0 ' H I + c W Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 81. L E TYRAN DOMESTIQUE, ou LINTÉRIEUR D'UNE FAMILLE, COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS. PAR M. ALEXANDRE DU VAL. Lui qui, dans ses loyers tyran sombre et jaloux, l'our un vase détruit déchaînant son courroux, Frappe sur ses valet*, ru*>it rontre sa liile, S'alimente des pleurs de toute sa famille, Kl troublant le quartier de ses cris éternels, Change en dieux infernaux lai lares paternels , . . ÇFrad, de Juvkn. par D. L, Ferlus») Priil 25 Sgr. (20 gGr.) wwLm* chez Ad. Ml. S c h 1 e s i n g e r, Libraire et Éditeur de Musique, unk-r ilen Linilcn Nu. 34. 18 3 1. Personnages. Acteurs. Mr. VALMONT, banquier............. Mr. nURUISSRL. DF.RBAIN, frire de Had. Valmont........ Mr. VELCOUR. CHARLES, fils de Mr. Valmont.......... Mr. MORsINI). Mr. DUPRK, parent de Valmont......... Mr. UÈRAVTT. MAI). VALMONT.................. Ma,!. I1IIICE. KUGKNIR, sa fille................. Mlle. LtNCF.STRE. HAD. DCPRÉ.................... Mlle. DBSCHJNEL. PICARD, \ieux domestique............ Mr. MÀBI1IS. I.a schne est fi Pati$, IMPRIMERIE de lu. W. KRAUSE. ACTE PREMIER (Le théâtre représente un riche salon: de l'un des côtés du théâtre on voit un piano, un métier à broder; de l'autre, une table à déjeûner.) Scène I. DERBAIN, PICAR& PICARD. C'est vous que je revois! ma surprise est extrême; Le lils i e u fort. 10 CHARLES. Et nous pliions baguée. {Picard surt.) Scène IV. EUGENIE, CHARLES. EUGENIE. Allons, Charles, dis-moi quel est ton grand secret? CHARLES. Je suis sons-lieutenant; j'en aurai le brevet Peut-être ce matin, EUGENIE. Que me dis-tu, mon frère? Quoi! sans me consulter tu t'es fait militaire? CHARLES. C'est grâce à notre ami le colonel Valcour. Tu sais qu'il a pour toi, ma soeur, beaucoup d'amour; 11 me l'écrit, au moius. EUGENIE, affligle. Il me l'a dit de même, Et ce méchant Valcour, pour me prouver qu'il m'aime, Veut t'éloigner de moi, te fait sous-lieutenant, Et te fera tuer peut-être au régiment. CHARLES. Non, non, je reviendrai près d'une soeur si chère . . . EUGENIE, naïvement. On peut donc quelquefois revenir de la guerre? CHARLES. Mais sans doute. Voici ce que Valcour m'écrit; Vois, pour moi, comme il sut employer son crédit. ,,J'ai reçu, mon cher Charles, une réponse du ministre „de la guerre. Vous aurez le brevet que j'ai sollicité en „votre faveur. Présentez-vous avec ma lettre, et l'on ne „tarilera pas à vous l'expédier. lîappelez-moi au souvenir ,,de votre aimable soeur, de votre tendre mère; elles ,,connaissent toutes deux mes sentiments, et j'espère que, ,,quels que soient les obstacles qui s'opposent à mes voeux, „je pourrai vous appartenir un jour par d'autres liens que „par ceux de l'amitié. „ Valcour." 11 EUGENIE, ,1'un ton piqué. C'est tout? plus longuement il n'a pu vous écrire? Il pouvait bien avoir autre chose à me dire, CHARLES. Toujours un militaire écrit brièvement. EUGENIE. Leur style et leur amour se ressemblent souvent. CHARLES. Pour moi, je lui dois bien de la reconnaissance. EUGENIE. A son souvenir, moi! je fais la révérence. CHARLES. De quitter la maison je lui dois la faveur. EUGENIE, avec sensibilité. 11 me prive d'tiu frère et trouble mon bonheur. CHARLES, avec enthousiasme. Ah! mon nouvel état me parait plein de charmes; J'étais né, je le crois, pour le métier des armes. Je dois, aujourd'hui même, acheter un cheval; On doit me procurer le plus bel animal . . . Tu me verras bientôt sous ma nouvelle forme; Pourvu qu'on ait bien fait mon habit d'uniforme! Mon corps est à Strasbourg-; je suis dans les hussards; Je veux, tout équipé, paraître à tes regards; Je prendrai le dolinan, pelisse et sabretache. Mais il me manque eucor . . . EUGENIE. Et quoi donc? CHARLES, eu riant. La moustache, EUGENIE, avec finesse. Mais, sans doute, en hussard tu viendras voir papa? CHARLES. Non: je me garderai parbleu! bien de cela; Tout brave que je suis, je craindrais l'aventure, Jl prétend nie lancer dans la magistrature; Je lui prouverais mal, sous mon nouvel habit, V ue je veux être un sage, un parlait érudit. EUGENIE. Çuoi: sans faire d'adieux? 12 CHARLES . à roix basse. Je ieraï ma retraile En délogeant la nuit, sans tambour ni trompette. EUGENIE. Et de ma mère, hélas! quel sera le chagrin! Eu la quittant ainsi, c'est lui percer le sein. CHARLES. Non, non, je dois la mettre en notre confidence ; A sa tendre bonté je dois ma confiance. EUGENIE. Tu ne te fais soldat que pour fuir la maison. CHAULES. Ofi! j'ai pour ce métier quelque vocation: Pour ne pas te tromper, il est vrai que mou père, En contraignant mes goilts, change mon caractère; Je ne songe peut-être à prendre cet état, yue parce qu'il prétend que je sois avocat. Moi, je n'aimai jamais ni Cujas ni Harlhole, Et je ne suis pas fait pour les bancs d'une école. Ee devoir d'un soldat n'est pas si dangereux: Ou ne peut l'accuser s'il fait des malheureux. En garnison, s'il est exact à sou service, Il fait l'amour le soir, le matin l'exercice. 11 boit, chante, et se bat toujours avec gaîté; 11 courtise la gloire et plaît à la beauté. 11 est timide et doux, s'il est près de sa belle; C'est mi lion terrible au combat qui l'appelle; Et si dans la bataille il périt vaillamment . . . On n'a poiut à payer de frais d'enterrement. EUGENIE, K'enteudg-je pas tousser? CHAULES, voulant l'enfuir. C'est peul-êlre mon père? Allons, sauve qui peut! EUGENIE. Le brave militaire! Mais pour le déjeûuer, Charles, tu reviendras? CHAULES. Non, je monte à cheval, et tu m'excuseras. EUGENIE. Riais mon père irrité . . . 13 CHARLES) Trouve quelque défaite j Dis, au hasanJ, ce qui te viendra dans la têle. Dis que je suis allé, ce matin promptement, Pour mon instruction consulter un savant : Cherche-le parmi ceux ou de lîome ou d'Athènes. Prends Sénèque ou Platon, Cicéron, Dérooslhènes; Je lie te gêne point, et sans crainte tu peux De ces messieurs choisir qui te plaira le mieux. (Il sort.) Scène V. EUGENIE, seule. Allons, il faut mentir, afin qiie tout s'arrange; Il sait, pour l'excuser, que je mens comme un ange. Ah! quand on craint quelqu'un on s'enfr'oblige ainsi; ICI pour moi, dès demain, il peut mentir aussi. Mais mon frère est parti. lion dieu! que je suis sotte! 11 devait en secret m'apprendre la gavotte. J'ai déjà deux leçons. Répétons quelques pas. {Elle citante et danser) Si mon père venait! C'est sa faute, en tout cas} Pourquoi congédier notre maître de danse? (Gravement.) C'est un tort; moi, j'aimais beaucoup cette science.' (Elle réptend sa gavotte. Picard tousse, mais elle ne l'entend fias.) Scène VI. VAL,MONT, EUGENIE, PICARD. VALMONT, sivhrement a sa fille. Que faites-vous donc là? KIJGKNIK, apercevant son père, court à une table, s'assied et prend un livre. , Mon père, je lisais. YAl.MONT. Vous lisiez en chantant? 14 EUGENIE, tout Interdit*, Non, c'esl que j'arrivais. (Bas à Picard.) Tu ne m'avertis pas. PICARD. Pardon, mademoiselle, J'ai toussé. VALMONT, aprbs avoir range" quelques papiers sur la table, D'arriver la manière est nouvelle. On ne me trompe pas, vous sautiez en chantant; C'est avoir pour la danse un furieux penchant. EUGENIE. Mon père . . . VALMONT. Je le sais, toute fille bien née Dans cet art si brillant est perfectionnée; Il faut que dans un bal sou talent soit cité, Qu'on admire sa grâce et sa légèreté; Et j'en connais certaine à bon droit si fameuse, Qu'elle peut au théâtre entrer comme danseuse. t'ICAUD, h part. Fille qui danse bien ne me plaît pas, aussi; Ce n'est pas en dansant que l'on trouve un mari. VALMONT, regarde la pendule. Il est déjà très-tard. — Snr ma tête, je gage Qu'au bureau les commis ne sont pas à l'onvrage; C'est le ton d'à présent ; ils aiment beaucoup mieux Dans les sociétés faire les merveilleux. (Décachetant tics lettres.') Ah! voyons ces papiers. — Eh! quoi? ce misérable Demandera toujours; oh! c'est insupportable! Il établit vraiment un impôt sur mon bien. (Brusquement.} Il faut bien lui donner; le malheureux n'a rien. (A Picard.) A quoi donc rêvez-vous? N'avez-vous pas alFaire? Pourrai-je déjeûner à mon heure ordinaire? PKABD. Oui, monsieur. (// sort.) 16 Scène VII. VALMONT, EUGENIE. VALMONT. (D'un ton moqueur.) (A Kuq-'nie.') C'est heureux! — Que lisez-vous doue là? Est-ce quelque rouiau dont le titre est eu a? Aujourd'hui votre mère est des plus mal apprises, De laisser dans vos mains de pareilles sottises; Triste production d'un misérable auteur Çui gagne de l'argent aux dépens de l'honneur! KUGRNIE. Non; je lisais l'histoire, et j'étais eu Lorraine, Où je faisais un siège avec le grand Tureune. Ah! quel général! VALMONT. Rien ne vous est étranger; Il est vraiment plaisant de vous voir le juger. Ce petit ton tranchant, malgré moi, me lait rire. A nous livrer combat voulez-vous vous instruire? Voulez-vous savoir l'art de prendre un bastion? Ce livre vous convient, et votre choix est bon. KUCKN1R, h port. Il m'ordonnait hier de lire cette histoire. VALMONT. Bien pins utilement chargez votre mémoire; Apprenez La Fontaine ou lisez Fénélou ; Tous deux forment le coeur, l'esprit et la raison. Scène VIII. M ad. VALMONT, M. VALMONT, EUGENIE. B1 AD. VALMONT. Mon cher Valmont! VALMONT. (A sa femmes 'A sa fille, qu'il continue tic riprimmnJer.) Bonjour. Selon votre caprice, 11 faudra donc toujours que votre tête agisse. 