Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 55. (305.) JLE mm w&mzpwww iïKDBUMSfflŒ* COMÉDIE EN TROIS ACTES, MM. K »YAK» KT DE VYlliliY. comédie a lté représentée nveo le plus grand succès au théâtre allemand loua le titre: Er mus* (tufs I.aml. BERLIN* 184.». 4{t - Mt, Schlesinger, Libraire et Editeur de Musique. Pr. 20 Sar. )16 eGr.) » fiE MAKI A I,A CAMPAGNE, ou IiE TARTUFFE MODERNE. COMEDIE EN TROIS ACTES. PAR MM. BAVAIII» et DE Vlll.l.v PKKSOVVIUKS* FERDINAND COLOMBET, CÏÎSAH POLIGNY. EDMOND, amant de Pauline, M. MATHIEU, ami île la maison. UN DOMESTIQUE. URSULE, femme de Coloinbet. Mad. n'AIOUEl'EIlSE, mère d'Ursule. l'AULINE, soeur de Colombet. Mad. DE NOHAN, jeune veuve. JUSTINE, feini.....le chambre. ACTE PREMIER. f* théâtre représente un s.ilou meublé dfins un goAt sévère; porte à droite et k gauche, porte an fond, deux portes latérales; sur le devant, à gauche, une table et tout ce qu'il faut pour écrire, un journal, des papiers; c'est une table de jeu recouverte d'un tapis. Scène I. Mathieu, colombet, Mad. d'aigueperse, ursule. f^ 1 * lever du rideau, Mad. d'Aigueperse et Ursule travaillent près d'une table sur laquelle Colomhct écrit; Mathieu, étalé dans grand fauteuil, tient un papier et lit.) Mathieu, dictant. „C'est un appel fait aux âmes sensi- "*'*8.„. ,] e pi euses dames, qui consacrent leurs jours à la bien- " aiS;| nce, feront une tiuète à domicile." "•Mx-rtoire No. 305. (2. Série No. 55.) 1 2 LE IVfARI A LA CAMPAGNE. Ursule. Sans doute, et dès ce soir.... avant dîner.... non» irons ensemble, ma mère. IWad. d'Aigucperse. Silence si gai! si aimable? Ursule. Ab! oui, si mauvais sujet! Colombet. Voilà deux ans qu'il est parti pour voyager- Deux ans que je ne l'ai vu. Quelle joie. (A François.) Va donc, imbécile! François. Madame? Mad. d'Aigueperse, après un signe affirmatif de M. M" thieu. Qu'il entre! . , Pauline. Oh! que je suis contente! Je vais le revoir- Je vais.... Mad. d'Aigueperse. Vous allez rentrer dans votre chant- ACTE L SCÈNE III. 9 l>re, où vous attendrez qu'on vous appelle. (Pauline veut parler. — Elle ajoute sévèrement.) Allez.... (A Ursule.) Et vous, ma fille, à notre ouvrage. Il ne faut jamais qu'un étranger nous trouve inoccupées. Mathieu. L'essentiel est de donner de soi une bonne opinion... (Les dames s'asseyent et travaillent ; M. Mathieu, assis a la taille, semhle occupé de la circulaire. Pauline sort lentement, en faisant quelques signes de reproches à son frère, qui ne la retient pas.) Scène 111. MATHIEU, Mad. D'AIGUEPERSE, URSULE, CÉSAR, en costume de voyage, COLOMBET. (Colombet va au-devant de César, qui se jette dans ses bras.) César. Mon ami! Colombet. Mon cher César! César. Voilà le premier moment de joie quej'aie éprouvé depuis longtemps! (Se tournant vers les dames.) Ah! mesdames, pardon! mais après une si longue absence, le plaisir de retrouver un ancien camarade.... Colombet, Cet excellent ami! César, à Colombet. Madame Colombet'! Colombet. Oui, la jeune! César. Permettez-moi, madame, de vous présenter mes hommages, et d'adresser mes compliments à Colombet. (Gaiement.') Nous autres marins, nous sommes connus par notre franchise, et nous ne fardons pas la vérité Mon ami, la femme est charmante! Ursule, se levant h moitié. Monsieur! Césnr. On n'est pas plus jolie. ÇMad. d'Aigueperse échange un regard avec M. Mathieu.") Colombet, bas, en le tirant par son habit. Hum! hum! César. Hein! mais a moins d'être aveugle, on doit convenir qu'il est impossible de rencontrer de plus beaux yeux et u "e taille plus élégante! Crsulc. Monsieur.... Mad. d'Aigueperse, bas. Ne répondez pas. Colombet, bas, '» César, même jeu. Tu n'as pas le sens c °mmun. César. Kh! mais je ne vois pas la charmante soeur, Pau- 'inc.... Colombet. Oh! mu soeur!... (J LE MARI A LA CAMPAGNE. Mad. d'Aigueperse. Elle étudie dans sa chambre, monsieur!! César. Ali! (Bas, à Colombet.) Cette vieille dame? Colombet. INI a belle-mère! {César salue Mnd. d'Aigueperse, qui se lève h moitié,} César, lits, après l'avoir saluée. Beauté sévère. Et ce grand monsieur qui ne dit rien, c'est ton beau-père? Colombet, toussant pour le faire taire. Hum! hum! (Haut-) Monsieur Mathieu, un de nos amis! Irsule. De nos bons amis. {César salue, Mathieu s'incline légèrement.) César. Ah ça, mon cher Colombet, avec toi j'agis sans façon, en vrai marin, comme autrefois, comme au temps où nous n'avions qu'un seul domicile, non pas le tien, non pas le mien, mais le notre.... en ami, en camarade. Mad, d'Aigueperse. Camarade de l'université? Colombet. Collège Henri IV, belle maman. César. Aussi, tu vois.... j'aurais cru manquer à notre vieille amitié si j'eusse oublié ta dernière lettre que j'ai reçue au pied des Pyramides; cette lettre qui m'apprenait ton mariage, et me sommait de ne pas descendre ailleurs que chea lai... Colombet, un peu embarrassé. Certainement!.... {Mad. d'Aigueperse échange un regard avec Mathieu.) César. Ainsi cette chambre que tu m'offrais, je l'accepte- Colombet, avec abandon. Très-bien!... une chambre fort agréable et tout à fait libre en ce moment.... comme cela se trouve! (Se reprenant, avec embarras à Ursule.) C'est-à-dire libre.... est-elle libre, chère amie? l'rmile. Je le présume. César. Mille pardons, madame.... mais si je devais u«" ranger quelqu'un.... Ursule. Mon Dieu! monsieur.... Mail. d'Aigueperse, bas h Ursule. Ne répondez P as - Colombet. Au contraire, nous sommes ravis, enchantes--- n'est-ce pas, chère amie? César. Merci! plus tard je ferai venir mon bagage et pm quelques petits cadeaux que je prierai madame d'accepter.--' Ils n'ont qu'un mérite: c'est de venir de loin! Pour loi, jetaP porte de merveilleux cigares. Colombet, effrayé. Pour moi!... Je ne fume pas! César, regardant Ursule. Tu ne fumes plus?... je « om prends; tu fais bien. Puisque tu m'offres l'hospitalité, fl." c j'accepte.... Ah! ra, l'amitié permet certaines indiscrétions -■ Tn n'as pas déjeuné? ACTE I. SCÈNE 111. 7 (Même jeu entre Mat. d'Aigueperse et Mathieu.) C'uloinbet. Non ... pas encore! César. C'est à merveille! je meurs île faim.... Ce diable de conducteur, qui vient me réveiller au milieu de la nuit pour m'avertir qu'on va déjeuner! à quatre heures du matin, c'était trop tôt.... tu penses bien que je l'ai envoyé promener. (Même jeu entre Mail. d'Aigueperse et Mathieu; Colomlet s'efforce de rire en regardant sa femme, qui reste impossible.) De sorte qu'en ce moment le déjeuner viendrait un peu plus à propos.... Vous passiez dans la salle à manger, peut-être? Colombet, avec embarras. Non... c'est que ce n'est pas encore notre heure.... Nous avons l'habitude de ne rien prendre avant midi. César, riant. Oh! ceci, c'est trop tard.... c'est tris mau vais pour la santé, (Regardant sa montre.) Encore une heurt'. Tiens, mon ami, je ne veux pas déranger tes habitudes.... pas de cérémonie, de grâce, (A mi-voix.) Mais franchement, je n'attendrai jamais jusque-là; et tu serais bien aimable de me faire servir. Colombet. Comment donc?... à l'instant même! César. Oh! la moindre chose.... De la viande froide, du pâté.... ce qu'il y aura. Colombet, à part. Aïe! aïe! Slad. d'Alguenersc, en souriant. Monsieur ignore sans doute que nous sommes dans le carême. César. C'est vrai, madame, je l'avais oublié; vous êtes peut-être dans l'usage.... {A Colombet.) Toi aussi?... Ah! pardon; n'est-ce que cela? peu m'importe! liberté tout entière.... je suis tolérant. D'ailleurs, j'aime beaucoup le maigre, surtout quand il n'y a pas autre chose. Et pourvu que tu me donnes une bouteille de bon vin.... car tu dois en avoir.... tu es un amateur. Ursule. Mon mari?... il ne boit que de l'eau! Colombet. Oui.... par ordonnance.... du médecin. César. C'est différent. Mais tu me diras le nom de ton docteur. Colombet. Pourquoi? César. C'est que si jamais je suis malade, j'en ferai vc- "'r un autre. Mail. d'Aigueperse, se levant, ainsi qu'Ursule, Monsieur, Puisque vous ne pouvez attendre, nous allons, ma fille et moi, donner des ordres pour votre déjeuner. César. Ah! mesdames.... Mad. d'Aigueperse. Mon gendre, vous n'oublierez pas.,. ec 'le circulaire. ■s LE MARI A LA CAMPAGNE. Mathieu. Oh! je vois bien que si je ne m'y mois pas nous n'en finirons jamais. Colombe». Vrai? vous allez m'aider un peu?... que vous êtes bon! Mnd. d'Aiguepcrse. Trop bon!... Quel ton! (A Ursule) Suivez-moi, ma fille. (Saluant César.) Monsieur. Ursule. Me voici, ma mère. {De même, hColomhet.) Quels principes! .. (Elle fait la révérence à César qui la salue; elles sortent. M, Mathieu, s'assied au bureau.) Colombet, h part. Il parait que mon ami César n'a pa* de succès. Scène IV. MATHIEU, assis; COLOMBET, CÉSAR. César. Ta femme, mon ami, a un air de bonté, de candeur!... Colombet, sons voir Mathieu. Mais oui, elle est fort bien, ma femme.... Tu ne la connaissais pas? j'avais eu son père pour tuteur.... César. Je comprends.... c'est un mariage de convenance. Colombet, riant. Oui, un règlement de comptes.... Ce cher César! il a bien du t'étonner, mon mariage! César, de même. Je t'en réponds!... qui diable m'eût dit que loi, que j'avais quitté bon vivant, joyeux convive, toi q u ' menais si rondement la vie de garçon.... Colombe t, de même. C'est vrai! César. Tu manquerais si vite à tes principes.... car c«- tait toi qui nous mettais en gaieté.... et qui faisais à ces P au ' vres maris une guerre!... Colombet. A mort!... C'était amusant! c'était.... (Apercevant Mathieu qui écrit en prêtant l'oreille.) Ah! César. Hein? tu dis? .. Colombet, changeant de ton. Moi, mon cher, je dis que lu exagères.... J'étais un bon enfant, si tu veux; mais j'ai toujours eu des idées... que.... et puis.... j'ai été élevé dans des habitudes.... si raisonnables.... (Elevant la voix.) O'ailleurs, ma femme m'a réconcilié avec le mariage; elle est si bonne, ""' femme!... Césor. Et si jolie! si modeste !... Les compliments la Ion rougir. Colombet, riant. Je crois bien! elle était indignée...- » vas lui parler de sa grâce, de ses beaux yeux, de sa jo |lC ACTE I, SCÈNE t IV. 9 taille.... et devant sa mère encore! (H s'arrête à un mouvement de Mathieu.) Diable d'homme! César, riant. AU bail! il me semble qu'une femme aime assez qu'on lui dise qu'elle est jolie.... quand elle l'est.... et même quand elle ne l'est pas..,. Est-ce que ces dames seraient un peu prudes? Colombet. Eli! non.... hum! hum! non, au contraire.... c'est que vous autres militaires, vous autres marins, vous avez une admiration un peu vive.... Et tu conçois.... une femme comme la mienne.... comme j'en désirais une.... César. Comment? Colombet. Non pas pourtant que.... Ah! Dieu, elle comprend très-bien que dans le monde.... mais enfin, je ne suis pas fâché de te prévenir, c'est plus sûr. César. Ce n'en est pas pour cela plus clair. Sois tranquille : je sais ce qu'on doit aux dames d'égards, de réserve; mais ici, que diable! entre hommes.... il faut de l'abandon. (A Mathieu, qui remue des papiers.) N'est-ce pas, monsieur?... Je n'aime pas les Tartufes! Colombet, à part. Oui, il tombe bien! Mathieu. Pardon, monsieur.... je n'ai pas entendu.... Colombet, « part. Il n'a pas perdu un mot.Monsieur me parlait de ma femme, de mon bonheur. Mathieu, se levant. Monsieur n'est pas marié? César. Non, heureusement! Colombet, toussant. Hum, hum! César, sans y faire attention. Car si je l'étais, ce serait Sans doute avec la femme la plus coquette, la plus perlide.... Mais si jolie.... et tu sais, nous deux nous avons toujours aimé les jolies femmes.... Colombet. Moi, je.... {Bas.) Tais-toi!... César. Hein? est-ce que tu ne les aimes plus?... Colombet, has. Eh! si fait!... mais tais-toi! (Haut.) El tu dis que cette dame.... César. Il y a un an, tiens.... un peu avant ton mariage..., Colombet. Il y avait de la sympathie entre nous. César. Je l'aimais de toutes les forces de mon âme!... c'était une de ces passions qui semblent n'avoir rempli votre coeur des espérances les plus enivrantes que pour y laisser ensuite plus d'amertume et de regret.... Mathieu. Et cela, monsieur, a fini?... César. Par un coup d'épée. Colombet. Vraiment? Mathieu. Vous vous êtes battu? César. Et j'ai été blessé.... comme un mari.... c'est tout 10 LE MARI A LA CAMPAGNE. simple.... c'était moi que l'on trompait! Oli! j'étais fou— j« le suis encore.... Car le temps, l'absence «le celle que j'aimais, le souvenir de sa perfidie, rien n'a pu me guérir de mon amour. . aussi, je viens à Parta pour m'étounlir, me consoler, et j'ai compté sur toi. Colombet. Sur moi?... Scène V. Les Mêmes, Mad. D'AIGUEPERSE. Mad. D'Alguepeme. Monsieur, vous serez servi dans un Instant! César. Ali! madame, que