I Répertoire do Théâtre français à Berlin. Deuxième Série. No. 10. UH SECRET, DRAME El TROIS ACTES, MfetÉ DE COUl'LETi, PAU MJfl. AMOILD ET l «M IIMI II Ucpcrtoirc No. 200. BERLIN, 1842. • 1 salon ricliement meuble chez. Darbert. I'orte nu fond. Porte à (incite, conduisant dans l'appartement deF«a»y. l'orto ù droite conduisant dans les bureaux el i la caisse. Scène I. VERNEUIL, AURÉLIE VEMEUH. (Ils entrent par le fond.) Verneuil. Personne encore dans ce salon.... il est pour- ta Rt près de midi. (Regardant à droite.') Darbert est sans doute occupé dans ses bureaux d'affaires de bourse, de coupons, d'escompte. (Regardant h gauche.) Et sa femme.... quelle occupation lui supposes-tu, ma chère amie? Mad. YeruenU. Toutes celles que vous voudrez; comment PUis-je savoir? Répertoire No. 260. (2. Série No. 10.) 1 'J UN SECRET. \ « tiiomII. Avee un peu de bonne volonté et la pénétra- tion <]ui vous distingua, madame, il ne vous serait peut-être pas difficile de deviner... Moi, dans ce moment, je DM représente road. Darbert seule, rêvant, soupirant, triste, eomnic nous l'avons vue constamment depuis notre retour de la campagne- tous ces signes - là indiquent un état mystérieux de l'âme..-- quelque amour secret... JUnrt. Vcrncuîl, avec un mouvement d'impatience. Toujours voire manie de penser du mal des femmes. YerneuiL Si toutes te ressemblaient, Aurélie, j'aurais tort, .tlnil. Verneuil, sèchement. Merci, mais je ne puis soutint' celle habitude que vous avez d'interpréter avec malignité les choses les plus insignifiantes.... voilà six jours seulement que nous habitons dans cet hôtel un appartement que madame Darbert, votre amie, a eu l'obligeance de mettre à notre disposition, jusqu'à ce que le notre, qu'on répare maintenant, p»t nous recevoir.... c'est nne proposition qui nous a épargne mi"'' embarras, mille contrariétés, et dont vous devriez être reconnaissant.... Eh bien! à peine arrivé chez lui, vous vous y i n ' stallcz comme en pays conquis, l'oreille ouverte, l'oeil aux aguets, la parole double, furetant partout, notant un geste, un regard, quêtant des confidences, et sur des apparences que rien ne justifie, créant des intrigues et bâtissant dans votre cervelle je ne sais quel roman.... Verneuil. Mais c'est mon état d'en faire, ma chère amie.- j'observe, je recueille mes matériaux pendant l'hiver à Paris, pour écrire l'été à la campagne.... Combien de gens ont déjà posé devant moi, sans s'en douter!... Air: du vaudeville de la Famille de VApothicaire. Oui, c'est en les voyant agir Au grand jour, en un seul uniment, Que je reproduis leur image, Haliile à calquer plus d'un «n' e > Et sur place j'aime à saisir Je veux appliquer au roman El leur allure et leur langage; I.cl secrets du dagnerrotype. Je donne la préférence à mes meilleurs amis, et mes portraits sont si peu flattés, enfin si ressemblans. que personne ne s'y reconnaît... je suis certain d'être ici sur là trace d'un roman intime.... délicieux! et chacun aura beau défendre sou secret contre moi, je m'en emparerai par force où par ruse. Mnd. Verneuil. Ht pourquoi de semblables supposition* parce qu'après quelques mois d'absence, niacl. Darbert vous parait nu |,,.„ changée.... un peu pâlie.... Verneuil. Il n'y a pas d'effet sans cause. M«d. Verneuil. Pourtant.... Verneuil. N„ parlons pas d'elle d'abord.... laissons les noms propres de coté.... Une femme, n'importe laquelle, BW ACTE I. SCÈNE I. :î jeune, riche, belle, :iiuiée de son mari ; se» amis la quittent brillante, heureuse, épanouie, le sourire sur les lèvres, la joie dans le regard.... sept mois s'écoulent: ils la retrouvent languissante, mélancolique, fuyant le monde qu'elle recherchait, fatiguée du luxe.... niad. Verneuil. Mais.... "Veriieull. Tu ne peux rien contester jusqu'à présent: je ne nomme personne.... c'est une abstraction.... de la physiologie toute pure.... Mais, maintenant, voyons ce qui se passe autour de nous et appliquons les principes. Mad. Darbert est-elle malade? Les médecins déclarent que non.... Touche-t-clle à l'âge où la beauté, une fois flétrie, ne peut plus retrouver son éclat?... Elle a vingt-cinq ans! la sienne est moins vive, moins animée, niais plus touchante..... il y a au moins compensation. Darbert est-il ruine?.... Au contraire, tout ce qu'il touche devient or sous sa main.... lui, qui s'est marié par amour, n'aime-t-il plus sa femme ?... Il est toujours le modèle des époux. Quant à sa for- lune, il peut l'avouer hautement, il ne la doit qu'à lui seul. Sans patrimoine, amoureux à l'excès de Fanny, qu'il craignait de ne pouvoir obtenir, il quitte la France, il y a sept ans à peu près, il va en Angleterre, jurant qu'il en reviendra riche.... et n humeur, autrefois si égale, est devenue capricieuse.... ce parait lui plaire un jour, le lendemain lui déplait; le désir qu'elle forme est bientôt suivi d'un invincible dégoût.... Rien ne Peut la distraire, ni l'êtes, ni bals, ni spectacles.... ma fortune entière serait à sa disposition, mais quand elle a reçu quelque cadeau qui semble d'abord flatter sa vanité, elle refuse de s'en parer aux yeux du monde où tant de succès l'environneraient encore.», elle veut être seule, et souvent j'ai surpris des larmes dans ses yeux. Verneull. C'est singulier! (Il regarde sa femme d'un air d'intelligence.) Je proliterai de mon séjour chez toi pour observer.... nous finirons peut-être par découvrir.... K 8 UN SECRET. Darbert. Tu ne seras ni plus habile ni plus heureux que moi; quelle que soit la cause de ce chagrin, l'àme de Fanny est trop pure pour qu'une pensée coupable.... Dieu me garde de la soupçonner! VernenU, à part. Pauvre cher ami! Darbert. Laissons cela! Scène IV. Les Mêmes, EMMANUEL LA VILLE, entrant par la porte de droite. Darbert, V apercevant. Ah! VernenU, regardant Emmanuel, Il est très-bien ce jeuno homme! Emmanuel, après avoir salué, à Darhert. Vous m'avez l'ait denrander, monsieur? Darbert. Oui : prenez ces traites au nom de M. Jules Fremyn, le nouvel associé de Dumesnil. (Ercmyn et Emmanuel se saluent.) Fremyn, h part, avec un mouvement de surprise. Quelle ressemblance! je crois me rappeler.... Emmanuel, « part. Il me semble que j'ai déjà vu ce jeune homme; comme il m'examine! {Ils se regardent.) Darbert, à Emmanuel. Vous ouvrirez un nouveau crédit à la maison Dumesnil.... Faites retirer aujourd'hui de l'argent de la banque.... (A Fremyn.) Demain, je crois, nous aurons une assez forte somme à verser entre vos mains. Fremyn. Oui, demain. (A part,") C'est bien lui ! Darbert, à Emmanuel. Occupez-vous de cette affaire. Scène V. Les Mêmes, excepté EMMANUEL. fremyn, h part. VernenU, a sa Mad. Vernenil VernenU. Ma physionomie-là. t'rtmyn, bas h Darbert, 6ns à Entrez-vous chez ma Mad. Verneuil Darbert. Tâch ce soir au bal, chez Plus de doute. femme. Eh bien! qu'en dis-tu? . Moi!.. rien. chère amie, il y a du roman dans cette Darhert. Je désire vous parler seul. Fremyn. Seul?... (Haut à Mad. Verneuil.) femme? elle sera charmée de vous voir. Moi aussi. ez de la déterminer à nous accompagner la comtesse «le Livry.... Vous y venez? ACTE I. SCÈNE VII. I Mnd. Vemeull. Je ne sais si mon mari.... Vcrneull, à Fremyn, Y allez-vous? Fremyn. Oui. Verneuil. Eli bien ! nous irons, nous partirons ensemble venez nous prendre.... Comment ta femme refuse? Mail. Verneuil. Une si belle occasion de montrer ses diamans! et les siens sont magnifiques! Dnrbert. Je compte sur vous pour la décider, cela la distraira. Mail, Vernenll, a son mari. Entrez-vous avec moi ? Verneuil. Oui, ma chère amie, je te suis. (A part.') Ça va bien, ça va très bien!... je suis sur de tenir mon sujet, et je vais à l'instant chez mon libraire. (Darbert conduit Mail, Verneuil jusqu'à la porte de l'appartement de sa femme.~) Mad. Verneuil, entrant, h son mari. Vous savez que vous devez me conduire chez ma tante?... (Elle entre.) Je vous attends. Scène VI. FlîEMYN, VERNEUIL, DARBERT. Verneuil, à part. Ah! diable! c'est vrai. (A Frcmijn.) Vous restez? Fremyn. Oui. Verneuil. Obligez-moi: j'ai promis à ma femme de l'accompagner, niais je suis forcé de sortir.... un rendez-vous d'affaires.... Air: Qu'il est -flatteur d'épouser celle. "es hommes de ma connaissance, Verneuil, lui prenant la main. VoiM seul possédez, sur ma loi, C'est un bon office.' Mon estime, ina confiance, Mariez-vous, et ]niisse-t-on Au i>rcs d'elle remolacez-moi; Vous rendre le même service) Fremyn. Fremyn. Volontiers. Merci, je resterai gnrçon. (Verneuil sort.) Scène VII. FREMYN, DARBERT. »»rbert. Nous sommes seuls, qu'avez-vous à me dire? Fremyn. Je vous ai tout-à-l'hcure entendu faire l'éloge de ce jeune homme, de votre caissier.... Oarbert. Oui, il le mérite.... je lui ai donné ma confiance, rt je le traite même en ami.... lu UN SECRET. Fremyn. Vous le connaissiez avant qu'il •■ittràt chez vous? Warberf. Nullement; c'est un de mes confrères, Fréville, cJiez lequel il était employé, et qui en se retirant «les affaires me l'a recommandé.... Mais pourquoi? ... Fremyii. ("est un joueur! Uarbert. Lui! Fremyn. ,1e le crains (lu moins. Darbert, Vous vous trompe/.. Fremyn. Je l'ai parfaitement reconnu.... lui-même, il a para se trouMer à mon aspeel. Darbert. Mais où l avez-vous vu? Fremyn. Il y a six ou sept mois, chez Mad. de Ceruiey; à la lin de l'hiver dernier, elle a donné un grand bal pour le retour de son frère. Darbert. Oui, je me rappelle, ma femme a été à celte fête sans moi, accompagnée par un de ses oncles; c'est le lendemain même de ce bal que ce jeune homme est entré ici...' Continuez. Fremyn. Il y avait (oule dans les salons.... Vers le milieu de la nuit, je m'assis à une table oe jeu; je pris les cartes contre un jeune homme, votre caissier, qui avait déjà gagné des sommes importantes, et qui jouait avec un bonheur étrange..