Répertoire ête, vois-tu; parce que, pendant ce temps-là, l'ouvrage ne va pas. JOMPH1NB. Vous êtes toujours à gronder. *) Le premier acteur inscrit tient toujours en scène la droilc «lu tlicàlre. [ «• 3 •1 GRINCHEUX, se levant, et allant à elle. C'est qu'en vérité je ne le reconnais pas. Voilà quatre ans, que nous sommes mariés, et autrefois tu étais vive, joyeuse, toujours de bonne humeur; et quand j'étais à ma menuiserie, et toi à ta couture . . . Air: Tenez, moi je suis un bon homme. Tu chantais toujours , Dieu sait comme! Iles r'tïains qu'étaient bien amusant ... Et puis, pour embrasser ton homme, Tu t'interrompais d' temps en temps. Va nous faisait fair' bon ménage, Chansons par-ci, baisers par-là! J' travaillais deux lois n'avantage, Kl les pratiqu's payaient tout ca. Et puis autrefois . . le dimanche, tu te faisais belle pour moi . . nous sortions- ensemble . . . mais ù présent, les jours de fête., hier, par exemple, où as-tu dîné et passé la soirée? JOSEPHINE. Chez Mad. Gravier, ma tante. GRINCHEUX. C'est singulier qu'elle ne m'ait pas invité! . . Aussi, toute la journée, j'ai promené paternellement nos deux garçons dons les allées de Tourny, et an Château-Trompette ... de sorte qu'en revenant, il a fallu les porter un sur chaque bras . . • et le soir, pour me reluire, j'ai eu une dispute. JOSKPIIINE. Vous êtes si gentil. GRINCHEUX. le ne suis pas mal . . D'ailleurs, en m Y-pou sauf, tu me connaissais. Ain: lie sommeiller rncnr, ma ehi-re, .le ne t'ai point trompe, ma chère, .l'étais conini' ca , quanti tu m'as pris; Pas beau, mais (l'un lion caractère, Kt la branlé n'a p.is grand prix. Mes avantag's sont trop rapides, Mais la laideur, mais les bons sentiment, Ce sont «les qualités solides Oui rest'nt, et qui durent long-temps. Aussi, ce n'est pas moi qui suis changé . . . c'est toi. JOSEPHINE. Par exemple ! GRINCHEUX, Oui . . oui . . depuis quelque! mois à-peu-près. JOSEPHINE. Si ou peut dire des choses pareilles!.....Apprenez, JW. Grincheux . • . 5 GRINCHBUX. Il n'y a pas besoin «le se fâcher, ni de rougir comme tu le lais . . Tais-toi; car voilà le vieux Ballhasar mon cousin, l'intendant du château, qui de sa nature est toujours de mauvaise humeur. Scène II. JOSÉPHINE, assise; BALTHASAR, GRINCHEUX. BALTHASAR, entrant par le fond. Si ce n'est pas un meurtre, une indignité !. . Partout des papiers perse! des peintures nouvelles, des dorures, des colifichets! ... Ce n'est plus notre ancien château . . . . je ne m'y reconnais plus. GRINCHKUX. Je crois bien, cousin; nous en avons fait un boudoir da la Chaussée-d'Antin ... Ce n'est pas un mal. BALTHASAR. Si vraiment ! . . . Mon pauvre maître, après un an d'exil, se fait sans doute une fête de revoir le château «le ses pères; et eu y rentrant, il se croira eucore dans un pays étranger.. Quant à moi, qui suis né ici, qui y ai passé ma jeunesse . . AlFl rie l.antara. Ce vieux château devait me plaire! J'ai, par le temps, vu ses murs se noircir: Chaque colonne, charpie pierre Me rappelait un chagrin, un plaisir; A chaque pas c'était H souvenir. Il d'vait rester tel que moi, ce me semble; Car c'est cruel, et mon coeur en pemit. Pour deux amis qui vieillissaient ensemble. De voir qu'un d'eux seulement rajeunit. Enfin, n'y pensons plus... quand mon maître reviendra ... S'il revient jamais ! . . (à Grincheux, qui s'est approchf de lui, et gui lui prisante un papier.) Çll'eSt-Ce que c'est? GRINCHEUX Mon mémoire, que vous examinerez, et que j'ai fait en conscience ; car c'est vous, cousin , qui m'avez fait avoir la pratique du château. BALTHASAR, regardant le papier. As-tu bien inis-là tout ce que tu as fait? GRINCHEUX. Oh! oui . . . nour i e moin*. 6 IÎALTHASAR, Usant. Çue de frais inutiles! . • . que de folles dépenses! .... Enfin, ça ne me regarde pas . . monsieur l'a fait pour plaire â madame. JOSEPHINE. C'est bien naturel . . . une jeune femme si bonne, si gracieuse, et surtout si jolie.. On la reconnaîtrait pour Espagnole celle-là, rien qu'à ses beaux yeux noirs. I! A LTHA8AR. Oui: la fille de l'ancien ambassadeur, dont, ,\ Paris, il s'est aTisé d'être amoureux ... sa première inclination! . . Il en perdait la tète . . moi aussi . . et il a bien fallu la lui donner pour femme . . au lieu d'en choisir une . . tout uniment en France.. Mon dieu ! elles ne sont pas pires là qu'ailleurs. JOSKI'IIINE. C'est aimable. IÎALTIIASAIÎ. Est-ce que j'ai besoin d'être aimable, Mad. Grincheux?., Est-ce que c'est mon habitude? JOSEPHINE. Non, certainement . . mais si madame yous entendait . . IÎALTHASAR. Qu'importe! . . J'ai ici mon franc-parler . . le comte de Villevallier mon maître, que j'ai vu naître, que j'ai élevé, que j'ai porté dans mes bras, m'a dit: „Tiallhasar, tant que je vivrai, tu resteras chez moi." Et j'ai dit: ,,J'y compte.." Parce que mon maître., vous ne savez pas ce que c'est que mon maître ? c'est l'honneur même . . c'est un coeur d'or . . c'est le plus brave jeune homme . . et si le ciel était juste, celui-là méritait d'épouser un ange, JOSEPHINE, Il me semble qu'il n'est pas si mal tombé , , , Çu'esl-ce que vous avez à reprocher à madame? BAI/1 HASAR. Moi! . . Est-ce que je lui reproche rien? JOSEPHINE, Dame! . , vous avez un air . . . GRINCHEUX. C'est vrai, cousin . . vous avez un air . . , JOSKPHINK, M levant, et venant auprès île lUiilhasar, Est-ce qu'elle n'est pas honorée et chérie dans le pays? Est-ce qu'elle ne fait pas du bien à tout le monde?. , Esl-te qu'elle ne se conduit pas d'une