Répertoire du Théâtre français à Berlin. M2H. LA MANSARDE DES ARTISTES, COMÉDIE-VAUDEVILLE KN l'N ACTE. MM. SCRIBE, DUPIN kt VAHNER. Prix: J5 Sgr. mmmmwz c hez Ad. Ml. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique, tinter tien Liwlen No. 34. 18 2 9. Personnages. ACTEVRS. VICTOR, jeun» peintre......... Mr. MORAND. AUGUSTE, musicien.......... Mr. ALIX. SCIPION, étudiant en médecine...... Mr. DELCOVR. CAMILLE, jeune orpheline........ Mlle. LAURENCE. DUCROS, propriétaire......... Mr. FRANCISQUE. FRANVAL, professeur de médecine..... Mr. HERAULT. La Seine se poste h Paris, dans un sixième liage. IMPRIMERIE de L. W. K.RAUSE, Adler - Suasse Nr. 6. K6MMn£*fc Afli^flflHni BHBMHIHHWHHB te Théâtre représente une Mansarde. Porte d'entrée dans le fond. Portes latérales. Sur le premier plan, à droite du spectateur, une croisée. Sur le second, une cheminée; à, gauche, un grand tableau sur un chevalet. Une petite table auprès de la croisée. Scène I. VICTOR, AUGUSTE*). (Victor, à gauche du spectateur, est assis près de son chevalet, et travaille; Auguste, de Vautre cul/', son habit it moitié passé, écrit debout sur une partition.) AUGUSTE. Air (VAmldèe de Beauplan. Bravo 1 m'y voici, je croisj Sautes, fillettes, A ma voix : D'ici, j'entends à la fois Musettes Et hautbois. YICTOR, de Vautre coll. Ah! c'en est trop! je veux briser mes chaîne»; J'y renonce ; maudit métier ! Oui, mon travail redouble encor mes peines. AUGUSTE. Le mien me les fait oublier. Je tiens mon air villageois; Sautez, fillette», A ma voix. D'ici, j'entends à la fois Musettes - Et hautbois. *) Lo premier acteur inscrit tient toujours en scène la gauche du "POctateur. [ 1* ] A VICTOR. Quand nous vivons, la gloire fugitive De nous no s'approche jamais, Après ia mort seulement elle arrive . . Kl nos lauriers sont des cyprès. AUGUSTE, 'fe Tnulre cM, Je tiens mon air villageois ; Sautez, fillettes, A M vi.ix. D'ici, î'entendi A la fois Musettes. Et hautbois. VICTOR. Tu es bien-heureux d'être aussi g-ai . . moi, je n'y liens plus . . je renonce à la peinture, à toutes mes espérances. AUGUSTE. Toi, qui as dit talent . . loi, qui dois être un jour le soutien et la gloire ( ] e l'école française! VICTOR. Eh! qui te dit que j'ai " f e ~ nétr») fa naturel . . c'est un fa naturel, (lui jetant de Vatg*» r > Tiens, voilà pour toi . . J'aurais donné vingt francs V° xlf qu'il y efit un fa naturel. 7 Scène II. VICTOR, CAMILLE, avec un panier tous le brat, AUGUSTE. CAMILLE, en entrant et courant à Auguste. Eh bien! eh bien! qu'est-ce qn'il faut donc? .. il va se jeter par la fenêtre. AUGUSTE. Ah! te voilà, Camille. CAMILLE. Bonjour, Auguste, bonjour, Victor . . Scipion n'est pas encore rentré? Ne vous impatientez pas . . j'apporte-là votre déjeûner . . aye . . le bras. AUGUSTE. Aussi, le panier est trop lourd, tu te fatigues. CAMILLE. Oh! non, ce n'est pas cela . . mais six étages à monter . . Là! je parie que le feu est éteint. VICTOR. C'est cela, nous ne déjeûnerons pas d'aujourd'hui. CAMILLE, arrangeant te feu et versant le lait dans la casserole qu'elle place sur le réchaud. Victor, ne vous fâchez pas, je vais me dépêcher . . là! voilà mon lait qui chauffe . . Auguste, ayez l'oeil-dessus, et prenez garde qu'il ne s'en aille. AUGUSTE. Sois tranquille, je m'en charge. AIR de Lantara. Du coin de l'oeil, je vais le suivre, En finissant ce rondeau qu'on attend. (Bas à Camille.') Par lui demain nous pourrons virre, Je l'ai vendu vingt-cinq i'rancs . • CAMILLE. Tout autant? AUGUITB. Au jour le jour vivre ainsi, c'est charmant. 8 CAMILLE. lùi-il un fort plua beureiu que le nôtre! AUGUSTE. (.Montrant la casserole.') Dans ce moment . . je tiens-là d'une main L» déjeuner de ce jour . . et do l'atilre. (Montrant BOH papier.) L'espérance du lendemain. VICTOR. Neuf heures viennent de soutier . . et Scipion qui est allé faire des visites, et qui va rentrer pour déjeuner, ne trouvera rien de prêt . . pourquoi? . . parce que mademoiselle a mis une grande demi-heure pour aller chercher du pain et du lait. CAMILLE. Quel joli petit caractère! . . toujours à gronder! Est-ce que vous pouviez comme nous prendre du café? est-ce que Scipion n'a pas dit hier que pour un convalescent, du chocolat valait mieux . . alors, il a bien fallu en acheter à l'autre bout de la rue. VICTOR. Quoi! . . c'était pour cela? AUGUSTE. Oui . . plains-toi donc !.. je te dis que c'est toi que Camille soigne le plus. CAMILLE. Sans doute, parce qu'il est le plus méchant et le pl» s malheureux ( fait » *«" image ï CAMILLE. Victor, vous ne travaillez pas. 10 TICTOR. Puis-je penser a mon ouvrage (Juaml je regarde tant d'appas , . CAMILLE, Un fermant la bouche et détournant la tête. Taisez-vous, ne regardez pas. Deuxième couplet. Cette cavatine m'enchante. Tiens, Camillo . . viens donc la voir. CAMILLE, parcourant le papier de musique. Je crois qu'elle sera charmante. AUGUSTE, de Vautre côte*. Tu nous la chanteras ce soir, CAMILLE. Mais la Bu est encore à faire; yuoi ! vous vous reposez déjà ï AUGUSTE, la regardant tendrement. Et comment travailler, ma chère-, Quand je te vois comme cela. CAMILLE, de même ou nu premier couplet ; fui tournant la tele du de la cheminée. Taisez-vous, regardez par là. CAMILLE. Ah! mon dieu! . . le déjeûner qui s'en va . . {On entend chanter en déduis.) CAMILLE. C'est lui • . c'est notre ami Scipion. Scène III. VICTOR, SCIPION, CAMILLE, AUGUSTE. SCIPIOX. AIR : fine les amours, qui toujours. Rn docteur savant Va. prudent, Je suis toujours (HipOl et hien portant, Pour montrer à chaque client L'échantillon vivant l>e mon talent. 