Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 47. (297.) ROMAN EN CINQ PARTIES ET ONZE TABLEAUX, l'A. Il mm. i u:i:\i: si e et mvtt v. — i h » i n» ..'-'r.. BERLIN, 1844. Ad. Ht. Se h les in g et, Libraire et Éditeur de Musique. Pr. 20 Sgr. (10 gGr.) IiES MYSTÈRES I1E PARIS, ROMAN IN CINO PARTIES ET ONZE TABLEAUX, PAB MM. RVOENK SUK et DINAl'X. J. l'I.RANI) 1-E MAITRE D'ÉCOLE. LE CHOUR1NEUR. RODOLPHE. MOREL. PIPELET. BENOIT. PIQUE-VINAIGRE. UN COMMISSAIRE. GERMAIN. TOM SEYTON. BOURDIN. FRANÇOIS. CLERMONT. TÈRE ROUSSEL. BARBILLON. DOMESTIQUE de Mad. d'Hnrville. DOMESTIQUE dt tarait. CABRION. PERSONNAGES. PIERRE. UN SERGENT. UN PASSANT. UN FACTEUR. SARAII. FLEUR DE MARIE. UIGOLETTE. TORTILLARD. Mad. PIPELET. LA LAITIÈRE. M«d. D'HARVILLE. Mad, VARNER. Mad. DUBRETJIL. MADELEINE MOREL. fÛUX MOREL. Haiîitaxs dk la cité, Soldats, PnisoNNiRns, Gknoarmks, Gap.- dk*-Ciiassr,Paysan8,Patsankks. **«HHMt************************************************** ACTE PREMIER. Premier Tableau. - lia Cité. Une rue de la Cité, faisant face nu spectateur. Cabaret nu cnîn de gamin-, avec «"** petite poste. A droite, innison en construction. Il pleut et Toi noir. La ruo est éclairée par des ré\pHiéres. Scène I. TORTILLARD, tenant une planche, LA LAITIÈRE. Tortillard. Tenez, la laitière, le voilà, le cabaret du La pin Marie, que vous cherchiez. Répertoire No. 297. (2. &itK Ro. 47.) 1 2 LES MYSTÈRES DE PARIS. 1» Laitière. Merci, Tortillard, il faudra bien que j'y rc trouve la montre de mon homme. Tortillard. Votre homme! Ah! il s'est donc encore grisé et battu ce matin? 1.8 Laitière. Oui, mais ils trouveront à qui parler. (Ln laitière entre au cabaret.) Tortillard, reportant sa planche. Bonne chancela laitière! C'était bien la peine de venir prendre ici une planche, d'aller la poser sur le ruisseau de la rue de la Barillerie, et de m'é- gosiller à crier pendant une heure: Passez! payez! passez, payez! (Secouant des sous.) Une mauvaise averse de trois sous. Avec ça que dans c'te Cite, ils se moquent bien de se crotter. Ils passaieut à côté de ma planche et m'éclaboussaient.... les rafl'alés! Scène II. TORTILLARD, RIGOLETTE. Elle tient un parapluie ouvert et un paquet. Rlgolette, s'arrètanl vers le fond. Mettez donc des bas bien blancs et de jolis brodequins pour sortir par un temps pareil.... heureusement j'ai de bons socques. Tortillard , l'apercevant. Tiens! mademoiselle Rigolcttc dans ce quartier-ci! Rlgolette. C'est toi, Tortillard, on te trouve donc partout?... Tortillard. Ah! je sais bien ce qui vous amène.... C'est parce que depuis trois jours, le Maitre-d'Ecolc et la Chouette n'ont pas mené Fleur de Marie chanter dans- la cour de votre maison de la rue du Temple. Rlgolette. Oui, je suis inquiète; est-ce qu'elle est malade?... Tortillard. Elle! non; c'est la Chouette qui a une coqueluche à humilier le bourdon de Notre-Dame ; est-ce que vous vouliez monter la voir? Rlgolette. Chez ces vilaines gens, jamais, par exemple! Pauvre Fleur de Marie, si sage, si honnête, si malheureuse avec eux. Je me fais des reproches quand je suis quelques jours sans la voir et sans lui donner du courage. Tortillard. Au fait, vous ferez aussi bien de ne pas monter, puisqu'elle est sortie. Rlgolette. Comment le sais-tu? Tortillard. Elle a passé tout à l'heure sur ma planche... sans payer, bien entendu.... Elle allait au coin du marché aux ACTE L TABLEAU I. SCÈNE III. 3 Fleurs pour la Chouette, chez l'herboriste, peut-être pour des sangsues, et elle emportait avec elle son petit rosier, celui que vous lui avez donné.... Elle le promène partout.... En voilà une drôle d'idée.... Higqlelte. Elle n'a que cela au monde; alors on conçoit bien qu'elle y tienne. Tortillard, qui est remonte vers le fond. Elle n'a pas été long-temps, la voilà.... Vous bavarde/, toujours ensemble, je vous laisse; je vais boire un verre de cassis pour nie réchauffer les pieds. (If entre au cabaret.) Scène III. MGOLETTE, FLEUR DE MARIE. Fleur de Marie, met son rosier sur une borne. Kigoleltc, c'est vous! quel bonheur! Itlgolefte. Puisque vous ne venez pas, il faut bien que je vienne; je vous rapporte la robe que je vous ai arrangée. Fleur de Marie. lionne Rigolelte, après votre tâche de la journée et quoique je ne puisse pas vous payer, vous avez encore travaillé!... lligolettc. Est-ce qu'il ne faut pas que je prenne ma récréation? (Mouvement de Fleur de Marie.') Eh bien! qu'est-ce que vous avez? Fleur de Marie. Mon Dieu! c'est que j'ose à peine m'ar- rèter.... La Chouette m'attend.... Si je ne rentre pas tout de suite, ils vont peut-être me battre. ltigolette. Comment, ce Maitro-d'Kcolo est toujours aussi brutal, et cette méchante Chouette continue de vous maltraiter? Fleur de Marie. Depuis qu'elle est malade, elle semble encore plus méchante. Migoletle. Moi, à votre place, je ne supporterais pas cela.... Fleur de Marie. Que feriez-v'ous ? IligoIeUe. .Te m'en irais.... Parce qu'ils vous ont trouvée dans la rue, a ce qu'ils disent, et qu'ils vous ont prise avec eux, ils n'ont pas le droit de vous rendre la vie si dure.... Encore une fois, moi, je m'en irais. Fleur de Marie. Souvent j'y ai pensé, mais que devenir? je ne sais pas travailler. Illgulettc. Venez avec moi, je vous apprendrai.... On a du mal, mais le soir, quand on a bravement gagné sa journée, on est joyeuse, un peu lière, et on s'endort le coeur content... Est-ce dit, venez-vous chez moi? 1* 1 LES MYSTÈRES DE PARIS. Fleur do Marie. Chez vous! oli! jamais! jamais! re se rait vous exposer à la colère de la Chouette et du Maitre-d'Ë cole. .. (Mouvement de Fleur tic Marie.) Itigolette. Qu'est-ce qui vous a fait peur? Fleur de Marie. Je crois que la Chouette m'a appelée Itigolette. Un moment, encore. Fleur de Marie. Non, non, je ne veux pas donner de prétexte à sa colère.... Adieu, adieu.... Rlgolette, la reconduisant. Adieu ; à demain, n'est-ce pas? (Fleur de Marie entre dans la maison; Higolelte sort.) Scène IV. RODOLPHE, puis SARAH, en homme. Rodolphe, entrant par la droite. Depuis trois jours je suis inutilement venu le soir ici, dans l'espoir de retrouver cet homme qui m'a si bravement secouru.... Serais-je plus heureux aujourd'hui?... (Sarah le suit et l'examine.') Voilà ce cabaret qu'il m'avait, indiqué. Allons, entrons-y, et si je ne l'y rencontre pas, continuons du moins les bizarres observations que m'a fournies déjà cet étrange quartier. Sarah, au moment oh il entre au cabaret. C'est bien lui.... je ne m'étais pas trompée. (Cris It l'intérieur, — Sarah va se placer h l'écart.) Scène V. Les Mêmes, TORTILLARD, sortant du cabaret, Passans attirés par le bruit. Tortillard. Ça chauffe, ça chauffe au cabaret du Lapin. Un Passant. Qu'y a-t-il donc là dedans? tTn autre Pansant. Quelque batterie, comme à l'ordinaire. Tortillard, frappant sur les carreaux. Kis! lus! lus! mords- les, ma vieille, mords-les! Troisième Passant. Est-il méchant, ce gamin de Tortillard! Tortillard. De quoi? de quoi? J'aguiche la laitière pour qu'elle se rebiffe. Premier Passant. Il y a une laitière là dedans! (Bruit de carreaux cassés h l'intérieur.) Tortillard. A tout pour le vitrier! (Imitant le cri du vitrier.) Ohé! le vitrier! F,n voilà des pratiques! Sarah, se retirant derrière les planches. Ce bruit, ce monde, dérobons-nous un moment à leurs regards. ACTE I. TABLEAU I. SCÈNE VI. 5 Scène VI. Les Mêmes, LE CHOURINEUR, LA LAITIÈRE, BENOIT, FRANÇOIS, Personnages sortant avec eux du cabaret, Passans. (Tous sortent bruyamment, la laitière recule dcollnt leurs cris, mais en gardant l'offensive.) La Laitière. Oui, vous êtes un las de gueusards! et vous ne nie faites pas peur. Benoit. Te tairas-tu? marchande «le farine délayée. E■■ r. Ah! te voila, toi! (ISétreignant.) Mon bachot? Où as-tu mi* mon bachot? te Maître d'École. Qu'est-ce que tu veux que j'en aie fait de ton bachot? Le Chourlnenr. Il était amarré aux bateaux de blanchisseuses du pont nu Change; on t'a vu le prendre.... On ne m'ô- tera pas de la tète qu'il t'a servi à aller voler dans ce château au bord de la rivière. le Maître d'Kcole. Je ne sais pas ce que lu veux me dire. Le Chourineur. Tu ne sais pus non plus qui voulait entraîner à la rivière un cavalier qu'on avait jeté à bas de son cheval? le maître d'Kcole. Je l'ignore absolument. le Chourineur. Eh bien! il y a quelqu'un qui est payé pour le savoir.... Mais mon bachot? le Maître d'Kcole. Voyons, ce n'est pas une grande perte que tu as faites il.... Tirer du sable.... repécher «les bûches.... avoir toute la journée la moitié du corps dans l'eau.... le Chourineur. Le métier est dur.... mais honnête; j'y gagne ma vie.... Je ne demande que ça.... le Maître de Kcole. Eh bien! moi, je suis plus exi géant que toi, pour toi-même.... J'ai à te proposer une bonne affaire. le Chourineur. Toi! une bonne affaire? le «Battre d'Éeole. Quarante francs à gagner, le Chourineur. En combien de temps? le Maître d'Kcole. En un quart d'heui . SSMB&'^il 14 LES MYSTÈRES DE PARIS. le Cliourinenr. En plein jour, devant tout le monde? le Maître d'Kcole. Non, personne ne saura.... Allons, je mettrai soixante francs. le Cii on lin (ni-. Merci! je ne mange pas de ce pain-là*... le Maître d'Kcole. Mais.... le Cliourinenr. Je te dis que je ne mange pas de ce pain-là, il est rouge.... le maître d'Kcole. Tu aimes mieux ton métier, n'est- ce pas? le Cliourinenr. Mon métier, c'est dire: non quand on veut me mettre d'un mauvais coup.... Mon métier, c'est aussi de poursuivre à mort.... ceux qui voudraient faire du mal à ceux que j'aime.... car, quand ceux-là ont besoin d'un lion chien pour les défendre, ils me trouvent.... Et tu sais que j'ai de bons crocs. le Maître d'Kcole. Mais écoutc-donc? le Cliourincur. Assez! tonnerre! assez! Je te défends de jamais me parler comme tu l'as fait.,.. Va-t-en.... le Maître d'Kcole. A ton aise. {Tandis que le Chouri- neur reste immobile dans sa colère, le Mnitre-d'Ecole va pour entrer au cabaret. Fleur de Marie sort de l'allée, et en l'apercevant rentre précipitamment.) (A part.) Allons voir la Chouette, elle me donnera de l'eau-de-vie, et j'essaierai seul. Ql entre chez lui.) le Cliourinenr , seul cl en colère. Si tu m'as menti, si tu m'as volé mon bachot, tôt ou tard je te repincerai! Scène XII. RODOLPHE, venant du fond, LE CHOURINEUR. Rodolphe. Eh bien! mon garçon, ça ne va donc pas? tu as l'air en colère.... te Cliourineur. Si en colère, que je me battrais moi- même.... faute d'avoir sur qui taper. Rodolphe. J'arrive mal, j'avais un service à te demander. la Chourineur. Alors tant mieux.... ça me remettra. Qu'est-ce que je peux faire pour vous? Rodolphe. L'autre soir.... sur le bord de la Seine, près du château d'Harville, tu m'as aide à me débarrasser de ban dits qui m'avaient attaqué. le l li <î mineur. Vous, ou un autre.... je n'en sais rien, il faisait nuit.... Je venais de déchirer un train de bois; à travers le noir.... je vois un homme seul contre trois, vous croyez que je veux laper sur vous, et vous me tambourinez une ACTE I. TABLEAU I. SCÈNE XII. 15 grêle tic coups de poing.... que je n'y ai vu que du feu.... Vous vous trompiez de numéro.... Enlin c'est égal.... nous nous sommes expliqués après. Rodolphe. Pauvre garçon.... je suis fâché. te Cliourlneur. Moi pas, je les retiendrai ces coups de poing-là.... ça me servira pour le Maitre-d'Eeole. Rodolphe. Maintenant, dis-moi.... j'ai tout lieu de croire que les bandits qui m'ont attaqué sont ceux qui ont volé au château d'IIarville. te Cliourlneur, à part. Le maître d'Ecole et sa bande. (H«m(.) C'est bien possible. Rodolphe. Si tu les connaissais.... tache de savoir ce qu'ils ont fait d'un portrait de femme enrichi de pierreries.... On leur abandonnerait les pierreries pour r'avoir le portrait. te Cliourlneur, avec colère. Pourquoi donc croyez-vous que les voleurs me font part de leurs affaires, à moi? Est-ce que vous me prenez pour.... Mais, au fait, vous avez raison.... je les connais.... je suis souvent avec eux.... Qui se ressemble s'assemble, n'est-ce pas? Rodolphe. Mais pourquoi vis-tu avec eux? te Cliourlneur. Parce que je ne peux pas vivre ailleur. Rodolphe. Quel est ton état? te Chourlnenr. Tireur de sable et débardeur au quai Saint-Paul, gelé l'hiver, rôli l'été, quinze heures par jour dans l'eau.... Voilà mon caractère. Rodolphe. Ta famille? Le Cliourlneur. • Orphelin du pavé de Paris. Rodolphe. Mais qui t'a élevé? te Cliourlneur. Celui qui élève les chiens perdus.... Je me rappelle que, quand j'étais gamin, j'allais coucher la nuit dans les fours à plâtre, et quand la faim me cassait les jambes et que je pouvais pas aller jusque là.... je couchais sous les grandes pierres du Louvre, et l'hiver, j'avais des draps blancs quand il tombait de la neige. Rodolphe. Tu as eu faim, et tu n'as pas volé? te Cliourlneur. Jamais, et j'ai pourtant resté une fois près de deux jours sans manger. Rodolphe. Quand tu as été grand, qu'as-tu fait? te Cliourlneur. Je me suis fait troupier.... Rodolphe. Tu as servi? te Chourineur. Trois ans.... Je comptais qu'on me mènerait à Alger, mais j'ai eu du malheur.... Élevé dans la rue comme une béte brute.... j'avais les rages d'une bète brute. Un jour, mon sergent me rudoyé.... je répends.... Il me bouscule.... 'I me frappe.... Tonnerre!.... la rage me prend.... je tape à tort 16 LES MYSTÈRES DE PARIS. et à travers..., je blesse le sergent et deux soldats ... Trois mois après, on me condamne à avaler douze halles de plomb. Rodolphe. Condamné à mort. de Cliourineur. Je l'espérais.... car une fois qu'on 4 a versé du sang.,., voyez-vous, on a beau se laver les mains... elles sont toujours rouges.... Mais on a commué ma peine, soi- disant, parce qu'une fois, dans une incendie, j'avais sanvé une vieille femme, et qu'une autre fois j'avais repêché dans la rivière une jeune fille qui se noyait; vous voyez que je suis un amphibie de feu et d'eau. Rodolphe. Et quelle peine as-tu subie? lie Chourineur, d'un air sombre. J'avais le droit d'èlre fusillé comme soldat.... on m'a condamné à cinq ans de boulet. Quand j'ai su cela.... j'ai voulu m'étrangler dans ma prison.... mais on m'a décroché à temps.... Rodolphe. Kt en sortant.... tu avais la même aversion pour le vol qu'en y entrant* Le Cliourineur. La mène.... Et en attendant que je crève au coin d'une borne comme j'y suis né, je me suis mis débardeur. Je gagne ma vie.... sans faire de tort à personne.... Rodolphe. Bien, mon garçon.... tu as encore du coeur et de l'honneur. Le Cliourineur. Du coeur.... de l'honneur.... moi ... C'est drôle, monsieur Hodolphe, c'est la première fois qu'on me dit ça.... et «;a me fait du bien.... Ça me réchauffe là. (Il se frappe le coeur et répète d'un air pensif.) Du coeur, de l'honneur.... Rodolphe. Cela t'étonne? Le Cliourineur. Oui, et non.... Je sens bien que je ne suis jamais méchant qu'avec ceux qui sont plus forts que moi.... tandis que pour les faibles, au contraire, je suis bon, mais bon que j'en suis bête.... Tenez, il y a ici une pauvre jeune Me appelée Fleur de Marie, vous ne croyez pas ça, mais c'est doux, sage, honnête, ça » seize ans, une ligure d'ange..,, eh bien, c'est le souffre-douleur d'un gueux appelé le Maître d'École et de sa femme appelé la Chouette, qui l'ont ramassée toute petite dans une rue où elle était abandonnée. Rodolphe. Pauvre enfant? Et qui | a défend contre ces monstres? te Chourincur. Moi, quand je suis là.... Mais je n'y suis pas toujours.... et alors, pour un oui, pour un non, Ils l'assomment, Hodolphe. Ta protégée m'intéresse. Où est elle? .Le Chourîneur, montrant le cabaret. Peut-être là. Rodolphe. Dans celle caverne? Le cliourineur. Il faut bien qu'elle suive le Mattre-d'Ecole et la Chouette. ACTE I. TABLEAU L SCÈNE XIV. 17 Rodolphe. Pauvre malheureuse! Le Cliourineur, Empécherez-vous aussi qu'on ne lui fasse du mal. Rodolphe, Peut-être. le Chourlncur. Eh hien ! le Maitre-d'École est entré là tout à l'heure, je crois, venez, si vous l'osez! Rodolphe. Sois tranquille, j'oserai. (Ils entrent au cabaret.) Scène XIII. FÉRAND, entre par la gauche et se dirige vers la maison en construction. Tout va bien, le temps à l'orage va écarter tout le monde.... Il n'existe plus, contre moi, qu'un témoin et qu'une preuve; le témoin qui a osé me menacer va périr tout à l'heure; la preuve, cette chaîne et cette médaille données à la femme Varner.... Cette femme, maintenant idiote, est chez son gendre Morel, le lapidaire.... Il demeura dans ma maison.... Est-il donc si difficile de les forcer par la misère a se défaire de cet objet précieux.... Cette chaîne, je l'aurais.... {Entrant derrière les planches.) D'ici je pourrai tout voir. Scène XIV. FÉRAND, caché, LE MAITRE-D'ÉCOLE, puis FLEUR DE MARIE, RODOLPHE, LE CHOURINEUR. Le Moltre-d-KcolCj il csl ivre. Je disais bien que l'eau de vie et la Chouette m'étourdiraient et m'ôteraient tout scrupule.... Et cette petite mirérable qui s'enfuit; qui ose écrire: „Je suis trop malheureuse ici, vous ne me reverrez jamais!" Nous quitter! Oh! je te ratraperai, scélérate, et tu paieras cher.... Demain, il faudra bien que je te retrouve.... et malheur à toi! Cette nouvelle colère m'anime encore, je n'hésite plus. (Il entre dans l'allée où s , cst réfugiée Marie. On entend un cri. Le Maître d'École sort de la maison entraînant Fleur de Marie.) Malheureuse! toi! toi! là, là! Heur de Marie. Oui, j'ai voulu m'enfuir. Le MnHre-d'Kcolc. Tu as mal choisi ton moment. Fleur de Marie. J'aime mieux mourir tout d'un coup. Le Maitre-d'École, furieux. Ah! tu me braves! (te Chourincur et Rodolphe sont sortis du cabaret. Le Chouri- neur retient le Iras du Maitre-d'École.) Répertoire No. 297. (2, Série No. 47.) 