Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 43. (293.) COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE, MM. EiAllRENCIN kt MARC-MICHEL. BERLIN, 1844. Ad. Ml. Schlesinyer, Libraire et Éditeur île Musique. Pr. 10 Sur. (8 t Gr.) QUAND TS AMOUR S'EN VA... COMÉDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE, MM. 1AURENCIN et MARC-MICHEL. PERSONNAGES. JULES DE MÉRIGNY, capitaine de corvette DOMINIQUE FENMARCK, matelot EMMA, femme de Jules Mlle. DE KOATODON, tante d'Emma YVONNE, servante ACTEURS. Mr. A. DE BONGARS. Mr. ALIX. Mad. A. DE BONGARS. Mlle. DESCHANEL. Mlle. CLOZEL; La scène se passe dans un château de Basse-Bretagne. *^*^*****###**********************************##****#*« M théâtre représente un salon de campagne élégamment meublé. Au fond, une porte ouvrant sur un vestibule qui conduit d'un coté dans les appartements, de l'autre dans un jardin. A droite, au premier plan, une fenêtre i nu-dessous, un piano. A gauche, une cheminée avec glace. Portes latérales. Un guéridon, fauteuils. Au fond, le portrait en pied «l'un jeune homme mince, délicat, à la figure efféminée. Scène I. YVONNE, seule, devant la glace, arrangeant son fichu et son bonnet. Mais que c'est donc commode ces grandes glaces! comme on s'y voit bien! (Soupirant.) Après ça ( à quoi sert-il de se faire jolie au fond d'un château où l'on ne voit personne.... et °ù personne ne vous voit, depuis que monsieur est parti sur mer avec mon gros joufflu de Dominique? (Se mirant:) Soyez donc gentille! Scène II. YVONNE, Mlle. DE KOATODON. Mlle, de Kontodon, entrant par le fond. Eh bien! eh bien! que fais-tu donc là? (Elevant la voix.) Yvonne! Bëpertoir» No. 29Î. (2. Série No. *3.) 1 2 QUAND L'AMOUR S'EN VA . Yvonne, à part. Dieu! (//««( ) Moi.... rien.... je.... je rangeais.... Mlle, de Kontodon. Ma nièce est-elle levée? Yvonne. Oh! oui, ma marraine.... madame est dans le petit pavillon au bout du jardin. .tille, de Kontodon, avec sentiment. Elle s'y sera renfermée pour pleurer.... pour relire les lettres de son mari. Yvonne. Je vous demande pardon, mamarr?inej madame arrosait ses pots de Heurs, et puis elle donnait du grain à ses tourterelles.... Mlle, de Koatodon. C'est bien cela.... s'occupant sans cesse de tout ce qui peut lui rappeler son cher Jules. Pauvres enfants!... une séparation de cinq années! Je ne comprends pas qu'ils vivent encore! Cinq années! Eux qui s'adoraient!... Mais, hélas! un jour, mon frère l'amiral, qui n'entend rien au sentiment, profitant d'un moment de brouille entre les jeunes époux, décida Jules à quitter ce château! Yvonne, soupirant. Oui! avec Dominique, mon futur.' Mlle, de Kontodon. Il l'emmena à Brest sur son vaisseau qui mettait à la voile le lendemain pour la mer du Sud! Pauvres Jules!... combien je craignais qu'il ne succombât au chagrin et aux fatigues!... (Regardant le portrait.) Je vous demande un peu! marin, avec une complexion si délicate! Yvonne. C'est que c'est frappant.... on dirait qu'il va parler. (Faisant la révérence.) Bonjour, monsieur! Mlle, de Koalodon. Voilà bien cette taille svelte.... ces yeux pleins de langueur, de timidité! Gentil comme une jeune fille, dont il avait tous les talents. Il brodait comme un ange; tiens! ces pantoufles en tapisserie.... c'est lui qui les avait commencées pour moi. (Regardant le portrait.) Cher enfant! Yvonue. Oui, c'est bien gentil.... un mari comme celui- là.... (a part) encadré. .. mais moi, j'aime mieux mon gros Dominique; en v'Ià un fort homme! six pieds de haut.... et «I e bonnes grosses joues qu'on tapotait si bien!... Mlle, de Kontodon, soupirant. Mais ce silence qu'il gard" depuis quatre mois ... Comment l'expliquer!... à moins q" e sa santé déjà si faible.... Yvonne, « elle-même. Ce n'est pas Dominique qui.... Mlle, de Kontodon. Ou.... un naufrage peut être.... Yvonne, alarmé. Un naufrage.... ah! ma marraine.... I <""■ ment! nous aurions altendu si longtemps pour.... WKBÊÊÊBM SCÈNE III. Scène III. Les Mêmes, JULES, DOMINIQUE. JuIcm, en dehors, d'une voix forte. Eh! avance donc! 9111e. de Kontodon. Hein'; Juleti. Par ici... suis-moi!., allons donc, mordieu! (77 paraît au fond. A la cantonade.) Eli bien! allons donc, animal.. (Il frappe du pied.) 9111e. de Kontodon. Ali ça, mais à qui ce gros monsieur en a-t-il? JuIch, l'apercevant. Ah! quelqu'un enlin!... madame.... {La reconnaissant.~) Eh! mais Dieu me confonde! c'est cette chère demoiselle de Koalodon. (Voulant l'embrasser.) Soufl'rez.... Dominique, à Yvonne. Souffrez, Yvonne. Mlle, de Kontodon, reculant. Monsieur! Yvonne, effrayée. Ah! mademoiselle! ce grand maigre qui veut ni'enibrasser! Dominique, offensé. Grand maigre! Jtuleti, à Mlle, de Koatodon. Comment! tout de bon! vous ne me reconnaissez pas, chère tante? Mlle, de Kontodon. Il serait possible!... mon neveu! Yvonne. Dominique! Julett et Dominique. Eh! allons donc! {Jules embrasse sa Tante, Dominique est embrassé par Yvonne et chancelle.) Mlle, de Koatodon, examinant Jules. Mais oui, c'est lui.... c'est bien lui! Julea. Eh! oui! de par tous les diables.... Arrivé hier à Brest, je suis débarqué aussitôt, et me voilà. Mlle, de Kontodon. Quel changement! Julctt. Que voulez-vous! c'est la mer, le grand air, les fatigues. {Il va déposer son manteau.) Mlle, de Kontodon, qui le suit des yeux. Je n'en rc viens pas ! Yvonne, à Dominique, qu'elle reyarde avec compassion. Eh! '"on pauvre Dominique.... vous qui étiez parti si bel homme! Dominique. Que voulez-vous?... c'est la nier! l ionne. On dirait qu'il a grandi.... Il n'en finit pas*.., Dominique. Grandi! Non.... voyez-vous, c'est qu'en di BuDOant par là.... (il montre l'épaisseur de son corps) il semble que j'aie augmenté par là.... (Il montre sa hauteur.) C'est un effet d'optique. Yvonne, pleurant. Comme ils me l'ont abîmé, ma mar- 1* 4 QUAND L'AMOUR S'EN VA. raine!... Je leur prête un homme superbe.... voyez ce qu'ils me rendent. Jules, qui se débarrassait de son manteau. Ah ça, mais, tante Koatoclon, et ma femme, ma chère petite Emma, où donc est-elle? Jlon Dieu! il me tarde de l'embrasser. (Appelant.) Emma! Em.... 9Ille. de Koatodon , lui mettant la main sur la louche. Taisez-vous, taisez-vous!... Jules, vivement. Est-ce qu'elle serait malade? Pille. île Kontodon. Mon