- Je m'entêtai, commes beaucoup d'autres, et je perdis pour ma part deux mille francs.... Il avait devant lui des piles d'or et des billets de banque; cette veine formidable était loin d'être épuisée, car vingt minutes plus tard je le vis encore assis à I" même place.... Tant de bonheur avait attiré l'attention sur lui; on se demanda qui il était, personne ne le connaissait, personne ne put dire sou nom.... Il parut remarquer qu'on l'examinait, et il se troubla.„. Le bruit se répandit que c'était peut-être un de ces chevaliers d'industrie qui s'introduisent dans les grandes réunions, et qui savent enchaîner la fortune.... Ce qui est certain, c'est qu'un joueur de profession pouvait seul risquer d'aussi fortes sommes.... Nous nous disposions, quelques amis et moi. à éclaireirce doute, mais je fus obligé départir avec une dame que j'avais accompagnée, et qui voulait quitter le bal.... Depuis, je n'en ai pas entendu parler.... je n'avais pas revu ce jeune homme; mais, je vous le repèle, je l'ai reconnu. I>arbcrt. Positivement? Fremyn. Oh' je suis certain de ne pas me tromper.... (Uarbert sonne.) Oue faitez-vous? (Un domestique parait au fond.) Darbcrl, au domestique. Prie/. M. Emmanuel de monter. QLc domestique sort.) Fremyn. Je désire ne pas être présent. ACTE I. SCÈNE IX. Il Ilnrbert. Restez, ;iu contraire. Krcmyn. Non.... j'ai tru ilevoir vous donner cet avis important... Dans la position on est ce jeune hoMM chez vous, il faut éclaircir de pareils soupçons, fondée en apparence du moins: mais je n'ai pas su la suite de cette afl'aire, et je ne puis pas renouveler en sa présence une accusation dont il s'est peut-être déjà justifié.... Interrogea-le, et s'il nie, vous pouvez être sûr qu'il se sent coupable, car c'est liien lui, c'est coude lui cpie j'ai perdu, et alors je le lui dirai en face.... Il va venir, je vous laisse, et j'entre chez madame.... je reviendrai Aujourd'hui mène savoir.... ]>nrbcrt. Merci de cette conlidence. (Il le reconduit jusqu'à la porte de l'appartement de Fanmj.) Scène VIII. DARBERT, seul. Que viens-je d'apprendre! depuis quelque temps, Emmanuel, e " effet, parait distrait, préoccupé.... j'ai cru remarquer qu'il oMrehe à m'évite?, et qu'il est gêné avec moi.... Cependant.... Ali ! le voici.... je vais tout savoir. Scène IX. DARBERT, EMMANUEL. Kmmnnucl. .l'ai fait ce que vous m'aviez recommandé, monsieur. Dnrbcrt. Bien. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit; «doutez-moi, et répondez francl......ent. Lorsque je vous donnai ' ;i place de mon caissier qui me quittait, je ne vous connaissais P>8. .Ma femme avait des obligations à Mad. Fréville; à la prière de Fanny, je me décidai en votre faveur.. . Kmmnnucl. J'ignorais que ce fut à Mad. Darbert que je "'•'vais cette place.... Uarbert. Mais plus j'ai montré de confiance à votre égard, plus vous éles engagé par honneur à la justifier.... Emmanuel, un peu trouble. Avez-vous des reproches à me faire ? Dnrbert. Peut-être ! Kmmnnucl, h part. Que veut-il dire? I»arbert. Jusqu'à présent, malgré quelques négligences c JUc j'ai remarquées, je me félicitais de mon choix; je me suis Coudait, je crois, avec vous en ami.... et j'aurais songé à votre 12 UJ\ SECKET. ♦ avenir; maintenant, tout est remis en question. Votre fidélité est jieut-èlre un mensonge.... votre probité, j'en doute. Emmanuel^ vivement. Monsieur! I>arbert. Vous êtes un joueur. Emmanuel. Moi! qui vous a dit? Darbert. Quelqu'un qui vous a reconnu. Emmanuel. La personne qui vous quitte? Darbert. Elle ou une autre, peu importe.... Vous vous êtes indroduit, il y a sept moi, dans une maison où personufi ne savait votre nom; vous avez joué des sommes énormes, comme aurait fait un homme riche, et vous avez gagné avec le bonheur d'un.... enfin, on vous a soupçonné.... Est-ee vrai, oui ou non? Emmanuel. Oui. Darbert. Et le lendemain, monsieur, je vous ai confié ma fortune ! Emmanuel. Écoutez-moi à votre tour: je parlerai avec franchise, comme vous, monsieur; je ne vous ferai, avant de m'expliquer, aueun serment, la vérité n'en a pas besoin, et je vais vous la dire: (Darbert s'assied.') La place que j'occupais chez M. Fréville ne me suffisait pas, parce que je ne suis pa s seul au monde, et qu'avant l'âge de vingt ans les levers qu> ont accablé ma famille ont fait de moi le seul soutien de nia mère et de ma soeur. Je leur avais envoyé, un mois auparavant, le fruit de quelques économies. M. Fréville quitta le 9 affaires, et je restai sans emploi et sans ressources. Vous ne savez pas, monsieur, vous n'avez peut-être jamais su ce que c'est que la misère qui s'avance jour par jour, heure par heure, la misère qui réduit l'avenir d'un homme à une semaine d'angoisses et qui dévore lentement.... un trésor de cinquante francs.... cinquante francs, c'était ma fortune; uu-defà, il 11 Y avait pour moi que doule et désespoir... Un soir, j'avais ete rendre visite à M. Fréville, mes vêtemens n'annonçaient pas ma triste position.... il m'éconduisit avec une vague promesse; alors je pris sur moi le peu qui me restait, et je me dirigeai vers une maison de jeu, mais je n'osai entrer; c'était la première fois qu'une pareille pensée me venait. Je m'éloignais, et une sorte de vertige me ramenait sans cesse devant cette porte que je n'osais franchir. Sous les galeries désertes du Palais-Royal, un jeune homme vint à passer auprès de moi; un jeune homme que j'avais vu souvant, sans m'ètre lié avec lui.... je ne le connaissais que par son nom de baptême.... je donnai un prétexte à ma présence en ce lieu.... et je l'accompagnai quelques pas — Au moment où il montait en voiture, il me proposa, en riant, de me présenter dans un bal où il se rendait. J'acceptai, moins ACTE I. SCÈNE IX. 13 par attrait du plaisir que pour ne plus me trouver aux prises avec la tentation à laquelle je venais d'échapper. Nous arrivâmes clicz une dame.... Mad. deCermey. A peine enlrés dans les salons, la foule nous sépara, et plus tard, quand je voulus retrouver ce jeune homme, Je hasard m'apprit qu'il venait de partir, ne songeant plus à moi. Personne ne me demandait compte de ma présence, et je restai, oubliant dans cette atmosphère de parfums, dans cette fête où il n'y avait que des heureux, la réalité qui m'attendait à la porte. Je m'approchai d'une table de jeu; la vue de l'or me rendit tout-à-coup le sentiment de ma misère: je regardais les joueurs, et ne voyais que ceux qui gagnaient; l'argent qui couvrait la table brûlait mes mains comme si elles se fussent refermées sur lui. C'était une sorte de vision éveillée ; le jeu n'avait plus pour moi de mystères, plus de chances mauvaises.... le jeu me souriait.... le jeu, c'était le gain.... Une place devint vacante, je la pris, ou plutôt je •n'en emparai comme de mon bien, à moi, et quand je m'y assis, il me sembla qu'une force invincible m'y attachait comme un défi insultant au bonheur, aux calculs, à la science de mes adversaires: il me sembla que je touchais à un moment marqué dans ma vie, que je jouais ma destinée, et je la jouai sans peur et sans hésitation, j'aurais mis sur la table un million!... connue J 5' mis les cinquante francs qui me restaient. (Il s'arrête un moment.) Darbert, qui l'a examiné avec attention. Achevez. Kmmanuel. Je gagnai en effet la première partie, la seconde, la troisième, celle qui suivit, puis encore, encore... toujours.... je poussais devant moi des poignées d'argent, et je r °tirais à pleines mains des monceaux; l'argent et l'or coulaient Vers moi!.., J'avais joué jusque là comme un insensé, comme Un homme ivre.... Cette fièvre s'apaisa, je commençai à calculai à ne plus risquer mon trésor sur nue carie.... Je devins Plus calme.... je gagnai encore!... quand les chances s'euali- s aient, une inspiration retenait la fortune prèle à m'échapper.... quand elles semblaient tourner contre moi, le bonheur, un bonheur inoui, me rendait l'avantage.... J'en étais houteux.... je levai les yeux, et remarquai avec effroi tous les regards attachés su r moi. Je lus la défiance sur tous les visages ; mes mains Paient devenues suspectes, et l'on surveillait chacun de leurs Mouvements. Au milieu du silence, j'entendis quelqu'un demander à voix basse à son voisin: „ Connaissez-vous ce jeune ''omme? — Non;" et la même demande et la même réponse fir ent le tour de la table.... Je désirais perdre et je gagnais!... Mes yeux se fermèrent un instant... Une sueur froide coula sur ma figure.... je me sentis défaillir.... Cependaut le danger.... et Il UN SECRET. ma conscience, monsieur, me rendirent quelque courage; je relevai la tète, je déliai le soupçon qui bourdonnait à mes oreilles, et je luttai avee énergie contre le bonheur insolent qui me douait à cette place. Je gagnai encore!... encore! encore! enfin, je jouai une somme énorme qui aurait fait vivre ma mère et ma soeur pendant deux années.... plusieurs milliers de francs, et je perdis!... je me levai , je laissai à celui qui nie remplaça dis poignées d'argent, sans compter, et chancelant, pâle, haletant sous ma fortune, je rentrai dans la salle du liai.... Voila la vérité, monsieur; j'ai joué, j'ai gagné, j'ai été soupçonne; mais j'ai joué loyalement, et depuis je n'ai pas touché une carte. Voire accusation m'a pris à Pimproviste; je n'ai eu temps ni de préparer un mensonge ni d'effacer la trace de mes iididélités, car un joueur peut être infidèle. Depuis sept mois, j'ai disposé de votre fortune, de votre crédit; je désire, j'exige même, monsieur, que vous preniez connaissance de mes livres, que vous interrogiez les chiffres un par un.... je reste ici et je vous attends. Voici la clef de ma caisse. Itarbert. Gardez la! ». m manuel. Vous me croyez donc! Itarbert, se levant et prenant les mains d'Emmanuel. Oui- Emmanuel. Ah! je vous remercie ! Itarbert. Mais.... ce n'est plus pour moi que je vous interroge, vos paroles me suffisent, et vous n'avez rien perdu de mon amitié et de ma confiance.... Mais comment ètes-vous parvenu à sortir de cette maison, à repousser ces soupçons? N' me cachez rien: je serais maintenant le premier à vous jiisti- lier si l'on vous accusait de nouveau. Avez-vous eu une q" e ' relie? vous ctes-vous battu? Emmanuel. Non, monsieur. Ce doute injurieux pour mon honneur a été dissipé: j'ai pu partir la tète haute el le regard assuré. J'avais du bonheur ce soir-là! Mais n'exigez pas q" e je vous dise... itarbert. Je veux tout savoir. Emmanuel. Pendant une valse, je m'approchai, trembla» 1 sous les regards qui me poursuivaient, de quelqu'un à qui J racontai ce qui m'était arrivé. Ma voix était émue, et sans doute elle avait un accent de vérité: „Je suis perdu, dé.