11 J'ai, dès ce matin, Une faim Digne «I» vous ; Allons, dépêchez-vous! J'estime fort la diète . . mais Je la commande, ci ne m'y mets Jamais. Kn docteur, etc. etc. CAMILLK. Vous voilà, mon ami . . comme vous arrivez lard; et comme vous avez chaud, vous verrez que vous vous rendrez malade! . . SCIPION. Ah! hien oui . . comme si la maladie osait se jouer à moi, à un médecin . . car je le suis, et d'aujourd'hui. Faites- moi vos complimens, je suis reçu docteur. TOUS. Il se pourrait? SCIPION. Oui, mes amis . . oui, notre jolie petite soeur . • Aussi, je suis accouru vous l'annoncer, parce qu'un bonheur à soi tout seul! . . c'est ennuyeux: çà n'en vaut pas la peine. J'ai passé ma thèse à toutes houles blanches; l'assemblée a battu des mains, et M. Franval, mon vieux professeur, est venu m'embrasser, en criant: „Dignus es intrare ! " docteur! Le docteur Scipion ! comme cela sonne, et puis maintenant que me voilà un état . . (regardant Camille) je pourrai réaliser certain projet dont je vous parlerai dans un autre moment. VICTOR. A merveille! . . nous causerons de cela. (/ci Camille commence à apprêter le déjeuner.) SCIPION. En revenant, j'ai passé chez le portier en face, et chez Antoine le cominissionaire du coin que je traite pour rien . . ensuite j'ai vu un catarrhe, et une fluxion de poitrine. Air de Vécu de six francs. J'ai fait donner un apn/riiip, C'était au cintraième, je crois; J'ai vu deux fièvres au sixième . . VICTOR. Tu passes tes jours, je le vois. Dans les greniers et sous les toits. \2 ICIFION. Des mansardes, rhcrv i-amaracles, Je nuis le docteur oMigé ; (Montrant l'appartement où Us sont.) Kl par calcul, je sui> loge* Dans le Quartier de mes naïade*. En tout, six visites payantes; voilà nia matinée, et je rapporte douze francs . . Tiens, Camille, toi qui tiens la caisse, serre-nous cela . . savez» vous que si chaque jour il nous en arrivait autant . . VICTOR. Ce cher Scipiou! . . SC1PION. Ecoutez-donc; on ne peut pas payer davantage un docteur qui commence, et qui va à pied . . quand j'aurai nia demi-fortune, ce sera bien autre chose. Ensuite, mes amis, tout en faisant mes visites, j'ai pensé à vous; c'est une excellente chose que d'avoir un médecin pour ami . . ça voit tout le inonde: ça va partout; et voilà comme on parvient • • Vous, mes chers camarades, vous avez un talent sédentaire, lin mérite paisible; moi, je suis déjà médecin, un peu charlatan 1 un peu intrigant ; vous attendez chez vous la fortune ; et moi je vais au devant d'elle. VICTOR. Pour la partager avec nous. SCIPION. Fi-donc! entre amis, tout le inonde donne, et personne ne reçoit. CAM1LLK, ipti pendant ce temps a placr les tasses sur la table et rri se le chocolat, A table, à table! voici le déjeuner. SCIPION. Bonne nouvelle, le petit repas de famille . . c'est »• agréable. {Sur la ritournelle et le, pronier motif île l'air , Auguste arrange les chaise* autour de lu tal/le; } ictor va chercher les serviettes du» 3 la commode , et Sci/iion coupe du pain,) Air: ("est à Paris (de CarafFa). CHOEUK. l'ai- l'amitié, CtarMORI le banquet île ia vie; Paf l'amitié, Que notre sort soit égayé. 13 CAMILLE, debout au milieu de la table. Victor, incitez-vous là, «le grtec. VICTOR, se plaçant à sa droite. Prit de toi, 'l" 0 ' C9t raon '""'l'e»""! CAMILLE, montrant l'autre place à rôti d'elle. (« Scipion) Vous ici . . La pïW belle place Appartient an nouveau docteur. Auguslc, je n'ai pas pour l'heure D'auirc place, (Lui montrant le bout de la table.) AUGUSTE. C'est la meilleure, Je ne voudrais pas la céder; D'ici, je P"'** 10 regarder. (//.v sont tous assis autour de la table.) EN CHOEUR. l'ai* l'amitié*, Charmons le banquet tic la rie; l'ar l'amilie, Que noire sorl soit éiçayé. CAMILLE, regardant Victor. Qui bannit la mélancolie i* victor, la regardant. Qui île nos maux prend la moitié? tous. C'est l'amitié. SCIPION. Dieu! le bon chocolat. (regardant la tasse d'Âttgnstc) Mais Auguste en a eu plus que moi! CAMILLE. Que ces médecins sont gourmands! AUGUSTE. Eh bien! voyons, docteur, qu'est-ce que tu disais? SCIPION. M'y voici! . . la fièvre cérébrale dont je vous ai parlé il y a huit jours, était un étudiant en droit qui fait des vaudevilles. AUGUSTE. Là! . . ils en font tous, au lieu de faire des opéra-coliques; c'est ce qui nous ruine. S I 14 SCIPION. Tais-toi donc . . il en nvait un en trois actes . . et il n'était embarrassé que pour le musicien. Un musicien !.. me suis-je écrié ! . • j'ai ce qu'il vous faut ! un jeune homme qui a du chant, de l'harmonie, et