Impirmc chez C fa. Schultze à Berlin. La Fille de Dominique, COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE, PAR MM. de Villeneuve et Charles. Personnages. Michel BARON, comédien du roi, et auteur dramatique. LATHORILLIÈRE, son camarade. NICOLAS, domestique de Baron. Catherine BIANCOLELLI, fille de Dominique, ancien arlequin de la Comédie-Italienne. Comédiens et Comédiennes, La scène se passe à Paris, chez Baron, vers l'année 1638- Le théâtre représente un salon avec plusieurs portes. A droite, une table recouverte d'un tapis, avec tout ce qu'il faut pour écrire. A gauche, un sofa. Scène I. BARON*), seul; il est en robe de chambre, assis et écrivant. Vivat! mon cinquième acte est terminé, et je pourrai, flans quelques jours, lire ma pièce à messieurs les comédiens •lu roi t mes cliers camarades: quelle gloire d'ajouter au nom déjà si connu de Michel Uaron, premier acteur de la scène française, celui d'un des écrivains dramatiques les plus diatin- *) Les acteurs sont placés en léto de chaque scf'ne comme ils doivent l'être au théâtre; le piemier inscrit lient toujouts la gauche du spectateur, et ainsi de suite. Réparloirs No. JSO. (II. Série No. 100.) * 2 LA FILLE DE DOMINIQUE. gués du siècle de Louis XIV! Et vraiment depuis quinze ans que mon maître et camarade Molière n'existe plus, le théâtre avait besoin d'un homme comme moi pour retrouver son ancienne splendeur. AIR: Ce magistrat irréprochable. Par deux chemins, malgré l'envie, Je marche à l'immortalilé... Le malin, seul avec Thalie, • J'écris pour la postérité, (b i a.) Le soir, changeant de langage er de mine. De Melpomène interprète en renom, ,,Je donne un lustre aux beautés de Racine, ,,Un voile aux défauts de Fradou!" (// appelle.) Nicolas! Nicolas! Scène II. BARON, NICOLAS. Nicolas, accourant. Voilà! Baron, Est-il venu quelqu'un me demander ce matin? Nicolas. Oui, monsieur; il est venu d'abord la filleule du père Vincent, votre costumier, qui apporte l'habit que vous avez commandé pour la pièce nouvelle; elle est là qui attend. Itaroil. C'est bien... après? Nicolas, Après, il est venu une dame. Baron, Une dame?... Elle ne t'a pas dit son nom. Nicolas. Pardonnez-moi, elle s'appelle..... attendez donc... un drôle de nom! Catherine Bianeo... co... Baron. Catherine IJiancolelli ? Nicolas. Colélli... c'est ça... Baron. La fille de Dominique, l'ancien arlequin de la Comédie-Italienne. Nicolas, Juste. Baron. En vérité, on a peine à concevoir une pareille ténacité; voilà cinq lettres qu'elle m'écrit, et trois visites qu'elle me fait depuis huit jours! Nicolas. C'est peut-être à cause que monsieur ne la reçoit pas quand elle vient, et n'y répond pas quand elle y écrit. Baron* avec fatuité. Eh! le puis je! pareeque cette SCÈNE III. •i jeune personne a paru sur quelques tréteaux de province à la laite d'une troupe lie comédiens ambulants, elle se croit le droit de débuter sur un théâtre <|"c; Louis XIV honore de sa protection royale! Nicolas. Dame' c'te pauvre jeune personne dit comme ça qu'il faut avoir de l'indulgence pour ceux qui commencent, et que, dans le temps, son père, JW. Arlequin, en a eu pour vous. Baron. Il est vrai: resté orphelin à l'âge de huit ans, j'ai trouvé dans Dominique un guide, un protecteur, un ami, je fus élevé avec sa fille jusqu'au moment où il nie fit entrer dans la troupe des petits comédiens de monseigneur le dauphin. 