10 MAD. VALMONT avec boni': Vous ave« bien dormi? VALMONT. Jamais on ne vous vil De livres instructifs occuper voire esprit. (Plus il s'avance dans la scène, plus il s'ichnuJJ'e.) Mad. VALMONT. Et vous vous portez bien? VALMONT, à .10 femme. Très-bien, ma bonne amie. (J sa fille.) Toujours, «le voire part, c'est nouvelle folie; De vous rendre plus sage il n'est aucun moyen; Vous avancez en âge, et vous ne savez rien» EUGENIE* Chère maman! Mad. VALMONT. Ma fille! VALMONT. Il est encore unique Qu'à ce point vous ayez négligé la musique; N'avez-vous pas un maître au moins depuis six ans? Mad. VALMONT. Elle est au piano» (Eugénie commence aussitôt a préluder.') VALMONT. C'est bien prendre son temps Pour jouer » . . Mad. VALMONT. Pour vous plaire, ici son zèle éclate. VALMONT. Afin de m'élonrdir de la même sonate; Moi, je suis de l'avis d'un auteur très»connu, Qui s'écriait toujours: Sonate, que veux-tu? MAD. VALMONT, à sa fille. Cesse. VALMONT, « sa fille qui s'est levie. Mais à propos! où donc est votre frère? Et pourquoi manque t-il au devoir ordinaire Qu'envers moi tous les jours un enfant doit remplir? MAD. VALMONT. Est-H malade? RUGENIR. Mais . . . VALMONT, vivement. 11 faut le seconrir. A son appartement je vais d'abord me rendre. Ah dieu! ce cher enfant! Allons, sans plus attendre . . . KUGRNIK. Rassurez -tous, mou père, il est très-bien portant. VALMONT, en colère. Enfin, où donc est-il? KUGKNIR. Je crois qu'il est absent . . . VALMONT. Pour courir . . . EUGENIE. Pour aller à la bibliothèque. VALMONT. Bah! pour y voir quelqu'un? ËUGENIR, Oui, pour y voir . . . Sénèque. VALMONT, après un silence. Quelle preuve de goûtl choisir un écrivain Qui sut mal élever un empereur romain, Qui nous montre toujours la richesse importune, , Aussitôt qu'à la cour il eut t'ait sa fortune ! EUGENIE. Sénèque a tort, mon père. VALMONT. Allons, laissons cela. Scène IX. VALMONT, Mad. VALMONT, EUGENIE, PICARD. PICAIil). ^ n étranger, monsieur, vous demande; il est là, ^t j e ]yj_ i) erDa ; n ii apporte une lettre. D„ Mad. VALMONT. " e frère? PICARD, Et c'est lui qui veut vous la remettre. Le T !/ran domestique. Rep. No. 81. L 2 ] 18 VALMONT. l'en suis parbleu charmé! mon frère m'est ronnn, Et je l'aime beaucoup, sans l'avoir jamais vu. Naguère, de ses biens faisant le sacrifice, Derbain m'a retiré «l'un all'reux précipice: Je ne puis oublier ce service important, Et mon coeur en sera toujours reconnaissant. M AD. VALMONT. Si c'était son ami, que dans cette demeure . ■ . F.IIGKNIK, à part. Je puis pour ma gavotte, escamoter une heure. VALMONT. Il faut d'abord, je crois, l'inviter à dîner. Ç.4 «/: fille.) Mademoiselle, allez au plutôt dessiner. KUGKNIË, faisant une mine. Oui! VALMONT, à sa femme. Au repas donnez quelques soins, je vous prie. Tout n'en ira pas moins de travers, je parie; Mais cela vous regarde. Et vous, monsieur l'icard, N'allez pas, comme hier, nous faire dîner tard. (// sort.) RCGBNIR. Oh! j'ai bien des secrets à te dire, ma mère. M,\D. VALMONT, avec dignité. Soit! mais obéissons d'abord à votre père. (Ellcê .sortent.) Scène X. PICARD, seul. Oh! que je suis content du bon monsieur Derbain! Du but de ses projets je ne suis pas certain; De tourmenter Valmont je vois qu'il se propose . . . Ah! s'il réussissait, quelle métamorphose! . . Je puis bien, sans remords, secondant son projet, Rendre à monsieur ma part du chagrin qu'il nous fait. FIN 1)1! I'KEMIKK ACTK. ACTE SECOND. Scène I. Mad. VALMONT, DERBAIN. DEKBAIN. Ah! je suis enchanté de tant de politesse. MAD. VALMONT. C'est un devoir bien doux, qu'à remplir on s'empresse. Et c'est le moindre accueil que l'on doive à l'ami D'un frère qui de nous sera toujours chéri. DKUHA1N. Arrivé dans Paris depuis à peine une heure, Votre époux m'a prié d'habiter sa demeure ; Mai», tout eu acceptant cet honneur, ce plaisir, Peut être, avant deux jours, je puis m'en repentir. Mi\i>. VALMONT. Et quel est donc, monsieur, l'objet de votre crainte? DKKBAIN. Vous allez le savoir: je dois parler sans feinte. Monsieur Valinont, sans doute, est nu homme d'honneur; Mille (raits, dans sa vie, ont prouvé son bon coeur; Mais il a, m'a-(-on dit, un certain caractère Qui cause le malheur de sa famille entière. Mad. VALMONT. Çui peut contre Valmont vous avoir prévenu? DKRBAJN, ^ a 's quelqu'un qui prétend l'avoir beaucoup counu; ^ n a sur ce sujet, écrit à votre frère. ami m'a chargé d éclaircir ce mystère . . . 1 ' ce frère gémit qu'avec tant de douceur, ayez pour époux l'homme dur . . . [ 2 * ] 20 MAI). VALMONT. Eh! monsieur, Cessez, je vous en prie; osez-vous de la sorte? . . DERBAIN. Oui, j'ai tort, j'en conviens; mais le zèle m'emporte. M M). VALMONT. Non, Valmont n'eut jamais aucun tort envers moi! D'être un époux fidèle il s'est fait une loi: S'il est constant époux, il est excellent père; L'amour de ses enfants remplit son âme entière. C'est pour leur assurer des destins plus heureux, Que nuit et jour il est aussi laborieux. Dans ses moindres projets son espérance brille ; Dans tout on voit l'amour qu'il porte à sa famille: Bon père et bon époux, autant qu'homme de bien . . . DERBAIN. Il fait votre malheur . . . mais vous n'avourez rieu. Ce zèle qui vous porte à défendre un coupable, En augmentant ses torts, vous rend plus estimable. Mais, quel bruit! . . • Scène II. PICARD, VALMONT, Ma». VALMONT, DERBAIN. VALMONT, eu dehors. Moi, je dis qu'il fallait m'obéir. IMtÉBAIN. Quelqu'un est eu courroux. Quoi! je vous vois rougir? VALMONT, entrant. Bon dieu! qu'un vieux valet est une sotte espèce! PICARD, de lu porte. Vous n'avez point d'égard, monsieur, pour la vieillesse. VALMONT. Tais-toi . . . Cours préparer cet autre appartement. (Apercevant DtfriotM.) Pardon| je m'occupais de votre logement. DKKJiAIIN. Je sonlFre que pour moi vous preniez tant de peine. VALMONT. C'est un plaisir, monsieur, bien loin d'être une gêne. M LM MAI). VALMONT. Mais, j'avais ordonné . . . VALMONT, avec une humeur contrainte* N'avais-je donc pas dit Çue cet appartement nie semblait trop petit? L'antre, pins agréable, est aussi plus commode, Et son ameublement est bien plus à la mode. En y réfléchissant, madame aurait diî voir tyue c'était celni-là que vous deviez avoir. DKlUiAIN, souriant. Moi, je me trouve bien, dès que je suis tranquille. VALMONT. Soit; vous n'entendrez pas tout le bruit de {a ville. Il faut que ce soit moi qui songe à ce détail; Femme, enfants et valets nie laissent ce travail. DERBAIN, à part. Ah! quel homme! VALMONT , toujours à sa femme. Et pourtant, d'une amitié sincère, Nous devons accueillir l'ami de votre frère, D" généreux Derbain, Mais peutrêtre aujourd'hui Voire esprit n'a-1-il plus nul souvenir de lui. Mad. VALMONT. Vous m'accusez, monsieur, d'une injustice extrême. Derbain doit le savoir, depuis long--temps je l'aime, Et quelque jour peut-Cire . . . DERBAIN. 11 le sait maintenant. VALMONT. Non, voire coeur n'est pas assez reconnaissant; Moi, je saurai du moins réparer voire faute, En aimant son ami qui daigne être noire hôte. DERBAIN) Ah! c'est trop de bouté! VALMONT. Si vous n'êtes pas bien, De grâce, excusez-moi; j'ignore le moyen P* me faire servir, et c'est ce dont j'enrage: Mais je prétends pour vous me mêler du ménage; Et sur tous vos plaisirs je vous préviendrai tant, V" e vous serez chez moi libre, heureux et content. 22 DERBAIN , regardant sa soeur. Oni, nons serons heureux, j'en forme l'espérance. (A f'almont, ) Déjà vos droits sont surs à ma reconnaissance: Je vois bien qu'on m'a dit sur vous la vérité . . . De vous avoir connu, je m'éloigne enchanté. VALMONT. A votre appartement il faut que je vous mène. DEBBA1N. Je suis «le la maison; entre nous point de gêne. VALMONT. Je vous laisse partir; adieu jusqu'au revoir. DERBAIN. De revenir bientôt je me fais un devoir. (Il sort.) Scène III. Mad. valmont, valmont. valmont. C'est un homme charmant! je l'aime comme un frère: Nous sympathiserons, je crois, de caractère. Mad. VALMONT, timidement. Moi, je ne le crois pas. VALMONT , avec aigreur. Je vous reconnais bien; De personne, jamais, vous ne pensez du bien; Et moi, je vous soutiens que notre hôte est aimable, Que sa société peut nous être agréable. Mad. VALMONT. Je lui crois de l'esprit, il est observateur; Mais je ne puis encor bieu juger de sou coeur. VALMONT. Bien juger de son coeur! Ah! quel propos de femme! C'est l'ami de Derbain, l'ignorez-vous, madame? Par votre frère même il nous est adressé; N'est-ce pas nous prouver qu'il en a bien pensé? Derbain peut-il avoir un ami méprisable? Far de pareils soupçons, c'est vous rendre coupable; Mais, des femmes tel est le penchant trop Fatal, Que toujours du prochain elles parleront mal. 2.5 MAI). VALMONT. Mais vous mettez, monsieur, beaucoup trop d'importance A tout ce que m'inspire une sage prudence; Derbain, dans cet ami, tit sans doute un bon choix, Je lui dois des égards; mais c'est bien tout, je crois. VALMONT, avec beaucoup tle chaleur. Je ne vous conçois pas, et votre ton tranquille, Même eu dépit de moi, veut m'échauIFer la bile. Avez-vous oublié qu'un malheureux destin Compromit ma fortune et mon honneur enfin? Que votre frère alors, du pavs qu'il habite, Apprit mon infortune, empêcha ma faillite, Et de ses capitaux me rendant possesseur, Me sauva ma fortune, et plus encor, l'honneur? «AD. VALMONT. Il sait à ce sujet ce que mon âme pense; Il ne doute pas, lui, de ma reconnaissance. J'écrivis ce seul mot: ,,Ce service est bien grand; ,,1'our mou frère Derbain j'en aurais fait autant." VALMONT. Oui, vous portez dans tout votre froide manière, Et comme votre époux vous aimez votre frère; Là, tout tranquillement; c'est très-bien; mais pour inoi, D'être reconnaissant je me lais une loi. Je voudrais en donner la preuve convaincante. Aux regards de notre hôte Eugénie est charmante; Ses veux étalent tournés sur elle à tout moment, Et de sa beauté rare il m'a fait compliment; 11 se pourrait qu'un jour . . ■ Mad. VALMONT. Eh! mais, à vous entendre, Il n'aura qu'à vouloir pour être votre gendre. VALMONT. Il nous ferait honneur. MAD. VALMONT. Vous riez, entre nous. VALMONT. V u> 'l demande Eugénie, il sera son époux. Ma». VALMONT. lla quoi! sans consulter le goût de votre lille . . . VALMONT. Il suffit qu'il convienne à toute sa iuuiîlle. 