Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 62. (312.) on SCHOENBRIJIIN ET STE-HEMNE. • DRAME HISTORIQUE EN DEUX PARTIES ET NEVF TABLEAUX, PAR roui, ni'PEiiTir et reoivier. ----- ...in 1 H'.' ; \—■ —-- BERLIN, 1846. Ml. Schlesinyer, Libraire e» Éditeur l'île de Sainte-Hélène, en Afrique. Répertoire No. 312. (2. Série No. 62.) 1 2 NAPOLÉON. SCHOEHBHUKN TABLEAU I. Une iliamlire, portes et croisses dans le fond. Scène I. WALDER, CLÉMENCE, LOUISE. (Clémence assise devant un piano; près d'elle son père et sa femme de chambre.) Louise. Écoutez Jonc, Mademoiselle, un Français ça ne peut pas être sérieux et tranquille comme un étudiant. \v«ider. C'est la première fois que j'entends dire: Iran quille comme un étudiant. Louise. Ah! Monsieur Walder, vous me comprenez bien: tranquille comme cet étudiant qui loge chez vous. Mais, Mademoiselle, c'est un allemand votre Monsieur Frédérich, tandis que le mien.... Que voulez-vous, j'aime les Français, moi. Clémence. Comment peut-on aimer les ennemis de son pays! Louise. Ce ne sont pas tous des ennemis, Mademoiselle; il y en a qui sont les meilleurs enfans du monde. Mon sergent, par exemple; eh bien! à part quelques mouvemens d'humeur, quelques petits gestes un peu vifs, quelques.... Mon dieu! c'est la meilleure pAte d'homme.... Clémence. Pauvre Louise! tu me fais pitié! Louise. Mais, Mademoiselle, je ne suis pas la seule du mon avis. Vous voyez bien que toutes les demoiselles de Vienne vont au Prater avec les Français, et nos belles dames voudraient promener toute la grande armée dans leurs carosses. Walder. Certainement dans tout Vienne il n'y a pas une plus mauvaise langue que toi. Au lieu de bavarder ainsi, vas à ta besogne. Louise. Toute ma besogne est faite, Monsieur Walder. Walder. Et le diner des Français"! Louise. Il y a plus d'une heure que leur soupe est sur la table. Walder. Eh bien! alors va la réchauffer. S'ils trouvent le diner froid, veux-tu qu'ils renouvellent la plaisanterie de l'autre jour? Louise, riant. Ah! ah! le jour qu'ils ont jeté la nappe par la fenêtre.... Walder. La nappe, avec tout ce qui était dessus. Louise, elle s'apprête h sortir. Ah! Monsieur, si mon beau sergent était logé chez vous, ces tours-là ne se renouvelleraient pas. C'est qu'avec lui, il ne s'agit pas de plaisanter: le sabre à la main tout de suite, et pas d'explications. Oh!... aussi je TABLEAU I. SCÈNE ÏI. 3 le lui disais bien hier: demandez done un billet de logement chez nous. Walder. Grand merci de votre protection, Mademoiselle; amener cet ivrogne-là chez moi! nous avons bien assez de nos quatre tambours. Voulue. Allons, comme vous voudrez. 0* »>«r<.) C'est égal, j'aurai mon beau sergent ici. (Elle sort.) Scène II. Les Mêmes, excepté LOUISE. Walder, En vérité, si l'occupation dure encore quelques années, je ne sais pas comment on fera pour vivre. Clémence. 11 faut espérer que Dieu viendra au secours de l'Allemagne. 0 Walder. Espérons done; mais en attendant le bonheur de l'Allemagne, parlons du tien, ma chère enfant.... C'est demain.... Clémence. Oui. Chose singulière! un moment que j'ai tant désiré, maintenant que j'y touche, j'éprouve comme de la crainte. Walder. De la crainte.... et pourquoi? Clémence. Sans doute. Mais je ne sais.... il y a des mo- mens où il me semble que cela n'arrivera pas, que je ne serai pas mariée à Frédérich. Walder. Allons, je vois que tu es aussi folle que lui. Clémence. Ne parlez pas ainsi de celui que j'aime. Si je le préfère à tous, c'est que parmi nos jeunes ctudians, nul n'a plus de vertus, un plus noble caractère; nul ne réve avec plus d'ardeur l'affranchissement de notre belle patrie.... Oui, je suis siire que mon Frédérich rendra un jour son nom cher à l'Allemagne, à tous les amis de la liberté! Walder. Eh mais! quel enthousiasme!... Sais-tu, ma fdlc, que je vais devenir tout lier de toi. Clémence. Croyez-vous donc, mon père, que les malheurs de mon pays aient laissé mon coeur sans émotions '!... Mon enfance s'est écoulée dans la douleur, dans les larmes; j'ai vu les enfans des premières familles périr en combattant l'invasion étrangère. Malgré leurs généreux efforts, malgré les prières ferventes de nos ministres, nos armées sont en fuite, nos villes sont remplies de soldats ennemis, et la honte est notre partage.... Ah! je ne suis qu'une faible femme; mais, quand je pense à l'asservissement de l'Allemagne, je me sens toute Via •lignation, tout le courage d'un homme. 1* 1 NAPOLÉON. sertÀÉNBBUNN Scène III. Les Mêmes, FRÉDÉMCH. Frédérlch, entrant précipitamment. On n'est pas plus étourdi que moi.... Bonjour, M. Walder, bonjour, ma jolie fiancée. Walder. Eh bien! monsieur l'amoureux, comment allons- nous ce soir* sommes-nous toujours sérieux, sentimental, mélancolique? Frédérlch. Monsieur Walder, il me faut tout de suite de l'eau-de-vie, du feu, du tabac, douze bouteilles de bière. Voilà ma mélancolie de ce soir. Clémence. Je vois ce que c'est: vos amis, les éludians de l'université.... Frédérlch. Oui, chère amie, c'est mon tour de les recevoir aujourd'hui, et, tout occupé de mon bonheur, j'ai oublié de faire préparer.... Aussi, Clémence, c'est votre faute; je ne peux que songer à vous. (S?approchant d'elle, et lui prenant les mains,) Comme vous voilà jolie! que cette mise simple est élégante! qu'elle vous sied bien!... En vérité, Clémence, vous me faites trop d'envieux. Clémence, retirant ses mains. Il ne s'agit pas de cela, Monsieur. Voyons, dites ce que vous voulez. A quelle heure viendront vos amis? Frédérlch. Ils devraient déjà être ici, je les ai rencontrés au détour de la rue. Clémence. Comment! et vous êtes là à dire des folies, au lieu de vous hâter? ô l'étourdi !... A quoi songez-vous donc? Walder. Ma fille, voilà une question bien coquette. A quoi il songe, c'est peut-être à moi. Clémence. Mon dieu, mon père, laissez-le moi gronder un peu; je n'en ai pas souvent l'occasion. (Elle court vers la porte,) Je vais vous envoyer tout ce que vous avez demandé. Frédérlch, la regardant aller. Oui. L'amour d'une si aimable fille vaut mieux que toutes les richesses de la terre, que la renommée la plus illustre, que toute la gloire possible, que toute la gloire de Napoléon.... Walder. En voilà d'une bonne, par ma foi! la gloire de (Elfe sortO TABLEAU L SCÈNE VI. 5 Napoléon!... elle est jolie, sa gloire! Un démon incarné qui depuis dix ans s'amuse à culbuter nos pauvres Koeserlitz. Frcilérlcli. Monsieur Walder, je le hais; mais c'est un homme de génie. Du reste, laissez faire aux Amis de la Vertu. Walder. Oh! je laisse le Tugenbund faire tout ce qu'il voudra.... Ah ça, messieurs les Burchenschafts, comme vous vous appelez, savez-vous que vous êtes de plaisans seigneurs. Frédérich. Parce que?... Walder. Votre société prend le nom A'Amis de la Vertu, et toutes les fois que vous vous réunissez, je vois qu'il ne s'agit pas d'autre chose que de boire et chanter. Frédérloh. Vous n'y voyez pas autre chose, Monsieur Walder? Walder. J'y vois encore que vous fumez prodigieusement; mais après cela.... Frédérlcli, à demi-voix. Mon excellent ami, si vous aviez vingt-cinq ans; si, au premier mot, vous étiez décidé à sacrifier votre vie pour la liberté, je vous expliquerais ce que c'est que le Tugenbund, ce que veulent les Amis de la Vertu; mais comme les hommes de voire âge doivent laisser aux jeunes gens le soin de venger le pays, comme vous avez mille raisons de tenir à la vie, monsieur Walder, contentez-vous de dire à chacun que cette noble association n'a d'autre but que de fumer, île chanter bien fort, et de vider beaucoup de flacons. Xavier. Eh bien! pas un pot de bière! lMusieur* Voix, sur l'escalier. De la bière! de la bière! voici les buveurs du diable! Le Baron. Et du tabac, mon camarade! du tabac aux Uurshenshafts! Frédérlcli. Mille pardons, Messieurs, je suis en retard (Il s'approche de l'escalier.) Louise! ma bonne Louise! au se cours! ires verres! des bouteilles! Vite! vite! dépêchons nous! Walder. Allons, Louise, allons donc. (lî «orl.) coté donner de la télé. Les Français vous crient d'un les Allemands d'un autre. 