Répertoire du Théâtre français à Berlin. N 210. m ^ïf" PAUL ET JEAJ1, VAUDEVILLE EN DEUX ACTES, PAR jfï. BlïtR I» Priil 15 8gr. (12 gGr.) BERLIN. ie * Ad. Mi. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique, [Unter den Linilen No. 34.1 1840. PERSONNAGES. ACTEURS. LR COMTR DR FORLI, seigneur Vénitien Mr. MARIUS. LAURA, aa fille Mail. PAUL. PAUL DR BLIGNY, jeune médecin Mr. PÉCHKNA. JRAN BRAUVâlS, marchand de nouveauté» Mr. FRANCISQUE PALMYRR, sa femme Mlle. DRSCHANBI" FARINI, valet du comte Mr. MORAND. MAD. TOCCINA Mad. MAR1US. VALETS. FILLES DR BOUTIQUR. La scène est i Gênes. Nota. Les acteurs font placés au commencement de chaque »ce" e > comme ils doivent l'être sur le théâtre. Le premier inscrit tient toujo"' 9 en scène la gauche du spectateur, et ainsi de suite. — Les change"""' 18 de position, dans le courant des scènes, sont indiqués par des notes *" bai des pages. • PAUL ET JEAN. ACTE PREMIER. *"« théâtre représente l'arrièrc-boutiquc de Palmyre. — Houtique au fond. — Kscaller à gaucho. — Porte de «<>risien qui demeure chez vous? Palmyre. Eh ! mais sans doute, monsieur ... un jeune î* "°mnie charmant ... M. Paul de Bligny. 4 PAUL ET JEAN. Farini, déposant soit journal. Ah! M. Paul de Bligny . • un médecin, je crois. Palmyre. Oui, monsieur, médecin, chirurgien, n'imporle. • il est docteur; il a voulu visiter l'Italie aux frais du gouvernement, ce qui est assez naturel. Air: Vaudeville de l'Apothicaire. Il l'est Tait attacher ainsi A notre garnison d'Ancone: Pour les médecins dieu merci, .le crois que la place est fort bonne; Car, près de nos soldats posté, Il est, qu'il demeure ou qu'il vienne. Payé pour soigner leur santé . . . Mais il voyage pour la sienne. Il est payé pour leur santé, Mais il voyage pour la sienne. Fnrinl. C'est commode !.. et en ce moment, il retourne •n France? Palmyrc. Oui, monsieur, pour y recueillir une successif 11 magnifique . . . celle de son parrain . . . c'est-à-dire, son p 8f ' rain . . . Farini. Et il a du talent? Palmyre. Beaucoup . . . maintenant, comme vous le p en ' sez hien, il ne fera de la médecine qu'en amateur, et pour s eS amis. Farini. Et c'est un homme discret? Palmyre. Oh! discret comme moi, monsieur. Farini, souriant. Ah! c'est rassurant . . , vous le c° n " naissez bien? Palmyre. Oui, monsieur . . . Farini. Vous l'estimez? Palmyre. Oui, monsieur. Farini, Vous l'aimez ? Palmyre. Oui, monsieur ... (se reprenant), c'est-a-d' re ' c'est un ami de mon mari ... un ami d'enfance . . . (prenant la cravate qu'une des demoisettes lui remet.) Bien, mesdemois e ' les . . . (la donnant h Farini) tenez, monsieur, voici votre cra vate . . . c'est deux piastres. Farini, se levant, et payant. Et il n'est pas ici, M. P aU ' ' Palmyre. Non, monsieur; il n'est pas encore rentre . • mais il ne peut tarder. Farini. Ah! . . (prenant son chapeau.) est-ce qu'on » e peut sortir de cette salle basse* que par la boutique de la ruC Balbi ? Palmyrc. H y a encore cette petite porte qui donne SU r la rue de l'Annonciata, près de l'église. ACTE I. SCÈNE III. "i l'nrlni. Bien, madame . . . j'aime mieux passer par là, (^arrêtant) et si l'on voulait parler à M. Paul ? Palmyrc. Ici, monsieur . . . c'est ici qu'il fume son cigare •ous les soirs . . . mais si vous voulez me charger. ïarlnl. Merci, merci ... je n'ai rien à lui dire ... je 11 'ai rien à lui . . . madame, j'ai l'honneur de vous saluer, et de v °us faire mon compliment sur la beauté de votre magasin . . . Vo 're bonne grâce et votre discrétion. Palmyre {faisant la révérence} monsieur ! . . ÇFarini sort par la porte h droite.') Scène IL « PALMYRE, LES DEMOISELLES. Palinyre. Ma discrétion !.. on dirait que c'est une chose b|*B extraordinaire . . . tout le monde m'en fait compliment . . e h! bien, mesdemoiselles, allez à votre ouvrage . . . laissez-moi Cette mantille de blonde que doit venir essayer aujourd'hui la jeune et jolie personne qui habite le beau palais Doria, sur le bord de la mer , , . allez, et tâchez par votre bonne tenue, par votre air modeste, de donner aux habitans de Gènes, la meilleure idée des lingères de Paris . . . (on entend disputer en dehors) ah! voici ces messieurs. Scène lit. PALMYRE, M. JEAN, M. PAUL. Jean, Non, M. Paul, non . . . c'est très-mal. Paul. Allons, que diable, mon pauvre Jean, est-ce qu'on s'emporte comme ça? Palmyre. Qu'est-ce que c'est ? . . une dispute . . . Jean. Eh! non . . . laisse-nous donc tranquilles, ma femme. Balinyre. Eh! bien, tu as l'air aimable. Jean. J'ai l'air dç ce que jè suis. Palmyre. Dites donc, M. Paul; en votre qualité de chi- rur gien, vous devriez bien lui tirer une once de sang. Jean. Oui, qu'il s'en avise. Palmyre. Dam! tu semis peut-être plus gentil. P»nl. Ta femme a raison . . . comment! . . 