Répertoire du Théâtre français à Berlin. Mil. LA DEMOISELLE A MARIER, ou LA PREMIERE ENTREVUE, COMÉDIE-VAUDEVILLE EN VW ACTE. PAR MM. SCRIBE, MELES VILLE et CARMOUCHE. SMBMSTs) chez Ad. Mt. Schlesiuger, Libraire et Éditeur de Musique, unter den Linden No. 34. 1 8 2 9. Personnages. Acteurs. M. DUMKSNIL ,........... Mr. HERAULT. Mr. nUCOUORAI, ami du M. Dmutnfl . . . Mr. DURVJSSJSL, ALPHONSK DK LUCEVAL, prétendu do Camille Mr. DBLCOUR. BAPTISTE, domestique de M. Itum. sml . , . Mr. FRANCISQUE MADAME DUMKSNIL........, M ad. DURU1SSEL, CAMILLE, leur fille.......... Mlle. LANCBSTRE. La seine se passe en Province, dans la maison tic M. Ihimcsiiil. IMPRIMERIE de L. W. KRAUSE, Adlcr - Strasse Nr. 6. Le théâtre représente un talon de campagne; porte au fond, deux latérales, sur le premier plan; sur le dernier plan, deux autres portes latérales, dont l une est celle de la salle à manger, et Poutre celle d'un appartement. A gauche du spectateur, une table et tout ce qu'il faut pour écrire; du même coté, une harpe et des livres de musique. A dr o it e une table sur laquelle se trouvent du canevas, de la broderie, et autres ouvrages de femmes. Scène I. M. et Mad. DUMESNIL, le mari est en robe-de- chambre et la femme en habit du malin. M. DUMESNIL. Oui, ma chère amie, ce n'est qu'à dix heures qu'il doit venir . . ainsi ne vous pressez pas. MAD. DUMESNIL. Comment! ne pas me presser . . une affaire de cette importance . . à peine ai-je eu le temps de tout disposer . . de tout ordonner dans la maison. M. DUMESNIL. Ma femme, ma femme, vous allez faire trop «le préparatifs, et aux yeux de M. de Luceval ça aura un air de cérémonie. Mad. DUMESNIL. Du tout, monsieur, vous pouvez vous en rapporter à moi.. Mais quand il y aurait un peu d'apparat, on serait le mal ? le jour où l'on attend un gendre . . un gendre! . . ce mot-là C 1* ] I est si lus qu'au ventre des chevaux, Depuis que nos municipaux Font réparer les chemins vicinaux, A travers les champs et les bois, etc. DIMKSML. En effet, te voilà en courrier. DUCOUDRAI. le suis comme cela, moi, toujours en poste, quand il s'agit d'obliger mes ainis ; et j'apporte de bonnes nouvelles .. «les nouvelles de mariage. MAI). DUMKSNIL. Nous allions vous en parler. DUCOUDRAI. C'est ça, vous parlez . . et moi j'agis . . Tu sais, mon vieil aini, que nous ne uous sommes jamais quittés; et que déjà, dès le collège de Montèrent!, nous faisions des châteaux en Espagne, pour uous et pour les nôtres . . Nous étions 6 millionnaires, sénateurs, généraux d'armées, et nous épousions des duchesses . . Il est arrivé de tout cela que tu as épousé une bonne bourgeoise, que je suis resté garçon, et, quant à la fortune, que nous avons tous les deux une bonne place dans l'enregistrement, et que nous n'en sommes pas plus malheureux . . N'est-il pas vrai? DUMKSNIL. Non morbleu. DUCOUDRAI. Moi surtout, qui, comme garçon, dîne toujours en ville- qui vais à mon bureau dans la semaine; à la chasse le dimanche, et qui mène, quoique citadin, la vie d'un gentilhomme campagnard . . C'est-là mou bonheur, et je n'en veux pas d'autre . . Mais ces idées d'ambition, que je n'ai plus pour moi, je les ai conservées pour tes enfans, pour Camille surtout, que je regarde comme ma fille, car je n'ai point oublié que je suis son second père, son parrain . . et comme, grâce à mes habitudes un peu dépensières, il m'était plus facile de lui donner un mari que de lui donner une dol, depuis un an je me suis mis en campagne, et d'aujourd'hui seulement j'ai réussi. Mad. DUMKSNIL. Çue dites-vous? DUCOUDRAI. Çuie vous n'avez pas perdu pour attendre . . Un parti superbe . . parce que moi, quand je ine mêle de quelque chose . • j'y ai mis un zèle, une adresse, eu un mot, c'est le fils de notre inspecteur-général. DUMKSNIL. Ah! mon dieu! monsieur de Géronville! . . DUCOUDRAI. Il te demande ta fille en mariage .. et voici la lettre que j'apporte . . Tenez, tenez, mes amis . . Eh bien! qu'est-ce que vous avez donc? . . moi, qui croyais que vous alliez me sauter au cou, et qui craignais d'avance les effets de la suffocation. DUMKSNIL. Mon cher ami, mon bon Ducoudrai ! . . nous soin m os bien sensibles à ton amitié . . . mais nous avons un autre parti en vue. 7 DUCOUDRAI. Un antre parti! . . Est-ce qu'il peut valoir le mien? . . Le fils de M. de Géronville, notre inspecteur! Air du Vaudeville du Charlatanisme. Le chef de l'enregistrement ! Te voilà dans ses bonnes grâces . . DUMESNIL. Oh! je n'en demande pas tant. DUCOUDRAI. Eh quoi ! tu ne veux pas de places ? nUMF.SNIL. Point de faveurs . . mais seulement De la justice . . DUCOUDRAI, (JucI caprice ! Songe donc que précisément En l'ait de places . . c'est souvent Une laveur que la justice. MAD. dumksnil. Mais notre gendre n'en a pas besoin . . Trente mille livres de rente et un beau château. DUCOUDRAI. Ça n'est pas possible. MAD. dumksnil. C'est ce qui vous trompe. DUCOUDRAI. Fortune mal