7c <44l 24 LE CHIEN DE MONTAIIGIS, OU LA FORÊT DE BONDY, MÉLODRAME HISTORIQUE EN TROIS ACTES ET A GRAND SPECTACLE, Par R. C. GUILBERT DE PIXERÉCOURT; Représenté , pour la première fois , à Paris , sur le Théâtre de la G ailé, le 18 Juin 1814. SECONDE ÉDITION. PARIS, Chea BARBA, Libraire, Palais-Royal, derrière Je Théâtre Français, N°. 01. De l'Imprimerie de Hocquet, rue du Fa u bourg Montmartre, W. 4* i8i4. A ■ ■<.' .: < NOTE HISTORIQUE. Aubri de Moht-didiér , passant seul dans ta forêt de Bondy, est assassiné cl enterré au pied d'un arbre. Son chien reste plusieurs jours sur sa fosse, et ne la quitte que pressé par la faim. Il vient à Paris, chez un intime ami du malheureux Aubri, et par ses tristes hurlemens semble lui annoncer la perte qu'ils ont l'aile. Après avoir mangé, il recommence ses cris, va à la porte , tourne la tète pour voir si on le suit, revient à cet ami de son maître, et le tire par son habit comme pour lui marquer de venir avec lui. La singularité de tous les mouvemens de ce chien, O ' sa venue sans son maître qu'il ne quittait jamais, ce maître qui tout-à-coup a disparu , et peut-être cette distribution de justice et d'événernens qui ne permet guère que les crimes restent Jongleras cachés, tout cela lit que l'on suivit le chien. Dès qu'il fut au pied de l'arbre, il redoubla ses cris , en grattant la terre comme pour faire signe de chercher en cet endroit : on y fouilla et l'on trouva le corps du malheureux Aubri. Quelque tems après, le chien aperçoit, par hasard, l'assassin que tous les historiens appellent le chevalier Macairc; il lui saute à la gorge, et l'on a bien delà peine à lui faire lâcher prise. Chaque { "J fois qu'il le rencontre, il l'attaque et le poursuit avec la même fureur. L'acharnement de ce chien, qui n'en veut qu'à cet homme, commence à paraître extraordinaire j on se rappelé l'affection qu'il avait pour son maître,, et en même teins plusieurs occasions où ce chevalier Macaire avait donné des preuves de sa haine et de son envie contre Aubri de Mont-Didier. Quelques autres circonstances augmentent les soupçons. Le Roi, instruit de tous les discours que l'on tenait, fait venir le chien, qui paraît tranquille jusqu'au moment qu'apercevant Macaire au milieu d'une vingtaine de courtisans, il tourne , aboie et cherche à se jetter sur lui. Dans ces tems-là , on ordonnait le combat entre l'accusateur et l'accusé , lorsque les preuves du crime n'étaient pas convaincantes. On nommait ces sortes de combats , jugement de dieu , parce que l'on était persuade que le ciel aurait fait un miracle plutôt que de laisser succomber l'innocence. Le roi frappé de tous les indices qui se réunissaient contre Macaire, jugea qu'il échéait gage de bataille, c'est-à-dire qu'il ordonna le duel entre le chevalier et le chien Le champ-clos fut mai> quédans l'île Saint-Louis , qui n'était alors qu'un terrain vague et inhabité. Macaireétail armé d'un gros bâton; le chien avait un tonneau percé pour àa retraite et ses relancemens. On le lâche; aussi- i-v tôt il court, tourne autour de son adversaire , évite ses coups, le menace tantôt d'un côté tantôt d'un autre, le fatigue, et enfin s'élance , le saisit à la gorge, le renverse et l'oblige à faire l'aveu de son crime en présence du Roi et de toute sa eour. La mémoire de ce chien a mérité d'être conservée à la postérité par un monument que l'on voyait encore , dans ces derniers tems , sur la cheminée de la grande salle du château de Montargis. C'est ce fait, incroyable sans doute, s'il n'était consigné dans nos vieilles chroniques et rapporté par des historiens dignes de foi, qui le placent sons le règne de Charles V, surnommé le Sage, que l'on a osé mettre en scène. Cette témérité trouve son excuse dans le but moral que l'auteur s'est proposé. En effet, comment refuser son admiration à un tel prodige , et n'y pas reconnaître la main toute puissante de la Divinité? Comment ne serait-on .pas touché d'un exemple de fidélité si rare parmi les hommes, surtout si l'auteur a su l'encadrer avec quelque adresse et l'entourer de formes tant soit peu dramatiques? Ce travail présentait de grandes difficultés, mais l'auteur en reçoit chaque jour une bien douce récompense dans l'empressement flatteur avec lequel le public se porte en foule aux représentations de cet ouvrage, dans les " •eux applaudisscmens qu'il reçoit , et surtout dans les larmes q ue son ouvrage fait répandre. Auteurs qui rapportent cette anecdote et sur l'autorité desquels on a dû s'appuyer. Olivier de la Marche, Traité des Duels. (Il vivait en 1437.) Jules Scaliger de Exercitatione. f°. 27a, édit. de i557. Belleforest, dans son livre des Histoires prodigieuses. Claude Expilly , dans son Plaidoyer sur l'Êdit des Duels , pag.343. Bernard de Mont faucon, Monumens de la Monarchie française , Tom. 3. page 70. Marc de Wlson Sieur de la Colombière , dans le vrai Théâtre d'honneur et de chevalerie. Edition de 1648 , tom. 2, page 3oo. St.-Foix, Essais historiques sur Paris, édition de 1778, tom. 3, p. 181. Saikte Palaye. Mémoires sur l'ancienne Chevalerie, tom. 3. p. 597. PERSONNAGES. ACTEURS. Le Chevalier GONTRAN, Capitaine d'une compagnie d'Archers. M. Tautin. AUBRIde MONT-DIDIER,) iM. Darcourt. Le Chevalier MACAIRE, Vdat?ceue Wp " 8 ^ (M. Edouard. LE SÉNÉCHAL, ou Juge du Comté. M. Ferdinand. Dame GERTRUDE , aubergiste. M ,lc . Bourgeois. URSULE, petite servante d'auberge, filleule de dame Gertrude. M lle . Hugens. ELOI, Commissionnaire Jriuet. W le .Dumouchel. BERTRAND, valet d'auberge. M. Dumènis. Archers. Paysans. Domestiques. La scène se passe à Bondy > près Paris, dans le i5 e . siècle. Vu àlaDirection de la Police générale du Royaume, conformément au décret du 8 juin 1806 , et ù la décision de son Excellence , en date de ce jour. Paris,1»5 jniu j8i i. Le Secrétaire général adjoint. Massou, LE CHIEN DE MONTARGIS, OU LA FORÊT DE BOND Y, Mélodrame historique. ACTE PREMIER. Le théâtre représente une vaste salle gothique qui sert aux cérémonies publiques et aux grandes audiences du Comté. Cette salle est attenante au logement du Sénéchal (1). SCENE PREMIERE. LE SÉNÉCHAL, Dame GERTRUDE. Dame gertrude, entrant. Votre servante , Monsieur le Sénéchal. LE SÉHÉCHAL. Bon jour, Dame Gertrude. Dame gertrude. Je me rends à vos ordres. Que puis-je pour votre service ? LE SÉHÉCHAL. Vous allez le savoir. C'esi aujourd'hui ou demain au plus tard que la belle compagnie d'archers commandée par le chevalier Contran doit arriver à Bondy. Le devoir de ma place exige que i'aille au devant de ces braves, pourles complimenter ; mais je ne bornerai pas là le favorable accueil que des héros couverts de gloire ont droit d'attendre de nous, je veux les traiter avec une distinction toute particulière; ils doivent séjourner ici avant de rentrer dans la capitale , et je prétendssignaler chaque instant de leur présence par de nouvelles fêtes. C'est dans cette intention que je vous ai mandée, dame Gertrude. Dame ge ut nu ij t. Disposez de moi, Monsieur le Sénéchal. (i ) Les Acteurs sont placés au Théâtre, comme en tète de chaque scène. ( 8 ) T. F. S É M Ê C H A l„ Cette grande salle destinée aux cérémonies publiques , est parfaitement convenable au but que je me propose. Faites la décorer d'une manière élégante. Je vais ordonner que l'on mette à votre disposition les trophées d'armes qui ornent l'église paroissiale. Faites venir ici tous vos gens, et donnez-nous un repas splendide. De mon côté je vais rassembler des joueurs d'instrumens , et donner ordre à toute notre jeunesse de se parer de ses plus beaux atours. Dame G E r, t ru d (s. J'ose vous assurer, Monsieur leSénéclial, que vos intentions seront parfaitement remplies. Dieu merci mon auberge jouit de la meilleure réputation ; j'en appelle au témoignage de tous les voyageurs, et notamment de messieurs les gens du Roi qui tous m'honorent de leur confiance. LE S F. NÉC H A L, Oh ! nous savons ce que vous valez, Dame Gertrude; vous êtes une maîtresse femme. L'éducation que voas avez reçue, vous a mis à même d'unir aux qualités de votre sexe la présence d'esprit et la fermeté du notre. SCENE II. LE SÉNÉCHAL, Dame GERTRUDE, BERTRAND. BERTRAND. ( 11 arrive en faisant beaucoup de lirait avec ses sabots , mais lorsqu'il aperçoit le Sénéchal, il les Qte et les prend h sa main.) Pardon, excuse, Monsieur le Sénéchal. J'viens vous chercher, not' maîtresse, parce que c'gros joufflu, qui a couché c'te nuit à l'auberge, avec son âne , pariant par respect, avec son âne.... Dame gertrude. Eh bien, achève. BERTRAND. Donnez-moi donc 1' teins. Eh bien il veut s'en aller sans payer, j'iy ons dit que j'n'entendions pas ça ; pour lors , il m'a inondé d'un déluge d'sottises... il m'a appelé vilain paltoquet... j'vous demande un peu , not' mai tresse. . . D '.me G E RTRUDE. Imbécile! laisse partir cet homme et cours à la maison. Tu diras à Ursule et à Lloi de venir me trouver bien vite, ici, chez Monsieur je Sénéchal, aiïRTRAND. Pourquoi faire. ( 9 ) Dame g e ht h u de. Cela ne te regarde pas. Tu leur diras d'apporter nos plus beaux lapis et ces guirlandes que nous avions préparées pour la noce de Claude le Rond. BERTRAND Quoiqu' vous voulez faire d'tout çà, not' maîtresse.? Dame geutkude. Pour dieu , obéis et tais-toi. 1) EliT 11 A ND. C'est dit. J'obéissons, je m'taisons, et j'm'en allons, {il soit. ) SCENE Hl. LE SÉNÉCHAL, Dame GERTRUDE. 