F c A03/13 «F+C40VO13" FAUX BONHOMME, COMÉDIE. • OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. La Fille d'Honneur, comédie en cinq actes et en vers , deuxième édition. Prix. 3 fr. Le Jeune Homme en loterie, comédie. Prix. 1 fr. 5o c. Le Maître de Chapelle , opéra. Prix. i fr. 5o c. OUVRAGES NOUVEAUX. Poésies fugitives et chansons de Ch. Longchamps ; avec trente- deux pages de musique. Deux volumes in-12 , imprimés par Didotainé. Beau papier. Prix. 7 fr. 5o c La Marchande de Goujons , vaudeville. Prix. 2 fr. OEUVRES DE L.-R PICARD , de l'académie française, 10 vol. in-8°. , ornés d'un très-beau portrait de l'auteur. Cette belle édition , confiée aux presses de MM. Firmin Didot père et fils, se publie par livraisons; le premier volume paraîtra dans les premiers jours de mai, et les autres de quarante jours en quarante jours. Le prix de chaque volume , papier lin satiné, sera de 7 fr. pour les souscripteurs, dont les cent premiers auront le portrait de l'auteur avant la lettre. Il sera tiré quelques exemplaires sur très-beau papier vélin : ces exemplaires seront ornés de deux portraits dont l'un à l'eau forte ; le prix en sera double. Le Prospectus , modèle de l'édition, se distribue gratis. Le premier volume vient d'être mis en vente ; les autres paraîtront de quarante jours en quarante jours. Frédégonde et Bruuéhaut, tragédie en cinq actes par M. Le- mercier, auteur à'Agamcmnon. Prix. 3 fr. La Démence de Charles vi, tragédie en cinq actes , par le même ; (levait être représentée sur le Second Théâtre Français; deuxième édition. Prix. 2 fr. 5o c. Le Voyage à Dieppe, comédie en trois actes , en prose , par MM. Wafflard et Fulgens. Prix. 2 fr. Le Garde-Chasse de Chambord , vaudeville. Prix. 1 fr. 25 c. IMPRIMERIE DE FA1N, PLACE DE l'oDÉON. LE FAUX BONHOMME, COMÉDIE EN CINQ ACTES, EN VERS. Par M. Alexandre DUVAL, DE L'INSTITUT ROYAL (ACADÉMIE FRANÇAISE.) REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS, PAR LES COMÉDIENS ORDINAIRES D0 BOI, LE 7 AVRIL l8îl. PARIS, CHEZ J.-N. BARBA, LIBRAIRE, ÉDITEUR DES OEUVRES DE PIGAULT-LEBRUN ET DE PICARD, VALAIS—ROYAL . DERRIÈRE LE THEATRE FRANÇAIS, N°. 5l. l82I. J852S,24 hMMM**M»%*MA«M«M %M-M%»*1,»»**Vt**» ''IWluUUUtUtMMUtM PERSONNAGES. ACTEURS. DE FRANVILLE, receveur général. MM. Baptiste aîné. CANDOR, ami de Frânville. Damas. SAINT-GÉRANT , colonel de dragons. Michelot. DUMONT, caissier de Frânville. Cossard. UN DOMESTIQUE du receveur. Faure. UN DOMESTIQUE de Candor. Casaneuve. MADAME DE FRANVILLE , femme de Frânville. M mes . Mars. SOPHIE, fille naturelle de Frânville. Bourgolin. {La scène est dans une ville de province. ) 'M SnJr •V 'A Nota, Les acteurs sont placés, au théâtre, comme les noms des personnages le sont en tête de chaque scène; le premier tient la droite de l'acteur. LE FAUX BONHOMME. *MUHt«MMnUW1*%MWMMMM«U«MtMltMMU1 W* W«%M|IM«%«%timi\%Ut\lliM ACTE PREMIER. SCÈNE PREMIÈRE. FRANVILLE, DUMONT. FRANVILLE. Oui, j'ai cent fois raison d'en vouloir au préfet: En agissant ainsi sait-il bien ce qu'il fait? Sans doute il a le droit de visiter ma caisse. Mais le doit-il? Je vois le motif qui le presse; Et lorsque de mes fonds il se fait l'inspecteur, C'est afin de prouver que sur un receveur Qui se croit son égal en esprit, en naissance, Il peut à son caprice exercer sa puissance. DUMONT. Vous mettez à cela beaucoup trop de chaleur; Tachez de vous calmer. Je vois avec douleur Pour quelques sots propos un homme respectable S'emporter sans raison. i y LE FAUX BONHOMME, FRANVILLE. Et je me donne au diable ! Mais non, je veux prouver que je suis modéré, Et sur tous ces débats raisonner à ton gré. Receveur général depuis dix ans..... peut-être..... Toi qui fus mon caissier tu dois bien me connaître: Dis, le contribuable a-t-il souffert jamais? L'ai-je pour percevoir tourmenté par des frais? Récemment n'ai-je pas sauvé d'une faillite D'honnêtes comjnerçans ? DU MO PC T. Ah! vous allez si vite!..,. Et qui sait mieux que moi tout ce que vous valez? FRANVILLE. Je veux te dire encore..... DDMONT. Eh bien! monsieur, parlez.. J'attendrai qu'à mpn tour je puisse vous répondre. FRANVILLE. Et mes vils ennemis espèrent me confondre ! Je verrai de sang-froid mes dénonciateurs Attaquer sourdement ma gestion, mes mœurs, Sans oser opposer à tant de calomnie Ma réputation, mes travaux et ma vie!.... Dussé-je être écrasé par mes persécuteurs, Fussent-ils appuyés de nobles protecteurs, Je veux aux yeux de tous dévoiler leur conduite; Ils me retrouveront toujours à leur poursuite. Déjà l'ami Candor, qui m'écrit de Paris, Sans s'expliquer beaucoup, m'en a beaucoup appris : ACTE I, SCÈNE I. 3 Oui, le coup qui m'atteint part de la préfecture..... Ah! monsieur le baron, si de cette imposture Je parviens à savoir que vous êtes l'auteur, Je vous prouverai, moi, sans y mettre d'humeur, Que tout en vous moquant de ma grande opulence, Des ridicules airs de l'homme de finance, Vous convoitez mes biens, et vous montrez jaloux Que l'on dîne chez moi beaucoup mieux que chez vous. dumont, riant. Votre table en effet..... FRANVILLE. J'en conviens, est très-bonne; S'il n'en fait pas les frais à tort il en raisonne : Ma femme, m'a-t-on dit ne lui plaît pas aussi ; Sa gaîté, ses bons mots, font trop de bruit ici : Pour punir cet abus qu'il prenne une mesure, Ou qu'il perçoive un droit sur l'esprit en roture. DUMENT. Ah! vous riez, monsieur, etft puis à présent Détromper votre esprit, vous prouver clairement..... FRANVILLE. Abrège. DUMONT. Eh bien! je sais d'une source très-pure, Puisque c'est d'un commis de notre préfecture, Que monsieur le baron vous estime beaucoup, Et que son amitié..... FRANVILLE. Dumont ! ah ! pour le coup..... Son amitié, morbleu! c'est lui qui me dénonce. 4 LE FAUX BONHOMME, DUMOST. Beaucoup trop promptement votre courroux prononce. Sa conduite envers vous me rend son défenseur. Qui vous a donc prouvé qu'il est un délateur ? FRAtf VILLE. Mais le bruit qu'on répand de sa haine secrète, Sur moi, sur ma maison, tout le blâme qu'il jette. N'a-t-il pas le projet de faire un grand éclat, De visiter ma caisse avec le magistrat? Cette visite-là, d'un soupçon le présage, Prudente pour tout autre, est pour nous un outrage. DUMOST. Laissez; on peut venir, monsieur, quand on voudra; Ne vous en mêlez point, c'est moi qui serai là. Un caissier comme moi ne fait pas de bévue : Mes comptes sont à jour, on peut tirer à vue, Et je ne sais lequel doit être plus vanté Moi de mon talent, vous ^de votre probité. - FBfcMVILLE. Talent et probité n'empêchent point la brigue ; En sommes-nous donc moins victimes d'une intrigue. Et ne vois-tu pas bien que j'y succomberai? DDMOÏÏT. Ah! bah! vous vous montrez trop tôt désespéré : Tous les honnêtes gens prendront votre défense; Déjà pour réclamer l'un est parti d'avance; Il vous a bien promis..... Ah! c'est un homme d'or, Un excellent ami, que ce monsieur Candor; 11 vous aime vraiment comme on aime son frère : « Reste ici, vous dit-il, je prends sur moi l'affaire; ACTE I, SCÈNE II Je me rends à Paris, et je ferai si bien Que j'aurai du ministre un secret entretien; Que je saurai de lui quelle est la brigue infâme Qui te vaut, sans raison, le reproebe et le blâme Allons, plus de retard, je partirai ce soir: Qui sauve son ami ne fait que son devoir. » FRAIfVIUE. Je ne suis pas content de sa lettre dernière : Sur ce qu'on dit de moi je la trouve peu claire. Et d'un autre côté je vois mes bons voisins, Ces convives joyeux amis de mes festins, Me regarder d'un air qui sent fort la disgrâce. Cbacun me dit dos veux : Vous n'avez plus de place De dîner avec vous je n'aurai plus l'honneur; Bon voyage, j'attends un autre receveur. DXJMONT. Mais sur leur amitié vous comptiez peu, j'espère? FR AH VILLE. Ils ont trouvé cbez moi plus que la lionne chère Ces aimables messieurs, dans leur besoin urgent, M'accordaient la faveur d'emprunter mon argent. Mais comment s^ait-il que moi dont l'âme franche S'ouvrait à tout le monde, obligeait sans revanche, Je sois abandonné, surtout dans le moment Où je suis accusé par le gouvernement ? DUMONT. Vous n'êtes point aimé, monsieur, dans notre ville. FRANVILLE. Heim? 6 LE FAUX BONHOMME, MMONT. Oui, l'on rend justice au receveur Franville; Tout le monde avec moi loûra sa loyauté; Mais il dit en parlant toujours la vérité; Ce n'est pas là, je crois, un bon moyen de plaire: Votre grand ennemi c'est votre caractère. FRANVILLE. Je n'en changerai pas : s'il faut être un flatteur Pour avoir des amis, je suis leur serviteur. DÏTMONT. Eh mais, sans trop flatter on peut être agréable. Voyez monsieur Candor, cet homme respectable : Il plaît à tout le monde, on le fête à plaisir; D'être bien avec lui chacun a le désir; Il se fait un aini dès la première vue; Il faut le voir alors qu'il passe dans la rue; 11 prend la main à l'un, il sourit au second, A l'enfant d'un voisin il donne du bonbon, Parle de la santé du père et de la tante ; Enfin il a pour tous une mine obligeante Qui vous prévienj; pour lui, qui vous séduit d'abord, Et qui l'a fait nommer partout le bon Candor. FRANVILLE. ,éff Je conviens avec toi que Candor est aimable; Mais lorsqu'ainsi que lui je ne puis être affable, Suis-je donc pour cela si dur et si méchant ? DXJMONT. .Non, vous ne l'êtes pas; mais l'on vous craint autant. Comme un être parfait chez vous l'on vous révère; Mais ailleurs on vous fuit comme un homme sévère ACTE I, SCENE I. 7 Qui ne pardonne rien, et qui trop brusquement Exprime sa pensée. Encor tout récemment On disait que Dorlis faisait bien ses affaires. « Dorlis! c'est un fripon que l'on doit aux galères,» Dites-vous. On le sait, mais on ne le dit pas ; Ou bien il faut s'attendre à se voir sur les bras De cousins, de neveux une nombreuse clique, Qui par de sots propos à vous nuire s'applique. Je conçois que, certain d'être très-bien famé, On peut se consoler de n'être pas aimé ; Cependant il vaut mieux, par raison, par prudence, Acheter son repos par un peu d'indulgence. FRANVILLE. De l'indulgence! moi! je n'en aurai jamais Pour tous ces impudens, honorables laquais, Ces vils flatteurs des grands, vieux courtisans des belles, Selon l'esprit du maître arrangeant leurs nouvelles, Parasites honteux, et qui dans un repas Mesurent leur gaîté sur le nombre de plats, Tels qu'on voit..... il suffit. Il faut que je te laisse; Dix heures vont sonner, et le temps qui me presse M'appelle ce matin chez le brave Formont. Je reviendrai bientôt; adieu, mon cher Dumont: Tout en appréciant ton amitié sincère, Tes conseils ne pourront changer mon caractère; Et, quand je le pourrais, je ne le voudrais pas. Si j'ai pour ennemis des sots ou des ingrats, Ils ne peuvent au moins ôter à leur victime L'amitié de Candor, la tienne et mon estime. T 8 LE FAUX BONHOMME, SCÈNE IL DU MO NT, seul. Sans doute vous l'avez..... malgré son ton bourru, C'est un homme excellent, le meilleur que j'ai vu. J'en excepte Candor : il est bien plus aimable ; Et quand il vous oblige, ah ! quel air agréable! C'est une politesse, une manière, un ton Qui double la grandeur de sa bonne action. Objige-t-il souvent? oui, car, je dois l'en croire, De ses petits bienfaits lui-mèine il fait l'histoire. Mais, pour le cher Franville, il ne dit jamais rien, Et, comme on fait le mal, je crois qu'il fait le bien; Et sa gentille femme, oh! c'est tout autre chose: S'il se fâche, elle rit, de tout plaisante et glose; A ses jolis propos elle met tant d'esprit, Que notre homme irrité tout en riant s'enfuit. Ce Franville vraiment..... Mais j'aperçois sa nièce; Si je disais sa fille..... ah! ce secret m'oppresse; Je suis le seul qui sais, de toute la maison, Que cette infortunée ignore encor son nom. SCÈNE III. SOPHIE, DUMONT. SOPHIE. Ah ! c'est vous que l'on cherche, ou mon oncle peut être. 11 vient d'entrer quelqu'un que j'ai cru reconnaître. DUMONT. Vous êtes tout émue ? ACTE I, SCÈNE IV. ; Sophie, troublée. Oui, mon étonnement..... v DU MO NT. Vous connaissez?.... SOPHIE. Mais non, on se trompe souvent. DTIMONT. Le cher oncle est sorti. Je vais voir la personne. .. Adieu, ma chère enfant..... aussi belle que bonne. Que ne puis-je bientôt vous voir un tendre époux, Ami de votre père et digne enfin de vous ! (Il sort.) SCÈNE IV. SOPHIE, seule. Mon père! Que dit-il? Ah! Dumont, à son âge, Peut bien déraisonner en parlant mariage. Mariage!.... un époux! je dois y renoncer. Saint-Gérant! Mais à moi peut-il encor penser? Quand j'ai dit à Paris à madame Dermance De cacher le motif de ma subite absence, Une lettre m'apprend que bientôt à mes yeux Il va se présenter sous le nom de Dervieux : Ah! s'il aimait encor cette pauvre Sophie Qu'il disait nécessaire au bonheur de sa vie ! Non, non, c'est impossible, il m'aimerait en vain; 11 est fils d'un ministre ; un grand seigneur est vain : Jamais il ne voudrait qu'une pauvre orpheline Vînt partager le rang qu'à ce fils on destine. LE FAUX BONHOMME, SCÈNE V. SOPHIE, SAINT-GÉRANT. saint-gérant, en dehors. Non, j'attendrai, vous dis-je, et l'on m'avertira Dans cet appartement quand monsieur paraîtra. Ah! ma chère Sophie, enfin je vous retrouve! SOPHIE. Monsieur le colonel, je vous vois, et j'éprouve..... SAINT-GÉRANT. Oui, ce trouble charmant qui ferait mon bonheur Si je pouvais savoir qu'il vînt de votre cœur. SOPHIE. Pourquoi douteriez-vous ? saint-gérant, lui baisant la main. Oui, vous m'êtes fidèle. SOPHIE. Saint-Gérant!.... SAINT-GÉRANT. Ce n'est plus ainsi que l'on m'appelle. Vous savez qu'en mettant le pied dans la maison, Saint-Gérant n'est plus rien, que Dervieuxest mon nom. SOPHIE. Quoi? SAINT-GÉRANT. C'est un parti pris ; surtout il f aut se taire f Car c'est vous seule ici qui saurez le mystère. ACTE I, SCÈNE V. tj SOPHIE. Que cache un tel projet? SAINT-GÉRANT. Il est fort important. Ne me connaissez plus, je ne suis plus amant; Je suis un étranger, mais très-recommandable, Qui fais en ce pays un voyage agréable. La lettre qu'à votre oncle on adresse aujourd'hui Sollicite pour moi sa faveur, son appui : Dès ce jour, j'en suis sûr, je deviendrai son hôte. Ah! qu'il m'accueille bien, ou morbleu par sa faute Il pourrait n'être plus receveur général : 3'ai reçu le pouvoir de lui faire du mal, Et c'est dans sa maison qu'il faut jouer mon rôle. Ah ! je vais voir aussi la plus aimable folle , Votre tante qu'on dit être pleine d'esprit..... SOPHIE. Peut-être elle en a trop. Sans doute on vous a dit Qu'elle est un peu maligne.... Oui, souvent la censure Lui reproche des mots qui passent la mesure : On la craint, et pourtant, malgré sa déraison, J'aime son caractère aussi franc qu'il est bon. SAINT-GÉRANT. Ah! comme vous je l'aime, et je veux pour lui plaire M'établir près de vous, ma foi, l'année entière. Sophie, froidement. Vous avez donc repris votre ton persiffleur , Qui souvent à Paris venait blesser mon cœur? SAINT-GÉRANT. Si je persiffle ici, que le ciel me foudroie ; De vivre près de vous si je montre la joie..... ^HHMBHIHh HHHHhI HHVH ia LE FAUX BONHOMME, SOPHIE. Je ne vous entends pas. SAINT-GÉRANT. Je le crois bien, vraiment! Sais-je si je m'entends moi-même en ce moment? SOPHIE. Vous êtes fou. SAINT-GÉRANT. Mais non, vous allez me comprendre : Je vous dois un récit, et vous allez l'entendre. D'abord je crois devoir vous gronder d'un départ Dont je fus informé malgré vous, mais trop tard. J'obtins la vérité de madame Dermance, Qui par pitié pour moi trahit votre défense. J'appris d'elle à la fin qu'un oncle généreux. Vous offrant sa maison satisfaisait vos vœux, Qu'il était estimé dans la haute finance, Et qu'à la probité joignant de l'opulence, II ne tarderait pas, surtout en vous dotant, A me ravir un cœur qui dût être constant. Vous pensez quel courroux.....J'allai trouver mon père; Je lui dis que j'aimais, que s'il m'était contraire, Et que s'il repoussait un amoureux transport , Il ne me restait plus d'autre espoir que la mort. Jugez de mon bonheur lorsque je pus entendre Mon père me répondre avec un calme tendre : « Et pourquoi donc ainsi, mon fils, vous effrayer? Suis-je un ambitieux pour vous sacrifier? Vers l'objet de vos vœux je suis prêt à me rendre, Si d'honnêtes parens le sort l'a fait descendre. — Son oncle est, dis-je alors, receveur général. ) ACTE ï, SCÈNE V. i3 — Très-bien, à ce lien je ne vois aucun mal. — Et comment nomme-t-on...?