acquise . . Quelque nouveau parvenu . . *«■ air piqut.) Du reste, vous êtes bien les maîtres; vous ferez ce que vous voudrez . . qu'est-ce que ça me fait à 'uoi . . Camille est votre fille. DUMKSNIL. Eh bien! . . vois un peu ce que c'est que l'amour-pro- l>re? . . Toi, le meilleur des hommes! toi, notre ami intime! te voilà fâché que ma lille fasse un superbe mariage! et pourquoi? . . parce qu'il n'est pas de ton choix. DUCOUDRAI. Moi . . ,8 IM'MKSNFL. Mais no«s allons parler «le cela dans mon cabinet . .' Je ne veux pas que devant Camille il soit question de rien . . Toi, surtout, ma femme, ne la préviens pas de l'arrivée de M. de Luccval; il ne veut pas être connu, et je lui en ai donné ma parole. DDCOUDRAI. A merveille . . Il paraît que le jeune prince veut garder l'incognito, c'est charmant., des manières de grand seigneur.. DlIItlESNIL. Eh! non . . c'est au contraire pour en agir plus simplement qu'il doit se trouver ici par hasard, et pour marchander quelques arpens de terre. IHJCOUDRAI. Encore mieux . . c'est un petit roman qui commence . . il parait que votre gendre futur est un jeune homme à sentiment. DUMKSNIL, l'emmenant. Tiens, tu as beau dire, tu es piqué contre lui. DUCOUDRAI. Moi ! si 1*011 peut dire .. (On entend la ritournelle de l'air suivant.) MAD. DUMKSNIL. Et partez donc, car voici ma fille. Scène III. M ad. DU M ESN IL, CAMILLE. CAMILLE, avec un petit panier sous le iras. AIR de la ff'alse de Lioeadie. L'amour, Un jour, Te prendra , Nicctte ; L'amour, Un jour. Te jouera «l'un tour. Jusqu'ici, roquette. Tu te ris de noue ; Bientôt ta dcTaite Nous vengera tous. !» L'amour, Un jour etc. J'rirai bien» j'espère, S'il a ce pouvoir ! „Tu pleurerai, nia chère ; C'est c'ipae j'voudrais voir.*' Vraiment, Comment Craindre sa colère ? Vraiment, Comment RMoutcr un enfant ? Mao. DCMESNIL. Eh! mais d'ofi viens-tu donc? CAMILLE. De la ferme, où j'ai déniché des oeufs, et j'en ai plein ce panier, où ils sont tout chauds . . comme c'est gentil . . tiens, inaman. (Elle le pose sur la table.) MAD. DCMESNIL, h part. A merveille, cela servira pour mon déjeuner . . (Aa«/) Mais courir ainsi dès le matin . . au soleil, pour se gâter le teint. CAMILLE. Oh! je n'y tiens pas . . c'est si amusant de courir dans la campagne, par une belle matinée du printemps . . j'ai respiré le bon air; j'ai cueilli des bleuets., et j'étais heureuse., je ne sais pas pourquoi . . mais enfin, je me trouvais heureuse. M AD. IHJMESNIL. De sorte que tu ne désires rien. CAMILLE. Rien, que de rester auprès de toi, auprès de mon père, et de ne jamais vous quitter . . Je viens d'avoir un si grand bonheur . . imagine-toi, maman, qu'en arrivant à la ferme j'ai demandé une jatte de crème et un grand morceau de pain bis. MAD. DCMESNIL. Comment! est-ce que tu aurais déjeuné? CAMILLE. Juste . . c'est si bon du pain bis et de la crème. 1(1 Mad. DL'MESNIL, « part. Ah! mon dieu! et ce jeune homme quî va arriver . . quelle mine fera-1-elle à table? (faut.) Je vous demande de quoi vous allez vous aviser? CAMILLE. Tn as peur que ça ne me fasse mal; mais sois tranquille, je vais faire d'ici au dîner une promenade à âne . . déjà j'ai donné mes ordres. MAD. DUMKSML, <'/ i„irl. Il ne manquait plus que cela . . s'en aller au moment où son futur . . [haut) Non, mademoiselle, vous resterez; je le veux . . Mais comme te voilà faite! . . Pourquoi n'as-tu pas mis une robe qui aille mieux que celle-là? CAMILLE. A quoi bon? . . c'est celle de tous les jours . . et vous m'avez dit qu'il ne fallait pas être coquette. Mad. DUMKBNIL. Tu as raison . . c'est-à-dire, cependant . . il y a des occasions . . Dis donc, Camille, on a porté dans ta chambre une robe rose que tu devrais bien essayer, pour que je voie comment elle te va. Ain du vaudeville des Amazones. En même temps, si j'étais à ta place, Moi, je mettrais tes souliers de satin; Ils vous si bien . . ils donnent de la grtee", CAMILLK, t'toiiitt'e. On atlciul (loin* ilu monde, ce malin:' (M'-v) mad. nvneiNiL. Non pas vraiment . . mais vous devei n'entendreï Eu général, je vous lais observer - %m Ou'à dix-sept ans on doit toujours attendre: On ne sait pas re qui peut arriver* CAMILLE. Qu'est-ce qu'il va donc m'arriver? . . Je ne sais pas ce que maman a ce matin. Scène IV. Les Mimes, BAPTISTE. UAPTISTE. Madame, madame . . 