L'ARMURE, ou LE SOLDAT MOLDAVE> MÉLODRAME EN TROIS ACTES, de MM. CUVELIER et LÉOPOLD, Musique de MM. Alexandre et le Blanc, Ballets de M. Lefèyre ; RErnÉSENTÈ pour la première fois à Paris, sur ic Théâtre de la Gaîté, le ao octobre 1821. Prix : 75 cent. \ m on PARIS Chez TOLLlîT, Libraire-Éditeur de Pièces de Théâtre, rue du Temple, n° 36, vis-à-vis celle Chapon; J.-N. BARBA, Libraire, Palais-Royal, derrière le Théâtre-Français, n° 5i ; Madame HLET, Libraire, rue de Rohan, n° ai. vwwwvyvx* 1821. PERSONNAGES. ACTEURS, ZEMISCÈS, riche Boyard et Slarostc de Tomarova, en Moldavie. M. Ferdinand. BORESLAW, son neveu, aga ou colonel de l'orta de Tomarova. M. Caron. IVAN, jeune soldat du même régiment. M. Victor. ALEXANDER, sénéchal de la Starostic. M. Lequièn. STEVAR, Bessarabe, valet et confident de Boreslavr. M. Parent. RINOWICH, bas officier de l'orta. M. Mercier. FRACOLOS, paysan. M. Hyppolite. TRENRVALD, vieux major de l'orta. M. Hiret. PHÉDORA, jeune fille orpheline, crue sœur d'Ivan. Gougibus. Un Paysan moldave. M. Blanchard, Ecuyers, officiers et serviteurs de la suite du Staroste. Soldats de l'orta. Bandits bessarabe». Paysans et paysannes moldaves. La scène se passe à Tomarova dans la Moldavie, sur les confins de ta Bessarabie , et non loin du Pruth cl du Danube , dans le seizième siècle. < ^ IMPRIMERIE DE 1, SMITH. col L'ARMURE, ou LE SOLDAT MOLDAVE. imivmi™mimMvï\\m\it«\vi\\\\m«nm»u\w«i\> ACTE PREMIER. Le Théâtre représente une campagne. Au fond est une colline avec un chemin tournant; au pied de la colline, a gauche de l'acteur, on voit l'entrée d'un antique monastère; on j parvient par plusieurs marches. A droite, a l'avant scène, une forte haie forme la clôture d'une petite maison rustique, qu'on dislingue au fond d'un jardin; dans la haie se trouve une barrière en bois ; en face un sycomore isolé avec un banc de mousse. SCÈNE PREMIÈRE. ALEXANDER, PHÉDORA, FRACOLOS, gardes, peuple. ( Au lever du rideau les serviteurs et gardes du Staroste sont auprès du monastère. Près d'eux, et plus en avant sont des paysans et paysannes moldaves de la Starostie ; ils sont groupés dans l'attitude de la supplication.Phédora et Fracolos à la porte du jardin font partie des groupes, au milieu desquels est le sénéchal Alexander.) ALEXANDER. Tranquiliseï-vous, mes amis, vos désirs seront bientôt connus du Staroste. Zémiscès, votre bon et vénérable maître, recevra vos vœux en sortant de ce saint monastère, où maintenant il est prosterné sur les marches de l'autel, pour i* ( 4 ) remercier le ciel de la paix qu'il vient de rendre à la Moldavie. (Les paysans témoignent Jeur satisfaction, et se prosternent près du pérystile du monastère, dans l'intention de joindre leurs prières à celles de leur noble maître. ) SCÈNE II. îks mêmes, LE STAROSTE, ZEMISCÈS. ( Les gardes font un mouvement qui annonce l'approche du Starostc; il paraît bientôt sur les marches du monastère, précédé par ses écuyers. ) LE STAROSTE. Que voulez-vous mes enfans? ALEXANDER. Seigneur, c'est par mon organe que vos vassaux osent implorer leur père, et déposer à ses pieds l'expression de leurs vœux. LE STAROSTE. Vous êtes tout à la fois le sénéchal et l'ami de votre maître; respectable Alcxander, je suis prêt à vous entendre. Alexander aux paysans. Vous le voyez, mes amis, le Slaroslc conseilla recevoir vos demandes. Retirez-vous avec calme, avec confiance; je vous ferai connaître avant peu la réponse de votre généreux seigneur. (Tous s'éloignent avec respect de divers cotés. I'hédora et Fraeolos rentrent dans la maison après avoir salué Alcxander, qui jette sur rhédora un regard de bienveillance. La barrière du jardin est fermée; 1rs serviteurs et les écuyers se rangent au pied de la colline.) SCÈNE III. LE STAROSTE, ALEXANDER , serviteurs au fond. LE STAROSTE. Qu'avez-votis donc h me dire, mon cher AlexanuYr'; 1 ( 5 ) \ IJiXANDER. Que vos bons paysans, tranquilles sous votre autorité paternelle, voient avec inquiétude s'approcher l'instant où ils cesseront de jouir de la paix que votre sagesse fait fleurir parmi eux. Je ne puis vous le cacher, seigneur, la crainte est dans tous les cœurs. LE STAROSTE. Qui peut la faire naître? ALEXANDER. Les habitans de ïomarova connaissent l'intention où vous êtes de quitter la dignité de Staroste, pour la faire passer sur la tfitc de votre neveu, et ils craignent, avec raison peut-être, la domination d'un nouveau seigneur. LE STAROSTE. Parvenu au terme de ma carrière, désirant consacrer au repos et au souvenir des êtres chéris que j'ai perdus le peu de jours qui me restent, ne puis-jc donc quitter une dignité qui n'a plus de charmes pour moi, sans alarmer mes vassaux ? ALEXANDER. Avez-vous le droit de sacrifier le bonheur de tous à votre tranquillité personnelle ? le staroste avec mécontentement. Alexander ! ALEXANDER. Pardon, seigneur; mais je vous ai promis la vérité , et vouï m'honorez du titre d'ami. LE STAROSTE. Ainsi vous désapprouvez la résolution que j'ai prise ? ALEXANDER. Oui, seigneur; mais en ce moment songez que ce n'est pas en son nom seul qu'Alexander vient de vous parler. - LE STAROSTE. Hélas! dix-huit années se sont écoulées depuis cette nuit désastreuse où les ennemis de nos lois, de notre culte, les farouches défenseurs du croissant, pénétrèrent dans la Moldavie, incendièrent mon château, et massacrèrent mon épouse et mon fils. Le souvenir de cet affreux événement m'en fait encore éprouver toute l'horreur. Accablé sous le poids du désespoir, j'aurais quitté dès-lors le titre de Staroste, et peut- être la vie; mais ma patrie était au pouvoir des ennemis de ( 6 ) la croix : j'ai senti que la gloire de la Moldavie m'imposait le sacrifice de conserver l'un et l'autre. Maintenant qu'une paix honorable signée par le hospodar, notre souverain, a consolidé notre tranquillité,notre indépendance, ne puis-jc abandonner le gouvernement de mes domaines, à celui qui doit l'avoir un jour par les droits de la naissance et les lois de notre pays? alexander vivement. Gardez-vous, seigneur, de presser cet instant funeste : laissez à vos vassaux l'espoir que votre exemple et vos leçons parviendront à ramener dans le chemin de la modération le jeune guerrier que les lois appellent à les gouverner. Livré aux passions les plus ardentes, et