—Il se nomme Franville. — Je le connais beaucoup et je lui fus utile: Mais cependant sur lui j'ai reçu des écrits Qui vont vous affliger autant qu'ils m'ont surpris. Il n'est plus estimé , sa gestion est dure; Et je ne sais pas trop si sa conduite est pure. A de secrets avis j'aurais très-peu de foi Sans son ami qu'il vient d'envoyer près de moi, Qui, tout en défendant Franville qu'on accuse, N a pas pu me donner une valable excuse. Il parlait de ses torts, mais vantait son honneur; Il citait sa faiblesse et louait son bon cœur; Enfin il a tant fait, cet ami serviable, Que je crois maintenant Franville très-coupable.» SOPHIE. Grands dieux! SAINT-GÉRANT. « Si l'on m'a dit, mon fils, la vérité, Je ne puis accueillir votre jeune beauté , Quand j'ôte au receveur qui lui servit de père Un honorable état et mon estime entière. Cet ami.....— Ce perfide, ai-je ajouté soudain, Me paraît un rival qui se fraie un chemin. — Il a des protecteurs près de mon ministère. — Je le garantis traître, il faut que je l'éclairé..... Et pour le démasquer je serai si pressant..... Ah! monsieur, laissez-moi sauver un innocent!» Mes soupçons à mon père ont offert quelque preuve, Car il a consenti que je fisse une épreuve; Il la seconde même : il m'accorde un écrit i4 LE FAUX BONHOMME, Qui pourra déjouer le plus malin esprit. Heureux de quelque espoir, je viens vers ma Sophie Disputer aux médians le bonheur de ma vie, Reconnaître et punir un calomniateur, Qui fait seul en ce jour obstacle à mon bonheur. SOPHIE. Ah! je vous tromperais en vous cachant ma joie: Pour défendre mon oncle, oui, le ciel vous envoie. On l'a calomnié, je puis vous l'affirmer; Il a mille vertus qui forcent à l'aimer : Je sais qu'on lui reproche un bouillant caractère, Qu'envers ses ennemis il a l'âme très-fière; Mais il est plein d'honneur, sincère et généreux. Quel est donc cet ami, cet homme officieux, Qui pour perdre un rival feignait de le défendre ? Ignorez-vous son nom?.... SAINT-GÉRANT. Te pourrai vous l'apprendre ; (Il cherche le nom.) C'est Da...nor.....La personne est de peu de valeur; Mais son nom singulier a le son très-flatteur. SOPHIE. Candor! SAINT-GÉRANT. C'est cela même. SOPHIE. On vous trompa sans doute : Lui, trahir sou ami ! SAINT-GÉRANT. Vous y mettez du doute? ACTE I, SCÈNE V- i5 SOPHIE. Si vous le connaissiez ! SAINT-GÉRANT. Oh! je le connaîtrai. SOPHIE. On lirait dans son cœur. SAINT-GÉRANT. Malgré lui jjy lirai. SOPHIE. Partout on le recherche, on l'aime, on le respecte. SAINT-GÉRANT. Sa conduite à mes yeux n'en est pas moins suspecte. SOPHIE. Il plaît à tout le monde. SAINT-GÉRANT. Et voilà le malheur. SOPHIE. Il compte cent amis. SAINT-GÉRANT. Donc il est faux. SOPHIE. Erreur. SAINT-GÉRANT. Laissez-moi m'expliquer, quelquefois je raisonne : Qui compte autant d'amis ne peut aimer personne. Dès qu'on n'aime personne on fait accueil à tous, Même aux gens que l'on hait, aux sages comme aux fous. Quand de tromper les gens on s'est fait une étude, 16 LE* FAUX BONHOMME, On a l'âme et l'esprit mauvais par habitude, Et de là je conclus que votre ami Candor Est un très-faux ami, peut-être pis encor. SCÈNE VI. SOPHIE, UN DOMESTIQUE, SAINT-GÉRANT. le domestique , sortant du fond et annonçant. Je vous préviens, monsieur, que l'on peut voir mon maître. SAINT-GÉRANT. (Le domestique sort.) Je vais..... Songez, Sophie, à ne plus me connaître. Oui, je suis étranger, je le serai pour vous : Si ma bouche est muette, un langage plus doux Me fera supporter cette froide contrainte..... Mes yeux exprimeront le tourment de la feinte ; Mais l'espoir consolant qu'elle offre à mon amour Me rendra moins cruel ce pénible détour. ( Il sort. ) scène y il. SOPHIE, seule. Et pourrai-je cacher cette heureuse nouvelle? Je revois Saint-Gérant; je le revois fidèle, Tout obstacle lui cède, il vient m'offrir sa main; De mon oncle il se rend l'appui le plus certain; Il dévoile un ingrat; mais cela peut-il être, Et doit-on soupçonner que Candor soit un traître? Non; Saint-Gérant se trompe, et je ne croirai point Qu'on puisse être méchant et perfide à ce point. ACTE I, SCÈNE VIIL j SCÈNE VIII. SOPHIE, MADAME FRANVILLE. (On Peutend rire dans la coulisse à gauche ) SOPHIE. Mais ma tante revient, je crois, de sa visite. Vous riez? MADAME FRAN VILLE. C'est que tout à la gaîté m'excite. Qui pourrait aller voir nos chers provinciaux Sans étouffer de rire. Ah! quels originaux! 11 faut en convenir, si la ville m'ennuie, Ses habitans au moins m'offrent la comédie. Mon maître, mon seigneur , a voulu ce matin Que je visse un instant madame Dernettin Et son peuple d'enfans; car la bonne nature Lui fait don tous les ans d'une progéniture. Pour complaire à la dame, en dépit du bon sens, J'ai dû de ses marmots louer les grands talens. L'aîné m'offre en dessin la tête de Socrate: Au piano sa sœur écorche une sonate; Tandis que le dernier vient, pour régal nouveau, M'étourdir aigrement de son Maître corbeau. SOPHIE. Oh! ma tante, doit-on?.... MADAME FRAJVVILLE. Et ne peut-on pas rire ? Que l'on m'enterre ici si je ne peux médire. SOPHIE. Mais j'aperçois mon oncle. 2 i8 LE FAUX BONHOMME, SCÈNE IX. SOPHIE, FRANVILLE, MADAME FRANVILLE. FRANVILLE. Oui, vraiment, il est fou. MADAME FRANVILLE. De qui parlez-vous donc? FRANVILLE. Du commerçant Barjou : Il quitte sa fabrique, et monsieur fait la banque; Le fabriquant gagnait, le nouveau banquier manque. Ali! je l'ai joliment arrangé ce matin. SOPHIE. Et son malheur sans vous allait être certain, N'est-il pas vrai ? MADAME FRANVILLE. Sans vous il aurait fait faillite? FRANVILLE. J'ai fait pour l'imprudent bien plus qu'il ne mérite; Aussi l'ai-je traité de la bonne façon : Prenez garde, ai-je dit, on devient un fripon Lorsque l'on entreprend plus que l'on ne peut faire. Il voulait répliquer, mais moi je l'ai fait taire; Et, si d'un coup cruel j'ai sauvé son honneur, J'ai dit au sot d'aller au diable de bon cœur. MADAME FRANVILLE. AJ) ! que ne puis-je avoir ce moyen admirable D'offrir la vérité sous cet aspect aimable? ACTE I, SCÈNE IX. n J'en userais, monsieur, tout aussi-bien que vous. Je dirais, par exemple, à madame Dernoux, Chez qui, selon votre ordre, aussi j'ai dû me rendre, Que femme à se parer sait plus ou moins s'entendre; Et qu'il ne faudrait pas dans la société D'une grande parure étaler la beauté, Lorsque l'on doit chez soi devenir moins altière Et reprendre l'habit d'une humble chambrière. Je dirais à sa sœur, l'insipide Zoé (Car toute la maison est l'arche de Noé), Que je m'occupe peu du prix de nos denrées, Du renchérissement des droits et des entrées, Et que, sans dédaigner un domestique soin, Ce n'est qu'au cuisinier que j'en parle au besoin. Je leur dirais encore..... FRANVILLE. Eh! madame, de grâce!.... Le trait le plus piquant mal dirigé nous lasse. Il ne faut pas jouer avec ses ennemis. MADAME FRAN VILLE. Moi, je ne me connais, monsieur, que des amis, Qui me disent tout bas que je suis bonne et belle; Qu'ils sont francs et discrets, que leur cœur est fidèle... FBANVILLE. Oui, tous nos jeunes gens viennent vous adorer. MADAME FRANVILLE. Il ne tiendrait qu'à vous de vous en assurer. FRANVILLE , SOlPiCtllt. Ah! folie!.... 20 LE FAUX BONHOMME, MADAME FRANVILLE. A présent vous voulez donc bien rire ? FRANVILLE. C'est bon. Vous m'avez fait oublier de vous dire Qu'il faut que l'on prépare un grand appartement : Un étranger chez moi va venir..... MADAME FRANVILLE. Quoi ! vraiment? Sophie, a part. Saint-Gérant disait vrai. MADAME FRANVILLE. Grâce au ciel, je respire. Quelqu'un va donc enfin adoucir mon martyre. Nous vient-il de Paris? est-il jeune? est-il beau? Quel qu'il soit, il plaira, pi*»*«pe c'est du nouveau ; Et je pourrai du moins, pour peu qu'il soit aimable Plaisanter avec lui d'un mari peu traitable, D'une charmante nièce au regard tendre et bon, Qui n'a que le défaut d'avoir toujours raison. SCÈNE X. SOPHIE, FRANVILLE, MADAME FRANVILLE UN DOMESTIQUE de Candor. le domestique , entrant par la gauche. Le bon monsieur Candor auprès de vous m'envoie, Vous dire qu'en ce jour il compte avoir la joie D'embrasser son ami. (Il sort.) ACTE I, SCÈNE X. si FRANVILLE. Candor est de retour? Oh! que je suis content! Ma chère, quel beau jour! .MADAME FRANVILLE. C'est surcroît de plaisir! FRANVILLE. J'ai quelque chose en tête; Il faut pour notre ami préparer une fête. sophie , h part. Ah ! s'il était méchant, Paimerait-on ainsi ? MADAME FRANVILLE. Nous ne pouvons, mon cher, donner de fête ici. FRANVILLE. Soit, mais il faut au moins qu'à dîner on invite Tous les gens distingués par leur rang, leur mérite ; Quoiqu'il soit un peu tard, tout le monde viendra, Car on saura bientôt que Candor y sera. MADAME FRANVILLE. Mais à tous vos messieurs il faut joindre des dames; Je m'en vais inviter aussi leurs bonnes femmes : Cette tapisserie, arrangée avec goût, Pourra faire plaisir à l'étranger surtout. FRANVILLE. Vous vous occuperez.....Mais il faut que je sorte : Je vais voir mon ami. (H sort,) aa LE FAUX BONHOMME, SCÈNE XI. SOPHIE, MADAME FRANVILLE. MADAME FRANVILLE. Moi, je vais faire en sorte, Pour le bien recevoir, que tout soit préparé. Et puis à ma toilette.....Ah! j'y réfléchirai. Je vais mettre aujourd'hui cette robe nouvelle Dont Paris m'envoya le précieux modèle. Ah! qu'il est élégant! mon Dieu, comme il est fait! Je vais désespérer la femme du préfet. Enfin nous échappons à la mélancolie Qu'on doit à la province, à sa monotonie. Profitons de ce jour, et recevons gaîment Un ami, quelques sots..... SOPHIE, a part. Et le plus tendre amant. TIN DU PREMIER ACTV. ACTE II, SCENE I. tWiUtMtMtUVWlMmfcWWmiUïMW^^^^'^'M^^^M^^M'M'W^lWt»»^»»»!»!»»»»! ACTE II. SCÈNE PREMIÈRE. SOPHIE, DUMONT. SOPHIE. Oui, mon oncle m'a dit : « O ma bonne Sophie! Toi sur qui j'ai fondé le bonheur de ma vie; Il faut te marier; il est de mon devoir D'assurer tan bonheur et j'en conçois l'espoir : Je t'offrirai bientôt un époux estimable. » — Un époux! ai-je dit. — Tu seras raisonnable, Quel que soit cet époux, il doit être accepté Ton sort et ta naissance,.... oui, la nécessité.....» A ces mots sur son front une rougeur subite Paraît..... puis, tout à coup mon oncle prend la fuite, Et me dit dans son trouble : «Adieu, Dumont t'attend, Par lui tu vas connaître un secret important.» Quel est donc ce secret dont vous devez m'instruire? DUMONT. (A part.) Mademoiselle, eh mais..... Comment vais-je lui dire? (Haut.,) Vous êtes bien aimée. Oui, Franville d'abord Par tendresse a voulu vous fixer un beau sort ; a / 4 LE FAUX BONHOMME, Tous les ans il a soin d'augmenter votre rente. Allez votre fortune est bien indépendante, Et trois cent mille francs font un beau revenu. SOPHIE. Quoi? BUMONT. Je ne voudrais pas en ôter un écu. A ses yeux vous avez les droits de sa famille : ( Timidement. ) Si la loi vous les ôte..... il les rend à sa fille. SOPHIE. Sa fille! cher Dumont. DUMONT. Voilà le grand secret, Hélas! sur votre orgueil il en a craint l'effet; Mais le doux souvenir de votre heureuse enfance Vôus fera pardonner le tort d'une naissance..... SOPHIE. J'entends : A ses bontés je n'ai pas deviné Que par le cœur d'un père il était entraîné ! DUMONT. Il ne saurait, je crois, vous aimer davantage; Mais il ne m'a pas dit un mot du mariage. Je vois ce qui le fait agir en ce moment : Pour vous faire accepter cet établissement, Pour rompre tout obstacle, il a cru nécessaire Cet aveu que plus tard il eût fallu vous faire. Renfermez ce secret; oui, P'ranville aurait tort Si madame par vous apprenait votre sort; Dissimulez donc bien, surtout en sa présence; ACTE II, SCÈNE II. ! Elle saura trop tôt quelle est votre naissance ; Elle est femme, elle est mère, et son orgueil jaloux Pourrait, accueillir mal et vous et votre époux. SOPHIE. Je dois me conformer aux ordres qu'on me donne. DUMONT. (A part. ) Adieu mademoiselle. Ah! l'aimable personne! Quel calme sur ses traits! et comme sans effort Son âme se résigne à la rigueur du sort! (Il sort.) SCÈNE II. SOPHIE, seule. Dois-je donc accuser ma triste destinée, Et pourrais-je me croire à souffrir condamnée, Quand le plus tendre père expia son erreur, Et par mille bontés me venge d'un malheur. Hélas! j'aurais dû voir à sa tendresse extrême Que le cœur paternel seul peut aimer de même. Mais je sais mon devoir, je dois à son bonheur, A son amour pour moi, sacrifier mon cœur. Et n'ai-je pas d'ailleurs perdu toute espérance? Me pardonnerait-on le tort de ma naissance ? Non, c'est un parti pris, tout est fini pour moi ; Tout m'ôte à Samt-Gérant, le préjugé, la loi..... Ah! que ce sacrifice à mon cœur est pénible! 