11 MAI). IHJMESNIL. Qu'est-ce que 'est? BAPTISTE. Monsieur vous demande tout de suite . . tout de suite . . il ne peut pas trouver son jabot brodé. Mad. DUMESNIL. Là! je l'avais mis à côté de ses bas de soie . . Mais M. Dumesnil a une tête . . je vais lui donner ce qu'il faut; car, en causant avec ce Ducoudrai, il aura tout bouleversé. CAMILLE, « part. Et mon père aussi qui fait une toilette! . . BAPTISTE. Je vais mettre au feu les rognons et les côtelettes . . je n'attends plus que du linge . . je ne sais pas combien il faut mettre de couverts. Mad. DUMESNIL, bas. Veux-tu bien te taire? Je vais sortir les serviettes ouvrées. (« Camille) Toi, mou enfant, ne te tourmente pas, et songe à ce que je t'ai dit .. Sois toujours bonne fille, douce, modeste; et va mettre ta robe neuve . . parce que tu sens bien que l'amitié . . et la bénédiction île tes parens . . Embrasse-moi, et surtout tdche de te tenir droite. (M/a sort.) Scène V. CAMILLE, BAPTISTE. CAMILLE. Qu'est-ce qu'ils ont donc tous? . . ces préparatifs, ce déjeuner, cet air de joie et de mystère. BAPTISTE. Comment, mademoiselle , vous ne devinez pas ? CAMILLE. Eh! non, sans doute; et si tu le sais, dis-le moi vite. BAPTISTE. On m'a bien défendu d'en parler; mais comme ça vous regarde, et qu'on ne peut rien sans vous , . faudra toujours que vous le sachiez . . (A dtmi-voix) Ou va vous marier. CAMILLE. Moi! ah! mon dieu! qu'est-ce que tu me dis-là? . . Je n'y avais jamais pensé . . Et pourquoi me marier, et à quoi hou? BAPTISTE. Comment? ça ne vous fait pas plaisir! CAMILLE. Au contraire, ça me fait peur . . et me voilà toute tremblante . . pourquoi m'en as-tu parlé? pourquoi m'as-tu dit cela ? BAPTISTE. Parce que le prétendu va arriver . . un beau jeune homme . . qui est bien aimable; car on dit qu'il est joliment riche . . et il faut vous préparer d'avance, pour tâcher de lui plaire tout naturellement. CAMILLE. Ah! mon dieu! voilà qui est encore pire; et je devine maintenant les recommandations de ma mère . . la toilette qu'elle m'a préparée . . la harpe qu'on a accordée ce matin., on va me faire chanter devant lui. Air du wmàeviU* île Oui et No», Dieu! quelle gêne, <|uel ennui! C'est mon parrain qui le nrotege ; l'n ami . . c'est bien mal à lui, A ce jeune Jiommc cjuc dirai-jc ? Sans le voir je le liais déjil. BAPTISTE. C'est par trop tôt . . l'n jour, péut-otre, De soi-même cela Viendra ; Mais faut au moins rteni|is d'se connaître, CAMILLE. Quelle contenance aurai-je en présence de cet étranger? BAPTISTE, Comme disait madame votre mère; il faut d'abord vous tenir droite, et puis lui faire de petits airs, des mines en dessous, comme font toutes les demoiselles qui veulent devenir des madaines. CAMILLE. Jamais . . ça m'est impossible . . j'aime mieux retourner à lu ferme. 13 BAPTISTE. Ne vous en avisez pas, mademoiselle . . ça romprait le mariage . . et ça ne ferait pas notre compte, à moi, surtout, qui ai depuis si long-temps un fameux projet. CAMILLE. Et quoi donc? BAPTISTE. Vous savez, mademoiselle, que je suis la sag-esse et la sobriété en personne, et que je ne vais jamais au cabaret, pas même le dimanche. CAMILLE. Oui . . après . . je sais qu'on ne peut que te louer. BAPTISTE. Eh bien ! au contraire, les antres se moquent de moi . . et parce que je ne vais pas boire avec eux, ils m'appellent eaffard • • ce qui est désagréable . . Aussi pour rétablir ma réputation, j'ai-là une idée . . Aïr. du vaudeville (le VKcu de six francs. Je puis nie vanter qu'elle ei i lionne; Le jour où l'on vous mariera, C'est décidé . . faut que i'mVu donne . , Ohl oui, mamzell', j'VTOUI doi.j bien ca ; Pour vos bonté*! j'vous dois l>ieu ça. Depuis I ■ ■ 1 'm; ■ . . v'Ia que \ m'apprête , Et l'est eu lidel' servileur . . L'jour où vous perdrez votre coeur, Ouc moi , je veux perdre la tète. L'jour où vous perdrez votre roeur, Oui, moi, je veux perdre la tête. (On sonne en dehors,') Oh! mon Dieu! on sonne à la grille . . un jeune homme à cheval . . c'est lui . . c'est le prétendu. CAMILLE. C'est fait de moi. (On sonne dans Vint'rienr.) BAPTISTE. Voilà monsieur qui sonne. (On entend en dehors: Baptiste! Baptiste!) Voilà madame qui m'appelle. (On sonne encore,') CAMILLE. Et moi je m'enfuis. (Ella sort. tÉAAmp 14 Scène VI. Mad. DUMESNIL, entrant par la gauche, BAPTISTE, puis M. DUMESNIL, et M. DUCOUDItAl. Mad. DUMESNIL, en peignoir. Baptiste, Baptiste . . mais allez donc ouvrir . . ne faites pas attendre . . (Baptiste sort) Mon mari.. mon mari . . monsieur Duinesnil . . il devrait être là pour recevoir. M. DUMESNIL, sans habit, rt pur/tissant il droite. Ma femme . . ma femme . • c'est lui . . il entre dans la cour. Mad. DUMESNIL. Eh bien! vous n'êtes pas plus avancé que cela? M. DUMESNIL. J'étais avec Ducoudrai â composer cette lettre . . mon habit qui n'est pas brossé . . Mad. DUMESNIL. Et moi, le déjeuner . . et tout mon monde à surveiller .. est-ce que j'ai eu le temps de songer à ma toilette? M. DUMESNIL. Je ne peux pourtant pas recevoir ainsi mon gendre. Mad. DUMESNIL. Ni moi, non plus. DUCOUDRAI. C'est ça, il ne trouvera personne à qui parler. M. DUMESNIL. Si, mon ami, mon cher Ducoudrai, je t'en prie, tiens-lui compagnie pour un instant . . toi, qui as du sang-froid, et un habit. M. et MAD. DUMESNIL. AIR : Bans la paix et l'innocence. Dii-lui bien de nous attendre. Dilrs-lui de nous attendre. DUCOUDRAI. C'est moi qui fais tout iri. II bal recevoir ce gendre Kl rester auprès de lui. 15 M. ot M AD. DUMKSNIL. Le voilà . . le voilà . je m'enfuis . . (Ils rentrent e/iaeun t/aits leur appartement.) DUCOUDRAI, seul. Il faut «lanu cette demeure Ki lui plaire et l'amuser. Je vais être tout-a*l'heure OMig«> «le l'épouser. tes braves gens - là n'ont pas pins de tête . • Scène VII. ALPHONSE, DUCOUDRAI. ALPHONSE, «« fond. Çu'on ne se dérange pas ; j'attendrai tant qu'on voudra . . je ne suis pas fâché de me remettre un peu; car c'est un enfantillage dont je ne puis ine rendre compte . . L'aspect seul de cette maison m'a causé une émotion. . ici, me disais- je, habite ma compagne . . mon amie. . celle à qui je vais devoir une nouvelle existence . . (.