Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 100. LA FAMILLE AJBUJ3P'i''S I'"* fâchée qu'on sache que je reçois chez moi des fwW décorés; ça flatte l'amour-propre. ROSK, mystérieusement. Madame, est-ce que, ce soir, il n'v aura pas dai«t reS personnes a la fête? MAD. DUVERGER. Non. 5 110 SK. Ce serait pourtant bien l'occasion de dire \ monsieur le secret en question ; il faudra bien qu'il le save tôt ou tard. MAD, DUVEHGEU. Je n'ose pas . . j'ai été vingt fois sur le point de lui 'out avouer, et jamais le mot n'a pu sortir de ma bouche., l'auvre homme, quaud il saura que je l'ai trompé! ROSE. Moi, à votre place, }e brusquerais la chose, et, en lui souhaitant sa fête, je lui lâcherais le paquet. MAD. DUVEHGEU. Il faudra au contraire bien des inénageinens, lui qui ne ">'a épousée qu'û cause ,. ROSE, lîah ! un peu de courage. . une fois le premier mot parti, lu reste ira tout seul. MAD. DUVEHGEU. Nous verrous . . mais Tibaudot ne vient pas, et ces lettres . . 110SB, appelant tic nouveau. Mon dieu ! q„U est tannant ! Monsieur Tibaudot, montez donc, quaud ou vous le dit; )e ne connais pas d'homme pins her, ni plus entêté; en société, il est bon enfant, mais dans sa loge, c'est un despote. Scène II. HOSE, TIBAUDOT, Mad. DUVEHGEU. TIBAUDOT, filant na casquette. Me voilà! madame m'a demandé? MAI). DUVEHGEU. Ou a bien de la peine u vous avoir, monsieur Tibaudot. TIliAUDOT, dignement. On ne peut pas t'élre A tout le monde ù la fois; je Allais les habits du premier. MAD. DUVEHGMi. Voilù des lettres d'invitation à porter tout de suite. 6 TIBAUnOT, à part. Une soirée! je vas t'encore me coucher ù des heures indues, à des dix heures . . ROSE. Monsieur Tibaudot, pourrez-vous me donner un coup de main, à ce soir? TIBAUDOT. Ça dépend de pour de quoi. ROSE. Nous avons un bal pour la fête de monsieur, et vous m'aideriez ù faire le service. TIBAUDOT. Mademoiselle, quoique je ne travaille qu'en vieux dans les souliers, je n'ai pas l'habitude de la servilité. M AD. DUVERGEK. Ce n'est pas comme domestique que Rose vous prie . • TIUAUDOT, avec dignité". A la bonne heure; mais je n'ai pas le costume catalogue à la circonstance, et je suis trop fier pour paraître en société avec une veste. MAD. DUVERGEH. lîose vous prêtera une vieille redingote à mon m» 1-1 ' mais allons, portez ces billets, et surtout n'en oubliez p aS ' TIUAUDOT, prenant les lettres. N'ajez pas peur, [à Rose.] Main'zellc Rose, il me M*" drait aussi des bas blancs, je n'ai que des bas barioles. ROSE. On vous en prêtera. TIBAUDOT. C'est à cause de la société. MAD. DU VERGER. Partez donc, monsieur Tibaudot, partez donc! TIBAUDOT, à Bote, Si vous avez aussi un gilet, vous me ferez plaisir, » ve une cravate. ROSK, lo poussant dehors. Oui, oui, tous en aurez, qu'on vous dit. • Moi» ) vais préparer mes quinquets et mes carcels; Ç« s era 0 jours autant de l'ait. , [Bile «orl'J 7 Scène III. DU VERGER, Mad. DU VERGER. MAD. DUVERGER. Celte fille a raison, ce serait bien le jour Je tout avouer a mon mari; mais le voici, je suis tout émue! allons, mou bouquet en avant. [Kilo va prendre un bouquet sur la table, et le caclie Je côté.] DUVRRGKR, entrant ^aiment. AlU : J'aimo les amours, etc. Vivent les plaisirs de l'hymen! Soir et matin, Je bénis mon destin, llonheur précieux, A mes yeux Je n'en "vois pas Oui t'égale ici-bas. HAD, duvergbr, s'approchant de son mari, ltonjour, mon ami, Mon cliéri! BUVEHGBR. Bonjour, mon coeur, Objet de mon ardeur . . H AD. DUVBRGKR, .Minuit SOI! bouquet. UccevciE ce petit présent. DUVERGER. C'est un bouquet, je le paîrai comptant. [U l'embrasse.] MAD. DUVERGER, se défendant. Finis donc, Edouard, quelle folie! B N 8 I M B L it. Vivent les plaisirs do l'hymen, etc. DUVERGER. Comment, Séraphiue, vous avez pensé à ma fèteî M AD. DUVKRGKR, lui donnant une petite tapo sur la joue. Je n'en ai pas clos l'oeil de la nuit, mou gros bijou. DUVERGER. Elle m'appelle son gros bijou ! c'est la perle des femmes ! je me suis marié un peu tard, mais je n'ai pas perdu pour ■ttondre. MAD. DUVERGER. Quel malheur que nous ne uous soyons pas rencontrés seulement.. H DUVEIIGER. Oui, seulement trente ans plus tût. MAI). DUVEHGEIl. Nous serions peut-être aujourd'hui entourés d'une nombreuse famille! DUVERGER. Au! pas de cela, s'il vous plaît; c'est précisément ce qui m'a empêché de me marier dans ma jeunesse, je vous l'ai dit . . M AD. I>U VERGER, avec sentiment. Les enfans donnent bien des jouissances. DUVERGER. Oui, mais ils causent aussi bien des peines. Tenez» j'ai deux frères et une soeur ; eh bien ! ils n'ont eu que des désagrémens avec leurs enfans: les garçons se sont engagés par malice; les filles ont fait de mauvais mariages; il y e " a qui sont morts; ceux-là, ce n'est pas leur faute, je n' eI j dis pas de mal; mais c'étaient toujours des chagrins; aussi quand j :ii vu cela, je me suis dit; Duverger , mon garçon» si jamais lu te maries, prends une femme d'un âge mûr» une femme raisonnable. Vous étiez mure, vous étiez veuv e > sans enfans; je vous ai vue, je vous ai aimée, je vous 81 épousée: j'ai une petite fortune assez grasse, que j'ai amassée dans les suifs; nous la mangerons tous les deux; l' aS de fils à racheter de la conscription, pas de filles à doter) c'est tout bénéfice pour nous: les enfans sont mes bê' eâ noires ! Scène IV. DUVERGER, Mad. DUVERGER, ROSALIE. ROSALIE. Salut, madame Duverger et la compagnie. Mad. UUVKRGKR, effrayée. C'est vous, mademoiselle Rosalie! [a i>art.] Que 1 veut-elle? DUVKRGRli, étonne. Mademoiselle Rosalie ! ROSALIE. Oui, monsieur, maîtresse couturière, rue du Petit-* 1 leur, ;\ votre service. 