-honore, lui dis-je, si vous ne consentez pas à me protéger!... qu aux yeux de tous, je paraisse vous connaître!" Je lui pris le bru*- et elle rentra avec moi dans la salle de jeu. Itarbert, l'interrompant. Elle!... C'était donc une femme Kinmanuclj avec embarras. Oui, monsieur. Itarbert, souriant. Une dame que vous n'aviez jamais vue. Emmanuel, de même. Jamais avant ce soir-là. <: ACTE f. «CÈNE IX. 15 I»arbert. Et jolie? IwHiml, Elle m'ii il rossa devant les joueurs une demande .sur un sujet insignifiant, prononça (oui haut mou nom que je venais de lui dire, et je me retirai.... Darbert. En la remerciant au fond du coeur? Elle était jolie, n'est-ce pas? Vous ne voulez pas me répondre? Emmanuel. Ah! «le grâce, ne plaisantez pas, monsieur... Ce fut un ange qui me sauva! Uarbcrt. La reconnaissance est une vertu, et je ne veux pas vous en faire un reproche; mais le souvenir que VOUS avez conservé de cette dame, de l'appui généreux qu'elle vous a prêté sur votre bonne mine, m'explique maintenant certaines distractions, quelques négligences qui m'avaient frappé, et dont je voulais vous parler.... Vous êtes amoureux. Emmanuel, troublé. Monsicui ! Darbert. Je respecte votre secret et le nom de cette dame. Mais réfléchisses, mon ami, votre travail est nécessaire A votre famille: les chiffres s'accordent mal avec les rêves de l'imagination, avec les désirs du coeur. Je le sais, moi, qui ai été pauvre comme vous et amoureux de ma femme, que je ne croyais pas obtenir.... Mais enlin Fanny pouvait n'appartenir u n jour, et votre belle protectrice est peut-être mariée.... Songez à l'avenir: vous trouverez, j'en suis sur, Une femme que **US aimerez et qui vous apportera une dot. Vous ne m'en voulez pas de vous avoir interrogé? Emmanuel. Uh! non, monsieur. Oarbert. Je le devais. J'accueille trop facilement peut- être un soupçon, et je n'ai jamais su resler dans l'incertitude e ' le doute.... Maisje sais aussi reconnaître quand je me (rompe. Ma femme et moi, si toutefois Fanny consent à m'accompagner, Si elle veut saisir l'occasion de se distraire, ma femme et moi, "ous ne sortirons guère, ce soir, que sur les dix heures.....le Vous donne rendez-vous à six, nous dînerons dehors, en garçons.....le vous parlerai d'un projet auquel javais déjà songé. Je vous aime, Emmanuel, et veux vous être utile. Emmanuel. Oue de bontés! Darbert. Adieu: je suis obligé de sortir.... pendant mon absence envoyez à mon associé le compte que je vous avais demandé hier et que vous avez négligé de faire.... Adieu, et 8o yez sur qu'il ne me reste aucun soupçon.... mais tâchez d'oublier un peu cette damo du bal. (/i sort.) IG U.\ SECRET. Scène X. EMMANUEL, seul. L'oublier,'... oh! jamais. Quelle confidence a-t-il à me faire? Songez à votre avenir, m'a-t-il «lit. Mon avenir, c'est d'aimer en silence!... Le hasard lui a découvert, après sept mois, la moitié de mon secret, il peut lui apprendre le reste, lui apprendre quelle est cette femme dont les regards m'avaient suivi dans le bal comme si ma vue eût éveillé en elle un souvenir ou une émotion. Oui, je me croyais connu d'elle, car une sorte d'intérêt se laissait voir dans ses manières, un trouble singulier se révélait sur son visage.... alors, j'ai osé lui parler et elle a répondu de mon honneur.... et pourtant le nom de Laville a paru la surprendre! Je n'espérais plus la revoir, et le lendemain j'entrai dans cette maison, et aujourd'hui il me dit que c'est elle qui l'a sollicité pour moi!... Ouel mystère! et que dois-je croire?... Ah! je ne sais ce que j'éprouve! Air : Amje h la voix tendre. (de Masinï). Viens-tu, douce femme. Mais tout mon coeur cIlAtlge Eblouir mes yeux '< Soudain, loin de toi! Je sens de mon. âme Tu !$>« plus qu'un ange S'égarer les voeux.... Oui veille sur moi.' Oui, M. Darhert a raison, cette femme appartient à un autre, il faut l'oublier, Quelqu'un! c'est elle, ah! évitons-la 1 Scène XI. FANNY, entrant à gauche, EMMANUEL. Fanny. Monsieur Laville. Emmanuel. Madame. Fanny. Vous êtes seul.... Pouvez - vous m'accorder quel- quels instans? Emmanuel. Ah! ma vie entière vous appartient! (Se refrénant.) La reconnaissance.... Fanny. Vous vous exagérez celle que vous me devez, monsieur.... et je ne sais ce qui m'aurait mérité.... Emmanuel. Ah! madame! ah! ai-je pu oublier ce que vous avez fait pour moi? ai-je pu oublier que, dans cette soirée, qui a décidé de mon avenir, c'est vous qui m'avez protégé? Fanny. Monsieur! Emmanuel. Lorsque je quittai cette salle de jeu, quand ACTE II. SCÈNE XI. 17 je vous revis, quand je m'approchai de vous, je me dis: Je sais sauvé! Ali! je ne me trompais pas ! Eanny. Oui, les paroles que vous avez prononcées, le trouble où vous étiez m'ont émue, je l'avoue.... mais tout autre à ma place vous eut rendu le même service.... C'est la première fois que vous m'en parlez. Emmanuel. Lfl crainte seule de vous déplaire. Eanny. Je ne vous demande pas de l'oublier.... je vous Prie seulement, monsieur, de ne pas me le rappeler. Emmanuel. Pardon, madame.... Vous m'avez retenu.... je v ous écoute. fr'niuiy. Mon mari a de l'amitié pour vous, il me l'a dit souvent, et j'avais pensé que je pouvais vous donner un conseil. Il y a quelques jours, je l'ai entendu se plaindre de vous, '1 vous reprochait des négligences, des distractions.... Je n'en v eux pas savoir la cause... mais elles pourraient vous nuire dans son esprit et diminuer l'intérêt qu'il vous porte. Il ne faudrait, pas pour des fautes légères, et qu'il est sans doute facile d'éviter, risquer de perdre sa confiance et peut-être une place qui vous est nécessaire. Emmanuel. Ah! mon seul désir est de rester ici. Eaany. Jusqu'à ce que vous trouviez un emploi plus avan- ta geux.... Emmanuel. Je n'en souhaite pas un autre, madame, Eanny. Pour vous, peut-être, celui-ci peut suffire; mais Pour votre mère et votre soeur tpie vous paraissez tant aimer? Emmanuel. Je devrais accepter sans doute; mais elles Savent se contenter de si peu! résignées à leur sort, elles mit si vite oublié la fortune! D'ailleurs, je ne suis pas seul maintenant à les protéger. Faiiny. Ouelqu'un de votre famille? Emmanuel. C'est une main inconnue qui leur adresse ses bienfaits.... plusieurs fois déjà on a fait parvenir de l'argent à ma mère. Faim y. Et vous ignorez? Emmanuel. Oui, madame, et pendant que nous cherchions v ainemcnt à découvrir d'où venait ce don , ne sachant à quel titre nous pouvions le garder, un nouvel envoi est arrivé avec u le lettre sans signature, et qui disait à ma mère qu'elle pouvait accepter sans crainte, et sans scrupule. Eanny. Vous ne devez pas en avoir en effet: le silence e t le mystère conviennent souvent à celui qui fait uni' bonne action; et vos recherches, si elles vous faisaient connaître le nom de cette personne, l'obligeraient peut-être à suspendre ses bienfaits.... Ainsi votre mère et votre soeur sont moins mal heu- Bépertoire No. 260. (2. Séria No. 10.) 2 IS UN SECRET. reuses.... elles ne redoutent plus la misère ?... Elles ont dû bien souffrir, n'est-ce pas? habituées au luxe, et toul-à-coup.... Emmanuel. Vous êtes émue, madame. Fnini}. Je me rappelle ce que vous m'avez dit de leurs premières souffrances.... mais il est inutile de vous rendre ces tristes souvenirs.... Emmanuel. Ah! quand vous en parlez, madame, il me semble qu'ils sont moins cruels, et j'ai pensé souvent que c'était vous que je devais remercier. Faim j . Moi ! Emmanuel, Jusqu'au jour où je vous ai rencontrée, le monde me repoussait; vous avez eu pitié de moi, et le monde m'accueille, et la pitié s'éveille pour nous' inconnu dans cette maison, sans protecteur puissant, je pouvais échouor dans ma demande, et c'est encore vous qui m'avez protégé! Fanny. Monsieur! Emmanuel. Votre mari me l'a dit, madame, oh! ne le niez pas, vous qui n'avez que des bénédictions à recevoir!..