1, E S É N É C H A L. Voilà qui est convenu, Dame Gertrude. Je puis m'en reposer entièrement sur vous ? Dame G e RT rude. Entièrement. i,e sénécha r.. Je vous quitte pour donner mes ordres au dehors. Ne perdez pas un moment, il serait possible que nos hôtes arrivassent aujourd lmi. Dame ti E iitridï. C'est ce que me disait tout-à-l'heure un jeune archer do cette compagnie, nommé Aubri de Mont-Didier^ qui est venu loger chez moi pour attendre ses camarades. I. E S É N t C. H A (m N'est-ce pas celui qui a été chargé par le chevalier Gcntran do porter au Roi les drapeaux pris sur l'ennemi ? Dame i; l it r n une, Lui-même. • -1. E S É .N É C H A L. On le dit fort intéressant. Dame geiitiiodI'. Il jouit à juste titre de la confiance de son capitaine, ce qui ne laisse pas d'exciter contre lui la jalousie de ses camarades. LE SÉNÉCHAL. Je serais bien aise de le voir- Dame g r. r. t r v n K. Je lui ferai pari de vos intentions bienveillantes. ( io ) LE SLK ÉC II AL. Vous m'obligerez. Ah ! tenez, voila déjà vos domestiques qui accourent. La commission a été bientôt faite. Dame gertrude. C'est ainsi que tout marche chez moi. Diligence, exactitude, telle est ma devise. LE S É N 11 C H A t. Moyen sûr pour prospérer. Je vous laisse. ( II sort. ) SCENE IV. Dame GERTRUDE, URSULE, ÉLOI. ^Ursule et Eloi portent des vases de fleurs, des tapis et des guirlandes.'] Dame ce ut rude. C'est bien, mes enfans. Ursule, arrange ces guirlandes en festons , place les tapis, enfin donne à cette salle un air de fête, je m'en rapporte à toi. URSULE. Oui, ma marraine. Dame ceitkhde.- Je te laisse avec Eloi. URSULE. Sans doute, il m'aidera. Dame gertrude. Oh ! tu n'en es pas fâchée ; c'est ton favori. u rs u l E, Il est si bon, si malheureux ! Dame gertrude. C'est vrai-, mais s'il est muet, du moins il n'est pas sourd : tu sais très-bien t'en faire obéir. u rsule. Oh ! nous nous entendens à merveille. Dame gertrude. Va, mon garçon, sois toujours honnête et fidèle, Dieu te protégera , et moi je ne t'abandonnerai jamais. (Eloi baise la main de Gertrude ). Je vais tout préparer pour le magnifique repas que vient de me commander Monsieur le Sénéchal. ( Elle sort.) ( 1* ) SCENE V. URSULE, ELOI. URSULE. Çà, mon petit Eloi, tu vas m'aider à arranger tout ceci. C Eloi témoigne que c'est de tout son cœur. ) ' URSULE. Ce sera superbe !. .. voyons , comment nous y prendrons-nous? Il serait assez, bien, ce me semble, d'entourer de guirlandes la porte et les croisées... oui... de jetter ensuit* un tapis sur chaque balustrade et d'y poser des vases de fleurs, hein { qu'en penses-tu ï {Eloi fait voir qu'il approuve. Il prend une guirlande, saule leste- letnenl sur une des croisées qui sont de chaque côté de la porte , attache la guirlande de manière it former des Jéstons, redescend , prend un tapis au'il étend sur la balustrade et sur lequel ilpose un //eau vase rempli deJleurs. ) URSULE. A merveille , monpetit Eloi. C'est très-joli, n'est-ce pas? QÈloiJtiit entendre a Ursule qu'il ne peut rien sortir que d'ingénieux de sa bouche ou de sa pensée.) V RS LKLE. Tu es un flatteur. Si ie te croyais tu finirais par me persuader que je suis une petite merveille . ( Eloi témoigne que c'est précisément la ce qu'il a voidu dire. ) DB S CL E. A la vérité , je suis jolie , mais c'est de mon ;"ige. Qui est-ce qui n'est pas jolie à seize ans? Je suis bonne autant que je !e peux, c'est tout simple. Toutes les femmes le sont. ( Eloi fait signe que non. ) URSULE. Ou doivent l'être. ( Eloi approuveJ. V R S U £ E. Je prends le plus vif intérêt à tous les malheureux et surtout à mon petit Eloi, parce que ma marraine l'aime, l'a recueilii, parce que je l'aime... {fâchée d'en avoir trop dit , elle ajoute en baissant les yeux ) la religion commande d'aimer son prochain comme soi-même, et l'on doit obéir à sa relig on. J'.loi à son tour aima Ursule comme il aimerait une bonne soeur. ( EloiJ'ait signe que ce n'est pas cela). ( I, ) URSULE. 11 a pour aUe beaucoup de reconnaissance. ( Même signe de lu part d'Eloi ). » URSULE. Comment, monsieur Eloi, vous ne m'aimez pas comme une sœur? Vous n'avez pas de reconnaissance pour cette pauvre Ursule qui est si désolée de votre malheur, et qui prend tant d'intérêt à tout ce qui vous regarde ? Fi ! monsieur , li ! que c'est laid! c'est un bien vilain défaut ([ne l'ingratitude. ( Eloi répond par la pantomime la plus expressive, et lui fait entendre (pie ce rfest pas de la reconnaissance , mais de l'amour, et [amour le plus vif ipiil ressent pour elle). URSULE. Ce n'est pas là ce que je vous demande , Monsieur; vous êtes un babillard. ( Eloi voudrait bien qui sa bouche pût exprimer tout ce que lui inspire Lrsule; mais la pantomime est impuissante et ne peut être qu'un foible interprète des sentimens dont son cœur est rempli. ) II R S U L E. Je ne sais pas ce que vous voulez dire. .. Non, Monsieur, je ne vous comprends pas ; je ne veux pas vous comprendre. Allez à votre ouvrage. ( /•/."/ docile au moindre signe d Ursule , court, s'élance sur l'autre croisée et larrange comme la première ; mais dans son empresseraient il perd l'équilibre. ) u r. s L v. jette un cri et court le retenir. O mon Dieu ! il va tomber ! {1)am ce moment le visage d" Eloi s'est trouvé près de celui d'Ursule, et il lui dérobe un baiser. ) D it s a t E s'éloigne avec un petit air boudeur en essuyant sa joue avec son tablier. Eloi, cela n'est pns bien, ce que vous avez fait. ( Eloi la suit et demande pardon}. URSULE. Non , Monsieur , je ne vous pardonnerai pas. ( Eloi se met 'a genoux. ) V R SU LK. Oh! c'est égal. Je suis fâchée, bien fâchée... pour toujours. me prendre un baiser ! ( Eloi assure qu'il est désespéré de lui avoir déplu , mais qu'il est prêt a lui rendre le baiser qu'il à dérobé. ) ( 'S ) unsiiLE, Le rendre !... il est bien teius. (Eloi protests qu'il le remettra a la même place.} URSULE. Vous proposez de le remettre à la même place. . .est-ce que c'est possible ? je vou» en délie. ( Eloi insiste pour la restitution. ) URSULE. Voyons un peu, par curiosité, Monsieur, comment vous vous y prendre; (Eloi s'approche avec beaucoup de timidité et embrasse de nouveau Ursule.) ursule, à part. 11 a raison : c'esi bien à la même place. SCENE VI. URSULE, BERTRAND, ELOI. bertrahd, couvert d'une armure enfer. (Il lient d'une main une massue, de l'autre des drapeaux et des armes. Il porte un casque dont le panache est très-é/eve' et la visière baissée, eu un mot il semble un U-ophée ambulant.) Téméraires.. . .vous osez devant moi... ursule se sauve dans un coin de la salle. Oli ! mon Dieu ! qu'est-ce que c'est que ça.' eertramd, menaçant Ursule. Malheureuse ! tu vas périr. (Il lance sa massue aux pieds de la petite, qui meurt d'effroi. Eloi la rassure, relève la massue, fond sur le prétendu chevalier, et lui porte des coups vigoureux que celui-ci n'évite qu'en reculant. ) ( BERTRAND, se défendant de son mieux et ne déguisant plus sa voix. Hé ben! hé ben ! comm' il y va donc ! venx-tu finir ? c'damné muet '. il n'entend pas plus lu plaisanterie qu's il était sourd. C'est moi, c'est Bertrand... c'est eun'niche qu') ons voulu vous faire Voyons. aidez-moi à m'désafïubler, car j'ttouffe sous emi bonnet, j n'y voyons goutte. ursule, riant aux éclats. Quoi ! tout de bon, c'est ce nigaud de Bertrand? Le Chien de Montargis. a ( '4 ) BERTRAND. QHi, Mamselle, c'est moi. ( Ursule et Eloi lui ôtent le casque et le débarassent successivement de toutes les pièces de son armure. ) v