6 PAUL ET JEAN. Ain Vu homme pour faire un tableau. Moi qui, tout exprès pour te voir, Voulus passer par cette ville, Je te trouve broyant du noir. Jean. Mais non . . Paul. O'une humeur difficile, Kniiuvé . . . Palmyre. Surtout ennuyeux . . . Jean. Tu trouves ! . . dam 1 ! ca se partage, On s'amuse ... on s'ennuie à deux . . , C'est une affaire de ménage. Palmyre. Ah ! mais ce soir, pourquoi donc ï Paul. Oh! Pourquoi! . . c'est que ce pauvre Jean s» trouve sans cesse, au café du théâtre, avec de jeAines oflicier», qui parlent de leurs plaisirs, de leurs amours ... et, comme f est sage, rangé et marié ... ils le font enrager, en lui contant leurs bonnes fortunes. Jean. Leurs bonnes fortunes! . . tiens, j'en aurais bien* si je voulais . . . Palinyre. Toi, Jean ! . . des bonnes fortunes ! . . laisse- moi donc tranquille. Jean. Palmyre ! Palmyre. Tu es bien homme à ça, ma foi. Jean. Ah ! Mme Jean, vous me blessez ... et notre mariage . . . Palmyre. Allons donc, btta! {Elle passe dans la boutique.) Scène IV. PAUL, JEAN. Jean, Eh ! mais ... eh ! mais . . . Paul, partant d'un éclat de rire. Ah! ah! ah! Jean. Voilà ce qui me fait entrer en fureur . . . Ah ! J e ne suis pas un homme à ça ... ah! je suis un bêla . . . Nous verrons. Paul. Allons, allons, calme-toi . . . qu'est-ce que tu ilS besoin de chercher de bonnes fortunes ailleurs, toi qui as une femme que tout le monde t'envierait. Jean. Vous croyez !.. à la bonne heure. . . Mais voye& vous, M. Paul, le diable ne perd jamais ses droits. ACTE I. SCÈNE y. 7 Paul. C'est de ta femme que tu parles! Jean. Eh! non, c'est de moi. . . vous savez, jeune encore, j'étais froid, timide ... la vue d'une femme me rendait tout je "e sais qu'est-ce ... Le coeur ne me disait rien . . . jetais l| n imbécille, un franc jobard . . . alors, je me mariai . . . j'é- Pousai une lingère distinguée par ses ouvrages et par ses moeurs, l'aiguille . . je vins l'établir ici, à Gènes, où elle avait un 0n cle . . . moine franciscain ... un vieux malpropre qui venait nous voir la tète rasée et les pieds nus. Etait-il dégoûtant cet être-là] Il est mort, tant mieux, n'en parlons plus . . . mais, voyez-vous, je ne sais pas si c'est un effet du climat, ou si c'est m a jeunesse qui vient un peu tard . . . J'ai en moi, comme un volcan qui me travaille. Toutes les femmes m'enchantent, tou- ,c s! . . , Il n'y en a qu'une qui ne m'enchante pas, c'est la mienne . . . Toutes les autres sont des syrénes qui me font battre les artères ... la fougue de mes passions m'épouvante . . je porte envie à tous les mauvais sujets que je rencontre . , . et je sens, j'en suis effrayé... je sens que je tourne au Love lace ! au scélérat ! , Paul. Bah! vraiment! mais alors, tu es donc un volage, un infidèle ... tu dois faire des conquêtes, des victimes. Jean. Eh! bien, non ... eh! bien, non ... la seule victime qu'il y ait, c'est moi. ftles pensées orageuses me dévorent . . , je suis un mauvais sujet en dedans ... il m'est resté d'autrefois, une ancienne bêtise, qui m'empêche de me lancer, de courir après les femmes ... et, comme elles ne courent pas iqirès moi ... je dépéris, je sèche, j'attends. Paul, rianl. Pauvre garçon!. . alors, je ne m'étonne ptas si les propos de ces jeunes officiers . , . Jean. Oui ; ils me torturent le coeur avec leurs récils . . ils me mettent dans un état d'exaltation . . . qui fait que je sors du café, les cheveux ébouriffés . . . Air: Un premier Prix. Oui, le feu me moule au visage. J'ai l'air d'un fou, d'un insensé. far des projets pleins de courage .l'ai tout le système agacé; Heureux d'avance au fond de l'âme, Je m'exalte, le coeur me bat . . - Mais je rentre près de ma femme . lit je retombe au calme plat. Paul, riant. C'est heureux. . . tiens, tu seras toujours un Uu " garçon , . . un bon marchand très-adroit... un mari très (: °nveniili]e . . . mais voilà tout . . . Jean. Comment, voilà loutï Paul. Le reste, tu n'y entendras jamais ricD, 8 PAUL ET JEAN. Jean, Comment, je n'y entendrai rien. Paul, Llien du tout ... et j'aurais une maîtresse, que je te la confierais sans crainte et sans danger. Jean. C'est ce que nous verrions! ... et vous auriez un* femme seulement, que je vous la souillerais très-bien. Paul, riant. Laisse-moi donc tranquille. Jean. Je vous la soufflerais. Scène V. Les Mêmes, PALMYRE. Palmyre. Toi, Jean, je t'en défie. Jean. Comment, tu m'en défies! . • Palmyre. Certainement, pareequ'il faut être fidèle à sii femme. Jean. Fidèle, fidèle ... tu sais Lien que je le suis, Palmyre. . Allons tiens .... voilà un patron de corse 1 ' échancre-le un peu. Jean. Eh! bien... voilà encore. . . je n'aime pas travail 1er dans les corsets . . . parce que ça donne des idées . . • Paul. Ah! si tu savais quels souvenirs, quels regrets bonheur, que lu envies, laisse souvent an fond du coeur. Palmyre, passant auprès de Paul. Encore un soupir!. • ' il a quelque amour sous jeu .... vous, à la bonne heure, vo" s êtes libre," vous êtes jeune . .. Jean, coupant. Tiens, et moi donc, j'aurai 26 ans, aux e e ' rises ... 2(5 ans . . . que ça! . . quand tu feras l'étonnée. Palmyre. Dame! j'aime peut-être des raisons .... W B . M. Paul, ce que j'ai dit là vous a rendu tout triste, tout rèveU r - Paul. Ah! c'est que cela vient de réveiller des chagr' nS ' Jean. D'amour? Paul. Eh! mon Dieu, oui ... . des chagrins qui me '' e ' chirent le coeur. . . Jean. Est-il heureux! c'est quelque aventure... contez' nous donc ça. Palmyre, d'un air piqué. Oh! M. Paul est trop avec nous. Paul. Pourquoi donc? . . . Causer de ses peines, Ç a sole un peu, et j'en ai besoin! et puis Jeau verra que dans romans, tout n'est pas roses. ^ g Jean, coupant un patron. Oh! c'est égal ... il y a ^ épines qui font du bien; {secouant la main) aie! . . • c'est u épingle. Palinyre. Chut . . . éthancre sous le bras ... et lais 1 » ■ ACTE I. SCÈNE V. 9 Jean. J'écoute. Paul, s'asseyant. Voici ce que c'est . . . j'étais, comme vous le savez, de la garnison d'Ancône ... et je m'y ennuyais passablement.... je commençais même à avoir la maladie du P a >s, quand, pour me remettre, on me permit de passer un mois à Rome ... j'y arrivai au milieu de fêtes du carnaval; et