de bonté! Je suis vraiment confus.... Si tu ne déjeunes pas, mon cher Colombe!, tu «M tiendras du moins compagnie.... Et nous retrouverons notre gaieté d'autrefois à nos joyeux souvenirs.... Mathieu, à part. Oui.... c'est édifiant! Colombet. Certainement, mon cher César!. . Itlad. D'Aigueneroe. N'oubliez pas, mon gendre, qu'on vous attend ce matin à la fabrique.... César. A la fabrique! Colombet. Permettez, belle-maman; si je n'y allais que plus fard? Mathieu. Impossible ! on ne peut voter qu'après vou» avoir entendu. Mad. D'Algueiicrse. Vous n'avez pas de temps à perdre... Colombet. C'est juste.... mon ami, je suis désolé de tu quitter ainsi. César. Allons donc.... Les affaires avant tout.... quand je pense qu'autrefois, au temps des rêves de notre jeunesse, tu voulais une recette générale! Comme moi je jurais d'être « u moins amiral.... Et nous voilà, l'un petit officier de marine, et l'autre simple industriel.... Puisque tu es industriel.... va, mon «mi, va!... Plus tard, j'irai à ta fabrique avec toi.... eelîi me fera plaisir.... cela doit être amusant! IHad. M'AIgueporge. Monsieur.... Colombet, h part. Ali ça, est-ce qu'il veut se moquer de moi?... Cé«»r. A ton retour, si tu as une heure à me donner, nous sortirons ensemble.... Je suis impatient de revoir nos amis, nos camarades d'autrefois, à moins que nous no les retrouvions ne soir à l'Opéra. Mathieu. A l'Opéra! ACTE L SCÈNE VI. Il Colombet, <» part. Miséricorde! César. Madame y a peut-être une loge?... Mnd. M'Alguencrse. Non, monsieur.... Jamais.... César. Madame préfère les Bouffes.... C'est qu'autrefois, Colombet et moi, nous étions des habitués de l'avant-scène.... J'ai toujours aimé la musique.... Lui, c'était la danse.,,, Colombet, vivement. Allons, encore! Scène VI. Les Mêmes, URSULE. Ursule. Mon mari,'.. Ah! Ferdinand! quelle surprise vous m'avez faite! Colombet. Comment! une surprise! Moi! Ursule. Eh oui.... ce magnifique bouquet que l'on vient de m'apporter de votre part! Colombet. De ma part!... un bouquet.... Ah! oui, ah! j'y suis! {A part.") Les maladroits! Ils se sont trompés.... Mnd, O'Algiieitcrsc. Un bouquet! à quoi bon?... César. Voilà un mari galant!... C'est un plaisir que je réclamerai une autre fois.... Madame va sans doute au bal ce soir? Mnd. D'Aigueperse, sévèrement. Non, monsieur.... César. C'est que Colombet aimait tant le bal autrefois! Colombet. Moi.... je.... je ne me rappelle pas.... César. A moins que ce ne soit une fête.... Ursule. Ce n'est pas la mienne! Colombet, prenant le bouquet. Eli mais! ne puis je offrir des fleurs à ma femme, qui les aime tant!... Ce matin, j'ai vu ce bouquet qui m'a paru fort joli, et j'ai dit; Il sera pour Ursule.,.. {A part.) J'en serai quitte pour en commander un autre! Ursule. Mon ami, il est trop beau pour moi.... mais que je ne vous en remercie pas moins,... César. C'est un charmant bouquet de bal!... Mnd. D'Aigueperse, Encore! Colombet. A bientôt, mon ami; va déjeuner; moi, je sors... M l'art.) Imbécile! Césnr. Hein? Colombet. Adieu, adieu. César. Mesdames,'... (A pari.) Je n'y suis plus du tout!,.. (If« sortent chacun d'un côté.') 12 LE MARI A LA CAMPAGNE. Scène VIL Mad. D'AIGUEPERSE, MATHIEU, URSULE. Mathieu. Enfin, les voilà séparés! c'est fort heureux! Mad. U'Aigueperse. Oui, n'est-ce pas, mon cher mon sieut Mathieu? ce jeune homme est pour mon gendre une connaissance... Mathieu, Détestable)... Quelles moeurs! Mad. U'Aigueperse. Quelle légèreté. Ursule. Le fait est qu'il ne parle que de bals, de spectacles.... Mathieu. Et ce n'est rien encore!... Ursule. Ah! mon Dieu ! Mad. U'Aigueperse, En effet, vous êtes resté ici avec eux.... Est-ce que vous auriez écouté?... Mathieu. Non, mais j'ai entendu, sans le vouloir.... u" c conversation fort peu édifiante.... Des souvenirs de jeunesse un peu vifs.... des confidences d'amour trahi!... de duel.... Des projets de dissipation.... 11 vient ici pour se consoler d'une pa s ' sion malheureuse, au milieu des plaisirs qu'il fera partager a ce cher Colomhet! Mad. U'Aigueperse. Miséricorde! Ursule. Vous me faites peur! Mad. U'Aigueperse. 11 perdra mon gendre! Mathieu. Et près de Pauline, une jeune fille dont la p^' tite tête serait si facile à déranger!... Mad. U'Aigueperse. A la veille d'un mariage qui nous a donné tant de peine! grâce à ce monsieur Edmond, qu'elle croyait aimer!... Ah! la jeunesse! la jeunesse! que c'est frag'' e que c'est.... Mathieu. C'est la jeunesse enfin! c'est-à-dire une malad' 6 dont heureusement on guérit tous les jours.... Mad. U'Aigueperse. Je me suis toujours défiée des J e nés gens.... aussi, j'ai eu comme un frisson quand j'ai vu ce monsieur César s'installer chez nous. Ursule. Et avec cette assurance! ; Mathieu. C'est fort malheureux! je ne puis vous a»« que cela.... c'est fort malheureux! . Mad. U'Aigueperse. Ah! Ursule, il y a dans tout beaucoup de votre faute! Ursule. Comment, ma mère? Mad. U'Aigueperse. Sans doute! quand votre mari vo demandait si la chambre était libre, qui vous forçait de i«l»°" die comme vous lavez fait? ACTE I. SCÈNE VII. 13 l raille. Mais, ma mère.... la vérité! Mad. D'Algucperse. La vérilé, quand elle est utile à «lire.... à la bonne heure! Mathieu. Ma respectable amie a raison. Tout dépend des circonstances.... Nous faisons une 1res-grande différence entre dire ce qui n'est pas, et ne pas dire ce qui est.... selon le but et les intentions.... C'est d'une liante moralité. Hnd. D'Aigueperse. Et dans ce cas, il s'agissait d'arracher mon gendre à la société d'une personne.... Mathieu. Dont l'exemple et les perfides conseils peuvent ''reuser un abîme sous ses pas!... Ursule. Ah! ma mère! Mad. l>'Aiguepersc. Le mauvais exemple est si dangereux! Mathieu. Et le coeur humain si faible, ma respectable amie! Vous avez entendu.... ils veulent revoir ensemble ces camarades, ces échappés de l'université avec lesquels vous avez rompu les pernicieuses liaisons de votre mari.... Il est si faillie;... il sera entraîné, et alors. .. Msd. IJ'Aigueperse. Et alors.... Ursule. Mon pauvre Colombet! mais il n'en sera rien! certainement je ne permettrai pas qu'un étranger, un inconnu, vienne le détourner de ses bonnes habitudes! Et pour le sauver.... Mais voyons ... dites-moi donc quelque chose.... aidez- moi donc! Que faut-il faire? Mathieu. C'est un peu lard.... Mad. U'Algueperse. Il n'y a qu'un remède à cela.... c'est de prier.... ce monsieur.... poliment.... de.... Ursule. De s'en aller.... Mathieu. Poliment!... Ursule. J'entends bien! mais comment? moi qui le connais à peine.... Je n'oserai jamais.... Si vous vous en chargiez, •na mère? Mad. D'Algueperse. Impossible, ma fille!... j'aurais l'air de vous dicter votre conduite! Mathieu. C'est juste! Ursule. Ce sera donc un nouveau service que nous vous devrons.... bon monsieur Mathieu. Mathieu. Ah! permettez.... les jeunes gens sont si mal ''evés!... Celui-là surtout a l'air un peu brutal.... 11 pourrait Manquer d'égards.... D'ailleurs je ne suis pas chez moi! Il fendrait pour bien faire que ce fût votre mari qui vous débar r,1s sat de son ami.... de collège! Mad. ■>Aigiieperse, Et pour être plus sûr qu'il ne le ev «rra pas..... pour l'éloigner de Paris et du danger, nous 14 LE MARI A LA CAMPAGNE. l'enverrons, comme à l'ordinaire, passer quelques jours » I* campagne, pour affaires. Ursule. Il y va bien souvent, ma mère! n»d. O'Algueperse. Il le faut!... Et en attendant, montrons à cet importun une froideur qui le rende plu* circonspect* et ne lui donne pas envie de rester dans une maison dont N* principes s'accordent si mal avec les siens!... Quand vous reviendrez à deux heures pour notre partie, il sera congédié, je l'espère! Ursule. Ce sera difficile!... Kl Milieu. Justement, le voici. Scène VIII. Les Mêmes, CÉSAR. César, sttns les voir. Maintenant je puis attendre. (I' e> apercevant.} Ali! madame, je suis désolé de l'embarras que j" puis causer ici.... mais.... Mad. WAigueperie. Pardon, monsieur.... j'ai quelques ordres à donner.... et je sortais.... (Jille salue et sort-) César. Ali! (A Ursule .) Je suis heureux, madame, de pouvoir vous exprimer combien je suis sensible à l'accueil que...- ITreule. Pardon, monsieur.... c'est l'heure où j'ai quelques devoirs à remplir.... et mon mari.... enfin, j'ai l'honneur.... César. Madame.... {Elle sort.) Parbleu! monsieur..,, monsieur Mathieu, vous me direz si c'est moi qui mets ces dames en fuite, et.... Mathieu, tirant sn montre. Pardon, monsieur.... je sul * en retard.... Il faut que je m'arrête un instant à mon bureau avant de me rendre à la fabrique.... Cégar. Aussi! (J part.) Ils sont donc tous fabricants! Mathieu. Je vous salue de tout mon coeur!. . (" sort.) César. Hein! Ah ça, mais tout le monde se moque de moi ici.... Colombe! lui-même qui m'impose silence! Ea bcll*" mère, avec sa grande ligure qui m'a glacé!. . madame Colom bet, avec ses hésitations.... et monsieur Mathieu avec son ai cafard! Jusqu'à ce domestique qui me servait à table, et ul même vous lui direz.... Colombet. Impossible!.... un camarade.... un am'—- n0U * sommes habitués depuis si longtemps à vivre ensemble co deux frères.... il ne m'a jamais rien refusé. Ursule. Eh bien, il ne vous refusera pas ce que vous lez lui demander. Colombet. Quoi donc? _ Ursule. De vouloir bien prendre son domicile e ^ que chez vous, dans un hôtel garni; il sera sûr au moins ne déranger personne. Colombet. Mais.... er> Ursule. Un mauvais sujet qui ne peut que vous dérang vous perdre. Colombet. Oh! si ce n'est que cela.... Ursule. Vous dites?,... . „ 9 Colombet. Je dis que vous vous trompez.... et si n'avez pas de meilleures raisons.... ACTE L SCÈNE XII. 21 Ursule. D'ailleurs, il n'est pas convenable qu'un jeune l'Onime si léger demeure plus longtemps dans la même maison lie moi. Colombet. C'est une plaisanterie. Ursule. Surtout au moment où vous allez vous absenter. Colombet. l'Iait-il Ursule. Où vous allez partir pour la campagne. Colombet. Al»! je pars pour la campagne!.... Ursule. Ma mère l'a décidé. Colombet, avec joie. Vrai! elle a décidé!.... Alors, c'est kien différent. Ali! je pars pour la campagne! Ursule. Eli! mais on dirait que ça vous fait plaisir?.,.. Colombet. A moi? pas du tout.... je nie résigne. Ursule. Alors vous partirez aujourd'hui, ce soir. Colombet. Tant mieux. Ursule. Comment! tant mieux?.... Colombet. Oui, tant mieux!..., parce que, vous concevez, ■"on ami César comprendra plus aisément!.... Ali! si je n'étais farti que demain, ce ne serait pas la même chose!.. (A pari.) l'arbleu! Scène XII. Les Mêmes, Mad. D'AIGUEPERSE, PAULINE. Slad. d'Algueperse. Oui, mademoiselle, disposez tout pour le reversi. Pauline. Tout de suite, madame. (Bas h Colombet.) Tu as parlé?.... comment cela va-t-il?.... Colombet. Je pars pour la campagne. Ursule. Venez, ma mère, venez.... mon mari est enfin raisonnable... il sent bien lui-même qu'il n'est pas convenable d'é tablir entre nous et cet ancien ami des rapports trop fréquents. Pauline, a part. Ah ! mon Dieu! Mad. d'Algueperse. A présent qu'on l'a retenu, il est u » peu lard pour y penser. Colombet. C'est ce que je disais.... il est un peu tard. Mad. d'Algueperse, sévèrement. Mais il n'est jamais trop ld4 'd pour faire son devoir. Colombet. C'est cela!.... il n'est jamais trop lard.... OTaa. d'Aigueperse. lit vous avez trop de sens, mon Bendre..., Colombet. Plaît-il? Ma«, d'Aigueperse. Trop de goût,... 