Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 87. L'OUBLI, O II L/Y CHAMBRE INUPTI/YLE, VAUDEVILLE EN UN ACTE. PAR M. PA UL J) UPORT. Prix: 15 8gr. 1(12 gGr.) mwmm* chez Ad. Mt. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique, tinter dcn Linilcn Ko. 34. 1 8 3 2. PeRSOSNAC ES. ACTF.VRS. IMLItRLL, rnpil.iine................ Mr. 1SW0HIÏ. BENOIT PF. LA TOUB............. Mr. HÉRAULT, La baronne I>K LA GUKKITAIIOK, «a soeur Mad. MARHJS. Kl'PHKMlK , leur uicic, femme de DALBELL. . Mlle. DESCIIÀNEL. POL'LOT, fils de Benoit............ Bille. MILLER. Demoiselles de noce. La scène se /tasse à Caudehee y e/iez- Reimît de la Tour. IMPRIMERIE dk L. Vf. KRAUSB. Le théâtre représente la Chambre nuptiale. Ameublement élégant. — Deux porte» de côté; celle qui est à gauche communique avec l'escalier, et l'autre à un bo/a/oh: — Avant la porte du boudoir, une riche toilette avec u.ie glace. — Près de cette porte, tin cordon de sonnette, dont le fil régné le long du mur. — Au fond, un lit orné dans le dernier goût. Scène I. l'OIJLOT, entrant avec précaution, un bougeoir à la main. „Poulot, allez vous coucher." — Mais, papa ... — „Eh »bieo, Monsieur, à qui est-ce que je parle?" Et puis il faut *'eu aller. Mais c'est égal . . (.il pose ton bougeoir sur la toilette. 1 ) N a beau êlre près «l'onze heures .. j'y mettrai du caractère, )e ne dormirai pas . . . Il i„!illc.i Parce qu'au t'ait, c'est «le la tyrannie . . . un soir «le noce! . . et encore quelle noce? . . celle «le ma femme . . . C'est vrai; ma cousine, je l'appelais ma grande femme ... et elle aussi, elle m'appelait son petit mari.. Que c'est bisquant d'être petit! Mais je serai vengé!.. J'ai entendu le complot que les jeunes gens «le la ville ont fait contre lui, de dépit «le ce «pie c'est un militaire, un étranger au pays qui vient leur souiller la plus jolie demoiselle de Caudebec. Ils ont dit que pour la nuit de ses noces ils voulaient le griser avec du punch..et c'est drôle, il a l'air d'être aussi du complot, tant il se prête à le faire réussir. (// se met *bu un fauteuil. i Asseyons-nous là pour attendre ma cousine .. 'Il Mille.) Surtout il ne faut pas m'endorniir . . au contraire . . )e vais chercher quelque bonne farce à faire à mon cousin .. rêvons-y . . D'abord on est fort sur les farces à Caude- * >e c • . . c'est dans le sang. ;// bJille.) Je veux êlre un petit farceur; et plus tard, quand je serai grand, je serai un grand larceur. {Vendant ces dernières paroles, l'orc/œstre joue quelques mesures de Ws* Irodurlion du Barbier de Sctilte: piano, pianissimo, sur lesquelles Voulut s'endort.) I 1 * 3 Scène II. DALBELL, POULOT. DALBKLL. Oui! j'avais besoin de sorlir de la salle de bal . . . C'est étonnant . . pour un militaire, qui doit toujours marcher de l>ied ferme . . ces lumières, ce punch, cette walse . . je ne m'y retrouvais plus. Air: Tin Partage fie la richesse. C'est donc ainsi qu'on se marie! Drvrail-nn finir par un bal L'acte le pins sérieux de la \ ie ? Pourtant, au fond, ce n'est pas mal... Sur les périls, pour garder son courage, 11 ne faut pas s'appesantir ; Et si l'on walse un jour de mariage, C'est sans doute pour s'étourdir. D'accord; mais, moi, qieu dû rester dans son château du Berry, au lieu de venir nous gàler la noce par ses taquinerie*... Elle est cause que je n'y suis pas, à la noce, inoi ; car je l'ai bien entendue tout-ù-l'heure ; c'est elle qui a dit tout bas à mon papa : „Mon frère, (ailes donc retirer le che- ,,valier... " Le chevalier c'est moi. Elle dit que les aînés s'appelaient comme ça autrefois dans notre famille. „I1 n'est ,,pas convenable qu'il reste après la fin." DALBKLL. Petit futé! Ah! ça, il