nst'LE, Par quel hasard es-tu donc chargé de tout cela ? B E UT 11 AN D. C'n'estqasparhasard.o'est par exprès, Mamselle. Monsieu l'Séné- chal m'a dit comm'ça : Bertrand, qu'il m'a dit, faut qu' tu nous aides à porter dans la grande salle d'audience tous les attirails (le guerre qui sont dans l'église. J'I'y ons répondu : avec ben volon- tier, Monsieu l'Sénéchal ; et à c'te fin d faire plus d'besogne qu'les autres, j ons mis mon pied dans un gant, mon bras dans un' cuisse, ma jambe dans un liras, ma tete dans un pot, et j'nous sommes mis en routa comm' vous avez vu. Mais c'te facétie-là a failli m'cou- ter gros: aussi v'ia qu'est dit, je renonce à la guerre : j'voyons ou'v enV a rien d'bon a gagner dans c'métier-là. Tenez, v'ia les ^, * 'V /, . , . , . • • » A ) • autres qui arrivent, ils n ont pas ete si L-etes qu moi. v n su LE. C'est vrai, mais il faut convenir que cela n'était pas facile. ( Six paysans apportent des trophées d'armes , qu'Ursule fait placer dans différentes parties de la salle.) Là.. . liien... voilà ce que c'est. Viens Eloi, allons demander à ma marraine ce qui nous reste à faire. {Eloi sort avec les paysans.) SCENE VII. URSULE, BERTRAND. b f. r t n a n d retient Ursule. Un moment, mamselle Ursule. Comment s'fait-y quVun'jeune fille qu'a reçu d'1 éducation et qu'a dessentimens, aitiche comm' ça, devant tout l'monde, la parférance injuste qu'ail' accorde à un muet Mir un qudqu ui; qui jouit d'tous ses sens? UUSULE. Excepté du sens commun. BE RTE AND. Enfin quoiqu' ça peut vous dire, un muet? v « s 0 L E. Rien, mais au moins je n'entends pas de sottises. I/ERTRAAD. Ohl j'comnrends hien c'que vous youlez dire, allez ! mais c'est égal, ça n'me reLute pas. ( i5 ) URSULE. Et voilà ce qui me désole. BERTRAND, Enlin, quoiqu'il a d'plus <]u' moi, c't'Eloi, pour avoir trouvé l'chemin d'vot' cœur?. . c'est-y parce qu'en tombant du haut d'un arbre il s'est coupé la langue? s il n'faut qu' ça pour vous plaire, j'vas tout de c'pas monter sur l'gros noyer qu'est d'vant not' orte, j'me jettrai par terre, et peut-être ben qu'dans ma chute je m'cre- verai un œil.. .alors . . . URSUL E. Vous ferez un méchant borgne. B E RX il ANn. Oh, mon dieu! est-il possible : eii#n, j'ons beau dire et beau faire, j'n' attrapons jamais que d'mauvais coniplimens. URSULE. Cela me vient tont seul.. .en vous voyant oh! je n'ai pas la peine de chercher. BERTR A N M. Grand merci. URSU LE. Vrai! BERTRAND. J'vous croyons sur parole. URSULE, C'est votre faute ; que no me laissez-vous en repos ? Je vou* l'ai dit cent fois, et je veux bien le répeter pour la dernière. J'aime Eloi, parce qu'il est bon, parce qu'il est malheureux, paroe que ma marraine l'aime, parce que tont le inonde l'aime, parce qu'il n'a rien, ni moi non plus. BERTR A N D. Hé ben, quoi qu'vous ferez d'ces deux riens-là? V RS ITLE. Quelque chose. A force de travail et d'économie, nous amasserons pendant huit ans de quoi monter un joli petit ménage. Dans huit ans j'aurai vingt-quatre ans, Lloi en aura vingt-sept, c'est le bon âge pour se marier. REKTRAND. D'ici-là, peut-êtr' ben qu'y s'ra devenu aveugle, alors il n'ijr manquera pu qu'd'étre sourd pour faire un mari parfait : ça vous conviendra ben mieux encore, nest-y pas vrai? ursule, lui donnant un souffler.] Vous êtes un impertinent, et je vous prie de ne jamais m'adresser la parole. ( »fi ) BERT II AH U. Sans doute, vous aime/, mieux les gestes, n'est-ce pas? mais jarni ! j'n'aimons pas les vôtres , moi, entendez-vous, Mamsehe, j'n'aimons p.'is les vôtres. ___ S G E 3$ E VIII. URSULE, AUBRI DE MONT-DIDIER, BERTRAND. AU BRI. Monsieur le Sénéchal est-il chez lui? u u s u L E. Non, Monsieur, mais sans doute il ne tardera pas à revenir. Si vous voulez l'attendre... AUBRI. Volontiers. Bertrand, contrefaisant Ursule , à part. Vlà qu'ail fait la doucereuse , à présent ! a u b B i. "Vous vous querelliez, je pense, lorsque je suis entré. BERTRAND. C'n'est pas ma faute, monsieur Aubri. C'est elle qui m'baille des taloches. AUBRI. A vous voir, on vous croirait mariés depuis un an tout au moins. URSULE. , Moi, mariée avec lui ! c'est ce que l'on ne verra jamais par exemple. AUBRI. Il ne faut jurer de rien, mon enfant. IliSUL E. J'aimerais mieux rester fille toute ma vie que d'épouser un rus- taut comme celui-là. BERTRAND. Ail' aime Eloi, voyez-vous. AUBRI. .le suis tenté de le croire. BERTRAND. AU' vient de mTavouer. AUBRI. Hé bien , elle a raison. URSULE. N'est-ce pas, monsieur Aubri, que j'ai raison ? AUBRI. Eloi est joli garçon. ( T 1 ) URSULE, Là! n'est-ce pa9 qu'il est bien gentil ? AU BRI. Il a l'air doux. URSULE. Comme une fille. BERTRAND. C'n'est pas vous qu'y faudrait prendre pour modèle, toujours. a u B R i. Sa physionomie est expressive. URSULE. Je comprends tout ce qu'il veut me dire. liERTRAND. C'quy veut m'dire, c'est ça. C'est commode, un homme qui n' peut pas parler, on est sur d'avoir toujours raison. A U BRI, Et puis, il est empressé, obligeant, serviable. URSULE. Vous le connaissez bien, monsieur Aubri, c'est le cœur le plus honnête . . . AUBRI, Je l'aime beaucoup. URSULE. Il le mérite. Tout le monde l'aime ici.. .excepté ce hibou-là. BERTRAND. Ah!ça,Mamsel]e,écoutez donc; aimez vot' Eloi, puisqu'vons n'avez point d'goût, c'est tant pis pour vous ; ma's j'vous prions d'prendie garde à c'que vous dites, et de n'pas traiter commua les gens de bêtes. . .Ah ! monsieur Aubri, à propos d' bête-, où donc qu est vot' chien ? ordinairement il n'vous quitte pas : siben gu'c'est devenu comme eun' manière d'proverbe dans l'village drès qu'un voit vot'chien, on dit tout d' suite v'ià monsieur Aubri. AUBRI. Je lui ai permis d'aller chasser dans la forêt. BERTRAND. Ça m' fait plaisir. J'aimons ben mieux qu'y déjeune là qu'à la cuisine. Enfin, c'est comme eun' malédietion, v'ia quatre jours de suite qu'y mange ma part: j'ons beau changer mon assiette d'place, y semble qui d'vine où que j'ia mettons , quand j'arrive. . . .bernique, y gn'y a pus personne. ( Ursule rit.) AUBRI. Je crains bien, mon pauvre Bertrand, qu'Ursule ne soit nu moins de moitié dans cette espièglerie. Quand on tonne le déjeûner.Dra- gon vient s'asseoir devant elle et la regarde comme pour lui démanteler sa portion : j'ai eru remarquer qu'elle loi indiquait de Tu il ton (,8) awiette... Dragon est fort habile, vois-tu, il entend à demi-mot. ( UrSide rit.) BERTRAND. C'est bon : je n'vous dis qu'ça. Les archers vont arriver aujourd'hui ou demain. 11 y aura grand gala, tout l'nionde sera sur pied. J'frons ensorte qu'on prie monsieur Aubri d'prier Dragon d'avoir la complaisance d'nousdire laquelle qu'est la plus sage d'ia compagnie , et je n'vous dis qu'ça. (A part) J'iy dirai deux mot.^ à l'o- i"feille, à Dragon. {Haut) C'te mortification m'vengera d'toutes vo« injustices. URSULE. Oh ! je n'ai pas peur. Dragon ne se trompera pas. On lui a demandé la màme chose avant hier, et tu as bien vu qu'il est venu droit à moi. BERTRAND. Tiens ! la belle m lice ! vous étiez toute seu'e, gn'y avait pas à choisir. {On entend battre aux champs au dehors.) AUBRI, Ce bruit semble annoncer l'arrivée de ma compagnie, je ne l'attendais pas sitôt. BERTRAND. J'vas vous dire ça. (// sort avec précipitation et rencontre le Sénéchal qui rentre avec beaucoup dempressement.) SCENE IX. URSULE, LE SENECHAL, AUBRI DE MONT-DIDIER. URSULE. Monsieur le Sénéchal, voilà monsieur Aubri de Mont-didier qui est venu.. . AUBRI. J'aurais dû me présenter plutôt, sans doute. LE SÉNÉCHAL. Point d'excuses, monsieur Aubri; c'est moi qui vous en dois pour l'espèce d'incivilité que je commets en ce moment. Vos camarades sont à deux pas, et je n'ai point encore fait toutes mes dispositions. Veuillez, je vous prie, aller au-devant d'eux et les conduire vous-même ici, vous m'obligerez infiniment. URSULE. Monsieur le Sénéchal, êtes-vous content de moi? tout cela est- il arrangé à votre goût? I. E SÉNÉCUAL. Très-bien, mon enfant, très-bien, (à Aubri) Pardon, moo ( i9) jeune ami, je vous rejoins tout à l'heure. (K rentre dans son appartement. ) URSULE. J'ai envie de rester ici, moi; je verrai mieux la cérémonie. Qu'en dites-vous, Monsieur Aubry ? AUB R i. Je vous le conseille, mon enfant. {Il sort par le fond.) SCENE X URSULE, seule. Oh dieu ! quel plaisir de voir toute une compagnie rassemblée.'