je logeai à l'hôtel d'Europe où venait de descendre, presque en même temps que moi, un riche seigneur vénitien, avec sa fille, jeune et jolie personne de seize ans environ, belle comme une madone. Jean. Je vois ça d'ici, Paul. Nos fenêtres étaient en face l'une de l'autre ... je ne sais pas si le hasard nous y attirait en même temps... Mais nous y revenions toujours .... elle, un livre à la main .... moi, les yeux en l'air, pour admirer ce beau ciel. Mais nos yeux se rencontraient bien vite. . . Dame! quand on a une jolie femme en face de soi . . . Jean, le poussant. Scélérat! ça ne m'arriverait pas à moi. Paul. Je ne sortais pas, . . son père qui courait les cardinaux, n'était jamais à l'hôtel ... au bout de la seconde journée . . . le sentiment va vite en Italie. . . je me hasardai à lui écrire dans les termes les plus passionnés... elle ne me répondit pas .... mais mes lettres étaient toujours reçues .... et un soir... il y avait huit jours que nous nous adorions de loin ,.. je ne sais pas comment cela se fit. . . j'entrai dans la chambre de la jolie Vénitienne, pour lui rapporter un livre de prières, qui, en s'échappant de ses mains, était tombé dans la cour de l'hôtel. Jean, laissant tomber ses ciseaux. Ah! bah! Paul. Elle le reçut en tremblant .... je tremblais plus qu'elle. ... et j'allais sortir .... sans oser lui parler de mon amour . .. quand, pour cacher son émotion, elle s'assit près d'une harpe ... je rentrai doucement, et bientôt sa voix si pure et si douce, une voix d'ange, m'attira près d'elle . . . mon coeur bat. tait violemment ... et je me laissai tomber à ses pieds. Air: La fille du Danube. {Musique d'Adam.') (Premier couplel.) Sa voix était mourante, Trahissaient ses alarmes Kt ma bouche brûlante Kt son amour secret. Pressait sa main tremblante Tariez, me disait-elle, Qu'elle m'abandonnait; rîn ajoutant tout bas: Doublant encor ses charmes, „Je vous serai fidèle Ses beaux yeux pleins de larmes „Mais ne m'oubliez pas!" Jean, oh! oh! c'est-à-dire, que je vais me pâmer. Palmyrc. Après. K) PAUL ET JEAN. Jean. Gazez, gazez un peu. Paul. Tout à coup un grand bruit se fait entendre . . • • c'est le père qui arrive. Jean. Bon !. . ça se complique. Paul. Il bouscule ses gens.. . Il crie... II est furieux ... et je n'ai que le temps de me jeter derrière la porte qu'il venait d'ouvrir... après avoir vivement grondé sa fille de revenir trop souvent à la fenêtre .... en face de la mienne. ■ .. (" parait que quelque âme charitable l'avait prévenu de nos rencontres secrètes, d'un bout de l'hôtel à l'autre .. ._) il lui signifia qu'ils repartaient pour Venise, avant le jour ... et en sortant, il ferma la porte à double tour. Jean. Vrai !.. Et vous étiez dedans . .. {Frappant dans ses mains.) Bravo! Oh! ces pères, c'est comme ces maris. Palinyrc. Mais laissez donc finir. . . Après? Jean, las. Gazez ,.. gazez. Paul. Après . . . que vous dirai-je? .. Le jour vint nou» séparer: (Deuxième couplet.) La fenêtre discrète Kt pour toute ma rie S'ouvre pour ma retraite; J'emporte du bonheur ! De l'amour qui m'arrête Kt de loin, moi comme elle, Je calme la douleur. Nous inurmurioms tout bas: Âdieu donc mon amie! Adieu! sois-moi fidèle, Mais un serment nous lie, Je ne t'oublierai pas. Palmyre. Et vous voilà sauvé ! Panl. Au risque de me casser le cou! Jean. En voilà une histoire! ... Et pour qu'elle me Ai' arrivée, je donnerais.. . (Regardant Mme Jean.) je donnerais.'• Palmyre. Ta femme., peut-être. Jean. Je n'ai pas dit ça.. . Et depuis ce temps,' Paul. Quinze jours après, j'étais à Venise, dans l'espoir de retrouver ma belle voisine... Je ne craignais pas de rencontrer son père ... il ne me connaît pas.... même de nom il ne m'a jamais vu. Palmyre. Eh bien! Paul. Eh bien ! Monsieur le comte et sa fille n'y étaient pas revenus. Palmyre. Ah! c'est un Comte. Jean. C'est un conte des Mille et une nuits! Panl. Je repartis pour Ancone; et, à mon arrivée, je iro"' vai à mon adresse, dans un coffre en ébène, ce mémo livre ' prières que j'avais ramassé ce jour de bonheur, avec ces mots sur la première: „Cet hiver, à Paris ... si je vis encore." Palmyre. Si je vis encore! ACTE 1. SCÈNE V. 11 l*aul. Ses jours sont donc en danger. Jean. Je devine ;'i présent pourquoi vous avez quitté An- <<>ne, si précipitamment. Palmyre. Tu devines toujours tout, quand on te l'a dit, loi. *?anl. Demain, le bateau à vapeur, le Léopold, passe a Gênes. ... je m'embarque pour la France: je cours à Paris, " j'espère ... Jean. H espère... Dieu! Dieu! .. Rien que de l'entendre, S" l'ait bouillir. Palmyre. Hé! bien, pour te calmer, monte au magasin, el mesure moi vingt aunes de Valencienne, qu'il faut porter au Palais Durazzo. Paul. Et moi, avant de fumer mon cigarre, je veux écrire a Venise. Air: de la valve de Robin des buis. Dans ma chambre je me retire . . . Vuulez-vous me donner là-haut Une limonade. Jean. Palinyre, Va vous l'envoyer aussitôt. Palmyre, parlant. Tout de suite. (Elle sonne.) Jean, serrant la main à Paul, Grâce à vous, j'ai les neris malades, .le suis en feu. Paul. Voyez-vou§ ra? Jean, soupirant. Il faudrait bien des limonades Pour éteindre ce volcan-là! (Parlant.) Ma femme même, ma femme... (A Palmyre qui le regarde.) Vlll &t aunes de Valencienne ... REPRISE KMSEMBIiK. Jean. Dans sa chambre Paul se retire, r'A moi je monte aussi là-haut; Pour la limonade, Palmyre Va vous renvoyer aussitôt. Paul. Dans ma chambre je me retire, Mais n'oubliez pas que là-haut