22 LE MARI A LA CAMPAGNE. Colombet. C'est juste. Mnd. »'Aigueper«e. Le sentiment des convenances trop exquis.... Colombet. Assurément. Mnd D'Aigueperne. Pour n'avoir pas compris dès ' 8 premier moment qu'un jeune homme sans principes..., c'est votre ami, je le sais, aussi je le ménage.... Colombet. Vous êtes si bonne I Mac. D'Aiguepertte. Qu'un jeune homme sans principe ne pouvait rester dans la société intime de trois femmes d'une vertu sévère!.... Pauline. Mais, au contraire.... il est si bon! si!.... Mnd. n'Aîgueperoc. Mademoiselle, préparez la table. - Ainsi donc vous allez lui faire entendre qu'il ne peut rester ici- Ursule. C'est convenu. Colombet. Mais.... Ursule, Mon Dieu! il y a tant de raisons!,... on chercli" un prétexte. Pauline. Mon frère ne ment jamais. Mad, IS'Aiguepcrse. Pauline!,... Colombet. Ce pauvre César..... je n'aurai jamais le courage de lui dire..... de le congédier moi-rnème..... n'y comptez pas. jciad. M'Aîgueperse. Mon gendre! Pauline, las. Très-bien! Ursule. Ferdinand!..... Je ne puis pourtant pas m'* 0 charger! Colombet. Ni moi! Mad. n'Aigueperse. Eli bien, puisque vous le voulez absolument, c'est moi qui m'en chargerai. Colombet. Vous, à la bonne heure! Je n'ai plus rien <• dire.... cela arrange tout.... Pauline. Le voici!.... (Bas, h Colombet.') Mais c'est indigne!.... un ancien ami!.... Colombet, 6ns. Que veux-tu?.... Je fais ce que je peux— Scène XIII. Les Mômes, CÉSAR. César, h la cantonade. Par ici! attendez.... (Hnlranl.) P»# don, mesdames, c'est mon léger bagage qui me suit.... , Pauline.) Eh bien, monsieur Edmond est rappelé'! (//"»'•) ' ' Colombet veux-tu m'indiquer mon appartement?.... Colombet. Hein? ah! oui.... Ton appartement. .. c'est fl« Je suis occupé là.... avec ma soeur à préparer le reversi.. - ACTE I. SCÈNE XIII. 23 César. Ne le dérange pas, mon ami!.... (4 Ursule.) Je prie- r «i madame de donner des ordres.... l'rsule. Monsieur.... Mad. D'Algueperse. Pardon, monsieur.... c'est mol.... César. Qui voulez prendre cette peine, madame.... je ne souffrirai pas.... ^ïad. n'Aiguepcrge. C'est qui aurai l'honneur de voua ''pondre. Colombet, à part. Pauvre garçon!.... Pauline, t'essuyant les yeux. Pauvre Edmond!..,. Mad. n'Algueperse. Monsieur, mon gendre est désolé d'une petite difficulté qu'il ignorait.... et qui s'oppose au désir •*n naturel et que nous partagions assurément de vous offrir Un appartement convenable. César. Oh! la moindre petite chambre. Mail. n'Algueperse. 11 n'y en a qu'une... Vous savez... a l'aris, on est logé à l'étroit.... César. Mais il ne m'en faut pas davantage.... le plaisir d'élre au milieu de vous.... près de ce cher Colombet!.... Mad. n'Algueperse. Et voilà ce qui désole mon gendre.... Cette chambre qu'il croyait libre.... ( raule. Que nous croyions libre.,.. César. Elle ne l'est pas!.... Mad. n'Algueperse. N'est-ce pas, mon gendre?.... Colombet. Plaît-il, belle maman'! Ah! mon Dieu, oui..... "ion cher César.... je croyais.... et il parait.... (Il retourne h la table et s'occupe h ravger.) Pauline, h part. Comme ils mentent tous! César. Ah I mais alors, je ne vois pas ce que je puis faire.... Mad. n'Algueperse. Ce que vous pouvez faire?.... (.< part.) Il parait qu'il ne comprend rien, ce monsieur.... César. Si vous n'aviez qu'une chambre à m'offrir.... Ursule. Qui n'est pas libre.. . César. Je n'ai plus qu'à retourner à mon hôtel.... Mad. n'Algueperse, C'est ce que je pensais.... avec un r *8ret bien vif. César. Madame! c'est trop de bonté! jmrf.) Je voh- ' a 's faire rentrer l'autre.... l'amoureux.... et c'est moi qu'elle " lci à la pinte. (Haut.) Au l'ait, je ne vois pas d'autre parti à prendre.,., et si c'est l'avis du maître de la maison. ... de mon a ">i Colombet.... car c'est lui qui est le maître de la maison!... -""t'ad. n'Algueperse. Sans doute!. . Je ne me mélo point affaires de mes enfants.... de mon gendre surtout.... Il n'y 24 LE MARI A LA CAMPAGNE. a ici qu'une volonté, c'est la sienne, et c'est sa volonté que je vous transmets. N'est-ce pas, mon gendre? Colombet. Oui, oui, belle maman!... Puis, mon ami, nous nous verrons.... Tu viendras.... souvent! Ursule. Au retour de mon mari.... Mad. d'Alguepcrse. Qui s'absente de Paris.... aujourd'» 1 " même.... dans un quart d'heure.... et en son absence.... César. Ces dames ne reçoivent personne ! iind. d'Aigueperse. Vous comprenez ! César. Parfaitement! Mad. d'Aigueperse, à part. C'est bien heureux! i raille. Ah! monsieur Mathieu!... Scène XIV. Les Mêmes, MATHIEU. Mathieu, entrant vivement. Mes amis!... mes excellent* amis!... une bonne nouvelle que je vous apporte!... Mais, | ,ar " don.... j'ai tant couru que je suis tout essoufllé. Mad. D'Aigueperse. Mon gendre.... un fauteuil.... n ' il fille, un verre d'eau sucrée!... (Ursule court h gauche.) avec de la (leur d'orange!... Allez donc, Pauline. (Pauline court <' !a cheminée, Colombct apporte un fauteuil sur lequel Mail. d'Aig*^ perse fait asseoir Mathieu, en continuant.') Ce bon ami ! Il eS ' capable d'en gagner une fluxion de poitrine. César, à part. Le pauvre homme! Mathieu, buvant le verre d'eau sucrée. Merci.... ce n'< 8 ' rien!... me voilà mieux! C'est la joie, le saisissement; mon clif Colombet, réjouissez-vous.... nous l'avons emporté!.■■ M»d. d'Aigueperse, Il serait vrai!... Ursule. Quel bonheur!... César, bas. C'est une victoire! Mathieu. Marguillier!... Ursule et Mad. d'Alguepcrse. Marguillier!... Mathieu. Il a été élu d'emblée!... Colombet. Ah! j'en suis bien ai.se!... /rvm- Mad. d'Aigueperse. Mon gendre, embrassez-moi I... ( ' brassant.) Marguillier!... Mathieu. Mon jeune ami, permettez!... Marguillier. (Il l'embrasse.) Ursule, l'embrassant. Mon ami!... Pauline, se détournant. Oh! moi, cela m'est égal.-. César. Mon cher Colombet! mesdames! je suis '"^ chanté du grand bonheur qui vous arrive ... et je me re i ACTE II. SCÈNE t. 25 profondément ému de votre triomphe.... et de la manière cordiale dont vous Imitez l'amitié.... de M. Mathieu!... (// les salue, elles lui font In révérence.) Pauline, bas, h César. Mon Dieu! si vous vous en allez, qui est-ce qui nous protégera? Blnd. d'Algueperse. Et maintenent, au reversi, mon gendre! (/' s S e placent h la table de reversi.) Colombet. An revoir, mon ami!... (Bas.) Ce soir, de trois à quatre, au Palais-Royal.... devant la Rotonde!... (Mouvement «le César.) Chut!... Ursule. Colombet! Colombet. Me voici, belle maman!... (Il vient prendre sa place, et César s'arrête pour jeter un dernier regard sur ce tableau.) FIX DU FfMfM ACTE. *********************************^********************** ACTE SECOND. I m riche appartement préparé pour une fête; porto mi fond et deux portes latérales; porte à droite et à gauche. Scène I. Mad. DE NOHAN, JUSTINE. (Au lever du rideau Justine range des fleurs.) Justine. Voilà une fête qui fleurit notre salon; il y a tant de beaux messieurs qui cherchent à plaire à madame.... c'est tout simple.... une veuve si aimable!... si riche!... et d'une sagesse! .. (Mad. de Nohun entre par la gauche et la regarde en riant.) Mnd. de Nolian. Mon Dieu! Justine, que faites-vous là? Vous êtes entourée de fleurs comme une bouquetière. Justine. N'est-ce pas, madame? Ce sont tous les bouquets qui sont arrivés aujourd'hui pour votre fête.... Je vais les •aire ranger par ordre dans la jardinière du salon, de manière q>'e chacun, ce soir au bal, puisse reconnaître le sien.... Cela n c prouve rien, mais cela flatte toujours. Mnd. de Nulinii. Et c'est un moyen de contenter tout le 26 LE MARI A LA CAMPAGNE. monde à peu du frais.... Ce sera nia réponse à tous ces ennuyeux billets qu'il m'a fallu lire. Justine. Je suis de l'avis de madame.... Je ne tiens pas à l'écriture.... je n'y ai jamais tenu.... pour des raisons particulières. OTad. de Xolian, à part, Mais rien de lui.... rien!... (//Vint.) Dites-moi, Justine, avez-vous envoyé ce matin à l'hôtel de* Princes?... Justine. Oui, madame; mais monsieur Ferdinand.,.. ITlad. de Notion. On lui a remis ma lettre? Justine. On ne l'a pas trouvé, madame.... on ne le trouve jamais.... Il paraît qu'il s'absente souvent.... Il habite la campagne, et monsieur Edmond, son ami, vous le disait hier, il n'a qu'un pied à terre à l'hôtel des Princes.... Mnd. de Nolian. Cependant il est à Paris, j'en suis sûr. Et lui, toujours si empressé, si aimable.... je ne l'ai pas encore vu.... Justine. Oh! il n'est pas toujours là, comme ces gc" 3 ennuyeux par leur exactitude.... 11 se fait désirer.... c'est p' us adroit... mais il viendra, madame.... Eu féle n'irait pas sans lui.... n'est-ce pas lui qui met tout le monde en train? Il est si gai! si bon enfant! Mad. de Nohan. Vous trouvez.'... Au fait, il pourrait être.... mieux.... avoir plus de grâce, plus d'élégance.... mais non plus de franchise et d'abandon! (_A part.) Ah ! il ne m'aurait pas trompée, lui ! Justine. Et puis, qui est-ce qui donnerait des ordres pour le diner?... Car il dirige tout avec un empressement! on dirait- Mad. de Xohaii. Plaît-il? Justine. Je veux dire que nous lui obéissons.... pour fa 11 ' 0 plaisir à madame.... et c'est tout simple.... D'ailleurs, madame est veuve, madame est libre.... et s'il convenait à madame u faire un bon mariage, je serais la première à l'en féliciter.... Mad. de Nolian. Vous êtes trop bonne ! je vous remercie. Justine. Dam! un mariage.... c'est le moyen do faire un heureux! Et c'est si doux de faire des heureux! Mad. de Wohau. Oui, c'est le moyen de faire des jaloux.... et je ne les aime pas!... Ç_A part.) Cette folle.... *j ^ raison peut-être.... ce serait le moyen de me venger d'un ing Scène II. Les Mêmes, COLOMBET. Colombe», c» dehors. Ce n'est pas ça.... je te dis <1 11C c n'est pas ça.. . [JVBIrUwlulL ACTE II. SCÈNE II. 27 Justine. Le voici!... Mad. do Nolimi. Monsieur Ferdinand! Colombct, paraissant h la porte du fond. Il faut déboucher le Champagne, afin que la glace le saisisse. ITJad. de Nnimn, n'ont. Ha! lia! ha! Colombct, riant de même. Ha! lia! ha! Belle dame! je ne me savais pas si près de vous.... je donnais des conseils à cet imbécile de Joseph pour glacer le vin de Champagne à point.... c'est que vous ne savez pas toute l'importance ... Mad. de Noliun. Et voilà ce qui vous occupe en arrivant!... Colombct. Oh! cela ne m'empêche pas de remarquer que vous êtes plus jolie encore que de coutume.... c'est une difficulté vaincue.... Je n'ai pas oublié que vous m'avez promis de donner la préférence à mon bouquet, le jour de voire fête.... (.11 lui présente le bouquet qu'il tient.') II arrive un peu tard.. . Pardon.... c'est que.... il s'est égaré en route. Mad. de Xolinn, lui tendant la main. Merci de me l'apporter vous-même! (lille remet le bouquet il Justine.) Colombet. Bonjour, petite!... Surtout ne confonds pas mon bouquet avec lesautres! Ah! une promesse encore!... Vous me devez la première contredanse, la première valse.... Oh! je. me sans en verve ce soir.... Il y a si longtemps que je m'ennuie.... de ne pas vous voir! Et je veux que votre bal soit d'une gaieté à faire mourir d'envie toutes les dames qui u'osent vous imiter. Mad. de Nohan. Et moi aussi.... jamais je ne me sentis plus heureuse et plus gaie! Justine. Ah! madame, cela me rappelle que notre voisine du second a envoyé co matin.... Mad. île Noïian, riant. Pour savoir de mes nouvelles? Justine. Oh! non.... Four prier madame de ne pas danser jusqu'au jour.... parce que cela l'empêche de dormir.... Colombct. Vraiment!... Eh bien! il n'y a qu'à lui envo yer.... un billet d'invitation. Justine. Miséricorde! Colombet. Sans doute! si elle ne peut dormir, clic dansera.... je lui conseille de se plaindre. Mad. de Nolian. Y pensez-vous,'... une vieille dame de s °ixante-six ans!... Et dévote!... Colombet. Dévote!... En ce cas n'eu parlons plus.... nous nous entendrions mal ensemble! Va, mon enfant, et si Georges "est pas parti, dis-lui que ma commission est pressée! Justine. Oui, monsieur.... tout de suite! 28 LE MAKI A LA CAMPAGNE. Scène III COLOMBET, Mad. DE NOHAN. Mad, de Volmii. Quelle commission?... Colombet, Ali! pardon.... c'est un do mes amis.... de mes bons amis, à qui j'avais donné rendez-vous au Palais-Ro- yal.... devant la rotonde.... Il n'y était pas.... Et, dans mon impatience de vous revoir.... ma foi! je n'ai pas attendu.... Me permettrez-vous de vous le présenter* Mnd. de Nohan. Certainement.... amené par vous.... ne peut être que le bien venu.... Colombet. Ah! trop de bonté ... c'est un liomme d'esprit, aimable.... un peu sentimental.... Mais j'y pense.... n'est-ce pas une maladresse de ma part?... Mad. de Nohan. Comment?... Colombet, N'est-ce pas un rival de plus que je me donne? Mad. de Nohan. Eli! monsieur, quand on est jaloux, est- on si longtemps sans revoir ceux qu'on aime? Vous vous faites désirer.... Colombet. Vrai? Le reproche est aimable! C'est que je suis si occupé!... Mad. de Nohan. Sans doute, car voilà plusieurs fois que j'envoie à l'hôtel des Princes!... Vous n'y êtes jamais.... quand on vous demande ... Colombet, gaiement. C'est qu'on ne me demande jamais quand j'y suis. Mad. de Nohan. Vous serez demain chez madame Li"- pinct?... Colombet. Elle donne un bal? J'y serai.... certainement- Mad. de Nohan. A la bonne heure! C'est que si je sors, si je vais dans ces lieux où l'on est convenu de se renconlu'i toujours.... au bois, à l'Opéra.... je ne vous vois nulle part. Colombet. C'est ce que je me dis.... voilà qui est singu lier.... nous ne nous rencontrons nulle part! ^ Mad. de Nohan. Si fait pourtant.... l'autre jour.... 8 Saint-Sulpice! Colombet. Plait-il? à Saint.... Ce n'était pas moi!... Mad. de Nohan. Je vous ai parfaitement reconnu. •• ^ Colombet. A Saint-Sulpice.'