Dieu, non. Jules, rassuré. Ah!... Mlle, de Koalodon, Mais cette brusque arrivée.... Jules. Ah ! parbleu.' vos diligences mentent si effrontément à leur nom.... pour moi surtout qui étais impatient de revoir ma femme! A moitié route, j'ai piaulé là la voiture, j'ai pris des chevaux de poste.... et me voilà!... Quinze lieues en trois heures, et toujours au galop!... Dominique. Toujours au galop. mile, de Koatodon. Au galop! un capitaine de corvette au galop! Ah! ce mot me fait un bien!... Dominique, à Yvonne. Elle ne sait pas ce que c'est! mile, de Koatodon. Oui, je le vois, Jules, mon cher Jules.... vous aimez toujours ma nièce! Jules. Si je l'aime! chère Emma!... Conduisez-moi vers elle.... 71 Ile. de Koatodon. Oh! non. Jules. Comment? Mlle, de Koatodon. Sans la prévenir? elle en mourrait de joie! Jules, « part. Ah! mile, de Koatodon. Je craindrais une crise; vous savez, elle est si impressionnable! Jules. Mais alors hâtez-vous de la préparer.... et si elW n'a pas encore déjeuné, dites-lui que je n'ai pas pris le temps- mile, de Koatodon. Oh! je m'en doute bien.... Tenez. Jules, si j'avais été mariée, et qu'après une longue absence j'eusse vu mon mari se mettre à table et manger une simp' e côtelette.... j'en serais morte. Jules, Ah! (A part.) Il parait que c'est une habitude ici- mile, de Koatodon. Et votre Emma pense absolument comme moi. Jules, h part. Ah! mon Dieu! ça devient alarmant, mile, de Koatodon. Mais je veux avoir de la raison pour vous, enfant; vous venez de faire un voyage fatigant, ' SCÈNE III. 5 faut réparer vos forces.... Allons, Jules, je vous en prie, vous prendrez quelque chose ! Jules. Mais.... (A part.) A la lionne heure donc! Mlle, de Kontodon. Je l'exige.... pour me faire plaisir. Votre déjeuné d'autrefois.... Yvonne, une tasse de lait chaud pour monsieur.... Yvonne, De sa chèvre blanche? Jules. Comment? Yvonne. Eh oui, votre petite chèvre.... Mlle, de Kontodon. Qu'Emma aimait tant! Jules, se souvenant. Ah bien!... oui.... très-bien ! (A part.) Le diable emporte la petite chèvre.... si on m'en mettait un quartier à la broche, encore!... Mlle, de Kontodon, a Yvonne. Tu serviras aussi quelques meringues.... (A Jutes, qui fait un mouvement,) Eh bien, qu'une, là, rien qu'une.... (Cherchant autour d'elle.) Où est mon ombrelle! Jules, h part. Elles vont me réduire à l'état de Dominique. Mlle, de Kontodon. Quant à vous, Dominique.... Yvonne. Je sais ce qu'il lui faut.... un bon gros biffteck. Dominique. Un biffteck?... Jules, lias, Accepte! Dominique, bas. Mais ma gastrite.... mon régime.... Jules, las. Accepte toujours.... Dominique. Ah! bon!... {A Yvonne.) Je ne refuse pas. Yvonne. A la bonne heure! Jules, bat, à Dominique. Avec des pommes de terre.... Dominique. Ah! avec des pommes de terre. Yvonne. C'est bon, c'est bon, mon gros.... c'est-à-dire •non pauvre Dominique, suivez-moi à l'office.... Jules, vivement. Hein?... Non, du tout, il ne me quitte pas.... (A Yvonne.) Tu le serviras ici, auprès de moi.... Je ne déjeune jamais sans mon matelot, (lias h Dominique.) Ne bouge pas d'ici!... (A part.) Le malheureux allait me voler mon biffteck. Mile, de Kontodon. Adieu!... Vous me promettez de le prendre, n'est-ce pas? Jules. Mon biffteck? Mlle, de Kontodon. Eh non, votre lait. Jules. Ah! (Jfnpocrilement.) Je lâcherai.... je ferai mon possible. Mlle, de Kontodon. Vous êtes charmant! et ma nièce est la plus heureuse des femmes. Air. Jules. Un peu de patience! Il fout? Il fout.... G QUAND L'AMOUR S'EN VA . 9111e. de Koatodon. Julex. Agir avec prudence. Kimna.... Bientôt.... Mlle, de Koatodon. Jules. trèt d'un mari fùlele Bientôt? Viendra. ,1111e. de Koatodon. Jules, (îrâce ;i mon tendre zèle, Viendra. Emma.... [Mlle, de Koatodon sort avec Yvonne.) Scène IV. JULES, DOMINIQUE. Jules. Celte chère tante de Koatodon, est-elle folle avec son régime sentimental.... Je veux bien pour aujourd'hui feindre de m'y soumettre... mais une fois entré dans mon ménage, car c'est fini.... au diahle les voyages et la mer.... Dominique, prenant le guéridon au fond et le plaçant h droite devant le piano. Ah! capitaine, que le bon Dieu vous entende!... Si j'avais su ce que c'était cinq ans de mal de mer, cinq fois trois cent soixante-cinq jours, sauf les courts instant que nous avons passés à terre.... Jules, riant. Et pendant lesquels tu te dédommageais. Dominique, qui apporte un guéridon. Heu! heu!... Jules. J'ai entendu parler, à Calcutta, d'une certaine..- Dominique. Deux, capitaine; elles étaient deux. Jules. Ah!... Et plus tard à Pondichéry? Dominique. Ah! là, commandant, c'est différent, elles étaient trois.... des bayadères, des prêtresses de lîrama.... Ah' mon Dieu, oui, j'ai été le rival heureux de ce dieu.... Jules. Sais-tu, mauvais sujet, que si ta fiancée venait a apprendre.... Dominique. Oh! Il n'y a pas de danger.... elle n'ira pas à Calcutta ni à Pondichéry pour s'informer..., (Avec intention-) De même que madame n'ira pas à Kio-Janeiro pour.... Jules , l'interrompant. Hein? à Rio-Janeiro! Veux-tu bien te taire! Dominique. Suffit! Muet, capitaine, muet comme un poisson. Jules. Si ta langue comment quelque indiscrétion, si M dis un seul mot, je te casse.... (Alui-mème.) Je n'ai aucun tort réel, grave surtout; mais je connais Emma, et d'après ce que vient de me dire sa vieille folle de tante, elle est toujours la même ... SCÈNE V. 7 Scène V. Les Mêmes, YVONNE. Yvonne, apportant le déjeuner. Monsieur, voici votre lait. (Elle place le tout sur la table à gauche.) Jules, Bien obligé. (A part.