Je vais" attendre ; vous Palmyre, Knvoyez-moi ce qu'il me faut. Palmyre. Puisque monsieur Paul «e retire, 12 PAUL ET JEAN. Toi, tu vas le suivre là haut; Pour la limonau" je vais dire, Ile vous monter ce qu'il vous faut. Scène VI. , PALMYRE, LAURA, T0CC1NA. Palmyre. Ce pauvre Jean! avec ses idées. . . Encore s'il ressemblait à M. Paul, qui est si bien!.. {Une jeune fille parait.) Charlotte donnez nne limonade. (La jeune fille sort.') Eh ! mais, une voilure qui s'arrête à la porte.... Ce n'est pas ici? . ,. Si fait, vraiment! Un équipage magnifique à la porte de mon magasin ... Quel honneur! Oh! la jolie personne! ÇLaura entre.') Toccina, la suivant. Madame, n'est-ce pas ici que l'on a commandé une mantille pour le palais Doria? Palmyrc. Oui, madame, c'est ici. .. donnez-vous donc la peine de vous asseoir, je vous prie. Toccina. Merci pour moi .. , asseyez-vous, signora. (Elle fait asseoir Laura.) jPalmyre. Mademoiselle parait soutirante; si je pouvais offrir à mademoiselle ,.. T>niira. Mille grâces, madame. Toccina. La mantille, madame. Falmyre. La voici. ' Toccina. Signora, comment la trouvez-vous'! Xiaura, regardant h peine. Bien . . . bien. Palmyre, a part. Oh! quel air d'indifférence! .. voilà uue jeune fille qui est bien malade, ou bien amoureuse. (Haut.) ^' mademoiselle veut l'essayer . . . Xianra. Merci. Palmyre, à part. Est-elle dédaigneuse! Toccina. La blonde est-elle assez belle, signora? I.aura. Mais oui, 1?almyre. C'est ce que nous avons de mieux... et voye 2 comme c'est élégant... on ne fait rien de mieux à Paris. Toccina. Et on l'aura? Palmyre. Demain, comme je l'ai promis .... (A la y ltnC fille qui reparait, tenant une assiette sur laquelle il y a un cl tmn, un verre d'eau, du sucre.) Portez cela à M. Paul de t> ' gny ? .. (Laura se lève étonnée.) mesdames. Toccina. Bonjour, madame, bonjour . . . (A Laura.) Vous ne venez pas? ACTE I. SCÈNE VI. fcanra, acte vivacité. Non, je voudrais essayée la mantille. Palmyre, " V nrt - A '>' e " e se réveille ! Toccina. A la bonne heure ... voyons! madame. Palmyre. Tout de suite, signora. taura. Cela me parait bien fait, madame ... parfaitement travaillé. .. Vous êtes Française .. . Palmyre. Oui, signora.... Française de la rue Vivienne tenant tout ce qui concerne la toilette ... et j'ose me flatter ... Toccina. C'est un peu étroit d'ici. . . Inura. Du tout. . . du tout... cela va très bien au contraire ... la blonde est choisie avec un goût,.. Palmyre. Elle est charmante; et vous aussi, mademoiselle, far enfin . .. l.aura. Vous vou9 appelez . . . Palmyre. Palmyre . . . élève d'IIerbault pour les modes; et pour le reste . . . Iianra. Ah ! quel beau magasin! vous en avez un pareil là-haut ... au premier? (Signe affirmai! f de Palmyre.) Oui . . . et la maison parait fort grande; surtout si vous l'habitez seule. .ilad. Toccina, à part. Eh! mon Dieu, signora, voilà six semaines que vous n'en avez dit autant. Air: lie sommeiller encor, ma chère. Ouoi! vous muette d'ordinaire, Vous parlez enfin ! Laura. Oui, vraiment! Palmyre, galmcnt. Dans un magasin de lingère, Mais cela n'a rien d'étonnant, On parle, parle à tour de rôle. Toccina, C'est juste, et je vois entre nous Oue ceux qui perdent la parole, Devraient la retrouver chez vous. (.Un domestique parait au fond ; Toccina va lui parler.) I.nurn. Mais cette maison, vous ne l'habitez pas seule Peut-être? Vous avez des locataires. Palmyre. Non, mademoiselle ... quelques chambres, voilà t°ut, . . Quand un compatriote, un ami traverse Gènes, comme en ce moment, notre jeune officier de santé . . . ï-aura. Ah ! c'est bien . . . c'est bien ! . . Vous n'avez Pas quelques objels de toilette dans ce magasin? .. dans l'autre? • • • là-haut 1 , .j'y monterai. Palmyre. Si ces dames veulent se donner la peine? . . . 11 PAUL ET JEAN. I.uurn. montant vivement les premières mitrchcs. Cerlaine- menl. Tooolna. Ah ! pardon . . . madame enverra ... M. Comte s'impatiente dans la voiture, signora ... il veut descendre . . . Laura. Non, non, c'est inutile .]. . partons . . . vous enverrez cela demain, madame. Tocclna. Et de très-bonne heure; car nous quittons le palais Doria à neuf heures. Palmyre, les reconduisant. On sera exact, mesdames. Jean, paraissant sur Vescalier. Diable! avec tes Vale"' tiennes, toi . . . l.aura, rentrant. Nous quittons Gênes à neuf heures, ma" dame ; et ... . (à Toccina qui Vappelle.) je vous suis, signora. (Elle sort.) Scène VII. PALMYRE, JEAN, ensuite PAUL. Jean, laissant ccliapper le carton qu'il tient. Ah! th ! a' 1 ' la jolie personne. Palmyre. Hé! bien, quoi,., qu'est-ce que tu fais là, toi? Jean. Oh ! le bel équipage . . . quels chevaux magnifique'" . , . et ce petit pied . . . Paul, descendant sur Vescalier. Voici tna lettre . . . et ce n'est pas sans peine ... on n'y voit plus dans ma chambre • • (regardant Jean.) Ah! <;a... mais le voilà comme un terme, l"'" Jean. Rien, rien! c'est que ça m'a coupé la respirai! 