des idées neuves, (h Auguiu) Vois-tu, voilà comme il faut se faire valoir.. toi de même.. Si dans un salon tu entends parler d'une fluxion de poitrine, pense à moi, ça me revient . . Enfin, mes amis, j'ai décidé mon client, et il te donne son poëine. AUG1JSTK, lui sautant au cou. Ah! mon cher Scipion ! mon sauveur. . notre fortune est faite . . succès complet, je t'en réponds, et nous vendrons la partition mille écus, chez Frère, passag-e du Panorama.. C'est lui qui achète toutes les bonnes . . J'ai déjà-là toute mon ouverture . . que n'ai-je ici un piano pour vous la faire entendre .. Mes amis, c'est un article bien essentiel qu'un piano. • et ce sera la première chose qu'il faudra acheter. SCIPION. Oui, sans doute . . ça, et une voiture, c'est de première nécessité . . nous les aurons. AUGUSTE. Nous aurons tout, maintenant que nous voilà riches. SCIPION. Ah! . . J'ai aussi un papier que le portier m'a remis en bas . . je crois que c'est notre terme. TOUS. Le terme! . . AUGUSTE. Ah ! mon Dieu ! . . déjà ! . . (fU se lèvent.) CAMILLE. Ecoutez donc. . c'est aujourd'hui le 8, pour nous, comme pour tout le inonde. AUGUSTE. Non pas .. il me semble que pour les artistes cela revient plus souvent. VICTOR. Enfin, il n'y a pas de mal . . on paiera celui-là comme on a payé l'autre . . 15 AUGUSTE. Oui . . mais c'est que l'autre, on le doit. . j'avais obtenu un délai, et nous devions payer les deux ensemble. VICTOR. Raison de plus pour se hâter. . Camille, toi qui es notre ministre des finances, donne-nous de l'argent. CAMILLE. Il n'y a plus rien . . tout est dépensé. VICTOH. Comment! ces deux-cents francs que nous avions mis de côté pour les grandes occasions? . . CAMILLE. Ces messieurs savent bien que tout y a passé pour les frais de votre maladie. SC1PION, (qui lui faisait sig-ne île se taire.) Voyez-vous la bavarde . . qn'est-ce qu'elle avait besoin de parler? VICTOR. Comment! . . c'était pour moi? AUGUSTE. Eh! non . . ce n'est pas ta faute, mais celle de Scipion! le quinquina est cher en diable; et il en ordonnait tous les jours. SCIPION. Trouve-moi donc une autre manière de couper la fièvre. VICTOR. Encore un nouveau service que je vous dois ! et c'est moi qui suis cause de l'embarras où vous vous trouvez; moi qui "e fais rien pour vous . . qui vous suis à charge. CAMILLE, o * }Uc Bis ensemble. 1 De déménager tou» ensemble. CAMILLE. Mais, un instant . . ne pourrait-on pas ohteuir encore du temps de M. Ducros, notre propriétaire . . il a l'air si bon avec moi. VICTOR. Du tout . . il ne faut pas y songer . . (à voir i,asse aux émue autres) Apprenez, qu'hier j'ai eu une scène avec lui . . je l'ai surpris faisant l'aimable avec Camille . . et j'ai manqué le jeter du haut eu bas de l'escalier. AUGUSTE, virement. Eh! bien! par exemple . . si je l'avais vu . . SCIPION, de même. Et moi donc . . il ne serait mort que de ma main. (O/i entend .sonner.) CAMILLE, allant à la porte ni regardant par le petit guichet. C'est Monsieur Ducros. VICTOR. C'est lui! quand j'y pense . . je ne sais qui me relient. SCIPION. C'est ça, il va tout gâter . . Aie la bonté d'entrer ici 9 côté; et laisse-uous arranger cette affaire-là, parce qu'à nous deux, Auguste . . nous prendrons des moyens conciliatoires« AUGUSTE. Oui . . s'il refuse . . je le jeterai par la fenêtre. 17 SCIPION. Et moi, comme Sganarelle, je lui donnerai la fièvre. (On sonne encore; Victor entre dans ta cluimbre à droite, et Camitla "a ouvrir à 1U. Ducros.) Scène IV. SCIPION, AUGUSTE, DUCROS, CAMILLE. DIJCROS, en entrant , à Camille. Bonjour, ma jolie petite mère . . bonjour, mes chers locataires, (à part, regardant Seipion et Auguste) Ah! diable ! . . à cette heure-ci, j'espérais les trouver sortis. . Ouf.. je n'en Puis plus . . il y a loin de ma boutique jusqu'ici . . six étages à monter, (.regardant Camille) aussi le coeur bat toujours quand on arrive. AUGUSTE, bas à Seipion. L'entends-tu déjà? DUCROS. Mais c'est trop juste, messieurs, c'est trop juste . . les arts . . le génie . . c'est toujours dans le haut [il parle entra cttjc deux, et Camille s'asseoit h droite près de la cheminée et travaille ; ion panier est par terre à cillé d'elle; il est recouvert par une serviette.) SCIPION. Ce n'est pas comme le commerce . . toujours au rez-de- chaussée. DUCROS. Eh! eh! . . le jeune docteur a le mot pour rire . . Vous savez, du reste . . ce qui m'amène . . Je suis enchanté que l'occasion du terme me procure l'avantage de vous voir. SCIPION. Nous sommes bien sensibles à votre visite. DUCROS, riant, et tirant sa quittance de sa poche. Eh! eh! c'est une visite de deux-cents francs. SCIPION. Diable . . je ne fais pas encore payer les miennes aussi cn er . . et c'est pour cela, mou cher propriétaire, que si Tous pouvez nous accorder quelques jours . . AUGUSTE. Nous attendons des rentrées certaines. Mansarde des Artistes. £23 18 DUCROS. J'en suis désolé . . mais il faudra que j« me mette en règle « . 