liépertoire du Théâtre fi ançais à Berlin. No. 381. (Deuxième Série No. 131.) ■ ^ ^àBgfe^*— CROQUE-POULE. VAUDEVILLE EN UN «1CTE, PAU M. ROSIER. RERLIIV, 1859. d. M t. Schleiinger, Libraire et Editeur de Musique. NHCSuaflU Croque-Poule. VAUDEVILLE EN UN ACTE, PAR iTI. KitMler. Perionnagei. Acteurs. OSCAR LECOHUIER. Mr , ARNAL. LOUISE, sa femme. Mme Docne . La scène est a Paris, rue de Courcelles, faubourg du Roule, en 1849. Le théâtre représente un salon. — Porte au fond avec perron descendant dans un jardin. — Fenêtre à gauche, porte à droite- — Table à droite. Une lampe est allumée. — Cheminée garnie, avec glace, à gauche. — Du même côté, sur le devant, canapé. Scène ï. LOUISE, puis OSCAR. IjOllise, près de la table à droite, coupe les feuillets (Tune brochure avec un couteau à manche d'argent et à lame d'ivoire. Quelle position que ln mienne!. . . et aucun moyen d'en sortir. . . (Voyant entrer Oscar. .1 part.) Ah| mon mari! (Elle se lève et garde brochure et couteau.) Oscar, cache un bouquet; il a des moustaches et il est décoré. C'est encore moi, madame. Louise. Encore?... vous avez raison, monsieur, de l'importunité de vos poursuites. Oscar, aimable et souriant. Mes poursuites?... il me semble nue vous pourriez appeler cela des procédés, des égards. . . Ne dirait-on pas que mon amour est illégitime, Répertoire No. 381. (II. Série No, I3l.) 1 2 CHOQUE-POULE. criminel, et que la cour que je vous fais peut avoir des rapports avec la cour. . . d'assises? Louise. Oui, monsieur voire amour est coupable! Oscar. Cependant je suis votre mari! Louise. Vous ne devriez pas l'être, monsieur! Oscar. Il y a tant de choses qu'on ne devrait pas être et qu'on est... mais enfin je le suis. 1 ... Louise. Eh bien monsieur, je ne vous conteste pas ce titre! Oscar. Parce qu'il est dans le contrat de mariage, dans ta constitution conjugale... mais sitôt que je veux prendre au sérieux ce titre de premier fonctionnaire du département, vous me menarez d'une révolution... ]Ve serez-vous pas plus aimable aujourd'hui, la veille de votre fête?... (Il offre le bouquet.') Louise, refusant. Monsieur, à chacune de vos obsessions je vous répéterai ce que je vous ai dit avant notre mariage... Oscar. OII ! faites-moi grâce de ce triste récit. Louise. Sortez, si vous ne voulez pas l'entendre. Oscar. J'aime encore mieux l'entendre que sortir... je vous vois, et c'est bien le moins qu'un préfet jouisse de la vue de sou département, en se tenant à la frontière.,. (Il offre le bouquet.) Louise, refusant. Eh bien, monsieur, quand vous avez recherché ma main, j'aimais monsieur Ernest de 3Ionvert, et la délicatesse me fit un devoir de vous le dire... vous avez persisté... mon père était malade et désirait ardemment votre alliance à cause des services que votre oncle lui avait rendus... Désobéir à mon père, c'eût été le tuer... j'ai obéi; mais je vous ai juré à l'avance que je ne vous aimerais jamais... Vous ne pouvez pas dire que je n'y ai pas mis de franchise... Oscar. C'est vrai, j'étais prévenu, vous aviez eu la bonté de me faire part de votre aversion,., mais je vous aimais, que voulez-vous! Fils d'un pauvre cultivateur, engagé fort jeune dans le train; parvenu (ont juste au bout de dix ans au grade île maréchal,,, des-logis ... - chef. puis trouvant un oncle riche dont je suis I onique héritier, j'ai eu l'ambition d'épouser une jeune fille jolie, élégante et gracieuse, et c'est pour cela que j'ai quitté le service de Mars...au mois d'avril dernier. (// offre le bouquet.) Louise, refusant. Monsieur, tous ces raisonnements.. Oscar. Ne vous font pas oublier monsieur Ernesl de tWÊÊÊÊÊt ntum . « SCENE I. 3 Moovert, et je ne puis que perdre à lui être comparé... Je n'ai ni lu finesse de son esprit ni celle de sa taille, qui tiendrait dans l'étui d'un parapluie, ni son teint pâle qui le rend intéressant... Je suis rouge, moi, j'ai le malheur de me