0 Ain: J'ai vu le l'amasse des dames. Je suis OU 1 habil' couturière, Ht si vous avez par hasard Quelques commandes à me faire, Je vous servirai sans retard. Pour les messieurs et pour les dames Je travaille au plus juste prix; Je fais des pantalons aux femmes Et des corsets à leurs maris, [bis.] MAD. DUVERGER, avec embarras et lui faisant des signes. C'est bieu, mademoiselle Rosalie, c'est bien; vous vexez sans cloute pour ma robe? KOSAL1R, gravement. Non, madame, j'o viens pour autre chose. MAD. DUVKRGER, mémo jeu. Ali! oui, pour mes camisoles de nuit? ROSALIE, Du tout, madame, je ne viens pas pour des camisoles, [a part.] C'est une autre paire de manches. DUVERGER, riant. Je parie que je devine, moi! m at>. DUVKRGER, effrayée. Vous devinez! DUVERGER. Un petit cadeau que vous voulez me faire pour ma féte. MAD. DUVERGER, a part, respirant. Ali ! il m'a fait une peur .. DUVERGER. Je gage que c'est quelque chose dans ce genre-là! MAD. DUVERGER, à part. Dieux! s'il savait. . DUVERGER. Allons, que je ne vous gêne pas; je veux avoir tout «e plaisir de la surprise. [A part.] C'est sans doute une douzaine de serre-tôte qu'elle m'a commandés; excellente femme.. c "c veut avoir le plaisir de me coiifer. [haut.] Adieu! adieu, •niguouuc, tu es trop gentille.. r m ii mu Vivent les plaisirs de l'hymen, etc. [11 sort à droite! 11. Scène V. Mad. DUVERGER, ROSALIE. MAD. DUVKRGKR, après s'être Iiicn assurée que son mari est sorti. Fouvez-vous venir ainsi, mademoiselle Rosalie, quand vous savez? . . ROSALIE. Madame, il a fallu toute ma prudence pour ne pas éclater devant monsieur votre époux. MAI). DUVERGER. Qu'y a-t-il de nouveau? ROSALIE, s'animant. Il y a de belles choses, allez ; je viens vous apprendre des horreurs. MAD. DUVERGER. Que voulez-vous dire? ROSALIE. Grâce au ciel! ma maison est connue pour une maison de moeurs; toutes les demoiselles que j'ai sous ma direction sont honnêtes, modestes et réservées. MAD. DUVERGER. Après? après? ROSALIE. C'est un grand coup que je viens frapper au coeur d'une mère. MAD. DUVERGER. Vous me faites trembler. . parlez donc. ROSALIE. Eh bien! madame, j'ai découvert que voire fille, ' na * demoiselle G'oelina, a des intelligences mystérieuses avec u» jeune homme. MAD. DUVERCMl. H se pourrait! . . En files-vous srtre? nos 4 i.i t.. Srtre et certaine, madame; ce matin, pendant qu'el' 6 déjeunait avec une pomme cuite, j'ai trouvé un poulet à&* son suc. 11 MAD. DUVEHGER. Un poulet? ROSALIE. Un poulet. . c'est dur pour une mère; mais je ne vous le niùchc pas. MAD. DUVEHGER» Que m'apprenez-vous là? ROSALIE. Tenez, madame, prenez ma main; j'en ai la sueur froide; mon chocolat m'en est resté sur l'estomac. MAD. DUVEHGER. Et ce jeune homme, quel est-il? ROSALIE. Il s'apelle Marcel ; il paraît qu'il est confiseur-distillateur, de son état ; il le lui marque dans son poulet, comme vous le verrez, quand vous le lirez. Mad. DUVKRGKR, à part. Quelle aventnre! et dans quel moment!,. ROSALIE. Ain: Cet arbre apporté de Provence, Cn'est pas tout; à sa bonne amie-, Aiïn d'mioux prouver son ardeur, Kst-c' qu'il n'a pas eu l'infamie D'envoyer un panier d'iiqueurs ! Comme je suis très-scrupuleuse, De cett' liqueur, moi, j'ai goûte*; Elle est d'autant plus dangereuse Que c'est d'ia premier' (pialite'. [bis.] MAD. DU VERGER. Remettez-moi tout cela. ROSALIE, lui donnant la lettre. Voilà toujours la lettre; quant à la liqueur, Je l'ai en- ermee dans mon armoire à glaces. MAD. DUVERGER. Mademoiselle Rosalie, je vous prie de ne rien dire de 'eut cela. Je vais aller donner à ma fille une leçon dont elle se souviendra. ROSALIE. Il n'y a pas do leçon qui tienne! . . c'est le coeur brisé que )c vous déclare que je ne peux plus garder chez moi mademoiselle (Joelina. n< MAI). DUVERGER. Grands dieux! ROSALIE. Tl ne faut qn'nne mauvaise brebis pour gâter tout m» troupeau; d'ailleurs, votre demoiselle ne fera jamais rien datt* la couture, elle n'a pas de goût pour cette carrière-IA ; depuis quatre mois qu'elle est chez moi, ello no sait pas môme enfiler une aiguille. MAD. DUVERGEn. Donnez-moi seulement jusqu'à demain. ROSALIE, Impossible que je la laisse plus long-temps avec me» autres apprentisses. MAD. DUVERGEH. Mais, mademoiselle, j'ai connu mie jeune fdlc qui s'est trouvée dans le même cas, et sa marchande de, modes, 110 l'a pas reuvoyéo ainsi. IIOS.W.I K , d'un air pincé. Dans les modes, ça ne m'étonne pas ; mais dans couture nous sommes plus chatouilleuses . . Air: On n'offense point une belle. Mon oeil rigoureux et sévère De l'amour prévient les délits, Aussi je suis la couturière La plus estimée ù Paris . . Une lemiuc honnête et bien née, Quanti sa pialiijue une lois nr*Ml donnée, l'eut dire, en montrant son licliu, i'ar l'innocence il fut cousu . . Et si ma robe est chiffonnée, C'est par les ninins do la vertu. [bis} Madame, j'ai bien l'honneur . . , . 