.. j'en ai vu souvent s'arrêter à la maison ou traverser le village, mais pas plus de deux ou trois à la fois. .. ils ont de si beaux habits, ces gens du roi !. . pourvu que ma marraine ne m'envoie pas chercher Là ! quel guignon, justement la voici. SCENE XI. Dame GERTRUDE, URSULE. Dame gertrude. Monsieur Aubri m'a dit en passant que tu avais parfaitement rempli rues intentions. En effet osla me paraît fort joli : tu sais, mon enfant, que je suis juste et que ic- récompense toujours à propos. Or, c omme le plus grand plaisir que l'on puisse faire à une jeune fille, c'est de lui donner les moyens de plaire ou d'être remarquée, je t'apporte tes basques, ta fraise et ta coiffure des dimanches. Je veux que tu soi» brave pour paraître devant tout c« monde. URSUr, E. Oh merci, marraine ; que vous êtes bonne ! Dame gertuude. Dépêche-toi. Oui, marraine. ( Elle fait sa toilette avec beaucoup de vivacité, mais cette précipitation même occasionne des maladresses comiques; on entend le tambour. ) Ah ! mon dieu ! les voici, je n* serai jamais prête. Dame geutrude. C'est que tu te presses trop. URSULE. Mais vous, marraine, comment ferez-vous pour traiter tout c* monde? vous avez eu si peu de tems. (ao ) Eame g eut nu de. J'ai fait jwier Claude le Rond de retarder son mariage de deux ou trois jours, et j'ai employé pour monsieur le sénéchal, tout ce que j'avais préparé pour le repas de noces. UDblJLE. Comment me trouvez-vous, marraine ? suis-je bien comme çà ? ' Dame oEniEVDE, Tu es gentille comme un cœur. Ah ça, tu auras soin de faire la révérence à tous ces messieurs. URSULE. I Plutôt deux fois qu'une. Des archers du Roi! je sais bien que cela fait des hommes de conséquence. SCENE XII. LE SÉNÉCHAL , AUBRI DE MONT-DIDIER , LE CHEVALIER CONTRAN, MAC AIRE, LANDRY, Dame GER- TRUDE, URSULE, ELOI, BERTRAND, Archers, Domestiques, Paysans, Paysannes. {An bruit (Tune musique guerrière, on voit défiler la compagnie darcliers du chevalier Contran , précédée de paysans et de paysannes qui dansent autour deux, et leur donnent tous les signes d'admiration que des vainqueurs doivent inspirer. Dame Ger- trude et Ursule, placées dans un coin, se confondent an révérences. ) Dame certeiidk, h Ursule, Eloi et Bertrand. Occupons-nous à dresser les tables. le sénéchal, sortant de chez lui. Chevalier Gontran, je dois mettre au nombre des attributions le* plus honorublesdema place, ledroit de vous recevoir et devous fé liciter au nom de tout te Comté. Malheureusement pour moi, la renommée m'a prévenu, elle a porté aux pieds du trône, et jusqu'aux extrémités de la France, lu bruit de vos services. LE CHEVALIER GOKTRAN, Monsieur le Sém rhal, je vous remercie pour mes compagnons d'armes; tout ce que vos expressions contiennent de flatteur et d'honorable leur appartient, et je m'empresse de le leur restituer. Quelle que soit l'habileté du chef, il n'a que le mérite de 1h pensée, les soldats ont celui île l'exécution: il est donc juste qu'il reporte au moins la moitié de ta gloire à ceux qui furent les instrumens du SUCCfci. ( ) LE SÉNÉCHAI.. Tant de modestie ajoute encore, s'il est pos-ible, au talent qui vous distingue. ( Roulement, fanfare. On élève des palmes sur la tête des guerriers, qui vont ensuite se ranger dans le fond. Pétulant cette scène on voit dame Gertrude et tous ses gens aller et venir. Une longue table est préparée pour les soldais dans le jardin , sons une /caillée (pie l'on aperçoit a travers les fenêtres. Il ne reste en avant de la scène que le chevalier Contran, Auhri', Macaire et Landry. Le Sénéchal lui-même veille, aux préparatifs et donne, le coup-iCœil du maître.] L E C H E VÂ. L J B R C. 0 S T (t A N. Hé bien, mon cher Aubri... macaire, bas (i Landry, avec humeur. Mon cher Aubri ! t E CHEVAL! E R f. O N T r. A N. La mission dont je vous avais chargé a-t-elle été heureuse? AUBRI. Plus que je n'osais l'espérer Admis à l'audience du Roi, j'ai eu l'honneur de lui présenter les cinq drapeaux que nous avo- s enlevés à l'ennemi. S;i Majesté, après avoir lu votre lettre, a daigné m'adresser ces paroles obligeantes : a Aubri, je suis satisfait du » compte que me rend votre capitaine. Je vojjs nomme lieutenant il de la compagnie, .le ne bornerai pas là mes bienfaits. Je sais ii qu'il vous destine sa fille; j'approuve ce mariage, et je me charge r>de la dot.» macaik i" bas à Landry Lieutenant et l'époux de Clotildc! Oh Landry !... L A JV 1) H Y. Cela ne m'arrangerait pas du tout. L E C 11 E V VI. 1ER G ONT R A N. Sans doute vous n'avez pas manqué d'aller bien vite poEter cette bonne nouvelle à ma fille et à votre respectable mère ? AUBRI. Je l'avoue : j'ai profité de la permission que vous m'aviez donnée de ne vous rejoindre qu'ici, pour aller jusqu'à Chartres déposer aux pieds de la belle Clotilde l'hommage d'un amour autorisé par son père et sanctionné par le Souverain. J'ai passé deux jours à Paris près de ma mère et suis revenu vous attendre dansce lieu désigné jusqu'à nouvel ordre pour le cantonnement de la compagnie. LE CHEVALIER CONTRAN. Je vous félicite, mon ami, du bon emploi que vous avez fait de votre tems. Vos camarades connaissent comme moi vo re bravoure, ils apprécient vos excellentes qualités, il n'en est pas un , du moins Le Chien de Montargis. 3 (22) f aime à le croire, qui ne s'applaudisse de servir maintenant sous vos ordres, et dont le suffrage ne se joigne à celui du Monarque. LABBlï. Certainement, (bas ci Macaire, ) Parlfe donc , Macaire. m a c A i n r. déguisant à peine sa jalousie. Nossentimens ne sauraient avoir un interprète plus fidèle que vous, chevalier Contran. Nous savons parfaitement que c'est la compagnie tout entière que le Roi récompense dans la personne d'un seul, et cîiacun de nous a des grâces à lui rendre. Nous ne pouvons que regretter en particulier, de n'avoi r pas été assez heureux pour fixer votre attention , puisque ce message a obtenu des résultats si avantageux pour celui que vous en avez chargé. LE S ÉH É C H Al . Chevalier Gontran , et vous ses nobles compagnons, venez vous mettre à table. Ce repas préparé à la hâte ne vous semblera pas digne peut-être. .. 1 T, t CHEVALIER GO K TUA If. II est offert do bon cœur et vous y présiderez, Monsieur le Sénéchal, dès lors il n'y manquera rien.Allons/Messieurs, prenons.place. ( line table demi circulaire a été dressée au fond de la salle. On voit tous les archers assis a une table longue sous la feuillée en dehors. Dame G r r t it v » e au Sénéchal. J'ai fait de mon mieux, Monsieur le Sénéchal, j'espère que Vous serez content. LE CHEVALIER GONTRAN. Aina droite, Monsieurle Sénéchal.( AMacairequi vient, s'asseoir à la gauche du chevalier). Pardon , Macaire, permettez qu'Aubri occupe aujourd'hui cette place , elle lui appartient à.un double titre- A U B Kl. Mais ma jeunesse... CE CHEVALIER GONTEAU. Votre grade... MACAIRE. C'est juste. le chevajcier gojvtran à Macaire. Demain, et tous les jours vous retrouverez auprès de moi celle que vous assure l'ancienneté de vos services. ( 11 indique la place occupée par le Sénéchal. On s" 1 assied. Gontran au milieu , le Sénéchal a sa droite, puis Macaire et Landry , de Vautre côté Aubri et deux autres officiers. Dame g e r t m u d e. Monsieurle Sénéchal, nos jeunes gens sont là i Us attendent "vos ordres. ( ) LES i n frc IIA L. Dites-leur de venir saluer nos vaillants défenseurs. BERTRAND. Allons, arrivez, vous autres. Venez montrera oes Messieurs ce que vous savez faire. BALLET. ( Après le ballet on se lève de table ). LE SÉNÉCHAL. Chevalier Gontran, la nuit approche. Je vous ai fait prépare t un appartement; quand il vous plaira de vous retirer, nous sommes à vos ordres. LE CHEVALIER. GONTRAN. J'accepte volontiers. Je ne serai pas fâché de prendre du repos. l îc s lis É c h a i. aux archers. Messieurs, vos logemens sont désignés dans le village. Dame gertkude. J'ai retenu pour ma part messieurs Macaire et Landry. le s É n é c II A.L. Sans compter le jeune Aubri dont vous ne dites rien. Dame cti rtr u n E. Monsieur Aubri est un habitué , il est presque de la maisom landry bas à Macaire. Partout des distinctions ! C L'es archers et les paysans se retirent. On enlève les tables) LE C II E V A L 1 E II G O N T H A H. Ah! j'oubliais... j'ai bpfoin d'une personne de confianca pour porter cette lettre au Châtelain de Lagny -, elle contient des questions d'un très-grand intérêt, sur lesquelles je désirerais avoir son avis le plutôt possible. macaire, s'avance. Je suis tout prêt. LE CHEVALIER GONTRAN. Non , Macaire. Nous arrivons, vous devez être fatigue-, il est