manière exemplaire? ISALTII ASAIi. C'est possible . . je ne dis pas non, 7 JOSKI'HINK. Et cependant, depuis un an que son mari l'a laissée seule ici, dans ce château, avec sa tante pour unique compagnie, ça n'est pas amusant. BALTHASAR. Oh! sans doute; le devoir n'est jamais amusant ... et puis c'est une chose si longue qu'un an de constance. JOSKPHINR. Mais oui . . et ne faut pas croire qu'en fait de constance tous les hommes en aient déjà tant .. Vous, tout le premier; car autrefois vous adoriez madame. GRINCHEUX. Vous vous seriez mis au feu pour elle!. . témoin l'incendie du château, où vous vous êtes fait une blessure à la jambe, en voulant la sauver. JOSEPHINE.. Et maintenant vous êtes toujours de mauvaise humeur quand on parle d'elle . . il semble que vous lui eu vouliez. BALTHASAR. Moi! . . ^)ui vous a dit cela? Est-ce que je l'accuse? . . Est-ce à elle que j'en veux? JOSKI'HINK, Et à qui donc? BALTHASAR. A sa tante . . à Mad. Darmentières. JOSKI'HINK. A ma marraine!.. qui, au fond, est une si bonne femme! BALTHASAR, Une véritable Espagnole, qui, avec ses idées castillanes, voit pai tout des don Rodrigue et des héros de roman .... Donnez donc un pareil mentor à une femme de dix-sept ans, légère, et sans expérience. JOSKI'HINK. C'est justement ce qui prouve pour madame la comtesse., elle n'en a que plus de mérite à se conduire comme elle le * a 'l • • . Mais à nous autres femmes, on ne nous rend jamais justice {Elle va se rasseoir.) BALTHASAR. Ah! souvent, si on vous la rendait . . . JOSKPHINR. I'i! ce que vous ditcs-là n'est pas galant . . Mais, eu général, M. lialihubar xic se pique pus d'être poli. s BALTHASAR. Ce n'est pas hier, du moins, que tous pouviez me faire ce reproche. . car je vous ai saluée deux fois sans que vous avez daigné «l'apercevoir. GRINCHEUX. Et où donc? BALTHASAR. Au château de Raba . . où vous vous promeniez en compagnie. GR1NCHKUX. Tu as été hier t'y promener avec ta tante . . en sortant de dîner. JOSEPHINE, baUsant les yeux. Oui, mou ami. BALTHASAR, d'un air de doute, et s'approchant de Josiphine. Ah! cousine! . . ah! c'était votre tante qui vous donnait hier le bras. JOSEPHINE, d'un air suppliant. M. Balthasar . . . BALTHASAR, h demi-voix, et arec humeur. Soyez tranquille! . . est-ce que je vois jamais ce qui ne me regarde pas? GRINCHEUX. Ou'esl-ce que c'est donc? BALTHASAR. Rien du tout . . (.lui donnant une poiffiiie de main.) Ce pauvre Grincheux !. . J'examinerai ton mémoire . . cur voici la tante MJue sexagénaire, Du roeur, de la tète et de* bras. Mais prêt ù r'voir mon maître, j'vuus l'atteste, Par te bonheur je me sens oppresser, 11 m'ût' la forre; et je veux qu'il m'en reste, Ne lùt-re <|u<- pour l'embrasser. Mar. DARMRNTIKRR8, le rigardani avec pUti, Ces vieux domestiques sont si ridicules! 12 BALTHASAR. Ce n'est pas nue raison pour les (uer . . . (entra «« ien aux galères, On l'eût envoyé tout d'abord; Car il suffit, dans ces affaires, D'avoir un bon corrégidor. GRINCHEUX. C'n'en est pas-là, chez nous, encor. Dans notre pays qu'est barbare / WÊ i«rv* -ité' 11 Il faut, pour qu'un homme ait dos tort6, Trouver dos raisons: c'est plus rare A trouver qu' des eorrtÇpidors. Il laot des raisons . . c'est plus rare A trouver qu' des corrégidors. (H passe auprès de sa femme.) LÉ0N1B. Il suffit ... je vous promets, ma tante, ([tie voiis aurez SStisfaction . . Mais comment cela est-il arrivé? Mad. DMMBMTIKRK& A propos de rien . . au sujet de cette lettre qu'il m'apportait, et que je n'ai pas encore achevé de lire. Eu voici pour VOUS. {Elle remet îles lettres à Liante, et achevé de parcourir celles qui lui restent. t.lonie va s'asseoir auprès de la table, à gauche.) Celle-Cl est de mou libraire, à qui j'ai demandé des romans nouveaux . . il y a si long-temps «pie je n'ai eu d'émotions fortes . . (.prenant une mitre lettre.) celle-là . . ,,A Mad. Joséphine „Grincheux, an château de Villevallier." Ce n'est pas pour moi. JOSEPHINE, se levant *). Ah! mon dieu . . Balthasar se sera trompé. GRINCHEUX, prenant la lettre. Sans doute. JOSEPHINE, la lui reprenant. Ce n'est pas pour toi. (AVoï/. Darmentières lit ses lettres tout lias, auprès de la laide, à droite, ' ainsi que L'onie , qui est assise à gauche: Joséphine cl Grincheux occupent le milieu dr lu scène, sur le devant.) GltlNCHKIJA, à voix busse; à sa femme. C'est égal ; je peux bien en prendre connaissance. JOSKt'IlllNK, troublée, et rte nnaissant Vi'eriture, à voix basse aussi. Du tout . . ce n'est pas nécessaire . . non pas certainement que j'y tienne en aucune façon . . . GliINCIIKl X. Eh bien! moi, Mail. Grincheux, j'y tiens beaucoup . . . Tout-à-l'heure je ne sais pas ce que vous avez dit à mon cousin Ballhasar . . mais il avait avec moi un air de compas* sion qui m'a déplu . . . '4?animant par degrés.) Je n'aime pas qu'on me plaigne. JOSEPHIN8, de même. Si vous en cro_yez. Balthasar, il brouillerait tous les ménages. GRINCHEUX. Mais c'est égal ; je veux, savoir pourquoi on vous l'adresse ici, BU chàieau '.' ; Joséphine, Mail, Darincntièrcs, Grincheux, Lc'unie. 15 lOSKI'HINE. Parce qu'on sait que j'y travaille, que j'y suis en journée. GR1NCMKI \. Voyons. J JOSEPHINE. Vous ne la verrez pas. LKON1K, avec impatience, et interrompant sa lecture. Çu'est-ce donc? . . encore des disputes . . • Un vérité, je suis bien malheureuse . . même ici, dans mon intérieur, dans ce château où je vis presque seule, je ne puis avoir uu inslant de repos ni de tranquillité. GRINCHEUX* remontant