0 " net ... (n Paul.) Qu'est-ce que c'est, hem'f . , une grand* dame, une bourgeoise . . . est-elle mariée? Paul. Dites donc, Palmyre ... il est fou votre mari. Palmyre. Non ... il est bête. . . c'est moins dangereux : mais ta dure plus longtemps. Jean. Ah ! mais ... ma femme ! . . Palmyre, Ah ! mais, mon mari, avec les idées de trahison, de conquête chez les autres . . . ça finira par porter malbei» chez toi ! Jean. Allons donc . . . parce que j'ai regardé do popet bes chevaux. Palmyre. Il ne s'agit pas tic chevaux. Jean. Si fait. Palmyre. Non. Panl, les séparant. Du calme ! du calme . , . une fluerel"' de ménage . . . ACTE ï. SCÈNE VIII. 15 Palmyre, « Jean, Hé! bien, . . et cette Valencienne, où est-elle? Jean, regardant au dehors. Elle vient de monter en voiture! . . Palmyre. La Valencienne ? Jean. Oh ! . . non, elle est , . . elle est . . . elle n'est P as • . . puisqu'il n'y en a plus. Palmyre. En ces cas, il faut courir rue Nuova, chez Blamlini, m'en rapporter un carton. Jean. Chez Blandini! je ne demande pas mieux. Palmyre. Ah ! oui, je sais pourquoi . . . parce qu'il y a 'à cinq ou six péronnelles qui vous font causer. Jean. Hé! bien quel mal y a-t-il à causer avec, des péronnelles . . . quand elles sont^jolies? Ce n'est pas comme ici; il n y a que du laid . . . premier numéro. Paul. Ah > ah ! et ta femme ? Palmyre. Allez, M. Jean, allez . . . c'est indigne ce que vous dites-là ... et vous mériteriez . . . Jean. Mais non, tille, non ce n'est pas pour toi.. (à Paul.) par exemple ! si on peut croire que j'englobe ma femme dans ses demoiselles de magasin. (Revenant à Palmyre.) Je t'assure que je ne pensais pas . . . Palmyre, avec chagrin. Laissez-moi, libertin. Jean. C'est comme ça ?.. . bonsoir. (Il se sauve.) Scène VIII. PAUL, PALMYRE. Paul, le regardant courir. Ah! ah! ah! qu'y a-l-il donc encore ? Palmyre. Il y a que je suis trop bonne ... et que, si cela continue . . . tenez, M. Paul, ça finira mal ! . . Panl. Vrai ! . • tant mieux pour l'autre !... et si c'élait moi ! Palmyre. Hé! bien, si c'était vous? . . Panl, gaiement. Dame, je ne dis pas ! mais c'est égal . . . Va me ferait de la peine pour Jean qui est si innocent ! si eau dide ! Palmyre. Laissez me charmante. Air: Qu'il est flatteur d'épouser celle, etc. C'est quelque dévote tendresse Oui me demande le secret . , . •Juelquc prude dont la faiblesse 8« couvre d'un voile discret. Ou péché, c'est doubler la dose ; Mais à ces vertus de salon Il faut bien passer quelque chose, Kn laveur de l'intention. "'p'rloir. No . -11,. 2 1S PAUL ET JEAN. Scène XI. PALMYRE, JEAN, TAU,. Palmyre. Mais arrive donc, lambin, arrive donc. Comment ! M. Paul, vous étiez encore sans lumière . . . (clic pose son flambeau.) Jean, entrant tout crotté. Me voilà ! me voilà ! . . avec (a Valencienne ... je n'ai pas causé avec les péronnelles, cornm>! tu dis . . . (à part.) elles n'y étaient pas. Palmyre. Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce qu'il y a donc ! . • comme te voilà fait ! Jean. Ah ! oui , . . un peu crotté ... ce n'est rien. Palmyre. Comment !.. ce n'est rien !.. il en a jusq» e dans les yeux. Jean. Eclaboussé sur toutes les coutures... je regardai* passer la belle voiture de tout à l'heure, je l'ai rattrapée a " coin de la rue . . . la jolie figure ... oh ! Dieu! Palmyre. Là! j'en étais sure! toujours le nez en l'air! Jean. Je te conseille de rire ! , . Pendant que j'étais là' et le nez en l'air, comme tu dis; flan! les roues m'en envoi 1 " 11 ' sur la tête et partout ! . . Palmyre. C'est bien fait. Jean. Merci, colombe. Paul, sans les écouter. Oui, j'irai ... du mystère, c' est piquant! . . Palmyre, passant près de l'aul. Hé! bien, vous, voU s «'tes là, à rêver tout seul. Jean, lui frappant sur les épaules. A vos amours, hein? Paul, sortant de sa rêverie. Ah ! c'est vous . . . pardu» . . . c'est qu'il vient de m'arriver ici, une chose si singulière. • Jean. Encore ! Palmyre, couvrant le carton de dentelles. Quoi donc ? Paul. Figurez-vous . . . mais non ... je suis discret • je l'ai promis. Jean. Un secret de femmes . . . c'est peut-être pour Ç a qu'en rentrant j'ai trouvé à la porte un moine qui, d'un air <' L mystère, cl sans rien dire, m'a remis un billet pour vous. Paul. Et on est-il ? Jean, Il a disparu ... le moine. Paul. Mais le billet ... le billet . . • Jean. Le voici . . . toujours des histoires . . . <,' ;l ll,e monte ... ça me monte ... (à tut femme qui regarde la telle.) hé! bien! cs-tu contente? (il l'emlirasse.) ACTE I. SCÈNE XI. VJ Palmyre. Monsieur Jean! Jean. Tant pis. . . (A part.) il y a des moments où j'em- krasscrais tout le monde . . . même, nia femme. Paul. Ah ! mes amis, mes amis ! Jean. Hein! qu'est-ce qui prend? Paul. C'est son écriture . . . c'est elle . . . Laura . . . oui, son nom, son nom, le voilà. Jean. Laura ! la Vénitienne ? Palmyre. Elle serait ici 7 Paul. Ciel! (lisant.) „cc soir, à dix heures, près dn pont »de Carignan, un franciscain vous attendra; laissez-vous con- " du 'fe. laura. Jean. Ah! hah! Paul. Elle est ici . . . elle est à Gênes !.. si près do j 301 !.. je vais la revoir ! . . mais comprenez-vous tout mon "onheur ? (Il baise te billet.) Jean. Si je le comprends ! . . parhleu ! . . morbleu ! . . Palmyre. Mais prenez garde, prenez garde ... en Italie, '' >" a quelquefois du danger. Jean. Ah! bah! Paul. Du danger ! Eh qu'importe? .. je ne le crains pas. Jean. Au contraire même . . . c'est ce qui donne du piquant, du montant ... Oh ! Dieu ! mais du mystère, du danger • • . ça vous électrise. l'almyre. Imbécille! Paul. Mais dix heures . . . Dix heures ! j'y cours. Palmyre. Il n'en est que neuf. Paul. C'est égal . . , dans mon impatience ... je voulais hâter les instants. Jean. Oui, c'est cela . . . dans mon impatience, je voulais hâter ... il faut toujours hâter. Paul. Je monte chez moi, m'habiller . . . prendre mon "•anlcau. Palmyre. N'oubliez pas vos armes. Jean. Oui, vos armes . . . c'est romanesque. Palmyre. Je vais faire presser le