Répertoire du Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 16. *L COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN PROSE, PAR tU E. SCRIBE. Répertoire No. 266. BERLIN, 1842. Ad. MU Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique. [Unter deii Linden No. 34.] Pr. li Sgr. (12 |O r .) 1/AMBITIEUX, COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN l'ROSE, FAR M. E. SCRIBE. GEORG II.; roi d'Angleterre. ROBERT WALFOLE, son premier ministre. HENRI SHORTER, son neveu. NEUBOROUG, vieux médecin. MARGUERITE, sa fille. CÉCILE, fille du comte de Sunderland, lectrice de la reine. La scène se passe en 1736. Le premier acte, chez Neuhorouji ; les ijuatre autres, ru château de Windsor. ocooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo ACTE PREMIER. te théâtre représente le cabinet de Neuboroug. Torto au fond. Deux portes et deux croisées latérales. Scène I. NEUBOROUG, MARGUERITE. Neuboroug, assis près d'une tnblc h gauche du spectateur. La maudite ville que la ville de Londres pour les gens studieux, pour les médecins qui n'aiment pas le bruit! Ferme cette croisée. Marguerite, fermant la croisée. Oui, mon père : c'est au bout du faubourg, sur la grande place, que se tiennent les hus- tings. Ncuboroug. Aussi c'est un tapage !... Marguerite. Je voudrais bien savoir qui sera nommé député. Ncuboroiig. Qu'est-ce que cela te fait? Marguerite. Rien!... mais on lient à avoir desnouvelles. iMpartoÏM No. 2Gfl. (2. SeVie No. Ni.) i 9 L'AMBITIEUX. Neuboroug. Nous n'en masquerons p;is! En Angleterre, vois-tu bien, les médecins sont toujours très occupés au mo ment des élections, et il nous arrivera d'ici à ce soir quelques côtes enfoncées ou quelques têtes cassées. Marguerite. Ah! mon Dieu! Neuhoroug. La liberté des suffrages?, . (Lui montrant une chaise près de lui.") Viens te mettre là, à coté de moi. marguerite , montrant un livre qui est sur la table. Pour vous lire vos nouvelles épreuves? Ncuboroug. Non, non; tu cherches à détourner la conversation que nous avions commencée, et moi, je tiens à la reprendre. Pourquoi ne veux-tu pas de sir Thomas Kinston, notre cousin ? Marguerite. Parce qu'il est bien jeune.... qu'il n'a pas de place, pas d'état. Neuboroug. Il est avocat! Marguerite. Bien discret.... car il ne parle jamais. Xeuboroug, avec embarras. Il ne parle jamais.... au palais! c'est vrai; mais il parle ailleurs, il parle beaucoup; il est de l'opposition. Marguerite. Ce n'est pas le moyen d'avoir des places. JTcuboroug. Quelquefois. Mais enfin, s'il en'avait une, s'il avait quelques milliers de livres sterling à l'offrir, qu'est- ce que tu dirais? Marguerite. Je dirais que j'aime mieux rester fille. Neuboroug. Maintenant? Marguerite. Toujours! Qu'y a-t-il là d'ell rayant ? Ouol mari m'offrirait le bonheur que je trouve auprès de vous?... Jamais des chagrins, d'inquiétudes.... Vous seul ici en avez, et c'est toujours pour moi; et puis il n'y a pas au monde de père ni meilleur, ni plus obéissant.... Vous faites tout cequejeveus! Xcuboroug. Pas toujours..., et je ne puis m'habituer à cette idée que tu as de rester fille!... Toi une vieille fille!... J'ai si souvent reve à ton mariage qui m'occupe sans cesse, à ce gendre que je n'ai pas encore trouvé et que j'aime déjà , à mes petits-enfans, à qui je serais si heureux d'obéir aussi.... sans te faire de tort cependant..,, et puis, Marguerite, à ton ago on ne réfléchit guère, et tu n'as jamais pensé que nous n'étions pas riches.... que même nous sommes pauvres ! Marguerite. Et en quoi donc? que nous manque-t-il dans notre ménage? qu'avons-nous à désirer? Neuboroug, se levant, Pour moi, je n'ai pas d'ambition, tu le sais bien; mais j'en ai pour toi. Tous ceux avec qui j'ai été élevé, tous mes camarades de l'université de Cambridge, ont fait fortune dans le monde: ce sont maintenant de riches ACTE I. SCÈNE I. 3 négocians, des lord-s, tics généraux, des ministres; moi, je suis resté médecin dans la petite ville où était né mon père : j'ai vieilli au milieu de ses habitons, ne leur servant pas à grand'- chose, si ce n'est à les faire vivre le plus long-temps possible, jusqu'au moment où tu es devenue grande, où il a fallu s'occuper de ton éducation; alors et depuis cinq ans je suis venu m'établir à Londres, dans ce quartier retiré, où je me suis fait une petite clientelle dans les étages élevés, des ouvriers, des étudiant, de pauvres officiers.... de braves gens qui ont été mes malades et qui sont restés nies amis.... car, vois-tu, le cinquième étage, ça aime bien, mais ça paie mal, ce qui fait, mon enfant, que pour t'amasser une dot il a fallu recourir à ma plume et composer de temps en temps quelques brochures politiques qui, Dieu merci, se vendent assez bien; mais si d'un jour à l'autre j'allais rejoindre ta pauvre mère, si je venais à mourir.... ' Marguerite, lui mettant la main sur la louche. Ah!... voilà à quoi je n'avais jamais pensé.... (D'un air fâché.) Et pourquoi me dites-vous cela? Neuooroiig. Marguerite! Marguerite, pleurant. C'est la première fois que vous me faites du chagrin, cl jamais je ne vous ai vu si méchant.... aller songer à mourir.... maintenant? Neuboroug, cherchant h l'apaiser. Eh bien,'... non... non... ne me gronde pas.... je ne mourrai pas!... Marguerite. A la bonne heure!... Qu'est-ce que c'est donc que des idées pareilles? Kcuboroug. C'est ta faute aussi !... malgré moi je me laisse aller parfois à la tristesse.... Marguerite. Quand donc? Neuboroug. Quand je te vois triste. Tu l'étais dernièrement, et je me disais: Qui peut la tourmenter? ce n'est pas moi; il y a donc quelque secret qu'elle me cache, quelque peine de coeur.... Marguerite. Moi !... Xcuboroug. Dam! à ton Age, ce serait tout naturel!.... tu ferais bien, mon enfant, tu aurais raison.... mais dans ce cas- là il faudrait me le dire.... car je ne le devinerais pas. Marguerite. Oh ! certainement.... je vous le dirais.... si ça venait et si j'en étais bien sûre.... mais vraiment, mon père, je ne crois pas. Ncuboroug. Je me suis donc trompé? Marguerite. Sans doute. Ncuboroug, froidement. Ça ne m'étonne pas: nous autres médecins, ça nous arrive souvent.... Ainsi, pour ce pauvre Thomas Kinston, le résultat de noire conférence est que... 1* 4 L'AMBITIEUX. Marguerite, d'un air caressant. Il no faut plus y penser, Xeiiboroug, avec bonhomie. A la bonne heure; n'y peu sons plus. Et qu'est-ce que je lui dirai eu le refusant?... Marguerite. Tout ce que vous voudrez. {Entre un ilomcstiijue qui apporte sur un plateau ce i/u'il faut pour Je thé.) Neuboroug. Je vois que là-dessus lu ne me contraries pas.... Si au moins j'avais pu adoucir mon refus par quelques bonnes nouvelles, si j'avais assez de crédit pour l'aider dans celte place qu'il sollicite.... Marguerite, approchant la table à gauche et faisant le thé. Si vous le vouliez, cela vous serait liien facile. .. Nenboroug. Comment cela? Marguerite. Un seul mot de vous à voire ancien cama rade de collège.... à Robert Walpole.... Neuboroug. Au premier ministre? jamais! Marguerite. Et pourquoi donc? votre père le docteur Neuboroug n'a-t-il pas été son précepteur ? n'avez-vous pas été élevés ensemble à Cambridge ! N'étiez-vous pas amis intimes? Neuboroug. Oui, autrefois.... lorsque lui , simple étudiant en théologie et moi étudiant en médecine, nous faisions bourse commune; mais depuis.... Marguerite. Depuis!... quelle injustice; vous n'habitiez pas alors la capitale, vous étiez loin de lui, et cependant, dans lescommencemens de son élévation, il vous écrivait bien souvent. Neuboroug. Je ni; dis pas non; mais il me semble à moi que ma plume ne restait pas oisive; et le seul écrit qui s'éleva alors pour le défendre, ces lettres qu'ils ont attribuées depuis à Congrève et à Addisson, ces lettres irlandaises dont personne, pas même Walpole, n'a jamais connu l'auteur, de qui étaient - elles? de moi!... car alors, en butte à la rage de tous les partis, tout le monde l'attaquait, et il luttait seul en homme de mérite et de coeur, en grand homme.... il l'était alors; je puis en convenir: il était malheureux, on pouvait l'aimer! Mais, quand il a vu ses ennemis renversés, quand il s'est vu mailre du pouvoir ou plutôt souverain absolu des trois royaumes.... a-t-il trouvé un souvenir pour son vieux camarade? IS'e m'a-t-il pas oublié depuis long-temps, moi qui ne voulais de lui ni place, ni honneurs, ni pensions.... moi qui ne demandais rien au ministre.... rien que mon ami!... et le ministre me l'a enlevé; voilà ce que je ne lui pardonnerai jamais! Marguerite. Oui.... il y a de sa part de la négligence, de l'oubli peut-être!... Mais n'y a-t-il pas aussi un peu de votre faute?... et depuis cinq ans que vous êtes à Londres, pour quoi n'avez-vous pas fait auprès de lui la moindre démarche? VÊÊÊmt*t\î-^Ê ACTE I. SCÈNE l. 5 Xeuborong. Pourquoi?... parce qu'il est riche et que je suis pauvre! parce qu'il est grand seigneur et que je ne suis rien.... C'était à lui de faire les premiers pas.... c'était à lui de venir à moi.... A sa place, du moins, je n'y aurais pas manqué; j'aurais quitté mon palais, je serais accouru à pied chez mon ami pour l'embrasser et lui tondre la main; cela aurait mieux valu que de me faire nommer médecin du roi!... Mais Walpole maintenant ne comprendrait plus cela, car, vois-tu, mon enfant, Walpole est un ambitieux, et l'ambition dessèche le coeur. Ainsi ne m'en parle plus et restons comme nous sommes.... je ne lui demanderai jamais rien, il ne le mérite pas. Prenons le thé, il doit être fait. Marguerite, s'nsseyant à la tulle et servant le thé à «o» père. C'est possible!... mais il y a peut-être auprès de lui des gens qui le méritent.... qui sont dignes de votre amitié.... et je suis bien sûre que si vous vous adressiez à lord Henri Shor- ter.... son neveu.... JWeuboroiig, prenant du