2 18 LES MYSTÈRES DE PARIS. i l.e Chourincur. Veux lu bien te tenir tranquille! Je le défends de toucher à la petite. te Maitre-d'Kcole. Qu'est-ce que lu veux, toi? Rodolphe. Il veut, et moi aussi, que vous respectiez cet enfant. Fleur de Marie. Uli! merci, monsieur. Le Maltre-d'Kcole. Eh bien, qu'elle rentre, qu'elle s'en aille. l,e Chourineur, bas h Rodolphe qui regarde Fleur de Marie avec intérêt. C'est elle. (Au Maître-d École.) Pourquoi la faire rentrer, pour la maltraiter à ton aise? te Maitre-d'Éoolc. Moi, je m'en vais au faubourg Saint- Antoine. le <'hourliieur. Pourquoi ne elianlerait-elle pas comme tous les soirs? Fleur de Marie. Oh! je ne pourrais pas.... j'ai trop envie de pleurer.... Rodolphe. Pauvre enfant! recevez ce que j'aurais mis dans votre sébile si vous aviez chanté. (Il lui donne une pièce. — Tonnerre jusqu'à la fin.') le Maitre-d'ÉcoIc. Voilà l'orage. Il faut que je m'en aille. (A Fleur de Marie.) Tu vas rentrer. (Au Chourineur.) Sois tranquille! Fleur de Marie, h Rodolphe. Monsieur, vous vous êtes trompé!... c'est une pièce d'or. Rodolphe, H part. De la probité!... (Haut.) Gardez-la, mon enfant. lie Chourineur, Bien, ma petite goualeuse.... n'ayez plus peur.... allez! Rodolphe, au Chourineur. Non, car nous sommes d'eux, maintenant, pour vous proléger. (Fleur de Marie rentre. Rodolphe et le Chourineur s'éloignent; la pluie tombe, on entend sonner une horloge.') le Mailre-d'École. Neuf heures! (Il entre dans l'allée indiquée. Un homme, enveloppé d'un manteau, vient dans l'obscurité, regarde la maison, la reconnaît et frappe, le Maître-d École lui ouvre et le fait entrer devant lui, Féraud sort de sa retraite, écoute un instant ce qui se passe dans l'allée de la maison, puis va mettre une lettre h la boîte de la petite poste.) FIN OU itikmili: ACTK. ACTE II. TABLEAU II. SCÈNE 1. m \ ACTE DEUXIEME. Deuxième Tableau. — lia liai mou Pipelet. I-e théâtre représente la cour delà maison de la rue du Temple, 17. Au fond, bâtiment a trois étnges et I mansardes. Au rez-de-chaussée en face, «liée mu fond de laquelle on aperçoit la me. A droite de l'allée, sur la cour, fenêtre de la loge de Tipelet; vers 1 emilieu de l'allée, derrière la loge, escalier conduisant aux étages supérieures. A la droite de la loge, dans la cour, reserre fermant avec une porte pleine, A gauche de l'allée, arrière- boutique d'un rogomiste. A la fenêtre du deuxième, cage avec des oiseaux. La gauche du théâtie est occupée par un petit corps de bâtiment isolé qu'occupe Férand. Au rez-de-chaussée, porte à un seul battant. Scène I. Mad. PIPELET, LA LAITIÈRE,pwts MOREL, et LE FACTEUR. (Mail. Pipelet finit de balayer îa cour. La laitière apporte du dehors des pots à lait qu'elle dépose dans la petite réserre; elle va et vient pendant toute la scène.) Mad. Pipelet. Vlà voire journée finie, la laitière? ta Laitière, sans s'arrêter. Il est bien temps, depuis deux heures du matin que je suis partie d'Asnières. Mad. IMpolet. Ali bien! la mienne n'est pas près de linir! Depuis que monsieur Férand a renvoyé sa bonne, c'est moi qui fait son ménage.... Encore, heureusement, il a pris Tortillard pour faire ses commissions. !» Laitière. 11 est donc partout, ce méchant gamin.... Hier, dans la Cité, il a fait sauver tous les gueusards qui ont battu mon mari; mais partout où j'en trouverai un, je crierai sur lui, jusqu'à ce qu'on l'arrête et qu'on l'écharpe. (Elle sort.) Jtlad. IMpclet. Et vous ferez bien, la laitière. (A Morel, qui est descendu de la maison et entre dans la cour.') Eh bien, monsieur Morel, vous voilà déjà en course.... Comment va-t-on chez vous? Morel, g aiment. Ma femme va mieux, dieu merci! le médecin assure que l'air de la campagne la remettrait tout à fait.... Je vais faire une course, et de là j'irai rue Fontaine au-ltoi, chez le père Lefèbvre, lui demander s'il veut me louer deux petites chambres qu'il a à Belleville. ï* 20 LES MYSTÈRES DE PARIS. Mad. Pipelet. Allez donc! maison de ville et maison de campagne, on voit que vous avez gros à la Caisse d'épargne.... Morel. Oui, nous serions tout à fait heureux, si la mère de ma femme.... Mad. Pipelet. La pauvre vieille idiote?... Ah! oui.... ça vous est bien gênant. Morel. Après tout, c'est la mère de ma femme.... et qui est-ce qui en aurait soin et pitié, si ce n'est nous.... Mail. Pipelet. Tenez, monsieur Morel, vous êtes la crème des honnêtes gens, comme mon vieux chéri d'Alfred est la crème des portiers. morel , s'en allant et riant. Et vous, la crème des portières, madame Pipelet.... au revoir. (Il sort par l'allée.) E l'air de répondre en pleurant.... On va, on vient.... Pipelet. C'est Cahrion! Mad. Pipelet. Tu ferais bien d'aller chercher M. Morel. H est chez le père Lefèbvre do la rue Fontaine-au-Itoi. Pipelet. Ça doit être Cahrion! Mad. Pipelet. Ah! tu t'abrutis trop, Alfred, puisque pendant ce temps-là, Cabrion te donnait un renfoncement. Pipelet. C'est vrai. Rodolphe, qui s'est arrêté un moment dans l'allée. Cette voiture... je crois reconnaître ces gens. Pipelet, à qui Mad. Pipelet a rendu son tromblon. Allons! Je m'en vais.... Aussi bien, j'ai besoin d'air.... Si j'aperçois Cabrion, j'ameute les passans et je crie au feu. Mad. Pipelet, le reconduisant. Va vieux chéri. {Elle l'accompagne et rentre dans sa loge, quand elle voit Rodolphe causant avec Mad. d'Ilarville.) 2G LES MYSTÈRES Î)E PARIS. Scène VIII. RODOLPHE, Mad. D'HARVILLE, sortant de chez Férund. Rodolphe. Vous ici, madameI ]Uad. d'HarvllIe. Je sors de chez mon homme d'affaires. Rodolphe. M. Férand! Et cette voiture de voyage? Mad. d'HarvllIe. C'est la mienne! Rodolphe. Vous partez? Blad. d'Barville. La santé de mon père.,.. Rodolphe. Mais, hier.... vous ne m'avez rien dit.... Ordinairement j'ai plus de part à votre conliance. mad. d'HarvlIlc. Eh bien! je serai franche, monseigneur; ce matin vous m'avez écrit pour m'apprendre votre entrevue avec la comtesse Sarah Mac-Grégor, mais vous ne m'avez pas tout dit, lisez. Rodolphe, Usant, ,,Madame, le prince est sur le point „de retrouver une fille qu'il a cru perdue. Vous qui l'empê- ,,chez de se souvenir qu'il est époux, l'empècherez-vous aussi d'être père?...." Une lettre anonyme! lâche infamie? Et vous voulez me quitter? Mad. d'HarvllIe. Voulez-vous qu'un seul moment j'autorise de pareils écrits? Rodolphe. Je vois maintenant d'où le coup part et le piège qui m'était tendu! Mad. d'HarvllIe. Que voulez-vous dire? Rodolphe. C'est encore l'esprit rusé et perfide «le la comtesse Sarah. Mad. d'HarvllIe. Monseigneur, n'étes-vous pas trop prompt à accuser? S'il y avait encore quelque espoir de retrouver celte enfant.... Rodolphe. Et croyez-vous donc que si je n'avais pas en main des preuves matérielles, irrécusables de celte trislc mort. Mad. d'HarvllIe. Je ne douterai jamais, monseigneur, des nobles élans de votre âme, et c'est pour cela que je partirais.... Rodolphe. Comment? Mad. d'HarvllIe. Si cette enfant vivait encore, vous auriez envers elle un grand devoir à remplir pour la légitimer.... Une union.... Rodolphe. Avec la comtesse Sarah! Jamais! Mad. d'HartIlle. Cette union serait indispensable. Rodolphe. Ne nie dites pas cela! Mad, d'HarvllIe. Jo vous le dis, parce que personne ACTE II. TABLEAU II. SCÈNE X. 27 plus que moi n'est jaloux de vous voir accomplir loyalement, vaillamment vos devoirs, ainsi que vous l'avez toujours fait.... Rodolphe. Noble femme! Mais pourquoi rêver un événement désiré, impossible; afin d'y chercher des causes de tourment? Mad. d'Harville. Rassurez-moi contre moi-même. Rodolphe. Vous l'exigez? Je vous le promets; si jamais ma fille m'était rendue, tout ce qui devrait être fait pour elle serait fait.... Vous ne partez plus. nnd. d'Harville. Je ne pars plus; mais continuez les recherches qui vous amènent ici. Rodolphe. J'obéis. (Voyant entrer Fleur de Marie et le Maitre-à"Ecole.) D'ailleurs j'aperçois une chance d'exercer ici cet esprit d'aventureuse bienfaisance que vous aimez.... vous me l'avez dit. Mod. d'Harville. Oui.... parce que c'est à vous que je dois de connaître le charme de la générosilc. Rodolphe. Acceplez-vous mon bras? Blnd. d'Harville. Oui.... jusqu'à ma voiture. (ils sortent par l'allée. Fleur de Marie reconnaît Rodolphe et le suit des yeuse.) Scène IX. Mad. PIPELET, LE MAITRE-D'ÉCOLE, FLEUR DE MARIE. .iiaii. Pipelet. Vous pouvez entrer chez M. Férand, mon brave homme; oh! quand il s'agit de protéger d'honnêtes gens, je ne me fais pas prier.... te maître-d'Ecole. Merci, madame Pipelet. (Brutalement « Fleur de Marie.') Attends-moi là, et ne bouge pas.... Tu sais qu'on ne m'échappe pas, à moi.... (Il entre chez. Férand.) Scène X. RODOLPHE, FLEUR DE MARIE, Mad. PIPELET. Rodolphe, revenant. Mon honnête enfant, je vous retrouve ici? Fleur de Marie, avec un petit cri de joie. Vous revenez! monsieur. Mad. Fipclct. Tiens !... vous êtes en pays de connaissance, mon locataire?... tant mieux; j'aurais voulu vous faire s °ciété, mais il faut que je mette un peu d'ordre dans le ma giisin de mon mari. A votre aise. (Elit rentre.') 28 LES MYSTÈRES DE PARIS. Rodolphe, h Mail. Pipelet. C'est bien.... Vous m'avez reconnu, Fleur de Marie? Fleur de Marie. Il y a long-temps que je vous connais., moi. Rodolphe. Vous vous trompez, je n'habite pas Paris. Fleur de Miorie. Vous n'y êtes jamais venu? Rodolphe. Il y a quatre ou cinq ans, j'y ai passé quelques jours.... Fleur de Marie. Je le savais bien. Hier, sous votre blouse, je ne vous ai pas reconnu, mais aujourd'hui.... Rodolplie. Dites-moi, ma chère enfant.... qui donc étes- vous?... et où m'avez-vous rencontré? Fleur de Marie. Qui je suis?... une pauvre enfant ramassée dans la rue, à l'âge île trois ou quatre ans, par une femme qui aurait aussi bien fait de m'y laisser mourir. Rodolphe. Mais cette femme avait encore bon coeur, puis-qu'elle vous a recueillie. Fleur de Marie. C'est ce que je me disais souvent, pour m'encourager à ne pas trop la détester, les jours où elle me battait plus fort qu'à l'ordinaire. Rodolphe. Battre une enfant si jeune!... et pourquoi? Fleur de Morte. Quand je ne rapportais pas dix sous d'aumône.... Un soir.... il faisait très froid, et j'étais restée bien long-temps serrée contre un arbre des Champs-Élisées, pour tâcher de me réchauffer.... Il était déjà tard et je n'avais reçu que trois sous.... Ce soir là, je n'avais pas de courage du tout, et je pleurais de la peur de ce qui m'attendait.... je vois venir un monsieur, et tout en lui demandant un sou, je me mets à sangloter.... Il me regarde.... me regarde encore, comme s' je lui avais fait beaucoup de peine, se détourne, et me donne cent sous.... pendant deux jours, je n'ai pas été battue.... ce monsieur, c'était vous. Rodolphe. Moi, mon enfant?... Il y a cinq ans, oui... c'est possible. Fleur de Marie. Oh! vous êtes passé plusieurs fois, je vous guettais, et je vous suivais jusqu'au bout pour vous voir... mais sans vous rien demander.... La première fois, vous m'aviez tant donné! Rodolphe. Pauvre petite ! Et qu'êtes - vous devenue en grandissant. Fleur de Marie. Au bout de quelques années, la Chou ette s'est associée à un homme qu'on apelle le Maître d'École, et qui joue de l'orgue; il m'a emmenée avec lui dans les ne», dans les cours des maisons, et m'a fait chanter. Rodolphe, Avez-vous été plus heureuse! ACTE II. TABLEAU II. SCÈNE X. 29 Fleur de marie, lia ont souvent été deux pour me maltraiter. Rodolphe. Quoi? toujours.... ►'leur de Mnrlc. Ali! j'ai eu des jours de repos quelquefois.... Quand ils ont amassée de l'argent, sans doute, ils ne travaillent pas, et me laissent à la maison en me défendant de sortir. * Rodolphe. Mais seule, toujours seule! Fleur de Marie. Non, plus seule maintenant. Rodolphe. Quelqu'un que vous aimez? Fleur do Marie. 11 y a quatre jours, le Maitre d'École et la Chouette étaient partis dès le matin ; en nettoyant la chambre, j'ai trouvé dans un coin, par terre.... Mais je n'ose vous dire, c'est un enfantillage. Rodolphe. Dites toujours. Fleur de Marie. Un morceau d'ivoire avec un portrait do femme, d'une jeune femme, si belle, si richement mise que •l'abord je l'ai seulement admirée, et d'une figure 6i douce, que peu à peu je me suis familiarisée, et en causant, je lui ai demandé si elle voulait être mon amie.... Son sourire.... elle sourit en vous regardant, son sourire a dit oui, et depuis ce jour- là, quand je suis contente, je la mets devant moi pour qu'elle m'entende chanter; quand je pleure, je la regarde, et si je pleure, je la regarde, et si je pleure trop fort, je l'embrasse. Rodolphe. Charmante nature! si aimante et si peu aimée! Ce portrait qui vous a fait tant de bien, je l'aime déjà. Fleur de Marie. Et si vous le connaissiez! Rodolphe. Voyons-le? Fleur de Marie. Promettez-moi de le trouver joli.... Rodolphe. Je vous le promets... (Regardant le portrait.) Que vois-je! Clémence! Clémence d'IIarville! Fleur de Marie. Vous la connaissez! Rodolphe. Et ce portrait, vous l'avez trouvé? Fleur de Marie. Mon Dieu, vous avez l'air fâché.... Je vous l'ai dit, jeté dans un coin.... comme une chose inutile et dont on ne veut rien faire; j'ai peut-être mal fait de le prendre, mais il aurait été perdu. Rodolphe, réfléchissant, h part. Ce portrait volé entre ses mains! Ah! il faut que j'éclaircisse! (Haut.') Mon enfant, où demeurez-vous? Fleur de Marie. Dans la maison près de laquelle vous ni'avez vue hier soir.... Vous vous en allez? Rodolphe. Fleur de Marie, tout ce que vous m'avez dit •n'a ému, m'a rappelé des souvenirs.... Ce qui sera en mon pou- v oir pour changer votre sort, je le ferai.... 30 LES MYSTÈRES DE PARIS. Fleur de Marie. Et mon portrait? Rodolphe. Confiez-le-moi, et courage, mon enfant.... ayez confiance en votre bon ange. Fleur de Marie. Est-ee que vous viendrez encore aux Champs-Elysées? Rodolphe. Vous n'aurez plus besoin «l'aller m'atlcmlre. (Il sort précipitamment.') Fleur de Marie, KM moment seule. Ali! je ne ilenianile pas mieux que de croire à ces heureuses paroles; si le bon Dieu les a entendues et veut les réaliser, dès aujourd'hui il me retirera des mains à qui je suis livrée. Scène XL FLEUR DE MARIE, R1G0LETTE, puis GERMAIN. Rigolette, sortant de la maison et entrant vivement dans la cour. Mon Dieu! quel événement!... (Appelant.') Monsieur Germain! (Elle aperçoit Fleur de Marie.) Tiens! c'est vous Fleur de Marie? (Elle va sous la fenêtre du bâtiment de Férand et appelle.) Monsieur Germain!. . (A Fleur de Marie.) Cela va bien, depuis hier? Fleur de Marie. Ah! mieux! je crois qu'il y aura bientôt pour moi d'heureux changemens. Rlgolette. Ah! quel bonheur? (Appelant.) Monsieur Germain ! Fleur de Marie. Mais qu'avez-vous? Rlgolette, « Germain qui entre. Enfin, vous voilà! Germain. Qu'y a-t-il donc? Rlgolette. Vite, vite, montez chez les Morel. Ueruialn. Pourquoi faire? Rlgolette. Je n'eu sais rien; mais il y a là un homme qui crie.... à propos d'un diamant.... Mad. Morel est seule avec l'idiote, avec les enfants.... Elle ne sa 1 ! auquel entendre.... Allez, allez. Ucrinaln. Mais pourquoi cet homme crie-t-il? Rlgolette. Il parle d'aller chercher le commissaire. Ne laissez pas cette pauvre femme seule, dans un pareil moment; vous allez tout savoir. .. Montez! montez! Ucrinain, s'en allant. J'y vais, j'y vais, mademoiselle Rlgolette, n'ayez pas peur! ACTE II. TABLEAU II. SCÈNE XII. 31 Scène XII. RIGOLETTE, FLEUR DE MARIE, Mad. PIPELET, dans sa loge, puis GERMAIN. Fleur de Marie. Mais qui est-ce qui vous effraie donc comme cela, Rigolette? lligolette. Figurez-vous que j'ai entendu du bruit chez mes voisins; je suis entrée.... Il y avait là un joaillier qui a l'air méchant et brutal et qui reclamait un diamant d'au moins 2,000 l'r. qu'il avait apporté à monsieur Morel pour le tailler. Fleur de Marie. Eh bien! ce diamant? Hlgolette. Madame Morel est moulée dans la mansarde qui sert d'atelier à son mari, elle a cherché dans l'établi, il n'y était pas; elle est redescendue, a ouvert la commode, les armoires.... Rien! Alors, cet homme s'est f.