la «4a», et allant Oltprh* ,le Hoirie. Pardon, madame la comtesse, c'est la faute de ma femme. JOSEPHINE. C'est la sienne. GRINCHEUX. Elle ne veut pas me montrer cette lettre. JOSEPHINE. Pourquoi veut-il connaître mes secrets? GRiNUUKrx. Pourquoi en a-t-elle avec moi ? Des que, dans un ménage, il y a communauté, les secrets en sont; et si elle refuse, c'est qu'elle est coupable. LKONIE, vivement et avec agitation. Coupable!. . Oue dites-vous? . . qui vous donne le droit de l'accuser? GRINCHEUX. C'est elle-même . . moi, je ne demande pas mieux que de faire bon ménage, et d'être bon mari; c'est dans ma nature . . S'il n'y a rieu de mal dans cette lettre, qu'elle vous la montre. (Prenant Jost'phine par le bras, et la faisant passer auprès île Ltonit.') Je m'en rapporte à vous, madame la comtesse, qui êtes la sagesse et la vertu même; et d'après ce que vous me direz, je serai tranquille. Mao. DARMRNTintBS, à Jàstphint. Voilà, ma filleule, qui me paraît raisonnable. JOSEPHINE. Je ne dis pas non, ma marraine . . Mais aller importuner madame la comtesse de nos affaires particulières . . GRINCHEUX. Dès qu'elle y cousent. . Eh bien! Mad. Grincheux, vous hésitez? . . . Elle hésite . . . JOSEPHINE*). Non, non, certainement. (.Elle remet la lettre à Êtonit.) La voici. *) Mail. DarnfentilfM, Griucluuï, Josqiliiuc, Ironie. 1f) LÉONIE, au moment ou elle reçoit ta lettre t lui prend la main. Joséphine, tous tremblez. mur—rtr Non, madame. LÉOMK la regarde, puis regarde la lettre qiCelle tient; et 9 tans la décacheter, dit h Grincheux, en se levant et passant auprès de lui. C'est bien.. tout-à-Pheure . . à mon aise . . je la lirai.. et nous en parlerons . . Je vous le promets. GRINCHEUX* Ça suffît, madame, ça suffît. Air des Comédiens. Tout ('que ('demande est d'avoir confiance; Rendez-la-moi, c'est là tout mon espoir. MAD. U A RM K N TI ERES. *) (Bas.) Viens, laissons-les ... Je veux en confidence Vous expliquer mes ordres pour ce soir. (Passant auprès de I>vonir.') Et vous, songez à Balthasar . . . qu'il sorte , , . Quand de ses gens on veut être obéi, Au moindre mot on les met à la porte. GRINCHEUX. C'est Y seul moyen d'en cire bien servi. e N s e m n t e. MAD. DARMENTIERES , GRINCHEUX, LE0NIK, JOSEPH IN K. MAD. DARM ENTIERES, Ah! quel plaisir! mon coeur jouît d'avance De la surpri.se où je m'en vais la voir; ( A Grincheux, ) Viens, laissons-les ... je veux en confidence Vous expliquer mes ordres pour ce soir. GRINCHEUX. Tout c'quc j'demande est d'avoir confiance; Rendez-la, moi, c'est là tout mon espoir. Aussi, madam', j'vous remercî' d'avance, Et je viendrai tout-à-l'heur' vous revoir, iÉONIE, regardant Jos'phine. Eh! mais je crois qu'elle tremble d'avance} Qu'a-t-elle donc? je craint de le savoir. S'il en est temps, encor de l'indulgence; Tâchons au moins de la rendre au devoir, JOSRtHINR. Ah! malgré moi, mon coeur tremble d'avance! Par cet écrit que va-t-ellc savoir!* Oans sa bonté mettons ma confiance. Car désormais t Yst-là tout mon espoir. .- (Mad. Darmentières et Grincheuet sortent,) *) JWad. Oarraciititrcfl, Grincheux, Léonie, Joséphine. 17 Scène VI. LÉONIE, JOSÉPHINE. LKONIK. Eh bien! Joséphine, uan<1 j' pen*' qn'*n , ,. moment, hélas! » est Ur-jà ,,'t-ftrc A m'nltrnure! r 2* i 20 Main c'est ( ; Ral, jo n'irai pas; A vos avis jo veux mo rendre. (Pleurant.} Pendant long-temps j'en pleurerai, J'ai bien du chagrin, lliONIE. Je le pense. JOSEPHINB. Mais c'est à vous que je I'devrai; Complet: sur ma reconnaissance. (lîlle sort.) Scène VII. LÉONIE, seule. Pauvre enfant ! . . que je m'estimerai heureuse, si je puis la Sauver! («//« «'«mW à gauche, reste plongée dans ses réjlexionë et le coude appuijé sur la table; ses regards tombent sur A-s lettres nu % eVe y a laissées.) Achevons . . (elle en ouvre uue. s Du comte de Lémos, de inOtl père . • . (elle porte la lettre à sis livret. Lisant.) ,,Moii enfant chéri, ma fille; voilà bien long'-temps que je ne vous ai écrit; mais si enfin je puis le faire; si j'existe encore, je le dois au plus noble, au plus généreux des Iiomines, à celui que je vous ai donné pour mari. Vous avez su ma disgrâce et mon rappel en Espagne; mais ce que vous ignorez, c'est que, quelque temps après mon retour, arrêté comme ancien membre des Cortès, j'ai été dépouillé de mes biens, et condamné à une peine infamante . ." (Ji/tlerrompant.) Grand dieu! (Continuant.) ,,L'arrêt était porté; et, avant que vous puissiez l'apprendre, mon gendre accourt à Madrid .... il voit l'ambassadeur, nos ministres ; tout est inutile. Alors à force d'or, d'adresse et de courage, il parvient à me faire évader, et me conduit sur une terre étrangère, où il a partagé mon exil, et tous mes maux, jusqu'au jour de la justice, qui est enfin arrivé ... On me rappelle, on me rend mes biens . . . mais à mon âge, à soixante - dix ans, je ne puis jamais espérer «l'acquitter envers Krneit .... c'est vous seule qui pouvez payer mes dettes . . . Songez que si jamais vous lui causiez le moindre chagrin, j'en mourrais, ma fille." (e//o retombe la tête appuyée dans les mains.) O H10U dieu ! '21 Scène VIII. BALTHASAR, L&OME, «une. LKONIK. Qui vient là me déranger? . . c'est Balthasar. BALTHASAR. Me voici, madame la comtesse .... je me rends à vos ordres. ■ . ,, LKONIK. A merveille, (.avec embarras.) Eh bien! . . eli bien! Balthasar, voulez-vous donc me forcer à user de rigueur envers vous'? . . Vous savez cependant tout ce que jusqu'ici je vous ai montré de bontés