thé. Celui-là, c'est différent, c'est un brave jeune homme.... ce n'est pas un ingrat. marguerite, de môme. Oh! non; et si vous l'entendiez parler de vos talens et des soins que vous lui avez prodigués. Neuboroug. Un beau mérite.... un coup de feu.... une jambe fracassée.... tous mes confrères l'auraient guéri encore mieux et plus promptement que moi.... Mais ce qu'il n'aurait peut-être pas trouvé chez eux.... c'aurait été une garde-malade aussi jolie et surtout aussi attentive.... marguerite. Le moyen de ne pas s'intéresser à ce pau vre jeune homme, qui souffrait tant et qui avait tant de courage! Mais comme j'ai eu peur ce jour où à cinq heures du matin on frappait à notre porte.... Manuelle.... mamzelle... deux officiers qui se sont battus hors de la ville et sous le mur do votre jardin! en voilà un qu'on apporte; et que je vois lord Henri tout pâle et tout sanglant.... Ncuboroug. Que VeUX-lu I ces diables de jeunes gens sont tous de même.... Je ne l'ai jamais Interrogé sur la cause de co combat.... mais j'ai facilement deviné que quelque intrigue»., quelque amourette.... marguerite. Des intrigues, des amourettes.... quelle in dignité! Lord Henri, des amourettes.... il en est incapable.... j'en suis bien sûre, car il m'a tout raconté.... et quoique ce soit un secret.... Ncuboroug. En vérité, il t'aurait confié.... marguerite. Pourquoi pas'?... vous lui avez bien défendu de marcher, mais non pas de parler, et pendant (rois mois qu'il est resté ici. .. (•) L'AMBITIEUX. .Veiiboroii;-. Vous nvez eu le temps de causer.... Marguerite. Tous Ion jours.... il faut bien tâcher de distraire un malade. Meuborouj*. C'est juste! Dans notre vieille. Angleterre, nous sommes moins défians que nos voisins du continent, et nous laissons à nos jeunes filles une liberté dont elles n'abusent jamais. Marguerite. Soyez tranquille! Et si vous saviez combien il y a en lui de franchise et de loyauté, comme il est simple et modeste, pour un grand seigneur; comme il chérit son pays, et surtout comme il aime son oncle.... car (t'est pour lui qu'il s'est battu.... oui, mon père.... Il était dans le Northumberland, où il avait un commandement supérieur, lorsqu'il lit dans les papiers publics, qu'au sortir d'une séance du parlement, un colonel, lord.... un tel.... je ne sais plus les noms.... avait insulté le premier ministre Robert Waipole, un vieillard.... Il part sans en rien dire.... sans en prévenir son oncle; il arrive de grand matin chez mylord, et lui dit d'un ton ferme: Monsieur.... enfin je ne sais pas ce qu'il lui dit. mais c'était très-bien; et la preuve, c'est qu'ils se sont battus, que Lord Henri a été blessé, qu'il n'a parlé de ce duel à personne, parée que, si on l'avait su, le roi aurait destitué son adversaire, et que celui-ci, touché de tant de générosité, a été trouver le ministre, lui a fait des excuses.... Voilà la vérité; et on vient dire après cela qu'il a des intrigues, des amourettes!... (Se levant de table.) Mon Dieu; mon papa, je ne vous accuse pas.... vous l'avez dit sans intention.... mais d'autres peuvent le répéter. Voilà comment les mauvais bruits se répandent, et comment on calomnie toujours les jeunes gens. Neuboroug, se levant aussi. Réparation d'honneur.... Mais tais-toi.... n'entends-tu pas un carrosse qui s'arrête à notre porte ? Marguerite. C'est lui! c'est lord Henri! Neuboroug. Qui te l'a dit? Marguerite. Ce n'est pas difficile à deviner.... Nous n'avons pas tant de cliens à voiture.... il est le seul.... Allons, mon père, n'ayez pas peur; demandez hardiment une place pour sir Thomas, notre cousin, afin que, comme Waipole, il soit heureux et ne pense plus à moi. Ncnboroug. J'ai déjà essayé d'en toucher quelques mots à lord Henri; mais dès qu'il s'agit de solliciter, j'ai un air si gauche.... II serait plus convenable peut-être (pie cela vînt de toi.... Marguerite. Vous croyez'!"... Xeuboroug. C'est-à-dire.... ACTE 1. SCÈNE II. 7 Marguerite. Mien volontiers.... moi, <;a ne nie coule rien, le voici! Scène II. MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG. Nciiboroug. Déjà!... il n'a pas été trop longtemps à monter.... Henri. Gràee à vous, mon cher docteur, qui m'avez remis sur pied.... Ncuborotig. Cela va donc bien ? Henri. A merveille! et demain au bal do la cour, où la reine Caroline vient de m'invitcr, j'espère bien danser. Marguerite. C'est très-imprudent. Henri. Ce que j'en ferai n'est pas pour moi, miss Marguerite, je n'y tiens pas, mais pour faire honneur à votre père.... à qui je dois tant et qui est Un terrible homme, car avec lui on ne sait jamais comment s'acquitter.... Aussi, mon cher docteur, je viens à tout hasard; et sans savoir si cela vous fera grand plaisir.... vous annoncer des nouvelles que l'on vient de m'apprendre.... votre jeune cousin l'avocat, sir Thomas Kiuston, quoique peu partisan du ministère, à ce qu'on dit, vient d'être nommé premier conseiller du roi près la cour de justice. Ncuboroug. 11 serait possible? marguerite. C'est à vous que nous le devons. Henri, souriant. Du tout.... JTeuboroiig. iSi, vraiment: vous m'avez deviné.... Marguerite. Oui, mylord; cette place qui nous est .si gé ucrcuscmcnl accordé*, je m'étais chargée de vous la demander... Henri. Vraiment? OTnrgucrite. J'allais vous présenter ma pétition. Henri, toartoar. Alors, miss M argue ri te, c'est une pétition que vous nie devez; car celle-là ne compte pas, DU plutôt vous n'aurez bientôt plus besoin de mon crédit: voilà votre père sur la route des honneurs. Ncuboroug. Que voulez-vous dire? Henri. Que j'ai eu de la peine a arriver jusqu'ici, tant était grande la foule qui entoure les hustings, et de tous les côté», dans ce faubourg, j'entendais retenir le nom du docteur Ncuboroug. Ncuboroug. Moi.... qui n'y songe même pas.... Marguerite, h Ih'nri. Taise/, vous donc! Ncuboroug. Quoi!... qu'y a-t-il? qu'est-ce que ça'signifie? Marguerite. Que d'autres y songent pour vous !... que 8 L'AMBITIEUX. mon cousin sir Thomas Kinston et ses amis de l'opposition avaient depuis longtemps le désir de vous porter à la chambre des communes-... et moi je leur disais: N'en parlez pas à mon père, car il refusera. , Neuboroug. Certainement ! Marguerite. Et il parait alors qu'en votre nom, et sans vous en prévenir.... Neuboroug. Quelle folie!... aller me choisir pour m'op- poser au candidat ministériel, moi qui n'ai aucune chance.... Marguerite. C'est ce qui vous trompe; tous les pauvres gens de ce quartier sont vos cliens, vous les traitez gratis.... Henri. Et ils vous paient par leurs votes; jamais élection ne fut plus naturelle et plus juste! Mais je ne savais pas, docteur, que vous fussiez médecin de l'opposition. marguerite, d'un ton de reproche. Du tout; médecin du ministère.... vous le savez bien. Neuboroug, avec douceur. Médecin de tout le monde, mes amis; la médecine est comme la religion.... elle n'est d'aucune opinion.... elle est du parti de celui qui dit: Je Souffre! c'est à ceux-là seulement que je me dois; et quelque flatteurs que soient le»suffrages de mes concitoyens, quand même ils se réuniraient sur moi, ce que je ne crois pas.... Marguerite. Vous refuseriez!... Ncuboroug. Sans hésiter. Me crois-tu assez ennemi de mon repos et de mon bonheur pour accepter de pareilles fonctions? Dans mon état de docteur, je suis estimé, considéré.... je ne m'en tire pas trop mal.... A la chambre, ça ne serait plus ça. II faut là qu'un député ait du talent, de l'esprit argent comptant. Marguerite. Bah!... souvent la chambre fait crédit! Ncuboroug. Et moi je n'en veux pas ! Docteur, je peux impunément être l'ami de tout le monde; député, il faudra me prononcer, prendre une colère politique, et tous les gens qui crient; Liberté de conscience! tomberont sur moi dès que je ne serai plus de leur avis; bafoué par eux, tourné en ridicule, je n'aurai plus ni mérite ni probité; je n'aurai plus même de talent comme médecin, et en revanche, qu'y aurai-je gagné? d'être appelé: l'honorable membre.... moi que vingt journaux déshonoreront chaque jour!... Et pendant que je serai à la chambre, que deviendront mes malades? que deviendra ma fille?... qui songera à sa dot, et que aurai-je ajouté? la gloire d'avoir représenté un faubourg de Londres! Votre serviteur!... La gloire est une belle chose.. . Le bonheur vaut mieux, et je reste chez moi. Henri, souriant. Vous parlez là , mon cher docteur. ACTE I. SCÈNE II a comme un publiciste fort original , que je lisais ce matin, et qui, sous le voile île l'anonyme, t'ait grand bruit en ce moment, l'auteur des Lettres irlandaises, qui depuis un an a reparu dans la carrière politique. marguerite. Vraiment ? Henri. L'ouvrage le plus remarquable que l'on ait publié depuis long-temps, et dans lequel, sous l'air simple et bon homme d'un fermier irlandais , l'auteur se moque fort spirituellement de toutes les opinions; mais lui n'en a aucune; il se tient comme vous à distance, il se fait gloire de n'être rien; et si tout le monde parlait ainsi, mon cher docteur, que deviendrait le pays?., qui réclamerait ses droits? qui défendrait sa liberté? Ncuboroug. Craignez-vous que les places ne restent vacantes? et croyez-vous qu'il manquera jamais d'ambitieux? Demandez à votre oncle.... demandez à VValpole? marguerite, voulant le faire taire. Mon père! Henri, avec fierté. Walpole! Quelles que soient les calomnies auxquelles il est en butte , Walpole a depuis trente ans bien servi l'Angleterre.... Je ne défends pas ici un parent que je regarde comme mon second père; je ne parle pas de l'homme privé , il me serait trop facile de prouver les vertus qui honorent sa vie intérieure, mais je parle de l'homme d'état, du ministre. N'a-t-il pas sous deux règnes et d'une main inébranlable tenu le gouvernail , maintenu les partis, comprimé les factions? Et si vous ne lui tenez aucun compte de