bien porter, ça n'est pas comme il faut... enfin monsieur Ernest est ce qu'on appelle un homme distingué, et moi je ressemble au passe-port du premier venu: Front ordinaire, teint ordinaire, yeux ordinaires, bouche ordinaire, menton ordinaire... il n'y a pas là rien de bien extraordinaire... {A part.) Je n'ai pas voulu mentionner mon nez... liOllise. Monsieur, vous avez beau dire, Ernest... OeieMi', colère. Ah ça! vous l'aimez donc toujours ce monsieur Ernest? IiOUise. Ma tante dit qu'il ne faut jamais mentir: je me tais. Oxcatri Qui sait? vous entretenez peut-être une correspondance ensemble... IiOlliSC. Monsieur! Oscar. Et la direction des postes se prête à de pareils commerces!... et ces sortes de lettres ne coûtent que quatre» sous comme les lettres d'invitation à déjeuner... Je ne voudrais pas être conducteur de la malle, c'est un vilain métier! ■jOlligf. Monsieur, mes relations avec Ernest, avant notre mariage, ont toujours eu lieu en présence de ma tante, et depuis, je ne l'ai pas revu, et je ne connais pas plus son écriture que la vôtre... ne pas me croire, c'est m'ontrager!.., OHCitr, après une pantomime d'emportement d'un ton très- doux. .Je vous crois; mais ce monsieur Ernest qui inct obstacle à mou bonheur, qui, sans me voler précisément mon bien, m'empêche d'en disposer; ce petit monsieur qui hypothèque moralement ma propriété, je le hais, je le déteste et je regrette de ne l'avoir pas tué, lorsque par suite de notre rivalité nous eûmes un duel! IiOllise, lie tuer, monsieur, c'eût été me tuer moi- même ! Onenr. C'est bien aussi pour ça que je l'épargnai ; mais jaurais dû an moins lui crever un œil, je le pouvais, je suis très-fort. Le souvenir d'un borgne me serait moins contraire. Louise. Cela ne changerait rien à mes dispositions pour vous. Oscttl'j avtt eolère. Et ça va durer comme ça toute la vie! 1* 4 CHOQUE-POULE, IiOllIse. Toute In vie. Oscar. Pauvre diable d'homme que je suis, comme vous me traitez. Air: Connaissez mieux le grand Eugène. Et cependant, à ce qu'on dit, madame, Je ne suis pas sans esprit, sans raison; J'ai le cœur droit, de la chaleur dans l'àme; Ce qui me mamiue est d'être beau garçon. La femme, hélas! tient trop à la façon. Elle aime mieux de la verroterie, Du strass menteur dans un brillant écrin, Que diamants de belles orfèvrerie, Dans un bahut fait en bois de sapin. IiOtllBe, un peu émue. C'est votre faute aussi ; je vous ai prié d'éviter ma présence. Owfar. Et si je préfère votre présence qui me gronde à votre absence qui ne me dit rien? liOlliHf*. Ne vous plaignez donc pas de ce que vous choisissez. OHeai', avec amour, ("est vrai, j'ai tort de me plaindre, car tout en regrettant mes droits, je goûte une secrète joie à sentir ma force plier sous votre faiblesse. C'est bizarre ! moi, un ex-inaréclial... des logis... chef... du train, j'en suis venu à désirer les mauvais traitements; oui, Louise, vos mains sont sont si poupines et si douces!... Je voudrais être battu par vous... list-re trop exiger? IiOIllse. Oui, monsieur. OHCnr» Il y a pourtant des maris qui ont ça sans le demander, et moi qui le demande!... mais c'est égal, dût votre orgueil se révolter de mon espoir, il me semble qu'un jour je triompherai de cette résistance, et que vous vous lasserez de voir votre mari... célibataire. Ce n'est pas constitutionnel, ça! c'est réactionnaire! EiOllIse. Ob! monsieur, ne vous abusez pas. A défaut de mou aversion (mouvement d'Osear.J, de mon indifférence au moins, le serment que j'ai fait à 31. lirnest de Mouvert et celui que j'en ai reçu sont sacrés. Oxrnr, souriant. Sacrés?... c'était bon dans les temps passés où les serments étaient des chaînes d'airain; mais aujourd'hui, on les fait avec ces fils légers que, par le beau temps, on voit flotter dans l'atmosphère; les serments n'en- rhainent plus; ou n'a plus besoin de les briser, on les brosse SCÈNE I. 5 et tout est