«; retournant et saluant Dwom- rfrm i/ui s'est retiré pour Volnerver à Vécart) Pardon, monsieur, de ne pas vous avoir aperçu . . je désirais parler à M. Dumesnil. DUCOUDRAI, le regardant. Il va paraître, monsieur . . et je suis chargé de le représenter momentanément. ALPHONSK. Monsieur est un de ses parens? DUCOUDRAI, ,le mente. Mieux que cela, monsieur . . je suis un ami . . un ami ultime de la famille . . et de plus, le parrain de la jeune personne. ALPHONSK, à part. Je vois que le parrain de la jeune personne est dans la confidence, rien qu'à la manière dont il me regarde. DUCOUDRAI, h pan. Ils ont beau dire.. je ne lui trouve rien de merveilleux.. Ça rentre dans la catégorie ordinaire des prétendus . . l'air gauche . . et les jçants blancs. 16 1 ALPHONSE. C'est bien indiscret à moi de me présenter de si bonne heure; mais à la campagne . . et surtout en ma qualité de voisin, j'ai pensé . . que je pouvais . . (à pan) Ah! ça, l'ami intime ne m'aide pas du tout . . il devrait sentir cependant que mon entrée est assez embarrassante. DUCOUDRAi. Monsieur, à ce qu'il paraît, habite les environs. ALTHONSK. Oui, monsieur. DUCOUDRAI. Il n'y a donc pas long-temps; car moi, qui connais tout le monde . . ALPHONSE. Je suis arrivé depuis huit jours de Paris . . oi'i j'habite six mois de l'année. DUCOUDRAI. Fort bien . . je vois que monsieur a maison à la ville . . maison à la campagne . . ce qui suppose une fortune . . fort agréahle. ALPHONSE. Mais . . oui, monsieur. DUCOUDRAI. Je pense qu'elle est également solide. ALPHONSE. Mais, monsieur . . ( bpart.) ils ont dû prendre d'avance leurs informations . . et l'on ne l'ait pas ainsi subir un interrogatoire détaillé . . iV«m#) Il paraît que monsieur Dnmesuil est sorti . . mais madame est peut-être visible? DUCOUDRAI. Non, monsieur . . ils sont tous deux, ici à leur toilette. ALPHONSE. A leur toilette! . . de la toilette pour moi . . (A ]lnr i) des gens que l'on m'avait dit sans façon . . (/,„„/) j e s „; s ÇCtché qu'un pareil motif retarde le plaisir que j'aurais à les voir; car on m'en a dit lant de bien dans le pays . . on m'a parlé surtout de monsieur Dumesnil, comme d'un parlait bonnête homme. 17 DUCOUDRAI. Et l'on a eu raison . . c« v art ) il ne faut pas que ma mauvaise humeur m'empêche de servir mes amis, (ta) VoiJà quarante ans que je le connais . . et c'est un homme d'honneur; esclave de ses devoirs et de sa parole, à laquella rien au monde ne le ferait manquer . . du reste, hon époux, bon père, adorant ses enfans et surtout sa fille, qui a été élevée comme chez madame Campait . . c'est moi qui suis son parrain; et vous pouvez m'en croire. Air : Vamour qu' Edmond a su me taire. On lui donna, des sa plus tendre enfance, Des principes purs . . excellent : On lui donna la grâce, la décence, On lui donna l'esprit et les talent ; On lui donna l'horreur de la toilette . . ALPHONSIi, à ]>arl, et impatient?; Ma foi, puisqu'on était en train, On aurait du, peur la rendre parfaite, Lui donner un autre parrain. DUCOUDRAI. Et certainement, celui qui l'aura pour femme ne sera pas à plaindre. ALPHONSE, « part. Comme c'est adroit de venir, tout de suite, me jeter cela à la tête ! . . J'arrivais ici dans les meilleures dispositions . • et depuis qu'il m'a fait l'éloge «le la famille, me voilà prévenu contre elle . . Au reste, je vais en juger par moi-même . • Les voici. Scène VIII. Les Mêmes , Mao. DUMESNIL, en grande toilette; M. DUMESNIL, en culotte courte, boucles, bas tic soie, le chapeau sous le bras; CAMILLE, coiffée en cheveux, avec une robe neuve, un collier. ENSEMBLE. Air: ma Fanc/ietta est charmante. M - ET MAD. DUMESNIL, DUCOUDRAI, CAMILLE ET ALPHONSE. M. HT MAD. DUMESNIL. Allons, viens iju'on te présente . . Grand dieu I quel embarras ! Elle est toute tremblante Et n'ose faire un pas, Int Demoiselle à marier. [ 2 ] 18 DUCOUDRAI. L'entrerue est touchante, Voyez quel embarras ! Kllc est toute tremblante; Us n'osent luire un pas. CAMILLE. Grand dieul quel embarras! Je suis toute tremblante Kt n'ose faire un pas. ALPHONKK. sur h itérant iln la schni* h g-auchg. Grand dieu ï quel embarras! Flic est toute tremblante Kt n'ose faire un pas. TOUS. Grand dieu ! quel embarras ! M. DUMRSNIL, à sa femme. Eh bien! avance donc. Mad. ihimrsnil. Ah ça! Camille, ne te liens donc pas dans ma poche. (Ils s'avancent tous trois; Alphonse va au devant d'eua: en saluant,, ALl'IIONSE. Mille pardons de vous avoir dérangés .. et vous surfont, madame . . combien je vous dois d'excuses . . Mad. IHJMKSNJl. C'est M. Alphonse de Luceval, notre nouveau voisin. M. DUMF.SNIL. C'est nous qui sommes confus . . vous nous surprenez dans un négligé . . DUCOUDRAI, a part. Çu'est-ce qu'il dit donc? . , ils sont superbes. M \». DUMKSN1L, Mais à la campagne, on agit sans façons • . et vous nous pardonnerez de vous avoir fait attendre. AU'HONSK. Le temps ne m'a pas paru long; car je causais avec monsieur, qui me faisait votre éloge. M. DtJMRSNIL. Cet excellent ami!.. Permettez que je vous présente w< fillr. 