souper, Paul. Ah! Palmyre... faites-moi donner mon habit d'hier. È'almyre. Je vais le mettre ici . . . Panl. Et, si l'on me demandait dans la soirée, l'aventure . lo »t à l'heure, un monsieur à l'air mystérieux . . . vous di- r ' cz que demain, quand on voudra ... je serai ici . . . mais ce Soir « impossible. Jean. Hein ï . . une autre . . . une autre aventure , . . CUx passions ' du snnerflii 1 • quand il v a des gens qui n'ont Pas |„ •JO PAUL ET JEAN. Paul, riant. Pauvre garçon !.. va échatirrer tes corset 9 ' va ! (il monte Vescalier et l'almyre pose Vhabit sur une chaise-) ENSEMBLE. Alrt De Lionel h l'instant (Henriette.) Je sens en cet instant Mon trouble Qui redouble, Rt ce rire insultant Augmente mon tourment, Palmyre, fi part, en glissant un papier dans la poche de l Ah ! mon Dieu ! voyez comme De sa femme un jeune nomme Peut risquer la vertu . . . O Jean ! c'est toi qui l'as voulu ! . . . Ensemble, •e sens en cet instant, etc. (Palmyre sort par le fond.) Scène XII. JEAN, seul Voilà ... ils se moquent de moi ... ma femme, je ne ^ •pas . . . elle est dans son droit . . . elle veut du calme P 1 ' elle ne comprend rien au ravage des passions . . . Mais P*' l'égoïste, parce qu'il est heureux . .. parce que le bien lui w en dormant ! . . . il a l'air de me défier ... on dirait q ue alouettes sont pour lui tout seul ... ah ! grand faquin ! va • Scène XIII. JEAN, FARINI, suivi de deux hommes en manteau* Farlni. Bien . . . arrêtez-là . . . Çles deux hommes restent dans le fond.) Jean. Qu'est-ce que c'est que ça? Fitrinl. Chut ! chut ! c'est moi. Jean. C'est vous? Farlni. On vous attend , . . silence. Jean. Ah! l'on m'attend, inconnu. Farlni. Comme je vous l'ai dit . . . le temps presse . et vous m'avez promis de venir. Jean. J'ai promis . . , Earlnl. Ah! M. Paul! (ff Jean, n part, Oh !.. oh ! . • Paul . . . *'est ça» 1 a roman ... il parait quon ne le connaît pas. ACTE I. SCÈNE Xlll. 21 Farlnl. Vous êtes prêt 'i Jean. Moi! . • (" ;""■') oh! l'excellente idée! (haut) oui! • • • (à part) ah! on me délie! on se moque de moi . . (fière- me »0 voilà, inconnu. •"arlnl. Personne ne peut nous surprendre. Je»», montrant les portes. Dame! par ici . . . par là! (fïirint fait signe aux deux hommes de les fermer.) oh ! oh ! mais îa devient un roman ... je sens une douce chaleur qui me "•«Me au visage. *"arint. Maintenant, à nous . . . {il tire un bandeau.) Jean. Plait-il?.. qu'est-ce que c'est] Variai. Il faut vous bander les yeux. Jean. Ah! bah! ï arinl. Comme c'est convenu. Jean. Ah ! si c'est . . . bien . . . c'est juste ... je vous demanderai seulement le temps de passer un habit; car, en con- 8t 'ence, je ne peux pas sortir ainsi. *'arini, lui donnant l'habit que Palmure à placé sur ta chaise. ^°ilà votre habit . . . Jean. Ah! . . . tiens . . . merci ... (le passant.) c'est ''fùlc, je ne reconnais pas mes habitudes. Air de Jadis et Aujourd'hui. Riais ce n'est pas le mien sans doute; Celui de Paul! . .'ah! c'est charmant. Farinl. Kb vite ! mettons nous en route. Jean, à part. Ma foi, tant pis . . . c'est plus piquant. Je lui vol' son nom qu'on adore, Je lui vol' l'habit que voila, Et Dieu merci, j'espère encore Lui voler bien mieux que cela. Ah' maintenant ... le bandeau (pendant qu'on lui lande ,' s yeux.) il me semble que je vois déjà ... ah ! ah 1 ah ! . . J* «ois que je vais me trouver mal. *«Mrtnl. Hé ! bien, qu'est ce que vous avez ? . . vous avez Peur? Jean, ôlanl son bandeau. Moi, fichtre ! . . inconnu, pour 1 Ul me prenez vous? *«Hnl. Pardon, pardon ... il faut partir. ., _ Jean. Quand vous voudrez . . . mais ne me dites pas que J a « peur ... a h' une réflexion... si elle demeure un peu loin, a jeune dame ^«••Inl. Après. Jean, à part. C'est une jeune dame, '•'lui. Après . . . 22 PAUL ET JEAN. Jean. Je ne verrai pas trop mon chemin, pour vous suivre. Farlnl. La voiture est à la porte. Jean. Une voiture ! Farlnl. Qui vous emportera bien vite au palais. Je mi, à part. Une voiture ... un palais . . . c'est hoe princesse . . . (haut) partons ... (/; se détourne cl se hcurti".) casse-cou! Ah! il faut prévenir , . . (On frappe à gauche.) KVSEIIBLK Air: De la Marquise de Prctintaille, Grand Dieu! de la prudence . . . Faites silence, On a, je pense, Frappé par U ! . . Il (aut savoir se taire Kt le mystère Plus tard ~v Pour vous J ÏCSpl: "' S'éclaircira ! • . Palmyre, en dehors. Ouvre donc ... et le souper . • > Jean. Ne faites pas attention, (à part.) Ma femme ! e " e soupera toute seule. {On frappe à droite.) Farlnl. Silence ! .. par ici. Jean. Chut 1 Paul, en dehors. Ouvre donc . . je suis pressé de sortit Jean. Allons toujours . . , (ti part.) ce pauvre l'aul! ■ ' ENSEMBLE. Sortons avec prudence ! . . . Mais du silence ! C'est l'espérance (Jui vous conduit. Il faut savoir se taire ' Laissons-naus ~v Laissez-vous J îte * Avec mystère Sortons sans bruit ! . . . Paul et Palmyre, frappant pendant le choeur. Ou» rc donc J . , ouvre donc ! . . (Les deux hommes le prennent par le Iras, et ils sortent a** Farini . . . tandis que, à droite et h gauche, on contint frapper et a appeler.) ïin ou rnBnien actk. ACTE II. SCÈNE I. -2;i ACTE SECOND. Le théâtre représente un riche salon gothique. Une fenêtre nu fond, i.h porte d'entrée à gauche. »u même coté, on cabinet. A droite, un appartement. Scène I. LE COMTE, TOCCINA, lie comte , achevant d'écrire, à Toccina qui entre, 'foc- niwi ! Toccina. Excellence ! Le comte. Approche/. !.. où est mu fille ! Toccina. Dans son