21 MAD. valmont. Ainsi d'un étranger arrivé se matin . . . VALMONT. Cet étranger, madame, est l'ami de Derbain. ihad. valmont. Biais réfléchissez-y, l'âge et la convenance . • . VALMONT. J'acquitte le tribut de ma reconnaissance. MAD. VALMONT. Obligez-vous mon frère, en formant de tels voeux? VALMONT, en coVerc. Çue je l'oblige ou non, il suffit; je le veux» MAD. VALMONT. Je ne réponds plus rien. VALMONT, d'un Ion moqueur. Et ce serait dommage! On ne saurait, je crois, en dire davantage. Riais laissons tout cela, c'est un parti bien pris; Je ne changerai point, tout faible que je suis. A propos, à dîner nous serions seuls à table; Egayons ce repas de quelque femme aimable, Invitez les amis qui vous plairont le plus, Je ne veux point gêner votre g-oilt là-dessus. Mad. VALMONT, Eh bien! prions Dorlis . . , VALMONT. Depuis qu'il est en place, Quand on parle d'affaire, il vous t'ait la grimace, El vous jure d'an ton politiquement fat, Qu'eu disant sou avis on peut troubler l'État. Mad. VALMONT. Mais madame Versac . . . VALMONT. Elle se croit trop belle; Il faut, quoi qu'on en ait, toujours s'occuper d'elle. MAI). VALMONT. La jeune Orphise, au moins . . . VALMONT. Avec tout son esprit, Elle ne peut parler qu'autant qu'elle médit. Mao. VALMONT. Choisissez maintenant. 2. r > VALMONT. C'est pour me contredire. C'est vous qui refusez; et puis vous irez «lire Que «le mes ■volontés je vous ai fait «les lois, Quanti de tous vos plaisirs je vous laisse le choix. Mai). VALMONT. Vous connaissez bien peu quel est mon caractère; Sur vous, sur ma maison, je sais toujours me taire. Scène IV. EUGENIE, Mad. VALMONT, VALMONT. KUGRNIK, accourant et sautant comme un enfant. Ah ! maman, je venais . . . Dieu ! mon père est ici. VALMONT. Est-ce encor quelques pas que l'on répète ainsi? EUGENIE , embarrassée. C'est madame Dupré! moi, j'ai vu sa voiture . . . VALMONT. Elle arrive à propos. Quelle heureuse aventure! Nous voulions une femme aimable à ce repas; Elle est notre cousine, et vous n'y songiez pas. Mad. VALMONT. Je l'estime beaucoup. VALMONT. Et vous ne l'aimez guère. Je sais qu'elle n'a pas le talent de vous plaire; Dites la vérité? Mad. VALMONT. Je vous eu fais l'aveu; Oui, par mille raisons, nous nous convenons peu: Elle parle beaucoup; et, soit excès de zèle, Chez les autres, chez moi, de tout elle se mêle. VALMONT, Oh! ce n'en est pas moins une femme de bien, Qui connaît sa maison, qui la gouverne bien. Mais je l'entends, je crois. Scène V. EUGENIE, Mai). VALMONT, Mad. DUPRE, VALMONT. MAD. UUl'liK, à madame f almunl. Eh! bonjour, ma très-chère, '2<\ Vous allez, tous les deux, me trouver singulière . . . Ce n'est pas à midi qu'on doit venir vous voir; Mais de faire autrement je n'ai pas le pouvoir, (Apercevant Kvgètiie.) Car je suis obsédée ... Ah! l'aimable Eugénie! Elle devient, je crois, tous les jours plus jolie. EUGENIE, Madame, tous croyez? MAD. DUPRE. Quand la marions-nous? Val mont, il faut songer à trouver un époux, VALMONT, bas, à madame Dupri. Nous y pensons aussi. Mad. dupre. Mais, vraiment, c'est très-sage; La petite sourit an mot de mariage. Mais à propos d'époux, le mien n'arrive pas. Avec quelques cartous je l'ai laissé là-bas: Ce matin, avec lui, j'ai fait beaucoup d'emplettes. (Dupre 1 arrive avec vn domestique qui porte des cartons.') (A f'aimant.) Je veux savoir de vous si je les ai bien faites. Eb! mais, que fait-il donc? Ah, pourtant le voilà. (A Jhtpré, qui aide un domestique à mettre lus cartons sur une table.) Mou ami, n'allez pas me gâter tout cela. Scène VI. EUGENIE, M au. VALMONT, Mah. DUPRE, VALMONT, DUL'JIE. DUPRE. Voilà tous vos chiflxms, vos schalles, vos dentelles. Mao. DUPRE, Mais vous traitez cela comme des bagatelles. DUPRE. Des bagatellps! non, et je sais bien, parbleu! Quand il faut les payer, que ce n'est pas un jeu. HAD, DUPRF,, souriant. Lorsque Pupré plaisante, il est vraiment aimable; Aidez-moi, mou ami, vous serez adorable. (Dupri ouvre ses cartons.) 27 EUGENIE, Ah! je brûle «le voir . . . mad. duprr. Nou, ce n'est presque rien; Mais je crois qu'à mon teint ce schalle ira très-bien. EUGENIE. Maman, cm il est joli! Cette fleur est divine. Mad. DUPRR. C'est pour un négligé. DUPKE, avec humeur. Cette fleur me ruine. Voilà dans ces cartons deux mille écus placés. Mad. DUPRR, riant. Bon! vous ne dites pas tout ce que vous pensez. C'est un très-bon marché. DUPRR. Soit dit sans vous déplaire, Tous ces bons marchés-là ne m'enrichissent guère. (Madame Vuprt: le regarde.') Je ne vous blâme pas. — Pourtant six mille francs, C'est ce que m'ont coûté vos négligés charmants. Mad. DUPRE. lih quoi! sur mes chiffons vous me cherchez querelle? Mais, moi, de vos habits jamais je ne me mêle: Voulez-vous imiter, monsieur, certaius maris, Ut vous l'aire montrer au doigt dans tout Paris? VALMONT. Ma cousine a raison, et sans être coquette, Il faut que l'on s'occupe un peu de sa toilette. Moi, j'ai dit à madame, elle le sait très-bien: Achetez, dépensez, vous avez le moyen; Mais de ce que je dis on ne tient aucun compte; Ut c'est un ridicule, ou plutôt une honte, '('"'elle jette sur moi par s;i discrétion: l)'uii avare on me fait la réputation. Mad. VALMONT. IMais je n'ai point ces goûts, rarement je me pare. VALMONT. Tant pi s i DUPRR, lias à , al mont. Vous possédez une femme bien rare. 2* VALMONT. Vous avez du plaisir en me contrariant. C/i/i Remportant,) Vous devez m'obéir; dépensez de l'argent. Achetez aujourd'hui cachemire et dentelle, Je le veux. ItlAD. DTJPRF,, à son mari. Des maris écoutez le modèle. m AD. VALMONT, timidement. J'y consens. EUGIÎNIR, à part. Mais mon père a de très-bons moments. VALMONT, d'un air de bonhomie. Un peu d'art est permis . . . Des outrages du temps Il faut, par quelques soins, préserver sa figure; Vous êtes belle encore . . . avec de la parure. MAO. VALMONT, « part. Compliment de mari! Je promets que demain . . , VALMONT, sèchement. Et pourquoi donc, ce soir, et même ce matin, Ke vous verrais-je pas élégamment vêtue? MAD, DUPKE, d'un air important. Il suffit, cher cousin, la chose est entendue. (Bas à Madame t almont,) Ma chère, commencez par obéir d'abord; Un époux est un inaitre, eût-il mille fois tort, «AD. VALMONT, noblement. Je connais mes devoirs. MAD. 0UPR.Ë, d'un ton Jaux de bonne femme. Hélas! ma bonne amie, C'est notre lot, à nous, de céder daus la vie; Le cher Valinont, d'ailleurs, est un si bon époux! Vous n'avez pus raison ; mais, soit dit entre nous, Aux droits de mon mari jamais je ne déroge. A Du tire d'un ton impérieux.) Mon ami, vous irez m'arrêter une loge; Je veux aller passer une heure à l'Opéra. DUPRK, avec humeur. Oh! j'ai bien autre chose à faire que cela. MAD. DUl'KK. Çmij donne-1-ou, mon cher? 29 dupre. Quelle nouvelle envie! M ad. DUPRE. Réponds - moi donc. DUPRE. Ile cube et la Dansomanie. Mad. DUPRE. Ce spectacle est charmant! EUGENIE, à port. Oh! charmant en effet. Mad. DUPKK. La musique m'en plaît . . . nous verrons le ballet. VALMONT. Très-bien. Mais avec nous dînez, je vous en prie. Mad. DUPRE. Volontiers. DUPRE. Je ne puis. Mad. VALMONT. Là, sans cérémonie. DUPRE. Non, je suis engagé. Mad. DUPRE. Vous vous dégagerez; Avec nos bons amis ici vous dînerez, lit puis après, mon cher, nous irons au spectacle. (Itiipr'- fait un g-esis d'approbation,") KI'GKNIK, bas li muilamc Dupre, J'y voudrais bien aller . . . MAD. DUPRE , « Buginie. Mais je vois un obstacle; Valmout , . . EUGENIE, bas. Invitez-moi; je connais le moyen De décider papa, sans qu'il en sache rien. ]>Iad. DUPRE, à madame t al mont, A l'Opéra je puis emmener Eugénie ? MAD. VALMONT. J y consens, si sou père . . . VALMONT. Ah bon! quelle folie! EUGENIE. "> veux point aller, il ne m'amuse pas; M °i» je bâille toujours à ces longs opéras. 30 VALMONT. Qcioi! tous qui vous vantez d'aimer tant la musique? EUGENIE. Eh! mais c'est pour cela. VALMONT. La chose est trop comique. FUGEN1R. J'ai peut-être tort, mais . • • VALMONT. Il vous sied bien, vraiment, De venir critiquer un spectacle charmant. Mai». VALMONT. Elle n'en connaît pas la dangereuse amorce. KUGKN1B. Oh! je n'irai jamais, à moins qu'on ne m'y force. VALMONT. Vous irez dès ce soir, car tel est mon désir. Je vous ordonne eucor d'y prendre du plaisir. EUGENIE. Mais, mon père, songez . . . VALMONT. Je veux qu'on m'ohéisse. EUGENIE. Pour vous plaire, monsieur, je fais un sacrifice. (A part, à madame Dapré.) Çuel plaisir! avec vous je verrai l'Opéra. MAI). III l'KE. Allons, petite espiègle, on vous emmènera. (A Duprf.) N'oubliez rien, Dupré, de tout ce qu'il faut faire. Mais vous devez d'abord passer chez ma lingère; Certain mémoire est là qu'il vous faut acquitter. VALMONT, à sa femme. Hein! comme elle a de l'ordre! il la faut écouter. DUPBE. Je paîrai le mémoire ... Eh ! mais allons ensemble. Mad. oupbe. Et que dites-vous donc? vous rêvez, ce me semble. A madame Forlis vous savez que je dois Une visite, au moins depuis plus d'un grand mois. Sou destin malheureux est fait pour toucher l'âme; :?i TA )d vais un instant voir cette aimable dame. Adieu, mon cher Valmont. duprk. Mais, de grâce, un instant; Vous viendrez donc ici me reprendre eu passant? Mad. duprk. N'y comptez pas, mon cher. DUPRE. Je n'ai point de voiture. Mad. duprk. Mais vous irez à pied. DUPRK. La maudite aventure! Mais vos commissions . . . Mad. DUPRE. Cela vous fait du bien, Et de vous mieux porter c'est là le vrai moyen. Le docteur me l'a dit: „Rendez-nous un service} ,,Faites au bon ami prendre de l'exercice." VALMONT. Le docteur a dit vrai; le moyen est très-bon. Suivez dès aujourd'hui la consultation. Ma». DUPRE, donnant un petit coup sur la joue de monsieur Ihipré. Petit ingrat! — Cousine . . . (Madame } al'mont se dispose h la reconduire.) Oh! sans cérémonie. Mad. VALMONT. Je vous reconduirai. Mad. DUPRE. Volontiers, bonne amie. (Les trois femmes sortent.) Scène VII. VALMONT, DUl'Illi. DUPRK, avec humeur. Allons, il f ai ,t q„>£ |,i e( i j e coure t 01 ,t p ar j s , ^ ( VALMONT. v oiig £( es Ie p Il|g ;„j US ( e j eg maris. m DUPRK. Et pourquoi donc? VALMONT. Dupré, vous avez nne épouse Qui «le voire santé me paraît si jalouse, Que bien loin de vouloir lui montrer de l'humeur, Vous devez l'adorer au fond de votre coeur. DUPRE. Mais je l'adore aussi . . . beaucoup ... je dois le dire. VALMONT. Elle est bonne, douce . . • DUPRE. Oui; mais de me contredire Elle se fait souvent un passe-temps malin. VALMONT. C'est pour vous égayer quand vous êtes chagrin. soupirant.) Pour m'arracher, hélas! à la mélancolie, Je voudrais bien qu'ainsi l'on amusât ma vie! DUPRR. Soit; mais madame aussi m'amuse trop souvent. Je lui donne raison, toujours en enrageant. VALMONT. C'est qu'en votre maison, tantôt triste ou sévère, Vous traitez mal, peut-être, uue femme si chère? DU PUE. Moi! je snis un mouton. VALMONT. Mais entendez-vous bien Cet art d'intéresser par un mot, par un rien? dupiik. La leçon me surprend, cousin, dans votre bouche, Vous qui, dit-on, avez l'humeur brusque et farouche . . . VALMONT. Oh! c'est très-dilTérent! Toujours contrarié, On me force au regret de m'être marié. DUPRB, Mais vous êtes heureux? VALMONT. Non, non, tout m'importune. Il faut de mes enfants songer à la fortune: 33 Des amis indiscret», des valets insolents, D'un coeur ué trop sensible accroissent les tourments. DUPRK. Mais de qui donc enfin avez-vous à vous plaindre? Vos enfants sont charmants. VALMONT. Il faut s'en faire craindre. DCPRB. Il faut s'en faire aimer. Votre jeune garçon Est aimable au possible . . . VALMONT, après avoir reg-ardl si on ne V 'coule point. Et surtout il est bon. A l'esprit le plus vif il unit la science ; Il raisonne de tout, même avec éloquence. Ce jeune homme ira loin, je l'ai prédit toujours; Il sera, j'en suis sûr, l'honueur de mes vieux jours. DUPRB. Mais votre fille aussi? VALMONT. Ma petite Eugénie! Heureux cent fois l'époux à qui je la marie! Dans tout ce qu'elle fait elle a de la gaîté; C'est un mélange heureux de grâces, de bonté. De beaucoup de talents elle est déjà pourvue; Sans l'adorer, je crois, on ue peut l'avoir vue. DUPHK. A votre éloge aussi votre épouse à des droits. VALMONT. Ah! j'ai fait, j'en conviens, le plus heureux des choix. Mon épouse n'est point une femme à la mode; Elle ne trouve point sa maison incommode. De nos sociétés dédaignant les plaisirs, Ses enfants, qu'elle adore, occupent ses loisirs: Et tout entière aux soins dont son âme est jalouse, Elle est mère sensible autant que bonne épouse. DUPRK, Vous me faites d'eux tous un éloge charmant, Et vous les gronderez peut-être daus l'instant. VALMONT. Je ne gronde jamais qu'autant qu'on le mérite; a 's quand chacun ici me tourmente et m'irrite, 018 "'" e donc le souffrir? Moi, je lais tout pour eux, T,jr an domestique. Ilfp. No. 81. 13 3 34 Et les ingrats pourtant me rendent malheureux! On me l'a déjà dit, je suis brusque, sévère, Kt c'est ainsi d'abord que l'on condamne un père: Mais si je n'avais pas employé ce moyen, De mes enfants jamais pourrais-je parler bien? Non, non, j'ai l'ait pour eux ce que je devais faire; Ils doivent m'obéir et chercher à me plaire : J'ai voulu leur bonheur, et ma sévérité l'rouve plus mon amour qu'une sotte bonté. Scène VIII. VALMONT, Mai). VALMONT, BU PRE. MAO. VALMONT. Dites-moi, mon ami, savez-vous la nouvelle? VALMONT, bnaquement. Eh! non, je ne sais rien. DUPAS. Quoi donc, et quelle est-elle? M AD. VALMONT. Derlhem vient de manquer. VALMONT. Quel est l'impertinent? . . . Mao. VALMONT. Votre premier commis me l'a dit à l'instant. DUPRK. Ma cousine a raison. La chose est répandue; Sa réputation dans le monde est perdue. VALMONT, mec chaleur. C'est à tort. Ce Derlhem est un homme de bien, Et tous ses créanciers, monsieur, ne perdront rien. Sa conduite en affaire est exempte de blâme; 11 ne fera jamais une faillite infâme; Peut-être en ses paîments est-ce quelque embarras, Et ses amis pourront l'ôter d'un mauvais pas. DUPRK. Vous croyez! VALMONT, r,'H,'rhissant. .T'ai touché ce malin une somme . . . Je puis sans me gêner, aider cet honnête homme. 35 Si ileux-cent mille francs peuvent le secourir, 11 les aura ce soir, je cours l'eu prévenir. M AD. VALMONT. Un trait si généreux console votre femme . . . Mou coeur charmé, surpris . . . VALMONT, revenant sur ses pas, avec colère, Surpris! comment, madame, Pouvez-vous m'adresser un pareil compliment ? Quand j'oblige quelqu'un, qu'y voit-on d'étonnant? Vous ne nie croyez pas une âme assez honnête Pour aider mon semblable au fort de la tempête? Ah! votre étonnement, en outrageant mon coeur, Doit me rendre suspect ù tous les gens d'honneur. Je suis donc un méchant? Wad. VALMONT. Je n'ai rien à répondre: Vous savez trop bien l'art, monsieur, de me confondre. VALMONT, « Ihiprly en sortant, d'un ton bas et cîtagriii. Que disais-je tantôt! Vous voyez par vos yeux; Puis, jugez maintenant si je suis malheureux? (Ils sortent.) Scène IX. Mad. VALMONT, EUGENIE. «AD. VALMONT. Aurais-je dû m'attendre à sa brusque réponse! Désormais à parler il faut que je renonce. KLGKN1E, accourant en pleurs. ma chère maman! .sais-tu tous nos malheurs? Mao. VALMONT. Qu'as-tu, mon Eugénie? Eh quoi! je vois tes pleurs . . . V u 'est-il donc arrivé! EUGBN1S. Je suis d'une colère! p.. Mad. VALMONT. fct luel en est l'objet? BUGRNIB. Charles, ce méchant frère . . . n „' Q t ., . Mao. VALMONT. V«a-t-U fait? [ 3 * j 36 EUGENIR. Il prétend nous quilter cette nuit. MAD. valmont. Je te ne comprends pat. EUGENIE. Il a son bel habit, Son bonnet et son sabre . . . Mad. valmont. Eh! quelle mascarade! EUGENIE. Non, non, c'est tout de bon. Ma». VALMONT. D'où vient celle incartade? EUGENIE, en pleurant. Il est là dans sa chambre, et, l'épée à la maiu, Il veut faire la guerre à tout le genre humain : A ses beaux livres même il n'a point fait de grâce; II a mis en morceaux Virgile ainsi qu'Horace. Il dit que ces messieurs ont causé Ses chagrins, Et qu'il veut à son tour corriger les Latins. Puis prenant son brevet, qu'il a mis dans sa poche, Ma place, m'a-t-il dit, est retenue au coche. Je pars: si je péris au milieu des combats, (AVi êanglotant,") Tu feras mes adieux à tous les avocats. Mad. VALMONT. Je prétends éclaircir cet étrange mystère. EUGENIE. Hélas! comment peut-on abandonner sa mère? Mad. VALMONT. Ah! rejoignons mon fils. Le trouble de mes sens . . . Çue deviendrai-je, hélas! si je perds mes enfants? FIN DU SECOND AUTE. > -% ACTE TROISIEME. Scène I. Mao. VALMONT, en grande parure. Charles veut me prouver combien je lui suis chère; II ne partira pas d'une semaine entière: J'espère avant la fin du temps qu'il a fixé, Changer tous les projets de ce jeune insensé. {Elle se regarde dans une glace en souriant.') J'ai pour plaire à Val mont pris soin de ma ligure; Il va me trouver belle . . . avec de la parure, Si de tous mes apprêts son esprit irrité Ne ine rappelle pas à ma simplicité. Scène II. DERBAIN, Mad. VALMONT. DEMAIN. Enfin, je vous revois, mon heureuse fortune . . . Mad. VALMONT. Monsieur . . . DEMAIN. Trouvez-vous donc ma présence importune? Mad. VALMONT. Vous ne le croyez pas, et l'ami de Derbain . . . DEMAIN. Gémit ping que jamais du malheureux destin . . . Mad. VALMONT. Encore! Et quel est donc le motif qui vous presse? ^es torts de mou époux vous me parlez sans cesse. 38 Ce zèle curieux est beaucoup trop ardent, Et mon frère, je crois, n'en «lirait pas autant. DKKBAIN. Eli bien! je veux aussi remplacer votre frère; Comme une soeur déjà vous me devenez chère! Vous apprendrez bientôt qu'un fortuné lien . . . MAI). VALIHON'T, à part. Il parle de ma lille, ah! je le vois trop bien! ( Jvec sanif-froiil. ) De ce grand intérêt, monsieur, je suis surprise. A dire vos secrets rien ne vous autorise: Quant aux miens, je veux bien répéter, entre nous, Ce que je vous ai dit tantôt sur mon époux. Il fit, dans tous les temps, son bonheur de nie plaire; IA si l'on veut enfin juger son caractère, Il a quelques défauts: quel homme n'eu a pas! Mais il craindrait, monsieur, d'être au rang - des ingrats; fit si jamais le sort le met à votre place, Son hùle à ses regards obtiendra quelque grâce; Il ne se fera point un devoir d'arracher Les secrets importants que l'on veut lui cacher. DBR BAIN. Tour connaître aujourd'hui le malheur qui vous touche Ah! je n'ai pas besoin d'aveu de votre bouche. Ne vous ai-je pas vue, et vous et votre enfant, Aux jeux de votre époux n'arriver qu'en tremblant? Valmont est un tyran, la preuve en est trop claire. Enfant, je n'ai jamais tremblé devant mon père. i\Iad. VAURONT, Ah! de mon père aussi la bond', la douceur . . . DftRBAIN. Comme vous, près du mien j'ai connu le bonheur. Mad. valmont. Chaque jour je cherchais le moyen de lui plaire; Je connaissais ses goûts, son âme tout entière: La moindre bagatelle, ou la plus simple Heur, Lui peignait mon amour dans toute sa candeur. DKHBAIN. Un jour, je m'en souviens, on préparait sa fête; Moi, pour la célébrer, aussitôt je m'apprête. Ponr la première fois, outrageant Apollon, 39 Je fil, sans son aveu, des vers, une chanson; Kl voulant que ma soeur, encor dans sou eufauce, Fût l'organe uaïf de ma jeune éloquence, Je l'exerçai dèl lors, en orgueilleux auteur, A réciter les chauts inspirés par mon coeur. Ma», vamiomt. . & Oh dieu! que dites-vous? Ainsi taisait mon frère; Mon coeur tut de ses chants premier dépositaire. DKKBftlN, '" grande tensiiilitf. Ah! de ma soeur encor j'entends la douce voix; Mou père m'est présent, il est là, je le vois . . . A nos voeux, nos transports, son âme est attendrie . . 11 semblait respirer une nouvelle vie! El nous presssnt tous deux de »en brut défaillants, Les yeux baignés de pleurs, il bénit ses enfants. Ma». VAL1HONT. •Sa voix, ses traits! . . . Derbain! DKH9AIN, lui tendant Ui liras. Ah! malgré moi mes larmes . . M An. VAL1UONT, s» jetant dam tas ira*. Mon frère, mon ami! DKRBA1N. Ouel moment plein de charmes! m \i>. VALMONT. C'est toi! DKBHA1N. Ma soeur, revois, dans un frère chéri, Ton premier défenseur et ton premier ami. Aujourd'hui, près de toi, je veux être le même: Kn vain de ton époux la ligueur est extràine, Je veux eu triompher, et finir des malheurs Oui, depuis dix-huit ans te font verser des pleurs. M An. VALMONT, met l'accent île la jilas vice I ad. VALMONT, avec beaucoup île douceur. Je veux vous obéir; mais je ne puis pourtant Répondre sans parler, ou me taire eu parlant. VALMONT. Eh! mais vous devenez tout-à-fait raisonneuse! IH A r>. VALMONT, avec sensibilité. C'est que vous me rendez tout-à-fait malheureuse. Et de mon caractère . . . VALMONT. Il est plaisant, ma foi, Que je m'entende faire un tel reproche, à moi! M AD. VALMONT. Çue ne m'est-il, monsieur, permis de vous répondre? VALMONT. Répondez, je vous prie, et daignez me confondre. MAO. VALMONT. Je prétends seulement . . . VALMONT. D'une feinte douceur, Vous savez avec art colorer votre humeur. Mao. VALMONT. J attends . . . VALMONT. Moi, j'aime mieux une franche colère; Ou sait à qui répondre, et comment il faut faire. MA». VALMONT. De grâce, permettez . . . 44 VALMONT. Oui, ce ton doucereux Cache, le plus sou veut, un retour dangereux: Au défaut de la force, on se sert de l'intrigue, Kt jusques aux valets, contre moi tout se ligue; Le maître qui, chez lui, veut que tout aille bien, De se faire obéir n'a plus aucun moyen. Mad. VALMONT. Mais cependant je rois qu'à la moindre parole, Afin de vous servir, chacun s'empresse, vole . . . VALMONT, avec lin air de regret. Mais, de quelle manière, et comment le fait-on? On me craiut: aussitôt que j'entre à la maison, Je vois fuir vos valets, et Charle, et votre fiile. {Avec un peu tie atnêibiHtê,) Est-ce ainsi qu'on accueille un père de famille? Mad. VALMONT, avec sensibilité 1 et avec Vapparence de la fe Il est vrai : dans ces lieux vous portez la terreur, A vous craindre, monsieur, vous contraignez le coeur. Et ceux qu'à vous aimer destina leur naissance, D'un père rigoureux évitent la présence; Ils savent qu'une erreur sur le plus simple objet, D'un courroux violent peut exciter l'elfet. Vous ne pardonnez rien ù la fougue de l'âge; Leur gaîté vous attriste, et leur jeu vous outrage; Et s'ils n'ont pas pour vous un esprit confiant, C'est que jamais pour eux vous n'êtes indulgent. Qu'arrive-t-il de là? Par crainte de leur père, Vos enfants de leurs goûts vous ont fait un mystère; Et, tremblant d'encourir votre sévérité, Pour des torts très-légers blessent la vérité; Mais, hélas! du mensonge on prend trop l'habitude: Sachez quel est l'objet de mon inquiétude; Ils ont su trop long-temps vous le dissimuler; Mais je me détermine à vous le révéler. VALMONT. Ouel langage! Mad. VALMONT. Valcour adore votre fille, Et souhaite, monsieur, d'être de la famille. VALMONT. Ma fille l'aimerait? 45 Mao. vai.mont. Héla» ! déjà son coeur Désire cet hymen qui Ternit son bonheur. VALMONT. Elle n'épousera jamais un militaire; Je redoute, pour eux, les hasards «le la pierre. Je veux un gendre, moi, qui reste à la maison, Çue je puisse aller voir quand je serai barbon. Mad. valmont. Vous n'êtes pas au bout; surtout que la colère . . . VALMONT. Aujourd'hui, je vous trouve un certain caractère . . . MAD. VALMONT, avec effroi. Moi, de votre courroux, je crains que les éclats . . . VALMONT, en fureur. Non, non, je vous promets de ne m'emporter pas; Mais de grâce, parlez, qu'avez--vous à me dire? MAD. VALMONT. Du plus cruel malheur je voulais vous instruire: "» Charles, qu'on destinait au rang de magistrat, En dépit de votre ordre, à quitté cet état. (J'nlmoiit fait un mouvement.) Oui, de tous ses projets je viens d'être informée; Il veut partir ce soir pour se rendre à l'armée. VALMONT, avec NMld'fVtf Me quitter, moi, qui l'aime! Ah! déjà ma fureur . . . Avant les ennemis, monsieur l'homme de coeur, Je prétends, par ma foi, tâter votre courage; Voyons si devant moi vous ferez bon visage. Picard! MAD. VALMONT. Valmont, calmez de votre emportement . . . VALMONT, appelant. Picard! ... Et quel est donc son grade au régiment? M ad. VALMONT. Officier de hussard. Valcour, qui l'en croit digne, Vient d'obtenir pour lui cette faveur insigne. VALMONT. C est un très-grand honneur; grand merci pour ma part Charle, on j'y périrai, ne sera point hussard. 'lO Mad. VALMONT. Il finit, par la douceur, qu'un père le ramène. VALMONT. S'il m'y force, en sa chambre aujourd'hui Je l'enchaîne. MAD. valmont. Grands dieux! VALMONT. Mais ce vieillard veut-il donc arriver? (Toujours plus en courroux:) Ticard ! Scène IV. VALMONT, Mvn. VALMONT, PICARD. PICARD, arrivant. Me voilà! VALMONT. Traître! allez vite trouver Et mon fils et ma fille. Allez, sans plus attendre; Dans cet appartement qu'on les fasse descendre. PICARD. Il sulfit ... (y/ port.) Je vois tro[> A son air, à ce ton, yue pour nos deux enfants il ne fera pas bon. Scène V. VALMONT, M ad. VALMOMT. VALMONT, contenant sa colère. De tout ce qui se passe on me fait un mystère; Vous même la première avez bien su vous taire. Mad. VALMONT. Je ne le cache pas, sans la nécessité, De moi vous n'eussiez point appris la vérité. Oui, l'on pardonne à ceux que le malheur rassemble, De s'avouer leur peine et de pleurer ensemble. Je n'ai pu de leurs torts blâmer mes deux enfants; Il est permis de craindre et de fuir ses tyrans. VALMONT. Madame, c'est pousser un peu trop loin le zèle, Et je dois . . . 47 Scène VI. EUGENIE, VALMONT, Mao. VALMON'f. EUGENIE, en trtmblaM. Est-il Trai que mon père m'appelle ! \ ALMONT. Et que trouvez-vous donc (l'étonnant à cela? El <;kmk. Puisque vous m'appelez, mon père, me voilà. VALMONT. Vous vous avisez donc, chère petite amie, D'aimer à mon insu? EUGENIE. C'est une calomnie ! Qui, moi? je n'aime rien. VALMONT, Y oyez comme elle ment,'! Quoi! certain colonel . . . EUGENIE, à part. 11 sait tout maintenant. Mao. VALMONT. Allons, avec franchise avouez, Eugénie, Qu'à Valcour, par l'hymen, désirant d'être unie . . . EUGENIE. Ah! d'un espoir si doux mon coeur est enchanté; Yalcour est plein d'esprit, de grâce, de bonté! De l'air «le plus aimable il m'a dit: Je vous aime! l-l moi, tout franchement, j'ai répondu de même. \ ALMONT. Comment? de cet aveu llattant sa vanité! . . . EUGENIE. Je crois qu'il faut toujours dire la vérité. VALMONT. Soit; mais je ne vous vis jamais aussi sincère, '■t vous savez très-bien mentir à votre père. Je vous en veux bien moins, malgré tous vos défauts, Qu'a ceux qui n'ont pas su vous reprendre à propos. Quant a ce bel amour pour ce beau militaire. Vous aurez la boulé d'y renoncer, ma chère: IX Moi, qui me fais honneur d'avoir les gortls bourgeois, A ma fille je donne nu époux de mou choix. EUGENIE, « pari. Il doit être du mien. VALMONT, s'MiauJfaiit ptu-à-pn. Je crois pouvoir prétendre Au droit qui m'appartient de me choisir uu gendre. Mad. valmont. Vous en avez le droit. VALMONT. Il serai trop plaisant Çue je prisse d'abord le conseil d'un eufaut. EUGENIE, à pari. Il se fâche, j'ai peur. VALMONT. Pour vous, mademoiselle, Ne vous avisez pas de faire la rebelle. Avant peu vous aurez un époux de ma main; Je veux, comme il me plaît, vous marier enfin. EUGEME, d'un Ion tremblant. J'épouserai tons ceux que vous voudrez, mon père. VALMONT. Celui qu'on vous desline est digne de vous plaire. Tous aurez avec lui des jours très-fortunés, Et vous l'aimerez bien? EUGENIE, faisant la rln'rence. Oui, si vous l'ordonnez. VALMONT. Mais je vois à propos arriver voire frère! VU AD. VALMONT, à part. Ah! c'est sur lui que doit éclater sa colère. Scène VII. EUGENIE, CHARLES, Mad. VALMONT, VALMONT. VALMONT, h Charles, qui n'ose pas approcher. Eh bien! que craignez-vous? CHARLES. Mais rien assurément. 49 VAI.MONT. Je sain vos beaux projets conçus tout récemment. KUGBNIK, à part à Charles. De mentir maintenant ne fais pas la sottise. VALMONT. Us ont iIAD. DUPRE. Oui, mais il le paîra. DL'PKK. Je lui dois tout l'ennui que j'ai pris au spectacle. Mad. DUPRE. Ah! pent-on s'ennuyer, quand de l'art un miracle • . , DUPRB. Le miracle pourtant ne m'a pas amusé. Mad. DUPRE. Sur les arts vous auriez le coeur déjà blasé! Je pense mieux de vous; il serait impossible Çu'à leurs charmes divins vous fussiez insensible. DUPRE, se mettant vu peu en colère. Çuoi! vous me prouverez! . . . Mad. DUPRK. Monsieur, laissez cela; L'homme de gout toujours s'amuse à l'Opéra. DUPKK, avec humeur. Je m'y suis diverti, si cela peut vous plaire. MAD. DUPRE, sïc/iement. Vous le dites d'un ton à me mettre en colère. DUPRR. ,e vois que c'est ma faute; et sans doute ce soir, le me suis amusé sans m'en apercevoir. ... Mad. DUPRK. An! c'est Valmout! Scène VII. VALMONT, Mad. DUPRE, DUPRE. Mad. DUPRE, à f almont. Je viens pour vous dire, à vous-même, Ç»e )*e nuis contre vous dans uu couroux extrême. 60 VALMONT, Çu'aî-je donc fait, madame? DUPHK. Eh! vous le savez bien; Pourquoi le demander? VALMONT. Non, je ne conçois rien . . . Mad. DUPHK. Voire fille peut bien, je crois, sous ma tutelle, l'araitre à l'Opéra? VALMONT. C'est un honneur pour elle. Mad. DUPKK. Mais d'où vient donc, monsieur, ce caprice étonnant, tyui vous fait envoyer la chercher . . . VALMONT. Et comment? . . . Ma fille est revenue! Ah! je ne puis comprendre . . . Et qui doue est allé de vos mains la reprendre? Mad. DUPHK. Votre fils est venu tantôt de votre part, Tour ramener sa soeur et presser son départ. VALMONT, vivement. Eh quoi! Charles, mon fils? DUPHB, Mais oui; tout vous étonne. VALMONT, eu culire. Le petit scélérat! Je la lui garde bonne, Mad. DUI'KK. Eh bien! qu'a-t-il donc fait? VALMONT. Ce qu'il a fait vraiment? Je l'avais enfermé dans son appartement, Tour certaine sottise à moi trop bien connue; Et le traître s'enfuit! ... Si jamais à ma vue 11 ose se montrer! . . . Mad. DUPRE. Vous parlez de prison . . . Traiter comme un enfant cet aimable garçon ! VALMONT, imjuiet. Mais où sont-ils? . . . Sortons de cette incertitude. 61 IWad. INTPRK. Vous paraissez avoir beaucoup d'iuquiétnde? Voire épouse sans doute . . . VALMONT, appelant. Holà! quelqu'un ici! (A un rlomestîque qui entre») Qu'on appelle Picard ... Je vais être éclairci ; Je connaîtrai par lui cette énigme importante Qui déjà, malgré moi, m'irrite et me tourmente. Quoi, mes enfant», ce soir, ne sont pas de retour? A cette heure? aussi tard? . . . Voilà le premier jour . . . Mais, madame Valmonl ne peut être sortie? Bile ne m'a rien dit . . . Est-ce quelque partie? Quelque bal arrangé pour se bien divertir? Y serait-on allé sans daigner in'avertir? Mad. mjprk. Oh serait le grand mal? Pourquoi cette colère? Mais vous êtes, Valmont, un homme trop sévère. IUl'HK. C'est bien mon sentiment; il se fâche de tout. VALMONT. C'est qu'aujourd'hui chacun veut me pousser à bout. Scène VIII. VALMONT, PICARD, Map. DUPRE, DUPRE. VALMONT. Arrivez donc, Picard; vous vous laites attendre, ^le ferez-vous, monsieur, le plaisir de m'apprendre Comment Charle, enfermé par ma juste rigueur, Se rend à l'Opéra pour y chercher sa soeur? (Avec un peu iVemporlemeni.) Apprends-moi le moyen dont s'est servi le traître. PICARD, froidement. C'est qu'il aura, monsieur, saulé par la fenêtre. Un vieillard garde mal un jeune prisonnier; l ),,ls par gortl, monsieur, je suis mauvais geôlier, VALMONT. De tout ce qui se passe avertissez ma femme. 62 PIC A RI». A l'instant, tout en pleurs, j'ai vu sortir madame, Seule et sans suite, VALIWONT. Seule? picard. Oui, je l'ai déjà dit» MAI). DUPRR. J'entrevois du mystère; il est tout interdit. VALWONT, réfléchissant. Eh mais! je viens de voir sa Toiture à ma porte; lit comment seule ù pied, se peut-il qu'elle sorte? PICARD. Vous savez que madame à pied ne sort jamais. VALMONT, en fureur. Elle est pourtant sortie! PICARD. Oui, mais . . . VALMONT, plus en fm mir. Eh bien ! mais, mais 1 PICARD. Mais elle a fait venir un carrosse de place. m AV. DUPRK, A part. Afin que de sa fuite on perdît mieux la trace. VALMONT, soupirant. Ah! tu ne pouvais pas soudain me préveuir Çue madame aussi tard désirait de sortir? MilD. DUPRR, à Valmont. Mais que dites-vous doncï votre délicatesse • . . PICARD. Monsieur veut plaisanter. Il connaît ma maîtresse ; Sur tout ce qu'elle fait on peut porter les jeux, Et tous les vils propos des valets curieux Ne pourront outrager cette femme estimable. VALMONT, durement. Il suffit, taisez-vous. PICARD. Çue je me donne au diable! Pour vous servir, monsieur, faites un autre choix; Espion et geôlier, c'est trop de deux emplois. VALMONT. Le drôle! t>3 miPRK. Mais pour rien vous vous moutez la tète. PICARD , en, je le laisse en guerre avec un vrai démon. Scène IX. VALMONT, Mad. DUPRE, DUPRE. VALMONT, se levant. Ma cousine, pardon! mail mon Aine oppressée Ne sait S|ir q(ieJ ob . e( a|rêter ga panj^e. L'absence de ma tille et celle de mon (ils. M étounent à tel point . . . 64 Mad. MJPRE, sèchement. Vous en êtes surpris? Je vais, si vous voulez, éclaircir ce mystère. Vos deux enfants, monsieur, sont auprès de leur mère. Votre rigueur, contre elle abusant du pouvoir, Lui fit de vous quitter un pénible devoir. Ses enfants, par amour pour cette infortunée, Auront chez ses parents suivi sa destinée. Voilà le juste effet que produit la terreur, Et vous-même, monsieur, faites votre malheur. VALMONT, piqué. Ce que vous m'apprenez me surprend fort, madame, Et pourquoi donc ainsi jeter sur moi le blâme; Je suis, à vous en croire, un homme sans raison, yui force tous les miens à quitter la maison. Qui vous a donc si bien tracé mon caractère? Mad. DCPRE. Et pouvez-vous forcer une ville à se taire? Vous êtes bien connu, monsieur, de tout Paris, Et de l'événement on sera peu surpris. Dans votre intérieur on sait ce qui se passe; Le public à vos torts ne fait aucune grâce. VALMOINT, avec un courroux: conccnlre. Madame, ce public, qui me traite si mal, De la méchanceté n'est que l'écho banal. Vous appelez public, quelques femmes méchantes, Oui courent exercer leurs langues médisantes, Et qui, dans vingt maisons, s'en vont dire tout bas Ce qu'on fait dans une autre, et ce qu'on n'y fait pas. Mad. DUPBB. Je ne prends point pour moi cette épigramme amère: Tout Paris sait combien ma cousine m'est chère; Et je crois que toujours il doit m'être permis De venger mes parents ainsi que mes amis. UUPRK, lins à sa femme. Vous allez, je le vois, vous faire une querelle. Mad. DUPRii. Ne vous en mêlez pas. valmont. C'est montrer trop de zèle; Ma femme peut très-bien se passer de vengeur, Et de tant d'intérêt réclame peu l'honneur. 65 niiPKE. Valmont, oubliez-vous ! . . . m,\o. miPRE. Laissez, je vais répondre. D'un mot, si je voulais, je pourrais le confondre; Mais, dans cet instant-ci, je songe moins à moi Qu'à ces infortunés qui vivent sous sa loi. VALMONT, ayant peine à se contenir. Vous m'offensez, madame, et déjà la colère . . . (A l)tijir<'.~) De grâce, à votre femme ordonnez de se taire. m ad. DliPRK, riant. M'ordonner de me taire! ah! le tour est trop bon! VALMONT. Dupré ! DUPRK. Que voulez-vous! elle a quelque raison. M AD. ItUPRE. Quoi! vous vous avisez de m'imposer silence! Cela ressemble trop à de 1 impertinence. Au reste, je crains peu cet ordre rigoureux, Et je ne me tais, moi, qu'autant que je le veux. Voilà monsieur Dupré; c'est un homme estimable, D'un caractère doux, d'un commerce agréable; De toutes ses vertus je fais un très-grand cas; Je fais tout ce qu'il veut, mais il n'ordonne pas. Si l'hymen par hasard à vous m'eut réservée, Je n'aurais pas été de chagrin abreuvée. Oui, dès le premier mois, m'expliquant avec vous, J'aurais fixé mes droits et ceux de mon époux; Et vous eussiez en vain voulu faire le maître; Vous seriez, avec moi, ce qu'un mari doit être. VALMONT, avec une /tireur concentré». Vous Voulez, je le crois, exciter mon courroux. DUPRE, « sa Jcmme. Mais, madame Dupré! Mad. DUPRE. Mon ami, taisez-vous. DUPRK. Madame, il es t très-tard, il faut que l'on se quitte. VALMONT. Oui; vous me direz tout dans une autre visite. U Tyran domestique. IU V . No. 81. t * 1 (■>(■> m ad. niPRK. Vous me congédiez, il suffit, je le veux; Mais avant de partir |e vous dois des adieux; lït je vous dirai donc, mortel opiniâtre, Que vous lûtes toujours injuste, acariâtre; Que vous avez rendu vos enfants malheureux ; Qu'ils ont fait sagement de vous quitter tous deux; Que votre femme, hélas! si digue qu'on l'estime, A bien l'ait en cessant d'être votre victime. Vous vous trouverez seul: grâce à cet abandon, Qui voudrait aujourd'hui venir dans la maison! Oui, lorsqu'on a, monsieur, voire affreux caractère, On vit seul dans les bois, isolé sur la terre; On renonce aux parents dont on est le bourreau, A la société dont on est le fléau. J'ai parlé franchement, vous m'avez entendue. Allons, parfous, mou cher. — Monsieur, je vous salue. IMJIM1K, bat ii I alwont , en sortant. Avec regret, cousin, je vous quitte ce soir; Mais demain, en secret, je reviendrai vous voir. Scène X. VAL M ONT, seul. Quelle femme! et tantôt j'osai comme un modèle, L'offrir à mon épouse, et dire du bien d'elle. Et quoi! serais-je donc injuste malgré moi! Que je plains son mari de vivre sous sa loi ! Ma femme, ce matin, en proie à la colère, Avec aigreur n'a point lieurlé mon caractère. M'a-l-elle abandonné? . . . Non, son coeur est trop bon. Sa menace pourtant de quitter îa maison, D'avoir recours aux lois ... Je vais courir la ville; Je prétends cette nuit découvrir leur asile. Oui, dussé-je sur moi provoquer des revers, J'irai, pour me venger, au bout de l'univers. {Apercevant Iterttain.) Mais ils vont revenir . . . Importune visite! Cachons â tous les jeux le trouble qui m'agite. 67 Scène XI. DEllBAIN, VALMONT. DKRBAIN. Vous m'attendiez, je crois? VALMONT, froidement. Non, comme il était tard. 1M.IUÎAIN. De madame Dupré j'ai guetté le départ. VALMONT. Elle sort à l'instant. IHtBBAIN. C'est une aimable dame. VALMONT, vhtment. Dieu tous garde d'avoir une semblable femme! DKRBAIN. Mais ofi donc est madame, et vos deux chers enfants? Sont-ils déjà rentrés dans leurs appartements? VALMONT. Ah! voilà le sujet de mon inquiétude! D'être en ville si tard, ils n'ont pas l'habitude, Ut je crains . . . DKRBAIN. Calmez-vous. VALMONT, plus agilt. Ciel! DKRBAIN. A votre frayeur, D'un père trop sensible on reconnaît le coeur. „ VALMONT. ils ne reviennent point! DKRBAIN. Mais qu'avez - vous à craindre? D'une heure de retard ave/. - vous à vous plaindre? J ^ e plus simple motif a pu les retenir, lit dans l'instant sans doute ils vont tous revenir. VALMONT, vivement. Vraiment, yoiis le croyez7 ah? mon âme est ravie . . . DKRBAIN. Mais en l es attendant, faisons notre partie; i avais tout arrangé. [5*3 68 VALMONT. Je serais trop distrait, Et dam H» antre instant, nous jourons, s'il tous plaît, DBBBAIN. Tout comme vous voudrez. VALMONT. Vous pardonnez, un père , . DKBBAIN. De vos sombres chagrins j'ai vou!u vous distraire. Vos regards inquiets me prouvent en ce jour Combien pour sa famille un père a de l'amour. Ah ! pourquoi n'ai - je pas d'une femme estimable Partagé dès long-temps le destin favorable? Bon père, comme vous, ainsi que bon époux, Mon sort, comme le vôtre, aurait fait des jaloux. Chéri île mes enfants, adoré de ma femme, Nous n'eussions eu jamais qu'un sentiment, qu'une âme; Près de ces êtres chers, en faisant leur bonheur, J'aurais pu délier tous les traits du malheur: lîn effet, en est-il qu'un père puisse craindre ? Souffrç-t-il? chacun vient le secourir, le plaindre; Sa femme de ses soins vient alléger ses maux; Ses enfants daus la nuit veillent à son repos, lit sacrifiant tout, jusques à leur jeunesse, Ils changent eu plaisirs sa pénible vieillesse. VALMONT, cachant son agitation. Ce tableau trop cruel! . . . Ah! reprenons mes sens. IIKKHAIN, appuyant. Ainsi dans vos vieux jours vous verrez vos enfants. VALMONT. Je le crois. — Détournons l'entretien qui m'accable. (F'almont approcha la faute des Icîiccs.j DBRBAIN. Hst-ce doue pour jouer qu'approchant cette table? . . . VALMONT. Oui, si vous le voulez, cela me distraira. DKBBAIN, s'asseyant. Sans doute; commencez. VALMONT, voulant se donner un air de sang-Jroid. Il sullil, m'y voilà. DRBBAfn. C'est un soperbe jeu! là, sans aucune chance . . . 