10 ALPHONSE. Mademoiselle . . H AD. DUMBSNIL, bas à Camille. Ain de Paris et le village. Allons, tenez-vous comme il fant, Levez la tête davantage . . C A MILLE, bas. Biais ma robe me gène trop. ALPHONSE, a part, en regardant Camille. Quelle parure ! c'est dommage ! MAT). DUMESXIL , bas à son mari. Déjà je le vois enchaîné. ALPHONSE, la regardant toujours. Flic serait mieux . . je parie, Sans tout le mal qu'on s'est donné Pour l'empêcher d'être jolie. ALPHONSE, « part. Et moi qui avais demandé qu'elle ne frtt pas prévenue . . Allons, on m'a manqué de parole. (Ils sont ranges dans Vordre suivant: Alphonse le premier a droite du spectateur, t"a mil lu loin de lui au milieu dtt tht titre, entre M. et Mad. Dumesnil, et IJucoudrai à gauche.') M. DUMESNIL, bas à sa femme. Maintenant, pour l'achever, tâche donc de faire parler ta fille, car elle n'a pas encore dit un mot. Ha d. DUMESNIL. Elle qui d'ordinaire est d'une g-aîté .. (bat, Rapprochant de sa mie.) Allons, ma fille, allons, mademoiselle, tâchez donc d'être aimahlc. CAMILLE, de même. Je ne peux pas quand on me regarde. M. DUMESNIL, bas il Dueoudrai. Soutiens un peu la conversation . . toi, qui es le parrain, et qui n'as rien à faire. DECOUDRAI, à part. Ils ont raison . . si je ne m'en mêle pas, ils ne s'en tireront jamais; le prétendu surtout, qui a raison d'être riche, car il a l'air de n'être pas fort . . {Trmitrttuit le tuiâtrc et po> r 2- ] 2(1 tant enira Alphonse et Camille.) Eh bien! jeune homme, comment trouvez-vous notre pays? ALPHONSE, à pari. En voilà un qui, avec son ton protecteur, me déplaît souverainement. DUCOUDRAI. Un bon pays, n'est-il pas vrai? . . un air pur . . et puis, vous qui êtes connaisseur . . {ngonimni CmmHh) on y trouve de jolis points de vue. ALPHONSE, froidement. Superbes, comme vous dites . . ceux surtout dont la nature a fait tous les frais. DUCOUDRAI, « pari. Est-il bête! il ne comprend pas . . (haut) Mais il nie semble que, seul, a votre âge, dans votre château, vous devez bien vous ennuyer? ALPHONSE. Je ne m'ennuie jamais . . quand je suis seul. Mav. DUMESNIL. C'est comme ma fille . . c'est ce qu'elle me disait encore ce matin . . parce qu'une bonne femme de ménage trouve toujours à s'occuper . . et vous ne croiriez pas, monsieur, que cette chère enfant fait tout dans la maison. CAMILLE, bas h sa mère. Mais tais-toi donc. DUCOUDRAI. Et puis quelqu'un qui, comme vous, a été élevé à Paris .. doit aimer les arts, doux charme de la vie . . Monsieur joue peut-être du violon ou de la flûte. ALPHONSE. Fort mal . . mais je cultive les arls pour moi, et non pour les autres. Mao. DUMESNIL. C'est comme ma fille . . Je lui ai toujours dit: il faut avoir des talens, et ne jamais les montrer . . Aussi, monsieur . . elle a dessiné dernièrement une tè(e de Roinulus . . une tête admirable, <|ni mériterait l'exposition. Eh bien! personne no l'a encore vue que moi, son père, et ses quatre frères . . car son parrain même n'eu a pas eu connaissance. 21 nUCOUDRAI. C'est, ma foi, vrai; et c'est très-mal à toi. Mai). DIMESNIL. Allons, Camille, Ya donc chercher ton portefeuille, pour montrer à ton parrain. ALPHONSE, à part. J'y suis . . c'est le parrain qui est le compère. Mad. dijmesnil. Et puis, monsieur qui est connaisseur, te donnera son avis. CAMILLE. Mais non, maman, y pensez-vous? Mao. DL'MESNIL. Mais si, mademoiselle . . je le veux . . allez chercher votre dessin, cette tête de Romnlus. CAMILLE, Elle était affreuse . . je l'ai déchirée. Mad. DUMESNIL, bas à son mari. Elle a déchiré sa tête de Romulus! M. DUMESNIL, croisant ses mains. Allons . . Mad. DIJMESNIL. Mais au moins tu pourrais nous faire entendre cet air nouveau . . justement on est venu hier par hasard accorder la harpe. DUCOUDRAI. Ça se trouve à merveille. CAMILLE. Al»! mon parrain! . « je vous en prie. ALPHONSE. Je serai enchanté de juger des talens de mademoiselle .. je suis seulement fâché qu'elle n'ait point eu moi un auditeur plus digne de l'apprécier. CAMILLE, il part. Dieu! qu'il a l'air moqueur! . . je n'y tiens plus . . je suffoque . . (*m 1 m min) Par grâce . . ne me fais pas chanter . . c'est capable de me luire pleurer. 