n'écoutant que la voix des ambitieux qui l'entourent, le colonel Boreslaw détruirait maintenant la sage administration que vous avez établie dans vos domaines héréditaires. Il porterait le désordre dans cette contrée; il provoquerait la guerre, et par son imprudence il plongerait peut-être la Moldavie dans un abîme de maux incalculables. LE STAROSTE. Quel tableau vous me présentez ! ALEXANDEB. II est affreux, mais il est vrai. LE STAROSTE. Quoi ! Boreslaw?.... ALEXANDEB. N'est que votre héritier, et déjà son nom devient l'effroi des nombreux et paisibles cultivateurs de Tomarova. LE STAROSTE. Aucunes plaintes ne sont venues jusqu'à moi. ALEXANDEB. Dirigé par le Bessarabe son valet et son confident, l'astucieux Stevar, Boreslaw sait les étouffer à force d'or et de menaces. LE STAROSTE. Que m'apprenez-vous, Alexander? ALEXANDER. La vérité, seigneur. Parlez : que répondrai-je à ces bons villageois qui ont mis en vous toute leur espérance ? le staroste vivement ému. Qu'elle ne sera point trompée. Vos prières et leurs vœux ( 7 ) ont changé mes résolutions. Alcxander, retournons à Totna- rova. Faites assembler tries écuyers, mes officiers les plus fidèles. Nous discuterons ensemble les intérêts de mes vassaux, et s'il le faut, je m'y sacrifierai ; oui, je serai digne de leur amour et de leur confiance. Venez. ( Mouvement des serviteurs, qui sur l'ordre du Staroste, font quclquos pas pour l'accompagner, Boreslaw et Stcvar paraissent sur la colline.) SCÈNE IV. les mêmes, BORESLAW, STEVAR. (En apercevant le Staroste, Boreslaw s'arrête; il s'incline devant son oncle, et s'avance vers lui en affectant le plus grand respect. ) BORESLAW. Seigneur, j'ai respecté vos ordres, et quoiqu'il m'eût été plus agréable de ne point vous quitter, je me suis gardé de troubler votre retraite au fond de ce monastère. L'aurore qui vient de naître doit vous rendre à notre amour; daignerez- Yous permettre que dans ce jour consacré ;\ des devoirs non moins augustes, mais plus doux, votre dévoué neveu, votre fils adoptif soit le premier à vos offrir ses vœux et ses hommages au nom du brave régiment de Tomarova? LE STAROSTE. Colonel, j'accepte l'expression de vos sentimens, et ceux de vos guerriers; j'aime à croire qu'ils sont sincères. boreslaw surpris du ton du Staroste. Pouriez-vous en douter? le staroste fixant ses regards sur lui. Avant peu je vous en demanderai la preuve. boreslaw se livrant à un premier mouvement. Parlez, seigneur, et s'il faut encore verser pour vous mon sang, si souvent prodigué dans les champs de l'honneur, à la tête de nos braves.... le staroste froidement. Je connais votre vaillance ; mais elle ne suilit pas seule dans un homme destiné à gouverner un jour de nombreux vassaux : il est d'autres vertus qu'il faut pratiquer, d'autres talcns qu'il doit acquérir. ( 8 ) houi.slaw reprenant un ton plus modéré. Votre exemple m'apprit dès long-temps à connaître tous mes devoirs. LE STAROSTE. Prêt à descendre dans la tombe, il me reste encore un devoir à remplir , celui de laisser à mes vassaux un père qui sache maintenir leur repos, assurer leur bonheur. boreslaw avec embarras. Tel est le but de toutes mes actions. le staroste jetant un coup d'œtt sévère sur Slcvar. Evitez surtout les perfides conseils qui pourraient vous en éloigner. Je retourne dans mon château : bientôt je me montrerai aux guerriers que vous commandez ; c'est alors que vous connaîtrez ma volonté, et ce que j'attends de vous.(// sort avec Alexander, ses gardes et serviteurs, laissant Boreslaw interdit.) SCÈNE V. BORESLAW, STEVAR. boreslaw après un moment de silence. Stevar, que signifie ce langage ? STEVAR. Il serait fort alarmant, si nous ne nous étions mis dans la situation de ne plus rien avoir à redouter. boreslaw réfléchissant. Ce regard sévère qui semblait vouloir pénétrer mes plus secrètes pensées, ces reproches indirects, cachés sous une bienveillance apparente... STEVAR. Surtout le silence affecté du sénéchal; car vous le savez, seigneur, Âlexander a toujours cherché à vous nuire dans l'esprit de votre oncle... BORESLAW. Serait-ce lui, qui par ses perfides discours aurait décidé Zemiscès à conserver la dignité de Staroste et cet immense héritage qu'il voulait me laisser, pour passer le reste de ses jours dans la retraite ? Ah ! s'il en était ainsi, je sens que je serais capable de tout pour déjouer des intrigues aussi contraires à mes projets. ( 9 ) STEVAR. C'est en vain que le sénéchal Alcxander voudrait tenter de eonserver la magistrtaurc et le gouvernement des biens de To- inarova sous le nom d'un maître qu'il dirige à son gré ; votre oncle s'est trop avancé pour rétrograder : ( avec ironie ) oui , il faut que le Starosle jouisse au fond de ce saint monastère de la tranquillité qu'il désire depuis si long-temps , auprès des restes inanimés de ce fils que très-heureusement pour vous il a perdu. BORESLAW aVCC Mît SOUpir. Qu'il a perdu ! ( Il regarde la maison an fond du jardin. ) STEVAR. Qu'avez- vous , seigneur? boresi.aw avec inquiétude. Stevar, n'as-tu rien appris sur cet Ivan qui habitait celte maison ? { Il montre le jardin ). STEVAR. Rien : depuis deux ans qu'il a quitté sa mère.,toutes mes recherches sont infructeuses, et sa famille le croit mort. boreslaw , inquiet. Que n'en ai-je la certitude ! STEVAR. Quelle importance mettez-vous donc à découvrir ce qu'est devenu le fils d'un pauvre écuyer au service de votre famille? Je sais bien qu'il y a deux ans, après la mort du vaïvode Siéphanoz votre père , vous eûtes une vive altercation avec cette vieille Martha, veuve de Jussufet mère d'Ivan____ boreslaw avec un regard terrible. o Qui osa résister à mes volontés ! stevar d'un air sombre. Elle a payé cher son opiniâtre résistance , et c'est de ce temps que date la faveur que vous voulez bien m'accorder. boreslaw. Que tu mérites par ton dévouement. 