6C1PI0N. Allons donc . . vous, M. Ducros, un riche propriétaire . • un gros marchand bonnetier, vous ne voudriez pas pour deux- cents francs vous fâcher avec nous. DUCROS, giûmeni. Du tout, mes amis, du tout, je ne me fâche pas . • moi d'abord, je suis bon enfant; je suis connu pour cela dans le quartier. Je vous ferai saisir . . mais d'amitié. AUGUSTE. Comment, morbleu . . 8C1PION. Daignez nous écouter! si, sans vous donner d'argent, on s'entendait avec vous . . par exemple, en cas de maladie . • je vous promets de vous faire deux visitas par jour, fei gratis. DUCROS. Je ne donne pas là-dedans . • moi, d'abord, je ne suis jamais malade, par économie. AUGUSTE. Notre ami Victor vous fera le portrait de votre femme. DUCROS. Madame Ducros !.. on la voit déjà à son comptoir, c'est bien assez! . . Ah! bien oui, faire le portrait d'une marchande de bas. AUGUSTE. On vous la peindra en pied. DUCROS. Je n'en veux pas. SCIPION. Ce sera parlant. DUCROS. Raison de plus . . de l'argent, de l'argent. AUGUSTE, le menaçant. Eh bien, puisqu'il n'y a pas moyen de lui faire entendis raison. 19 CAM1LLK, le retenant et passant entre lui et Thicros. Auguste, y pensez-vous. . ( bis ensemble. Et Leycester par-dessus le marché 1 . J ducros. Allons, puisque c'est conclu, dans une heure Je viendrai la chercher en vous apportant l'argent . . (H salue les jeunes gens — « part) puisqu'il est impossible (désignant Camille') de lui parler . . {Il glisse une petile lettre dans le panier de Camille qui est assise et ocmpfe à travailler.) Eh! bien, ma charmante, êtes-vous contente de moi . . c'est pour vous ce que j'en f 8 ' 8, AUGUSTE. Eh! bien, monsieur Ducros, que faites-vous donc? DUCROS. Rien.. Enchanté de mé'tre entendu avec vous,"parce que le commerce, les arts . . tout se doit un mutuel appui . . (regar- dant le tableau) Quel coloris! quelle jarretière! Dieu! que la jarretière est bien! Adieu, adieu . . Ma charmante, vous aurez de mes nouvelles plutôt que yous ne croyez, (il sort.) Scène V. Les Mêmes, hors DUCROS. AUGUSTE. L'excellente affaire! que Victor se plaigne encore . . c'est lui qui est notre sauveur, c'est lui qui nous tire d'embarras !.. Victor! Victor! . . VICTOR, sortant de la porte de gauche. Eh bien! qu'y a-t-il donc? . . j'ai cru que vous n'en finiriez pas. SCIl'ION. Les galions sont arrivés . . tout l'or du Nouveau Monde.. cinq-cents francs . . jamais nous n'avons été aussi riches, et cela grâces à toi . . VICTOR. Mais explique-moi donc. 8C1PION. Auguste te le dira . . je cours à mes malades; monsieur Franyal, mon vieux professeur, part demain pour la cam- Tl pagne, et, en son absence de trois Jours, il m'a confié sa clientelle . . A propos «le cela, aies amis, puisque nous voilà en fonds, il me semble qu'il serait convenable d'inviter aujourd'hui à dîner ce cher professeur .. c'est un brave homme, un homme des anciennes méthodes. AUGUSTE. Et un gaillard qui a le mot pour rire. Tu feras très-bien .. si en même temps tu invitais ce jeune étudiant en droit, l'auteur de mon opéra-comique. SCIPION. C'est trop juste . . je m'en charge . . Camille, tu auras soin de nous donner un petit dîner fin et délicat. VICTOR. Mais, mes amis, permettez donc . . SCIPION. Çu'est-ce que tu as à dire? c'est toi qui nous régale, c'est toi qui paie. CAMILLE. Ah! Scipion . . si en même temps, puisque nous voilà riches . . vous vouliez faire raccommoder ma chaîue qui est cassée détachant da son cou) • je crains de perdre le portrait, et comme c'est celui de ma mère . . SCIPION. C'est bien .. c'est bien . . je m'en charge .. et en même temps je le ferai nettoyer à neuf chez le premier bijoutier. VICTOR. Ah çà, il vous est donc arrivé des millions? . . SCIPION. Comme tu dis, le terme est payé, et de plus . . nous sommes en argent . . Ain : Ami, voici la riante semaine. Dr'pcchon -nous, il faut que je rassemble Ton jeune auteur cl mon \ieux professeur; Puis au dessert, nous chanterons ensemble Ce grand morceau qui me l'ail tant d'honneur. Quoique docteur, j'aime le chromatique; J'aurais 6li fort sur le violon . . C'est Juste. AUGUSTE. ■ mmt*tÊmMt m ■■■■■■i 23 La médecine es» soeur Je la musique, Car Esculape est le fils cl'Apollon. TOUS EN CJIOEUH. Un médecin doit atmer la musiquo, Car Esculap» est lo fils d'Apollon. (Scipion sort en courant.) Scène VL VICTOR, AUGUSTE, CAMILLE. VICTOR. H a perdu la tête; et je tremble pour les ordonnances qu'il va douuer. AUGUSTE. Laisse-le faire, et imite-nous'; nous ne sommes pas fiers .. ton argent, c'est le nôtre; et nous en usons Bans t'eu demander la permission. VICTOR. Mon argent! . • CAMILLE. Eh oui, M. Ducros, notre propriétaire, ce riche bonnetier, avait besoin «l'une enseigne, et il nous la paye cinq-cents francs. VICTOR. Moi, une enseigne . . j'irais me déshonorer et avilir mes pinceaux ! AUGUSTE. A qui en a-t-il donc? . . tout le monde a commencé par là . . moi qui te parle, j'ai bien fait des contredanses . . et s'il le fallait, j'irais les jouer . . en avant deux chassez croisez . . et la queue du chat . . Ai h: A aoij-anie ans. Plus tard, mon cher, je ferai des merveilles, Des opéras qui n'en finiront pas. Si jamais le fruit de mes veilles A nos neveux parvient, hélas I O postérité! tu diras : ,,11 fit des opéras immenses, „ Afin de vivre longuement, „ Apres sa mort . . Et puis, chemin faisant, ,,11 composa gaîment des contre-danses, „Pour exister de son vivant." 