... quel jour?... Je ne nie so viens pas. •. ^ Mad. de Nohan. A ce sermon ... pour une oeuvre de t. rite.... à laquelle je m'intéresse. Colombet. Ah! comment! vous, madame, vous aile* - Mad. de Nohan. Certainement.... et j'étais bien ms ACTE II. SCÈNE III. 2 y voua apercevoir dans la foule, quoique vous n'y fussiez pas pour moi. Colombct. Non.... c'est vrai!... je suis franc... je passais par hasard. Mad. de Nolian. Mais pas du tout.... car vous êtes sorti dans un groupe de fidèles.... vous donniez le bras.... Coloinbet. Vous vous trompez.... Mad. de Nohan. Si fait, vous donniez le bras à une vieille dame.... Coloinbet. Ah! oui... une vieille dame.... ah! c'est possible.,., je me rappelle.... Je passais. .. comme j'avais l'honneur de vous le dire, et j'ai été pris au passage.... Ha, ha, ha! Vous 'n'avez vu?... Je devais avoir l'air.... Mad. de Nohan. Trés-recueilli.'... Colombet. C'est ce que je voulais dire.... Mad. de Kohsn, Et cela m'a fait plaisir!... Oui, monsieur, vous qui êtes toujours si gai, si fou.... de ce jour-là, il m'a semblé que vous méritiez plus de confiance.... et de ce jour-là aussi, j'étais disposée à vous croire plus volontiers quand vous me parliez de votre amour.'... Celouibet, h part. C'est bon à savoir.... (//««(.) Quoi!... vous doutiez? Mad. de Nohan. Eh! mais un peu!... car enfin..,, jusqu'alors. .. je pouvais croire que vous regardiez mon salon tomme un rendez-vous de plaisir.... où il était de rigueur de me tenir un langage banal.... de galanterie.... Colombet, Ah! madame.... pouviez-vous me confondre avec des étourdis qui profanent ce nom d'amour sans le comprendre* Mad. de Nolian. Oui, je m'en accuse.... mais alors je vous rendis justice, et je parlai de vous avec tant de confiance, que cela même a donné à cette folle de Justine une idée.,, Colombet. Quelle idée? Mad. de Nolian. Je vous dirai cela plus tard.... un autre jour.... Colombet. Si l'idée est heureuse.... un jour de bal!... Mad. de Nohan. Non.... c'est trop sérieux. Tenez„.. un jour que je retournerai à Saint-Sulpice et que je vous prierai de me donner le bras.... Colombet. A vous! ah! non pas! Mad. de Nohan. Comment! Colombet, riant. C'est-à-dire! ha! ha! lia! il paraît que... Mad. de Nohan, prenant une lettre h sa cei7iture. Oui, monsieur, cela repose du monde, cela console.... D'ailleurs, on m associe à une bonne oeuvre, et j'en suis toute lière..,. voyez! 30 LE MARI A LA CAMPAGNE. Colombet. Quoi donc?... celte Ititlre? Eh! mais.... (A pari,) Mon écriture!... IHad. de .VoIihii. Une quête.... une circulaire.... Colombet, h part. C'est la nôtre! ftlad. de Nohan. Eli Jiien! vous trouvez cette lettre?..-" Colombet. Très-bien écrite. Ha! lia! lia! TOad. de Nolian. Qu'avez-vous? Colombet. Rien.... rien!... c'est qu'il me semble piquant que.... et puis.... Dam.... je m'attendais si peu à trouver chez vous!... Et vous donnerez?.,. Mad. de Voluui. Sans doute!... faire du bien, on «M que cela porte bonheur!... Et comme je ne suis pas assez riche pour être aussi heureuse que je le voudrais, je veux que nies amis mettent à cette quête. .. vous y mettrez? Colombet. Moi ? certainement. {A part.) J'y mettrai deux fois. OTad, de Volian. Et qui sait? au milieu de nos fêtes, >' e nos bals, de nos folies, cela vous donnera peut-être aussi quel" que idée sérieuse, comme à cette folle de Justine. Colombet. Mais encore!... Scène IV. Les Mêmes, JUSTINE. Juatlue. Madame, on entre dans le salon. Plusieurs da mes viennent d'arriver; et monsieur Edmond.... Colombet. Ah! le petit Edmond est déjà ici? Justine. Joseph fait demander à monsieur combien il faut frapper de bouteilles de Champagne. Colombet. Dans un instant. Mad. de Voliuu A bientôt.... je vous laisse. ÇElle sort.~) Scène V. COLOMBET, JUSTINE, LAriERRE, puis CÉSAR- Colombet, « part. Qu'est-ce que cela signifie? Ah! petite, écoule-moi un peu. JuHtiue. Monsieur, je n'ai pas le temps de rire. Colombet. Reste.... Il parait que lu as des idées? Juntiiie. Dam! monsieur.... souvent. Colombet. Et tu en as donné une à ta maitresse • Juntlne. C'est possible: je donne quelquefois aux rie» • ACTE II. SCÈNE VI. 31 Coloinbct, Et cette idée, quelle est-elle? voyons... Justine. Dam! je ne sais pas trop.... à inoins que ce ne «oit ce que je lui disais, là, tout à l'heure, quand vous êtes arrivé. Colombet Quoi donc? Justine. Kl» bien! que madame et vous.... vous et madame vous vous conveniez si bien, que vous pourriez vous ma fier. Colombet. Hein? et ma femme?... oli! Juitine. Vous dites? Colombet. Quoi? Justine. Vous avez dit ma femme. Colombet. Eh bien, oui, je dis madame de Nolian, ta maltresse, serait ma femme? Justine. Voilà.... c'est mon idée. Colombet. Elle est jolie ton idée, je t'en fais mon compliment. Justine. Comment? est-ce qu'elle ne vous convient pas? Colombet. Si, et pour ta peine, tiens.... (Il l'emlrasse au moment ou César paraît au fond.) Justine. Dam! monsieur.... c'est aussi ma fête! (Joseph entre pour annoncer.) Colombet. Que le diable t'emporte! (Sans vJr César.') Joseph, mon garçon, dix bouteilles de Champagne.... et du meilleur.... bien frappé surtout. (Apercevant César.) Eh! César.... mon cher César! mais arrive donc! je t'attends. (A Joseph et h Justine.) Allez, mes enfants, allez.... vous avez chacun votre affaire. Ah! Justine, dis à Georges de mettre un couvert de plus, et le nom de monsieur l'oligny à la droite de la maitresse de la maison!... (.4 César.) Une femme charmante, tu verras; moi, je suis à sa gauche, coté du coeur. .. (Aux domestiques.) Allez. (Us sortent.) Scène VI. CESAR, COLOMBET. César. Mais, en vérité, je te regarde, je t'admire.... je ne te reconnais plus. Colombet. Ah! c'est qu'ici, tu vois.... pas de contrainte.... l'as de mines renfrognées.... de la gaieté et du plaisir à discrétion.... Frappez le Champagne.... passez le punch.... commencez la valse.... et vive la liberté! Césnr, riant. Ha! ha! ha!... mais explique-moi!... Colombet. Hien.... tu es ici pour l'amuser, amuse-toi! 32 LE MARI A LA CAMPAGNE. cela (e distraira do tes chagrins d'amour.... ici on n'a jamais de regrets, on n'a que des espérances!... César. On est Lien heureux! mais tu me diras au inoins où je suis. Colombet. Chez la femme la plus aimable,, la plus séduisante, la plus.... ce qui ne l'empêche pas d'être d'une sévérité.... fort désagréable, (rimit) avec l'idée de Justine.... Ha! ha! ha! elle est charmante! César. Mais je suis pour elle un inconnu. Colombet. Je te connais, moi; je vais te présenter, cela suffit. César. Comment! mais tu es donc ici?... Colombet. Ici? mais pas mal, pas mal!... presque comme chez moi, c'est-à-dire comme je devrais être chez moi! César. Ah ça, et ta femme? Colombet. Chut!... ici je n'en ai pas; je suis libre, je suis garçon.... je respire à mon aise!... Oh! cela t'étonne: si grave ce matin, et maintenant si léger.... c'est qu'il y a deux hommes en moi, l'un esclave, triste et maussade.... c'est le mari.... c'est ce que tu m'as vu tantôt; l'autre, libre, sans souci, sans femme, sans belle-mère surtout.... et le voilà. César. Ah! mon Dieu! mais tu paraissais heureux là-bas. Colombet. Oui, heureux, heureux!... l'homme le plus en nuyé, le plus enchaîné, le plus infortuné.... que tu aies vu dans tes voyages.... sur terre et sur mer! c'est que, mon pauvre César, tu ne peux savoir tout ce que j'ai soulfert depuis ce jour qui fut, comme on sait, le plus beau jour de ma vie! César. Depuis ton mariage! Colombet. Et voilà ce que je ne pouvais te dire fk et moi, où tous mes pas sont épiés, où toutes mes paroles se"' entendues! César. Eh quoi! ta femme?... Colombet. Ma femme!... oh! ce n'est pas elle: si elle était seule, je finirais par lui faire entendre raison. Mais sa mère, sa mère.... tu sais, la vieille qui t'a prié poliment de..- César. Oui.... j'ai cela sur le coeur. Colombet. Ha! ha! ha! pauvre ami! je te vois encore sortir tout penaud.... la drôle de figure! (Changeant de ton.) C'est un enfer, vois-tu! César. Mais aussi, quand on a le malheur d'épouser une famille, on ne saurait prendre trop de précautions. Une bel e ' mère! ce n'est pas trop de la moitié de Paris, les boulevard» ou les quais, pour la tenir à distance.... Colombet. Oh! si c'était à recommencer!... mais on es si faible, si imprévoyant, sous la lune de miel.... on ne voi ACTE II. SCÈNE VI. 33 que le présent, et le présent est si beau!... tout parait bien, lotit plait du la personne qu'on aime.... Et puis ma femme était si jeune, j'étais enchanté d'avoir auprès d'elle un guide, un Mentor! j'encourageais moi-même cette dévotion qui était une garantie de plus. Je l'accompagnais volontiers aux offices pour le pas la quitter. J'ordonnais gaiement que l'on servit maigre trois fois par semaine.... j'avais d'ailleurs des principes raison- nables qui s'arrangeaient de tout cela; et je me mettais moi- même, sans m'en apercevoir, sous le joug de la belle maman, qui bientôt régna en tyran sur notre jeune ménage. Quand plus tard je voulus prendre d'autres habitudes.. . pas moyen; il me fallut essuyer des sermons en quatre points, si longs, si ennuyeux, que, ma foi.... j'aimai encore mieux rester au régime; je v °ulais par moment faire des observations, sortir, m'amnser, Secouer le joug enfin; mais alors c'étaient des pleurs, des cris, des scènes.... ce que je déteste le plus au monde; tu sais, je n'aime pas les discussions: quand il faut se battre, je déserte. Aussi, pour avoir la paix, j'ai pris un parti désespéré: c'est d'être toujours de l'avis de ma belle-mère; je lui appartiens; elle me fait uller à droite, à gauche, comme un soldat; je mange « ses heures; je vais où elle veut; ses opinions sont les miennes; son journal est le mien.... c'est ennuyeux, c'est béte, tout c e que tu voudras.... mais au moins, je vis tranquille, je jouis de sa confiance, que je justifie, comme tu vois.... et j'ai du moins le plaisir de pouvoir l'envoyer, bien bas, à tous les diables.... c'est un soulagement! Cc»»r. Ceci est grave. Mais voyons, n'y avait-il pas •noyen, puisque ta femme est plus traitable, dis-tu, de balancer, P ar ton influence de mari, l'influence de ta belle-mère, de vous entendre, pour vous révolter ensemble? Coloinbet. Miséricorde! ma femme!... mais tu l'as bien v u, c'est encore pis! Elle est de bonne foi, elle... au delà du eercle où sa mère l'a renfermée, il n'y a plus pour elle qu'un a nitne, un chaos..,. Elle vit les yeux baissés; tout ce qui sort ^ e ses habitudes la fait trembler; la distraction la plus inno- c ente que je lui offre la fait rougir comme un péché, un gros P'ché.... Et si je te disais jusqu'où vont ses scrupules.... tu ne 0,8 croirais pas.... Elle a sa chambre à elle, où je n'entre pas | ou jours sans sa permission, c'est-à-dire sans la permission de * De 'le maman; car c'est elle qui dirige, ou plutôt c'est mon- *'eur Mathieu, bureaucrate, envieux, insinuant, cafard, mêlant à ^°'d ses passions et ses intérêts.... et nous apportant ici le es Poti8me dont il se plaint ailleurs.... c'est un contre-coup, il "Verne ces dames; moi, je ne viens que le quatrième; je suis B<1>e "0"« No. 305. (2. Série No. 55.) 3 34 LE MARI A LA CAMPAGNE. le maître de la maison, mais un maître constitutionnel.... Je règne peu, et je ne gouverne pas du tout. César. Mais c'est intolérable! Colombet. C'est révoltant! César. C'est à n'y pas tenir! Colombet. Aussi, je n'y ai pas tenu, Ces principes q" e jo respectais, on me les avait rendus odieux.... el un lieau jour je m'échappai sans rien dire.... on me croyait au sermon! C'est un de mes cousins, Bacot, noire camarade, qui m'amena dans cette maison, où une femme charmante appelle tous les plaisi'' s avec autant de vivacité qu'on en met chez moi à les fuir. " me présenta gaiement comme un aimable provincial, riche célibataire.... logé hôtel des Princes.... où en effet j'ai loué un P e ' lit appartement pour me transformer en jeune élégant. D cS qu'on me laisse sortir seul, pour une conférence, un sermon, une retraite, ou que je me fais envoyer à notre campagne sous un prétexte quelconque, alors.... César. Alors, c'est donc pour cela que tu m'as sacrifia ce matin? Colombet. Je sacrifierais tout pour leur échapper.... A'or 8 ' ma foi, je laisse a la maison les idées tristes et sévères; et je viens trouver ici la gaieté, la joie et les plaisirs.... ce jo ur là, vois-tu, c'est mon jour de congé, c'est mon dimanche, et J tâche qu'il y en ait plusieurs dans la semaine.... J'en ai enc° re un demain.... un bal chez une femme charmante.... une autre-"' Cela fait deux dimanches, deux jours passés à la campagne- César. Tu es fou ! Colombct. Oh! c'est un bonheur que tu ne compre"' pas, une jouissance qui t'est inconnue, un sens qui te manque J'ai été comme cela autrefois.... avant mon mariage. Je eroj connaître la liberté, la gaieté.... en bien, non.... j e n,e ' r0 °|. pais.... Pour bien comprendre la liberté, il faut sortir de son! Pour comprendre la gaieté, pour sentir le bonheur, ' avoir passé toute la semaine entre ma femme et ma l» e " e " n " ! ' avec le respectable monsieur Mathieu pour vis-à-vis, et versi pour toute distraction, lissaycs-en et tu verras..