8TEVAR. Et cependant vous mo cachez des secrets.... boreslaw. Que tu connaîtras avant peu ; mais dans ce moment, une inquiétude vague.,.. l'incertitude de mon avenir,.. ( »o ) STEVAE. Croyez-moi, bannissez vos alarmes; retournez sans crainte au château,et laissez faire votre fidèle serviteur: tout réussira au gré de vos désirs. BORESLAW. Fort bien, mon cher Stevar ; tu peux compter sur la reconnaissance de ton maître. stevar avec feu. Son triomphe sera le mien. BORESLAW. Attends en ces lieux les éclaireurs de mon avant-garde, que je viens d'apercevoir sur le revers de la montagne : tu diras à leur chef de se porter vers le lac de llosovo, où le régiment doit se rassembler. Ilsort. SCÈNE VI. STEVAR seul. Je cherche en vain à calmer Boreslaw, une inquiétude secrète semble dévorer son âme.... Qu'il me tarde d'en connaître la cause! ^moment de silence) Quel intérêt pcut-il attacher au sort de ce pauvre Ivan ? pourquoi a-t-il paru surpris de la disparition de ce jeune homme ? et si cet événement n'a rien d'extraordinaire, comment peut-il aussi vivement occuper sa pensée ? ( On entend du bruit,; Stevar remonte pour regarder.) Ah! ah! déjà l'avant-garde de mon ancien régiment. Oui, je reconnais à merveille mon vieux sergent Rinotvich. SCÈNE VII. STEVAR, RINOWICH. einowicu entrant seul et parlant à la cantonade. Halte ! je vais reconnaître le chemin. ( s'approchant de Stevar ) L'ami , n'est-ce pas ici la route du château de Tomarova ? STEVAR. Oui, mon sergent. ( 11 ) RINOWICH. Mon sergent !... eh! mais je ne me trompe pas, c'est bien ce mauvais sujet de.... stevab le saluant. Stevar, pour vous servir. RINOWICH. Eh ! que fais-tu depuis que ta as déserté du régiment? STEVAR. Déserté !... dites en congé sans permission : mais maintenant je suis au service de notre colonel, le seigneur Boreslaw, dont j'ai mérité la confiance par le zèle, la fidélité, l'exactitude... RINOWICH. Ta, ta, la, ta! dis plutôt l'adresse , la flatterie, la fourberie peut-être ; car telles étaient les heureuses qualités qu'on distinguait en toi lorsque tu étais au régiment. stevar riant. Eh bien ! soit; et vous mon sergent, êtes-vous toujours amoureux de toutes les jolies filles que vous apercevez ? RINOWICH. Toujours, mon ami, toujours !... ça ne passe pas, ça. STEVAR. Et le régiment est-il encore ?... RINOWICH. Plus beau que jamais!... C'est singulier, on n'y voit plus de mauvais sujets depuis que tu l'as quitté. STEVAB. On doit bien s'y amuser ! RINOWICH. On s'y distingue, et cela vaut mieux. Nous avons eu constamment l'avantage sur les Turcs, et cela, grûce aux soins d'un officier allemand, du brave Trinkvald, qui nous a formés à la tactique européenne; mais le détachement laissé sous mes ordres par l'officier d'avant-garde m'attend ; je suis à toi dans un moment, (il ya au fond) En avant marche. ( '2 ) SCÈNE VIII. STEVAR , IVAN sous le nom d'Andrew, MNOWICH. ( Soldats tous en armure et avec des casques à visière.) (Le détachement s'avance en ordre au bas delà colline. Dans les rangs est le jeune Ivan, distingué par son air martial et par son armure. En entrant, une douce émotion se peint sur sa Ggurc, et ses regards se tournent avec intérêt vers le jardin.) RINOWICII. Halte! (le détachement n'arrête \ Allons , enfans , nous voilà bientôt à l'endroit où nous devons prendre un peu de repos en attendant le régiment, pour faire notre entrée au château de Tomarova. ivan sans quitter les rangs. De grâce, mon sergent, restons ici un moment. RINOWICH. Eh! pourquoi ici plutôt qu'ailleurs, mon cher Andrew? IVAN. Ah ! c'est que ce lieu me fait naître des souvenirs... (Stcrar écoule au fond). IUNOWICII. Des souvenirs !.... IVAN. Les plus doux. C'est dans cette vallée que j'ai reçu le jour. J'aperçois d'ici le toit paternel... tenez là bas, au fond de ce jardin. STtvAB à part. Que dit ce soldat? (lise rapproche un peu.) iunowich". Parbleu! voilà un heureux hasard. Mais pourquoi donc jus qu'à ce jour ne nous as-tu pas dit ?... IVAN. Oh ! cela tient à une histoire... RINOWICH. Que tu nous raconteras, n'est-ce pas? IVAN. Je ne vois pas pourquoi je tairais plus long-temps une chose aussi simple , que je n'ai cachée que par respect pour les ordres de ma mère. ( »3 ) stevau à pari. Si c'était!... {haut et n'avançant vers lui) Parlez , expliquez-vous, jeune homme. IVAN à liinowich. Vous me permettez donc, mon sergent, de m'arrCter un moment en ces lieux pour voir ma famille ? IUNOWICII. Volontiers; et si le vin du crû est passable, nous en tâterons un coup, n'est-ce pas, l'ami ? IVAN. Sans doute. Je réponds d'avance que ma sœur recevra mes camarades avec le plus grand plaisir. Hélas! ma mère n'existe plus ; j'ai appris celte fatale nouvelle à notre entrée dans la Moldavie. STEVAR. Qui était votre mère? IVAN. ' La veuve d'un pauvre écuyer , mort il y a long-temps au service du vaivode Stephanoz , frère du Starostc, et père de notre colonel. stevar à part. C'est bien cela. IUNOWICII. Mais pourquoi nous avoir caché ces particularités, qui pouvaient servir à ton avancement ? IVAN. Je ne sais trop que répondre à cela. Tout ce que je puis vous dire , c'est qu'il y a deux ans j'étais en Transylvanie pour des affaires de famille , lorsque ma mère vint me trouver dans le plus grand mystère. « Je t'apporte l'ai nmic de ton père, a me dit-elle ; il l'a conquise sur le champ de bataille : puisse- « t-elle te préserver du fer de l'ennemi et des poignards des • traitres 1 » Elle me quitta alors, en me laissant entièrement le maître de disposer de mon sort. Sans trop approfondir ce mystère, cédant aux ordres de ma mère, et à ma propre inclination, je m'engageai sous le nom d'Andrew, et depuis ce temps , entraîné par les chances de la guerre loin de la Moldavie, je n'ai reçu aucunes nouvelles de ma famille. IUNOWICII Est-ce que ce nom d'Andrew n'est pas le ticri ? ( a ) IVAN. Wous me pardonnerez, c'est mon prénom; mois dans ma famille, on m'appelait Ivan. stevar à part. H'ous mes doutes sont éclaircis. IVAN. Voilà toute mon histoire. Je me propose de la raconter au colonel Boreslaw lui-même, lorsque j'aurai l'honneur de lui être présenté, et je lui demanderai sa protection pour le .fils d'un ancien serviteur de son père. Si j'ai des ennemis, qu'ils paraissent; je suis soldat, je ne les crains pas. stevar à part. II faut qu'à l'instant je prévienne... [haut) J'aime ce caractère décidé; je suis bien sûr que le colonel ne sera pas fâché que ce jeune homme revoie sa famille. Mais vous, sergent, ne lardez pas à vous rendre au lieu du rassemblement, près du lac de Rosovo : vous y receviez les ordres du colonel; il m'a chargé de vous le dire. Au revoir, sergent. Adieu brave Ivan, nous nous reverrons. Il sort. SCÈNE