24 VICTOR. Tu as raison . . c'est peut-être un amour-propre, une fierté déplacée; mais avec cette idée-là, ce serait plus fort que moi, il me serait impossible de rien faire. AUGUSTK, passant à ta droite. Eh ! bien, on ne te demande rien, c'est déjà fait . . Regarde ton tableau d'Elisabeth; nous l'avons vendu cinq-cents francs; dans l'instant on va nous les apporter. VICTOR. Çuoi! ce tableau . . ah! mon ami, il est dit que le malheur me poursuivra toujours.. je l'ai vendu ce matin soixante francs à un brocanteur. AUGUSTK. Il se pourrait . . CAMILLE. Ah! mon Dieu, nous voilà ruinés. AUGUSTK. Aussi je te demande pourquoi te mêler de commerce . • toi qui n'y entends rien . . Mais on t'a trompé; et nous ne soufl'rirons pas . . VICTOR. Non, mon ami, non, ma parole est donnée . . et jamais je n'y manquerai. CAMILLE. Auguste, il a raison. .AUGUSTE. Hélas! oui . . et il n'y a rien à faire . . CAMILLE. Çu'à contremander notre dîner. . (retirant la servirai- q» est sur le jianier) Et pour moi, me voilà revenu du marché. (Elle secoue la serviette, et le billet que Vucros tj a glissé toml> a par terre.") VICTOR. Ouel est ce papier que tu laisses tomber? CAMILLE. Je ne sais . . VICTOR, lisant l'adresse. A mademoiselle Camille . . C'est à votre adresse . . 25 CAMILLE, le regardant. Eu effet, mais je ne connais pas cette écriture, et je ne sais comment ce billet se trouvait-là. VICTOR, avec Imolion. Vous ne le lisez pas! . . CAMILLE. A quoi bon . . puisque vous le tenez .. ai-je des secrets pour vous? . . voyez-vous-inême. VICTOR, après avoir parcouru le billet fait un geste de colère et se reprend. Camille . . je vous en prie . . laissez-nous un instant . . CAMILLE. Mon ami! . . qu'avez-vous donc? . . VICTOR. Tout-à-l'heure nous irons vous retrouver . . CAMILLE. C'est bien . . c'est bien . . je m'en vais . . Ah! le vilain billet! (,/ille sort par la porte à droite du spectateur.) Scène VIL AUGUSTE, VICTOR. VICTOR. Tiens, vois toi-même . . et dis-moi s'il est permis de pousser plus loin l'insolence. AUGUSTE , parcourant le billet. „ Adorable mignonne" . . Point de signature . . et c'est une déclaration d'amour qu'on ose adresser a Camille! (wm colère) Morbleu! (*« reprenant) C'est ce matin, quand elle est sortie, qu'on lui aura g-lissé ce billet dans son panier. VICTOR. Eh bien! tu vois maintenant ce que je te diaais tantôt! . . c'est nous qui l'exposons à de pareilles insultes . . c'est la position où elle se trouve ici. 26 AUGUSTE. Tu as raison . . mais s'il faut t'avouer la vérité . . il nie serait impossible de ne plus voir Camille, de me séparer d'elle . . Pendant long 1 -temps, comme toi, j'ai cru que ce n'était que de l'amitié . . mais je ne peux plus m'abuser: c'est de l'amour. VICTOR. Que dis-tu? AUGUSTE. Je l'aime; je veux l'épouser; et c'est-là le projet dont je voulais te parler ce matin. VICTOR, a part. Ah! malheureux que je suis! AIR : Restez, restez, troupe jolie. Quoi! l'amour régnait dans Ion ame/ Et tu ne nous en parlai» pas. AUGUsTK. C'est qu'en pensant à celte flamme, Je me la reprochais tout bas. Oui, de l'aimer à la folie, Je m'accusais . . car, c'est, hélasI Le premier bonheur de ma vie yue vous no partagerez pas. Ou plutôt je disais . . c'est ma femme et moi qui tiendrons le ménage; par ce moyen nous ne nous quitterons pas, nous resterons ensemble . . Je sais que le moment n'est pas favorable, puisque nous n'avons rien que des dettes, et que notre loyer même n'est pas payé; mais enfin les circonstances peuvent changer, et si jamais je fais fortune ce sera pour la partager avec vous, mes amis, et avec elle • • Hehn, que dis-tu de mon plan? VICTOR. Qu'il me paraît très-raisonnable, très-convenable . . AUGUSTE. Tu l'approuves donc? . . A merveille. Voici notre an» Scipfon, ne lui parle pas encore de mon amour. . parce q 11 est goguenard, et qu'il se moquerait de moi. 27 Scène VIII. AUGUSTE, SCIPION, VICTOR. SCIPION. Toutes mes courses sont finies . . J'espère que je n'ai pas perdu de temps (« Victor). Eh! bien, Victor . . qu'as-tu donc? tu me parais changé? . . VICTOR, Non, mon ami, je t'assure. SCI1MON, d'un ton de reproche. Parbleu ! j'espère que je m'y connais, (lui prenant le pouls) Ta main est froide, et ton pouls bat comme si tu avais la fièvre . . Voyons, d'où souffres-tu? qu'est-ce que tu éprouves? . . VICTOR. Moi, rien . . te dis-je. SCIPION. Comment rien . . est-ce que tu n'as pas confiance? . . VICTOR. SI vraiment . . mais hier et aujourd'hui, j'ai beaucoup travaillé; et peut-être la fatigue . . SCIPION. C'est cela, un mal de tête.. Pour te dissiper je t'apporte encore de bonnes nouvelles; car remarquez qu'il n'y a que moi qui vous en donne . . chez vous le baromètre est toujours à la tempête, et chez moi au beau fixe . . Je sors de chez Monsieur la Bernardière, un malade chez lequel mon Professeur m'a présenté ; bel appartement, et puis, bon Reni e . . "ne porte-cochère . . c'est la première fois que ça m'arrive: tout en causant avec lui . . et en donnant ma consultation . . > e voulus tirer ma tabatière pour me donner un air capable, Parce qu'une prise de tabac, placée à propos, donne bien du Poids à une ordonnance; et dans ce mouvement je fis rouler s '»r son lit le médaillon que Camille m'avait donné à raccommoder . . et oii est le portrait de sa mère peint par Victor. ^ la vue de cette miniature, il fait un geste de surprise; il Paraît que notre malade est connaisseur! — Monsieur, qui a fa 't ce portrait? — Un de mes amis . . un peintre distingué. 28 — Et tous avez connu l'original? — Oui, monsieur. C'est frappant, ou plutôt c'était frappant «le ressemblance, car la pauvre femme . . Je lui raconte alors l'histoire de Madame Bernard, notre voisine et de Camille sa fille, que nous avons recueillie . . Pendant ce temps notre amateur ne quittait pas des yeux le portrait.. il est vrai que c'est d'un fini ! — Mon cher docteur, m'a-t-il dit, vons et vos amis vous êtes de braves jeunes gens.. et si je reviens de cette maladie, ma première visite sera pour vons . • Vous entendez bien qu'il en reviendra . . je vous en réponds, et j'ai idée que nous avons en lui un protecteur. AUGUSTE, Tu croi» . SCIPION. Parbleu! . . un homme très-riche, un vieux g-arçon . • son valet-de-chambre qui avait mal aux dents et qui voulait m'ait râper une consultation gratuite, m'a raconté toute sou histoire . . C'est un parvenu qui n'a que des parens for' éloignés et qu'il connaît à peine. . il est lui seul l'artisan <' e sa fortune, et il en a beaucoup ainsi que du crédit. Avec sa protection . . je peux ine lancer, me faire connaître, et réaliser alors le projet que je inédite depuis si long-temps et dont jusqu'ici, mes amis, je ne vous ai pas parlé; mais c'éta'' tout naturel . . tant que j'étais étudiant en médecine je "_ e pouvais pas songer à m'établir; mais maintenant que je s" ,s médecin, que j'ai un état et des espérances, rien ne m'empêche d'épouser celle que j'aime . . et c'est Camille. AUGUSTi;, à par/. O ciel! . . VICTOR. Quoi! tu es amoureux! SCIPION. A en perdre la tête.. vous qui ne la regardez que c01tl ^ 9 une soeur . . ça vous étonne . . mais moi, voilà long- J .j que ça ine tient; il ne faut pas croire que la ^ flC , ^ ce insensible . . (à Auguile, //ni ne rtponà pas) Eh bien. <|'' qui te prend donc? te voilà comme Victor était tout-à-1 " e AUGUSTE. Moi, mon ami, tu te trompes . . je te jure. 29 SCIPION. Non pas, et voilà que vous m'effrayez, car ça offre tous 'es Caractères d'une épidémie. (« f'ictor, montrant Auguste) Sais- tu ce qui lui a pris? VICTOR. Oui, sans doute . . il est comme toi, il aime aussi Camille. SCIPION. Comment! il se pourrait? AUGUSTE. Ah! mon dieu, oui . . je suis le plus malheureux des hommes . . SCIPION. C'est moi qui le suis, moi qui lui enlève sa maîtresse . . car je ne puis guère en douter, je parierais que c'est moi qu'elle aime . . AUGUSTE. Oh ! si ce n'était que cela . . Mais c'est que j'ai l'idée au contraire que c'est moi qu'elle préfère . . et tu ne vas plus m'aimer, tu vas me haïr. Moi choix. SCIPION. peux-tu le penser . . je m'en rapporte à son Air: Ce que f/prouve en vous voyant. Qu'elle prononce, mes amis. Mais quelque sort qu'on nous prépare, Que jamais rien ne nous sépare, Jurons d'être toujours unis. TOUS TROIS. Jurons d'être toujours unis. (Bn ce moment f 'ictor passe entre Auguste et Scipion, dont il prend '« moin.) SCIPION, bas à f 'ictor et montrant Auguste, Il faut, comme je l'appréhende, S'il n'est pas payé de retour, L'aimer encor plus dans ce jour, Pour qu'ici l'amitié lui rende Tout ce que lui ravit l'amour. SCIPION. Eh! bien, Victor, qu'eu dis-tu? 30 VICTOH. Çue fe suis content; quoi qu'il arrive, il y aura un de mes amis qui sera heureux. SCIPION. La seule chose qui m'embarrasse maintenant, c'est d'en parler à Camille, je n'oserai jamais, AUGUSTE. Ni moi non plus . , 6CIPION. Une meilleure idée . . il faut que ce soit Victor qui parle pour nous. VICTOR. Moi! BCIPION. Eh! oui, sans doute; lui qui n'est pas amoureux . • n'aura pas peur, et puis il sera impartial. VICTOR, à pari. Ah! je ne m'attendais pas à ce dernier coup. Scène IX. Les Puécédens, CAMILLE. CAMILLE. Eh bien, qu'est-ce que vous faites donc, mes aiw*» voilà une visite qui vous arrive ; j'ai aperçu par la fenôf 8 ua vieux monsieur en noir, et qui ne va pas vite. SC1M0N. C'est M. Franval, notre cher professeur; quand on H 8 " vite pour cinq heures . . il arrive toujours à quatre. AUGUSTE. Est-ce qu'il vient dîner! M ll'ION. Sans doute, n'était-ce pas convenu? je suis passé ch e * notre étudiant eu droit.. et nous aurons un convive de |»I U CAMILLE. Un de plus . . 31 SCIPION. Oui, il ne m'avait pas dit qu'ils étaient deux collaborateurs . . quelquefois môme on est trois pour un vaudeville. CAMILLE. Ah! mon dieu! comment allons-nous faire? SCIPION. Ou'est-ce qu'ils ont donc? AUGUSTE. Le tableau de cinq-cents francs, notre unique espoir, a &é vendu soixante francs . . SCIPION. Il serait vrai !.. eh bien ! mes amis, il ne fout pas se désoler . . soixante francs, nous sommes six, à dix francs par tête il y a de quoi faire un joli dîner. AUGUSTE. Oui, si nous les avions . . mais ils sont encore à venir, le terme n'est pas payé; de sorte que Monsieur Ducros peut tout faire saisir, tout . . jusqu'au dîner . . SCIPION. Dieu! quel alFront pour nos convives . . mon professeur surtout . . je le connais, c'est un entêté . . il est venu pour dîner, et il ne s'eu ira pas qu'il n'ait en satisfaction . . Vas, Camille, fais comme tu voudras, mais tâche de nous avoir uu dîner impromptu, et à crédit . . CAMILLE. Dame ! je vais tâcher . . j'ai déjà les douze francs de ce matin. SCIPION. C'est ma foi vrai! . . voilà déjà le premier service, dépêche-toi . . et puis tantôt, quand tu reviendras, Victor a quelque chose à te dire de ma part. CAMILLE. A mol . . AUGUSTE. Oni . . oui . . Victor a aussi à te parler de la mienne . . CAMILLE, les regardant d'un air ftonm': Ah ça! à qui en ont-ils tous les trois . . 32 SC1PI0N. On sonne. Vas-t-en donc, et par le petit escalier; j'entends notre professeur» (.Camille sort par la porte à gauche,') SC1PION, parlant à Auguste et à f'ictor. Dites donc, je vais le faire parler médecine, parce que cela nous fera gagner du temps. Scène X. SCIPION, M. FRANVAL, AUGUSTE, VICTOR. M. FRANVAL. Salut . . à l'aimable jeunesse. AUGUSTE. Bonjour, Monsieur Franval. SCIPION. Bonjour, mon professeur, . . asseyez-vous donc, je vous prie. M. FRANVAL. fia ne me fera pas de mal . . car la montée est rude, et je me disais en route: Maclc animo, gcnurose puer ! siciturad astr"' SCIPION. Vous avez raison, nous sommes un peu voisins des astres- M. FRANVAL. Laissez donc . . vous avez une habitation de petites-mai' tresses . . vous êtes de vrais Sybarites . . de mon temps élèves en médecine logeaient encore plus haut. Il est V 81 qu'alors on avait de meilleures jambes; mais, vois-tu, ,n0 , n ami Scipion, c'est un temps à passer; à mesure que tu té' e " veras en réputation, tu descendras d'un étage. SCIPION. C'est pour cela, mon professeur, que vous êtes inaintenau' au premier. M. FRANVAL. Eh! eh! . . c'est un compliment qu'il me fait-là • • ^"'^ mes amis, je me soutiens tant que je peux; mais dans moment-ci, l'ancienne médecine a bien du mal . • """^g,,. fendons le terrain, „tniguibai et rostro," car il y a de gereux novateurs. 33 SCIPTON, à pari. C'est bon . . nous y voilà. AUGUSTR. Oui, Scipion nous a conté cela. M. FRANVAL. Imaginez -vous que depuis cent ans, et plus, on se moquait du docteur Sangrado et de son système . . Eh bien ! nous y voilà revenus . . l'eau chaude et la saignée, ou ce lui revient au même, les boissons et les sangsues . . le» sangsues, ils ne sortent pas de là . . c'est le remède à tous •es maux : c'est la panacée universelle. Air: f'os maris, un Palestine. Mais c'est en vain qu'on clahaude; La sangsue un jour passera, Kt tous ces marchands d'eau chauds Ne ï'oni, on le voit déjà, (Jne de l'eau claire. — Kt voilà ! Dans la rivière, leur doctrine Conduira le corps tout entier, Kt nuitlartt son ancien quartier, L'Kcole de Médecine Va venir aux bains Vicier. SCIPION. 11 nie semble cependant, mon professeur, que dans votre dernière ordonnance, j'ai vu se glisser quelques sangsues. M. FRANVAL. Parbleu! il le faut bien; si on ne les employait pas, on aurait l'air, dans le monde, d'un routinier . . d'une tête à perruque; voilà comment ils nous traitent . . AUGUSTE. Eh bien! alors, continent faites-vous? M. FRANVAL. A mon cours et à mon hôpital, je fais l'ancienne niéde- cine, parce que c'est la bonne ; et dans le monde, quand j'y s '"s appelé, je fais la nouvelle, parce que les Parisiens ne se croiraient pas guéris s'ils n'étaient pas guéris à la mode. (fio- 'or va s'asseoir auprès de son tableau, et reste mt ê orté danê ses rtjicjcions.) SCIPION. Merci, mon professeur, je profiterai de la leçon. l'a Hlnnsnrile des ./rlisles, [ 3 ] 34 M. FRANVAL. Et tu feras bien; dis-moi, comment Ta M. de la Bernar- dière, chez qui je t'ai envoyé? SCIPION. Un peu mieux depuis ce matin. M. FRANVAL. C'est une fièvre ataxique bien dangereuse, une bonne maladie pour toi, mon garçon; il faut suivre cela avec attention. SCIPION. Je vons demande bien pardon, mon professeur, mais je crois que vous vous trompez sur ce mnlade-là . . M. FRANVAL. Qu'est-ce que ça veut dire, je me trompe? SCIPION. Permettez .. non pas sur les effets, mais sur la cause de sa maladie . . Je l'ai fait parler ce matin . et il ine semble que chez lui c'est le moral qui est attaque . . il a queli|" e chose qui le tourmente, quelqu'arrièrc-pensée qui l'agi"?! aussi je lui ai dit: mon client, pour que la médecine puisse agir avec effet sur le corps, il faut d'abord que l'âme soi' tranquille, et la vôtre ne l'est pas . . II m'a serré la main *• me disant : docteur, vous avez raison ! Eh bien, lui ai-je re- pondu, commençons par là! mettez-vous d'abord en paix avec vous-même, cela vous regarde . . pour le reste je m'en charge» et vous jouirez bientôt (comme dit notre professeur) des deii* trésors les plus précieux sur la terre: „mens saua in corpo rfl sano. " M. FRANVAL, Tu lui as dit cela . . Embrasse-moi, mon cher Scip'° n » je te cède ce inalade-lù; il est à toi Et par droit de conquête, et par droit de «cionce. Voilà un élevé digne de moi! SCIPION. ^ Merci, mon professeur . . je tâcherai de faire honne" r vos principes. M. FRANVAL, passant prt-s Je In nheminte , «< f*Jf asseyant f ovr r/tau/frr. Comme moi à ton dîner . . car il me semble que 1 he<" approche. 35 SCIPION, à part. Nous y voilà . • j'étais bien étonné qu'il l'eut oublié. (* M. Franvaly Mou professeur, si en attendant, vous vouliez jeter un coup-d'oeil sur ma bibliothèque ? AUGUSTE, àas à Scipion. Ta bibliothèque! . . SCIPION, de même. Ces trois livres de médecine qui sout-là, sur la planche . . (4 pan) Et Camille qui ne revient pas. Scène XL VICTOR, AUGUSTE, CAMILLE, SCIPION, FltANVAL, toujours à la cheminée, et leur tournant le dos. CAMILLE, un panier sous le bras , entrant par la gauche. Me voici, me voici . . rassurez-vous, j'ai tout ce qu'il >ue faut. SCIPION. Alors, dépêche-toî (montrant son professeur) , car C6 paUVTO homme . . j'en ai mal à son estomac. CAMILLE. Oui; mais il y a en bas une voiture qui vient vous chercher; un graud laquais est descendu, et a demandé le docteur Scipion. SCIPION. A-t-il une livrée? CAMILLE. Oui, sans doute. SCIPION. Dieu! quel honneur ça va me faire dans le quartier. CAMILLE. C'est de la part de M. de la Bernardière, qui vous demande; eh! vite, eh! vite • • . (Kltc entre avec son panier par la Porte à droite.) SCIPION. M. de la Bernardière! mon meilleur malade . . Mon professeur, je vous demande bien pardon. I 3» ] 36 M. FHANVAL. Qu'est-ce que c'est? Air des Scythes. Pour un moment, cher docteur, je vdui quitta. (à Auguste) Songe au dîner, dan» l'instant je revieu. FRANTAL, «c >'•""- tion) Auguste et Scipion vous aiment tous deux, et veulent vous prendre pour femme . . CAMILLE, à part. Que dit-il? . . lui, Victor. (On sonne). AUGUSTE. Ah! mon dieu! c'est Ducros. M. FRANVAL. Encore un convive. AUGUSTE. Ah! c'est Scipion. Scène XIII. CAMILLE, VICTOR, AUGUSTE, M. FRANVAL. SCIPION, hors de lui. La victoire est à nous! Mon cher professeur . . nies n res, mes amis, embrassons-nous. 39 TOUS. Qu'y a-t-il donc? 8CIPION, Embrassons-nous d'abord . . je vous le dirai après . . Je viens de chez mon malade. M. FRANVAL. Il est sauvé! SCIPION. Du tout ; mais c'est en bon train . . grâce à la confidence qu'il vient de me faire . . et qui l'a soulagé plus que toutes les drogues de la faculté . . Ce Monsieur de la Bernardière, cet homme si riche, ce nouveau parvenu, n'est autre que Monsieur Bernard, le beau-frère de notre ancienne voisine, et l'oncle de Camille. CAJWUUK, Que dites-vous? sciPiorv. II ne peut plus vivre sans moi; et m'avait fait appeler. Quand je suis arrivé, il avait la fièvre; il était dans le délire . • il demandait pardon à sa soeur qu'il avait repoussée., qu'il avait laisser mourir de misère . • Ma vne et mes discours l'ont calmé, lui ont rafraîchi le sang; et il n'a plus maintenant qu'un désir, c'est de revoir sa nièce, de l'adopter, de réparer ses torts . . ,,Docteur, ni a-t-il dit, allez lui annoncer que si „ je meurs, elle est ma seule héritière ; et que si j'en reviens, „elle a cent mille écus à offrir au mari qu'elle choisira." — „ C'est dit, lui ai-je répondu . . là dessus, dormez tranquille, „et dans une heure vous aurez de mes nouvelles." CAMILLK, passant à ta droite du Sripion. Je ne puis revenir encore de tout ce que j'apprends . . Ah ! Scipion! que ne vous dois-je pas! . . SCIPION. Ces titres-là ne sont rien . . il en est d'autres que vous ignorez . . AUGUSTE. Elle sait tout . . Victor a parlé pour nous. StTPlON. Ce cher ami . . Eh! bien, Camille, prononcez. VICTOlt. Oui . . je vous l'avais promis, et je tiens ma parole . . Camille . . il faut rompre le silence . . prononce entr'eux? Oiiarantaiue, comédie-* aude\ille en un acte, par MM, Scribe et fllazitres, 5 Sgr, No. 20. Le Cousin Frédéric, ou la Correspondance, comcdie-vaude\ ' .... _____ mm £>—'i- .... ^/ ..^ e fier, ■ jffjff. Le Cousin Frédéric, ou la Correspondance, comédie-vaud* en un acte, par MM, Emile, Arag-o et Alexandre, o Sg r No. 21. La Lune de Miel, comédie-vaudeville en deox actes, P ar Scribe, Metesville et Carmauche , 10 Sgr, ,.. No. 22, La Demoiselle à marier, ou la première Kntrevue, conie'l' vaudeville en un acte, par MM. Scribe, MelcsviHe et '* * mouche, 7 Sgr. 6 Pf. cl No. 23. L'Héritière, comédie-vaudeville en un acte, par MM. Scribe Defnvifrne, 5 Sgr. .Afiirr. No. 24. Le jeune Mari, comédie en trois actes, par M. Mazères, * W 2ffj" No. 25. Le vieux Général, comédie-vaudeville en deux actes, pW h<\rcr»ers et ff'arin, 7 Sgr. (i Pf. ujf, No. 20. Le \ icux Mari, comédie - v audev ille en deux actes, pari* Scribe el JHelesville , 10 Sgr, . «/ ( -r- No. 27. La Mailresse, comédie-vaudeville en deux actes, par MM. ville, II. Leroux et Alexis, 7 Sgr. 6 Pf.