1 [Klle fait une rf*fr*P° e,J MAD. DUVKKGKB, a Rosalie qui s'eloigue. Mais écoutez de grâce , . ROSALIE. Non! non, c'est inutile; je n'écoute plus rien; j c V °" S ai dit mou ultimatum .. Votre servante, madame. [KUc lait encore une révérence et »o" x ^ lt Scène VI. MADAME DUVERGER, seule. Ali! mon dieu! qu'est-ce que je vois devenir? . . Je uo peux pas laisser cette pauvre Coclina sans asile ; elle tiendra de sa mère; elle aura uu coeur tendre, une ame ardente . . A sou âge j'étais une véritable seusitive . . c'est ainsi 'lue feu mon mari. . mais voici l'autre., quelle situation! Scène VII. MADAME DUVERGER, DU VERGER. DUVERGER , coiffe d'un Jioimel grec. Dieux ! que c'est joli ! . . comme ça me va bien ! j'aime encore mieux cela que des serre-tête. Ma chère Séraphine, ( (uc je vous embrasse. MAD. DUVERGER. Qu'est-ce qui vous rend donc si gai? DUVEllGER. Ta surprise, ma boulotte . . ta surprise. MAD. DUVERGER, Quelle surprise? DUVERGER. Vous faites l'étonnée, méchante; regardez-moi des pieds « la tête. Quel superbe bonnet grec! avec cela, j'ai l'air d'un Canaris! MAD. DUVERGER. Mais, mon ami, ce bonnet grec ne vient pas de moi. DU Y E lï (i I II. ^ Ce bonnet vient de vous ; c'est qu'il vous sera sorti de 'a tête, et la preuve, c'est qu'il m'arrive «le chez mademoiselle Rosalie, avec qui vous étiez tout - à - l'heure en conférence .. en protocole. MAI). DUVKKGKR, «Stoiincc. De chez mademoiselle Rosalie? DUVERGER. D'ailleurs, votre chilfre est dans la coiffe, voyez plu- 14 tôt.. un C et un D, ce qui veut bien dire, si je sais l'orthographe: Séraphine Du verger. MAI». DUVERGER, vivement. Un C .. Ah ! je devine. . Pauvre petite, c'est elle qui l'a brodé! DUVERGER. Qui, . elle? . . MAD. DUVERGER. Coelina! . . [â part] Tant pis, le mot est Juché! DUV'ERGKR, étonné". Coelina! . . je ne connais personne de ce nom . . que Coelina ou l'Enfant du Mystère, de feu monsieur Ducray-Duniénil. MAO. DIVERGER, pleurant. Eh bien ! oui, c'est l'enfant du mystère .. c'est le mien» DUVERGER. Le vôtre! [avec une fureur concentrée.] Vous avez eu U° enfant mystérieusement, madame Duverger? MAD. DUVERGER, avec dignité. Je l'ai eu légalement, monsieur; car c'est la fille de mon pauvre défunt, feu monsieur Jabutot. DUVERGER. Çu'entends-je? . . et vous avez dissimulé avec m 01 » vous ne m'avez pas prévenu de cet incident! MAD. DUVERGER. J'ai eu tort, je l'avoue; mais votre haine pour les en ' fans, la crainte de vous refroidir a mon égard .. DUVERGER. Il est vrai que si j'avais su . . MAD. DUVERGER, tendrement. Bon ami, quand vous connaîtrez ma Coelina, je S'"* «tire que vous l'aimerez de tout votre coeur . . Elle VO»S connaît déjà, elle , . DUVERGER. Ça ine fait bien plaisir. Mil). DUVERGER. Elle est si sage, si bien élevée, si gentille! .. c'w' ,lB vrai bijou! Ain: Vos maris en l'alestine. Une élégante tournure, Un souriro gracieux, Î5 ta plus charmante figure Avec les plus jolis yen», Le teint trais et radieux Je vous l'jure, sur mon ame, C'cbI mon portrait en tous points; Kn r'cevant eca tendres soins, Vous direz: voilà ma femme . . Avec tretn'-cinq ans de moins! [ter.] DUVERGER, a part. Allons, quand je me monterai la tête, ça n'avancerait à rien, [haut] Eli bien! madame, présentez-moi votre Coe- Una: je vous permets de l'aller chercher. MAD, DTJVERC.KR. C'est précisément ce que j'allais faire; qu'est-ce qu'une personne de plus dans tin ménage '! quand il y a pour deux, il y a pour trois; d'ailleurs, avec un peu d'économie. . je vais prendre uu fiacre à l'heure. Ain: Je regardais Itladcllnette. Partez et revenez bien vite, A mon deitia je me soumels; niais tachez dans votre conduite D'être plus franche désormais. [bis.] mai). duvkhorr. Jo vais vous amener ma fille. DUYRRORR, A part. Dieux! quel bouquet que celui-li! MAD. DlIvERGBR. Vous serez père de famille. DUTEROKH. nUVERGER, à part. Hc'las! je n'ai rien lait pour ça. KNSKMBLK. Partez et revenez, etc. MAD. nuvEnr.ER. .te pars et je reviendrai vite; Avec vous j'ai bien des tOrtj, mais Soyez siir que dans nia conduite Jo serai francho dc'sormais. [Elle sort.] DU VERGER, seul. Diable! diable! un enfant qui me tombe sur les bras comme une tuile, c'est uu peu dur; heureusement que c'est te une fille; elle tiendra compagnie n ma femme; elle fera le soir sa partie de piquet, ça me reposera; je ne peux pas toujours jouer avec Séraphine, moi ; j'ai la vue liasse. Dieux ! si c'eût été nu garçon! j'en frémis rien que d'y penser. Scène IX. DU VERGER, ROSE. ROSR, tenant une lettre à la main, et d'un air très agité. Monsieur, est-ce que madame n'est pas ici? DUVERGER. Non, elle est sortie; mais qu'ovez-vous donc? vous tremblez comme la feuille; Rose! ROSE. Ali! mon dieu! j'ai bien peur que nous ne