- laissez-moi vous remercier et vous aimer pour le bien que vous m'avez fait, et si je dois remercier et aimer quelqu'un encore, laissez-moi, puisqu'il se cache, ne connaître que vous, ne prononcer que volrenom, laissez-moi rapporter tout à vousseule,et.. Scène XII. Les Mêmes, DARBERT, entrant par le Jond. (A la vue de Varhert Emmanuel s'arrête, Fanny fait un mouvement et s'éloigne de lui,") Darbert, h Emmanuel. Je ne croyais pas vous retrouver ici.... Emmanuel. Je sortais.... Darbert, avec un peu d'humeur. En rentrant, je viens de voir mon associé, qui n'a pas reçu le travail que je vous aval» demandé.... cependant ce compte est pressé. Emmanuel. Dans un instant il sera prêt. Darbert. Encore une négligence! Eanny. Mon ami, je vous prie d'excuser M. Laville; c'est moi qui l'ai retenu. Darbert. Mal à propos, puisqu'on avait besoin de lui ailleurs.... (A Emmanuel.) On vous attend, vous dis-je. Emmanuel. J'obéis, monsieur. (S'inclinant.) Madame.— (J port.) Ah! c'est elle encore qui me justifie.... toujours elle. ACTE !. SCÈNE XV. n Scène XIII. FANNY, DARBERT. Fanny. La faute de ce jeune homme est donc bien grave? cette colère.... Darbert. Non; mais ces négligences se renouvellent si fréquemment depuis quelque temps..... je suis obligé de faire des reproches.... cela contrarie tous mes projets.... Ma maison de Lille va bientôt réclamer ma présence.... je serais forcé de •n'éloigner de vous.... j'avais songé à lui pour.... Fnnny. Il faut pardonner, mon ami, vous êtes si bon. Darbert. Oui, je pardonne; d'ailleurs, si j'étais sévère, je me ferais un mauvais parti.... vous l'avez pris sans votre protection; mais j'ai bien peur que la douceur, n'y fasse rien. Il est amoureux. Fanny. Je l'ignore. Darbert. Un amour romanesque.... c'est un aveu que je 'Bi ai presque arraché tout-à-l'heure à la suite d'une explication lue je lui ai demandée.... une dame qu'il a rencontrée il y a sept mois dans un bal. Fanny. Ah ! Darbert. Et dont il ne m'a pas dit le nom..., c'est une passion peut-être partagée.... c'était chez mad. de Cermey.... vous n'avez pas entendu parler de cette aventure? >'aimy, troublée. Moi?... non.... Je ne sais.... D'ailleurs Peu m'importe.... Adieu, mon ami! Darbert. Vous me quittez déjà? Fniiiiy. J'ai des ordres à donner.... Adieu.... {Elle rentre dans son appartement.') Scène XIV. DARBERT, seul. Quel brusque départ! sans vouloir me répondre!... c'est singulier..,. Cependant elle était à ce bal: elle a pu savoir l'ac- eusation portée contre ce jeune homme, et elle me quitte ainsi! Pourquoi ?.... je le saurai. (Il se dirige vers l'appartement de Fanny et vent ouvrir la porte.) Enfermée!... Scène XV. DARBERT, VERNEUIL, entrant par le fond sans voir d'abord Darbert; il lient un carnet ouvert sur lequel il écrit en se parlant à lui-même. TerneiiH. C'est une observation pleine de juslcsse.... je a<* 20 UN SECRET. la développerai avec soin, avec coquetterie.... je ferai ce que nous appelons du style ciselé.... ( Voyant Darbert.) Ali ! tues là! flarbcrt. C'est toi, Verneuil; qu'écris-tu donc? Verneuil. Une pensée que je note... je travaille toujours... de tête.... comme toi, qui réfléchissais à quelque spéculation..■• Darbert. Oui! Verneuil, lisant sur son carnet. ,,Quand une femme com- ,,mence à craindre pour son secret, il y a déjà long-temps qu'il ,,ne lui appartient plus." Elles sont toutes de même: Impénétrables tant qu'elles résistent, imprudentes dès qu'elles ont cédé à une passion réelle.... c'est tout le contraire pour les hommes .... A propos, sais-tu si ma femme est rentrée? Darbert. Je ne l'ai pas vue! Verneuil. Je veux faire un cadeau à Aurélie.....le viens de promettre à mon libraire un roman.... j'ai le sujet eu têw. A compter de demain, je m'enferme, je travaille, et un mari quï griffonne depuis le matin jusqu'au soir, ça n'est pas tj*ès-agré»- ble.... On m'a réglé en billets à trois mois de date, et je les ferai escompter par M. l'remyn. Darbert. Pourquoi t'adresses-tu à lui?... Descends dans nies bureaux, et porte ces billets à M. Eaville. Verneuil. Laville, dis-tu? Dnrbert. Emmanuel Laville, mon caissier. Verneuil. Ce jeune homme que j'ai vu ce matin ? Darbert. Oui.... qu'as-tu donc? Verneuil. Rien. C'est que la première fois que j'en 8Ï entendu parler.... Darbcrt. On t'a dit que c'était un joueur? Verneuil. Précisément.... niais ta femme a répondu de lui.. Darbert. Ma femme! Verneuil. Oui, à un bal chez mad. de Ccrmey où lu neS pas venu.... ce soir-là, je n'ai pu aller que fort tard chercher Aurélie; mais elle s'était ennuyée de m'attendre, et l'ami Fre- myn l'avait reconduite. Darbert. Eli bien? Verneuil. Eh bien! quand je suis arrivé, on s'entretenait encore d'une aventure, d'un jeune homme qui avait joué et g a ' gné des sommes considérables.....l'entendais tout le monde parler de M. Emmanuel Laville.... Comme d'abord on ne savait pas son nom, on l'avait soupçonné d'être un fripon; heureusement pour lui, ta femme le connaissait. • l>arbert, h ]>art, Ah!... Verneuil. Mais on n'a plus eu île soupçons quand on les a vus causer ensemble et qu'elle lui a donné le bras. Darbert, à jwrl. ("était elle! ACTE U. SCÈNE XVI. 21 Vcriieull. Je n'avais vu au bal ni Mad. Darbert ni ce jeune homme, et ce matin, on ne l'a pas nommé «levant moi.... Mais qu'as-tu donc à ton tour?... ce que je te dis là ne doit pas tetoimer, puisque ta femme le connaissait Harbert. Oui.... oui.... sans doute.... je Savais.... Verneuil, il part. Il ne savait rien... oli! (Il regarde Dm- - •'« / /, i/ui reste immobile.) Il me l'ait de la peine , parole d'hon- lieur! (/' écrit sur son cornet.) La scène du bal.... quelle jolie exposition de roman! (On entend des éclats de rire.) Scène XVI. Les Mêmes, Mad. VERNEUIL, FfiEMïN, entrant par le fond. Mail. Verneuil, riant, h Fremyn. Vraiment? .. non, je ne vous crois pas. {A son mari.) Ali! vous voilà, monsieur! (Verneuil {ail des signes d'intelligence à sa femme.) Mnrbert, à part. Contenons-nous devant eux. Verneail, à Fremyn. Vous n'êtes plus en querelle... à la bonne heure! .tiad. Verneail, !t Darbert, J'ai vu votre femme.... Savez- vous qu'une telle tristesse est inquiétante? Verneuil, lias ii sa femme. Chut! il y a du nouveau Frctiiyn, h Darbert. Avez-vous parlé à voire caissier de cette aventure du bal? Marbert. Oui. Verueull, à part. A l'autre! (/i passe auprès de Fremgn.) Ifreinyn. Est-ce que les explications qu'il vous a données ne vous ont pas satisfait? (Verneuil le tire par son habit.) Dnrbert. Si, complètement. Fremyn. C'est que je vous voyais l'air préoccupé.... Verneull, le tirant encore pur son habit. Taisez-vous donc ! Jt'remyn, se retournant vers lui. l'Iait-il? [Us se regardent tous les trois. Verneuil leur fait des signes.) Dnrbert. Je vous demande pardon si je vous quitte; '"ais une affaire.... Verneuil. C'est nous qui te laissons.... Vremyn, à Verneail. Vous m'aviez confié madame, j'ai dû ' :i ramener jusque chez elle. Je me retire. Verneuil. Ma chère amie, lu vas l'occuper de la toilette; moi, j e vais écrire____C't pnrt.) mou premier chapitre.... Adieu! u ce soir. Dnrbert. A ce soir! (A part.) Enfin ils partent! ■JÊÊL 22 UN SECRET. E.\ SEOTBIiE. Air: Valse de Robin des bois (de Ch. M. de Weber). Hlai. Vrrneuil, Frein y n. Ouel est donc ce nouveau mystère, Je n'y comprends rien, sur ma foi: 11 nous ordonne de nous taire, J)u siience observons la loi. Vernenil. Tour moi, parbleu la choie est claire; Je n'en suis pas surpris, ma foi. C'est la catastrophe ordinaire, Il subit la commune loi. Darbert, h part. Calmons le transport qui m'enflamme Jtappelons tonte ma raison ! Verneull. Tous sont aveugles, sur mon âme J Seul j'y vois clair dans la maison. (Parlé, bas h Aurélie et h Fremyn.) Vous allez lui parler l'un et l'autre «le sa femme et de ce jeune homme.... vous n'avez pas de tact! REPRISE UU CHOEUR EX SORTIE. Scène XVII. DARBERT, seul. Elle le connaissait avant moi!... c'est elle qui m'a prié pour lui; et le lendemain de ce bal, je l'ai reçu ici.... et depuis sept mois ils se parlent, ils se voient tous les jours; et moi, je ne savais rien, je ne soupçonnais rien.... et tout-à-l'heure encore, je plaisantais devant elle de l'amour de ce jeune homme, je la plaignais, je m'affligeais de sa tristesse.... sa tristesse! mais c'est la contrainte qu'elle s'impose, la haine q ue lui inspire... et que sais-je?, la honte.... elle rougit peut-être de son amant, s'il est vrai qu'une autre passion, la passion du jeu.... Elle me trompe pour lui.... sans cela, m'aurait-elle cache cette aventure du bal? J'ai eu tort ce matin; j'ai cru trop aisément ce qu'il m'a dit; j'ai pris pour l'accent de la vérité un mensonge hardi. Je suis leur jouel à tous deux.... Ma raison se perd, et tous les soupçons entrent à la fois dans mon àme.