appartement . . . elle achevé quelques préparatifs pour le départ. lie comte. Le départ . . . croyez-vous que sa santé nous permette de quitter Gênes . .. demain .. comme je le voulais ? .. Toccina. Je ne sais, Excellence ... en descendant de voiture vous l'avez vu . . . elle s'est évanouie. le comte. Oui, évanouie . . . comme morte . . . Toccina . . elle ne vous a pas fait de confidence ... nia fille? Toccina. Non, Excellence . . , aucune, Le comte. Bien . . . regardez moi en face ... là! . . . elle ne vous a jamais demandé de service* contraires à vos devoirs? Tuccina. Jamais. Le comte. Me me trompez pas . . . depuis deux mois, je cours après une vengeance qui m'échappe sans cesse ... et si ' infâme que je poursuis avait des complices chez moi ... il* Paieraient tous pour lui, en attendant mieux. Toccina. Je vous jure^ Excellence . . . lie comte, AlrJ d'Aristij>in\ Écoutez . . . it faut nie comprendre ; Itcsorniaia voua devez avoir Des oreilles, sans rien entendre, Comme dei yeux pour ne rien voir. Toccina. Comment dei yeui pour ne rien voir '. 24 rAUL ET JEAN. lie comte. Une langue et faire silence. Pensez 7 bien ! Toccina. Oieu ! quel plaisir D'avoir de tout en s'abondance, Et de ne pouvoir s'en servir. Vous obéirez! Toccina. Je tâcherai, Excellence. te comte. Car, voyez-vous, je suis violent . . . impla ea ' ble! . . j'ai le caractère comme le corps, un peu sec! . . e' J e casse plutôt que de plier. (Laura entre doucement, et va re>j at ' der h la fenêtre qui est fermée.) Je n'ai pardonné qu'à une p er ' sonne dans ma vie. . . à ma fille. . . et ce pardon me tuera.-' Scène IL Les Mêmes, LAURA. Laura, vivement. Mon père! ... ah ! mon père! qu'ave*' vous dit? lie comte. Ah! c'est toi . . . que faisais-tu là? Lanra. Hien! mon père! ... je venais vous prier d'allé^ donner quelques ordres pour l'emballage de ces tableaux ec effroi.) je suis volé! . Toccina, apercevant le comte. Chut! Scène V. Les mêmes, LE COMTE, FARINI. (Parini entre avec le comte, lui montre Jean et sort sur un signe.) le comte. Toccina .. . Jean, tressaillant. Ah ! Toccina. Ce n'est pas moi qui ai détaché le bandeau ... «'est lui qui . . . le comte. Bien . . . laissez-nous. Toccina. Oui, M. le Comte . . . Jean, à part. Il parait que c'est un comte.,, ah! ça, quelle singulière aventure! Toccina, à part. J'ai peur pour lui... il est intéressant... (Elle sort.) Jean, à part, regardant. Ah! ça . .. mais, et l'autre,. . la jeune femme .. . (Le comte, après la sortie de Toccina, est descendu à Jean.) Scène VI. LE COMTE, JEAN. le comte. Monsieur.... (Jean se tourne vivement.} Je v «us salue.., Jean. Monsieur .., j'ai bien l'honneur. ,. certainement. . . (A part.) Ils ne sont pas beaux dans cette maison. le comte, approchant un fauteuil. Nous avons à causer, asseyez-vous, Jean. Monsieur. le comte. Je vous en prie. Jean. Ah! pour vous faire plaisir. (A part.) 11 est singulièrement honnête ce comte-là. (Il s'assied.) le comte. Monsieur, la manière dont on vous a enlevé de c "ez vous est assez singulière, pour que vous désiriez une explication. (/* s'assied.) Jean. En effet . .. j'avoue naïvement que je ne serais pas fâc hé....(« part.) ah! ça, si c'est pour avec lui que me voilà * • • merci ! 2H PAUL ET JEAN. ré comte. Voici ce que c'est... je suis riche et puissant, monsieur. Je h ii, su levant et le saluant. Monsieur .. . j'en suis en chanté.., lie comte. Bien, bien . .. Jean, à part, en se rasseyant. Qu'est-ce que ça me fait à moi? fcc comte. J'ai une fille charmante. ,. Jean, h part. Nous y voilà. I.e comte. Une fille, mon bien le plus cher.... pour laquelle je donnerais tout le reste .... excepté l'honneur de ma maison.. . depuis quelque temps, elle est soutirante. Jean. Votre maison? Ie comte. En vous laissant enlever, c'est elle que vous espériez voir et non pas moi. Jean, déconcerté. Dame ! je ne dis pas . . . j'ai pu croire • . . car enfin . . . (à part.) qui diable lui a dit cela ? le comte. Mais vous ne la verrez pas, Jean. Non . . . Hé bien, en ce cas, n'en parlons plus . J ai bien l'honneur de . . (il fait un mouvement pour sortir.) le comte, le retenant encore. Vous ne comprenez donc l'as que j e ^ a i» tout % Jean, Mais quoi ! mais quoi ! . . le comte. Vous introduire dans une famille, pour la déshonorer. Jean. Mais puisqu'il n'y a rien de fait . . . prenez que je "e suis pas venu; et . . . le comte, te retournant. Je sais tout, vous dis-je ... et vous croyez (n'échapper! . . . mais vous ne me connaissez donc pas ! Jean. Mais, si fait . . . mais, si fait ... et j'en ai assez comme ca, de la connaissance! le comte. Vous ne savez donc pas que je suis homme a vous faire expier mes tourments, les larmes de ma fille ... la fo "e passion que vous lui avez inspirée. Jean, Moi!., une passion!., à mademoiselle votre fille!.. 30 PAUL ET JEAN. le comte. Avez-vous cru me fercer avons la donner pour femme? Jean. Mademoiselle votre fille ! . . liens, liens, liens ! I? s ' Jean, suivant. Allons donc ... je vous dis . . (une clef ferme la porte.) Scène X. JEAN, seul. Renfermé à double tour!., c'est-à-dire, que voilà le fris-* 0 " qui me galope, et d'une ficre force. .. ah! mais! .. ah ! nialS ' ah.' mais! .. je sue à grosses gouttes.' je crois que j'ai peur.