IX. IVAN , RINOWICH, soldais. (Après le départ de Stevar, Ivan va s'asseoii sur le banc, au bas de l'arbre , i 8 olé, près duquel il dépose ses armes. Tableau de halte vers le fond.) ivan avec une douce Émotion. Je vais donc revoir ma bonne sœur Phédoral allons, mon sergent, obligez-moi de frapper à cette porte; je ne voudrais pas en me montrant brusquement causer à ma sœur une trop grande surprise. BINOWICH. C'est juste : il faut ménager ceux qu'on aime. IVAN. Frappez un peu fort, parce que la maison est au fond du jardin. RINOWICH. Je ferai sauter la porte pour peu que cela te fasse plaisir. [allant rudement frapper) Holà! quelqu'un! ( «5 ) fbacolos dans la maison Qui est là? BINOWICD. Ouvre ; tu le verras. ivan écoutant. Je crois reconnaître cette voix. Hinowich frappe de nouveau avec impatience. fracolos dans la maison. Un moment donc! on y va. La porte s'ouvre lentement. Ivan baisse la visière de son casque. SCÈNE X. LES MÊMES, FRACOLOS. fracolos entrouvrant la porte, et passant seulement la tête. Ah ! mon Dieu, des soldats ! ( // referme la porte. ) rinowiçh donnant un grand coup de crosse dans la porte. , Ouvriras-tu P fbacolos dedans. Non. rinowiçh frappant plus fort. Morbleu ! nous allons enfoncer la porte ! fbacolos rouvrant, tout effrayé. N'enfoncez rien, seigneur officier. La voilà ouverte. RINOWICH. Bannis tes craintes. fbacolos tremblant. Je suis tout rassuré.....des braves gens comme vous.... certainement ne font pas peur. Que me veut-on? rinowich montrant Ivan. Tiens, voilà celui qui te demande. FRACOLOS. Qui ? cette figure de fer.... là bas, sur le banc ? binowich le poussant. Eh! oui, corbleu! avance donc ( »6 ) fracolos plus effrayé. Mais je ne le connais pas, moi, ce soldat. ivan se levant, te prenant par la main. Nous aurons bientôt fait connaissance. FRACOLOS. Oh! là, là! quel poignet il a, le camarade! sa main est comme sa figure, de fer. IVAN. Allons, mon cher Fracolos, remets-toi. FRACOLOS. Tiens, il sait mon nom, à présent. IVAN. Le mien ne t'est pas inconnu. v FRACOLOS l'examinant. Bon! vous voulez rire. J'ai beau regarder à travers ce grillage qui vous bariole la figure, je ne vous remets, pas du tout; et quant à votre voix, je ne vois pas qu'elle soit de ma connaissance. IVAN. J'ai pourtant reconnu la tienne tout de suite. FHACOLOS. Pas possible! IVAN. N'es-tu pas le petit Fracolos, le fils de la bonne Nicoleska, cette brave et digne femme qui sert depuis trente ans le sénéchal Alexander? FRACOLOS. Allons, à présent, ne voilà-t-il pas qu'il connaît toute ma famille par ses tenans et ahoutisans. IVAN. Cela t'étonne. Eh bien ! regarde-moi. {Il lève sa visière. ) fracolos le regardant. Ah! mon Dieu l serait-il vrai ? C'est... non pas... si... quoi ! ce serait!., oui, c'est Ivan, mon frère de lait! IVAN. Lui-même, mon cher Fracolos. • ( >7 ) fracolos se jetant dans ses bras. Obi ciel! ah! cher frère de lait! quelle joie! quel plaisir! quel bonheur ! j'en suis suffoqué ! {Allant à la porte de l'enclos, et typfi'elant.) Phédora ! Phédora! venez, accourez. SCÈNE XI. LES SIÊMFS , PHÉDORA. fracolos prenant la main de Phédora. Eh! venez donc vite! ^enezdonc... et embrassez votre cher Ivan. PHÉDORA. Mon frère! {Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre. ) Je commençais à perdre l'espérance de te revoir. IVAN. Ma bonne petite sœur! {après une jmuse) j'en pleure de joie ! FRACOLOS. Et moi donc:" j'en étouffe de plaisir! ouf! l'HHDORA. Ce cher Ivan ! comme il est grandi! FRACOLOS.' Et fort.... . // regarde'la main qu'Ivan a pressée. niNOWicu. Oui, c'est un brave soldat. Jeune fdlc, il fera son chemin ; on peut s'honorer de l'avoir pour frère. fracolos à Bintnvich. Ça honorc-t-il aussi un frère de lait':' RINOWICH. Pourquoi pas? {à Phédora) Il a par-devers lui de beaux faits d'armes, notamment celui qui lui a mérité ces deux épées croisées sur son armure. C'est la seule de tout le régiment qui soit décorée ainsi... corhleu ! c'est une belle distinc- tfon, celle-là! fracolos regardant sa cuirasse. Je le crois bien: deux épées d'or sur du fer! ça peut mener loin. L'Armure. 2 I i8 ) IVAN. ■J'ai l'ait mon devoir; il n'y a pas grand mérite à cela. PHÉDORA. Je te revois après une si longue absence... tout espoir de bonheur n'est donc plus perdu pour moi ? IVAN. Chère Phédora!... mais avons-nous quelque chose A offrir aux camarades? phédora. Les camarades de mon frère... tout ce que nous possédons est bien certainement à leur service. ( Elle fait une révérence. ) FRACOLOS. Dans un tour de main le petit repas sera prêt. ( à deux .soldats) Aidez-moi, camarades; entrez par ici, vous trouverez le buffet là bas dans la grange, et la cave dans le grenier. (Deux soldats entrent dans le jardin; Fracolos les suit, les dirige, et bientôt ils reviennent avec une corbeille, dans laquelle sont des ral- fraîcliisscmens qu'ils vont distribuer au fond a leurs camarades.) ivan à Phédora. Pourquoi faut-il que je n'aie pas le bonheur de retrouver notre pauvre mère ! PHÉDORA. Hélas! mon frère, il y a déjà près de deux ans que nous l'avons perdue, cette bonne mère. IVAN. C'est un grand malheur pour nous. fracolos qui est revenu avec une bouteille et un gobelet, versant à boire à liinotvick , et se retournant. Ah ! mon Dieu, oui, deux, trois ou quatre mois juste après ton départ. ( En parlant il renverse le vin. ) RINOWICH. Mais prenez donc garde à ce que vous faites. fracolos s'essuyant les yeux. Ah ! pardon, seigneur sergent... c'est qu'en songent à ça, je ne puis m'empêcher de répandre... RINOWICH. Du vin... l'imbécile, il a mouillé toute ma cuirasse. {II.S assied sur le banc et boit. ) ( '9 ) phédora allant vers son frère. Oh! depuis cet événement malheureux, j'ai eu bien de la peine... seule, loin de toi, privée de recevoir de tes nouvelles, je serais morte de chagrin sans les soins de la bonne Nicoleska et de Fracolos. ivan tendant la main à Fracolos. Chers amis ! FRACOLOS. C'est vrai que nous l'aimons tous! Cependant ce n'a pas été sans peine que nous l'avons décidée à venir demeurer avec nous au château de Tomarova, dans le pavillon du sénéchal Alexander, où elle sera bien plus en sûreté que dans cette maison isolée. Il faut justement que ce soit aujourd'hui que ma mère va venir la chercher, que le frère Ivan