} Comme c'est réconfortant! V vanne, qui a placé le bijfteck et le déjeuner de Dominique sur une petite table h ouvrage qui est devant la cheminée. Et vous, mon pauvre maigrillot.... ici, sur cette table, votre bon gros bifteck. {Le considérant.') Quelles jambes, mon Dieu! Dirait-on pas deux mâts de perroquet? Venez vous restaurer, venez. (Dominique regarde Jules.) Jules, à Yvonne. Du tout. Ne t'ai-je pa>* dit que je déjeunerais avec mon matelot? le fait passer h droite du guéridon.) Dominique. Sans doute. Yvonne. Eli bien ! Jules. Eh bien, tu sers le lait à bâbord et le bifteck à tribord. Yvonne. C'est donc à la même table? Jules, s'assegant à gauche. Eli! allons donc! Yvonne. Ah! dam, je n'ai jamais servi dans la marine, moi! (Elle porte le biffteck sur le guéridon.) Là! le sabord.... à coté du tribord. Est-ce cela? Jules. A la bonne heure! (A Dominique.) Est-ce que tu ne prendras pas un petit verre de rhum? Dominique, bas. Avec du lait! Jules, bas. Je te dis que tu en prendras. Dominique, bas. Mais, capitaine, le major de la corvette •"'a détendu.... Jule». Ça m'est bien égal (Basj à Dominique.) Demande «u rhum. Dominique, h Yvonne qui est allée prendre la bouteille de v<». Du rhum! Yvonne. Du rhum, dans l'état où vous êtes! (Elle apporte le vin.) JuIch. Allons! (Lui pinçant le menton.) Cette petite lille, parce que monsieur est son prétendu, elle voudrait déjà le gouverner comme un mari. Yvonne, h part, scandalisée. Oh! monsieur qui m'a pincé le menton! 11 n'aurait jamais osé autrefois. (Elle prend le rhum ,l "ns une petite cave portative et met le flacon sur la table ) Voilà 'e rhum! (Jules et Dominique s'asseyent. H» sont placés: Jules devant le lait, Dominique devant le biffleck. Ils n'osent toucher à 8 QUAND L'AMOUR S'EN VA . leur déjeuner voyant qu'Yvonne est là. A part.) Ma marraine a dit qu'on ne mangeait pas quand on aimait bien.... Nous allons voir si Dominique m'aime toujours. {Elle croise les bras et s'apprête à les regarder manger.) JuIcm, se retournant, à Yvonne. Eh bienl que fais-tu là? Yvonne. Moi? j'attends pour vous servir. Jules. C'est inutile. Tu peux.... Dominique. Tu peux liler ton noeud.... ïioniie. Mais.... Jules. Mon matelot me servira.... Dominique, ("est moi qui servirai le capitaine. Yvonne. Ah! Jules. Oui, c'est l'ordonnance dans la marine. Yvonne. Bon.... je m'en vas. {Elle s'arrête à la porte comme pour y prendre son plumeau ci les regarde.) Jules, la croyant partie, et se versant du rhum. Voici pour préparer le chemin à ton magnifique biffleck. {Il va boire. Dominique tousse pour l'avertir qu'Yvonne est encore là, Jules te hâte de lui présenter le verre. A Yvonne.) Va donc! Yvonne. Oui, monsieur. Scène VI JULES, DOMINIQUE. {A peine Yvonne sortie, Jules boit le rhum et Dominique fait tourner le guéridon, les deux déjeuners changent ainsi de place.) Dominique. Virons de bord. Ah! comme ça, j'adore I** rhum! Jules, découpant le biffleck. Comment trouves tu mon lai'? Dominique. Je le trouve bien insipide. Dire, capitaine que je ne peux plus me nourrir que de lait!... Je suis à trente deux ans dans la position humiliante d'un nourrisson de six mois. Jules, qui s'apprête à manger le biffleck, Pauve garçon, va. (Bruit extérieur. Il s'arrête.^ Dominique. Hein! quoi? Jules, retourne viuement la table. Chut! Dominique, à lui même. Oh! je suis bien bas, bien bas- (H bâille.) A.... ah! {Il s'assoupit.) Jules. Rien.... j'ai cru que mon biffteck allait m'échappe' - - Dépêchons, car si ma femme.... (Voyant Dominique.) Eh bien- (S? apprêtant à tourner la table, et du ton de commandement po" r la manoeuvre du bord. Avec force.) l'are à virer! SCÈNE VII. 9 Dominique, sautant effrayé. Ah! la corvette a touché! Ah! pardon! Julen, tournant la table. Adieu-va! (Il se retrouve en face du biffteck.) Ah! cette fois.... (Voir au dehors.) Ah! du monde! (Ils retournent encore vivement la table.) Scène VIL Les Mêmes, Mlle. DE KOATODON, EMMA. Mlle, de Koatodon, ouvrant la porte H Emma qui la suit. Eh! oui, te dis-je!... (Montrant Jules.) Tiens, le voici. Air: Valse des Farfadets. Jules et Emmii. C'est bien toi! quel bonheur! Doux instant pour l'amour, Que je tiens sur mon coeur. One l'instant, que l'instant du retour! Jules. Je te retrouve, 6 mon Emma chérie! Emma, Mon cher mari.... (-A part.) Grand Dieu! quel changement! JulCH. Mais qu'as-tu donc? Aille, de Koatodon. Elle est toute saisie.,.. On peut mourir dans un pareil moment. REPRISE DE E'EVSEMBLE. «lut en, h Emma. Quoi! le bonheur.... Emma. Oui, mon aine est ravie! Après cinq ans enfin je te revpis. JllICH. Je te revois, et toujours plus jolie! Emma. Et toi, toujours tendre comme autrefois! ENSEMBLE. Jules et Emma. ° upl hva " i' 1 '"' C'est bien toi, etc. Pon * ''»«"»«', Mlle, de Koatodon. ° ,ie le > m,r < bls -> . ... . , , Du retour! Leur plaisir.,.. leur bonheur Font palpiter mon coeur. Mlle, de Koatodon. Pauvre petite, elle croit rêver! Jules, riant. Kèver! Ha! ha! pardieu!... (Mouvement d' Emma. Reprenant d'un Ion plus doux.) Ai-je l'air d'un ombre '. d'une vapeur légère ? Emma, avec un peu de contrainte. Oui, cela est vrai; nia 10 QUAND L'AMOUR S'EN VA ... tante m'avait prévenue que ta santé s'était raffermie.... je m'en rejouis. Julei. Merci. Le fait est que je me porte à merveille. 9111e. de Kontodon, vivement. Ce qui n'empêche pas ton Jules de t'aimer comme aulrefbis.... si ce n'est davantage encore. (_A Jules.) N'est ce pas? Jules, à Emma, lin douterais-tu? Emmn. Si j'en avais douté, je ne vivrais plus, Jules. Jules, à lui-même, (''est bien cela! observons-nous. (liant, avec passion.~) Chère Emma! Mlle, de Kontodon. Quinze lieues au galop, pour l'embrasser quelques heures plus toi. Jules, se reprenant. Oui, certes! et pour ne plus nous séparer; c'est fini, je reste avec toi, et j'envoie le service à tous les diables! Km m a, à pari. Quel ton! quel langage! (Elle regarde le portrait.) Jules. Mais encore une fois, qu'as-tu donc? tu parais triste, inquiète! Emma, avec contrainte. Moi?... non.... c'est la joie, le plaisir.... mais tu déjeunais, je crois, quand je suis entrée, il faut continuer, mon ami!... Jules, avec empressement. Tu permettrais! Mlle, de Kontodon, vivement. Déjeuner, lui!... dans un pareil moment! Le cher enfant!... j'ai eu toutes les peines du monde à le décider à prendre un peu de lait.... eh! niais, regarde, donc, il n'y a même pas touché. Jules, déconcerté. Oh! mon Dieu, non.... Mlle, de Koatodon, dans l'extase. Oh! que c'est bien! que c'est bien! (Dominique reporte le guéridon au fond.) Emma, se laissant gagner à l'émotion de sa tante, Est-il vrai, Jules, mon ami, le bonheur de me revoir.... Jules, embarrassé. Assurément.... c'est le.... Mlle, de Kontodon. Oh! oui, te dis-je!.,. et tu ne l'embrasses pas pour ce trait-là!... embrasse-le, vois-tu.... sinon, je vais lui sauter au cou! Jules, effrayé, attirant vivement Emma à lui. Cette cbero Emma ! Mlle, de Kontodon. Ouel mari! quel neveu! comme"! n'en serai-je pas glorieuse?. . Ah! Jules, avec quel orgueil je vais vous présenter à Ions nos voisins!... Emma. Ah!... plus lard.... tantôt, ma tante! Jules doit être si fatigué!... Mlle, de Kontudou. Fatigué! quand il te revoit!... Jules, «oie un» véhémence simulée. Fatigué! quand il.