6 NAPOLÉON. SCHOENBAUISN- Le Baron. Est-ce que tu ne dois pas obéir de préférence aux Allemands? Loui§e. Je n'ai de préférence que pour les gens aimables. (Elle pince des bouteilles cl des verres sur la table.') Une Voix, de l'appartement d'en bas. Louise! Louise! descends donc; voilà un Français, on n'entend pas ce qu'il demande. Loulae. C'est du vin! (Aux étudians.) Ces Messieurs ont tout ce qui leur faut? lie Baron, Oui; mais si l'on t'appelle, ne te fais pas attendre.... lîire, boire et chanter, voilà notre devise. Tout. Oui, vive la gaité! Louise. Au revoir, messieurs les Burshenshafls.... A la France, maintenant. (Elle sort.) Scène VII. Les Mêmes, excepté LOUISE. (Ils la suivent tous en répétant: vive la gaité! — Mais à peine est-elle sortie, qu'ils ferment soigneusement la porte, et redes- tendent mystérieusement la scène.) Frédéricn. Enfin nous voilà seuls, et personne ici ne soupçonne le motif de notre réunion. (Prenant sur la table un des verres que Louise a rempli, et l'élevant.) A l'indépendance de l'Allemagne! Tous, l'imitant. A l'indépendance de l'Allemagne! Frédérich, h un étudiant. Baron, avez-vous des nouvelles? Le Baron. Notre société fait chaque jour de nouveaux prosélytes. Le noble et l'artisan, le pauvre et le riche, briguent tous l'honneur de sejoindre aux vrais Amis de la Vertu. Xavier. On assure que le prince Charles lui-môme veut mettre son nom sur la liste. Frédericli. Et notre armée? Le Baron. Hélas! toujours en retraite.... Xavier. Nos soldats sont pourtant aussi braves que les leurs. l'rédérlcli. Oui ; mais il faut bien l'avouer, les lalcns du prince Charles le cèdent au génie de Napoléon. de Baron. Il suffît donc d'un seul homme pour asservir toute une nation! Frédcrlch. El si cet homme cessait de vivre? Le Baron. Je devine ta pensée. Frédéricli. Son année, privée de ce chef redoutable, n'au- TABLÉAU I. SCÈNE VII. 7 r»it plus que sa valeur; nous aurions pour nous le nombre et le bon droit, tout s'armerait, et bientôt l'Allemagne affranchie, bénirait la main qui aurait frappé le conquérant. Le .Baron. Ali! si Napoléon venait à Vienne! Frédérich. Qui nous empêche de l'aller chercher! Écoutez, mes amis! (Toits l'entourent.*) Vous sentez-vous le courage de sacrifier à notre sainte cause, votre fortune, votre avenir de bonheur, jusqu'à votre existence? Le Baron. Tout pour la liberté! Tout. Nous le jurons! Frédérich. Eli bien donc! qu'un de nous se dévoue au salut de tous. Qu'au nom des peuples qui maudissent leur esclavage, il arme son bras; qu'il frappe, et qu'il assure d'un seul coup l'indépendance de l'Allemagne! Tous. Nous sommes prêts! Frédérich. Mais qui nous achèvera cette glorieuse en (reprise? Tous. Moi! Frédérich. Mes amis, le ciel seul doit désigner celui d'entre nous qu'il destine à ce noble sacrifice.... Que vos noms et le mien soient écrits, mêlés ensemble, et que le sort eboisisse. Xavier, C'est cela, justice pour tout le monde. (Il se met h la table, et écrit le nom Je chacun sur un papier, qu'il roule ensuite.*) Le Baron. Frédérich, il n'est aucun de nous qui n'aspire à l'honneur d'accomplir cette noble mission.... et je lis dans les yeux le généreux espoir qui t'anime; mais nous t'en supplions, laisse-nous te donner une dernière preuve d'amitié.... Frédérich. Que veux-tu dire? Le Baron. Ta fiancée.... elle attend de toi le bonheur; et si tu mourrais, elle ne te survivrait pas.... l'ermets-nous de ne pas mêler ton nom à celui de tes amis. Frédérich. Qu'osez-vous me proposer?... N'avez-vous pas aussi une amante, une mère, de tendres affections?... J'aime Clémence plus que la vie; mais Clémence mérite que je sois digne d'elle.... Plus un mot là-dessus, je vous en prie. .. Xavier, tout est-il prête? Xavier, présentant le chapeau dans lequel il a jeté tous les noms. Voici tous les noms réunis. Frédérich. Baron, tirez vous-même celui que le destin appelle. Le Baron, tirant un nom du chapeau. Frédérich Staps' Tous. Frédérich! Frédérich, avec enthousiasme. C'est donc moi qui suis l'élu de la Providence! c'est mon bras qui doit à jamais délivrer I H NAPOLÉON. SCHOENBBUNN % mon pays!... Mes amis, vous verrez si je sais tenir mon serment! Tous, prenant leurs verres. A la gloire de Frédéricli! (Ils loivent.') Fredérlcli. Surtout, au succès démon entreprise!... Honneur au Tugcnbund! et quej chacun répète avec moi le chant sacré des Amis de la Vertu! Air nouveau de M. Pictini. Un jour de gloire C'est la carrière Et de liberté, Qui nous est chère, Courte Tictoire, Nous voulons la liberté! Trépas enchanté; Tout le» étudiait* en choeur. Un jour de gloire, etc., etc. Frederick. f Armons nos bras des fers de l'esclavage, Armons nos coeurs d'un généreux courage ; Le courage, en nos jeunes coeurs, Est plus fort que l'airain qui tonne; La liberté suit les vainqueurs, (bis.) C'est le courage qui la donne. CHOEUR. Un jour de gloire Et de liberté, elc, etc. Xavier, qui a été au fond. Mes amis, de la prudence!... il m'a semblé qu'on nous écoutait.... Tout, reprenant leurs verres. Chanter, rire et boire, C'est la carrière Trinquer en fumant, Qui nous est chère, C'est la seule gloire C'est le refrain de l'étudiant. Du brave Allemand; Xavier, au fond. Non, je me serai trompé, je n'entends personne. Çlls se rapprochent tous de Frédérkh.) Erédcrleh. t rères,ain;«,récha>iironsdansnotrei1me, One Napoléon frappé tombe, De la vertu la belliqueuse flamme; Ou bien descendons glorieux, (bis. - , Sur la terre de nos aïeux, p r è 8 de nos pères, dans la tombe. CHOEUR. Un jour de gloire Et de liberté, etc., etc. Hubert, en dehors. Holà! eh! le bourgeois! la fille!... Frédérlch. Un soldat français! qu'il no se doute de rien. (Ils reprennent leurs verres et préparera leurs pipes.) CHOEUR. Chanter, rire et boire, Trinquer en fumant, C'est la seule gloire Du brave Allemand; C'est la carrière Qui nous est chère, C'est le refrain de l'étudiant. TABLEAU I. SCÈNE VIII. 9 Scène VIII. Les Mêmes, HUBERT; il paraît au fond pendant le refrain, Hubert, entre deux vins. Dites donc, las de farceurs, si va vous était égal de crier plus bas; voilà une heure que j'appelle, et personne ne m'entend. Xavier. Quel est cet homme? Hubert. Cet homme! c'est Jérôme Hubert, dit Bel-OEil, sergent aux grenadiers à pied de la vieille garde; vainqueur de l'Allemagne, pour la partie de l'infanterie; bon enfant, mais un peu dur à cuire.... Le Baron. Eh bien! voyons, que voulez-vous? Hubert. Ce que je veux? D'abord, ça ne vous regarde pas, ma petite boule carrée. xm 1er. Eh bien! alors laissez-nous. Hubert. Mille tonnerres! apprenez qn'il n'y a que mon général qui ait le droit de me donner mon congé, tètes de chou-croute. lie Baron. L'insolent! Frédéricli, h voix basse. Soyons prudens.... Hubert. Qu'est-ce que c'est?... J'ai entendu une qualification équivoque.... Quoique je sois un peu dans les nuages, il faut tirer ça au clair.... Voyons, quel est le jeune savant qui a jaboté, que je lui enseigne la puérilité civile et honnête. Le Baron. Nous laisserons nous injurier et dicter des lois par un soldat? Tons, excevlé Frédérich. Non, non! Hubert. Ah! ah! douze contre un.... ça n'est pas assez, vous ne valez pas la peine que je vous avale.... Allez en chercher encore un quarteron, et après ça, on verra.... Amenez-moi toute l'Allemagne, toute l'Europe, avec armes et bagages.... Je nie moque de toute l'Europe, à pied et à cheval. Tous. Sortez! Hubert. Ah! que je sorte.... Nous allons voir qui est-ce qui fera un quart de conversion.... (Mettant Ut main sur son briquet.) Je vas vous exécuter un moulinet qui vous fera voir des étoiles en plein midi. {Les étudions veulent se jeter sur lui; mais il les arrête avec le sabre.) 10 NAPOLÉON. schoenuruSn. Scène IX. Les Mêmes, WALDER, puis CLÉMENCE el LUISE. Walder. Ah! bon dieu! d'où vient tout ce tapage? Hubert. Amenez-moi toute d'Europe, ça m'est égal. Louise. N'ayez pas peur, c'est mon sergent.... (lielenunt Hubert.) Vous voyez bien qu'on ne veut vous faire aucun mal. Hubert. Je veux écraser tous les Allemands. Louise. Mon ami, mon petit Chérubin, vous, un grenadier français, vous êtes trop brave pour vous servir d'un sa- bce contre ceux qui n'en ont pas. Hubert. C'est juste.... Allons.... je vous pardonne; mais que ça ne vous arrive plus. (Il remet le sabre dnns le fourreau.") Un Ùtudlnnt. Monsieur Walder, permettez-nous de lui donner une bonne leçon. \\ nlder. Du tout, du tout. Je vous engage, au contraire, à vous éloigner, à ne pas faire de ma maison le but de perquisitions fort dangereuses.... Bien le bonjour, Messieurs. Frédéricli. Monsieur Walder a raison: les soldats de Napoléon sont les maîtres.... il faut obéir. Hnbert. A la bonne heure. Au moins, voilà qui s'appelle parler. Clémence. Quoi! c'est vous, Frédéricli'?.... Je ne vous comprends plus.... ft'rt-dcrich. Clémence, la résignation est aussi du courage.... (Aux éludions.) Mes amis, retirez-vous, je vous en prie.... (Avec intention.') et comptez toujours sur moi. (Les étudions saluent Waldev et Clémence, puis ils sont reconduits par Frédéricli, el sortent.) Hubert. Enfin, tous ces petits pekins là ont délile la parade-— Maintenant, bourgeois, il s'agit de dialoguer ensemble. Wnlder. Que voulez-vous de moi 'I démenée. Jusqu'à mon père qu'il ose insulter!.... Voilà donc l'état d'uu peuple vaincu! Wnlder. Comment, Monsieur, un billet «le logement) Hubert. Comme vous dites, estimable Allemand. Walder. Mais j'ai déjà garnison chez moi, et il n'y a plus de place, Les Mêmes, excepté Les Étudians. Hubert. Savez-vous lire? (Lui remettant un pap'u r. ) TABLEAU I. SCÈNE X. 11 Hubert. Qu'est-ce que cela, il n'y a plus tlo placer?.... Et cette grande salle, où tous ces amateurs chantaient la Mère Oodichonl.... Walder. Mais c'est la salle à manger. Hubert. Eli bien! vous y mettrez quelqu'un, et vous me donnerez sa chambre.... (Montrant la droite.') Celle là, par exemple.... Frédérioli. C'est la mienne, Monsieur. Hubert. C'est la vôtre, jeune homme?.... Alors, ça ne fait pas la plus petite difficulté.... (Lui prenant la main.) Touchez là, camarade.... Cette salle est superbe, vous y coucherez; et moi, je bivaquerai, comme je pourrai, dans votre petite chanv bre.... (Se jetant dans un fauteuil.') Savez-vous qu'ils sont bons, vos fauteuils, Mein-Herr. Clémence, «i voix basse. Frédérieh, vous pouvez supporter toutes ces humiliations?.... mon père ofl'ensé, vos amis chassés, vous-même? trédéricli, de même. Clémence, je veux, je dois tout soufl'rir. Clémence, « part. Quel changement s'est opéré en lui ! (Oji entend des salves d'artillerie.) Walder. Du canon!.... Que signifie? Hubert, se levant. Ça, c'est le camarade qui tousse; et ce bruit là veut dire Napoléon! «aider. Napoléon! Hubert. Oui, Mein-Herr, Napoléon 1er, le petit caporal, empereur Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Hhin, médiateur de la confédération Suisse.... etc.. etc., etc., si vous voulez bien le permettre. Frédérleh. Napoléon vient à Vienne? Hubert. Et qui donc, s'il vous plaît?.... Demain, il mangera la soupe à Schœnbronn; c'est l'empereur d'Autriche qui régale.... Frédérlch, h part. Demain à Schœnbrunn!.,.. je ne l'oublierai pas.... Hubert. Mais, tenez, entendez-vous déjà la musique? c'est la tête du cortège qui s'avance.... ÇA Louise.) Petite mère, donnez-moi le bras, je vous prends sous ma protection.... QA Frédérieh.) Et vous, camarade, est-ce que vous ne voulez pas voir l'empereur? Frédéric».. Si, j'en ai le désir.... Mais la foule est si grande!.... Je voudrais le voir de près. Hubert. Ma foi, à votre ais.... Adieu, estimables Aile inands, qu'on me préparc ma chambre et du vin; car je vous 12 NAPOLÉON. scHOEtrom Su» préviens que j'aurai soif en revenaiil..... (Au fond.} Passez, belle Louise! honneur aux dames! ( Une marche militaire se fait entendre en dehors. — Des cris de vive l'empereur! retentissent nu foi». — La musique devient plus bruyante, par degrés, et l'on voit paraître les tambours et les aigles qui sont en tète du cortège. — tes cri* de vive l'empereur! se renouvellent. ) FIN OU FriKMIKH TADLKAU. DEUXIEME TABLEAU. Une galerie du palau de Solioeiilmnin. Scène I. NAPOLÉON, LE DUC - ministre - secrétaire d'étal; LE GÉNÉRAL -aide-de-camp de service; Maréchaux, Généraux, Diplomates, un Chirurgien. (Après le changement, l'empereur entre, en continuant une conversation avec le duc.) E>e l»uc. Je- comprends le désir de Votre Majesté.... Où était la statue de Henri IV avant la révolution, sur le terre-plein du Pont-Neuf? Napoléon. Oui. i.e nue. Un obélisque produira là un très-bel effet Napoléon. J écrirai dessus: „Napoléon, au peuple français!" tout simplement. (Se tournant vers un diplomate.') Monsieur, je vous ai fait appeler, pour que vous ayiez à pourvoir aux besoins des prisonniers. Duroc et monsieur le duc ont reçu mes ordres pour l'étahlisement des ambulances; mais je vous charge spécialement des blessés autrichiens. Faites-les placer sur des voitures, je veux qu'on les traite comme mes soldats.... Tous les braves ont doit ;'i l'hospitalité du champ de bataille. Le Hue. Sire, vos nobles intentions seront remplies. Nopolcou, se promenant d'un air soucieux. Quelqu'un de vous, Messieurs, a-t-il lu les gazelles allemandes, ce malin? Le Due, fui présentant un journal. Sire, voilà le Correspondant de Hambourg, que M. de liourieunc nous a envoyé Napoléon. Voyons cela. Le lluc C'est un journal qui a soixante mille abonne TABLEAU 11. SCÈNE II. 13 Napoléon. Je le sais, (il lit.) ..Bataille de Wagram: en ..viront cinquante mille hommes sont restés sur le charnu 'de ..bataille, ou doivent être conduits dans les hôpitaux." (S'ùi terrompant ) Mon armée a perdu beaucoup de monde.... Mon sieur le duc, je fais un décret qui assure une dotation aux blessés invalides ... Les veuves de ceux qui ont succombé, recevront une pension, et la pairie adopte leurs enfans. (Continuant de lire.) „Les Français ont pris trente pièces de canon. ..enlevé plusieurs drapeaux, et fait vingt mille prisonniers.... ...Les généraux Lasalle, Gauthier et Lacour, ont été tués." C'est assez impartial... Qu'est-ce que cela? „Le prince de Ponle-Corvo à son armée!'' J'ignorais qu'il eut publié un ordre du jour. Après une pareille conduite, on doit se taire. 1-8 Général. Le prince prétend qu'il ne pouvait rien exécuter avec ses Saxons; qae l'armée française n'est plus celle de 1705.... Napoléon. Mon armée est toujours la même; il n'y a de changé que quelques hommes, que je ne reconnais plus.... Voyons la suite. (Il lit.} „Au milieu des ravages de l'artillerie, „V0S colonnes immobiles sont restées inébranlables comme l'ai- „rain,..." Oh! pour le coup, c'est trop fort, (il jette le journal sur une table, avec violence.') L'aide-de-camp de service! Ie Bubna. Trieste! i,o Une. Oui, monsieur le comte, Trieste avec le cercle de Villach. ne Bubna. C'est impossible. Votre Excellence doit sen lir que.... Le nue. 2° L'Istrie autrichienne, ne il h h un. Encore listrie! Le nue. 3°.... Ue Bnbna. Arrêtons, monsieur le duc; il est inutile de discuter davantage. Si j'accédais aux désirs de votre maître. l'Autriche se trouverait entièrement découverte. Le Duo. Découverte! pas du tout. ne Bubna. Noua abandonnerions toutes nos frontières défensives. Le nue, traçant une ligne sur la carte. Cette démarcation est la plus simple. Elle est pour ainsi dire établie par la nature, puisque la rivière de la Save lixerait avec toute la précision possible lés frontières des deux peuples. ne Bubna. Jamais l'empereur, mon maître, ne pourrait acquiescer à de semblables conditions. Le Bue. Elles sont la volonté de Napoléon. De Bubna. La retraite du prince Charles ne doit pas êlre considérée comme un acte de découragement. Nous avons encore la cavalerie d'Essling, monsieur le duc. Le nue. L'empereur ne met pas en question les ressour ces de l'Autriche. ne Bubna. Wagram vous a coûté bien du monde. Le Mue. D'accord ; mais est-ce donc pour rien que nous avons chassé devant nous l'Archiduc? ne Bubna. 11 est des victoires que l'on achète quelquefois par l'épuisement d'une armée et, dans celte cinconstance, la véritable force peut bien être du côté qui a mieux aimé abandonner un lambeau de territoire, que de prodigner le sang des soldats. Du reste, monsieur le duc, je dois vous le dire, l'Allemagne est fatiguée de l'oecnpationélrangère, notre débonnaireté. TABLEAU II. SCÈNE VIII. n si connue, est enfin épuisée, et je trois qu'il est dans l'in térél de votre maître de ne pas nous pousser à bout : le de sespoir pourrait l'aire ee que le courage seul ;'i vainement tente Un Chambellan, entrant. L'empereur ! Ile Hnbnn. Déjà ! Scène VII. Les Mêmes, NAPOLÉON. Napoléon. Eli bien! monsieur l'ambassadeur, que tenez vous dans le pli de votre toge? est-ce la guerre ou la paix? Ile Hubna, Sire, les conditions que monsieur le duc a eu l'honneur de proposer au nom île Voire Majesté, en admet tant qu'elles pussent établir les bases d'une paix perpétuelle entre les deux peuples, réduiraient l'empire d'Autriche à un état de faiblesse, qui ne lui permettrait pas de s'opposer, à l'avenir, aux entreprises de ses voisins. Napoléon. Mes alliés n'ont rien à craindre l'un de l'autre; je maintiendrai chacun dans ses droits. Ile Bubna. Alors je conseillerais plutôt à mon naître de s'abandonner à la généreuse discrétion de Votre Majesté, que d'accéder à de telles propositions. Napoléon, avec froideur. Monsieur le chambellan, recon duiaez M. de Bubna. ÇÏjc comte de Bubna s'incline tlevanl l'empereur, et se dirige vers la porte.) Réfléchissez. Ile Bobnn. Sire, j'avais reçu l'ordre d'acquiescer à tout ee qui ne serait pas la ruine de l'empire. (Il tort ) Scène VIII. NAPOLÉON, LE DUC. Napoléon. Cent millions de contributions, pas un centime 'le moins; car il faut que la guerre paie la guerre.... quel'Au •riche paie l'Espagne. Du reste, celle contribution n'est pas «xhorbilante, franchement.... Quel est votre avis? Le Duc. Mais.... Sire.... dans l'état de gène où est l'Ai lemagne.... peut-être sera-l-il difficile.... Napoléon, l'interrompant. Vous autres, diplomates, voilà toujours comme vous êtes: des difficultés partout. Kt relativement à la cession que j'exige en faveur de la Russie, qu'en pensez-vous V te Uuc. Je pense que c'est un moyen de resserrer les liens qui existent entre votre Majesté et l'empereur Alexandre. Mpirioïn No. 312. (2. Srfrif No. G2.) 2 rawaot i8 NAPOLÉON. SOHOERBHUNlî. Napoléon. Kl que par conséquent il faul y tenir? Le Duc, C'est mon avis. Napoléon. Très-bien. Vous avez raison. Le 1>iic, « pari. J'en étais bien sûr. [Haut,') Dan:; la dis russion que j'ai eue avec le eomle de Bubna, j'ai remarqué que son opiniâtreté tenait principalement à la croyance de l'affai hlisscmcnt de votre armée. Napoléon. Vous croyez? Je suis fâché de ne pas lui avoir fait faire le tour du camp avec moi. Le nue. Il a parlé de la bataille d'EssIing, si fatale à notre cavalerie; des fatigues, des pertes de notre armée.... Napoléon, Lh bien.... faites en sorte qu'il ne parte pas encore.... Retenez-le; je lui ferai passer une revue, et vous verrez qu'il changera d'avis. (Le duc sort.') Ah! il nous croil malades, découragés. Maître IJul.na ! nous nous portons fort bien, tout prêts à recommencer. (/I lionsIan, qui reste toujours à Venlrée de ta galerie, tant que Napoléon est en scène.) Mande moi l'aidc-dc-camp de service. (Roitstan court au général cl revient de suite.) Scène IX. NAPOLÉON, seul. Je suis fatigué de me battre avec de si braves gens..., mais le cabinet autrichien est de mauvaise foi.... Chicannier! l'es pauvres Allemands! on leur lâche la bride; on leur parle de liberté aujourd'hui pour les exaller, les pousser contre moi.... Mais, si je tombais, les télés à poudre et les caillettes dé Bade auraient bientôt repris leur audace et leur sottise. Scène X. NAPOLÉON, LE GÉNÉRAL AIDE-DE-CAMP. Le Lténéral. L'empereur a des ordres à me donner? Napoléon. Oui.... ce soir, à deux heures, je -passerai mon armée en revue. Diles à chaque colonel qu'il doit se surpasser aujourd'hui. Que la vieille garde déploie loule sa coquetterie. Il faudra doubler la ration de vin.... En attendant, je vais aller faire un tour dans ma bonne ville de Vienne. (Ils sortent cnsemhle.) YtS DU DKUXIl':MK TABLKAU. • TABLEAU III SCÈNE III. 19 TROISIEME TABLEAU. Clmz WiiWWj coin m o nu premier T-iblc-nt, Scène I. FRÉDÉRICII, seul. — // entre comme tourmenté par une idée pénible; il est habillé. Je n'ai pu arriver jusqu'à lui : la porte de son palais m'a été interdite.... truand il est sorti, c'est à cheval, et il va si rapidement, que j'avais peine à le suivre des yeux.... Puis, toujours ces officiers qui l'entourent, ce mameluck qui ne quitte pas ses côtés.... Comment donc faire?... Dieu me fournira lui- mèine l'occasion. Scène IL FRËDÉRICH, WALDER, CLÉMENCE, en habits de mariés; LOUISE, Invités. Frédcrich, h lui-même. Jamais je ne l'ai vue si belle!... (f/ntif.) Chère Clémence, et vous, mon ami, je ne suis pas digne de tant de bonheur. Clémence. Krédérich, vous êtes l'époux de mon choix, et j'espère que je serai toujours fière du nom que vous m'au rez donné. Frédéricli. Je le jure, ma chère Clémence! l'honneur est le seul héritage de ma famille: il ne périra pas entre mes mains. Wnlder. Allons, mes amis, mes enfans, le ministre nous attend dans le temple.... Que tout le monde nie suive.... Ah! ee jour est le plus beau de ma vie! Louise. Kl moi, Monsieur? Wnlder. Toi, tu garderas la maison. Louise. C'est bien agréable. Wnlder. Partons! parlons! {Ils sortent tous, excepté Louise.) Scène III. LOUISE, seule. J'aurais pourtant bien voulu voir la cérémonie, moi; etiten 20 NAPOLÉON. SCIIOENBRUNN. «Ire la mariée dire oui, en baissant les yeux. Ça m'aurait appris comment il faut s'y prendre, quand ce sera mon tour. (A In fenêtre.') Ah! les voilà déjà entrés dans le temple, et ce ne sera pas long.... Je connais notre bon ministre, il est comme mon sergent, il aime mieux le bon vin du Rhin (pie les ser nions.... Hubert, en tlehors. Oli! là! eh! les amis, alerte! il ne s'agit pas de s'endormir ici. Louise. Tiens, en parlant de mon sergent, je crois que j'entends sa voix.... Ah! bien, ma foi, maintenant ils peuvent rester tant qu'ils voudront à se marier. Scène IV. LOUISE, HUBERT. Hubert, en entrant. Salut à la beauté! Louise. A qui parliez-vous donc là, beau sergent? Hubert. Eh bien, aux tambours du bataillon qui sont logés ici. C'est que, voyez-vous, il va falloir jouer des jambes et des baguettes. Louise. Comment, est-ce que vous allez partir? Hubert. Eh! non, ne vous faites pas de chagrin, ma si rêne; une grande revue, simplement.... Ah! ça, où est donc le bourgeois, avec tous ses buveurs de bière?... Louise. Ils sont tous au temple, pour le mariage de IVIam'zelle. Hubert. Le mariage!... ce mot là me fait un drôle d'effet. Louise. Et à moi aussi, beau grenadier! Hubert. Je me souviens qu'à Berlin j'ai eu des idées de ce genre là. Louise. Comment, à Berlin?... Hubert. Oui, oui mais soyez tranquille, ça n'a pas eu de suites fâcheuses. C'est comme à Hatisbonne, il y avait une petite brune.... Louise. Encore une!... Fi! c'est affreux! Hubert. Celle-là, par exemple, c'est différent. Louise. Vous l'avez refusée'! Hubert. Non, c'est elle qui m'a planté là pour un tam bour-major. Louise. Il paraît, Monsieur, que vous avez fait beaucoup de conquêtes? Hubert. En tous genres; c'est mon état.... mais aujour d'hili, ça n'est plus ça, c'est pour le bon motif; et dè,s demain, je demande à mon colonel la permission de vous épouser. .. TABLEAU III,. SCÈNE IV. 21 i.«ml ho Ali! comme il est gentil! Hubert. Par exemple, je suis sur d'avance qu'il me la refusera. Loulae. Et moi qui comptais là-dessus.... Oh ! que je suis fâchée, maintenant, de n'avoir pas pris mon trompette de hua sards, ou bien.... mon lioulan qui avait de si belles mousta clies, ou bien.... Hubert, l'interrompant. Oh! oh! il parait ma dulcinée, que c'est comme moi à Berlin et à Ratisbonne. Louise. Allez, Monsieur, vous êtes un monstre! Hubert. Fixe et immobile, amour de mon coeur.... Je vais vous prouver que je ne suis pas de l'infanterie légère.... Tenez, laissez-moi faire encore une douzaine de campagnes, et foi de grenadier, je vous rapporte ensuite mon coeur et ma main, une croix de plus et une jambe de moin3. Louise. Plus souvent que je voudrais d'un mari invalide! Hubert. El si on faisait la paix, petit coeur de rocher? Louise. Eh bien Y Hubert. Eh bien, je prendrais mon congé, et j'unirais par les liens de l'hyménée, la gloire et la beauté. Louise. Vous m'emmèneriez en France? Hubert. Oui Louise. A Paris 1 Hubert. Non.... mais dans l'endroit où s'est retiré mon brave homme de père: un village superbe, quarante maisons et cent cinquante habitants. Louitte. C'est égal, j'accepte. Hubert. Eh bien! alors, il ne vous reste plus qu'à dire à l'empereur d'Autriche qu'il soit bon enfant. Louise. Je ne peux pas aller dire à l'empereur d'Au triche.... Hubert. C'est donc bien difficile déparier à François?. Louise. Ah! voilà (oulc la noce qui revient! Hubert. Ça ne me regarde pas: il faut que je pense .1 la revue. Je vais m'insinuer dans ma petite chambre; car il ne faut pas s'embrouiller dans les feux de file, . il s'agit d'e lie bel homme et de soigner la tenue..... \1lie11. ma poule. (/i sort ta ihnniiiHl:) Mon bras a ma pairie, Mon roeur à mon Ainîe ; Moinii ftaiinent pour la gloirt cl son obj«-t, C'est le devoir d'un grenadier français. 22 NAPOLÉON. SCHOENBRl UN. Scène V. LOUISE, WALDER, FRÉDÉRICH, CLÉMENCE, Invités. Frédcrich, Ma chère Clémence, vous êtes donc à moi! Clémence. Pour toujours! Walder. (Jue le ciel vous accorde île longs et d'heureux jours!... Frédérich, lu as juré de faire le bonheur de Clémence... Prédcrlch. On n'oublie pas ce que l'on promet à Dieu, et je tiendrai tous mes sermens. Walder. A la bonne heure; mais quitte cet air de tris tesse qui va mal à un nouveau marié. Clémence. Mon père a raison, Frédérich: quelque idée pénible vous préoccupe? Frcdérleli. Non, non, ma chère Clémence: croyez que jo n'ai jamais senti, comme aujourd'hui, tout le prix de mon bonheur. Walder. Eh.... à la bonne heure.... quelques bonnes bouteilles de Tokey nous attendent.... Allons boire le vin du mariage. Prcdérleli. Nous porterons une santé au départ des Français. Walder. Oui, mon gendre, nous boirons au départ.... {Voyant entrer Hubert.) Je veux dire que nous porterons la santé des Français, nos chers alliés! Scène VI Les Mômes, HUBERT, en grande tenue de grenadier, le sac sur le don, sou /util à la main. i.ouiae. Dieu ! qu'il est beau comme ça, mon grenadier! Hubert. La santé des Français., . Il parratt que j'arrive comme Mars en carême. Walder. Mon cher bote, si vous voulez faire comme nous, nous allons dire deux mots à quelques vieux flacons. Hubert. Je n'haïs pas les vieux flacons; mais pour le moment nix.... il faut du sang-froid.... du vin, H donc?!... un pe lit verre, je ne dis pas. Louiic, lui présentant km j>cd'l verre. Voilà, sergent. Hubert. A la santé des époux! {Il /jml.) Il n'est pas mau vais le chenil-. Walder. Voulcz-voul redoubler? TABLEAU III. SCÈNE VU. 23 Hubert. Du tout, suflieit.... Quand ou passe la revue de l'empereur et roi, il ne faut pas badiner avec les liquides. Prédérleb. Comment, Napoléon passe une revue? Hubert. Un peu, jeune homme.... et si vous désirez l'en visager, ça n'est pas difficile : les hommes mariés ne paient pas plus que les militaires. f/rédérlch. Comment, vous croyez que je pourrai le voir de prés? Hubert. Comme vous me voyez, sans comparaison. (l'rédérich réfléchit, et Clémence l'observe avec attention.) \Vaider. Je n'ai jamais vu voire empereur, moi; mais je me ligure que ce doit être un bien bel homme. Loulae. (In bel homme! laissez donc, noire maître, il n'est pas plus haut qu'un voltigeur..., lit puis, une drôle de tour nure. Tenez, voilà comme il se promène, les mains derrière le dos, avec une vieille capolte grise, et un petit chapeau à trois cornes, qui ne vaut pas deux kreilz. Hubert. Halte-là, belle Louise; silence et respect. Apprenez que ce petit homme là, avec ses cinq pieds, est plus grand qu'une pyramide d'Egypte ... Mais je m'amuse là à eolloqucr, et j'oublie l'heure de la revue.... Si vous voulez me contempler en serreGle, honnêtes bourgeois, je vous engage à vous dépécher.... Vous verrez des grenadiers, j'ose le dire, assez soignés, et beaux sous les armes.... Vrai, c'est un coup-d'oeil superbe, surtout pour les daines. Waldcr. Pour le moment, nous allons nous mettre à table. Hubert. Bien des choses de ma part au vin de Tokey. Wnlder, donnant lu main à sa fllle. Eh bien! viens-tu, l'rédérich? fr'rériérlclt. Je vous suis, mon pére. Clémence, h part, en sortant, regardant l'rédérich. Je Buis sure qu'il me cache quelque chose. l.uiiiMc. à Hubert. Tâchez qu'on lasse la paix. Hubert. Je ferai mon possible, mes amours. il sort par le fond; et tous tes autres, excepté l'rédérich, patin ijauchc.^) Scène VII. FRÉDÉRIC», puis CLÉMENCE. Prédérlvli. Il va passer une revue... je pourrai l'appro ' 1 Ouf, le moment est propice. .. Avant une heure, j'aurai peut-être acquis une gloire immortelle.... (Il se jette « genous* et élivc les yeux vers le ciel. — En ce moment, entre Clémence.') 24 NAPOLÉON, sciioenurunn. Mon «lieu, un seul instant éloignez ses gardes, et conduise/, mon bras; mon Ame est entre vos mains.... Ma pauvre mère, IClémence consolera votre vieillesse; elle vous parlera de votre lils, que vous ne devez plus revoir. Clémence. Frédérich ! Frédéric». Klle était là! (/ï cache vivement son arme.) Clémence. Malheureux ami! Frédérlch, cherchant à se remettre. Malheureux, moi.... quand nous sommes unis. Clémence. Je connais votre projet. Frédérioh. Mon projet? Clémence. Frédérich, vous voulez tuer Napoléon. Frédérlch. Eh bien oui! je l'ai juré!... Clémence, comment pourrez-vous me pardonner mon ingratitude? Sans biens, sans naissance, vous m'avez préféré à tous, vous m'avez donné votre amour.... lit moi, malheureux qui vous devais le bonheur en échange, je vais condamner votre jeunesse aux larmes et à la douleur. Clémence. Frédérich, vous ne connaissez pas mon àine. Vous accuser, moi! vous blâmer, quand vous venez de vous élever encore à mes yeux! Non, mon ami, regardez-moi, je suis calme, résignée; j'entends la voix de Dieu qui nous appelle au plus noble des sacriliees.' Frédérich. Quoi, vous me pardonnez, quand j'ai osé vous avouer la vérité? Clémence. Je n'avais pas besoin de cet aveu.... Celle réunion mystérieuse des Amis de la Vertu; une mélancolie qui ne vous est pas habituelle; votre agitation jusque dans le temple du Seigneur, tout m'avait dit votre dessein, et j'en parlais à Dieu dans mes prières. Frédérlch. Clémence aussi l'ordonne; c'est donc le ciel qui le veut. Clémence. Mon Frédérich, je ne faisais que vous aimer., maintenant je vous admire.... Mais n'espérez pas courir seul ce danger. Frédérlch. Que dites-vous? Clémence. Croyez-vous que j'aurais tant de courage, si je n'avais résolu de mourir avec vous? Frédérlch. Clémence, c'est là le seul moyen que vous avez réservé pour me détourner de mon projet? Clémence. Non, mon ami.... Il faut sauver notre pays, mais il faut le sauver ensemble. Frédérich, Grand dieu! que voulez-vous donc faire? Clémence. Ma présence éloignera les soupçons, et je pourrai nfapprocher de Napoléon, sans éveiller ses craintes.. TABLEAU 111. SCÈNE VII. 25 Ah! ne vous étonnez pas de ma résolution: qui vous dit que depuis long-temps je n'avais pas moi-même conçu la généreuse idée qui vous inspire.... Oui, me disais-je souvent, quand ceux qui ont la force en main, ne savent pas s'en servir contre l'oppression; quand nos plus vieux défenseurs laissent lâchement avilir notre patrie, c'est aux plus jeunes de ses enfans, c'est aux femmes elles-mêmes à donner l'exemple du dévouement. F ré de ri ch. Ecoulez-moi, Clémence.... Si je n'avais compté sur vous, jamais je n'aurais formé le projet d'exposer ainsi ma vie.... elle était devenue nécessaire ù la vieillesse de ma mère, que je ne pouvais ainsi abandonner seule au monde, privée de son unique enfant..... Oui, j'avais compté sur vous pour me remplacer auprès d'elle. Clémence. Sur moi ? Frédérich. Il y aura plus de courage dans votre sacrifice que dans le mien.... consentez à vivre pour ma mère.... vous êtes sa fille, maintenant.... Appelez là près de vous, quand je ne serai plus, et qu'une main chérie lui ferme les yeux. Clémence. J'avais espère mourir; mais vous le voulez, je vivrai, je chérirai, je consolerai votre mère. Après elle, mon devoir sera rempli, et mon époux n'attendra pas long temps sa fiancée.... Ainsi ne vous occupez plus de moi, ne songez qu'à votre glorieuse entreprise.... Allons, mon Frédérich, l'ennemi vous attend! Frederick. 11 faut donc vous quitter! Clémence Il le faut! Frédéric!^ d'un air abballu. Clémence! Clémence, avec calme. Mon ami. Frédérich. Que vais-je faire ? Clémence. Sauver l'Allemagne, ou du moins la venger! Frédérich. Ma mère! Clémence. Allez rendre son nom immortel!... Vous trem Liez, Frédérich ! Frédérich. Me séparer de vous! Clémence. Nous pouvions aller au ciel ensemble.... vous ne l'avez pas voulu. Frédérich. Ah! je sens que mon courage.... Clémence. Que dites-vous, Frédérich 1 Frédérich, In regardant. Que je vous ai revue, Clémence, et que ce sacrifice est maintenant impossible. Clémence. Pensez-vous qu'on puisse aimer un homme sans courage y Frédérich. Sans courage!... Non! non!... enthousiasme.) ] c serai digne de toi!... Adieu, Clémence. Clémence. Adieu, pour toujours!..- 26 NAPOLÉON. SCHOENBItl/NN. Vrédcrloh. Pour toujours! non.... IVous nous reverrons dans le séjour éternel des Amis de l.i Liberté! (Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.") Clémence et Frédcrieli. Adieu! adieu! (t'rédérkh sort vivement par le fond, et Clémence par la gauche,) PIN DU i h < p i i i M I: TABLKAU. QUATRIEME TABLEAU. Une esplanade devant le château de Sclioenlminn. Scène I. NAPOLÉON, DE DUBNA, LE DUC, LE GÉNÉRAL, aide-de- camp de service; HUBERT, LE DOCTEUR, Maréchaux, Généraux, Officiers supérieurs, le Maineluck de l'empereur. (iVrtjiofe'o», s'arrctanl devant Hubert qui est en serre-/ils h Vun des pelotons de la yarde, lui fait signe d'avancer,") Hubert, la main au bonnet. Présent! Xi» » «lé on. Tu te nommes Hubert? Hubert. Oui, mon empereur. Jérôme Hubert, enfant de Paris. J'ai six frères «11 serviee, et mon père est invalide. Napoléon. Tu étais à Toulon? Hubert. Oui, mon empereur; simple volontaire, et vous capitaine. Napoléon. Caporal à Marfngoï Hubert. Oui, mon empereur, et vous premier consul, Napoléon. Sergent à Austorlltzï Hubert. Oui, sire; et vous empereur. Napoléon. Veux-tu un grade de plusï Hubert. J'aime mieux la croix, si ça vous est égal Napoléon. La voilà! (Il lui donne la sienne, qu'il attache lui-même sur lu poifriiii d'Hubert") Hubert. Merci, mon empereur. Bon, j'ai mon affaire (/< se remet à sou raiiy.) Napoléon, h un oflicier supérieur. Colonel, votre régi ment à été oublié... Vous me proposerez quatre légionnaires par bataillon (Ou. fond,) Soldais, je suis coulent de vous. TABLEAU IV. SCÈNE II. 27 De Biibnoj au duc. Avec des mots comme celui-là, on prend des empires. I,c l»uc, s'iwnnçanl au-devant de Napoléon, Votre Majesté doit étro satisfaite? n potion. Ma garde est magnifique! i.e nue. En vérité, on le demande, si rien pourrait arrêter le chef d'une telle armée? Napoléon. Eh ! eh! il ne faut qu'une balle. N'est-il pas vrai, comte de Buhna? Do Bnbna. Oui, sire, rien qu'une; même celle d'un ma latlroit. Napoléon. Depuis quinze ans je vis dans une atmosphère de bulles; mais je ne finirai pas ainsi, ce n'est pas ma destinée. Je n'ai d'inquiétude, sur les champs de bataille, que pour mes voisins.... Voyez-vous, monsieur de Buhna, ma journée n'est pas faite. (Il indique du doigt, un point de la sphère céleste.) Ce soir, à dix heures, regardez là.... sur la flèche du château de Sehoenbrunn..., vous y verrez une brillante étoile.... Cetlte étoile, je la vois tous les jours.... {Avec jeu, et comme inspiré.) L'Espagne aura son temps; l'Italie est eu marche. Et vous, messieurs les courtisans Autrichiens, qui prêchez la liberté aux universités allemandes, craignez qu'un jour la liberté ne vous déborde. Les rois me détestent, mais les peuples m'aiment. Le sens commun leur dit que je suis l'homme des peuples: ils savent bien ce qu'ils auraient, si l'on me culbutait. Voyez mes soldats, comme ils me chérissent; c'est qu'ils me connaissent jusqu'au fond de l'âme. (Se tournant vers un maréchal.) N'est-il pas vrai, maréchal, que l'empereur est un bon camarade? (Le maréchal s'incline profondément.) Maréchal, montrez donc un peu au comte de liubna ! la garde de votre maître est aussi fort belle, fort instruite. Je tiens beaucoup à votre opinion sur nous. ■>e Bnbna. Sire, je vous la donnerai avec toute la fran cluse d'un allemand. Napoléon, aux officiers. Messieurs, suivez le maréchal. ( I ons les officier* accompagnent le générai, — On entend le corn mandement. — Les troupes s'éloignent, et les dernières lignes, en quittant la scène, laissent voir rrédèrich Slaps, dont les yeux sont fixés sur l'empereur.) Scène II. NAPOLÉON, LE GÉNÉRAL, aide-de-camp; LE DOCTEUlî, le Mamcluck, put* FRÉDÉRICH. liO Général, ê'avançant au-devant de Frêdérich, qui s'approche. Monsieur, en caricie, s'il vous plait. 28 NAPOLEON. SCHOENBMJNK. Frcdérlch, avançant toujours. Je veux parler à l'empereur. le «encrai. On ne parle pas à l'empereur. Dites-moi ce que vous voulez, je lui remettrai votre pétition. Frédérich, cherchant de nouveau à s'approcher. C'est à lui seul (pic j'ai allaire. Le «encrai. C'est impossible, lih bien! m'entende! vous V C" ' c saisit au collet.) Frédérich, se débattant, échappe des mains du yénéral. C'est lui que jo veux! Plusieurs Voix. Arrêtez! arrêtez! (JLe mameluck se jette sur Frédérich, et le yénéral lui arrache le couteau des mains.) LeOénéral. Un poignard! Misérable! tu voulais assassi ner l'empereur! (Attiré par ce mouvement, Napoléon, suivi du docteur, s'approche du général.') Napoléon. Qu'est-ce que cela? Le «énéral, à demi-voix. Un fou qui voulait attenter aux jours de Votre Majesté. Napoléon, l'as de bruit. (Le mameluck fouille les vèle- mens de l'assassin, — Napoléon se promène d'un air soucieux.') Il serait peut-être prudent de faire arrêter sa famille?.... (// s'arrête.) Bah! on ne conspire point en famille; ces coups là, pour les faire, on n'a confiance qu'en son coeur. Il est seul.,.. Le tuer; non, non, je me rendrais odieux. Je lui pardonne rai. (_l*e yénéral présente h l'empereur une lettre et un médail Ion f/it'oi» vient de trouver sur Frédéric, — Napoléon ouvre la let ire et regarde la siynalure.) Frédérich Slaps. Frédérich. Mon dieu, j'ai oublié la lettre à ma mère!... Ma pauvre mère ne recevra pas mes derniers adieux! Napoléon. File les recevra: c'est moi qui me charge de lui faire parvenir cette lettre, et de la rassurer sur les conse quences de voire folie. (Napoléon regarde le médaillon avec attendrissement.) Frédérich. C'est le portrait de ma maîtresse, de ma liart céc... rendez-le moi. Napoléon, lui rendant le portrait. Voua auriez cru faire un beaucoup en n'assassinant.... Sachez, Monsieur, que frappci un homme sans défense ne peut être une belle action. Frédérich, Je n'irai» pas Vous frapper dans votre Fiance, mais pour chasser les ennemis du la patrie, tous les moyens sont bons. Napoléon. Belle manière de faire la guerre, ma foi! Si TABLEAU IV. SCÈNE 11. 29 voua vouliez servir voire empereur, vous le pouviez loyalement : il fallait prendre un fusil et vous engager. Frédérlcli. C'est vous qu'il faut tuer. Tant que vous serez là, l'Kurope n'aura pas de repos, .l'avais une grande admiration pour votre génie; mais il faut vous tuer. Napoléon. Vous êtes égaré. Dites-moi qui vous a pousse à ce crime? Frédérich. Quand vons avez passé le pont d'Arcole, à travers nos canons, qui vous poussait? Napoléon, Un poignard vous va mal, c'est une épée qu'il vous faut.... Jeune homme! vous avez un noble coeur, mais votre imagination vous abuse. Ecoutez-moi: je suis touché de voire jeune âge, et veux vous rendre à votre mère, à celle que vous aimez. J'ai confiance en voire parole: promettez-moi attachement et fidélité, je vous fais grâce. Frédérlcli. Sire, vous avez ce droit; mais, moi, je ne puis faire grâce à Votre Majesté. Napoléon. Comment? Crcdérlch. Si vous me rendez la liberté, j'en profiterai pour vous assassiner. Napoléon. (Son visaye devient sombre et tourmenté pur une pénible inquiétude ; il marche quelque temps d'un air rêveur, puis, s'approchant d'un général, il lui prend la main, et lui dit h demi-voix, avec un accent douloureuxi) Ah! général, j'envie le sort de ce brave soldat qui m'a demandé la croix.... il est cent fois plus heureux que moi. Il ne craint pas les poignards, sa mort sera belle; et moi, il faut que je fasse tuer un enfant que j'admire, qui mérite une couronne. Rapprochant de Frederick avec vivacité.) Frédérich Staps, pourquoi voulez-vous me tuer?...- vous êtes un fou! vos professeurs vous ont bouleversé l'esprit, avec leurs pathos métaphysique. Je purgerai l'Allemagne des illuminés.... Comment 1 vous ne voyez pas que, sous mon gou verneinent, il y a moins d'injustices que partout ailleurs, moins d'injustices que jamais. Mes lois vous donneraient plus de li berlé que vous n'en avez. Frédérich. Nous ne voulons pas de protection étrangère. Laissez-nous faire notre liberté nous-mêmes. Sire, je vois bien que vous voudriez me sauver la vie; mais la seule manière dont je puisse répondre à voire générosité, c'est de vous avertir lue rien ne me touchera. Vous avez violé le sol de ma palrie : encore une fois, quelque chose que vous fassiez, je «e vous dois qu'un coup de poignard. Napoléon, avec majesté. lih bien! moi aussi, j'ai des devoirs. La vie de l'empereur n'est pas à lui; il ne lui est pas permis de | a j ouer 00Iltre ct , M( , ,,.„„ fanatique. C«« "»«•'""" 30 NAPOLEON. scHOENBnuKïi. vers te général.) Général) vous donnerez dix minutes à ecl liommc pour se préparer à la mort; et qu'aussitôt il «oit fusillé. (Il M'éloigne. — En ce moment arrive, h quelque distance, un je Urand-lWaréchal. Hélas! mon enfant, depuis plus d'un an qu'ils l'ont forcé de se renfermer dans cette maison, il essaie en vain de nous cacher ses souffrances: «die» nous font quelquefois trembler pour ses jours. 44 NAPOLÉON. sTe.-Hàims. Ciaudy. Ab! mon «lieu! mon père va être bien atllige, quand je lui apprendrai ces tristes détails. lie «rnnd-Maréchal. Le destin se lasse, à la fin... Dites-lui d'espérer. Claudy. Oui, monsieur le maréchal, je le lui dirai..., ÇA part ) l'auvrc proscrit! je vais prier pour lui. (Elle sort.) Scène II. LE GRAND-MARÉCHAL, seul. Déjà deux heures, et Hubert ne revient pas.... Quand il sort, je suis toujours dans l'inquiétude. Oui, quoiqu'une année entière se soit écoulée, depuis que j'ai réussi à le faire passer pour ce matelot du Northumberland, mort à notre service, je tremble à la seule idée de le voir reconnu. Si près du but de nos efl'orts, il ne faudrait qu'un mot, qu'une imprudence pour nous perdre!.... Ce brave capitaine Arnoult qui, lors de sa première tentative, fut obligé de fuir devant les frégates anglaises, est enfin parvenu à reparaître devant l'Ile.... Hubert a trouvé hier, sous la pierre de la fontaine d'Husgale, le signe de reconnaissance qui devait nous avertir du retour du capitaine; tout est préparé pour nous.... Mais, co matin, auront ils pu se voir, s'entendre?.... Ah! j'ai assisté à vingt batailles et jamais je n'ai été aussi ému.... (Voyant entrer Hubert.) Hubert! Scène IIL LE GRAND-MARÉCHAL, HURERT. l.c ©rand-Maréchal. hl, bien, mon ami? Hubert. J'ai vu le capitaine. r,e Uraud-Maréchal. Comment a-t-il donc fait pour par venir à débarquer? Hubert. Ah! dame, c'est une histoire ... Après avoir tente plus de vingt fois do s'approcher de la côte, hier, protège par un brouillard épais, il a fait filer son brick entre les frégates de là station, que le gros temps force de se tenir au large; il s'est jeté dans un canot, avec une douzaine de gaillards qui no craignent ni le feu, ni l'eau; et dans se moment-ci, ils nous attendent dans une petite anse, à l'abri, sous les rochers Voilà, mon maréchal. Le «rand-Maréchal, Ht vous avez fait part au capitaine des mesures que nous uvons prises? TABLEAU II. SCÈNE V. 45 Hubert. Je lui ai «lit qu'à la nouvelle de son arrivée, vous étiez parvenu, au prix de tout l'argent que von» possédiez, à gagner une partie des postes qui pouvaient vous bar rer le chemin. ï.e «JrniulMaréchal. Je ne crains plus, maintenant, que les deux factionnaires les plus rapprochés de la maison. Hubert Quant à ces deux là, mon maréchal, soyez trau quille.... si nous ne pouvons pas les éviter, par les chemins creux, je m'en charge et sans bruit. Le Grand-Maréchal. Le moment est donc arrivé! Hubert. Avez-vous prévenu l'empereur ? Le fclrand-Marcchal. l'as encore.... Mais ce jour m'ollre l'occasion de lui dévoiler notre projet, et d'ohlenir, je l'espère, son consentement.... Toute la maison est dans la confidence, et brûle de mettre notre entreprise à exécution. L'empereur!.... Prévenez tout le monde. Scène IV. NAPOLÉON, LE GRAND-MARÉCHAL. Napoléon, il entre comme absorbé dans ses pensées, et sans voir personne. Je ne devais pas mourir sur le trône! l'adver sité manquait à ma carrière.... Ils me tucroulici.... Qu'importe! ma mémoire restera, et la France, libre un jour, pourra me pleurer. Scène V. Les Mêmes, HUBERT, CLAUDY, Officiers et Gens de la Maison. (Tout le monde est entre, conduit par Hubert, en silence, et sans être aperçu de l'empereur.) Napoléon, revenant à lut et les apercevant. Ah! vous voilà Ions, mes amis!.... Pourquoi donc ces fleurs? I-e «rand-Haréchai. C'est aujourd hui le 15 août. Napoléon. Vous avez pensé à ma fêle.... Ma fête! qu'elle était belle à Paris, à Rome, à Berlin!.... mais qu'elle est plus touchante ici!.... Un poitrail!.... (Jfcnrloni le voile qui le couvre.