soyons compromis dans une conspiration. DUVERGKK, sautant. Une conspiration! quelle bêtise! moi qui ai fourni pendant vingt-cinq ans des lampions à tons les gouvernement '• moi qui suis connu à la préfecture de police pour la pureté de mes opinions et l'excellence de mes suifs ! ROSE. Eli bien! monsieur, c'est justement de la préfecture «I e police que l'on vient d'apporter cette lettre. DUVERGER. Pour moi? ROSE. Non, pour madame. DUVKRGER, c'tonnc'. Tiens! .. je ne sache pas que ma femme ait eu jania |S aucune relation avec cet établissement politique ci mora ' Donnez-moi cette lettre, [il la prend.] C'est sans doute i" lC erreur, on aura mis madame au lieu de monsieur. Le g 011 ' verneinent me croit encore dans le suil. [ouvrant la "l ,ttr * Voyons, voyous, [il lit.] „Ma chèro maman." ROSK, à "art. Ali! mon dieu! . . DUVRRGKH, étonné". „Ma chère maman," ce u'est pas « moi. [regardant ' ■ 17 dresse] „A madame, madame Duverger." Qu'est-ce que cela Teut dire? ROSE, à part. Maladroite! qu'ai-je fait? DUVERGER. Lisons, [il lit.] „Ma chère maman, j'étais Lier à la Chaumière, avec mademoiselle Titiiie, jeune modiste très-vertueuse du passade du Saumon, [à part.] La vertu dans le passage du Saumon! [il lit.] „Je venais de goûter avec clic le plaisir de la danse, avec une douzaine d'échaudés, lorsqu'un grand blond, avec des favoris noirs, a eu l'infamie de la regarder sous le nez; soudain la moutarde me monte au mien. Nous nous prenons de mots, ensuite nous nous prenons aux cheveux, et la garde nous prend tous les deux nu collet. Je suis maintenant nu violon dans une basse.*' [à pan.] Comment, an violon daus une basse! [Il lit.] Ah! que je suis bête! „daus une salle basse. Dans deux heures on doit me transférer à la Conciergerie, où je suis prêt à passer mes jouis plutôt que d'avouer mes torts. Veuillez me faire réclamer tout de suite, vu que je m'ennuie déjà beaucoup, et que je dois lire demain une pièce en trois actes, au théâtre du Panthéon, cloître Saint-Benoit, u. 9. Votre respectueux fils, Frédéric Jabutol, surnuméraire aux pompes funèbres." Ciel! [La lettre lui tomba .le, maint.] ROSE. Pauvre jeune homme ! au violon ! DUVERGER, Je suis pétrifié . . Encore un Jabutot qui m'arrive . . et un fils . . un tapageur .. ROSK, avec sentiment. Ah! monsieur, je vous assure que M. Frédéric est bien •e plus gentil garçon . . DUVKRGKR, l'animant. Ah! vous le connaissez! . . vous êtes dans la conlidence de ma femme; vous vous entendiez toutes les deux pour me mettre dedans! ROSK. Mais, monsieur, permettez . . DUVERGER. Taisez-vous, vieille cafarde . . Vous n'avez pas de honte, votre âge . . fi! . . un, passe encore . . mais deux . . une paire d'enfans! . . quelle horreur! f'« famille Jabulol. Bip. No, 100. 2 _18_ Mai». DUVERGER, clans la coulisse. Par ici, Coelina . . par ici. ROSE. Cette pauvre madame Duverger, la voilà qui revient bien coutente. DUVERGER, d'nn ton solennel. Sortez, Rose ! [Il s'assied.] ROSK, a part, en sortant. Mon dieu! mon dieu! j'avais bien besoin de lui r*" mettre cette maudite lettre . . DUVERGER, impérativement. Rose!.. sortez! Scène X. DUVERGER, Mad. DtJVERGER, COELINA. JlAD. DUVERGER, «l'un air joyeux. Me voici, mon ami, me voici, ne vous impatientez | lilS ' COELINA, a part. Tiens, c'est mon nouveau papa! Mad. DUVERGER, avec sentiment. Coelina, embrasse ton ]>ère. COELINA, Oui, maman. [Rllo fait qualquea pas, et s'arrête en voya"' grave et refrogné de DaTergcr,] MAD. DUVERGER. Eh bien ! ma fille? COELINA. Maman, c'est que . . [bas A sa mère.] Regarde/, donc coinm" il a l'air eu dessous . . il ressemble au père Sournois. MAD. DUVERGER. Mais en effet . . on dirait . . ^'approchant de son mari- Edouard, qu'est-ce que tu as donc, mon petit chat? DUVERGER, avec une colère concentrée. Votro chat!., votre chat!., faites patte de vélo»'*' madame. MA f), DirVKHr.ER. fist-ce qu'il vous est arrivé quelque chose pendant i»o» absence ? 19 DUVERGER, avec dfyil, et se levant. Oui, madame, oui . . il m'est arrivé une chose que je n'attendais guère . . et a laquelle malheureusement vous n'avez que trop participé. BlAD. DUYERGER. Moi? . . qu'ai-je donc fait? UUVERGER. Ce qu'elle a fait. . elle me le demande! . . Eh bien! madame, vous avez fait. . un surnuméraire aux pompes funèbre* .. MAD. DUYERGER , à part. Ciel! DU VERGER, lui donnant la lettre. Lisez ! MAD. I>UVERGER, lisant. Il se pourrait !. . mon fils ! . . mou Frédéric en prison !.. courez . . courez vite le réclamer. DUVERGER. C'est cela . . je ferai rendre la liberté à M. Frédéric, et je l'installerai ensuite dans la maison paternelle. MAD. mJVKRGKIt. Pourquoi pas? . . quand il y a pour trois, il y a pour quatre. DUYERGER. Oui, pas mal. . J'irais loin, avec votre système progressif. MAD. Dl!VERGER. Edouard . . mon ami . . mon bien-aimé . . ayez pitié d'une mère au désespoir . . Vous connaissez le préfet. DUVERGER. Du tout, madame, je n'irai pas le réclamerj il a besoin d'une petite correction, monsieur votre fils. MAD. DUVERGER. Mais c'est le vôtre aussi. DUVERGER. Par exemple ! . . J'en serais bien ftebé . . un mauvais 8 «jet. . mi turbulent . . <| U i fait des scènes à la Chaumière e ' des pièces au Panthéon. MAD. DUVERGER. Vous êtes un éteignoir! 