— . SCÈNE VIII. II quand je le revois! ÇA part.) La diète et pas de sommeil.... Elle veut me faire remaigrir! c'est sûr!... (//ouf.) J e vous demanderai seulement la permission de faire un peu de toilette. Mlle, de Kontodon. Oh! à la campagne.... Jules. C'est possible.... mais je désire.... Mlle, de Kontodon. Allons, soit.... Dominique va porter vos effet* dans votre appartement.... Dominique.... Dieu me pardonne, il dort! (S'appelanl.) Hé! Dominique! Dominique, rêvant. Oui, bayadère! Mlle, de Kontodon. Prenez la valise de voire maître et portez-la dans sa chambre.... JiiIch. Butor?... l'éveilleras-tu?... Dominique, s'éveillant. Oh! pardon, pardon.,., je.... Mlle, de Kontodon. Prenez la valise de votre maître et portez-la dans sa chambre.... JhIch, bas. Avec mon biffleck? Dominique, bas. Oui, capitaine.... (Il prend les objets et se rendort près de la porte.) Mlle, de Kontodon. Ah! j'oubliais.... Il vous est arrive ici plusieurs lettres de l'étranger.... une entre autres de Rio- Janeiro.... Kunun, qui a été les prendre dans un vase sur la cheminée. Tiens. Jules, la prenant et Vouvrant, De Rio-Jaueiro. (Il regarde '<* signature. A part.) De Sylvia!... (Il referme vivement la lettre.) Kmmn. Tu ne lis pas. Julc*, un peu troublé. Non.... plus tard.... une lettre indifférente.... je sais ce que c'est. Emmn, avec un peu de méfiance. Une écriture bien fine! JiiIck. Oui, les pattes de mouche d'un ami.... (Il met la lettre dans sa poche.) Je cours bien vite à ma toilette, pour ne Pas te faire attendre. (A part.) Et à mon déjeuner.... cette folle (| e Sylvia avait bien besoin de m'écrire! (-1 Dominique, qui s'est endormi.) Encore là.... vas-tu l'éveiller, animal! Dominique. Voilà, voilà.... toutes voiles dehors.... (Ils entrent dans la chambre de Jules, à yauche.) Scène VIII. EMMA, Mlle. DE KOATODON, put» YVONNE. (Kmma, rêveuse, reste les yeux fixés sur la porte de Jules.) Mlle, de Kontodon, avec enthousiasme. Charmant! ebar •nanti charmant!... Allons, vile à nos loileltes aussi... (fi|/« 12 QUAND L'AMOUR S'EN VA . tonne en appelant.) Yvonne.... (Se ravisant.') Mais non, je veux t'habiiler moi-même. Comment t'aimait-il mieux ? en robe blanche, je crois! Oui! je m'en souviens.... Emma, h part. S'en souviendra-t-il, lui? Mlle, de Koatodon, a Yvonne. Allez préparer ma toilette.... ma robe cerise et mon chapeau vert.... Je veux me faire belle.... superbe.... magnifique.... Viens, mon Emma. Air: Valse de Giselle (Burgmiiller). Il faut donc par l'adresse Au moment du relour, Réveiller sa tendresse, Ranimer son amour! 3111e. de Koatodon, Viens te parer, ma nièce J Oui, tu dois, en ce jour, Payer par ta tendresse Un si conslant amour. Emma, seule. Jadis, je savais le séduire Sans tons ces apprêts fastueux! Et je n'avais , h part. O ciel ! Jules, d'un ton qu'il s'efforce île rendre lien sentimental- Tu pourrais me soupçonner, moi! ton cher petit Jules!... Emma. .Nullement.... Nous qui avons fait un mariage d'inclination, est-ce qu'il est possible que nous cessions jamais de nous aimer?... Jules. Est-ce que c'est possible?... au fait, c'est impossible! Emma. Je me suis rappelé ce que tu nie disais si souvent autrefois.... dans nos longues causeries.... sous le petit berceau, tu sais.... Jules, avec aplomb. Le petit berceau.... parbleu!... là-bas. ■ Emma. Au bout de l'allée d'accacias où nous nous p' 0 ' menions.... le soir.... aux étoiles, mon bras posé sur le tien, ma tète appuyée sur ton épaule, (elle lui prend le bras, et appuie sa tète sur l'épaule de Jules.) ainsi... Jules. Il me semble que j'y suis encore.... Emma. Eh bien! ces paroles, ces paroles terribles! .Iules, à part. 11 paraît que je disais des paroles terribles.... Emma. Qui revenaient sans cesse sur tes lèvres, ne doivent-elles pas me rassurer? Jules, embarrassé. Sans doute. Elles le doivent.." eest leur devoir. {A part.) Le chapitre des souvenirs.... ce que J e craignais.... Emma. Tu ne les as pas oubliées!... Jules. Par exemple!... les oublier!... Si tu m'aidai* «» P eU -' SCÈNE XIII. 17 Emma. Tu me disais: Air: J'avais quille mon Amélie (Visite à Bedlam). „Einma, mon bonheur et ma vie ! Emma. Jules, cherchant h se rappeler. ,,Héla»! pour moi, plus d'espérance „Mon seul amour! Jules. Kiuilin. ,,1'hu d'avenir! «Ah! s! jamais ton coeur m'oublie.... Emma, Jules. „Et je voudrai dans ma souffrance.... „M'oublie un jour ... Jules. „Mourir! mourir.'" Jules. „Mourir." Voilà la phrase.... c'est bien cela.... (A part.) Est-il possible que j'aie jamais débile de pareilles fadaises.... (Haut avec force.) Mourir.... oui, plutôt, la mort que... Km nia, s'animant et cherchant a s'exalter. Ainsi rien n'est changé.... ces cinq années d'absence il faut les retrancher de nos souvenirs; c'est une nuit, une seule nuit qui nous a séparés.... c'est hier que tu m'as quittée.... c'est aujourd'hui que je le retrouve. Jules, haut, avec une feinte chaleur. Certainement.... il n'y a pas de doute. [^4 part.) Si elle continue , je ne pourrai jamais soutenir la conversation sur ce ton là.... Emma. Non, non, rien n'est changé, tu verras.... J'ai cultivé nos Heurs, j'ai soigné notre chèvre blanche. Jules. Blanche! {Avec une compassion comique.') Au fait... elle doit être si âgée! pauvre bêle! Emma. J'ai fait respecter les vieux arbres sur lesquels nous avions gravé nos chiffres et nos serments d'amour éternel. Jules, ('es bons vieux arbres, je les reverrai avec plaisir. (A part.) Cet hiver.... dans le feu.... Emma. Veux-tu venir? Jules, interdit. A présent!... tout de suite? Emma. Tu as raison.... ce soir.... cela vaudra mieux au clair de lune.... quand tout le monde reposera. Jules, à part. Excepté moi. Je suis voué à l'insomnie.... comme un héros de roman.... Emma. D'ailleurs, ma tante va descendre. Elle sait que "ous l'attendons ici.... Voyons, Jules.... (A part.) Ah! quelle idée! {Haut.) Dis-moi, te rappelles-tu quels étaient nos passe- temps de prédilection, hier? Jules, qui ne comprend pas. Hier? Emma. Oui.... hier.... autrefois.... puisque... Jules, comprenant. Ah! oui.... c'est juste; pardon.... c'est convenu.... le hier d'il y a cinq ans! Emma. Oui.... quelle était notre occupation favorite?... 