« Oh! une preuve! un indice encore!... pourrai-je l'attendre? Scène XVIII. DARBERT, UN DOMESTIQUE, au fond. Darbert. Que me veut-on? je n'ai pas appelé. Ue domestique. C'est un homme qui demande à parler a monsieur.... il dit que monsieur le connaît bien; c'est un bijt> u ' tier en chambre qui se nom Loustal. I>arbert. Lui! Loustal! je ne veux pas le recevoir. I>e doiueMique. Il a insisté et m'a suivie presque mal gré moi.... le voici ! (W «« retire.) ACTE I. SCÈNE XIX. 23 Scène XIX. LOUSTAL, DARBERT. [.ouatai, ôlant son chapeau. Je suis fâché de vous déranger. Marbert, lui faisant signe de parler bas. Vous ici, chez moi!... vous savez pourtant que vous ne devez pas vous y présenter ! I.ouHtal. Vous ne venez plus me voir, il faut bien que je vienne chez vous. »arbcrt. Que me voulez-vous? Loustal. Les all'aires vont mal, le commerce de bijoux Mt mort.... j'ai absolument besoin de deux mille francs. Darbert. Encore? je n'ai cependant pas l'intention de ■ne laisser ainsi rançonner à perpétuité.... transigeons une fois pour toutes, puisque vous me tenez en quelque sorte à votre discrétion, vous qui n'avez rien à risquer, ni réputation ni fortune.... Dix mille francs comptant vous conviennent-ils? i.oiiHtal. Non. Darbcrt. Quinze mille? lioustal. Je ne saurais pas les garder, je les mangerais comme les autres. Harbert. Il faut pourtant que tout soit fini entre nous, aujourd'hui, plus que jamais, je voudrai que toute trace de cette affaire fût anéantie.... Eh bien? Iiougtal. J'aime mieux vous demander de l'argent à nie Sure qu'il m'en faut. Darbert. Et moi, je suis las d'acheter un silence qui ne se croit jamais payé... après tout, je ne suis pas coupable.... je refuse. Iiougtal. Comme vous voudrez; je ne demandais pas l'aumône. .. (Déployant le paquet qu'il a entre les mains.) Votre femme est jeune, elle aime la toilette, et je venais vous proposer une parure. (Lui présentant une parure de diamans.) Vous le vous seriez pas ruiné pour m'acheter celle-ci. Marbert, après avoir regardé les diamans. Où l'avez- v ous eue? I Glaces. Une causause à droitej une armoire. Scène I. FANNY, seule. (Au lever du rideau elle est assise.) • Ils veulent mVmmener à cette Côte.... moi! quand je souffre, quand mes pensées m'oppressent!... Non, je ne puis pas aller au liai. Scène II. EMMANUEL, FANNY. [ Fanny, se levant. Eli quoi! c'est vous, monsieur Emmanuel!... vous avez quitté mon mari?... Emmanuel. Nous rentrons ensemble, madame; il vient de passer dans son appartement, et moi, encore tout trouble de l'entretien que nous avons eu, j'ai profité de ce moment pour vous apprendre, à vous seule.... Ah! madame, aurai-je la force de vous faire cet aveu? Fanny. Je ne vous Comprend! pas, expliquez-vous. Emmanuel. Oui, madame, et vous jugerez vous-même du parti que je dois prendre.... Sachez donc que tout-à-l'heure M. Uarbert.... ACTE H. SCENK IV. •25 Fanny. Taisez - vous , on vient.... dans un autre moment; demain. Emmanuel. Demain il serait trop tard ; ce soir.... Fanny. Non Emmanuel. Ali! madame, il s'agit de mon avenir, de ma destinée toute entière, ne me refusez pas. Fanny. Eli Lien! quand je serai seule. Les Mêmes, Mad. VERNEUIL, en toilette de bal, l'erneuil. Nous voilà prêts pour le bal. (A part.) Ils étaient ensemble. Mad. Verneuil, à son mari. Parlez; comment me trouvez-vous? Verncutl. Toujours bien. mad. Verneuil. Que voilà un compliment de mari!... Avec ces messieurs, on n'est jamais ni mieux ni plus mal; c'est d'une monotonie!... Au surplus, monsieur, ce n'est pas votre goût que je consulte. Vernenil, à Fanny. Elle dit cela, mais, au fond, elle ne s e décide, que d'après mes avis, car elle sait que je m'y connais.... Je suis toujours d'accord avec M. Fremyn. itlad. Verneuil, à Fanny. Eh quoi! ma chère amie, vous ne vous êtes pas encore occupée de votre toilette? Fanny. Vous m'excuserez, je n'irai pas avec vous. Les Mêmes, DARBERT, qui est entré sur les derniers mois. Darbert. Comment, vous refusez?... ce serait nous désobliger.... IHnd. Verneuil. Ce matin, vous m'aviez fait espérer... (A Darbert.') Priez-la donc. Fanny, à Darbert. Pardon, mon ami, mais j'ai besoin de repos. Darbert. Oui, en effet.... vous avez l'air souffrant.... Voulez-vous que je vous tienne compagnie? Verneuil, à part. Prends garde qu'elle accepte! Fanny. Merci, mon ami; ne vous privez pas du plaisir 1»i vous attend; d'ailleurs, vous avez quelques personnages ■tnportans à rencontrer dans cette réunion, et c'est une occasion que vous regretteriez. •Scène III. VERNEUIL. Scène 26 UN SLCKKT. Darbert. Commo vous voudrez. (A part.) J'en étais sur! (Haut.') Venez-vous avec nous. Emmanuel ? Verneuil, « pari. Quand sa femme reste! la demande est naïve. Emmanuel. Non, monsieur. Darbert. Vous êtes libre; n'oubliez pas que vous m'avez promis une réponse pour demain mutin. Emmanuel. Je vous la donnerai, monsieur. Marbert, à pari. Il veut se coneerftr avec elle. ( Haut.) Nous ne vous retenons pas. (Emmanuel salue et se retire ) Eh bien ! qu'attendons-nous pour partir? Verneuil. Nous attendons M. Fremyn.... Ali! le voici! Scène V. Les Mêmes, FREMYN. Verneuil. Arrivez donc!., toujours le dernier! Fremyn. Mille pardon, mesdames; mais dans la crainte d'être indiscret.... Mad. Verneuil. Monsieur a mieux aimé se faire désirer. Fremyn. Il est si difficile de deviner le moment précis où l'on a le bonheur d'être le bienvenu.... Verneuil. Vous l'êtes toujours, et dans ce moment pi»* que jamais. Fremyn. Quelle toiletlc ravissante! Verneuil, N'est-ce pas? J'étais sur qu'elle vous plairait- Fremyn. Mais il y manque.... Verneuil. Quoi donc? Fremyn. Ce bouquet. (Il offre un bouquet h Mail. Verneuil.) Verneuil. Tiens ! c'est vrai ! ma femme a oublié de m y faire penser. Allons, offrez-lui la main, et partons. Fremyn, s'approchant de l-'anmj. Comment! est-ce q lie madame ne vous accompagne pas? JTIad. Verneuil. Non, une indisposition.... Fremyn. Qui n'a rien de sérieux, j'espère.... Fanny. Rien. Allez, et surtout que mon absence ne trouble pas vos plaisirs !... Mad. Verneuil J'avoue que je m'en promets beaucoup- Verneuil. Moi aussi. Je ne danse jamais; je joue rarement.... mais j'observe. Un bal, c'est un panorama vivant. La, les amis qui convoitent l'argent de leurs amis; ici, les femmes qui craignent d'être éclipsées; plus loin, les amans jaloux qu" dansent à contre-mesure, et puis les maris qui font tapisserie et qui regardent tout sans rien voir!... ACTE II. SCENE VI. •J7 Eremyn, à Mad. Verneuil. Vous m'avez accordé la première valse. Mad. Verneuil. Oui. Darbert. Tu as raison, Verneuil, je veux aussi me divertir.... devenir observateur.... VeriMM.il. Toi !... (A part.) Il s'y prend un peu tard. Darbert. Je veux rire, et rire sans pitié aux dépens de tous ceux que l'on trompe. C'est si plaisant! le monde permet tant de noirceurs qu'on apelle folies, tant de perfidies qui passent pour des badinagesl... Verneuil. Diable!... tu as de la verve, c'est comme moi! tu profites dans ma société! Darbert. Je me sens en belle humeur, et je partagerai ton rôle de satirique, je t'en reponds. Verneuil. Tu n'es pas encore à ma hauteur, mais nous ferons quelque chose de toi. Air du Serment. Darbert, Fremyn, Verneuil, Mad. Verneuil. Lorsque ïe plaisir nous appelle, Il faut tous non» rendre ù sa voix: Et pour qu'il nous reste fidèle, Sachons obéir à ses lois. Mad. Verneuil, a Mad. Darbert. (A Fanny.) D'un mal fâcheux, ici, j'espère Avec regret je pars enfin ; *^e soir môme apprendre la fin. A demain, madame, à demain. Darbert, h part. H faut contenir ma colère. (Il lui baise la main.) REFRISE DU CHOEUR. {Ils sortent.) Scène VI. FANNY, seule. Il veut me parler sans témoins; pourquoi ce mystère? Cet entretien avec mon mari, quel en a été Je sujet?... Je l'ignore. Prendrait-il ce prétexte pour se trouver seul avec moi ?... pour faire éclater des (sentiments qu'il avait contenus jusqu'à ce jour? Il m'aime! et l'intérêt que je lui porte, cet intérêt qui est pour "toi un devoir de conscience, mon trouble, toutes les fois qu'il parle de sa mère, l'ont peut être abusé sur l'état de mon coeur.... (, ar moi aussi, j'ai un secret, un secret terrible, sur lequel je Ve 'lle sans cesse. Après ce qui s'est passé ce matin, j'aurais dû refuser, et s'il en est temps encore.... C'est lui!... qu'au moins, cette entrevue soit la dernière.... 28 UN SECRET. Scène VII. FANNY, EMMANUEL. Emmanuel. Je les ai vus s'éloigner et je rentre aussitôt... Vous me l'avez permis, madame. Fanny. Pour quelques instans seulement. (Elle va »'«*- seoir à gauche du public sur lu causeuse; elle fait signe il BW 1 " manuel de prendre un siège.) Asseyez-vous. (Il prend un fauteuil et s'assied près d'elle.) Comme vous êtes pale ! Emmanuel. Oui, je tremble.... car je ne sais si eette démarche n'est pas coupable.... je ne sais si je n'abuse pas des bontés que vous m'avez témoignées, moi qui vous expose peut- être à des soupçons.... Ab! s'il était vrai!... plutôt mourir? Fanny. Soyez sans eraiute, je crois être au-dessus des conjectures téméraires, et l'idée de ce danger ne m'a pas arrêtée. Mais vous, monsieur, vous, qui l'avez bravé, il faut doue qu'un motif bien puissant vous ait conduit prés de moi? Emmanuel. Je vous l'ai dit, madame, je touche au moment le plus critique de ma destinée, et je ne puis l'accomplir sans votre aveu. Que je parte, que je m'éloigne à jamais de cette maison, et que M. Darhert, ignorant nus motifs, m'accuse de légèreté et d'ingratitude, je supporterai cet injuste reproche..- niais à vous, madame, qui fûtes mu protectrice, à vous, q" e j'honore du fond du coeur, je dois compte de mes résolutions, de ma vie entière.... C'est vous, madame, qui m'avez ouvert l'accès de cette maison, c'est à vous desavoir pourquoi je dois eu sortir. Fanny, Parlez, monsieur, je vous écoule. Emmanuel. Aujourd'hui même votre mari m'a l'ait part de certain projet qu'il a formé pour l'avenir.... vous en a-t»U parlé? Eanny. Non, monsieur; je sais seulement, et je vous l'a' déjà dit, je sais seulement que mon mari vous aime.... Emmanuel. Oui, madame, et tout autre que moi devrait accepter avec reconnaissance. La nièce de M. Darhert, Mile- Marianne, a maintenant duc-huit ans; il la dotera comme il a doté sa soeur.... il veut me donner sa main. Fanny. Ah ! vraiment? J'approuve ce projet, et je lui en sais gré.... Emmanuel, en la regardant avec quelque surprise. l'approuvez? Fanny, qui a vu le mouvement d'Emmanuel. Sans doute, monsieur. Eh bien! qu'avez-vous répondu? Emmanuel. Rien encore, madame.... mais je refuserai. Vous ACTE II. SCÈNE VII. '.".» Fanny. Pourquoi? Emmanuel, vivement. Pourquoi? (Il s'arrête un instant et e.vnmine Fanny, dont In physionomie est froide et sévère.) n'aime pas la femme qu'on me propose. (Avec intention.') J t . pourrais l'aimer.... je pourrais la rendre heureuse.... elle est belle î mais cet amour même serait un obstacle, par ma vie ne m'appartient pas: bien jeune encore, j'en ai fait le sacrifiée, et d'un jour à l'autre, demain peut-être je dois être prêt à la risquer. Fanny. Due dites-vous? Emmanuel. Oui, madame, le premier, le seul motif de •non refus.... le voici: Il faut au moins donner son nom à la femme qu'on épouse.... (Fanny fait un mouvemement: elle se remet, et Emmanuel, qui s'était arrête, continue lentement.) et le nom que je polie n'est pas le mien, je ne m'appelle pas Laville. Fanny. Ah! Emmanuel , s'animant par degrés. Le nom que j'ai reçu de mou père, je le cache! on me le rejetterai à la face comme une insulte; si je l'avais dit en entrant dans cette maison, on m'en serait repoussé, car ce nom a été trainé en justice ! Fanny, Irès-troullc'e, Monsieur ! Emmanuel. Déshonoré! flétri! et à défaut de celui qui le portait, attaché au carcan! Fanny, de même. Hélas! Emmanuel. C'est celui d'un banqueroutier frauduleux. Fanny. Ah! (Elle laisse tomber sa tête sur son sein et pleure.} Emmanuel, se levant. Et cependant mon père, était innocent! Air : Je ne vois pas ces bosquets de lauriers. Dans ce monde, où, mou triste sort A sous Je doute abattu mon courage, Jl est trois choses, trois encor / n , Dont (levant Dieu je rendrais témoignage î Ma soeur est pure, et par son chaste nom, Par la vertu de la plus digne mère, Par la vâire aussi, je reponds, Oli! oui, par vous, madame, je reponds De l'innocence de mon père. Ah! vous me croyez, car vous pleurez!... ne me cachez pas v "s larmes.... Hélas! c'est la première fois, depuis bien longtemps, que je parle à quelqu'un de mon malheureux père, que j'ose prononcer le nom de Duvernay. Fanny. Duvernay! (Fanny se rassied. Emmanuel se replace h cfitè d'elle.) Emmanuel. Oui, madame, mon père était négociant: l'infidélité d'un jeune homme employé chez lui et fils d'un de ses 30 UN SECRET. amis qui habitait la province, lui lit essuyer une perte énorme: mon père ne voulut pas livrer le coupable à la justice, il instruisit secrètement sa famille: un parent «lu jeune homme vint à Paris; des propriétés avaient été vendues, et l'argent réalisé. Un soir, mon père reçut, dans une maison de l'île Saint-Louis, cent mille francs en billets de banque, qu'il serra dans un portefeuille sur lequel était écrit son nom; puis il se retira. A peine arrivé chez lui, en quittant son manteau, il s'aperçut que le portefeuille avait glissé de dessous son bras.... mais où l'a- vail-il perdu? Hors de lui, il reprit le chemin qu'il avait suivi.... il ne vit rien. Que devenir? Le lendemain même, il avait des paiemens à faire.... il courut chez ses créanciers, il leur apprit son malheur, il leur demanda du temps; mais personne ne voulut ajouter fois à ses paroles. Faim y. Personne ?... Emmanuel, Je me trompe, madame.... un seul le crut, m'a-ton dit, un seul homme fut touché des larmes et du désespoir de ce vieillard. Cependant la vente des bijoux de ma mère, quelques secours donnés par des amis, lui permirent d'apaiser d'abord les plus exigeant. Mais ceux qui avaient trouvé cette fortune' la gardèrent.... les infâmes! {Fmny fait un mouvement.) Vous frémissez!... Oh! oui, les infâmes! car mon malheureux père perdit bientôt la tète et disparut. Sa banqueroute fut déclarée frauduleuse!... on nia la perte des cent mille francs, dont il n'avait laissé aucune trace sur ses livres pour ne pas déshonorer la famille qui les remboursait: on prétendit que cette somme avait été soustraite par lui; que cette histoire de portefeuille était un mensonge inventé pour dissimuler le vol.— Il voulait invoquer le témoignage de son ami, il était trop lard - Cette famille, ruinée comme la notre, avait quitté la France— ce fut alors que ma mère reçut une lettre, dans laquelle 1« banqueroutier nous faisait ses adieux.... Fanny. Ah ! malheureux ! Emmanuel, se levant. La voici, madame: voici ce qu'il a écrit pour moi. (Lisant.) „Uis à mon fils...." — J'achevais alors mes études dans un collège de province, et j'ignorait tout. „Dis à mon fils de changer de nom: le mien est devenu odieusement célèbre.... Après une vie pure, je lui laisse pour tout ,,héritage la misère et l'infamie.... je le condamne à vivre seul, „à n'être ni époux ni père; et s'il respecte ma mémoire, je 1"' „impose l'obligation de la faire réhabiliter par tous les moyens „qui seront en son pouvoir. Je lui ai donné la vie, qu'il s oit ..toujours prêt à en faire le sacrifice à mon honneur calomnié. <) mon père! mon pauvre père! ACTE II. SCÈNE VII. :u Fanny. Et depuis cette lettre fatale, vous ne l'avez jamais revu? Emmanuel, retombant sur son siège. Il s'est tué, madame! Fmiiiy, avec un accent d'effroi. Tué! (A part.) Ah! (Elle pleure.) Emmannel, se relève. Ma mère, ma soeur et moi, nous parfîmes, et nous allâmes cacher notre honte et notre misère dans une petite ville de la Bretagne. Plus tard je vins à Paris, et enfin j'entrai dans cette maison où je croyais avoir trouvé un refuge, et d'où il me faudra sortir. Eanny, allant vers lui. Non... oh! non, vous n'en sortirez pas.... je veux que vous restiez.... Je ne vous cache pas mon trouble, mes larmes.... Oui, je pleure.... mais les conseils que ie vous donne sont ceux d'une amie, d'une soeur.... suivez-les, vous me l'avez promis. Je parlerai à mon mari, je romprai ce mariage s'il le faut, et vous conserverez son amitié. Emmanuel. Merci, madame. Mais cette confidence m'a rendu à moi-même.... Je ne veux pas me souvenir de voire émotion, je ne veux pas voir vos larmes. Je vous ai révélé de secret que vous pouviez entendre.... si j'en ai d'autres qui m'obligent de fuir, ne me dites pas de rester, car peut-être je ne serais pas maitre de me taire toujours. Fanny. Mais que deviendrez-vous ? Emmanuel. Dieu m'aidera!... On a écrit à ma mère qu'elle Pouvait accepter, que cet argent n'était qu'une restitution, une réparation honteuse. Mais ce qu'il me faut à moi, c'est le nom et l'honneur de mon père, et si l'homme qui m'a volé cet héritage refusait de réparer ce qu'il A fait.... Fanny. Eh Lien ? Emmanuel. Je le tuerais! Fanny. Non.... Oh! non! vous ne le feriez pas. Emmanuel. Je le ferais, madame.... au nom de celui qui m'a légué son déshonneur et sa vengeance! Fanny. Emmanuel!... (Elle écoute et va à la porte du fond.) Emmanuel. Que faites-vous ? Eanny. Quelqu'un! mon mari peut-être! (Montrant la chambre h gauche.) Entrez dans cette chambre, et n'en sortez pas. Emmanuel. Pourquoi me cacher? qu'avez-vous à craindre? Eanny, Seuls, tous deux à cette heure de la nuit!... mon trouble!... mes pleurs!... Que voulez-vous que je lui dise? Emmanuel. La vérité, madame. Eanny. A lui, devant vous!... Oh! c'est impossible!... **a*bert, en dehors. Fanny! 33 UN SECRET. Fnnny, prenant Emmanuel par la main. Entrez là, je le veux, je l'exige. Emmanuel. J'obéis, madame. (Il entre dans la chambre.) Fanny, allant ouvrir. Imprudente!... Qui le ramène? (Elle ouvre In porte.) Scène VIII. DARBERT, FANNY. (Darhert en entrant regarde autour de lui. Sa figure affecte un grand calme.") Fanny, a part. Il est calme! Uarbcrt. Ta étais enfermée. Seule? Fan■■ y. Vous voyez! Harbert. Ah J parle - moi autrement et reprenons entre nous cette familiarité que nous raclions aux yeux du monde. On m'avait dit que Monsieur Emmanuel était venu te voir. Fanny. C'est vrai. Harbert. Et il est parti? Fanny., hésitant. Mais oui. Harbert, à pari. Il est ici! (liant.) J'ai quitté le bal de bonne beure. J'ai laissé Vcrneuil à ses observations. .. et sa femme à ses plaisirs, à ses adorateurs. J'étais inquiet de toi. Tu es bien pâle. Çll lui prend la main.) Ta main est bridante. Tu souffres toujours? Fanny. Toujours. Darbert. Pourquoi donc veiller si tard? J'en veux à arbort. Donne-moi la clef. Fa ii h y. Je ne l'ai pas, mon ami. Darbert. Si fait, voilà tes clefs sur cette table. Faim y. Qu'en veux-tu faire? Darbert. Je veux regarder tes parures... Ce matin, j'en ai acheté une nouvelle, à condition qu'elle te plairait.... je crains qu'elle ne ressemble à la dernière que je t'ai donnée et que tu n'as mise qu'une fois comme les autres. Faniiy. Toujours de nouvelles dépenses! tu me crois donc bien coquette?... Darbert, qui a peine à se contraindre. Laisse-moi voir. Cette clef.... Fanny. 11 est inutile de comparer; je me souviendrai parfaitement. Darbert. Non, je veux m'assurer moi-même.... Fanny. Demain.... plus tard.... si je vais à une autre fête. Darbert. Non, maintenant. Fami). Mon Dieu! pourquoi cette insistance? Darbert. Pourquoi ces refus? Fanny. Je vous l'ai dit, je ne désire rien. Darbert, éclatant. Ah ! que de détours! Cette clef, ou je la prends de force. Fanny. Eugène!... mais ou n'a jamais parlé à sa femme de ce ton-là!... vous m'effrayez.... Darbert. Ah! vous avez raison de trembler.... j'ouvrirai cette armoire! Fanny. Arrêtez ! Darbert, la repoussant et ouvrant l'armoire. Tenez, ces écrins, ces boites, tout est vide.... (// les jette sur le parquet, devant elle.) Où sont vos diamans. madame?... vendus, n'est- ce pas? Fanny. Monsieur! Darbert, lui montrant les diamans que Loustal a apportés. Comme ceux-ci, que j'ai rachetés ! Fanny, H part. Que répondre? (Regardant la chambre oit est entré Emmanuel.') 