2 6 LE FAUX BONHOMME, SCÈNE III. SOPHIE, SAINT-GÉRANT. SAINT-GÉRANT. En vérité, j'ai cru qu'il serait impossible De vous rencontrer seule. A la fin je vous vois : Faites-moi compliment. L'accueil que je reçois, L'esprit et la gaîté de votre aimable tante, Tout ce qu'on dit de vous, me ravit et m'enchante. Me voilà maintenant établi dans ces lieux , Et bientôt, je l'espère, au comble de mes vœux: Mais quand ce doux espoir vient embellir ma vie, Je vous trouve rêveuse ;.... eh! qu'avez-vous, Sophie SOPHI F. Peut-il être pour nous un heureux avenir, Quand un sort rigoureux tend à nous désunir? SAINT-GÉRANT. Que dites-vous, ô ciel! SOPHIE. Pour nous plus d'espérance; Oui, le sort a rompu nos projets d'alliance. SAINT-GÉRANT. Vous riez sûrement? SOPHIE. Je dis la vérité. SAINT-GÉRANT. Sophie! ah! trop long-temps vous avez plaisanté. ACTE II, SCÈNE III. 27 SOPHIE. Je ne plaisante pas, et je vous le répète, Un obstacle a rompu notre chaîne secrète. SAINT-GÉRANT. Quoi! monsieur de Franville... SOPHIE. A tous les droits sur moi, SAINT-GÉRANT. Il vous offre un époux? SOPHIE. Il a donné ma foi. SAINT-GÉRANT. Et quel est cet époux auquel on vous destine? sopniE. Je l'ignore. saint-gérant, d un ton moqueur. Il est bien à ce que j'imagine. Vous avez trop bon goût pour ne pas accepter Celui qui de nous deux sut mieux vous mériter. SOPHIE. Ah! qu'il est déplacé ce cruel persifflage! SAINT-GÉRANT. Et fera-t-on bientôt cet heureux mariage? SOPHIE. Je ne répondrai plus. SAINT-GÉRANT. J'en serai le témoin, Et même, si l'on veut, j'en prendrai tout le soin : V *S LE FAUX BONHOMME, Il faut, quand pour vous voir j'entrepris ce voyage, Que mon heureux rival y trouve un avantage. SOPHIE. JVIais ma tante s'approche, et sa présence aura Quelque pouvoir sur vous. SAINT-GÉRANT. Ma houche se taira; Mes chagrins rentreront, dans ce cœur que l'on hlesse Mais..... SCÈNE IV. SOPHIE, MADAME FRANVILLE, S AI NT-GÉRANT. MADAME FRANVILLE. A m'accompagner est-ce ainsi qu'on s'empresse Il faut en convenir, vous êtes peu galant : Il ne tiendrait qu'à vous de l'être cependant; En tout hien, tout honneur, je suis un peu coquette; Mais si ma nièce veut disputer ma conquête, Il faudra hien céder à mon malheureux sort: Je vois qu'auprès de vous les tantes ont grand tort. SAINT-GÉRANT. Ah! vous savez très-Ëien qu'il est certaine tante..... MADAME FRANVILLE. Non, la plus raisonnable est très-impertinente, Aussitôt qu'à sa nièce elle ravit des vœux..... Moi, je préférerais aux oncles les neveux. ACTE II, SCÈNE IV. 2 SAINT-GÉRANT. Lorsque je suis venu dire à mademoiselle Qu'on avait le désir de sortir avec elle, Un objet l'occupait..... MADAME FRANVILLE. Un objet sérieux, Et qui lui laisse cncor cet air silencieux. SOPHIE. Je puis vous assurer..... MADAME E R AN VILLE. Non, vous avez beau dire : Peu souvent, j'en conviens, ma chère, on vous voit rire Mais de votre langueur il faut qu'en ce moment Vous ayez éprouvé quelque redoublement. SOPHIE. Vous croyez? SAINT-GÉRANT. A ce mal n'est-il aucun remède ? MADAME FRANVILLE. Comme tante, j'ordonne, et c'est moi qui lui cède. Par d'honnêtes plaisirs je cherche à l'amuser; De nos loisirs enfin je ne puis disposer. Si je propose un bal, ou bien la comédie, Si j'appelle chez moi très-grande compagnie, Elle y met un obstacle, et sa froide raison Ferme à tous les plaisirs mon cœur et ma maison. SOPHIE. Si j'osai quelquefois..... i , LE FAUX BONHOMME, MADAME FttANVILLE. C'est une philosophe Qui ne s'émeut de rien, que nul revers n'échauffe, Ët qui, sans y toucher, a l'art insinuant De vous faire à son ordre obéir constamment. Dès son entrée ici, plus de jeux, plus de danse; Elle a vu mes plaisirs comme une extravagance. Autrefois je savais de mon triste séjour Embellir les ennuis par quelque aimable tour; Des lourds originaux dont cette ville abonde Je tirais un parti..... mais le meilleur du monde : J'invitais Derronais; c'est un petit auteur Dont les vers éclopés sont remplis de fadeur, Et qui comme Pétrarque a fait choix d'une Laure; Et celte Laure est bien la plus triste pécore!.... Bientôt vous la verrez..... et vous verrez alors Un visage bien long monté sur un long corps, ! n œil sans mouvement, une bouche entrouverte, Et qui, quoi qu'on en dise, éprouva quelque perte Une statue enfin, qui n'a de sentiment Que la haine qu'elle a pour un époux charmant. SAINT-GÉRANT. Vous aimez les portraits. sophii . / Ah! ma tante en raffole. MADAME FRANVILÏ.E. Ah! je vois que déjà vous m'ôtez la parole; J^e moindre bàdinage est un très-grand travers: Plus de gais passe-temps pour mes tristes hivers. Sa gravité s'oppose à tout ce que j'invente. ACTE H, SCÈNE IV. ài Moi, je suis l'étourdie, et Sophie est la tante; Et j'ai, tout en cédant à sa pénible loi, Le chagrin d'avouer qu'elle vaut mieux que moi. I '•■ îi *V :; s . "' - SOPHIE. Cet éloge n'est pas, ma tante , une épigramme? saint-gérant, avec un air pique. Quant à moi, je ne puis penser comme madame, Je crois mademoiselle un être très-parfait; Mais enfin elle est femme, et comme nous pourrait Paye.- quelque tribut à la faiblesse humaine. MADAME FRANVILLE. Je pense comme vous. f SAINT-GÉRANT. Je ne la crois pas vaine ; Mais le calme est souvent dans un cœur orgueilleux; L'insensibilité prend l'air silencieux; Et telle qui souvent se trouve raisonnable, De quelque trait malin peut devenir capable. MADAME FRANVILLE. C'est superbe, monsieur, mais je n'y comprends rien: De la tourmenter mieux je vous offre un moyen; Sachez qu'avec ce ton, si froid en apparence, Elle est très-romanesque, et garde souvenance D'un chevalier.... * SOPHIE. Cessez..... MADAME FRANVILLE. Non, non, plus de bonté, Kl je veux à monsieur dire la vérité. 3a LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. Ainsi, mademoiselle..... MADAME FRANVILLK. Est très-dissimulée. Ce n'est que par hasard, et dans une assemblée Où j'avais réuni tout ce qu'on voit de mieux, Que j'ai su son secret par son trouble et ses yeu£. Comme on le fait souvent, on parlait de la guérie, De plusieurs colonels que l'on venait de faire : Ma Sophie écoutait, mais à l'un de ces noms Elle jette un grand cri, c'était pour les dragons. Bientôt après le rouge a couvert son visage, Et de là je soupçonne, et même je le gage, Que ma nièce a choisi sentimentalement Parmi nos corps d'armée un dragon pour amant. SOPHIE. Vous le voyez, monsieur, je suis bien criminelle. MADAME FRANVILLE. Mais allons voir la ville. SAINT-GÉRANT. On la dit assez belle^ MADAME FR AN VILLE. Notre endroit est charmant, ses habitans nombreux, Et surtout ennuyés..... presqu'autant qu'ennuyeux. Mais partons, il est tard. ACTE II, SCENE V. 33 SCENE V. SOPHIE, FRANVILLE, MADAME FÏUNVILLE, SAINT-GÉRANT. FRAwviLLE, entrant parle fond. Quoi ! vous sortez , madame ? MADAME F R A ff VILLE. Oui, nous allons tous voir... SOPHIE. Mon père! Ah! dans mon âme.... FRANVILLE. (Bas et, en l'embrassant.) Bonjour, mon cher enfant. Tâche de te calmer. MADAME FRANVILLE. Ainsi de tout le monde elle se fait aimer: Moi je suis délaissée..... franville, avec une. émotion contrainte. Allons, point de colère; Pour ma Sophie on sait que j'ai le cœur d'un père. SOPHIE. Et vous aurez toujours l'amour de votre enfant. MADAME FRANVILLE. Cessez, le pathétique est peu divertissant; A devenir plus gais il faut que je vous aide. Je vais..... FRANVILLE. Ne sortez pas; Candor, que je précède, Va venir pour vous voir. 34 LE FAUX BONHOMME, MADAME FR AN VILLE. Ah! puisqu'il va venir, Nous nous garderons bien, ma nièce, de sortir. L'avez-vous bien grondé? Quoi! ne pas nous écrire, Annoncer son retour!.... FRAN VILLE. Je n'ai pu rien lui dire: Cent personnes au moins l'attendaient aujourd'hui. Jamais homme ne fut plus affairé que lui : De tous ses embarras , moi, j'étais au supplice. Comme à tous ses amis il veut rendre service, Il avait reçu d'eux plusieurs commissions; L'un demandait l'effet de ses pétitions, L'autre s'il avait vu certaine grande dame Qui devait appuyer le bon droit qu'il réclame; A son tour Duronel parlait de son procès, Saint-Romain d'une mine, Herbclot de forêts: C'était dans la maison un bruit épouvantable. Au milieu de ces cris il était admirable; J'aurais perdu la tête, et lui, d'un ton charmant, Répondait à chacun, et le plus simplement. Il n'a pu leur donner une bonne nouvelle; Mais pour eux il a fait si bien valoir son zèle, Que nos solliciteurs, d'abord impatiens, Quoique tous éconduits, sont sortis très-contens. MADAME FRANVILLE. Ah! je reconnais là son bienveillant langage : Le calme et la douceur sont peints sur son visage. ( A Saint-Gerant.) Vous allez, grâce à nous, le connaître aujourd'hui. ACTE II, SCÈNE VI. 35 SAINT-GÉRANT. De bon cœur je ferai connaissance avec lui. FRJ|NVILLE. Ah! mesdames, il a pour vous des bagatelles. « J'ai voulu leur prouver que je m'occupais d'elles,» M'a-t-il dit. MADAME FRANVILLE. Ses présens sont de peu de valeur ; Mais il sait les offrir avec un si bon cœur!.... C'est lui que l'on entend. c a n d o r , en dehors. Bonjour, mon cher Lafrance ; Comment vas-tu, Germain?—Et ta fdle, Laurence? MADAME FRANVILLE. Il est aussi l'ami de nos vieux serviteurs. SCÈNE VI. SOPHIE, FRANVILLE, CANDOR, MADAME FRANVILLE, SAINT-GÉRANT. CANDOR. Mes chers, mes bons amis! ah! j'en verse des pleurs. Qu'il est doux le plaisir de revoir ceux qu'on aime ! FRANVILLE. Ah! ce que tu ressens, nous l'éprouvons de même. SOPHIE. Monsieur! MADAME FRANVILLE. Mon cher Candor! 3G LE FAUX BONHOMME, c and or, à madame FramiUe. Toujours cet air charmant. Qui promet un esprit aussi gaj que piquant. SAINT-GÉRANT, O. part. Je le crois un flatteur. CANDOK. Et l'aimable Sophie, Comme à moi, doit encor vous paraître embellie. SOPHIE. Votre indulgence..... CANDOR. Oh! moi, je ne trompe jamais; Et ce que mon cœur sent doit se voir sur mes traits. En cela je ressemble à mon ami Franville. ( A Saint-Garant ) Monsieur nouvellement habite cette ville? SAINT-GÉRANT. Nouvellement, c'est vrai : je suis un voyageur..... FRANVILLE. Qui m'est recommande..... SAINT-GÉRANT. La bonté de monsieur..... MADAME FRANVILLE. C'est pour nous un plaisir..... candor, à Saint-Gérant. Avec cette figure it recommandé d'abord, je vous le jure. MADAME FRANVILLE. s complimens..... ACTE II, SCÈNE VI. 37 FRANVILLE. Qui sont hors de saison. - -..... • .^1^ ■ candor , passant près de Saint-Gérant. Oui, donnons-nous la main, et cela sans façon; Car nous ferons bientôt plus ample connaissance. SAINT-GÉRANT. Monsieur, je m'en faisais une douce espérance, Et si j'en crois encor certain pressentiment..... Oui, je vous connaîtrai particulièrement. MADAME FRANVILLE. Mais à propos, Candor, il faut que je vous gronde: Vous ne ressemblez guère à nos gens du grand monde; Vous habitez Paris et vous pensez à nous, Et vous nous apportez..... CANDOR. Presque rien, des joujous. Tous mes présens auraient un succès assez mince Chez nos riches marchands, Turcarets de province; Mais je crois qu'ils plairont à tous mes bons amis. FRANVILLE. Offerts par l'amitié, pour nous ils sont sans prix. candor , passant près de Franville et lui donnant un portefeuille. D'abord ce portefeuille est pour notre Franville : De le prendre plus grand il était inutile ; Je sais comme il agit : sa main n'écrit jamais Les qualités, les noms des heureux qu'il a faits. franville , prenant le portefeuille. Que ce cadeau m'est cher! / 38 LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT, à part. Quelle flatteuse adresse! candoh, à Sophie. C'est un nouveau papier d'une extrême finesse, Entouré d'un dessin du goût le plus exquis ; De vous l'offrir, Sophie, il doit m'être permis. Puisse-t-il recevoir bientôt la confidence Que d'un bonheur prochain vous avez l'espérance! sopiiie , prenant le papier. Avec un grand plaisir, monsieur, je le reçoi. SAINT-GÉRANT, Cl part. Je lui trouve un ton faux. MADAME FRANVILLE, h Caildor. Vous n'avez rien pour moi? CANDOR. Vous ne le croyez pas que moi je vous oublie, Vous, madame, si bonne, et de plus si jolie!.... SAINT-GÉRANT, Cl pari. Encore!.... CANDOR. Oh! j'ai pour vous un détail curieux De tout ce que la mode a de plus merveilleux : C'est un croquis exact des parures nouvelles, Des modes, des chapeaux adoptés par nos belles. MADAME FRANVILLE. Mais vous me donnez là des armes contre vous; Et maintenant, messieurs, je vous soumettrai tous. Cher Candor, à propos d'amoureuse conquête, ACTE II, SCÈNE VI. 3o, Nous voulions ce matin vous donner une fête; Le temps nous a manqué; mais vous serez charmé Par un plus doux objet que vous avez aimé. Vous l'aurez à dîner. CANDOR. Qui? MADAME FRANVILLE. j La brune piquante, L'ancienne passion : elle est vraiment charmante, Surtout quand elle unit avec un peu d'apprêt Un corset imposteur et le teint qui lui plaît. CANDOR. Convenez qu'on ne peut mieux louer une femme. FRANVILLE. Sur cet article-là si vous mettez madame, Nous n'en sortirons plus. MADAME FRANVILLE. Oh! le galant époux! FRANVILLE. J'ai le désir, Candor, de causer avec vous. MADAME FRANVILLE. Ah ! vous nous renvoyez ? FRANVILLE. Non; mais ma chère amie, Je veux..... MADAME FRANVILLE. Je vous entends ; allons , venez , Sophie ; Toutes deux nous allons, avec monsieur Dervieux, Voir de nos monumens les restes curieux ; 4o LE FAUX BONHOMME, El quand nous aurons vu ces barbares reliques, Si monsieur veut encor visiter des antiques, J'irai le présente* aux sœurs du substitut, Qui sont antiquités si jamais il en fut. ( Elle sort a\cc Sophie et Saint-Gerant.) SCÈiNE VII. FR AN VILLE, CANDOR. FRAN VILLE. Elle est folle, vraiment. CANDOR. Dis donc qu'elle est charmante. FRAN VILLE. Elle est très-bonne; mais..... CANDOR. Mais un peu médisante, Son esprit, j'en conviens, t'a fait des ennemis: C'est la seule bonté