, sou fauteuil. Quand la porte à deux battans est ouverte , on voit une enfilade de salons. Au lever du rideau , on voit des messieurs et des dames, en divers costumes, se promener dans les salons. Le secré- laire , (rois commis , un huissier et Williams sont en scène. SCÈNE PREMIÈRE. WALPOOL-, TROIS COMMIS, WILLIAMS, UNIIUISSIEK, MESSIEURS ET DAMES , OU fond. (Les trois commis sont rangés vers la droite de l'acteur j le secrétaire, debout, arrange des papiers sur le bureau. L'huissier est près de la porte du fond. Williams est sur l'avant-scène, à gauche.) WALPOOL. Monsieur l'huissier, mylord-duc esta la cour; il n'y aura point d'audiences particulières aujourd'hui... INious avons des affaires plus importantes... Cependant, lorsque Sa Grâce rentrera, elle daignera recevoir les placcts; on peut attendre. (L/huissier s'incline, et sort du cabinet. On le voit dans les salons. — Aux employés.) Messieurs, voici de l'ouvrage. (// leur distribue des dossiers.) Ces dépêches sont pressées, le courrier de France les al tend. Le ministre veut signer ces lettres à son retour. •Te vous recommande cette note. A vos bureaux... ( Les commis sortent. ) Vous, M. Williams, vous êtes l'homme de confiance e( le messager discret ; portez ce billet à lord Dudlcy. WILLIAMS. Voilà tout ? WALPOOL. C'est assez. WILLIAMS. vC'est bon. > (Il sort.) \\ ALPOOL , seul dans le cabinet. Je ne devine point encore l'intrigue que nous conduisons... Trois messages ce malin de la part de lady Windsor..'. C'eSl une affaire de femmes..; Mylord-duc est discret... moi, qui suis son secrétaire intime, je ne sais presque rien... une voix, au-dehors. Mylord-duc! VS E DEDXIÈME VOIX. W y lord-duc! —54— l'huissieh , parais s dnl à la porte du cabinet. Milord-duc! WAI.l'OOl.. Le voici ! (Aussitôt les messieurs et les dames garnissent les salons exte r;eur\ en formant la haie. Deux domestiques, en grande livrée, viennent se placer aux tfeux CÔtésde la porte. Le lord-duc en habit de cour, entre , suivi d'un secrétaire qui porte son porte Feuille. En traversant les salons, il reçoit d'un air gracieux les placcts qu'on lui présente.) SCÈNE II. Les personnages muets indiqués, LE LORD-DUC, WALPOOL (En entrant dans son cabinet, le lord duc remet les placets à Walpool, qui se hâte de l'en débarrasser.) LE LOIlD-DUC, avec un petit mouvement d'humeur qui lui échappe. Prenez donc. WAI.POOI . Votre Grâce va succomber sons le poids de celle paperasse. ( Il jette les papiers dans une corbeille qui est sous le bureau. ) LE LOHI>-BU<:. Congédiez le public. walpool, à l'huissier et aux valets. Faites retirer le monde. (L'huissier, le deuxième secrétaire qui tenait le portefeuille qu'il a posé sur le bureau, et les valets sortent du cabinet pour eoo gedicr le public et ferment les portes. ) SCÈNE III. LE LORD-DUC, WALPOOL. ( Le lord-duc ouvre son portefeuille et y cherche quelques papiers qu'il Jette sur son bureau.) LE LOB.D-DUC. M. Walpool ! WALPOOL. lWylord?... ( A part. ) Nous semblons avoir de l'humeur... Alors , c'est le contraire ; quelque chose d'agréable nous occupe... Il y a sous jeu quelque intrigue d'amour... LE LOUD-fllfC, à lui-même, en souriant. Le roi s'absente... Je serai libre demain... Point de cour... WALPOOL, à part. Il a souri ! i.h LORD-DUC. M. Walpool !... U AJ.l'OOL. Mylord... —s;;— LE LORD-DUC. Dudley n'a point encore paru ? WALPOOL. Pardonnez-moi, milord... Vous l'attendez? LE LORD-DUC. Avec quelqu'un. WALPOOL. I ! ne dame ?... le lord-duc , sévèrement. Je n'ai point dit cela , monsieur. WALPOOL. Pardon, mylord. Il s'est présente deux fois ce matin ; mais Sa Grâce était à la cour. Il doit" revenir. LE LORD-DUC. Mettez ces rapports en ordre... Vous ieterez les yeux sur ces requêtes... Vous répondrez... Je n'ai point le temps de m'occuper d'affaires... J'irai coucher ce soir à mon petit château. WALPOOL. Ail! LE LOTID—DUC. Qu'on envoie d'avance... j'y souperai. WALPOOL , à part. Je ne me trompais pas.. .{Haut. ) Seul ? LE LOUD-DUC. Non... Trois... deux dames. walpool, à part. C'est cela. LE LORD-DUC. Allez... Quand Dudley paraîtra... WALPOOL. On avertira Votre Grâce ? LE LORD-DUC. Oui. (Le lord-duc se met à se promener de long; en large, pendant que le secrétaire sort. ) SCÈNE IV. LE LORD-DUC, seul. Je ne fus jamais si impatient... {Il s'assied. Il lire un por~ irait de sa poche , et le regarde en souriant.) Voilà ce charmant portrait... Certes, s'il n*est flatte', c'est un rare présent... Un roi le paierait une province... il me coûtera cher... Qu'importe!., il est enchanteur!... {Se levant.) Mais mon jeune Ccossais tarde bien ! Dudley m'a pourtant assuré... Et lad y Windsor attend... WALPOOL. Mylord!... —56— le lord-duc, avêc humeur. Que me veut-on ? WAï.POOL. Lord Dudley. LE LORD—DUC. Ah!... Seul? WALPOOL. Non, mylord, avec un gentilhomme. LE LORD-DUC. Qu'ils entrent... Introduisez-les vous-même. {Il s'assied.) Le voici!... Je fais la fortune d'un pauvre gentillâtre que le sort a mis aux abois, et qui m'importune de ses placets... N'est-il pas trop heureux?... Un grade, de l'or, désespérances; c'est bien assez. (L'huissier ouvre les portes. ) wAlpool , annonçant. Lord Dudley et sir Love. ( Ils entrent tous les deux. ) SCÈNE V. LE LORD-DUC , DUDLEY, TOM-LOVE , WALPOOL , L'HUISSIER à la porte. DUDLEY. Mylord, permettez-moi de pre'senter à Votre Grâce , sir Love, Mac-Yvan. (Love salue avec respect.) LE LORD-DUC. Approchez , sir Love ; je vous attendais. ( Ill'exaraine un moment ) dudley , bas à Lofe. Sa Grâce vous examine. le lord-duc , à part. Son extérieur est bien. ( A JValpool. ) Qu'on n'entre plus. dudley , bas à Lofe. Le coup-d'œil a été favorable. ("L'huissier et le secrétaire se retirent et ferment les portes. ) SCÈNE VI. LE LORD DUC, DUDLEY , TOM-LOVE. (Le lord-duc est assis. Dudley s'est placé un peu derrière son fauteuil ; Tom-Love, est de l'autre côté, en face.) LE LORD-DUC. Sir gentilhomme, j'ai lu votre placet ... Vous m'en avez envoyez plusieurs , je crois? dudley, derrière (cfauteuil, souriant. Oui, Mylord. —37— LE LORD-DUC. J'ai bien tardé, n'est-ce pas , à vous répondre ? Les affaires de l'Etat me laissent peu de loisirs. On dit que mon silence vous a désespéré? LOVE , avec calme et noblesse. Non, mylord ; j'ai vu s'évanouir mon unique espe'rance avec résignation. Peu fait seulement aux usages du monde, je me suis étonne' qu'un ministre de mon pays oubliât sa promesse. Mais j'ai regardé en face et sans pâlir mon malheur et mon abandon. LE LORD-DUC , à Dlldlry. Que dit-il? DDDLEV, souriant. Fierté du pays. (Il fait signe à Love d'être plus circonspect.) LE LORD-DUC, souriant. Ah! c'est un montagnard. Sir Love, à ce langage un peu fier, on reconnaît un gentilhomme