et de ménagement. BALTHASAR, froidement. Je le sais. . . mais puisque madame votre tante veut absolument que vous ine chassiez . . . LKONIK, doucement. Ai-je dit cela?. . y ai-je consenti? . . Non pas que vous ue l'ayez mérité peut-être. BALTHASAR, avec colère. Moi! . . . LBONlKj virement, ci arec crainte. Ma tante dn moins le croit . . niais moi je n'ai point oublié que mon mari . . qu'Ernest vous chérissait . . que vous l'avez élevé . . et si je fais preuve encore aujourd'hui d'une trop longue indulgence . . ■ c'est par égard pour lui. BALTHASAR. Je l'en remercie, madame . . . c'est cela de plus que je devrai à mon maître. LKONIK. Et à moi, Balthasar, ne croyez-vous rien nie devoir? BALTHASAR. Si, madame . . et, {tendant long-temps, j'en ai été bien reconnaissant. LKONIK. Et pourquoi, depuis quelque temps, avez-voux changé? Pourquoi n'avez-vous plus pour ma taute et pour moi les égards que nous avons droit d'attendre? BALTHASAR. Si c'est ainsi, c'est malgré moi . . c'est sans le vouloir.. il est possible que je ine sois trompé . . que j'aie tort . . je le voudrais . . et au prix de tout mon sang . . . LKONIK , se levant , el re/irennnl confiance. Je ne vous comprends pas, Balthasar . . . Yoyous, expliquez-Yous sans crainte. Qu'y a-t-il? 22 BALTHASAR. 11 y a, madame, que je chéris mon inaî(re par-dessus tout . . que son père et lui nous ont comblés de bienfaits . . que moi et les miens nous sommes habitués à lui, et à ce château, comme si nous en dépendions . . nous sommes presque de sa famille -. et nous dévouer pour lui, n'est pas même un mérite, ni un devoir . . c'est notre vie, notre existence. LÉOMB. Je le sais . . eh bien? BALTHASAR. Eh bien ! . . Quand il est parti, quelques jours après son mariage, il m'a dit: ,,Balthasar . . . une affaire malheureuse dont je ne puis parler à ma femme, car cela lui ferait trop de peine, m'oblige à m'éloigner .... je ne sais combien de temps je serai absent, ni même s'il me sera possible de vous donner exactement de mes nouvelles . . mais je te laisse ici, je suis tranquille . . tu veilleras sur elle . . c'est ce que j'ai de plus cher." LEONIE, avec tmulion. Il a dit cela! B tbTIi 1SAR. Oui; et moi je lui ai répondu: „Mon maître, partez , . . comptez sur votre vieux serviteur, je réponds de tout." LÉOME. Et tu as tenu parole . . car, lorsque le feu prit à l'aile du château . . . BALTHASAR. Ah ! ce n'est pas de cela que je voulais parler .... ce n'est pas ainsi que j'aurais hors . . el, en conscience, si vous hésitez encore, je vais croire qu'il a raisou. LROMK, avec embarras. . Ma tante . . . (Passant entre tlarl. Dormeatieres et Balthasar., puisque vous m'y forcez . . . Balthasar . . vous seutez vous- même que vous ue pouvez plus rester ici. 24 Mad. darmrntirres. C'est bien heureux. BALTHASAR , Itonnl: Comment, vous me renvoyez? LÉO NIE. C'est vous qui l'avez voulu. BALTHASAR, avec ilouleur. Ce n'est pas possible . . . vous n'y pensez pas, ItlAD. DARMENTIERES. Ou elle audace! BALTHASAR. Je dis seulement que cela fera trop de peine à mou maître. Mad. DARMENTIERES. Il ose encore résister. LKONIE, avec émotion. Il suffit . . . sortez. m ad. DARMKNTIRRES. Et à l'instant même . . car je savais bien moi . . que je l'emporterais. BALTHASAR. Oui, je sortirai. . puisque mon seul appui, mon seul protecteur n'y est plus.. mais il reviendra peut-être . . et alors, s'il demande pourquoi on a chassé son lidèle serviteur . , . . s'il le demande . . MAD. DARMENTIERES. Air: Timlraire (de la t'HAMliRE a COUCHER). Téméraire, Sortez ! Redoute/ Mu colère. Sortez, è'Ioignez-voui ! Redoutez mou courroux, BALTHASAR. Mon maître reviendra, j'espère, Et l'on verra . . . mais I.usons-nous, E N S £ M B L fi. BALTHASAR, LÉONIE, MAD. DARMENTIERES. BALTITASAR. Mon ma tire reviendra, j'espère. Ces! a vous, T'i'St à vous, De craindre son courroux. (// tort.) LKO'VIK. Que l'aire? Cl tlmez, t'aimez Votre colère. Sortez, éloignez-vous! Redoutez son courroux. MAD. DAMIBNTIERHII. Téméraire, Sortez Redoutez ]>Ia colère. Sortez, flolgner-vou»! Redoutez mon courroux. LÉONIE, s'assci/ant sur le fauteuil, près de la table, h droite. Ah! je me soutiens è peine. Mad. DARMKNTIKRK8. C'est bon., c'est ainsi qu'il faut agir. . eh bien! te voilà tout émue, pour avoir montré un peu de caractère! . . • LÉOJNIE. Moi ! . . non, ma tante .. ce n'est rien. . cela se passera. Scène X. LÉONIE, assise ,MAD.DAIlMEi\TIÈRE,CiIlL\CIlEUX. GRINCHEUX, entrant mystérieusement par la gauche, et parlant à Mad. Durmentières, Madame . . . Mad. IMROTKNTIRRES. Qu'est-ce donc, Grincheux? GRINCHEUX, à ,/emi-voix. Un homme à cheval vient d'arriver ... un inconnu, qui est ici à côté, et qui demande à vous parler, d'abord à vous. Mad. DARMENTIKRES. Dieu! si c'était . . . GRINCHEUX. Justement . . je crois que c'est cela. Mad. DAHMENT1ERES, regardant L'onie. Comment la renvoyer? . . Ma chère nièce. LKONIR, regardant Jflad. Darmentières et GrinchmUC. Eh bien! . . . qu'avez-vous donc? Pourquoi cette figure contrainte? {elle se lève. *) Il me semble qu'on ne m'aborde plus maintenant qu'avec un air de mystère. m ad. l> A H M ENTIER ES. C'est qu'il y en a aussi . . (« part.) Livrons-lui la moitié de mon secret pour garder l'autre, {haut.') Vois-tu, ma chère amie, nous avons besoin que tu nous laisses . . et que tu ne te doutes de rien. LÉONIE. Et pourquoi? ♦) Grinchcu», Léonic, Mad. Darmcnticrcs. / 26 . une l'ète. là part.) Elle je le l'apprends.. M a I). nAHMr.NTIKHR.S. Parce que nous te ménageons une surprise I.KOMK. Une fête! . . à moi . . en ce moment . . arrive l>ieu . . . Mad. darmkntjrrks. Eh oui.. c'est ton jour de naissance. ce qui ne t'empêchera pas d'être surprise. LKONIK, aflrclnul tff saiirirn. Non, sans doute . . Merci, ma bonne (an(e . . merci . . ( fi/tc va pour tortir.) GRINCHKEX, i'approctmti ,!