'ci.... dans ce salon?... (Klle prend une broderie sur le piano et s'assied.) Répertoire No. 293. (2. Série Ho. 43.) 2 18 QUAND L'AMOUR S'EN VA. Julen. Ici dans ce salon? ÇA pari.) Encore l'interrogatoire.... pourquoi a-t-elle celte manie de me questionner.... au lieu de me dire tout bonnement.... (Haut.) Ah! le dessin, la lecture.... Emma. Non, mieux que cela.... qu'est-ce que je fais en ce moment? Jules, à part. Nous jouons des charades. (Haut,") Ce que tu fais? (D'un ton sentimental.) Tu m'aimes.... (A part.) Ce doit être ça.... In», Sans doute; mais cela va sans dire.... à quoi suis je occupée? Jules, étourdiment. A m'aimer! (.Se reprenant.) Oh! pardon! à broder de la tapisserie.... Km mit. lui désignant un tabouret de pied placé sous le piano. Allons! monsieur.... ce tabouret.... Jules. Ah! c'est juste.... (Il va chercher le tabouret et le place sous les pieds d'Emma.) Là!... Emma. Eh bien! il ne te dit rien? Jules, regardant le tabouret. Ce tabouret? que diable veux-tu.... Emma. Qui donc venait s'y placer? Jules. Ali! pardon!... (Il met un genou sur le tabouret.) Emma. Mais non.... pas ainsi. Jules. Ah! autrement? Emma. Eh 1 sans doute. (Il met l'autre genou.) Mais non, monsieur. Jules, h part, se levant. Comment se rnet-on sur un tabouret? Emma, à part. Il a tout oublié.... (Haut.) Allons ! monsieur, prenez le métier qui est sur la cheminée. Jules, le prend. Tiens ! mais c'est le mien ! (A part.) C'est pourtant vrai.... Je me suis livré dans le temps à celle récréation peu masculine.... Emma. Tu venais là.... tu t'asseyais, et tu brodais des pantoufles. Vois donc... elles ne sont que commencées.... et on les attend. Jute*. On les attend?... qui donc?... Emma. Ma tante, monsieur.... Jules. Ta tante! (A part.) Elle les attendra longtemps- (Il met son métier sous le bras et va pour le quitter.) Emma, sans le regarder et s'occupant de sa broderie. Al" Ions, asseyez-vous.... et travaillez, monsieur.... Jules, revenant. Comment! tu veux.... Emma. Et appliquez-vous bien.... vous savez quejegronile quand on fait mal, mais aussi je récompense quand on fait bien. 9r.^i SCÈNE XV. 19 Jules, h part. Si je suis bien sage.... j'aurai une image. Il faut faire quelque chose pour la contenter. (Il s'asseoit sur le tabouret avec beaucoup de difficulté.') Diables de sous-pieds! (S'asseyant.) Ouf!... je suis parfaitement ridicule.... (Haut.) C'est que je ne sais plus.... Emma. Vous étiez pourtant très-habile.... hier.... Jules. Hier!... Ah! oui, très-bien!... une bonne idée.... ça rajeunit. Emma, lui montrant. Tenez, monsieur, on prend l'aiguille comme ceci.... on passe d'abord ainsi, puis on croise le point. Jules. Ah! on croise le point? c'est prodigieux.... Emma. Air: Belle et douce Marie. Vous voyez, c'est facile, K.VNF.TIHLK, Courage, mon ami! Km III S. rour devenir habite, V ons voyez, etc. Continuez ainsi: Jules. V«,iez votre laine, A , lon , ; 50yons Et passez au milieu. Continuons ainsi Jules, h part. rour devenir habile; Ah! poOr un capitaine, Mais, inordieu! quel ennui' ' ' beau plaisir, inordieu! Scène XIV. Les Mêmes, YVONNE. Vtuune, entrant. Madame! Jules, se levant vivement, et cachant le métier. Hein? quelqu'un! Emma, avec humeur. Qu'est-ce? que voulez-vous? Vvomie. C'est ma marraine qui dit comme ça que vous "e l'attendiez pas, qu'elle a sa migraine. Jules. Elle aurait pu l'avoir un peu plus tôt. Emma. C'est bien! sortez. Jules. Sortez donc! Vtoune, à purt. Et nous comptions sur leur retour pour nous égayer! * or '«) Scène XV. JULES, EMMA. Emma. Pourquoi te déranger pour cette petite fille? Jules, qui a caché le métier dans la cheminée. Rianl. Eh! mais, je ne suis pas bien aise d'être surpris l'aiguille à la main Par des domestiques. 20 QUAND L'AMOUR S'EN VA Emma. Est-ce un déshonneur de broder des pantoufles? Jules. Non pas précisément.... mais cela prise de si prés le ridicule.... Emma. Etais-tu donc ridicule autrefois? Jules. Autrefois, autrefois; je commence à croire que je l'étais un peu. Emma, se levant. Ali! c'est différent! Jules. Il ne faut pas le fâcher, chère amie. Emma. Moi! mon Dieu, non! Jules, remontant au fond. Dis-moi____ ta tante ne viendra pas, et il est bien tard pour commencer nos visites. Tiens-tu beaucoup à les faire aujourd'hui? Emma, allant mettre sa broderie sur la petite table. Nullement. Jules. Ni moi non plus. (A part.) Je suis brisé de fatigue. Km m a, à part. J'avais raison. Il n'est plus le même. (Elle va au piano.) Jules, a part, nies yeux se ferment malgré moi; si j'osais fumer ma pipe, mais ce serait un scandale. (Avec dépit.) C'est inouï, être chez soi, et ne pouvoir faire ce qu'on voudrait.- Emma, à part. Il ne sait même pas dissimuler sa contrainte, son ennui! (Elle frappe machinalement et avec dépit sur le piano.) Jules. Ah! c'est ça, un peu de musique. (A part.) Ça H" réveillera. Emma. Quel morceau? Jules. Le premier venu, le plus bruyant! le plus ronflant-' Emma, h part. Pour s'étourdir. (Haut.) Tu ne voudrai* pas celte délicieuse chansonnette de Meyerbeer que nous chan- tions ensemble? Jules. Pourquoi donc? Emma, avec un peu d'ironie. C'est qu'elle n'est peut-être pas assez.... (appuyant) bruyante. Jules. N'importe; elle me rappellera de si doux souvenirs- Emma, h part, s'asseyant. C'est tout ce qui nous reste. (Ils chantent une chansonnette. Jules Vaccompagne anec une (/rosse voir.) Tetite tleur des bois, l'onr lo dire une fuis Toujours, toujours cachée, Ce mot, ce mot suprême : Longtemps je t'ni cherchée Oh! je t'aiine! |e t'aime. Dans les Jirés, dans les hois, l'etite Heur des bois! (l'ers la fin du couplet, il s'endort. Emma, ne l'entendant se retourne et le voit endormi.") Kmma. Il dort! ah ! c'est indigne! c'est affreux! («"' ferme le livre de musique avec dépit.) Des son arrivée, ne p oU ' * ISK^^' SCÈNE XV. 21 voir rester dix minutes auprès de moi sans céder au sommeil! •'ela promet! Monsieur! monsieur.... Jules, s'cvcillant. Hein?ali! pardon.... m'y voilà! j'y suis... (ii chante.) Petite Heur des bois, Je t'aime! je t'aime! Emma. Il est inutile de continuer; pour faire de la musique comme vous en faites, vous seriez bien mieux dans votre lit. •Bul ch. Est-ce que j'ai dormi? i mina, noce dépit. 11 parait que vous vous plaisez beaucoup avec moi? Jules. Sans doute! chère amie, mais. .. Km mu. Des excuses? Pourquoi donc? Ne vous gênez pas, monsieur. Jules, se levant. Ali! vous vous fâchez.... Eh bien! au fait, je préfère cela à la contrainte que je m'impose depuis ce matin. Emma. De la contrainte! A quoi bon? Est- ce que votre femme est en droit d'exiger de vous, à défaut d'un amour qui "'existe plus, les simples égards de la politesse, de la convenance? Jules. Iiien ! fort bien! c'est une impolitesse, une inconvenance que de céder un moment à la fatigue, quand on a passé 'a nuit en voiture et fait quinze lieues à cheval... Emma, avec ironie. Je vous avoue que je ne comprends Pas cet empressement, lorsqu'on a comme vous supporté l'ab- "MlCe avec tant de philosophie. Jules. Et sur quoi jugez-vous cela, s'il vous plait? Emma. Sur quoi? Eh! mon Dieu! l'on n'a qu'à vous regarder, monsieur... 11 est sûr, du moins, que les regrets ne v "us ont pas affaibli.... et ce teint vermeil.... ce brillant embonpoint.... Jules. Je suis vraiment désolé de n'être pas revenu poitrinaire pour vous faire plaisir.... Kmina. Voilà de l'ironie fort spirituelle! Jules. Du tout!... je suis convaincu que cela aurait singulièrement flatté vos idées romanesques, ainsi que les lubies sentimentales de votre vieille folle de tante!... Emma. Monsieur, ma tante a droit à vos respects. Jules. Eh! morbleu! je dis ce que je pense.... Croit-elle donc qu'après avoir passé cinq ans sur un tillac et fait dix campagnes sur mer, je reviens ici pour gazouiller des romances, petites fleurs des bois, qu'on trouve une fois dans les bois... «roder des pantoufles, cultiver dos fleurs, et traire une chèvre 22 QUAND L'AMOUR S'EN VA. blanche comme un berger d'idylle? Je vous déclare que non... et je ne suis ni un berger ni un marquis à l'eau de rose.... Emma. Uh! non.... bien certainement.... Jules. Aon, madame.... cela vous contrarie peut-être, mais j'en suis fâché.... Je suis un homme.... Air: Hls d'un Soldat. Je suis un homme et je suis un marin! Et comme tel, je prétends, quoi qu'on disej Pouvoir chez moi m.-inger, dormir, enfin,™ ï'uiner ma pipe et parler à ma guise. S'il faut ici se contraindre toujours, Eh bien! morbleu!... (Voyant qu'Emma s'éloigne.) Vous partez? Emma. Je vous laisse.... Je ne saurais soutenir ce discours; Sur un tillac je n'ai pas fait un cours De langage et de politesse. Joie*. Veuillez m'entendre jusqu'au bout.... Emma. J'ai compris, monsieur.... Eh bien! vouliez-vous dire, vous retournerez sur votre corvette au milieu de vos aimables marins; n'ai-je pas deviné? Jules. A merveille! Et je vous assure que je le ferai. Emma. Mais qui vous retient, monsieur? Jules. Vous me défiez? Emma. Au contraire.... Jules, hors de lui. Oui?... Je profilerai donc de votre permission, et, dès ce moment, ma détermination est arrêtée— Et je défie qui que ce soit.... fût-ce le diable en personne...- (Mlle, de Koatodon entre.) Scène XVI. Les Mêmes, Mlle. DE KOATODON. Mlle, de Koatodon. Me voilà! quel bruit! quels éclats! on se croirait dans une taverne de port de mer. Emma. Ah! ma tante! Mlle, de Koatodon. Je devine.... c'est monsieur le marin.... il a osé.... monsieur!... Jules. Je n'ai pas le temps de vous écouter.... J e vt J u: ' laisse avec votre élève. (Allant à sa chambre.) Dominique, chevaux de poste.... sur-le-champ.... Dominique! Dominique'" (Il tort par la gauche.) TSmfL. SCÈNE XIX. 23 Scène XVII. EMMA, Mlle. DE KOATODON. Mlle, de Koatodon. Qu'est-il donc arrivé, ma pauvre enfant? Emma. Je n'en sais rien.... ma téte se perd.... mais je ne puis plus vivre avec cet homme-là.... il m'est odieux.... insupportable.... je ne veux plus le voir.... Mlle, de Koatodon. Bien... très-bien.... je t'approuve, fi t si tu redoutes ta faiblesse, si tu crains de manquer de ré- solution, voici la preuve de son inlidélité.... lis celte lettre! Km ma, prenant la lettre sans la lire. Eh! que m'importe? je ne veux rien savoir..... qu'il s'éloigne, qu'il parte et ne re- vienne plus.... je veux une séparation..,, une séparation définitive.... Le voici.... dites-le-lui.... Mlle, de Koatodon. Sauve-toi vite. Elle en mourra!... Le monstre tuera ma nièce! (Emma va tlans sa chambre h droite.) Scène XVIII. Mlle. DE KOATODON, JULES, DOMINIQUE. taie»,.poussant Dominique. Eh! tu dormiras demain, butor. Dominique. Miséricorde! encore la mer! et une cavalcade! JiiIch. Pas un mol!... tu appartiens à la marine royale, ton congé n'est pas signé.... Si tu bronches.... je te fais arré. te «" et exécuter comme déserteur.... File ton noeud.... matelot! Dominique, effrayé. Je le lile, capitaine, je le file.... Mlle, de Koatodon. C'est un Turc! un antropophage! ^Dominique sort par le fond.') Scène XIX. JULES, Mlle. DE KOATODON. Mlle, de Koatodon, dignement. Monsieur, je viens, au lom de madame Emma de Mérigny.... Jiilen, l'interrompant. Avant d'aller plus loin, je vous dé- e'are, mademoiselle, que toute tentative de rapprochement.... Mlle, de Koatodon. De rapprochement!... monsieur! du ra Pprochement! Et vous avez pensé que moi, Césarine-Hippo, 'yte de Koatodon, je me serais chargée.... 24 QUAND L'AMOUR S'EN VA . Jules. Non V alors quel est le but de votre démarche diplomatique.».. mile, de Kontodoii. Le luit!... vous devriez le comprendre s'il vous restait dans le coeur.... Jules. Ali! il me reste fort peu de patience.... passez les phrases.... et venez au fait sans préambule. mile, de Kontodon. Monsieur.... vous me manquez. Jule h. Que demandez-vous?... et que demande madame de Mérigny? mille, de Koatodon, à part. Matelot! (Haut.) Une séparation! Juif h. A la bonne heure! sur ce point-là, du moins, il y a sympathie entre nous.... mile, de Koatodon. Mais une séparation éternelle. Jules. A merveille; et pour vous prouver qu'à cet égard nous sommes tout à fait d'accord, je vais procéder à l'instant même avec elle.... au partage de nos biens. ]tllle. de Koatodun. Partage auquel j'entends présider. Jules. Vous ne prendrez pas cette peine.... mile, de Koatodon. C'est ce que nous verrons.... je veux veiller à ce que les 'intérêts de ma nièce soient respectés. Jules. Ils le seront sans que vous vous en mêliez.... soyez tranquille. mile, de Koatodon. Non, monsieur, non.... je ne suis pas tranquille. Jules, avec colère. J'espère bien que vous ne me faites pas l'injure de suspecter ma probité ni nia délicatesse?... mile, de Koatodon, avec force. Je suspecte tout de !