d'Ecosse. Mais, à Londres, mon jeune ami, l'infortune tempère un peu l'orgueil. ( Love fait un mouvement que Dudley contient aussitôt du geste. ) Je me suis souvenu de votre père , j'ai pris intérêt à votre situation fâcheuse , et je veux vous protéger. LOVE , avec dignité. Mylord, les bontés de Votre Grâce ne trouveront point un cœur ingrat. LE LORD-DUC. Fort bien. DUDLEY. Il s'amende le lord-duc. Quels étaient vos projets? LOVE. Ceux que doivent ine dicter ma naissance et ma misère. Je partais pour la France , et j'allais me faire soldat. le lord-duc. Soldat ! dudley , bas au lord. Par désespoir ! LE LORD-DUC. C'était donc là votre dernière ressource ? LOVE. Mylord, un gentilhomme trouve sur les champs de bataille la mort ou l'avancement. LE LORD-DUC. Très-bien... j'excuse votre impatience , et je vais vous ouvrir ce chemin de la fortune où vous brûlez d'entrer; je l'ai promis à votre père. LOVE. Ah ! mylord ! quels regrets vous me donnez déjà d'avoir douté de la sincérité de votre creur. 5 —38— DUDLEY. Vous voyez. LE LORD-DUC. Je n'exige point de reconnaissance. Voyons , soyez sincère , jusqu'où s'élevait votre ambition? LOVE. Mylord, j'ai quelquefois rêvé qu'après vingt batailles , un gentilhomme peut être capitaine. LE LORD-DUC. Capitaine!., c'est bien... Dans une heure, vous serez colonel. LOVE. Colonel!... moi, mylord !... moi , colonel d'un régiment anglais! LE LORD-DUC. On dresse votre brevet à la chancellerie. LOVE. Quoi! mylord!... Oh! mon père!... tu ne m'avais pas prédit tant d'honneurs.... Colonel!... mylord!.., LE LORD-DUC. Attendez, ce n'est pas tout. LOVE. J'écoute avec respect. dudley . bas à Love. Que vous disais-je? LE LORD-DUC. Au grade de colonel, il est indispensable d'ajouter de la fortune. Vous êtes gentilhomme, c'est tout votre apanage, mais on peut corriger le sort. J'ai songé au vôtre... il faut vous marier. LOVE. Me marier ! LE LORD-DUC. Sur-le-champ. LOVE. Sur-le-champ, mylord!... Pauvre et noble, je ne pouvais y songer, et je ne connais aucune femme qui daignât,.. LE LORD-DUC. Cela n'est point un obstacle. DUDLEY. On le savait; on a choisi pour vous, et Sa Grâce vous donne une épouse... avec le... régiment... LOVE, regardant Dudley d'un air très-sérieux. Me donne une épouse? dudley. 1 Que l'on dote. LE LORD-DUC. Eh bien? DUDLEY. Acceptez donc , et remerciez Sa Grâce. love. Mylord, si je n'étais certain d'être en votre présence, ou —39— je croirais faire un songe... ou je soupçonnerais que mon dé- faut d'expérience m'expose aux railleries d'un de vos courtisans. DUDLEY, à Love. Vous gâtez votre affaire. LE LORD-DUC. Pourquoi ce doute? Dudley dit la vérité ; je veux vous protéger. Je vous place, je vous donne un rang et je marie en même temps une jeune personne que je protège aussi. Vous lui donnez un nom, elle fait votre fortune. Ces mariages sont fréquens. Dédaignez-vous ce que j'offre? LOVE. Àh ! mylord, je serais trop coupable... mais pardonnez au trouble où vos bienfaits me jettent. Accepter une épouse sans la connaître , mylord , c'est m'engager bien loin. dudley , à Love. Que vous importe ? on vous fait colonel. le lord-duc , lui donnant le médaillon. Regardez. dudley , à L^ove. C'est son portrait. LOVE. Ciel!... tant de beauté! tant de jeunesse!... Mylord, il est impossible que ce trésor me soit destiné !... Quoi... ce serait là l'épouse que Votre Grâce... Je ne sais où j'en suis! DUDLEY, reprenant te portrait. (A part.) Je le crois, (à Love. ) La ressemblance est parfaite. LE LORD-DUC , à Dudley. Vous rendrez ce portrait. love, à part avec inquiétude. Jeune, belle et riche ! Que penser?... LE LORD-DUC. Sir Love, votre fortune est dans vos mains, sachez en profiter. Aujourd'hui le mariage et le brevet de colonel, ou ne vous représentez plus devant moi. love , à part. Mylord!... dudley , à Love. (/'est la condition du lord-duc. LOVE. Quel mystère! LE LORD-DUC. Votre réponse? LOVE. Mylord... mon bonheur m'interdit me confond.... Cette jeune personne est si belle!... Je serais trop heureux de tomber à ses genoux; mais l'accepter sans'son aveu, peut-être contre son gré. (Le lord-duc écoute avec attention, DucNey passe près de lai, ) Ah ! mylord, de quelque prix que soit votre bien- l'ait, et dussé-je m exposer à votre courroux ,jenc pourrais... —40— {Le lord fait, un mouvement.) Pardon", mylord, pardon! Ac- cordez-nioi la grâce dë la voir un seul instant. dudley , bas au lord. C'est convenu et sans danger. LE LOB.D DUC. Je l'accorde. love, à part. Je la verraidu moins. LE LORD-DUC , avec amabilité, à Dudley- Vous présenterez sir Love chez lady Windsor. LOVE, à part. VV indsor ! DUDLEY, bas au lord. On l'y attend. love. C'est là, niylord? LE LORD-DUC. Vous viendrez chercher votre brevet dans une heure. DUDLEY. Et remercier Sa Grâce du présent qu'elle vous fait. love , saluant très-bas. Mylord... LE LORD-DUC. Dans une heure. love , à part. Quelle aventure î dudley , à Love. Sa Grâce nous congédie. ( Il emmène Love. Pendant qu'ils sortent, le lord-duc s'assied à son bureau , sonne et se met à écrire. Le secrétaire entre d'un côté, tenant des papiers. L'huissier ouvre les portes du fond. Leridcau baisse pendant que le lord-duc écrit. ) (Le théâtre a changé et représente un riche salon dans l'hôtel de lady Windsor ; trois portes au fond. Quand les rideaux se rouvrent, une glace, dite psyché , est placée a la droite de l'acteur. A côté, une table de salon , et devant, un fauteuil avec un ou deux riches carreaux. Il y a sur la tahlc des bijoux et des fleurs de parure. A gauche, un peu plus haut vers le fond, un joli meuble de femme servant de secrétaire, et de même, un fauteuil devant. D'antres mcultlesct fauteuils achèvent d'orner le salon.) SCÈNE VII. LADY WINDSOR, HELÉNA, JAMES, JACK, DEUX FEMMES DE CHAMBRE. (A l'ouverture de la scène, lady Windsor, devant le secrétaire, écrit , en jetant de temps en temps un regard sur Iléléna , qui, de son côté , est devant la psyché , et essaie diverses parures dam m s cheveux.) HÉLÉNA, essayant une guirlande de couleur. Non... oh! du tout, du tout!,., c'est trop foncé pour la —41— couleur de mes cheveux____ donnez-moi quelque chose de plus doux... ( Elle cherche parmi les fleurs avec les femmes de chambre. ) LADY windsor , achevant son billet. { Regardant Héléna. ) Pas mal... nous aurons de la coquetterie... {Ecrivant. ) Mylord-duc tarde bien à m'instruire.... aura-t-il vu le jeune homme?... Je suis d'une inquiétude.... si nous allions échouer. (Elle se lève, sonne et s'avance tenant le billet qu'elle vient de ployer. ) une femme de chambre, offrant une guirlande très-jolie. Ceci ? voyez , Miss. héléna, la prenant. Oh ! que c'est joli ! ( Elle la pose sur ses cheveux. ) Que