juste qu'Aubri, qui se reposait en nous attendant, ait la préférence. A V B U 1, Vous m'avez prévenu, Capitaine , j'allais faire cette observation à mon camarade. (// prend la lettre.) L'eniain, à votre lever, je vous présenterai la réponse. ( a * ) - M A c A i r e , bas à Landry. Toujours la préférence !.. oh ! que ce mot m'est odieux. ( Le chevalier Gontran , conduit par le Sénéchal, entre dans un appartement à gauche. ) SCENE XIII. Dame GERTKUDE, AUBRI, MACAIRE, LANDRY. v Dame gertrude. Quoi, monsieur Aubri, vous voulez traverser la nuit notre foret ? cela n'est pas prudent. Jl ne se passe pas de semaine sans qu'on y commette un assassinat. AUBRI. Dragon m'accompagnera. Dame G E R x 11 u r> E. Il pourra bien vous avertir du danger, mais il n'est pas assez fort pour vous défendre. M A C A I RE. Un militaire ne s'arrête point à de telles considérations. Dame gerxrude, à Macuire et à Landry. Quand vous jugerez à propos de vous retirer, Messieurs, je retourne chez moi. M X CAIRE. Nous vous suivons. ( Dame Gertrude salue et sort j Aubri se dispose h la suivre , Ma- caire t arrête. ) SCENE XIV. LANDRY, AUBRI DE MONT-DIDIER, MACAIRE. MA C A I RE. Aubri, vous fûtes de tous tems pour moi un objet insupportable. Avant votre arrivée au corps , je jouissais de la confiance du capitaine ; j'avais l'espoir de m'unir à sa fille -, je ne sais quoi Ta séduit en vous , mais la préférence qu'il vous accorde , détruit sans retour mes espérances et ma félicité ; ce que je viens d'apprendre a mis le comble à ma haine; elle ne peut plus s'accroi- tre ; il faut qu'elle éclate ; il faut que l'un de nous cède la plàjce (*5) à l'autre. Jamais , tant que Macaire vivra, tu ne seras l'époux de Clotilde, et tu ne commanderas à tes camarades. ÀUBHI. J'ai vu souvent avec peine , qu'une injuste prévention vous animait contre moi, et j'ai soigneusement évité tout ce qui pouvait irriter un caractère ombrageux et farouche. Je vous plains, Macaire. m a c A I R E. Je vous en dispense ; grâce au ciel, je ne me crois point encore réduit à n'inspirer que de la pitié. A u b ni. De la pitié n'est pas le mot ; j'aurais eu pour vous des senti- mens affectueux, si vous ne m'aviez pas constamment repoussé: oui, je le répète , on est à plaindre , quand on ouvre son cœur aux passions haineuses. ' MACAIRE. Trêve de morale. Tranchons; renoncez à Clotilde et à votre nouveau grade. aub r, u En me proposant une bassesse , vous devez être assuré d'avance que je n'y souscrirai pas. Il n'est point en mon pouvoir cle refu.-er la faveur dont le roi m'honore. Quant à la main de Clotilde, j'ai tout fait pour la mériter, elle était le but de mes travaux , di toutes mes actions, je l'ai acquise au prix de mon sang , jugez si je puis la céder à un autre. M AC Al R E. Et moi, je suis résolu à vous disputer l'une et l'autre faveur Je vous appelle en combat singulier. A U BR I. Ma bravoure est connue ; mais mes principes sur le duel le sont aussi depuis long-tems , et je n'y dérogerai pas. Je vous propose une lutte plus noble, par conséquent plus digne de vous et de moi. Nous sommes en guerre ; après quelques jouis de repos , il est probable que notre compagnie retournera au camp, f aisons tourner au profit du prince le sentiment qui nous divisi combattons en désespérés, et jurons de céder tous nos droit celui des deux qui fera la plus belle action. tlAc AIR E. Point de délai; c'est aujourd'hui, à l'instant que ma haine veut Être satisfaite. LANDRY. J'imagine un moyen de vous mettre d'accord. Prenez le sort pour arbitre, comme cela arrive tous les jours parmi J irez au plus haut dé , pour savoir lequel des deux sera maître d la vie de son adversaire. C *G ) M A c A I R E. J'y consens. landry, à part. C'est moi qui roulerai les dés. Macaire serait incapable. . . je veux le servir malgré lui. A u B R i. Moi ! vous assassiner !.. m A c AIRF. Vous auriez tort de m'épargner. Si le sort me favorise... Ans R T. Oh ! je n'accepterai jamais. L A N DR T. Prenez garde, mon Lieutenant. En refusant, vous feriezdouter de votre courage. ATIBRI. J'en donnerai des preuves à quiconque osera concevoir cetta offensante pensée. MACAIRE. Commencez donc par moi. ATIBRI. Vous me poussez à bout. J'accepte. MACAIRE. Allez choisir un témoin. A u B R i. Je n'en veux point d'autre que Dieu et l'honneur. MACAIRE. Comme il vous plairai Attendez-moi ; je reviens avec des arrries. LANDRY. Et moi, je vais chercher les dés. (à part.) Mon intérêt exige que Macaire épouse Clotilde. 11 sera riche alors, et. .. Il est si obligeant ! SCÈNE XV. AUBRI DE MON T-D ID I E R. A quelle horrible extrémité me rédpit l'injuste haîne d'un seul homme! Le ciel m'est témoin que la crainte de la mort n'entre pour rien dans les inquiétudes cruelles que j'éprouve-, je l'ai bravée cent fois sur le champ de bafaille. C'est l'opinion que je redoute. L'étude de toute ma vie a eu pour but l'estime générale ; j'y plaçais mon bon- (>7 ) heur... je l'avais méritée, obtenue : un seul jour, un instant va tout détruire; je laisserai après moi un nom dégradé... avili.. Odieu!... ( II est absorbé dans ses réflexions. ) SCENE XVI. URSULE, AUBRI DE MONT-DIDIER, ELOI. URSULE. Monsieur Aubri , ma marraine est inquiète de ne pas vous voir rentrer-, moi aussi, Eloi aussi; nous etionstous inquiets. Ma marraine a .pensé que peut-être vous alliez partir sans armes, ce qui serait bien imprudent à vous, car cette foret de Bondy est un vrai coupe- gorge; on n'y rencontre que des malfaiieurs ou des loups, et cela, nous ferait bien de la peine, s'il vous arrivait quelque malheur- Pour lors , il m'est venu dans l'idée de vous apporter , c'est-à-dire, de \ous fa:re apporter par Eloi votre sabra et votre arquebuse, car, pour tout l'or du monde, je n'oserais toucher à cela. .Nous avons bien fait, n'est-ce pas, Monsieur Aubri ? A V li II 1. Je vous remercie, bonne Ursule ; acceptez cette bague, et g-audez- la comme un souvenir. V 11 S U L E. Un souvenir ? Oh ! je n'en ai pas besoin. a u li u i. Prenez toujours. u u s u LE, Est-ce que vous croyez que nous vous oublierons? Non, certes, vous êtes trop aimable pour cela. D'ailleurs, un souvenir... Vous ne vous en allez pas pour toujours. aubri. Qui sait? URSULE. Vous reviendrez demain matin? AUBRI. Peut-être. U RSU LE. Vous avez l'air bien triste. Je n'aime pas cela. Il faut que ce soit comme un avertissement du ciel... Tenez, croyez-moi, Monsieur Aubri, ne partez pas cette nuit... Il sera encore tems demain. Eloi vous éveillera à la petite pointe du jour. Oh! ne partez pas; je Vous eu prie. ( ^ ) A U B il 1. Dans notre état, Ursule, on ne doit savoir qu'obéir sans calcul, sans réflexions. Bon soir, mon enfant, bonne nuit. URSULE. Bon soir, Monsieur Aubri. Cela me fait de la peine de vous quitter, .l'ai le cœur tout gros; je suis sûre que je ne fermerai pas l'œil de la nuit. Votre servante , Monsieur Aubri ; bon voyage. ( Elle sort. Eloi salue Aubri, et se dispose à suivre Ursule. ) AUBRI. Demeure, Eloi. SCENE XVII. AUBRI DE MONT-DIDIER, ELOI. AUBRI. Tu me parais honnête ; on assure que tu es fidèle ; un événement malheureux t'a ôté ies moyens d'être indiscret; je puis donc m'a- dresseràtoi avec une entière confiance. Tiens, voilà une pièced'or; c'est la récompense du service que je vais te demander. ( Eloi ref use lu pièce d'or , et proteste de son dévouement. ) AUBRI. Non , mon ami, cela n'est pas juste ; toute peine mérite salaire. Ce sera le commencement des économies qui te sont nécessaires pour épouser Ursule. Si tu es heureux dans l'avenir, ma mémoire te sera chère ; tu te souviendras d'Aubri, tu le regarderas comme le fondateur de ton établissement. (Eloi remerçie avec les larmes aux yeux, et demande ce qu'il peut faire pour Aubri.) A u B r f. Par des motifs que tu sauras plus tard, il serari possible que mon voyage fût très-long. Si demain, à neuf heures du matin , je ne suis pas de retour, tu demanderas à dame Gertrude la permission do t'absen.'er ; tu iras à Paris , rue des Bourdonnais , chez iua mère; tu lui remettras mon porte-feuille et cette bourse qui renferme trente éctfs d'or. Elle verra bien de quelle part ils lui vienn nt. ( Aubri remet en ejjet un portefeuille et une bourse a Eloi, qui parait étonné. ) AUBRI. Jusques-là cache soigneusement ces objets; ne les montre à personne , pas même à Ursule. ( Eloi proteste de safidélité. ) ( 39 ) A V li II I. On vient. Adieu. Sois fidèle. (Eloisort, mais on témoignant dr t inquiétude. ) SCENE XVIII. MAC AIRE, LANDRY, AUBRI DE MONT-DIDIER. MAC a i n E. Voilà une arquebuse chargée de trois balles. I. A K D lt Y. Elle appartiendra à celui qui amènera le dé le plus élevé. ( il approche une table.) Je tire pour vous, Macaire (à part, ) Je suis sûr de mon fait. ( Il roule les dés et amène douze. ) Douze. C'est malheureux pour vous, seigneur Aubri. {Il donne l'arquebuse h Macaire. ) MACA IRE. Pas encore. A votre tour, Aubri. Il serait possible. .. LAN DRY. Ce n'est pas probable. (Il change les dés sans être vu. Aubri roule et amène le mime point.} MACAIRE, AUBRI. Douze aussi. LANDRY. ( à part. ) C'est étonnant. {Haut.) Il faut recommencer. (Au moment ou il va substituer les dés, Macaire lui prend le. cornet de la main. ) MACAIRE. Donne ; il est plus juste que ce soit moi. i, K n n u v , d part. Le maladroit ! je n'ai pu changer les dés. macaire agite le cornet. Dix. i. a n n r y , à part. Tas mauvais. aubri à son tour amené onac.. Onze. lan drv, à vart. C'est lui qui l'a voulu. Le Chien de Moittargis. 4 ( 5o ) MiCiUE présente L'arquebuse à Aubri. Prenez , je suis prêt à vous suivre. AU B 1\W. N'allez pas plus loin , c'e°t ici même que je veux. .. lAxBitï, à part. Et je souffrirais!. .. non. (// porte la main à sa dague et suit Aubri oui va au fond. ) ( M a l'aire se place comme pour recevoir le feu. Aubri arme F arquebuse , et se tournant brusquement, Idclie le coup par la fenêtre , puis court se jeller dans les bras de son ennemi. ) AU BRI. J'ai bien pu vous abandonner ma vie , niais non pas vous ravir la vôtre... Embrassez-moi , Macaire , soyons amis. LANDRY, à par t. Encore un affront... il sera le dernier, m A <: a i r. e j à part. Faut-il que toujours il l'emporte sur moi !... I. A N D B Y. On vient !. . . quelle excuse ? AUBRI. Je m'en charge. [Il ramasse Varqxiebuse qu'il avait /cire par terre, Landry remet la table h sa place j) SCENE XIX. LE SÉNÉCHAL, LE CHEVALIER CONTRAN, AUBRI, MACAIRL , LANDRY, Domestiques avec des flambeaux. LE SÉi'ÉCHAL. Qu'est-il donc arrivé ? LE CHEVALIER G O N T R A S. Pourquoi ce bruit, Messieurs, à l'heure qu'il est, et dans une maison que vous devez respecter ? AUBlil. C'est moi qui suis le coupable et je vous en demande pardon. Dame Gertru le sachant que j'allais nv mettre en route, a eu la complaisance de m'euvoyer tues arme»; j'ai craint que cett.'arquebuse anciennement chargée ne \int à me manquer au besoin et comme un étourdi j'ai lâché le conp p r la Fenêtre,afirv de la charger de nouveau; c'est une maladresse très-condamnable saus doute, j'aurais dû penser... ( 3« ) I, E SÉ N ÈC1I4 L. Oh ! si ce n'est que cela, je n'y vois pss le moindre ma). 11 m'ar- rive souvent d'être réveil!é ât: cette manière, mais pour uu motif plus sérieux. LE CIIBVUIE5 cof TlAK. * .Te conçois q ie le voisinage de la forêt vous donne beaucoup d'occupations. les k s Échai. Bon voyage, monsieur Aubri. Bon soir, Messieurs. . . Rentrons, Monsieur le Chevalier. LE C1IKVA LIEU CONTRAN. A demain , de bonne heure , Aubri. AUBRI. Oui, capitaine. t. a n h r y , à part. Demain tu n'existeras plus. ( On se salue, on se sépare y le Sénéchal, le chevalier Contran et les domestiques rentrent à gauche. Aubri, Macaire U Landry sortent par le fond. ) Fin du premier Acte. % ,ii> - . ACTE IL Le théâtre représente le vestibule d'une auberge, soutenu par des piliers. A gauche , une façade dam laquelle se trouve une porte principale et deux croisées, au rez-de-chaussée. Les croisées sont au premier et deuxième plan, la porte est au troisième. Plus loin, du même côté, est Centrée de l'écurie. A droite, une petite aile tjià avance sur le théckre, et a laquelle on arrive pur une rampe en bois. Le dessous de celle Pompe sert, tfe chambre h Eloi. Au lever du rideau , on le voit couché sur de la paille. Dans le fond , une cour fermée par une palissade. On aperçoit la. forêt dans léloignement. Une lanterne., suspendue an plafond du vestibule , répand une faible clarté sur la scène. L'entrée de la cour est censée au fonda droite. SCENE PREMIERE.(i) {Dragon vient gratter a la porte de l'auberge. Voyant qu'on ne lui répond pas , il cherche à entrer en posant sa patte sur la clenche; enfin il saute après le cordon de la sonnette, et parvient ainsi a se faire ouvrir. ) Dame GERTRUDE. Hé ! c'est Dragon. Que vient-il faire ici. . . tout seul. .. à l'heure qu'il est?. .. Oh ! mon dieu , il faut qu'il soit arrivé quelque malheur à son maître.. . ( Dragon tire dame Gertrude par sa jupe.) On dirait qu'il veut m'attirer hors de la maison. C'est bien extraordinaire. Pauvre M Aubri! il lui est arrivé quelque accident, c'est sûr. . . Peut-être est-il à quelques pas d'ici. Oui, Dragon , je te suis. .Assurons-nous d'abord de la vérité ; je reviendrai ensuite appeler du monde et chercher du secours s'il est nécessaire. {Elle prend une lanterne, et s'éloigne avec Dragon qui la conduit en la tirant par sa jupe. ) Oh ! mon dieu! ce pauvre M. Aubri!... Fasseîe ciel que mes craintes ne se réalisent pas ! (i ) Dans les villes où l'on n'aura pu se procurer un chien, on se contentera de sonner à plusieurs reprises, en dehors, à droite, derrière le petit bâtiment où « st censée la porte d'entrée. Dame Gertrude sortira de l'auberge et dira : Qui peut sonner à cette heure! Puis elle ira vers la droite , comme pour ouvrir. Elle disparaîtra un mom. nt. En revenant en scène , elle prendra le commencement du monologue, c'est ûiagon, *tc. ( 33 ) SCENE II. MAC AIRE, LANDRY. ( On voit Macaire et Landry rentrer par une ouverture qu'ils fort à la palissade en dei louant deux ou trois plane lies. Landry pesé contre la palissade unebéche dont il s'est servi) LANDRY. Remettons d'abord cette bêche à la place où nous l'avons trouvée. macaire , avec l'air égaré d'un homme qui vient de commettre un crime. Es-tu bien sûr au moins que personne ne nous ait aperçus ? lanjury, dont le sang froid contraste avec l'agitation de Macaire. Quel témoin pourrions-nous redouter ? une nuit profonde a favorisé ta vengeance, et la terre en couvre maintenant l'objet. M a c a 1 ri:. Avons-nous pris toutes les précautions nécessaires pour dérober la connaissance de ce crime épouvantable ? LANDRY, Chut! plus bas. Oui, toutes; on nous a vu rentrer dans notre chambre. INous sommes sortis et revenus sans bruit et sans laisser la inoindre trace de notre passage. MACAIRE. Paix ! Landry. ( il écoute. ) LASDB Y. Qu'est-ce ? MAC 41 RE. J'ai cru qu'on nous poursuivait. LANDRY, Du tout. Calme ces vaines terreurs. MAC A I 11 K. Oh ! je ne l'éprouve que trop. Elles son' le premier, le plus cruel châtiment de l'homme qui s'oublie jusqu'à commettre un crime. i. A M D R y. Rentrons ; allons prendre du repos. m a c a 1 h r. Du repos. .. pour moi !... Ah ! Macaire !... qu'as-ti: fait T. .. LAN DRV. Tu,t'es délivré d'un objet odieux, d'un être que, ta mauvaise r 34 ) étoile semblait avoir placé près do toi pour déranger tous tes plans, tous tesprojersde bonheur, pour te nuire en tout. M A C A IRE. Qui m'a donné le droit de disposer de sa vie? i LAN DUT. La haîne et ton intérêt. , m k c. A 1 R F.. Le ciel roe punira. Souvent c'est par des circonstances qui tiennent du prodige, que Dieu dévoile les trimes les plus cachés. L A N 0 RY. CV't avant de partir qu'il fallait faire tontes ces réflexions; maintenant elles ne remédient à rien, et nous tourmentent. Jlentrons , te dis-'e. Aus-i bien venons-nous de commettre une imprudence. .. il y a là quelqu'un.. . sous cet esca'ier. m a c a i r E. Quelqu'un I Vois qui ce peut-être. l a jf d r v, s'upproche. Un valet sans doute. Il dort. MA 1A 1 R E. Ou il feint de dormir. l a n n R T. Si je le savais.. . (i/ porte la main à sa dague. ) M A C A 1 RE. Encore un assassinat! Oh! non... Landry ! Et voilà comme un second crime devient souvent la conséquence nécessaire du premier. LANDRY. Délicatesse mal placée. La prudence et notre sûreté avant tout. Je prends celui-là sur mon compte. M A C A 1 n Ti. Non , non , je te le défends Viens, rentrons. Ah! de long-tems sans doute le sommeil n'approchera de ma paupière. ( Ils entrent clans leur chambre par une croisée du rez-de-chaussée, qu'ils avaient laissée entrouverte ; mais auparavant, ils vont près cTEloi pour s'assurer encore qu'il n'a pu les entendre^ ou les voir. Landry trouve plus prudent de s'en débarrasser. Il lire sa dague , Macairc le repousse, en lui disant avec l'accent de la compassion: il dort ! et le force a rentrer le premier. Quatre heures sonnent. ~) ( 55 ) SCENE III BERT R AND. ( On entend Bertrand en-dehors dont Vécurie. Il est censé parler aux chevaux. ) Range-toi, cidet !... Oh!... Ranqe-toi donc Ça, Cocote!.. qu'on se lève... haut le pied !... Allons donc, paresseuse .. quand tu nie regarderas comme'une bete .. He beu , quoi ','] allons chercher dTavoine. (// sort de récurie avec une corbeille , au'il vient remplir d'avoine dans un coffre placé auprès de la palissade. Tout en travaillant, il chante. ) CHANSON. Premier Couplet. Air : Dans une forél des Ardennes. ( De Monténéro, ) Vous iï' savez pas c' qu'on non* raconte Des voleurs rV la l'orèl u" Bendj ? Çà fait frémir tout e'qu'oo en dît, Kt c qu'on en dit n'est pas un eonte. Cliaqu' jour, la nuit, y s' commet là Queuqll' mauvais coup, qneuqtl' attentat, D' s'assassinats , et caetera .. . }' vous en préviens , n* passez pas là. SCENE IV. BERTRAND, URSULE. I'rsule, à la croisée de, la chambre qu'elle occupe dans la petit* aile de droite qui fait face au public. Taisez-vous donc, Bertrand , est-ce que vous êtes fou de faire un pareil tapage à l'heure qu'il est ? V. us allez réveiller tous W* voyageurs. 1 BERTRAND. Par exemple , çà serait un peu fort. C'est avec c'te chanson-là qnej' m'endors tous les soirs. (Il chante le refrain. ) Tira , la, la, i a,l.,tra : ia > la,la,la. tJRStrr. e. Nous n'avons pas tous les jours l'honneur de loger des personne» de. condition, des gens du Roi. ( 36 ) BE RTKAMB. Laissez donc, mamselle Ursule, c'n'est pas çà du tout. J'vas vom dire 1' fin mot, moi. Ça vous contrarie que j'chantions, parce que vous craignez qu'je n'réveille vot'favori, .vlonsieur Floi. OKSULI'. Quand cela serait , quel mal y aurait-il ? BERTRAND. Tiens! n'faut-il pas q'i'je m'gênions pour lui? Pourquoi qu'y n'a pas voulu v'nir coucher dans ma chambre? jly avions proposé une jolie pince à côté d'moi dans l'écurie. L'est gentil d'dormir à deux... on s'tient compagnie ; <;a fait qu'on n's'ennuie pas en dormant. Mais, non ; monsieur n'en a pas voulu , il a mieux aimé s'établir là tout seul, sous cet escalier , à c te (in d'être plus près d' vous. 11 vous sert comme qui dirait d'seniinelle avancée. URSULE. Eh bien , quand cela serait encore, ce n'est pas une raison pour le tourmenter. B E R T R A jv D. Je n'ie tourmente pas non plus. J'chantons, parce qu' çà m'fait plaisir , et qu'c'est not' habitude. Deuxième couplet. i fj'autr' soir , un' gente jouvencelle S'en r'venait dessus sou pal'froi, V'Ià que (jugra de son effroi !) Trois voleurs t'plaçont dev int elle. AU' cul biau dir'. £»ir' îles liclas ! On 1 y pi il son cb'val , ses ducats , Tous ses bijoux , et estera... Jouvencelle , ri' passe* pas la. ( // porte la corbeille dans t écurie. ) Ursule, sort de sa chambre, elle a eu le tems de s'habiller. 11 le fait exprès pour me contrarier ; mais lu me le paieras, maudit sournois , attends , je t'apprendrai à faire l'espiègle. (Elle descend, et se cache derrière le bâtiment en voyant revenir Bertrand. ) B E R T R AND. Mes bêtes ont c'quileux y faut. A présent, j' vas éteindre c' te lanterne. V là l'jour qui pointillé. (Jlbaisse la lanterne au moyen d'une corde qui passe sur une asssez grosse poulie attachée au plafond. ) AU' est rentrée mamselle Ursule , ail' a pris son parti , ail' a ben fait. Non. . . mais ail' s'imagin' qu'je nia d'vinons pas. . . oli! j'voyons clair. (Il soufle la lanterne.) Oui, j'voyons clair. (Il la décroche et va la poser a droite, près de t escalier. Ursule se montre dans le fond et paraît attendre l'occasion de faire une niche h Bertrand. ) A-t-il l'sommeil dur c' t' Eloi? là !,... j'nons pa« ( h ) encore réussi à 1'réveiller : quoiqu'en dise mamselle Ursule, y m'semble qu' s'il était ben amoureux, y n'dormirait pas si fort. . . ça tn'coutrarie d'ie voir dormir. . . j'n'y tiens pas, y faut absolument qu'je l'réveille. Troisième couplet, qu'il chante en se rapprochant d'Eloi et en gros- ' sissant sa voix. Jj'gros Lucas dormait il'sous un chêne , Quanti un v<>k-ux, v'oant à pas d'Ioup , S'approche et l'y itil tout à coup : « Dans not' cavern' taut aujourd'hui , on n'aura pas l'terus d's'en apercevoir. Dame Ger- n tfudc n'pourra pas t'gronder »> Y n'a pas voulu récidiver, ,1'ly ons dit romm'ça quVous aviez tout plein d'chagriuetqu'vousauriez ben désire i'voir 11 a mis la main sur son cœur , en levant les yeux au ciel, cdmm pour dire qu'il est innocent et puis il m'a embrassé pus (Toent fois. J'pensons ben qu'y en avait au moins les trois quarts pour vous. Mai», j'vous rendrons ça dans un autr' moment. N'vous désolez pas connu' ça, mamseile Ursule. .Allons, un peu d'cou- rage, v ,i>8t pas encore défunt, ainsi, tout n'est pas désespéré. Où qu'est ii.ons eu le Sénéchal ? un s u le. Là, dans la chambre voisine. B E R T R A N D. Est-ce que ¥ capitaine est encore avec lui. un s u r, e. Oui. B E K T R A N II. Eh ben , qui sait, y mitonnonl peut-êtr' queuq' chose d'avantageux. u 1! s u r, e . Ils écrivent au Roi pour lui rendre compte de cet événement. r. e n r n A n d , Ça m'donne bonne espérance, G'ny a pas loin d'ici à Paris, peut- être ben qu'le Roi voudra voir à voir ça par li même. C'est un ïromme sage que l'Roi, oui da , c'est un homme sage; c'est un malin. J'ons ouï dire qu'il avait tout plein d'esprit et d'science, avec ça un cœur.. . un cœur de Roi, quoi ? Il nous aime tretous ni pus ni moins qu' si j'etions ses enfants. Peut-être ben qu'y dira u Mais r> enfin. . . y s'pourrait. . . certainement. . . on a vu des choses pus » étonnante» . y faut examiner c't'affaire là.. . enfin c'est ci, c'est n ça » Ou , i'suis sur qu'y dir i ça . .allons, mamseile Ursule, consolez-vous, j'vOus réponds qu'çà tournera ben. UI1SU LE. Je le souhaite , comme tu peux le croire, mais... (On entend le roulement éloigne /Pun tambour qui annonce une marche funèbre. Qu'est-ce que j'entends ? ii e v,t r a. n n va au fond. ( àpart ). O mon dieu . . . v'Ià qu'on l'emmène... y vont passer justement sous c'balcoa..-, quoique j'penx l'y dire ? j'n'en ons pas l'eourage. ( haut } .'sY.ions voir, mamseile.. .j'allons voir c'que c'est ; pis je r'viendrons, {àp.rtj. Pauvre petiote. ( 5. ) SCENE in. URSUI-E, seule. ( Le bruit augmente ). On dirait que le bruit se rapproche.... si c'était... ( Elle va sur le balcon). C'est lui!... le voilà!c'e*t Jiloi! ils vont le faire mourir. (EU- tombe ii gêneuse), O mon dieu ! laisserez-vous périr ret infortuné ? il est innocent, vous le savez mieux que moi. Son juge est un homme, il a pu être trompé par de fausses apparences., éclaire-/ -on esprit, 6 mondieu! faites un miracle s'il le faut, mais je vous en supplie, ne laissez pas succomber l'innocence. {.Elle implore l'assistance du ciel avec la plus touchante ferveur. Pendant cette scène on voit le cortège qui mène Elui au supplice monter sur l'éminence du fond. Le pauvri. petit a les mains liées derrière ledos"Il jette des regarda douloureux sur le dcvtuU de la scène y Use soutient a peine, mais l'exécuteur qui est derrière le frappe pour le faire avancer. Quand ce tableau déchirant a disparu, on entend un grand bruit a droite, la porte s'ouvre avecfracas. SCENE IV. URSULE , Dame GERTRUDE. Dame gertrode, avec la plus grande agitation. Ursule ! Ursule sortant de l'espèce d'évanouissement où elle était tombée- C'est vous, marraine? .. eh bien , ils vont le faire mourir. Dame g eut h ujo e. Peut-être. . . j'espère le sauver. URSULE Vous... marraine... ah ! (elle jette ses bras au cou de Cerlrude.) Dam • liERTRU DE. Le Sénéchal est-il encore ici? ( 5 2 ) II R S U L F. Oui, marraine. Dame GBR trude va frapper à la parte de l'appartement de gauche. Monsieur le Sénéchal! Monsieur le Chevalier! ouvrez! viie! vite! SCENE V. LE SÉNÉCHAL, LE CHEVALIER CONTRAN, Dame GERTRUDE, URSULE. ( Le Sénéchal et le. Chevalier sortent de la chambre oà ils étaient enfermés ). Dame uehedde, Ordonnez que l'on suspende l'exécution du jugement. JUS SÉNÉCHAL. Qu'avez-vous à opposer ? L E C HE V ALI E S G O JN X R A M. Quelle preuve? Dame gertrude. Avant tout suspendez l'exécution. Le malheureux* au pied de l'échafaud, il ne peut vous échapper; mais vous n'avez pas le droit do repousser les lumières que je vous apporte, vous devez recueillir avidement tout ce qui peutéclairer votre conscience. Songez qu'un juge repond devant tlieu et devant les hommes de l'équité des arrêts qu'il prononce. le SÉNÉCHAL. J'y consens , qu'on aille