la paix dont nous jouissons depuis vingt ans, de l'industrie qu'il a ranimée, de nos pavillons qui llottent sur toutes les mers, de la dette nationale qu'il a éteinte... vous conviendrez du moins, vous qui tout-à- l'heure trembliez à l'idée seule de nos orages parlementaires , qu'il y a quelque courage à ne reculer devant aucun danger, aucune haine; à braver l'injure et la calomnie, et à se dire en pensant au jour de la justice: J'attendrai ! NeuJîoroug. C'est-à-dire que son impopularité, que la haine qu'on lui porte, que les reproches qu'on lui adresse, tout cela est un mérite de plus à vos yeux, et que, quoi qu'il fasse, vous le défendez d'avance? Henri .le n'ai pas dit cela! Hier encore, et, ce n'est pas la première fois , j ai parlé contre lui à la chambre des lords, j'ai voté contre son bill. Marguerite. Vous! parler contre Walpole! Henri. Contre lui.... contre le monde entier, si ma conscience et mon opinion me le conseillent. Neuboroug. Me suis je donc trompé?... et quel est votre 10 J/AMHITIKUX. parti? êtes-voas wigh ou tory?... êtes-vons pour lo peuple ou pour la cour? Henri, ,1c suis pour l'Angleterre; jo suis de ceux qui «lisent: La patrie avant tout! Dans un gouvernement tel que le nôtre, il n'est pas donné à tout le monde, je le sais, de briller à la triliune ou de se distinguer par ses écrits; mais tout le monde peut être lion citoyen et en remplir les devoirs. C'est à ce seul mérite que se borne mon ambition. Je né courtise ni la puissance royale ni la faveur populaire : lidéle h mon pays et à ses lois que j'ai jurées , je les défendrai contre quiconque voudrait y porter atteinte; et «pie l'outrage vienne d'eri-liaut ou d'en-bas, qu'il parle du palais Saint-James ou «les faubourgs de Londres, que celui qui Veut nous opprimer s<; nomme roi ou se nomme peuple, je me lève contre lui; car, avant tout, mon pays et sa liberté! Ncuboroug. Tondiez là ! je suis désormais «le votre parti.... Honrl Et alors vous acceptez.... Neuborong. Non.... non, pour d'autres raisons encore; car sur ce terrain - là , voyez - vous , il faudrait se retrouver en présence de Walpole, v.t ami ou ennemi.... je ne veux plus lo voir..... je l'ai juré. Henri. Il est moins fier que vous.... car l'autre jour, en lui demandant celte place pour sir Thomas Kinston, il a bien fallu lui dire «pie c'était votre cousin.... Et à votre nom il a tressailli comme un homme qui sort d'un long sommeil. „Mon vieux camarade Neuborong! s'est-il écrié; il vient d'arriver, il csl à Londres ? —. Oui, mon oncle, depuis cinq ans. - l'as possible! Je? sais bien, a-t-il ajouté, qnMI y est venu à peu près à CStte époque-là.... à telles enseignes qu'il y avait alors une place vacante. .. Ku achevant ces mois, il sonne vivement son secrétaire.—Ne vous ai-je pas désigné, il y a long-temps, comme recteur à l'université «l'Oxford , Williams Neuborong, mon ami d'enfance? — Oui, mylord , sciait bien voire inlen- lîon; mais la place a élé donnée à votre ennemi mortel lord Stanhope.... A ce mot, Walpole a rougi, ses nerfs se sont cou tractés, et me prenant la main, il m'a dit à voix basse et «1 un air honteux: C'est vrai, je me le rappelle maintenant.....l'avais alors besoin, pour faire passer un bill , e JUomcxtique. Un homme qui est venu ù pied.... un étranger que je n'ai pas encore vu ici, et qui est la dans l'antichambre. Ncuboroug. A-t-il dit son nom? i.c ]>oinc»tlque. 11 vient de l'écrire. Ncuboroug, regardant le papier. Sir Robert! (> ciel!... cette signature, c'est la sienne! (l'assant pris de Marguerite.) C'est lui.... c'est Walpole.... Marguerite. Que dites-vous? Ncuboroug. Il est là.... Marguerite. Le ministre?.. Henri, froidement. Non, pas le ministre.... mais Hubert votre ami.... il n'a pas pris d'autre titre, vous le voyez. Neuboroug. Et venir ainsi à l'improvistc.... sans qu'on ait le temps de se préparer et de se mettre en colère!... Marguerite. Mais il est là qui attendI Neuboroug, avec impatience. Je le sais bien, ma lille... Lord Henri.... Voyons, mes amis, qu'est-ce que vous me conseillez? qu'est-ce qu'il faut faire? Henri. Je n'en sais rien; mais je sais que Walpole, si vous étiez chez lui, ne vous ferait pas faire antichambre. Neuboroug. Eh bien! qu'il entre donc... qu'il entre, ce traître, cet ingrat.... {Apercevant Walpole (/iti entre en lui tendant les bras, il s'y précipite.) Ilobert! Walpole, de même. Williams! MARGUERITE, NEUBOROUG, WALPOLE, HENRI. Neuboroug, cherchant h se dégager de ses bras. Ali! c'est malgré moi.....Je n'ai pas été maître de mon premier mouvement!... Mais je ne pardonna pas.... je t'en veux toujours.... Marguerite. Ah! mon père!... vous vous vantez! Neuboroug. Non, mademoiselle!... Walpole. Et moi, j'en suis sur.... ou du moins, je sais le moyen «le te désarmer.... Williams, j'ai besoin de toi. Neuboroug. Q„c dis-tu? Walpole. J'ai un important, service à te demander. Neuboroug. Et tu es venu à moi? Walpole. Sans hésiter et sans rougir! Neuboroug, avec sentiment. Tu es donc encore mon ami?.. ÇLni donnant nn papier ) Scène ACTE I. SCÈNE IV. 13 Wnlpolc, lentement et le regardant. Pour toi.... du moins le crois que c'en est une preuve.... Neuboroug , lui serrant les mains. Et tu as raison.... tu as bien l'ait.... Tout est oublié.... Tu as besoin de moi?..., (Avec chaleur) Voyons, Ilobert, dis-moi ce que tu veux; parle vite ... dépéche-toi.... il nie larde de me venger.... Walpole. Rien ne presse.... nous avons le temps do causer.... car je viens passer la soirée avec toi et te demander à souper... Neuboroug, hors de lui. A Souper?., est-il possible!... un trait comme celui-là.... (Avec attendrissement.) Je pardonne... je pardonne tout... j'ai retrouvé mon ami. Ma fille.... tu l'entends?... C'est lord Walpole... c'est le premier ministre de l'Angleterre qui vient nous demander à souper. Walpole. Eli non.... c'est ton vieux camarade. Neuboroug. C'est ce que je voulais dire. Walpole. Entre nous.... en petit comité..... rien quo des amis. Neuboroug. Tu as raison.... ça te changera.... walpole. Et surtout sans cérémonies, sans façons.... Neuboroug. Certainement. ( A Marguerite. ) Passe chez le fournisseur de la cour. marguerite. Y pensez-vous! il va se croire chez lui. Neuboroug. C'est juste.... eh bien! notre ordinaire.... tu comprends.... nofre ordinaire des grands jours.... Marguerite. Oui, mon père. Neuboroug. Lord Henri.... sera des nôtres, je l'espère. Henri. Et moi, j'y compte bien!... Je retourne au palais, où je suis de service, et je reviens.... marguerite, vivement. Le plus tôt possible.... {Se^repre- nant.) Pour ne pas l'aire attendre mylord voire oncle. Henri. Je serai exact au rendez-vous. (Il sort.) Marguerite, à Walpole. Si d'ici là voire seigneurie voulait une tasse de thé? Walpole. Merci, ma belle enfant. (A Neuboroug.) Elle est jolie, ta fille. Neuboroug. Je crois bien! Walpole. Je ne l'aurais pas reconnue. Neuboroug. Parbleu!... depuis dix ans; mais j'ai tort... je ne dois plus parler de cela. Walpole, has h Neuboroug. Si j'osais, je te demanderais à l'embrasser. Neuboroug. Eh bien! qui est-ce qui t'arrête? (Walpole l'embrasse.) Il L.AMWTIEUK. Marguerite. Quoi lioiilieur *... j'ai embrassé Le ministre. (lïïle sort ]>ar la porte de droite.) Scène V. WALPOLE, NEUBOROUG. WalpoJc, la regardant sortir. Ah! tu es Mon heureux.... je n'ai pas de fille..., moi! Xcuboroug. No vas-tu pas me l'envier? IVnlpole, lui serrant les mains. Non.... non.... dans ee moment j'éprouve trop do joie pour rien envier à personne.... Ta vue seule a réveillé eu moi tant de souvenirs!... je me sens rajeunir et me crois revenu à nos premières années, à ce temps do nos études où nous étions si heureux. Neuboroug, riant. Et si pauvres! Waliiolc. C'était là le bon temps.... Et nos travaux littéraires ! Nciiboroug. Et tes premiers succès.... Waliiolc. Quand, grâce à toi, et dans ce bourg de Cas- tle-Ilising, où tu étais né, je fus nommé à la chambre des communes; quand, jeune homme obscur et inconnu, j'arrivai à celte tribune où les ministres d'alors m'honoraient à peine d'un regard! Et mon premier discours, te le rappelles-tu? Neuboroug. Parbleu !... j'y étais, et excepté moi, personne n'écoutait: c'était un bruit.... des conversations.... des éclats de rire aux bancs des ministres.... Wnlpole. Bientôt ma voix sut se faire entendre! ils m'é- coulèrent alors, et moi, dès le premier jour, je ne sais quel instinct secret me disait: Cette place qu'ils occupent est à toi, elle t'appartient!... ils to l'ont usurpée, va la reprendre: et déjà je m'en approchais, déjà, secrétaire d'état et trésorier de la marine, j'allais y atteindre.... quand la main qui me soutenait se relire, quand le duc de Marlborough, sur qui je m'appuyais, se laisse renverser; et moi, livré à mes ennemis, accusé, condamné par la chambre des communes, chassé de son sein.... Ah! ce fut dans ma vie une cruelle épreuve que celle-là, Williams, car tout m'abandonnait, personne n'osait me défendre, excepté un seul écrivain que l'on prétendait m'étre vendu, et que je ne connaissais même pas, et qui jamais n'est venu m'en demander la récompense. Xcuboroug, lui prenant les mains. Il l'a reçue aujourd'hui, puisqu'il retrouve un ami! Wal|io!e. Il serait possible.... loi, Williams! Ah! j'aurais dû deviner mon généreux défenseur à cette éloquence si natu- ACTE 1 SCÈNE V. 15 rello et si vraie» à cette bonhomie railleuse, si naïve en apparence, Biais an fond si redoutable; j'aurais dù reconnaître ton stylé. Neuboroug. Non , mais mon amitié, cette amitié qui venait à toi dans le malheur; car alors, mon pauvre Robert,'dans la Tour où ils t'avaient jeté , dans les eacbolS, sous les verrous, à quoi pensais-tu? Walpole. A être ministre!... à renverser à mon tour Oxford et BolingbrokeJ l'eu m'importaient les dangers, les supplices, la mort même.... pourvu que je