11 est là! Darbert. Niez donc, si vous l'osez! Fanny. Eugène! Barbert. Ecoutez, madame! Ce mariage, si je lui en ai Mpcrtoim No. 2G0. (2. Sirie Nu. 10.) Jl ;u UN SFXKET. parlé aujourd'hui, c'était pour qu'il vint vous l'apprendre: c'était pour que vous pussiez craindre, pleurer et vous désoler ensemble, pour vous rendre les tortures que vous m'aviez fait éprouver C'était à la fois ma première preuve et ma première vengeance. Fanny. Mais que croyez-vous donc? lïarberr. de crois qui; ce jeune liomme vous aime et que vous l'aimez. Fanny. Moi! Darbcrt. Oui, vous! QIm traînant vers la glace.) Mais regardez-vous donc, madame.... Dites donc ce qu'est devenue votre beauté, pourquoi, quand il vient de vous quitter, vos regards sont éteints dans les larmes, votre sein agité, vos cheveux en désordre? Fanny, Ali! Dnrbcrt. Vous ne l'aimez pas!... mais vous le connaissiez déjà quand je l'ai reçu chez moi; mais, en public, vous aviez répondu de son honneur, de son honneur! et vous saviez que c'était un joueur! et pour cacher ses infidélités, il fallait vendre vos diamans ! Fanny. Oh! monsieur! Darbcrt. Et vous les avez vendus!... est-ce vrai?... Répondes donc maintenant. Fanny, avec désespoir. Ah! je ne peux pas! je ne peux pas! Scène IX. FANNY, EMMANUEL, sortant précipitamment de la chambre, DARBERT. Emmanuel. C'est moi qui vous justifierai, madame. Darbcrt. Ah! (Il veut s'élancer sur Emmanuel.) Fanny, se jetant entre eux deux. Vous ne porterez pas la main sur lui devant moi! (Bile tombe dans les bras d'Emmanuel : Darbcrt s'arrête slupc- iait: la porte du fond s'ouvre, Verneuil et sa femme paraissent- La toile tombe.) UN OU SFCONTl Aryr ACTE III SCliNli III 35 A ACTE TROISIEME. Même ilecor qu'au premier acle. Scène I. DARBERT, entrant V ar le Jond, UN DOMESTIQUE. (Darbcrt entre précipitamment; ses vêlements et ses huiles gant couverts de poussière, sa cravate est h peine nouée auJour de son cou.) Onrbcrt, au Domestique. Prévenez madame que je veux lui parler. le Domestique. Madame est sortie. Darbert. Sortie? Le Domestique. Depuis deux Meures. Durbcrt. Seule? te Domestique. Seule et dans une voiture de place. (Le Domestique va pour se retirer.) Durbert. Attendez. {Il va vers lu table à droite et écrit.) Cette lettre à son adresse sur-le-clianip.... J'entre chez moi; •lès que madame sera de retour, qu'on n'avertisse. (7i entre à gauche.') Scène II. LE DOMESTIQUE, regardant l'adresse de ta lettre. „A monsieur le docteur Hubert..." Heureusement la course "est pas longue, le docteur demeure dans la rue voisine. Scène III. FANNY, LE DOMESTIQUE. (Elle entre par le fond; elle a l'air agile.) t'ainiy, àlant son chapeau et jelani son châle sur un fait LUl1 - ''liez mon mari de venir, je l'attends ici. 36 UN SECRET. Le Domestique. Oui, madame; je vais faire porter cette lettre, et je reviens prévenir monsieur. (Il sort par le fond.') Scène IV. FANNY, seul. II semble que ee soit un réve, un rêve affreux! depuis le moment où cette cruelle accusation m'a frappée d'un coup que je croyais mortel, à peine ai-je retrouvé le sentiment confus de ce qui s'est passé.... Combien de temps a duré mon évanouissement?... je l'ignore.... le reste de la nuit, une lièvre violente a troublé ma raison.... ce matin seulement, je me suis souvenue.... Hors de moi, égarée, j'ai couru chez cet homme, chez ce Loustal.... je l'ai prié, supplié, mais en vain!... Ah! ce n'est pas pour moi que je me suis humiliée ainsi.... Cette preuve qui est entre ses mains, je voulais la reprendre pour l'anéantir, et non pour nie défendre. Que Dieu me préserve de cette extrémité!... Si mon mari, dans un mouvement de colère, s'est oublié jusqu'à me méconnaître, la réflexion doit l'avoir éclairé...- Je le ramènerai, j'en suis certaine, sans être obligée de prononcer le dernier mot.... Air: du Protégé, (de Doehc.) Devant la femme à son amour bien chère Dès qu'un époux, hélas! se sent rougir, LM honte entre eus ......<■ barrière One l'amour ni' peut plui tfftuobir. Ali! soyons la seule victime, Il faut lne taire, je le doi; Je veux lui laisser son estime Et garder les chagrins pour moi. Il va venir, je tremble!... Remettons-nous, son coeur me comprendra, je l'espère.... C'est lui!... allons, du courage! (Elle s'assied.) Scène V. DARBERT, FANNY. (Darlcrl a réparc les désordres de sa toilette.) Jlarbert, l'avançant vers sa femme. Vous m'attendiez Fanny. Oui. UnrbjTt. Je ne vous demande pas, madame, quel n a pu vous engager à sortir ce matin seule.... (l'an»;/ /'" mouvement.) Nous n'eu sommes plus là...- Kcoutcz-moi : 1 ACTE III. SCÈNE V. 37 je n'ai pas été maître de mon emportement, mais aujourd'hui je veux vous parler de sang-froid, et j'espère que, de votre coté, vous tâcherez d'être calme, Fanny, se levant. Eugène, abrégeons ces vaines paroles... Il est impossible que vous me croyiez coupable. itarbert. Comment f Vanny. Non; les apparences qui m'accusent ne prévaudront pas contre une conduite jusque alors irréprochable .... Que servirait d'avoir été pendant six ans une épouse aimante, sûre, dévouée, pour qu'au premier soupçon on nous condamnât sans hésitation , sans scrupule, comme ces femmes auxquelles on s'attache par caprice et dont on n'a jamais connu le coeur? Mais vous, Eugène, vous me connaissez; vous m'aviez donné votre estime, j'en étais Aère.... souvent vous m'avez remerciée de votre bonheur; et maintenant, quand je m'écrie: Je ne suis pas coupable! vous refuseriez de m'écouter, vous exigeriez des preuves, des preuves impossibles peut-être.... Non, Eugène, ayez confiance en votre femme... no la forcez pas à s'expliquer... cette recherche est une injure, elle est au-dessous de vous, n'y persistez pas, au nom de notre amour et pour vous-même... Itarbert. Je ire vous demande aucune explication, ma- Baine; car maintenant je ne doute plus. l'uniiy. Ah! toujours cette calomnie! Itarbert. Une calomnie;... Point de vaines paroles, madame, vous le disiez tout-à-l'heure; la vie commune est désormais Impossible. Je vous laisse maîtresse de choisir l'asile où vous voudrez vous retirer. Fanny. Une séparation! Mais vous vous trompez, je vous aime toujours.... mais on ne chasse pas ainsi la femme qu'on a aimée.... on la croit, on ne la repousse pas sans pitié. Itarbert. Des plaintes! des larmes!... Ah! j'espérais que vous auriez au moins la dignité de votre honte. Fanny. Monsieur.... Itarbert. Que vous baisseriez la téte! Fanny. Ah! pas un mot de plus! Itarbert. Mais que voulez-vous donc, madame? que j'invoque les lois, que je (raine ce scandale devant les tribunaux, et que je vous flétrisse publiquement des noms d'infâme et d'adultère?.... Fanny. Infâme!... moi.... (fille court •précipitamment h la Vorle du fhud , la ferme et revenant vers son mari.) A genoux, monsieur! Itarbert. Madame! Fanny. A genoux! sf^^É^*^""* l M UN SECKET. Darbert. Quand c'est moi (jui vous demande compte de mon honneur î Fanny. Voire honneur!.. mais pour le garder, j'ai donné mon repos, ma santé, ma vie.... votre honneur!... (Tirant de son sein un médaillon.) Connaissez-vous ce portrait ? Darbcrt. Le sien ! Fanny. Non; mais celui de son père! et ce portrait, il était renfermé dans un portefeuille sur lequel était écrit le nom de Duveruay. Darbert. Duvernay!... Qui vous a dit...? l'ami). Et ce jeune homme a changé de nom, parce (pie le nom de son père est celui d'un banqueroutier frauduleux, et son père, qui s'est donné la mort de désespoir, n'a été déclare infâme que parce qu'il avait perdu cent mille francs. Darbcrt. Cent mille francs! Fanny. Un soir, dans ce portefeuille trouvé par deux hommes.... I>arbert. Assez, madame, assez! Famiy. Je n'ai pas tout dit, monsieur. Autrefois, une jeune fille avait vu dans la maison de son père un vieillard nommé Duvernay, qui racontait en pleurant son malheur, qui priait pour ses enfans et pour leur mère, et qui s'était jeté à ses genoux en lui disant: „Ooyez-moi, vous qui ëles jeune et belle, et qui aurez peut-être besoin qu'on vous croie un jour." Cette jeune lille, devenue femme, avait gardé le souvenir de cette belle et noble ligure, lorsqu'il y a sept mois elle eut h" fantaisie d'acheter quelque parure frivole; le hasard, ou plutôt la Providence, la conduisit chez un obscur marchand qu'on lui avait indiqué. Là, elle trouva un portrait qu'elle reconnut, un portefeuille où était écrit le nom de Duvernay. Déjà elle avait acheté l'un de ces objets, déjà elle offrait de l'or pour le rachat de l'autre, lorsque quelqu'un survint, quelqu'uu dont elle était connue.... Uarbcrt, altéré. Eanny! / Faim y. Elle se cacha, et elle entendit les deux complices, dont l'un, devenu riche, est à la merci de l'autre qui peut le perdre de réputation et qui lui vend son silence.... L'u* « e ces hommes s'appelle Loustal, l'autre Darberl, et cette femme, c'est moi! Darbert. Ah ! pardon !... pardon!...de grâce! épargnez-moi.'■■ Fanny, le repoussant. M'avcz-vous épargnée, moi?.- l» ol > à qui vous avez dit: Vous êtes une femme adultère!... vous étiez enfermée avec un jeune homme.... votre sein est agile, vos cheveux sont en désordre... tous êtes une adultère!... votre beauté se flétrit, vos yeux s'éteignent dans les larmes.