qui donne des amis. Cependant..... FR ANVILLE. Je voudrais quelle eût ton caractère. CANDOR. Mon cher, j'ai mes défauts, je n'en fais pas mystère : Je suis brusque parfois, et je serais méchant Si je m'abandonnais à mon secret penchant. Je ne puis sans courroux supporter l'injustice, De mon ressentiment faire le sacrifice, Quand je vois un ami faussement accusé, Par d'indignes commis un ministre abusé, ACTE II, SCENE VIL Et quand tvnitMUi«ttniv\t«i»ut«i\^4utuA«\i«Mii«XM<\tiitMw»u\«^\\twtMMti« ACTE III. SCÈNE PREMIÈRE. CANDOR, SAINT-GÉRANT. SAINT-GÉRANT. Lorsque dans les jardins on cause, on se promène, Permettez-vous, monsieur, que l'on vous entretienne? CANDOR. Monsieur, je suis à vous, et vous pouvez parler. SAINT-GÉRANT. Certains faits importans que je veux dévoiler M'obligent à vous faire ici la confidence O Ua motif qui m'a fait vous cacher ma naissance. CANDOR. Votre naissance?Eh quoi ! monsieur..... SAINT-GÉRANT. Sous mon vrai nom Je n'aurais pu jamais remplir ma mission. CANDOR. Mais..... votre mission? ACTE III, SCÈNE I. SAINT-GÉRANT. Est d'éclairer mon père Sur un acte important qu'on le contraint à faire. CANDOR. Quel est donc votre père? SAINT-GÉRANT. Un homme très-connu Que naguère à Paris vous avez beaucoup vu. CANDOR. Je cherche vainement. SAINT-GÉRANT. Oh ! c'est un homme austère Qui porte à ce qu'il fait un œil juste et sévère. CANDOR. C'est très-possible; mais..... SAINT-GÉRANT. | Jamais un délateur Ne parvint à tromper son regard scrutateur. CANDOR. Il a donc le pouvoir..... SAINT-GÉRANT. Oui, de vous être utile , En privant d'un emploi le receveur Eranville. CANDOR. De m'être utile, à moi? SAINT-GÉRANT. Vous paraissez surpris, CANDOR. Je dois l'être en effet. r 4 5o LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. Vous m'avez mal compris Peut-être..... C AND OR. Mais enfin, monsieur, à qui parlé-je ? SAINT-GÉRANT. Vous ne supposez pas que je vous tende un piège? C ANDOR. Non, mais je penserais qu'il serait du devoir..... SAINT-GÉRANT. De décliner mon nom ; vous allez le savoir : Cette lettre , monsieur, va vous faire comprendre Ce que de vous, de moi, mon père doit attendre. (Il lui remet la lettre.) candor, en regardant la lettre. D'un ministre du roi le timbre et le cachet ! saint-gérant. ( à part. ) Le paquet est pour vous. Il est tout stupéfait. candor, lisant haut, u Monsieur , » Ne pouvant plus long-temps maintenir M. de » Franville dans sa place, j'ai chargé le colonel Saint- (II salue Saint-Gérant.) » Gérant, mon fils, que des affaires appellent dans vo » tre département , de vous remettre cette lettre , et » de vous annoncer que vous succédez à votre ami. » En vous accordant son emploi, je ne fais que céder » au zèle de vos illustres protecteurs et à l'estime » particulière que vous m'inspirez. Cependant, comme ACTE III, SCÈNE I. 5i » je crains d'avoir trop écouté les nombreuses dénon- » ciations dont M. de Franville est la victime, je ne lui » enverrai sa destitution qu'autant que j'aurai appris » de vous-même que je ne commets pas une injustice. » Joignez-vous à mon fils , qui, par des moyens dont je » lui ai laissé le choix, s'est chargé de m'éclairer sur » la conduite de ce directeur. Soyez aussi désintéressé » que lui dans votre rapport; que l'amitié ne vous aveu- * gle pas; car lors même que, par délicatesse, vous ne » voudrie/ P as accepter la place de votre ami , s'il a » mérité de la perdre, il me serait impossible de la lui » conserver. » Vous remettrez votre réponse à mon fils, qui vous » confirmera les scnliinens d'estime et de considéra- » tion, etc., etc. » SAINT-G1ÎRANT. Quoi ! vous restez muet? CANDOR. Ah! que viens-je de lire? Je ne sais où j'en suis. S AIN T - G KRANT. Allons, vous voulez rire: Peut-il être fâcheux d'avoir un tel emploi ? CANDOR. m Mais, monsieur, quelle 'idée avez-vous donc de moi? SAINT-O Ô A ÎVT. Du ministre, monsieur, vous remplirez l'attente: On ne refuse point cent mille francs de rente. CANDOR. Et moi j'ose espérer que, par un bon rapport , Vous allez d'un ami faire ebanger le sort. 5a LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. Mon rapport est tout fait. Je vous donne une lettre Qu'à mon entrée ici j'aurais dû vous remettre ; Car du premier coup d'œil j'ai jugé la maison, Et du public déjà j'ai pris l'opinion. Que vois-je autour de moi qui ne blesse la vue ? Une magnificence au ministre inconnue! c ANDOR. Ce que vous dites là je l'ai trop répété; Mais notre bon Franville est parfois entêté, Je lui disais sans cesse : « Un liomme de finance Jïe doit pas afficher ces grands airs d'opulence. Quand sur soi du public on veut fixer les yeux , On doit craindre les traits que lance un envieux. » Eh bien, ce bon ami, que malgré ses torts j'aime, Qui dans sa gestion est la prudence même, Dont on vante partout la stricte bonne foi, Riait de mes sermons et se moquait de moi. SAINT-GÉRANT. Très-bien; et direz-vous que madame Franville Doit se donner les airs qu'elle a dans cette ville; Qu'elle doit sans penser parler à tout propos, Se moquer.de nos grands qu'elle appelle des sots, Sur de pieux sujets essayer des saillies, Juger nos magistrats par des plaisanteries, Et porter comme un titre à la discussion Sur des actes publies sa folle opinion ? CAN DOR. Bon! son époux n'y voit qu'une aimable folie, Ou quelques traits malins de son espièglerie, ACTE Iîi, SCÈNE I. 53 En vain je lui disais, mais avec ma douceur, Que le plus mauvais ton était le ton railleur, Et qu'un trait décoché par l'esprit et la grâce N'en blessait que plus fort et marquait mieux sa place ; Que l'indulgence était d'un devoir rigoureux Envers les bonnes gens qui vivaient avec eux. Eh bien, mes bons conseils à cette aimable dame M'ont attiré vingt fois sa maligne épigramme ; Mais, malgré tous ses torts, son cœur sec et méchant, En plaignant mon ami je l'excuse pourtant. SAIN T-GKR ANT. Vous l'excusez en vain , ce zèle est inutile ; Je sais tout ce qu'on pense et d'elle et de Franville. CANDOK. Tous ses petits défauts ne tiennent point au cœur : Leur caractère seul a fait tout leur malheur. Vivre avec mon ami c'est la chose impossible, Et malheureusement ii est incorrigible : Il a dans ses rapports certaine fermeté Qu'il appelle franchise , et c'est de l'âcreté. Pour sa femme et pour lui j'ai rompu mille lances. Mais en vain : il naissait, de nouvelles semences De haine, de discorde..... Enfin je les ai vus Froids avec le préfet, et souvent mal reçus : L'avocat général évite leur présence ; Tous les droits-réunis blâment leur importance; Ils ont eu quelques mots avec le commandant ; Le procureur du roi se plaint d'eux; cependant Il les voit quelquefois : mais avec le domaine Ce sont mille propos inventés par la haine. Ces commérages-là tenaient de la fureur: 54 LE FAUX BONHOMME, Je devins par pitié leur conciliateur. Et comme ces messieurs ont pour moi de l'estime, Et qu'avec eux je vis d'une façon intime, A les arranger tous mes soins sont parvenus : Tout va le mieux du monde, ils ne se parlent plus. SAINT-GÉRANT. C'est très-adroitement terminer une affaire. Parmi les habitans votre bon caractère Vous a donné sans doute un grand nombre d'amis. CANDOR. Bon Dieu! comment pourrais-je avoir des ennemis? D'un vain luxe d'esprit je suis très-économe , Et je parle et j'agis comme fait un bonhomme. SAINT-GÉRANT. Cela se voit très-bien : je ne m'étonne pas Que l'on fasse de vous, monsieur, un si grand cas. Dans nos débats publics, fertiles en orages, "Vous vîtes, m'a-t-on dit, de très-près les naufrages. CANDOR. Oui , malgré soi souvent on se trouve embarqué ; Mais on fuit le péril...... SAINT-GÉRANT. Sans être remarqué; Plus d'un gouvernement vous prouva son estime. CANDOR. Accepter des bienfaits ne fut jamais un crime. SAINT-GÉB ANT. J'applaudis au contraire à leur discernement. CANDOR. Je ne demande rien, non , rien absolument : Moi, je suis philosophe. ACTE Ht, SCÈNE I. SAINT-GÉRANT. On ne peut davantage. Aussi de vos amis vous avez le suffrage; Et vous devez savoir que tous avaient écrit Afin que votre nom fût le premier inscrit Parmi les candidats que dut choisir mon père. Cette marque d'estime est faite pour vous plaire. CANDOIt. Non, j'en suis très-faché; j'aime ma liberté, Et le repos qui suit la médiocrité. Puis Franville..... SAINT-GÉRANT. Croirait peut-être que l'envie Employa contre lui sa noire perfidie. CANDOR. Monsieur, je..... SAINT-GÉRANT. Vous ferez très-bien de refuser Cet emploi dont pour vous on vi<>ni de disposer. CANDOR. Un prince me protège, et je peux lui déplaire En prononçant d'abord sur une telle affaire..... Je prétends..... SAINT-GÉRANT. Bon ! sans vous elle s'arrangera : Vous refusez la place, et quelqu'autre l'aura. J'ai parmi mes amis un brave militaire, Estimé par son nom et par son caractère, A qui cet emploi-là pourrait aller très-bien. Si vous n'acceptez pas , c'est un fort bon moyen Pour le lui faire avoir. 56 LE FAUX BONHOMME, CAKDOll. Je vois votre espérance. SAINT-GERANT. Il allait l'obtenir sans votre concurrence. CANDOIi. Cependant je pourrais..... SAINT-GÉRANT. Je dois vous prévenir Que j'étais mécontent de vous y voir venir. CANDOR. Mais je n'ai point..... SAINT-GÉRANT. Comment, votre délicatesse Ne vous fait pas céder au soupçon qui la blesse? candor, un peu ému. t Il est au moins prudent, avant de rejeter L'bonneur que l'on me fait, de bien me consulter. Je ne suis point encor certain si je renonce..... Mais si..... Bientôt, monsieur, vous aurez ma réponse Et surtout croyez bien que quel que soit mon sort, L'amitié dans mon cœur ne peut avoir de tort. A son instinct secret ma raison s'abandonne; Aussi je n'ai jamais fait de mal à personne, SAINT- GÉRANT. Comme vous le deviez vous m'avez répondu. Et de votre bonté je reste convaincu. ( Candor sort.) AdTE III, SCÈNE III. 5? SCÈNE II. SAINT-GÉRANT, seul. Ali! traître! je te tiens. Grâce à mon stratagème, Je sais tous tes projets aussi-bien que toi-même. J'ai lu dans ton sourire et ton regard menteur Que tu veux de Franville être le successeur. SCÈNE III. SAINT-GÉRANT, SOPHIE. SAINT-GÉRANT. Venez, chère Sophie, il faut que je vous dise..... Chère Sophie! ah! Dieu! vous que l'on a promise A mon rival heureux! SOPHIE. Ah! laissez, Saint-Gérant; Se jouer de ma peine est un plaisir méchant. SAINT-GÉRANT. Sophie, ah! croyez-vous que si j'avais la crainte Qb'un autre à mon bonheur pût porter quelque atteinte, Vous me verriez ainsi plaisanter avec vous? Personne ne pourra rompre des nœuds si doux. Chaque instant qui s'écoule accroît mon espérance : Le perfide Candor est dans ma dépendance; Quelques momens encor, votre oncle connaîtra Quels sont les ennemis ou les amis qu'il a : Et, certain de l'avoir sauvé d'une infortune, Je viens mettre à vos pieds mon rang et ma fortuin 58 LE FAUX BONHOMME, SOPHIE. De ce constant amour puis-je douter jamais? A ma tante aujourd'hui révélons nos secrets, Et je..... SAINT-GÉRANT. Quoi, vous voulez? .... SOPHIE. Elle est si bienveillante Et son aimable esprit..... SAINT-GÉRANT. Mais voici votre tante. SCÈNE IV. SAINT-GÉRANT, MADAME FRANVILLE , SOPHIE. MADAME FRANVILLE. Monsieur, dans ce moment j'échappe à deux combats SAINT-GÉRANT. Vous?.... \1\I)AME FRANVILLE. Chacun en partant m'a laissé sur les bras Deux très-braves guerriers, vétérans de la gloire, Qui m'ont très-longuement raconté leur histoire. Le vieux marquis d'Argeac, courbé sur un bâton, Parlait de ses amours, amours de garnison; Et, d'un petit air fin relevant ses prunelles, Me vantait ses lauriers cueillis auprès des belles : Mais l'autre plus sensé m'a parlé des Gaulois, De ses nobles aïeux, et surtout de leurs droits. ACTE III, SCÈNE IV. L'un, nommé Barberousse, a servi Charlemagne, Et tous, de père en fils, se sont mis en campagne; Mon baron a marché.....Je sais de lui comment Par une présidente il eut son régiment. A ses anciens combats il me menait si vite, Que, laissant l'escadron, soudain j'ai pris la fuite, En songeant qu'il vaut mieux vivre comme un bourgeois Que d'assommer les gens en contant ses exploits. SAINT-GÉRANT. Vous avez bien raison; cette sotte manie De nos sociétés devrait être bannie; Et j'aime mieux dix fois me battre vaillamment. Que de dire pourquoi, dans quels lieux et comment. MADAME FRANVILLE. Eh ! bon Dieu! vous parlez comme un homme de guerre, Qui l'a faite long-temps, ou bien qui va la faire. SAINT-GÉRANT. Eh! non, madame.....mais..... MADAME FRANVILLE. Je ne m'étonne pas Si l'un de mes conteurs m'a raconté tout bas Qu'il a cru vous connaître à la première vue. Wa-t-il point avec vous passé quelque revue? SAINT-GÉRANT. Ce monsieur-là se trompe. MADAME FRANVILLE. Oh! non, certain soupçon..... Convenez-en, monsieur, vous êtes un dragon. SAINT-GÉRANT. Mais..... 60 LE FAUX BONHOMME, MADAME FRANVILLE. Ma nièce rougit..... Oh! la plaisante histoire! SAINT-GÉRANT. Quelle est donc cette idée,et d'où pouvez-vous croire?... MADAME FRANVILLE. De certain embarras que je vois à tous deux. De ce je ne sais quoi qu'ont tous les amoureux. Tant mieux! j'ai désiré pendant toute ma vie Dans le monde une fois trouver la comédie, Y jouer même un rôle, y protéger l'amant, Si par un mariage il fait le dénoûment. SOPHIE. Eh bien! de nos secrets vous serez confidente. SAINT-GÉRANT. Oui, nous serons charmés d'avoir pour nous la tante. MADAME FRANVILLE. Comment, il serait vrai?.... par quel hasard heureux?.... SAINT-GÉRANT. Vous me protégerez, car je suis l'amoureux. MADAME FRANVILLE. Quelque prince étranger? SOPHIE. Non, mais un homme aimable Et qui par un motif tout-à-fait estimable, Sans m'avoir avertie, est venu ce matin..... SAINT-GÉRANT. Afin de vous sauver d'un esprit très-malin. ACTE III, SCÈNE IV. 6ï SOPHIE. Monsieur prétend qu'il sait..... SAINT-GÉRANT. Trop aimable Sophie, Ne dites rien de plus, ah! je vous en supplie; ( A madame Franville.) Attendons à demain, oui, demain vous saurez Le but de mon voyage, et vous l'approuverez. MADAME FRANVILLE. Ne le révélez pas, je crains trop le mystère; Et pourtant j'ai prouvé que je savais me taire. J'ai dû..... Mais revenons à votre beau roman. Puis-je vous y servir? j'en ignore le plan. Suis-je, dans l'action, la soubrette ou la tante? Je dois tromper quelqu'un, si je suis confidente; Ou, comme tante, au moins, je dois très-prudemment Surveiller la pupille et tourmenter l'amant. A vos doux entretiens je saurai mettre obstacle. Pourtant, comme ce soir j'ai ma loge au spectacle, Vous pourrez y venir, et là je vous promets Que, malgré vous, j'aurai tous vos autres secrets. SAINT-GÉRANT. Ah! madame!.... MADAME FRANVILLE. Avec vous trop long-temps je demeure; J'ai ma toilette à faire, il me faut plus d'une heure. Allons, venez, Sophie, et faites vos adieux A l'amant des amans le plus mystérieux. 