pourVinsse au pouvoir!., ne fût-ce que pour un jour, un seul jour.... y arriver était ma première pensée.... Neuboroug. Et la seconde? Walpole. D'y rester! Ncuborong. Et tu en es venu à bout?... Walpole. Oui; mais que la lutte fut longue et terrible! qu'il a fallu se raidir et se courber pour déraciner ce luinistère tory qui semblait inébranlable! II ne fallut pas moins que la mort de la reine Anne, que l'avènement de la maison de Hanovre, que la faveur de George 1. Neuboroug. Faveur qui a continué encore sous George II., et qui depuis vingt ans ne t'a pas quille. Walpole. Mais depuis vingt ans sais - lu ce que j'ai fait peur la conserver? Sais-tu qu'étranger à tous les plaisirs, a toutes les passions qui charment les hommes , mes jours et mes nuils si! (lassaient dans des travaux assidus; sais - tu que je ne donnais pas, qu'une fièvre continuelle m'agitait?... Et pourquoi?... pour veiller sans cesse à l'honneur et aux intérêts de ce pays, qui m'étaient confiés; pour lui assurer le repos dont j'étais privé, et enfin, s'il faut le dire, pour amasser et maintenir sur ma téle ces honneurs , ces dignités , ee pouvoir (pii me semblaient alors si désirables.... et que maintenant j'ai pris en haine et en mépris. Neuboroug. Que dU-tU? Walpole. Je ne suis plus le même.... je suis bien changé.... Weuboroug. | J( . crois-tU? Walpole, lui serrant la main, .le suis guéri, je te le jure. IVeuboroug. Si toutefois on guérit jamais de l'ambition. Walpole Oui, quand elle est satisfaite, quand elle n'a plus rien désirer, cl voilà où j'en suis: ce pouvoir qu'on ne me disputait plus a cessé d'avoir des charmes, je n'en ai plus senti que le poids et la fatigue; mes forces inr trahissent, et je succombe sous le faix. Neuboroug. Est-il possible? n; L'AMBITIEUX. Walpolc. Oui, mou ;imi, un mal que je ne puis définir use en moi les sources de la vie... je souffre et veux guérir.... aussi je ne me suis pas adressé aux médecins de la cour et à ceux du roi.... je suis venu te trouver. Xeuboroug. Et tu as bien fait.... (Vemmenant vers la droite oh ils s'asseyent.) J'en sais plus qu'eux____ ne t'effraie pas.... ce ne sera rien.... je le sauverai.... si tu veux m'y aider.... car je connais ton mal.... Y a-t-il long-temps que tu en as ressenti les premières atteintes '! Wttlpolc. Il y a quelques années.... c'était un jour.... en plein parlement, a.la suite de mes diseussions avec Stanhope; j'éprouvai là une contraction nerveuse, aiguë.... horrible.... Xcuboroug. Qui se renouvelle souvent ? Walpole. Vingt fois par jour!... quand je donne mes audiences, quand je parcours des pétitions et quand je lis les journaux. Neubnroug. Je le crois bien.... voilà ce qui te lue.... voilà la cause de ton mal, auquel je peux encore porter remède; mais il n'y a pas de temps à perdre.... il faut se hâter, et si tu veux en croire les conseils de ton médecin, de ton ami.... il te faut un repos absolu.... il faut te retirer des affaires. Wnlpolc, avec un geste de crainte. Que dis-tuî Neuboroug. Dès demain.... dès aujourd'hui.... Il faut ne plus être ministre. Wolnole. Eh! mon ami, c'est tout ce que je veux.... tout ce que je demande.... le calme, la retraite, c'est là l'objet de tous mes désirs, et déjà deux fois j'ai supplié le roi d'accepter ma démission. Neuboroug. Dis-tu vrai? Wolpole. Malheureusement je sais bien qu'il ne peut pas y consentir.... il a trop besoin de moi.... je lui suis nécessaire, indispensable.... dans ce moment surtout.... car, vois-tu bien, Williams, outre les diseussions et les intrigues des chambres, j'ai encore celles de la cour.... notre roi George est jeune, ardent, impétueux.... et quoique marié à une femme charmante, qu'il respecte et qu'il aime.... Nciiboroug. Il l'abandonne.... Wnlpolc. Non.... il ne l'abandonne pas.... mais il en aime d'autres.... Dans ce moment j'ignore laquelle.... et pour la première fois il est discret.... il m'en fait un mystère.... mais il est amoureux, je le devine, j'en sui3 sûr. Alors, et ne pouvant s'occuper des affaires d'état... il est trop heureux que je le délivre de ce soin, (pie je sois là à la chaîne.... que je me lue pour lui.... (Se levant.) Moi à qui le repos est si nécessaire! ACTE I. SCÈNE V. 17 moi qui serais si heureux do nie retirer dans ma campagne de Strawheny-Hill, dans cette délicieuse retraite que vont admirer tous les voyageurs, et que visite tout le monde, excepté son maître. C'est là, près de ses eaux jaillissantes et sous l'ombrage de ses beaux arbres qu'il me serait si doux de me livrer comme autrefois aux arts, à l'étude, à l'amitié.... carce temps- là est le seul où j'ai vécu, et je le sens maintenant, j'étais né pour la vie intérieure^ paisible. Neuboroug. Eh bien ! alors, pourquoi l'avoir quittée? Wnlpnle, se levant. Pourquoi? parce que malgré soi on se laisse entraîner. Tous les hommes sont ainsi, toi comme les autres.... _ Sïeuboroug, qui s'est levé aussi. Moi ! Wolpole. Toi.... tout le premier.... Si tu avais vu de près le pouvoir, si tu avais goûté de ses séductions; situ connaissais cette vie d'émotions qui use, mais qui enivre. Neuboroug. Je me dirais: Cette ivresse-là, comme toutes les autres , ne laisse après elle que le malaise et le dégoût.... Je me dirais: Vos décorations et vos plaques de dia- mans ne sont que des jouets d'enfans; vos titres et vos honneurs une vaine fumée... Walpolc. Tu dirais tout cela, et tu ferais comme nous. Neuboroug. Jamais.... et je te répéterai encore.... Wnlpole. Et moi, je te dirai comme ce poète français que nous aimions tant: Eh, mon .uni, tire-moi du danger, Tu feras après ta harangue! Neuboruug. Tu as raison; et puisque décidément tu ne peux encore t'éloigner de la cour.... je te prescrirai un régime., et des soins qui ne pourront pas encore guérir le mal, mais qui du moins en arrêteront les progrès: de la distraction, de l'exercice, de la fatigue physique qui délasse de la fatigue morale.... et p U i s ,i e ] a sobriété.... plus de ces grands diners qu'où appelle ministériels.... de ces repas sanitaires où l'on a faim en sortant de table.... Viens souvent souper chez moi.... comme aujourd'hui. Wnlpole. Je te le promets, à condition que tu viendras demain passer la journée à Windsor où j'habite. Neuboroug. Y penses-tu? on dit que la cour y est en ce moment! Wnlpole. Qu'importe! cela ne m'empêche pas d'y avoir mon logement et d'y recevoir mes amis. Veiiboroug. A la bonne heure! et pour le reste, je t'écrirai une ordonnance.... qui n'est pas une ordonnance royale; répertoire No. 2K6. (2. Série No. 10.) 2 IN L'AMBITIEUX. aussi lu auras la bonté r<9 ri-,. 1 ' T'iH «'•f le Talet. Sa grâce est servie. ACTE II. SCÈNE VI. 27 Walpole. Tu vois bien! nreuboroug. C'est heureux! Walpole, se retournant vers Je valet, qui lui présente des papiers. Qu'est-ce que c'est? le Valet. Les journaux'. Xeuboroiig, lui prenant le bras. Nous les lirons à table. Wnlpolc , prenant les journaux. Tu as jaison.... (En déployant un.) Je veux voir seulement si on a inséré mon discours d'hier.... (A Marguerite.) Vous permettez, ma jolie demoiselle'? Marguerite. Comment donc, mylord? Walpole, tenant toujours Neuboroug sous le bras et déployant le journal, qu'il parcourt. Ah ! des injures, des épigrammes... Xeuboroug. Pourquoi les lire? Walpole. Parce que cela m'amuse! Si tu savais combien nous attachons peu d'importance à tout cela! (Lisant.) „Lord „Walpole, le premier ministre, s'est rendu hier à pied au par- „lement...." (S'arrètant.) C'est bien intéressant! „On s'étonnait „de ce que, malgré le froid, il était vêtu fort légèrement, et .,n'avait même pas le manchon de martre-zibeline qu'il porte ,,ordinairement." (Riant.) Comme c'est piquant!... ils ne savent que dire pour remplir leurs colonnes.... (Achevant de lire.) „Un ,,manchon! répondit quelqu'un, à quoi bon? il n'en a pas besoin ... il a toujours ses mains dans nos poches.'..." (Riant d'un air forcé.) Ah!... ah!... celui-là au moins est drôle!... Il est original! n'est-il pas vrai? Ah! ah!... Marguerite. Quoi, vous riez» Walpole. J'en ai entendu bien d'autres!... ce journal-là en dit souvent d'assez gaies..., c'est un indépendant qui veut qu'on l'achète, mais il n'y réussira pas.... (Prenant un autre journal) car, avec moi, aussitôt lu.... aussitôt oblié. Ncuborong, montrant la porte h yauche. Alors, mon ami. Walpole. Certainement.... (Lisant le journal.) „Ses mains dans nos poches ..." Neuboroug. Est-ce que tu y penses encore? Walpole. Du tout. ÇAvec colère.} Ah! mon Dieu! Neuboroiig. Qu'est-ce donc* Walpole. Mon dernier discours»., tronqué.... défiguré.... je peux pardonner des épigramines, des injures.... mais des fautes d'impression... être trahi à ce point par son imprimeur!., un imprimeur du roi!!!... Je suis sur qu'au fond du coeur il est de l'opppsitiou.....Je lui ôterai son brevet.... il perdra son privilège.... Neuboroug, Mou ami !... Walpole, avec impatieme. Pardon! tu meurs de faim, cl m oi aussi; je nie sens là des lirailleincns d'estomac... Allons. 