Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 44. (294.) COMÉDIE UN TROIS ACTES, MÊLÉE DE CHANT, l'Ail MM. MlI AI I 0\. DARTOIS ET MX.l IIXOV IIIKIJV, 1844. Ad. Mt. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique. Fr. 15 Sur. (12 gGr.) ■ r TSBmil^9 JULNON, HIHOM et M iOTE\0\, on ** iiKS TROIS BOUDOIRS, COMEDIE EN TBOIS ACTES, MÊLÉE DE CHANT, PAR H. THÉAVION, nAKTOIS et f.KSUl 1I.M>N ACTEURS. Mlle. DESCHANEL. Mail. DE BONGARS. Mlle. Ml'L.MAULVAU. PER«ON\A«EN. Mad. DE MAINTENON. SINON. NANON, cabaretière. BABET, servante de la cabaretière. Lk marquis D'AUBIGNL, ) gentilshommes de la Mr. MONTALAND. Lk VICOMTK DE CIIAM11.I.Y, ) chambre. Mr. l'ÈCHENA. Lk marquis DE LOI VOIS, ministre de Louis XIV. Mr. DE BONGARS FLAM11ERGK, suisse du premier Président. *lr. VILLARS. CHRISTOPHE, oncle de Nation. Prkmikr Soldat. Dkijxikmk Soldat. MOUGIN, vieux valet-de-cliambre de Ninon. U.\ Skigxkuh. Ux Huissikh. Un Notairk DK XA CONGHKGATrOX. l'ARKNS DK KASO.V. SOLDATS. VALKTS. La scène au premier acte chez Nanon; au deuxième, chez Ninon; au troi sièine, clie/. madame de Maiutenon. Mr. CASTELLL Skioxkijrs. Ouatrk Damis V V V V ir V ic "iririrJMr * ACTE PREMIER. LE BOUDOIR DE NANON. Une chambre proprement meublée, chaises, commode, table etc. Une porte au fond donnant dans le cabaret ; à droite un cabinet, à gauche une autre porte. Scène 1. D'AUBIGNÉ, en soldat; Plusieurs Soldats. {Au lever du rideau, d'Aubii/né et les soldats boivent autour d'une table tt droite.) CHOEUH. Air de l'Elisir d'Amare: Chantons, Buvons, Rions ! hépertoiie No. 19t. 1 1. Série \... ++. | Malgré l'esprit, les charmes De In belle Ninon, Il faut rendre les armes A la yente Nanon. 2 NANON, NINON ET MAINTENON. D'Aubigné. Mais ses traits, qu'on adore, Par sa mine agaçante, Semblent plus doux encore, Son r'gard plein de douceur, Vus, en buvant son vin. Nanon tendre et piquante Chantons le verre en main, Charme les yeux, le coeur; Ce gai refrain: Malgré l'esprit, les charmes, etc. CHOEUR en dehors h gauche, reprenant seul. Malgré Pesprit, les charmes, etc. D'Aubigné. Il par.iit qu'il y a de l'écho! (bamilly, en dehors h gauche. Mais sa gaîté légère Deuxième Couplet. Si,it encor mieux nom phùra Par sa vive saillie, ^ ,,nnd nou » "«von. son vin ? Elle charme soudain; Chantons le verre en main Son aimable folie Ce «•&«»! Bùtip* lt chagrin. CHOEUR CJÉXÉRAIj. Malgré l'esprit, les charmes, etc. Premier «miltint. A la santé de Lavaleur, le futur propriétaire du cabaret de la Grande-Pinte! (if« loivent.) Va §cigneur, dans le cabinet. A la santé de Chantilly, le grand vainqueur des belles! D'Aubigné. C'est encore ce diable de Chamilly et ses compagnons de ffllie! Depuis quelque temps, ils ne sortent pas de ce cabaret. Deuxième Soldat. C'est drôle tout de même de voir des grands seigneurs venir faire la cour à une cabaretière! Premier Soldat, montrant d'Auhigné qui tire le verrou de la porte du cabinet à ganehe. Ob! est-il jaloux!... Il met I e verrou de cette porte pour qu'on ne vienne pas ici lui voler son trésor! D'Aubigné. Je ne crains rien pour Nanon; mais c'est pour éviter les querelles.... S'ils entraient dans cette chambre, qu'ils appellent par dérision un boudoir, je me verrais forcé de tirer mon briquet contre leur épée! Car Lavaleur n'est pas endurant, vous le savez.... D'ailleurs, Nanon n'a donné qu'à moi et à mes amis le droit de boire dans son boudoir, comme ils disent..- et sacrebleu! je défendrai mes privilèges! (On entend le bruit du tamb .nr,') Premier Soldat. Tiens! c'est le roi Louis XIV qui nous appelle au devoir! Deuxième Soldat. Absent par congé.'... Lavaleur et moi, nous sommes en semestre et nous le passons à la Grande-Pinte. D'Aubigné. Au revoir, camarades! CHOEUR, reprise. Malgré l'esprit, les charmes, etc. (//« sortent tous, excepté d'Auhigné et le deuxième soldai ) ACTE F. SCENE II Scène II. D'AUBIGNÉ, Deuxième Soldai. Deuxième Soldat. M. le marquis n'a rien a m'ordonner? D'Aubigné. Non, rien, pour le moment.... mais ne t'é- loigne pas.... j'aurai peut-être besoin de ton secours. Deuxième Soldat. Je crains bien, monsieur le marquis, que vous ne finissiez par vous compromettre avec la jolie Na- non.... Elle a un régiment de cousins qui respirent pour elle, et qui sont les plus grands rustres!... Le suisse du premier président surtout.... qui dit toujours, en enrageant: (Imitant le baragouin du Suisse.) Clié suis toucliours coûtent. D'Aubignc. Nanon me protège contre tout le monde. Deuxième Soldat. Oui, mais si l'on vient à découvrir qui vous êtes? D'Aubignc. Bon! qui découvrirait sous ces habits lu marquis d'Aubigné, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi Louis XIV? Le marquis d'Aubigné, amoureux d'une petitegri- setle de la Cité! Deuxième Soldat. Si le roi le savait! D'Aubigné. Il est probable que, même malgré les solli citations de ma respectable tante, Mad. de Maintenon, il me renverrait de la chambre.... Mais qu'importe, si la piquante et sauvage Nanon veut m'ouvrir la sienne? Deuxième Soldat. Quoi qu'il puisse arriver, monsieur le marquis, vous pouvez compter sur moi.... Je me souviendrai toujours que vous avez été mon colonel. D'Aubigné. Ah! c'était le lion temps!... Nous nous bat tions alors!... La paix est venue.... J'avais des dettes; j'ai vendu mon régiment, et j'ai pris du service dans la chambre du roi. Ce n'est pas si honorable, c'est plus lucratif, et j'ai plus le temps d'être amoureux. Deuxième Soldat. Mais, où donc M. le marquis, qui ne fréquente que les duchesses et les princesses, a-t-il pu voir Mlle. Nanon? D'Aubignc. Un jour, ou plutôt une nuit. .. après un soulier délicieux, fait chez la belle Ninon que j'adore.... Deuxième Soldnt. Vous l'adorez? D'Aubigné. J'adore toutes les femmes! Une nuit, donc Bellisle, Daumont, Sénanges et moi, nous formons la partie d'aller danser incognito avec les grisettes du Moulin-Joli. Nous nous affublons en sous-ofliciers du régiment de Champagne et nous voilà formant un quadrille avec des marchands du Temple et des épiciers de la rue d'Angouléme. Un li génie, ou 1* 4 NANON, NINON ET MAINTENON. un mauvais démon, me pousse à inviter le plus agaçant minois «le grisette qui soit dans tout l'enclos de la Cité. Nous eau sons.... je hasarde une déclaration, on me répond avec un air de pudeur et d'honnêteté charmante, délicieuse.... poi:r un homme qui n'y est pas accoutumé.... je la reconduis.... je deviens pressant.... Oh! hien oui!... j'étais tomhé sur une vertu.... On nie congédie. Je reviens le lendemain, sous le même uniforme, même accueil.... Piqué au vif, je m'informe: Nanon n'a jamais eu d'amant.... Ces malheurs-là, ou plutôt ces bonheurs-là n'arrivent qu'à moi.... et, depuis quinze jours, je suis admis dans la maison, comme une excellente pratique d'abord, et puis comme un jeune homme rangé dont on pourrait hien faire quelque chose. Deuxième Soldat. Mais ne craignez-vous pas la rivalité de ce petit vicomte de Chamilly, le neveu du surintendant des finances, qui, depuis quelques jours, vient tous les matins à la Grande-Pinte? D'Aublgné. Il est trop mauvais sujet pour plaire à Nanon; mais je ne sais par quelle fatalité ce petit seigneur se jette toujours sur mes pas! Nous nous sommes déjà trouvés en rivalité pour la jeune et belle duchesse d'Etiolés, et nous allions nous battre, quand nous apprîmes que nous n'étions aimés ni l'un ni l'autre; la duchesse était amoureuse de son mari!... Nous ne pouvions pas deviner cela! Deuxième Soldat. Si le vicomle allait vous remontrer ici? D'Aubigné. J'évite avec soin si's regards.... d'ailleurs ce déguisement.... (On entend crier en dehors: A la santé de Nanon .') Mais voici ma ravissante Nanon. Laisse-nous, et sois toujours au rendez-vous convenu. santé de la cabaretière! (An deuxième soldat.) Bonjour, monsieur.... (Le soldat salue et sort.) Bonjour, mon ami. D'Aubigné. Mon ami!... que ce mot est doux dans votre bouche! est-ce que je vous recevrais ici, avec un abandon, une conhf que tout le monde a remarqués'; Si je l'aime! quelle demai Voilà pourtant comme ils sont ces hommes! On en prend Scène Uf. ACTE I. SCÈNE III. 5 on le choisit, par exemple.... et quand nous avons trouvé dans notre amour le courage et la force de résistera toutes les tentations de plaisir et de coquetterie.... quand nous avons congédié tout le monde pour lui, pour lui seul, monsieur demande si on l'aime! Eh! bien, oui, oui, monsieur, je vous aime, et plus que je ne devrais peut-être, car, je ne suis pas encore bien sûre de vos intentions. I»'Aublgné. Ah! Nanon, je vous jure.... Nmion. JVe jurez pas!... Nous verrons bien!... Dans une heure, ici, je vous dirai ce que je viens de faire pour vous.... et alors nous saurons qui de vous ou de moi sait le mieux aimer. »'Aublgnc. C'esl moi; puisque vons me refusez la plus légère faveur. Nation. M'avez-Tous jamais parlé de mariage? U'Anbigné. Le mariage!... mais, entre gens comme nous, cela va sans dire. Nanon. Pas toujours.'... et, dans mon cabaret, j'ai entendu bien des propos galans qui n'arrivaient jamais là.... Les grands seigneurs surlout.... il faut les entendre. (Elles les imite.) Air: de l'EHsir d'mnore. Mais, j'»im' mieux verser à boire, Par la «ambleu, ma tont' belle, 0»e de verser autrement. Tes beaux yeux me font la loi! (Les imitant.) Ne te montre «as cruelle, Charmante Hébé, vois no» flammes, Et mon carrosse est à toi! Ko» coeur» sont en désarroi! (Avec «on ton naturel.) (Reprenant son ton.) — Un carrosse, il faut vous croire! H faut brûler pour vos dames, Me mènerait loin, vraiment; W vous refraîchir chez moi. U'Aubignc. Ils n'avaient rien à répondre à ça! Nanon. Et les soldais, les mariniers du port— c'est de ceux-là qu'il faut me défendre! (Elle les imite.) Deuxième Couplet. Ainsi, comptez, camarades, Allons, ebarmanf cabnr'tière, Sllr m «n vin, non sur mon coeur. Cède à la voix des amours! ( Les imitant.) El prè» de toi, pour te plaire, Faut-il qu'on aime un' ti S resse Nous nous gris'rons tous les jours. Dont 1' vin est d' si bon «loi! (Reprenant son ton.) (Reprenant son ton.) — Toiit's vos tendres incartades Cherchez ailleurs un' maîtresse, Ne vous port'ront pas bonheur; Et n' vous grisez que chez moi. U'Anbigné. C'est encore très bien! Guerre aux galans, mais vivent les chalands.'... d'autant plus que le bonheur que vous leur refusez, c'est à moi que vous l'accorderez, n'est-ce pas?... Nanon. J'y ai songé.... et c'est pour cela que je vous ai préparé une surprise. U'Aubignc. Une surprise! nous verrons si elle vaut la mienne. 