«• part d'un homme démoralisé.... d'un époux qui a trahi ses serments.... oui, je me délie de vous et j'assisterai à ce partage- Jules. Je vous répète que vous n'y assisterez pas.... J' al une volonté. mile, de Koatodon. Moi aussi, j'en ai une, et je suis femme! Jules. Alors, c'est de l'entêtement. mile, de Koatodon. lit je m'en servirai pour vous faire enrager; je serai là, ou bien je rendrai le partage impossible. Je défendrai à Kmma d'écouter vos propositions.... et d'abord vous ne la verrez pas.... Jules. Ah! triple million de.... si vous croyez cela! (// tonne,) mile, de Koatodon. Que faites-vous? Jules. Yvonne, Yvonne, arrive/, donc! (Yvonne tntrt.) Priez madame de Mérigny de se rendre ici. mile, de Koatodon, Je vous le défends.... SCÈNE XX. 25 Julen. Je vous l'ordonne. mile, de Koalodon. Si tu y vas, je te « liasse, •lulee. Si tu n'y vas pas, je marie Dominique. Yvonne. Dam! ma marraine, je ne peux pas rester lille loute ma vie.... (Elle entre chez Emma.) .Iule*. Vous voyez.... mile, de Koatodon. Vous n'avez pas encore triomphé. H y a des lois.... il y a «les juges.... il y a des tribunaux.... nous plaiderons.... je plaiderai jusqu'à mon dernier jour.... jusqu'à mon dernier souffle! lit je cours de ce pas chez un avocat.... vous verrez! vous verrez! vous verrez.'... Adieu, gros sabord)... Julo». Allez au.... (Mlle, de Koatodon sort par le fond.) Scène XX. JULES, puis EMMA. Julco. M'en voilà débarrassé pour une heure au moins!... et je jure, mort Dieu) qu'elle ne me retrouvera pas ici.... Ah! je me sens plus calme. (.11 vit à In cheminée et y prend sa pipe «1 un petit briquet phosphorique aoec allumettes de cire qu'il met sur la petite table à ouvrage ) Dans quelques minutes, tout sera •ini. Justement voici ma femme. Emma. Je me remis à vos ordres, monsieur, je vous croyais déjà bien loin.... Jules. Kassurez-vous, il faut le temps d'aller chercher les chevaux... ca ne sera pas long.... Kn attendant, faites-moi le Plaisir de me tenir compagnie.... (// lui présente une chaise platée entre ht cheminée et la petite table.) Asseyez-vous là.... Kmma. Je pensais que ma tante vous avait dit.... •Iule*. Mlle m'a dit mille extravagances. Je suis persuadé lue vous serez plus raisonnable Prenez donc la peine de vous asseoir.... (/..n voyant regarder sa pipe avec inquiétude.) Oh! n'ayez pas peur. {Il met la pipe sur la table.) Il s'agit seulement de régler nos affairés d'intérêt; mademoiselle de Koatodon est Ce moment chez un avocat; mais pour mon propre repos et pour le voire.... le mieux est de nous entendre sans elle.... cela St -'ra moins difficile.... Kmuia. Paries, monsieur. (Elle prend son ouvrage pour se donner une contenance, ouvre le tiroir ou sont ses laines et travaille.) JiiIch. Un conséquence.... (je parle en style de notaire) conséquence, donc, de l'amour éternel que nous comptions 2* 26 QUAND L'AMOUR S'EN VA éprouver, nous avons échangé entre nous une double donation de nos biens. Emma. Si vous voulez dresser l'acte dé renonciation, je le signerai volontiers. Jules, la retenant. Un moment, c'est pas tout.... il reste encore à partager le legs de notre oncle de Mérigny. Ce legs se compose d'un hôtel à Paris, de ce château et de la petite terre de Messival en Normandie. Emma. Où nous avons passé le premier mois de noire mariage.... Jules. Oui, en effet. Voulez-vous l'hôtel et le château? je garderai Messival. Emma. Y pensez-vous? cette propriété ne vaut pas le quart. Jules, C'est possible.... mais la chasse y est fort belle, et un mari garçon.... Emma. C'est que moi-même je désire garder celle petite propriété.... j'ai.... (se reprennnt) ma tante a pris l'habitude de s'y rendre avec moi, chaque année, dans les premiers jours de septembre. JiiIch. L'anniversaire de notre union! Emma. Oui, en effet.... Vous voyez qu'il vous serait facile de trouver une retraite plus pittoresque, plus agréable.••• D'ailleurs, pour que vous n'ayez rien à regretter, si la chasse vous y plait. tant.... Jules. Vous souffririez.... Mais si alors vous y étiez vous- même? Emma. L'hospitalité se doit à tout le monde.... Jules Aux étrangers.... Emma. Aux anciens amis. Jules. Oui, aux anciens amis. Au fait, nous ne sommes pas ennemis. Nous nous séparons parce qu'il y a entre nous incompatibilité d'humeur, de penchants, de caractère. Vous» grâce à notre chère tante, vous êtes restée telle que je vous ai laissée.... un peu romanesque.... tandis que moi, les voyages» la mer.... Bref, vous ne pourriez jamais vous faire à mes m a ' nières.... et moi je sen-< que je ne pourrais jamais reprendre mes airs de damoiseau.... et la preuve, c'est que je revenw" près de vous avec des idées qui vous paraîtront bien bizarres, bien ridicules, sans doute! Emma. Ah! monsieur! Julr*. Si, si.... Je me disais.... ces cinq années doive* avoir donné à Emma de la raison, du bon sens. (Mouvement d'Emma.) Oh! pardon.... je voulais dire de.... de l'expérience- Emma. A la bonne heure! SCÈNE XX. 27 Jules. Que diable! me disais-je encore, nous ne sommes plus des enfants, et j'espère bien que nous n'allons pas nous replonger dans ces langoureuses fadaises qui nous rendaient si tristement heureux jadis. (Regardant la tapisserie.) Moi, je mettrais un vert moins foncé là! Emma. Parce que? Jules. Parce qu'avec le rose celui-ci jurera en diable! Emu», examinant son ouvrage. Vous croyez? c'est possible! Jules. Tenez. (Il avance la main pour prendre la pelote de laine qu'il désigne et fait tomber sa pipe.) Km m », prenant ta laine. Merci. (Lui donnant la pipe qu'elle a ramassée.) Monsieur.... Jules. Ali! bien obligé! (Il bourre sa pipe pendant ce qui suit.) Emma. Eli bienl ces idées? Jules. Ali! oui.... Je complais, disais-je, revenir auprès de ma femme, pour y vivre sans façon, sans étiquette.... l'été, remplacer nos sentimentales promenades d'autrefois, au clair de la lune, par des excursions dans les environs.... Emma. Avec votre femme? Jules. Toujours. Et l'hiver, comme la campagne offre peu de charmes et beaucoup de monotonie et d'ennui.... Emma, soupirant. Ah! mon Dieu! oui.... Eh bien? Jules. Nous allions à Paris.... Emma. A Paris! Jules. Oui, en passant par Naples, Venise et Florence. Emma. Vraiment? (Regardant la pipe que tient Jules et «Ur laquelle on a gravé de petites figures.) Tiens, c'est joli, cela! Jules. Vous trouvez? Emma. Oui, c'est original! Jules. Je l'ai achetée à Mexico; c'est parfait et commode, "ne demoiselle fumerait là dedans. {Il parait chercher autour de lui. Iimma ouvre le briquet machinalement et allume une des petites bougies pendant ce qui suit.) Emma. Ainsi vous arriviez à Paris? Jules. Pour l'époque des soirées, des concerts, des spectacles.... Emma. Des bals.... Jules. Des bals aussi, parbleu! ma femme n'en aurait pas manqué un. Emma. Pas un? Jules. Pas un seul, mort-dieu!... Ah! pardon! 