69 VALMONT , <70 », s'il est affligé, je réponds île l'affaire. VALMONT. Est-ce elle qui m'écrit ? en croirai-je mes yeux ? . • • •Ah: sachons réprimer mes transports liirieiix. (" lit des fragments de la lettre avec la plus grande agitation.) Uni . . . hum . . . ,,Tous les moyens de rapprochement vque vous pourriez tenter deviendraient inutiles..." Hum... ,Ha • . . ,,J'habite une maison . . . respectable; là, je vais „me mettre sous la protection des lois, elles seules décideront de mon sort et de celui de mes enfants." (.Avec fureur.) Vous recourez aux lois! Ah! tremblez que ma rage . . • 70 (// reprend la lettre.) „Par voire affreux caractère, vous avez fait le malheur de „toute votre famille. Si vous avez cru avoir le droit île la ,,traiter en esclave, elle n'a drt voir en vous qu'un tyran, et ,,vous fuir pour jamais." (// tombe accablé sur un fauteuil.) Pour jamais! . . . J'en mourrai! DKRBAIN, bas li Picard. Déjà sur son visage La douleur est unie au plus sombre courroux. VALMONT, d'un ton de voix iton/l'e. Craignez le désespoir d'un père ou d'un époux ! Et puisque tous les maux deviennent mon partage, Ingrats! puisque ma mort doit être votre ouvrage, Celui que vous livrez au plus triste abaudon Peut au moins vous maudire! . . . Ah! mes enfants, pardon! Non, ce coeur est bien loin de vous être contraire; Revenez, revenez, et je vous rends un père. PICARD. II paraît accablé! VALMONT. Reprenons nies esprits. Çue feraient à mon sort et la plainte et les cris? {A Derbain.) Il faut se résigner. — Pardon, si je vous quitte; D'un malheur imprévu la nouvelle subite . . . Mon coeur est oppressé. — Picard, vous me suivrez. DKRBAIN. Je prends part à la peine . . . VALMONT, avec la plus vive douleur 1 . Ah ! vous la connaîtrez, Et vous saurez demain combien elle est aaière. Rentrons. — Hier encor, de mon fils, de sa mère, Dans cet appartement j'ai reçu les adieux; Aujourd'hui, sans les voir, j'aurai quitté ces lieux. (H rentre dans son appartement.) DKKKA1N, vivement à Picard. Nous devons espérer; il a l'âme d'un père; Ne l'abandonne pas à sa douleur amère. Moi, de mes prisonniers je vais calmer la peur, Et leur porter l'espoir de les rendre au bonheur. {A la fin de l'aete, des domestif/acs entrent et éteignent les bougies dit talon. La nuit est entière.) FIN 1)1) QUATRIEME ACTE, ACTE CINQUIEME. Scène I. (Le lendemain malin, ^raiid jour.) PIC A Kl), teul. Plus tranquille chez lui, je laisse enfin mon maîlre. Ehl mais, monsieur Derbaiu tarde I)ien a paraître! - . . 11 n'importe, attendons. — Oui, mais eu attendant, En ordre remettons ce salon promplemeiit. Scène II. DERBA1N, PICARD. DRKBAIN. Je te cherchais, Picard. Eh bien! quelle nouvelle! Verrons-nous le succès couronner notre zèle? yua dit, qu'a fait ton maître? PICARD, Il a passé la nuit Plongé dans la douleur et sans se mettre au lit; Tautôl ù goii courroux abandonnant son âme, H appe'ait ingrats ses enfants et sa femme; l'autôl se reprochant ses tragiques fureurs, Les yeux sur leurs portraits, il répandait des pleurs. Plus calme cependant au retour de l'aurore, •l s'est mis au travail; vous l'y verre/, encore. " a fait appeler son principal commis : Ee soin il e sa maison à lui seul est remis; •'•t voulant pour jamais quitter celte demeure, Il vieut de commander des chevaux pour une heure: 72 Son départ, j'en conviens, me met daus l'embarras, Car j'ignore eu quels lieux il veut porter ses pas. DMBADT. Il part! à ce projet j'étais loin de m'attendra; Mais aujourd'hui d'abord où prétend-il se rendre? . . . N'importe, tu sauras l'empêcher de partir? PICARD. J'entends et j'agirai selon votre désir. DERBAIN. Ta maîtresse est toujours dans une impatience . . . ISends-toi vite auprès d'elle, et calme sa soulFrance. PICARD. Vous êtes maintenant connu de nos enfants? DKRBA1N. Ils m'ont tous deux pressé de leurs bras caressants : Tout semblait les porter, dans leur douleur amère, A chercher dans mon sein la tendresse d'un père. Ils savent mon projet, et que pour leur bonheur . . . Mais prolitous du temps et va trouver ina soeur. (Picard sort.) Eu vain elle accusait son époux d'injustice, Son absence pour elle était un vrai supplice. L'habitude est pour nous un remède à nos maux: Le mercenaire oisif regrette ses travaux; Et souvent un captif, en proie ;V mille peines, Tout en devenant libre, a pleuré sur ses chaînes. Due femme qui sut, d'un esprit généreux, Supporter d'un tyran les caprices affreux, Ne peut, en estimant cet époux qui l'outrage, Uompre, sans en gémir, son pénible esclavage. » DEHUALV, VALMOXT. DEMAIN. lîh bien! votre chagrin, qu'hier j'ai partagé, Doit être un peu calmé? 7:\ VALMONT, en habit île voyng-e. Je vous suis obligé. Pour toute la maison ce n'est plus un mystère: Ma peine ne saurait tous paraître étrangère. Vous le savez, monsieur, je suis abandonné; Des pères vous voyez le plus infortuné. DBRBA1N. J'ai su que vos enfants . . . ainsi que votre femme . VALMONT. Ils n'ont pas redouté de me déchirer l'âme, De livrer ma vieillesse au plus triste abandon. DKRBAIN. Contre un coup si cruel armez votre raison. VALMONT. Et que peut la raison sur la douleur d'uu père? DERBAIN, Mais peut-être trop tôt votre coeur désespère. Attendez tout du temps. VALMONT. Non, je n'ai plus d'espoir. Mon épouse, toujours fidèle à son devoir, D'un caractère doux et d'un esprit timide, Contre moi doit avoir un méchant qui la guide: Oui, sa faiblesse même est encore un motif prouve qu'elle a pris un parti décisif; Et dès qu'à cet éclat son âme est entraînée, C'est qu'elle a pour jamais fixé sa destinée. DERBAIN. Je ne veux point percer d'un regard curieux Ea cause d'un départ qui vous rend malheureux; Mais dans cet instant-ci, pour vous, je vous engage A la rigueur du sort d'opposer le courage. A votre place, moi, pour charmer mes ennuis, J e verrais le grand monde, et ferais des amis. VALMONT. Sur cet espoir, monsieur, est bien fou qui se fonde A-t-on jamais trouvé des amis dans le monde! Li > nature a voulu, dans ses dons bienfaisants, Me donucr des amis, et c'étaient mes enfants. DKlillAlN. Vous aimiez votre épouse? . . . 74 VALMONT, avec chaleur, Ah! jamais de la vie, Une femme ne fut plus tendrement chérie ! DERBAIN, Soit. Mais 70s deux enfants, par leur coupable erreur, Ont maintenant perdu leurs droits à votre coeur? VALMONT, s'emportant. Leurs droits! Eh! non, monsieur, eh! non, je vous assure Le croire un seul instant, serait me faire injure. DKItlf AIN, souriant. Ne vous emportez pas. VALMONT. Croyez-en mes aveux, Un père n'eut jamais d'enfants plus vertueux. DERBAIN. Je n'y comprends plus rien. A vous parler sans feindre Quand des vôtres, ici, vous ne pouvez vous plaindre, Vous seul vous avez donc mérité votre sort? Car s'ils ont eu raison, vous devez avoir tort. VALMONT, embarrassé 1 . Qui, moi ? je ne crois pas. DERBAIN. Au point où nous en sommes, Je vais vous parler franc. Tenez, nous autres hommes A de strictes vertus horuant notre devoir, Nous sommes toujours près d'ahuser du pouvoir. Oui, j'ai vu trop souvent un époux estimable, Dans ses emportements devenant implacable, Maltraiter, dans l'accès d'un transport furieux, Le respectable objet d'un amour vertueux. Hélas ! bientôt après il se maudit lui-même D'avoir pu se livrer à sa fureur extrême; Mais ses remords sont vains: l'être faible offensé Pardonne rarement quand son coeur est blessé. Quelques inslanls peut-être, il se résout à feindre; Mais aime - 1 - on jamais celui que l'on pent craindre ? Non, tous les jours le trait s'enfonce plus avant. A son tour cet époux s'aigrit en vieillissant, lit ses torts s'entassaut, ainsi que les années, Sur le bord du tombeau changent ses destinées; On l'abandonne eutiu ! ?;> VALMONT. Vous me failes rougir. DERRA1N. Cet imprudent époux n'aurait point à gémir, Si, ère à présent. (" sort.) Scène VI. DERBAIN, VALMOXT. DERHAIN. Quel est votre projet? D'après votre langage, Je vois que vous songez à vous mettre en voyage. \ALMONT. 