-' „Prie pour ton Ame ... tu n'attendras pas long-temps. — H ma dit ça, le vieux gueux ! .. mais quand je lui ai dit, à cet honini e ' à cet antropophnge, que je n'élais pas . . . (regardant In W" r tiens, (à M. l'aul de Qfyny.) Une lettre pour lui! . . c'est j" sie ' c'est son habit ... une lettre . . c'est l'écriture de ma fe' 1 " 1 "' • • . à Paul ! ma femme ! elle n'est pas décachetée. l'o uvri vivement) qu'est-ce qu'elle peut lui . . (lisant.) WÊssssssses ACTE II. SCÈNE XI. 37 „Mon cher Paul, votre ami est un indigne! un infidèle! et, »puisqii*il ne songe qu'à me trahir, venez ce soir en rentrant; "j'ai a vous parler de lui." — Ah! hien! ah! bien. . ma femme.' • • . un rendez-vous ! . . Air! du Piège. C'est charmante ! me voilà gentil! l»la bonne fortune est complète ! . . Quand je tremble de peur ici, Là-bas, il est en tèle-à-tète ! . . Quelle aventure pour nous deux . . . Et pour moi surtout quelle aubaine, S'il est à ma p'ac' plus heureux Que je ne le suis à la sienno! Cfn pm'«nlever. Jeun. Je me suis laissé l'aire. Paul, riant. Les yeux bandés. .lenH. Dans une voilure magnifique; Oui, rie/t, quand nolU .av«ns les qualre pieds dans un ahyme! Puni. Enlevé, et c'était pour un rende/.-vour. ! Jeun. Pour une saignée. Paul. Hein! Jean. Oui . . . moi qui n'ai jamais saigné ... un poule' nnême ... un poulet! Satanée bonne fortune! Paul. Dame! lu voulais! . . Jean. Ça m'a joliment réussi ... Un bulor qui veul il"" je1« - dans la mer, si je ne suis pas vous. .. et, si je suis vaûfi vvetK m'y jeter enço're, pour changer . . . Paul. Mais enfin, explique-moi donc . . . Jean. Est-ce que je sais, moi .'. . Kt ma femme, qui veu' ux m'éehapper! . . Mais tout de suite . . . je passerais plu^ MM par le trou de la serrure. Paul, écoutant, Chut! Jean, effrayé. Ah! on vient pour la danse! Etal, .l avais cru entendre . . . Toi, prends le chemin que- j'ai pris pour venir ... Un vieux mur en ruines, au fond dut jardin . . . Mais d'abord, cette fenêtre . . . Une échelle . . Jean. Vrai! je suis sauvé. (// court ouvrir,") Air: de Miln. Partons, partons ! Dieu! j'en rérbappe! Adieu, palais . . . je te mauilis! Ht si jamais on m'y rattrape, Je \eux clr" le dernier ilrfr maris! {Il eujmubc la fenêtre.) Jean. Venez-vous, Paul?.. Paul. Oh! moi, je reste. (An moment où Jean commence à descendre, on entend IM* ehiew qui aboie. Jean remonte tmit effrayé.) Paul. Ile! bien? Jean, pâle et défait. Vous n'entendez pas?. . il va me dé vorer. Paul, écoutant à la porte. On met la «lef dans la serrure . Va-t'-en .. . Quand tu risquerais un pan de Von habit. . . Jean. Au fait, c'est le votre. (17 disparaît.) Scène XII. LAUIU, PAUL. Laura, entre vivement, Oraud Dieu! vous ici! Paul. Luirai oh! je puis vous voir, vous parler enfin, ï-aura. Plus bas . . . plus bas. Paul, Que craignez-vous? T^aura. Oh! mon père m'a pardonné à moi.. . c'est vou.% v est vous seul. Paul. Mais, si je lui demande voire main . . . si ma for- '"ne, ma naissance . .. ^aura. Oh! n'y comptez pas. . . il *st inexorable! Je lui •" 8 que vous m'aimez, que vous êtes digne de lui, de moi... il "en croit rien. .. et tout à l'heure, paie, défait, il me parlait de v ous avec une colère.. . Il vous a donc vu? ï^aul. Mais non! . . ce n'est pas. .. <-»«ura. Il a fait venir Farini. . . son valet de chambre. 40 PAUL ET JEAN. il a donné des ordres pour notre départ à l'instant... afin qu'en son absence on se venge de vous .. . Paul. Grand Dieu! Lnura. On se répand dans le jardin, dans l'hôtel, partout, de crainte que vous ne vous échappiez. Paul. jfaime ton oeil si noir. Iiaura. Ne parlez pas ainsi, Voyez rouler mes larmes; Pour calmer mes alarmes, Eloignez vous d'ici. Paul. Suivez-moi. bis. e. J Ain Pourquoi trembler ainsi? Pourquoi verser des larmes, Pour calmer vos alarmes'} Ne suis-je pas ici ? Époux ildM « et tendre, Je dois, sans m'alarmer, Vivre pour vous aimer, Mourir pour vous défendre. Lan™. C'est lui... Sortez! Sortez» {Montrant la cith*" net.) Là ! Lnura. Non, j'espère . . . Oh ! mais, Paul, j'aurais peur De vous porter malheur. Si je quittais mon père. ÊUtifÊBMÉâli'É* Pourquoi trembler ainsi? Ne parlez pas ainsi ? Panl. Me cacher encore! Laura. Je vous en prie. Paul. Hé! bien, je n'attends qu'un mot de vous, liaura. Oui; mais attendez-If. {Il rentre dans le cabinet') Scène XIII. LE COMTE, LAURA. lie comte, entrant vivement, et observant sa fille. tu ici, Laura '. Lanra. Mon père . . . Le comte. Où est-il? Lourn. Qui donc? Le comte. Cet homme que j'ai laissé ici. liaura. Vous l'avez vu? te comte. Et toi? liaura. Grâce, mon père, il m'aime toujours *. • plus que jamais. te comte, élevant la voix. Où donc est-il J i sans voir le Comte. Hé! bien, que veux-lu de moi, sbire, séïd*' ... je me révolte à la fin. .. que je suis encore lout conlu-ioni 14, par cet imbécillo de mur qui est tombé sur moi... comme sl ce n'était pas assez de m'avoir traqué, attaqué, disloqué... BV** ce grand scélérat de chien de Terre-Neuve. Le comte. Taisez-vous. Jean, s' 'éloignant. A l'autre! laura, bas. Silence! répondez ce que je vous indiques* 1 . .. el vous êtes sauvé. Jean. Ah! bah... ah! bah! Le comte, passant entre eux. Laura, éloignez-vous. Paul; bas, toujours derrière la porte. Laura ! Laura. Restes! Jean, à part. Et PatJI qui est parti. Le comte. Eh! bien, malheureux? Jean. Oh! oui, je le suis . . . je .. . (Laura lui fait signe de 6C taire.) Le comte. Vous voilà en présence de voire victime. Jean. Ma vie,. .. (Laura lui fait signe de dire ACTE II. SCÈNE XV. î.1 °e vos jours . . . si vous n'êtes pas marié, vous épouserez ma lillc! Jean. Moi ! . . permettez . . . le comte. Vous l'épouserez ! . . laura, vivement. Certainement, mon père . . . (ÈