M. SANS-GENE, o u L'AMI DE COLLÈGE, VAUDEVILLE EN UN ACTE, Par MM. DES AU GI ERS et GENTIL. I j*. ^V? ' "T I I f 1 Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le i3 mai 1816. Prix 1 fr. 25 c. r/a> Sa, h ^ .« Ah ça ! jeune homme, qu'y a-t-il pour votre service? EUGENE. Rien, monsieur, je venais voir si monsieur Dumont était de retour -, je suis l'ami de la maison. SANS-GENE. Oui-dà ! he bien ! les amis de nos amis sont nos amis. Tou- chez-là ; mais pourquoi netre pas venu plutôt? vous auriez dîné avec nous? EUGENE, avec intention. Ah ! monsieur, en l'absence de M. Dumont, je n'aurais pas été assez indiscret.... SANS-GENE. Indiscret ! qu'est ce que cela signifie, monsieur? AIR : Contentons-nous d'une simple bouteille. Il est des gens de vertu sans pareille, Qui chez autrui, de peur d'être indiscrets, Mourraient de soif devant une bouteille, Mourraient de faim devant d'excellens mets. C'est en honneur , mon cher, sottise pure ; Moi, je fais mieux, car, n'importe où je sais, Je ne connais que la loi de nature, Et dés qu'elle a commandé, j'obéis. M. Sans-Géne. ' ( «S 5 EUGENE. "Votre âge vous donne des privilèges que Ton n'a pas au «in. SANS-GENE. 1 Il n'est pas question d'âge ni de privilège, et si vous êtes lié avec Dumont, comme vous le dites , je ne vois pas.... EUGENE. Je le suis au point, qu'il est à la veille de m!e nommer son gendre. SANS-GENE. Son gendre, vous? Mon cher, vous arrivez un peu tard. EUGENE. Comment, un peu tard? SANS-GENE. Oui, j'ai vu l'aimable Henriette ; elle me plaît, et je l'épotise. EUGENE. Oh ! vous l'épousez? Diable, vous allez vite en affaire. SANS-GENE. Ah! très-vite-, la vie est si courte ! EUGENE. Mais permettez-moi de vous dire que voilà deux ans que j'aspire à la main de mademoiselle Henriette. SANS-GENE. Je vous ferai observer aussi qu'il y a trente ans.... EUGENE. Que vous la courtisez ? SANS-GENE. Non , monsieur le mauvais plaisant-, mais que je suis lié avec le père , que je n'ai pas vu depuis ce temps-là , à la vérité, ce qui ne me donne pas moins trente années de priorité sur vou»; ( »9 ) EUGENE. Trente années ! Ah ! vous m'en direz tant. Air : Pour obtenir celle qu'il aime. (Du Calife de Bagdad. ) Je sais qu'une amitié qui date Donne plus d'un droit mérité ; Mais ces droits-lu n'ont rien qui flatte Le cœur d'une jeune beauté. Ainsi, croyez moi, de votre âge N'exalte2 pas tant l'avantage; Si l'âge fait les bons amis, Il ne fait pas les bons maris. SANS-GENE. D'ailleurs, le mariage est-il fait pour un aspirant de marina ? car vous l'êtes, si j'en crois votre uniforme. EUGENE. Oui, monsieur, mais je vous prie de me dire ce que S«l ■ deux états ont de si incompatible. AIR : Vaudeville du Petit-Courier. * Pour un marin de vingt cinq ans I.e mariage est un navire Que toujours guide un donx zépliire , Qu'éclaire toujours uu beau temps. A ses cotés le désir vole , L'amour manœuvre sur son bord | La confiance est sa boussole Et le plaisir le mène au port. SANS-GÈNE. C'est charmant, c'est charmant; mais, quoi que vous en disiez , Henriette sera ma femme ; je suis le camarade de collège «Le ton père , et ce serait, ma foi, bien le diable , si.... EUGENE. AIR : Duo de la Fausse-Magic. Quoi ! vous persistez encore? SANS-GENE. Oui, je persiste encore. EUG'EKEi i ( 20 ) SANS-GENE. Moi. EUGENE. Vous? SANS-GENE. Moi, car je l'adore. EUGENE. En vérité, je déplore Le sort qui vous attend. SANS-GENE. Ne le déplorez pas tant, Vous serez déçu, j'espère, Par le retour de son père. EUGENE. | Moi, je n'espère, au contraire, Qu'en son père. SANS-GENE. Quoi ! tout de bon, vous vous vantez? EUGENE. Quoi ! tout de bon, vous vous flattez ? SANS-GENE, 3e me flatte de lui plaire. EUGENE. C'est bien moi qu'elle préfère. SANS—GENE. Quoi ! c'est vous qu'elle préfère ? Vous plaisantez ! Comme ami de la famille, Sa maison , son or , sa fille , Sont à moi, si je le veux. EUGENE.. Quel dommage î Que votre âge Soit un obstacle k vos nœuds. ( Henriette survient et se cache. ( *« ) SANS-GENE. Sachez, mon cher, que Sans-Gène Eut hier sa cinquantaine Et pas quatre jours avec. EUGENE. \ Vous, monsieur, sachez qu'Eugène N'a pas encor sa vingtaine. SANS-GENE , à part. Dois-je craindre un te] blanc-bec? ENSEMBLE. Comme il enrage ! SANS-GENE Malgré vos droits et votre âge, Pour vous je crains un échec. EUGENE. Autant vaut, en mariage, Lui donner Meichisédec. (Sans-gène sort en se moquant d'Eugène, qui se moque aussi de lui. ) SCENE VIII. HENRIETTE, EUGENE. HENRIETTE. Eh bien ! monsieur Eugène, que dites-vous de noire voyageur ? ' EUGENE. Ah ! j'ai l'honneur de saluer madame Sans-Gêne. HENRIETTE, étonnée. Comment, madame Sans-Gêne ! EUGENE. Et je la félicite sur son /prochain mariage. I ( 22 ) V HENRIETTE, Mon prochain mariage ! EUGENE. Sans doute, puisqu'il n'attend plus que l'arrivée de monsieur, votre père. HENRIETTE. Qui? EUGENE. Monsieur Sans-Gêne. HENRIETTE. Pourquoi ? EUGENE. Pour vous épouser. HENRIETTE.. Qui tous a dit cela ? i EUGENE. Lui-même. Vous êtes sa femme. HENRIETTE. Sa femme ! EUGENE. Tout est convenu. HENRIETTE» Avec qui? EUGENE. Avec personne. Mais il n'a qu'à parler, et c'esUine chose fairow HENRIETTE. Comment, il aurait vraiment l'intention?.... EUGENE. De s'emparer de vous comme d'un efFet à lui appartenant,, et qu'il vient réclamer. HENRIETTE. Ah ! doucement, s'il vous plaît. AIR nouveau. Disposez, monsieur Sans-Gène, Du logis du liant en bas; Mais ne vous flattez-pas Que jamais je vous appartience-. m a M 2 S < ( ^ ) Henriette est pour Eugène, Ft nous allons sous vos yeux De cette heureuse chaîne Former les nœuds. Or, désormais, Calmez le feu qui vous tourmente ; Nos cœurs jamais L'un pour l'autre ne seroni faits ; Non, non, jamais. EUGENE. Quelle grâce touchante, Et combien cet aveu m'enchante! On ne verra jamais Tant de candeur et tant d'attraiti ! Non, non, jamais. EUGENE. Avec quelle impatience J'attends hélas! le retour Qui doit, de notre amour, Nous assurer la récompense. Mais si, par la médisance, Notre hymen était rompu, Trompant mon espérance, Changerais-tu ? Réponds î mais je me tais, Un pareil doute est une offense. Eh! quoi, tu trahirais Les premieis sermens que tu fais ; Non, non jamais. HENRIETTE. Non , rien jamais Ne refroidira ma constauce. Quoi ! moi, je trahirais Les premiers sermens que je fais ! Non, non, jamais. HENRIETTE. Quoi ! vraiment ! vous croyez qu'il m'aime ? EUGENE. Il me l'a déclaré très-positivement. HENRIETTE. A son âge! ( H ) EUGENE. Cela ne doit pas vous étonner. AiR : Sur le penchant. Delà beauté, puissance enchanteresse'. Il n'est point d'àg» à l'abri de ses traits ; Son seul aspect enflamme la jeunesse, De la vieillesse il déride les traits; Soumis par toi, quand je te r< nds les armes, Un vieux garçon te les rend à son tour: Et nous devons , tous les deux , à tes charmes, Moi, mon premier, lui, son dernier amour. HENRIETTE. Pourtant, si les informations que mon père est allé prendre n'étaient pas en votre faveur. EUGENE. Pouvez-vous le supposer? HENRIETTE. Je m'en rapporte à vous; moi, je ne sais pas ce que vous faisiez au Havre. EUGENE. Mes études de marine. Que cela? HENRIETTE. EUCENE. Vous croyez que ce n'est rien ? AIR : Eh ! vogue, vague. (Du Vaisseau amiral.) J'apprenais l'art de voyager Snr le i isUs plaines de l'onde ; J'apprenais à m'y diriger Contre la lame et le danger. Sans bouger, parcourant le monde, J'ai visité tous les climats, F.t ceux où le tonnerre gronde, Et ceux que glacent les frimats -. J'; déjà de l'île de France, Et do, cap de Bonne-Espérance f «5) K Reconnu le paisible bord. SANS-GENE dans la coulisse. Amis, un dernier verre encor, (bis.) ; HENRIETTE, à Eugène. On vient, fuyez.... EUGENE. Oui, mais j'espère, Par l'hymen conduit vers Cythèie, Y toucher bientôt a bon port Avec gentille pèlerine; Etvive,»vive (ter) la marine ! SCENE IX. HENRIETTE seule, le regardant sortir. Vive la marine ! C'est fort bien , monsieur Eugène ; mais peut-être espérez-vous naviguer seul, suivant l'usage de vos confrères. C'est ce qui vous trompe, on ne s'unit pas pour Être séparé le lendemain-, votre femme sera de tous vos voyages, et le ménage n'en n'ira que mieux. RONDEAU NOUVEAU de M. Doche. An sein des mers et loin du monde Nous braverons danger, ennui, Puisqu'il n'existera sur l'onde Que lui pourmoi, que moi pour lui. Ses yeux sur la plaine liquide Ne pourront voir d'autres appas. Et si l'élément est perfide Mon mari ne le sera pas. Au sein des mers, etc. Il sera, par ma tendre flamme, Dédommagé des noir» autans F.t de l'inconstance des vents, Par la constance de sa femme ; Oh', oui, tout me l'assure : oh! oui. Au sein des mers, etc. > J'entends mon aimable futur. Evitons le tête-à-tête..— i] serait trop dangereux peur moi. {Elle sort en riant.) M. Sans-Gêne, 4 ( =6 ) SCENE X. SANS-GENE, convives. SANS-GENE. AIR : Mon système est d'aimer le bon vin. Ce n'est qu'à minuit que pourEvreux Repartira le vélocilére; Revenez souper, amis, je veux, Verre en main, vous faire mes adieux. UN CONVIVE. C'est abuser de votre obligeance. SANS-GENE. Messienrs, je n'aime pas un refus. UN CONVIVE. Nous craignons de vous mettre en dépense. SANS-GENE. Non, il ne m'en coûtera pas pins. CHŒUR. Ce n'est qu'à minuit que pour Evreux Repartira le vélociféie; {Revenez souper ici, Nous viendrons souper ici, je veux Verre en main vous faire mes adieux. {Les convives sortent.) SCENE XL SANS-GENE seul. Ces braves gens me croient ]e maître du logis ! ma foi, j'a disposé de la maison de mon vieux camarade, comme je voudrais qu'il disposât de la mienne. ( 27 ) RONDEAU. air : à'Avis au public. ( de M. Alexandre Piccini.) Je veux qu'on soit chez moi Libre comme chez soi ; Chez mes amis, je veux l'être de même. Pourquoi floue se gêner? Chez eux, tailler, rogner, N'est-ce donc pas leur prouver qu'on les aime 7 Fi de cette contrainte extrême Qui sottement semble vous enchainer: Liberté, c'est le bien suprême !.... On en dira Ce qu'on voudra; Aller, venir, Entrer, sortir, Pouvoir eniin parler, agir selon son goût, Voilà le seul moyen de se plaire partout. Vous aimez la pêche et la chasse ? Allez, messieurs, grand bien vous fasse;. Un boston-est votre désir? Mesdames, beaucoup de plaisir. Moi, que fatigue l'exercice, Et qu'un boston met au supplice, Je m'en vais, pendant ce temps-là, 1 ire sur ces gazettes, là, Ce qu'on dit, ce qu'on fait, comment la rente va t Hâtez le service. Si vous avez faim, Allez au jardin, Allez à l'office; Qu'à son aise, enfin, Tout le monde agisse. Je veux qu'on soit chez moi, etc. Sans façon, l'emprunte où je puis, Sans façon , je dîne où J'arrive, Sans façon , je couche où je suis, Sans façon , après je m'esquive; Bref, qu'on se plaigne ou non, Je fais tout sans façon , Sans façon , sans façon, sans façon, sans façon. Je veux qu'on soit chez moi, elc. ( II i'asiied au seirdairc.) ( 28 ) « ùCENE XIL SANS-GENE, DUMONT. DUMont, sans voir Sans-Gêne. Me voici donc chez moi, et très-satisfait des informations que j'ai prises sur Eugène. Courons vite annoncer cette bonne nouvelle à ma fille; personne ne sait encore que je suis arrivé, et je vais la surprendre agréablement. ( Il aperçoit Sans-Gêne. ^ Quel est donc ce monsieur qui est dans ma robe-de-chambre ? Oserais-je vous prier de me dire?..... SANS-GENE. Qu'est-ce qu'il y a pour votre service ? DUMONT. Je désirerais savoir à qui j'ai l'honneur de parler ? SANS-GENE. Moi-même , sans indiscrétion, pourrais-je vous demander qui vous êtes ? SCENE XIII. les précédées, LATREILLE. LATREILLE. Qu'est-ce donc qu'on vient de me dire?... Eh ! oui, vraiment i Quoi, ïiot* maître, c'est vous que v'ià ? par où donc qu'vous êtes entré? SANS-GENE étonne, à Dumont. ' - « Heim! il serait possible que vous fussiez?... que tu fusses ?... LATREILLE. Hé ! pardi, M. Dumont, not* maître. SANS-GENE. ' Dumont ! Hé, morbleu! embrassons-nous donc, mon vieil ami, je suis Sans-Gêne. DUMONT, c part. Je m'en aperçois biea, : 'fw} SANS-GENE. Ton camarade d'enfance, de collège, qui ne t'a pas oublié, comme tu vois, et qui vient... Mais avant de parler de cela, dis- moi , as-tu dîné ? DUMONT. Non. SANS-GENE. Non? tu vas manger un morceau. DUMONT. Oui, mais.... SANS-GENE. Il n'y a pas de mais... Tu plaisantes, je crois; je ne souffrirai pas.... Latreille, fai* servir à dîner à ton maître. ( A Dûment.) Tu dois être harassé, affamé... Ces diables de voitures vous secouent tellement... Que veux-tu? parle, nous avons un reste de chevreuil excellent , des débris de volaille. ( A Latreille. ) Reste-t-il encore du pâté ? Du vin , du vin surtout, (àPuvnont) et je t'assure qu'il est bon. DUMONT, à part. ,1'en sais quelque chose... Il me fait trembler. SANS—GENE , à Lqtreille. Va donc servir le dîner de ton maître. Latreille. J'y cours; je ne r'chigne pas, pour celui-là, par exemple. ( II sort.) SCENE XVI. SANS-GENE, DUMONT. SANS-GENE. . ^ Ce cher Dumont ! quel plais:r j'ai à le revoir ! DUMONT, froidement. Monsieur, c'est un plaisir que je partagerai bien sincèrement, lorsque je me rappellerai... ^ . SANS-GENE. Comment ! tu ne te souviens pas du patit Zozo, ton cama- ( 3° ) rade de Montaigu, avec qui tu as si souvent joué à la balle, aux billes?.... DUMONT , riant. Je me rappelle bien Mou taigu, mais nous étions tant que Zozo...' SANS-GENE. Qui se servait toujours de ton canif, de tes plumes et de tes dictionnaires, pour n'être pas obligé d'en porter sur lui-, qui arrivait toujours en classe une demi-heure après les autres, et faisait déranger tout le monde pour arriver à sa place ? dumont , se le rappellant. Et qui mangeait mes confitures ?..... SANS-CENE. Précisément..... DUMONT. Comment ! c'est vous? SANS-GFNE. T'y voilà J'étais aussi bien étonné que tu eusses oublié..., car, moi, je me rappelle le nom et même les traits de tous mes camarades; aussi n'en ai-je pas perda un seul de vue :je déjeune chez l'un, je dîne chez l'autre •, je soupe chez celui-ci, je couche chea. celui-là , soit à la ville , soit à la campagne ; et voilà comme je passe ma vie. C'est ton tour aujourd'hui, et je suis verni m'ins- laller chez toi, comme tu vois; tiens, voici ta robe-de- cliambre. DUMONT , ouvrant sa tabatière. Monsieur, je suis charmé d'avoir quelque chose qui vous soit agréable. sans-gêne , prenant du tabac lepremier. Sais-tu que tu as une fille charmante ? DUMONT. Oui, c'est le portrait de sa mère. SANS-GÊNE. Je te la demande, je suis garçon , il faut me donner cela, dumont, à part. Mais cet homme-là est fou ? ( 5i ) SANS-GÊNE. Hé bien ! qu'en dis-tu ? DUMONT. Je dis d'abord que votre demande est un peu brusque, et ensuite que j'ai promis sa main. SANS-GÊNE. Il n'y a pas de promesse qui tienne quand il s'agit d'un camarade de collège; et cela se trouverait d'autant mieux, que je viens d'acheter une jolie petite propriété à six lieues d'ici; nous irions, nous viendrions, l'un (se montrant ) serait toujours chez l'autre. SCÈNE XVII. Les Précédens, BABET. BABET. Si monsieur veut dîner? DUMONT. Merci, Babet, j'ai mangé à la dernière poste, je ne prendrai qu'un verre de Bordeaux. BABET. Mais, monsieur, si vous vous mettiez à votre aise, monsieur vous fera bien le plaisir de vous prêter pour un moment votre robe de chambre. SANS-GÊNE, faisant mine de l'ôter. Sans doute, que ne parlais-tu? Ne te gêne pas. DUMONT. Non, gardez-la, je n'en ai pas besoin. SANS-GÊNE. Comme tu voudras......Ah ! ça; mais je ne me tiens pas pour battu, relativement à ta fille, et j'ai si bonne opinion de ton cœur, que je cours chez le notaire. DUMONT. Gardez-vous-en bien. { 3 2 ) sans-gene: Je fais dresser le contrat, je l'apporte, et je suis ton gendre: DUMONT. Non pas, non pas. SANS-GENE. Laisse-moi donc faire-, je te connais mieux que toi, et nous chanterons ensemble. AIR : Vaudeville de la Belle au bois dormant. Vive du collège L'heureux privilège 5 Par lui réunis, Tous les mortels lui sont soumis; D'où datent les meilleurs amis, C'est du collège. Te souviens-tu de nos leçons ? Te souviens-tu de nos pinsums ? Et de ces férules aimables Que nous donuait le correcteur ? Deux'mains qu'unirent le malheur Doivent être inséparables. Vive du collège, etc. DUMONT. Peste du collège, Ah!'que deviendrais-je, S'il fallait gratis, i Traiterions les gens que je vis, En mil sept cent quatre-vingt-six, Dans mon collège. SANS-GENE. Allons, allons , va dîner ; fais comme chez toi. DUMONT. Vous permettez ?..... SANS-GENE. ' . Je't'en prie. DUMONT, J'obéis. ( Il sort en riant. ) ( 53 ) SCENE XVIII. SANS-GÊNE seul. 11 est un peu étourdi du coup; mais voilà comme je mène leî affaires, moi. Ne lui laissons pas le temps de respirer, et courons chez le notaire.... Voyons , mon habit.... Que diable en auront-ils fait? (Il appelle. ) Latreille ! Babet ! Ah ! j'oublie qu'ils servent leur maître. ( Voyant une armoire.) Il est peut- être là-dedans? .... (Il tire un habit de l'armoire.) Mms non, ce n'est pas le mien...... N'importe, il m'ira peut-être. (1/ pane l'habit.) SCENE XIX. SANS-GÊNE, LATREILLE, ivre. LATREILLE. Monsieur, vous m'avez appelé, je crois. SANS-GÊNE. Je n'ai plus besoin de toi... Mais, mon Dieu! dans quel état te voilà ! LATREILLE. C'est que je viens de boire, en réjouissance du retour de not* maître, la fine bouteille dont vous avez eu l'honneur de me faire cadeau ce matin. ( A part. ) Accompagnée de plusieurs autres. (Haut.) Mais, difes-donc, monsieur ? vous vous trompez d'habit, ce n'est pas le vôtre. SANS-GÊNE. Qu'est-ce que cela fait ? LATREILLE. C'est l'habit neuf de monsieur. SANS-GÊNE. Qu'importe? je ne sais pas où diable est le mien. M. SanS'Géne. 5 LATREILLE. Je vais vous le chercher; le temps est à la pluie, et il serait perdu. SANS-GÊNE. Non , non, je n'ai pas le temps. ( II sort emportant les gants et le chapeau de Dumont. ) SCENE XX. LATREILLE, le regardant aller. Comment les gants et le chapeau aussi? Hé bien! c'est tout commode. AIR : Que d'etablissemens nouveaux. ~ Voilà pourtant comme partout Nous voyons de ces bous apôtres, Qui ne se gênent pas du tout Pourc'qn'est de dépouiller les autres : Mais rar'ment ça leux réussit, Et bientôt 1' aïonde qui les raille Voit de leur dos tomber l'habit, Qui n'était pas fait à leur taille. SCENE XXI. LATREILLE, DUMONT, HENRIETTE, BABET. DUMONT, sa serviette à sa boutonnière. Je n'en reviens pas! comment, plus de Bordeaux? BABET. Non , monsieur , vous savez ben qu'il ne vous en restait que dix bouteilles de la comète. DUMONT. Sans doute. LATREILLE. Hé ben! not' maître, vous n'en trouveriez pas seulement la queue d'une. BABET. Et vot' Champagne donc, il y a fait une jolie bruche, allez. ( 35 ) DE MONT. Mais c'est clone îe diable que cet homme -là? Vingt bouteilles de mon meilleur vin ! LATRE1LLE. Sans compter 1' reste. Figurez-vous qu'il a abreuvé les voyageurs, le conducteur, les postillons, et je n" voudrais p is même jurer qu'il n'en ait pas fait r'niiler queuqu' bouteilles aux chevaux. DUMONT , remarquant les faux pas de Latreille. Mais il me semble que tu t'es un peu laissé gagner par l'exemple. LATREILLE. Dam ! not' maître. air : Vaud. de Partie carrée. Voyant le train dont ces messieurs fiaient fute A tous vos vins qui paraissiont d'leux goût, J'ai cru d 11 d'voir d'un domestique honnête, D'empêcher qu'ils n'avaliont tout. Et, découvrant dans le fond d'une armoire, Plus d'un flacun qn' leux soif aurait enl'vé, Je m'sommes dit: « dépéclious-nous d'les boire, C'est toujours ça d'sauvé. » DUMONT. .Te te remercie de la précaution. Maïs vous, Babet, qui êtes raisonnable, dites-moi, comment l'avez-vous laissé faire? BABET. Dam, monsieur, il disait qu'il était un aut'vous-même , qne tout ce qu'il avait était à vous, comme tout ce que vous aviez était à lui. HENRIETTE. Ah! mon Dïpu! oui, mon père, jusqu'à votre fille, dont il veut être le mari malgré elle, malgré vous, et malgré tout la monde. DUMONT. Oh! me voici arrivé, et je lui f< j r<