<• teèniis Eh bien! madame la comtesse, cette lettre de ma femme'.'.. I.KOMK. Ah! j'oubliais de t'en parler. Ne crains rien . . c'est une •lame de mes amies qui lui écrivait pour une robe nouvelle. GRltUCHKI \. Vraiment! . . j'en étuis sûr . . et dès que madame m'en répond . . . LEONIB. Certainement. Mad. darmkntikrbs. Allons donc, ma nièce, allons doue. LKOJMB. M'y voilà, ma tante. Ain: 0 plaisir, 6 veugeanm. (Final du 2e acte de KttA-DlAVOLO.) /; V S K 1)1 li h K. LEONIE, MAO. DARMF.NTIE11ES, GRINCHEUX. l.cnMI'., ù part. Oucl tourmciil! une tète! Quaad je tremble d'effroi, (//«»/.) Oui, oui, je serai prête, Ou peut compter sur moi. MAD. nAJlMKNTIF.RB». ll;1tc-loi d'être prête; Allons, promets-le moi, Ou sinon celte lëte Commencera sans toi. GHINCHKUX , il pari. Ah! pour moi quelle l'cte! IVIft j'cmnic est dign' de moi, Kt je puis sur ma tete Répondre de sa loi. MAD. DARMRNTIttRES. Du secret, et surtout un soin particulier 11.ni, ta nu c. 27 LEONIE. Pourquoi ? MAD. DAKMENIIERKS. ,1c veux de réïr'gance : J'ai du monde, et beaucoup, iple |»ai M convier, Pour célébrer le jour de ta naissance. LÉONIE. Loin de fêter ce jour, puisse-t-on l'oublier. MAD. DARMENTIERKS. Hâte-toi d'être prête, etc. LÉONIE. Quel tourment! une l'ctc! etc. GRINCHEUX. Ah! pour moi quelle fête, etc. (I.éonie entre thms la chambre a droite.) M AD. DARMENTIERES, qui a suivi 1,'onie jusqu'à la porte. Elle est rentrée chez elle. (« Grincheux.) Dis à ce monsieur «le paraître. GRINCHEUX. Oh ! il n'est pas loin . . {il va à la porte à gauche.) Entrez.. entrez . . . Scène XL Mad. DARMENT1ÈRES, ERNEST, GRINCHEUX. IUAD. DARIffRNTISRKfl, à Erucsi, qui entre. C'est lui . . c'est mon neveu! ERNEST. Ma chère tante! Mad. DARMENTIERES. Ne faites pas de bruit . . Grincheux, laisse-nous, et que personne ne puisse nous surprendre. (.Grincheux sort.) ERNEST, regardant autour de lui d'un air ftonnr. Et pourquoi donc tons ces mystères? ne suis-je pas chez moi? Il m'a fallu d'abord faire antichambre dans mon salon, pendant un quart-d'heure ... et maintenant je ne peux pas vous aimer tout haut, ni vous dire que je suis enchanté de tous voir? Mad. DARMENTIERES. Si vraiment. ERNEST. Et ma chère Léouie . . ma femme, où est-elle? Mad. DAAMBNTIRRK8. Silence , . c'est pour elle surtout qu'il faut vous taire . . elle ne se doute de rien.. et nous lui ménageons une surprise. 28 ERNKST, tourinnt. Vraiment . . je reconnais là, ma chère tante, voire tournure d'esprit romanesque .. Les évéueinen» ordinaires et habituels vous désespèrent ... et vous aimez mieux, je crois, une catastrophe à efl'et, qu'un bonheur tranquille et bourgeois . . Je ne suis pas comme vous . . et je liens à embrasser ma femme, sans façons, et le plus tôt possible. Ma d. DARMENTIERK8. Attendez seulement quelques instans. BRNB9T, Je préférerais que ce ftlt tout de suite . . car enfin, c'est du temps perdu .. et il y a si long-temps que je ne l'ai vue., l'avoir quittée après un mois de mariage. Mad. DARMRNTIKRES. C'est terrible. RRHBST. Et je l'aime tant! . . je n'ai jamais aimé qu'elle . . c'est ma seule inclination, et quand on trouve sa soeur, son amie, sa maîtresse, tout réuni dans sa femme . . Mai». DAHMKNTIKRES. C'est heureux . . et c'est rare. ERNKST. Eh bien! vous qui aimez l'extraordinaire, en voilà .... vous devez être enchantée. Eh! mais . . on est donc Kaltha- sar? comment ne l'ai-je pas encore vu? (arec craiuie.j 11 existe encore, n'est-ce pas? Mad. DARMKNTlKRKti. Certainement. KRNF.ST. Il est si vieux que, quand je le quitte, j'ai toujours peur de ne plus le retrouver. Mad. imrmknTiKRKS. Il est absent . . on vous dira pourquoi. BRNE8T. Absent . . tant pis; car dans ce moment même . . Ain : / Mudtvifh tiit Prtmitr /ViU-. Vous le dlrai-je pu confidence? Quelque chose me manque iri; C'est la figure et la présence De ce vieil ci fidtle ami. Oui. depuis que je suis au monde, Kt ijn'rn ce châteen je le vol, Quand je ne IVntenHs pas qui gronde, Je ne crois (-ils être riiez moi. Mais parlez-moi «le Léonie, de ma femme. Elle doit être Lieu jolie . . n'est-ce pas ? '!<) MjID. DARIMRNTIKRKS. Mais oui . . c'est ce que chacun . DARMKNTÎBRB8. Je suis enchantée, ravie, transportée. KRNKST. Ce n'est pas la peine ; car je refuserai.. . Ma femme! . . ma pauvre femme est souffrante, et je la quitterais! Songez- donc que c'est ma vie, mon bonheur . . . que je mourrais si je la perdais . . Non, non, plus rien qui m'éloigne d'elle Je vivrai ici désormais en bon propriétaire et en mari ... Il ine semble, autant qu'il m'en souvient, que c'est un état tort agréable . . Aussi, ma tante, c'est fini : le quart-d'heure est expiré . . je ne peux plus attendre. 