28 L'AMBITIEUX. Williams. (A Marguerite, lui offrant la main.) Allons, miss Marguerite, déjeunons. Neuboroug, marchant devant. Ce n'est pas sans peine. Walpole, tout en donnant la main à Marguerite et ne diri géant vers la salle à manger, se dit à part: „lSa main tlans nos poches!..." Je saurai qui. (Neuboroug est près de la porte de la salle à manger, et veut ■faire passer If'alpole devant lui.) Scène VH. Les Mêmes, UN HUISSIER de la chambre. L'huissier, annonçant à Walpole. Le roi, monseigneur. \V ni polo , f/t(i est près d'entrer dans la salle à manger, quitte brusquement la main de Marguerite et revient sur ses pus. Le roi!... à une pareille heure.... que me veut-il? (A Neuboroug.) Pardon, mon ami, je suis obligé de recevoir le prince. Neuboroug. Et ton appétit ï Walpole. Il attendra!... Neuboroug, avec colère. Et l'on appelle cela exister !... Scène VIII. MARGUERITE, NEUBOROUG, WALPOLE, GEORGE, L'HUISSIER, gui reste au fond du théâtre. Walpole. Je n'espérais guère et de si bon matin l'honneur que me fait votre majesté. «eorgo. Je pense, mylord, que je ne vous dérange pas { Walpole. En aucune façon.... J'étais là avec des amis.... Le docteur Neuboroug, mon ancien compagnon d'études.... (Aeorge. Le docteur Neuboroug.... homme de talent.... que l'opposition vient d'envoyer à la chambre des communes! Neuboroug, s'inclinant avec embarras. Oui, sire.... mais... Walpole, l'interrompant vivement. Mais quelles que soient ses opinions, ce sont celles d'un homme d'honneur et de conscience.... Je dirai plus: il est tel ouvrage que depuis longtemps l'Angleterre admire, tel ouvrage que l'on attribue à nos premiers écrivains ou à nos plus grands publicistes.... Neuboroug, interrompant Walpole. Robert, y penses-tu? Walpole. Pardon, sire, je dois respecter le voile dont il veut s'environner à tous les yeux. Ueorge. Pas nux miens, je l'espère... et vous me direa... Mais quelle est cette jolie personne? ■ ■ tlMPÉ ACTE IL SCÈNE X. 29 Wnlnolc. C'est sa fille , sire , miss Marguerite, qui pour la grâce et la beauté effacerait nos plus brillantes ladys. <«r»rge, avec chaleur. Vrai Dieu, mylord a raison! je ne connais qu'une seule personne qui pourrait lui disputer la palme !... Walnole, avec intention. La reine, sire ! Oeorge, avec embarras et se reprenant vivement. Oui.... justement.... e'est ce que je voulais dire.... mais j'ai à vous parler, Walpoie, à vous parler longuement. Neuboroug, avec un geste d'effroi. Ali ! le malheureux! Gteorge. Passons dans votre cabinet.... ou plutôt dans le parc, nous pourrons causer en nous promenant.... Walpole, s'inclinant. A vos ordres, sire. dleorgc. L'air et l'exercice nous feront du bien. Neuboroug, « part. De l'exercice à jeun!... juste ciel! ««■orge. Adieu, messieurs!... Adieu, miss Marguerite!... Wnlpole , « Ncuboroinj. Mon ami , je suis à toi! je reviens à l'instant.... Attends-moi. (Ils sortent par lit porte du fond,) Scène IX. MARGUERITE, NEUBOROUG, LE DOMESTIQUE, qui est resté près de la porte de la salle à manger. Xeuboroug. L'attendre! pas un moment!... pas une seconde!... mon estomac n'est pas complaisant! il n'est pas courtisan ! Marguerite. Mais, mon père, y pensez-vous? Kcuboroug. ,1e ne te force pas.... tu es la maîtresse!... mais moi, je veux toujours provisoirement prendre un à-compte.. QAu domestique.) N'est-ce pas de ce coté? Le Domestique. Oui, monsieur, je vais vous conduire.... Neuboroug, au domestique. Je vous suis, mon cher ami... je vous suis aveuglément et sans hésiter! (Il sort par la porte à gauche avec le domestique.") Scène X. MARGUERITE, puis HENRI. Marguerite, s'apprètant h le suivre. Mon pauvre père n'entend pas raillerie sur ce chapitre-là! (Au moment où elle va entrer dans la salle à manger, elle aperçoit Henri qui entre par la porte du fond, et d'un air agité.) 30 I/AMB1T1ECX. Henri. IS'on, je n'en puis revenir encore!... Marguerite, nllamt à lui. Lord Henri!... Comme il est agité! Ou'avez-vous donc? Henri. Ce que j'ai! Ah! jamais plus qu'aujourd'hui je n'ai eu besoin de votre présence et de votre amitié. Je suis Souvent l>icn tourmenté, bien malheureux! Et quand je vous ai vue.... je pars presque content, ou du moins consolé. Marguerite. Consolé! vous avez donc des chagrins? Henri. Vous l'ai-je dit? Marguerite. Eh! oui, vraiment!... Allons, conliance tout entière! Il me semble, à moi, que je vous dirais tout! Henri. Vous, Marguerite, quelle différenceI vous n'avez pas de secrets. Marguerite. Qu'en savez-vous? Henri. () ciel! vous seriez comme moi, vous aimeriez quelqu'un? Marguerite. Peut-être bien! Henri. Mais vous, du moins vous avez l'espoir d'èlre heureuse !... Marguerite. Nullement, je vous jure! Mais moi, je ne demande pas à être aimée! j'aime toute seule et sans intérêt: on ne peut pas empêcher cela, n'est-ce pas ? Henri. Oh! non, sans doute. Et votre conliance fait naître la mienne! Apprenez donc qu'il y a ici.... dans ce moment, une personne que j'aime et qui me désespère! Marguerite, tourianl. Vraiment? contez-moi donc cela! Henri. Il semble qu'elle prenne à tâche île bouleverser ma raison! C'est un mélange de douceur et de fierté, de froideur et de coquetterie.... Marguerite. Que dites-vous? Henri. Avant-hier enfin , au cercle du roi, je n'ai pas même pu obtenir d'elle la faveur d'un regard. Marguerite, portant Ut main h son coeur. O mon Dieu!... Henri. Et tout-à-l'heure, à l'instant même et pour la pre mière fois de sa vie, elle m'a presque dit qu'elle m'aimait.... ou du moins , et malgré elle , son dépit, sa jalousie me l'ont laissé deviner... Marguerite, ù part. Ah! je tue soutiens à peine! Henri. Et ce qu'il y de plus étonnant, c'est que ce seul moment de bonheur que j'ai eu en ma vie, « 'est à vous que je le dois, mon amie, c'est vous qui en êtes cause? Marguerite. Moi!... comment Cela? Henri. Elle ne m'a parlé que de vous, des visites que je vous faisais chaque jour; des trois mois que j'ai passés dans la maison de votre père.... Cette jeune fille est charmante, a-t- RMMUkJ ACTE II. SCÈNE XI. M <'lle ajouté; vous l'aimez, monsieur, vous l'aimez, avouez-le; cl moi, de me justifier et «le lui attester que la seule amitié, que l'affection la plus tendre mais la plus pure m'attachait à vous.... Mais pardon! mon amitié est bien égoïste , elle ne vous entretient que de mes craintes ou de mes espérances.... et les vôtres ... et cet amour que vous m'avez presque avoué tout-à-l'lieure?... Marguerite. Ah! je vous en conjure.... Henri, Votre conliance n'égale donc pas la mienne? vous ne me regardez plus comme un frère! Marguerite. Un frère!... si vraiment... toujours! mais pourquoi penser à un attachement sans espoir ?... Henri. Que dites-vous? Marguerite. Que je suis plus malheureuse que vous.... car moi il ne m'a jamais aimée, il en aime une autre. Henri. Ce n'est pas possible,'., vous qui rendriez un mari si heureux, vous en qui brillent tant de qualités.... Marguerite. Il ne les voit pas ! Henri. Comment peut - il être assez aveugle.... surtout s'il est reçu, s'il est admis chez votre père.... Ah! mon Dieu, je sais qui ! Marguerite. C'est fait de moit... non, monsieur.... ne croyez pas.... Henri. Votre cousin.... ce jeune avocat.... sir Thomas Kinston pour qui vous vouliez hier me solliciter.... Marguerite, vivement. Oui, mylord, oui, (t'est lui-même!., mais silence au moins.... et que personne au monde.. . surtout lui.... ne puisse jamais se douter.... (Pleurant.) Je l'oublierai !... je vous le promets.... il n'en saura rien.... Henri. Pauvre enfant! que ne puis-je sacrifier de mon bonheur pour ajouter au vôtre! (Lui prenant la main. ) Ma bonne Marguerite, mon amie, ma soeur, si vous saviez quelle part je prends à vos peines! si vous saviez combien je vous aime.... Marguerite, se dégageant de ses bras, en sanglotant. Assez!... assez!... (A part.) Ah! il me fera mourir! Henri. Mon oncle!... Scène XI MARGUERITE, HENRI, WALPOLE. Walpole, entrant sans les voir. C'est un enfer, et je n'y puis tenir!... il faut que je sorte de la cour, de ce palais : c'est un séjour inaudit où l'on ne peut vivre! aa I/AMHITIEUX. Marguerite^ à -part. Il a bien raison! Walpole. Je n'y resterai pas un jour de plus ! Henri. Eli ! mon Dieu, mylord, qu'avez-vous donc ? Walpole. Ce que j'ai.... ils veulent la guerre, maintenant!... ils la veulent, et dès demain, à les en croire, il fanerait la déclarer à l'Espagne! Henri. Plût au ciel !... Walpole. Et toi aussi!..- Henri. Je parle en officier!... Walpole. Et moi en ministre !... Ils ne l'auront pas.... mais le roi était déjà de leur avis.... tout étourdi par leurs clameurs.... par leurs pétitions.... Eh ! par saint George! des pétitions, on sait comment elles se fabriquent.... et s'il ne tient qu'à cela , s'il lui en faut, dès demain un million d'honorables signatures réclameront en faveur de la paix.... Cette paix, salut de l'Angleterre, que je maintiens depuis vingt ans.... il faudrait la rompre pour de vaines prérogatives blessées.... pour un pavillon amiral qu'on n'a pas salué! Henri. S'il était vrai cependant.... Walpole. Et c'est pour cela qu'il faudrait ruiner notre industrie, notre commerce , et se lancer dans une guerre dont on ne peut pas prévoir les suites!... à mon âge.... épuisé, fatigué, malade.....-omme je le suis.... car jamais, je crois, je n'ai plus souffert qu'aujourd'hui.... Henri. Mon pauvre oncle!... Walpole. Et Neuboroug.... Neuboroug qui n'est pas là. .. j'ai la lièvre.... j'ai la poitrine en feu.... Henri. Calmez-vous, de grâce!... prenez quelque repos. Walpole. Du repos... est - ce que je le peux?... ils ne veulent pas de ma démission! Ils ne seront satisfaits que quand ils m'auront tué, que quand je serai mort comme un esclave, comme un condamné, au banc où ils m'ont attaché! Scène XII. Les Mêmes, NEUBOROUG. Neuburoug, accoumnt. Ah! mon ami.... Walpole. Qu'as-tu donc? Neuboroug. Laisse-moi reprendre mes idées et surtout reprendre haleine! Au moment où je sortais de ta salle à manger par la porte qui donne sur le parc, je me trouve face à face avec Sa Majesté qui me dit: Monsieur Neuboroug, je serais enchanté de vous parler; et sans que j'aie eu le temps de me reconnaître, il me prend le bras, et nous voilà avec ce ■ ACTE II. SCÈNE XII. 33 lion roi, nous promenant bras dessus, bras dessous.... sans façons, sans cérémonie, tout-à-fait à notre aise.... excepté qui? j'étais un peu troublé, parce qu'un roi qui vous donne le bras.... cela fait toujours.... marguerite. Quoi donc? Neuboroug, a Marguerite. Cela l'ait, mon enfant, que c'est très-honorable. Il est fâcheux seulement qu'il n'y eût là personne.... parce que mes confrères, qui sont souvent si fiers et si importans, auraient vu que pour la première fois que je viens à la cour.... {A Walpole.) Enfin, et pour revenir à toi, le roi m'a d'abord parlé de mon élection, et quand il a su que mon intention était de refuser... — Je ne le veux pas, s'est-il écrié, je ne le veux pas ! Il nous faut à la chambre des gens de talent, et surtout d'honnêtes gens. A ce double titre.... vous resterez..... je l'exige.... pour moi et pour vous.... car un ami de Walpole peut arriver à tout, peut tout obtenir de moi. A ce mot, il m'est arrivé une inspiration, une idée d'en-haut!... celle de m'immoler pour toi.... Eh bien! sire, lui ai- je dit, vous le voulez.... j'accepte.... mais en revanche j'imploro une faveur de Votre Majesté. — Laquelle'! 