2 * 20 DUVRRGRR. Un éteignoir! . . ira innrcluiiid de lampions! mAT>. DUVRRGRR, allant sur lui. Un despote ! .. ira cosaque! . . ira bédouin! .. nUVF.RGER, reculant. Un cosaque! . . ne m'échaulfez pas, madame Dnverger ! Mad. DUVRRGRR. Je sors.. car je serais 'capable de vous arracher les jeux . . fi'un ton d'autorité.] Allez cherclier votre fils, et ne reparaissez pas sans lui . . [n sortant.] Allez chercher voire lils- [Rlle entre dans le cabinet à droite.] Scène XI. DUVF.KGF.lt, COELINA. DUVRRGRR. Mon fils!., mon fils! elle pourrait bien dire le sien- Quel caractère irascible ! je n'ai jamais vu une aussi bonne mère de famille. COELINA. Fi! monsieur, que c'est vilain d'avoir fait comme cela de la peine ù maman , qui vous aime tant ! DUVERGER. Que dites-vous, jeune fille? COELINA. Tous les dimanches elle vient me voir . . pour me parler de vos vertus et de votre figure, de vos bontés et de vos cheveux bknica . . elle me disait l'autre jour encore: Si vovais, pour un homme de cinquante-huit ans, quelle touf nure a M. Duverger. DUVERGER. Comment! elle parfait de ma tournure!., [m r«dre»i«"*-j Il est de lait qu'autrefois j'avais du moelleux dans la taîH e l un pliait très-remarqnabWj je suis charmé que cela ait H' 1 "'" madame votre mère. COEI.IN A. Et cependant vous lui faites du chagrin, A maman. DUVERGER, Ma chère enfant, mettez-vous à ma place ; , . vous »^ eZ ?t cinquante-huit ans, vous «"les encore un homme lissez bien conservé, vous éf>*nsez une femme de cinquante ans pour ne pas avoir de postérité, et il vous en pleut une toute faite, CORL1NA , pleurant. Ainsi, monsieur, vous me détestez, vous êtes lâché que maman m'ait amenée chez vous! DUVERGER. Du tout, mon enfant . . ce n'est pas pour vous que je dis cela; je buis ravi . . regardez-moi un peu . . c'est qu'elle est vraiment fort geutille. Approchez, ma petite, approchez. [Coelina «'«pprocbe.J Ma loi, je commence à vous aimer, et pour peu que vous répondiez à ma tendresse . . COELINA. Eh bien ! oui, je vous le promets, je vous aimerai bien aussi; mais faites d'abord quelque chose pour moi. DUVEHGER. Avec plaisir ; voyons, que désirez-vous ? . . Une robe ? .. un châle? . . une montre? . . un bibi? COELINA. Non, je veux que vous alliez chercher mon frère. DUVERGER ■ Votre frère! . . [ii fai , i a grimace.] Est-ce que vous n'aimeriez pas pas mieux un bibi en pluche? COELINA. Du fout, j'aime mieux mon frère . . et le bibi après.. Je serai malheureuse tant que Frédéric ne sera pas sorti de prison. [ic câlinant.] Voyons, je vous en prie, mon petit papa ! DUVKRGKH , vivement et avec joie. Papa! elle a dit papa! . . C'est la première fois qu'une créature humaine lait vibrer ce nom à mon oreille! . . C'est drôle, ça m'a donné une commotion . . Coelina, ma fille, je »'y résiste plus; viens dans les bras de ton beau-père! Air: Rt voila comme lont s'arrange. 1 a-t-en retrouver ta maman. COBl-lMA, d'un air joyeux. Vous allez donc chercher mon (rire DUVEROEK. Ma fille, j'y vais A l'instant. I>0 deux Bnfltni nie voilà père . . •Jurl hosejuet ! 22 C0ELINA. Vous aurez la mien; En ca moment, on me l'apprête : Le prendrez-vous? DUVERGER. Je le veux bien. Mais que ta mer' ne m'ilomi' plus rien. [à part.] J'en ni bien assez pour nia lelc! (Il la reconduit jusqu'au cabinet à droite, et l'embrasse.] MARCEL, paraissant au fond. Que vois-je? . . Scène XII. MARCEL, dans le Jond; DUVEIWEK. DUVERGER , sans voir Marcel. Allons, rendons-nous à la préfecture.. Au fait, c'est le fils de ina femme, et je ne peux pas le laisser au violon» MARCEL, pui pendant cette phrase s'est avancé tout doucement, saisi' brusquement Durrrgcr par le bras. Monsieur! . . DUVERGER, sautant. Hein! . . plaît-il? . . Que demandez-vous, jeune homme? MARCEL, lui serrant le bras. Ça ne se passera pas ainsi! DUVERGER. Monsieur, je vous en (trie, en grâce, lâchez-moi le bras ; vous m'arrêtez la circulation. MARCEL, lui poussant le bras rudement. A votre ûge, avec nue perruque blanche, vous ne rougissez pas ? MUVKRGKR. De quoi? M 4 IlCEL. Ali ! vous séduisez les jcuues lilles ! . . Ah ! vous ' eS faites enlever clandestinement! nu VERGER , se récriant. Moi!., je n'ai jamais séduit que mon épouse légitimé 23 Ali ! çj, monsieur, (le quel droit violez-vous l'asile d'un citoyen loisible qui est dévoué à l'ordre de choses, quel qu'il soit, et qui a déjà donné un à-compte sur ses trois douzièmes? Qui êtes-vous, à la fin? MARCFX, prenant un air . UUVKHGRR, entrant an moment où Marcel fait une girouette. Que vois-je? un étranger chez moi? BIARCKL, un pied en l'air. Véritable Taglioni, au sexe près, [il aperçoit madame Du- verger.] Pardon, madame. MAD. DUVERGER. Mais monsieur, je trouve étonnant que vous fassiez des entrechats dans mon salon. M ARC Kl.. Le talent s'exerce où il peut, [i part.] C'est sans doute •a res|iec(able mère . . captons son suffrage, Comme j'ai capté celui du papa. [i, aul] C'est à madame Duverger que j'ai l'honneur de parler? MAD. DUVERGER. A elle-même. HAROBL. La mère de la charmante (Joelina? 