22 MAD. DUMUSNIL. Allons, rien ne nous réussit, (voyant Baptiste qui arrive) Par bonheur, voilà le déjeuner . . je les mettrai à côté l'un de l'autre. Scène IX. Les Mêmes, BAPTISTE, la serviette sous le bras. BAPTISTE. Madame, tous êtes servie . . M. DUMKSNIL. J'espère que M. de Luceval voudra bien partager le déjeuner de famille . . M ad. DUMESNIL. C'est sans façons . . ce qu'il y aura. BAPTISTE. Marguerite dit qu'on ne fasse pas attendre, parce que le souillé va tomber. MAD. DUMKSNIL, bas. Veux-tu te taire î ALPHONSE. Je venais seulement pour causer avec M. Dumesnil de ces quatre aqious qu'il veut bien me céder. DUCOI DRAI. Hé bien! nous en parlerons à table . . c'est-là qu'il faut parler d'affaires. ALPHONSE. Impossible . . car je vous avouerai franchement que j'ai déjà déjeuné. IH. ET MAD. DUMKSNIL. 11 a déjeuné! MAI). DUMESNIL, à part. Et tous mes préparatifs! . . Voilà le dernier conp . . je n'y suis plus . . mes idées se brouillent. . {haut à Alphonse) Comment? monsieur, vous avez déjeuné? ALPHONSE. Oui, madame . . avant de partir, une tasse de lait. 23 Mad. dumesnil. C'est comme ma fille . • ce matin, à la ferme. ALPHONSE, h part. Comme sa fille . . Parbleu! celui-là est trop fort. DUCOUDRAI. Hé bien, il n'y a pas de mal . . (.bas à M. et à Mad. Du- m*ntU) Ne vous en mêlez plus; car, depuis une heure, vous ne faites que de sottises. MAD. DUMESNIL. C'est bien possible !.. le manque d'habitude . . DUCOUDRAI. Allons vite nous mettre à table. M. ET MA D. DUMKSNIL, bas. C'est fini . . Je n'ai plus faim. DUCOUDRAI. N'importe, venez toujours . . (« Alphonse) Mille pardons, mon jeune ami, de vous laisser ainsi . . Ma filleule, qui a aussi déjeuné, voudra bien vous tenir compagnie. CAMILLE. Ah! mon Dieu! . . comment! vous voulez? . . DUCOUDRAI, las « M. Dumesnil. Comme ça, voyez-vous, ça n'a pas l'air d'une entrevue. Air du Faudeville des lieux Matinées, (haut.) Nous allons nou9 mettre à table ! Et nous revenons ici, H. DUMESNIL, bas. Oui, l'idue est admirable ! Quel botibeur qu'un tel ami ! MA!). DUMËKNIL. Oui, c'est un moyeu honnête. M. DUMESNIl.. Quand nous perdons tous l'esprit, Lui seul conserve la tete. DUCOUDRAI. Kt surtout muii appi'hl. Je conserve mon appétit. 24 ENSEMBLE. Nous niions nous mettre à table, Et nous revenons ici. Oui, l'idée est admirable î Que} bonheur qu'un tel ami ! Ç//.ç entrent dans la salle à manger,") Scène X. CAMILLE, ALPHONSE. ALPHONSE , h part. Allons, ils s'en vont, et ils nous laissent ensemble . . c'était arrangé d'avance . . Jusqu'à présent, c'est ce qu'ils ont fait ni^ réuniej Et quel bonheur pour nous, nies bons amis, De nous aimer comme en province, Kt de dîner comme â Paris. M. DUMKSNIL. Ce sera charmant! . . mais en attendant, chacun à ses affaires. (4 Dvcoudrai) Car j'ai ma recette d'aujourd'hui, à laquelle tu vas m'ai (ter . . Ma femme a ses occupations de ménage . . <7/ Alphrmtt} Vous voyez que nous vous traitons eu ami; et pour commencer, ne vous gênez plus avec nous . . voilà des crayons, de la musique . . faites un tour de jardin . . prenez nu livre . . liberté tout entière . , nous nous reverrons à dîner. (// tort avec Jllad. thtme&ml ri Ihicoudrai.) \ Scène XV. A L 1» H O N S K , s r u I. Ma foi . . ce sont de braves gens . . quelle simplicité! . . quelle bonhommie !.. on ne m'avait pas trompé sur leur compte . . et moi, qui les avais trouvés sots et prétentieux . . j'avais tort de les juger d'abord si sévèrement . . Us ne sont pas brillans, (il prend un livre sur lu table « droite) mais ce sera tu» voisinage très-agréable . . et moi, qui suis seul, je les verrai souvent; car, après tout, ce n'est pas leur faute si leur fille est une petite sotte, sans tournure et sans grâce . . /.« Demoiselle à marier. [ 3 | 34 (On entend Camille qui chante en dehors.) Eh! mais, c'est elle- même . . elle a quitté sa belle robe . . eh bien ! elle n'eu est pas plus mal pour cela . . au contraire, Scène XVI. ALPHONSE, CAMILLE. CAN1X1.K, entre en lavtant et chantant, 1.'amour, lin jour , . (Apercevant fMceval.) Ah! pardon, monsieur. ALPHONSR. Je conçois, mademoiselle, que ma présence e cl les Hotte», Oue île vertus il a !<■ «Iroil d'attolMtre ! F.t ijiuls ilcvoirs on tt'impiisc a jamais! Oui, par les soins, par l'amour le plus lemlre, Il faut payer tons ses liienfail*. On lui iloil de sou existence Le sacrifice généreux '• Et l'on est par reconnaissance, Obligé «le le rendre heureux. ALPHONSE, ù part. Eh! mais, c'est très-bien raisonner. CAMILLE. Et en revanche . . ras, des suites de ses blessures . . Mon neveu, mon ami, in'a-l-il dit, je te laisse ma fortune. . nue fortune honorable; car je ne l'ai acquise qu'aux dépens des ennemis de l'état. CAMILLE. C'était-là un brave marin. ALPHONSE. C'est peu de chose que la richesse, a-t-il continué: mais avec elle on se procure l'indépendance, et c'est beaucoup . . Ne t'avise donc pas de vendre ta liberté, soit en courant la carrière des places, soit en cherchant quelque mariage opulent . . choisis une bonne femme . . vis de tes rentes, élève tes enfans; et parle-leur quelquefois de ton oncle . . Il m'a serré la main et il est mort. CAMILLE, ému: Quel honnête- homme! nioj, je l'aimais déjà. ALPHONSE. C'est alors que j'ai acheté dans ce pays, le château de Luceval qui était en vente . . Mais quant] je me suis vu seul dans ce domaine, au lieu d'éprouver le bonheur de la propriété . . je trouvais que mes apparteinens étaient immense* . . mon parc me semblait désert • • je n'avais autour de moi que «les domestiques, des gens indifférens . . aucun sourire n'accueillait mon arrivée; car personne n'attendait mon retour, on ne s'était pas inquiété de mon absence. CAMILLE , rapprochant sou fauteuil d'.tlji/èunsc. Pauvre jeune homme! ALPHONJtK. AlH d'.lristippe. Il faut, dit-on, dans la jeunesse, Pour \oir Ion destin embelli, 38 Faire le choix «l'une maîtresse, Rt surtout celui d'un ami. Maîtresse . , ami . . je sens au fond de l'ame Ouc par eux seuls je pourrais être heureux ; Et je voulais prendre une femme Afin de les avoir tous deux, CAMILLE , avec un peu i¥'attendrissement. C'est donc pour cela, monsieur, que vous vouliez vous marier? (Ils se lèvent tous iteux, gaîment) Maintenant, vous n'en avez plus besoin, puisque vous trouvez ici . . «.les voisins et «les amis. ALPHONSE. Oui . . votre parrain me l'a dit . . je serai celui de la maison . . mais le vôtre? CAMILLE. Le mien aussi. ALPHONSE. Bien vrai? . CAMILLE. Je dis toujours vrai, vous le savez. ALPHONSE. Je ne vous déplais donc plus autant? CAMILLE. Non, c'est fini . . et moi, monsieur? . . car ce matin, j'en suis sure . . j'ai du vous paraître bien gauche, bien maussade . . ALPHONSE, souriant. Mais . • un peu. CAMILLE. Ah! monsieur .. ça n'est pas bien .. c'est une revanche; mais grâce an ciel tout cela est fini, et d'ici à long-temps» j'espère, il ne sera plus question de mariage. ALPHONSE. Eh bien! . . c'est ce qui vous trompe; et comme votre ami, je dois vous prévenir qu'on attend ce soir un nouveau prétendu. CAMILLE. Ah! mon Dieu, que me dites-vous? . . voilà toute » lfl frayeur qui me reprend . . encore une entrevue! 39 ALPHONSE. Vraiment, oui . . c'est un M. de Géronville. CAMILLE. Le 61s de l'inspecteur . . et c'est aujourd'hui même? . . j'étais si contente, si heureuse! . . vous venez de troubler toute ma joie. ALPHONSE. Ce monsieur de Géronville vous déplaît donc beaucoup? CAMILLE. le le connais à peine. ALPHONSE. Et son Sge . . sa tournure? CAMILLE. A-peu-près comme vous . . pas si bien . . mais ce soir il faudra encore paraître en grande parure et eu cérémonie . . et puis, devant tout le inonde . . j'en suis sûre, on va encore vouloir me faire chanter mon grand air . . c'est de rigueur. ALPHONSE. Eh bien! que craignez-vous? CAMILLE. C'est qu'il est très-difficile . . Je le sais bien par coeur; mais c'est l'expressiou . . et cependant, je voudrais bien ne pas paraître aussi ridicule que ce matin. ALPHONSE. Voulez-vous que je vous le fasse répéter? CAMILLE. Bien volontiers'; tenez, voilà ma harpe. ALPHONSE. Avez-vous la musique? CAMILLE. ta voilà . , vous me reprendrez si ça ne va pas bien. ( llp/mitsc va prendre la harpe et ta met eu pjootj Camille s'assied; Alphonse prend la musique et se place à cote d'elle.) AlR: l iens, viens, viens. (I>< M. Amédéu icn, mademoiselle. ENSEMBLE. La, la, la, la, la, la; La, la, la, la, la, la, ENSEMBLE. C'est charmant, c'est charmant ! Cet air-la doit plaire; Ouelle voix légère! lî'est charmant, c'est charmant! C'est beaocoap mieux, vraiment! Scène XVII. Lrs Mûmes, DUCOUDRAI. IJUCOUDRAl. Eh bien! jeunes gens, qu'est-ce que vous faites donc? CAMILLE. Là!.. mon parrain qui vient nous déranger au plus beau moment . . car monsieur, qui faisait le modeste, est excellent musicien. ALPHONSE, remettant la harpe tic cttt. C'est plutôt mademoiselle qui chante à merveille. DUCOUDRAI, à Camille. 11 s'agit bien de chansons . . ta mère te. demande pour l'aider à préparer son dessert . . et puis on a besoin de ton avis pour placer l'orchestre. ALPHONSE. Comment, est-ce qu'il y aurait un bal? DUCOUDRAI, Oui, un bal de famille. «3 CAMILLE. Ali! mon Dieu! . . (■' ■Alphmue) de crainte qu'on ne m'invite pour la première contredanse je dirai que je suis priée par vous . . n'est-il pas vrai? . . c'est un service d'ami. ALPHONSE. Oui, sans doute. CAJIILLB. Parce qu'avec vous je n'ai pas peur; maintenant surtout que nous nous connaissons si bien . . Adieu, mon parrain . . adieu, M. Alphonse, je vais arranger le dessert . . et puis après j'irai reprendre ma belle robe . . est-ce ennuyeux! ALPHONSE. Vous êtes si bien ainsi. (Camille sort.) Scène XVIII. DUCOUDRAI, ALPHONSE. DUCOUDRAI. Ah ça! il me semble que maintenant vous êtes les meilleurs amis du monde. ALPHONSE, la suivant des yeux. Grâce au ciel . . car en honneur, elle est charmante. DUCOUDRAI, froidtmtat. Oui, pas mal . . elle est assez gentille, ma petite fII— leule. ALPHONSE, ove chaleur. Assez gentille? . . la physionomie la plus piquante et la plus spirituelle . . un oeil vif et malin ; et puis elle cause à merveille. DUCOUDRAI, JroiJement. Oui, oui . . elle n'est pas bête. ALPIIONSK. virement. C'est-à-dire, la conversation la plus aimable et la plus amusante . . de la gaîlé! de la finesse . . et puis mieux que cela encore . . il y a là des qualités solides. DUCOUIMUI, avec indif/r'reiice. Oui . . c'est une auez bonne cillant. 