ïehé, a dit qu'il voulait son diamant, qu'il ne s'en irait pas sans l'avoir. Fleur de Marie. Ah.' la pauvre femme! Mad. Pipelet, sortant vivement de sa loye. Qui est-ce qui descend l'escalier à ébranler la maison? CÂcrniniu, accourant. C'est moi, madame Pipelet, Mad. Pipelet, le suivant dans la cour. C'est-il, boit Dieu! raisonnable? Rigolette. Eh bien? Ucrmaln. Un diamant a été volé ! Les trulH femuieo. Volé! Rigolette. Par qui ? Ucrinaln. Par qui?... peut-être bien par l'homme que j'ai rencontré hier soir... à minuit, et dont je vous ai parlé... madame Pipelet.... lligolette. Quel homme? Mad. Pipelet. Cet homme à barbe rouge. Ucrmaln. Monsieur Morel n'a fini do tailler le diamant qu'hier soir. Fleur de marie. Ah! mon Dieu! Mnd. Pipelet. Un vol! dans notre maison! lligolette. Une idée! Savez-vous où il est allé ce matin, monsieur Morel? mad. Pipelet. Oui, il est allé chez le père Lefebvre; •nais auparavant il devait faire une course. lligolette. H est peut-être allé porter le diamant! Fleur de Marie. Oui, pendant que le joaillier était ici. 32 LES MYSTÈRES DE PARIS. Scène XIII. Les Mêmes, PIPELET, MOREL, puis LE MAITRE-D'ÉCOLE. IPIpelet, s'essuyant le front. Voilà monsieur Morel que je ramène. Rlgolette. Noua allons savoir.... Oerrasin. Ne l'effrayons pas d'abord. Morel. Bonjour, mon voisin.... bonjour ma voisine.... vous voyez un homme bien content. Ma pauvre femme pourra se rétablir tout à fait à la campagne; je viens d'arrêter deux jolies petites chambres à Belleville. Qu'esl-il arrivé, que monsieur Pipelet est venu me chercher chez le père Lefebvre?... Il n'a pu m'expliquer.... Rigolette. Avant d'aller chez le père Lefebvre, vous avez fait une course, monsieur Morel? Morcl. Oui, j'ai été retirer trois cents francs de la Caisse d'épargne. Germain. Est-co que vous n'èlcs pas allé aussi chez votre joaillier? Morcl. Non, pourquoi faire? Germain. Pour lui porter le diamantque vous avez taillé hier. Morel. Ce diamant, je l'ai mis dans le tiroir de mon établi.... Eh bien! pourquoi tout le monde garde-t-il le silence?... (Le Maitre-iVécole sort de chez Férand en faisant sauter quelque monnaie dans la main.) Germain. C'est que le diamant n'y est plus. Morel. Il n'y est plus! Où donc est-il? Germain. Je ne sais comment vous dire.... Morel. Parlez.... mais parlez donc! Germain. Eh bien!... sachez donc que ce diamant a été volé. Morel. Volé! ce n'est pas possible! Un diamant de 3,000 fr. volé!... Mais, mon Dieu, je suis perdu!... ruiné!... Ce malin encore, la joie, le bonheur.... et ce soir.... la misère et les larmes.... Oh! mes enfans!... ma femme!... ma pauvre femme! (H tombe anéanti.') M»d\ Pipelet. Oh ! si je tenais le gueux qui a fait le coup!... Le Maltre-d'Écolc. Fleur de Marie, vous entrez au service de monsieur Férand. ACTE II. TABLEAU III. SCÈNE l£ 33 Troisième Tableau. — I*a Maison Pipelet. Le théttre représente le cabinet d'affaires J» I. Férand, A droite, le bureau de Férand sur lequel est une lampe allumée. A gauche, le bureau de Germain. Au fond porte d'entrée. Deux portes Iatérale9. Une fenêtre avec volets et rideau. Au fond et sous un tableau de ventes, une cachette dans la boiserie. Scène I, GERMAIN, puis CLERMONT. Ctcrmaln est assis h son hureau, il vient de cesser son travail pour réfléchir. Pauvre Morel! je n'ai jamais vu douleur plus sombre et plus désespérée.... Cette perte èft affreuse pour lui.'... Que de privations! que de misère! si ce joaillier est un homme intraitable, comme il nous le disait.... Avoir été peut- être en présence de l'auteur de tous ses maux et ne pouvoir le rctrouverl Clcrmont, venant de l'intérieur. Bonjour, monsieurGermain. Germain, se levant sans quitter son hureau. Enchanté de vous voir, monsieur Clcrmont. Clennont. Notre excellent monsieur Férand me charge •le vous prier d'inscrire sur votre livre de caisse la somme de cinquante francs qu'il vient de nous donner pour notre bureau •le bienfaisance, et le dépôt de trente mille francs en or que je viens de lui faire en mon nom. (Acrmain. Le patron l'a accepté ï Clcrmont. Ma foi! ce n'a pas été sans peine.... cela l'embarrassait.... c'était une responsabilité dont il ne se souciait pas. Enlin il a fallu le supplier de me rendre ce service au nom de l'amitié, lui apprendre que c'était la fortune d'une soeur absente que je ne pouvais pas déposer en des mains plus fidèles. Germain. Vous savez, monsieur Clermont, comme le patron est strict et sévère en affaires.... Clennont. Je le sais bien, et c'est ce qui explique la confiance illimitée dont il jouit: et qui la mérite mieux que lui? Ne s'occupe-t-il pas plus des intérêts de ses cliens que des siens* témoin lu modicité de sa fortune. Mais voici du monde.... je vous laisse.... Au revoir, monsieur Germain. (Germain le reconduit vers la poite, h l'extérieur , cl se trouve Près de la comtesse Sarali, qui entre introduite par Mad. Pipelet.) Répertoire No. 297. (2. Série No. 47.) 3 S3K\' 34 LES MYSTÈRES DE PARIS. Scène II. SARAH, GERMAIN, Mad. PIPELET, puis FÉRAND. Sarali, a Mad. Pipelet. Veuillez dire à monsieur Férand que la comtesse Sarah Mae-Grégor désirait lui parler. (Mad. l'ipelel entre h l'intérieur. Germain offre une siéye et se met à son bureau. Sarah assise, h elle-même.) L'absence de mon frère se prolonge.... il n'est pas rende chez lui celte nuit.... Maintenant que sa cupidité est doublement intéressée dans ses recherches, peut-être une fois sur la voie aura-t-il craint de la perdre.... N'importe! j'arrive armée de ses révélations contre le faux honnête homme à qui je vais avoir affaire, et dont j'aurai bon marché. JHnd. Pipelet, Voici monsieur Férand, madame la comtesse. QFérand entre.) Sarali. Monsieur, l'entretien que je vais avoir avec vous vous intéresse aussi bien que moi.... veuillez donc fermer votre porte à tout le monde, excepté pour 8011 Altesse le grand duc de Gérolstein qui doit, tout à l'heure, se rendre ici. Friand, s'inclinant. A vos désirs, madame la comtesse Madame Pipelet, vous entendez: ne laissez entrer personne que Son Altesse, le grand-duc do Gérolstein. Monsieur Germain, retirez-vous un instant. mad.Pipelet. Une altesse! je vais mettre mon easquet neuf. (JiVe sort en se hâtant. Germain rassemble des pajncrs cl entre dans le cabinet de Férand, que celui-ci lui indique. Lorsqu'ils sont sortis, Férand, sous les rcyards de Sarah qui l'examine avec attention, reste impassible; au bout de quelques instans seulement il dit:) Vérand. Prenez donc la peine de vous asseoir, madam ; la comtesse. (Sarah, en l'observant toujours, vient de s'asseoir lorsqu'on frappe à la porte.) Qui donc est là? Mad. Pipelet. Pardon, monsieur Férand, mais un domestique vient d'apporter cette lettre pour madame la comtesse. Narali. De mon frère, sans doule, donnez.... (Mad. Pipelet, sur km signe de Férand, se retire avec force révérences.) Non, c'est du prince, il no viendra pas.... Cette femme encore l'emporte.... Oh! je me vengerai! Vérand. Nous ne serons plus interrompus, madame; et je vous écoule avec une religieuse attention. Sarali. Monsieur.... [Avec une ironie amère.) on cite votre probité à toute épreuve, votre austérité; vous inspirez à tous enfin une confiance sans bornes. (Férand s'incline avec humilité). .le suis persuadée, monsieur, que votre réputation est méritée; ACTE II. TABLEAU III. SCÈNE II. 35 je suis persuadée que toute cette vertu n'est pas un masque d'hypocrisie.... Mais vous ne répondez pas, monsieur. Ferand. A quoi, madame la comtesse? Sarali. C'est juste, monsieur.... J'aborderai donc nettement les faits: Il y a environ quinze ans.... une petite fille fut amenée à Paris et confiée aux soins d'une femme Varner, allemande d'origine.... Ceci est clair et positif, je crois, monsieur? (Férand s'incline.) La suite ne le sera pas moins. (Férand s'incline de nouveau.") Une somme de deux cent mille francs avait été placée, en viager, sur la tète de cette enfant, alors âgée seulcmeut de deux ans.... Ceci continue d'être clair, je suppose? (Nouveau signe de Ferand. Sarah continue avec une impatience croissante.) Enfin, monsieur, pour pouvoir un jour constater au besoin l'identité de l'enfant, une moitié de chaîne d'un travail ancien et précieux et une moitié de médaille avaient été remises à la femme Varner.... Vous gardez le silence, monsieur. Férand. Je ne perds pas un mot.... On remit a la femme Varner une moitié de chaîne d'un travail ancien et précieux à laquelle pend une moitié de médaille. Sarah. Est-ce la tout ce que vous avez à dire? il me semble cependant qu'en présence de faits tellement circonstanciés.... toute négation est impossible. (Férand reste impassible.) Je vous demande, monsieur.... si vous osez soutenir que ces faits ne sont pas complètement vrais? Férand. Madame la comtesse.... Sarah, avec une irritation croissante. En deux mots, monsieur, l'enfant dont il s'agit avait cinq ans lorsqu'on annonça sa mort à sa mère, en lui envoyant un acte de décès.... Vous entendez, monsieur? Férand. Très bien, madame la comtesse.... cela était parfaitement régulier. Sarah. Non, monsieur.... cela n'était pas régulier, car l'acte de décès était faux.... l'enfant n'était pas morte, on l'avait fait disparaître, la femme Varner-, soit hasard, soit complicité, n'a pu Être retrouvée. A-t-ello gardé, lui a-t-on dérobé le gage qui pourrait encore mettre sur les traces de l'enfant c'est ce qu'on ignore? mais.... Ferand, Oh! oh! mais, c'est alors une affaire trèsgrave, madame la comtesse.... on ne peut plus grave; je comprends votre émotion, si vous y êtes intéressée. Il y a supposition de pièces.... soustraction de personnes.... ce sont de véritables crimes. Sarah, éclatant. Et ces crimes, vous les avez commis, monsieur, pour vous emparer de deux cent mille francs! Mais cea crimes ne resteront pas impunis, car moi je vous arrache 3* 36 LES MYSTÈRES DE PARIS. votre masque hypocrite et je vous fais attacher au pilori.... si vous ne me rendez pas mafille.... Entendez-vous, monsieur Férand, l'honnête homme?... Et n'espérez pas m'éehapper, j'ai l'aveu de votre complice, de sir Thomas Seyton. Férand , qui a écoule cet emportement d'un air tout a fait surpris, à ces derniers mots fnit un mouvement vers Sarah. Pardon, madame la comtesse, voulez-vous bien répéter ce nom? Sarah. Vous le connaissez bien.... sir Thomas Seyton. Férand, quitte avec quelque vivacité son liège, ouvre un (i- rofr du bureau, prend une lettre, regarde la signature et dit avec un accent d'étonnement. C'est bien cela. gnrah. Expliquez-vous, monsieur? Férand. Ah! c'est affreux. Sarah. Mais, monsieur.... quelle est cette lettre? Férand. Non, non, madame.... je ne puis.... Ce serait trop pénible.... Tout à l'heure j'écoutais avec stupeur vos accusa lions si étranges, je cherchais à m'expliquer l'erreur dont vous étiez victime, lorsque tout-à-coup je me souvins de cette lettre que j'ai reçue ce matin. Sarah. Ce matin! Férand. Et que j'avais prise pour une sinistre plaisanterie.... Mais ce que vous venez de me dire, madame, ne me prouve (pie trop la réalité.... de.... Madame.... je vous en prie... pardonnez mon émotion. Sarah. Monsieur.... quoi que contienne celle lettre.... je veux la lire à l'instant. Férand. Non.... ce serait trop inattendu.... trop cruel.... Sarah. Monsieur, cette lettre, vous dis-je! Férand. Non; même pour repousser votre outrageante cireur, je n'aurais pas le courage.... Sarah. Si je vous ai accusé injustement, je reconnaîtrai mes torts. Férand. Vous l'exigez? s h rali. L'écriture de mon frère.'... Férand, voulant reprendre la lettre. De votre frère!... Ah! je ne souffrirai pas que vous alliez plus loin. Sarah. Laissez! laissez! (Lisant.) ..Monsieur, il y a quinze „ans, je déposai entre vos mains pendant quelques jouis une „somme de deux cent mille francs. Cette unique circonstance, „qui est pour moi une date fatale, m'a rappelé votre nom au ..moment où j'avais besoin de me supposer un complice: le ,,rapt, le vol, le faux, j'ai tout rejeté sur vous, mais inutilement ; „aujourd'hui tous mes projets sont renversés à jamais.... et „mie en présence de la honte, j'aime mieux mourir... (Elle s'arrête un instant.) ACTE II. TABLEAU III. SCÈNE III. :j? Férand. Voilà ce que je voulais vous épargner. Sarah, reprenant. „l)u moins ma dernière pensée est de »réparer une calomnie; qu'elle m'achète un peu de la niiséri- i,eorde dont j'ai besoin." (Après un moment tic silence.) Ma vengeance m'échappe. Férand. Croyez, madame la comtesse, que je prends une part bien vive.... Sarah. 11 ne m'est plus permis de blâmer mon malheureux frère, et pourtant lui seul avait provoqué une scène.... Férand. Ne parlons pas décela de grâce! (Voyant qu'elle fait un mouvement pour se retirer.) Tout ceci a dû vous agiter, ne vous relirez pas encore en ce moment.... Faites-moi l'honneur de demeurer quelques inslans chez moi. Sarah. Excusez-moi, j'ai besoin de me recueillir. Férand. Permettez-moi du moins de vous conduire à voire voiture.... Si je pouvais vous élre utile en quoique ce soit, disposez de moi, je vous en conjure. Snrah. Vous êtes trop bon. Férand. En ce moment, ma vieille expérience vous offrira seulement un conseil: afin d'éviter une enquête, une publicité toujours pénible pour la considération d'une famille, il serait l'on que vous eussiez la force de vous rendre chez un magi" Slrat, et là, avec toute la réserve qui sera possible, vous feriez connaître.... mon Dieu, je sais bien que c'est cruel.... une partie de la vérité sur les causes qui ont amené un si triste dénouement. De celle manière, vous éviterez un fâcheux retentissement et l'affaire s'éteindra tout doucement, étouffée. Sarah. Vous avez raison, monsieur, si cruelle que soi! Cc Ue lâche, je l'accomplirai.... encore une fois, monsieur, cette entrevue commencée par l'accusation et la violence, je la termine par des remerciemens et des excuses. Férand. En un pareil moment, c'est trop de générosité de Songer à moi. (Il sonne cl o/frt «on liras à Sarah. — A Mail. Pipelet qui parait:) Éclaires! Mad. Pipelet, ACTE TROISIEME. Quatrième Tableau. — Chambre de Ri«olctte. La chambre de Rigoletle. Toul y respire l'ordre et la propreté'. OlMminée avec des ileurs et lin petit cartel. Alcùve lit et croisées aveedes ItcUanXi A la droite de l'alcove, un cabinet. La cage des serins sur mie table. Une porle ù gauche fermant nvec un verrou. A droite, porto (lu palier. Scène I. RIGOLETTE, seule. {Elle est assise à la tahle et écrit sur un petit carnet recouvert en parchemin.) Nous disons: Loyer du mois de mai, douze francs; une paire de socques, deux francs cinquante.... deux pots de marguerites, six sous.... En voilà des dépenses de luxe},.. 51o«3. Pipelet. Peut-on entrer? Scène II. RIGOLETTE, Mad. PIPELET. Rlgolette. Bonjour, madame Pipelet. Mad. Pipelet. Bonjour, mademoiselle Uigolettc, voilà petit pain. Rlgolette. Merci, madame Pipelet, vous êtes bien bonne. Mad. Pipelet. Je montais pour mon ouvrage, et puis je ne suis pas fâchée de vous voir comme ça dès le matin, fraîche, proprette et gaie; ca me rappelle ce que j'étais avant d'être la Stasie à Alfred. Rlgolette, achevant de ranger. Il n'y a rien de nouveau, madame Pipelet? Mad. Pipelet, s'asseyant. Mon Dieu, non! Depuis trois mois, ce pauvre M. Férand sèche sur pied; il jaunit comme un citron, il a les yeux rouges comme un lapin blanc; on ne sait pas ce qui lui est arrivé, ce n'est vraiment plus le même homme. L'autre jour, le croiriez-vous, je suis entrée dans sa chambre sans me faire entendre, il était à genoux, il pleurait, ACTE III. TABLEAU IV. SCÈNE III. 47 parole d'honneur, il pleurait, et il disait: Reviens! reviens! reviens! Rigolettc. A qui disait-il de revenir? Mad. Pipelet. Ah! c'est ce que je ne sais pas; mais, pour sûr, ce n'est pas au Maître-d'Ecole, qui viens tous les deux ou trois jouis lui faire une scène, lui reprocher d'avoir fait enlever Fleur de Marie. Rigolettc. Pauvre Fleur de Marie!... qu'est-elle devenue... où est-elle?... Voilà une aventure extraordinaire.... Mad. Pipelet. Oui ... extraordinaire.... c'est le mot.... Je la vois encore le jour où M. Férand allait l'emmener à Saint- Mandé.... File dit deux mots en pleurant à l'oreille du prince, et crac!... au lieu de monter dans le fiacre.... la voilà partie avec le prince dans un l>el équipage. Rigolette. C'était bien plus gentil, il faut eu convenir... Vous rappelez-vous la ligure de votre M. Férand, hein?.. (Riant.) Il avait un nez!... 51 ad. Pipelet. C'est vrai qu'il n'était pas gai.... mais ce qui est bien plus triste encore , ce sont ces pauvres Morel.... Depuis le vol du diamant, ils n'ont été que de mal en pis. Eux, autrefois si heureux, si tranquilles, les voilà tous dans la mansarde.... Le père Morel, après avoir tout vendu et mis en gage, est tombé malade.... maintenant le joaillier lui retient la moitié de sa paie pour achever de se rembourser du diamant ... les pauvres gens manquent de tout, et les deux en fans, à peine vêtus, ne mangent pas à leur faim. Qu'est-ce qui frappe donc à la porte? Cicrinaln, nu dehors. C'est moi! Mad. Pipelet. Eh ! mais.... c'est M. Germain qui ne veut l'as faire le tour, et qui demande à entrer par 1a porte Condamnée.... Faut-il ouvrir?... Rigolette. Ouvrez. .. ouvrez..,. Scène III. Les Mômes, GERMAIN. Ocrinain. Bonjour, mademoiselle Rigolette, je vous an porte les plumes que vous m'avez prié de vous tailler. Rigolette. Ça tomba bien.... j'étais en train de faire mes comptes.... Voulez vous finir d'écrire.. . ça fera honneur à mon livre, une si belle main! Je n'ai plus que deux articles à inscrire..., deux sous de raisin et une voie d'eau.... Additionnez ■non mois. Mad. Pipelet. Allons, je descends près d'Alfred; il y a 48 LES MYSTÈRES DE PARIS. plus d'une heure que je suis dans l'escalier, je suis sure qu'il est inquiet de sa Stasie. Adieu.... mamselle Rigolette.... Rigolette. Adieu... mam' Pipelet.... adieu.... Scène IV. RIGOLETTE, GERMAIN. Germain. Enfin, nous voilà seuls! Rigolette. Eh bien! qu'est-ce que ça fait nous soyons seuls? Germain. Ça fait que je puis vous parler. Rigolette. Tiens! ce que vous the dites de gentil quand il y a du monde, ça ne compte donc pour rien? Germain. Au contraire, c'est que je n'en dis pas assez. Rigolette. Ali bien! alors ça va être très agréable et je vais prendre mon ouvrage pour vous écouter. Germain. Ah! je vous en prie, mademoiselle lîigolette, parlons sérieusement. lîigolette. Sérieusement.... décidément ça ne va pas être amusant. (Dévidant un écheveau de fit.) Prêtez-moi vos deux mains, je vais vous les rendre. Germain. Mademoiselle Rigolette, je vous aime, lîigolette. Et moi donc! Germain. Vous m'aimez? lîigolette. Certainement: vous êtes bon, complaisant, doux.... est-ce que je peux ne pas vous aimer? Germain. Mais dites moi, bien vrai, bien vrai; comment est-ce que vous m'aimez? Rigolette. Bien vrai, bien vrai, je vous aime comme un excellent voisin. Germain. Mais ce n'est pas cela, je voudrais être aimé comme amant. Rigolette. Comme amant! Ah! bien par exemple, voilà une idée folle! comme amant! Est-ce que j'y ai le temps! Germain. Qu'est-ce que le temps fait à cela? Rigolette. Le temps! mais c'est tout pour moi.... Ah bien! je n'aurais qu'à être jalouse, à me faire des peines de coeur! Eli bien!' est-ce que je gagne assez d'argent pour pouvoir perdre deux ou trois jours à pleurer, à me désoler? et si on me trompait.... du désespoir! C'est pour le coup je serais terriblement arriérée.... Germain. Mais si je demande que vous m'aimiez, c'est pour devenir votre mari. Rigolette. Mon mari! mais vous êtes pauvre comme moi. ACTE III. TABLEAU IV. SCÈNE V. 49 Uernialn. J'ai un vit-il oncle qui me laissera au moins mille écus. Rtgolettc. Mille écus! Oui, mais en attendant nous n'animons rien. Voyez les Morel.... voilà où ça mène. Oermaln. Mais vous avez beau travailler, si vous tombiez malade? Rigolette. Moi, malade! est-il drôle.... Ali ca! pour qui voulez-vous donc que je tombe malade? Je mange à ma faim, je bois à ma soif, je dors comme une marmotte, je chante comme une alouette, j'ai de l'ouvrage, dix-fruit ans... le coeur libre, joyeux.... Est-ce qu'on tombe malade avec ça. Scène V. Les Mêmes, PIPELET. Pipelet. Ah! mademoiselle Rigolette, une chaise! par pitié une chaise! Rigolette. Ah,' mon Dieu! monsieur Pipelet, comme vous êtes pâle? Pipelet. Mademoiselle, le monstre maintenant en veut au •"epos de mon ménage. Rigolette. Cabrion, peut-être? Pipelet. Savez-vous ce qu'il fait maintenant! il veut faire croire à Anaslasie que j'ai des allures.... Tout à l'heur il est Passé dans la rue avec une grosse blonde qui a eu l'impudence ( 'e m'envoyer des baisers à travers les carreaux de ma loge.... et je ne la connais pas!... A cette-vue là, mon épouse m'a traité 'le suspect, de gros impur, et je vous le jure sur l'honneur.... (Se frappant U front.) Ah! mon Dieu! c'est effrayant! Ah! le gueux! Gtermaln, regardant autour de lui. Qu'avez vous donc? Pipelet. Ce monstre m'ahurit tellement qu'il me fait per dre la mémoire.... J'apportais une lettre à mademoiselle Rigolette.... Ah! scélérat da Cabrion! Rigolette. Une lettre pour moi! Tiens, je n'en ai jamais *eçu.... Oermaln. Avec un beau cachet, de belles armes. Pipelet. Moi je voudrais en recevoir une.... de lettre b'Het d'enterrement de Cabrion. Rigolette. Ah! quel bonheur! des nouvelles de Fleur J e Marie. Uermain. Où est-elle? que fait-elle? Rigolette. Écoutez: „Ma chère Rigolette, aujourd'hui ''Seulement on me permet de vous donner de mes nouvelles, w I»>Hoirc Ko. 207. (2. Série No. *7.) 4 50 LES NYSTÈRES DE PARIS. ,,tant on a pris de précautions pour empêcher certaines mauvaises gens de me retrouver. Je suis bien heureuse, je vous „le jure; je ne regrettais qu'une chose, c'était de ne pouvoir ,,vous écrire, à vous qui la première m'avez aimée, mais qui maintenant n'êtes plus seule. Germain. Voilà de bonnes nouvelles à donner au Chou- rineur, qui demain viendra toucher sa petite pension. Rigolette. ,,Bientôt, je crois, je partirai pour bien loin, ,,bien loin, mais pas sans vous avoir revue. Quelqu'un avec qui vous avez causé une fois, et qui a été ma providence, ira vous voir aujourd'hui ou demain; je l'aime encore davantage depuis qu'il m'a promis que ma gentille Rigolette embrasserait encore une fois sa Fleur de Marie." Germain. Sa providence! sans doute le prince. Pipelet, se frappant le front. Ah! le bandit! Rigolette. Eh! vous m'avez fait peur, monsieur Pipelet. Pipelet. Il m'hébête tout à fait.... J'oublie que j'ai là encore un papier timbré pour monsieur Morel.... Rigolette. Qu'est-ce qu'il dit ce papier timbré? Germain, prenant le papier. C'est un commandement. Rigolette. Qu'est-ce que c'est que ça, un commendement? Germain. S'ils ne paient pas dans la journée, dès demain on aura le droit de saisir tout ce qu'ils ont.... Rigolette. Et ils ont si peu.... Germain. Et de mettre ce pauvre Morel en prison. Rigolette. Mais monsieur Férand qui lui a prêté, ne consentira pas. Germain. Le billet n'est plus entre ses mains ; il faudrait qu'il payât lui-même, et il dit qu'il n'en a pas le moyen. Rigolette. Et ce méchant huissier continue les poursuite?*, malgré l'à-complc que vous lui avez donné? Germain. Mon Dieu, oui!... Rigolette. Oh ! si j'avais encore des économies, je casserais toutes mes tirelires.... (Germain va vivement prendre fo» chapeau.) Vous allez à votre bureau? Germain. Il faut d'abord que je fasse une petite court* à deux pas d'ici. Rigolette. Qu'est-ce donc? Germain. Vous le saurez plus tard, et vous n'en sereï pas fâchée. Dans un instant je reviendrai et je frapperai * cette porte. (Montrant la porte du fond.) Rigolette. Et je vous ouvrirai; moi, je vais monter avec monsieur Pipelet chez les Morel, je tâcherai de les remettre un peu. Au revoir, mon voisin. Germain. A tout à l'heure. ACTE III. TABLEAU IV. SCÈNE VI. 51 •Pipelet j à Germain. Monsieur Germain, rendez-moi un service énorme.... En descendant, regardez donc si Cabrion est encore dans la rue.... Germain. Oui, monsieur Pipelet, je vous le dirai. Rlgolettc. Venez donc, monsieur Pipelet. Pipelet. Voilà! (En s'en allant.) Pourvu qu'il ne soit pas .encore là avec sa grosse blonde. (Us sortent tous trois.) Scène VI. FÉRAND, seul. (Quand tout le monde est sorti par la droite, on entend frapper h la porte de gauche.) Personne! je n'ai pu rien saisir de leur entretien,... Celle lettre que j'ai vue tout à l'heure en bas, cette lettre cachetée aux armes de la. marquise d'Harville et adressée à Rigoletlo, où peut-elle être? Cette ouvrière ne connaît pas madame d'Harville, mais le prince la connaît, et il y a trois mois qu'il a Fleur de Marie en son pouvoir; depuis ce temps, efforts, ruses, persévérances, fatigues, tout a été inutile; mais où la cache-t-il donc? Ah! celle lettre! cette lettre.... (Cherchant.) Rien! rien! (Tomhant assis.) Moi! moi! à mon âge, dominé de la sorte. S'il y a des furies, au lieu de remords, elles ont choisi pour moi cet épouvantable amour. (Avec rage.) Mais ôtez donc de mon coeur cette main de fer qui l'écrase, ce feu qui le ronge!... Et ma tète, ma téte, qui ne sais plus penser, qui oublie la réalité, et rêve ... réve toujours...* (Se levant.) Si on venait.... il faute chercher, vite.... (Cri de joie.) Ah! la vôilà!... la voilà!... C'est d'elle, elle a écrit cela! (Il rit.) Elle est chez madame d'Harville.... Oh! cette fois, tu es à moi, bien à moi, cette fois! car je connais ta retraite.... l'audace et l'or feront le reste.... Oui, l'or pour elle, je sacrifierai de mon or. .. de mon sang. .. rien ne me coûtera, rien.... Je braverai tout.... (Avec menace.) Le temps, l'absence, les obstacles, loin do calmer ma passion, l'ont exaspérée jusqu'à la frénésie. Germain, frappant, en dehors. Ma voisine,-êtes-vous là? Peut-on entrer? Férand. Germain!... Qu'il ne me trouve pas ici. Remettons celle lettre. (Il va pour sortir par l'autre porte, il s'arrête brusquement.') Rlgolette, du dehors. Lili, dis à ton père que je vais remonter tout à l'heure. Ccrand. J'entends la voix de Rigolette.... Ah! dans ce c »l>inet. (Il se cache.) 4* 52 LES MYSTÈHES DE PARIS. Scène Vit RIGOLETTE, puis GERMAIN, FÉRAND. Rigolette, chantant. „Je vais revoir ma Normandie." (Romance de Berat.) Germain, dehors. Ma voisine..., répondez-moi donc.... puis-je entrer? Rigolette. Voilà! voilà! Tiens! j'avais donc remis le verrou. Urrinaln, entrant. Vous ne m'entendiez pas? Rlgolette. Je rentre à l'instant.... Eh bien! votre visite... puis-jc en savoir l'objet, maintenant] Germain. Bonne nouvelle! j'ai été chez un ami qui est riche, lui, et je l'ai prié de me prêter mille francs. Rigolette. Mille francs! et qu'aviez-vous besoin de cette somme? Germain. Vous ne devinez pas?... Ce pauvre Morel.... si on le met en prison.... Rigolette. Vous vouliez payer sa dette! Ah! monsieur Germain.... ça ne m'étonne pas, non, mais ça me fait de l'efl'et tout de même. Oermatn. Mon ami part demain matin pour un voyage, mais il m'a promis de faire tout son possible pour me remettre cette somme avant son départ. Rigolette. J'ai envie de monter tout de suite chez les, Morel pour leur dire.... Germain. Attendez, il m'a bien promis.... mais je n'ai pas encore l'argent.... Il ne faudrait pas leur donner une fausse joie.... Rigolette. Oh! mon Dieu! c'est vrai, ce n'est pas sûr..- Germain. Soyez tranquille, j'irai encore le presser aujourd'hui. Rigolette. Allons, c'est cela, bon espoir, descendez à votre bureau; moi, je cours porter de l'ouvrage rue Sl-Deni»-' Donnez-moi mon chàle, mon voisin, et attachez-le sous mon col avec une épingle.... Tenez, prenez garde de me piquer.... Germain, soupirant. Oh! mademoiselle Rigolette.... Rigolette. Eh bien! quoi? Germain. Je n'aime pas à vous servir de femme de chambre- Rigolette. Bien! plaignez-vous!... Allons, allons, partons, je n'ai encore rien fait.... Je mets mon verrou.... mon ouvrage, je n'oublie rien ... votre bras jusqu'en bas.... Vous êtes un brave garçon, mon voisin. (;/ s sortent.) B'érand, «ortnnl du cabinet et écrivant sur un carnet. U° ACTE III. TABLEAU V. SCÈNE I. 53 »iot i'i mon huissier, et demain, au point «lu jour, Morel cat arrêté.... la chaîne est à moi, je tourne contre tr miserai.le Germain l'emprunt qu'il va faire, et il est jeté en prison comme voleur.... dans une heure le Maitre-d'Kcole saura où est Fleur «le Marie.... Cinquième Tableau. — lies Morel. '- ( - théâtre représente une mansarde. Au fond, 1rs enfans et Mad. Varnrr A tlroili*, Madeleine Morel, dans un grand fauteuil, Vers la gauche, établi avec une meule, Quelques pierres précieuses brillent à côte. Do côté gaui-lie une porte. Toute la scène est faiblement éclairée par une chandelle posée soi- la lable. Mord, épuisé par la fatigue el la veille, a laissé tomber sa lèle sur la meule el s'est endormi. ♦Scène I. MOREL, MADELEINE, Mad. VARNER, Les enfans. (Mad. Vanter, dont tout l'extérieur trahit l'idiotisme, se lève Un tentent, parcourt In chmnhre et vit h l'établi.) madeleine, h mi-voix. Ma mère, où allez-vous donc? N'allez pas là.... Ne touches pas aux (Mamans. Vous savez ee qu'il "otts en coûte. [Mail. Varncr se chauffe a la chandelle; puis, eu regardant MPC avidité les pierres, elle se hrùle la main, el pousse un tri.) Morel, se réveillant. Qu'avez-vous, la mère? Recouchez- vous, ne faites pas «le bruit..„ Madeleine et les enfans dorment. I. niné de ciirnnw, levant la tète. Je ne peux pas dormir. Madeleine J'avais peur de l'éveiller, Morel, sans cela je t'aurais demandé à boire,... Morel. Tout de suite! Félix, va donner A boire a ta mère (4 l'idiote.) Alt! ça, allons-nous finir. Nous allons nous lâcher, couchez-vous tout de suite! Au lit, au lit. (T,n vieille se couche en grommelant.") Félix, DiCMt à son père en criant. Papa! papa! Morel. Quelle vie! quelle vie! Madeleine, pleurant, Est ce ma faute, si ma mère est idiote? Morel. Est-ce la mienne? Qu'est-ce que je demande' de tuer au travail pour vous.... Je ne me plains p.is. ., Tan! 54 LES MYSTÈRES DE PARIS. que j'aurai de la force, j'irai; mais je ne peux pas non plus faire mon état et être gardien de fou, de malade et d'enfans. madeleine. Mon Dieu, que j'ai soif! morel, h Félix. Donne vite, Félix. (S"arrflant.) Mais ça va être trop froid; ça te fera du mal. madeleine. Tant mieux! Tout sera fini. morel. Madeleine, ne me parle pas comme ça, je ne le mérite pas.... Tiens, je t'en prie, ne me fais pas de chagrin. Madeleine. Mon Dieu! je ne veux pas t'en faire.... mais quand je vois à quoi je le sers, à quoi servent nos enfans.... Morel. Nos enfans! ils servent à me donner du courage; sans eux, je ne me tuerais pas à travailler; sans eux, il y a long-temps que le découragement.... que le désespoir!... Bladeleine. Oui, mais ces enfans, ces enfans! morel. Tu vois donc bien qu'ils sont lions à quelque chose. madeleine, qui h bu. Mon frisson redouble, je n'ai plus la force de trembler. morel, filant sa veste, et la mettant sur les genoux de sa femme. Réchauffe-loi. , madeleine. Oh! tu es bon.... J'ai eu tort tout à l'heure, il ne faut pas m'en vouloir.... et quand je pense qu'avec un de ces diamans qui sont là.... morel. Puisqu'ils ne «ont pas a nous. madeleine. Mon Dieu! que nous sommes malheureux! Morel, assis sur le bras du fauteuil et lui tenant une main dans les siennes. Chacun a ses peines, les grands, comme les petits; car enfin sans ce diamant volé qu'il nous a fallu payer, nous ne serions pas dans la misère. Le travail et l'ordre ne nous avaient-ils pas donné l'aisance et le bonheur? madeleine. Oui, mais en attendant, le boulanger ne veut plus nous accorder de crédit.... Comment vas-tu faire? morel. Je n'en sais rien. madeleine. Voilà le jour, éteins donc la chandelle qui brûle pour rien. (Morel éteint la chandelle.') Mais à quoi penses- tu donc? tu ne dis rien. morel. Je pense à ce billet pour lequel on nous poursuit. Madeleine. Que M. Férand le paie. morel. Mais, ma fille, ce n'est pas à M. Férand à le pa - yer, puisque c'est nous qui avons reçu l'argent. madeleine. Oh! les riches, les riches! morel. Mon Dieu! les riches ne sont pas plus mauvais que nous.... seulement ils ne savent pas.... ils ne peuvent pa* troire qu'il y a des gens malheureux comme nous. madeleine. Oh! tu es meilleur que moi, toi, et peut-ôtre ACTE UL TABLEAU V. SCÈNE 11. 55 plus justel Mon pauvre homme, reprends ta veste, tâche de te reposer un peu, de dormir, tu oublieras.... More!, allant h son établi. Dormir! oublier! non! non! je n'ai pas le temps, il faut que je travaille. Scène IL Les Mêmes, BOURDTN, MALICORNE, put* RIGOLETTE. Bourdln, entrant. Monsieur Morel?... morel, étonné. Deux hommes! les enfnng, se levant et courant près île leur mère. Maman ! nous avons peur. madeleine. Mon ami, prends garde.... Morel, s'avauçant. Que voulez-vous, messieurs} Bourdln. Jérôme Morel? morel. C'est moi. Bourdin. Ouvrier lapidaire? morel. C'est moi. Bourdin, regardant avec étonnement le dénùment de la mansarde. Bien sûr? Morel. Encore une fois, c'est moi.... Que voulez-vous ! Expliquez-vous.... sortez ou j'appelle la garde. Bourdin. S'il y a quelqu'un qui puisse avoir besoin de la garde, c'est nous, vu qu'elle nous prêtera mainforte pour vous conduire en prison, si vous résistez. morel. En prison, moi? Bourdin, Uni, à Clichy. (Rigolette entre et reste stupéfaite et en silence.) morel. A Clichy! Bourdln. A la prison pour dettes; nous sommes gardes du commerce. Madeleine. Ali ! mon Dieu.' c'est le billet de M. Férand. Bourdin. Voilà le jugement en règle. (Abattement générale.') Rigolette. Ah! je m'en doutais.... J'ai bien fait d'avertir M. Germain.... madeleine. Morel, va trouver M. Férand. Bourdin. Cela ne regarde pas M. Férand, c'est M. l'e- titjean qui fait poursuivre. Voyons, payez-vous? Rigolette. Eh! messieurs, vous voyez bien qu'il ue peut pas payer. Bourdin. En ce cas, marchons! morel. J'irai en prison, si vous le voulez. Madeleine. Morel! mon ami! 56 LES MYSTÈRES DE PARIS. Morel, avec angoisse. Mais je ne pourrai pas travailler en prison.... on ne me confiera pas île pierres.... on croira que je suis un mauvais sujet.... Madeleine, lui tendant la main qu'il va prendre. Ah! mon pauvre homme! mon pauvre homme! Rlgolette, à part. Et M. Germain qui ne vient pas! son ami sera parti sans lui laisser d'argent. (Allant h Bourdin.) Si je vous promettais huit francs, dix francs par mois? Bourdin. Pour payer cinq cents francs et les frais? non, non, de l'argent comptant. Bigolette. Je vendrai ma commode de noyer. Bourdin. Allons donc! (A Morel.') Une dernière fois, suivez-nous! Morel. Eh bien! faites jusqu'au Itout votre métier.... arrachez mes enfans qui me retiennent, dénoue/, de mon cou les bras de ma femme, livrez-nous tous à l'abandon, à la misère, mais je ne peux pas m'en aller volontairement. Bourdin. Dame! mon brave homme, c'est vous qui l'aurez voulu. Il faut bien que nous fassions notre état. Rigolette, poussant un cri de joie. M. Germain! Scène III. Les Mêmes, GERMAIN, puis LE CHOURINEUR, LE COMMISSAIRE et FERAND. Bourdin cf Mallcorne. Qu'est ce que c'est? Germain, Laissez cet homme. Bourdin, se retournant et voûtant se mettre en défense. Voulez-vous vous opposer à la loi? Germain. Non, je veux vous payer. (Cri gênerai.) Bourdin. J'aime mieux ça, mais c'est drôle. Morel, venant à lui. Monsieur Germain,... mais vous ne me connaissez pas. Germain. Faut-il donc être parons ou amis pour se secourir? Morel, h Madeleine. Quand je te disais que ceux qui ont quelque chose sont bons quand ils le savent. I*e Cliourlneur, entrant. On m'a dit en bas qu'il y avait du bruit chez vous, monsieur Morel.... Si vous avez besoin d'un coup de main, me voilà.... Rigolette, montrant Germain. On n'a plus besoin de rien- H a payé. te Chourtneur, prenant la main de Germain. Tonnerre! c'est bien, ça! ACTE III. TABLEAU V. SCÈNE III. 57 Rlgolette, h Bourdin et h Malicorne. Messieurs, nous ne voulons pas vous retenir, nous, et quand vous aurez rendu son reste à ce brave garçon, vous serez libres.... ■lourdin, pendant que Malicorne écrit sur l'étabii. Voilà, mademoiselle. (H renie» «ne pièce d'argent.) Rigolette. Comment! on vous doit cinq cents francs, et, sur mille francs, vous rendez cent sous. Bourdin. Cinq cents francs de capital, oui, puis quatre cent quatre-vingt-quinze francs de frais. Le Cliourincur. Obi les bédouins!... Oh! les pousse-misère!... (Entrée du connaissance.) Tiens! monsieur le commissaire!... Morcl, an commissaire, et avec crainte. Monsieur.... que demandez-vous? Le Commissaire. Je cherche M. Germain. Rigolette. Le voilà, monsieur le commissaire, le voilà, c'est lui qui vient de payer mille francs pour M. Morul. Bourdin. C'est vrai, monsieur le commissaire. (Férand 'parait à la porte.~) Le Commissaire, h Germain. Vous êtes commis chez M. Férand? Ucrmaln. Oui, monsieur. Le Commissaire. Monsieur, sur une dénonciation portée contre vous, je suis forcé de vous arrêter. Tous, excepté Férand, Lui! Ctermaln. Moi, monsieur!... 11 y a erreur. Le Commissaire. Vous êtes accusé d'avoir soustrait frauduleusement trois billets de mille francs dans la caisse qui vous est confiée. Oermain. Qui a dit cela? Férand. Moi, monsieur, qui ne sait pas transiger avec l'improbité. Uermain. ("'est une infâme calomnie! Fcrand. Monsieur, il y a quelques jours vous me demandiez de vous avancer cinquante francs, vous ne possédiez donc pas cette somme que vous venez de payer, et qui provient nécessairement de ce vol. Oermaln. En effet, cette somme ne m'appartient pas. Le Commlisalre. En ce cas, faites-en connaître l'origine. Oermaln, Un ami vient de me la prêter ce matin. Le Cumin lunaire. Nommez cet ami, monsieur, son témoignage peut être d'un grand poids. Oermaln. C'est M. Henri d'Herbin, qui demeure place de l'Hôtel-de-Ville, 10. Le Commissaire. Eh bien! monsieur, allons chez lui. 58 LES MYSTÈRES DE PARIS. Ocrmnln. Malheureusement il vient de partir à l'instant. Férand. Je n'ai rien à dire; c'est à monsieur le commissaire à juger la valeur d'une telle justification. Klgolette. Mais je sais, moi, que c'est vrai; M. Germain a été hier chez cet ami, et il est revenu me dire qu'il espérait avoir la somme aujourd'hui. I.e Coinininsiiirc. En présence du l'accusation portée par un homme comme monsieur Férand, et des allégations vagues que vous y opposez, je regrette, monsieur, d'être obligé de remplir un devoir rigoureux. (_A Sourdin.') Monsieur, veuillez me remettre.... Morel, r» Germain. Quoi I pour moi vous avez fait cela? te Clioorlneur. C'est égal, vous êtes tout de même un fameux coeur! Oermaln. Oh! monsieur le commissaire, je vous suivrai sans crainte; l'erreur de M. Férand, si c'est une erreur, sera reconnue. Soyez tranquille, mademoiselle liigolctle. {Le commissaire fait signe à Germain de le suivre, au moment ou Klgolette, qui les suit, se laisse aller h sa douleur.) Le Chourlneur, s'approchant d'elle, dit à mi-voi.K. Ne pleurez pas, mamselle. En prison, il aura besoin d'un ami.... on tâchera d'y pour voir. (H sort.) Bourdin, rendant l'argent. Ah ça! je n'en finirai donc pas Allons, saisis tout ici, Malicorne. Férnnd, à l'huissier. Attendez! {A Morel, qui est resté accablé.^ Monsieur Morel, voyons, soyez raisonnable, vous vo yez bien que tout le monde partage votre douleur; je viens offrir un à-compte, mais je ne peux pas tout faire, aidez-moi. Morel. Monsieur, je n'ai rien. Férand, Vous avez cette chaîne qui a de la valeur. Morel. Je vous ai dit que ma mère.... Férnnd. Eh! mon Dieu! est-ce dans un pareil moment que vous devez écouter les scrupules d'une femme qui n'a plus sa tête? Voyons, profitez de son sommeil. Morel. Eh bien! vous l'emportez; la pensée de laisser ma famille seule et sans soutien me décide. (Rodolphe entre et remet un hillel h Bourdi», qui, après avoir été payé, sort avec Malicorne.) Morel, va h Mad. Varner, s'apprête a détacher la chaîne, puis s'arrête et dit avec désespoir : Ah! le courage nie manque..- Cette chaîne, elle n'est pas même à madame Varner.... Férand, avec impatience. Monsieur Morel I Morel. Je vous dis que cette chaîne est un dépôt, qu'elle appartient aux parens d'une enfant. ACTE III. TABLEAU VI. SCÈNE I. 59 Rodolphe, qui a écouté ces derniers mots. Oh! mon Dieu! que dit-il? Férand, enlevant la chaine h Mad. Vamer. Je la tiens! Morel. Elle appartient aux parens d'une jeune enfant enlevée à Mad. Vamer. Rodolphe, arrachant la chaine des mains de Férand, Ma fille! Tous. Sa fille! Rodolphe. Tout ce qui reste de ma fille! enlevée! perdue! lionnète Morel. Mord. Oli! pardonnez-nous! Madeleine, à Morel , lui montrant que les gardes du commerce sont partis. Et il vient de nous sauver!... Monseigneur, nioi et les enfans voudrions bien vous remercier. (.Rodolphe s'approche de Madeleine qui lui prend les mains , les en fins sont h ses pieds.') Férand, « part. Fleur de Marie, fille de la comtesse Sa- rah.... Le prince est son père.... et la chaîne m'échappe.... Oh! que j'ai bien fait d'écrire au Maitre-d'Ecole. Demain Fleur de Marie ne sera plus en leur pouvoir. Sixième Tableau. — lie Parc de madame d'Harvllle. théâtre représente une partie du parc de Mad. d'Harville. A gauche, mur de clôture, interrompu vers le quatrième plan par une grille. Aux troisième et deuxième plans, un pavillon nvec porte sur la scène. Au fond, pièce d'eau garnie d'une balustrade. A droite, arbres, charmilles. A quelque distance, a droite, est censée la ferme. Scène I. Mad. D'HARVILLE, assise, FLEUR DE MARIE, finissant d'arranger un bouquet qu'elle lui apporte. Fleur de Marie. Regardez-donc, madame, le beau bou quet. Mad. d'Harvllle. 11 est charmant. Fleur de Marie. Daignez l'accepter, je vous prie? Mad. d'Harvllle. Avec plaisir, ma chère enfant.... Eh bien!.,, vous vous trouvez donc heureuse ici? 60 LES MYSTÈRES DE PARIS. Fleur de Marie. Ah!... si vous saviez quelle est ma joie, lorsque chaque matin, je m'éveille dans la jolie chambre que j'habite.... moi qui vivais naguère dans le plus triste séjour. Mad. d'HarvIlle. Allons, allons, il faut chasser de votre esprit ces douloureux souvenirs... ne plus songer à ce temps-là? Fleur de Marie. N'y plus songer? madame.... N'est-ce pas de ce temps-là que date ma profonde reconnaissance pour vous et monseigneur? Toute méprisée, tout abandonnée que j'étais, n'a-t-il pas daigné me dire de consolantes paroles? Aussi, je prie Dieu, chaque jour, de vous combler de ses dons.... Car hélas! le pauvre ne peut que prier pour ses bienfaiteurs. Mad. d'HarvIlle. Eh bien! soyez satisfaite, mon enfant, vos voeux sont comblés.... je puis vous en faire maintenant la confidence, la signature de mon contrat de mariage avec le prince est fixée à demain soir, et, aussitôt après, nous partirons pour l'Allemagne. Fleur de Marie. Il serait vrai.... Oh! merci, mon Dieu... vous m'avez entendue! Mad. d'HarvIlle. Et vous no regretterez pas la France ? Fleur de Marie. Excepté Kigolette, à qui vous m'avez permis d'écrire hier, que pourrai-je regretter auprès de vous auprès de monseigneur pour qui j'éprouve uno reconnaissant e presque religieuse. Mad. d'BarvllIe. Oh! vous avez raison.... il n'y a pas une àme plus grande, plus belle que la sienne... Pourquoi faut-il que son coeur ait été si cruellement blessé.... Fleur de Marie. Lui.... si bon, il aurait des chagrins?... Mad. d'HarvIlle. De bien amers; ce matin même il m'apprend qu'une circonstance fatale vient de réveiller dans son coeur les plus douloureux regrets, au sujet d'une tille qu'il idolâtrait, et qu'il a perdue toute enfant.... C'est pour cela que je vais le rejoindre à l'aris. Fleur de Marie. Vous ne resterez pas long-temps? Mad. d'HarvIlle. Non, mon enfant; dans l'après-midi ous serons de retour. Mad. Dubreuil, en présidant à la pèche de l'étang, aux apprêts du mariage du fermier Baslien, qui a lieu demain, restera près de vous; s'il y a, pendant mon absence, quelque aumône à faire.... vous savez que vous avez tout pouvoir.... Fleur de Marie. Merci, merci, madame.... consoler les douleurs que j'ai senties, c'est un double bonheur.... Allons, puisqu'il le faut, partez pour quelque! heures, votre présence aimée calmera le chagrin de mon bienfaiteur.... Il avait une fille! Oh! comme elle l'aurait aimé.... adoré.... car enfiu, elle aurait entendu dire partout que son père secourait le pauvre, relevait ACTE III. TABLEAU VI. SCÈNE IV. 61 le faible, donnait à l'abandonné force et courage, et quoique née princesse, et près du trône, elle eût été encore plus fiére du coeur de son père que de sa naissance souveraine. Mad. d'HarvIlle. Marie! Marie! ces paroles, cet enthousiasme, sont notre plus douce, notre plus chère récompense. Scène IL Les Mêmes, Mad. DUBREUIL. Mad. Dubreull. La voiture de madame la marquise vient d'arriver à la ferme. Mad. d'HarvIlle. Adieu, chère enfant.... * Finir de Marie. Permettez-moi de vous reconduire. (Kllcs sortent; le Maitre-d'Jicole ouvre la porte du petit pavillon et les regarde s'éloigner.) Scène IIL LE MAITRE-D'ÉCOLE. Très bien, me voilà parfaitement au courant.... Grâce à ce pavillon de concierge, dont je suis parvenu à ouvrir la porte donnant à l'extérieur, j'ai pu trouver un observatoire commode: si nous savons bien mener notre barque, notre fortune est faite. On se dispute Fleur de Marie.... D'un coté Barbe-Rouge, de I autre cette comtesse qui, pour quelque intrigue d'hérilage sans doute, a besoin d'une jeune lille sans parens, sans origine connue.... Lequel des deux satisferons-nous, M. Férand ou Mad. la comtesse Mac-Grégor?... Ne nous en inquiétons pas.... Il faut, avant tout, se bâter d'agir.... Depuis hier, rien encorel (Regardant h la grille.) C'est singulier, dans l'avenue.... ce gros gaillard avec ce petit jeune homme... on dirait qu'il m'appelle... II me fait des signes.... C'est François. Scène IV. LE MAITRE-D'ÉCOLE, FRANÇOIS, SARAH, déguisée en homme. Le Maitre-d'Éeolc. Toi ici? François. La Chouette m'a dit d'amener.... (/{ indique la comtesse.) Mailre-d'Éeole. Madame la comtesse sous ce déguisement! madame la comtesse est impatiente.... (4 François.) Vois si l'on ne peut nous interrompre. 62 LES MYSTÈRES DE PARIS. Sarah. Qu'avez-vous fait? Le Maiire-d École. Je n'ai pu prendre encore que des renseignemens. Sarah. Vous aviez promis qu'hier 6oir.... Le tinilre-d'Kcole. Les circonstances ne m'ont pas servi. Sarah. Et cette nuit. le Maîlre-d'Kcole. Cette nuit.... rien.... J'ai eu beau rôder autour du château.... peine inutile.... entièrement impossible. Evidemment on est sur ses gardes. Dès que la jeune fille met le pied hors du parc, des domeslques. la suivent. Sarah. S'il le faut, je doublerai la récompense promise. i,c Maître-d'Éoole. Mais que voulez-vous faire de la jeune fille 1... Sarah. Oh! ne craignez rien pour elle.... Bi mes espérances se réalisent, le sort le plus brillant lui est assuré.... Elle est destinée à remplacer une jeune fille dont on pleure la mort depuis dix ans. te Maître-d'KcoIe. Ah! je comprends.... il s'agit de dire aux parens: Vous croyez votre fille morte, elle ne l'était pas. Sarah, h part. Si mon plan réussit, le prince croira retrouver sa fille.... notre mariage légitimera sa naissance et mes rêves d'ambition seront satisfaits. (Haut.) Vous affirmerez tous les détails que je vous communiquerai sur l'enfant, afin de rendre la fable plus complète. te Maître-d'Éoole. Soyez tranquille. Sarah. Demain à dix heures du soir soyez chez moi. Le Maître-d'École. A dix heures j'y serai. Sarah. Vous entrerez par la porte du jardin qu'on laissera ouverte.... le Maitc-d'École. Bien!... Sarah. Je vous attendrai seule.... nous conviendrons de tout.... mais il me faut cette jeune fille. Le Maître-d'ÉeoIe. Mon intérêt vous répond de mon zèle. Sarah. Dussiez-vous rester ici une semaine, un mois!... Le Maître-d'École. Ce serait inutile, ou doit partir dans la nuit demain et emmener la jeune fille. Sarah. Eh bien! jusqu'à demain.... Cet homme ne peut-il pas nous seconder? Franco!*. C'est que je ne sais pas si nous pourrons rester ici jusqu'à demain. Sarah. Comment! François, avec des signes d'intelligence. Là, dans le village, au coin du tourne-bride, je v^ns de reconnaître la !•»' tière, tu sais.... Eh bien, elle est en deuil.... de son mari. Le Maître d'École. Diable!... ACTE III, TABLEAU VI. SCÈNE V. 63 François. Tu vois qu'il ne faut pas faire de vieux os ici. le Maître d lOcole. Ali! la laitière est en deuil?... Par- •'on, madame, mais on peut faire d'un obstacle un moyen.... Vous n'avez aucune raison pour ne pas paraitro devant cette femme? Sarali. Sans doute. te Maître-d'Kcole. Daignez prendre la peine d'aller jusqu'au tourne-bride dire à la laitière que vous venez du château où l'on a appris avec intérêt la mort de son mari, les pertes qu'elle a éprouvées et qu'on est disposé à la secourir... Kngagez-la à venir ce matin ici. Snrali. Mais à quoi bon? Le Maitre-d'Éeole. C'est ce que je n'ai pas maintenant le temps de vous expliquer.... François va vous indiquer la maison de la laitière, moi je ne puis m'éloigner..... Çll les reconduit jusqu'à la grille, Fleur de Marie rentre par la droite.) Scène V. LE MAITRE-D'ÉCOLE, FLEUR DE MARIE, puis FRANÇOIS. Fleur de Marie. J'aurai laissé ici ma boite à ouvrage où j'ai mis l'argent que m'a donné Mad. d'Harville pour les pauvres. (Elle va vers le blanc, le Maitre-oVEcole rentre en scène.) te Maître-d'Kcole. Vous serez la dispensatrice du bien que nous pourrons faire, a dit Mad. d'Harville à Fleur de Marie.... Cette petite phrase n'a l'air de rien; eh bienl elle suffit. Fleur de Mario, l'apercevant. Oh! qu'ai-je vul... Mon Dieu! mon Dieu! qui me sauvera? Cet homme, que vient il faire ici? (Elle se blottit derrière le 7iiassif.) te Maitre-d'Keole. J'ai basé la-dessus la réussite de mon projet.... 11 est vrai que j'avais là sous la main cette enragée lanière. (Voyant entrer François.) Déjà.... qui te ramène? François. La peur.... te Maître-d'Èoole. Comment? François. Je n'ai pu parler devant la comtesse. Ça va mal ; Benoit et Barbillon sont arrêtés, et la Chouette m'a chargé d'une lettre pour toi. te Maîlre-d'Écolc. Une lettre! (Il la prend et lit.) „<)„ .,a des soupçons.... Hier, on est venu faire des perquisitions: .,à ce moment-là, Barbe-Rouge est entré; il voulait savoir si »tu avais réussi.... Arrêté, interrogé, il a été obligé de se faire >,eonnaitre.... Juge quelle a été ma surprise, lorsque j'ai reconnu en lui.... M. Férand, de la rue du Temple." (S'inter- 64 LES MYSTÈRES DE PARIS. rompant.') Jacques Féraml! lui! lui en mon pouvoir! Je puis donc le dominer à mon lotir. (Continuant de lire.') Comme il „n'y avait rien contre lui, on l'a relâché aussitôt." Jacques Fé- rand, te voilà mon esclave! François. Eli bien! que dis-tu? Le Maltre-d'Éeole. Je dis qu'aussitôt que nous serons maitres de la petite, nous la conduirons chez la Martial, à Pile des Ravageurs, et nous irons tous deux ce 6oir à Paris, voir les affaires de plus près. Françol*. Tu es donc sûr de réussir? Le Maîtrc-d'ÉcoIc. C'est ce que tu vas voir... On vient... filons.... (Il entre avec François dans le pavillon, dont il ferme la porte. Fleur de Marie sort du massif. La musique indique des pas plus voisins.) Fleur de marie. A peine si je puis me soutenir! Ce n'est pas le hasard qui amène ces hommes ici.... J'ai tout entendu.... Ils machinent quelque complot contre moi.... contre la marquise.... contre mon bienfaiteur.... Avant ce soir ils sauront le péril qui les menace.... Du monde.'... Ah! je veux être seule je veux pouvoir pleurer.... Scène VI FLEUR DE MARIE, Mad. DURREUIL, LA LAITIÈRE, PIERRE, Domestiques du château, Pêcheurs, Paysans, Paysannes. Mad. Dubreull, h divers paysans. Allons! apprêtez les filets, c'est vous qui les lancerez, tout le monde les tirera.... Les femmes apprêteront les paniers. (A la laitière, qui est en deuil.) N'ayez pas peur, venez, mademoiselle est bien bonne. (Au moment où Fleur de Marie va sortir, Mad. Dulreuil Varrête.) Mademoiselle, voilà une pauvre veuve que Mad. la marquise m'a dit de vous recommander. Fleur de Marie, tendant, sans regarder, la bourse que lui a donnée Mad. d'Harvillc. Tenez, ma brave femme. La Laitière. Ah! mademoiselle, moi et mes en Tans, allez, nous méritons bien votre pitié, après trois mois de maladie qui nous ont ruinés, mon mari vient de mourir des suites des blessures qu'il a reçues dans la Cité. Fleur de marie. Ou'eutends-je.... c'est vous? La Laitière. Vous aviez entendu parler! Fleur de Marie. Oui, oui, je dirai tout à Mad. d'Har- ville, soyez sûre que ses bienfait*.... ACTE III. TABLEAU VI. SCÈNE VI. 65 La Laitière. Mail. Dubreoil nvait raison île «lire quo vous él'eï bien bonne. (Elle lui prend la main pour la haiscr, Fleur 'le Marie se retourne, la laitière la reconnaît et pousse un cri.) Ah! Mad. nubreuil. Qu'y a-l-il? La Laitière. C'est elle! (La prenant par la main). Mais ■"•"gardez-moi donc en face ! Mad. nubreuil, l'arrêtant. Malheureuse, que faites-vous? La Laitière, criant. Mes amis, c'est une de la bande 1 U ' a causé la mort de mon mari. {Tout le monde se rapproche avec tumulte et curiosité en disant: — Qu'est-ce qu'il y a? Que dit-elle?) Mad. nubreuil. Vous êtes folle! le chagrin vons égare, "•a digne femme, vous vous trompez,... Mais dites-leur donc lie vous vous trompez. La Laitière. Je me trompe! Tenez! regardez, comme voilà déjà pAle; les dents lui claquent, la misérableI Mad. nubreuil. Insolente! sortez d'ici! Oser ainsi manquer à mademoiselle! La Laitière. Mademoiselle! C'est vous qui êtes folle.'... Mademoiselle!... une chanteuse des rues que j'ai vue traîner dans la Cité. (Murmure» des paysans.) JUnd. nubreuil, exaspérée. Chassez cette femme d'ici! (ï'oh! le monde reste immolile.) Mais vous ne m'avez donc pas «'•tendue? je vous ordonne de chasser celte femme. [Murmure divers.") Pierre. Si elle la reconnaît.... Elle est dans son droit... °n a fait mourir son mari. La Laitière. Vous voulez chasser une pauvre veuve rui- nt -'e par des gredins.... Mais demandez-lui donc si elle ne me •"onnait pas? Mad. nubreuil. Mais l'entendez-vous, mademoiselle?... La Laitière. T'apelles-ln, oui ou non, la (Joualeusc? l'ieur d e Marie, à voix basse et au milieu du plus grand silence. Oui. (Murmures des paysans. — Cris: Elle l'avoue! elle l'avoue!) Mad. nubreuil. Mais quoi? qu'avoue-l-elle?... La Laitière. Laissez-la répondre! elle avouera encore qu'elle vivait au milieu de ces bandits, qu'elle les connaît tous. Fleur de Marie, à voix basse. Je puis les connaître, sans jamais.... Mad, nubreuil^ s ' éloignant. Ah! la malheureuse! (4 l'aveu de Marie, les gmipes se sont portés en avant, Veniou- rent et la font peu h peu reculer par leurs menaces.) Pierre. Il fallait l'appeler mademoiselle! Elle frayait avec les maîtres, l'effrontée. R^perioire No, 291. (2. Série No. 47.) 66 LES MYSTÈRES DE PARIS. Fleur de Marie, avec effroi. Mon Die»! quel «al vous ai-je fait, messieurs? Pierre. Oui, son mari est mort.... Tu connais ceux qui Pont frappé! {Fleur de Marie a reculé ainsi jusqu'à la balustrade de l'étant) ; le Maître-d Ecole a entr'ouvert la porte du pavillon, et regarde ce qui se passe.') l.n Laitière. Il y a une justice au ci eh (Avançant sur Fleur de Marie.) Tu ne vois donc pas ma robe noire, niiillieii- reuse! (Avançant toujours.) Les braves gens ont leur tour aussi! Ali! tu croyais qu'on ne te reconnaîtrait pas! Fleur de Marie, reculant. Madame, madame! vous voulez donc me faire lomlier dans l'eau? I.ch FHyttniiH. C'est <;a! c'est ça! à Peau! (Mad. Dubrcnil pousse un tri d'effroi,) Mad. Uubrcuil, se précipitant entre eux et Fleur de Marie. Malheureux! qu'allez-vous faire? I>ch FayuaiiH. A l'eau! à l'eau! Fleur de Marie. Grâce! grâce! Mad. Uubrcuil. Arrêtez! Ni elle est coupable est-ce à vous à faire justice? Enfermez-la jusqu'au relour des maiires. Quelque» Vois. Oui, oui, c'est juste.... ça vaut mieux. Fleur de Marie, baisant la main de Mad. Dubreuil. Al>! vous me sauvez. linéique» \'oi*. Oui, oui.... en prison! (Fleur de Marie, effrayée par les imprécaltbns , recule près dit pavillon ; le Maitre-d'Ecole la saisit par le bras, sans être vu, l'attire à lui et ferme la porte. Lté pai/sans restent dans une attitude menaçante. Mad. Dubreuil prend la clé de la parte.) Mad. Uubreuil. Maintenant, je vous déclare que je n'ouvrirai cette porte qu'à Madame la marquise. (On entend un cri de Fleur de Marie dans le pavillon.) nv Mi TftoisrÊMr acti. ACTE IV. TABLEAU VU. SCÈNE I. 67 ACTE QUATRIEME. Kc|tlDi»BDbe Tableau. — lia Prison. IktfAtre représente un dumffoîr de imon. Au fond, porte donnant sur une cour. A (huile, un guichet |>»r lequel on va au greffe j vers le deii- Mêatfl pl.m, un poêle autour duquel lon| yroupés des pr sonniers assis sur uV» bancs ou dehuui ; ils écoutent l'ique vinaigre qui est assis plus haut quVux, sur un »ros hillut ilt* bois. Le M.iître-dM'.i uie est ù la porte Juml . i icBHide mi dehors. Lforbiltoa émule à La porte qui conduit Ml greffa Benoît est vers le milieu du théâtre avec d'autres prisonniers. Scène I. BENOIT, LE MAITRE-D'ÉCOLE, BARBILLON, PIQUEVI- NAIGRE, puis FRANÇOIS, Le père ROUSSEL, GERMAIN, Prisonniers ('''unifié- que Piquevinahjre parle, par l'ouverture d'une dalle sok- levée au milieu du théâtre, une main dépose de petits sacs remplis de terre, que les prisonniers, obéissant à Benoit, se partagent; les uns mettent de la terre dans leurs poches, les nu- Ires m versent dans leur ca: quelle.) Piquet Inaigre. Pour lors la fée dit ;i l'enchanteur.... Meiiolt. lili bien! après ï Fiais donc ton conte, l'ique vinaigre. Hiquevluikigre. Midi va sonner. Henoit. Oui est-ce qui te dit qu'il est midi? IMqurvIuMgrr. Mou estomac. Hcnott. " avaace de plus d'un quart-d'lieurc. Plquevlnalgre. Je reprend».... Hennit, aux prisonniers, faites donc muraille autour de lui; vous savez bien qu'on ne peut pas être sùr d'un poltron comme Piquevinaigre. Fmncois, levant un instant In tète an dessus du trou. Il n'y a plus que quelques pelletées de terre à ôter. (/i rentre dans le trou.) Plsiucvlnoigrc. Pour lors, la fée dit à l'enchanteur: Tu protèges lu vieux seigneur bossu, je protège le jeune troubadour qui est gueux comme un rat d'église,... Mais c'est égal, 11 épousera la princesse cl tous ses trésors. 5* 68 LES MYSTÈRES DE PARIS. Benoît, h mi-voix. Il n'y ii rien, Maitre-d'École? Le Mattre-d'École. Non, le gardien se promène dans la cour. Benoit, h Barbillon, qui écoule au guichet de gauche, Et toi, a ton guichet. Barbillon. Le nouveau venu d'hier est toujours à l'instruction. Benoit. Veille bien, car ce Germain, avec son air lier et son désespoir, il ne me va pas du tout. (Se tournant vers le groupe tiu poêle.") Eh bien! tu bâilles, Piquevinaigre? piquevinaigre. C'est vrai, je ne suis plus en train de conter.... C'est l'appétit qui m'ôte la parole; mais une autrefois je votis dirai Gringalet et Coupe-en-Deux. Ah! ça, voyez- vous, c'est une histoire à faire descendre les oiseaux des branches pour vous écouter. Barbillon, se rapprochant, a mi-voix. Le Germain, le Germain! {Benoît pousse un cri: François saule hors du trou et veut tendre la main h un autre prisonnier qui y est encore cl qui déjà lève le bras, mais au bruit des verroux de lu porte de gauche, Benoit met le pied sur la dalle qui retombe; tes groupes, (/'" ont caché h Piquevinaigre ce qui se passait, se dispersent. Germain entre par la gauche et va s'asseoir tristement dans u» coin; les prisonniers s'éloignent de lui, excepté Piquevinaigre. Le Maitre-d'École revient du fond.") François bas H Benoît. Comment l'autre va-Hl sortir de là, maintenant que le nouveau est ici? Benoit, bas. Dame! il faudra qu'il attende le signal. {A* Maître-d'Ecole.) Es tu sur de lui encore? Le Maltre-d'KeoIe. Comme de moi-même; il a eu de I* peine à se décider à voler, le Chourineur, mais il s'y est bien mis à ce qu'il parait; il a même brisé un volet, et quoiqu'il 0 e soit ici que depuis ce malin, vous avez vu qu'il n'a pas hésil* à travailler avec nous. Benoit, h François. Tout est-il prêt? FrançolH. Il n'y a plus qu'un plancher à soulever, et on est dans une maison voisine; le camarade ne fait plus qu'élargir le passage. Piquevinaigre, bas à Germain. N'ayez pas l'air tris ,e comme cela.... ils vous regardent d'un mauvais oeil; il fa" 1 prendre son parti.... ne pouvant être ni courageux, ni fort, j e suis bavard. (Cris a mi-voix.) Le gardien! le gardien! Le père HoiihhvI, entrant, blli bien! est-on gage par ici' Benoit. Comme des anges, comme des petits anges, te père Kounsel. A midi vous allez passer au préau! ACTE IV. TABLEAU VII. SCÈNE II. 69 à causo des réparations qu'on fait au bâtiment, cette salle va servir du parloir. QLe gardien reste nu fond avec s consistance, vous en seriez quitte pour une douzaine de mil' e francs ... mais l'austérité que vous avez affichée, mais la h» ute probité de votre caractère, mais la confiance illimitée à laque ||c vous avez fait croire, augmentent nécessairement mes prête" ACTE IV. TABLEAU VII. SCÈNE IL 71 ''ORS. Je rie vous demanderai cependant que dix mille franes par mensonge. ï-'érnud Trente mille francs? Le ]?lnl LES MYSTÈRES DE PARIS. Benoit cl quelques Prisonniers. A mort tous deux!.... ù mort!... Plquevlnalgre, rentrant. La garde! la garde! Benoit, écartant des prisonniers et se précipitant dans le trou, au Chourineur. Nous nous reverrons, je suis trop pressé cette fois-ci. Le Chourineur. A ton aise! bonhomme. {Il met le pied sur la dalle, quelques soldats sont entrés en courant et se son» rangés au fond,') I n Sergeant, aux soldats. Feu, sur le premier qui bouge! (Tout le monde reste immobile.") Huitième Tableau. — I> Pont u'Asnlèreg. Le théâtre est traversé par lo pont d'Asnières. A travers les arches ou aper Voit les îles. A gauche un peu de berge. Vers les premiers plans, à droite, grand bateau amarré* Scène I. LE MAITRE - D'ÉCOLE, Mad. DURREUIL, Paysans, Violons, Noce. {Au lever du rideau, le Maître-d'hcole entre avec précaution par la berge, et va vers la première arche du pont.) teMaltre-d'Écolc. Es-tu là, Martial? line Voix, du dehors. Oui i.e OTaltre-d'Écolc. Avec Fleur de Marie? I.» "Voix, Oui. le JHaltre-d'ÉcoIc. (iarde-là jusqu'à ce que je t'avertisse.... Qu'est-ce que ce peut être que cette musique et ces lanternes qui viennent île ce coté.... {Il s'avance un peu pour découvrir ce qui se passe sur le pont, on commence h paraître lu tète de la noce.) Ah! je reconnais, c'est la noce de la ferme de Mad. Dubreuil. mad. Bubreull, s'arrètanl sur le pont, au moment où U cortège est en vue des spectateurs. Ah ça! je m artèle ici, comme je vous l'ai annoncé. Allez danser, vous autres, toute la nui' au Charriol-d'Or. Paysans, insistant. Venez avec nous, madame Dubreuil... venez donc. ACTE IV. TABLEAU Vin. SCÈNE I. 77 Mad. Oubreall. Non, mes amis, je suis trop triste de l'événement d'hier. Quand Mad. d'Harville a tant de chagrin de la mort de cette pauvre petite Fleur de Marie.... co serait mal à moi d'aller avec vous.... Pnysans. Allons, puisque vous le voulez.... C'est dommage. Mad. Uobrenll. Pierre, voulez-vous me reconduire? Pierre. Volontiers, madame Dubreuil. {.Adieux. — Mail. Dubreuil retourne sur ses pas, en donnant le bras H Pierre, tandis que la noce reprend sa marche au son de la musique.) te Maltre-d'Éeole. Ils s'éloignent.... Je n'ai pas de temps à perdre, à dix heures ce soir il faut que je sois chez ma comtesse. Retourner à Paris!... est-ce bien prudent? J'aurai soin de me munir de l'arme qui me rassure contre tout.... Mais au moment de m'éloigner, il ne faut perdre aucune occasion, Pérand va venir.... {Au fond.) Voyons, avance, la Pégrlotte. Fleur de Marie, entrant de derrière la première arche. Que voulez-vous de moi? Le Maltre-d'Éeole. Peu de chose.... Je vois bien que nous ne pouvons aller ensemble.... En conséquence, je vais tout bonnement te remettre, comme lu étais, chez M. Férand.... Tu y consens, n'est-ce pas?... Fleur de Marie. Vous vous êtes étrangement trompé en croyant que le contact de l'honneur et de la vertu ne m'avait 'nspiré aucun courage, aucun élan.... Sachez-le bien, maintenant, pour vous résister, je suis aussi forte que vous. te Maltre-d'Éeole. Qu'est-ce que tu dis? Fleur de Marte. Je ne vous crains pas, vous dis-je.... A votre lâche courage de me perdre ou de me tuer, j'oppose le courage de mourir. te Maltre-d'Éeole. Paroles que tout cela! Fleur de Marie. Ce courage, c'est vous qui ne l'avez donne.... te Maltre-d'Éeole. Moi? Fleur de Marie. Oui, hier, par l'horreur que vous m'avez inspirée quand j'ai su que vous étiez voleur rt assassin, te Maltre-d'Éeole. Que dit-elle? Fleur de Marie. J'ai entendu hier votre conversation avec votre complice. te Maltre-d'Éeole. Malheureuse! Fleur de Marie. Dans l'île où vous m'aviez menée, et u °nt je ne pouvais m'échapper, j'ai dû me taire..,, mais vous j»'ave Z ramenée près d'une route, près d'un pont.... j'y resterai jusqu'à ce qu'il passe quelqu'un, jusqu'à ce que mes cris ap- 78 LES MYSTÈRES DE PARIS. pellent à mon aide; et douze heures après, je dis ee que vous êtes, ne que vous avez fait____Je ne veux pas être voire complice même par mon silence.... Fuyez donc, fuyez devant moi, car, vienne une créature vivante, sur ma vie que je vous abandonne, je vous le jure, je parlerai! Le Maitre-d'École. Diable! ceci mérite réflexion.... Fleur do Marie. Faites ce que vous voudrez, vous savez ce que je ferai, moi ! Le Maltrc-d'Keole. Je suis perdu, si elle le veut.... la malheureuse se condamne.... c'est ma liberté, ma vie, qu'il faut sauver.... Mais si elle périt, plus rien de Férand, plus rien du coté de la comtesse. Pourquoi rien d'elle! je puis encore y aller ce soir, lui laisser ignorer tout ce qui va arriver.... Obtenir d'elle ou lui arracher peut-être de quoi assurer ma fuite.... Fleur de Marie! encore un crime.... est-ce que je puis m'ar- réter! Le bateau qui est là est celui du Ravageur, une soupape qu'on lève d'avance laisse pénétrer l'eau qui doit le sub- manger. Fleur de Marie. Du monde sur le pont! l.e Maitre-d'École, courant a elle et la saisissttnt, l'as un mot, ou tu es morte! Scène II. Les Mêmes, LE CHOURINEUR, entrant par la droite sur le pont, et TORTILLARD, par la gauche, le Chourtueur. Eh bien! gamin? Tortillard. De quoi? I.e Chourineur. As-tu vu quelque chose? Tortillard. J'ai vu la noce et la lune. Le Cliourincur. Et M. Germain? Tortillard. 11 cherche là-bas, aux abords du petit bois> Le Chourlneur. C'est cependant par ici qu'ils avaient rendez-vous, je l'ai bien entendu hier du trou où j'étais enfermé. Le Maitre-d'École, bas. ("est le Chourineur! (Retenant Fleur de Marie, qui se débat,') Ne te donne pas tant de peine» e'est moi qui vais l'appeler. Fleur de Marie. Vous! Le Maitre-d'École, haut. Ohé! Chourineur! par ici! -- Le Chourineur, reyardant du pon'. Le Maitre-d'École. Le Maître-d'École. Viens donc par ici! Le Chourineur. Je descends. Tortillard, l'arrêtant. Seul! ACTE IV. TABLEAU VIII. SCÈNE II. 79 le Chourineur. Vcux-lu pas que j'attende les autres? Tacl« «le retrouver M. Germain, et dis-lui que nous avons no- 're affaire. (£e Chourineur disparaît un moment par la gauche. Tortillard sort par la droite.) le Mn.Ure-A i.coie, h part. Oui.... c'est cela.... De celle façon.... je me débarrasse île lui aussi.... je fais d'une pierre deux coups.... (A Fleur de Marie.) Eh bien, tu le vois.... je ne rends à tes voeux.... je viens d'appeler un ami.... Fleur de Marie, a elle-même. Je n'y puis rien comprendre. le Maître e Chourineur, au Muttrt-oVÉcole. Maintenant, décampe! Le Maitre»d'École, haut. Décamper! et pourquoi donc! est-ee que tu n'étais pas prisonnier comme nous? est-ce que tu ne l'es pas évadé comme nous? Le Chourineur. Sorti par le grand guichet, entends-tu? Ali! tu as cru que je m'étais mis à hrigander? Quand la patrouille m'a arrêté dans la rue, fracturant un volet, c'était be Volet de ma chambre, et j'avais choisi mon moment pour être luis avec vous, et protéger M. Germain, que vous auriez tué sans moi.... Mais, comme il est permis de briser son volet, pourvu qu'on le raccommode, quand j'ai eu raconté mon affaire, mes motifs, el qu'on a su ce qui s'était passé, on m'a ri au nez et mis à la porte, ce que je voulais, parce que je savais où te trouver.... car, de mon trou, hier, je t'ai entendu avec ton Fera* é*. le Maitrc-d'École. Eh bien! voici ce dont il s'agit: Heur de Marie, pour des raisons qu'elle vient de me dire, ne se plaît plu s ave( . mo i , ]}„„ autre cote une ,> X eu r si,>n -, l'étranger nous est nécessaire.... Tu conçois qu'elle nous embarrasse.... nous |„i rendons sa liberté.... Tu peux l'emmener. 6 leur do Marie. Dites-vous vrai* le maitre-d'icole. A l'instant même. le Chourineur. Fleur de Marie, où voulez-vous aller? Fleur de Marie. Au château de Mad. d'Harville. le Chourineur. Venez.... Maitre-d'École, tu as encore quelque chose de bon. Fleur de Marie. Ah! partons! partons! {Ils montent la berge.) le Maître «1 Kcole, bat, l'as encore. (i/ pousse un cri d'nppW, 80 LES MYSTÈRES DE PARIS. Le Chourlneur, s'arrêtnnt. Qu'est-ce que tu as fait là? I les amis! Le Chourlneur. J'en étais sûr. (Poussant le bateau '"' large.) Maintenant, nous sommes sauvés! Le Maltre-d'Éeole. Ils sont perdus. Fleur de marie. Mon Dieu, je vous remercie de m'avoif envoyé un sauveur. Le Maltre-d'Éeole. Filons à l'ile des Ravageurs d'abord, et à dix heures à Paris.... chez la comtesse Sarab.... Scène III. LE CH0UR1NEUR, FLEUR DE MARIE, TORTILLARD, GERMAIN, Paysans. Cleur de Marie, h genoux dans le bateau, pendant q*t ' ACTE IV. TABLEAU VIII. SCÈNE III. 81 Chourineur rame. Mais voyez donc! (Se relevant.) De l'eau, de l'eau. I à son retour, je ne serai pas surpris, mais vous serez bien désappointés du maigre butin pour lequel vous aurez risqué son c °u «t le vôtre. 