arrive! j'espère que c'est du bonheur, ça. IVAN 56 remettant de son émotion. Allons, chère sœur, un peu de courage, (d'un ton religieux) Notre mère est heureuse. ( 77 montre le ciel. ) RiNowictt se levant. Je vois que je suis de trop dans ces affaires de famille. Ecoute, Ivan, on a bien des choses à se dire lorsqu'on retrouve ses parens après une longue absence, n'est-ce pas? eh bien! mon ami, je te laisse, et je vais conduire ces braves au lieu du rassemblement. Tu viendras nous rejoindre le plus tôt possible. IVAN. Mon sergent, vous connnaissez mon exactitude à remplir tous mes devoirs. RINOWICH. C'est vrai; j'aime la discipline, moi. Allons, sans adieu; au revoir ma belle enfant. PIIÉDORA. Votre servante, seigneur. RINOWICH. Jonc connais cependant pas très-bien le chemin du lac de Rosovo, indiqué pour le rendez-vous. FRACOLOS. Je vais vous y conduire, moi, dans le lac____tenez si vous vouleï, je tous mettrai en un clin d'oeil dans la voie de votre chemin, tout en allant au-devant de ma mère. 2* V 20 ) niNowicir. J'accepte volontiers, (auxgardes. ) A vos rangs. (Les soldais se placent. ) fracolos à Ivan et Phédora. Jasez, jasez toujours, et ne vous ennuyez pas: je serai tic retour dans un moment avec maman. rinowicii aux soldats. Par le flanc gauche, à gauche ! ( On exécute le mouvement. ) fracolos regardant les soldats. C'est beau, quoique ça, une armée de soldats; ça va tout d'une pièce au premier commandement... c'est dommage que ca tue. (Il se met dans les rangs suivant gauchement les autres , et cherchant à imiter leurs mouvement réglés. ) rinowicii. Marche ! Tli sortent. scène xii. Ivan , phédora. IVAN- Chère Phédora! te voilà donc orpheline, abandonnée) exposée à la pitié des étrangers ! pourquoi faut-il que je ne sois qu'un pauvre soldat, que je ne puisse rester auprès de toi! travailler à la terre pour te nourrir, te protéger, te défendre! PHEDORA. Il est vrai que depuis que nous avons été privés de. la pension que nous faisait le vaivode Stephanoz , nous avons été bien malheureuses, ma mère et moi; et sans le secours de la bonne Nicoleska... ivan vivement. Me voilà de retour auprès de toi, et j'espère être assez heureux pour te préserver de l'infortune. PHÉDORA. Comment? IVAN. Dans un combat très-vif sur les rives du Danube, au coin- ( 21 ) menccmcnt de la guerre que nous venons de terminer avec tant de gloire, j'ai eu le bonheur de sauver la vie à notre colonel. PHÉDORA. Le seigneur Boreslaw ? IVAN. Lui-même. Il m'a offert line récompense, j'ai refusé: maintenant que la paix est l'aile, j'irai le irouver, je lui demanderai un emploi conimé étant le lils d'un ancien serviteur de son père. PUÉDOBA. Il te refusera. Tu ne sais pas combien Boreslaw est dur, inflexible... tout le monde se plaint de lui; il n'est pas jusqu'à notre pauvre mère... IVAN. Tu n'y songes pas.L'héritier dû Slarostc, notre maître, peut- il avoir quelque chose de commun avec la pauvre veuve d'un écuyer? PIIÉDORA. Je ne sais ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le colonel est venu lui-même dans notre maison quelques jours après la mort de son père; que ce fut après cette mystérieuse entrevue, que noire mère inquiète, agitée , fut te.trouver en Transylvanie en me recommandant de garder le silence sur sou absence. Elle revint m'annoneer que tu étais parti pour un grand voyage dont Dieu seul pouvait désigner le terme , et elle s'apprêtait à aller visiter le bon sénéclial Alexander pour lui faire connaître , disait-elle . de grands secrets , lorsque le colonel Boreslaw reparut ebez nous avec le Bessarabe qui est à son service, le méchant Stevar. Ils eurent plusieurs entretiens avec noire mère , et ce fut à la suite du dernier qu'elle périt d'une mort si prompte, si douloureuse, que souvent les plus horribles soupçons... IVAN. Tu me fais frémir ! > ruâflORA. La veille de sa mort, notre pauvre mère me remit pour loi un écrit cacbeté, en me recommandant de ne le montrer à personne, et de ne le donner qu'à toi seul. «rioi! «»l mhd owiua ^jj, x jtM0> M smrfa «upSnp niU)ORA. Quand il s'agit de ton bonheur cl de ton existence, pcux-tu me le recommander ? / I ( 24 ) SCÈNE XHI. les mêmjis, FRACOLOS, villageois , villageoises. Fracolos parait précédant les autres de quelques instant. FRACOLOS. Nous voilà ! nous voilà ! l'UÉDORA. Comment ! Nicoleska ne t'a pas accompagné ? FRACOLOS. Pas possible, Phédora; le service du seigneur Alexander ne lui permet pas de s'éloigner du château____et puis , voyez-vous, la course ne laisse pas (Frire longue; et dame, à son âge on n'a plus ses jambes de quinze ans : elle nous attend , et m'a bien engagé à ne pas retarder notre départ. Viens-tu avec nous, Ivan ? 'oiéi ? ../ i»' ( 42 ) (Les magistrats distribuent au.-, soldats les présens. Les plus distingués d'entre les guerriers reçoivent des mains du Staroste des branches de laurier en or, et diU'crens prix : d'autres sont couronnés de myrte par les jeunes filles. Une partie des soldats se. mêle avec les villageois.) (Boreslaw prend place sur un siège auprès de son oncle ; Alcxander est un peu plus loin.) Fête et Ballet. (Le Staroste se lève; les danses cessent.) SCÈNE XL LES PRÉCÉDENS, STEVAR. (Il arrive vers la fin du ballet, et se place auprès de son maître. ) LE STAROSTE. Boreslaw, il me reste a -vous fait e connaître la récompense que je destine au chef de ces braves, et vous verrez bientôt que je me suis occupé de votre bonheur. boreslaw s'inclinant en portant un regard satisfait sur Stevar. Seigneur, que de bontés! (à part) Tous mes vœux vont enfin être comblés! le staroste continuant. Vous êtes l'unique héritier de mes honneurs et de mes biens, et je crois vous servir suivant la noble impulsion de votre cœur, en faisant tourner cette récompense à l'avantage des nombreux vassaux qui vous seront soumis un jour. BORESLAW. Parlez, seigneur, et ma soumission vous prouvera que celui qui me servit de père ne s'est pas trompé. LE STAROSTE. Apprenez donc que j'ai préparé pour vous un hymen glorieux avec la fille du palatin polonais de Viczinska. boreslaw étonné. Pour moi, seigneur ! LE STAROSTE. Oui, colonel : mais le palatin voulant accorder ce qu'il doit à notre ancienne amitié avec le bonheur de sa fille, désire connaître celui qui doit être son époux. Vous allez