6 NANON, NINON ET MAINTENON. v .iiioii Comment'! D'Aubigné. Vous allez voir. (A la cantonade.) Comte de fc'ifreville et marquis Je Tapineourt, montrez-vous! (Entrent un fifre et un tambour.) Nation. Qu'est-ce clone que cela? U'Aiiblgnc. Deux couplets pour la Sainte-Anne, votre féte.... Voici d'abord le bouquet. (Il le prend des mains du fifre et le donne à Nanan.) Nanon. Oh! que vous êtes gentil! D'Aubigné. Et puis.... (Se retournant, au fifre et au tambour qui sont restés sur le deuxième plan.) Attention pour l'accompagnement. (Ils accompagnent la ritournelle.) Air: M. de Câlinât. Sainte Anne à la terre OÏi loin du profane Enlin se fait voir, Chaque jour je dis: Et son sanctuaire Ton boudoir, sainte Anne, Est dans ce boudoir, C'est mon paradis. N aniiii II faut que je l'embrasse pour celui-là. (Elle l'embrasse.) D'Aubigné. Second couplet!... (Roulement de tambour.) même nir. Son air doux, modeste, Oui, loin du profane, Nous traîne ù son char. Chaque jour je dis: Et sa main céleste Ton boudoir, sainte Anne, Verse le nectar. C'est mon paradis. (Fifre et tambour.) Nnnoii, l'embrassant. Oh! encore pour celui-là! D'Anblgné. Je suis extrêmement vexé de n'en avoir fait que deux! Nanon, appelant. Babel! des verres,'.,, je veux verser le nectar à MM. le fifre et le tambour. (Babel a apporté ce qu'il faut et Nation verse, à la table h droite.) Babet, allant h la porte a gauche. M. le vicomte de Cna- milly m'a donné une pièce d'or pour ouvrir le verrou de cette porte.... {Elle le tire.) Voilà mon argent gagne. (Elle revient h droite.) ENSEMBLE, avec tambour et fifre. Oui, Loin du profane, etc. (Le tambour, le fifre et Babet sortent: celle-ci emporta les verres et la bouteille.) Scène IV. Les Mêmes, FLAMBERGE. Manon, se jetant dans les bras de d'Aubigné. Ah! Lava- leur, Lavalcur, comme je t'aime! ACTE ï. SCÈNE V. 7 Flamberge, paraissant. Tarteilf! U'Aubignc. L'imbécile ! Flamberge. Pardon, niam'sclle Nanon, je vous déranrhe peut-être ? D'Aubignc. Eh! oui, Lutor! Flamberge. Je parlais pas à vous! Nanon. Monsieur Flamberge, allez-vous encore recommencer? Flamberge. Non, elle suis touchours content, mam'selle Nanon, vous le savez.... mais, quand che trouve ce grand petit monsir le soldat dans le boudoir à fous, che l'y élre que le suisse de monseigneur le premier président, mais, en avre été militaire, et puis clie suis votre cousin du coté de ma mère qui était française comme vous; et clie ne souffrirai pas qu'un re «'rue de huit chours.... D'Aubigné. Esl-ce un duel que vous voulez me proposer, monsieur le hallebardier de la porte cochèreï Flamberge. Un duel? non.... c'ètre défendu par le roi et par M. le premier président. Mais.... Nanon. Si vous avez le malheur de menacer M. Lava- leur, je vous fais la défense d'entrer jamais dans mon cabaret. Flamberge. Che suis toujours content. D'Aubigné, à part. Ne nous faisons pas une querelle d'Allemand avec ce Suisse, je n'ai pas l'habitude des armes qu'il me propose. (Bas à Nanon.) Eloignez votre cousin, chère Nanon, et je reviens vous parler.... Vous, monsieur Phallebar- dier. si je vous retrouve ici, foi de Lavaleur, je vous ferai faire connaissance avec le fourreau de mon sabre. (Il sort par le fond.) Scène V. FLAMBERGE, NANON. Flamberge. Il m'avre encore menacé, je crois! Vuuon. Eh non!... non!... Mais comme vous des susceptible et emporté! Flamberge. Oh! j'étre bien à plaindre!... Vous ne pas vouloir nie prendre pour foire petit mari. Ch'aimerais fous comme un petit biche, et ch'avre à vous offrir encore un fort joli magot. Nanon, riant. Oui, ça ferait deux. Mais il est trop lard, je me marie aujourd'hui. Flamberge. Aujourd'hui! Che suis touchours content, mais l'ai un défaillance dans le estomac. Che vas déjeuner. 8 NANON, NINON ET MAINTENON. Nanon. Je vous le conseille. De là, vous irez, coinm • un bon parent, vous réunir à toute la famille, chez mon onelt Christophe, et vous viendrez ici, complimenter le mari. Flamberge. Le mari!... Che suis toucliours content. Mais, je mourrai de chagrin! Nanon. Bah! bnh!... on ne meurt pas pour cela! au contraire.... Soyez bien doux, bien poli, bien aimable, et je vous aimerai toujours de bonne et franche amitié. (J3/fe lui frappe sur la joue.) Flamberge. Vous me mettez le feu dans le visage! JBabct, accourant. Ah! mad'moiselle Nanon! une dame, dont le carrosse vient de verser devant notre porte! Nanon, s'élançant vers la porte. Ah! mon Dieu!... est-elle blessée? Scène VI. Les Mêmes, NINON. Ninon, entrant. Merci! merci! mes bonnes gens!... cela ne sera rien.... la frayeur de la secousse.... Nanon. Asseyez-vous, madame.... Flamberge. C'est une belle femme! (Nanon fait signe à Flamberge de sortir et l'accompagne jusqu'à la porte. Babet sort avec Flamberge.) Ninon, h part. Tout a réussi!... me voilà chez celle qui attire tous nos jeunes seigneurs.... Je vais voir si c'est une rivale si dangereuse. (Haut.) Où suis-je? Nanon. Dans un endroit, belle dame, où sûrement vous ne seriez pas venue de vous-même: au cabaret de la Grande- Pinte. Ninon. Au cabaret! Nanon. Oui; mais dans ma chambre, dans mon boudoir, qui n'est pas, j'en suis sûre, aussi élégant que le votre; mais nous ne recevons pas la même société. Ninon, souriant. Peut-être. Nanon. Comment? Ninon. J'ai entendu dire que beaucoup de nos grands seigneurs ne dédaignaient pas de vous visiter. (A part.) EU" est fort bien! Nanon. Oui, il y en a quelques - uns qui sont venus de brûler à la chandelle; mais je leur ai dit: Messcigneurs; vous vous vous êtes trompés d'adresse.... il n'y a rien à faire ici, allez frapper chez la belle Ninon. Ninon, riant. Ah! vous leur avez dit cela? w ft. \gjr ~Vml— ACTE I. SCENE VI. 9 Nanon. Oui.... et il faut croire qu'elle leur a ouvert, car ils ne sont pas revenus! Ninon. Vous avez une singulière idée de Ninon! Nation. C'est l'idée de tout le monde. Qu'est-ce que ça prouve? qu'elle a bon coeur et voilà tout... Ne croyez pas que j'en pense du mal; je sais qu'on en dit beaucoup; mais les mauvaises langues se tairaient, si elles savaient tout le bien que fait Ninon. La mansarde du pauvre, les hôpitaux, les prisons, elle visite tout. Ses secours pénètrent partout!... Aussi, après ça, je dirai: que celle qui a fait autant de bien et qui n'a pas péché lui jette la première pierre. Ninon, a part. Allons, elle me parait fort raisonnable. Nanon. .le sais bien qu'on pourrait lui reprocher un peu de légèreté, d'inconstance: car en a-t-elle eu de ces amans! Ninon, riant. Vous croyez? Nanon, comptant sur ses doigts. Air de Kichard-Coeur-de-Lion: Ninon. Un, deux, trois, quatre, cinq, «ix... Dix amans, c'est un peu fort! On pourrait aller jusqu'à dix, Nanon. En cherchant, ce me semble. Tour nous mettre bien d'accord, Voyons.... comptons ensemble. (Parlé.) Je vais nommer tous ceux que je connais. Ninon. (.Parlé.) Prenez garde de vous tromper. Ninon. Ca fait dix à bien compter. Nanon, riant. On peut les numéroter. C'est comm' la Madelaine..., Et même encore, en cherchaut, On pourrait facilement Aller à la douzaine. Nanon, continuant. Villarceaux, Sevigné, Conti, D'Aubiyné, Créqui, Lauzun, de Mailly, Conde, Boufflers, La Chiitre surtout, Et puis... Ninon. Eh mais, nous sommes nubout.. Nanon. Ce n'est pas tout! Ninon. Mais, pour parler ainsi, vous êtes, je le vois, cette célèbre Nanon, dont on vante jusque dans nos salons do rés l'innocente et la vertu? Nanon. C'est-moi même, madame: ça vous parait bien extraordinaire, pas vrai.... l'innocence qui tient un cabaret? Ninon. Pourquoi donc avoir pris un état si périlleux, à votre âge ? Nanon. Est-ce qu'on est maitredeça? Matante, feu Mad Grégoire, m'a laissé cette maison pour héritage, avec son enseigne de la Grande-Pinte, qui valait de l'or : fallait-il abandon ner tout ça? 10 NANON, NINON ET MA1NTENON. Ninon. Vous auriez pu vous marier.... votre mari vous eût servi de protecteur. Manon. Jusqu'ici, je me suis protégée moi-même et ça, m'a très bien réussi.... ce qui fait que dans le quartier il n'y a pas ça à dire sur mon compte. Sinon, avec intention. On prétend cependant qu'un certain marquis d'Aubigné.... ftnnon. D'Aubigné.... ob! celui-là.... on le dit trop amoureux de Ninon.... D'ailleurs, il serait venu que je ne l'aurais pas écouté plus que les autres. Ninon. On m'avait pourtant assuré.... \anon. On vous a trompée! Ninon. Vous êtes bien certaine de ne l'avoir point vu, de ne l'avoir point écouté? Nanon. Si quelqu'un doit le savoir, c'est moi! (A fart.) Pourquoi donc qu'elle m'interroge comme ça? Ninon, à fart. Elle a l'air vraiment de bonne foi! (Haut.') Ma clière amie, car la franchise de votre langage me gagne le coeur, permettez-moi une question qui vous paraîtra peut-être singulière. Nation. Parlez. Ninon. Comment faites-vous pour être si sage? Nanon. Oli! dam! c'est bien diflicile.... mais, du courage- Ninon. Expliquez-vous. Nanon. Vous pensez bien qu'on a un coeur comme une autre, comme toutes les femmes, comme Ninon, par exemple. Ninon, riant. Oui, prenons cet exemple-là! Nanon. Une tête comme toutes les femmes. Ninon. Comme Ninon! Nanon. Et des yeux, comme Ninon!... Parmi les mousquetaires et les soldats qui fréquentent mon cabaret, il y en a de bien avenans.... et parmi les jeunes seigneurs qui viennent papillonner autour de moi, il y. en a qui ne sont pas à dédaigner, et je ne peux pas employer avec eux le même procède qu'avec les autres. Ninon. Et quel est votre procédé? Nanon. Oli! j'en ai plusieurs! Air : l'.h! mais, pas si hèle que f croyait. (.Philtre Champenois.) Nanon. Ninon, aussi belle que tendre, Le péril au siècle où nous sommes, Bien plus qu'une autre est en péril: Par les yeux peut se propager; Mon procédé peut la défendre. Moi, pour éviter le danger, Ninon, riant. Je ne regarde i>»s les hommes. vl -"\ "• i..... :édé, quel est-il? Ninon, gaiment. Confiez-le moi, quel est-il? Jamais Ninon lie se décidera A se servir de ce procédé-là. tftJSP-. £.:-, • ^sJh&l— ACTE L SCÈNE VIII. li Nanon. Autre procédé. Même air: l'arfois, dans l'ardeur qui l'engage, l u galant gagne du terrain, On a beau lui dir': „Je suis sage, „Finiss«z donc!" H va son train. Mais un soufllet l'arrêt soudain. Ça l'étonné au siècle où nous sommes. De me voir ainsi procéder; C'est que, plutôt que de céder, Je r'nonc'rais tout à fait aux homme»! Ninon. Jamais Xinon ne se décidera A se servir de ce procédé-là. Nanon. Troisième procédé.... Ninon. Merci, j'ai assez des deux premiers. (A pnrf.) Allons, je sais ce que je voulais savoir.... elle est sage.... et d'Aubigné n'est pas infidèle.... C'est avoir du malheur! Babet, entrant. Le carosse de madame est relevé. Ninon. Je pars.... adieu, mademoiselle Nanon.... je suis bien reconnaissante de l'hospitalité que vous m'avez donnée. Si vous avez jamais besoin de moi, venez me voir à mon hôtel de la rue des Toumelles. Nanon. Et qui demanderai-je V Ninon, à la porte. Ninon. (iïf/c sort vivement.) Nanon, stupéfaite. Ninon! Scène VII. NANON, seule. Ninon dans ma cabaret! et comme je lui ai parlé à cette excellente femme!... Oh! je ne me pardonnerai jamais de lui avoir causé de la peine! Elle si bonne! si aimable!... si.... Heureusement elle est philosophe.... Mais, qui donc a ôté le verrou de cette porte? Dépéchons-nous de la fermer.... car, si La- valeur savait qu'elle est resiée ouverte!... {Elle va pour fermer la porte de gauche, Chantilly l'ouvre vivement.) Scène VIII. NANON, CHAMILLY, un peu ivre. Chamllly. Il est trop tard, ma belle enfant ! Nanon. Pardon, monsieur le vicomte; mais vous savez que le public n'entre pas ici!... Chamllly. Oui; mais il y a public et public.'., ma divine! Amant et buveur, moi, j'entre partout. Nanon. Quel mauvais sujet. Chamllly. J'entre surtout dans le boudoir des belles et je sais que c'est ici l'asile mystérieux où lu enivres tes vrais amis : j e veux être du nombre. (H veut l'embrasser.) 12 NANON, NINON ET MAINTENON. .Vanon. Retirez-vous, monsieur le vicomte. (A part,") Si Lavaleur allait rentrer! (Haut.) Des gentils-liommes venir ainsi au cabaret, li, que c'est laid ! Chantilly. Tu te trompes, le cabaret est le paradis des gens du cour, car ils y viennent dégager leurs consciences en se disant leurs vérités. Xnnon. C'est-ca, in verito vinas, comme dit le clerc de Notre-Dame. Chantilly, riant. Bravo!... Quant à moi. Air du Ménage de garçons. C'est ici le temple où j'adore Bacclius d'une force nouvelle Deux déités aux noms fameux. Enllainuie toujours mon cerveau: llai-chus, quand la soif lue dévore, Et Vénus est cent fois plus belle Vénus, tjuand j'ai bu du vin vieux. Ouand son autel est un tonneau. (Il veut l'emhrnsser.) Nanon. Finissez, monsieur le vicomte, ou j'appelle Là- valeur! Chamilly. Appelle de diable si tu veux! pour toi, je me donnerais à lui volontiers! De par Dieu et mon ame, je n'ai jamais vu de femme aussi séduisante! et je veux me ruiner pour te plaire; mais il faut te dépêcher, car ces daines de la cour vont m'achever! Dis un mot, et désormais, je ne veux vivre que pour toi! Nanon. Vivre pour moi!... laissez donc! on connaît ça! Chamllly. Viens, viens, ma belle enfant, et qu'un baiser de gentilhomme.... (Il la prend par la taille.) Scène IX. Les Mômes, D'AUBIGNÉ, toujours en soldai, D'Aubignc, au fond. Mille mousquetons! Nanon, « pari. C'est lui!... il va arriver quelque malheur! M'Aubigné, à part. Je joue ici le rôle de M. Flamberge. Chamilly, se tournant vers d'Auhignà. C'est donc là M- Lavaleur? D'Aublgné, h part. Cachons lui ma ligure. (Il se met de côte.) Chamllly, frappant sur l'épaule de d'Aubigné. Foi de vicomte, camarade, tu dois faire ton chemin!... car tu ne seras pas un mari fort récalcitrant.... je le vois, tu sais déjà vivre comme un mari de cour! D'Aubigné. Monsieur le vicomte! (A part.) Si je pouvais me montrer! Nanon. Ça va se gâter! monsieur le vicomte, de grâce- retirez-vous ! ■\jmf..