3Iais je ne suis pas un ingrat, et si Catherine a besoin de secours d'argent, je me ferai un véritable plaisir ... (On entend au dehors LathoriUière.) A\>[ j'entends la voix du joyeux LathoriUière, mon camarade et ami. Laisserions, et si mademoiselle Biancolelli revient encore ici, rappelle-toi que je n'y suis pas. Nicolas, à part. Pauvre petite! je n'osons pas dire à not' maître qu'elle est restée aussi à attendre dans c'te chambre, avec la filleule du costumier. Allons la prévenir. (// tort.) Scnèe III. BARON, LATIIORILLIÈRE. £|>ellcs-tu? Catherine. Kh ben! j'sis Margot, la filleule à mon parrain qui m'a fait, venir de '&o\sy le Sèche, il y aora trois mois aux prunes, pour apprendre à faire les ourlets et à coudre ses pratiques... (riant bêtement.) iques... AIR ; Si j'étais le roi Jean. Apprenez qu' l'on dernier J'ons perdu père et mère; J'étions seul' sur la teire, Et j' n'avions pas d' métier. J'ons Tendu ma cabane, Ma bique et son chevreau, Et, monté sur mon ane, J' a'is parti' du hameau. Oh!... s LA FILLE DE DOMINIQUE Sur ma roule on m'a dit Que j'avions d' la prestance, Du liauil et d' l'aisance, Qneuqu'fois mèm de l'esprit. J* n'en i'sais rien au village, Mais à Paris me y'lu .. Et je pourrai, je gage, Y ben placer tout ça. Ah!... Baron> Certainement, mon enfant.. quand on est aussi gentille (jue toi, on ne peut manquer rie faire son chemin. Catherine. Pas vrai, monsieur le baron... sur-tout si j avions un protecteur... V"li donc que c' matin, pendant que j'étais en train d'accrocher ut) gilles et un arlequin à la porte d' mon parrain: «Margot) qu'y me dit, mets ben vite »ta tenue des dimanches, fuis-toi belle, mV enfant, v'Ià le »moment de te lancer... y a de l'ouvrage à r'porter chez M. »le baron, un fameux qui joue les princes et les z'héros, rnmm' »je taille une paire d'manchcs... tâche de lui plaire... c'est un »mnssieu qui a des connaissances et qui pourra te pousser...« Là-dessus je m' suis requinquée de mon mieux, j'ai mis ma croix d'or à mon cou, ma cornette sur ma tête, vot' habit sous mon bras, et me v'Ia... poussez-moi, monsieur le baron, poussez-moi... (Elle lui donne en riant une grande bourrade.) Baron, Doucement, Margot, doucement... si tu veux que je te protège il faut commencer par te défaire de ces manières-là... elles sont trop rustiques. Catherine, avec une naïveté maligne. Daniel j' nons que les manières que la nature m'a baillées, ça vaut quenqu'- foil mieux qu' celles qu'on veut s' donner .. Baron, à part. Elle n'a pas tout-à-fait tort... si nos comédiennes avaient ce naturel... Catherine, outrant le paquet. Ah! ça, voyons!.,, y n' faut pas pour ça que j'oublie de vous essayer vot' costume... (Le tirant par la manche de son habit.) Allons, otes donc ça, j'ai pas le temps d'attendre. Baron, Puisque tu le veux absolument... (Il été sa robe de chambre et essaie de passer l'habit J Diable! il est bien étroit !... Catherine. Attendez, je vas vous aider un brin tirant l'habit très fort); aïe donc! ., aïe donc! SCÈXE VI. 9 Baron. Pas si fort, Margot, tu vas déchirer les doublures... Catherine. Quoique ça fait?... comme dit mon per- rain, vous qu'êtes chef d'emploi, vous ne devez pas vous inquiéter des doublures... aïe donc!... là!... ça y est!... Dieu de Dieu! que vous êtes biau dans cet attirail-là'. . Baron, se redressant avec salis/action. Tu trouves? Catherine, le contemplant. Vous avez un air... vous avez un' mine... vrai!., on paierait ses places pour vous voir. Baron, à part. Il parait que j'ai donné aussi dans l'œil celte petite... je n'en manque pas une... Au fait, I.athorillièrc avait raison, souvent ces petites filles ont un certain je ne sais quoi... (Haut.) Écoute, Margot... tu me plais, et si je puis l'être utile... mais, dis-moi, que sais- tu faire? Catherine. Tout, monsieur le baron... mes parents m'ont donné un' fameuse inducation, allez... AIR : Le pauvre Claudin toute la journée. A la moisson j' sais faire un' gerbe, Faucher le foin et l'herbe; J' savons ni'ner les ân's aux moulins; Aux fagots j' sais tueur' les attaches, Je sais aussi traire les vaches, El'ver les poul's et les lapins; Je sais omler une serviette, Et jouer d' la serinette. (Elle danse lourdement sur la ritournelle.) Et, comme vous vo^-ez, j'y joins la danse... Baron, en riant. Voilà des talents fort agréables... Alt! ça, je pense que tu es une fille sage? Catherine. Ahl oui... Baron. Que tu n'as pas d'amoureux? Catherine. Ah! non!... ah! si!... Baron, se récriant. Tu as un amoureux?... Catherine. Un tout p'tit qu'est tambour et fife dans les gardes françaises .. mémo qu'il m'a fait sa première déclaration en musique sur l'air de mon ami Pierrot... mais pour le bon motif au moins... («fuM dignité.) Sans ça, j'aurais pas permis que M. Bellcpointe me fréquentasse Baron. Ah! il a nom Hellcpointe! Catherine. Un beau nom, pas vrai!... et qui lui va 10 LA FILLE DE DOMINIQUE. ben... car il est d'un crâne... l'mois dernier, il a comme y dit, mis trois bourgeois sur 1' flanc... Baron. Ah! mon Dieu! Catherine. I*e premier, parcequ'il l'avait regardé en face... et le troisième, parcequ'il ne l'avait pas regardé du (oui. JBarOll. Eli bien! ma chère Margot, si tu tiens à mr plaire, il faut commencer par oublier ton M. Bcllepointe... je ne suis pas curieux de faire connaissance avec lui. Catherine. Je I' veux ben, monsieur le baron; pour vous, n'y a rien ijue je n'fassions. Baron. Tu es charmante, et je te prends décidément sous ma protection... Tiens, voilà les arrhes du marché... (// F embrasse.) Catherine. Drôle de monnaie... c'est dommage qu'elle circule partout... (On entend Lalhorillière.) Baron, ! c'est délicieux !... fais entrer. NicoltiS, criant à la cantonade. Vous pouvez entrer, madame la folle. Scène X. Les Mêmes: CATHERINE, en costume de présidenle de f'époque: robe de sutin rose ouverte, avec un dessous de satin blanc; une ècharpe bleue en sautoir, une rose dans les cheveux. CatlierlltC. Baron! mon clier Baron, où est-il? rfIR: Jarrose, farrose (de JENNI'). Je chante, je danse, je chante, Pour calmer le feu qui me tourmente. Je danse et je poursuis toujours Le tendre objet de mes amours! J'en jure, toi de présidente, Par Baron mon cœur fut séduit; Pour lui, ma flamme déroranie. Vous le voyez, m'a l'ait perdre l'esprit. Baron, Eli quoi! belle présidente, c'est pour Baron... Catherine. Je chante, je danse, etc. (A Uaron.) Ali! ali ! vous voilà, chevalier; comment vous portez-vous?... merci, pas mal... et vous? où est-il, je le 14 LA FILLE DE DOMINIQUE. cherche partout... Pour lui |>l;-:ire je suis devenue nymphe, sylphide, naïade, dryade, harnadryade ! Je l'appelle en fa dièze, il ine répond en mi bémol, cl je le poursuis en jetés- battus. Je chmil**, je danse, elc. \icolaK, lias à Baron. Kh bien! inoiisicur, est-elle folle celle-là? Baron, Tais-toi; son malheur m'intéresse ; pauvre femme! si je pouvais lui rendre la raison! Catherine, soupirant. Ah! chevalier, je suis bien malheureuse! j'adore Haron, et mon mari ue veut pas que je l'épouse. Nicolas, riant. Ah! ah! ah! Catherine, s'arançant sur Nicolas. Pourquoi riez- vous? Est-ce pour instiller à ma passion... (cinéraire... ! Holà ! à moi, mes mousquetaires j qu'on arrête cet homme et qu'on le charge île chaînes .. vous m'en répondez sur vos têtes. (Nicolas recule effrayé) Catherine, arec gaUé. Je chante,- je danse, elc 1 (Elle s'arrête au milieu du refrain et va s'asseoir sur le sofa d'un air mélancolique.) Itaron, à Nicolas. Attends! je crois qu'elle se calme, n'iuterromps pas sa rêverie. Catherine, assise. Ptt!.. psti... (Elle fait signe à Baron de venir auprès d'elle.) Baron. Vous m'appelez? (Il s'approche.) Nicolas, à mi-voix. TS'y allez pas, monsieur, elle va vous mordre. Blil'OII, Imbécile! une Julie femme ne me fait jamais peur. (Il s'approche.) Catherine. Plus près, plus prés earore. (Prenant la main de Baron gui s'est assis.) Ah! qu'on est bien près de toi! si tu savais, je suis bien a plaindre, quand je le regarde il détourne les yeux; quand je lui prends la main, il la retire; quand je. l'appelle, il me fuit, m'nbondoiinc! (Essuyant ses yeux.) Oh! je t'en prie, ne lui dis pas que j'ai pleuré, car il se rirait de mes larmes! Nicolas, essuyant ses yeux. Pauvre femme! elle me fait pleurer comme une béU! llai'OIl, ému. Ah! madame, croyez-bien que celui qui a pu vous plaire sera touché de tant d'amour. ( Tombant SCÈNEi X. 15 à ses genoux.) Et c'est à vos pieds qu'il jure de vous aimer toujours ! Catherine, se levant d'un air effrayé. O ciel ! est-ce possible! (Le regardant fixement et lui riant au nés.) Aàl ahl ali ! la drôle «le figure... lui à mes pieds! quand il voltige là-bas... Tiens, regarde, regarde, est-ce que tu ue le vois pas? Baron. Qui donc? Catherine, regardant en l'air et semblant suivre un objet des yeux. Ce beau papillon aux ailes dorées, qui vole au- dessus de ma tète... c'est lui!.., c'est l'objet de mon amour! Nicolas, à part. fllon maitre un papillon... est-elle folle l'infortunéeI Catherine, courant çà et là comme si elle voulait attraper un papillon. .■///{ du galop de Baudoin. Je le tien ! (b i s.) C'est mon amant, c'est mon bien! Je le tien! (bis.) Ah! comme il voltige bien! Objet de ma passion, Vif et léger papillon, En vain tu veux in'échjpper, Je vais t'attraper. Je le tien ! (bis.) etc., etc. (Elle recommence à courir.) Mais, cliut!... pour moi quel plaisir! Je vais enfin le saisir, Car il s'est posé là-bas Sur un échalas ! {Elle s'approche de Nicolas qui se tient ruide et droit, et semble attraper le papillon sur son nez.) Nicolas, se frottant le nez. Aye\ qu'est-ce que vous avez donc? Catherine, lui montrant le papillon quelle croit tenir dans ses mains. Je le tien ! (b i s,) C'est mon amant, c'est mon bien... Je le tien ! (b i s.) Ali! comme il voltigeait bien! Baron. De grâce chère présidente, écoulez-moi, et au lieu de courir après un être si volage et si léger, tour- 16 LA FILLE DE DOMINIQUE. nez les yeux vers celui qui ne demande qu'à vous rendre à la raison et au bonheur! Catherine. Quel son de voix... c'est le sien!... où suis-je donc pour qu'il ait entendu mes cris? {Elle passe ses mains sur son front d'un air égaré.) Tiens! je suis au spectacle! (Regardant dans la salle.) Oh! les belles dames! oh! les jolis garçons! (Elle fait la révérence.) Le voilà qui fait son entrée.. Qu'il est bien dans Achille, quand il dit: (Elle marche d'un air tragique.) Rende/, grâce au «eu! nœud qui retient ma colère, ..D'Iphigénie encor je respecte le père! (S'arrêtant.) Ah! maintenant le théâtre change... nous voici dans les champs, (ici l'orchestre joue en sourdine ta ritournelle de l'air suivant.) Vovez-voiis ces jeunes villageois qui traversent lu prairie avec leurs pastourelles. .. tenez, regardez ce berger qui fait paitre ses moutons. (Elle montre Nicolas) VÎCOlllH, à part. lion! elle me prend pour un berger, et elle voit de moutons maintenant... cette femme-la a la folie des bôtes ! Catherine» Il prend sa musette... il fait danser les jeunes filles sur le gazon... quels doux accords! (%fl Baron.) AIR de la Musette (de Panseron.) Vois leur plaisir, vois leur danse légère, Guide mes pas, et «ois mon pastoureau; Moi, pour toujours, je serai fa bergère. . Tieni, entend.s-tu le son du chalumeau ? .. Ecoutez ! Ecoutez! (Ritournelle de hautbois.) J'entends au loin la cliansonette Que l'écho fidèle répète. Ecoutons, (bis.) le voici, Oui, Il est déjà près d'ei. JVlcolaS. dansant. Dites donc, monsieur, il me semble que je suis une jeune bergère et que je dause une burrée avec mon pastoureau. Bai'Oll» Tais-toi donc. Catherine. Même air. Mais on s'éloigne et l'on quitte la plaine, Le soleil fuit, c'est l'heure du repos. SCÈNE X. 17 Déjà là-bas, sous l'ombre du vieux chêne, Tous les bergers rappellent leurs troupeaux. Ecoutez! (bis.) J'entends au loin, etc., etc. Il est déjà loin d'ici. (Elle leur indigue du doigt les bergers qu'elle voit partir et semble écouter avec intérêt le bruit du hautbois qui continue et s'éloigne peu à peu.) IVicolaB, écoutant toujours et ayant l'air de voir les bergers. Dieu de Dieu! doivent-ils être loin maintenant!... Catherine. Ciel! le voilà qui embrasse une autre bergère que moi... l'infidèle.., ali! soutenez-moi... je meilleurs Baron, la soutenant dans ses bras. Elle se trouve mal! Nicolas, va vite chercher des sels. Catherine, se relevant. Infime 1.,, tu te joues encore de nia douleur... Eh bien, c'en est fait... mon parti est pris!... (Reprenant l'air d'entrée.) Je chinte, je danse, etc (Elle sort en dansant ) Baron, à Nicolas. Vite, Nicolas, suis-la, et veille à ce qu'il ne lui arrive aucun mal. Nicolas» J'y vas, monsieur... sur son chemin elle n'aurait qu'a prendre les passants pour des papillons et courir après. (Il fredonne en imitant Catherine, et sort en chantant ) Je chante, je danse, etc. Scène XI. BARON, seul. Eu vérité, on n'a jamais inspiré une pareille passion!.,, je ne pourrais y croire si je ne l avais vu de mes propres veux... folle par amour... c'est inconcevable!.. Voilà de ces aventures qui n'arrivent qu'à moi... Ce qui m'amuse dans cette affaire, c'est l'amour propre de ce gros Lathorillière qui s'était figuré pouvoir l'emporter sur moi, même auprès d'une femme de qualité. Ah! ah! ah: *ftIR du vaudeville de la Partie Carrée. Pauvre garçon, dans ce monteur, peut-être. Pour elle ii brane et la pluie et le vent, Et malgré l'heure il ne voir pas parairre Au rende/, vous la beaulé qu'il «nend! hépi>rloir« Ko. 350 (2, Seri» No. 100.) 2 18 LA FILLE DE DOMINIQUE. Pour un galant, grand Dieu! quel tour infâme! J'ai plus d'adresse, et je puis, sur ma foi, Jurer du moins que jamais une femme Ne se moqua de moi, (bis.) Scène Xlï. KARON, LATIIORILLIÉRE. IiRtliorillière, entrant, à part. Ce pauvre Baron est encore là... ne lui disons rien île mon bonheur. Baron, à part. Ah! voici Lathorillière... moquons- nous un peu de lui. {Après un moment de silence ils se regardent et partent d'an éclat de rire.) Tous deux. Al Ri Eh! gai, gai, gai, mon officier. Ce moment Est vraiment Charmant! L'aventure est plaisante! Se serrant la main.) Permets que je te complimente, Le tour est excellent! IiHtliorlIlière, à part. Je ne venx rien lui dire, Pour rire à ses dépens. Baron, de même. Il fait semblant de lire, Mais c'est du bout des dents! Tous deux. Ce moment, etc. Baron, avec ironie. Eh bien! ta promenade a-t-elle clé Bgrvable, beau don Juan? liatliorillicre. Eh bien! sémillant Moncade, ta toilette estelle enfin terminée? Baron, de même. As-tu enchaîné à ton char quelque beauté nouvelle? Iiailioi'illicre. As-tu ajouté le nom d'une victime à la liste de tes conquêtes? Baron. Mais, depuis que tu es parti, je n'ai pas mal einuluvtj mon temps. SCÈNE XII. 19 •Lathorillière. Et ihoî, depuis que je t'ai quitté, j'ai trouvé les instants trop courts. BarOII. Tu n'es pas fatigué? Iiatliorillière. Pas le moins du monde. Baron. Tu as pourtant fait assez de rlieinin pour ça. liivtliorillière. Bah! tu sais donc l'histoire? Bni'Oll. Je m'en doute à peu près. ■jatliorlllièrc. Que veux-tu, mon cher, c'est ta faute... la présidente t'aurait peut-être préféré si tu étais vctiii au rendez-vous. Baron. Et toi, tu aurais peut-être été plus heureux, si tu n'y étais pas allé du tout. Iiatliorlilière. Vous allez voir qu'elle serait venue me chercher jusqu'ici. Baron. Pourquoi pas?... elle a bien daigné me faire cet honneur. Iiatliorillière. A toi? Baron. Oui, à moi., et la preuve, c'est qu'elle sort d'ici à l'instant même. Iiatliorillière. riant. Ah! ah! kh! c'est délicieux.'... moi qui ne l'ai pas quittée d'une minute. Baron, riant. Ali! nh! ah! moi qui l'ai cardée chez moi pend.int prêt d'une heure. EintllOI'llllere. Moi qui me suis p rame né avec elle aux Tuileries, liras dessus, liras dessous... Baron, (''est un peu fort, par exemple! lialliorllllère. JllR; Vive une femme de tête. Je l'en donne ma parole. Baron. Moi, je le donne ma foi Que la présidente est folle, Folle par amolli pour moi. Iiatliorlllière. Elle a, je le dis encore, Conservé tout son bon sens .. La preuve est qn'elle m'adore En secret depuis long-temps. Baron. Comme un Sylphe elle est légère, Tout céd» a s * douce voix, E ' sa taille de bergère Tiendrait entre mes dix doigts. 2* 20 LA FILLE I)E DOMIXIQl JE. Lathorllltere. Du tout, sa taille est immense, Ses appas exorbitants !... Bref, mo conquête, je pense, Pèse au moins deux ou trois cents! Baron. Mais vraiment tu déraisonnes... £l!e a tout au plus vin^t ans, Eiathorlllière, Dis qu'elle a quarante automnes Sans oublier les printemps. Bnran, J'obtiendrai la préférence, liatliorlllière. Je serai vainqueur, je croi. Tous deux. lit tu conviendras, je pense, Que l'on s'est moqué de toi. Baron. Comment tu Oies me soutenir que madame la présidente Nia* (le Fnllenville. . liatllOrillière. Va nie compter bientôt au nombre (le ses adorateurs... qu'elle me l ? a promis pendant que je portais non parasol <•( sa petite chienne.,, et que demain je dîne en téte-à tète avec elle chez le fameuv IlligaOt. HflrOII, lit moi je déclare qu elle n'a pu se promené* avec toi... qu'elle n'avait ni parasol^ ni petite chienne, et qu'enfin, monsieur de Lathotiilière, vous êtes un gascon. JLatliorilllère, lit vous, monsieur Baron, vous ites un fat! Baron, Qu'est-ce a dire? liathorillière. La! la! la! maintenant, ne vas-tu pas m'en demander raison?... (Avec emphase.) Paraissez, Navarrois, JVlaute.s et Castillans!" Scène XII Les Mêmes; CATHERINE, en uniforme de tambour des Gardes Françaises; elle entre brusquement. Catherine, avec l'accent d'un soldat Salut la compagnie... fjathorillière. Tiens!... qu'est-ce que rV-t que re petit Castillan qui noua tombe du ciel?... SCÈNE XIII. 21 Catherine, n'approchant de Lathorillière. Excusez, mon gros bourgeois... ne serait-ce point vons qui s'appelle- riez Baron? Baron. C'est moi... que demandez-vous? Catherine. Pardon, comédien, si je m'introduis militairement dans votre foyer domestique... je n'ai qu'un mot à vous communiquer... je me nomme Bellepointe... et voilà! Baron. Bellepointe?... Catherine. Un peu. . c'est moi qu'est le jeune tambour dout ce matin mam'selle Margot vous a fait relation... et comme vous vous êtes permis des licences avec cette innocente villageoise, je prends celle de venis très poliment vous passer mon glaive au travers du corps... et voilà! ■jathorlllièrc. Comment, comment!... tu as pris des licences ?... Baron. Je ne sais pas ce qu'il veut dire. Catherine. Comédien, vous manquez de respect à la vérité... tenez, j'en fais juge mon gros bourgeois... liUthorillière, avec humeur. Mon gros bourgeois... mon gros bourgeois... Catherine. Eh bien! est-ce que vous aureriez la prétention d'être dans les éminences ?... (Elle lui frappe sur le ventre.) Farceur! Lathorillière. Aïe!... laissez-moi donc, musicien de régiment... est ce qu'il prend mon ventre pour une grosse caisse Baron, à Catherine. Au fait, aurez-vous bientôt fini? Catherine. Minute, comédien... avant de détruire un particulier, je tiens-t-à prouver que le massacre est légal et tempestif... Or donr, il est revenu-z-à ce matin à l'écho de mes oreilles que tu avais eu l'audace de déposer un baiser frauduleux de dessus la joue virginale de ma Dulcinée... ce à qnoi je viens te demander la raison pourquoi-t-est-re, afin de fixer mon ressentiment-z-à cet égard... et voilà! AIR d'Adam. Ra pa ta plan... etc., etc. J'ai le chapeau-z-à cornes, Mais selon ton désir, Dans 1' corps des capricornes Je ne veux paa servir. 81 t'aa l'cœur de m' suivre, Comédien, )" prétends, Pour l'apprendre à vivre, Te tuer en deux temps. 22 LA FILLK DE DOMINIQUE. IU pa ta plan .. etc., elc , etc. Pour les bons je suis un mouton, Pour les méchants je suis un lion. Deuxième Couplet. lia pa ta plan... elc, etc. Je n'aim' pas qu'on me vesque!.,. Et quoique bon enfant, Quand il s'agit du sesque Je n' suis pas t-enduranr ! Oui, mon gentilhomme, Avec mot) briquet, En deux j' coupe un homme Plus vite qu'un navet. Ra pa la plan. . etc , elc. Pour les bons, etc, Bliroil. Eh morbleu! tardez votre Margot et laisse/. - moi tranquille. Lathorllllère. ("est charmant! (.// Baron.) Voilà donc la belle conquête dont tu te vantais tout-à l'heure? Catherine. Ah! Il s'a vanté? (A liaron) Tu t'as vanté C Lathorllllère, Oui, nui ; monsieur voudrait faire croire qu'il ne courtise que les grandes dames, et il s'abaisse à soupirer pour une... Catherine. Une quoi: Lathorllllère. Eh bien! une grisolle. Catherine, avec colère, .loiir de Dieu! ventrebleu! palsamblcu! sacre bleu ! Lathorllllère, reculant effrayé. (Qu'est-ce qu'il a donc, ce petit Harbe-BIcue ? Catherine. Il parait que vous êtes las aussi de Couler aux pieds le sol des humains? Ah: vous insulte/, ma déesse! ah! vous la baptisez du nom amphibrologique de grisette! en ligne! J'éprouve le besoin de vous annuler aussi. (Il tire son sabre.) Lathorllllère.