-- ACTE III. SCÈNE V. 3» c'est un amour adultère!... il n'y a pas d'autres causes!... C'est ce qu'on dit aux femmes qui souffrent et qui meurent d'aimer eiieorc celui qu'elles ne peuvent [dus estimer!.. Et mut de les appeler infâmes, on ne se demande seulement pas si elles savent ce que c'est que l'infamie !... Ikarbert. fanny! Fanny. Oui, quand je savais tout déjà, la veille du jour où ee jeune homme est entré ici, je l'ai vu dans un bal, et j'ai élé frappée de sa ressemblance avec ce portrait.... oui, il s'est approché de moi, il m'a suppliée de proléger son honneur, et j'ai «lit que je le connaissais, parce qu'en l'écoutant je me suis souvenue de» ce vieillard qui me disait: Croyez-moi, vous qui aurez peut être besoin un jour qu'on vous croie.... Oui, je vous ai prié pour lui; oui, je l'ai fait entrer chez vous; oui, j'ai su qu'il cachait son nom; oui, j'ai vendu mes diamans pour rendre en secret un morceau de pain à sa mère et à sa soeur; oui, lorsque vous m'avez surprise hier, j'étais émue, je pleurais, parce qu'il venait de me raconter la mort de son père.... Oui, il m'aime.... Ihais il n'avait jamais osé me le dire... il m'avait respectée plus que vous.... voilà ce que lui et moi, nous avons fait de votre honneur, monsieur!... Qu'avez-vous fait de celui de son père et du mien? Dnrbcrt. Fanny! je jure que j'ignorais l'infortune dont J ai été cause.... le lendemain même, je partis pour l'Angleterre, où je suis resté près d'une année, vous le savez.... quand je revins, je n'entendis parler de rien.... Fanny, Comment! vous ne saviez pas! vous ignoriez le nom de Duvernay! I»nrbert. Ce nom ne m'apprenait rien.... ce médaillon, je ne l'ai jamais vu.... Loustal avait gardé le portefeuille, et lorsque après trois ans il vint me trouver, c'est vrai, j'achetai son silence. .. cette fortune dont j'avais honte, j'ai tâché au moins d'en épurer la source.... j'ai fait quelque bien.... que Dieu m'en tienne compte, et vous aussi Fanny!... Oh! je vous aimais tant! niais j étais pauvre, et, ne pouvant vous obtenir, je me serais tué.... oui, tué de désespoir.... cet or, c'était le bonheur, c'était •a vie, c'était vous.... Ah! que seulement je ne lise plus le mépris dans vos regards! (Il tomhe à genoux.') Fanny. Le mépris!... oh! non!... tu ignorais tout!... Une femme accusée de ne pas aimer son mari se révolte, se défend av ec indignation, elle est injuste à son tour.... Tu n'es pas si coupable que je l'ai dit; et si j'ai parlé, c'est que tu ne me | ; 'issais pas d'autre moyen pour me justifier, pour proléger ce Jeune homme contre ta colère,, contre une provocation, peut-être. 40 UN SECRET. Darbert, se levant. Ah! que dites-vous?.,, etqu'ai-je fait, malheureux ? Fanny. Mon ami, calme-toi.... tout peut se réparer. Darbert. Ali!... vous ne savez rien encore! Fnmiy. Quoi donc? tu m'effraies!... Darbert. Hier.... ce jeune homme.,., pendant que vous étiez évanouie, je l'ai provoqué. Faim y. Ciel! Darbert. Et ce matin, je l'ai insulté.... frappe au visage, j'ai tiré.... il est tombé!,.. Faiiny. Vous avez tué le tils comme le père, et avec lui sa mère et sa soeur, toute une famille! • Darbert. Adieu, Fanny! Fanny, le retenant. Ou allez-vous? Darbert. Laissez-moi.... je sais ce qui me reste à faire et comment je me punirai moi-même! (Il sort précipitamment.) Scène VI. FANNY, seule. Oh! mon Dieu! épargnez-lui un remords éternel!... je serais coupable aussi, je répondrais du sang versé, moi qui aurais p» prévenir ce duel! vous ne me condamnerez pas à cette douleur- Scène VII. Mad. VERNEUIL, FANNY. IHad. Verneuil. Vous êtes seule, ma chère amie ? J e vous cherchais.... je viens de passer dans votre appartement.- ils se sont battus. Fanny. Je le sais. Mail. Vcrneull. C'est affreux !... si l'on m'avait mise dans la confidence, j'aurais empêché peut-être ce duel.... j'aurais retenu M. Vcrneuil.... Oh! je lui en veux!... mais les maris W soutiennent toujours. Fanny. Que voulez-vous dire? Mad. vcrneuil. Mon mari a été un des témoins du vôtre. Je viens de lui faire une querelle ! Fanny. Vous l'avez vu? Mad. Verneuil. 11 rentre.... C'est lui qui m'a tout app' lS Fanny. Eh bien! Qu'est-il arrivé? Msd. Verneuil. C e pauvre jeune homme! ACTE 111. SCÈNE VIII. Il Faimy. Mort!... il est mort,'... lUnd. Verneuil. Non.... blessé. Fnnny. Ali ! Mnd. Vcrneull. Blessé légèrement au bras. Fanny. Il vivra! Oh! mon Dieu! je vous remercie! Jlad. Verncuil. Ma chère amie, je comprends bien tout l'intérêt.... « 'est si naturel un pareil casPourquoi n'avez-vous pas en confiance en moi?... je vous aurais prévenue, je vous aurais dit: On vous observe, et cet éclat.... Fanny, avec un mouvement d'indignation. Madame !... ITIad. Verneuil, it part. Comment? elle joue la dignité avec moi!... ce n'est pas adroit. Montrez donc de l'intérêt à vos amies! Scène VIII. Les Mûmes, VERNEUIL. Verneuil, h part. Ma femme ici! j'en étais sur. (Haut.) Je viens achever de vous rassurer, madame.... l'état du blessé "e doit inspirer aucune inquiétude, Humeur par le médecin, M. Laville vient de rentrer à l'hôtel. Fanny, à part. Ah! Verneuil. Vous me voyez furieux contre Darbert.... Vous ''ompronictlrc! faire un pareil éclat! c'est un procédé sauvage! *'ar, malgré les apparences, je suis bien certain.... je suis très- "lécontcnt vous ai compris , monsieur, et je ne vous rr l| ens pas. 4'2 UN SECRET. l T n Domestique, au fond. Fanny. Lui ! Monsieur Lavilie. Scène IX. Les Jlèmes, EMMANUEL, le Iras en êcharpe. Fanny. Ah! votre blessure? Emmanuel. N'a rien de grave, madame. Au moment de frapper celui que j'avais appris à respecter, mes forces m'ont abandonné tout-à-coup, mon arme m'a échappé, je consentais à mourir; mais la main de M. Darbert tremblait, et sa colère même m'a sauvé. Fanny. Combien j'ai souffert!... Verneuil. Madame, nous nous retirons.... Fanny. Oh! vous pouvez rester.... Emmanuel. J'ai osé me présenter (levant vous pour vous faire mes adieux. Fanny. Vous ne partirez pas!... Emmanuel. Je le dois.... Fanny. Non.... vous mort, votre famille serait devenue I» mienne.... échappé au danger, vous demeurerez ici.... Verneuil , « part. Si c'est pour entendre cela qa'ell* nous fait rester.... Bon, voilà ma femme qui pleure ! Emmanuel. Je ne vous aurais pas même revue, madame, si avant de partir je ne devais rendre mes comptes.... veuille 7, les remettre à monsieur Darbert.... ma présence ne ferait q llC l'irriter encore.... Fanny. Quoi!... vous ne l'avez pas VU? Emmanuel. Non, madame; quand je suis tombé, '1 a quitté le lieu du combat.... Fanny. Mais il vous cherche!... Grand Dieu! s'il croyait vous avoir frappé à mort!.. Je me rappelle ses dernières paroles.... je saurai me punir moi-même.'... C'est pour lui tp 8 J c tremble maintenant.... Verneuil , h sa femme. Je n'y comprends plus ne™—' Et toi? . ( Fanny. Qu'il vienne! qu'il vienne donc!... Ah! c'est lui-- Scène X. Les Mômes, DARBERT, entrant précipitamment. ■ lïnrbcrl. Je ne l'ai pas revu! Fanny, lui montrant Emmanuel. Le voila!... ACTE III. SCÈNE X. Uarbci't. Ah! vivant! (Il se précipité vers lui et s'arrête.) [Monsieur, je vous présente mes excuses..., Emmanuel. A moi! Verneull; h part. Hein? Darbcrt. Je suis quels étaient vos senlimens; mais pour un amour qui ne sort pas du coeur, je n'avais le droit ni de vous insulter ni de vous frapper.... - Vcrneiiil, à part, ("est lui qui demande pardon!... A la lionne heure!... Oarbert, présentant à Emmanuel un portefeuille. Prenez, monsieur, ceei vous appartient... Emmanuel. Que vois-je! le nom do mon père!... Fanny. Mon ami!... Darbert, h sa femme. Aucun sacrifice ne m'a coûté pour l'obtenir.... et maintenant qu'il sache que le coupable.... Eanny. Oh! non.... non.... Emmanuel. Oui, voilà bien le nom de mon père!... et dans ce portefeuille des billets.... et c'est vous, monsieur, qui me les remettez.... I»arber(. Oui, moi.... laïuiy, l'interrompant et passant entre eux. Pour qucl- Hu'un que vous ne devez pas connaître.... Hier, quand vous m'avez raconté vos malheurs, je les savais déjà, car j'avais vu Votre père chez le mien, et le hasard, il y a quelque! mois, n'avait fait découvrir la personne qui avait trouvé autrefois ce portefeuille.... Emmanuel. Ah! son nom! son nom.... madame!... F.-îimj. Ne me le demandez pas.... Emmanuel. One craignez vous?... Eanny. Une insulte..,. Emmanuel. Pour qui? Eaiiny. Pour quelqu'un de ma famille. Uarbert, las. Ah! Fanny! Eanny. Celui qui eut des torts et qui les répare aujourd'hui de tout son pouvoir est un de mes parens, un ami de nia jeunesse. "Vcrncull, h part. Ah ça! mais c'est un autre roman. Eanny. Je voulais réparer en secret le mal dout vous étiez victime.... mais ses soupçons injustes m'ont forcée à tout lui dire; et aussitôt il est parti, et il aurait risqué sa vie pour obtenir cette réparation si on l'avait refusée! (A Darbcrt.) N'est-ce pas, monsieur? ttarbert. Ah! cent l'ois! Emmanuel. Monsieur! M. . 11 UN SECfiET. Verneull, a part. C'est très-toueliaut!. . Je vais prendre îles notes.... narbort. Monsieur Emmanuel, écrivez à votre mère el à votre soeur.... reprenez votre nom et disposez de ma fortune pour réhabiliter la mémoire de votre père. Fnn h y. Ah! j'en étais sûre. Km n.un h el. Ali ! mon père! je pourrai remplir le devoir que tu m'as imposé! (A Darlcrt.) Mais monsieur, eomment se Darbert. J'ai failli vous tuer, je vous dois une réparation.... ma maison de Lille a besoin d'un homme sur.... je vous la confie.... vous épouserez Marianne.... vous l'aimerez n'est-ne pas?... votre main!... Emmanuel. Ali! monsieur!... Fanny, it M. et Mitd, Venieuil. Vous devez être satisfaits l'un et l'autre.... et maintenant vous pouvez sorti»... Itlad. VcrnciiiJ, à son mari. Que ceci vous serve de Je çon, monsieur; vous voyez qu'il ne faut jamais soupçonner légèrement sa femme! Verneull, h sa femme. Allons donc! est-ce que tu crois un mot de celte bistoire-là?... C'est très-ingénieux, j'en ferai un dénouement.... Darbert, nous ne nous brouillerons pas, je l'eS- père!... Tu me trouveras toujours chez M. Frenivn. Fanny. Adieu, M. Emmanuel! Kinniaiiuel. Adieu, madame! fait-il?.. FIN