dit. D'ailleurs ceux, dont vous me parlez sont ridicules. LotliSC Du tout! nous nous sommes juré, M. Ernest et moi, amour pour la vie... vous l'entendez, amour pour la vie!... et je me rappelle ses dernières paroles: Louise, me dit- il, votre père peut iiiourrir si vous n'épousez pas cet homme. Oscar, avec dépit. Cet homme! comme ijui dirait cet animal! Ah ! j'aurais dû lui crever un œil. Louise, continuant. Mais souvenez - vous bien que le jour où j'aurais la preuve que vous aimez votre mari, je viendrais me tuer à vos jeux. (A part.) Et ma tante est sûre qu'il le ferait comme il le dit. Osent*» Mais quand vous fîtes ce serment, vous aviez bien oublié que mon oncle, outre ce qu'il m'a donné déjà, m'a promis cent milles francs pour chaque petit-neveu qu'il ferait sauter sur ses genoux, et moi qui me proposais de lui gagner comme qui dirait un million! Louise, vivement après avoir déposé sur la table brochure et couteau. Monsieur, nous avons trente milles livres de rentes outre cet hôtel, rue de Courcelles; cela nous suffit. (Jl part.) Coupons court à cet cutretien. (Haut.) Adieu, monsieur. Oscar. Vous me quittez? vous refusez à mon oucle ce qu'il désire, ce qu'il attend, ce qu'il a le droit d'atlendre? liOUlse. Monsieur, je vous salue. Oscar, furieux. Eh bien! je me révolte à la fiai Oui, je m'éloignerai de vous, je ne vous verrai plus; mon oncle s'arrangera comme il voudra; mais moi j'aurai des intrigues. Air: Ces Postillons. Oui, dès demain, je hante les coulisses. On en dira, ma foi, ce qu'on voudra. Je fais ma cour aux plus belles actrices, Je m'abandonne aux rats de l'Opéra, Et nous serons, avant peu, je l'espère, Libre tous deux, grâces à mon trépas; Car mon projet, madame, est de me faire (Mouvement de Louise.) Dévorer par les rats. Louise, très-émue. Ce sera comme vous voudrez, monsieur, mais à mon indifférence, alors, je pourrai joindre le mépris. Oscar, doux. Oh! non, c'est bien assez du premier sentiment. Vous le savez d'ailleurs, je vous aime, je vous fi CROQUE-POULE. aimej au point de préférer votre portrait seul, votre simple imajçe aux plus séduisantes réalités qui ne sont pas vous. Louise, à part. II a quelquefois des expressions ! (Haut.) Pardon, monsieur j'ai à sortir. Ogenr> 31e permettez - vous cette fois de vous accompagner? Louise» arrangeant ses cheveux devant la glare. Je dois sortir avec ma tante qui s'habille en ce moment; nous n'allons qu'à deux pas d'ici, près de l'Blvsée. Ofiror. Vous allez voir passer le président de la lîé- publiq ne? Louise. Nous allons faire des emplettes. Oicar, Eh bien! je demande... Louise, s'approchant de M. Du tout! liicr, vous m'aviez fait le serment de ne plus rien me demander, OSCRI", souriant. Le serment? je l'ai brossé, madame. Louise, avec reproche. Eli bien ! monsieur, je sais maintenant ce que vaut votre parole. ( Elle va chercher son chapeau et sa pèlerine à droite.) OSCHI*. Calmez-vous ; je vais prévenir votre tante que vous êtes prête, et désormais je ne vous demanderai plus rien; mais, Louise, si jamais par égard pour... mou oncle, vous vouliez faire disparaître la distance qui nous sépare, plarez le soir ce (lambeau sur le perron; je verrai ce signal de l'extrémité du jardin où se trouve le triste pavillon que j'habite... et j'écrirai à mon oncle immédiatement de préparer ses billets de banque. Louise. Ne l'espérez jamais. {Elle va mettre son chapeau devant la glace de gauche. ) Oscar, après un geste d'emportement , à part. Eh bien! non, chère Louise! je ne t'en veux pas; je voudrais de toi, mais je ne t'en veux pas. Une créature à qui j'en veux et dont je ne voudrais pas, par exemple, c'est sa tante, sa vieille tante qui veut de moi, qui est jalouse de ma naïve femme, et qui lui a persuadé qu'Ernest se tuerait si je gagnais seulement une centaine de mille francs à mon oncle. {Louise ayant mis le chapeau, Oscar lui offre le bouquet.) Louise, vous