^ Celui de mon (ils!.... Vous avez deviné mon plus cher désir! Hubert, bas au maréchal. Parlez-lui donc, mon maréchal. le Uroml-Maréchal, lui faitanl ligne de se taire. Sire, les serviteurs fidèles de Voire Majesté espèrent vous laisser un 46 NAPOLÉON, 8TE.-HÉLÈNE, souvenir mémorable de cette journée, en vous faisant une offre plus digne encore d'eux et de vous. Napoléon. Quoi donc? Le «rond-Maréchal. La liberté! Napoléon. La liberté! Je pourrais quitter cetle prison de Sainte-Hélène!.... Non.... l'on vous abuse; ils me craignent trop.... I.e «rond moréchal. Aussi, n'est-ce point une proposi tion de ceux qui vous craignent, mais de ceux qui vous aiment Napoléon. Je ne vous comprends pas. Le «rond-maréchal. Le dévouement d'Hubert, d'une centaine de vos anciens braves.... le notre peut-être aussi... Enfin, un vaisseau est prêt, il nous attend, et, dans une heure, vous pouvez avoir quitté Sainte-Hélène. Napoléon. Je vous entends, Messieurs.... une évasion... Non contents d'avoir partagé les maax du proscrit, vous voulez encore lui donner votre sang.... C'est la conspiration du déses poir.... Je ne puis, je ne dois pas l'accepter. Le Ctrand-maréchal. Sire, nous embrassons tous vos genoux.... (Tout le monde s'incline.~) Napoléon, Debout, Messieurs, debout!.... ne vous humiliez pas pour une action qui vous honore!.... Hubert, « lui-même. Il refuse! Napoléon. Tant qu'il me restera l'espoir de faire enten dre la voix de l'équité, je serais coupable, si j'exposais vos jours, même en mourant avec vous. Hubert. Pardon, excuse, mon empereur, si je me per mets.... Mais je vous demande un peu ce que ça fait, notre existence? 1 Napoléon. Maréchal, vous savez que j'ai écrit au prince régent d'Angleterre, et j'espère que sa réponse mettra un terme à la honteuse captivité dont nous sommes les victimes. Le «rand-maréchal. Cette lettre aura le sort de la protestation du Bellérophon; on empêchera qu'elle arrive jusqu'au prince, et nous aurons perdu, pour jamais, l'occasion de vous soustraire à leur tyrannie.... Sire.... Napoléon, l'interrompant. Pas un mot de plus là-dessus.... Tout cela m'agite, me bouleverse.... Allez, mes amis, mes enfant.... (/f va près de la table, et examine des papiers — Tous les officiers et les domestiques sortent avec Hubert.'} Scène VI. NAPOLÉON, LE GRAND-MARÉCHAL. Napoléon. Asseyez• vous là, maréchal, je vais dicter. TABLEAU 11. SCÈNE VIII, 47 (Le maréchal s'assied près de la table avec tristesse.*) Allons, voyons, quittez cet air chagrin. te «rand-Maréchal. On ne renonce pas, sans peine, à un dernier espoir. Napoléon. Où en étions-nous restés hier? Le ttrand-Maréchal. Votre Majesté avait commencé à tracer quelques portraits de ses contemporains.... elle s'était arrêtée à Massénit. Napoléon, dictant, pendant que le maréchal écrit. „Mas- „séna.... grand déprédateur, mais guerrier intrépide, heureux; ,.c'est l'Enfant chéri de la Victoire.... Désaix: les Arabes l'avaient surnommé le Sultan Juste. Les Bourbons, famille usée; ,,leur alliance avec l'étranger les a frappés de réprobation..., „Le duc d'Orléans: celui-là a su profiter des leçons du malheur.... i,tl n'a jamais porté les armes contre la France.... Ney; le brave „des braves!...." {A lui-même.]) Et ils l'ont tué!..... ,Bourmont! c'est une de mes erreurs...." Scène VII. Les Mêmes, HUBERT, puis HUDSON LOWE. Hubert. Mon empereur, je vous demande bien pardon si je vous annonce une mauvaise nouvelle.... c'est ce brigand.... (Se reprenait vivement.') c'est le gouverneur qui voudrait vous parler. Napoléon. Lui! je ne veux pas le voir. Hubert. Merci, mon empereur. (/f va pour sortir.) Napoléon. Si.... attends.... l'eut-clre il m'apporte une réponse.... Qu'il entre. Hubert, h demi-voix. Ah! c'est différent. (II do « la porte, et fait siyne à Hudson-howe d'entrer.) Le maréchal ne me regarde pas, il n'y a rien de nouveau. Hudaon i.ont, entrant. L e général Bonaparte peut-il m'ac- corder un moment d'entretien? Hubert, qtii allait pour sortir, revenant sur ses pas. C'est l'empereur, Monsieur. QNapoléon lui indique la porte, Hubert sort.) Hudson Une, « part. Tout est tranquille ici, mes espions m'auraient-ils trompé? Scène VIII. NAPOLÉON, LE GRAND-MARÉCHAL, HUDSON LOWE. Napoléon. y ue voulez-vous, Monsieur. 48 NAPOLÉON. STK.-HfcinE II ml non Lowe Je viens remplir le devoir de ma place, et vous communiquer les nouvelles instructions que j'ai reçues Napoléon. Je veux savoir d'abord quelle réponse a été faite à ma lettro au prince lîégent. Hudoon I.owe. Les ministres n'ont pas permis que votre lettre lui fût remise, et ils m'ont chargé de vous la rendre. Vapoléon, prenant la lettre avec colère, et la jetant sur la table. Quelle insolence! lliidHun liowe. Vous n'avez pas voulu me croire.... Vous prenez dans celte réclamation le litre d'empereur.... Vous sen tez bien que des ministres ne peuvent souffrir que le général Bonaparte traite d'égal à égal, avec Son Altesse Royale le Régent des Trois-Royaumes. Le «.traml-Maréchal. Monsieur, vous insultez au mal heur de Sa Majesté. Napoléon, faisant un signe au maréchal. Non, maréchal: monsieur le gouverneur a raison.... nous ne sommes pas égaux, son souverain et moi.... Le hasard l'a jeté sur le tronc, et moi, c'est le choix du peuple qui m'y avait appelé. Iludgon Love. Ce n'est pas ainsi que je l'entendais.... Du reste, si vous voulez changer la forme de celte lettre, employer des termes plus convenables, et prendre le titre de général, alors.... Napoléon. Assez, Monsieur, je ne reçois pas de coudi lions.... On veut m'assassiner Ici, que le crime s'accomplisse Après ma mort, le monde nous jugera.... Comme Tliémistoclc, j'étais venu m'asseoir au foyer Britannique.... J'en appelle à la postérité! Elle dira, qu'un ennemi qui lit vingt ans la guerre à l'Angleterre, vint librement, dans son malheur, chercher un asile à l'abri de ses lois.... On feignit de tendre une main bos pitalière à cet ennemi, et quand il se fut livré, on l'immola! Maintenant, Monsieur, laissez-moi; car il n'y a pas de loi qui me condamne à subir votre présence. Hudson l.owe, répondant à un signe du grand-maréchal, qui lui indique la porte. Tout-à-l'heure.... Il me reste encore à vous faire connaitre les ordres de Sa Grâce le ministre-secrétaire d'Etat. (_Lisanl:~) „Le général Bonaparte coûte trop „cher à Sainte-Hélène." lie «rond-Maréchal. Ah! c'est aussi trop fort; quand nous manquons de tout. Napoléon. Ecoutons, maréchal. Le ciel nous met à une cruelle épreuveI lliidoon Lune, continuant, ,,ll nous est impossible, désormais, de supporter les dépenses exhorbilantes de SB maison, ,,s'il ne livre les sommes considérables qu'il possède, pour être TABLEAU II. SCÈNE IX. 49 ,,convenablement pincées, et subvenir aux frais immenses «le sa ,,détention." Napoléon. Tous ces détails me sont trop pénibles.... Ils sont ignobles.... Qui vous demande de me nourrir? Si j'ai faim, les bvaves soldats du ii'ie prendront pitié de moi; j'irai m'as- seoir à la table de leurs grenadiers, et ils ne repousseront pas. j'en suis sûr, le plus vieux soldat de l'Europe. Hudson Lowe. J'en écrirai à mon gouvernement. Napoléon. Ne manquez pas d'ajouter que mes Mémoi ics apprendront à la postérité quel homme on m'a donné pour geôlier; et l'on me croira, moi, quand je dirai ce que vous êtes; car je le prouve par co que vous avez été.... Ecrivez, maréchal, Hudton Love, « part. Que veut-il dire? Napoléon, dictant. ..Avec plus de deux mille hommes, et ,,une bonne artillerie, un général étranger se laissa forcer dans ,,1'ile inexpugnable de Caprée, par le brave liamarque, à la ,,tète de douze cents boïonnettcs françaises.... Ce général, c'était sir Iludson Lowe...." C'est de l'histoire, Monsieur. Hudaon lowe, h part. Toujours humilié! Malheur à lui s'il tente de s'évader. ÇHaHt.~) Adieu, monsieur le grand-maréchal du palais; adieu, Majesté si fière.... Rappelez-vous que sir Hudson Lowe est le seul maître à Sainte-Hélène! (7? sort furieux.) Scène IX. NAPOLÉON, LE GRAND-MARÉCHAL. Le «rond-Marechal. Eh bien! vous le voyez, sire, votre dernier espoir est détruit; et Votre Majesté n'a plus rien à nous opposer. Napoléon, *e promenant avec agitation. Des menaces, cel homme passera à la violonce.... Ils ont la force, et se vengeront sur mes lidèles serviteurs. le Cirand-IWaréolial, Ne résistez plus à nos prières. Napoléon, de même. Moi-même, bientôt, je ne serai plus là pour les protéger.... te «rand ninrrciini. Dans un moment; le temps île laisser éloigner le gouverneur, nous vieillirons voua chercher (Il sort.) Scène X. NAPOLÉON, seul. Leur projet me plait, à présent... Je vais agir, après tant de calme.... il me semble que je renais... Où irai-jeî... en Corse... Patrie! patrie!... rien ne peut t'etfacer île nos coeurs.... Si Sainte-Hélène était la France, j'aimerais cet affreux rocher.... Mais non, la France est morte pour moi, je la troublerais... Je ne lui demande qu'un souvenir.....J'irai chez un peuple libre et hospitalier.... aux Etats-Unis.... Déjà «leux «le mes frères y ont cherché un asile. Et «> erand-Marcclial. Il marche encore avec peine; mais sa guérison avance.... Docteur, vous êtes, ici, notre Providence! Aiitoraarchl. Quand j'ai accepté les tristes fonctions qui nie sont confiées, je n'ai pas oublié que l'Europe avait les yeux fixés sur ce rocher.... J'ai fait mon devoir; je m'attends à une disgrâce, comme coupable d'humanité; mais j'espère au moins qu'un nom honorable sera l'héritage de mes enfans. Ie Ornnd-Marcclial. Uui, sire. Napoléon. Pourtant, j'aurais voulu ajouter un dernier eo dicile à mon testament. Docteur, en aurai-je le temps* Antoiiiarchi. Oui, mais pas aujourd'hui. Napoléon. Combien pensez-vous que j'ai encore à vivra? Antomnrchi. Mais, sire.... Napoléon. Répondez.... L'idée de la mort n'a rien de terrible pour moi: depuis trois semaines, elle est la compagne de mon oreiller. Parlée, parlez sans crainte. Antomarclii, hésitant. Avec des soins, des ménagemens, une année entière.... Napoléon, l'interrompant. Docteur, vous cherchez à m'a buser.... Je n'ai pas un jour, peut-être pas une heure à vivre. I.e Urnnd-Itlaréoliikl. Sire, écartez ces idées pénibles. Napoléon. Mon ami, l'heure est venue.... Docteur, quand je serai mort, que mes cendres soient déposées près de la fontaine des Saules.... {Au maréchal.) Mon vieux camarade, j'avais révé une tombe plus glorieuse.... Sous la colonne !.... peut- être un jour!... Mon lils, mon enfant, je mourrai sans le voir!... Maréchal, s'il vous est permis d'arriver jusqu'à lui, dites-lui qu'il n'oublie pas qu'il est né prince français, et qu'il ne porte jamais les armes contre la France.... Ah! que je souffre!... C'est un couteau qu'ils ont mis là, et ils ont brisé la lame dans la plaie. Antomarclii. Consentez à prendre un peu de repos.... Napoléon. Oui, le repos éternel.... Qu'on me porte silice lit.... C'est celui qui m'a servi dans mes campagnes.... c'est là que je dois finir. (Pendant ce qui précède, le maréchal a été appeler tout le Les Mêmes, HUBERT, CLAUDY, Officiers, Dames, Domestiques. (l'empereur , caché par tout ce groupe, est porté sur son Les personnages se séparent et le laissant voir au étendu.') monde.) Scène 56 NAPOLÉON. STE.-HÉLÈKE. Napoléon. Le manteau du Marengo.... ce doit être mon linceuil.... {Hubert le jette sur lui.~) Ouvrez cette fenêtre... qui; mes yeux, avant de se fermer, regardent encore de ce côté».,, de ce côté, où est la France.... L'oeuvre est consommée! ils ont tué l'ennemi commun; et bientôt Napoléon sera en paix avec l'Europe.... Approchez tous, mes amis, mes fidèles compagnons d'infortune.... que je vous voie encore.... Ah! mes yeux s'obscurcissent, je ne distingue plus rien.... Maréchal, votre main. I>o »Jrand-Mar» ; cliaI. C'en est donc fait! Napoléon, se levant h moitié. Que île gloire! de bonheur!.... Steingel! Desaix! Masséna! allez, courez, prenez la charge.... ils sont à nous.... (Sn voix s'affaiblit; il retombe sur son lit et expire, enprononçant ces mois:) France, tête d'armée ! ToiiHj jetant un cri. Ali ! Çtl faut, en ce moment, que la chambre du mourant offre lit représentation exacte du tableau tle Sleuben.) Scène IX. Les Mêmes, HUDSON LOWE. Hudson lowe. Mort! E.« drand-Maréchal, indiquant le lit du doigt. Il est libre, Monsieur. C'est en France que devrait reposer le grand homme.... mais je le prévois, vous proscrirez jusqu'à ses cendres.... Remplissez donc vos devoirs jusqu'à la lin.... Votre gouvernement paiera votre conduite avec de l'or, mais l'histoire vous réserve une autre récompense: Napoléon n'a oublié personne dans son testament, et il vous y condamne à l'immortalité. (Tout le monde indique du doigt le gouverneur, et un rideau de manoeuvre clôt la scène en ce moment.) FIN ntl TROISIÈME TABI.KAU. QUATRIEME TABLEAU. La vallée du Géranium, comme au premier Acte; plus, le loinbenu prepAré* pour recevoir le corps de l'empereur. CONVOI FUNÈBRE. (Le filleul de Napoléon. Le chapelain, en habits sacerdolaur Les docteurs Anlomarchi et Arnold, Hubert, une bêche sur /'<•'- TABLEAU V. 57 paule. Le cerceuil, porté par quatre grenadiers anglais, Le Uieval de Napoléon. Ensuite le grand-maréchal, avec la maison de l'empereur. Dames en deuil. Le gouverneur. Commissaires des puissances. Au moment ou le cortège défile, des salves d'artillerie et de mousqueterie se font entendre.) CINQUIEME TABLEAU. (Le ciel est sombre, mais l'horison s'éclaircit, et l'on voit, au loin, comme une promesse de l'avenir, la colonne de la place Vendôme, surmontée du drapeau tricolore. Un char funèbre, pavoisé des couleurs nationales, est accompagné de la population Parisienne, qui va déposer les cendres de ("empereur sous l'immortel monument.) FIN imprime' chez L. W Krmise à Berlin, Répertoire du théâtre franfala n Berlin, No. 8»". 195 Buy Blas, p. V. Hugo. 8 196 f Clermont, p. Scribe. 6 197 Un premier amour. 6 198 Les deux manières. 0 199 Le joueur, p. Regnard, 8 200 f Rodolphe, frère et soeur. 4 201 Le rêve du mari. 4 202 Une fille d'Kve. • 4 203 Napoléon Bonaparte. 3 8 204 Mlle, de Belle-lsle. § 8 205 Dieu vous be'nisse. G 4 206 Henri 111 et sa cour. £ 6 207 Les parens de la fille. 4 208 Klle est folle. 6 209 Le malade imaginaire. 8 210 Passé Minuit. 4 211 Lekain à Draguignan. 4 212 Le capitaine Roland. 4 213 L'Octogénaire. (Adèle.) 4 214 Mahomet, p. Voltaire, 6 215 Maurice, ou le médecin. 8 216 Paul et Jean. 6 217 Athalie, p. Marine. (2) 6 218 Henri Hamelin, le fabric. 6 219 La jeune femme colère. 4 220 L'Rcole des Journalistes. 8 221 Les brodequins de Lise. 4 222 Un pont neuf. 4 223 Veuve et garçon. 4 224 Une couronne dans l'exil, 4 225 -f- Le charlatanisme, 3 226 Le voyage à Dieppe. 3 227 + Le mariage d'argent. 3 228 La fille duCid, p.Delavigne. 6 229 M. Musard. (2) 3 230 Le conteur, p. Picard. 3 231 Catherine Howard, p. Dum. 6 232 Une dame de l'Kmpire. 4 233 Les deux Philibert. 3 234 La première ride. 4 235 Voltaire en vacances. 4 236 Stockholm, Fontainebleau. 6 237 + (.'but, ou un Polonais «la 4 238 Le bourgois gentilhomme. 6 239 Le jeu de l'amour. 6 240 + Le verre d'eau. (2) 6 241 Bncquet père et fils. 6 242 Le chevalier du Guet. 6 243 y Japbet. 4 244 Le barbier de Séville. £ 6 245 Le mariage de Figaro. 2 6 246 La mère coupable. p 6 247 L'alibi? -le l'Kpée. 2 248 Kncore des Ménechmes. 6 249 L'ombre d'un amant. 250 L'habit ne f. p. le moine. 2e Sl'lUK. (No. 251—312.) 1 Un mariage à rompre. 4 2 Un monsieur et une dame. 4 3 Mcrope, p. Voltaire. 4 3 La Marquise de Senneterre. 6 4 Renaudin de Caen. 6 5 Kodogune, p. Corneille. 6 - L'humoriste. Proverbe. 2 6 Le Parasite, p. Picard. 6 7 f Une chaîne. (2) 6 - L'hôtel garni. 4 8 Les gants jaunes. 4 9 Le d«*pitamoureux, p. Mol. 6, - La manie des Proverbes. 2 No. gr. 10 Un secret. 6 11 Tiridate. 4 12 f La calomnie, p. Scribe. 6 13 Le bon moyen. 4 14 Lorenzino, p. Humas. 8 15 Les deux voleurs. 4 — Horace, p. Corneille. 6 16 f L'ambitieux. 6 17 f Vatcl. ~\ . — Indiana et Charlemagne.^/ 18 Les Mémoires du Diable. 8 19 y Oscar, ou le mari qui 4 20 Le Tyran d'une femme. 4 21 La Chanotnesse. "| — Mad. Sorbet. J * 22 Les premières armes deRicli. 6 23 L'Ange dans le monde. 6 24 Aiidromnque, p. Racine, 4 — L'homme propose et Dieu 4 25 Clémence, 4 26 George Dandin, p. Molière, 4 27 La nuit aux soufflets, 6 28 Le fils de Cromwell. 8 29 Faute de s'entendre. \ _ — Le Protégé. / " 30 Shakespeare amoureux, "V _ — Toutleinondinna. J 1 31 Le vicomte de Létorières. 8 32 En pénitence. \ g — Les circonstances atténua. / 33 Les liurgraves, p. V. Hugo. 8 34 Mnthilde, p. K. Sue. 6 35 Lucrèce, p. Ponsard. 6 36 Un roinan intime. 4 37 Les demoiselles de St-Cyr. 6 38 Ifajazet, p, Bacine. 4 39 Davis, ou le bonh. d\ Fou. 4 40 Polyeucte, p. Corneille. 6 41 Fierre-le-rouge. 6 42 La courte-paille. 6 43 Quand l'amour t'en va. 4 44 Nanon, Ninon et Maintenon, 6 45 Le démon de la nuit, 6 46 Mademoiselle Dangerille. 4 47 Mystères de Paris p. Sue. 8 48 Les petites misères de la vie 4 49 i,cs mémoires de 2 jeunes 4 50 Le cadet do famille. 4 51 -J- Les surprises, p. Scribe. 4 52 AntigOUe, par Sophocle. 4 53 La cigun p. Augier. 4 54 L'école des mariSjp. Molière, 4 55 Le mari à la campagne. 8 56 Les femmes savantes, p. Mol. 6 57 Une jeunesse orageuse. fi 58 Mithridate p. Racine. 0 59 -j- Itebecca, G 60 Le Docteur Robin, ^ 4 61 Les projets do mariage. 4 62 Napoléon. 0 Tlu'Atre de Molière. L'Avare, Le Tartuffe, Le malade imaginaire, Le misanthrope, Le bon igois-gentilhomme, Le deiril amoureux, L'Ecole des maris, Les femmes savantes h 5—10 sgr. Berlin, chez Ad, Mt. Soldes iuK"**-