cela va bien ... n'est-ce pas?... ( Votant vile , et comme avec un peu de honte.) Mais... non... c'est trop riche pour moi. {Avec un petit soupir.) Oh ! oui... cela ne convient qu'à Mylady... Je ne faisais que l'essayer, ma marraine. ( Elle va pour rendre la parure. ) LADY WINDSOR. Vous vous trompez, ma chère ; cela ne sied pas moins à la jeunesse qu'à la fortune. Choisissez, disposez de tout; ceci vous plaît, parez-en vos cheveux , vous en serez plus jolie. (Le domestique James est entre et attend. ) HÉLÉNA. Que de bonté!... {Regardant la parure.) Je puis?.... {Aux /eaimcs. ) Oh ! placez-la tout de suite sur ma tète. ( On la coiffe devant la psyché. ) LADY WINDSOR, à part. Nous la tiendrons. {Au valet.) James... {Il approche.) On a porté toutes les invitations pour le bal. JAMES. Oui, Mylady. LADY WINDSOR. Qu'aucun de mes ordres ne soit oublié... Portez sur-le- champ ce billet chez lord Dudley... vous attendrez la réponse. (Le valet sort. ) HÉLÉNA , te plaçant devait! sa marraine. Voyez, Mylady , suis-je bien?.. Comme vous me regardez! LADY Windsor, avec distraction. Il est impossible qu'il résiste... HÉLÉNA. Que dites-vous , ma marraine ? LADY WINDSOR. Ce sont des idées... J'ai quelque chose aussi d'important à vous dire... et... —42— HÉLÉNA. Qu'est-ce donc ?... s'agit-il du bal?.. Oli i le duc peut-être doit y venir ? LADY WINDSOR. Je l'espère. jack , qui est entré,. Mylady , le secrétaire de niylord-duc demande à vous parler. LADY windsor , avec joie. Ah!... de mylonl-due enfin____ Qu'il entre... ( Vivement. ) rléléna, achevez de vous habiller; il vous manque un bouquet, un collier... {Aux Je.mmcs de chambre. ) Prenez dans mes bijoux. HÉLÉNA. Des bijoux aussi !... oh ! je serai mise comme une duchesse. (Elle se remet à sa toilette devant la glace. Deux domestiques en grande livrée entrent; ils apportent une très-riche corbeille. Walpool les accompagne. On pose la corbeille sur un meuble. ) SCÈNE VIII. Les précédions, WALPOOL, DEUX LAQUAIS en grande livrée. walpool , présentant le billet qu'il tient à lady TVindsor. Le billet, du lord-duc, est pour Mylady. lady WINDSOR . le prenant avec vivacité. Donnez.. (Elle l'ouvre vile, et lit des yeux. ) WALPOOL , jetant un coup-d ail sur Héléna , puis sur la corbeille , et. à part. Je vois pour qui... LADY WINDSOR, lisant des yenr. Bien !____ ce soir... quel empressement:.. |j'y comptais.... Ah !.. un post-scriptum. {Lisant haut.) J'ai vu le jeune homme ; Dudlcy vous le présentera ce matin. Beaucoup de prudence..... On n en manquera pas. (Elle met le billet dans son sein. ) walpool , haut, en remettant un papier à lady Windsor. Mylady, la facture est acquittée. lady windsor , la prenant et y jetant un coup-d'œil. — Avec un sourire : Des diamans!... cinq mille livres sterlings !... Mais comment ferai-je pour expliquer?... Les cadeaux de noce... Juste- ment... WALPOOL. Je crois que mylord-ducattendra... ces daines. LADY WINDSOR. Je le sais. —43— HÉLÉNA, se mirant. Mais je pense que c'est fini... Me manque-t-il quelque chose ? UNE FEMME DE CHAMBRE. Non, Miss. lady wiNnsoR, à Jack. Jack, reconduisez sir Walpool. {Regardant'Héléna.) Vous êtes charmante, Héléna. (Sortie générale. II ne reste que lady Windsor et Héléna.) SCÈNE IX. LADY WINDSOR, HÉLÉNA. LADY WINDSOR. Le moment est venu, ma chère Héléna; où je dois soulever le voile qui vous dérobe encore votre brillant avenir. La destinée vous appelle aux faveurs de la fortune, et quand le vent de la prospérité nous enlève et nous porte, ma chère amie , il peut, dans son caprice , nous jeter... jusques sur un trône. HÉLÉNA, avec simplicité. Je ne vous comprends pas , mylady. LADY WINDSOR. Cela est juste... Cela viendra. Ouvrez cette corbeille... Ouvrez aussi l'écrin qui s'y trouve. HÉLÉNA. Ah!!! oh! les beaux diamans !... comme ils brillent !... j'en suis éblouie... (Approchant avec l'ecrin. ) Ds sont à vous , mylady?... oh! qu'ils vous iront bien ! les inettrez-vous ce soir 1 LADY WINDSOR. C'est vous, Héléna, que ces diamans vont parer. HÉLÉNA. Moi .'...Vous voulez rire, mylady? LADY WINDSOR. Tout ce que renferme cet écrin, cette corbeille, est à vous. HÉLÉNA. A moi?... Fais-je un rêve? Que me dites-vous, mylady?.. Vous savez que je suis pauvre... Vous voulez éprouver si je suis coquette... Oh ! je sais bien , mylady, que de tels diamans ne sont pas faits pour moi. LADY windsor , se levant. On ne vous a jusqu'ici révélé, ma chère , que la moitié de votre destinée. Vous êtes pauvre, il est vrai; mais vous êtes jolie, et le don de plaire est aussi un trésor.... Cachéej j usqu'à ce jour, dans l'ombre d'un pensionnat, ce trésor fut i nconnu à vous-même ; mais dans le inonde . il brille , on —44— l'apprécie, et vous voyez déjà le commencement des prodiges qu il opère. HÉLÉNA. Comment, nrylady?... être jolie, c'est du bonheur, de la fortune ? (Elle jette un coup-d'œil sur les diamans.) LADY WTNDSOR. C'est plus, quand on le sait. héléna, ctourdiment. Et suis-je assez jolie?... (Elle ne doit pas achever le mot jolie.) LADY WINDSOR. Oui... Et c'est pour cela qu'il faut vous marier. HÉLÉNA. Me marier ? LADY WINDSOR. Voilà déjà vos présens de noce. HÉLÉNA. De noce ! LADY WINDSOR. La surprise est aimable, n'est-ce pas?... Aujourd'hui même, vous aurez un époux. HÉLÉNA. Oh! mon Dieu! mylady, vous dites aujourd'hui... C'est bientôt !... LADY WINDSOR. A votre âge , ma chère amie , c'est comme cela, le bonheur vient vite... [Pendant que ladj Windsor parle, Hcléna ouvre l'écrin et regarde les diamans.) Il ne faut pas pour cela le dédaigner. Écoutez-moi : pour paraître dans le monde , avec de certains avantages , il faut y prendre un nom, il faut avoir un rang ; dans le grand monde surtout, une jeune personne n'est rien. Le mariage donne des droits , de la liberté... C'est, là le bonheur... (montrant les diamans.) Voyez... on n'a pas de plus beaux joyaux à la cour. HÉLÉNA. Je vous crois, mylady; mais aujourd'hui...c'est ce mot qui m'effraie ; c'est la première fois que j'entends parler d'époux, de mariage... et cela m'étourdit. LADY WINDSOR. Enfant! plaire , briller, se parer de toutes les grâces pour aller à l'autel, dans le monde... est-ce donc bien effrayant?... Voulez-vous essayer ce collier? HÉLÉNA. Pas encore... (Ladj Windsor pose les diamans sur la toilette.) Me marier ! moi! avant toutes mes compagnes si riches, qui me regardaient avec compassion, qui disaient; quelquefois avec méchanceté : Héléna, elle n'aura pas de mari... Oh ! ce serait un triomphe ! —4S— LADY WINDSOR , revenant. Charmant, n'est-ce pas ? HÉLÉNA. Oui !... mais , ce mari, voilà ce qui me fait peur... Je ne le connais pas... (En souriant.) S'il était... ( Très-scrieuse.)] Il est vieux, peut-être ? LADY windsor , avec insouciance. Du tout, ma chère, il est noble, il est bien... et sera colonel. HÉLÉNA. Colonel !... Un bel uniforme ! Cela me rassure un peu..,, mais, si je ne lui plaisais pas ! LADY WINDSOR. S'il vous épouse. HÉLÉNA. Oh! d'abord, c'est que je veux qu'il m'aime. LADY WINDSOR, avec un petit mouvement d'humeur. On vous aimera.... Il s'agit de vous marier, voilà tout____ Il faut vous défaire de vos idées de pension ; dans le grand monde, on en a d'autres. Laissez-moi faire tout cela. Vous acceptez... je le veux. Attendez sans crainte l'instant où je pourrai vous présenter votre futur ; il ne tardera pas, c'est aujourd'hui, tout-à-l'heure... HÉLÉNA, effrayée. Mylady... LADY WINDSOR. Silence ! JAMS , annonçant. Lord Dudley et... LADY WINDSOR. C'est bien ; faites entrer. (Jams sort. — A Helcna.) C'est lui. HÉLÉNA. Le mari? LADY WINDSOR. Eh bien? HÉLÉNA. Oh ! ma marraine, je vous en prie, laissez-moi m'en aller; je n'oserai jamais îe regarder ; vous m'avez dit que ce serait mon mari. LADY WINDSOR. C'est pour cela qu'il ne faut pas vous troubler... Allons donc , ma chère, un peu de coquetterie, recevez-le poliment... le voici. HÉLÉNA. Ah! Mylady!... (Lady Windsor en souriant lui fait signe de se comporter comme il faut et remonte ensuite la scène ■ aussitôt Héléna se tourne vers la glace et se regarde.) Un mari! (Dudley et Tom-Love paraissent. Jams, qui les introduit, se retire en même temps qu'ils entrent.) S SCENE X. HÉLÉNA, LAD Y WINDSOR, TOM-LOVE, DUDLEV. DUDLEY. Mylady, mylord-duc a daigné in'accorder l'honneur de vous offrir son hommage, et de vous présenter son jeune protégé, sir Love Mac-Ivan, gentilhomme écossais. (Il salue) héléna , à part. Love! c'est uu joli nom. LADY WINDSOR. Approchez, sir Love, je désirais vous connaître. love , à part. La voilà ! HÉLÉNA , de même. Je l'ai vu ! DUDLEY, bas à lady Windsor. Abrégez. LOVE f à part. Qu'elle est charmante ! héléna, de même. Oh ! qu'il est bien ! LADY WINDSOR. On m'avait annoncé votre visite. LOVE. Milady, l'étonnante faveur, l'inconcevable fortune dont je me vois comblé tout-à-coup... héléna , à part. Il ni'a regardé. LOVE. Jettent mon esprit et mon cœur dans un trouble que je ne puis exprimer, niais qu'il vous est facile de comprendre. lady windsor, à part. Il est mieux que je ne le souhaitais. DUDLEY, bas à Love. Il partira ce soir. héléna, à part. Me parlera-t-il? LADY WINDSOR. Sir Love, les intentions de mylord-duc à votre égard nous sont connues , et ses désirs sont des ordres pour nous. LOVE. Je pourrais espérer... (Il s'arrête voyantlady Windsor prendre Héléna par la main.) dudley , bas à lady Windsor. Vous voyez, incrédule... LADY WINDSOR. Miss Héléna de JAosclande . je vous présente sir Love Mac- Ivan. —47— LOVE. Miss... lAdy vvijndsor, l'interrompant tout de suite. Nous aurons l'honneur de vous revoir à votre retour de la chancellerie ; vous avez aujourd'hui un brevet de colonel à recevoir et la main d'Hélena. (Héléna jette un regard sur Love.) love , très-ému. Quel regard ! DUDLEY. . Il n'y a pas de temps à perdre. LAdy wiMDSOU , à Héléna. Ma chère amie , le bal de ce soir réclame vos soins et vos ordres ; je ne vous retiendrai pas plus long-temps , vous pouvez nous laisser. LOVE. Déjà! (Héléna salue avec beaucoup d'embarras et de timidité. Love fait un mouvement pour lui offrir la main, mais déjà Dudley lui présente la sienne et la conduit jusqu'à la porte. En sortant, elle se retourne et regarde Love , qui la suit aussi des yeux.) SCÈNE XI. DUDLEY, LADY WINDSOR, TOM-LOVE. love , quand Héléna a disparu , à part. Ma surprise redouble... Que soupçonner?.... que résoudre?... pas un motd'elle... mais son regard... (Lady Windsor et Dudley reviennent en scène.) dudley , à lady Windsor. Il est ému... A propos, voici le portrait. LADY WINDSOR. Comment !... DUDLEY. On en veut une copie. LADY WINDSOR. Ah !... je le sais , j'ai fait prévenir Morthon , vous le lui remettrez. DUDLEY , à Love. Mon cher, je vous attends; vos vœux sont exaucés. love , à part. Le railleur!... (Haut. ) Mylady dois-je en effet vous quitter sitôt? LADY WINDSOR. Je ne puis outrepasser les ordres de Sa Grâce. LOVE, à part, Ce mystère!... JACK, qui est entre avec une lettre . à lady Windsor. lu message de la cour. —48— LA MARQUISE , vite. Voyons. love , à part. Ecoutons. DUDLEY. Rien de fâcheux ! LADY WINDSOR. Un devoir d'étiquette; une heure de perdue... love, à part. Une heure! Si je pouvais... LADY WINSOR. Ma voiture. ( Jack sort ) love. Vous sortez, Mylady ? LADY WINDSOR. On me fait mander chez la reine , pour l'accompagner à Westminster. Dudley,vous me conduirez au palais. Sir Love , le contrat sera prêt quand nous nous reverrons. Hâtez-vous. LOVE. Ma résolution est prise, Milady. ( Lady Windsor prend son éventail.) DUDLEY, bas à Love. Courez à la chancellerie. LOVE. Comptez sur mon empressement... (A part. ) Quel moyen employer? lady windsor , à Love: J'accepte votre main jusqu'à ma voiture. Je compte sur vous à mon retour. LOVE. Comptez-y, Mylady , (A part. ) Je ne sortirai pas. LADY WINDSOR. Venez, Dudley. Jack, je ne serai qu'une heure absente , retournez chez mon notaire; dites-lui qu'il se hâte. J'aurai besoin du contrat aujourd'hui. JACK. Tout de suite, Mylady. love , à part. Bien, je remonterai. LADY WINDSOR. Allons. (Ils sortent. ) SCÈNE XII. JACK, seul. C'est ça! encore chez le notaire! c'est la quatrième fois d'aujourd'hui! Allez! courez!... On ne vous demande pas seulement si vous êtes las... avec ça qu'il y a loin. (Bruit 8— SCENE XIX. LADY WINDSOR, DUDLEY. LADY WINDSOR , asissc. Je tremble de colère ! DUDLEY. Point d'effroi , mylady, il ne faut que de la présence d'esprit pour conjurer cet orage. LADY WINDSOR. Des menaces!... Je les braverai. DUDLEY. Le mariage peut-il se faire dans une heure? LADY windsor , se levant. Sur-le-champ ! Un ordre de la reine s'y opposera trop tard... Sonnez mes gens... {Il sonne. ) L'acte est dresse chez le notaire. DUDLEY. Vos ordres... (Jack et James entrent. ) LADY WINDSOR. Attendes "... {Elle va au secrétaire et écrit quelques mois en parlant.') Il faut tout prévoir, tout exécuter .'i-l.'.-fois {Aux va~ lets.) appelez mes femmes {Jack sort. — En écrivant.) Dudley , vous avez vu le jeune peintre? DUDLEY. H va venir. lady Windsor , se levant et donnant un mot à James. Courez chez mon notaire, qu'il vienne à l'instant ; on m'avertira. (Deux femmes sont entrées.) JAMES. Oui, mylady. (I' sort. Jack entre. ) LADY WINDSOR. Tom-Love tardera-t-il? DUDLEY. Je ne le pense pas; niais il faudrait songera lady Wor- cester. LADY WINDSOR. Je ne l'oublie pas. ( Aux femmes. ) A-t-on apporté les parures de mariée? UNE FEMME. Oui, mylady. LADY WINDSOR. Prenez ces diamans, ces objets; dites à miss Héléna de vous suivre dans mon cabinet de toilette. Je vais vous y joindre. Jack faites ouvrir les salons... Que tout soit éclairé pour le bal... {Jack sort.) Lady Worcester... elle ira clic/ la reine... trop tard... cependant... Dtini l'.v. Si l'on pouvait l'empêcher tout-ù-fait... —30— i.Ain Windsor. Oui, courez chez my lord-duc, c'est à lui de paver ce coup; qu'il signe sur-le-champ un ordre de départ. DUDLEY. Je comprends... J'y vole. lad y windsor, le retenant. Je n'ai rien oublie? dudlf.y Je tte«te crois pas, înyladv. L.U)Y WINDSOR. Prenez nia voiture ; courez. DUDLEY. Comptez sur moi. (Elle sort.) SCÈNE XX. DUDLEY, MORTHON. MORTHON, entrant aussitôt. Que vois-je ! lord Dudley ! DUDLEY. Salut au premier peintre de Londres! Vous venez à propos, mon cher, j'allais faire un oubli. MORTHON. Je croyais trouver mylady. DUDLEY. Elle est à sa toilette. Vous êtes du bal. Il nous faut une copie de ce portrait. (11 lui remet le portrait.) MORTHON. Vous aussi, vous savez... {Riant.) Allons, mes conjectures étaient vraies; en vous voyant dans le secret, mylord, je ne doute plus... dudley, gaûncnt aussi. Taisez-vous... S'il est permis de deviner, il est défendu de tout dire ..(Sérieusement.) Votre parole d'être muet... (Souriant.) Au moins vingt-quatre heures. MORTHON. Je vous la donne. DUDLEY. Au revoir... Une affaire m'appelle ; nous nous retrouverons ici. ( 11 sort. ) SCÈNE XXI. MORTHON, seul '"est une intrigue... la chose est claire... cela m'étonne peu... ; mais ce qui me confond , c'est le billet de Tome-Love. (Il le lire de sa poche.) Le voilà bien... Je l'ai relu vingt fois... {Ii lit.) « Mon ami, je brûle de l'apprendre mon bonheur ; —60— « il ressemble à un lève. Viens, ce soir, chez la marquise tic « Windsor, tu m'y verras et tu sauras tout. » Tom-Love ici!... 11 ne connaissait pas hier la marquise... Serait-il pour quelque chose dans l'intrigue ?.. Oh non ! son caractère, sa lranchise, la noblesse de son cœur... C'est impossible!... .tack , ouvrant. Entrez, sir Love. (Loveparaît. Il est en uniforme île colonel.) SCÈNE XXII. TOM-LOVE, MORTIION. MORTHON. Ah! LOVE. C'est toi ! MORTHON. J'ai ton billet; je t'attendais... Mais que vois-je? love , à Jack. Annoncez mon retour à mylady... Cher Mortbon... Oui, je suis colonel... Ta surprise te rend muet... voici mon brevet... et je ne suis pas moins étonné , mon ami, de te le montrer, que toi de le voir. MORTHON. Colonel, en un jour!... LOVE. Ce qui m'arrive me confond! tant de bonheur m'effraie encore . car ce grade , ce n'est pas tout. MORTHON. Comment? te fait-on aussi millionnaire? LOVE. Mieux!... Ce qu'on me donne est au-dessus de tous les trésors... une épouse charmante. MORTHON. Une femme ! LOVE. Un ange de candeur. MORTHON. Que tu vas épouser ici ? LOVE. Tout-à-l'heure , sous tes yeux. MORTHON. Ici! un ange de candeur!.... je n'aurais pas deviné qu'il s'y trouvât !... Love , prends garde ! LOVE. J'ai douté comme toi, mon ami; mais je l'ai vu!... C'est une élève de mylady Worcester. MORTHON. De ma tante? —Cl— LOVE. Tu verras un modèle d'innocence , tu seras témoin de mon bonheur; n'est-ce pas, mon ami? MORTHON. Ton bonheur? ce sera le mien... si lu ne t'abuses pas... (James entre par la porte de droite. En même temps Dudlcv paraît, au fond. ) SCÈNE XXIII. Les précédées, JAMES, DUDLEY, qùiresieaufond. JAMES. Mylady Windsor fait prier sir Love de vouloir bien se rendre dans son cabinet. love , à Morthon , en. lui serrant la main : Mortbon ! félicite-moi. mon ami !... Je vais signer le contrat... Tu le vois, mon honlieur n'est point un rêve ! JXMES, indiquant la porte. De ce côte', sir colonel. (Il sort vile.) SCÈNE XXIV. DUDLEY, MORTHON, JAMES. DUDLEY , à pari. Ils se connaissent !... je l'avais oublié. (Il approche rite.) morthon , à pari. Ce portrait... ce mariage... nunLF.Y, à James. Qui se trouve avec laày Windsor? JAMES. Le notaire que je viens d'amener, et miss Tlèléna. DUDLEY, à pmi. On les marie. JAMES. Je vais ouvrir, mylord, le monde arrive. ( lames remonte pour faire ouvrir ) DUDLEY , à Morthon. Mon cher ami, vous êtes jeune, artiste, et vous avez votre fortune à faire. Ecoutez bien ceci : Quoi qu'il puisse se passer devant vous qui vous surprenne, qui vous étonne, pas un mot indiscret sur le portrait; j'ai déjà votre parole et de plus vous savez qu'il existe une tour de Londres. MORTHON. C'est donc?... DUDLEY. Rien. (Dans cet instant, les portes du fond s'ouvrent. La foule qui remplit le second salon s'avance un peu. En même temps, lady Windsor, Tom-Love et Hélëna en mariée, s'avancent, suivis de. femmes et valets qui s'arrêtent à la porte.) 8 —62— SCÈNE XXV. MORTHON, DUDLEY, LADY WINDSOR, HÉLÉNA, TOM- LOVE, TOUTE LA SOCIÉTÉ, TOUTES LES PERSONNES DE l'hotel, ensuite LADY WORCESTER et un officier d'ordonnance. ( Héléna. conduite par latly Windsor et Tom-Lovc, est présentée à toute la société qui garnit le fond. Dudley et Morthon sont sur la gauche très-descendus.) DUDLEY, se tournant un peu vers là foule quand Heléna paraît. Voici les époux. MORTHON . Dieu ! c'est elle ! DUDLEY. Comment? MORTHON L'original du portrait... DUDLEY. Sans doute. morthon. Et son épouse! Qu'avez-vous fait? DUDLEY. Un mariage de convenance. morthon. Une infâme trahison ! DUDLEY. Plus bas. morthon. Malheureux Love ! DUDLEY. Rendez-moi le portrait. morthon. Jamais! Mes pinceaux ne serviront point une lâche perfidie ! (Il jette le médaillon à terre, et l'écrase sous son pied. ) DUDLEY. Vous vous repentirez ! (Dans ce moment, lady Worcester, qui est entrée par la gauche, traverse le théâtre et vient vers l'avant-scène, du côté opposé à celui où se trouvent Morthon et Dudley. Lady Windsor, qui la voil, descend aussitôt la scène. Love et Héléna sont encore au fond.) LADY WINDSOR, avec un sourire ironique et Je triomphe. Quoi ! mylady Worcester daigne honorer mon bal de sa présence ! LADY WORCESTER. Point d'éclat, mylady ; nous avons l'une et l'autre un égal intérêt d'éviter le scandale. Non , ma place n'est point ici. Ce n'est pas celle non plus qui convient à ma jeune élève ; et je -—63— viens la chercher... Voici l'ordre do remettre Héle'na de Rose- liadc entre mes mains, sur-le-champ. (Dans ce moment, Love et Béleua sortent de la foule qui garnit le fond ; Héléna aperçoit lady Worccster et la montre à Love. En même temps, un officier d'ordonnance en grand uniforme, entre et s'avance vers Dudley. ) i.Ady win DSOR , répondant à Lady irorcester toujours avec ironie. L'ordre? LADY WORCESTER. De la ruine. LADY WINDSOR. Je le respecte... ( riant. ) Mais... allez donc demander Héléna à son époux. LADY WORCESTER. Ils sont mariés ! héléna , accourant. ( A I.ady Wnrccsler. ) Ali ! quel bonheur de vous voir ici! Yoilà mon mari ! (L'oilicicr d'ordonnance s'est approche de Dudley. ) l'officier. Le colonel Tom-Love, s'il vous plait! DUDLEY. Le voilà. ( A cette question} tout le monde écoute. Lady Worccster lient la main d'Héléna. 1 aily Windsor regarde Dudley. Celui-ci observe Morlhon qui, les bras croises , paraît méditer ce qu'il Va faire. ) HÉLÉNA , à lady Worccster. C'est lui ! (L'officier d'ordonnance remet une lettre revêtu d'un large cache! à Love, qui la reçoit avec étonnement, l'ouvre et jette les yeux sur le papier qu'elle renferme. ) LOVE. Grand Dieu ! ! Partir ! ! TOCS. Partir ! .. (Héléna se jette dans les bras de son mari.) l'officier. Sur-le-champ! morthon, voulant se précipiter malgré Dudtej . Love !... UN huissier . annonçant. M y lord-duc ! (Toute la foule qui est au fond se retourne; Love et Morthon se regarde ; Lady Worccster tombe assise, couvrant son visage ; Héléna se précipite à ses genoux. Le lord-duc parait. ) LADY WORCESTER. Je devine ; elle est perdue ! (Le rideau baisse.) vin m; seconp vert:. iicram ^riacDiï^iîàmiiSo — ' a ir ■ Une salle rustique d'habitation villageoise. Au lever du rideau, lietly fait de la dentelle ; l'atriek est assis, buvant, fumant et lisant une gazette. Sottgherl allume sa pipe. O^K-S SCÈNE PREMIÈRE. PATRICK , SOTTGHERL , BETTY. SOTTGHERL. Mais, laissez donc, mistriss Sottgberl!— voyez c'te bêtise!.... v'ià quatre fois qu'elle m empêche d'allumer ma pipe. BETTY. Voyez-vous , le beau malheur ! on ne vient pas allumer sa pipe sous le nez de sa femme sans l'embrasser , malhonnête ! SOTTGHERL. Ah ! bah !... si j' t'écoutais, j'aurais qu' ça à faire toute la journée. BETTY. C'est bon, tu y viendras. sottgherl , allant boire. A votre santé, mon oncle Patrick! J' dis qu' vous n'êtes pas fâché d'être venu vous installer dans not' petit ménage, sur la route de Jhislol?... PATRICK. Pourquoi? SOTTGHERL. Ah ! ah ! ah!... dis donc, Iktty, ma femme! y d'mande pourquoi? BETTY. Laissez-moi. PATRICK. Eh bien ! oui , pourquoi? SOTTGHERL. Goûtez-moi donc cette bière-là ; hein? PATRICK , qui a bit. Eh bien? SOTTGHERL. Est-ce que vous en avez jamais bu d'la pareille dans votre taverne de la Licorne ? PATRICK. Imbécille ! SOTTGHERL. A vot' santé, mon oncle. —as— PATRICK. Laisse-moi lire mon journal de Londres. BETTY. Il faut avouer que les femmes sont bien heureuses! A peine s'il y a quinze jours que j'ai épousé ce magot-là , et déjà il ne songe plus qu'à sa pipe et à son pot de bière. SOTTGHERL. Ca m'amuse. BETTY. Paresseux ! SOTTGHERL. Coquette ! BETTY. Ivrogne ! SOTTGHERL. Goddem !... (11 lève la main. ) betty , levant la sienne. Avise-t-en!... SOTTGHERL. Voyez-vous ça! avec sa ligure doucette ! BETTY. Et lui, avec son jupon d'Ecossais ! PATRICK. Allons! paix là!... Sottgberl a tort ; et toi, betty, jeté conseille de ne pas faire la revèche avec ton mari, vois-tu , parce qu'il y a là , dans la gazette , un article qui n'Arrangerait pas tes affaires. BETTY. Bah! SOTTGHERL, Qu'est-ce que c'est donc? PATRICK. C'est... c'est un fameux exemple que le roi d'Angleterre donne à tous les maris de son royaume. 11 répudie sa femme et il épouse Anne de boulen. BETTY. Répudier sa femme ! ! ! SOTTGHERL. Répudier sa femme ! ! ! PATRICK. C'est là-dedans. BETTY. Quelle horreur ! SOTTGHERL. Bah! c'est ben aut' chose qu'une horreur. BETTY. A la bonne heure... Il est gentil, mon petit mari, il ne veut pas qu'on répudie sa femme. SOTTGHERL. Tiens! non, je n' veux pas! c'te bêtise!... la vendre, je n' —60— dis pas, c'est différent; ça rapporte quéque chose, et ça n'empêche pas d'en prendre une autre. BETTY. Comment la vendre? SOTTGHERL. C'est la loi | pas vrai, mon oncle... Quand une femme vous fait des niclies... BETTY. On la bat, monsieur. SOTTGHERL. Oui, oui, c'est juste, on commence par là; si elle recommence... BETTY. On la bat. SOTTGHERL. Encore une fois... y a pas de mal... après ça , la corde au cou et au inarclie'. BETTY. Ah! le monstre d'homme !... Comment tu me vendrais si... SOTTGHERL. Y a pas de doute, si tu nie faisais des niches. BETTY. Entendez->vous ça , mon oncle ? PATRICK. Je te conseille de prendre garde à toi. BETTY. Fi! c'est affreux!... Battez votre femme, c'est bien, ça s'est toujours fait, ça prouve qu'on l'aime. Mais on ne doit jamais la quitter, et si tu t'avisais de me faire un tour pareil, je t'arracherais les yeux, je t'en préviens. SOTTGHERL , riant. Ali! ah! ah!... t'est gentille. Ecoute, ma p'tite Betty... j' t'aime ben.. mais ne t'y fie pas. Tant que tu seras douce , bonne,aimable, fidèle surtout, ça ira bien... mais si... prends- ybiengarde! j' suis jaloux... si jamais!... quoi!... que j' visse... ou bien que j' susse... betty , riant. Tu me battrais ? SOTTGHERL. Du tout ; au marche. betty , à part. Tu me le paieras. (On frappe à ta porte. ) SOTTGHERL , qui Va entendu. Hein?... PATRICK. ( >n a frappé. BETTY. Je n'ai pas entendu. SOTTGU EHL. Qu'est-ce t[ue tu disais? On fr»ppt encore. ) —07— PATRICK. Je vous dis qu'on a frappé. 11 est tard, vous perdez le temps à disputer, et c'est probablement le watchman, qui vient vous dire d'éteindre et de rouvrir le Jeu. BETTY. Ecoute... (On frappe de nouveau. ) PATRICK. Entendez-vous à présent? BETTY. Ah ! mon Dieu ! il nous mettra peut-être à l'amende. PATRICK. Offre-lui un verre de bière. SOTTGHERL. C'est ça. Va vite ouvrir. {Betty sort. ) Eaut lui faire une politesse , ça l'empêchera d'se fâcher... {Bruit. ) Tiens! on dirait que Betty a peur. betty , revenant. Dis donc! dis donc, Sottghért!..,. (Je n'est pas le watchman, c'est un jeune militaire ; il descend de cheval ; il paraît harassé de fatigue. SOTTGHERL. Si tard sur la grande route! PATRICK. Va donc le recevoir, il a sans doute un porte-manteau. SOTTGHERL. Dam! mon oncle, c'est que, voyez-vous... PATRICK. Poltron ! BETTY. Puisque c'est un jeune homme ! SOTTGHERL. C'est ça, un jeune homme!... Mistriss Sottgherl, prenez garde au marché. PATRICK. Taisez-vous! le voici. ( Entre Tom-Love, enveloppé d'un manteau de roule. ) SCÈNE II. Les mêmes, TOM-LOVE. sottgherl, faisant des révérences. Votre honneur peut entrer... Mylord voyage un peu tard... et la nuit... Goddem!... betty. Que vois-je ? PATRICK. Qu'est-ce donc? LOVE. Je suis reconnu ! —68— BETTY. Sir Tom-Love ! SOTTGHERL. Gentleman ! LOVE. Silence ! PATRICK. C'est mon jeune homme! LOVE. Mes amis, je vous reconnais à mon tour... Patrick... Vous, Betty... Vous êtes maries?... BETTY. Oui. LOVE. Je me souviens que vous deviez prendre une auberge. BETTY. La voilà... Mais vous?... LOVE. Chut !... je vous prie, mes amis de ne point prononcer mon nom, vous pourriez m'exposer. TOUS LES TROIS. Vous exposer? LOVE. Je cours à Londres....Te voudrais ne point m'arrêter, mais mon cheval est épuisé de fatigue. De grâce, quelqu'un, Sottgherl, soignez-le. Je crains plus que Ta mort d'être retarde dans ma course. BETTY. Va vite. SOTTGHERL. Soyez tranquille ; une couverture sur le dos, du pain trempé dans de la bière, ensuite l'avoine et la litière. Votre cheval sera traité comme un prim e. PATRICK. Va! BETTY. N'épargne rien. (Il sort.) Et vous, sir Love, que faut-il vous offrir, vous servir? Nous n'avons pas grand'chose , nous ne sommes établis que depuis huit jours, et sur une grande route; mais tout ce que nous avons est à vous. PATRICK , bas à Betty. Tu ne risques rien , le ministre paie pour lui. LOVE. Merci, merci, ma chère Betty ; je ne réclame de vous que l'hospitalité pour une heure. Je ne prendrai rien. BETTY. Rien !..