26 M AD. DUVERGER, Sa mère propre. MARCEL. Je vous prenais pour sa propre soeur. H1AI). DUVERGER, à part. Ce jeune homme a des manières très-distinguées, [haut ] II paraît, monsieur, que vous connaissez ma fille? MARCEL. Je la connais, et j'ai su l'apprécier ; belle, jolie, enchanteresse comme sa mère, car la ressemblance est effrayante. MAI). DUVERGRR, à part. Dieux! que les jeunes gens parlent bien aujourd'hui! [hiul.] Je devine, vous êtes le jeune Marcel, dont ma fille me parlait tout-à-l'heure? MARCEL. Oui, madame, je suis ce jeune et sensible Marcel ; vous le voyez à vos pieds. [U s'y jetic] Air: Voilà huit ans, etc. [Léocadic.] Je veux entrer dans la famille; Je vous le demande à genoux; Et si j'obtenais votre fille, [Madame Diivcrger Io relève.] Je serais un fidèle époux; J'en fais ici le serment le plus doux. Dans maint état, ou est souvent parjure, Ru' des Lombards, un objet nous sullit • . Et toujours dans la confiture On tint tous les sermens qu'on fit. Oui, toujours, etc. MAD. DUVERGER. Il est charmant! C'OELINA, qui est sortie du cabinet au commencement du couplet. Pas vrai, maman? MAD, DUVERGER. Ma fille, qui n'a pas de secret pour moi, m'a tout avoue. COELIN4 , a pari. Sans ma maîtresse couturière, elle ne saurait rien. MAD. DUVERGER. Elle m'a vanté votre ton, vos manières, votre esprit. MARCEL. L'esprit . . c'est ma partie. 27 MAD. DUYEKOER. Mais vous gagnez encore bien peu de chose? MAKCFX. Je ne suis que deuxième garçon de fourneau, c'est vrai; mais je me sens le feu du génie ; je ne crains personne pour 'a marmelade d'abricots, je suis ferré sur la gelée : et en fait de cornichons, je suis le plus fort du magasin ; c'est moi qui a < fait les premiers Mayeux en boules de gomme, les Ros- sini en pâte de guimauve, et la conférence de Londres en jus de réglisse. J'en conviens, cependant, malgré tous mes talons variés je n'ai pas de fortune, mais votre vénérable l'uni en a; peignez mon amour à cet honnête citoyen; peignez-lui sa charmante fille, assise dans un comptoir d'acajou, e ' débitant des marrons glacés avec sa figure angélique ; peignez-lui son beau-fils lui versant gratis le cassis et le trois-six, et loin d'être indécis, je vois d'ici qu'il nous ma- rïra sans sursis. MAD. DUVKKGER. Impossible de résister à ce torrent d'éloquence, [avec cP- fusion.] Jeune homme, vous êtes romantique!.. Vous m'entraînez, j c ne résiste plus. Air d'Amédéc Beauplau. Ma fille est à vous, Et bientât, je l'espère, Avec, mon époux Nous arrang'roni l'affaire; Mais ma Oocliiia Meiit' d'èirc heureuset Vot' flamme amoureuse l'cut-ctr' s'éteindra; > otre ardeur pour elle Doit être éternelle. Quelle soit élcniclle! A cetf chère enfant Si vous deveniez inconstant. Ah! jamais, Non, jamais Je ne vous l'pardonncrais. K N S K M I) L K. Won, non, non, non, jamais Je ne vous l'pardonnrrais. MARCEL. Non, non, non, non, jamais Je ne me l'pardonnerais. 28 DRUX1KMK t'Oll'LKT. Calmez voi soucis, Belle-mère charmante, Car votre ï>e;i u-fils PoMcdo une aine ninmnte. KIi quoi ] jo viendrais Dans votre famille l*our tromper vot' fille, Pour lui l'air* des traits , Je serais parjure ! Mon mon aine est pure; Ici, je le jure . , Kt ma Coelina Dans mon coeur toujours régnera. Coelina, je promets De L'adorer A jamais. Oui, oui, oui, ouï, toujours Vot' fiir sera mes amours. MADAMIÎ HUVKHCER. Oui, Oui, oui, oui, toujours Ma Hll* doit êtr* vos amours. MARCEL, COELINA, MAI). DUVER&ER, FRÉDÉRIC, DUVERGER; puis TLRAUUOT. IIUVERGKR, sévèrement. Entrez, monsieur le mauvais sujet, entrez. FREDEHIC. Ofi est ma mère? MAI). DUVRRGKR, allant au-devant (l'eu*. C'est la voix de mon fils! COELINA. De mon frère! FKRKER1C, se jetant d*al In I>r:i» «le madame l>uverc;cr. Ma mère! RARCRL. Ouel tableau! je le ferai en sucre de pomme. KNHKIÏIBLK. 29 MAD. DUVRRGKR, avec at>andon. Mon Frédéric, oli! tu m'as fait bien du mal! [d'un air *'« dignité,] Saluez votro beau-père, mon fils, et remerciez-le •le tout ce qu'il h fait pour vous. Qu'il est beau, mon fils! KKKDKRIC, a Duvcrgcr. Monsieur, croyez qne ma reconnaissance . • DUVRRGKK, avec humeur. C'est bon, c'est bon! MAO, DU VERGER, Frédéric, pourquoi donc au lieu d'être à tes pompes, >a s-tu â la Chaumière dauser avec mademoiselle Tiliue? FRKDKKIC. Mais, ma mère, je dansais, et puis on me met au violon. DUVBRGKR, avec force. On a bien fait! FREDERIC. C'est de la tyrannie! MAD. DUVER6ER, fi . ' e s °nt de mauvaises connaissances fini vous perdent ; "IfllS VOtrr. 1 il " ,r « pere va se charger de vous. 1)1 VF.RGKR. " u tout, du tout, je ne me charge de rien. MAI). DUVKHGKR, avec sentiment. 