6a LE FAUX BONHOMME, SCÈNE V. SAINT-GÉRANT seul. Si pour tromper Candor j'eus recours à la ruse..... Avançons. Mon secret est, si je ne m'abuse, Tout prêt à m'échapper, et je n'ai pas l'écrit Qui pourra démasquer notre fourbe maudit. Mais le voici; sans doute il va me le remettre. SCÈNE VI. SAINT-GÉRANT, CANDOR. SAINT-GÉRANT. Eb bien! mon cber monsieur, avez-vous votre lettre >* Je vous ai dit, je crois, que je voulais partir. CANDOR. A rester aujourd'hui vous devez consentir. SAINT-GÉRANT. Non, pas un seul instant. Le ministre mon père Doit être prévenu de toute cette affaire ; Et si vous refusez, il faut que mon ami..... CANDOR. Votre ami!.... SAINT-GÉRANT. L'officier qu'on dut placer ici..... CANDOR. Il doit y renoncer, car j'accepte la place: Vous pourrez obtenir pour lui quelqu'autre grâce. ACTE III, SCÈNE VI. SAINT-GÉRANT. Vous acceptez, vraiment?.... CANDOR. Et vous approuverez Ma résolution, surtout quand vous saurez Quelle sera bientôt nia nouvelle famille..... SAINT-GÉRANT. Quoi? CANDOR. Franville, monsieur, doit m'unir à sa fille, SAINT-GÉRANT. Vous devenez son gendre? CANDOR. Oui, de notre amitié Je lui dois une preuve, et de plus la pitié..... SAINT-GÉRANT. La pitié?.... CANDOR. Vous avez toute ma confiance, Et d'un bizarre bymen je vous fais confidence. Je ne peux rien cacher à ceux vers quz mon cœur Se porte maigre moi..... S AIIVT-GÉRANT. Vous me faites honneur. CANDOH. Franville, comme on sait, dès sa tendre jeunesse A payé le tribut à l'humaine faiblesse: De ses fréquens écarts il reste un rejeton \ qui je donne-un rang en lui donnant mon nom. 64 LE FAUX BONHOMME. SAINT-GÉRANT. J'entends. CANDOR. A mon ami je dois un sacrifice. SAINT-GÉRANT. Ce n'est qu'un préjugé; mais je vous rends justice. Car cette jeune fille, élevée en secret, Peut-être n'offre pas un très-grand intérêt. CANDOR. La demoiselle est bien. SAINT-GÉRANT. Elle est sans avantage; Franville a de grands biens, mais à son héritage Elle n'a point de droit. CANDOR. Aux soins litigieux Je ne descends jamais. SAINT-GÉRANT. Vous êtes généreux. CANDOR. Quand on est très-ami tout cela contrarie, Et peut mettre entre vous un peu de zizanie. Seulement aujourd'hui je crois de mon devoir D'accepter un emploi qu'il ne doit plus avoir : En cela je le sers, car il a l'apparence De ne s'en dessaisir que par une alliance. SAI NT-GÉRANT. Vous avez cette fois parfaitement raison. Franville a dû trouver cet arrangement bon. ACTE III, SCÈNE VI. CANBOIl. Oh! de l'en avertir je me garde au contraire; 11 est homme à venir brouiller toute l'affaire : Son esprit est rempli de singularités; Dans tout il aperçoit des contrariétés. Depuis quelques instans il s'est fait philosophe; Le ciel sait qu'il n'en eut pourtant jamais l'étoffe! Il voudrait m'emmener dans un très-beau château. Et que nous y prissions la bêche et le râteau. Je ne répugne pas à ce genre de vie, Car j'aime la campagne avec idolâtrie; Mais je suis jeune encore, et tout bon citoyen Pour servir son pays ne doit négliger rien. Trop long-temps le public accusa ma paresse; Et si j'ai des talens il faut qu'il les connaisse. Vous voyez qu'un ami ne peut s'en prendre à moi... Vrai, c'est pour l'obliger que je prends son emploi. SAINT-GÉRANT. Il aurait tort. CANDOR. Pour lui c'est un grand avantage ; En épousant sa fille..... SAINT-GÉRANT. A quand le mariage? Je verrai la future? CANDOR. Eh! vous la connaissez. SAINT-GÉRANT. Où l'aurai-je» connue ? CANDOR. Ici, tantôt. 66 LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. Cessez..... CANDOR. Quoi ! vous n'avez pas vu cette bonne Sophie ? SAINT-GÉRANT. Elle est sa fille!.... et c'est à vous qu'on la marie! CANDOR. Pourquoi vous étonner ? saint-gérant , a part * Ah! voilà le secret. (Haut.) Elle doit inspirer le plus vif intérêt; Elle est d'une beauté..... CANDOR. Vous la trouvez ?.... saint-gérant. Charmante ! CANDOR. Tant mieux! pour ma future un tel aveu m'enohante. Je ne suis pas très-beau, mais je me fais aimer. Puis avec moi d'ailleurs point de vœux à former. Gui, ma femme sera maîtresse souveraine : Point de parcimonie, et surtout point de gêne. On a quelques amis qu'on réunit le soir : Et j'espère, monsieur, que vous viendrez nous voir (Avec un ton caressant qui va toujours en augmentant.) Quand de la garnison vous ferez le voyage . Nous vous recevrons bien dans le petit ménage ; Ma femme et moi, monsieur, ferons de notre mieux Pour vous faire passer quelques instans heureux. ACTE III, SCÈNE VI. 67 SAINT-GÉRANT. Ah! vous êtes trop bon. I CANDOR. Non , sans cérémonie, Il faut pour mon bonheur qu'avec vous je me lie. SAINT-GÉRANT. Monsieur..... CANDOR. Dans votre cœur je prétends remplacer L'officier qu'en ce lieu vous désiriez placer. SAINT-GÉRANT. Et mon désir aussi..... CANDOR. Certaine sympathie Me dit que je serai votre ami pour la vie. Ce que je vous parais je le serai toujours. Sans peine, sans ennui, je coule de beaux jours; Et si, sans aucun frais , à chacun je sais plaire, Je dois cet avantage à mon bon caractère : Car avec moi jamais de contradiction ; Je sais jouir de tout, oh! mais, sans passion. Je prends sans le savoir l'empreinte qu'on me donne; Avec les hommes froids gravement je raisonne ; Avec les vieux amis je vais faire un boston ; Avec un franc buveur je vide mon flacon, Je dis quelques gaîtés à la brune, à la blonde: Eh bien! sans m'en douter j'ai charmé tout le monde. SAINT-GÉRANT. Vous me plaisez aussi beaucoup, en vérité. CANDOR. Oh ! même un peu plus loin je pousse la gaîté; Car j'aime le plaisir autant qu'un militaire , 68 LE FAUX BONHOMME, Les chansons et le jeu, surtout la bonne chère. Je m'amuse de tout enfin en bon vivant. fran ville , en dehors. Que le diable..... candor. Franville!.... SAINT-GÉRANT. Ah! vous devez avant... Votre lettre, monsieur, car il faut que je parte. CANDOR. La voilà , mais..... saint-gérant , l'arrachant des mains de Candor. Donnez. SCÈNE VII. SAINT-GÉRANT, FRANVILLE, CANDOR. franville , Jiirieux entrant par le fond. Oui, que la fièvre quarts Puisse tous les saisir! saint-gérant, à part, montrant la lettre. A la fin je la tiens. CANDOR. Qu'as-tu donc, mon ami? FRANVILLE. Le préfet et les siens Arrivent à l'instant pour visiter ma caisse. CANDOR. Eh bien, il faut, aller..... ACTE III, SCÈNE VII. FRANVILLE. Qui, moi! que je m'abaisse... C ANDOR. Tes comptes, il le sait, sont en très-bon état. FRANVILLE. Eh! qui le force donc à faire un tel éclat? SAINT-GÉRANT. Mais peut-être en a-t-il l'ordre du ministère. FRANVILLE. Il se peut. C ANDOR. Par sa place il a droit de le faire. FRANVILLE. Et j'ai le droit aussi de jurer après lui. CANDOR. Il faut plutôt songer à t'en faire un appui. Le préfet, tu le sais, a pour moi de l'estime, Je vais lui faire part du courroux qui t'anime, Et lui faire sentir que sa visite ici En blessant ta fierté me contrarie aussi; Et que si contre toi quelque orage se forme, Il doit user pour nous d'une indulgente forme..... FRANVILLE. Que dis-tu donc, Candor?.... Mais tu m'y fais songer. Et d'après mon courroux il peut mal me juger. Je n'en disconviens pas, sa visite me blesse, Mais c'est par un excès de ma délicatesse. Certes, je ne crains pas les yeux d'un surveillant, Et comptable jamais ne fut plus au courant; Et quand il aura vu, s'il ne rend pas justice 7 o LE FAUX BONHOMME, A mon franc dévoûment, à certain sacrifice r S'il ne dit pas partout que j'ai bien mérité Tant du gouvernement que de notre cité, Je consens, cher Candor, à perdre ton estime, Et cet espoir si doux du lien plus intime Qui doit de ma Sophie assurer le bonheur..... saint-gérant , vivement , en lui prenant la main. Allons voir le préfet, monsieur le receveur. k j. » FIN DU TROISIÈME ACTE ACTE IV, SCENE I. 7' » t<\V%%W\tMt\V\«1t«tt%M%'\«\tVil«ttl\ti4MMVt\l%tV%Vt\\WM\MMV'IWW ACTE TV. — SCENE PREMIÈRE. FRANVILLE, CANDOR. CANDOR. Conviens-fn, cher Franville, il est bien agréable D'arracher de la sorte un tribut honorable D'éloges mérités. J'ai vu tes ennemis Forcés à te louer. FRANVILLE. Le préfet m'a surpris. En s'approchant de moi d'un air de courtoisie Il m'a dit : « Ah! monsieur, si de la calomnie Vous avez un instant éprouvé les effets, Je veux contribuer à vous rendre la paix. » CANDOR. Eau bénite de cour! Sa feinle politesse Avec un art charmant sait cacher son adresse. Moi, j'aime le préfet ; mais cent fois je l'ai vu Couvrir d'un beau semblant le trait le plus aigu. Du grand monde il a pris les nobles simagrées, Ces protestations visiblement outrées , Ce regard pénétrant, ces mots pleins de douceur 7* LE FAUX BONHOMME, Qu'on pourrait supposer l'expression du cœur, Si la distraction, l'ennui qu'on a de feindre Ne venaient doucement dans les regards se peindre. Je n'ai qu'à m'en louer, moi, personnellement; Il m'a toujours traité très-honorablement; Mais je crois du devoir d'un ami véritable De montrer le danger qu'offre son air affable. FRANVILLE. Eh ! qu'il soit avec moi tout comme il le voudra , Jamais par ses dehors il ne me séduira. Plus que toi j'apprécie un courtisan peut-être : Souvent le plus aimable est aussi le plus traître; Et je me doute bien que, malgré mon succès, Près du gouvernement je perdrai mon procès. CANDOIt. Oui, j'ai quelques raisons de croire à ta disgrâce : C'est à toi qu'on en veut plus encor qu'à ta place; Et le fait est si vrai que je pouvais l'avoir, Qu'on veut me la donner..... Mais je sais mon devoir. franv i C IV. Lorsque tu fais le bien , tu ne surprends personne : Ta conduite me plaît plus qu'elle ne m'étonne. Ton refus est sans doute et généreux et grand ; Mais à ta place, moi, j'en aurais fait autant. CANDOR. Pourtant, mon cher ami, s'il faut que je le dise , Par générosité j'ai fait une sottise. FRANVUIK» Comment ? ACTE IV, SCÈNE 1. 73 CANDOR. Ecoute bien. Tantôt j'ai réfléchi Que l'hymen ajoutait aux droits de ton ami ; Que je devais songer au bonheur de ta fille; Et que ta place enfin étant dans la famille, Il serait maladroit de nous en dessaisir, Puisqu'alors je pouvais l'accepter sans rougir. Certes, je suis bien loin d'en avoir quelqu'envie. (Avec enthousiasme. ) N'a-t-on pas tous les biens lorsque l'on a Sophie ? Et de plus, cet espoir si touchant et si doux De vivre à la campagne entre amis comme nous! Mais il serait plaisant de déjouer la haine De tous tes envieux, et de la rendre vaine. (Avec gaîtc'. ) Conviens donc avec moi qu'ils seront attrapés Quand dans leurs résultats ils se verront trompés, Et que ce bel emploi qu'ils ont voulu te prendre, Tu ne l'auras quitté que pour moi, pour ton gendre. FE AN VILLE. Eh bien, ton beau projet ne me plaît pas du tout. INotre retraite aux champs est bien plus de mon goût; Et si je ne voyais le motif qui te porte A. me vouloir venger de cette étrange sorte, Je croirais qu'en secret tu formas le dessein De rechercher l'emploi qu'on peut m'ôter demain. CANDOR. Qui, moi? FRAUVILLE. Pardonne; il faut que mon ami m'excuse. Ah ! je suis tellement victime de la ruse, Que, malgré moi, mon cœur est un peu déliant. 74 LE FAUX BONHOMME, CANDOR. Et moi je te dis tout, comme fait un enfant: Quand je forme un projet tout plein d'extravagance, En te le révélant j'y mets peu d'importance. Avec ses vrais amis on agit comme il faut Dès qu'on ne cache rien, que l'on pense tout haut. Tu ne m'approuves pas, je ne dois pas m'en plaindre : Avec toi , j'aime mieux avoir tort que de feindre. Ainsi restons-en donc à nos premiers projets, Et d'un champêtre asile allons goûter la paix. Quel heureux avenir pour ta bonne famille! Tu trouves ton ami dans l'époux de ta fille : Pour un père adoré que de soins prévenans!.... Mais je n'y songeais pas, et tes petits-enfans?.... Ces tableaux paternels ont pour moi tant de charmes Que je sens dans mes yeux.....ah ! ce sont bien des larmes! Ce faible cœur a beau s'armer de fermeté, Ea nature trahit sa sensibilité. FR ANVILLE. Cher Candor, ces doux pleurs ont su toucher mon âme. CANDOR. As-tu de nos projets entretenu ta femme? FRANVIXLE. Pas encor; je l'attends pour lui parler ici; Déclarer ton hymen, la prévenir aussi Que Sophie est ma fille..... Il faut de la prudence Pour lui faire oublier ma faute et mon silence. CANDOR. Elle a pour ta Sophie un tendre attachement, Et tout ira très-bien. Moi, je vais h présent ACTE IV, SCÈNE III. En vrai triomphateur courir toute la ville, Dire que le préfet est aile chez Franville Pour visiter sa caisse, et qu'il n'a jamais vu Chez aucun receveur un compte mieux tenu. Je saurai plaisamment raconter l'aventure A ceux qui te croyaient en mauvaise posture. Les perfides !.... Je veux de la bonne façon Les vexer à leur tour; et pourtant je suis bon. ( 11 sort.) SCÈNE II. FRANVILLE seul. Contre mes ennemis le cher Candor se fâche; Il les connaît bien tous, il les suit sans relâche. Pour me préserver d'eux il les voyait exprès; Mais il ne pouvait rien contre des coups secrets. C'est ma femme.....Courage! il faut que je lui dise... SCÈNE III. MADAME FRANVILLE, FRANVILLE. MADAME FRANVILLE. De l'honneur le plus grand vous me voyez surprise. Vous le savez trop bien, je ne plaignais souvent. De l'orgueil du préfet, de l'air presque insolent Qu'il prenait avec nous. Le voflà qui me quitte; Oui, le plus poliment il m'a rendu visite ; Et, pour mieux parvenir à se justifier, A dîner pour demain il vient de nous prier. 