*r :"3«fc*i~". v ACTE I. SCÈNE X. 13 Chamilly. C'est juste!... je ne suis pas ici chez moi!... e'est le bouiloir de M. Lavaleur.... qui me paraît assez boudeur de sa nature. Voix dans le cabinet h gauche. Chamilly! Chamilly! Chantilly. Me voilà! me voilà! Adieu, monsieur Lavaleur! (H rentre dans le calinet. Nation remet le verrou.) Scène X. NANON, D'AUBIGNÉ. D'Aubigné, « part. Ah! je respire!... il ne m*a pas reconnu! Mais, mon petit vicomte, si nous nous rencontrons eu core. Vai>«m. lit moi qui croyais que vous alliez lui chercher querelle! c'est bien gentil à vous d'avoir été si raisonnable. D'Aubiguc. Laissez - moi, vous êtes une coquette, une perlide! Manon. Moi! D'Aubigné. Vous! vous m'aviez promis que celle porte resterait fermée pour tout le monde, et vous l'avez ouverte. Manon. Ce n'est pas moi, je vous le jure! D'Aubigné. Vous verrez que ce sera moi ! Tenez, mademoiselle Nanon, je vous déclare que les visites de M. le vicomte me déplaisent souverainement, et s'il continue à fréquenter la Grande-Pinte, je n'y viendrai plus! Manon. Lst-ce que vous le pourriez vivre sans votre petite IVaiion? {Avec tendresse.) Allons, voyons, vilain jaloux, l'ai- sons la paix, vous savez bien que je n'aime que vous, et qu'il est impossible que j'en aime un aulre.... vous êtes le coeur qu'il me faut.... J'aurais été riche, j'aurais été grande dame, que c'est vous que j'aurais aimé.... richesses, grandeurs, j'aurais voulu vous donner tout! (Avec amour.) Mais je n'ai que moi à vous offrir.... il faudra bien que vous vous contentiez du cadeau. D'Aubigné. Oui; mais ce cadeau-là je voudrais bien le garder pour moi seul, et si.... Nanon. N'est-ce pas là tout ce que je demande !... Tenez, à présent que nous sommes d'accord, c'est le moment de vous parler sérieusement de votre bonheur. D'Aubigné. De mon bonheur! Manon. Et du mien.... Allons, monsieur, asseyez-vous là et écoulez-moi sans distraction.... je le veux! D'Aubigné, assis sur un tabouret, à droite. Je vous écoute. Manon. Depuis le bal du Moulin-Joli, l'amour à tous les 14 NANON, NINON ET MAINTENON. deux nous tourne la tète.... Il est bien temps que ça Unisse.... Je ne voulais pas vous le dire d'avance.... je comptais vous réserver cette surprise.... Mais vous êtes si généreux, que vous auriez été capable de m* refuser devant tout le monde. D'Aubigné. Que prétendez-vous? Nanan. Laissez-moi parler, monsieur.'... Vous m'avez dit qne vous n'aviez plus de parens et que vous ne dépendiez de personne. D'Aubigné. Que de vous, Nanon, que de vous.... vous êtes ma maîtresse absolue.... (A pari.) Où veut-elle en venir? Nanon. Ma famille dit que vous n'avez rien.... mais dans votre état, la bravoure peut donner une fortune ... ça s'est vu... En attendant, moi, j'ai de petites épargnes, un joli mobilier.... On ne sait ni qui meurt qui vit, dit le proverbe.... je vous donne tout cela par noire contrat de mariage. D'Aubigné. Notre contrat!... Comment, vous voudriez?.. Nanon. Oui, c'est écrit chez le notaire. Air de l'Apothicaire. Mobilier simple, mais luisant, Ce petit meuble qui contient Fauteuil un peu passé de mode, Flot d'une lettre au coeur bien ebére, Lit où je dors en attendant.... Oui, tout cela tous appartient, Table, oliiiFonnier et commode, Sans compter la propriétaire. D'Aubigné. Ah! Nanon, je suis si ému de mon bonheur! Nanon. Allons, pas «le remerclmens.... Mes parens vont venir pour la signature du contrat, je vais faire un peu de toilette.... toujours pour vous plaire, au moins. (Elle sort par la droite.) Scène XI. D'AUBIGNÉ, seul. La situation est des plus singulières.... Je ne peux pourtant pas épouser la maîtresse du cabaret de la Grande-Pinte..- ce serait d'un ridicule,'... 11 faut sortir d'embarras à tout prix.... et je ne sais encore comment.... Oh! quelle idée!..- Oui.... le moyen est excellent pour ajourner le mariage.... Nanon me sait querelleur, emporté.... (Il écrit sur son calepin.) Pauvre petite!... si tendre, si bonne!... Mais, en conscience, je ne veux pas l'épouser.... Elle ferait pourtant la plus délicieuse marquise.... (Il déchire la feuille, la plie, et va à la porte du fond.) La Tulipe!... (Le deuxième soldat paraît.) Porte cette lettre sur-le-champ, (ha Tulipe sort.) Maintenant, pourvu que les amis arrivent avant le notaire.... (On entend la ritournelle de l'air qui suit.) Ah» mon Dieu! voici déjà la noce! ACTE I. SCÈNE XII. 15 Scène XII. D'AUBIGNÉ, FLAMBERGE, Les Parens de Nanon et Le Notaire, CHRISTOPHE. CHOEUR. De ,a fête Air du Philtre Champenois. Q"' ou nn^Ête; Puisse-t-elle réunir Nous venons tous jouir Et l'amour et le plaisir! D'Aubigné, à part. Les grotesques ligures! CliriKtophe, h d'Aubigné, Monsieur le militaire est sans «Joute le futur de mam'selle Nanon? D'Aubigné. Si vous voulez bien le permettre. Flnmberge. J'en étais sur! Christophe. Vous voyez en nous les parens de la mariée et les vôtres par conséquent. D'Aubigné, à part. Elle est jolie, la famille! Christophe. Moi, je suis votre onde Christophe, teintu- rier-dégraissour, connu pour la qualité de ses couleurs et pour son savon à détacher.... J'enlève toutes les taches. D'Aubigné. Vous devez avoir de la besogne! Christophe. J'en détache pas mal!... j'ai la pratique de la cour, et je suis tout à votre service.... Embrassons-nous. (H l'embrasse.) D'Aubigné, îi part. Que le diable t'emporte! Christophe. Le ciel comblera vos voeux.... Mes amis, embrassez tous votre nouveau parent. Tout*, se pressant pour l'embrasser. Volontiers! volontiers! Air dit Cheval de Bronze. (Fiolo de Cagliostro.) D'Aubigné, Messieurs, je lue sens plein d'or"ueil Cour la famille, _ . „ ; De recevoir cet accueil, Ouel bonheur! _. - . , Et de trouver des parens Et quel honneur „ „. . Delirans! Un Soldat brille il ,.i.;. ,„,,;,., . , Je ne pouvais en obtenir Et plaît toujours par sa valeur! . « , , Qui lissent plus de plaisir, Quand j'aurais dû les choisir! Flambergc, à part, h d'Aubigné. L'amour, pour tous, méfait faux bond; Chacun d'eux brille Epousez ma cousin', c'est bon, far quelque chose de llalteur! Mais j'en jure par tous les saints, Clnillbcrge. Nous il' S'xons jamais cousins! Loill d . U fm , u |, li.VSKMBIi;, Ce monsieur D'Aubigné. Serait meilleur! Cette famille, Je crois qu'il brille Sur l'honneur, PIuj par l'habit que par le coeur! A du bonheur! liCH Parenn. Pour la famille, elc. 16 NANON, NINON ET MAINTENON. D'Aubigné, h part. Et les camarades qui n'arrivent pas! Ils sont capables de me laisser marier. Christophe. Voici mademoiselle IVanon. Les Mêmes, NANON, parée selon sa condition, Vanoo. Bonjour, bonjour, mes chers parens, je vous remercie d'avoir été exacts.... Vous savez de quoi il retourne? Flamberge. Belle, comme tous les anclies du paradis. Nanon. Lavaleur, venez donc que je vous présente.... Eh bien! où est donc Lavaleur? D'Aubigné, s'avançant. Il est à son poste, fidèle amie. Nanon. Eh bien! mon oncle Christophe, vous qui me disiez toujours: „Nanon, prends garde aux militaires.... L'uniforme „est attrayant, mais il est trompeur.... L'amour d'un soldat est comme un boulet de canon, rien ne l'arrête...." En voilà pourtant un qui m'a touchée et qui est resté sur place. I»'Aubigné, à part. C'est qu'ils ne viennent pas! Nanon. Comme vous avez l'air préoccupé! D'Aubigné. Mais non.... chère Nanon!... je suis occupé de mon bonheur! Nanon. Ce cher ami!... I^e notaire est-il venu? lie Notaire, se présentant avec les papiers. Présent! Nanon. Que c'est gentil un notaire qui vient faire signer un contrat de mariage! D'Aubigné, « part. Le notaire, cela devient sérieux! Nanon. Mettez-vous là.... Vous allez d'abord nous lire les articles. lie Notaire, se plaçant à la table. C'est mon devoir.— Par devant nous.... Deuxième Soldat, en dehors. Lavaleur! Lavaleur! Tou». Quel est ce bruit ? Deuxième Soldat, entrant. Sauve-toi, Lavaleur!... 88UV« •toi!... le prévôt a donné l'ordre d'arrêter! Tous, i/arrêter! Nanon, L'arrêter! et pourquoi'! Deuxième Soldat. Il s'est battu en duel! Tous. En duel? Scène XIII. ACTE I. SCÈNE XV. 17 Vanon. Oh! mon Dieu!... Lavaleur!... n'Aubignc. C'est la vérité!... lit jugez de ma douleur, adorable amie.... il n'y a que la fuite qui puisse m'empécher d'être pendu! 'l'on». Pendu! Flamberge. Je suis toucliours content! .Vanon. La fuite!... me quitter?... Je ne le souffrirai pas ! D'Aubigné. Il le faut! Vanon. Ali! mon Dieu! mon Dieu! quand tout était prêt pour notre mariage.... au moment où j'allais être heureuse.'... mais, c'est affreux!... c'est un coup à bouleverser toute ma pauvre raison! Deuxième Soldat, à In porte. Ah! je les entends! .Vanon. Lavaleur, il fairt fuir!... il y va de votre vie, de la mienne!... n'Anblgnc. Oui, mais par où? Vanon. Ali! par cette chambre qui donne sur l'autre rue. (Elle indique In chnmhre à droite.) Ils approchent! » Aubignc. Un baiser! Vanon Prenez en deux et sauvez-vous! D'Aubigné, montrnnt un pistolet. Un coup de ce pistolet vous annoncera que je suis libre. Vanon. Ah! mon Dieu! les voilà! l»'Aubigné. Adieu 1 , Nanou, adieu pour toujours!... {Il sort pnr la droite.) Vanon, tombe sur un tabouret, H droite; les pnrens l'entourent. Pour toujours!... pour toujours!... Oh! j'irai me jeter aux genoux de Mlle. Ninon! Scène XV. FLAMBERGE, NANON, Les Parens, Le Notaire, UN CAPORAL cl, des Soldais entrant précipitamment, CHOEUR. Air nocturne de Okys. Le» Soldai*. Ven Pareil». Arrêtons, saisissons Alternions, espérons, L'bounne que nous cherchons! El uous le sauverons ! Kt point de résistant»! Surtout de la prudence! En prison le soldat On punit le soldat Oui provoque et se bat! Oui provoque et se bal 1 Du roi, c'est l'ordonnance. Ilu roi c'est l'ordonnance. Un bon soldai, Mais un soldat, Itien qu'pour IVlal, Rn tottl étal, finaud l'Ininbour bal Quand Ttambour bal, Avec éclal, Avec éclat, Vole au combat! Vole nu combat! Héperloire No. 294. (2. Série No. 44.), 2 18 NANON, NINON ET MAINTENON. Le Caporal. Le soldat Lavaleur?... Il doit être ici. (Coup de pistolet en dehors.) Nation Il est sauvé! Flamberge, froidement. Clie suis touchours content! CHOEUR, reprise. Mais un soldat, etc. Un bon soldai, elc« FIN DU PREMIKJt ACTE. .. ^ .. u .1 u ,i .1 ii n n ». u uui u ■i 1 • 11 n ir 1 r ir ir if '' w 11 i' f' m il v 'r M w •f V V Y vtfUWtf^VYVVV^ "Tl KTRniimiRX'KIKRWWIVIlIRllIllllIlKATIIIIf^AKIiiTii « '» « •• ..ttt* •• ACTE SECOND. LE BOUDOIR DE NINON. Porte h deux hattans au fond, donnant sur un grand salon; à droite et à gauche de la porte du milieu, vitrages ou portes donnant encore sur le salon. A gauche, premier plan, «ne croisée; deuxième plan, porte de bibliothèque. A droite, premier plan, une croisse; deuxième plan, i""' porte donnant sur une terrasse. — Meuble riche. Tables à droite ■' gauche, premier plan. Une harpe placée près de In table à gauche. Scène I. NINON, seule. Déjà midi!... Kt le neveu de Louvois, cet étourdi de Cna- milly, n'a pas encore paru!... Commencerait-il à me négliger' Qu'il y prenne garde ! Air du Cabaret. Dans ma douce philosophie, Et, suivant mon riant système, Je me fis toujours une loi, Je croirais vraiment m'onblier, Quand une flamme est affaiblie, En souffrant qu'un homme quej'aune De prendre tous les torts sur moi ; Fut infidèle le premier. Scène II. NINON, MOUGIN. Mongln, apportant des lettres. Des lettres pour mademoiselle de Lenclos. (Il les pose sur la table h droite.) Ninon. Merci, mon vieux Mougin. (Mougin sort. Elle va à la table à droite, ouvre quelques lettres, et jette les yeux sur ce qu'elles contiennent.') C'est cela.... oui.... tout Paris voudrait être ce soir à la première lecture de Tartufe, dont Molière a ACTE II. SCÈNE III. l'.i bien voulu gratifier le salon de Ninon!... Oui, mais il y aur a beaucoup d'appelés et peu d'élus.... Que vois-je!... une lettre du surintendant des linanees!... le marquis de Louvois!... l'oncle de Chantilly!-. (Elle lit.) ..Mademoiselle, M. Poquelin de ,.Molière lit ce soir, chez vous, sa nouvelle comédie de Tar- „tufe ou l'Imposteur. Je regarderais comme une haute faveur „la permission d'assister à cette lecture. Veuillez donc, mademoiselle, obtenir pour moi, de notre grand poète comique, ,,la grâce que je sollicite, et disposez de mon crédit en toute «circonstance.... Le surintendant des finances.... Louvois." Je suis bien sûre de ne pas déplaire à Molière en accordant cette faveur au premier ministre du roi.... (Elle se met it écrire.) Ce pauvre marquis de Louvois!... il y a quinze jours, je le haïssais cordialement; mais, depuis que j'aime le neveu, l'oncle a beaucoup gagné dans mon estime. (Elle cacheté sa lettre et sonne. Mougin parait.') Faites porter cette lettre à l'hôtel des linanees. (Mougin sort. Regardant h la fenêtre h gauche.) Mais, i..... chaise enlre dans la cour.... C'est sans doute Chamilly.... Ciel.'... le marquis d'Aubigné!... Ah! mon Dieu! si le vicomte, qui est si jaloux de lui, allait le rencontrer ici!... lui qui a la clé de la terrasse!... Comment éloigner d'Aubigné!... Le voilà! Scène III. NINON, D'AUBIGNÉ. D'Aubigné. Air: Venez, it moi (Rothomago). l'ouï nu plaisir, loui à l'amour, Je voua Signe le billel Je reviens i];ins PP séjour "e rester toujours iidèle ( Adorer celle ,,„; to „j 0|irij D'Aubigné. Toujours, dli! je craindrais un protêt! Sera » "unonro. ENSKHBLE. Ninon. Tout au plaisir, tout à ['amour, Après votre longue absence, „ , revif ,„ (lans ce s - jour> Comment vous justifier? Je ) s D'Aubigné. Adorer celle qui toujours) C'est moi, de votre constance, ( Toujours, Oui devrais me délier. ( Dit-il, Ninon, riant. s ,„ < »« > a , nours ' Voulez vous 'i 1 "' àhns mon zùle, Ninon. Mais d'où sortez-vous donc, monsieur le marquis'/ D'Aubigné. Du couvent. M non. Du couvent! D'Aubigné. Du couvent des Visilandines de Vernon. Une 2* 20 NANON, NINON ET MAINTENON. vieille parente en était l'abbcssc; elle était à toute extrémité... ma tante, madame de Maintenon, me dit: „ll faut vous rendre ,,auprès de cette sainte femme; c'est un devoir.... car sa succession sera de près d'un million!" Je cours à Vernon: impossible d'obtenir l'entrée de la chambre de la malade; les sla luis de l'ordre s'y opposent. Je prends le parti de «l'établir chez la tourière, et, tous les matins, je fais porter à ma chère parente un petit billet pour lui donner le bulletin de mon chagrin profond. La tourière me rapportait un remerciment angé- lique, que je payais d'un orémus. J'étais rempli d'espoir.... Quinze jours se passent ainsi. Un matin, la tourière vient me dire que ma céleste parente est retournée dans sa patrie, et qu'elle m'a légué.... Ninon. Le million? D'Aubigné. Non.... sa bénédiction.... L'autre legs était partagé entre le couvent et les pauvres. Je vous demande qui est-ce qui est plus pauvre que moi, qui n'ai pour vivre que soixante mille livres de rente qui me viennent de mon père, et à peu près autant que je tiens des bontés de cette excellent tante de Maintenon, si étrangement calomniée! Ninon. Si réellement c'était là le motif de votre absence. J'ai cru, je vous l'avouerai, qu'une passion nouvelle.... D'Aubigné. Cesser d'aimer Ninon! moi! moi, dont vous occupez toutes les pensées; moi, qui porte vos couleurs avec tant de constance!... Cette aiguillette, brodée de vos mains, m'a pas quitté. Ninon. Tout cela n'empêche pas que vous avez oublie ma fête ! D'Aubigné, à pari, Votré tête!... Ah! mon Dieu! c'est encore une Sainte-Anne!... Heureusement j'ai là les couplets de Nanon.... en changeant l'air.... Ninon. Vous voilà bien embarrassé,'... Vous cherchez une défaite.... D'Aubigné. Non.... je cherche votre harpe.... veuillez m'accompagner. Ninon. Vous accompagner?... D'Aubigné. Deux couplets que j'ai faits pour votre fête, sur le fameux air de Lully, vous savez: An clair de la lune- (Il la conduit à sa harjie, a gauche.) Ninon. Deux couplets.... ah! mon ami, comliien j'étais m juste!... Mais c'est charmant! DAiibigné. Quant au bouquet, vous l'aurez tantôt, a tre soirée. Ecoutez toujours les couplets. Ninon, assise. Voyons!... (Elle accompai/ne.) ACTE II. SCÈNE III. >l n'Aubigné. Air: Au clair de la lune. {Variations de Boyeldieu.) Sainte Anne à la terre Où, loin du profane, I nLn se fait voir! Chaque jour je dis: El son sanctuaire Ton boudoir, sainte Anne, Est dans ce boudoir C'est un paradis. Ninon. C'est délicieux! n'Aubigné. Vous m'inspiriez! DCDlième Couple!, Et sa inain céleste Son air doux, modeste, Verse le nectar. Nous traîne à son char, Oui, loin du profane, etc. Ninon, se levant. Que je m'estime heureuse, mon ami, de vous inspirer ainsi !... Mais, le paradis.... c'est bien flatteur pour mon boudoir! D'Aubigné. Ce n'est pas tout: je vous apporte quinze couplets du Noël que je vous ai promis, contre notre ennemi commuu, le ministre, qu'on pourrait appeler l'ennemi de tout le monde. Ninon. Vous avez fait une chanson contre Louvois? n'Aubigné. Je n'avais garde d'y manquer, puisque vous me l'aviez commandée. Ninon. Moi! je ne me souviens pas.... n'Aubigné. Vous m'avez même demandé une chanson bien méchante.... Ce n'est peut-être qu'une méchante chanson. Mais, la voilà: voulez-vous l'entendre? Ninon. Non! pas en ce moment!... (A part.) Si Chantilly allait arriver! n'Aubigné. En vérité, je ne conçois pas votre peu d'empressement! vous qui haïssiez tant Louvois! Ninon. Sans doute.... mais une belle action suffit quelquefois pour nous faire revenir sur le compte d'un ministre, et Louvois.... D'Aubigné. Ne saurait avoir fait de belle action.... sa conscience et lui ne peuvent pas se souffrir. Ninon. On dit cependant.... D'Aubigné. Ecoutez.... un seul couplet. Air: Tous les bourgeois de Chartres Dp tonles les finances Mais s'il met au rebut, l.e lourd Surintendant, Les cris de la souffrance, A force d'ordonnances, Enfant de llrl/phutli, ) V-ul se rendre iniportanl. Sun but, ) 8 ' C'est le bien de la France! .Ninon, avec un rire jurer. Oui, c'est malin, c'est mordant, mais.... (A part.) Je tremble que le neveu arrive! n'Aubigné. Et le second couplet 22 NANON, NINON ET MAINTENON. Ninon. Plus tard, d'Aubigné, plus tard! D'Aubigné, chantant, !>•• son long justaucorps, En regardant les poches On dit: Ouelles sacoches Mougin, vivement et bas a Ninon. Mademoiselle, monsieur le vicomte de Chamilly se dirige vers l'hôtel. Ninon, h part. Ciel! D'Aublgnc, se retournant. Il vous arrive quelqu'un? Ninon. Oui.... Molière.... qui me fait demander un moment d'entretien.... au sujet de notre lecture de ce soir. D'Aubigné. Je vais passer sur votre terrasse. (Il se dirige vers la droite.") Ninon, vivement, le faisant passer devant elle et h gauche. Non!... entrez plutôt dans ma bibliothèque.... pour me faire une copie de votre chanson. D'Aublgnc. Ah! vous y revenez donc!... J'en étais sur! Ninon, le conduisant. Je vais vous enfermer, pour que vous soyez plus tranquille. D'Aubigné, lui baisant la main. Excellent moyen de garder un amant que l'on croit volage.... Je ne cède la place qu'à Molière.... Vous êtes adorable! (Il entre à gauche; Ninon ferme la porte et retire It clé.) Scène IV. NINON, CHAMILLY. Ninon, l'apercevant. Il était temps! Chamilly, à part. Elle n'était pas seule! Ninon. Ah! vous voilà, monsieur!... Chamilly. Je vous dérange... Cardon, mademoiselle; mais si j'avais pu croire que ma présence vous causât la moindre contrariété!... Ninon. Quel étrange langage, Chamilly!... Chamilly, it part. Ce vieux Mougin, placé en sentinelle... Ninon. Ne savez-vous pas que je suis toujours heureuse île vous voir! Chamilly. Même en ce moment? Ninon. Pourquoi me dites-vous cela? Chamilly. C'est que je pensais que. tout à l'heure, quel qu'un était avec vous dans ce boudoir. Ninon. Dans ce boudoir!... Ne vous ai-je pas donné la clé de la terrasse, et ne pouvez-vous, à toute heure.... Chamilly. Mais le vieux Mougin épiait mon arrivée Ninon. Jaloux! Chamilly. Avouez que vous étiez avec quelqu'un. Ninon. Oui, monsieur, oui, j'étais avec quelqu'un! ACTE II. SCÈNE IV. 23 Chamilly. Ali! je le savais bien! Ninon. Et je l'ai caché dans cette bibliothèque. Chnmilly. Et peut-on apprendre le nom du fortuné mortel? vinon. Il s'appelle Molière, monsieur. Cliamllly. Molière! vinon. Oui, Molière.... qui m'a démandé à faire là quelques corrections à sa comédie de Tartufe, avant la lecture de ce soir. Chamilly. Quoi! ce serait?... Ninon. Vous en doutez? Chamilly. Ah! Ninon, Ninon!... je suis un grand fou!., et c'est à vos genoux.... (Il va pour s'y mettre.) Ninon, l'arrêtant. Que faites-vous donc?... entrez.... ce n'est peut-être pas Molière. Chamilly, Ce n'est pas généreux! Ninon. Allons, je vous pardonne; mais, désormais, il n'y aura, entre nous, que de l'amitié. Chnmilly. Cruelle! Ninon. C'est la première fois que j'entends ce mot-là ! Chamilly. Ninon. Air: Pendant qu'il dort. I»euxlème Couplet. Dans ton boudoir (bis 1 Duns "«"» boudoir (bis.) L'amitié n'est pas à sa place! De recevoir les gens que j'aime, Ou, trompant un riant espoir, tort de ine faire un devoir: L'amitié n'est qu'une disgrâce, Je su ' s d'une faiblesse extrême Dans ton boudoir, (bis.) "ans mon boudoir, (bis.) ; Point d'amitié dans ton boudoir. roint d'amitié dans mon boudoir. Chamilly. Ah! c'est qu'ici surtout, Ninon, adorée, devient vraiment adorable. Ninon. Flatteur!... vous me dites cela.... et vous songez à vous marier! Chamilly. C'est ma famille qui y pense.... mais je vous promets de résister. Ninon. Foi de gentilhomme? Chamilly. Foi de gentilhomme.... (A part.) de la chambre. (Haut.) Mais, à voire tour, Ninon, vous nie jurez que vous ne voyez plus le marquis d'Auhigné? Ninon. Voilà vos soupçons juloux qui vont revenir? Clinuiilly. Si je le trouvais ici!... Ninon, à part. Il me fait frémir! Chamilly; à part. Klle est embarrassée.... il est venu!... [Haut.) C'est que moi, Ninon, je ne songe qu'à vous! 24 NANON, NINON ET MAINTENON. Scène V. Les Mêmes, NANON. Niiiton. paraissant h la porte; un valet l'arrête. Puisque je vous dis que c'est mon amie intime depuis hier ! Ninon, se retournant. Qu'est-ce que j'entends là?... Je ne nie trompe pas.'... c'est mademoiselle Nanon! Chamilly, à part, La cabaretière de la Grande-Pinte! Ninon, au, valet. Laissez, laissez entrer. Manon, au valet. Là!... quand je vous le disais!... {Un trant, à Ninon.) Pardon, mam'selle, je venais pour.... (Apercevant Chamilly.) Tiens! monsieur de Chamilly! Ninon. Vous le connaissez? Nanon, faisant la révérence. Je l'crois bien ! Chamilly. Oui,... le hasard.... Nanon. C'est vrai, le hasard.... tous les matins.... Ninon, bas à Chamilly. Ah!... vous ne songiez qu'à moi, disiez-vous. Chamilly, bas à Ninon. Je vous conterai cela. (^4 part.) Que diable vient-elle l'aire ici? Nanon. Mam'selle, je venais.... Ninon. Mais, ma chère Nanon, comme vous voilà cérémonieuse! Nanon. C'est que, voyez-vous, c'est la première fois que je marche sur des tapis et que j'entre dans un si beau salon- Voilà ce que c'est!... si j'avais voulu écouter vos grands seigneurs, je ne serais pas si embarrassée aujourd'hui!... Demandez plutôt à M. le vicomte. Chamilly. Petite sotte! Ninon. Mais vous êtes toute bouleversée! Nanon. N'est-ce pas? c'est si terrible ce qui m'arrive! Ninon, avec intérêt. Vous m'elFrayez: parlez. Nanon. Hier, je vous ai dit bien des choses.... mais f n'ai pas eu le temps de vous dire que j'avais un amant! Ninon. Quoi! vous, Nanon! (A part.) Je disais aussi! Nanon. Je n'en ai qu'un!... un seul!... vous pouvez l« croire.... et je l'avais choisi avec toutes les qualités qui fa" 1 un bon mari.... il était tendre, complaisant, fidèle..,, demandez plutôt à M. le vicomte. Chamilly. Elle n'en Unira pas! Ninon. Et vous venez m'upprendre qu'il vous a trahie Nanon, Trahie!... oh! non.... le cher homme!... if en était incapable!... il allait m'épouser!... la famille était là.