28 QUAND L'AMOUR S'EN VA. Emma. Oh! allez.... «liez.... dites toujours. Jules. Les beaux jours nous ramènent en lin au rliàteau.... et là, en retour de ma contrainte parisienne, j'aurais demandé à ma femme.... {Emma lui donne Vallumette.') Merci. (Il allume sa pipe.) Emma. Ah! des conditions.... c'est trop juste. Air de la Seconde année. Jules, étonné. Jules. Mais une bonté .si rare.... Tour mes façons, indulgence.... Maintenant.... Et pour nies ainis enlin Emma. Bon accueil et bienveillance. On le peut hieii Emma. Ait moment qu'un se sépare. On leur eut pressé la main. Jules. Oui, < « la n'engage à rien .' (Ils rient tous deux.) Jules. Et puis un peu de tolérance pour quelques goùïs, quelques habitudes de bord.... Par exemple, pour ma pipe...- (S'apercevant qu'il fume.) Eh bien! (Se levant et s'excusant.) Ah' madame ! Emma. Oh! continuez.... Vous voyez que je ne tousse pas ! Jules. N'importe.... si j'avais su.... Mais comment! q"' est-ce donc qui...? Emma. Moi. Jules. Vous! (Riant.) Ah! par exemple! Et moi qui n'ai pas vu, dans le feu de la conversation, en vous racontant mes projets, mes chimères.... Emma. Et si je vous disais que de ces chimères j'e" avais révé quelques-unes? Jules, se rassoyant. Bah! vous rêviez.... la fumée de.. • Emma, souriant. Non, pas précisément. Jules. Ah! j'y suis. Même air. Jules. Jules. La saison en vient déjà. Oui, ce voyage en Italie.... Emma. Emma. Ce doux rêve nous égare, Pari».... Ces projets.... Jules. Jules. Les bals, l'Opéra. .. Je le sais bien , Emma M;> ' s lorsque l'on se sépare.- De les voir je menrs d'envie.... Emma. Oui, cela n'engage à rien. Jules. Ainsi la vie dont je vous ai fait le tableau ne vou aurait pas déplu? Emma. Pas trop. Jules. Elle ne vous effrayerait pas? Emma. Pas du tout! J'ai du courage.... ça doit être...- la femme d'un capitaine de corvette! SCÈNE XXI. 29 Juleii. Il serait possible! Comment! mille tonnerres! (Se tvprtnmt.) Ah! pardon! Emma, le regardant en riant. Plaît-il? vous dites? Jules. Je dis, je dis.... (Plus doucement.) Comment! mille lonnerres! tu me laissais croire.. . Emu. On m'avait assuré que le moindre changement en «loi te tuerait. Jules. Comme à moi.... Mais alors.... mais alors.... (Il rapproche sa chaise.) Eamt, même jeu. Nous nous entendons parfaitement.... Jules, même jeu. Et nous pourrions.... Qui diable a été lous fourrer dans la tête.... Km mit, même jeu. Que nous nous détestions.... Jules. Et que nous ne pouvions plus vivre ensemble?... Mlle, de Koatodon, en dehors. Ma nièce, ma nièce.... Jules, se levant ainsi qu'Emma. Eh! parbleu! qui?... v oilà! (Ils se lèvent.) Scène XXI. Les Mêmes, Mlle, de KOATODON, puis DOMINIQUE et YVONNE. Mlle, de Koatodon, agitant son mouchoir comme pour Moiter la fumée. Plu! pfu! quelle tabagie ! Me voici, ma nièce, av ec les litres, les minutes, les actes et les contrats. Emma. C'est inutile, ma tante.... il n'y a rien à y changer, (Elle donne sn main h Jules, qui la presse avec joie.) M Ile. de Koatodon. Qu'est-ce à dire?... Grands dieux! tu lui pardonnerais ! Jules. Et vous aussi, ma chère tante! Mlle, de Koatodon. Jamais, jamais. (A Emma.) Tu n'as donc pas lu cette lettre? cette lettre! Emma. Je l'avais oubliée. (Elle la tire de son sein et s'apprête à la déchirer.) Jules, qui h regardé la lettre h la dérobée. A part. La 'etlre de Sylvia! Mlle, de Koatodon. Que fais-tu? Emma, la déchirant. Vous voyez! Mlle, de Koatodon. Mais tu ne sais donc pas? Emma. Je ne veux rien savoir. Dominique, entrant par le fond. Commandant, les che- v »"x sont en bas. Jules. Les chevaux!... Remonte dessus, et reconduis les leur maitre. 30 QUAND L'AMOUR S'EN VA . . Dominique. Hein? comment! nous resterions! Yvonne , entrant, h Mlle. Je Koatodon. Mademoiselle, le diner est servi. Julen, aoec joie. Ah! très-bien! Dominique. Commandant! Jules. Oui, oui, nous restons, et nous dînons.... ÇA Mlle- de Koatodon.) Si vous voulez bien le permettre, chère tante! Mlle, de Koatodon, avec mépris. Minez! Minez donc si vous en avez le courage. Jnles, d'un ton solennel. Nous l'aurons.... (riant) et l'appétit aussi! A table. Mlle, de Koatodon. A table! Ah ! pauvre Emma! Emma, la consolant. Rassurez-vous.... il m'aime encore, moins peut-être.... mais mieux qu'autrefois. Mlle, de Koatodon. Lui? Jules. Sans doute.... mais vous n'entendez rien au sentiment. Mlle, de Koatodon, avec dignité. Voudriez-vous m'ap- prendre ce que c'est que l'amour? Jules, vivement. Dieu me préserve d'avoir une prétention si téméraire.... Mais permettez-nous de vous le rappeler, chère tante, c'est l'amour qui déjà une fois nous a séparés, l'amour, ce sentiment exalté, exigeant, susceptible.... qu'un rien blesse, irrite, envenime.... Entre nous désormais c'est une bonne et solide amitié, patiente, inaltérable, indulgente.... cela vaut bien mieux, croyez-moi. Si l'amour s'en va... Emma, lui serrant la main avec effusion et tendresse. 8 mitié reste! Jules, l'embrassant. Voilà!... Emma. Aujourd'hui, plus *»»<•, Une ardeur trop vive Pour notre ménage, Un seul jour captive; D'un nouvel orage, Flamme fugitive, Hélas ! j'ai grand peur L'amour s'éteindra. Ce serait dommage! Mais que, inoins active, P«T votre soull'rage, L'amitié survive, Donnez-nous le gage te bonheur arrive D'un constant bonheur. Ouand l'amour s'en va. ENSEMBLE. Dm ardeur trop vive, etc. FIN. Imprimé chez h. VV. K r.i use.