30 Mad. DARMENT1RRF.S. Eh bien! puisqu'il faut vous le dire .... apprenez donc que c'est aujourd'hui le jour de naissance de votre femme. ERNEST. Attendez donc . . C'est, ma foi, vrai.. et le jour de mon arrivée . . Est-ce heureux ! Mad. DAR1HKNTIERKS. Je le crois bien . . J'ai invité tout ce qu'il y a de mieux dans le département.. Entendez-vous? . . Voici déjà les voilures qui entrent dans la cour. Air: A soixante ans. Ils vont oirrir à Lconic Leurs complimcus et leurs voeux empressas. Pour mon bouquet sûre d'être nbéie, l>Ioi, je dirai: flïon neveu, paraisse/. Ouels cris (le joie a l'instant sont pousses ! Ou vous entoure . . ils sont tous en délire, Et votre femme en vos bras, ERNEST. Ah! bravo! MAD. DARMENTIERFS. Coup «!c théâtre, étonnenient, tableau! F UN EST, riant. La loile tombe. il AD. DARMENTIFRFS. Et chacun se retire. ERNEST. Ce momcnt-Ia doit être le plus beau. H \ n. T)AnpiF.NTii:nr.s. La toile tombo, et chacun se relire. ERNEST. Pour un époux c'est l'instant le plus beau. Scène XII. GRINCHEUX, Mad. OARMENTJÈRÉS, ERNËST. GRINCHEUX. Madame, madame, voilà déjà une vingtaine de personne» d'arrivées . . Çu'est-ce qu'il faut fait»7 M |B. DARIHENTIRRES, Laisse-les venir . . Vous, mon cher neveu, entrez dan* ce petit salon . . Vous paraîtrez quand je vous le dirai. ERNEST. C'est convenu. .51 Mat). nARMF.NTlF.RES, à Krnesl. Du silence . . (* « 0 Dc la discrétion . , AM que je suis heureuse! F.KNF.ST, en s'en allant. Je le crois bien . . Voilà une surprise qui la fera mourir Ernest, Mail, Daruiculièïes, Lcunie, Joséphine. 43 ERNEST. Édouard! . . MAD. DARMENTIERKS. Celui que vous aviez fait entrer à Saint-Cyr, et fait nommer SOUS-lieiltenant. {Kmest s'est mis à la tuile sans rUn dire.) Eh bien! que faites-vous donc? ERNEST, froidement. Je ne le vois pas sur votre liste ... et je lui écris . . . pour fiiiviter. Mad. darmentjeres. y pensez-vous? ERNEST. Oui . . j'ai à lui parler. Mad. DARMENTIERES. Vous ne savez donc pas que le pauvre garçon n'est plus ? ERNEST. Çue dites-vous? MAD. darmentieres. Il y a six mois, à-peu-près . . quelques jours après nous avoir quittées . . il est arrivé à l'armée, et le premier boulet a été pour lui. Il est mort! Mad. DARMENTIERES. Ce qui ne m'étonne pas.. avec une tête comme la sienne. ERNEST. Mort ! . . . (« part, laissant tomber sa plume.) Et maintenant, sur qui me venger? . . (regardant Mome.) Sur qui? . . sur la fille de mon bienfaiteur . . de mon second père! . . JOSEPHINE. Monsieur . . madame revient à elle . . elle s'éveille. LÉON1K. Ah! que j'ai sonlFert! . . . quel rêve affreux! [regardant autour d'elle.) Ma tante . . . Joséphine . . . où donc est-il? MAD. DARMENTIERES. Toujours avec toi . . il ne t'a poiut quittée . . (« Ernest.) Mon neveu . . I.KONIE. De grâce, approchez-VOUS. (Ernest s'avance en silence. Elle lui prend la main, qu'elle porte « Ml levrt s. ) Je SOIlUl'e UloiuS a • . Je me seus mieux quand vous êtes-là. ERNEST. 44 Scène VII. Lia PrécédeiW , GRINCHEUX *). GRINCHEUX. Monsieur le comle .... (apercevant Joséphine, h part.) Ah! lieiireuseinent, voilà ma femme . . je ne savais où elle était. (/mut.) Monsieur le comte, il y a là quelqu'un que vous avez fait venir, et qui demande à vous parler. KHNKST. Et qui donc? GRINCHEUX. Mon cousin Ralthasar. m ad. DAKMKNTIBRKS, ERNKST et LÉONII. Balthasar ! (l.fonie, hors d'elle-même, se lève comme par un motwemcnl coni ul.-ij'.) ERNEST, la retenant par la main. Que faites-vous? . . (« pari.) Elle ne pourrait encore supporter sa vue. (haut, à Grincheux.) Qu'il attende ! .. plus tard* nous le verrons. GRINCHEUX, sortant. Oui, monsieur le comte. (J.êonie fait un geste de joie, et retombe sur le canapé", ) KRNEST, la regardant. Elle renaît! , . malheureuse enfant! Ain d'Arislippc. La vnili pale, et les yeux vers la terre, ] Rt île honte prête à mourir! Non.,, j'ai promit jadis a. son \ ieux père, Quand aux autel» il vint de nous unir, De la détendre et île la sceourir. Malgré! f)cs loris dont tous mes sens s'cmeuvcnl, Je l'ai juré, je m'en souviens; Et les serniens qu'elle I trahis ne peuvent ]>I'eXeinpter de tenir les miens. (Rapprochant d'aile m er boni,':) CalmeZ-VOUS . . le repOS VOUS est, avaut tout, nécessaire . . . *) Madame Darinrnlièrea, Grincheux, Rrnest, Léonic. Joséphine, »S» i,c auprès de Léonir. MflD, nARMF.NTIF.RKS, qui s'est assise près tic la table a droite. Sans iloulp, le repos et la distraction . . . (,'■ lj„„ic.) Et si tu veux, nous allons passer la matinée auprès de toi, à travailler ... en causant, n'est-ce pas, Joséphine? JOSEPHINE. Oui, madame. Mad. DARWENTIERES. Et vous, mon neveu, qui venez de voyager . . . j'espère bien que nos matinées et nos soirées vont être bien employées; je compte sur vous pour les aventures intéressantes. {àLlonic.ï Toi, tout ce qu'on te demande est de rester tranquille, et de nous écouter. ERNEST. Oui.. écouter. TiioxiE. Si c'est vous qui parlez, monsieur, ce me sera bien facile» JOSEPHINE. Ah! quel bonheur! écoutons bien. GRINCHEUX , rentrant. Monsieur ... il dit qu'il ne veut que vous voir. KIIN EST. Qui donc? GRINCHEUX. Balthaiar. ERNEST. Impossible .... (après un instant île rlflcxion.) Si fait . . . i qu'il entre. GRINCHEUX, Ce pauvre homme en a tant d'envie, qu'il n'y tient plus, il est là. IRONIE. La force m'abandonne. Scène VIII. Les Précédens, BALTHASAR, entrant les yeux Inusités. BALTHASAR, il s'approche . nAKIHENTIERKS. Ma nièce, n'interrompez pas. (« Ernest.) Eh bien! mon neveu ? ERNEST. Eh bien . . je franchis les murs du parc. RALTHASAR. Qu'entends-je! I.EON1E, pâle et trcmllanle depuis le commencement du récit. O mon dieu ! ERNEIT. Et je croyais pouvoir m'en aller de même, sans danger, grâce à la laveur de la nuit . . lorsque quelqu'un de la maison, me voyant descendre le long du treillage, me prit sans doute pour un voleur . . et s'avisa de tirer sur moi un coup de fusil. LEONIK, poussant un cri, et cachant sa tête dans ses mains. Ah! . . (Etendant les mains