ne prenez pas mon joli bouquet ? Louise, refusant. Je vous remercie, monsieur. Oscar. Eh bien! au moins un petit baiser, un seul, le premier, sur votre main à croquer. Louise. Jamais, monsieur. IRHkB&h SCÈNE H. Air: Sortez en diligence. (Manche à manche.) Ah! je m'impatiente ! N'ajoutez pas un mot. Oscar, à part, après avoir dépose' le bout/net sur la table. Allons, je me contente De croquer le marmot. ENSEMBLE. IiOiilse. Oscar, Oui, je m'impatiente, Elle s'impatiente, M'ajoutez pas un mot, N'ajoutons pas un mol, El dites à ma tante Et disons à la tante De venir au plus lot. De sortir ou plus tôt. Il sort par le fond. Scène II. LOUISE, seule; elle regarde si Oscar s'est éloigne, puis elle court au bouquet qu'elle baise. ïl n'est plus là, il ne me voit pas. Cher ami! quelle patience! quel amour! quel dévouement ! oh! je rends bien justice à toutes ses précieuses qualités; il est si bon, si aimable, si honnête! Et maintenant je vois toute la différence qu'il y a entre un homme élégant et frivole et un homme de cœur, car c'est pour un trait de grand courage en Algérie qu'il a été décoré! Cher Oscar! et il est persuadé que je ne l'aime pas! tant mieux, après tout, car enfin, j'ai fait un serment 4 ce pauvre Ernest, et si jamais il avait la preuve que je ne l'aime plus, que j'aime mon mari, il viendrait se tuer à mes yeux, et un homme qui vous est resté fidèle, c'est si rare, à ce que dit ma tante; un homme qui pour vous ne se mariera jamais, causer sa mort! oh! ee serait affreux , ce serait à avoir des regrets toute la vie. Espérons que, plus tard, il m'oubliera; mais en attendant, redoublons de sévérité envers mon mari; je l'entends! vite à mon rôle! Mais avant... {Elle baise le bouquet, en retire une fleur qu'elle met dans son sein, et prend un air froid et digne.) Scène III. OSCAR, LUISE. Oscar. Votre tante est d'une humeur de tigre, (y/ part.) Je voudrais en faire cadeau au jardin des plautes. {liant.) 8 CROQUE-POULE. Elle a sa migraine, mais c'est égal, elle est prête, elle vous attend. Louise. Merci, monsieur. Oscar, triomphant. Elle m'a permis de sortir avec vous, de lui donner le bras! KiOUlse. Ali ! c'est bien, alors je reste. Oscar, Alors je reste aussi; votre tante sortira seule. Louise, C'est impossible. Allez avec elle. Oscar. Oui, si vous venez. Louise, Je reste. Oscar» Ali ça, est-ce que non contente de ne pas m'ai- mer, vous rougiriez de moi?... Louise. Je reste si vous sortez. Oscar. Et vous sortez si je reste?... IiOUiSC. Oui. Oscar, éclatant. Juste fiel! juste Dieu! miséricorde! malédiction! sac... Louise, effrayée et se trouvant près dOscar. Oh ! Oscar, se retenant. A papier, madame, à papier. Louise. O 11 ! monsieur, crier si fort! quelle inconvenance ! Oscar. C'est bien le moins que je crie un peu pour me soulager... ( Très doux.) Mais c'est égal, j'ai eu tort, recevez mes excuses... MiOllise. Enfin, monsieur, restez-vous? sortez-vous? Oscar. Sortez, madame; la promenade vous fait du bien. IiOllise, à part. Qu'il est bon, et que j'aurais de plaisir à l'embrasser!... (Haut.) Adieu, monsieur. Oscar, désignant le bouquet. Louise, vous n'oubliez rien? Louise, portant la main à l'endroit où elle a caché une Jleur. Non, rien. Oscar. Permettez-moi de vous accompagner jusqu'à la grille? IiOllise. Non, je vous le défends! Oscar. Jusqu'à la grille exclusivement. Louise. Air: Sur toi, ma femme. ( Manche à Manche.) Allons, monsieur, terminons ces débats, Vous ne savez toujours que me déplaire, Mais redoutez ma trop jusie colère. Si hors d'ici vous faites un seul pas. SCÈNE IV. 9 Oscar. Je reste là, mais il est bien permis Que des yeux «u moins je vous suive, C'est dans mon rôle, hélas! car je ne suis Votre mari qu'en perspective. ENSEMBLE. liouise. Allons, monsieur, terminons, etc. Oscar. Oui, j'obéis, terminons ces débats; Car mon projet n'est pas de vous déplaire, Ni d'exciter votre juste