43 ALPHONSE, plus vivement. Vous appelez ainsi la réunion des ftentimena les plus nobles et les plus généreux . . de la bonté, do la franchise, de la sensibilité . . c'est un ange. DUCOUDRAI. Ah ça! dites donc, mon jeune ami, comme vous prenez feu !.. il ine semble que depuis ce matin, il y a du changement. ALPHONSE. Ecoutez, M. Ducoudrai, vous étiez l'ami de mon oncle, vous êtes le mien. DUCOUDRAI. Oui, sans doute. ALPHONSE. Eh bien ! promettez - moi d'abord de ne pas vous moquer de moi . . ensuite de me servir. DUCOUDRAI. Et en quoi? ALPHONSE. Je vais passer à vos yeux pour un fou, pour un étourdi, pour une girouette, si vous voulez . . ça m'est égal . . quand il s'agit du bonheur, on ne pense plus à l'amour-propre . . Je trouve Camille charmante . . j'en suis amoureux . . c'est la femme qu'il me faut, et je vous prie de la redemander pour moi à son père. DUCOUDRAI. La redemander! . . derechef! . . et en réitérant? ALPHONSE. Oui. DUCOUDRAI. Ça n'est plus possible . . elle est promise et accordée a un autre . . il y a deux heures que la lettre est envoyée. ALPHONSE. Eh bien! on rompra avec cet autre, comme j'ai rompu ce matin avec vous. DUCOUDRAI. La famille ne le voudra pas. ALPHONSE. Et pourquoi? M DUCOIDRAI. Parce que ce refus entraînerait les conséquences les plus graves . . peut-être mène la ruine «le ce pauvre Duinesuil, qui n'a d'antre fortune que m place «le 10,000 francs, claus l'enregistrement, et la col«!;re eul, puit CAMILLE et M. DUMES \ IL. DUCUL'DRAI, seul. A-t-on idée d'un amour pareil?., quand on la lui offrait, il la refuse . . et depuis quelle est la femme d'un autre, il l'adore . . il me semble que de mon temps, on n'était pal comme cela . . on raisonnait ses extravagances. PL DUMESNIL et CAMILLE cnlrenl cnsemcle. (Camille /lurle «ne assicllc île /faites en pyramide.) CAMILLE. Mais mon papa, ne vous donnez pas la peine . . je vais écrire les cartes. 45 M. DUMR8NIL. Eh! non, morbleu . . tu ne |»oux pas tout faire, et j'aurai fini dans Tinslant. (// se met à la tahlc h droite et écrit des cartes.') CAMILLE. A la bonne heure, d'autant que j'ai encore mon sucre à râper. (Elle dépose l'assiette de puises sur In petite laide à fraîche.) Bien! la belle pyramide! pourvu qu'elle ne renverse pas. DECOUDRAI, debout entre Camille el Ihimesnil. Ah ! ah ! la femme de ménage qui s'occupe de son dessert. CAMILLE. Tiens, c'est vous, mon parrain . . od est donc M. Alphonse? DUCOUDRAI. Il est allé trouver ta mère, et je crois qu'en ce moment il s'occupe de toi. CAMILLE. De moi? DUCOUDRAI. Oui, (la prenant il part , et ,', voix liasse) et polir qu'il ll'y ait pas encore de mal-entendu, dis-moi un peu, Camille, car je suis ton parrain, et tu dois (ont me dire . . CAMILLE. Oui, mon parrain. DUCODRAI. As-tu toujours autant d'antipathie pour M, do l.uccval? CAMILLR, finissant les yeux. Mais . . il ine déplaisait ce matin. DUCOUDRAI. Et maintenant? < uni.LE. C'est l'autre . . celui qui va arriver. DUCOUDRAI. Et comment ça se fait-il? CAMILLE. Je n'en sais rien. c'est peut-être attaché au litre de prétendu. DUCOUDRAI. C'esl juste . mais sous prétexte que M. de Luceval n'est 46 plus (on prétendu . . est-ce-que par hasard, là . . an fond du coeur • . tu ne l'aimerais pas un peu? (fendant ce temps , Alphonse est rentre' et reste au fondj ffl. Du- mesnil , fini ticlietu- drrrire ses earles et ipti a entendu les derniers IHOtSy se lève de table et dit à part.') M. Dl'MKSNIL. Hein! . . qu'est-ce que cela signifie? CAMILLE. Je n'en sais rien, mon parrain . . quand ça viendra je vous le dirai . . Pourquoi me demandez-vous cela? DUCOUDRAI. C'est que Ini, de son côté . . il t'aime . . il t'adore à eu perdre la tête. M. DUMESNIL, !, part. Tant pis, morbleu . . car voilà ce que je n'entends pas. CAMILLK, m Ihwmtdrai. Quoi! vraiment? DUCOUDRAI. Cela t'étonne. CAMILLE, avec joie. Oui. DUCOUDRAI. Et cela te fait peine? CAMILLE. Non, au contraire. ALPHONSE, COWant h Dneoudrai. Dieu! que viens-je d'entendre? CAMILLE. Comment, monsieur, vous étiez là? . . ah! que vous m'avez l'ait peur! ALPHONSE. Rassurez-vous . . je quitte votre mère . . qui me pardonne . . qui me rend son amitié et le litre de gendre. DI. DIMKSML, froidement. Ma femme a en tort . . car elle doit savoir que maintenant cette alliance n'est plus possible. CAMILLE. O ciel! . . 47 ALPHON.SK. Je conçois . . j'ai prévu les objections que vous alliez me faire . . un nuire a votre parole, et en cas