•• ^ César. Bien obligé! Ainsi tu n'as qu'un courage J"^, qui ne t'empêche pas d'être mené, là-bas, comme un im c Colombet. C'est vrai. _ oU r César. Comme un niais qui n'ose pas dire un mo P des amis.... car tu as laissé fermer ta porte à tous ce . t'aimaient, à tes camarades, ils me l'on dit, à leurs fam" Colombct. Que veux-tu! je n'aime pas les tempêtes- - ^ César. Et ta soeur, cette pauvre jeune fille si bon > gentille, qui s'accommoderait si bien d'une vie plus gaie.-- ACTE II. SCÈNE VII. 35 Colombet. Je ne «lis pas le contraire. César. Quand tu pourrais, d'un seul mot, la rendre si heureuse! Colombo*. Ali! liien oui, un mot! j'en dirais cent que cela ne l'avancerait pas davantage.... Au lieu qu'ici, je commande, je parle, je ris à volonté; tout ce que je dis est charmant, tout ce que je fais est bien.... Tu dines.... je t'invite.... Tu verras quel dîner exquis! quels vins délicieux! Et ce soir au bal! tu t'y amuseras, morbleu! nous danserons, nous valserons.... Ah! la valse! juge donc! moi, à qui il n'est pas permis de prendre la main, de presser la taille d'Ursule, je valse, mon ami! je valse! oh.' (t'est à en perdre la tête.... t'i-Kor, Ha, ha, ha, ha! tu me fais rire malgré moi.... Scène VII. CÉSAR, COLOMBET, EDMOND. Edmond. Ferdinand! Ferdinand! ah, vous êtes avec quelqu'un! Colombe». Oui.... un de mes amis. César. Ferdinand! Il paraît qu'ici tu n'es plus Colombet? Colombet. Non.... Ferdinand.... c'est plus gentil, c'est plus délicat.... et cela ne peut pas me compromettre.... Edmond. J'apprends à l'instant que vous êtes arrivé, et y a si longtemps que je ne vous ai vu,' Comment se porte votre soeur Pauline/... ne m'a-1-elle pas oublié? ne vous a-t- «-'11c rien dit pour moi'! parlez donc! Colombet. Mais vous parlez toujours. César. Pardon! ou je me trompe fort, ou c'est là monsieur Edmond. Colombet. Lui-même. Edmond. Monsieur, d'où savez-vous? qui vous a dit mon nom?... César. C'est mademoiselle Pauline... Oh ! ne craignez rien ! je ne suis pas un rival, un amant, mais un ami.... J'ai reçu sa Confidence; elle vous aime toujours.... Et moi, j'ai juré que Vous seriez son mari.... Edmond. Monsieur.... Oh! si vous saviez comme vous mc rendez heureux.... Je ne vous connais pas.... mais vous •n'avez l'air d'un bien honnête homme! Colombet. Un amant malheureux, parbleu! entre vous v a sympathie.... Edmond. Malheureux comme moi? César, Non.... oh! non.... car on vous aime!... Mais ja 3* 3C LE MARI A LA CAMPAGNE. ne m'attendais pas à vous trouver dans celte maison, avec ce mauvais sujet.... Edmond, Monsieur Colombet a bien voulu me présenter, et j'ai accepté avec joie, pour le rencontrer quelquefois..•• puisqu'on m'a chassé de chez lui.... pour causer en 6ccret de Pauline, que j'aime tant!... Je sais qu'il lui parle de moi, qu'il me défend prés de ces daines avec courage. César, riant. Plait-il? Il vous a dit?... Colombet. Bien, bien! nous causerons de cela plus tard. Ali ça! ne va pas me trahir; je compte sur la discrétion conn" e sur la sienne. César. Sois tranquille! je suis muet; mais je me réserve de te gronder plus tard. Tromper ta pauvre petite femme, « qui je m'intéresse maintenant comme à ta soeur, comme à comme a vous, mon jeune ami.... c'est mal! Edmond. C'est ce que je lui dis toujours. Colombet. Ah bah 1 laissez donc aujourd'hui le péché, «' e ' main la pénitence.... Attention! la maîtresse de céans.... J e ,e présente. Tu vas voir comme on reçoit mes amis.... Scène VIII. Les Mêmes, Mad. DE NOHAN. César, à part. Allons, voilà un ménage désuni, perd"!'" Mais, morbleu! nous verrons!... ITInd. de Noliau. Eh! mon Dieu! messieurs, que fai teS vous donc ici? César. Cette voix! ciel!... , .. m ad. de Xolian. On a besoin de vous, monsieur L nand, rien ne marche. . Colombet. Oh ! d'abord, madame, permettez-moi <' e v présenter l'ami que je vous annonçais tout à l'heure. ^ iflad. de Nolian. Vous savez que vos amis.... P Monsieur César!... César, saluant. Madame!... . j e Colombet. Un charmant garçon, qui a des chag" coeur, et ses chagrins, il vient les oublier dans votre sa César. Où l'on oublie vite le passé, je crois.... fl Mad. de Nc.lm» Eh! mon Dieu! n'est-ce pas ce q l a de mieux à faire? of( ;. Colombe». Ah! oui.... comme de s'étourdir sur le P g sent.... quand il est triste, et.... (Se reprenant vivement.) pardon, belle dame, votre service me réclame, et pour vo» ACTE IL SCÈNE IX. 37 ne me ferai jamais attendre. (Bas, h César.) N'est-ce pas, mon ami, qu'elle est charmante?... César. Oui, oui.... parbleu!... Coloinbet, Le coeur malade, percé d'outre en outre par uno coquette. Mad. de Nolinn. Monsieur est homme sans doute à se l'aire une philosophie.... Colombet. Oui.... Ici, mon cher, nous sommes tous des philosophes. ( w sort.) Edmond, bus, ri Ccsttr. Excepté moi, qui n'espère plus •lu'en vous,,.. (il suit Colombet.) Scène IX. CÉSAR, Mad. DE NOHAN. César. De la philosophie, madame!... il est heureux d'en avoir, car près de vous, et plus que jamais, je le vols, cela peut être nécessaire.... Mad. de Yolinii. Monsieur.... j'étais sûre que vous commenceriez par une querelle.... pour reprendre la conversation où vous l'aviez laissée! césar. Pardon, madame.... croyez bien que si j'eusse pensé qu'on m'amenât chez vous, dans votre maison.... Mad. de Nolian. Je vous crois.... Et sans doute vous n avez pas voulu, comme autrefois, épier ma conduite, me poursuivre de vos soupçons.... Céttar. Oh! madame, je n'ai plus le droit d'être Jaloux! Mad. de Nolian. Ce droit-là, monsieur, l'avez-vous jamais eu* On n'est jaloux que de ceux qu'on aime. César. Et je ne vous ai jamais aimée!... non, madame! je 'n'abusais.... Pauvre fou!... Je n'avais qu'un plaisir, c'était do vous voir; qu'une ambition, c'était do vous plaire; heureux d'un mol, d'un regard; tremblant de vous perdre.... Je vous offrais •non coeur, mon nom, ma vie tout entière.... Qu'est cela, je vous l'fie? Ah! mon ami Ferdinand, à la bonne heure.... voilà un a 'nour bien vrai, un dévouement bien sur; il no vous trompe l' a ». lui.... Mad. de Nolian. Non, certes, monsieur.... c'est un honnête jeune homme qui me respecte trop pour me fatiguer de 8a jalousie comme.... Ccanr. Comme moi.... achevez.... J'avais torl, sans doute, 'aïs vous avez donc oublié qu'après m'avoir juré un amour If* je devais croire sincère, vous vous faisiez un plaisir de affliger sans cesse, de tourmenter ce coeur qui ne battait plus 38 LE MARI A LA CAMPAGNE. que pour vous! Et lorsque je souffrais, lorsque j'étais malheureux, un sourire moqueur venait m'écraser encore du triomphe de mes rivaux! Jtlad. de Jïohan. Vos rivaux! mais vous n'en aviez pas .. et ces querelles qui me compromettaient sans cesse.... ce duel, qui fut un scandale pour moi.... jusqu'à votre départ précipitai quand notre mariage était annoncé à mes amis, aux vôtres.... convenez-en, monsieur, tout cela ressemblait à de la haine pli' tôt qu'à de l'amour.... César. Je sentais que ma présence était pour vous un supplice.. . Mad. de Nnhan. Qui vous l'avait dit, monsieur? César. Que nous ne serions jamais heureux. Mad. de VoIihii. Permis à vous de le croire. César. Et je partis pour vous oublier; je no croyais P a9 que ce fût aussi difficile. Mad. de Nohan. Monsieur! Cétar. Mais j'y parviendrai.... Et déjà, cette rencontre que je n'ai pas cherchée.... l'aspect de votre bonheur.... Mad. de Nolian. Oui, si le bruit et les fêtes peuvent le donner.... je suis heureuse; j'ai retrouvé à Paris un monde que j'aime.... des amis qui me sont fidèles. J'ai cherché à in'étour- dir sur des chagrins, sur des peines qui vous rappelaient sans cesse à ma pensée. Cétar. Madame.... Mad. de Vahaii, J'ai réussi, peut-être au delà de m* 3 voeux.... Je puis être blâmée par qui no sait pas me eompre"' dre.... mais que m'importe, s'il me comprend, lui.... César, souriant. Ferdinand, mon ami.... Mad. de Nohnn. Oui, monsieur, votre ami... et je vois bien que l'amitié vit de contrastes.... Avec lui, point de sou l' çons, point de querelles; il ne s'effraye point des hommag dont je suis entourée; il croit à mon amour; il est de toute mes fêtes, de tous mes plaisirs qu'il aime à partager. César. Ah! c'est un homme parfait! f „ cg Mad. de Aiohan. Je ne dis pas cela.... mon Dieu! hommes parfaits, il n'y en a pas. cS . Cétar. C'est un avantage que vous avez sur nous, m dames. |, avt Mad. de Notion. Mais il a ce qui me plaît le plu*» rf do ne jamais me contredire. Il est complaisant, a,ma . C ' ( j e . d'uno confiance! Enfin, il possède toutes les qualités ( l ueJ 1 eur) siro, et que vous n'aviez pas.... Vous voyez bien, monsi que c'est le mari qu'il me faut. ACTE II. SCÈNE XL 39 César, retenant un éclat de rire. Le mari! Il sera votre mari ?... Mad. de Yolian. Mais.... si je le veux.... Et il ne fallait lien moins que cet air de doute pour m'y décider tout à Oit César. Veuillez recevoir mon compliment, madame. n»d. do Volian. C'est à lui qu'il faut le faire.... Et dites- lui bien qu'en lui donnant mon coeur et ma main, je récompense en lui.... César, Les qualités que je n'ai pas.... c'est convenu. Mad. de Noiinn. Certainement.... (A part.) Je suis sûre •lu'il étouffe de dépit! tant mieux! Scène X. Les Mômes, JUSTINE. Justine. Pardon si je dérange madame; mais il y a là deux personnes.... deux dames. Mad. de Volian. Faites entrer dans le salon. Justine. Elles ne sont pas invitées à la féte, mais elles •léslrent parler à madame. Mad. de Nolian. Alt! c'est juste!... monsieur.,.. César. Je vous laisse recevoir ces dames. Mad. de Voimn. Vous n'êtes pas jaloux? césar, souriant et à mi-voix. Non.... pas même de voire mari.... Mad. de Nolian. Monsieur.... César, h part. C'est égal.... je suis bien aise d'être venu. Mnd de Nolmn Quel regard moqueur!... quel air d'iro '"c! (<1 Justine, qui se rapproche.) Faites entrer.... Des dames ùe charité! elles prennent bien leur temps.... Scène XI. JUSTINE, Mad. DE NOHAN, Mad. D'AIGUEPERSE, UltSULE. Mad. d'Algueperse. Vous savez, madame, quel devoir n ° u s amène auprès de vous.... et notre circulaire que vous avez 'eçue.... Mnd. de Nohan. Oui, mesdames. Ursule, à part. Elle ne mo voit pas. Mad. de Nolian. Et je vous remercie de me donner cette ta sion de faire un peu de bien. Eh! mais..,, je ne me trompe Ursule! 40 LE MARI A LA CAMPAGNE. Uraute. Elle m'a reconnue.... Henriette! mad. d'Algueperse. En effel, madame, vous connaissez ma fille.... Mail, de Volian. Olil il y a longtemps.... lorsque nous suivions ensemble des cours, où, si jeune encore, elle se faisait remarquer par une sagesse exemplaire.... Ursule. Et vous, par votre esprit et votre gaieté. mad. de Nolian. Je me disais aussi.... madame d'Aiguë- perse.'... niais je connais ce nom-là!... Ursule. C'est comme moi!... je n'avais point oublié qu'Henriette était devenue madame de Nolian.... J'étais sure qu'elle me saurait gré de l'avoir placée sur ma liste. Iflad. de Xoliaii. Sans doute.... et plus que vous ne pensez.... Mais asseyez-vous donc!... Justine.... Mad. d'Algueperse. Non, de grâce.... il faut que nous vous quittions; nous sommes pressées.... 11 y a dans cette maison même une dame.... la marquise de Senncbon! mad. de Volinn. Ma voisine. .. une dame très-respectable qui aime peu les plaisirs de ce monde. Justine, à part. Aie! elle ne fera pas notre éloge! mad. d'Algueperse. On a dû nous annoncer chez elle— et nous allons.. . mad. de .Volinn. Oli! non.... non.... vous irez seule— Laissez-moi Ursule.... un moment.... Le temps de rendre voir* visite chez la vieille marquise! mad. d'Algueper»e. Mais.... Ursule. Ma mère.... je vous en prie.... mad. d'Algueperse. Puisque vous le voulez.... je vous laisse et je reviens pour recevoir votre offrande. mad. de Nolian. Elle sera prête... Justine, annoncez nia- dame.... Oui, mon offrande et celle de tous mes amis.