faut que je rentre dans les salons... Voulez-vous me conduire? POULOT. Oui, allons-nous-en ensemble. (Aparté Et je reviendrai tout seid. DALBKLL. Montrez-moi le chemin... je vous suis (Se retournant.) Adieu, séjour magique! chambre de ma femme ... Au revoir... Ah! mon coeur!... ma tête!... vivement.) Dieu! quelle idée! si je pouvais... Mais, non, il n'est plus temps . . . que c'est dommage ! POULOT, près fie la porte, et à part. Çu'esl-ce qui lui preud donc? c'est le punch. DALBKLL, à part. Ce inaudit Isidore ! . . . mou petit fat de sous-lieutenant, depuis quinze jours qu'il est en congé à Paris . . je lui avais lanl recommandé de voir le bijoutier, de presser pour ce médaillon, et de me l'envoyer à Caudebec sur-le-champ, à tout prix, fut-ce par un exprès... trente-sept lieues... (« l'oulot.) Dis donc, petit, il n'est venu personne me demander? POULOT, à part, en descendant. Petit, par exemple!... (haut.) Est-ce que je sais, moi? DALBKLL. L'auberge de la poste est à deux pas ... il serait possible... ces courriers, au lieu de faire tout de suite leur commission... ça reste à boire... ça se grise... linvover des domestiques... c'est si bavard ! à part,) Eb.! parbleu! le cousin!. •• (.nom.) Dis donc, mou ami, veux-tu me rendre un service? POULOT, à part. Je t eu souhaite. DALBKLL. Vois-tu? C'est quelque chose dont je voudrais que personne ici ne put se douter. ? POULOT, » V'irl. l'n secret! . . . Oh! s'il y avait une bonne malice à lui faire ! KAI.IIM.I . Cours en face, chea le maître »le poste, et là, iuforme-toi s'il est arrivé, de Paris, pour moi, an homme avec un paquet. lu me l'apporterais. POULOT. L homme ? OAl.IiFLL. Non, le paquet ... en évitant d'être vu . . . avec adresse et discrétion. POULOT. Oui... Mais madame Durand voudra-t-elle me remettre?... Oalbrll. C'est juste... Attends, {h part.) II a de l'intelligence. (/Y terit. ,,Je prie Mad. Durand de remettre au petit bon-homme Il l'oulol fait un momtmtM rmnii/uv « il.) tout ce qui sera ar- ,,rivé pour moi. Daliikm," Tiens va vite. POULOT, « part. Toujours sou bête de petit bon-homme! . . . Oh! ça me vexe ! Si j'étais grand, je me battrais avec tous ceux qui •n'apelleraient petit. (Il suri.) Scène III. DALBELL, se ut* Oui... ce soir . . . un pareil cadeau . . . voilà qui serait une galanterie charmante pour ma femme . . . quelque chose d'inattendu... une première surprise ... il y aurait gradation. Au l'ait, mon portrait lui revient de droit. Je sais bien qu'il y a trois mois, quand je l'ai fait faire à Paris, et que j'ai commandé une riche monture en diamaiis, c'est à une autre que je le destinais . . . pauvre Faiiuy ! la plus piquante Berrichonne ... la fleur du département du Cher ... et qui m'adorait! . . . Air: ffc cet amour vif et soudain. Par mon maria?, d'abord J'ai craint de la voir accablée; Mais ueut-ètre, MM trop d'eHbrl, Klle se sera consolée. Car la constance n'est souvent Chez vous, séductrices jolies, Ouc l'intervalle d'un instant, Oui sépare deux fantaisies. 8 Néanmoins, f'ai été bien heureux tftie, pendant mon congé, le régiment eût changé de garnison... An lien de rejoindre à Bourges, j'ai rejoint à Valenciennes ... en sorte que, pour le mariage qu'on m'avait arrangé dans l'intervalle, ça m'a dispensé de rompre avec mon ex-bienaimée ... et pourtant je voulais y mettre des procédés... j'étais décidé a lui écrire pour calmer les regrets qu'elle doit avoir, et lui peindre ceux... que je n'ai pas... mais un malheur... Je me souvenais parfaitement de ses deux prénoms: Sciiolastique Fanny... mais l'essentiel, son nom de dame ou de demoiselle. .. impossible de me le rappeler... c'est vrai... Il n'y a personne