donc sans ( 45 ) différer vous rendre en Pologne ; j'espère que vous saurci toucher le cœur de la jeune comtesse de Viczinska. Unguerrier, dont le front est orné des lauriers de la gloire, est toujours sûr de plaire à la beauté. boreslaw embarrassé. Seigneur !... LE STABOSTE. Tout est préparé pour votre départ. BOBESLAW. Permettez-moi... le staboste d'un ton absolu. Ce soir vous reccvrez«mcs dernières instructions, et demain la route du bonheur et de la fortune s'ouvrira devant vous. {aux habitant) Retirez - vous, mes amis; {aux officiers) et vous , braves guerriers, suivez-moi, et venez déposer autour des autels les trophées de votre gloire. ( Il entre dans la chapelle aven les chefs des guerriers et le sénéchal. Les hahitans se dispersent de divers côtés ; les troupes sortent en ordre : l'orcslaw, étonné, anéanti, reste seul avec Stcvar. La nuit commence à venir par gradation.) SCÈNE XII. BORESLAW, STEVAli. BOBESLAW. L!ai-je bien entendu? Je croyais toucher à l'instant de posséder la dignité de Slaroste, et c'est à l'exil que je vais marcher ! STEVAB. El vous obéirez ! BOBESLAW. " Comment résister à cet ordre impérieux P STEVAB. lin 16 bravant avec audace. BOBESLAW. Qu'oses-tu me conseiller, Stevar ? STEVAB. D'échapper aux pièges du sénéchal Alexandcr, qui dirige l'esprit de votre oncle, et qui a juré votre perte. ( 44 ) BORESLAW. Quoi! lu penserais... STEVAR. Songez-y bien, seigneur : cet hymen qui vous est proposé n'est qu'un moyen adroit pour tous éloigner du Staroste. BORESLAW. Que faire ? STEVAR. Porter un seul coup; mais qu'il soit décisif. BORESLAW. C'est demain qu'il faut que je parte. STEVAR. C'est cette nuit qu'il faut agir. A la faveur des ténèbres, les plus hardis des Bessarabes sont rentrés dans Tomarova, tandis que Rino'wich les cherchait d'un côté opposé ; je les ai postés moi-même autour de la maison du pronotaire : si Ivan s'y est présenté, il doit être actuellement entre leurs mains. BORESLAW. Eh! que m'importe maintenant qu'Ivan ait disparu, puisque Zémiscès veut garder pour lui-même ces dignités, cette fortune, objet de tous mes désirs? STEVAR. Vous avez raison. Ah! pourquoi le Staroste n'a-t-il pas succombé lorsqu'il était si bien disposé à signer l'acte qui vous rendait possesseur de tous ses biens? BORESLAW. Quelle idée oses-tu me présenter? faudrait-il donc qu c je désirasse sa mort ? STEVAR. Si c'est un crime de désirer celle des gens dont on hérite , vous ne serez pas le seul coupable, et je sais bien pour moi... ( II fait un geste expressif-) BORESLAW. On vient., silence! (11 fait nuit. L'intérieur du monastère est éclairé, et la lumière perce '» travers les vitraux coloriés de la chapelle. ) ( 45 ) SCÈNE XIII. les mêmes TRENKVALD, ALEXANDER, Officiers. Ils sortent de la chapelle. ALEXANDER à BorCsldW. Seigneur, le Staroste vous invite à faire ce soir les honneurs de son château. BORESLAW. Quoi ! mon oncle.... ALEXANDER. A désiré rester quelques instans dans la chapelle des tombeaux. stevar à part. Que n'y reste-t-il pour jamais! boreslaw aux officiers. Veuillez bien m'accompagner, seigneurs. Je vais tâcher de vous faire oublier l'absence du Staroste. TRENKVALD. Nous sommes à vos ordres, colonel ; mais vous nous permettrez ensuite d'aller prendre quelque repos. Il faut que demain le régiment soit sous les armes à la pointe du jour. BORESLAW. Major, vous serez parfaitement libre. Je vous prie d'oublier l'étiquette, et de vous souvenir que je suis toujours votre camarade. Venez. (Ils rentrent au château : Boreslaw les suit. La nuit est tout à-fait venue. Un orage se prépare : le tonnerre gronde sourdement, et l'éclair brille au loin. ) SCÈNE XIV. STEVAR seul. Il parcourt la scène avec agitation. Notre position est vraiment embarrassante... comment faire pour nous en tirer? Je viens de le voir : les craintes de mon ( 46 ) maître sont aussi vives que les miennes, et je crois que ce serait vraiment le servir que de trouver un moyen de les faire cesser. Faut-il que notre salut tienne à l'existence d'un vieillard! ah! s'il avait cessé de vivre! (// réfléchit; le tonnerre gronde de nouveau.) Cette idée me tourmente, elle me poursuit! [regardant autour de lui) Cette obscurité profonde.... cet orage qui s'apprête à éclater, tout semblerait favoriser un projet hardi sans doute, mais décisif. [Montrantla chapelle.) Le Staroste est là... seul... au pied du tombeau____ [Il hésite encore.) Si je pouvais, sans être reconnu— (Il marche, et s'arrête par intervalles. Vivement.) L'impérieuse nécessité m'ins- Îiire... (indiquant le corps-de-garde) dans ce corps-de-garde... 'armure... le glaive d'Ivan... (Il fait un pas, et s'arrête.) Oui... un crime ignoré est le seul moyen qui nous reste.... je n'hésite plus!.. (Il entre dans le corps-de-garde.) SCÈNE XV. FRACOLOS seul. Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! Je vilain temps ! ( // secoue l'eau de son'bonnet et de ses vêtemens.) Les éclairs , le tonnerre... cette nuit noire... en vérité, si j'étais brave, il y aurait de quoi ne plus l'être, et j'aurais peur de mourir de frayeur; avec ça, mademoiselle I'hédora, qui m'a tout dérangé avec ses craintes pour son frère. Quel orage se préparc 1 disait-elle; et Ivan, où est-il? Lh parbleu ! avec ses camarades, que je lui ai répondu. Mon cher Fracolos, qu'elle m'a dit, courez, volez; je veux le voir à l'instant même; ah! je mourrais d'inquiétude si je passais la Duit sans apprendre.... Quoi? elle n'a rien ajouté; et me v'Ia parti, malgré la tempête, à la recherche du frère de lait. ( Violent coup de tonnerre. ) Oh ! oh ! celui-là est trop fort... cherchera Ivan qui voudra; il n'y a pas de frère de lait qui tienne : courons nous mettre à l'abri de l'orage et de tous les autres dangers. ( 11 va pour sortir en courant ; mais il s'arrête tout-à-coup en se voyant vis-à-vis d'un soldat armé, et la visière basse. ) ( 47 ) SCÈNE XVI. FRACOLOS, STEVAR, sous Vurmure d'Ivan, sortant du corps-de-garde. fracolos croyant rcconnnîtrc Ivan. Eh! je ne me trompe pas.... c'est lui....c'est le cher frère Ivan... (si liant à lui. ) Ah ! que je suis content ! stevar d'une voix sombre. Retire-toi ! fracolos s'arrêtant stupéfait. Comment! que je me retire! mais qu'est-ce qu'il a donc, ce soir ? est-ce qu'il ne me reconnaît pas ? ( veut