-- Scène XII. URSULE, Mad. DE NOHAN. Mad. de Kohan, h part. Madame d'Aigtt*f»er»e a i° jours la ligure sévère comme autrefois!... (Haut.) Eh bien, chère Ursule, nous n'avons qu'un instant pour nos connu*" Êtes-vous mariée?... Ursule. Mon Dieu! oui!... . j e mad. de Nolian. Comme vous dites cela tristement- ne sais trop si je dois vous féliciter ou vous plaindre. ^ Ursule. Oh! mou mari est bon . . Je l'aime.... de to ACTE II. SCÈNE XII. 41 mon Ame.... mais ma mère le trouve trop léger, trop mondain, heureusement qu'avec de lions conseils.. . M ml. de Nohan. Ha, lia, ha! vous voilà bien!... toujours un peu prêcheuse! Ursule. Et vous, toujours un peu folle! Vous êtes heureuse, madame de Nohan!... Mad. de Nohan. Je suis veuve!... vMule. Comme vous dites cela gaiement!... Itlad. de Nohan. Non! j'ai pleuré mon mari.... raisonnablement. A tout prendre, c'était un fort honnête homme, mais triste, boudeur.... et toujours prêt à me reprocher ma gaieté, mon goût pour les plaisirs! Ursule, Si c'étaient des plaisirs défendus? Mad. de Notion, riant. Des plaisirs défendus!... le bal, le spectacle, le inonde! Ursule. Il avait raison peut-être. Mad. de XuIihii. Comment.'... mais vous-même 7... Ursule. Je n'y vais jamais!... Mad. de Volian. Jamais?... et cela amuse votre mari? Ursule, Oh! d'abord, il avait d'autres idées, d'autres projets.... il voulait me conduire dans les fêtes que vous aimez. Kien ne lui eût coulé pour me parer, pour que je fusse partout •a plus belle.... Mad. de Nohan. Vrai?... mais c'était un ange que cet bomme-là! c'était le mari qu'il me fallait!... Ursule. Si ma mère vous entendait!... Oh! moi, cela me faisait peur.... car je n'aurais rien pu lui refuser, et je sens *l"e je me serais damnée avec lui!... Heureusement, on lui a fait comprendre que ce genre de vie n'était pas convenable.... et aujourd'hui il est tout à fait rangé.... comme nous.... Mad. de Nohan. Eh bien! moi, j'ai résisté.... mon mari m'a fatiguée de ses sermons, sans pouvotr nie convaincre. 11 m'a rendue malheureuse sans en être plus heureux.... En luttant sans cesse contre mon amour pour le monde et les plaisirs, il n'a réussi qu'à me les faire aimer davantage.... aussi, j'en conviens.... si, depuis mon veuvage, j'ai été quelquefois "n peu folle, un peu inconséquente, c'est A lui que je l'ai dû... Ursule, un peu effrayée. Vous dites?... lad. de Nohan. Oh! rien! rien!... je me remarierai.... il ' e faut.... J'ai besoin d'un guide, d'un ami.... mais je veux un Dla ri qui ne soit ni maussade ni jaloux.... qui aime le monde eomme moi.... qui s'entoure de plaisirs comme moi.... qui, en Un mot, ne ressemble en rien au premier.... et ce mari-là, jo ''ai trouve.... 42 LE MARI A LA CAMPAGNE. i rsule. Vous allez-vous remarier à quelqu'un que vous aimez? Mad. do Nohan, 01)! que j'aime.... je n'en suis pas bien sûre.... depuis une heure surtout.... depuis.... (Mouvement d'Ursule.) Oli! rien, rien.... je me remarierai.... il le faut.... et alors, ma chère Ursule, nous nous reverrons souvent. Ursule. Oh! non.... ma mère s'arrangerait peu de celle vie dissipée.... Mon Dieu! elle ne vient pas!... Jtiad. de Nohan. No trembles doue pas!... Je veux vous convertir. .. vous partagerez mes plaisirs, comme en ce moment vous me faites partager les vôlres. Il y a du hon des deux cotés.... et s'il n'était pas trop lard pour vous inviter à mou bal de ce soir.,.. Ursule, effrayée. Un bal.'... vous donnez un bal!... Mad. de Nohan. Toutes les semaines.. . Ursule, avec effroi. Adieu! je crois entendre... Mad. de Nohan. Eh! mais.... vous ne me quitterez pas ainsi.... Je quêterai pour vous dans mon salon.... et je vous prouverai du moins qu'au milieu de nos yeux et de nos Tètes on comprend aussi les vertus que vous pratiquez si bien...- Scène XIII. Les Mômes, CÉSAR. César, h part. Oh! leur gaieté m'est insupportable!... Mad. de Nohan. Monsieur.... où donc allez-vous ainsi? César. Pardon, madame.... au milieu de ce bruit, de celle foule.... Ursule. Eh! mais, c'est lui,'... César. Quo vois-je!... grand Dieu! vous ici, madame? Mad. de Nohan. Quoi donc? qu'y a-t-il?... vous connaissez madame? César. Oui.... en effet.... et ma surprise!.,. (A part.) Aille malheureux!... Ursule. Monsieur est un ancien ami de mon mari.... Mad. de Nohan. Ah! je ne m'étonne pas si des principe sévères.... César, h part. Que dit-elle?... Ursule, h part. Elle ne sait donc pas.... Mad. de Nohan, bas, h Ursule. Un jaloux que j'aimais, un de mes adorateurs malheureux.... (Mouvement d'Ursule.) J e» ai beaucoup.... (Haut.) Pardon, ma chère amie.... je ne crains plus de vous laisser seule.... mais lorsque je vais quêter po" 1 ' ACTE II. SCÈNE XIV. 43 le malheur, monsieur, j'espère, ne vous dira pas trop Je mal do moi..,, ne fût-ce que par charité chrétienne! (Elle sort.) Ursule, h pari. Des principes sévères.... monsieur César!... César, vivement. Madame! Ursule. Ali! monsieur. César. Madame de Nohan ne sait donc pas votre nom?... Ursule. Le nom de mon mari? me l'a-t-elle demandé? César. Non.... oh! non.... je ne le crois pas.... Mais vous, madame.... que venez-vous faire ici?... Ursule. J'y viens avec ma mère! César. MaJame d'Aigueperse? Ursule. Elle est dans la maison.... je l'attends.... César. Madame d'Aigueperse.... elle est.... elle va venir... (A part.) Ah! s'il se trouve face à l'ace.... {Haut.) Et votre mari ? Ursule. Il est à la campagne. César. A la campagne!... vous en êtes bien sure?... Ursule. Sans doute.... mais pourquoi?... César. Ah! c'est que je croyais l'avoir vu au milieu de quelques joyeux amis! Je me serai trompé.... n'est-ce pas, madame? Ursule. Assurément, monsieur.... César. A moins qu'il n'ait profité.... d'un moment de liberté.... pour rester à Paris.... en secret.... et tromper gaiement la tyrannie du sa belle-mère et de sa femme! Ursule. Monsieur.... monsieur.... César. Toutes les tyrannie» se ressemblent.... elles font des malheureux ou des hypocrites. Ursule. Je ne vous comprends pas! César. Eh bien! madame.... (.4 part.) C'est le seul moyen de nous sauver tous! (Haut.) Si, dans un monde qui lui est interdit par vous, par votre mère, il jouissait de celte liberté.... •le ces. plaisirs.... qu'on n'aime jamais plus que lorsqu'on en est privé.... Si, grâce à cette surveillance qui le blesse et le fatigue, il cherchait, loin de vous, un bonheur qu'il devrait trouver chez lui!... (Ursule le reyarde.) Ah! sous ce rapport-là, entre nous.... ce pauvre Colombet n'est pas gâté!... Ursule* Monsieur. .. je remplis mes devoirs.... César. Oui, bien, très-bien!... trop bien, peut-être..,. mais le nom de votre mari?... 44 LE MARI A LA CAMPAGNE. il y a autre chose dans la vie.... Oui, madame, un ménage n'est pas un couvent.... et telle conduite,... parfaite pour le cloitre, est un contre-sens dans le monde.... Oh! cette vie, à laquelle vous vous condamnez, vous plaît, vous convient, vous y êtes habituée dès l'enfance.... A la bonne heure.... mais Colombet... c'est bien différent. Avant son mariage, il a goûté des plaisirs, des distractions de la société. El croyez-vous avoir pu tout à coup l'en priver impunément?... le refermer dans l'austérité de votre maison? le conlisquer au profit de madame votre mère et de monsieur Mathieu? Ursule. Monsieur! monsieur! je ne sais ce que vous voulez dire.... assurément, mon mari m'aime trop pour se plaindre... César. Et à qui voulez-vous qu'il se plaigne? à vous!... Mais vous-même, éles-vous bien pour lui ce que vous devriez être? Si j'en crois ce que j'ai vu.... ce que les confidences de Colombet ont pu m'apprendre..,, Ursule. Ses confidences!... Il vous a dit?... César. Que vous êtes fille trop dévouée.... La volonté de votre mère passe avant celle de votre mari. Il a une femme Jeune, jolie.... (Mouvement d'Ursule.) Pardon.... je ne dis pftS cela pour vous faire de la peine. Et je le répète.... une femme jeune et jolie qu'il voudrait chérir tout à son aise, tout seul et à sa guise.... Et madame d'Aigueperse est toujours là en tiers... c'est désagréable.... On lui enlève jusqu'à votre amour.... 1" seul plaisir qui puisse lui faire oublier tous les autres.... Et tous les autres, s'il les cherche ailleurs, peuvent lui faire oublier jusqu'à celui-là,'... Ursule. Oh! monsieur, c'est impossible!... Il a des idées trop sages, trop honnêtes.... Il est trop heureux, oui, monsieur, trop heureux, pour chercher ailleurs, comme vous le dites. .. César. Permettez.... Je signale un danger.... qui est une leçon peut-être.... Ursule. Il est à la campague.... où il pense à moi, à ses devoirs. Scène XV. Les Mêmes, COLOMBET. (/< entre gaiement sans voir Ursule cachée par César.) Colombet, H la cantonade. A table! à table!... qui m'aime me suive!... Edmond! César!... (/I César.~) Viens donc, caro- niio.... Le coup d'oeil est magnifique..., Ursule. Oh! je mu trompe! ce n'est pas!... ACTE I. SCÈNE XVI. 45 Colombe*, chantant: ,Cent esolnves ornaient co superbe festin. El dans des vases d'or...." Ursule, se montrant. Mon mari!... Colombet. Ah! bah! ma.... Ursule. Monsieur.... monsieur.... que faites-vous leiî Colombet. Pardon, chère amie! C'est ce que j'allais..,, vous demander.... César. Oh? madame est venue pour une oeuvre charitable.... Colombet. Ah! vous êtes ici pour.... Au fait, la circulaire.... comme cela se trouve!... Et moi aussi, je quête. Ursule. Non, monsieur.... non.... je saurai pourquoi vous m'avez trompée! Colombet. N'allez pas croire.... J'ai des raisons.... morales..., Ursule. Je ne vous les demande pas.... Colombet. Bonne petite femme! Ursule. Colombet!... Emmenez-moi, monsieur.... Emmenez-moi! Oh! j'étouffe dans cette maison.... Parlons.... (Elle apporte sa bourse pleine qui, par amitié pour lui, viens m'entendre avec vous pour l fl ramener à ses devoirs et à sa femme! Et vous ne savez pas tout encore! Madame de Nohan qu'il voulait tromper, et q ui le recevait avec d'autant plus de confiance qu'elle voyait tu lui un futur époux.... (Mouvement d'Ursule.) Eli bien! madame de Nohan, je l'aime: Oui, madame ... jugez du danger que courait votre mari, par celui auquel je n'ai pu échapper. Moi, q ul maudissais sa coquetterie.... moi, qui avais juré de ne pi" 3 ' a revoir.... Hier, en la retrouvant, j'ai senti se réveiller cet amour jaloux qu'elle m'avait inspiré, lorsque je risquais mes jours pour elle!... Croyez-vous que j'eusse aidé Colomhct à vous trahir, à la tromper.... si j'eusse été maitre de diriger ses p' a ' sirs? Ursule. Mais enfin, comment se fait-il que je vous ai trouvé là! avec lui? César. C'est que, éloigné de ces lieux, où, soumis en esclave, il sacrifie lâchement son pouvoir à son repos, je devai le retrouver dans une autre maison où le plaisir l'attend, 01 ACTE III. SCÈNE V. 53 l'on prévient ses désirs et ses voeux! Et il était temps que j'y arrivasse, madame, pour sauver mon bien et le vôtre! Par bonheur, celte rencontre a amené pour nous tous une leçon dont '1 faudra nous féliciter, si madame de Nohan, confuse de son *rreur, ferme sa porte à des folies qui la compromettraient... et si vous, madame, vous ouvrez la vôtre à des plaisirs qui vous rendront le coeur de votre mari. Ursule. Son coeur! mais je l'ai donc perdu? César. Oli ! vous en étiez bien près.... Et ce malin encore J fl ne repondais pas de son retour.... Ursule. Ce matin! César. Où pensez-vous qu'il fût, à neuf heures? tlraule. A l'église, monsieur! Césnr. Je ne crois pas.... Et à onze heures?... Ursule. Mais à la Fabrique! César. Je ne crois pas.... Et il deux heures?... ITrsnle. Chez monsieur Mathieu! Césnr. Je ne crois pas! Ursule. Grand Dieu! mais où donc? César. A neuf heures, il courait demander grâce à celle qu'il a trompée.... mais il n'a pas été reçu. A onze, il me faisait déjeuner malgré moi chez Véfour, arrosant d'un vin capi- le "x tous les sages conseils que je lui donnais.... A deux heu- res , il suppliait madame Lépinet d'intercéder pour lui! Ursule. Madame Lépinet! César. Une femme à la mode.... qui donne ce soir même " n l>al où Colombet doit aller, l'rsule II n'ira pas.... César. Il ira! Il aime tant la danse! l'rsule. Vraiment! Il danse donc? César. Très-bien! Il est fou de la valse! l'rsule. Mon mari valse! César. Et madame de Nohan aussi.... par malheur! Ursule. Mais, monsieur.... César. Mais, madame.... vous voyez que nous sommes des ''es nécessaires.... qu'il y va de votre repos, du mien, qu'il ,lu t à tout prix retenir votre mari, s'il en est temps encore! Ursule. Mais dites, monsieur, comment? par quel moyen? César. J'y a ', pensé.... Et d'abord cette vie austère et mu- n °'one dans laquelle vous l'emprisonnez est un danger de tous c * instants. Il est îles plaisirs que la vertu permet, que la 'S'on ne défend pas, et qu'une sage politique doit appeler, lcs variant, pour rendre la maison plus agréable à habiter, ( j es devoirs plus faciles a remplir... c'est ce que fait un père «mille qui veut retenir près de lui le fils que d'autres sé- 54 LE MARI A LA CAMPAGNE. (ludions disputent à sa tendre surveillance.... c'est ce que doit faire une jeune femme dont l'amour inquiet craint que le coeur de son mari ne lui échappe.... c'est ce que je conseillerais à Colombet lui-même, si l'ennui pouvait pénétrer un instant dans votre coeur si pur.... comme dans le sien!... L'ennui!... mais vous ne savez donc pas ce que c'est que l'ennui'? c'est un poison mortel pour le bonheur d'un ménage. Une fois qu'il s'y est glissé, point d'amitié, point d'amour qu'il ne flétrisse! H rend la vertu maussade et le devoir insipide. L'ennui! mais alors on le retrouve partout.... sous les traits d'un monsieur Mathieu.... dans les sermons d'une belle-mère, dans la réserve glacée d'une femme.... moins jolie que vous.... C'est le reversi trop répété.... c'est la morale trop acariâtre.... ce sont ces devoirs qu'une froide piété compromet, mais qu'une vertu discrète rend plus faciles en les ménageant: L'ennui! c'est un ennemi de tous les jours, de tous les instants! l'our le fuir, il n'y a rien qu'on ne tente.... Et s'il ferme la porte, on saute par la fenêtre. C'est ce que fera votre mari, madame.... Ursule. Eh bien! voilà de ces choses que je ne pouvais pas deviner.... Mais que puisje à cela, monsieur? S'il ne m'aime plus.... s'il fuit cette maison? César, Ne plus vous aimer!... mais ce n'est pas possible! Fuir cette maison! mais il faut qu'il y reste avec joie! l'our cela, il faut que cette maison soit pour lui plus agréable qû« par le passé.... Il faut que près d'une femme Charmante, il retrouve des amitiés qu'une morale intolérante avait éloignées.