'Vous no voulez pas me faire mourir, n'est-ce pas! [Ils entourent Duvcrgcr.] COKMNA, d'un air tendre. Ah! mon petit papa, ma mère vous aime tant! MARIÏKI., avec chaleur. Ali! oui, monsieur. MAD. DUVKRGKK, |rK .ilianilon. *) Oui, mes ënfang, oui, vous sci e/, tous heureux, [à M.irrti , c »rti««.] Voire père vous achètera un petit fonds. mARCKL. Mon dieu! avec une dizaine de mille francs.. ) Marcel, madame Duvergcr, Duveiger, l'iédérir, Coelina, 30 DUVERGER. Dix mille francs! . • MAD. DUTERGER. Quant à vous, Frédéric, vous logerez chez nous. DUVERGER. Par exemple! MAD. DUVERGER. Et comme il faut qu'on jeune homme ait toujours un peu d'argent d;ms sa poche, Yotre père vous donnera trente francs par mois pour vos menus plaisirs . . Il est si beau, mou fils ! DUVERGER, se récriant. Trente francs par mois ! . . mais c'est énorme ! dans mon temps on donnait à un jeune homme ving(-c|uatre sous ions les dimanches. Là madame Davn-gtr.] Au moins, madame, j'espère que ce sont là tous vos enfans? HIAD. DUVERGER, sanglotant. Hélas! j'ai encore eu un fils aîné5 mais il n'est plus. DUVERGER , à part. Dieu soit loué! j'ai eu mie sueur froide. [Cri» d'enf»""» en dehors, mêlés de bruit de tambour.] AIR : du l'ère Finot. Mais quel bruit viens-je d'entendre, Et quel est ce carillon! TlBAunuT, entrant précipitamment. O ciel! qui pouvait s'attendre A c'uialheur pour la maison • • Kll' n'sera pas assez grande, MAD. DUTERGER, à Tibauclot. Qu'est-ce donc? TIBAUDOT. Ah ! j'en frémis. Regardez! ils sont un' bande! . . MAD. DUTKRGIR, regardant. Dieux ! les enlans de mon tiJs ! DUVERGER, parlant. Les enfans de son fils! . . [En ce moment, quatre petits garçons entrent en «cène, le tamboui tète bat la caisse.] 31 I.BS ÇUATRR PETITS CARÇOWS. [Rrjtriao Je l'air avec accompagnement de tambour.] Bonjour donc, bonn' maman! Nous v'nons ▼OU voir tambour battant! Rata|>lan! bonn' maman! Nous v'nons vous voir tambour battant! [Ils rompent le rang et entourent madame Duvorgcr.] Bonjour, bonne maman! bonjour, bonne maman! [Tibia- dot sort.] Scène XVI. MARC KL, LKS QUATRE GARÇONS, Mao. DU- VERGER, DU VERGER, FREDERIC, COELINA, puis ROSE et TIBAUDOT. DUVKRGl.li. Est-il possible! encore quatre petits Jabutot! Quelle famille productive! mais c'est donc la more Gigogne que j'ai épousée ! MAD. DUVERGER. Hélas! c'est tout ce qui nie resie de mon clier aîné; il est mort si jeune! [les carénant.] Pauvres amours! sont-ils gentils! Ilh bien! sommes-nous bien sages à notre pension? le Tambour. Bonne maman, on nous a campés t\ la porte ce matin, tous les quatre. MAD. DUVERGER. Ah! mon dieu! pourquoi donc? LE TAMIIOUR. Parce que nous avons flanqué des calottes à un grand imbécile de maître. DUVERGER. C'est fort mal! mais je pense qu'en lui parlant . . MAn. DUVKRGKR, avec bailleur. J'en serais bien fâchée, je ne veux avoir aucune obligation à. un pareil homme; soyez tranquilles, mes enfans, 32 votre grand papa Duverger vous mettra dans une bonne pension. DUVERGER. Qui! moi! MAD. DUVERGER. Quand il y a pour quatre . . DUVKRGDH. Il y a pour neuf, n'est-ce pas? ah! c'est trop fort! . . non , madame, non, non ! M AD. UUVKHGKR. avec une fureur coneenlre'c. Père dénaturé!., non, ce n'est pas un homme, c'est un tigre «me j'ai épousé. Mes enfans, mes pauvres enfans, je Suis bien malheureuse ! [Elle se laisse tomber dans uu fauteuil.] FREDERIC. Ah! mon dieu! elle se trouve mal! CORLINA, courant à elle. Pauvre maman! [Tous Jes enfans entourent madame Duverger.l ROSE , accourant. Monsieur, monsieur, voilà toute la société qui arrive pour le bal. niJVKRCER. Ciel ! dans quel moment ! [courant a madame Duvergcr.] Madame Duverger! . . Séraphiue! . . revenez à vous, ne faites pas de scandale. MAD. DUVKKGKR, se relevant brusquement. Du scandale!., je veux en faire, moi. Ah! vous fa> tc9 le tyran ! . . llose, faites entrer tout le monde ; el vous, " ,eS enfans, passez par-là. [Ils se placent tous à droite.} niJVKRUKR. Quelle position! 33 Scène XVII. LM MÉMKS, HOMMES et FEMMES, espèce de caricatures. LK CHOEUR. AIR «lu Marché de la Muette. Du plaisir voilà Io signal; Nous accourons A votre bal. Notre bonheur est sans égal, Un bal pour nous c'est un régal. DUVERGER, à demi-voix. Séraphine, je vous en conjure, pas d'esclandre devant Mue aussi belle société. MAD. IWVKRGKR, bas. Si, monsieur., présentez vos enfans, ou je vais le faire moi-même. DUVKKGRR, à part. O fatal hy menée! tu m'en lais voir de cruelles . . . C'aut.] Mes cliers amis, jusqu'à présent vous m'avez tous cru sans famille, eh bien ! vous vous trompiez. TOUS. Il se pourrait 1 . . DUVKRGKR. Grâce à ma respectable épouse, j'en possède une . . qui "unit à elle seule la qualité . . et la quantité. [Il présenti- tous les enfans.] Mac, 1IUVRRGKK, baissant les ycui. Oui, voilà ma petite famille . . mes enfans, que mon excellent mari reconnaît pour les siens . . l'as vrai que vous 'etonnaissez, les grands comme les petits? DUVERGER. Oui, oui; et les moyens, s'il y en a . . [i pan ] Que •e diable les emporte*! MARCEL, k Duvergcr. C'est superbe! c'est admirable! vous .-tes digne d'être •noulé eu sucre et de passer à la postérité! i Tous rrpreuiicut leurs premières places. 