1 parlez! — Et alors, soit que l'amitié m'inspirât, soit que déjà je me crusse à la tribune, j'ai été content de moi, j'ai été éloquent.... je lui ai peint avec chaleur mes craintes, mes inquiétudes sur l'état de ta santé.... je l'ai vu ému.... entraîné, et je me suis écrié: Puisque vous l'aimez, ce fidèle serviteur, vous ne voudrez pas l'immoler; vous ne voudrez pas sa mort, et je vous réponds, moi, médecin, qu'il y va de sa vie!... Oui, mon ami, je l'ai dit, il y va de sa vie, s'il ne quitte pas les affaires, si vous n'acceptez pas la démission qu'il vous a offerte depuis si long-temps! Walpole, avec anxiété. Eh bien!... eh bien!... le roi a refusé?... Neuboroug, avec enthousiasme. |) u tout!... il consent. .. Walpole, stupéfait. Que dis-tu?... Ncuboroug, tirant un papier de sa poche. Tiens! lis!.... écrit de sa main royale! Walpole, prenant le papier avec émotion. Lisant „Vous „le voulez, vos amis le veulent; il y va, dit-on, de votre saute ,,et de votre existence, j'acceprc à regret la démission que vous „m'o lirez." Neuborong et Henri. Quel bonheur! Walpole, continuant de lire. „Je n'y mets qu'une condition, ACTE TROISIEME. Meint* décoration. Scène I. WALPOLE, entre en lisant avec agitation des lettres Hu.il tient à la main; puis il s'assied sur le Jauleuil à droite. NEUBOROUG entrant par le fond. N'eiiboroiig, VapcrceVant. C'est lui ! ^'approchant de Walpole, sans que celui-ci sorte de sa rêverie et lui frappant sur l'épaule.") Kobert! • Walpole , levant la tète. Qu'est-ce donc?... Ah!... c'est toi!.... Ncaboroug. A la bonne heure, au moins! te voilà dans un bon fauteuil, à te reposer et à ne rien faire! Tu commences enfin à jouir de toi-même, à être tranquille! Walpole, avec impatience. Oui, mon ami.'... Ncuboroug. Aussi je suis fâché de te rappeler aux allai rcs.... mais ce sera pour la dernière fols.... Le roi t'attendra vers deux heures dans son cabinet! Walpole. Le roi!... tu l'as vu? Ncuboroug. A l'instant! Walpole. Tu ne le quittes donc plus? KTenboroug. Dans ton intérêt!... Il voulait savoir de tes nouvelles!... et il m'a reçu!... J'en suis encore tout ému!... Il m'a parlé de ma position actuelle, de mon avenir, do ma fille... H m'a répété: Un ami de Walpole peut arriver à tout.... enfin de ces phrases qui signifient: Demandez-moi quelque chose.... Mais tu sens bien que inoi.i.. D'ailleurs qu'est-ce que je lui 3* 30 L'AMBITIEUX. aurais demandé!... je n'en sais rien. Aussi ne lui ai-je parlé que de toi, de la joie avec laquelle tu avais reçu sa lettre, de ta reconnaissance et enfin de ta santé qui est déjà meilleure! Wnlpole, qui l'a écouté avec impatience. Eh ! morbleu!... de quoi te mêles-tu? tu as eu tort.... Neuboroug. Moi!... et pourquoi?... Wnlpole. Parce que je souffre.... parée que je me porte très-mal.... Neuboroug, lui prenant le pouls. C'est vrai!... Il y a toujours là des symptômes d'irritation et de fièvre nerveuse.... Cela m'étonne. Wnlpole. Et le moyen qu'il en soit autrement.... au milieu des tracas, des allées et venues, des intrigues qui m'assaillent de tous côtés!... Déjà, et je ne suis comment, car c'était un seeret entre noua, le lirait de nia démission s'est répandu.... (montrant les lettres qu'il tient.) et c'est à qui, amis ou ennemis, viendra me demander ma protection pour obtenir de moi vivant un lambeau de mon héritage. Xeuboroug. Que t'importe?... Wnlpole. Ce qu'il m'importe.... Encore faut-il avoir sa tète.... son jugement.... pour ne pas se laisser influencer dans son choix.... car déjà le comte de Sunderlaud croit triompher... Tu vois bien que sa fille avait raison ce matin.... Il y a entre elle et tel grand personnage des intelligences dont j'ai acquis la preuve, et l'on ne m'ôtera pas de l'idée qu'elle croit m'a- voir renversé! Neub. ce que vous jugerez convenable 1 Faites seulement qu'on l'expédie promplemcnt dans vos bureaux. ACTE IV. SCÈNE IX. 59 Walpole. 0 ciel !.. Cteorge. Je reste avec votre neveu.... pour conférer avec lui.... pour m'entendre sur l'objet dont je pariais tout-à-l'heure et qui dans ce moment est de la plus liaute importance. Henri, vivement. L'affaire de la guerre d'Espagne!... Cteorge, de même. Précisément!... Henri. J'ai fait sur-le-champ le rapport que votre majesté avait daigné me demander à ce sujet, et.... je l'aval* soumis à mon oncle.... Wnljiole, qui a été prendre le rapport qu'il avait laissé sur la tahle. Oui, sire.... (/i regarde son neveu, hésite un instant pour remettre le papier au roi, et lui dit d'une voix émue:) Le voici!... écrit entier de sa main. Cteorge, le prenant sans le regarder. C'est bon !... Henri, au roi. Votre majesté ne le regarde pas ! Cteorge. Si, vraiment!... {Il y jette les yeux d'un air indifférent.') O ciel!... qu'ai-je vu? cette écriture!... (Walpole, qui a observé le trouble du roi, jette un dernier regard sur lui et sur son neveu ; puis il sort précipitamment pendant que George s'avance au bord du théâtre, en regardant toujours le billet.') C'est cela même!... c'est lui!... quelle indignité?... quelle trahison!... et la perlide surlout!... (Il remonte le théâtre et aperçoit Cécile qui entre.) Scène IX. HENRI, GEORGE, CÉCILE. Cteorge, h part. La voilà !... CccSle, s'adressant au roi. Mort père, le comte de Sun- dcrland va se rendre à l'audience que vous avez daigné lui accorder. Ocorge, contenant son émotion. C'est bien.... nous le recevrons !... Cteorge , apris un instant de silence , jette un coup d'oeil sur Henri et sur Cécile qui ont échangé un régard, et baissent soudain les yeux. Lord Henri, je voulais vous parler, et je puis le faire devant mylady, car je me rappelle maintenant que plusieurs fois elle a plaide près «le moi en votre faveur, et qu'elle est toute dévouée à vos intérêts.... Henri. C'est trop de bontés à lady Cécile, et surtout à votre majesté.... Cteorge. J'en aurai plus encore, et pour commencer je vous donnerai un conseil.... celui d'être [dus circonspect.... Ce matin vous ne m'avez confié que la moitié de votre secret.. 60 L'AMMTIEUX. j'ignorais encore quelle était celle que vous aimiez.... un hasard vient de me l'apprendre.... ( Mouvement de Cécile. ) Oui, madame.... et voyez à quoi son imprudence l'exposait si cette lettre, par exemple, était tombée en d'autres mains que les miennes.... Henri. O ciel!... Eli Lien! puisque mon amour vous est , connu, pourquoi n'avouerais - je pas à votre majesté et mes projets, et mes voeux, et l'espoir de ma vie entière.... Oui, sire, c'est elle que j'aime!... Cécile. Que dites-vous? Henri. Ne craignez rien.... ce n'est pas au prince.... ce n'est pas à mon souverain que je conlie un tel secret. Cécile. Henri! CAeorgc, Et pourquoi l'arrêter, niylady ? 11 aime.... il est aimé.... il nie l'a avoué ce matin!... il en est convenu,'... Cécile. Est-il possible?... Henri. Punissez-moi, madame ! je l'ai mérité! Mais quand je parlais ainsi je croyais que jamais votre nom ne serait connu.... qu'un éternel silence ensevelirait et mon secret et l'amour que vous m'avez juré?... Cécile, qui a passé près de lui. Taisez-vous! taisez-vous ! Henri. Et pourquoi doue!... pourquoi cet effroi , grand Dieu! CJeorRe. Vous ne le devinez pasî... C'est qu'elle ne peut entendre ni supporter l'arrêt qui l'accable.... c'est qne cet amour qu'elle vous a juré.... il m'appartenait.... elle nie l'avait donné. Cécile. Sire, au nom du ciel ... Henri, avec fureur. Quoi ! celle que vous aimiez «eorge. ("est elle!... Cécile , itu roi. et avec dignité. Assez.!... assez!... Vous m'avez frappée de mort, et maintenant je n'ai plus rien à redouter.... J'ai subi de tous les supplices les plus horribles.... Vous m'avez flétrie à ses yeux.....lai perdu l'estime de celui que j'aime. Ueorge. Que vous aimez!... Cécile. Oui, sire, ces noeuds que vous ose/, rappeler e* «pie «lés long-temps cependant j'avais luises do Bioi-md....., ces noeuds que l'ambition seule avait formés.... je m'en accuse el j'en rougis; mais l'amour que j'avais pour lui, j'en suis. Hère et je m'en glorifie, car il était noble et pur.... Oui, e'est par amour que j'ai repoussé ses voeux, e'est par amour que je refusais sa main , moi qui aurais donné ma vie pour en être digne; et je ne dis pas eela pour m'exeuscr à ses yeux, pour surprendre sa pitié, ni pour regagner une tendresse (pie je ne ACTE IV SCÈNE XI. (il mérite pas et que j'ai perdu sans retour.... mais |e le dis pour moi-même quo vous avez voulu abaisser, je le dis devant vous qui tenez lo sceptre et la couronne.... celui que j'aimais, sire... c'est lui!... George. Et ce mot a décidé sa perte.... et vous dens qui m'avez trompé.... Scène X. Les Mêmes, UN HUISSIER de la chambre. L'huissier, annonçant. Ee comte de Sunderland !... Oeorgc. Qu'il vienne à l'instant, qu'il vienne! Cécile, i'élançant vers In porte du fond, Ali ! mon père !.. (Elle sort comme pour l'empêcher d'entrer.") Clcorge. Oui... c'est à ses yeux... c'est aux yeux de tous que je veux la punir, et je vais à l'instant.... Henri, se plaçant devant la porte du fond. Non, sire, votre majesté n'ira pas ! Oeorge. Oser me retenir.' Henri. Elle n'ira pas flétrir nue fille aux yeux de son père.... ce