à qui ce ne soit arrivé ... quand une fois on a oublié quelque chose, plus ou y pense, plus on se creuse la tête, et moins ça vous revient... moi surtout qui suis si distrait... Il s'agirait d'un million . . , Bah! mieux que ça.. . d'une jolie femme, de la mienne, eh bien!... En fait de distraction, en voilà une forte! IVla noce et ma femme que je laisse là . . . il est temps de reparaître... quoique j'aie encore la tête brillante... Allons Vite . . . (On entend parler la baronne en dehors.) Ah! 1)1011 dieu! c'est elle avec sa tante . . . Où me cacher? . .. dans ce boudoir... C'est drôle, un mari en bonne fortune chez sa femme! (// entre dans le boudoir.) Scène IV. LA BAUOiWE, EUPjHEMIE. LA BARONNE, Allons, allons, ma nièce, obéissez, suivez-moi. BOPHUtIB. M'emmener du bal, quand j'avais encore plus de dix invitations ! LA BARONNK. C'est justement pour ça. Vous n'avez que trop dansé ce soir. BUPRKMIK. Est-ce qu'on danse jamais trop ! LA BAHONNF. Voilà bien l'inconséquence de votre âge!... Si je vous contais ce qui m'est arrivé à moi-môme . . . car moi aussi, ma nièce, j'ai eu mon jour do noce, j'étais une enfant ••je jouais encore à la poupée... il me semble que j v suis . . . RUPHKMIB. Vous avez une bien bonne mémoire. LA 1SAKONNK. Excellente. 9 Atn d'Jm'il'e (de Brauplan.) Ouvrant le bal avec décence, J'avais dansé" le menuet, Puis mainte et mainte eontredan.se; C'était à qui m'inviterait. Car, comme vous, j'étais brillante, Teint frais, oeil vif, taille élégante, Oui, je vous valait bien au moins dans ce temps lâ. (.bit.) Ne riez pas: un jour viendra Où, comme moi, l'on vous verra; Vieillesse vient, beauté s'en va, (iis.) Le sexe entier passe par là . . . (Sis.) Je m'étais donc échauffée au bal. .. en sortant, nu malheureux coup d'air... si bien qu'au moment ou nous y pensions le inoins, mon mari et moi, il me prit une quinte! .. . mais une quinte . .. quelle quinte ... Ce pauvre baron de la Guérifaude, la nuit entière sur pied ... Mais il ne s'agit pas de ça, ma nièce, votre oncle m'a priée de venir ici vous servir de mère, et je vous en sers. KUPHEMIB, Oui, en me contrariant sans cesse ... Oh! moi, si j'ai jamais nue fille . . . LA BARONNE. Ma nièce, il ne faut pas dire cela. KCPHK1H1K, avec ing-tmttki. Pourquoi ne pas le dire? Quand on se marie, est-ce qu'on ne peut pas avoir d'enfaus? LA liARONNK. On peut en avoir; mais on n'en parle pas d'avance. KUPHKB11K. Pourquoi? si cette idée-là l'ait plaisir, la BARONNE. Parce que ça n'est pas convenable, KUPHEIHIK. Mais pourquoi n'est-ce pas convenable? la baronne. Ah! parce que... KUPHEMIB. Si vous ne me donnez que des explicalions de ce genre- ' u ï ce n'était pas la peine que mon oncle me recommandât tant de me conformer à toutes celles que je recevrais de vous, 'e jour de mou mariage; car il m'a dit qu'il ne vous avait îi 't venir que pour cela. LA BARONNE. Me f,;ire venir!... Qu'est-ce que ça signifie? faire venir 'a baronne de Gnéritaude! rien que pour ce seul mot, je re- 10 partirais tout de suite, s'il n'était pas si lard; d'autant que jétais déjà blessée qu'on ne lût pas venu l'aire la noce à mon château. C'est un égard qui m'était bien dû: car enfin, mon noble époux était grand gruyer du Berry, une haute dignité du bon temps. Oui, ma nièce; à présent on méconnaît toutes les distinctions. Mais (elle que vous me voyez, il y a quarante- cinq ans, j'étais grande gruyère; et quand ou l'a été une fois, il en reste toujours quelque chose. D'ailleurs qui épousez-vous? un militaire, dont le régiment était *>n garnison à Bourges, près de mon château; et Dieu sait quelles aventures on racontait de celle garnison-là ! Le militaire n'est plus moral comme dans l'ancien régime., sans compter que pour le rang-, la naissance.. RUPHKM1K. Mon mari est officier. 