- Ie n0 ' taire aussi.... le repas de noce était sur les fourneaux, le cou ACTE II. SCÈNE V. 25 (rat tiré au clair.... j'allais être heureuse; tout à coup ou entend un grand bruit.... mon fiancé entre tout effaré.... il venait de se battre en duel!... Chamllly et Ninon. En duel! Nanon. On vient l'arrêter.'... je m'évanouis.'... la noce se disperse.... et, quand je reviens à moi, tout était fini!... j'étais fille comme auparavant, et je n'avais plus de prétendu! (Elle pleure.) Chamllly. Est-ce qu'il se serait laissé prendre? Ninon, Heureusement non!... il a pu se sauver; mais il n'est pas moins perdu pour moi.... puisqu'il sera forcé de passer à l'étranger. Ninon. Et quel est son état? Nanon. Sergent, au régiment de Champagne.... demandez à M. le vicomte. Cliamilly, h part. Le diable emporte la bavarde! Ninon, riant. Il parait que M. le vicomte connaît parfaitement tout ce qui vous intéresse.... Mais comment une fille aussi gentille que vous a-t-elle pu aimer un soldat? Chninllly. C'est ce que je lui disais! Nanon. D'abord, Lavaleur n'est pas un soldat comme tous les autres.... d'ailleurs, un soldat, c'est un mari qui fait honneur! Chamllly. Avec quel enthousiasme vous en parlez! Nanon. Air de la Cantinière (d'Eugène Déjazet). Un soldat, voilà ma folie! «euxième Couplet. Vuel maintien, quel air sans détours ! La gloire également partage S'il se bat, c'est pour la patrie Ses faveurs entre ses enfans : kt s'il aime, c'est pour toujours ! (bis.) y n ne u de bonbeur, du courage. Comme à son sort le coeurs'allnche! Et l'on arrive aux premiers rangs! (bis ) Et, quand il revient du combat, On sait comment on récompense Avec son plumet, sa moustache, chez nous les actions d'éclat!... Rien n'est aussi beau qu'un soldat! Quand il est maréchal de France, Rien n'est aussi beau qu'un soldat: Ninon. Pauvre fille.'... je vois que votre fiancé vous était bien cher! Nanon. pas! Ninon. Je ne vous cache pas que les lois sont d'une grande rigueur sur les duels. Chamllly. C'est au point que nous autres gentilshommes «ous y regardons à deux fois! Nanon. Je le crois bien!... personne ne se soucie d'être pendu.'... oui, mamselle Ninon, pendu!... je sais ça.... et je l'ré mis rien que d'y penser!... C'est pour ça que je viens vous Si cher, que j'en mourrai si le roi ne me le rend 26 NANON, NINON ET MAINTENON. trouver.... mam'selle Ninon, vous qui êtes si serviable, si bonne! vous me ferez rendre mon Lavaleur? Ninon. Je ferai mon possible. Chamilly. Cela ne sera pas aisé! Nanon, « Ninon. Il y a tant de seigneurs qui n'ont rien à vous refuser.... parce que.... Chamilly. Parce que?... Ninon, Acbevez.... ."Vanon. Dam! vous savez bien.... d'ailleurs, demandez a M. le vicomte. Cliainilly, h part. Oh! parfait! Ninon. Elle est d'une franchise!... Nanoii. Ils pourront bien dire au roi que s'il ne fait pas grâce, il sera cause de ma mort, d'abord,'... je ne peux pas vivre sans Lavaleur.... et puis de la mort de Lavaleur qui ne peut pas vivre sans moi! Ninon. Oh! certainement, ma chère Nanon, je vous servirai de tout mon pouvoir!... j'emploierai pour vous tous mes amis.... et d'abord, M. le vicomte de Chamilly, que vous connaissez presque autant que moi, va, de ce pas, demander la grâce de votre fiancé au ministre son oncle. Nanon. Le ministre est son oncle? comme ça se trouve! Chamilly. Quoi! Ninon, vous voulez?... Ninon. Oui, monsieur.... je veux que vous y alliez sur-le- champ! (Bas.) Vous me devez bien cela! Chamilly, à part. Elle veut n'éloigner. (Haut.) Faisons mieux.... je vous conduirai dans le cabinet de mon oncle, et, cette grâce, il ne pourra vous la refuser, à vous! Ninon. Kn effet!... j'ai un moyen sûr de l'obtenir de lui... Nanon attendra ici notre retour.... Vicomte, voulez-vous prendre mon voile qui est là, dans cette pièce, sur un fauteuil. (Klle montre la chambre h droite.) Chamilly. Je suis à vos ordres. (Il entre dans la chambre.) Nanon, bas a Ninon. Dites donc, mam'selle Ninon, nous n'avions pas compté celui-là, hier.... ça fait onze. Ninon, vivement. Ma chère Nanon, le temps presse...- prends cette clé, et dès que nous serons partis, tu ouvriras cette porte, et lu donneras la volée à un bel oiseau qui s'y Irouve. Nanon. Un bel oiseau! Ninon, voyant Chamilly rentrer. Silence!... Chamilly, à part. Elles se parlent bas! .. il y a ici un complot contre moi! ACTE II. SCÈNE VII. 27 Ninon, prenant son voile des mains de Chamilly. Partons, monsieur le vicomte. Nanon. Ah! quelle bonne idée j'ai eue de venir vous trouver! Air: Acceptes, je vous en conjure, (Savonette.) Vous êtes belle comme un ange!... Tâchez de vous mettre à ma place, Obtenez cette grace-là. Vous agirez comme pour moi. Je n'ai pas d'amant de rechange, Ninon. Kl chacun lient à ce qu'il a. Ninon, à Nanon. Calmez la frayeur qui vous glace, Nous le sauverons de la loi: Ma bonté pour toi n'est pas grande, Je sais me mettre à votre place, Et j'agirai comme pour moi. Chamilly. h'.n vain la justice menace L'amant qui vit sous votre loi. Nous lui ferons donner sa grâce, Fallut-il eniplorer le roi! Car je te sers par sentiment. Nanon. Pnités-moi ravoir mon ntnant, Je prîrai Dieu qu'il vous le rende. ENSEMBLE. Nanon. Vous voyez que la peur me glace, Vous concevez tout mon elfroij (Chamilly et Ninon sortent.) Scène VI. NANON, seule. Les voilà partis.... et Flamberge qui m'a conduite ici et qui doit venir me chercher. llàtons-nous de délivrer le bel oiseau de mam'selle Ninon.... un bel oiseau;... c'est peut-être un serin!... mais, pourquoi veut-elle lui donner la volée?... elle ne le trouve peut-être pas assez privé.... enfin, c'est son idée. (Elle ouvre la porte h gauche.") Scène VII. NANON, D'AUBIGNÉ. 1» Aubigné, sortant du cabinet sans faire attention h la personne qui lui ouvre. Merci, Flipote, merci!... (Il passe devant Nanon et va à la table H droite, sur laquelle il pose le papier qu'il tient.) Nanon. Ah! si elle appelle cela un oiseau! U'Aubigné. Voilà la chanson copiée.... Ninon a beau dire.... elle doit produire un grand effet!... quand Molière aura lu le Tartufe!... ce sera la petite pièce après la grande. (Se retournant vers Nanon.} Ta maîtresse est sortie'*... Quevois-je? Nanon, stupéfaite. Ah! mon Dieu! li'Aubignc, « part. Nanon ici! c'est moi qu'elle cherche sans doule! 28 NANON, NINON ET MAINTENON. Viinoii. Ali ça! mais, est-ce que je rêve? D'Aubignc, a part. Du sang-froid, de l'assurance! Nanon, h part. Ce sont ses traits!... son regard!... D'Aubignc, n/l'eclanl de grands airs. Qu'avez-VOUS à Bl'exa. miner ainsi, ma mie '{ V.mon. sans quitter tes yeux de dessus lui. Pardon, mon sieur.... mais, c'est que.... oli! j'en deviendrai folle! c'est presque sa voix ! D'Aubigné. Je vois ce que c'est.... vous arrivez de votre village, et tout vous étonne, vous émerveille! Nanon. De mon village.... ce n'est pas lui! D'Aubignc. Un efl'et, je ne vous avais jamais vue dans cette maison!... vous remplacez Elipote?... Quel est votre nom? Sanou Nanon.... pour vous servir. D'Aubignc. Nanon!.... c'est un fort joli nom! Nnnuii. Monsieur.... monseigneur.... vous ne seriez pas.... le nommé Lavaleur, par hasard? D'Aubignc, La question est singulière!... Vous voyez en moi, ma petite, le marquis d'Aubigné, qui.... qui.... (A part.) Je ne m'attendais pas à cette rencontre, par exemple! Nanon. Le marquis d'Aubigné.... je connais ce nom-là.... il était dans les dix.... mais cette ressemblance!... Monsieur le marquis.... n'auriez-vous pas un frère sergent au régiment de Champagne, toujours par hasard? D'Aubigné. Un gentilhomme de la chambre frère d'un sergent!... vous perdez la tète, ma petite! Nanon. Vous êtes gentilhomme!... Lavaleur n'est que gentil garçon.... ça n'est pas ça! D'Aubigné. Quel est donc ce Lavaleur dont vous me parlez et qui parait vous intéresser si vivement? Xanon. Lavaleur, comme je vous le disais, est un sergent au régiment de Champagne.... qui vous ressemble!... oh! mais! D'Aubignc. C'est très llalteur pour moi! \ a mi n Pas si distingué, peut-être.... pas si brillant...- Mais ses yeux, sa voix même.... Oui, en vous voyant, je crois le voir!... en vous écoutant, je crois l'entendre.... Je l'aime v tant!... et surtout en ce moment où il est si malheureux!... r'" gurez-vous qu'il s'est battu en duel.... {A elle-même.) C'est le même nez..... (A d'Aubigné.) sous l'arche Marion, où les sol data se battent toujours.... (A elle-même.) C'est tout son sourire.... (A d'Aubigné.) Il a blessé son adversaire... {A elle-même.) Avec son menton.... {A d'Aubigné.) Et maintenant on le poursuit!... on veut le prendre!... Et si ce n'était votre perruque.. - D'Aubignc. Décidément vous perdez la (été. Nanon. Ah! c'est qu'on la perdrait à moins! ACTE II. SCÈNE VIII. 29 iVAabtgne, « ;»">'• Elle ne sait plus où elle en csl. Vronon, vivement. La valeur! Lavaleur! H'Aobigné. Hein? Vnnoii. Ali! Air: VnpageaimnitlajeuneAdèle. U'Aobignc. Vraiment, mon embarras augmente! La réponse ln*est échappée!.,. Non seulement, pour abuser mon coeur, Riais vous savez, agaçante Nation, Cette ressemblance est frappante, Que tout ce qui porte une épée, Mais il répond au nom de Lavalenr! En France, répond à ce nom. Nanon. J'entends bien.... mais pourtant plus je vous regarde.... Oh! sans votre perruque!... sans votre perruque!... Mougin. Mademoiselle, la personne à qui vous avez dit de venir vous chercher...* Nanon. Flamberge 1... qu'il vienne!... qu'il vienne me parler icil... (Mouyin sort.) Je veux qu'il voie ce marquis, et qu'il me dise.... Scène VIII. Les Mêmes, FLAMBERGE. Elamberge. Mam'selle Nanon, me voilà à vos ordres, et elle vous annonee.... (Nanon le pousse h gauche.) que votre pré tendu, M. Lavaleur, il vient d'être pris par la raaréehausée. Manon. Lavaleur! U'Aubtgnc, fi part. Je l'aurais fait venir exprès!... Flamberge. Son adversaire l'y être mort de son blessure.... et l'on avre eonduit Lavaleur au Grand-Chàtelet, pour l'y être jugé tout de suite, et pendu dans le même délai. Nanon. Qui vous a dit cela, mon cousin '! Flamberge. J'avre vu passer lui. O'Aublgné, à part. II m'a vu passer.' Flamberge, Ça m'avre navré le coeur!... Mais che suis touchours content.... et j'être venu bien vite tout de suite. Nanon. Mon pauvre Lavaleur.'... Flamberge, mon cousin, mon ami.... courez vite à la prison!... demandez à voir mon fiancé.... et dites-lui qu'il ne se laisse pas pendre tout de suite, afin que j'aie le temps d'arriver avec sa grâce, que mam'selle Ninon est allée demander au ministre.... Consolez-le bien, ce cher ami, et dites-lui que je l'aime plus que jamais! D'Aubigné, h part. Elle est ravissante! Flamberge. ("lie suis touchours content ! Nanon. Mais, que dis-jel... Non.... attendez.... j'y vais avec vous!... (Elle prend te bras de Flaviberye.) J'irai me jeter aux pieds des juges.... pour les prier de prendre un peu de 30 NANON, NINON ET MAINTENON. patience.... et puis je reviendrai chercher sa grâce... Ah! pardon.'... monsieur le marquis.... «le vous avoir pris pour Lavaient*.... Mais si vous saviez.... votre ressemblance est si frappante!... Regardez, monsieur Flamberge. Flnmberge, regardant d'Aubigné. Ah! larteifT! M'Aubigné, avec sentiment, prenant les mains de Nanon. Allez.... excellente Nanon.... allez porter des paroles d'espérance à votre fiancé.... et croyez, ma petite.... (Il la baise sur le front. A part.) Eh bien! donc... qu'est-ce que je fais! (Haut.) Croyez que j'emploierai tout mon crédit pour lui.... et je crois pouvoir vous assurer qu'il ne sera pas pendu!... (A part.) On dit pourtant qu'il ne faut jurer de rien. Nanon. 11 n'y a pas de temps à perdre.... Partons vite! Monsieur le marquis, veuillez dire à Mlle. Ninon que je vais revenir.... le temps d'aller au Grand-Châtelet. (Elle sort avec Flamberge quelle entraine.') Scène IX. D'AUBIGNÉ, neuf. Charmante fille! .. et que de peine elle se donne pour moi! Il faut convenir que ce grand nigaud d'Allemand est arrivé à propos, avec sa nouvelle de l'autre monde.... Nanon commençait à m'embrasser!... Vous verrez que, pour lui donner le temps de m'oublier, je serai forcé de me réfugier à Versailles, chez ma tante, Mad. de Maintenon. (Il se trouve vis-à-vis de la fenêtre de droite.) Mais, que vois-je! Chamilly qui entre chez Ninon par le petit escalier de la terrasse!... Le neveu de Lou- vois ici!... Ah! voilà pourquoi ma chanson contre le ministre... Ce petit Chamilly m'avait déjà supplanté!... Eclaircissons le fait pour ne pas jouer, dans le boudoir de Ninon, le rôle d'un sol ! (Il se met derrière le rideau de la fenêtre de gauche.)- Scène X. D'AUBIGNÉ, caché CHAMILLY. Chantilly^ entrant par la porte de droite. J'ai laissé Mlle, de Lenclos dans le cabinet de mon oncle... et je suis venu éclaircir le mystère qui semble régner ici!... Être l'amant heureux de Ninon est chose très flatteuse sans doute, mais je ne voudrais pas renouveler avec elle les amours de Lachatre ou de Sévigné. (Il s'assied près de la table h droite.) ACTE II. SCÈNE X. .'il D'Aubigné, h part. Il entre dans ce boudoir comme chez lui ! Chnmllly. Ninon me tromperait déjà!... après huit jours! Malgré son inconstance naturelle, je me flatte encore: et pour tant, tout à l'heure, elle était pensive, préoccupée... (En parlant il a pris machinalement la chanson que iVAubigné a posée sur lu table.) Qu'est-ce donc que cela? D'Aubigné, à part. Ciel! ma chanson contre son oncle! Chamilly, se levant. Quelle infamie! D'Aubigné. Il est sûr que le noè'l n'est pas tendre! Chamilly. Mais, comment celte chanson se trouve-t-elle dans le boudoir de Ninon?... Klle y reçoit donc un poète? D'Aubigné, à part. Bien! Clminllly. Et un lâche!... D'Aubigné est poète! D'Aubigné, qui s'est approché peu à peu. C'est vrai!... et comme il n'est point un lâche, il se reconnaît comme l'auteur de cette chanson. Chamilly. Je vous avais deviné, marquis!... et j'étais sûr que je vous trouverais ici! D'Aublgny. Pour moi, vicomte, je croyais ne vous rencontrer que dans les mansardes de nos griseltes.... ou bien au cabaret. Chamilly. Ce mot m'explique la ressemblance que je croyais trouver en vous.... avec certain soldat.... Mais ce n'est point notre rencontre d'hier qui m'irrite contre vous.... ce n'est point l'inconstance de Ninon dont j'ai à vous demander compte, c'est de ce noël infâme que je veux avoir raison! D'Aubigné. Four moi, c'est de votre présence dans ce boudoir que je veux tirer vengeance!... Vous saviez que j'étais l'amant de la belle Ninon, et vous avez prolité de mon absence! D'Aubigné n'a jamais souffert de rival.... Marchons! Chamilly. lJ n moment!... Vous connaissez la rigueur des lois sur le duel.... et vous savez quelles sont les conditions evant la mitraille, J' l'enverrai mourir! Monseigneur, etc. Louvoie, ému. Eh bien! oui.... vous m'avez attendri.... Oui, votre amant vivra! vous pouvez compter sur moi.... et je vais.... (En ce moment la porte de droite s'ouvre brusquement, Chantilly blessé parait, et s^arrote en voyant Louvois.) Scène XIV. Les Mêmes, CHAMILLV, Chamilly. Mon oncle! Ninon. Chamilly ! louvois. Chamilly, chez Ninon! Nanon. 11 est blessé! Mlnon. Ciel! Lonvols. Blessé!... un assassinat! Chamilly, vivement. Un duel, mon oncla. Louvols. Un duel!... et j'allais promettre une gracu! Chamilly. Ma blessure est légère. Louvols. Nommez votre adversaire! Chamilly. Mon serment me le défend! Louvois. Oh! je saurai bien le découvrir! Le Valet de Louvois, entrant par la porte à droite. Monseigneur, on a trouvé cette aiguillette sur le terrain du combat. Ninon. Grand Dieu! (A part.) c'est celle de d'Aubigné. Louvois, h Ninon. Blessé chez vous.... vous devez connaître l'adversaire de mon neveu.... (A Nanon.") Vous, jeune fille, vous le connaissez aussi peut-être.... Kh bien, dites-i»'» son nom!... la grâce de votre fiancé est à ce prix. Nation, vivement. Je ne sais pas avec qui M. de Chamilly s'est battu.... mais, si je le savais, quoique je ne M>is qu'une pauvre fille, monseigneur, je n'achèterais pas mon bonheur p ar une pareille infamie! Louvois, montrant l'ttiyuillttte. Eh bien! voici qui s«f" ra à découvrir le coupable! (Il se met h In table it gauche et écrit.) • ACTE IL SCÈNE XIV. 35 FINAL. Air: Fragment des Puritains. Ninon, à la cantonade. Mon carrosse à l'instant! — Nanon Vous me suivez chez Maintenait. Nnnon Malgré cet accident sinistre, J'espère encore malgré inoi: J'avais attendri le ministre, Je peux bien attendrir le roi! Loti vol H. Mon devoir est d'être sévère.' Malheur a son adversaire) Cliamilly, bas h Ninon. Réparez le mail Sauvez mon rival; Louvols. Quel que soit le nom du coupable, Je le jure d'être inexorable! L ou vols, h son valet. Portez ce message et cette aiguillette au lieutenant de police. (Le valet sort.) Chnmllly, Ninon et Manon. Mon devoir est d'être sévère, Et malheur à son adversaire! Poursuivant le mal, D'un sort fatal, Je veux frapper son rival! Qu'à mon signal, Vengeant le mal, Un sort fatal Frappe bientôt son rival! JuMfu au roi Répa ■ ons, nous vous rons rez D'un sort fatal, ons le mal, Sauv ez .1 • x son . lt (b,, -> mon"™ 1 -' Le roi peut seul d'un sort fatal. Sauver (bis.) ^ rival! (La musique continue.) Un Valet, annonçant. Monseigneur le prince de Comté! Ninon. Alt! cette lecture, je l'avais oubliée.... {Les portes du fond s'ouvrent. On voit toute la société de Ninon. Le grand Condé entre et paraît à la porte du milieu. Ninon s'est approchée, ils se saluent. — Tableau. — Voir la gra~ "«re de la Lecture du Tartufe chez Ninon.) m\ nu sucoKn ACTS. 3* 36 NANON, NINON ET MAINTENON. A ACTE TROISIEME. Porte au fond, portes latérales. Un orgue à clavier à gauche, premier plan. Vis-à-vis, à droite, premier plan, un prie-Dieu, de» livres d'heures. Deux tableaux, au fond, à droite et à gauche de la porte d'entrée. Scène I. Mad. DE MAINTENON, attise, LOUVOIS, à droite, Quatre Abbés, à gauche. Choeur des Abbé*. Air de Judith. Contre l'esprit de ce siècle terrible Oue le grand roi daigne nous protéger! Dans nos couvens, retraite si paisible. Tous les démons viennent nous assiège». (A un signe de Mad. de Maintenait qui s'est levée à la fin du choeur, les quatre abbés sortent lentement.) Scène II. Mad. DE MAINTENON, LOUVOIS. Mail, de Maintenon. Vous avez entendu leurs plaintes, monsieur le surintendant; veuillez les transmettre à sa majesté, et lui rappeler que le ciel lui donna la mission de veiller sur 'es intérêts de la foi. 1-ouvoîH. 11 vous reste, madame, à me faire connaître les conditions que vous désirez mettre à votre union.... secrète, avec le roi.... Sa majesté m'a chargé de venir prendre les ordres de madame la marquise. Mad. de Malntcnon. Ces conditions, les voici. (Elle prend un -papier sur son prie-Dieu et le lui donne.) l.ou loin, lisant. „La révocation de l'Edit de Nantes. Prenez garde, madame; vous demandez là l'acte le plus impolitique!... Mad. de Maintenon. ("est ma conscience qui l'exig e > monsieur le surintendant. touvol*. Ne comptez pas sur Louvois, madame, pour conseiller au prince la révocation d'une loi qui, seule, eût me- ACTE III. SCÈNE II. 37 rilé à son aïeul le nom de Grand!... (H lit.') „Le renouvellement du serment du sacre qui défend de faire grâce aux duellistes." (Avec feu.) Ah! cette demande, je la soutiendrai de tout mon pouvoir!... et pourtant je ne puis vous laisser ignorer que l'esprit tout chevaleresque du roi lui fait regarder la déplorable coutume du duel comme un mal nécessaire.... „Parmi les hommes d'armes et les officiers de ma maison, tout ce qui porte une épée, a dit le roi, doit être excusable de s'en servir pour repousser l'insulte qui déshonore." mnd. de maintenon. J'espère que notre dernière conférence l'aura converti sur ce point. Iiouvois. Le duel est le fléau des familles!... Quel père peut espérer conserver son lils, si la loi ne parvient à réprimer cet horrible frénésie.... Moi-même, n'ai-je pas vu hier mon neveu, mon fils, frappe presque sous mes yeux!... M»d. de Maintenon. Quoi! le vicomte de Chantilly.... Louvoie. Sa blessure est peu grave, madame, et le roi conservera l'un de ses plus braves soutiens.... Mais je n'en poursuivrai pas moins son adversaire.... et si je parviens à le découvrir.... quel qu'il puisse être.... Mad. de maintenon. Mes prières s'uniront à vos efforts pour le faire retrouver. rouvoia. Votre troisième condition?... (il lit.) „La défense de jouer Tartufe." Sur ce point encore nous éprouverons de grands obstacles.... Molière n'a pas de plus zélé défenseur que Louis-le-Grand. Ce matin encore, quand je lui parlais du scandale que produisait le titre seul du nouvel ouvrage de Poque- lin, sa majesté s'est écriée: Air: Que n'avons-nous la verve heureuse! Molière, reçois mon hommage Marquis, à toute autre prière Que t< jn génie a mérité! Mon coeur se laisserait plier.... Je devance, par mon suffrage, Mais ue touchons pas à Molière.... La voix de la postérité. " est m0 " siècle tout entier. mnd. de maintenon. Oui, je vois que j'aurai bien de la peine à faire de lui un saint Louis!... Il aime trop le théâtre! il protège trop les comédiens. N'importe, soumettez-lui les conditions que je mets à notre mariage.... Il le sait, je n'ai pas la prétention de donner une reine à la France... je ne veux qu'assurer une protectrice zélée à l'église et à ses enfans. Vu Valet, annonçant. M. le marquis d'Aubigné. Mad. de Maintenon. Qu'il m'attende un instant. Louvois. Je me rends auprès de sa majesté. Mad. de maintenon. Voulez-vous passer par la grande galerie? lionvoix. Volontiers, car j'ai renvoyé ma voiture. (Ils sortent tous deux par la porte h droife.) 38 NANON, NINON ET MAINTENON. Scène III. D'AUBIGNÉ, vëlu de noir, Le Valet. Le Valet, après avoir introduit d'Aubigné. Si monsieur le marquis veut attendre, Mail, la surintendante est là qui parle au minisire. U'Aubiguc, s'asseyant. J'attendrai. (Le valet sort.) Scène IV. D'AUBIGNÉ, seul. Puisque la marquise n'est pas là, commençons par voir si notre position à la cour est changée.... (Il va h la porte secrète.) Non, c'est toujours une porte secrète qui communique aux petits appartemens du roi, et le verrou en est soigneusement fermé... Ma pieuse tante n'est pas encore reine de France.... Le serment de Chamilly me répond de son silence.... mais cette aiguillette, que son épée a détachée de mon pourpoint, peut faire reconnaître son adversaire.... et cette circonstance m'inquiète... Oui, la prudence veut que je m'éloigne.... Cachons bien à ma tante ma fâcheuse aventure.... mais tâchons d'obtenir d'elle l'argent qui m'est nécessaire pour aller visiter la Hollande.... Ah! je ne regretterai que mon adorable Nanon!... Mais voici ma tante. Scène V. Mad. DE MAINTENON, D'AUBIGNÉ. .71 ad. de Maintenu». Vous voilà donc à la fin, mon neveu! n'Aublgnc, Bonjour, belle et respectable tante!... Com- ment va, ce matin, votre majesté? Mad. de Maintenu». Taisez-vous, Batteur!... et de la prudence!... Ce n'est pas encore fait!... D'Aublgné, h part. J'en étais sur! Mad. de Maintenon. Eh bien! que dit-on de nouveau dans Paris { D'Aubignc. Tout le monde vous bénit, ma tante. Mad. de Malutenon. Ce n'est pas sur la terre que je voudrais être bénie, mon neveu, mais dans le ciel. D'Aublgné. L'un n'empêche pas l'autre, ma tante.... y a temps pour tout.... Moi, par exemple, je cultive les arts, poésie.... «i j c fais des aumônes comme un saint. ACTE III. SCÈNE V. yj Mail, «le Malntenon. Vous faites des aumônes! D'Aubigné. Oui, ma tante.... et mon zèle est si grand que je suis obligé de vous demander un quartier de la pension que vous daignez me faire.... si eharitablement. Mai), do Malntenon. Encore! mais c'est le troisième quartier que je vous avance en cinq mois! D'Aubigné. il y a tant de pauvres, ma tante. IHad. de Maintenon. Vous ne me ferez pas croire que c'est la charité chrétienne qui vous ruine.... je suis sûre que vous jouez! D'Aubigné. Oh! ma tante!... Mad. de Malntenon. Que vous faites partie de ces festins profanes où nos marquis font assaut d'intempérance.... D'Aubigné. Oh! ma tante.'... Mad. do Maintenu». Vous avez peut-èlre des maîtresses? D'Aubigné. Oh! ma tante.... ma tante.... vous me con- fusionnez. Mad. de Malntenon. Dites plutôt que vous ne savez que me répondre. Je vous déclare que vous n'aurez de l'argent que lorsque le dernier quartier de votre pension sera érhn. D'Aubigné. Je m'en consolerai, ma tante, en me disant: Le ciel veut m'éprouver! Mad. de Malntenon. Voilà bientôt huit jours que je ne vous ai vu. D'Aubigné. D'abord, ma tante, je suis allé au couvent de la Visitation pour recevoir le dernier soupir et l'héritage de notre parente. Mad. de Malntenon. Eh bien? D'Aubigné. J'ai recueilli son dernier soupir, voilà tout... Elle avait légué son bien à l'Eglise. Mad. de Malntenon. Digne femme! D'Aubigné, à part. Merci! Mad. de Maintenon. 1,'abbesse de la Visitation est morte le jour où vous avez dû arriver à Virnon.... Qu'êtes vous devenu depuis? D'Aubigné. Frappé d'une fin si belle, si chrétienne, je me suis confiné dans un village sur les bords de la Seine, ma tante, où malheureux pécheur.... Mad. de Malntenon. Que faisiez-votis là? D'Aubigné. Des cantiques sacrés, ma tante. Mad. de Malntenon. Il fallait en faire un pour ma féte. D'Aubigné. Votre féte!... Mad. de Malntenon. Vous n'avez pas seulement songé <)uc c'était hier.... aussi ne comptez plus sur moi! D'Aubigné, à part. Ah! quel oubli! 40 NANON, NINON ET MAINTENON. Mad. de Maintenon. Ne pas se souvenir que sainte Anne est ma patronne! D'Aubigné, h part. Sainte Anne!... {Haut.) Ah! matante! pouvez-vous bien accuser ainsi mon coeur!... (A part.) Les couplets que j'ai faits pour Nanon!... avec accompagnement «l'orgue.... (Il se met à l'orgue.) Mad. de Maintenon. Qu'allez-vous faire? D'Aubigné. Vous chanter les couplets que votre vertu, votre piété m'ont inspirés. mad. de Maintenon. Comment, vous avez songé à moi? D'Aubigné. Ah' ma tante.'... je n'avais garde d'y manquer! (Il chante en s'accompagnant. Ritournelle.') Premier verset... Air de Cantique. Sainte Anne, à la terre, Où, loin du profane, Km! m se fait voir! Chaque jour je dis: Et son sanctuaire Ton boudoir, sainte Anne, Est dans ce boudoir, C'est le paradis. Mad. de Maintenon. Cher enfant! attends! (Elle va au prie-Dieu et y prend de l'argent.) Tiens.... voici pour ce couplet sacré! D'Aubigné. Deuxième verset.... Son air doux, modeste, Et sa main céleste Nous traîne à son char, Verse le nectar! Oui, loin du profane, etc. Mad. de Maintenon. Ah! mon cher neveu, je suis tout attendrie!... oui, j'espère que mes prières feront descendre en toi le nectar de la béatitude.... Mais, en attendant.... (Elle retourne au prie-Dieu et en sort de l'or.) Tiens, mon ami, tiens, voici ce que tu m'as demandé, et plus encore! n'Aubigné, à part. J'aurais dû faire dix couplets! Mad. de Maintenon. Et moi qui l'accusais! D'Aubigné. Vous m'avez fait de la peine! Mad. de Maintenon. Allons, pardonne-moi!... je t'emmène à Saint-Cyr où l'on m'attend.... je veux que tu chantes ces couplets, qui sont presqu'un cantique, devant toute la maison assemblée. D'Aubigné. Je suis à vos ordres, ma tante. Un Valet, entrant. Deux dames demandent madame ,1» marquise. Mad. de Maintenon. Ce sont sûrement des dames de la Congrégation, qui devaient venir aujourd'hui pour ma fête» vous les prierez de m'attendre. D'Aubigné. Les ornemens de cet oratoire leur plairont- elles sont si pieuses et si austères.... Mad. de Maintenon. Alt! j'attends aussi un message im- ACTE III. SCÈNE VI. 41 portant de M. le premier président, vous retiendrez ici le messager.... Venez, marquis. {Elle sort avec d'Auhignè par la porte de droite.') Scène VI. NINON, NANON, Un Valet. Le Valet, les introduisant. Si ces dames de la Congrégation veulent attendre dans ce boudoir.... Mad. la marquise vient de partir pour Saint Cyr, elle ne tardera pas à rentrer. (Il sort.) Ninon, riant. Ils prennent mam'selle Ninon pour une dame de la Congrégation! Ninon, inquiète et agitée. Absente! absente!... et, pendant ce temps, Louvois peut agir! d'Aubigné peut être découvert] Nanon. Et Lavaleur peut être pendu! Ninon. Si je savais à qui m'adresser.... Nanon, Tiens! puisque nous voilà dans son château, pourquoi ne pas nous adresser au roi lui - mémo?... 11 vaut mieux avoir affaire au bon Dieu qu'à ses saints, comme on dit. Ninon. Sans doute; mais le moyen d'arriver jusqu'au roi? Nanon, regardant autour d'elle. Nous voilà donc dans le boudoir de Mad. de Maintenant ? Ninon. Maintenon. mon enfant. Nanon. Je sais bien.... celle qui a acheté, l'an dernier, la charge de la Montespan. Ninon. Oh! silence!, on peut vous entendre! Nanon. On en dit bien d'autres sur son compte dans la Cité!... Mais, si elle me fait avoir la grâce de Lavaleur, il ne faudra pas qu'on vienne m'en dire du mal ! Air: le Luth galant. Je ne veux pas qu'on dise devant moi QttVlP se permet de gouverner le roi ! Qu'ell* n'aime qu'elle seule Et qu'c'est une bégueule ! J'ia défendrai viv'ment En bonne camarade. J'ai, comme elle, un amant. L'sien est plus haut en grade; niais qu'ell* sauve le mien, Et j'iui passe le sien ! Ninon. Elle ne revient pas!... Nanon, elle ne revient pas ! si elle savait que son neveu.... Nanon. Puisqu'on ignore encore que c'est lui qui s > est battu, vous avez tout le temps, vous; tandis que lu mien est 42 NANON, NINON ET MAINTENON. pris!... et vous connaissez messieurs du Châtelet.... avec eux, sitôt pris, sitôt.... Ninon. Grand Dieu!... Non, non, je ne puis résistera mon inquiétude.... mon carrosse est encore là.... je vais me rendre à Saint-Cyr!... Nauon, effrayée. Vous allez me laisser toute seule?.. Ninon. Oui.... il le faut! dans un instant je reviens avec iWad. de Maigtenon. (.Elle sort.) Scène VII. NANON, seule. Mam'selle Ninon!... mam'selle Ninon!... Elle ne m'entend plus !... elle nie plante là comme ça.... je crois qu'elle est encore plus sens dessus dessous que moi!... Ali! dam! c'est qu'il y a de quoi!... avoir un amant blessé, et un autre forcé de se cacher!... c'est comme si elle n'en avait pas du tout! (Regardant le boudoir.) Comme c'est beau ici!... des dorures, du velours partout!... et puis, ces grandes images, qu'est-ce que ça peut représenter ça?... (Elle examine un tableau au fond.) Tiens! c'est écrit au bas. (Elle Ht.) David tuant le géant Goliath; je connais l'anecdote. (Elle va à l'autre tableau.) Et puis, cet autre? (Elle lit.) Daniel dans la fosse aux lions. Tiens! tiens! j'ai vu ça à la foire Saint-Lauren!.... C'est un lion appelé Androclès qui reconnaît Daniel qui lui avait tiré une fière épine de la patte. C'est joliment fait ces ouvrages-là.,.. Mais qu'est-ce donc que ce petit cordon qui pend derrière cette bordure?... (ElU le tire, le tableau de Daniel disparaît dans le cadre; on voit à la place Vénus sortant de l'onde, de Mignart. Elle recule effrayée.) Oh! là, là!... ça m'a fait peur! (Elle se rapproche.) Excusez!... une belle femme qui a oublié de remettre son ca- saquin! (Elle lit.) Naissance de Vénus. J'ai encore entendu parler de celle-là.... Ah! ça, mais, est-ce qu'il y aurait aussi un autre tableau sous celui là? (Elle tire le cordon.) Juste 1 (0* voit paraître Pandore, tenant sa boite h la main.) Eh ! bien, ne vous gênez pas.... toujours même uniforme.... (Elle lit.) Nais- sance de Pandore. Il parait qu'elle a pris du tabac en venant au monde; elle a une tabatière à la main.... C'est drôle tout de même, pour une dévote, toules ces belles Images-là. Tiens! un autre cordon.... est-ce qu'il n'y aurait pas encore quelque drôlerie au bout de cette flcelle-là?... (Elle lire le cordon; trois groupes d'amours descendent du plafond, avec les guirlandes.) Obi oh! voilà de la société, et choisie!... des anges au natu rel.... c'est peut-être bien des amuurs.... oui c'en est.... j e ' eS ACTE III. SCENE VIII. 43 reconnais, à la petite giberne qu'ils ont sur le dos. Des amours dans le boudoir d'une dévote.*... en voilà un de miracle!... S.' l'on savait ça à Paris!... (On frappe à la petite porte à droite.'. Ah! mon Dieu!... on a frappé!... il faut faire rentrer tous ces messieurs. (Elle tire le cordon.) Impossible!... ils veulent rester!... qu'est-ce qu'on va dire? (On frappe encore.) Tiens!... mais, c'est par ici qu'on frappe!... il y a une petite porte!... c'est peut-être M. Maintenon ... il n'y a qu'un mari qui puisse entrer par là.... Ma foi, je vas ouvrir!... (Elle tire le verrou et ouvre.} Oh! un beau monsieur!... (Elle fait larèvérence, on voit paraître un personnage qu'on aperçoit à peine et qui se retire précipitamment.) C'est à M. Maintenon que j'ai l'honneur de. parler?... Eh bien! il s'en va!... sans rien dire'!... moi qui voulais lui demander la grâce de mon futur!... Ehl M. Maintenon! Il ne m'écoute pas! il ne m'entend plus, peut-être!... je vais courir après lui. (Elle entre.') Monsieur! Monsieur! (Elle disparait.) Scène VIII. Quatre Vieilles Dames de la Congrégation. U ne Dame, seule. Maintenon si belle, A la foi toujours fidèle, Dans ce séjour nous appelle Tour un saint devoir l Une autre Dame. Ouel calme chez elle! C'est une chapelle l'lutÔt qu'un boudoir! CHOEUR, Dans ce saint asile, etc. Première Dame. Vous allez voir, mes soeurs, que je ne vous ai pas trompées!... je viens souvent dans le boudoir de notre céleste protectrice, et ces images saintes.... (Pendant ceci les vieilles dames ont mis leurs lunettes et se retournent pour examiner le boudoir.) Ali! mon Dieu! qu'est-ce que je vois donc là! Toutes. Miséricorde.' où sommes-nous! Air: Ah quel scandale! etc. COOEIIB, vota; de vieilles. Air: Aimable jeunesse. Dans ce saint asile, Ce céleste domicile, La vertu s'endort tranquille Loin des vains désirs. La divine flamme Oui pénètre dans notre aine, Urûle la mondaine traîne De tous les plaisirs. Ali ! quel scandale ! ruur la morale ! Ouel démon ■ clianyé ces lieux! L'amour profane Oui nous damne De tous côtés frappe nos yeux. () ciel! fais que nous résistions A toutes C es tentations 1 Fuyons cet enfer Oui nous perd! l'uyons, car nous n'avons jainai- Jamais vu l'amour de si près. (Elles sortent toutes par le fond.) 44 NANON, NINON ET MAINTENON. Scène IX. FLAMBERGE, un Valet. Flamberge, qui est entré au milieu des dames qui s'enfuient. Tarteilf!... on dirait d'un troupeau do vieilles niches effarouchées! lie Valet, regardant un boudoir. Grand Dieu!... d'où vient donc tout ce désordre?... Si madame la marquise savait cela! (Il pousse un ressort, les tableaux et le boudoir redeviennent tels qu'Us étaient.) Flamberge. Ah! pourquoi pas laisser tous ces petits joufflus d'anges.... ils étaient cholis comme tous les diables! le Valet. Puisque c'est de la part de M. le premier pré sident, j'ai ordre de vous faire attendre ici. (Il sort.) Scène X. FLAMBERGE, puis NANON. Flamberge. Ch'étais bien aise que M. le premier président il m'avre chargé de cette lettre pour Mad. de Maintenon... Je vas voir cette fameuse marquise qui veut être reine de France de la main gauche. Manon, rentrant par la porte secrète. Ah! quelle rencontre!... (Apercevant Flamberge.) Tiens! M. Flamberge! Flamberge. Oh! oh! Nanon, ma cousine! Vanon. Est-ce moi que vous venez chercher à Versailles monsieur Flamberge?... ÇA part.) Sont-ils tenaces ces Suisses! Flamberge. Non, ce n'être pas vous.... c'est Mad. 1" marquise de Maintenon, de la part de M. le premier président, mais quisque je rencontrir vous, je vous dire une nouvelle grande beaucoup! Vanon, Laquelle? Flamberge. Le soldat qu'on avre arrêté hier, l'y avre été, ce matin, devant le Grand-Châtelct, pendu par son col! Nanon. Ah! mon Dieu! je me meurs! {Elle se laisse aller, Flamberge la soutient.) Flamberge. Non, pas encore.... car l'y être pas votre Lavaleur. Nanon, sans se déranger. Qui vous l'a dit? Flamberge. Ça pouvait pas être lui du tout. Manon, de même. Pourquoi? Flamberge. Parce, que votre Lavaleur, l'y être tout simplement le marquis d'Aubigné. ACTE III. SCÈNE X. 45 Ksdob, se relevant, vivement, D'Aubigné. Flamberge. D'Aubigné. Nanon, se rappelant. L'amant de mademoiselle Ninon 1 Flamberge. Ya!... l'y èlre dans ce régiment-là!... et de plus, c'étre le neveu de Mad. de Maintenon! Nation. Oh! je suis trahie! perdue!... moi, qui l'aimais tant! qui aurais tout sacrifié pour lui! moi, qui voulais vendre mon cabaret, tout ce que je possède, et qui aurait quitté mes amis, ma famille, pour m'expatrier avec lui!... Oh! les hommes! je voudrais qu'il n'y en eût pas! Flamberge. Ça serait dommage, cousine.... il y en a qui ont du bon!... moi, d'abord, l'y être de pas mauvais.... J'avre pour vous un amour de Turc et une amitié de bon Suisse, et, si vous voulez, je finirai la noce que M. le marquis avait commencée. Manon. Eli bien! je ne dis pas non.... nous verrons.... vous êtes un honnête homme, vous, Flamberge.... vous m'aimez quoique je ne puisse avoir d'amour pour vous.... Klamberge. Che suis toucliours content! Nation. Mais, ces grands seigneurs!... je ne veux plus les voir.... je leur ferme mon cabaret. Flamberge. Ët vol' coeur! Nanon. C'était le marquis d'Aubigné!... Il aimait Ninon!., il se battait pour elle!... Et moi!... moi.'... Mais je serai vengée .. On le poursuit, on le découvrira.... et alors ... Oh! je ne veux plus y penser! Flamberge. Ni moi non plus! Nanou. Flamberge, partons!... Je n'ai plus rien à faire ici. Flamberge. Ni moi non plus!... Ah! si.... cette lettre à donner à Mad. la marquise.... ça sera bientôt fait. Nanon. Conduisez-moi d'abord hors du palais.... Vous reviendrez après. Air: Je serai coquette (Liste de mes maîtresses). Fartons, partons vite, Tant la colère Puisque Lavaleur Me désespère ! N'est qu'un hypocrite, Flamberge. Je l'bannis d'mon coeur. Fort bien! che suis touchours content. D'être si fidèle Nanon. Je veux ine guérir. Je serai cruelle, Mais on s'avance, Fuyons d'avance: Ces grands seigneurs ne savent que t rahir. Ninon si tendre, Sans vous défendre, Vous pouvez les chérir.... J'vous souhait' bien du plaisir! Sa perfidie Change ma vie! Je t'épous'rai, j'en fais serinent, 46 NANON, NINON ET MAINTENON. Flamberge. Partons, partons -rite. Puisque Lavaleur Partons, partons vite, etc. ENSEMniK. N'est qu'un hypocrite, 11 n'a plus vof coeur. D'être si fidèle Il faut vous guérir. Soyez-lui cruelle, Diït-il en mourir! (Ils sortent par le fond.) Scène XI. Mad. DE MAINTENON, CHAMILLY, NINON. (/îs entrent par la porte de droite.) Mad. do .71 nintenon Ah i monsieur le vicomte, que m'ap- prenez-vous-là ! Cbamllly. Oui, madame la marquise, le ministre est en ce moment avec le roi, et les soupçons de mon oncle peuvent se porter sur d'Aubigné.... Hâtez-vous de prévenir le malheur qui le menace.... Si l'ordre de l'arrêter est donné, rien ne saurait le sauver! Ninon. Madame, vous seule pouvez obtenir.... Mad. do Maintenon. Ah! vous ne savez pas tout ce que ma position a d'affreux!... C'est moi, moi qui ai exigé du roi qu'il n'y aurait plus de grâce pour le duel I Ninon. Vous, madame! Chantilly. Le ministre, excité par ma blessure, et plus encore peut-être par une chanson offensante qui court tout Paris, et que l'on attribue au marquis d'Aubigné, n'aura point de repos qu'il n'ait découvert le coupable. Mad. de Maintenon. Ah! quel effroi vous jetez dans mon ame!... D'Aubigné, mon neveu, se battre en duel! braver les ordres du roi!... s'attirer la haine d'un ministre puissant, inexorable!... qui voudra une justice d'autant plus sévère qu'elle servira sa vengeance!... Ah! son danger me fait frémir!... Il faut qu'il parte, qu'il quitte la France avant que M. de Louvois ne soit instruit! Un Valet, annonçant. Monsieur le marquis de Louvois! Tout. Louvois!... Scène Xll. Les Mêmes, LOUVOIS. LonvoU. Ah! madame, partagez ma joie!... je vais connaître le nom de l'adversaire de mon neveu!... Une aiguillette, trouvée sur le lieu du combat, l'a fait découvrir. ACTE III. SCÈNE XIII. 47 Ton». Ciel! LonvolH. Tout à l'heure, dans le parc, un personnage my stérieux l'a abordé de la part du vicomte de Chamilly. Chamilly. De ma part? Louvois. Vous n'avez rien à craindre, lui a-t-on dit.... le secret du duel a été gardé, et pour vous rassurer tout à fait, voilà votre noeud de rubans que M. de Chamilly vous envoie. Chantilly. Quoi! l'on a osé se servir de mon nom. louvoia. Il le fallait bien... Le lieutenant de police, sans me le nommer encore, m'apprend tout le succès de sa ruse. On n'a pas voulu l'arrêter dans les jardins du roi.... mais il ne peut échapper.... Toutes les issues sont gardées, et comme il s'est empressé de se parer de son aiguillette!... Ninon, à part. L'imprudent! Scène XIII. Les Mêmes, D'AUBIGNÉ. D'Aubigné. entrant ctourdiment et arrêtant Chamilly. Ah! •on cher Chamilly! Ton», D'Aubigné! Ninon. Il est perdu! D'Aubigné, saluant Louvois. Monseigneur.'... l.ouvoiM, apercevant l'aiguillette. Que vois-je!... le noeud de rubans! Mad. de Maintenons à Louvois. Oui, monsieur le marquis!... Il est inutile de chercher plus long-temps à vons cacher la vérité.... Le coupable est devant vous. D'Aubigné. Comment! il sait que c'est moi! Mad. de Maintenon, à Louvois. Et c'est à votre générosité.... Chamilly. Il y va de mon honneur, mon oncle; car si «l'Aubigné pouvait soupçonner.... (D'Aubiyné lui tend la main.) IionvoiN, à Chamilly. Vicomte, vous avez tenu votre ser- ment! {A Mad. de Maintenon.) Je suis désespéré, madame. Sans eonnaitre l'adversaire de mon neveu, sa majesté venait de me donner l'ordre de lui faire demander son épée.... Croyez que s ' j'avais su.... Mad. de Maintenon. Mais cet ordre est encore dans vos mains. Kouvoia. L'éclat déjà donné à cette funeste renconlre.... l'audace scandaleuse et toujours croissante des duellistes, tout •n'imposait le devoir de mettre sur-le-champ à exécution l'ordre «le sa majesté.... et maintenant c'est à la loi se oie qu'il appartient d'agir. 48 NANON, NINON ET MAINTENON. n'Aoblgné. Je vous entends, monsieur.... et je vois qu'il faut céder à ma destinée.... Le roi veut m'ùter mon épée.... la voici. (Ji la pose sur un fauteuil.) Mad, do Maintenon. Et je ne puis le sauver! Ninon. Ah! madame, courez implorer le roi-' liouvoïs. Il ne serait plus temps.... Louis XIV vient de renouveler, devant monseigneur l'évêque de Meaux, le serment de ne plus pardonner aux duellistes. mad. de maintenon. Quoi!.-, si je lui demandais sa grâce?... I.ouïoîh. 11 la refuserait!... Vsnon, qui a entendu les derniers mots. Et bien! moi, je l'accorde! Tous. Que dit-elle? Louvois et Mad. de maintenon. Que signifie?... • Nanon, présentant un papier. Lisez, lisez, monseigneur! Eiouvois. Que vois je! Ql lit.) ^Dernier pardon accordé aux duellistes.... Signé Louis." Tous. Qu'entends-je ! Mad. de Maintenon. Il se pourrait!... Et comment cette jeune fille se trouve-t-elle en ces lieux? Ninon, C'est la personne dont je vous ai parlé. mad. de maintenon. Mais expliquez-nous par quel miracle?... Kanon. Miracle.... oh ! c'est bien le mot!... mais laissez- moi me remettre... car tout ce qui m'arrive depuis ce matin est si extraordinaire.... Figurez-vous que mam'selle Ninon m'avait laissée ici toute seule.... Pendant que j'étais occupée à admirer toutes les belles choses qui sont dans ce boudoir.,., et j'en ai vu de curieuses!... on a frappé à cette petite porte, mad. de maintenon, vivement. Et vous l'avez ouverte-' Nation. Certainement: j'ai dit: c'est sans doute M. Maintenon qui veut rentrer chez sa femme.... Le beau monsieur q UI frappait a reculé de surprise en me voyant et il s'en allait sans rien dire.... Mais moi, qui avais mon idée, je lui criai en le suivant: ..Monsieur!... eh! dites donc, monsieur!... ne vous gênez „pas pour moi!..." et je l'ai tiré par son habit doré.... 0 ure Phabit de Louvois.) Comme-ça.... Alors le monsieur s'est retourné tout fâché et m'a dit: ,.Insolente! qui ètes-vous?... q ue ..voulez-vous?..." Je lui ai repondu: ..Pardon, excuse, monsieur Les Mômes, NANON. ACTE III. SCÈNE XV. 49 nMaintenon, mais il faut que vous me fassiez obtenir la grâce „u"wi sergent qui allait m'épouser et qui s'est battu en duel! _ „lmpossil)le !" m'a-t-il répondu en fronçant le sourcil; et puis il a dit, par réflexion, en me voyant pâlir: ..Racontez moi cette affaire....'' Je lui ai tout raconte.... J'ai prié, j'ai pleuré, je l'ai supplié de me donner un petit coup d'épaule auprès de madame de Maintenon.... et j'ai bien fait, car, à ce nom, il s'est approché d'une table et a écrit quelques mots qu'il m'a remis en riant: .,Voilà la grâce de votre fiancé," in'a-t-il dit. Sa grâce! sa grâce! me suis-je écriée.... ah ! pour le coup, monsieur Main- tenon, il faut que je vous embrasse.... Je lui saute au cou.... et il m'a embrassée.... oli! mais embrassée.... excusez!.... Alors, il m'a mise à la porte en me recommandant le secret.... et quand j'ai pu lire ce papier, jugez de ma surprise!.., monsieur Mainte- non, c'était le roi ! j'ai embrassé le roi.'... Ninon. Mais la grâce était pour ton fiancé. Nanon. Le nom du coupable est en blanc, il n'y a qu'à mettre celui de M. d'Aubigné. Ninon. Kt ton La valeur? .Vmioii, passant près de d'Aubiijné, Mon La valeur.... Bail! nous le laisserons pendre, il ne l'aura pas volé.... N'est-ce pas, monsieur le marquis? n'Anblgné. Elle sait tout! Nanon. Oui, je sais tout!... Aussi, je partais furieuse, et j'allais déchirer ce pardon lorsque, près du grand escalier, j'ai entendu ces mots: ,,Lo marquis d'Aubigné va être arrêté et con- >«duit â la Bastille...." Aussitôt toute ma colère s'est apaisée., j'ai pensé.... à vous mam'selle Ninon, et je suis revenue. Chantilly. Elle est charmante ! Lourola, à Mad. de Maintenon. Je me félicite, madame •le voir cesser toutes vos inquiétudes.... (A d'Aubigné) Marquis r eprenez votre épée.... le roi vous pardonne. Van on. Et moi aussi! (.Elle prend Vépét.) Air du Nécessaire: Cette épée nui combats connue. Oue ne pouvait vous rendre Maintenon, Pour Ninon, vous l'avez perdue, Vous la retrouvez par Nanon. Reprenez-la... (Elle la lui présente.) IHad. île lîlntnteiioii. Dans les saintes querelles Oui vont encor, dit-on, recommencer. Servez-vous-en contre le» ïnjidèles. Nanon, las h d'Aubigné. Et prenez garde au inoins de vous blesser! •Wportoire No. J94. [2. Série No. 44. | 4 50 NANON, NINON ET MAINTENON. Scène XV. Les Mêmes, Un HUISSIER. L'HulNaler, à Louvais. Un ménage «le sa majesté. (A Mail, de Maintenait.) De la part de M. le premier président. (Il leur remet à chacun un papier.) Mnd. de IYlainteuon, lisant. „ Dernier avis du concile „des évéques: La morale et la religion sont perdues si Tar- „tufe est représenté." Al), je suis tranquille, l'interdiction de Tartufe est une des conditions que j'ai dictées, et jamais je ne consentirai.... Louvoig, lisant. ..Voulant prouver à Mad. la marquise de ,,Maintenon combien j'apprécie les hautes vertus qui la distinguent, j'ai résolu de lui donner le témoignage le plus éclatant „de ma reconnaissance. Je vous autorise donc à prendre ses ,,ordres pour la célébration de notre mariage, qui doit avoir lieu „ce soir, dans la chapelle du château." Mad. de JUaintenon. Ah! enfin! l.omoiM, continuant. ..J'accepte toutes les conditions que „vous m'avez transmises de sa part.... J'en excepte cependant „la représentation de Tartufe, que je viens de permettre à l'instant." Jtlad. de 3Ialntenon. Quel égarement! Xiouvolg. Quelle réponse ferai-je à sa majesté? Mad. de IHaiiitenoii. Quel égarement! lioDialt. Quelle réponse ferai-je à sa majesté? Jind. de I?l»inteii ■ W. Kr» use.