n'est pas là la vengeance d'un galant liomme, et surtout d'un roi. tteorgo. Téméraire! Henri. Vous êtes maître de mes jours.... niais non de son honneur î et si vous pouviez l'oublier..., «corge. .le n'oublie pas de tels outrages.... je vais les châtier. Henri, traversant le théâtre. Et moi , je vais demander justice.... Ucorgr. A qui?. . Henri. A la reine!... Oeorg<>, courant à lui et le retenant h son lotir. Mon sieur.... restez! Scène XI. Plusieurs Lords et Seigneurs do la cour, plusieurs Officiers supérieurs; WALPOLE, GEORGE, HENRI; puis NEUBOROUG et MARGUERITE, qui entrent un institut après. Wnlpole, entrant un instant avant tout le monde. Je viens remet Ire à votre majesté celte ordonnance.... «corge, la prenant et la déchirant, Qui est nulle et que L'AMBITIEUX. j'anéantis! J'ai fait un autre choix.... vous le connaîtrez... (Aux officiers qui sont derrière lui, et leur montrant Henri.) Mylords, assurez - vous d'un téméraire qui a outragé son roi.... qui l'a menacé.... Marguerite, qui vient d'entrer avec son père. O ciel!... Walpoie. Ce n'est pas possible. Kcuboroug. De quel crime ose-t-on l'accuser? George , avec colère et cherchant h se modérer. Son crime!... Henri, froidement. S'il est connu.... ce ne sera que par vous, sire! car au prix de mes jours je jure de garder le silence. George. Et moi !... ( S'arrètant et s'adressant aux officiers.) Assurez-vous de lui.... plus tard je déciderai de son sort... (Regardant autour de lui.) Walpolc, Neuboroug.... vous êtes de bons et fidèles serviteurs, et dans ce moment, entouré comme je le suis de traîtres et de perfides, j'ai besoin d'amis véritables; venez, venez, suivez-moi. (Il les emmène par la porte du fond et toute la cour sort après eux.) Scène XII. Quelques Soldats au fond du théâtre ; un Officier à qui Henri vient de remettre sou épée; HENRI, au coin du théâtre, à droite; MARGUERITE, auprès de lui. Marguerite, toute tremblante cl joignant les mains d'effroi. Vous!... mon Dieu!... disgracié!... prisonnier!... Henri, près de partir. Ah!... ce n'est pas là le coup le plus cruel!... trahi, abusé par celle que j'aimais.... Marguerite, vivement. Que dites-vous? Henri. Indigne de moi, elle appartenait à un autre, et tout est fini entre nous!... Marguerite / avec une expression de joie et portant la main h son coeur. Ali! (L'officier fait un signe h Henri qui tend la main it Marguerite et sort par le fond entouré par les soldats, tandis que Marguerite, immobile h la droite du théâtre, le suit des yeux jusqu'il ce qu'il ait disparu, et eort par la porte h droite.) FIN DU nuATHIKMF. ACTK. ACTE V. SCÈNli 1. fi:i \ ACTE CINQUIEME. Même décoration» Scène I. [IENRI, NEUBOROUG. Xenboroug. Oui, mon cher ami, cela va mal pour vous., je vous en préviens, parce que j'étais là, j'ai été témoin «le la colère du roi. Henri. Et cependant, A l'instant même, mes arrêts viennent d'êtres levés.... je n'ai plus pour prison que l'enceinte de ce palais, et l'on n'a exigé de moi d'autre caution que ma pa rôle de n'en point sortir. Neuboroug. Cela m'étonne.... car il y a deux heures le roi était furieux. Je ne sais pas ce que vous lui avez fait; mais voilà ce qui est arrivé. A peine étions - nous sortis de cette galerie, qu'il congédie tout le monde, en disant d'un ton brusque: Pardon, mylords, il faut que je parle à M. Neubo- roug, à lui seul. Me voici donc dans le cabinet du roi, en lèlo-à-tèle avec lui. Il me dit: Asseyez-vous, asseyez - vous; puis il se promène d'un air agité, il s'assied.... il écrit.... il sonne.... Tenez, pour le lord chancelier qui loiit-à-l'hcure était dans le salon. — Puis il se retourne vers moi. — Je suis à vous dans l'instant; nous avons à causer du nouveau ministre. — Je croyais que votre majesté avait fait un choix — Est-ce que vous le connaissiez? — Non, sire, je sais seulement que vous aviez signé l'ordonnance. — Je l'ai déchirée. ■—■ Et il recommence à se promciler! J'étais toujours là et j'attendais.... On annonce Walpole. — Je ne veux pas le recevoir, dit le roi; et à peine achevait-il ces mots que votre oncle parait sur le seuil de la porte. — Je viens, dit- il, rendre un service à votre majesté.... U «St impossible qu'elle ait écrit l'ordre que je viens de voir entre les mains du lord chancelier. — J,, | ;ii écrit, je le ferai exécuter. Lord Henri a manqué de respect à ma personne, il m'a menacé.... il y a crime do lèse-majesté: qui ose le justifier est coupable. - Mettez-moi donc aussi en accusation, car je viens le défendre!... M L'AMBITIEUX. Henri. Mon pauvre oncle! Xcuboroug. Oui, sire, n-t-it ajouté, on n'enlève pas à un brave officiel - son titre et son grade pour un crime tel que le sien. — Son crime, s'est écrié le roi, le connaissez-vous? — Oui, Sire, et je m'en vais vous le dire.... Silence, mylord, a dit le roi avec un regard furieux. Puis n'adressant à moi: Mon ami, mon cher Neuboroug.... j'avais à vous parler.... mais plus tard, dans quelques instans je vous ferai savoir mes intentions. — Alors, comme vous vous en doutez bien, je me suis incliné, je suis sorti; et au moment où la porte du cabinet se refermait, l'orage recommençait déjà.... Tous deux parlaient à la fois, et je distinguais la voix de Walpole. — Oui, je le défendrai, quand on devrait, comme autrefois, ni'envoyer à la tour... et puis, je n'ai plus rien entendu.... Henri. Ali! mon oncle est trop généreux!... il va se perdre! il va attirer sur lui la colère du roi.... pour une cause qui ne peut être défendue.... ni justifi.ee. Neuboroug. C'est lui!... le voilà! Scène IL Les Mêmes, WALPOLE, venant du fond. Henri. Mon cher oncle! Walpole. Rassuré-toi. Cela va mieux! tu es libre du moins ! Henri. Que dites-vous? Walpole. J'ai eu d'abord avec le roi une discussion assez vive.... Henri. Je le sais. Walpole. Oui a fini assez mal, car sa majesté ne voulait rien entendre, et moi je soutenais toujours, dussé-je le répéter à la tribune, qu'en Angleterre on élait libre.... (* demi- voix, et sans que Ncuhorowj l'entende) libre, si on le voulait, d'enlever au roi ses maîtresses.... Henri. Mon oncle.... Walpole. Sur ce mot-là.... il m'a congédié de son cabinet et j'ai cru que tout était, fini, que tout élait perdu.... mais avec un roi homme d'honneur il y a toujours de la ressource. Il parait que depuis deux heures, et une fois le premier mouvement passé, il s'est calmé.... il a rélléchi..... il a senti que mes conseils n'étaient pas si déraisonnables, et il vient de me prévenir par un billet très-froid et Irès-laconiquc qu'il avait fait lever tes arrêts et qu'il te gardait seulement prisonnier ici sur parole jusqu'à ce soir. ■MBMHHMM ACTE V. SCÈNE II. Neuboroug. A l'a bonne lieurc! Wnlpole. A cette lettre.... on était Jolnto uno autre dont j'ignore le contenu et qui était pour toi.... Neuboroug, la voici. Neuboroug. Donne donc.... (Il la décachète et la lit avec émotion.) Walpole, avec inquiétude. Eli bien?... Nenboroug. Ah! mon ami!... Wnlpole. Qu'est-ce donc? Neuboroug. Laisse-moi finir.... co bon roi.... (Lisant.) „ D'après ce que j'ai vu et surtout d'après ce que m'a dit Waf- „pole, je peux mettre en vous toute ma confiance. — J'ai un „important service à vous demander!... venez, je vous attends." Wnlpole. Qu'est-ce que ce peut-être? XfMibornng. Tu t'en doutes bien!... et rien n'égale ma joie! non pas tant pour la place qui est honorable, j'en conviens, mais pour autre chose encore.... car enfin! ton neveu est en disgrâce, moi, je suis en faveur; je vais être minisire, et il m'est permis alors d'avoir pour l'avenir des idées d'alliance.... auxquelles sans cela je n'aurais osé m'arrèter! Henri. Ah! je ne suis pas assez heureux pour. cela.... (A demi-voix, à Neuboroug.) Ce n'est pas moi qu'on aime!... Neuboroug, vivement et il voix liasse. C'est vous! Henri. Est-il possible! Neuboroug. Elle me l'a avoué à moi, à son père! Henri, avec émotion. Marguerite!... Mais en effet.... son trouble.... (Il fait quelques pas vers Neuboroug qui vient de remonter le théâtre.') Neuboroug. Plus tard.... plus tard.... je suis attendu.... et j'ai à peine le temps de remercier ecl excellent ami à qui je dois tout. (A Henri, molliront I Val foie.) Vous ne savez pas tout ce qu'il a fait pour moi; c'est le triomphe de l'amitié! et si, comme je le crois maintenait, j'arrive en pouvoir, ce sera grâce à lui! Henri. Comment cela? Neuboroug. Imaginez - vous que ce matin nous avions un rival, un concurrent redoutable que les Sundcrlnnd portaient au ministère.... Wnlpole, ftvec M geste d'effroi. Neuboroug! je t'en supplie! Neuboroug. Non.... non, je parlerai.... je ne suis pas un iHgnrt.... je ne cache pas les services qu'on nie rend.... je les proclame tout haut.... (A Henri.) C'était lin membre de In chambre haute.... un lord.... un jeune homme sans crédit, sans Répertoire No. 20(). (2. Série Ko. Ifi.) 5 66 L'AMBITIIMX expérience.... c'était du moins l'avis «le Walpole qui me l'a «lit.... car moi je ne lui en veux pas, je ne le connais pas.... Mais il parait que le roi l'aimait, le protégait, l'avait pris en affection,... Henri. O ciel!.... Walpole, voulant l'interrompre. EliJ de grâce!... Veuboroug, à Walpole. Enfin l'ordonnance était signée, je l'ai vue entre tes mains et j'ai cru que tout était fini! (A Henri.) Eli bien! pas du tout, loin de se laisser abattre, mon ami Walpole a redoublé d'efforts; je ne sais pas comment il s'y est pris.... mais il a si bien fait, si bien manoeuvré, qu'en quelques beures le favori a été renversé.... Henri. Vous, mon oncle! Walpole. Moi!., par exemple! Aicuboroug, riant. Ob! tu me l'avais bien dit: Je le renverserai.... voilà du dévouement, de la chaleur, voilà ce qui s'appelle servir ses amis, et si jamais je suis au pouvoir, je te prendrai pour modèle.... je vous le jure à tous les deux, et si j'y manque jamais.... Scène III. Les Mêmes, UN HUISSIER. l/liiiinHîcr. Sa majesté attend sir Neuboroug dans son cabinet.... Neuboroug. Le roi m'attend!... adieu.... adieu.... je reviens vous apprendre co qui aura été décidé! (Il .sort par le jontl.) Scène IV. HENRI, WALPOLE. Henri. Je ne puis ajouter foi à ce qu'il vient de nous dire!... j'ai mal compris, ou il est dans l'erreur! Vous, mon oncle.'