de ma part... URSULE. Oh ! j'y cours !... mais on ne nie croira pas. le sÉNÉcHALjà un aicherqui est sorti de la chambre en même tems qu'eux. Suivez cette jeune fille. Ï8 SULE. Tauvre Eloi! puissé-je arriver à tems... ( Elle sort en courant., on la voit bientôt monter l'enunence ,puis duparaitre. Chemin faisant elle crie . ) arrêtez ! arrtt z ! (53) SCENE VI. ". '' AT 1 LE SÉNÉCHAL, Dame GERTRUDE, LE CHEVALIER GONTRAN. LE SÉNÉCHAL. Maintenant, Dame Gertrude , dites-nous... Dame gertrude. Les apparences semblaient condamner Eloi : de nouveaux indices vont peut-être le sauver. En sortant du village pour se rendre à Lagny , monsieur Macaire est obligé de passer à peu de distance de l'endroit où les meurtriers ont déposé le corps du malheureux Aubri; tout-à-coup Dragon quittait resté près de la fosse de son maître , s'élance vers la route en poussant des hurlemens affreux, et veut se jeter sur monsieur Macaire. Envain plusieurs de ses camarades qui l'accompagnaient, l'entourent ; Dragon n'en veut qu'à lui; il grince des dents et semble vouloir le dévorer. Justement effrayé de l'acharnement de cet animal , monsieur Macaire prie ses compagnons de le retenir, pendant qu'il saisira un moment favorable pour s'échapper; mais on a beau faire, plus on oppose de résistance, plus le chien s'Irrite ; son œil étincelant, sa gueule écumante , tout annonce qu'il est poussé par un instinct particulier ; on dirait qu'au défaut di- la justice, il vent, en désignant le meurtrier , venger lui- même la mort de son maître. LE CHEVALIER GONTRAN. Y pensez-vous, dame Gertrude ?... Cette inculpation. .. Dame gertrude. Est grave, sans doute ; mais elle n'est que trop fondée peut-être. Mepréserve le ciel de vouloir sauver Eloi, en faisant tomber surun autre le poids d'une accusation injuste; c'est le sentiment irrésistible de ma consience qui me porte à vou» empêcher de commettre Un crime. Oui, Messieurs, un crime; car c'en est un de prononcer sur un fait aussi grave, avant d'avoir épuisé tous les moyens de conviction. Monsieur Macaire haïssait mortellement le jeune Aubri : l'avez dit, Monsieur le Chevalier. Cette passion injuste parvenue à un certain dégré d e violence, est incapable de raisonnement. Elle Veut être satisfaite * LE CHEVALIER GONTRAN. Oui, par une vengeance noble et non par un assassinat. Dame gertrude. Qui vous a dit qu'Aubri ait été assassiné ? Connaissez-vous les circonstances qui ànt précédé sa mort? Ne peut-elle pas avoir été Le Chien de Montargîs. 7, ( 54 ) "la suite d'une querelle, d'un combat singulier ? Encore une fois, je n'accu.S'- nersonne , mais je défends un malheureux; je veux arracher à une mort ignominieuse un enfant qui n'a point commis le meurtre dont on l'accuse. LE SÉNÉCHAL. Dame Gertrude, songez que cette assertion est offensante pour la justice. Dame G £ H T1 il b e. Dites plutôt pour le magistrat qui a mis trop de précipitation dans son jugement. LE SÉNÉCHAL. Vous oubliez... Dame GEl t lt » E. Ah ! Monsieur le Sénéchal, pardonnez à mon zèle ; punissez-le ïnême , s'il me fait agir ou parler trop librement. Mais , par grâce , rendez à la vie, à la liberté , un orphelin qui n'a d'autre bien qu» l'honneur ( On voit Macaire descendre de l'éminence, en courant ; il est poursuivi par Dragon. Le Sénéchal, le Chevalier Contran et Dune Gertrude remontent la scène. ) SCENE VII. LE SENÉCHfVL , Dame GERTUDE, LE CHEVALIER CONTRAN, M A' AIRE. M A c i l H t, >n dehors. Ew.ïèchez. ■ . empêchez-le de parvenir jusqu'à moi. '( Pale, échevelé, en, désordre et sans rien voir de ce qui se passe autour dr lai, h r acaire entre par la droite, et ferme la porte avec un effroi pi ii marqué; puis il traverse le théâtre, et s'enferme dans la fhamlm: dt gauche. Les Personnages qui sont en scène, gf tiennent à l'écart. ) SCENE vin. LE SÉNÉCHAL, Dame GERTRUDE, LE CHEVALIER CONTRAN. Dame gertrude. r Hé bien, Messieurs, vous voyez si j'ai dit Yrai I Ce qui vient de s» passer sous vos yeux . ,. (55) LE SÉNÉCHAL. Est bien extraordinaire. LE C H E V A L IE I>. Mais, cela ne prouve rien ; on pourrait tout au plus i induira que Macaire, très-brave d'ailleurs, n'a pas jugé à propos de s'exposer à la fureur de cet animal. Dame certrude. Ecoutez-moi jusqu'au bout On vous a dit, et cela est vrai, que Dragon a fait découvrir les objets appartenant au chevalier Aubri •„ ce n'est là qu'une preuve de cet instinct particulier dont on connaît mille exemples. Mais ce que tous les assistans ont vu, ce qu'ils sont prêts à déposer devant votre tribunal, c'est qu'il s'est couché ensuite auprès de ce pauvre Eloi , et lui a léché les mains à plusieurs reprises. Je vous le demande, Messieurs , est-il probable que ce fidèle ami de l'homme aurait flatté l'assassin de son maître au moment même où il venait de le perdre? qu'il aurait couvert de caresses des mains encore fumantes de son sang ?. .. Non. Cette supposition absurde est démentie par l'expérience. Il les eut plutôt déchirées mille fois. Maintenant rapprochez cette circonstance de l'autre ; opposez ces caresses à la fureur, à la rage qu'il a manifestée en voyant Monsieur Macaire. Ce n'est plus de l'instinct, c'est sa mémoire qui lui rappelle la scène horrible dont il a été le témoin, ce sont ses yeux qui lui présententl'assassin ... ou du moins l'homme qui adonné la mort à son maître , n'importe comment. Voilà des nuances que l'esprit le moins éclairé saisira facilement. Vous êtes ému, Monsieur le Sénéchal. Votre conscience vous crie de révoquer une condamnation injuste trop légèrement prononcée ; ne lui résistez pas. A défaut d'autres preuves, saisissez celle que la providence elle même semble vous offrir. Faites rassembler dans une même enceinte tous les habita ns, tous les hommes d'armes; et que, la, devant tout le monde, le fidèle sen iteur d'AubYi, ce témoin incorruptible, vienne designer le coupable. J'ose assurer qu'il 119 se trompera pas. LE SÉNÉCHAL. Chevalier Gontran, cette allégation est trop positive pour que je n'y aie point égard. Sans rien préjuger, je dois saisir avidement tous les moyens que les lois offrent à mon ministère, pour percer l'épais nuage dont la vérité s'enveloppe dans cette cause difficile. LE CHEVAL) K K <; O N t R À N. Ce que je désire surtout, Monsieur le Sénéchal, c'est que la mort de mon jeune ami ne reste point impunie. Si Macaire,est coupable, je solliciterai contre lui un châtiment prompt, et d'autant plus, sévère qu'il aura trompedavantage ma confiance, jetais ordonner que l'on réunisse au plutôt ma compagnie ; vous, faites revenir Eloi, pendant ne dame Gertrude rassemblera tous les habitans. Donnea les Ojr- res les plus précis pour que personne n'approché de Macaire; qu'il soh sans défiance. Dan* un moment nous reviendrons lui an- 0 (56) noncer'publiquement cette étrange confrontation; il n'aura pas eu I« terns de préparer sa défense , ni de composer son maintien. Je vous promets alors de lire sur son front le secret de sa conscience. LE SÉNÉCHAL. Vous êtes bien sûre qu'il ne peut avoir de communication... Dame gertrude. Avtee qui que ce soit ; cette chambre n'a pas d'autre issue que eelle-ci. L E CHEVALIER GONTRAN D'ailleurs, notre absence ne sera pas longue. ( ils sortent. ) SCENE IX. MA CAIRE, sortant de la chambre où on l'a vu entrer. J'ai cru entendre du bruit dans cette salle. Il m'a semblé que l'on parlait avec véhémence, et que l'on avait prononcé mon nom... . Je me suis trompé : il n'y avait personne quand j'y suis passé ; c'est encore une vision de mon cerveau frappe des scènes effrayantes qui se sont succédé depuis douze heures. Est-il bien vrai que ce bras, qui, pendant vingt années, n'avait été fatal qu'aux ennemis de mon noi, ait répandu le sang d'un compagnon d'armes, d'un ami ?... . Réponds, Macaire : tu as vécu long-temps fidèle à l'honneur, exempt de reproche. . . Quel démon s'est emparé de ton âme? quoi donc a pu troubler ta raison jusqu'à te faire descendre au rang des scélérats les plus abjects? Quoi ? l'envie ; cette passion qui fait désirer sans cesse à l'homme que tout ce qui existe lui soit inférieur en fortune, entalens, en avantages de quelque nature qu'ils soient, et lui rend odieux le spectacle de toute prospérité qu'il ne partage point; passion tellement vile et méprisable, que l'on n'ose se l'avouer à soi- même. J'aurais pu l'étouffer dès sa naissance, ce coupable penchant; il ne fallait que m'armer de courage , et repousser les premières atteintes