1 • LA BARONNK. Çu'est-ce que ça prouve aujourd'hui? KUI'HKIWIE. Ça prouve qu'il est brave. L A I1ARONNK. C'est la qualité d'un soldat. KUPHKMIK. Oui, mais il est docile... et c'est la qualité d'un mari. Enfin, nous ne nous connaissons pour ainsi dire que depuis deux mois; le mariage avait été arrangé par un ami de sa famille, et quand il vint ici pour la première fois, il parait que je lui ai convenu tout de suite., j'en ai des preuves. Air des Aluris ont tort. Il n'épargna rien pour nie plaire. J'aimais la musique: en un moi*, N'aérant prise pour écolière, Il me lit mieux chauler, je rrois, Qu'eu un an mon maître autrefois. Aussi bientôt j'espère encore Faire des progrès, el de lui J'apprendrai tout ce que j'ignore, A présent (ju'il est mon mari. Mais bien plus., dans les commencemens il s'est aperçu que ses moustaches me faisaient un peu peur, et un beau jour, crac... Par exemple, à présent je lui ordonnerai de les faire repousser, parce que Ça me seia agréable de faire exécuter mes volontés, par quelqu'un qui porte des inouslathes. (loi litillffll a mtlr'o'ivert la portffj cl {coûte.) LA BARONMt. Vos volontés? 11 EUPHKMIR. Oui, mes volontés! Tiens, ma (ante, qu'est-ce qu'une demoiselle gagnerait donc au mariage, si ce n'était pas de se faire obéir? moi, surtout, que mon oucle a toujours habituée à faire tout ce qui me passait par la tête; c'était sou plaisir, et ça m'a élé facile, parce que je m'y suis pliée dès l'enfance; mais à présent, je ne pourrais plus changer mes habitudes... mon mari le sent bien, car encore ce matin il me «lisait, en se mettant à genoux devant moi: „Euphéinie, ma chère liu- „phémie, je vous jure de n'avoir jamais d'autre volonté que „la vôtre.'' Scène V. LA BARONNE, EUPHEMIE, DALBELL. DALBKLL. Je le jure encore. LA BAIIONNK. Ciel ! que vois-je? KUPHEIHIE. M'écouter! .. . Ah! que c'est traître; si je l'avais su, je n'aurais pas dit tant de bien de vuus. LA BAKONNK. Voilà qui est bien inconvenant, Monsieur; vous ne deviez pas entrer ainsi dans la chambre de votre femme. C'est trop tôt. DALBKLL. Jamais trop tôt pour être auprès d'elle. RUPHKMIK. Flatteur ... Oh! vous méritez qu'on vous gronde. LA BARONNE. Et qu'on vous renvoie. EUPHEMIE. Puisqu'il y est, laissez-le. DALBKLL. Vous ne nie chassez donc pas, vous?... en ce cas, je reste. LA BARONNE. Çu'est-ce que j'entends-là? vous restez? DALBELL. Oui, ma tante. LA BAKONNK. D'abord, mou uevcu, je vous prierai de ne plus dire ma tante : appelez-moi tout simplement baronne. IIALBEI L. Soit. Va pour baronne; fy consens, niait; je resterai. 12 LA BARONNE. Malgré moi? « DALBKLL, prenant te milieu tic la scène. Puisque ma femme le vent. Je vous honore, je vous respecte; mais j'obéis à ma femme. ETJPHEMIE. A-t-il des principes ! LA BARONNE. Une telle violation des usages recuis, quand il est près de minuit; que les jeunes demoiselles vont bientôt venir en cérémonie, détacher le voile et le bwiquet de la mariée. DALBKLL. Si ce n'est qne ça, on peut se passer d'elles. LA BARONNE. C'est trop fort. Air tin petit Corsaire. Est-ce ainsi qu'on ose en riant, Braver les lois (le l'étiquette ? N'est-elle pas le complément D'une éducation parfaite ? DALUELl. Non, elle m'a toujours déplu; Car, quoi qu'en disent ses apôtres, C'est presque partout la vertu De ceux qui n'en ont pas d'autres. LA BARONNE. C'est assez, c'est trop même... Votre absence, combinée avec de celle de votre épouse, doit faire le plus mauvais effet dans les salons, et je vous somme d'y rentrer à l'instant, ou, je vais déclarer à mon frère qu'il