11 est vrai. Mais, monsieur, vous serez assez bon Pour ne pas, à l'instant, quitter cette maison; Daignez y demeurer. Comme ami de mon frère, Aujourd'hui j'ai compté sur votre ministère. Près de ma femme encor vous pouvez me servir. Sa retraite bientôt pourra se découvrir; Picard vous l'apprendra. Rendez-vous auprès d'elle. Ne me refusez pas cette preuve de zèle. Dites-lui que je suis parti désespéré; Qu'en des climats lointains je vais vivre ignoré . . . Et, lorsqu'elle ne veut qu'éviter ma présence, Qu'elle peut être heureuse alors par mon absence, Qu'elle n'a pas besoin pour terminer ses maux, De ces secours honteux qu'offrent les tribunaux. BMBAIN. Oui, je vous servirai. VALMONT. Mais ajoutez encore, Que pour fuir un éclat qui toujours déshonore, Elle doit revenir habiter en ces lieux: C'est sa maison d'ailleurs, le bien de ses aïeux. Quant à nos intérêts, déjà ma confiance, Sur tous nos droits communs, se livre à sa prudence. Pour mes enfants, pour moi, je ne réserve rien, Et la fais, en parlant, maîtresse de mon bien. (.lvec Ta plus gratuit! Acitsibitilc.) Hélas! je perds le seul qui m'attache à la vie; Et loin de ma famille, et loin de ma patrie, Victime abandonnée à la rigueur du sort, Ï9 Sous un ciel étranger je vais chercher la mort. DKRIi \IN. Vous m'affligez, vraiment. Quoi! tous quittez la France? VALMONT. Ah ! l'éloigneinent seul calmera ma souffrance* J'irai trouver Derbain, ce Derbain, votre ami, De sa soeur et de moi si tendrement chéri. , . DBRBAJN. Vous partez pour le joindre ? VALMONT. Oui, près de ce bon frère, Je veux aller chercher la fin de ma misère. (lïcrltaut fait un mouvement.) N'est-il pas vrai, monsieur, qu'il me recevra bien? De ce qui s'est passé je ne cacherai rien; Jl lira dans mon coeur, il connaîtra ma peine: Il saura que le sort a rompu notre chaîne; Il me pardonnera les chagrins de sa soeur, Et me plaindra peut-être en voyant ma douleur. nKKHAIN, ires-inm. Il peut vous consoler; et bientôt votre femme . . . . (A part.) Sa douleur m'a touché jusques au fond de l'âme. VALMONT. Vous paraissez ému'! De ce tendre intérêt . . . dkrBain. Vous partez aujourd'hui? Différez s'il vous plaît; J'ai mes raisons. VALMONT. Monsieur, la chose est impossible; L'aspect de ce séjour est pour moi trop pénible. Oui, chaque objet ici qui vient frapper mes yeux, Par mille souvenirs, me rend plus malheureux. Ici, tous les matins, je voyais ma famille; '.Montrant le métier,') Lorsque mon fils lisait, là, tout près de sa fille, Ma vertueuse épouse, au gré de mes désirs, *»n suivant leurs travaux, occupait ses loisirs. •Ah! je les vois encor! ma mémoire cruelle M'offre de ce tableau ie souvenir fidèle. • rop vaine illusion d'un esprit malheureux! Je ne les verrai plus réunis sous mes yeux: M^M^BHi^^r W^^^Hkm so Déjà tout est muet ici par leur absence; Et, mou coeur effrayé de cet affreux silence, Appelle ses enfants, comme si le trépas De leur perte eu ces lieux avait marqué ses pas. DEKISAIN, « part. Mon secret, malgré moi, s'échappe de ma bouche. (//««/.) Calmez-vous, cher Valmont; votre douleur me touche. VALMONT, avec un cri Je l'unie. Je suis seul! Ah! mou coeur souffre trop en ce lieu, Et je dis à ces murs un éternel adieu! Scène VII. DERBAIN, voulanl Vempêcher de sortir. ■■^ Arrêtez! .... Écoulez! .... Ma crainte est puérile .... Valmont, grâce à Picard, ne peut quitter la ville: 11 ne partira point . . . Voici nos jeunes gens. Çuel motif fait venir ici ces imprudents ? \ f ga^LT' ' Scène VIII. EUGENIE, DERBAIN, CHARLES. CHARLKS. Ah! mon oncle, c'est vous? EUGENIE. Parlez-nous de mon père! De grâce, instruisez-nous de ce qu'il prétend faire. J'ai vu plusieurs chevaux avec un postillon; On charge une voiture; eh! qui daus la maison A se mettre eu voyage aujourd'hui se dispose? DERBAIN. C'est votre père. CHARLES. Dieux! et serions-nous la cause D'un si brusque départ? ElIGRNIK. Il est donc malheureux? 81 DERBAIN. Délaissé, resté seul, Valinont quitte ces lieux. CHARLES. Viens ina soeur! DERBAIN. Arrêtez! Çue prétendez-vous faire? CHARLES, Nous allons nous jeter aux pieds de notre père. Scène IX. EUGENIE, Mad. VALMONT, DEUBA1N, CHARLES. MAD. VALMONT. Grands dieux! qu'avons-nous fait! Je viens de voir Valinont; La plus sombre douleur est peinte sur son front; Il était dans la tour, et j'y suis descendue; La porte du jardin me cachait à sa vue. Ah! qui, sans pardonner, peut voir couler des pleurs? 11 parlait, et j'allais terminer ses douleurs . . . Lorsque j'ai vu Picard, d'une marche empressée, L'arrêter, s'écrier: ,,La voiture est brisée! „Vous ue pouvez, monsieur, partir dans cet instant." J'ai deviné l'auteur d'un semblable accident ; Et sur ce prompt départ promptement rassurée, Je viens prier Derbain d'abréger la durée De cet éloig-neinent aussi cruel pour nous Qu'il est, en ce moment, pénible à mon époux. DERBAIN. Il cessera bientôt, car il me semble entendre . . . VALMONT, en dehors. De grâce, bon Picard, ne me fais pas attendre! CHARLES, ej/rayf. H est vrai; c'est sa voix. ËCGENIK, fuyant dans un coin du salon. Ah! je tremble de peur! DERBAIN, souriant. Il ne grondera pas , calmez votre frayeur. Le Tyran domestique. Rif. No. 81. [ 6 ] G3HHHEP".*fe_ Vffl 8 -l EUGF.NIK. Pour cacher notre effroi, mettons-nous à l'ouvrage. (Les deux jeunes gens vont se mettre à l'ouvrage j la mère troublée s'approche de son métier , et tous forment naturellement le tableau que yalmont a précédemment indiqué,') DERBAIN, a part. De ce qu'il regrettait il va revoir l'image. Scène X. DERBAIN, EUGENIE, Madame VALMONT, VALMONT, CHARLES. VALMONT , de la porte. Hélas! c'est malgré moi que je revois ces lieux. DERBAIN, lui montrant sa famille. Plaignez-vous maintenant d'être encor malheureux! VALMONT, dans la plus grande surj)rise. Mes enfants ! mon épouse ! en croirai-je ma vue ? (Il tombe sur un siège.) Je ne puis leur parler, tant mon âme est émue! (Les enjauts et la mère se disposent à se mettre il genoux à la place ou ils étaient lors de Ventrée de I almoitl; dès qu'ils l'aperçoivent tombant dans un fauteuil, ils courent tous ensemble embrasser ses genoux.) EUGENIE et CHARLES. Mon père ! MAD. VALMONT. Mon époux! qu'un pardon généreux! . . . VALMONT, dans l'ivresse. Demande-t-on pardon à ceux qu'on rend heureux! Ke vous revois-je pas! Viens, Charles, viens, ma fille! Ah! dans mes braa encor je presse ma famille! Mon épouse! mon fils! je vous retrouve enfin. (/i'h pleurant.) Vous m'avez, tous les trois, causé bien du chagrin! Mad. VALMONT. Sois sur que, loin de toi, ta famille aflligée A connu ta douleur, et l'a bieu partagée. VALMONT, avec douceur et sensibilité. Mais oii donc étiez-vons? 83 DRRBAIN. Dans mou appartement. C'est moi . . . Mad. valmont. De tes chagrins mon frère est l'instrument. VALMONT, courant à lui et Vembrassant. C'est Derbain, mon ami, dont l'âme généreuse A sauvé ina maison d'une faillite affreuse! DEKBA1N. Maintenant il fait plus; il te rend au bonheur; Car tu seras heureux : je sais quel est tou coeur. VALMONT. Oui, mon frère, j'ai fait un retour sur moi-même; Tu m as trop bien fait voir mon injustice extrême; Hélas! sans le vouloir, je fis des malheureux; Mais je triompherai d'un caractère affreux. {A sa femme et a ses enfants.} Si vous aviez eucor quelques inquiétudes, Si le temps ramenait d'anciennes habitudes, Menacez-moi tous trois de me quitter alors, Et mon coeur effrayé réparera ses torts. Mais je veux vous prouver que mon âme est sincère. Mon lils, tu peux entrer dans l'état militaire. Ma fille, tu chéris le colonel Yalcour; 11 sera ton époux aussitôt son retour. Et toi que j'outrageai, ma compagne chérie, Je ferai désormais le bonheur de ta vie. La leçon qu'aujourd hui je reçois de Derbain, Sur mes nombreux défauts m'ouvre les yeux enfin: Je vois qu'envers soi-même il faut être sévère ; Que dans le monde, il faut et pardonner et plaire; Que si par des vertus on se fait estimer, Ce n'est que la douceur qui peut nous faire aimer. F 1 N. RÉPERTOIRE DU THÉÂTRE FRANÇAIS A BERLIN, par MM. SORIBE, MKLKS VILLE, DKLAYIGNE, THKAirioiv, Ramond, Varner, Rociif.fort, Devilleiïeuve, Des- YERGERS, LOCKROY, CHABOT, DE COURCY, ANCF.LOT, St. MlLAIItE, MA7.BHP.8, L'ARMOUCIIE, WARIIV, MERYILLE, LKROUX, Dui'IN, DARTOIS, BHAZIER, IlAYAHO, HlJPORT, D i; 1 r: s T r. K-l*01 H SON, VVAHI.AKD, HONJOUK, KlJl.OENCK, V, IlUCOETC. GRAMD IJV 8, CHAQUE PIÈCE SE J END SÉPARÉMENT. En Vente: i. 2. 3 4. S. 6. 7. 8. 9. 10 11 12 13 14 15 16, 17, 18, 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26, 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. Mes derniers vingt sols. 4 gr. Malvina, ou : un Mariage d'iu- r.lin.tioji. Hgr. ^L'Ambassadeur. 6gr. r Les Moralistes. S gr. + lln dernier Jour dt Fort une. 4gr LeiCuîrimers diplomates. 4gr. Mr. JoviaJ. 6 gr. *Lc Mariage rlo raison. 8 gr. Le Paysan perverti. 10gr, *Les premières amours, ti gr. *Théobald. tigr. 'Madame «le St.-Agnès. 6 gr. * Yeiva, ou : L'orpheline Russe, 8 Ç« . „ *La jeune Marraine. 6 gr, .•Simple Histoire. 6 gr, Léonidc. 8 gr. La Somnambule. Ggr. *Le Diplomate. 6 gr. *La (Quarantaine. 4gr. Cousin Frédéric, ou: la Correspondance. 4 gr. *La Lune de Miel. 8 gr. •La Demoiselle à marier, 6gr, *L'lléritière. 6 gr. Le jeune Mari. 8 gr. Le vieux General. G gr. *Lc vieux Mari. 8 gr. La Maîtresse. 6 gr. *La Mansarde des Artistes. 6 gr. •La Maine d'une Femme, 4 gr. Les Perroquets de la mère Philippe. 6gr, Tony, ou: 1rs canards. 6 gr. •Le Confident. 4gr. Angéline, ou : la champenoise. G \\r. La Mère au bal et la Fille à la maison. Ggr. Marie Mignot, 8 gr. ♦Avant, pendant et après. 8 gr. L'école des Vieillards. 8 gr. •Le nouveauPourreaugnacGgr. La Suite d'un bal masqué, ti gr. Les pièces marquées 40. UnMomrnt d'imprudence.6gr. 41. Leprécept.dans rembarras (igr. 42. * Valérie, fi gr. 43. * La neromU' année. Ggr. 44. *Louise, ou : laRéparatinn.Ggr. 45. La Mère rivale, 6gr, 4(i. Le Matin et le soir. Ggr. 47. Le Roman d'une heure, 4 gr. 48. La Semaine des amours, (igr. 40. 'La Manie de* places. C gr. 50. *Lc Menteur véridique. 4 gr. 51. *L'Artiste. 6 gr. 52. * Michel et Christine. 6 gr. 53. Les trois Quartiers lOgr. 54. Le Conscrit, 4 gr, 55. + La Chatte métamorphosé* en Femme. 4 gr. 5G. Hernanij ou : l'honneur Castillan, p. f ictor Hugo. 8 gr. 57. La Reine de seize ans, 58. L'Actrice en voyage. 59. Nînette, (i gr. 60. ' Philippe. 6 gr. Gl. Ma place et ma femme G2. La lin du mois. 4 gr, 63. Monsieur Botte. V G4. Le Célibataire c marié. 8 gr. 65. Le Sourd. G gr, 66. *Le Parrain. 4 gr, 67. Les deux Cousins. 68. Le Marquis de Pomcnar*. 4gr 69. *Le plus beau jour de la \ ie.Ggr. 70. La mère et la tille. 8 gr. 71*.Jeune et vieille, 8 gr. 72. La dame et la demoiselle* 8gr, 7-î. + Cnc faute. G gr. 74. La revanche. 6 gr. 75. La séparation. 8 gr, 76. Madame Lavalettc. 6 gr. 77. Le Tartuffe. 8 gr. 78. Mad. du Barry. 8 gr. 79. *La famille Riquehourg. 6 gr. 80. * LeOuaker et la danseuse. 6gr« 81. Le Tyran domestique. 10 gr. d'un * sont de M. Scribe. 6 & 6 gr. 8gr. K r - l'H