— des plaisirs qu'une austérité impitoyable le forçait de chercher ailleurs! Et ces amitiés, ces plaisirs, il les trouvera ici auprès du vous, aujourd'hui, ce soir même.... Ursule. Aujourd'hui ... ce soir! César. A moins que vous no préfériez le voir sauter pî> r la fenêtre pour courir chez madame de Nohan! Ursule. Non.... oh ! non.... Tout ce que vous voudrez monsieur, pourvu qu'il n'y retourne pas! Céaar. C'est mon avis.... Oh! j'en conviens, je suis un p e '| ■ lui égoïste!... ces amis, ces camarades, qu'il regrette, et qui sont restés lidèles, j'ai écrit aux uns, j'ai vu les autres..•• se réjouissent de retrouver leur cher Colombet.... ils vieil'» tous, ce soir, au bal que vous donnez, et auquel je les ai ' tes en votre nom.... Ursule. A un bal ! mais, monsieur.... y pensez-vous? ^ César. Eh! oui, madame, j'y pense.... ou plutôt J j pensé.... il n'y avait pas de temps à perdre, et je n'en ai P perdu.... comme vous voyez. Les ordres sont donnés- • mot de vous.... et, dans un instant tout sera prêt. ACTE III. SCÈNE VI. 53 i îKiiU- Un bal! ici! Ali! mon Dieu! monsieur.... mais où mu réfugier? César. Vous, madame? mais au milieu de votre salon, Pour en faire les honneurs.... pour éclipser, aux yeux de votre mari, toutes ces belles daines qui vont se grouper autour du vous, et qui n'auront ni voire grâce, ni cet air de candeur et de bonté qui vous répond de tous les coeurs, comme du sien! Creule. Mais cela ne se peut pas.... ma mère.... Céaar. Mais vous êtes chez vous, vous êtes votre niai- tresse, et rien ne la force à rester à notre fête.... et l'on peut ' u plier de.... (A part.) Comme moi, hier! I ronie. Non, monsieur.... non.... c'est impossible.... je ne 'erai pas les honneurs d'un bal, chez moi.... César. Madame.... Crtule. D'ailleurs il faut une toilette.... César. Ah! du moment qu'on parle toilette, nous commençons à nous entendre.... l'rmile. Mais, monsieur, je ne puis.... César, Alors, n'en parlons plus, madame, et s'il arme quelque malheur.... Scène VI. Les Mêmes, COLOMBET. Colombet, h la cantonade. Passez chez ma belle-mère, •non bon monsieur Mathieu! César, h fart. Nous allons voir ! (ifnuf.) Eh! viens donc;, "ion cher Colombet! Colombet, sans voir sa femme. César!... ah bah! tu re- viens.... tu n'as pas peur? Ah! je conçois, comme moi, notre déjeuner de ce matin! .César. Certainement. Je viens te demander à quelle heure l " vas ce soir chez madame Lépinet. Colombet. A huit heures! l'rmile. Comment? chez madame Lépinet! Colombet, se retournant. Ma femme ï... madame Lépinet... ^ ne connais pas ... je ne sais pas ce que lu veux dire, QA »"•»•'.) Mais est-il maladroit! César. Lh! mais, pourquoi cet air d'embarras! Madame 'epinet est une femme charmante, qui réunit la meilleure société! Colombet. Certainement, la meilleure société! Craule. Lh quoi! monsieur.... vous la connaissez? Colombet. Moi? non.... je ne dis pas.... 5(> LE MARI A LA CAMPAGNE. César. Mais tu m'as fait inviter chez elle? Colombet. Chez elle! par exemple!... César. Vas-tii faire l'hypocrite avec ta femme, qui sait tout? Ta belle-mère n'est pas là! Colombet. C'est juste, au fait! j'irai ehez madame Lépi- net, puisque je l'ai promis.... i rHuIc. Mais non.... mais je ne le veux pas! D'ailleurs la soeur de monsieur Mathieu nous attend à dîner..,, nous passons la soirée chez elle. César, riant, A jouer au reversi.... avec monsieur Mathieu! Colombet. Oui, beau plaisir! Ma foi, non.... plutôt qu« de m'y ennuyer, j'aime mieux partir pour la campagne! César. Comme hier? Ah! mon ami, de la franchise! ne trompe pas ta femme! Colombet. Mais je ne la trompe pas.... je pars pour I" campagne! Ursule. Non.... vous allez chez cette dame.... César. Parhleu! c'est clair! Colombet. Eh bien! oui, là, j'y vais.... Ursule. Pour retrouver madame de Nohan? Colombet. Madame de Nohan! non, non, elle n'y sera pas ! César. Si fait.... Colombet. Mais non. .. César. Mais si!... puisque c'est moi qui lui donne le bras pour l'y conduire, Ursule. Là.... voyez-vous! Colombet, it part. Mais quelle rage il a de me livrer, ce maudit César! Ursule, lih bien! non, vous n'irez pas.... je ne vous laisserai pas sortir, je m'attache à vous! César. Ah ! c'est une tyrannie ! . . Colombet. C'est vrai!... c'est une tyrannie insuppor^" cela me fatigue.... l'ennui me tue, à la lin! César, bas, h Ursule. L'ennui!... vous voyez. .,. ■ ..|[pZ Colombet. Je suis mon maître, que diable!... J iral ' ^ madame Lépinet, si je veux aller chez madame Lépinel! J e veux pas qu'on m'emprisonne, qu'on me tyrannise! Ursule. Mon ami, mais cependant.... Colombet. J irai à ce bal, quand je devrais sauter l» a la fenêtre! César. Là! qu'est-ce que je vous disais? ( Ursule. A ce bal, où vous verrez madame de Nohan-- Colombet. Où je verrai madaino de Nohan! ACTE III. SCÈNE VII. 57 César, bas. Il est perdu! Ursule. Que vous vouliez épouser? Coloinbet. Que je voulais ép.... ah! qu'est-ce que je dis là! (César part d'un éclat de rire ) Ursule, bas. Monsieur, monsieur!... faites ce que vous voudrez, je consens à tout; mais qu'il reste! César, h part. Allons donc! Colombe*, se promenant d'un air de triomphe. Ma foi, tant pis! je veux me montrer, je veux leur dire à tous.... C donne un coup de pied dans un meuble; Mad. d'Aigueperse entre et se trouve face il face avec /in; il reste tout interdit.) Scène VII. Les Mômes, Mad. D'AIGUEPERSE, MATHIEU. Mad. d'Aigueperse. Qu'est-ce donc, mon gendre? qu'y a-t-il? Coloinbet. Rien, belle maman.. .. je rangeais.... Mad. d'Aigueperse. Je pars la première, ma lille; mais, monsieur Mathieu.... {Apercevant César.) Ali! monsieur.... César, saluant. Madame.... mad. d'Aigueperse. Monsieur Mathieu vous attendra, Pauline et vous. Vous êtes prêta partir avec ces daines, mon gendre? Coloinbet. Moi, belle maman, oui.... c'est-à-dire.... César. Ce pauvre Coloinbet! quel malheur qu'il soit souffrant!... il est forcé de rester chez lui. Mail. d'Aigueperse. Monsieur?... César, se levant et saluant. Madame.... Mathieu. Colombet soufl'ranl! il aune mine charmante!.. Coloinbet. Et voilà ce qui vous trompe, monsieur Mathieu; je ne me trouve pas bien! César. C'est ce qu'il disait à l'instant même à sa femme! Ursule. A moi.... oui, oui.... c'est vrai, il me disait.... César. Et il rentrait dans sa chambre; n'est-ce pas, madame ? Ursule. Oui, oui, dans sa chambre! Mathieu. Mais vous venez diner avec nous!,.. Colouibet. Ah! bon monsieur Mathieu, présentez, je vous P r 'e, mes excuses à madame votre soeur; je serais un trop m auvais convive, et.... je vais me coucher. Mathieu. Comment, Colombet? ■"ad, d'Aigueperse. Mon gendre!... Coloinbet. Je vais me coucher. (/J sorl.) 58 LE MARI A LA CAMPAGNE. Bina. d'Algueperse. Mais, ma fille, suivez votre mari, qu'il revienne.... je l'emmènerai moi-même. Ursule, Il est malade, ma mère! Mathieu. Soit! qu'il reste, puisqu'il le veut; mais vous, mesdames.... nind. d'Algueperse. Ursule, vous allez donner le liras à monsieur Mathieu. César. Oh! quant à moi, je suis bien Sûr que madame Colombet aime trop son mari pour le quitter dans un pareil moment! Mad. d'Algueperse. Plait-il, monsieur? César. Madame!.. Ursule. Monsieur a raison, manière; ma place est auprès de mon mari. Présentez mes excuses à madame votre soeur, monsieur Mathieu., mais dans l'état d'inquiétude où je suis, je ne pourrais pas rester chez elle. Mad. d'Algueperse. Ma fille! Ursule. Cela me serait impossible... {Elle sort.) Mathieu. Madame! (A César, avec colère.) Mais c'est vous, monsieur... César, Vous voulez m'emmener avec vous, monsieur Mathieu? Mathieu. Moi? César. Désespéré, mon cher monsieur Mathieu.... Présentez mes excuses à madame votre soeur ... je vais au bal eu soir! je ne puis accepter. Mad. d Aigueperse. C'est bien! monsieur, allez-y, allez y promptement! je vous souhaite beaucoup de plaisir. César. Vous êtes bien bonne, madame.... J'ai profité de la permission de revoir mon ami Colombet, et je ne partira' pas que je n'aie appris comment se trouve notre intéressant malade. (Il s'assied.) Mad. d'Algueperse. A la bonne heure!... Monsieur Mathieu, je vous laisse. (Bas.) Ne sortez pas tant qu'il restera. {Haut.) Quant à Pauline, vous l'emmènerez avec vous. A bien- tôt.... César, se levant. A bientôt, madame! Mad. d'Algueperse. C'est à monsieur Mathieu que J" parle, monsieur.... (Elle salue et sort.) César, la regardant sortir, h part. Bravo! nous voila m» 1 ' 1res de la place! ACTE III. SCÈNE VIII. 59 Scène VIII. MATHIEU, CÉSAR. Mathieu, élevant la voix. Je vais faire prévenir made moiselle Pauline! César. Et maintenant, à nous deux, monsieur Mathieu. Mathieu. Plalt-HÎ César. Je renonce à séduire madame d'Aigueperse, elle •ne fait peur.... vous, c'est différent! et puis entre hommes on s'entend mieux. Mathieu. Je ne vois pas, monsieur, quels rapports peuvent exister entre vous et moi. César. Ah!... mais, monsieur Mathieu, les rapports qui existent tout naturellement entre d'honnêtes gens comme nous! ]?latliieu Monsieur!.. César. Je vous crois très-honnête... Pour assurer le bonheur de nos amis communs, j'ai compté sur vous, qui diriges tout ici. Mathieu. Mes amis sont heureux. César, Ce que c'est que l'habitude de vivre ensemble! ou ne s'aperçoit de rien... vous ne voyez pas que notre ami Co- lombel est peu d'accord avec sa femme, et pas du tout avec sa belle-mère? Mathieu. Oh ! un nuage passager.... César. Qui couve une tempête!... Vous ne voyez pas que madame Ursule tremble de quitter son mari? Mathieu. Parce qu'il est souffrant! César. 11 se porte très-bien! Et que mademoiselle Pauline est triste, inquiète?... Mathieu. Préoccupation de jeune lille qui va se marier César. A quelqu'un qu'elle n'aime pas. Mathieu. Permettez.... César. C'est votre neveu... j'en suis fâché, mais elle ne l'aime pas; et quand une jeune fille n'aime pas celui qu'on lui propose, c'est qu'elle en aime un autre. Mathieu, le regardant. J'y suis.. César. Vous n'y êtes pas du tout; elle ne pourrait plus me ••'hoisir... mais enfin ce n'est pas moi; c'est un jeune homme lui appartient à une société où Pauline doit prendre place, où Colombet est impatient de rentrer. Mathieu. Ah! je comprends le trouble qu'on a jeté dans l 'ette maison! Avant votre arrivée on y jouissait d'un calme e< l'fiant; il a suffi du contact impur de ce monde dans lequel v °us vous égarez. 60 LE MARI A LA CAMPAGNE. César. Eli! mais savez-vous que c'est (rès-inquiélant! Diable! mais à vous entendre, le monde serait un véritable coupe- gorge! Est-ce que vous allez quelquefois par là, monsieur Mathieu? Mathieu. Jamais, monsieur... et je m'en fais gloire; César. Eh bien, vous avez tort! vrai.... Il faut y aller, ne fut-ce que pour connaître ce que vous attaquez. Et qui sait? peut-être trouverez-vous que ce pauvre monde n'est pas aussi noir qu'on vous le dit si charitablement. Il y a de bonnes choses, je vous assure. On se plait dans la vie de famille, dans les rapports de l'amitié. Le talent mène à tout; la vertu est honorée; le vice se cache avec soin, et jamais la bienfaisance n'eut un culte plus fervent! J'en appelle à ces nobles coeurs qui, du sein même de nos plaisirs, consolent toutes les infortunes, et vont relever le malheur jusqne dans sa honte!... j'en appelle à vous, monsieur Mathieu, qui tenez quelquefois la bourse!... Nous avons bien encore par-ci par-là quelques Tartufes, mais dans le inonde, le noire, la religion n'en fait plus, c'est un masque qu'elle a laissé à la politique. Mathieu. Très-bien.'