colère, Et loin d'ici je ne fais p^s un pas. Louise vu vers le fond, Oscar la suit, elle se tourne et lui fait signe de se détourner, puis lui envoie deux baisers sans qu'il s'en aperçoive. Scène IV. OSCAR va à la porte, regarde, puis redescend avec découragement. Il y a ries moments où j'ai envie de me faire sauter... du haut des tours Notre-Dame .. A quoi suis-je bon dans ce monde?... je suis rentier, voilà tout... ce n'est pas une profession ç:ij ni une industrie... Je m'étais marié pour ni'orcu- per, pour faire le bonheur d'une femme... ce n'est pas une industrie non plus, si vous voulez, mais c'est un art d'agrément, assez négligé de nos jours, et ma femme ne veut pas que je le cultive... Depuis quelque temps, son obstination me trouble, m'agite et m'exaspère... Je n'en laisse rien paraître, mais il me vient des idées de rapt! ma parole d'honneur, il m'en vient! (Criant.) Il faut à tout prix que ga finisse, dussé- je recourir aux dernières extrémités!... Il y a des maris qui vous diront; Ah! monsieur! monsieur! monsieur!... (Jlu public. ) Mais, messieurs! messieurs! messieurs! ça vous est bien facile à dire à vous autres, qui ne vous occupez pas de vos femmes, parce que vous les trompez, parce que vous avez des maîtresses... mauvais sujets, je vous connais!... Mais, moi, je veux ma femme, rien que ma femme, c'est moral et j'y tiens !... Air: Economies de Cabochard. Oui, ma Louise Me grise, 10 CROQUE-POULE. II faut que je le dise: C'est trop notoire Figure, Pour n'y pas croire, Esprit, grâce, tournure, Mourut dans l'eau faute de pouvoii boire. Allure Je meurs de faim, El charmante nature, Brbi d'un festin... Tout plait Mais je me lasse une bonne fois! Et fait Je puis invoquer les lois, Doux effet. .le veux réclamer mes droit*. Modèle Dans leur ménage, je le crois, De belle Tous les maris sont rois. Cruelle! Quand l'autorité J'appelle Par contrat m'a breveté, Ton âme infidèle Chef de la communauté, Tu ris Elle entend qu'il soit respecté. De mes cris. Oui ma Louise Le roi Tantale, à ce que dit l'histoire, Me grise, etc. Allons, allons, c'est arrêté, c'est un parti jiris... par autorité ou par adresse, il faut... que j'embrasse ma femme!... (Jvee réflexion.) Elle m'égratignera, j'en suis sûr! Mais n'importe, je ne serai pas plus arriéré qu'avant, au contraire... nous entrerons dans le domaine des faits accomplis, et il faudra bien qu'elle accepte les faits accomplis ou elle ne serait pas de son pays... Voyons un peu, comment vais-je m'y prendre!... Si je la menaçais de mourir à ses pieds? ça réussit très-bien près d'elle à ce qu'il paraît: Elle m'a épousé pour sauver la vie à son père; elle refuse de m'aimer pour sauver la vie à monsieur Ernest... Qui sait? peut-être pour me sauver la vie à moi... J'ai dans mon cabinet de curiosités un poignard superbe qui me vient d'Afrique, de la prise de la Smala, il a appartenu à Abd-el-Kader, et en disant à Louise que je vais m'en frapper... (Il fait le geste avec le couteau à papier) Oui, mais j'y songe, elle ne m'aime pas, et alors si elle me laissait faire pour être veuve et épouser l'autre, le mirliflor? ça m'avancerait peu... il vaut mieux autre chose... Ali' si je faisais l'Othello? si je la menaçais elle-même, si je lui disais: la bourse ou la vie, non, je veux dire; ton amour ou ta vie! ... Ah! fi, l'horreur! pauvre cher ange! elle serait capable de se trouver mal!... Il faudrait un autre moyen... Ob ! quelle idée! Elle aime Ernest, elle ne connaît pas son écriture, elle me l'a dit, ni la mienne. . c'est cela, c'est cela... (// écrit tout haut.) «Chère Louise, il faut que je vous parle... consente* à me recevoir dans votre pavillon, quand votre mari sera couché.» — J'imite bien le style des amants, ils en voient toujours les maris se coucher: va te coucher, mari!.,. 'Ecrivant tout haut.) "Pour réponse affirmative k ce billet, agitez votre SCÈNE V. 11 mouchoir devant la fenêtre. Je suis en ce moment dans votre rue de Courcelles . . . si je vois le signal, à onze heures, je franchirai le mur du jardin et je vous révélerai ma présence par trois coups frappés dans la main; alors, éteignez toute lumière et j'entrerai chez vous sans être aperçu... Ce que j'ai à vous dire est de la dernière importance, il y va de ma vie!» — Bien entendu. — «Ernest de Monvert.» Mettons l'adresse et cachetons... A madame I.érorriier.. je devrais mettre mademoiselle... Très-pressé... (Il cacheté.) Le moyen est ingénieux et il doit réussir... Le cœur me bat! allons du courage!... fil va à la fenêtre et appelle ) Michel! Michel!... Eh? tu venais porter une lettre à ma femme? elle est sortie... Tu la lui remettras, quand elle rentrera, avec celle-ci et sans lui dire qu'elle vient de moi... (il donne la lettre par la fenêtre.) C'est bien, et maintenant il me tarde qu'il soit onze heures... (On entend une cloche.) On sonne! c'est ma femme... il ne faut pas qu'elle me rencontre .. . sa chambre ouvre sur le jardin, esquivons-nous... C'est drôle rumine je sais faible et poltron... le cœur me bat toujours... Ah \ que diraient mes anciens camarades, les maréchaux... ries-logis,., chefs... du train? ... eux qui m'avaient surnommé Croque - Poule !... croque... ah! (// sorte par la chambre de sa femme en la voyant paraître au fond.) Scène V. LOUISE, tenant deux lettres à la main, Vune de grand, Vautre de petit format. Oscar n'est plus là... Pauvre ami! il est rentré dans son pavillon... il gémit en ce moment, il me maudit peut- être... Oh! quelquefois j'ai envie d'aller avec ma tante, trouver monsieur Eroest; de lui parler, de l'engager à se marier ... de le prier de me rendre ma parole et de me laisser aimer mon mari... Oh! si j'avais assez rie courage... mais j'oublie de lire ces deux lettres que Michel m'a remises... (Elle ouvre la petite et dépose la grande sur la table.) .le ne connais pas l'écriture... (Arec joie.) C'est peut-être de mon mari ! il n'ose plus me parler, il m'écrit... (Elle court à la signature) Ernest.'... que signifie... Oh! "'on Dieu!. , par exemple! le recevoir ici, seule, dans l'ombre... oh! jamais! c'est impossible... et cependant je regrettais tout à l'heure de n'avoir pas assez décourage pour aller lui parler, pour me faire relever de mon serment... C'est que me trouver ici, près de lui... cela ne se peut 12 CROQUE-POULE. pas!... Ah ça, mais \'y songe, si je priais ma tante de le recevoir à ma place et de le déterminer à me rendre ma liberté? ... Il est là, dit-il, dans la rue de Courcelles; il attend un signal pour réponse, c'est peut-être le ciel qui l'envoie... ma tante lui parlera au nom do mon bouheur, au nom de la morale... elle le touchera, elle le décidera à renoncer à moi... (Elle va lentement vers la fenêtre.) Scène VI. LOUISE, OSCAR, à la porte de droite. Oscar, à part. Elle a lu le billet... elle s'approche de la fenêtre... elle tire son mouchoir... si c'est pour se moucher ce n'est pas immoral... Non, elle fait le signal, mon stratagème réussit ! liOlliac, à part. Maintenant allons dire à ma tante de venir prendre ma place. (Elle sort par le fond.) Scène VII. OSCAR, seul. Enfin, enfin, enfin! je suis le plus heureux des hommes et je touche au moment délicieux jusqu'ici vainement sollicité... Un rendez-vous avec ma femme!... bientôt je serai là prés d'elle, au milieu de la plus profonde obscurité., je pourrai prendre sa main et la porter à mes lèvres... A\\ \ cette perspective m'enivre et je succombe à la pensée de tant de félicité!... Aik de Riche d'amour. Sort prospère ! Oui, j'espère! Mon cœur est dilaté, Mon esprit enchanté. Bientôt, aou« un nom emprunté, Je vais être transporté D'amour et de volupté. A moi baisers, plaisir secret Et peut-être bonheur complet. Car, braconnier sur mon domaine, Je puis bien giboyer sans gêne, J'ai mon porte d'arme délivré Par le maire et par le curé. Sort prospère, Oui, j'espère, etc. Changeant de ton et réfléchissant. SCÈNE VIII. 13 Ali ça, mais, ah ça, mais je me rejouis là, je m'enflamme, je m'exalte... voici une réflexion qui me vient et qui me refroidit: ce sont bien mes hommages que recevra Louise, mais elle me prendra pour Ernest, et alors je suis un mari trompé... par moi, il est vrai, mais enfin moralement, je le suis!... Cette pensée ne m'avait pas frappé d'abord... (V/rcc une stupéfaction comique.) Ah ça, je représenterai donc deux personnages? Léandre et Georges Dandin, tout à la fois; l'actif et le passif, le vainqueur et le vaincu, le coiffeur et... son client?... et si je veux avoir justice de la trahison de ma femme, il faudra que je me mette la main au collet, (Il se prend le collet de l'habit.) que je me traîne devant les tribu- ncaux, que je me demande à moi-même des dommages et intérêts... Singulière situation... Ce que c'est que d'analyser les choses! ça tue le bonheur !... Ah \ je n'y faisais pas tant de façons, à l'époque où je portais le nom de Croque-Poule !... (// est assis à gauche et rive en gesticulant.) Scène VIII. OSCAR, LOUISE. IiOllise, à partj très émue du fond. Mon mari est revenu!... et '«a tante qui a sa forte migraine, qui est couchée, qui ne peut pas bouger!... Que faire? ouzes heures vont sonner... Ernest va venir, et si Oscar le surprenait, un nouveau duel!... Eloignons le bien vile, il le faut... (Elle ru roir au fond pur la porte du jardin ) Ohcjsi", à part, se croyant seul. Ma foi, tout bien calculé, je veuv poursuivre ma pointe. . . je suis maître de la position d'ailleurs, et je ne nie jouerai à moi-même que les tours que je voudrai !. . . Louise. Monsieur? Owcar, se Icrant. Ah! madame! ï.ouiwc. Je m'élonuc de vous trouver ici à pareille heure ! Oscar. Moi aussi, madame! Louise Vous allez vous retirer? Oscar, à part. Elle est pressée que le mari parte pour recevoir l'amant!... Heureusement que les ileuv n'en font 'J"' u n.,. (Haut.) Je ne verrai donc jamais ce flambeau sur le perron, pour m'aniionrer la fin île vos mépris? IiOulse. Jamais! 11 CROQUE-POULE. Oscar. Je me relire, madame. Bonne nuit. . . IiOlllse. Bonsoir. Oscar, hésitant. J'ai l'honneur de vous saluer. JLouisc Je vous salue, monsieur. Oscar» Je vous présente mes civilités. IiOlllse. Adieu, monsieur! Oscar» Dormez bien, madame. IiOlllse» Dormez bien, monsieur. Oscar» Je suis votre très-humble serviteur. EiOllisc. e*>» ^ud)- uní) ,illn|îkl)onî)lnHfl tu pctlin: 8 him, C. Spater. 4 S3be. 8. ge$. 1836-46. ißt.. I. CDafl taute©ef;cimuifi. Der ©all jii tëllcïbvuuii. ljll. = II. Die.£erviit»onberiJ[fe. 3d;bleibe lebig. tjXl • III. ©djwärmcret im*berSDIote. ©rjicfjutigevefiiltate. 25©g. = IV. Tempora niutautur. Üicpmte »Oll Eetoríéte*. 1 XL Corneille. Théâtre, contenant 5 tragédies : Le Cid, Cinna, Rodogune, Horace, Polyeucte. gr. 8. 1842—45. 4 5— 10€gt. Dclavigne. Théâtre, contenant: Louis XI, Marino Fallero, Les enfans d'Edouard, Les vêpres siciliennes, La fille du Cid, Une famille aux temps de Luther, Don Juan d'Autriche, L'Ecole des vieillards, Le diplomate, gr. 8. 1842 — 1850. à2J-10©gr. Dumas. Théâtre, contenant: Napoléon Bonaparte, Catherine Howard, Don Juan de Marañe, Stockholm - Fontainebleau et Rome, Mademoiselle de Belle-Isle, Lorencino, La demoiselle de St. Cyr, Halifax, Kean. gr. 8.1836—50. à 5—10 ©g. — Salbula.&iftor.Sê&irifVfeL&eaÂ.ilèn jjretrntáiin. 1839. 20 ©g. Fouqué. QUronpmul mm Stauf, Xtauirfyiet. 8. 1829. 1 XL — Dit üeibeigne, ©cbaitfpiel. 8. 1820. 1 II. itniirn. Der neue froten», -Original = ?uftfyiel. 20 ©gr. — 3»iir, Jtöuig ter íJíoniiannev, Iraiurfvicl. 1 II. — Die SBuiibcägetipffeit, înftfyiel. 20 ©gr. ijaminer. SDJobanttb óbtr bie Eroberung ibn ¡Díeffa. .ftiftov. ©cÇaufptel. am bem ijkrfifdjen. 8. 1823. 25 ®g. Hugo. Théâtre, contenant : Hernani, Lucrèce Borgia, Mai iou de Lorme, Le Roi s'amuse, Angelo, Marie Tudor, Ruy Blas, Les Burgraves. gr. 8. 