... vous m'auriez desservi!... ce n'est pas possible.... di- tcs-lc-moi!... et c'est vous seul que je veux croire! Walpole. Non.... il t'a dit la vérité! Henri. Grand Dieu !... Wnlpole. A quoi bon feindre avec toi? Je t'aimais ce matin, tu m'étais cher! tu te tenais à l'écart du pouvoir et de la fortune, j'ai été te chercher, je t'ai pris par la main pour t'y amener. Ce poste si brillant et si dangereux que j'abandonnais, cette place objet de tous les voeux, c'est moi qui te l'ai fait obtenir, c'est moi qui te l'a donnée ACTE V. SCÈNE IV or Henri. C'est vrai. Wnlpole. Eh bien! dos que je vue entre tes mains, je ne peux dire ce que j'ai éprouvé.... mon amitié s'est retirée de toi à mesura que le pouvoir t'arrivait... c'est un sentiment «pie je ne pouvais ni maîtriser, ni vaincre.... J'étais jaloux! voisin, Henri , la faveur du prince est un de ces biens qu'on ne peut partager!... c'est comme un de ces objets de notre amour qu'on ne veut pas voir à d'autres, même quand on les dédaigne ou qu'on les abandonne! Céderais-tu ta maîtresse à ton meilleur ami, à ton frère?... Non!... tu le haïrais! c'est ce que j'ai fait.... lu m'étais devenu odieux.... Henri. Est-il possible ! Walpole, avec exaltation. Oui, tant quo je serai vivant, nul ne portera la main sur mon bien, sur cette autorité acquise par trente ans de travaux et de tourmens.... Elle m'a coûté trop eber pour ne pas la défendre, et quiconque se présenterait comme obstacle sur ma route, quiconque, ami ou ennemi, voudrait arrêter le char île ma fortune, sera brisé par lui !... H oui. Grand Dieu! IVnlpolc, revenant à lui. Ah! je t'effraie.... tu doutes de ce que tu entends, tu no peux concevoir la violence d'une pas. sion qui, loin de s'amortir avec l'âge, prend chaque jour de nouvelles forces. Mais cette passion est la seule que j'aie éprouvée.... Je n'en ai jamais eu d'autre, laisse-la-moi, ne me l'envie pas! elle rend si malheureux! Jamais je n'ai connu comme toi les illusions de la tendresse.... j'amais l'amour d'une femme n'a fait battre mon coeur.... on ne m'a jamais aimé.... je n'ai aimé personne!... 4 Henri. Mon pauvre oncle!... Wnlpole. Ah! tu me hais! Henri. Non.... je vous plains! Walpole. Et tu as raison.... car dès que j'ai abattu à mes pieds l'ennemi qui me résistait.... semblable au soldat dont la colère s'éteint quand le combat est fini, mon ressentiment tombe avec celui qui l'avait fait naître. J'ai honte de moi.... je rougis de ma frénésie.... je m'en veux de mon triomphe que je cherche à expier!... Toi, par exemple.... à peine renversé, je t'ai tendu la main; je t'ai rendu mon amitié; j'ai couru te défendre auprès du prince.... j'aurais bravé pour toi sa vengeance, sa colère! sa disgrâce peut-être! car je t'aime maintenant, tu es redevenu mon fils, mon neveu bien-aimé ! Demande- moi ma fortune, mon sang... je te les donne; mais le pouvoir!., je l'essaierais en-vain! c'est au-dessus dénies forces! Et tiens, ce Neuboroug, ce vieil ami.... si honnête homme.... si peu redoutable.... eh bien! dans ce moment, j'ai beau me raisonner et «s L'AMBITIEUX. me combattre... je ne l'aime plus... Quedis-je?... tout-à-l'heure, pendant i]u'il nu; parlait.... j'éprouvais contre lui des mouve- mens de jalousie et de haine : cette intimité , cette confiance dont le roi l'honore.... tout cola le rend mon ennemi mortel!.... et malgré moi, dans ce moment, je cherche déjà en mon esprit les moyens de le renverser! Tais-toi, le voici! Scène V. HENRI, MARGUERITE, NEUBOROUG, WALPOLE. Neuboroug, Viens-t'en, ma fille.... viens-t'en, quittons ces lieux! Henri. Ou'y a-t-il donc? ■\Vnl|>olc. Est-ce que tu n'es pas ministre '! JfeTiborimg. Moi!... c'est fini! Wnljiole. O ciel! mon ami.... mon pauvre ami ! Henri. Ou'est-il donc arrivé? Walnole. Ce service que te demandait le roi? Neuboroug. Tu ne t'en serais pas doute! il voulait sa voir de moi si réellement tes forces et ta santé étaient aussi altérées que je le lui avais dit.... et il me demandait, sous le sceau du secret, et sans que cela eût l'air de venir de lui, si je ne pouvais pas l'engager à revenir sur ta démission!... VTalpole, vineuu-nt. Il serait possilde!... Nenboroug, de mnne. Kassure-toi! j'ai refusé.... Moi t'ex poser.... moi compromettre les jours d'un ami.... je lui ai dit que le choix seul d'un successeur t'avait rendu malade... (4 Henri.) C'est la vérité! Qi Walpolc.) et que dans ton intérêt il ne fallait même plus te charger des soucis de ce nouveau ministère.... J'ai vu alors un homme fâche.... dépité, qui m'a dit sèchement: N'en parlons plus.... on se passera de Walpole.... mon choix est l'ail! Alors je me suis avancé, et en balbutiant quelques mots, j'ai remercié. — Vous, docteur, est-ce que j'y ai jamais pense? s'est-il écrié en me tournant le dos. Et comme je restais là.... stupéfait, interdit, indigné.... il a ajouté brusquement: ("est bien, c'est bien, je ne vous reliens plus; 06qui voulait dire: Sorte/..' Et l'on croit que je resterais ici un m X Mant de plus! que je m'exposerais, comme celte foule de courtisans et d'ambitieux, aux dédains ctaux caprices d'un prince!., moi, homme libre et indépendant!... Non, morbleu! (.1 Mal pôle.) Tu avais bien raison, ce malin, de vouloir quitter la cour. Nous lu cpittelWM ensemble !... Oui, je pars a l'instant avec ma lille (i>«.«„„f pré» d'elle), avec ma pauvre enfant!... (« Henri) car maintenant vous sentez bien, lord Henri, que tout ce «pie je vous ai dit.... SëMmb ACTE V. SCÈNE VI. <;>> marguerite. Quoi dont.', mon père! Neuboraug, h Marguerite. Rien.... rien! (A Henri.) Oubliez-le! Henri, vivement. Jamais! {Regardant Marguerite.) Mais laissez-moi du moins le temps de mériter un tel bonheur. Walpole. Le roi ! Scène VI. Les Mômes, GEORGE. Ueorge. Pardon, mon cher Neuhoroug, de vous avoir quitté tout-à-l'heure aussi brusquement. Croyez qu'en tout temps notre royale protection saura reconnaître votre zèle, vos conseils, et malgré nos inutiles tentatives auprès de votre ami.... W T alpole, n'avançant. Riais, sire.... dteorge. Il sul'lit, Walpole! je n'insiste plus, et mon choix est décidément arrêté.... Lord Henri! j'ai eu des torts envers vous! Henri, «'inclinant. Ah! Sire!... Gtcorge, avec intention. Envers d'antres encore! je veux tacher de les réparer. Le comte de Sunderland quitte aujourd'hui l'Angleterre; il part avec toute sa famille pour nos'états de Hanovre dont je l'ai nommé gouverneur-général.... Henri Je reconnais là mon roi! Cteorge. Quant à vous, mylord.... nous avons lu le rapport que vous nous avez fait sur la situation actuelle du royaume et sur la guerre avec l'Espagne. Convaincu désormais de vos talens comme nous l'étions déjà do votre loyauté et de votre franchise, nous voulons récompenser en votre personne les longs et glorieux services de votre oncle, et puisqu'il persiste à quitter lo pouvoir, puisqu'à notre grand et légitime regret rien ne peut le retenir à la cour, c'est vous qu'à sa place nous nommons premier ministre. Xcuboroug. O ciel!... Henri. Je supplie votre majesté do ne pas m'en vouloir, niais bien décidément, sire, je refuse. Walpole, vivement. Est-il possible!... Henri. Oui, mon oncle, pour que vous m'aimiez toujonrs. (S'adrcssant an roi.) Je refuse, sire, dans votre intérêt, car, grâce au ciel, pour remplir cette place, je puis vous offrir mieux que moi ! Ueorge. Que dites-vous?... Henri. J'ai depuis ce matin tant prié, tant supplié mon oncle, qu'il veut bien encore s'immoler au salut de l'état; il renonce au repos qu'il désirait, il relire sa démission, et consent à rester aux affaires. Gtcorge. Il serait vrai!... et c'est à vos instances que je dois un pareil sacrifice ! (Passant près de Walpole.) Mon cher Walpole, je n'oublierai jamais une telle preuve d'amitié et de dévouement! -Walpole. Votre majesté l'exige!... il faut donc reprendre cette chaîne que j'espérais et que je ne peux briser. Ne......roui;. Mais, mon cher ami, tu n'y penses pas.... je te jure qu'avant un an tu en mourras! Walpole. ("est possible!... fA part.) Mais je mourrai ministre! !! FIN. Répertoire du théâtre français à Berlin. gr . 8. tas. | Berlin, Schl esiu ger.] Deuxième Série. No. 1—6. [Contenant 8 pièces.] Pr. «et. 1 tlilr. 1. UN MARIAGE A ROMPRE, comédie-vaudeville pu Bounùw. S>;r. 5 2. UN MONSIEUR ET UNE DAME, coinédie-vaudev. par Xavier etc. 5 — MLROPE, tragédie en 5 actes, par Voltaire. 5 3. LA MARQUISE DE SENNKTERRK, CffliiWie par Mélesville. 1\ 4. RENAUniN DE CAEN, comédie-vaudeville par Duvert. 1\ 5. RODOGUNE, tragédie en cinçj actes, par Corneille. 1\ — L'HUMORISTE, proverbe-dramatique par Ltçjerçj, 2\ 6. LE PARASITE ou mi.......kk ht hampaxt, comédie par Picard. 1\ No. 7— 12. [Contenant 8 pièces.! I'r. net. 1 thlr. 7. UNE CHAINE, comédie en 5 actes, par Scrilje. 1\ — L*HOTEL GARNI ou la z.kçon siNOULiKnK, par Désaugie». & 8. LES GANTS JAUNES, vaudeville par Bayard. 5 g. 1,E DÉPIT AMOUREUX, comédie par Molière. 1\ - LA MANIE DES PROVERBES, proverbe-dramatique par Lealerq. • 10. UN SECRET, comédie par Bavard. 1\ 11. TIRIDATE ou comkoik kt tragkdik, par Foumier, & 12. LA CALOMNIE, comédie pnr Scribe. 74 No. 13—18. [Contenant 8 pièces.] Pr. net. 1 tldr. 13. LE BON MOYEN, coinédie-vaudev. p. Leuveu. S 14. l.ORENZINO, drame en S actes, par Alex. Dumas. 10 15. LES DEUX VOLEURS, comédie par Leuveu et Brunswik.. 6 _ HORACE, tragédie en 5 actes, par Corneille. 74 16. L'AMBITIEUX, comédie en S actes, par Scrilic. 1\ [Wird fortgesetzt, inonatlich ersclieinen 2 Stiicke.]