du côti d'Ernest et presque à g-wiot/x.) Monsieur . . . monsieur! . . . EH N'EST. Taisez-vous . . je le veux. 48 BALTHASAR, de Vautre cil': C'est fait de moi. GRINCHEUX. Çu'as-tu donc? Mad. imrmentirres. Ouelle aventure ! mais ce qu'il y a de plus extraordinaire . . c'est que maintenant je me rappelle parfaitement!.. c'était au mois de décembre . . la Teille de Noël, ERNEST. Précisément. m ad. darmkntieres. A telles enseignes que c'est le lendemain que notre cousin Edouard est parti . . (mouvement de wttr» #£m»êt.) Une nuit très-sombre . . . très-pluvieuse ... et il y avait plus d'une heure que ina nièce m'avait dit bon soir, et était montée dans son appartement au-dessus du mien, lorsque j'entends tout doucement . . tout doucement . . le long du treillage, comme quelqu'un qui montait . . . ERNEST, l'interrompant. C'était moi. BALTHASAR, confondu. Ah! . . c'était vous! . . JVIad. DARMKNTIERES. Et ce qne je ne pouvais comprendre, c'est qu'il me semblait, de temps en temps, entendre la voix d'un homme. KUNKST, avec colère. D'un homme ! . . (Se reprenant.) C'était moi. BALTHASAR. II serait possible! . . Et moi . . j'en tremble encore . • • moi qui ai tiré sur vous. ERNEST. Oue dis-tu? BALTHASAR, venant auprès iflimest. Oui ; ce coup de fusil que vous avez entendu. . il venait de moi . . je vous avais ajusté, de bien loin il est vrai . > • et par bonheur, ma main tremblait . . Sans cela . . dans son propre château, et sous les coups de son serviteur . . . m 0 " maître, mon pauvre maître . . . ERNEST. Allons, tais-toi .... Et ne vas-tu pas te désoler? • • ■ ' Après tout ce n'est qu'une erreur. (Joséphine pâme « la droit» du t/ii'âtre, auprès de Vrinclieux.') 49 HAI.THASAR. Oui . . si ce n'était que cela . . si je n'avais pas d'autre crime à me reprocher .... Mais il en est un que je ne me pardonnerai jamais . • (S'avançant près de I.'ouie, et se menant <> genou* devant elle'.-) Madame la comtesse.. ma noble et digne maîtresse. . je suis un malheureux, un misérable . . J'ai osé vous soupçonner . . Depuis six mois, je vous outrage, . je vous accuse! . . . Trahir un pareil maître! . . c'eut été trop mal . . ce n'était pas possible !.. Et cependant j'ai pu avoir une pareille pensée! ■ . . LÊONIB, le relevant. Balthasar! BALTHASAR. Vous avez été trop bonne mille fois . . car c'est aujourd'hui seulement que vous m'avez puni • . que vous m'avez renvoyé. MAD. DARMKNT1ERKS. C'est bien, Balthasar, c'est bien . . Dès que vous reconnaissez vos torts . . nous oublions tout. Cela dépend maintenant de votre maître, il prononcera. BALTHASAR. Monsieur le comte, m'accorderez-vous ma grâce? KKNRST, froidement. Je peux pardonner les injures qui me sont personnelles ; mais je ne pardonnerai jamais un soupçon ou un outrage envers ma femme. Plus tard, je verrai ce que je peux faire pour vous . . Mais puisque votre maîtresse vous a renvoyé.. sortez . . BALTHASAR. Ah ! c'est bien cruel ! (<'< Ernett.) Mais je l'ai mérité, mon maître, je l'ai mérité, (s'nrançant près de Liante.) Madame, je tus bien coupable . . mais vous qui frUes saus reproche . . « daignez parler pour moi. KRNRST, à Mad. Darmentières. Ma tante . . . tout-à-l'heure . . (Mad. Pw mit W rW sort. A Jas'jiiiine ci à CMCIHMmc.) Mes amis, laissez-moi. (7/s sortent. A Balthasar, gui veut encore lui parler d'un air suppliant.') Sortez. {Balthasar sort.) *) Jotepftine, Grincheux, Mad. ■fmentièrei, Rrnest, Btdthaiar, Lioni*. L'ne faute. Bip. Ko. 73. 141 50 Scène IX. ERNEST, LÉONIE. (Ernest, s'assied à droite, et reste enseveli dans ses réflexions. Léonie se retourne vers lui .... elle voudrait, et n'ose lui parler . . . Enfin, ne pouvant, retenir ses sanglots, elle tombe à genoux, et prie, mais en tournant le dos à Ernest.) ERNEST. Eh bien! Léonie, que faites - vous ! LÉOME. Hélas! monsieur... Je n'ose vous regarder, ni vous parler, Oh! mon dieu., si vous saviez ce qui se passe dans mou aine. RKNRST, se leranl. Levez-vous ... et écoutez-moi. (Lèonie se live, s'approche d'Kmest lentement, et la tête baissée.) LÉONIE. Ah! monsieur... M1NK.ST, froidement. Ne me remerciez pas. J'ai songé à votre père, que cette nouvelle aurait Rat mourir de chagrin ; et j'ai fait ce que j'ai du, pour lui et pour moi... J'ai voulu que celle qui portait mon nom fût respectée et honorée.... J'y ai réussi... vous avez recouvré l'estime de tous. LBONIR. Excepté la vôtre, monsieur... Je ne vous dirai point que votre éloignement, que tout enfin n'a que trop secondé la légèreté et l'imprudence qui m'ont perdue... Rien de tout cela, je le sais, ne peut atténuer ma faute: et le ciel ou bien mes remords qui vous l'ont révélée, disent assez qu'elle est sans excuse... Et si vous êtes trop généreux pour m'en punir, et pour vous en venger... c'est ù moi de me charger de ce soin» et je vous promets que ma mort . . . EKNliST. Oue dites-vous? LÏiONIR. C'est ma seule ressource . . . mon seul espoir. 