1842—49. à 5—10 ©gr. Moliè.e. Théâtre, contenant: L'Avare, Le Tartuffe, Le malade imaginaire, Le misanthrope, Le bourgois-gentil - homme, Le dépit amoureux , L'Ecole des maris , Les femmes savantes , Le médecin malgré lui, George Dandin. gr. 8. 1840 — 50. à 5 —10 ©gr. tticcohni. arnalbi) non sUrcScia. Iragöbie iu 5 Stfteu in Herfen, iicb|'t fluten übertr. von v. üepcl. 1815. 25 ©gr. — Arnaldo da Brescia, tragedia, gv. 8. 1844. 15 ©gr. — Filippo Strozzi, tragedia, gr. 8. 1848. 15 ©gr. ©fljlrnfrhlägcr. Die SBJatlitjjet in (ïonftaiitinopel. Iraiier(yicl. 1 II. Plauti comoediarum edid. F. H. Bothe 4 tonii. gr. 8. 13III. Ponsartl. Lucrèce, tragédie. 1848. 7\ ©gr. )u JJullih. Çu|tfpicle. Ob. I.: (Sin .&auäiuittel, SBabefuren, garni - 'iciu3n>i|t unb '^rieben. Da« .ßetj »etgeffi«. 8- 1850. 1 XI. — Siiftfpiclc. «b. II. Dt» blaue ©d;leifc (,5 arte). Der î}toifcujtrau&. 8. 1851. 1 21 — 8uftfpielc. SBb. III. Seine 3rau. Rl« feine ïiebe (3 ?lfte). Die ÏOaffcu fce« «ptr. 8. 1852. 1 II. Racine. Théâtre, contenant: Iphigenie, Athalie, Phèdre, Esther, Britanniens, Audiomaquc, Milhridace, Bérénice, ßagazet, Les plaideurs (comédie.) gr. 8. 1840-50. à 5— 7i©gr. Repertoire du théâtre français à Berlin, ou collection des meilleurs Pi*ees du théâtre français moderne, gr. 8. br. 1829 — 1852. 380 pièces. & 5—10 ©gv. Un tigre de Bengale. Pas de fumée sans feu. Livre III. Chapitre I. Embrassons-nous Folleville ! La femme qui trompe son mari. Les petits moyens. Jeanne Mathieu. Une fille terrible. La demoiselle majeure. Une mauvaise nuit est bientôt passée. Jobin et Nanette. Simon Terre-neuve. La rue de la Lune. Le chevalier du Guet. La fin du Roman. Le diplomate. Le jeune mari. L'héritière. Le protégé. La courte paille. Le sourd. Maurice. 11 faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Un caprice. Le chaperon. Le marchand de jouets. La niaise de Saint-Flour. Le Mobilier de Rosine. La ferme de Primrose. Croque-Poule, gr. 8. br. & 5 S^r. Scribe. Théâtre contenant: 110 pièces, gr. 8. 18"0— 52. à 5—10 Sgr. — Théâtre contenant: 35 pièces. 18°. 1830—52. à 2\ Sgr. Sophocle. Antigone, tragédie trad, par Mcurice et Vaquerie. Avec notes, gr. 8. 1845. 5 ©gr. Sue. Mathilde, drame. Les mystères de Paris. 1844. à 10 Sgr. Théâtre français , contenant 65 pièces de Scribe , Picard , Hugo, Duport, Racine, Molière etc. 18°. à 2] Sgr. Teatro italiano, raccolta di commedie e tragédie scelte frai mig- liori autori moderni. gr. 8. 1837—50. No. 1 —12: 1. Il progettista, com. di 3 atti di Nota. 2. La pace domestica, com. di 3 alti di Nota. 3. La lusinghieia, com. di 3 atti di Nota. 4. Francesca da Rimini, trag, di Silvio Pellico. 5. Giovanni da Procida, trag, di Niccolini. 6. Un curioso accidente, com. di Goldoni. (No.l— 6. Pr. 7.J 7. I pitocchi fortunati, com. di Gozzi. 8. Aristodemo, tragedia di 5 atti di Monti. 9. Il calzolajo inglese in Roma, com. di Gherardo de Rossi. 10- Rosmonda d'Inghilterra, trag, di Niccolini. 11. Arnaldo da Brescia, trag, di Niccolini. 1?. Filippo Strozzi, trag, di Niccolini. 15 Sgr. Théâtre de la célèbre actrice Mlle. Rachel, contenant les tragédies et drames, joués par elle à Paris et à l'étranger, gr. 8. 1850. Voltaire. Théâtre contenant: Mahomet, Zaire, Mérope. 1844. à 5— 7J Sgr. 3ul. o. Dolí, ««enere íuftfpieíe. 7 33be. 8. 1823 — 27. à 1 > îblr. 33b. I. Die grbfd) IV. Die ÎBittœe nus 23o!en. Da« gràulein son Soten. Die fleine grtnnerung. 3ur i)ocbfd)ute. * V. Das flucje Stàbtcben. SBoit ber £od>fdju[e. Die (Stfinbung bes StbacbfptelS. ï VI. 10000 Ülícirf SSanco. 5E3o!fent>rücbe unb îeufet. Die îîafen. = VU. Sd)neli»eft unb Scfinellbitbter. Das SGerfehen. SBieberfeben. 3oh. ürartul v. ÎDeiffcnthurn- 9îeuefte Scfjaufpieie 7— lOter 33anb. ?ieue Sdjaufpiete. 33b. 1—4: H «flr. 5 Sgr. 10 Sgr. 5 Sgr. Sor. S nr. 10 Sgr. 71 Sgr. Sgr. Sgr. Sgr. •\ 7 15 SBb. I. <■ II. , III. . IV. 3ob