... voilà un tableau tout à fait rassurant; c'est superbe! vous êtes tous parfails! tous de petits saints! et je ne m'étonne plus si aujourd'hui ont élève tant de statues! César. Ah! vous raillez, monsieur Mathieu! Mathieu. Il est fâcheux seulement que ce monde nous repousse! que nos conseils soient méprisés comme nos écrits... César. Vos conseils! vos écrits!... des ingrats toujours prêts à déchirer la main qui les protège! Mathieu. C'est à cause de mon traitement de quinze mille francs que vous dites cela? Céiar, riant. Eh! non, monsieur Mathieu.... Vous m'« vt,ï rendu ma gaieté; tant mieux! laissons là des querelles qui nc sont plus de notre temps; aussi bien j'allais me fâcher, et ce serait dommage.... vous êtes un bon homme! Mathieu. Monsieur, je ne suis pas un bon homme ! César. Vous m'aiderez à séduire, madame d'Aigueperse. Mathieu. Je n'ai jamais séduit personne! César. Je ne vous demande pas vos secrets..■• Mathieu. Comment! mes secrets? César. Vous l'amènerez doucement à laisser son gendre et sa tille ouvrir cette maison à des plaisirs qui sont du lc" r goût et de leur Age. Mathieu. Je ne me mâle pas des affaires des autres. César. Et si mademoiselle Pauline préfère Edmond a votre neveu.... ACTE III. SCÈNE X. 01 Mathieu. Edmond! un petit fat!... Mais mademoiselle Pauline est trop bien élevée.... nous avons mis en elle de trop bons sentiments pour qu'elle écoute de pareilles idées; elle m'attend, heureuse de me suivre dans une maison dont les goûts purs et l'austère simplicité.... Scène IX. Les Mêmes, PAULINE. Pauline , en.toilette morbleu! du courage! de la gaieté.... et préparons-nous à recevoir bravement l'ennemi s'il se présente! (Il sort avec Pauline par le fond ) Scène XII. COLOMRET, EDMOND. Edmond. Il a beau faire.... si madame d'Aigueperse revient avec monsieur Mathieu, ce sera un sauve-qui-peut Rénc- ral.... Colombet n'osera jamais être le maître chez lui; il sacrifiera Pauline pour avoir la paix... et... C'est lui!... ACTE m. SCÈNE XIII. 63 Colombet. Ma foi, ma belle-mère est sortie.... j'ai vu partir M. Mathieu.... je puis m'échapper. Ah! Edmond!... Malheureux! que faites-vous ici? Edmond. Mais comme vous voyez... je viens... je viens... Colombet. Vous venez me chercher? Eh vite, partons! Edmond, h retenant. Non.... C'est que je voulais vous parler.... de.... Colombet. De ma soeur?... je comprends, c'est pour elle, *h bien, nous causerons en route. Edmond, Mais non.... je veux m'expliquer ici..* devant «es dames. Colombet. Oh! alors bien du plaisir, mon cher... Moi, je cours où le bonheur m'attend. J'ai ma grâce à obtenir. Edmond. Restez donc! Colombet. Adieu!.. (Il va pour sortir, et aperçoit Ursule lui vient de reparaître au fond, en toilette de bat.') Ciel! que vois-je! Edmond. Madame Colombet, qui aura, j'espère, plus de pouvoir que moi. (A part.) Pauvre petite femme!... est-elle jolie avec sa toilette et son air gauche! (// sort.) Scène XIII. URSULE, COLOMBET. Colombet, h part. Ma femme! que veut dire? Ursule, h part. Pourvu qu'il ne se moque pas de moi. Colombet. Mon Dieu, chère amie, cette parure.... je ne comprends pas.... je ne vous ai jamais vue aussi belle! Ursule. Vraiment! Oh! j'en suis bien aise! Colombet. Mais pourquoi donc? Est-ce que vous allez A quelque cérémonie? Car ce n'est pas pdur la soeur de monsieur Mathieu. Ursule. Non.... c'est pour rester avec vous, Ferdinand. Colombet. Avec moi! .. Pardon.... je vous suis obligé.... °n m'attend, et.... (A part.) Mais c'est qu'elle est très-bien ma femme! une taille charmante.... (Pendant ce temps-là elle s'est approchée et lui a pris le bras.) Ursnle. Ferdinand!... Colombet. Ursule! Ursule. Il faut que je vous gronde!... (// veut se dégager.) Non! oh! non.... n'ayez pas peur!... Que je vous gronde en a |nie..„ Vous n'avez pas eu confiance en moi.... pouvais-je de- V| ner que vous étiez malheureux?.., que l'ennui vous luail?... A,l! vous me l'avez dit.,.. 64 LE MARI A LA CAMPAGNE. Colombe*. En effet, il y a des moments.... (A fiart,') Où veut-elle en venir? Craule. C'est votre faute.... je n'étais qu'une pauvre jeune femme habituée à écouter ma mère, à lui obéir en tout. .. Le monde, pour moi, c'était cette maison.... Mes plaisirs, c'étaient mes devoirs.,.. J'ignorais qu'il y eût ailleurs pour vous d'autres plaisirs, un autre monde qui pouvaient m'enlever le coeur du mari que j'aimais.... oh! de toute mon âme! Colombet, ému, hpnrt. Eh! mais, ce trouble.... cette émotion.... Ursule. Il fallait me le dire. Il fallait m'apprendre ce que j'ignorais.... cela m'aurait effrayée d'abord... mais peu à peu je me serais habituée à ces idées-là. J'aurais concilié mes devoirs de fille et d'épouse.... j'aurais recherché le monde, pour vous plaire.... j'aurais été belle comme les autres!... Dam! on se résigne. Oh! c'est que rien ne doit coûter pour conserver le coeur de celui qu'on aime! Tu le vois bien, Ferdinand!.-- Colombet. Ursule, tu ne m'as jamais parlé ainsi.... jamais tant de bonté.... Mais je serais tombé à tes pieds, je t'aurais ouvert mon coeur!... C'est que, vois-tu, tremblant près de ta mère, dont la volonté te gouvernait partout, j'aurais craint de l'alarmer.... de te causer un chagrin... Ursule. Et c'est pour cela que tu me trompais, que tu m'as rendu si malheureuse! Mais n'en parlons plus.... Désormais, tu ne dois plus me quitter. Je t'entourerai de ceux que tu aimes, des plaisirs que lu préfères et que je veux partager avec toi!... Je serai un peu gauche, d'abord, comme à présent, mais tu me formeras.... je danserai pour te plaire.,., je valserai même, s'il le faut.... Colombet. Toi, ma femme! Ursule, Oui, oui, je valserai, et dès ce soir... Colombet. Ce soir!... Mais c'est un rêve.',.. Ursule. Non, non, tu es bien éveillé et moi aussi.... En ce moment tes amis.... ces amis que ma mère avait éloignés et que tu n'as pas su retenir.... tu as eu tort!... je les rappelle-- ils arrivent.... ils viennent tous fêter avec nous le retour de mo° mari, notre premier jour de confiance et de bonheur.... M< )lâ tu resteras.... tu n'iras plus porter ailleurs un coeur qui est moi, un amour que je veux tout entier. Colombet. Oh! t« es un ange! Moi, te quitter, te fuir, non, jamais! ACTE III. SCÈNE XV. 05 Scène XIV. Les Mêmes, CÉSAR, PAULINE. Colombet. Ali ! mes ami*! César, Pauline! Mais voyez donc ma femme! comme elle est bien ainsi! Pauline. Et moi, mon frère?.. Colombet. Et si vous saviez que de dévouement, (le vertu! Un bal! elle me donne un bal!... César. Sans doute, et déjà nos amis te demandent. L'orchestre est arrivé... Ursule. Je vous invite pour la première contredanse, monsieur! .. Colombet. Et pour la seconde, et pour toutes les autres, et pour la valse. Ali! j'en perds la tète de joie! Venez... Céi»r, Nous sommes sauvés'... Scène XV. Les Mêmes, EDMOND, puis Mad. D'AIGUEPERSE, MATHIEU. Edmond, accourant. Madame d'Aiguepersel Colombet. Nous sommes perdus!... Ursule. Ma mère!... Pauline. Où me cacher!... César. Eh non, morbleu!... C'est le moment d'avoir du courage.... Vous êtes les maîtres, vous êtes ehez vous.... tenez ferme. Colombet. C'est cela, nous sommes à présent deux contre elle.... je ne crains rien.... Ah ! surtout, ne me quittez pas! {Mad, d'Aigueperst parait au fond; M. Mathieu la suit, et prend vivement part h toute la scène sans mol dire.") Mad. d'Aigueperse. Qu'est-ce donc? Que se passe-l-il? Ucl éclat mondain.... cet orchestre.... qui donc a autorisé un Pareil désordre .' Pauline, » part. Un bal! Elle appelle cela un désordre, César. Permettez, madame.... Mad. d'Algueperse. Je ne vous parle pas, monsieur, c'est a '«a fille, o ciel! que vois-jel... Cette parure! Et Pauline, ma fl "c.... ma fille... expliquez-moi!... Ursule. Quoi, ma mère? Ne voyez-vous pas que c'est une •*oirée ? Edmond. Que monsieur Colombet.... n ^""toirp No. 355. (2. Séri* No. »5.) 5 66 LE MARI A LA CAMPAGNE. OTad. d'Aigueperse. Je ne vous parle pas, monsieur. Et vous, mon gendre, me direz-vous ce que cela signifie? Colombet, hésitant. Cela signifie, belle maman, que.... César, bas à Colombet. Va donc! va donc! Colombet, avec assurance. Cela signifie qu'après les devoirs viennent les plaisirs.... et qu'il est bien temps que ma pauvre petite femme les connaisse un peu! Mad. d'Aigueperse. Ursule,'... l'mule. C'est une fête que je donne à mon mari! Colombet. C'est un bal que je donne à ma femme! César. Voilai Mad. d'Aigueperse. Une fête.... un baU... et vous aver cru que j'accorderais ma permission.. Colombet. Nous ne l'avons pas cru, belle maman.... ah! Dieu ... aussi nous ne l'avons pas demandée.... Et du moment que cela convient à ma femme.... Ursule. Du moment que cela plait à mon mari.... César. Au fait! Mad. d'Aigueperse. Et moi, je ne puis assister à un pareil scandale. Colombet. Mais, belle maman, vous n'êtes pas forcée d'y assister. Ursule. On ne dansera pas dans voire chambre, ma mère. Mail. d'Aigueperse. Eli mais, il ne manquerait plus...- Mais si je comprends.... c'est un complot... oui, un complot! On a exigé cela de vous, mon gendre.... car vous n'avez p aS de volonté! César. Oh! (Colombet relève fièrement la tète.) Mad. d'Aigueperse. Cette idée-là ne vous serait jamais venue! Elle est enlrée dans celte maison avec certaines g enS qui vont eo sortir.,, en sortir sur-le-champ, ou je n'y restera" pas.... Colombet, piqué. Dam! belle maman.,., on se quitte...- niais on ne s'en aime pas moins. Ursule. Ferdinand!.,. Mad. d'Aigueperse. Mon gendre!... vous oubliez que vous êtes ici.... Colombet, Chez moi!... belle maman. .. ce qui n'emp tC pas que vous n'y soyez chez vous!... Je respecte vos goûts, mais j'ai les miens... Vous êtes libre, mais je veux l'être aussi- Mad. D'Aigueperse. Mais.... Colombet, l'interrompant. Parce que j'ai une volonté.— et je veux recevoir mes amis... je les recevrai toutes les se inaines... et gaiement... je vous en préviens... Mad. D'Aigueperse. Mais.. ACTE M. SCÈNE XV. 67 Colombet, de môme. Et je veux faire danser ma femme, quelquefois, souvent même, si cela lui fait plaisir... Mad. d'Aigueperse. Mais... Colombet. Et je ne veux plus autour de moi de ces mines maussades et renfrognées qui me mettaient en fuite! Mad. d'Aigueperse. Mais... Colombet. Je ne veux voir que des figures heureuses et joyeuses... Voilà ce qui me plaît, voilà ce que je veux, parce que j'ai une volonté!., parce que je suis le maître à la fin.... Mais je ne force personne, je ne retiens personne, et je laisse a chacun ses habitudes, ses plaisirs et sa liberté! Mail. d'Aigueperse. Mon gendre! Pauline. II va! il va! Slud. d'Aigueperse, suffoquant. (A Mathieu.) Respectable "mi,soutenez-moi ! ÇA Colombet.) Vous m'avez dit... je dois... mais non... Vous vous perdez... je vous abandonne... Venez, malille, sortons. Ursule, allant vivement h Colombet, Ma mère!... oh! non, Ferdinand veut mon bonheur... ses plaisirs doivent être les miens. Il ne se perdra pas... non... je serai là pour le sauver. Mad. d'Aigueperse. Ursule! Ursule. Vous m'avez dit de lui obéir... et c'est mon mari, ma mère! Mad. d'Aigueperse. Ursule!... malheureuse enfant! mais Pauline, du moins, qui n'a pas de mari... heureusement... Colombet. Si fait., c'est-à-dire... elle a ici un futur qui peut la faire danser, parce qu'il l'épousera, parce que je le v eux, parce que j'ai une volontél et c'est Edmond... (" les prend par ta main, les unit, et revient se placer, avec fierté, entre sa femme et sa belle-mère.') Pauline. Edmond! Edmond. Quel bonheur! César. Bravo!... Mad. d'Aigueperse. Pauline! vous oseriez! Pauline. 11 faut bien aussi que j'obéisse! [Montrant Colombet.) C'est mon tuteur, c'est mon frère, madame! Mad. d'Aigueperse. Mais c'est une révolte!... César, yaiement. Non.... c'est une révolution! (Se plaçant e ntre elle et monsieur Mathieu.) Qu'en pense ce bon monsieur Mathieu? (Monsieur Mathieu le regarde de même. L'orchestre se fait entendre.) Eh! mais, entendez-vous? la première contredanse? Edmond. Eh! vite! mademoiselle!... Colombet. Ma femme! 68 LE MARI A LA CAMPAGNE. Mnd. d'Algueneme, les arrêtant. Ursule!... aujourd'hui vous dansez avec votre mari... mais demain... Uriule. Demain, je quêterai avec vous, ma mère! (Colombet emmène Ursule; Edmond, Pauline, Mad. d'Aigueperse et M, Mathieu se regardent d'un air de désolation, et César fa** un geste de joie.) FIN. Imprimai «!»« L. \Y. Kruntr, 1 Burli».