peut servir de mère à sa nièce lui-même, mais qu'il ne doit plus compter sur moi. DALBKLL. Vous l'exige/.? . . . Allons, ma bonne amie, puisque l'on nous condamne à la danse, qu'on nous exile au bal . . . RLIMIKMIK. C'est ça, retournons-y. LA BARONNE, se plaçant enlr'etijc. Du tout. DALBKLL. Comment? ne pas finir la soirée par itno galoppe? allons donc. LA BARONNE. Çu'est-ce que c'est qu'une galèppe, Monsieur? n DALBRIX. Vous ne savez pas? ... Ah! c'est juste, vous habitez le Berry, un pays en arrière rc, que lu voulais me dénicher des oiseaux, me cueillir des branches Bennes, tu é'ais trop petit, ou pas assez fort... e 'i bien! mon mari nous sera bien commode pour ça. Tu as depuis Ion g-temps envie de chasser, il rapprendra à ma- »'er un fu«U; il m'a déjà dil qu'il voulait t'en faire cadeau d uu superbe, proportionne à ta taille. POULOT. Je n'eu veux pas; je n'apprendrai rien de lui, je ne veux *n de lui. Votre mari, ne m'en parlez pas ... il me dé- P aît • • . comme un pensum. 16 EUPHKMIK. Ah ça! je remarque . . . Pourquoi Joue est-ce que tu ne me tutoies pas? POL'LOT. Ou veut que Je m'en déshabitue . . . c'est ma tante qui me sermonne depuis ce matin sur ma familiarité avec toi. A propos, tu ne sais pas? une bonne chose: les voilà brouillés, elle et ton mari; les deux seules personnes que je n'aime pas . . C'est vrai, moi, j'ai bon coeur; j'aime tout Je monde, excepté ma tante et mon cousin . . . Elle est allée se plaindre de lui à mon papa . . . s'il allait le mettre à la porte. . . hein! quel bonheur! SUPREME. Par exemple! mettre mon mari à la porte! Heureusement que ça ue se peut pas. POULOT, avec une g-ravilS comique. Ça vous ferait donc de la peine? EUPHRM1E. Çuelle demande! Fi! que c'est vilain d'être jaloux! POLLOT. Jaloux!... voilà!... je cherchais le mot depuis deux jours: je suis jaloux... comme dans celte tragédie que papa nous a lue un soir... Za... Za... Zaï... où il y a une lettre... A propos de lettre, ça me rappelle... Dites donc, ma cousine, êlcs-vous jalouse de votre mari, vous? EUPHKMIK. Pourquoi le serais-je? puisqu'il m'a choisie... il n'y était pas forcé; c'est que je lui plaisais plus qu'une autre. POL'LOT. Allons donc, vous n'y comprenez rien... Est-ce qu'on raisonne quand on est jaloux?... Est-ce qu'il raisonnait, le Turc de la tragédie?... et moi, donc, ai-je raisonué toutes les fois que vous receviez une lettre du prétendu, il y a quinze jours, quand il était retourné à sa garnison de Va- lenciennes? Oh dieu! chaque ligne que vous lisiez de son écriture, ça me mangeait le sang; ça me bondissait ici., ça me donnait des fourmis jusque dans la plante des pieds.. EUPHEH1E. Eh bien! où va-t-il prendre tout ça? 17 POULOT. Comme ça, si votre mari vous trompait? EUPHEMIE. Lui! POULOT. Si le soir même qu'il vous épouse, il recevait une lettre «l'une autre femme, qui lui signe: „Ta tendre amie pour toujours/' EUPHEMIE. Par exemple . . . Finissez, Monsieur; on ne rit pas sur ces choses-là . . . POULOT. Qui est ce qui parle de rire? . . . Voilà la lettre . . . 1»e j'ai chipée; elle est bien d'une femme, nommée Fanny, encore. EUPHEMIE. Fanny ! POULOT. Fanny Garbelot! avec un paraphe . . . c'est tout ce que j'ai pu lire, sans briser le cachet. BUPHRMIB. Donne . . . donne . . . vite . . . Ah! mon dieu! . . . quelle émotion . . . jamais je n'avais rien éprouvé de pareil. POULOT. Pas vrai? . . . Çu'est-ce que je disais, la jalousie . . . (Pentium le couplet suivant, Euphimie regarde à travers la lettre, et la tourne en tous sens.) Air : Trou la la. \ 'là tgu'ça prend, CoMprendi-tu bien maintenant, Y'Ià qn'ra prend ; (615.) Ça n'ira pins qu'en croissant. Puisque le moindre loupcoil D'un homm' trotibl' la raison; Chez 1111' icunn' ça doit encor Faire 1111 effet I>icn pins l'ort, Vlà qiiYa prend, (614.) Comprends-tu, etc. l-'Oubli. R/pertoire No. 87. [ 2 ] 18 EIPHFM1E. Si je m'en croyais, j'ouvrirais celte lettre. POULOTV Oui, ouvre-Ià. BRNOIT, en dehors. Oui, Mesdemoiselles . . . veuillez ine suivre . . . voici l'heure . . .|, KUPHEItlIK.| Ciel! mon oncle . . . (file cache la lettre.) POl'LOT. Mon papa! (// se cache dans le boudoir, dont il ferme la porte.) Scène VIII. EUPHÉMIE, BENOIT, Demoiselles df. noce. Ain: Choeur des jeunes filles dans le Freischiitz. {Pendant ce choeur, les demoiselles de noce entourent BuphénUê , dtfa- chent sa parure de noce, et la rêvaient tl'im élégant peignoir,) Oue p3F nous ici Soit accompli Le bonheur de notre amie; Voile et fleurs d'hymen, Sous notre main, Tombes du front d'Kunhémie, D'aujourd'hui Change ta destinée, Sois toute a celui A qui tu l'es donnée. Charmante rou^-ur, Dont |>ar nwlrur Ton jeune front se rolore, 1!> Du plaisir di.nrret Ou'amnur promet, Cet éVlat semble l'aurore. Va, crois-nous, Cesse d'être rniintive. Attendre un époux! Qu'autant nous en arrive. BENOIT, frappant eu dehors. Ma nièce, puis-je entrer? KIJPHKIME. Oui, mou oncle. BENOIT, aux demoiselles. Mesdemoiselles, ne vous dérangez pas. (as moins avoir pour lui, ce soir, la déférence, la docilité . .. 'J'irant l'oreille h Poulot , qui est descendu à droite , et gui ''coûte.) Veux-tu bien l'eu aller, petit drôle ... (i part.) Ma foi, je m'en vais aussi .... qu'ils s'arrangent entr'eux . . . I ai fait ce que j'ai pu .... il n'y a pas de ma faute .... Voilà une noce qui aura bien mal tourné. (hauO Mesdemoiselles . . . (Reprit* de la seconde moilif du Choeur, pendant lequel Hennît embrasse Eupht'mie. Scène IX. E U P H É M I E , seul e. Qu'est-ce qu'il avait donc, mon oncle? .... il semble aujourd'hui tout le monde ne me parle que par énigme... Ah! c'est qu'on veut me cacher les défauts de mon mari j ses défauts! ... je ne suis pas sévère! ... je les lui passerai to "s . . . excepté ceux dont je serais victime . . . par exem- î" e ■ • . l'infidélité! ... Ah! cette lellre! ... ce maliu j'étais si heureuse ... il fallait que . . . voyons . . . mais Pourtant .... |i,- e sans sa permission .... si j'allais mal faire! . 22 DALBRLL, en dehors, sur Vescalier. Bien.' bien! ... je suivrai vos conseils . • . mais la clé . . . EL'PHKMIE. C'est lui! ... tant mieux! ... il faudra qu'il me la lise lui-même... je l'exigerai ... et je ne crains pas de refus.. . car il a beau être bien étourdi, bien distrait, il ne peut pas avoir oublié ce qu'il m'a dit ce matin même .... „Chère Euphéuiie, je vous jure" ... lit même, ce soir, il me l'a rejuré encore. (L'on entend le bruit d'uni: cU, lue l'un met dans la serrure.) Le voici ... le coeur me bat. (Elle s'assied sur un fauteuil près de la toilette, de manière à être appuyée dessus. Scène X. DALJJELL, KUl'l-lEMIE. DALRKLL, ouvre la porte, retire la de, et donne une poignée de main a travers la porte entrebâillée. Sojez donc tranquille: les ménageuiens et les égards seront à l'ordre du jour . . . Bonsoir . . . oui, oui, beaucoup de délicatesse, cher beau-père ... je veux dire, cher oncle. (// ferme la porte, et met la cil en dedans. ■ — A part.) C'est vrai, je m'embrouillais avec ses recommandations . . . comme si le véritable amour en avait besoin, (regardant Buphimit.) La voilà !.. • ah! quelle est jolie comme ça . . . BUPHRMIB, « part. Qu'est-ce qu'il va d'abord me dire? ... je suis curieuse de le savoir. DALIiKLL, s'approchant. Air: De Varia et le village. Pour moi, que ce moment est doux! Combien ma joie est vive et uui'CÎ 23