6* 84 LES MYSTÈRES DE PARIS. lie Maître fl'École. Le trésor est donc délogé? *Vrand. Mauvais plaisant.... Est-ce qu'on n'a pas tout saisi chez moi? Benoit. Il nous faut de l'argent, entendez-vous? De plus honnêtes que vous y ont passé, pour le même motif; ainsi, de l'argent, beaucoup d'argent... Comment? je m'en moque.... arrangez-vous, et vite, mais j'en veux. Féraad. Je vais vous dire aussi ce que je veux. Vous allez tous partir, même la femme qui est là, et vous me laisserez tout à l'heure, à l'instant seul dans cette lie avec Fleur de Marie. Le Maltre-d'École. Elle a mes secrets! Férand. Soyez tranquille, elle ne vous trahira pas. Combien y a-t-il de bateaux ici? i.c Maltre-d'École. Le nôtre, un là-bas, au bout de la pointe de l'île, et celui que vous avez amené. Férsnd. Et au boni, de l'autre coté? lie Maltre-d'École. Pas un. Férand. En débarquant, vous ferez couler votre bateau de manière à ce que personne ne puisse venir ici. Benoit, prêt h éclater. Ah ça!.,. lie Maltre-d'École. Écoute-le donc. Férand. Et de ce moment, ici, en France, ailleurs, partout, j'aurai le droit de tuer celui qui fera un geste, dira un mot, indiquant qu'il me connaît. Le Maltre-d'École. Diable! les conditions sont dures. Férand. Parce que le prix est magnilique lie Maître d'École. Quel est-il ? Férand. Une fortune. Tous. Une fortune! Benoit. Si tu tiens ce que tu promets là, je te jure au nom de tous, et ces sermens-là on les lient, je te jure que tout ce que tu veux sera fait.... Maintenant, parle. Férand, montrant le Maltre-d'Ecole. C'est à lui de parler- Benoit. Comment! Férand, au Mailre-iV École, Est-ce que ce n'est pas cello nuit que le prince de Gérolstein épouse la marquise dilarville ? te Maltre-d'École. Oui. Férand. Est-ce qu'ils ne doivent pas partir aussitôt après la cérémonie? te Maltre-d'École. C'est vrai encore. Férand, Leur route n'est-elle pas de traverser le bois 'I e la Garenne, qui entoure le château? te Maître d'École. Parfaitement exact. Férand. Combien faudrait-il d'hommes déterminés pou f ACTE V. TABLEAU IX. SCÈNE III. 85 arrêter la voiture malgré les postillons et les domestiques, et s'emparer de la cassette du prince contenant trois cent mille francs et les diamans de la marquise estimés le double. lie Mnltre-d'JKcolc. Six hommes.... ïYrand. Comptez-vous? fce mnltre-d'Kcole. Il a raison.... c'était l'homme de confiance de Mad. d'IIarville; U a dû lui remettre.... Il est notre ami, notre sauveur! je le crois.... nous devons le croire. Tons. Oui! oui! Fcrnnd. Que vous êtes lents à comprendre! Benoit, h Fcrand. Au bois de la Garenne.... Vous ne nous trompez pas?... Fcrand. A cinq cents pas du château... Un million. Le maUre-d'Kcole. Il est à nous!... Benoit. Avant le jour.... riches tous!... T.e maltre-d'École. Suivez-moi, vous autres.... Venez, venez.... Fcrand, montrant la fenêtre. Non, par ici. Ç_A Barlillun.) Vous, emmenez la Martial. (lies autres sortent par la fenêtre. Presque aussitôt on voit passer au fond la Martial avec Barbillon.) Scène III FÉRAND, seul. Partez, vous qui pensiez faire de moi une victime, et dont je fais mes instrument ... Vertus, faiblesses, vices, crimes, j'ai tout su m'asservir, comme ces menaces qui grondent sur moi depuis hier, j'ai su m'en jouer. Mon projet de fuite avec les dépouilles de mes dupes est un peu hâté, voilà tout.... Mes deux passions, ma double vie, mon trésor et Fleur de Marie, j'ai tout gardé.... mon trésor, ma cassette confiée à la terre, ou nul être humain ne peut la trouver, Fleur de Marie, Fleur de Marie qui me suivra.... Il le faut, mes promesses, mes prières la décideront, je l'aime tant! j'ai tant d'or! (Allant h la fenêtre.) Ah! ils abordent.... manqueraient-ils à leur promesse.... Non, le bateau disparait, je suis seul.... personne ne peut venir.... (Regardant par la porte restée ouverte.) Fleur de Marte!... encore évanouie.... Non, elle a fait un mouvement, elle se soulève, elle vient.... Instants rêvés! instants appelés de toutes 'es voix d'un coeur trop long temps comprime! heures d'expansion, de liberté, vous voici enfin ! 86 LES MYSTÈRES DE PARIS. Scène IV. FÉRAND, FLEUR DE MARIE. Fleur de Marie, accourant égarée. Sauvez-moi! sauvez-moi! Férsnd, la recevant dans ses bras. Il n'y a plus de danger! Flenr de Marie, reculant avec effroi. Vous!... grand Dieu! Férand. Moi, qui vous ni arrachée à une mort certaine. Fleur de Marie, Eli bien! soyez généreux tout à fait, ramenez-moi prés des personnes qui m'avaient recueilli''. Férand. Ne pensez plus à elles. Fleur de Marie. Mais, sans elles, qui vais-jc devenir'? Férand. Si tu veux, ton sort va devenir aussi brillant, aussi heureux qu'il a été jusqu'ici misérable. Flenr de Marie. Je ne vous comprends pas. Férand. Où tu veux aller, ta position serait subalterne et précaire; avec moi tu régneras. Nous aussi, nous quitterons la France. Fleur de Marie. Moi! fuir avec vous! Férand. Tu crains que je ne te condamne à une vie monotone et triste comme celle que je menais dans ma misérabW demeure! Rassure-toi! Assez longtemps j'ai vécu de contrainte de privations, de sordide avarice.... comme un autre, plus qu'un autre, j'aime le luxe, le plaisir, les fêtes, et j'ai maintenant d e quoi satisfaire à ce luxe que tu partageras. Fleur de Marie. Moi! moi! Férand. Oui, toi. Oh! tu ne me connais pas. Tu m a vu soucieux et austère, accablé.... sous le poids des affaire* courbé sous une humilié feinte; tu m'as cru vieux, triste et 8 e ' vère. Non! non! je suis jeune encore par mon énergie cointn e par mon audace. Flenr de Marie. Ah! j'ai peur.... Férand. Que faut-il donc faire pour te rassurer? Faut-'' t'avouer ma faiblesse? Eh bien! oui, je t'aime comme in '°' sensé. Après ton départ de chez moi, tu ne sais pas ce «l uC j'ai souffert... oui, souffert... Intérêts, devoirs, argent, J'oublis*' tout.... je ne pensais qu'à toi.... je ne voulais que toi.... Je l f| trouvée.... je t'ai sauvée.... et maintenant on me tuerait p'" 1 que de l'arraeher à mon amour.... Nous ne nous quitter© plus. Fleur de Marie. Vous ne me forcerez jamais à vous s" 1 vre.... jamais! j Férand. Mais tu oublies donc que tu es en mon pouvo"" ACTE V. TABLEAU IX. SCÈNE IV. 87 Fleur de Marie, voulant fuir. Ah! Férand, la retenant. Non! rassure-toi.... je n'abuserai pas «le ce pouvoir; mais au moins.... sache-moi gré d'être là à tes P'eds, humble, soumis, implorant.... Tais-toi! Laisse-moi parler... "écoute que mes prières, n'entends que les plaintes de cette Passion inconnue, impitoyable, de cette passion qui dompte, •lui soumet toutes les autres passions.... Ne sens-tu pas encore dans ma voix ces pleurs qui tant de nuits m'ont étouffé? Mais r cgarde-moi, n'y a-t-il dans mes traits aucune trace de mes douleurs? Je voudrais avoir souffert davantage encore pour que 1" puisses mieux lire mon amour sur mon visage. Suis-moi ; m a volonté subira la tienne; je ne serai plus le même; prés de ,0 ' je sentirai la pitié; près de toi je serai humain, charitable. '« ferai du bien.... Que faut-il dire, que faut-il faire pour te fléchir? Écoute.... n'en dis rien.... j'ai de l'or.... j'en ai beaucoup.... Le veux-tu? je t'en donnerai.... nous partagerons.... Est- ce assez.... Eh bien! je t'épouserai.... Oui, ma fortune, mon nom, tout est à toi. Heur de Marie. Vous! vous.... chargé de crimes! F.rnnd. Des crimes!... Fleur de Marie. Il y a trois mois, dans la Cité.... Frrand. Qui t'a dit?... Fleur de Marie. Hier, j'ai entendu vos complices. Férand. Fleur de Marie, lu as tort de me dire cela. Fleur de Marie. Non, puisque ainsi vous ne doutez plus «'« ma haine.... Mais je ne serai pas toujours ici, loin de tout secours. Férand. Tu as tort encore de me dire cela, lu as tort.... Fleur de Marie. Que pouvez-vous? me tuer? Dieu soit béni! la vie m'a été trop amère. Férand. Je puis te tuer. Je suis seul ici avec toi. Fleur de Marie. Au secours! Férand. Ecoute-moi.... tu le peux encore. Fleur de Marie. Assassin, va-t'en ! Férand. Aie pitié de toi! Fleur de Marie. Démon du mal, va-t'en! Férand, éclatant. Tu es perdue! Fleur de Marie. La mort enfin! la mort! Férand. Pas encore. Fleur de Mario. Au secours! mon Dieu! Férand. Dieu est sourd! {La fenêtre du fond éclate et livre passade h Germain, qui se précipité dans la chambre, ainsi que le Vhourincnr qui entre par la porte. Ils n'uni que leur pantalon cl leur chemise, cl pu ruissenl sortir de i'cdM.) 88 LES MYSTÈRES DE PARIS. Scène V. FÉRAND, FLEUR DE MARIE, LE CHOURINEUR, GERMAIN. le Chourlnenr. Non! Dieu n'est pas sourd. fc'érand, saisissant un pistolet sur la talle et le déchargeant sur le Chourineur. Invoque-le donc pour toi. (Fleur de Marie s'est réfugiée près de Germain qui, voyant chanceler le Chourineur, fait un pas vers lui.) Germain. Blessé? lie Chourineur, tenant Férand entre ses Iras. Non! non!... Fuyez. Fleur de Marie. Mais vous?... {Germain l'entraîne.) le Chourineur, h Germain qui est déjà dehors. Le bateau! vite! Férand, au Chourineur. Ton sang coule.... tes forces s'épuisent. Le Chourineur. Pas encore. (Fleur de Marie et Germain traversent le fond du théâtre sur le bateau.) Férand, le repoussant par un dernier effort. Malédiction sur toi! le Chourineur, tombant épuisé. Il était temps. Férand. Un bateau! un batean! lie Chourineur. A l'autre bout de l'île, va le chercher. Férand. Misérable! tu ne verras pas leur joie, le Chourineur. Tu ne peux plus les atteindre. Férand. Il la mène chez Mad. d'IIarville? le Chourineur, Et près du prince. Fcrand, le saisissant et lui liant les mains. l'Ai bien! j c veux que tu meures la rage dans le coeur. lie Chourineur. Fais de moi ce que tu voudras. Férand. Dans quatre heures, ton prince et Mad. d'Harville seront attaqués dans le bois par tes camarades de prison d'hier. Le Chourineur. Que dis-tu? brigand! Férand, qui est entré un instant dans la chambre InléraUt revient au Chourineur. Dans quatre heures, Fleur de Marie sera ma part de butin, et toi, tu vas mourir. ÇOn aperçoit des flammes dans la chamhre latérale.) le Chourlnenr. Le feu! Férand. Pour l'épargner la douleur de voir ce qui vil arriver à ceux que tu aimes.... le Chourineur. Misérable!... (Les flammes ont gag*& ACTE V. TABLEAU X. SCÈNE I. 89 Ferand sort par la croisée du fond.) Mon Dieu ! je voudrais vivre encore!... Férand. Et moi, je veux que tu meures! (Il saule par la fenêtre.) Dixième Tableau. — Sarali. Sillon chez la comtesse Mac-Orégor. l'orte Au fond; deux autres à droite et ht gauche. Des flambeaux éclairent la scène. Scène I. SARAH, puis, UN DOMESTIQUE. Encore quelques minutes, et cet homme va venir, cet homme qui tient mon avenir, mon présent dans ses mains.... Qu'il se hâte donc!.... je n'ai plus qu'une heure peut-être pour renverser cet odieux mariage qui doit s'accomplir cette nuit, et qui me rejette à jamais dans le néant.... (Elle sonne.) L'impatience double la durée du temps.... (A un domestique qui entre.) Est-on retourné à l'hôtel du prince? lie Domestique. Oui, madame la comtesse, Son Altesse n était pas encore rentrée. Sarah. A-t-on laissé ma lettre avec ordre de la lui remettre au moment même de son retour? lie Domestique. Oui, madame. (Fausse sortie.) Sarah, <* elle-même. Ah! quand il croira que sa fille lui est rendue, pourra-t-il hésiter à la reconnaître.... à me rendre mes droits?... Antoine, qu'un homme intelligent aille attendre le prince, et qu'il ne quitte pas l'hôtel sans l'avoir vu, sans revenir avec lui. te Domestlqne. U suffit, madame la comtesse. Sarah. La petite porte donnant sur la rue est ouverte? te Domestique. Elle l'est depuis une heure. Sarah. Et la porte du cabinet. (Montrant la droite.) donnant sur le jardin? Le Domestique. Est ouverte aussi. Sarah. C'est bien.... que personne n'entre ici sans mon or dre.„. Si le prince vient, vous l'introduirez. Allez. (Le do- "'«ttyiie sort.) Si Rodolphe n'est point encore ici quand tout s era convenu avec cet homme, je vais le trouver moi-même.... 90 LES MYSTÈRES DE PARIS. s'il le faut, je le suis, je me précipite 8U milieu de ce mariage et j'ajoute à mon bonheur la vue du désespoir de ma rivale 1 , (Elle écoute.) On est entré!... Enfin!... C'est la victoire et la puissance qui m'arrivent.... Jamais émotion plus violente. .. Je ne puis faire un mouvement. Scène II. SARAH, LE MAITRE-D'ÉCOLE. Le Maitre-d'ÉcoIe, montrant lu tète a la porte dit cabinet. On peut entrer, madame? » Sarah. Oui.... l'entrée et la sortie vous sont également libres, et personne ne viendra nous interrompre. Le Maître-d'Éoole, if part. C'est bon à savoir. garnit. Et cette jeune fille? Le Maîte-d'École. Tout a réussi hier. garali. Quand me l'amènerez-vous? Le Maîtrc-d'ÉcoIe. Tombons d'accord aujourd'hui, et je vous l'amène demain. (A part.) Si l'autre veut bien la rendre. Sarah. La jeune fille ne doit pas être dans la confidence du rôle qu'elle aura à jouer; je me réserve de l'instruire des circonstances auxquelles elle doit elle-même ajouter foi. Mais pour que tout soit d'accord dans cette fable, il faut que je sache les détails de son enfance qu'elle-même a pu connaître. Le Mattre-d'Écolc. Ce ne sera pas long: elle sait seulement qu'elle a été abandonnée. Sarah. Depuis combien de temps? Le Maitre-d'École. Depuis dix ans. Sarali. Quel âge pouvait-elle avoir alors? Le Maîtrc-d'Êcole. Cinq à six ans. Sernli. Mais vous n'en savez pas davantage ? Le Hattre-d'ÉcoIe. Peut-être. Sarali. Savez-vous à qui elle appartenait? Le Maitre-d'École. On ne me l'a pas dit. Sarah. On ne vous l'a pas dit.... Mais on vous l'a d<"> c abandonnée? lie Blaltre-d'Koolc. Je ne dis pas non. Snrnli. Qui? Le JTIaltre-d'Kcole. Oh! ça, ça se paie, et cher. Sm-ali. Parlez, vous aurez de l'or. le Maitre-d'École. Eh bien! un soir, une femme n« uS amené une petite fille, en nous disant qu'on voulait s'en débat" rasscr et la faire passer pour morte. Baraa, Le, nom de cette femme? ACTE V. TABLEAU X. SCÈNE III. «M le ftlaltre-d'Ûeole. Je ne l'ai su que long-temps après, ••'Ile s'appelait madame Séraphin. Sarah. Madame Séraphin! Que faisait-elle? le Maltre-d'Kcole. Elle était au service de M. Jacques férand. Sarah. Jacques Férand, dites-vous? Jacques Férand, de '» rue du Temple? le maitre-d'Koole- Lui-même. Sarah. Une petite fille; blonde? le Maltrc-d Kcole. Blonde. Sarah. Avec des yeux bleus? le Maltre-d'Kcole. Comme des bluets. Sarah. Et c'est elle qu'hier au château vous avez enlevée? le OTnltre-d'Kcolc. Vous nous avez payés pour ça; Sarah, tombant h genoux. Oh! mon Dieu, mon Dieu, c'est ■"a fille 1 vos vues sont Impénétrables.... un tel bonheur possible! I/e Mnitrc-d lOcole , regardant autour de lui. Que de richesses ici!... QHruil d'une voiture dans lu cour.) Sarah, se relevant. Une voiture! c'est lui! le iNaitre-d'Keole, h part, pendant que Sarah vnh la fenêtre. Et nous enfuir sans rien.... Oh! non.... Sarah. Lui ! en un pareil moment, c'est Dieu qui l'envoie. Maitrc-d'École.) Et vous rappelez-vous les traits de l'en- font?... le Maître-d'ÉcoIc. Je me les rappelle. Sarah. Si je vous montrais un portrait, la reconnaîlriez- v ous?... le Maltre-d'École. Oui. Sarah. Venez. le ra' y U là un jeune homme qui voulait absolument parler à Son Altesse; comme je n'avais pas d'ordre, j'ai refusé de le laiS' Ber entrer.... 11 dit s'appeler Germain et a donné cette lettre. Rodolphe. Donnez. {Le domestique sort,") Rodolphe, prenant la lettre. Qu'est-il arrivé ! De qui ceU 1 ' lettre? De Clémence! Malgré moi.... j'ai peur. (Il ouvre la le 1 ' tre; h peine a-t-il lu quelques mots qu'il pousse un cri de joie-) Ah! elle existe! g«rah. Notre fille? Rodolphe, continuant de lire. Elle est là) Sarah. Notre fille? Rodolphe. Je vais la voir! Sarah, lui saisissant le Iras. Notre fille? Rodolphe. Laissez-moi! Sarah. Que je vous laisse! (Avec solennité.) Mais ne yez-vous pas qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire c " moi.... que je brûle.... que je frissonne.... Écoutez-moi ; je semble toutes mes forces, toute mou énergie pour résister ce saisissemeut. Rodolphe, laissez-moi voir ma fille. Rodolphe, Vous! . g Sarah. Oh! je sais que je ne le mérite pas.... ma' 8 ' vous le jure, j'éprouve un repentir amer, profond, épouvan'* ble.... une lumière nouvelle m'éclaire; l'ambition, l'orgueil3 e facent, la maternité se révèle. ACTE V. TABLEAU X. SCÈNE V. 95 Rodolphe. Non, pour son bonheur il faut qu'elle ignore à jamais.... Sarah, Kh bien! elle ignorera tout. Rodolphe. Comment? Sarah. Laissez-moi la voir, la voir une seule fois.... et pour long-temps.... et, Rodolphe, je vous en fais serment, je n e lui dirai pas que je suis sa mère.... Rodolphe, qui a hésité d'abord, va tonner. Faites monter la jeune iille qui est en bas dans la voiture. Sarah, tombant à gcnou.v. Je vous remercie à genoux. Rodolphe, la relevant et la conduisant vers le canapé. Relevez-vous, madame, et songez au serment que vous venez de faire.... Sarah. Je le tiendrai, je ne lui dirai pas que je souffre, je la regarderai; mais vous, Rodolphe, ne retirez-vous pas votre malédiction. Rodolphe. Peut-être. Sarah. llatez-vous; tout à l'heure vous ne pourrez pas... devant elle, ce serait tout lui apprendre. Rodolphe. Ali! puisqu'il me rend ma fille, le ciel est plus clément que les hommes. Sara'i. Silence! c'est elle. Rodolphe, la regardant. Ah! j'ai peine à contenir les battemens de mon coeur. Scène V. Les Mêmes, FLEUR DE MARIE. *'leur de Marie, allant vivement au prince. Monseigneur, J* vous revois. {Le prince In contemple sans rien dire.) J'avais lrtl »t le désir de vous revoir.... Pardon d'être venae jusqu'ici. Sarah. Ici on parlait de vous, Marie. {Fleur de Marie regarde avec élonnement et embarras.) *lodolpii C . Vous paraissez bien faible encore. *"leur de Marie. Mais vous-même, monseigneur, vos yeux "Nues.... Vous ne m'avez jamais regardée ainsi. (Remarquant es signes d'intelligence écha7igés entre Sarah et Rodolphe.) Que Se Passe-t-il donc? . Sarah. C'est que depuis votre absence, Marie, bien des cn oses sont arrivées. {Marie regarde tour h tour le prince et Sarah.) Vous ne me connaissez pas.... Approchez sans crainte. ^ e Prince lui fait signe d'approcher.) On a su que tous vos malheurs venaient d'une femme qui a été bien coupable. Rodolphe. Qu'on a trompée aussi, sans doute. 96 LES MYSTÈRES DE PARIS. Sarah, bas, au prince. Oh! merci. {A Fleur de Marie.") Mais vous êtes bien vengée, Marie.... et si tous vos malheurs étaient finis, pourriez - vous oublier que cette femme a été la cause.... Fleur de Marie. Je suis trop heureuse pour ne pas oublier.... Snrnh. Vous lui pardonnez? Fleur de Marie. Je lui pardonne. Que Dieu soit indulgent pour moi comme je le suis pour elle. Sarah. Marie, cette femme vous bénira.... sa dernière prière demandera au ciel, non de la clémence pour elle, mais du bonheur pour vous.... et ce bonheur, vous l'aurez.... Oui, Marie, un bonheur plus grand que vous ne l'espérez. Fleur de Marie. Que voulez-vous dire? madame. Rodolphe, à mi-voix. Soyez prudente. Sarah. Marie, on a découvert voire famille.... Fleur de Marie. Oh! mon Dieu! Rodolphe, h mi-voix. De grâce! Sarah, h mi-voix. Oh! laissez-moi mon unique joie. (Haut.) On sait quel est votre père. Fleur de Marie. Mon père! Sarah, Comme vous l'aimerez, quand vous le connaîtrez.. Fleur de Marie. Je ne le connais pas, et je dois tout à monseigneur. Sarah. Une nouvelle vie va commencer pour vous.... Fleur de Marie. Ma nouvelle vie a commencé du jour où il a eu pitié de moi. Sarah, Et vous l'aimez?... Fleur de Marie. Parce qu'il m'a sauvée, parce qu'il a fait pour moi ce que Dieu seul aurait pu faire. Sarnh. Aimez-le donc encore.... il est votre père! Fleur de Marie. Lui! Rodolphe. Dans mes bras! Sarah, h mi-voix. Pour ma part, à moi.... votre main. (Le prince, tandis qu'il embrasse Fleur de Marie, tend sa mai* h Sarah qui la baise.) Fleur de Marie. Mon père, vous! et ma mère? Sarah. Morte! Rodolphe, se retournant. Que dites-vous?... Grand Die"* ces traits décomposés.... du secours! Sarah. Il est trop tard ... dans celte blessure un poison sans doute.... {Saisissant la main de Fleur de Marie.) Oui, Mari*, votre mère.... morte bien malheureuse.... sans vous avoir embrassée. {Elle ea'pire en regardant sa fille.) ACTE V. TABLEAU XI. SCÈNE ï. 9? Onzième Tableau. — I«a Patte d'Ole. 1 " carrefour de forêi oi aboutissent di»er» «hewini. A droite, monticule sons lequel on aperçoit un regard entouré d'arbres. Scène I. TORTILLARD, LE CHOURINEUR, évanoui. Tortillard, agenouillé près du Chourineur qu'il cherche à ranimer. Chourineur! Chourineur! réponds-moi donc.... Il ne m'entend pas.... voilà plus d'une heure qu'il est tout à fait évanoui.... 11 faut que ce soit sa blessure et la fatigue.... nous avons Marché si long-temps depuis que nous avons quitté l'île des Ravageurs! (On aperçoit sur la droile Benoît et liarhillon qui se ylissent h travers les arlres.) 11 me sernhle qu'on a remué dans les feuilles.... Si c'était quelqu'un.... j'aurais du secours. Y a-t-il quelqu'un là? (Benoit et Barbillon se retirent.) Personne! c'est le vent qui aura agité les feuilles. Comment l'aire au milieu de ce bois? C'est bien heureux encore qu'hier soir en côtoyant le bord de la rivière j'aie aperçu les premières lueurs 'lu feu, car je suis arrivé assez à temps pour l'empêcher d'être grillé; pauvre Chourineur! (T.e Chourineur pousse un soupir.) Je ne me trompe pas.... il revient à lui. Chourineur] Chourineur! le Chourineur. C'est toi, Tortillard? Tortillard. Tu vas donc mieux? te Chourineur. Oui, la fraîcheur m'a ranimé. Tortillard. Ta blessure? le c, »ourlncur. II s'agit bien de ça ! Où sommes-nous? Tortillard. Toujours dans ce bois. De Chouriueur. Comment! déjà le jour! Ouelle heure esi-ilî Tortillard. Dame! il n'y a pas d'horloge ici. Jjb Chourineur. Tonnerre! il sera trop tard. Le prince K era tombé dans leur embuscade.... Vite au château de Mad. «l'Ilarville. Tortillard. Mais ce château, nous n'avons pas pu le trouver. •>e Chonrlncur. Eh bien! nous rencontrerons quelque Sarde, quelque paysan. Viens! viens! Toriiiiai-d. Mais lu ne pourras pas marcher. le Chourineur. Viens toujours.... si je ne peux pas R ^l""rlo; r o No. 297. (2. Série No. 47.) 7 98 LES MYSTÈRES DE PARIS. marcher, je me (rainerai; si je tombe tout à fait, tu me laisseras là, et tu te souviendras qu'ils n'ont plus que toi pour les sauver. Viens!... viens!... (Us sortent.) Scène IL BENOIT, LE MAITRE-D'ÉCOLE. Benoit. Qu'est-ce que c'est que ces deux-là?... Heureusement ils ne nous ont pas vus. (Au Maitre-d'Ecole qui s'avance.) Qui va là? Le nialtre-d'École, « mi-voix, Est-ce toi, Benoit? Benoit, descendant en scène. Oui.... Eh bien! as-tu vu quelque chose? Le JUaitre-d'Kcole. Par le chemin de traverse, j'ai été avec François jusqu'à la petite porte du parc, tout est tranquille et silencieux par là. Je suis monté sur un arbre pour apercevoir le château, j'ai vu des lumières aller et venir; plus de doute, ils vont partir. Benoit. Ce retard commençait à m'inquiéter.... Férand nous avait dit qu'il devait avoir lieu vers une heure du matiOi et le jour est tout à fait venu.... Le Maître-diùcole. Où sont les autres? Benoit. Toujours embusqués dans les taillis, le long de la route. lie Maltre-d'Kcole. Et Férand? Benoit. Il va de l'un à l'autre, plus impatient qu'aucun de nous, depuis qu'on est convenu de lui laisser Fleur de Ma' rie pour sa part. Le Moltre-d'École. Allons rejoindre nos camarades; car François, qui, en longeant les murs du parc, a dù se glisser jusqu'à la grille, nous donnera le signal aussitôt que la voiture sortira de la cour. Benoit. Allons! viens. Le ffloitre-d'École. Un instant,'... 11 faut tout prévoir.-- Dans le cas où l'affaire ne réussirait pas, ne perdons pas u e l'oeil Férand; nous aurons à causer avec lui.... Benoit. Comment? . l'ai Le Maltre-d'Jicole. Il y a de l'or quelque partiel...- J mon idée.... (On entendant plitsietirs coups de feu.) Qu'est- ce donc?... Sont-ce les nôtres qui attaquent.... ou sommes-nous a' laqués?... Viens!... viens!... ACTE V. TABLEAU XI. SCÈNE III. 99 Scène III. FÉRAND, puis LE MAITRE-D'ÈCOLE, BENOIT. Fcrand arrive seul précipitamment, il est suivi de près Par le Maître-d'École et Benoit, qui l'observent. L'attaque a manqué.... il ne me reste qu'à fuir et à emporter mon trésor. " est là.... (Il va h un tronc d'arbre, écarte quelques branches et en tire une cassette.) Fuir! oui.... mais je connais la route du prince qui m'enlève Fleur de Marie.... Je le suivrai de loin.... Je m'attacherai à ses pas comme le tigre à sa proie.... La surveillance dont il entourera sa lîIle peut faillir un jour, et je serai vengé des tortures de cet exécrable amour. Oui, Fleur de Marie, ta mort seule peut assouvir une passion qui n'est plus maintenant que haine et perte.... (Apercevant un homme qui traverse la route en fuyant.) On vient! Malédiction! (/J se cache derrière un arbre et suit l'homme des yeux. Au moment où il va aller h son trésor, le Maître - dKcole lui barre le passage.) Le Maltre-d'École, qui s'est approché de lui lentement. J'ai à te parler. K'crand. Que veux-tu! te Maltre-d'École, h Benoît qui reste ait fond. Benoit, veille par là. (A Férand.) La moitié de ton or? Fcrand. Je n'ai pas d'or. l.e Maltre-d'École, En entrant dans ce bois, tu avais une cassette à la main.... tu l'as cachée.... Il nous en faut noire part. Ccrand. Crois-tu m'intimider?... Tu oublies qu'on nous poursuit. I.e maltre-d'Koole. Perdus ensemble ou sauvés ensemble. Ccrand. Soit! le MaHre-d Kcole. Tout le mal que j'ai fait, quel en a ete le prix? La misère, la peur, et de temps en temps seulement l'oubli acheté par l'orgie. Je ne veux plus de cette vie-là. Fcrand. Change-la, si tu peux? Le Maitre-d'ÉooIe. Je veux celle que tu t'es ménagée; nous nous étions partagé la puissance du mal, à moi la brutale énergie; à toi la ruse, le mensonge, l'hypocrisie.... Il faut par tager aujourd'hui le fruit de cette infernale alliance. ■Férand. Ma réponse est: Je ne veux pas! te Maltre-d'École. Je suis obligé de fuir et sans res source. Veux-tu? Férand. Non! Maltre-d'École. Nous sommes deux.... Veux-tu? 100 LES MYSTÈRES DE PARIS. Fcrand. Non! i Le Maitrc-d'Kcole. Depuis long . temps ~gu conçois le crime et je l'exécute.... Si à cette heure, poussé à bout, j'allais concevoir et exécuter.... Prends garde.... ce sera terrible. Fcrand. Tue-moi, j'emporte mon secret. Le Maître-d'Koole. Je ne te tuerai pas, et tu me conduiras toi-même à ton trésor.... Encore une fois, ce sera terrible.... Eerand. Essaie! llenoit, venant rapidement en scène. On vient! on approche! Fcrand, au Maîtrc-d'Iicale. Faut - il fuir.... faut-il nous cacher? Le HIoitre-d'Éeole. Cachons-nous ensemble. Férand. Dans ce caveau! Le Maître-d'École. Tu sais ce que je l'ai dit... il le faut. (Tout trois descendent dans le regard.) Scène IV. Deux Gardes, LE CHOURINEUR, TORTILLARD, puù LE MAITRE - D'ÉCOLE , BENOIT, FÉRAND, RODOLPHE, FLEUR DE MARIE, Mail. D'HARVILLE, Gendarmes, Paysans, Paysannes. Tortillard. Par ici! par ici!... Je les ai aperçus, le Chourineur. Entourez bien celte clairière.... gardons toutes les issues. (Silence profond. On entend tout à coup un cri sortant du regard- Saisissement général.') Tortillard. Ce eri ! Chourineur. Là.... là.... Le Clionrinear. Tais-toi! (Tous se cachent derrière les arbres.") Le Maître-d'École , sortant pâle du caveau. Son cri ni'" épouvanté.'... Benoit. Attendons qu'il sorte. (Les gardes les ont entourés; le Chourineur, qui les a écoutent leur montre les armes tjni les menacent.) Le Chourineur. Si vous dites un mot, vous êtes n»orWj Fcrniid, sortant du caueau, au désespoir. Aveugle! aveUg'*' Où êteg-vousî... où etes-vous donc?... Je me vengerai.... No"' non, je ne puis pas. (Mouvement d'effroi, sur nn signe du f rinenr, le silence le plus complet se rétablit.) lia nuit! la DU» oh! c'est affreux! Benoit! oh! je vous en prie.... ne m'ab»"' ACTE V. TABLEAU XI. SCÈNE IV. 101 donnez pas.... Vous aurez pitié de moi.... Vous êtes là, répondez? Le Maître d'École, forcé par les menaces d'un garde. Oui! Fcrnnd. Ne me quitte pas, je vais te dire où est mon tr ésor.... tu me laisseras ma part.... Là, à gauche du caveau... a « pied du premier arbre.... sous des feuilles. (Le Chourineur a suivi toutes les indications.') Le Chourineur. Une cassette! Le naître -d'École. Malédiction! Véraod. Trahi! (Se sentant saisir.) Arrêté! (Cris. — Voilà la voiture! voilà la voiture!) •Le Chourineur. Entourez ces trois misérables, que Fleur de Marie ne puisse pas les voir. (Germain, Rigolette, la Fermière et des gens de la ferme entrent avec des cris de joie, et vont au devant de la voiture qui entre et où sont Rodolphe sttr le devant, Mad. d'Harville et Fleur de Marie sur le derrière.') Von». Vive monseigneur! vive M. Rodolphe! Rodolphe. Adieu! mes amis. Du bonheur à tous, braves gens. lie Chourineur. Sauvée! heureuse! c'est tout ce que je voulais. Adieu, Fleur de Marie ! (Suivant des yeux la voiture.) Adieu, Fleur de Marie! Cérand, qui reste en scène avec deux gardes qui l'observent. Elle part! Plus d'or! Aveugle! Je suis vaincu! Grâce! O mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu! (Les deux gardes s'approchent pour le saisir.) FIN. Imprimé riiez L. W. Itrnuse, h llerlin. Répertoire du théâtre lia n irai s à Berlin? ou collection des meilleures pièçes du théâtre français. La Série de 6 No. in gr. 8. br. 1 Thlr. Les pièçes innrqneee d'une f sont de M. S or il"'" No. i 130 f Le lorgnon. f 131 [- La Dugaznn. . 132 lin duel sous le cardin' ' I 133 -f- Le retour. f 134 •{• Le budget d.j. mena)!'' i 135 Le mari de la veuve. ( f 13(i f Salvnisy, ou l'amour" ' I 137 Le» Charniettcs. * OS Un matelot. 139 La Lectrice. . * 140 Le leiine homme en lo ,fr I 1 141 ; Kitelle. * 142 (lue heure de mariaR*' I 149 ; l'artie et Revanche. I» La tille de 1 avare. I 18 Chatterton, p. AtflfT » 1 W ; tf.tre aimé ou in"'""' ' t H Angelo, p, /'. Hue 0 ' ' 148 L'ami Grandet. 1 M I a France pitloros'l'"'.' „. » 150 l ue camarade depen"" i I S I Pourquoi i 1 ( . ^ lait l'u changement du»' 1 "' No. gr. 1 Mes derniers vingt sols. 4 2 -J* Malvitia. (2) 6 3 y L'Ambassadeur. 6 4 -j- Les Moralistes. 6 5 fl.'ndernierJourdeFortune 4 h Les Cuisiniers diplomates. 4 7 air. Jovial. g .S ; Le mariage île raison (2) 6 «I Le Paysan perverti. 10 10 f Les premières amours. 6 11 f Théobald. 4 13 Madame de St. Agnès. G 13 f Yelva. 6 14 -j- La jeune Marraine. 6 15 Simple Histoire. 6 10 Léonide. 8 17 + La Somnambule. 6 18 y Le Diplomate, p. Itelavig-, ti 10 y La Quarantaine. 4 20 y Le Cousin Frédéric. 4 21 f La lune de Miel. 8 22 -{-Lademoiselleàmarier. (2) 6 23 -j- L'Héritière. 6 24 Le jeune Mari. (2) 0 25 Le vieux Général. ti 2b y Le vieux Mari. 8 27 La Maîtresse. 6 28 y La Mansarde des Artistes, (i 20 y La Haine d'une Femme. 4 30 Les Perroquets. 4 31 Tony, ou : les canards. 0 32 y Le Confident. 4 33 Angéline. G 34 La Mère au bal. G 35 Marie Mignot. 8 3',i y .Avant, pendant, après. (2) 6 37 L'école des Vieillards. (2) 8 38 -J- Le nouv. Pourrt-augnac. 6 30 La Suite d'un bal mas<|ué. 0 40 l'n Moment d'imprudence. 6 41 Le précept.dana l'embarras, b 42 f Valérie. 6 43 y La seconde année, 6 44 y Louise, ou : la Képaration. 0 45 La Mère rivale. 6 46 Le Matin et le soir. G 47 Le Roman d'une heure. 4 48 La Semaine des amours. G 49 La Manie des places. G 50 t Le Menteur véridique. 4 51 y L'Artiste. G 52 f Mi< hel et Christine. (2)6 53 Les trots Quartiers. 6 54 Le Conscrit. 4 55 La chatte métamorphosée. 4 50 Hernani, f,Plein? //iuro.(2) 8 57 La Reine de seize ans. (î) G 58 L'Actrice en vo âge. 6 59 Minette. G GO y Philippe. 0 01 Ma place «t ma femme, 8 hi '■ La fin du moi». 4 03 Monsieur Hotte. 8 t'4 Le Célibataire. H 05 Le Sourd. 0 No. gr. GG + Le Parrain. 4 67 Les deux Cousins. 8 68 Le Marquis de Pomenars, 6 GO yLe plusbeau joiird.l. vie. G 70 l a mère et la tille. 8 71 !" Jeune et vieille 8 72 La dame et ta demoiselle, n 73 f Cne faute. 0 74 La revanche, 6 75 La séparation. 8 70 Madame La.ve.lett». G 77 Tartuffe, p. Mnliirt. (2) 0 78 Madame du lïarry. 8 70 y La famille Hiipiebourg. 6 80 -j- Le (luaker et la ilaiisetme. 6 81 Le Tyran domestique. 10 82 Marion de Lorine, p. AftWyj.l 1 83 La Perle dee Mai ■ •». G 8+ L'oncle ri* al. 4 85 M. Cagnard. 4 86 Le dey d'Alger. ' 4 87 L'oubli. f) 88 Le Philtre ch.lnipcnui*. 6 so Rabelais. 4 00 l.a grande dame. 8 91 La fille d'honneur. 10 92 Chacun de sou cillé. (2) 8 93 Louis XI., p. Delavigne. 8 93a Les vêpres siciliennes. 8 94 Le Chaperon, 6 95 La duchesse de Guise. (i 96 La Cloison. 4 97 -[-La vengeance italienne, 8 98 Le Serrurier. 6 99 y Mémoires d'un colonel. 4 100 La famille Jabutot. 4 101 l'ne Mouomanie. G 102 L'enfant trouvé. 8 103 Le jeune hoiiime a marier. 6 104 Heur et malheur. 4 105 Kettly. G 106 La duchesse et le page. 6 107 La vie de Molière. 10 108 f Toujours. (2) 8 109 La puritaine. 8 110 Lucrèce Horgia, p. Hugo. 8 111 f Camllla. 8 112 Le roi s'amuse, s), Hugo. 8 113 Les vieux péchés. G 114 y Le gardien. 8 115 Les enfans d'Rdouard. 8 fit) L'avare, p. .Woiïère. (21 8 117 y Les malheurs d. amant. 8 118 Les deux ménages. ti 119 L'art de payer ses dettes. ti 120 Iphigénie, p. Racine, 6 121 f Bertrand et Raton. 8 122 Marie Tudor, p. t . Hugo. 8 123 L'art de se faire aimer. 8 124 Angèle, p. A. Dumas. 12 125 y Le Savant. 8 126 Le Sauveur. 8 127 t 11 mère. ti 128 i_e CiU, p. I'. Commit*. 8 120 Michel Perriu, l'espion. (2) 8 153 Don Juan d'Autriche- ^ I 154 Catherine ou la croi» ( , -ce'" r 155 y t'. chaumière «tson 156 L'éclair, 157 Cn mari charmant. 158 ■;- La pss-i.ni secrèt'- ' 149 Pli-(Ire, p. HttnVie. 1*0 Le Gamin de Paris- V 161 |)on Juan, p. /''"""''. „ll'-! Ili2 Cnefamilled.lempsu p 163 Ksther, p. Rwci«*. j 10+ LCI rivaux d'eux W* 165 Muiroud et Comp a (l%, ( L68 Vn mariage raison"*^. , 107 ; I a pensionnaire "" ut. 168 Marie, p. Mme. J" c 169 L'homénpalhie 170 fin bonheur ignore- 171 L'heureuse erreur. 172 y La camaraderie» ^jr'' 173 Cn mariage SOUS I e ' . _. ., ... . ii^atc. 174 l'ne position délij* 175 Cinna, p. L'ornai"'' f 17ii Schiibry. j,.. r 17 7 » ouloir c'esl P^VÏ.?!»»"' 17 s Le (lère de ilcb» 170 La cnmlesse du 180 ;- l es indépendant»- ( ISI y Zoé, p. AVri*»- ■ 182 L'Kpée de mon f*J0> I 183 v trente ans, p- ^„/i»'"' 184 l.emlsanthrnpe,p. I 185 i'rop heureuse. ,^1. , 186 Le conseil de disdl , 187 /aire, p. falloir'- 1 188 l ne bonne '"'•"""'(oi* > ISO Cn colonel d'au" ' I 100 Le Mari et l'Ania' ; 10J s.ins nom. 102 Clémentine. n«c«VVl ' 103 Hritannicus, P-." )c 104 Jean ou Il " 1 "