retourner vers lui; Stevar le réponse durement, Fracolo» chancelle.) Es-tu fou, donc?... c'est moi, ton petit Fracolos. sjTEVAn avec colère. Pars, ou sinon! [Il tire son epét. Le tonnerre gronde plus fortement). fracolos criant. Aih! aihîalh! il a le diable au corps! fuyons! (lise sauce effrayé. ) SCÈNE XVII. STEVAR seul. ( Après avoir hésité. ) Il est temps de frapper ! (avec un effort, pénible ) le sort a prononcé l'arrêt fatal!... allons... (Il entre dans la chapelle. ) SCÈNE XVIII. BORESLAW seul. Il regarde autour de lui avec inquiétude, et appelle à mi-voix: Stevar! Stevar! où est-il? il ne m'a pas suivi... Ic désirs affreux qu'il n'a pas craint de manifester, se retracent malgré ( 48 ) moi à ma pensée. C'esl en vain que j'ai voulu me livrer au sommeil.... je ne sais quelle secrète horreur !... chaque fois que j'ai voulu fermer ma paupière, j'ai cru voir devant mes yeux l'image sanglante de ce vieillard respectable , qui me servit de père. Une blessure semblait déchirer son sein ; son œil courroucée se fixait sur moi; Ses mains levées vers le ciel appelaient sur ma tête la vengeance divine... Je crois encore cutendre sa voix déchirante— elle implore ma pitié. (Dans ce moment des cris étouffés partent de la chapelle.) Grand dieu ! n'est-ce point une illusion? ce cri sinistre... ce gémissement... (Il s'approche avec effroi : Stevar en sort l'épée nue, et fuyant épouvanté. La foudre éclate, et l'on aperçoit bientôt dans la chapelle la lueur d'un incendie.) SCENE XIX. BORESLÀW, STEVAR. soreslaw trompé par l'armure. Que vois-je? un guerrier les armes à la main?.... C'est Ivan ! ( H tire son èpée. ) stevar levant sa visière. Qu'allez-vous faire? boreslaw altéré. Stevar ! stevar d'une voix étouffée. Oui, oui, c'est moi. BORESLAW. D'où viens-tu? stevar ne pouvant retenir un frémissement. Ne me le demandez pas. BORESLAW. Où est le Staroste ? stevar désignant (a chapelle. Là! BORESLAW. Pourquoi ce déguisement, cette épée sanglante ? stevar avec un soupir pénible. Tous vos y obus sont enfin comblés ! ( 49 ) B0KESLAW. Tu me fais frémir. STEVAB. Au pied du tombeau, je l'ai trouve seul.... et ce glaive... il est tombé... j'allais le frapper de nouveau.... mais ses cris., la crainte qu'il n'arrivât du secours... ma main a trahi la vengeance.,, j'ai fui. bokeslaw avec désespoir. Qu'as-tu fait, malheureux ? ( On entend un grand bruit au-dehors. La cloche de la chapelle sonne avec force ; l'intérieur paraît en feu.) STEVAB. Tout est découvert 1 entendez-vous ces cris ! ( en parlant, il défait le casque et Varmure, ) Ce casque, cette armure.... ah ! loin de moi ! ( Il les arrache avec force , et les jette dans le corps-de-garde ainsi que l'épèe. ) BOHESLAW. Grand dieu ! mon oncle assassiné.... son meurtrier dont le dévouement pour moi est connu.... peut-être soupçonné moi- même ?... O crime épouvantable !...ah ! sans doute le Staroste expire en ce moment !... et c'est moi qui suis cause de sa perte ! ah, courons le sauver s'il en est temps encore ! stevab. revenant du corps-de~garde. ( Apec égarement. ) Où allez-vous ?.... n'espérez pas me trahir..... la honte , l'échafaud ! ... vous même cru mon complice.... bobeslaw avec horreur. Scélérat ! dans quel abyme affreux m'as-tu précépilé ! ( On entend le tambour ; le bruit redouble. ) STEVAB. • Fuyons ! fuyons ! ou nous sommes perdus tous les deux ( Il emmène Boreslaw. ) Ils se cachent. SCÈNE XX. (L'orage continue. Le bruit du tocsin, du tambour, et les cris : Au secours! se font entendre, Ivan arrive du fond, désarmé et hors d'haleine.) V Armure h (.5o ) 1 IVAN seul. Je me suis débarrassé, non sans peine, des mains de ces bandits qui me retenaient, et qui semblaient avoir juré ma perte.... Mais qu'ai-je entendu ? quel tulmulte, quels cris d'alarme! Vite, prenons mon armure, et courons rejoindre mes camarades. ( Il entre dans le corps-de-garde.") Boreslaw et Stevar se montrent. SCÈNE XXI. BORGSLAW, STEVAR. STEVAB.. Du sang froid, do la fermeté.... les soupçons ne peuvent tomber que sur lui... rentrez au château.i. qu'on nous voie près du Staroste , et nous n'avons rien £> craindre. BORESLAW. Grand Dieu ! comment reparaître devant lui ! STEYAR. • Venez, venez. (Il l'entraîne au chflteau ; on les perd un instant de vue. On accourt en foule de tous côtés : Phédora et Fracolos sont parmi les villageois.) phédora apercevant Ivan qui sort du corps-de-garde , revêtu de son armure , et t'èpée à la main. Que me disais-tu donc ? le voilà.... ou vas-tu cher Ivan ? IVAN. Où mon devoir m'appelle. • (Elle va à lui ; mais elle s'anfite et recule, ainsi que ceux qui l'entourent' en voyant l'épée sanglante qu'il tient. Au même instant Boreslaw et Stevar sortent du château, environnés de tous les officiers, et précédés de valets portant des flambeaux. La scène s'éclaire tout-à-fait ; l'orta arrive au fond et se met en bataille.) SCÈNE XXII. les mêmes, BORESLAW, LE STAROSTE, ALEXANDER, STEVAR , officiers, soldats. { Tous les regards se portent vers le fond : le Staroste pâle, blessé au bras gauche et soutenu par Alcxander, parait sur les marches de la ( M ) chapelle. Sa présence augmente le trouble Je Borcslaw; Stevar témoigne une rage concentrée en voyant qu'il n'a porté qu'un coup mal dirigé. ) le staroste apercevant Ivan. Voilà nion assassin ! je le reconnais à son armure. ( Stevar fait un mouvement de Joie. ) ivan reculant avec horreur. Moi ! grand Dieu ! ( Trenkvald lui arrache son êpée. ) ' t PIIÉDORA. Mon frère un assassin ! trenkvald regardant Cépée. Cette épée est teinte de sang. IVAN. Non, non, cela est impossible. trenkvald la montre à ceux qui l'entourent. Qu'on l'arrête, et qu'il soit chargé de chaînes ! (Plusieurs soldats se jettent sur Ivan, qui atteste en vain le ciel de son innocence. Phédora tombe évanouie dans les bras de Fracolos, qui est effrayé et stupéfait. Ivan, en voyant Pbédora évanouie, veut courir à elle ; il est retenu par des baïonnettes croisées sur sa poitrine. On l'entraîne d'un côté, tandis que le Staroste, toujours soutenu par Alexander, et environné de ses vassaux à genoux, rentre lentement dans le château.) (Boreslaw agité garde un morne silence; et Stevar, avec une satisfaction secrète, lui montre Ivan accusé de son crime, en lui faisant signe de se taire.) PIN DU SECOND ACTE. 4* ( 52 ) ACTE TROISIÈME. Le Théâtre représente un vestibule en colonnades; il donne au fond sur une cour fermée par une grille, à travers laquelle on aperçoit la campagne et la ville de Tomarova. Dans la cour a gauche, est la salle de justice; c'est un édifice gothique, avçc un portique élevé de quelques marches ; des escaliers en pierre, placés à droite et à gauche dans le vestibule , conduisent à l'intérieur dit château. SCÈNE PREMIÈRE. RINOWICII, STEVAR, soldats, paysans. (Le jour commence à poindre : le vestibule est encore un peu sombre mais la cour et la campagne sont déjà éclairées. Les vassaux du Sta- rostc, excités en secret par Stevar, paraissent en tumulte; ils ont pénétré par la grille dans le vestibule.) binowicii aux paysans. Retirez-vous , mes amis , ou je serai contraint de vous repousser par la force; c'est ma consigne, et le vieux Rinowich, corbleu ! n'y manqua jamais. UN PAYSAN. Notre bon seigneur est peut-être expirant, et nous voulons que son assassin périsse. stevar bas. C'est cela, (aux autres) appuyez, vous autres. TOUS. Oui, mort à l'assassin ! ( //* font un mouvement). rinowich à la tête des soldats. Mille canons ! n'approchez pas, ou par dieu !... (Les paysans s'arrêtent en voyant toutes les arquebuses les coucher en joue. En ce moment AJexandcr paraît sur l'escalier de droite ; tous les regards se tournent vers lui, ) b^HpvShRHKSB^^H ( 55 ) SCÈNE II. les mêmes, ALEXANDER, ALEXANDEH. Pourquoi ces cris? ces alarmes? les coupables ne peuvent échapper à la justice, et déjà le remords qui les poursuit est leur première punition. Tranquillisez-vous donc, mes amis, monseigneur est hors de tout péril ; le meurtrier n'a frappe que d'une main mal assurée, et le ciel a conservé les jours de votre prince pour le bonheur de ses vassaux et pour la honte éternelle de ses perfides ennemis. ( Tout rentre dans l'ordre à la voix du sénéchal. Stevar, contrarié par son arrivée, se tient à l'écart. ) SCÈNE 111. les mêmes , TRENKVALD entrant à droite au fond de la cour. trenkvald à Alexandcr. Je viens de faire les premiers interrogatoires. Ce jeune soldat s'obstine à taire le nom de ses complices. Je vais prendre les ordres du staroste. Seigneur sénéchal, puis - je le voir à présent ? ALEXANDEK. Il est avec son neveu et les officiers du régiment ; je vais avoir l'honneur de vous conduire auprès de lui. TB.ENK.VALD. Je vous suis, (à Rinowich) Sergent, veillez à ce que celte grille soit fermée et qu'aucun étranger ne vienne dans celle enceinte avant l'instant marqué pour le jugement. RINOWICH. Il suffit, mon major. Trcnkvald entre an château avec le sénéchal; les vassaux se retirent cri silence par la campagne, et Iiinovicb , après avoir reformé la grille , s'éloigne à droite avec ses soldats.) ( i • pis ! i R S J AllOSTK. Jlon t je veux le revoir une dernière lois, cher Alexamler, i dire iitui-miiiie <;uc mon tour lui pardonne..- oui, suis- moi... viens. W \ ( 7-> ) (lis vont pour sortir. On entend plusieurs coups de feu. Us s'arrêtent épouvantes. ) LE STAROSTli. Il est trop tard! mon fils n'est plus! {Il tombe accablé.) SCÈNE XIX. LES l'RÉCEDENS , RINOWIGH. ' mjvowicu pâle, hors d'haleine. Ah! seigneur! venez sauver le malheureux Ivan ! LE STAKOSTE. Le sauver ! niNOWlCH. Un officier venait (l'annoncer en votre nom qu'il avait sa grâce ; déjà Ivan était lihre, lorsque le scélérat de Stevar s'élance de la foret, à la lête de ces bandits qui portent le «•ainage dans nos campagnes. L'escorte que je commande veut résister : le seigneur Borcslaw lui-même, vient se mettre à notre tête pour s'opposer à la fureurde ces brigands; mais le nombre l'emporte sur le courage ; nous sommes repoussés; Ivan est arraché de nos mains, et au milieu de cette horrible mêlée le colonel m'envoie vous demander du secours. le sxAnosTE saisissant une èpèc. Ah! courons tous ! la vie d'Ivan m'est trop chère! etdussé-jc périr moi-même, je le sauverai ! (Une nouvelle décharge de mousqueteric se fait entendre ; les soldats paraissent de divers cotés : le Staroste et Alexandrr les dirigent; ils sortent. ) SCÈNE XX. ( Phédora et les femmes sont accourues dans la plus grande teneur. L« bruit de guerre \a en redoublant. On aperçoit dans la campagne iVs villageois fuyant devant tes bandits; ceux-ci sont attaqués par les soldais du Staroste. Mêlée et combats particuliers. Le Staroste et'le sénéchal se précipitent parmi les combattans. ) SClùNE XXI et debmiéiie. ( Au milieu de ce désordre on distinguo Ivan entouré par plusieurs Bessarabes; il lutte en vain contre eux; il est sans armes et renversé. Stevar accourt, lève son salue, et en dirige la pointe sur le eœer du Jeune Moldave; mais Boreslavv s'élance pour parer h' coup; le glaive de Stevar le frappe ; il tombe sur les marches du grand escalier.; ( Le combat général continue sur divers points. Ivan dégagé, ramasse le sabre de Boreslavv ; il attaque el dispense les Bessarabes lui l'entourent; il s'avance jusqu'à Stevar; il le presse, le frappe, ■■• le renverse expirant du côté opposé à celui ou Boreslavv se débat contre la mort. Les Bessarabes voyant leur chef abattu, mettent bas les aimes et îe rendent prisonniers, en suppliant qu'on leui lais > la vie.) ( l'hédora, Fracolos et le peuple reparaissent.) roreslaw montrant Stevar. Justice éternelle ! {ait Starosie) Voilà, voilà votre assassin!.... Le ciel me punit du crime que j'ai laissé commettre, {à Ivan) Théodose, reconnais ton père. {Il montre Zemiscèa à Iran d'une, main défaillante. ) / Ivan surpris. Théodose ! moi ? lis starostp. à Ivan. Oui, tu es Théodose, tu es mon fils! viens, viens dans mes bras ! (Il l'embrasse. Le peuple esta genoux; les soldats agitent leurs armes en signe de triomphe. ) rinowich miment. o Voilà mon jeune soldat passé prince! je savais bien, moi, qu'il ferait son chemin !... BORESLAW se .soulevant vers fis Staroste. Ah ! icigneur! pardon i pardon ! {il retombe) je meurs ! ( 11 retombe : le Staroste détourne les yeux avec horreur, ainsi que tous les assistans ) ( l'hédora s'incline devant Théoilose ; il la relève avec affection, et '» présente a son père comme sa libératrice : tous deux sont aux genoux du Staroste; Zemiscés les nuit , el les soldats ouvrent le hls de leur seigneur de leurs Étendards et de leurs armes. ) FIN.