• Mon Dieu! sir Love, comme vous êtes changé! comme vos traits sont pâles!... Vous avez donc, souffert? —60— LOVE. De la fatigue, seulement. BETTY. Oh! non... Vous étiez si gai chez mon oncle, et depuis si peu de temps... D'où vencz-voas donc, sir Love? LOVE. De loin, ma chère Betty. BETTY. Et si triste... {Plus bas.) Vous vous cachez... LOVE.. Ne m'interrogez point, Betty, je ne pourrais vous répondre. Vous êtes mes amis... jusqu'à demain , qu'on ne parle point de moi ; il y va de ma vie. TÎETTY. De sa vie ! PATRICK, à pari. Qu'a-t-il donc fait? BETTY. Oh ! ne craignez rien ici. LOVE. Je n'y resterai qu'un moment. Dites-moi, un cavalier venant de Londres ne s'est-il pas arrêté devant cette maison , ne m'a-t-il pas demandé sous le nom de sir Arthur? BETTY. Non , il a passé des voyageurs, mais ils n'ont rien demandé. love , à lui-même. Je le rencontrerai plus loin, sans doute... Perdre une heure! ah ! quel tourment! sottg-herl , rentrant. Là, c'est fait! Vot' cheval est dans la litière et l'avoine jusqu'aux oreilles. A présent, sir gentleman, faut-il vous servir du punch , comme le jour que____ BETTY. Tais-toi ! ne vois-tu pas qu'il a du chagrin? SOTTGHERL. Eh bien du punch.... PATRICK. Tu es un sot !... Il s'agit d'une affaire. SOTTGHERL. Ah! PATRICK. Oui. BETTY. Dam ! SOTTGHERL. Alors ? PATRICK. C'est ça. HETTY. Tu vois bien a —70— SOTTGIIERL. Oui, parce que... c'est à cause... Partii ! Ah ça, et nous coucher donc; il est encore plus tard que tout-à-l'heure. BETTY. Offre-lui notre lit. SOTTGHERL. Not' lit? BETTY. Sans doute. SOTTGHERL. Et nous ? BETTY. Tu m'ennuies!... Sir Love, voulez-vous accepter notre; lit pour vous reposer un instant? LOVE. Je vous remercie ; je ne reposerai pas. Je resterai ici jusqu'à ce que mon cheval soit en état de se remettre en roule. SOTTGHERL. Avant le jour? LOVE. Dès crue je le pourrai. Que cela ne vous empêche point de vous retirer, mes amis; indiquez-moi seulement à qui je pourrai demander mon cheval. PATRICK. Il a raison. SOTTGHERL. Oh! quant à ça , c'est facile. Tirez le verrou , vous êtes dans la cour; l'écurie est devant vous, il n'y a que la bride à mettre au cheval; le garçon vous aidera; la grande porte reste ouverte, vous serez sur la roule quand vous voudrez LOVE. Cela suffit. BETTY. Dans ce buffet, toutes nos provisions; la clé est après... mon mari et moi , nous sommes vos compatriotes , disposez comme chez vous. PATRICK, « Sottgherl. Ah ! ça , et payer? SOTTGHERL. Est-ce que vous n'entendez pas qu' c'est un compatriote ? LOVE, donnant une bourse à Betty. Je vous quitterai cette nuit. retty , refusant. Oh ! sans savoir... LOVE. Je ne vous ai pas fait de présent de noces. BETTY. Jl nous portera bonheur... lionne nuit, sir Love. PATRICK. Vous pouvez lester ici sans crainte, et voilà, pour vous distraira , de la lumière, des pipes , du tabac et la gazette. SOTTGERL. Si le gentleman a besoin de quelque chose , il n'a qu'à frapper ;i cette porte , un peu fort, j'ai le sommeil ilur. BETTY. Oui, mais moi pas. LOVE. Adieu , mes amis. TOUS LES TROIS. lionne nuit, gentlemen ! SOTTGHERL. Ah! ah! ah! dis donc, Betty... ah! ah! ah! v'Ià le quart d'heure oùs' qu'on se raccommode. BETTY. Voulez-vous vous taire? est ce qu'on dit ça devant le monde ? Patrick, regardant Loue, (l'est singulier, cependant... (Ils sortent tous les lrois. ) SCÈNE III. TOM-LOVE, seul. Quelle étrange destinée!... quel bizarre enchaînement ou de caprices de fortune, ou d'infernales trahisons!... Toui est mystère , piège, terreur, autour de moi. Prends garde, disait Morthon !... Pourquoi ? De quoi nie délier?... Contre qui me défendre?... Mon grade... on me l'a donné... Mon mariage»., il est réel... mon épouse m'appartient. Tout ce qui s'est fait enfin, existe, et ne peut S effacer comme un vain rêve... Allons ! c'est impossible... mais le jour même de l'hymen , à l'instant de la fête_____ c'était la foudre qui tombait entre nous... Un ordre nous sépare... Morthon était pâle... Lady Worcester mourante... Heréna pleurait sur mon sein... J'étais militaire , l'obéissance soudaine était un devoir d'honneur... Qu'allait devenir mou épouse?... Je la mets sous la garde de lady Worcester et de Morthon... Un instant, une seule fois je la tiens sur mon cœur.*, et je pars... 11 faut inarcher jour <:t nuit, tel est mon ordre... J'entre au port de I3ristol, deux vaisseaux m'y attendent. Aux Indes! me dit-on!... Aux Indes ? Qu'eussé-je fait?... Je l'ignore... Ce mot plus fatal, plus terrible... cette lettre de Morthon m'est jetée sur le rivage , et celui qui l'apportait a déjà disparu... Le cruel! .. la voilà!... Il n'arrache de nies jeux que la moitié du bandeau, et me laisse à choisir entre tous les malheurs... Pas un mot qui ne m'épouvante, et pas un qui m'éclaiie !... (IMt,) « Quelque " part que cet écrit t'arrive, Love, ne va pas plus loin. Si " tu tiens à ce qu'un gentilhomme doit avoir de plus cher , à —72— « l'honneur, rends ton brevet de colonel, déchire-le, s'il le « faut, reviens à Londres sur-le-champ; brave tout, la snort « même ; si je connais ton cœur , tu la préfères à l'infamie !.. « Je vole à ta rencontre. Reviens sous le nom d'Arthur ; tu « me trouveras sur la route. Morthon. » C'est au nom de l'honneur qu'il m'appelle, et Morthon ne me trompe point... Viens, me dit-il... J'ai déchiré mon brevet de colonel, j'ai rompu mon ban militaire, on peutdenian- der ma tète... mais Morthon l'a prévu, et m'a dit de venir... Je suis venu... Héléna!... ce doit être pour te sauver... (Un garçon d'écurie paraît.) SCÈNE IV. TOM-LOVE, UN GARÇON D'ÉCURIE. LOVE. Qui vient ? le garçon. Pardon, excuse, gentlemen... LOV E. Vais-je partir? LE GARÇON. Quand vous voudrez gentlemen..... mais c'est pas ça... c'est-y vous qui vous nommez sir Arthur? LOVE. Oui, serait-ce?... Pourquoi? LE GARÇON. C'est un cavalier qui vient d'arriver, qui est à la porte , et