75 l 76 LE FAUX BONHOMME, FRAH VltLK. Quoi ! demain? c'est charmant! M A D A SI E FRANVILLE. Du baron je raffole Lui qui disait partout que j'étais une folle, Il me trouve adorable, et veut absolument Que nous soyons amis, mais très-intimement. FRANVILLE. Bon! de lui maintenant vous n'irez plus médire? MADAME FRANVILLE. De lui? non ; mais sa femme!.... FRANVILLE. ( Avec embarras.) Ah!., je devais vous dire Un secret. MADAME FRANVIIL"?. Oui, vraiment? Quel air embarrassé! Je ne vous vis jamais si décontenancé. FRANVILLE. Ma chère * je réclame un peu votre indulgence. MADAME FRANVILLE. J'aime à voir mon époux implorant ma clémence. Voyons, qu'avez-vous fait qu'on doive pardonner? FRANVILLE. Souvent dans la jeunesse on se laisse entraîner..... Quand vous saurez..... MADAME FRANVILLE. Après ?.... FRANVILLE. Cette bonne Sophie..... ACTE IV, SCÈNE III. Tl MADAME FRANVILLE, àpOTt. Ah! je le vois venir. FRANVILLE. De vous elle est chérie. MADAME FRANVILLE. Très-tendrement. FRANVILLE. Elle est par des liens secrets..... MADAME FRANVILLE. Votre fille, monsieur. FRANVILLE. Comment ?.... MADAME FRANVILLE. Je le savais. FRANVILLE. Vous le saviez? MADAME FRANVILLE. Sans doute, et je devais me taire Par égard pour moi-même et pour le cœur d'un père. On me croit un démon; peu de femmes pourtant, Se trouvant en ma place , en auraient fait autant. FRANVILLE. Votre âme généreuse..... MADAME FRANVILLE. Ah ! point de flatterie..... Peut-être plus que vous j'aime ma jeune amie; Et j'aurais eu bien tort de ne pas recevoir Une fille aussi chère et qu'il m'est doux d'avoir. Vous avez cependant blessé ma confiance 7 8 LE FAUX BONHOMME, En usant avec moi d'un peu trop de prudence. Je veux vous en punir, et c'est en exigeant Que l'on dote Sophie ainsi que notre enfant. FRANVILLE. Que par tant de bonté vous me devenez chère ! Vous adoptez Sophie et lui servez de mère? Vous voulez qu'on la dote ? Ah ! mon cœur... MADAME FRANVILLE. Ah! le cœur... Nous allons, mon ami, tomber dans la fadeur; Et cette fadeur-là me fatigue et m'ennuie..... Laissons-là mes vertus et votre étourderie; Par-defsus tout, mon cher, je crains de m'attendrir. Quand on me fait pleurer, ah! c'est pour en mourir 1 Sans compter que cela vous ôte tous vos charmes. Mon visage est, je crois, très-peu fait pour les larmes. FRANVILLE. Vos bonnes qualités..... MADAME FBANVILLE. Fort bien, un compliment. Tantôt vous me disiez, mais très-impoliment, Que j'étais une folle, et que mes epigrammes Me faisaient détester des hommes et des femmes; Que j'avais un esprit très-méchant, très-r,>illeur, Qui dans moi décelait un assez mauvais cœur: Et voilà comme on juge! Ah! pauvre espèce humaine! C'est notre intérêt seul qui nous pousse et nous mène : Selon que l'on agit ou pour ou contre nous, Nous sommes bonnes gens, ou nous sommes des fous. FRANVILLE. Savez-vous que voilà de la philosophie? ACTE IV, SCÈNE III. 7 g MADAME FR'AN VILLE. Et de la bonne encor, celle d'une étourdie. Sur un pareil sujet c'est beaucoup trop parler; (Avec finesse.) Vous n'avez plus, mon cber, rien à me révéler, Et je vais..... FRAN VILLE. Pardonnez : sachez que ma Sophie A notre bon Candor bientôt doit être unie. MADAME F R AS VILLE. Candor! c'est un époux qui lui conviendrait fort. Aux regards de Sophie il n'aura qu'un seul tort, Mais ce tort est bien grand, c'est celui de déplaire. FR ANVILLE. Non ; ma fille possède un trop bon caractère..... MADAME FRANVILLK. Mais votre fille aussi possède un trop bon goût Pour préférer celui qui n'est pas bien du tout, A certain inconnu que je crois militaire, Et qui mieux que Candor a le talent de plaire. FR ANVILLE. Quoi! ma fille aimerait?.... MADAME FRANVILLE. Un aimable garçon. Qui doit être fort bien sous l'habit de dragon. FRANVILLE. Vous croyez ? MADAME FRANVILLE. Oui, monsieur; au moins je le soupçonne." Son port est noble et fier , et sa figure est bonne. 80 LE FAUX BONHOMME. ÏRANVILLE. Que m'importe ? Son nom ? MADAME FRANVILLE. Voilà mon embarras. Puis-je le révéler, si je ne le sais pas? FRANVILLE Quel est donc cet amant? MADAME FRANVILLE. Un homme de mérite Dont vous avez tantôt accueilli la visite. FRANVILLE. Comment, cet étranger? MADAME FRANVILLE. Tout juste est l'amoureux De la bonne Sophie. Ah! qu'ils s'aiment tous deux ! Comme je vous l'ai dit je suis la confidente : Pour jouer la soubrette ils ont choisi la tante ; Mais il est un secret qu'il nous faut découvrir. Puisqu'ils me l'ont caché, je dois les en punir. De cet aveu je crois qu'il va naître une scène , Entre vous et l'amant, et piquante et soudaine. Après quelques débats chacun s'expliquera, Et l'amant déguisé peut-être épousera. FRANVILLE. 11 n'épousera point, ma parole est donnée. MADAME FRANVILLE. Quoi! vous voulez, monsieur, faire une infortunée? FR AN VILLE. Mais songez..... ACTE IV, SCÈNE IV. 8 MADAME FRANVILLE. N'allez pas imiter les tyrans, Ou je me range, moi, du côté des amans. Fit A.NVILLE. Ah! vous riez encore. Il faut, ma bonne amie, Très-sérieusement parler à ma Sophie. MADAME FRANVILLE. Quoi! vous voulez, monsieur, que d'un ton solennel J'aille faire valoir votre droit paternel? Puis-je affecter jamais la mine doctorale Qu'on doit avoir sitôt que l'on parle morale ? Votre fille, monsieur, va rire en m'écoutant; Et moi, pour en finir, j'en ferai tout autant. FRANVILLE. Quant à cet étranger, moi, je le congédie. MADAME FRANVILLE. Ah! bon Dieu, n'allez pas finir ma comédie. Il ne s'en ira pas, il faut absolument Que l'amant déguisé se trouve au dénoûment. Tenez, tout à propos je vois qu'il nous arrive. Que la scène d'abord n'aille pas être vive. SCÈNE IV. MADAME FRANVILLE, FRANVILLE, SAINT-GÉRANT. MADAME FRANVILLE. Monsieur, Y incognito vous devient superflu. Le tyran est instruit et le prince est connu. 6 8u LE FAUX BONHOMME, saint-gérant , à madame Franville. Eh quoi! vous avez dit?.... ah! j'espérais , madame..... MADAME FRANVILLE. Un secret est terrible ; il étouffe une femme. De me faire parler on a su le moyen; J'ai dit ce que je sais.... SAINT-GÉRANT. * Oh! ce n'est presque rien. MADAME FRANVILLE. Mais le sort vous en veut ; pour vous plus tle Sophie. A notre ami Candor, monsieur, on la marie. Mon cher époux l'ordonne, et ne veut pas enfin Que notre belle intrigue aille jusqu'à la fin. » » FRANVILLE. * C'est d'une autre façon..... SAINT-GÉRANT. * » Moi, j'ai plus de courage, Et je sais un moyen de conjurer l'orage. Monsieur Candor est bon; mais, malgré sa bonté, Il sera, j'en suis sûr, le rival écarté. MADAME FRANVILLE. Cela serait piquant. FRANVILLE. Moi, je crois le contraire, Si vous me supposez ici les droits d'un père. SAINT-GÉRANT. Mais c'est vous seul, monsieur, qui le congédîrez. MADAME FRANVILL1. Ainsi voilà l'amant que vous préférerez. 'Mf- ACTE IV, SCENE IV. 83 SAINT-GÉRANT. Je n'ose me flatter..... FRANVILLE. Laissons ce bàdinage : Candor est mon ami, qui l'offense m'outrage. MADAME FRANVILLE. Très-bien, cela s'anime. SAINT-GÉRANT. Ah ! lorsque vous saurez..... FRANVILLE. Je n'ai rien à savoir. SAINT-GÉRANT. Vous vous repentirez..... FRANVILLE. Moi! SAINT-GÉRANT. De voir qu'un méchant... FRANVILLE. Monsieur! SAINT-GÉRANT. C'est un infâme ! FRANVILLE , filrieUX. Je ne souffrirai pas..... MADAME FRANVILLE. Vous tombez dans le drame, Et c'est le mauvais genre. SAINT-GÉRANT. Oui, madame a raison , Et je dois m'expliquer de tout autre façon. Si madame permet je puis en confidence...:-. 84 LE FAUX BONHOMME, MADAME FRANVILLE. Ah ! vous me renvoyez ? S A.IHT-GÉRAKT. Par excès de prudence; Vous êtes si discrète..... MADAME FBAKVILtF. Ah! je crois en effet Que l'on a quelque tort de me dire un secret; D'ailleurs je les devine, et sans aucun obstacle. Mais voici le moment de nous rendre au spectacle, Et je puis vous laisser..... Vous devez y venir; Car si dans vos amours vous voulez réussir, Faites-moi bien la cour, surtout plus de mystère : Pour avoir ma Sophie, il faut d'abord me plaire. (Elle sort. ) SCÈNE V. FRANVILLE, SAINT-GÉRANT. FRAHVILLK. Enfin, nous voilà seuls, et je puis être instruit..... SAINT-GÉRANT. Que c'est votre intérêt qui toujours m'a conduit; Que si sous mon vrai nom j'évitai de paraître, C'était pour vous sauver de l'ami le plus traître..... FRANVILLE. Quoi! vous osez encore..... SAINT-GÉRANT. Oui, je l'ose, monsieur Et je vais à l'instant vous dévoiler son cœur. ACTE IV, SCÈNE V. 85 FRANVILLE. i je n'étais chez moi, je sens que la colère..... SAINT-GÉRANT. Quand je vous donnerai la preuve la plus claire Que vous n'eûtes jamais de plus grand ennemi; Qu'il est un patelin, qu'il est un faux ami ; Qu'il appela sur vous les chagrins, la disgrâce, Qu'il vous fit dénoncer pour avoir votre place; Qu'il n'a fait promptcment ce voyage à Paris Que pour la demander, qu'il la veut à tout prix; Que s'il a dit partout qu'il venait vous défendre, Ce n'était qu'un moyen plus sûr de vous la prendre ; Que par ses protecteurs il dut l'avoir," qu'il l'a ; Qu'enfin c'est un perfide..... et la preuve en est là. (11 montre la lettre Je Candor.) FRANVILLE. Ah! monsieur, donnez-moi le temps de me remettre. Je crois me rappeler..... Quelle est donc cette lettre? ( Il regarde l'adresse. ) C'est bien son écriture : au ministre il écrit.... Mais c'est en ma faveur peut-être qu'il la fit. Cependant il aurait..... Non, cela ne peut être : Jamais homme à ce point ne peut devenir traître. Je ne crois point encore au soupçon odieux Qui comme un scélérat le présente à mes yeux. Je donnerais, je crois, ma fortune et ma vie Pour voir si cet écrit contient sa perfidie. Que cette incertitude est un cruel tourment! Je doute..... et si je fais certain rapprochement Des projets qu'il formait tantôt d'un air aimable, Je reste convaincu qu'il doit être coupable. 86 LE FAUX BONHOMME , SAINT-GÉRANT. Par cet écrit, monsieur, nous allons le savoir. (Il décacheté la lettre.) FRANVILLE. Quoi ! vous l'ouvrez, monsieur? SAINT-GÉRANT. Je remplis un devoir. FRANVILLE. Se peut-il ? le ministre..... SAINT-GÉRANT. A cela m'autorise : Je viens pour vous sauver; que ce mot vous suffise. rit AN VIL LE. Vous m'étonne/ au point que je ne puis parler. SAINT-GÉRANT. Oh ! le moment viendra de tout vous révéler. Courons au plus pressé. Vous saurez que j'ignore Ce que contient l'écrit. Eh bien, je gage encore Que votre hon ami va prouver de sa main Qu'il n'est qu'un scélérat aussi faux que malin. FRANVILLE Ut. « Monseigneur , » C'est avec la plus vive reconnaissance que j'accepte » la place que vous daignez m'offrir. » Il a donc cette place? SAINT-GÉRANT. 11 l'a depuis une heure. FRANVILLE Ut. « Vous avez été trop bien instruit des motifs qui doi- » vent justifier la disgrâce de mon bon ami Franville.» ACTE IV, SCÈNE V. 87 Et quels motifs ? « Si je n'ai pu vous les dissimuler tout-à-fait,c'est qu'ils » sont publics. » Ah! dieux! SAINT-GLRANT , à part. Pauvre Franville ! il pleure. Allons, continuez..... FRANVILLE Ut. « Les torts qu'on lui reproche sont moins les siens que » ceux de son caractère, de l'esprit méchant de sa fem- » me, et d'une erreur de jeunesse. » Et que prétend-il donc? « C'est à l'instant où la perte de son emploi pourrait » l'affliger que je vais lui donner une grande preuve de » mon amitié, en épousant une prétendue nièce!.... Oser parler. Je sens la rougeur sur mon front. Le monstre ! « Et ce sacrifice bien désintéressé me donne le droit » d'être son successeur sans cesser d'être son ami. » (11 s'assied.) Permettez qu'un instant je respire. Mon cœur est oppressé; ce que je viens de lire M'accable..... Et dans l'instant ce perfide Candor Attestait sa franchise..... SAINT-GÉRANT. Il va le faire encor. FRANVILLE. Et pour son vieil ami sa tendresse inquiète Cherchait tout les moyens d'embellir sa retraite. SAINT-GARANT. Il chérit la campagne. 8$ LE FAUX BONHOMME, Fit A N VILLE. Ali ! je sens que mon cœur Par un transport subit se livre à la fureur. (I) se lève.) Oui, je saurai punir sa lâche perfidie; 11 a voulu ma place, il faut qu'il ait ma vie! SAINT-GÉRANT. De grâce, calmez-vous; et, bien loin d'éclater, Il faut vous contenir. FRANVILLE. Puis-je sans m'emporter Le revoir aujourd'hui, lire sur sa figure, Dans ses yeux caressans son adroite imposture? Et comment répondrai-je à ce souris menteur Qui vous montre la joie et cache un délateur ? Le traître! en m'excusant il me souille d'un vice! En épousant ma fille il fait un sacrifice! Ma fille, qui rassemble et vertus et talens, Et lui porte une dot de trois cent mille francs! SAINT-GÉRANT. De trois cent mille francs! Ce que je viens d'apprendre Me paraît singidier. Il me faisait entendre Que d'argent entre amis jamais il ne parlait, Que, par égard pour vous, sans dot il épousait. FRANVILLE. Mais il a dans ses mains ce bien de ma Sophie. Je tremble pour ma fille : ah! quelle étourderie! Mon cœur trop confiant dans ses mains l'a remis Il le possède enfin par Jidèicommis. S AINT-GÉRANT. A faire un tel dépôt qui put donc vous résoudre ? ACTE IV, SCÈNE V. «9 FRANVILLE. Je me sentis frapper ainsi que par la foudre D'un mal très-dangereux; bientôt je vis le sort Où cet enfant allait se trouver par ma mort. La loi la repoussant de mon riche héritage, Lui ravissait l'espoir de tout autre avantage; Et le cruel destin qui menaçait mes jours La laissait à la fois sans nom et sans secours. A ce traître Candor alors je me confie: Comme il voit le danger, et qu'il craint pour ma vie, Lui-même le premier il m'indique un moyen D'assurer à ma fille une part de mon bien. Je lui fais de la somme une reconnaissance , Et sur tous mes biens-fonds j'assure sa créance. Sur ce titre, monsieur, j'ignore ses desseins; Mais je dois m'effrayer de le voir dans ses mains. S AINT-GÉR ANT. Votre position est très-embarrassante ; Et s'il vous rend l'argent, c'est contre mon attente. Un méchant, quel qu'il soit, ne l'est guère à demi; Mais il n'est plus d'espoir contre un perfide ami. Cependant avec lui tâchez encor de feindre; De ses torts envers vous il ne faut pas vous plaindre. En le voyant, montrez un air doux et riant; Et de tous ses projets paraissez ignorant. FR ANVILI.E. Qui, moi, dissimuler! la chose est impossible: Mon courroux dans mes yeux sera par trop visible. SAINT-GÉRANT. Une idée..... excellente!... Ah! profitons du temps. Votre présence ici serait un contre-temps; go LE FAUX BONHOMME, Candor pourrait venir ; vous convenez vous-même Que clans votre courroux vous devenez extrême, Et que dès son abord il verra dans vos yeux Que vous avez connu ses projets odieux. 