34 DUVERGER. Chut J . . ne parlons plus de postérité' .. j'en a! bien assez comme ça 2 [Il montre toua les cuiaiia.] MAD. DCVKKGKK, minaudant. Edouard, embrasse-moi, je suis coutente de toi. [Elle l'embrasse] ROSK, n'avançant avec un petit garron. Monsieur, permettez que je vous embrasse aussi; vous vous êtes conduit comme un galant homme. DIIYKRGKR, montrant le petit garçon. Mon dieu! qu'est-ce que c'est que ça? ROSE. C'est mon pelit-neveu, qui vient vous souhaiter une bonne fête. TIBAUDOT, entrant avec un autre petit enfant. Bourgeois, permettez à l'héritier présomptueux de; votre portier de vous présenter aussi sa brandie [ an petit jfarço»] Présente t;i brandie A monsieur, et dis-lui merci de ce 0*'" va terminer. DUVERGER. Comment! . . ItMl». hl'YFRGKH, i «on mari. Donnez, monsieur, donnez. UUVKKGRK, donnant de l'argent a Rose et un petit garçon de Tibaudst. Tenez, tenez . . et laissez-moi tranquille avec vos mioches! [à'parti] Kh bien! épouse/, donc une veuve sans enfin»! . . me voilà avee deux générations sur les bras. RKPRISE I»U OHOKUR. llu plaisir voila le signal, etc. VAUDEVILL K. m\i> niivrcHCRR, A ion mari. Air: Vaudeville do la Famille de tMpotfcicftfft, Avant de m'epouser, mon coeur, Tu reconnus, je le confesse, Mes grac'ri, ma \crtu, ma candeur, Kt tu reconnus nia te mina se . . 35 Tu reeomiua tous mes attraits; Mais, la main sur la conscience, Tu n'savais pas qu'tu nie devrai» Co surcroît île reconnaissance. [M».] OVVERGER, au public. Messieurs, je n'avais pas d'entans, Kt, ma loi, je n'm'attendais guère Qu'il m'en lomb rait, en si peu d'tenip», Une semblable fourmilière. Maint'nant il faut les héberger, Kl pour moi c'est bien d'ia dépense . . Si vous v (tuiez vous en chargor, t.'omptez sur ma raconoaissancfit V I N. Imprimé tliez Léapold G ni 11 a unie Ki-atise. REPERTOIRE "JBU THEATRE FRANÇAIS A BERLIN, par MM. SCRIBE, MELKSVILLK, DF.LA VIGNK, ThÉaulon, Kamosii, Vjirubh, Rociiefort, Df.villenkuve, DB»- vmOEBs, Lockhoï, Chabot, de Courct, Ancei.ot, St. Hilaihi, MAtÉRE», Carmouche, Warin, Merville, Leroux, Dupin, DARTOIS, BrAZIER, HA>ARD, DUPORT, ItH LE» T R K-l'OI H S 0 N, Waffi. ari>, Bonjour, Fulgence, V.Hugo, Molière etc. G H AND IN 8, en i or n nkcK su / mn shp.iremknt. EN VENTE: 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 20. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36, 37 38 39 40, 41 42 43, 44. 45, 46. 47. 48. Mrs dernier* \ ingt sols. 4 gr. 'Malviiia, ou: un Mariage d'in- clinatlort. 8gr, 'L'Ambassadeur. 6 gr. 'Les Moralistes, 6 gr. * Un dernierjour deFortune.4gr LesCuisinicrs diplomates. 4 gr. Mr. Jovial. 6 gr. *Le Mariage de raison. 8 gr. Le Paysan perverti. 10gr. + Les premières amours. 6 ^r. 6gr 6gr. 8 gr. 6 gr. 6gr. o g 1 '- 6gr. • gr. 4 gr. 4gr. 8t Théohal.l. 'Madame de St.-Agnès. ♦ Yelva. •La jeune Marraine. 'Simple Histoire. Léontde. *La Somnamliule. ■'Le Diplomate. 'La Quarantaine, Le Cousin Frédérict] •La Lune de Miel, •La Demoiselle à marier, 6gr. 'L'Héritière, (i £r. Le jf'iine Mari. 8 gr. Le vieux Général, 6 j^r. *Le vieux Mari, 8 gr. La Maîtresse. 6 gr. *La Mansarde des Artistes. 6gr, •La Haine d'une Kenniie, 4 gr. Les Perroquets de la mère Philippe. 6gr. Tony, ou : les canards. 6 gr. "Le Confident. 4 r gr. Angéline, ou : la Champenoise. 6 gr. La Mère au bal et la Fille a la maison. 6gr. Marie Mignnt. 8 gr. * Avant, pendant et après, 8 gr. L'école des V ieillards. 8 gr, 'Le nouvcauPourceaugnacOgr. l.a Suite d'un bal masqué. 6 gr, Un Moment d'imprudence.6gr. Lcprérrpt.dans l'embarras 6gr. V alérie, G gr, M.a seconde année. 6gr. "Louise, ou : I.{Réparation.6 gr. La Mère rivale. 6gr, Le Matin et le soir, 6 gr. Le Roman d'une heure. 4 gr. La Semaine des amours. 6gr. Les pièces marquées d'un 4 9.» ta Manie des places, fige. 50. Le Menteur véridique. 4 gr. 51. «L'Artiste. 6 gr. 52. 'Michel et Christine. 6 gr. 5.1. Les trois Quartiers lOgr. 54. Le Conscrit. 4 g». 55. *La Chatte métamorphosée en Femme. 4 g r - 56. Hernani, p. Victor Hugo, 8 g r - 57. La Reine «le seize ans. 6 g 1 '. 58. L'Actrice eu voyage, (i g p < 59. Nincllc. 6 gr. OO.'Philippe. 6 gr. (il. Ma place et ma femme. 8 g 1 '. 62. La lin du mois. 4 g 1 ** 63. Monsieur Hotte. 8 g 1 '. 64. Le Célibataire etc. 8 gr- 65. Le Sourd. 6 gr. 66. *Le Parrain, 4 g 1 '' 67. Les deux Cousins. 8 gr. 68. Le Marquis de Pomenars. 4g r> 69. *Le plus beau jour delà vie. 6g r - 70. La mère et la fille. 8 gr. 7l*.Jeune et vieille. 8 gr. 72. La dame et la demoiselle. 8g 1 '. 73. *I ne faute. 6 gr. 74. La re\ anche. 6 g r< 75. La séparation. 8 gr. 76. Madame Lavalette. 6 g r - 77. Le Tartuffe, \<. Molière. 8g*« 78. Mad. du Barry. 8 g 1 - 79. *La famille Hiquebourg. 6 gr- 80. "Le Quaker et la danseuse. 6 g r " 81. l.e Tyran domestique. 10 g 1 *' 82. Marisn de Lorsae. 12 g 1 ' - 83. La Ferle des Maris. 0 g r 84. L'oncle ri\al. 4 g r * 85. M. Cagnard. * B r - 8(i. l.e dey d'Alger. * F' 87. L'oubli. 6 F' 88. Le Philtre champenois. H g""* 89. Rabelais. * F' 90. La glande dame, 8 g" 91. La tille d'honneur. 12 g r - '.n. Chacun «le son ««lié. W B r * 93. Louis XL, p. Delavigne. 12 gr. 9t. Le Chaperon. 95. La duchesse «le Guise. <>r>' r> 96. La Cloison. * g''- 97. «La vengeance Italienne. 8 gr- 98. Le Serrurier. • F" 99. Mémoires d'un coloucl. 4 g''- * sont de M. Scribe, Cnez Ad, Maiit. Schlbsingrr à Berlin.