qui m'a dit... LOY K. C'est lui ! coin s , qu'il cuire ! LE GARÇON. Il est là. ( Ilva faire signe à la porte. ) LOVE. Morthon!... je vais savoir... Un froid île mort me glace... (Morthon entre; Love est prêt de se jeter dans ses bras. Morthon le retient du geste, fait signe au garçon de se retirer, et ce n'est que quand ils sont seuls qu'ils s'embrassent.) SCÈNE V. LOVE, MORTHON. MORTHON. Love ! LOVE. Morthon... {Après un long silence.) Eh bien! tu trembles... J'attends____ MORTHON. Tu as donc reçu ma lettre ? LOVE. Il ne s'agit plus de ta lettre !... Mortlion... je me meurs... tu ne me parles pas d'elle. morthon. Grand Dieu! pourquoi t'ai-je écrit?... Mon ami , j'ai eu tort .. ne poursuis point ta route , retourne sur tes pas ; ne reviens jamais à Londres. LOVE. Jamais! pourquoi m'y rappelais-tu? MORTHON. Il e'tait temps encore. LOVE. 11 ne l'est donc plus? Tu ne me laisses pas même interroger tes yeux____ Faut-il mourir?... me venger?... M'accu- sera-t-on! quel est le crime? aie donc pitié de moi! Enfin , qu'est-il arrivé? MORTHON. Ce que la bouche n'ose dire... ce qui ne peut se réparer____ LOVE. Sais-tu que ton silence est plus affreux que tous les malheurs... Je t'interrogerai... j'ai perdu... des amis? MORTHON. Aucun. LOVE. Hélé.... On me retire mon grade... {Morthon fait un geste négatif. ) Le ministre... MORTHON. Oublie-le. LOVE. Cruel! il ne me reste plus qu'une question à te faire... ne la devines-tu pas ?... Iléléna?... Tu frémis... je le savais... j ai du courage. Allons!... elle est en danger?... elle est morte? MORTHON. Pour toi ! LOVE. Pour moi !... MORTHON. Ne reparlons plus d'elle. LOVE. Que dis-tu?... elle est donc... infidèle? MORTHON. Jamais l LOVE. Ah!... la mort était là... {Plus calme.) Mais alors, quel autre malheur, quel autre mystère?... tu peux le dire, à présent. (Il s'assied.) MORTHON. Tu t'abuses , mon ami, que ta raison m'écoute... Iléléna... lu l'avais peu connue. Ton mariage n'avait été qu'une vain« —74— formalité. Le temps effacera ce cruel souvenir____ce passager bonheur.... Abandonne l'Angleterre, quitte cet uniforme qui te rappellerait une honteuse laveur, une infâme protection... on n'osera te poursuivre. Love, point de faiblesse, sois homme; pars, je t'accompagnerai. iNous irons en lis- pagne, en France, où tu voudras. Mon amitié te tiendra" lieu de ce que tu as perdu... car il f ut te l'apprendre..... Héléua vit encore , mais tu n'as plus d'épouse.... LOVE. Elle existe.... et ce n'est plus pour moi... Ce grade,' un déshonneur!... L'infamie, et... tu pleures... ( Se levant lion de lui.) Ah ! je suis déshonoré !... MORTHON. Mon ami !... love , assis. Mort!... mort à l'infâme!... MORTIION. I LOVE. MORTHO». du secours !... SCÈNE VI. Les précédées, SOTTGIlEilL, BETfî, LE G ARGON DE FERME. LOVE. Du secours, dis-tu;'.... eu voilà ! 11 faut du sang pour laver cette tache !... BETTY , accourant. Sir Love ! PATRICK, de. même. Juste ciel !... SOTTGHERL, de mime. Gentlemen ! MOKTHOK. 3Jes amis , retenez-le!... love, les rcuuussant. Me retenir!.. BETTY. Ah! lovi:. Mon cheval ! MORTHOM. Où vas-tu? LOVE. A Londres. MORTUOf». Je te suis... Love ! Vengeance ! 11 se perd !... —7i>— LOV E, Viens! tu m'y verras.... MORTHON. Où donc ? LOVE. Sur l'échafaud ! TOCS. Ah! !! (Betty tombe à genoux , Patrick assis, Love son .) ï.e théâtre représente la partie du bâtiment et non époux... qu'il ne sache jamais pourquoi j'ai dû mourir. LOVE. Oh!... H ÉLÉSk, saisissant la main de Love. Écoutez!... écoutez manière, vous saurez tout, vous; —82— et vous venez qu'il faut que je meure , car Love ne voudrait plus de moi. LOVE. Parte , va , je ne puis souffrir davantage. HÉLÉNA. Vous l'avez vu partir... moi aussi on m'entraîna... je vous appelais... LOVE. Les lâches!... HÉLÉNA. Mais la voiture allait vite, vite, bien vite! bon de Londres— C'était un château superbe tout environne d'arbres... et lady Windsor me disait : Il est à vous. LOVE. Perfidie!... HÉLÉNA. Je croyais qu'il était à Love , que j'allais le revoir. LOVE. Toujours innocente ! HÉLÉNA. On nous attendait. Que tout était brillant!... mais il y avait un étranger , un grand seigneur.... c'était le maître. LOVE. C'était lui!... HÉLÉNA. Oui... je le vois!... ils sont tous éloignés .. Il me fait rougir!.. Non, mylord, je ne veux pas vous entendre. Moi, mylord?... je suis mariée... Eh bien ! mylady n'est pas là ? . elle m'abandonne aussi!... Ma mère, ou me conduit-on?... Cette chambre?... que de richesses ! Je ne suis donc pas chez mon époux?... On vient ! Ah!... encore vous, mylord?... à mes genoux?., quel langage !... jamais !... jamais!... laissez- moi ! plutôt mourir! LOVE. Infâme ! HÉLÉNA. Ma mère!... Il étouffe mes cris !.. Ma mère!... Personne!... Ah! par pitié, la mort!... Love! Love!,.. LOVE. Iléléna!... Héi.éna, se jetant dans ses bras. Ah! c'est toi!., mais viens donc!... (Elle demeure sans mouvement ] LOVE. Hélas!... II ÉI.ÉN A Où suis-je?... Mon époux! c'est lui !... Oh!... mon Dieu !.. Ai-je dit?... LOVE, reprenant sa raison.. Héle'na!... du courage!... —85— HÉLÉNA. Ali! Je suis déshonore! {Elle tombe. ) LÔVE , la soutenant. Non!... c'est le monstre... Héléna! HÉLÉNA. Je me meurs!... Grâce, mon époux.'... Pardon ! LOVE. Vengeance! veux-tu dire? HÉLÉNA. Je n'ai point été coupable... Ci: sont eux!... Ah! Love! Love !... ne me maudis pas. LOVE. Héléna! Grand Dieu!.... HÉLENA. Tu m'embrasses!... Je meurs heureuse!.-. Love... ah!____ (lillc expire.) LOVE. N'est-elle plus?... Héléna!... Plus de réponse!... Ah!... du secours!... MortLon!... Ah! malheureux.... (Morthon, le docteur et deux sous-maitresses accourent. ) SCÈNE XI. Les précédées. , MOUTHON et tout de suite LE MÉDECIN et DEUX SOLS-MAITRESSES. MOUTHON. Imprudent!... love, lui montrant Héléna morte. Regarde ! MORTHON. Ciel!., je l'avais prévu !... On vient. love. Eh! qu'importe!... qu'on m'arrête, qu'on me livre, mais du secours. le médecin. Quevois-je? qui êtes-vous? LOVE. jpoux! LE MÉDECIN ET LES DEUX DAMES. LOVE. La laissercz-vous expirer dans mes bras? LE MÉDECIN. Malheureux ! il n'est plus temps !... appelez mylady ! (On place Héléna »ur un bnne à gaucho; la cloche du couvent Bonne l'alarme. Mylady W-oroeUer accourt arec toute «a maison. ) —84— I.ADY WORCESTER. Pourquoi cette alarme?... quel mallieur !... sir Love!... Grand Dieu ! ma fille !... LE MÉDECIN. Dieu vient de la reprendre. LADY WORCESTER. Ilelas! Pauvre victime! qu'il te reçoive !... (Silence religieux : on s'agenouille ; on prie. LadvWorcester détache son voile et le donne à deux sous-maîtresses qui en couvrent Héléna. A cette vue, Love pousse un cri déchirant, se précipite vcr9 le banc, et saisit une main d'Héléna qu'il baigne de 9e9 larmes. ) FIN.