11 faut vous retirer, vous cacher à sa vue : Je vais avec Candor avoir une entrevue ; Et, tout malin qu'il est, il sera bien adroit Si je ne vous l'amène à rendre ce qu'il doit. FRANVILLE. Tour m'obliger, monsieur, j'admire un si beau zèle; Vous m'êtes inconnu; mais votre ardeur est telle..... Et de me la prouver vous êtes si jaloux, Que, qui que vous soyez, je m'abandonne à vous. ( 11 soit. ) SCÈNE VI. SAINT-GÉRANT, seul. Ah! certes! ce n'est pas l'intérêt qui me guide..... On sait trop que l'amour..... Mais tromper un perfide, Mais dans un piège ouvert attirer un Candor, Ce triomphe a pour moi plus de prix que son or. Voici le patelin. Ne perdons pas courage, Et sur son air joyeux composons mon visage. ACTE IV, SCÈNE VII. 9» SCÈNE VII. SAINT-GÉRANT, CANDOR. ( Un domestique qui porle des fleurs.) SA INT-GKR ANT. C'est vous, monsieur Candor? Eh! bon Dieu que de fleurs ! CANDOR. Pour ces dames. (Le domestique sort.) SAINT-GÉRANT. J'entends : à leurs vives couleurs Vous voulez comparer le teint de la future. CANDOR. Elles ont de l'éclat, grâces à leur culture; Moi seul j'en prends le soin. SAINT-GÉRANT. Ah! vous avez ce goût? CANDOR. Oui, pour passer le temps je fais un peu de tout. J'aime mieux m'occuper de quelques bagatelles Que de jouer mon bien ou de tromper les belles. SAINT-GÉRANT. Et vous goûtez ainsi des plaisirs sans regrets. Que vous méritez bien, cher Candor, vos succès! Vous voilà receveur; c'est un grand avantage: Vous allez pour Paris vous remettre en voyage ? Il faut pour terminer ne pas perdre un moment : Vous devez préparer le cautionnement..... 92 LE FAUX BONHOMME, CANDOR. Comment! vous croyez donc qu'il le faut tout de suites SAINT-GÉRANT. Du plus petit retard un ministre s'irrite; Mais vous avez les fonds? CANDOR. Au moins je les aurai Assez facilement je les emprunterai. SAINT-GÉRANT. Vous vous adresserez à votre ami Franville? CANDOR. D'avoir recours à lui me paraît inutile. SAINT-GÉRANT. Je vois que vous avez un banquier à Paris. CANDOR. Non, je n'ai pas songé...... SAINT-GÉRANT. Je suis vraiment surpris De vous voir en affaire une telle ignorance. Vous perdrez votre emploi, je le prédis d'avance. Pour trouver de l'argent il vous faut des délais ; Et si vos fonds bientôt ne se trouvent pas faits, Je dois vous avertir du sort qui vous menace. Vous savez que quelqu'un qui comptait sur la place, Sacbant votre embarras, pourra s'offrir encor: Moi, je puis déposer tous ses fonds au trésor; Et, tout en regrettant de vous être contraire, J'appuîrai mon ami comme je dois le faire. CANDOR. Ah! vous faites ses fond ? ACTE IV, SCÈNE VII. o3 SAINT-GÉRANT. Au rang supérieur On attache toujours le faste et la grandeur; Et l'argent que je p lace avec quelque avantage Me donne au régiment un très-grand étalage. CANDOR. Quoi! de me nuire à moi vous auriez le projet? SAINT-GÉRANT. Non, de vous desservir je n'ai pas de sujet; Mais si vous n'avez point..... CANDOR. J'en ressens de la peine; La sympathie en moi..... SAINT-GÉRANT. De même elle m'entraîne; Mais vous n'êtes pas prêt? CANDOR. Déjà dans l'avenir Je voyais le lien qui devait nous unir. SAINT-GÉRANT. Ce sentiment aussi..... CANDOR. Je ne devais pas craindre Qu'un jour votre crédit.... SAINT-GÉRANT. Et pourquoi donc vous plaindre ? Je vous suis attaché; mais.... CANDOR. Ne pourriez-vous pas, Si vous m'aimiez un peu, me tirer d'embarras? V 9 4 EE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. 11 faut savoir avant.....je ne puis rien promettre..... CANDOR. Yous pourriez m'ttre utile, et sans vous compromettre. SAINT-GÉRANT. Mon ami me donnait pour mon nantissement Un titre qu'il avait sur le gouvernement. CANDOR. Mais si j'ai quelques droits à votre confiance, Je puis d'autre façon assurer la créance. SAINT-GÉRANT. Si le titre est valable..... Oui, je serais joyeux De réparer un tort qui me nuit à vos yeux. CANDOR. Bah! je n'y pense plus. SAINT-G1ÏK ANT. D'un intérêt honnête Pour les fonds avancés vous savez que l'on traite. CANDOR. Vous serez très-content. SAINT-GÉRANT. Ces fonds sont à Paris; Du soir au lendemain ils peuvent être pris. CANDOR. Bien ! SAINT-GÉRANT. Dès mon arrivée on comptera la somme. CANDOR. Monsieur le colonel, vous êtes un brave homme! ACTE IV, SCÈNE VII. SAINT -GÉRANT. Mais votre titre? 11 faut..... candor. Venez, il est chez moi. SAINT-GÉRANT. Allons. CANDOR. Puis, nous rendant chez un homme de loi.., SAINT-GÉRANT. Afin de consulter? CANDOR. Plutôt chez mon notaire L'acte sera passé. SAINT-GÉRANT. Je sais ce qu'il faut faire. CANDOR. Près du ministre un jour vous me protégerez. SAINT-GÉRANT. Moi, je viendrai vous voir, et vous me recevrez. CANDOR. Mon hon, mon franc ami! SAINT-GÉRANT. Que ce titre m'honore! Quel avenir charmant ! CANDOR. Oh! ce n'est rien encore: Donnez-moi votre main, que ce cœur attendri..... SAINT-GÉRANT. Ah! que vous êtes bon! 96 LE FAUX BONHOMME, CAN DOR. D'un véritable ami, Et de son dévoûment c'est l'expression tendre. (Il presse la main de Saint-Geiant avec affectation.) SAINT-GÉRANT. Maintenant, cher ami, terminons sans attendre. Venez, comptez sur moi, monsieur le receveur, Tout autant que je dois compter sur votre honneur. •» FIN DU QUATRIÈME ACTE. (OK FAIT LA NUIT PENDANT l'eNTR'aCTE.) ACTE V, SCÈNE I. * - %%**^V*Vv«%VW** v»»*\»\\\» \ » nxni »* « *»» \» i» * *\i v*» »\»» ACTE V. SCÈNE PREMIÈRE. (Un domestique apporte des (lambeaux; le jour parait.) SAINT-GÉRANT, SOPHIE, MADAME FRANVILLE, CANDOR. MADAME FRAN VILLE. Il faut un grand désir de voir la comédie Pour supporter l'ennui trois heures et demie. Qu'aurai-je fait, bon Dieu! sans les originaux Qui m'ont à leurs dépens inspiré quelques mots? D'abord, tout en lorgnant l'imposante Bchui^c- Dont le visage épais et bouffi comme un ange Fait un plaisant contraste avec son maigre époux, J'ai vu , j'en ris encore, à quelques pas de nous Le galant Saint-Firmin avec la présidente, Qui causaient de très-près d'une affaire importante, Et qu'on'doit supposer du ressort du mari. Enfin de tous les sots si je n'avais pas ri Je crois qu'en maudissant les acteurs et la pièce Je serais morte là bien mieux que la princesse, SAINT-GÉRANT. Quoi! ce beau mélodrame a manqué son effet? 7 ( 98 LE FAUX BONHOMME, MADAME FRANVILLE. Fi donc! mais ce n'est pas un auteur qui Ta fait : On y parle français. Pas un coup de théâtre ; Les héros deux à deux ne viennent point se battre. Point d'ermite non plus, ni grotte, ni rocher? Puis de quelque intérêt le cœur se sent toucher : Tout dans ce draine enfin me semble insupportable; Et la grande raison, c'est qu'il est raisonnable. Sophie, à Saint-Gérant. Vous êtes venu tard ? saint-gérant, regardant Candor. Oui, j'étais retenu. MADAME FRANVILLE. Notre opéra du moins..... SAINT-GÉRANT. Celui-là je l'ai vu. Vous avez un chanteur..... Le traître, comme il crie! MADAME FRANVILLE. Eli ! mais il le faut bien. Dites-moi, je vous prie, Ce qu'il ferait de mieux. En province on ne vient Que par forme au théâtre; et là, l'on s'entretient Des nouvelles du jour..... oui, souvent au parterre On y parle commerce et l'on fait une affaire ; Et l'acteur qui voit trop qu'il n'est pas entendu Fait pour se distinguer un effort superflu. Ah! ce n'est qu'à Paris que vraiment on écoute , Qu'en silence on jouit du plaisir que l'on goûte, Que l'on suit pas à pas l'ingénieux auteur Qui charme votre esprit pour arriver au cœur. Plaisirs que j'ai perdus, combien je vous regrette! ACTE V, SCÈNE I. 99 A Paris on existe, en province on végète. Mais je me suis promis de cacher mes regrets; Mon cher époux prétend qu'ils sont très-indiscrets; Et j'ai des habitans encouru la disgrâce Pour ne pas avoir su m'ennuyer avec grâce..... Mais le thé nous attend. Qu'avez-vous donc, Candor? Je vous trouve rêveur. CANDOR. Non je pensais encor..... SOPHIE. Vous n'avez pas parlé de toute la soirée ? MADAME F R AlfV I LLE. Au théâtre tantôt, j'ai vu dès votre entrée..... CANDOR. Bon, vous avez cru voir..... MADAME FRANVILLE. INon, certainement non. Pendant lout le spectacle, ah! pas un seul bonbon. Vous qui, toujours placé près de moi dans ma loge, Pour le plus petit soin méritiez un éloge : Vous êtes un ingrat, je ne vous aime plus. saint-gérant , souriant malignement. Par ces reproches-là vous le rendez confus. Je vois, mon cher Candor, qu'un rien vous contrarie: J'ai causé son humeur sans en avoir l'envie; Il voulait me mener chez un homme de loi, Et des papiers remis..... CANDOR. Monsieur, permettez-moi..... ioo LE FAUX BONHOMME, S AINT-GÉRANT. J'en puis sans nul danger être dépositaire. camdor , effrayé. Mais le secret..... SAINT-GÉRANT. Demain nous finirons l'affaire. CANDOR. Vous m'aviez dit tantôt..... SAINT-GÉR ANT. Seriez-vous inquiet? CANDOR. Au contraire, monsieur, je suis très-satisfait. MADAME frasVille, Avec vos beaux discours notre thé reste à faire : En nous le préparant, il pourra se distraire; C'est l'emploi qu'il remplit le soir à la maison : S'il est absent le thé me paraît bien moins bon. Donnez-moi votre main. saint-gérant, a part. Il jure au fond de l'âme. madame franville , le regardant a"un air sérieux. Oui, vous avez ce soir un air de mélodrame. (ASophie et à Saint-Gérant.) Vous nous suivez ? ACTE V, SCÈNE II. 101 SCÈNE II. SAINT-GÉRANT, SOPHIE. SAINT-GÉRANT. Ailez, car moi je n'irai pas. Si Candor demandait ce qui retient mes pas, Dites-lui cpie je viens de sortir pour affaire. SOPHIE. Entre vous et Candor il est donc un mystère ? Je vous trouve toujours dans une activité..... SAINT-GÉRANT. Ali! pour bien moins, Sophie, on serait agité; Songez donc que je suis le moteur d'une intrigue; Que je déjoue ici l'impudence et la brigue; Et que, pour arriver au but que j'entrevois, Il m'a fallu tromper tout le monde à la fois. Sophie. Sans doute, vous trompez; et c'est ce qui me fâche. SAINT-GÉRANT. La justice et l'amour ont ennobli ma tâche. SOPHIE. Ne pouviez-vous user d'un tout autre moyen? SAINT-GÉRANT. On n'intrigue jamais avec les gens de bien. Avec un fourbe adroit il faut un avantage; Ce n'est qu'en se masquant qu'on peut voir son visage. Retournez au salon. LE FAUX BONHOMME, SCÈNE ni. SAINT-GÉRANT, DUMONT, entrant par la gauche. SAINT-GÉRANT, il DuiHOnt. Ali! monsieur le caissier, Si Franville en ces lieux arrivait le premier, Dites-lui qu'à présent tout va le mieux du monde, Que le fourbe Candor à ravir me seconde, Et que chez le préfet je me rends de ce pas. (11 sort.) SCÈNE IV. DUMONT seul. Quoi! le fourbe Candor! Eh! je ne comprends pas..... SCÈNE V. DUMONT, FRANVILLE. franville, dans le fond. Je ne peux plus long-temps demeurer solitaire : Cette contrainte encor redouble ma colère; Seul dans mon cabinet je ne peux plus rester. Dût l'aspect de Candor me forcer d'éclater..... Je prétends..... dumont , apercevant Franville. Ah! c'est vous! qu'à propos je vous trouve! Je dois vous exprimer le chagrin que j'éprouve. Mais apprenez d'abord que vous avez chez vous..... (C'est un homme échappé de la maison des fous.) ACTE V, SCÈNE V. io3 Un certain étranger qui dans son insolence Parle du bon Candor avec irrévérence. Il le traite de fourbe; oui, le fait est certain.... FRANVILLE. L'étranger a raison, c'est le plus grand coquin..... DUMONT. Quoi! FR AN VILLE. C'est la vérité. DUMONT. Mais sa figure bonne..... FRANVILLE. N'est qu'un masque trompeur que le traître se donne. DUMONT. Et ce regard si doux?.... FRANVILLE. Laissons ce malheureux. Mais que t'a dit notre hôte en sortant de ces lieux? Dans ma position j'attends tout de son zèle. DUMONT. A ses mots outrageans ma colère était telle..... Que je ne sais pas trop ce qu'il a dit ou fait : Pourtant je crois qu'il est allé chez le préfet. fran villj:. Mon cher Dumont, fais-moi le plaisir de t'y rendre; Dis-lui qu'en ce moment je ne puis plus attendre, Que la fureur m'égare, et que, s'il ne vient pas, Je crains de me livrer à de honteux éclats Qui pourraient sans retour ruiner ma Sophie. io/, LE FAUX BONHOMME, D TJMONT. Ruiner?... quoi! monsieur.....mais quelle autre folie?... FRANVILLE. Bientôt tu sauras tout. Le temps est précieux. Va dire à l'étranger qu'il revienne en ces lieux; Que je l'attends. DU MONT. (A part en sortant.) J'y vais..... Candor un misérable!.... Ah! s'il n'est pas un ange... il faut qu'il soit un diable, (Il sort.) SCÈNE VI. FRANVILLE seul, s'asseyant a gauche. Non, jamais mon esprit ne fut plus tourmenté. Je souffre.....je respire avec difficulté..... En vain de cet ingrat je cherche à me distraire, A fuir le souvenir du passé qui m'éclaire. Et moi, qui, dans le feu du transport le plus doux r De ma fille aujourd'hui voulais le rendre époux! (11 se lève. ) Ce méchant devait-il..... Evitons sa présence : Je l'ai promis d'ailleurs, je le dois par prudence. Cependant malgré moi je me sens emporté Par un secret désir de voir sa fausseté; D'épier son regard, et dans son doux sourire D'aller chercher le mot que sa bouche va dire. ( Candor parait, dans le fond du theMtre.) Le voilà justement. Je devrais m'en aller : Non, non, je ne le puis, et je veux lui parler. En m'observant de près, je saurai me contraindre. Je ferai plus encor, je vais tacher de feindre. ACTE V, SCENE VII. r SCÈNE VII. CANDOR, FRANVILLE. FRANVILLE. Que cherches-tu, Candor? tu parais inquiet..... candor, cherchant des yeux Saint-Gerant. Oui, c'est cet étranger..... FRANVILLE. Cet étranger te plaît? CANDOR. Beaucoup..... Il est sorti? FRANVILLE. Je ne puis t'en instruire. CANDOR. Sais-tu quelle raison chez toi l'a pu conduire? FRANVILLE. 