51 ERNEST. Croyez-vous donc qu'on répare une faute en en commettant une nouvelle? ... H faut vivre pour expier ses torts . . Mais cela demande un long courage; et je conçois qu'il est plus facile de mourir... LÉONIE. Ah! monsieur... je vous obéirai. ERNEST. Vous vivrez... mais loin de moi... Je veux que cette séparation se fasse sans bruit, sans éclat... Fiez-vous à moi du soin de sauver les apparences----et quant à vous, madame, puisque vous avez promis de m'obéir . . . vous saurez lout- à-l'heure ce que je veux faire de vous, ce que j'attends de vous... Je reviens... I.KONIE. Un mot... car tout me dit que je vous vois pour la dernière fois . . . un mot encore. ERNEST. Je vous écoute... Que me voulez-vous. LKONIK. Je me soumettrai à tout ce que votre justice ordonnera, quelque rigoureuse qu'elle soit .... Mais ue m'ôtez pas tout espoir... et un jour, monsieur, un jour du moins, quand mes traits flétris par la souffrance et les années, quand mes joues sillonnées par les larmes vous «liront que j'ai assez, pleuré ma faute, alors .. oh! ce sera dans bien long-temps! .. alors puis- je espérer... (Kriwst, pour catlier son émotion, veut aV/m^/ier.) Ah ! ne me quittez pas! .. Encore un instant... encore un, je vous prie. .. Ulie grâce. .. (Wr;ie.ï(, qui /tait près île la porte, an moment dt sortir, t'arrêta.) ]\lon pour moi... lialtbasar doit-il être puni? Et dois-je ajouter à tons mes torts celui «le vous priver d'un ami et d'un serviteur fidèle? ERNEST. Il reviendra... Je lui dirai... Attendez - moi ici, LÉONIE. Oui, monsieur. hruist sort. Scène X. LÉONIE, fui* liltlNCHEUX et JOSÉPHINE. LÉomi. Il ine fuit ... il me quitte . . . O mon Dieu! quel sort m'attendait! . . . quel avenir m'était promis! ... et que de bouheur détruit par une seule faute!.. (.vivement.) On vient .. (s'essuyant Ut yeux.) Pour lui, pour son honneur, cachons mes larmes, (officiant un uir riant.) Ah! c'est Joséphine et son mari! GKINCIIKI'X, tenant Josfphinc sous le bras *). Oui, ma femme; ]"e suis le plus heureux des hommes, et je t'aime plus que jamais. JOSEPHINE. Et pourquoi? GRINCHEUX. Pourquoi? . . Je n'ai pas besoin de te le dire . . . Mais tout le monde le saura, à commencer par madame la comtesse, parce que c'est devant elle que j'ai pu te soupçonner. LÉOMK. Çue dites-vous? GRINCHEUX. Oui, madame . . . malgré ce que vous m'avez dit, j'avais des inquiétudes . . Parce qu'il y a un petit Moud, un commît marchand, qui suit ma femme partout . . Moi alors je la suivais aussi; de sorte que tous les (rois nous ne nous quittions pas . • Il rôdait depuis ce malin dans le parc, à l'entour du gros tilleul . . . trois fois il a été regarder dans le creux de l'arbre . . Et moi, caché dans le feuillage, j'élais-là à l'alt'ut, lorsque j'ai vu arriver Mad. Grincheux, qui mystérieusement a jeté une lettre et s'est enfuie . . Or, cette lettre, quoiqu'elle ne fût pas à mon adresse . . (// fait le signe de Bats* le cac/iel.) LKONIK. O ciel! GRINCHEUX. \ IH : / 'a , d'une science inutile. .l'ai lu . . . «1' joie cHicor j'en suis ivre. Qa cil* lut disait, pour premier point. IrtMMf «d'aimer et <"•'.) le dois donc usurper: leur estime à tous! ERNKST, qui, aprrs avoir remercie tout le monde, fiait venu sur lo devant du thttâtre avec Mai. Varmenlières. Vous sentez bien, ma chère tante, qne ma nouvelle dignité, în'imposant quelques devoirs . . il faut d'abord se rendre à Paris . . • _._„„„ Mad. darmentieres. Certainement, il le faut . . Nous irons avec vous; nous vous accompagnerons; n'est-ce pas, ma nièce? ERNKST. Dans ce moment, ce serait dilïicile; car un courrier que je reçois m'oblige à parlir aujourd'hui .... mais auparavant j'ai quelques arrang-emeus à prendre avec ma femme . . vous permettez . . Mad. darmentieres. Comment donc ? ERNKST, allant à J.'onie, et l'emmenant au Lord du thMtrt, Cette ambassade qu'on me proposait, et qne ce matin je voulais refuser, pour ne pas vou3 quitter, je viens de l'accepter., mais, comme, avant de quitter son pays, il faut mettre ordre à ses affaires. . {lui donnant un papier.) voici un acte que je remets entre vos mains, et qui contient mes volontés expresses. LKONIE. Je les suivrai, monsieur. ERNEST. Il vous assure, dès ce moment, la moitié de ma fortune.. et la totalité après moi. {L'onie, faisant le geste de d'ehirer le papier) Vous n'êtes pas maîtresse de refuser .... vous m'avez juré d'obéir . . et cette fois, du moins, tenez vos sermens. LEONIE, Laissant la tôle avec honte, et serrant le papier. Ah! monsieur. ERNEST, se tournant vers Mad. Darmenlilres, gu'il cmlirasse. Je pars . . adieu . . (à pari, et regardant liidlLasar.) Et Ce pauvre Balthasar, que cette fois je ne retrouverai plus .... (jiaut) Et toi aussi, mon vieux et fidèle ami . . , embrassons- nous. 56 I1ALTHASAR. Ah! mon maî(re! ERNEST, s'efforçant de sourire. Je pleure ... et je ne sais pourquoi. HALTHAS VIS. Moi, je le sais bien... c'est de joie et de bonheur. ERNEST. Allons . . . allons . . . partons à l'instant . . . (// fuit quelques pus vers la porte,) Mad. harki entières. Et votre femme . . à qui vous ne dites pas adieu. KBNKST. s'arrêtant. C'est vrai • . (s'avançant près rie I.t'onie, et lui prenant la main.} Adieu . . mon amie . . *) (// va pour la quitter.) LÊONIK, le regardant d'un air suppliant. Monsieur . . on nous regarde. ERNF.ST. Ah ! VOUS avez raison . . (71 l'embrasse sur le front.') MAD. darmentikres. J'espère bien que dans sept ou huit jours nous nous verrous. ERNEST. Oui, ma chère tante . . dans quelques jours. LÉONIE, bas. Serait-il vrai? ERNEST, de même. Jamais. BALTHASAR, GRINCHEUX Ri JOSEPHINE. Adieu, monseigneur . . Adieu, monsieur le comte . . MAD. DARMENTIKRES , regardant Léonie avec orgueil. Ah! qu'elle est heureuse! LÉONIE, seule, à droite du théâtre. Malheureuse! . . . pour toujours. (Jimest s'éloigne eu jetant un dernier regard sur sa femme. Lionia e»c sa tête dans ses mains, et fond en larmes. Tout le monde reconil"' tinicst. I.a toile tombe.) *) Léonie, Ernest, Mail. Darmcniièrrs, Balthasar, Joséphine, G#fncheu»« F I N.