11 m'est recommandé ; j'ai cru de mon devoir D'offrir cette maison, de l'y bien recevoir. CANDOR. Tu ne le connais pas? FRANVILLE. En sais-tu davantage ? As-tu quelque rapport avec ce personnage? CANDOR. Non. Je réfléchissais qu'il faut être prudent, Que par des étrangers on est trompé souvent. io6 LE FAUX BONHOMME, FRANVILLE. Cette réflexion me paraît assez bonne. Tu crois donc qu'il ne faut se fier à personne? CANDOR. J'excepte les amis. franville, ironiquement. Les amis comme toi, Qui d'être confians se sont fait une loi. Ah ! tu connais aussi tout le fond de mon âme ; Ton esprit franc et droit m'encourage et me blâme. C'est grâce à tes conseils que je trouve aujourd'hui Dans ton amitié noble un secourable appui. J'ai perdu mon emploi; mais l'époux de ma fille M'a promis le bonheur au sein de ma famille. c ANDOR. Tu dis que ton emploi.....Mais rien n'est décidé. FRANVILLE. On m'écrit de Paris qu'il vient d'être accordé. C ANDOR. Mais tu dois à l'emploi savoir qui te succède? FRANVILLE, se contraignant. On m'a caché le nom. Celui qui le possède , Si j'en crois ce qu'on dit, est un ancien ami Qui pour me supplanter bassement m'a trahi. Mais pourquoi, cher Candor, renouveler ma peine ? Ah! parlons bien plutôt de cette douce chaîne..... C ANDOR. Qu'il m'est doux cet hymen! qu'a fait ton successeur Contre toi? ACTE V, SCÈNE VIL i<>- FKANVILLE. Ce que fait un dénonciateur. Laissons ce misérable, et parlons, je te prie, Des paisibles travaux de ma nouvelle vie. Ma Sophie et Candor sauront les partager. CANDOR. Oui, c'est à tes enfans à te dédommager. Mais es-tu bien certain que l'ami qu'on accuse Pour obtenir ta place ait employé la ruse? FRANVILLE. Je connais, cher Candor, les moyens qu'il a pris. Pourquoi le défends-tu? Je dois être surpris..... Toi, pour mes intérêts si zélé d'ordinaire, Tu viens..... mais songe donc que je serai ton père, Que nous devons tous deux nous retirer aux champs, Que tes soins empressés..... Et mes petits-enfans ? CANDOR. De me parler ainsi ce n'est pas ta coutume. Dans ce que tu me dis je vois de l'amertume. FRANVILLE. Il se peut, en effet, dans ma position, Qu'aujourd'hui je ressente un peu d'émotion; Quand on perd une place, et quand on voit un traître..... CANDOR. De te la conserver quelque moyen peut-être..... FR ANVILLE. Impossible : au ministre on m'a représenté Comme un homme odieux, presque sans probité. CANDOR. Comment! tu dis... mon cher... io8 LE FAUX BONHOMME, FRAN VILLE. Jusqu'à ma pauvre femme Dont l'esprit trop méchant s'est attiré le blâme. CANDOH, Ah! FRANVILLE. Puis de ma jeunesse on cite les erreurs. CANDOR. Oui? FR AN VILLE. Mes torts sont publics, et je n'ai point de mœurs. CANDOR. Mais..... FRANVILLE. Et je suis enfin un homme méprisable. Pourtant mon successeur tout-à-fait charitable, Qui devait épouser..... candor , dans le plus grand trouble. Il est..... FRANVILLE. Tout près rie moi : Ce fourbe , ce méchant ; cet infâme..... c'est toi ! CANDOR. Mon ami!.... FRANVILLE. Ton ami ! CANDOR. Toujours à la colère Tu te laisses aller. FRANVILLE. Comment peut-on se taire? ACTE V, SCÈNE VII. 109 CANDOR. En parlant doucement on pourrait s'expliquer. FRANVILLE. Mais dis, à tout cela que peux-tu répliquer? CANDOR. Comment puis-je parler? tu ne veux pas m'entendre.... FRAN VILLE. A ce ton de douceur ne crois pas me reprendre. CANDOR. Si tu veux m'écouter..... FRANV1LLE. Nous rompons pour jamais. CANDOR. Tu seras, j'en suis sûr, honteux de tes excès. FRANVILLE. Pour vous justifier, eh! que pourriez-vous dire? Au ministre, monsieur, vous ferez mieux d'écrire. CANDOR. Dans une telle affaire une lettre n'est rien ; Et tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour ton bien. FRANVILLE. Pour mon bien, j'en suis sûr. CANDOR. Oui, voyant ta disgrâce, Sachant depuis long-temps que tu perdais ta place, J'ai cru de mon devoir d'obtenir malgré toi Cette grande faveur : car enfin cet emploi, Tu l'aurais conservé pour l'époux de ta fille, no LE FAUX BONHOMME, Et ton honneur voulait qu'il fût dans ta famille. Je t'ai même parlé tantôt à ce sujet ; Et si tu m'as paru rejeter ce projet, Devais-je y renoncer? Si ta misanthropie, Que tu dois au chagrin, te fait changer de vie, Dois-je te seconder, quand peu de temps après Je puis te voir en butte à de cuisans regrets? Non, Franville ne peut me blâmer de mon zèle; A tous les gens sensés aujourd'hui j'en appelle: De ma conduite enfin je ne dois pas rougir, Et je ne t'ai trahi que pour mieux en agir. FRANVILLE. J'admire avec quel art ce perfide en impose, Et quel tour il essaie à donner à la chose. Mais tes efforts sont vains, je pénètre ton cœur; J'y découvre à présent tout l'art d'un imposteur. Mais en quoi, malheureux était-il nécessaire De parler de mes torts et de mon caractère? Et pourquoi donc aussi, calomniant mes mœurs, Révéler sans motif mes anciennes erreurs?.... En épousant ma fille, aussi riche que sage, Monsieur dit qu'il m'honore et qu'il me dédommage! CANDOR. J'ai vu comme un honneur... FRANVILLE. Toi son époux, grands dieux Ah! je l'accorderais au dernier malheureux, Plutôt que de te voir l'époux de ma Sophie. Mais sachons à quel point ira ta perfidie ! Vous avez un écrit inutile en vos mains Qui devait de ma fille assurer les destins, ACTE V, SCÈNE VII. ni Si mon trépas.... Eh quoi! vous changez de visage? Je l'ai trop deviné : ce trouble me présage Qu'il n'est rien de sacré pour le cœur d'un méchant. Tu ne me rendras pas le bien de mon enfant! Et, t'appuyant des lois contre ma confiance, Tu vas punir mon cœur d'un excès de prudence; Oui, tu vas te venger, te voyant reconnu, De l'accablant mépris que pour toi j'ai conçu. Mais si tu veux pourtant échapper au scandale Qui portera sur toi la haine générale, Si tu veux tout calmer, il n'est qu'un seul moyen : C'est d'annuler l'écrit qui te donne mon bien. Allons, prends ce papier. ( Lui montrant la table. ) CANDOR. Et comment puis-je écrire?... FRANVILLE. lu pourrais hésiter?.,.. CANDOR. Avant je dois vous dire.... FRANVILLE. Non, je n'écoute rien. CANDOR. Mais lorsque vous saurez..... FRANVILLE. Ce que je vais dicter, morbleu! vous l'écrirez. CANDOR. La violence? oh! ciel! FRANVILLE. J'ai la tête perdue ; La haine et le courroux obscurcissent ma vue..... lia LE FAUX BONHOMME, Je ne me connais plus..... Tu me rendras raison..... (Candor va pour sortir.) Ne crois pas m'échapper. Hors de cette maison La mort saura punir ta lâche perfidie , Ou combler tes forfaits si tu m'ôtes la vie. Viens, suis-moi. CANDOR. Non, monsieur. FRANVILLE. Morbleu ! CANDOR. Je n'irai pas. FRANVILLE. Si tu fuis! CANDOR. Laissez-moi. FRANVILLE. Je m'attache à tes pas. SCÈNE VIII. CANDOR, MADAME FRANVILLE, FRANVILLE, SOPHIE. MADAME FRANVILLE. Mais quel bruit ! qu'avez-vous ? FRANVILLE. Dieux! ma femme et ma fille! candor, a Franville. Ah! se peut-il, monsieur, qu'un père de famille?.... Vouloir que d'un ami j'aille percer le sein ! ACTE V, SCÈNE VIII. u 3 MADAME FRANVILLE. Que dit-il? SOPHIE. Ah! mon père!.... CAS DOR. Etre son assassin ! J'aimerais cent fois mieux devenir sa victime Que de vouloir jamais me souiller d'un tel crime. MADAME FRANVILLE. Quoi! Franville voulait?.... SOPHIE. Et quelle est la raison? c AN DOR. Il noircit son ami du plus honteux soupçon. franville , en colère. Son ami ! CANDOR. C'est eh vain que je Je désabuse ; Malgré tous mes discours il m'accuse de ruse. FRANVILLE. Ah! le monstre! CANDOR. Il me traite ainsi qu'un malheureux: Il vient de m'accabler de noms injurieux. MADAME FRANVILLE. Se peut-il? FRANVILLE. L'impudent ! CANDOR. Mais quand on est sincère ; Et quand le cœur n'a point de reproche à se faire..... 8 i,4 LE FAUX BONHOMME, FRANVILLE. Grands dieux ! MADAME FRANVILLE. Laissez parler. CANDOR. On peut patiemment Supporter d'un ami le prompt égarement. Ah! personne jamais ne me vit en Colère. FRANVILLE. Si..... CANDOR. Je n'outrage point l'ami que je révère. FRANVILLE. Vous osez..... CANDOR. Il le sait, je crains peu son humeur. FRAB Vil.LE. Ah! CANDOR. Sa vivacité ne tient qu'à son hon cœur. FRANVILLE. Comme il garde son masque ! MADAME FRANVILLE. Et vous par une injun CANDOR. Il ne me hlesse pas. Lorsque notre âme est pure..... FRANVILLE. L'âme d'un scélérat! MADAMIi FRANVILLE. Encore ! ACTE V, SCENE VIII. n5 CANDOR. Oh ! laissez-le à son gré S'emporter contre moi, je serai modéré; Et jamais sa fureur ni son aveugle haine Ne rompront le doux nœud qui près de vous m'enchaîne. Il viendra le moment qu'il entendra raison ; Et je serai toujours l'ami de la maison. MADAME FRANVILLE. Il a beau vous prier , de lui rien ne vous touche. FRANVILLE. Quoi! MADAME FRANVII.LE. Des mots outrageans sortent de votre bouche. F ran v i lle , en Jiireur. Mais l'enfer!.... MADAME FRANVILLE. Il répond avec calme à cela : Puisqu'il est modéré, c'est vous qu'on blâmera. FRAIS VILLE. Puis-je parler enfin, et, lorsque tout m'accable, Donnerez-vous raison à l'homme abominable..... MADAME FR AN VILLE. Ah ! vous recommencez. FRANVILLE. Morbleu! dans mon dépit..... Tant d'obstination me fait perdre l'esprit. Comment, auprès des miens je n'ai pas un refuge! C'est ainsi qu'est le inonde, et voilà comme on juge! Le plus vil imposteur, trompant votre amitié, Viendra vous dénoncer sans pudeur, sans pitié, ^ u6 LE FAUX BONHOMME, Et si vous dévoilez cet homme méprisable, S'il répond doucement, vous serez le coupable! Ses amis complaisans crîront avec douceur Que l'on a très-grand tort d'attaquer son honneur, Et qu'il vaut beaucoup mieux devenir sa victime Que de lui reprocher publiquement son crime! Voilà comme un infâme est toujours triomphant. Et moi je dis qu'il faut signaler un méchant; Que plus à se défendre il emploîra d'adresse, Plus on doit en public lui prouver sa bassesse; Ainsi comptez, monsieur, sur mon ressentiment; Et, quand je le pourrai, sur votre châtiment. SCÈNE IX. CANDOR, MADAME FR AN VILLE, SAINT-GÉRANT, FRANVILLE, SOPHIE, DUMONT. MADAME FRANVILLE. Ah! que notre inconnu nous serait nécessaire! (A Saint-Gérant qui entre. ) Arrivez donc, monsieur, car nous avons la guerre. Entre de bons amis empêchez un éclat : On crie, on se querelle, on parle de combat; Et moi, seule au milieu d'un bruit épouvantable, Pour la première fois je suis très-raisonnable. SAINT-GÉRANT. Je connais le sujet, qui brouille les amis : Monsieur Franville a tort. fR AN VILLE. Comment ? ACTE Y, SCÈNE IX. 117 MADAME FRANVILLE. C'est mon avis. ( A Franville. ) On ne voit point sur quoi ce grand courroux se fonde ; Vous êtes condamné, mon cher , par tout le monde. (A Saint-Gérant. ) Mais à présent, monsieur, que l'arrêt est porté, Sur quoi les deux amis ont-ils donc disputé? SAINT-GÉRANT. Eh mais, presque sur rien, sur une bagatelle, Et qui va s'éclaircir bientôt, grâce à mon zèle. En peu de mots, voici tout ce dont il s'agit. (Montrant Candor. ) Votre époux est trop franc ; monsieur a de l'esprit, Un esprit au courant de tout ce qui se passe; Il sait que son ami bientôt perdra sa place, Et qu'on l'a dénoncé..... comme on dénonce enfin Pour perdre le rival qu'on trouve en son chemin. Que fait-il? Inspiré par son amitié tendre, Il court vite à Paris, mais c'est pour le défendre ; Il parle en sa faveur, et le défend si bien , Que de son bon ami c'est lui qui prend le bien, Mais par un bon motif, et que l'honneur respecte. MADAME FRANVILLE. L'emploi de mon époux! CANDOR. A tort on me suspecte. Madame, vous saurez que c'était mon devoir, Et que je devais donc..... n8 LE FAUX BONHOMME, SAINT-GÉRANT. Le prendre pour l'avoir, Sans doute; mais bientôt il vient au ministère ( Montrant CanJor. ) Certain renseignement qui sur monsieur l'éclairé : On sait par le préfet que le bon successeur A pour intime ami le dénonciateur. Le ministre s'indigne, et veut qu'on aille vite Chez l'ancien receveur l'aire exacte visite, Et que si de ses fonds l'ordre est bien établi, 11 soit dans son emploi sur-le-champ rétabli. Le préfet obéit, on visite la caisse; Du généreux comptable on vante la sagesse, Et dans ses fonctions il reste maintenu. Fit ANVILLE. Quoi! je suis..... satWT-GÉRANT. Vous voyez, c'est un malentendu Qui ne dénoûra point les liens agréables Qu'entre eux avaient formé deux hommes respectables. ddmont, à part. Ah ! nous restons encor. c and oit, h Saint-Gérant. Monsieur, je vous entends, Et vos discours amers..... SAINT-GÉRANT. Dites donc innocens. Vous êtes un ingrat..... Pcrdrai-je l'avantage De revoir mon ami dans son petit ménage? ACTFV, SCÈNE IX. n 9 A propos, j'oublia-' votre nantissement, Ce titre indispen? D ' e au cautionnement : Comme vous nV ez P' us aucun besoin d'en faire, Vous le rendra monsieur, me semble nécessaire. (Il f;iit un mouvement pour tirer son portefeuille.) FRANVILLE. Ce titre sur mes biens, quoi ! vous l'avez, monsieur? Ah ! gardez..... CANDOR. Pouvez-vous d'une semblable horreur Me soupçonner, Franville ? Ah! d'un dépositaire J'eus et j'aurai toujours le noble caractère; Et si je disposai de l'écrit important Qui devait assurer le sort de votre enfant, Mon hymen projeté..... FRANVILLE. N'en parlons plus , de grâce ! SAINT —GÉRANT, a Candor. Je vois que vous perdez la future et la place. CANDOR. C'est assez. Je découvre en vous..... SAINT-GÉRANT. Votre rival, Et vous avez raison de me vouloir du mal. CANDOR. Je ne vous en veux pas... plus qu'à monsieur Franville. Et je suis trop connu , trop aimé dans la ville, Pour redouter l'effet de propos indiscrets. Oui, mes nombreux amis prendraient mes intérêts. Exercez donc sur moi toute votre malice; 120 LE FAUX BONiQMME, C'est au temps, au public, à me. en( ],. c justice. Loin de vous imiter, moi qui vous amie tous, Je ne dirai jamais qu'un très-grand'-,j en d e vous; Et ce ton modéré prouvera, je l'espèi Que Candor ne sait point changer de c». ac tère. ( ^ort. ) SCÈNE X. MADAME FRANVILLE, SAINT-GÉRAKT, FRANVILLE, SOPHIE, DUMONT. fii AN ville, a Candor qui sort. Eh ! va-t'en , misérable ; on ne m'abuse plus. DUMONT. Qui pouvait ne pas croire à ses fausses vertus! MADAME FRANVILLE. De tout ce que j'entends je reste stupéfaite..... Lui qui m'avait séduite avec son air honnête. SOPHIE. Ah! Saint-Gérant! franville, étonné. Monsieur!., c'est votre nom? comment f Vous le fds du ministre?.... MADAME FRANVILLE. Et de plus un amant. SOPHIE. Oui, mais ce fils..... saint-gérant, à Franville. Croyez qu'il peut être le vôtre. ACTE V, SCENE X. lai FRANVILLE. Ali! monsieur, cet honneur... MADAME FRANVILLE. En voilà bien d'un autre. Enfin l'avais-je dit? Grâce au déguisement L'amant épousera. C'est le vrai dénoûment. saint-gérant , prenant la main de Sophie. Il fera mon bonheur et celui de Sophie; » FRANVILI, E. Aurais-je dû m'attendre à tant de perfidie ? Pour moi quelle leçon! Si jamais la bonté..... SAINT-GÉRANT. Craignez de voir aussi partout la fausseté : S'il est quelques médians qui , pour cacher leur vice, D'une aimable apparence empruntent l'arlifice, Bien plusd'hommes encor son bons , vrais, indulgens; Et pour notre bonheur croyons aux bonnes gens. FIN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE.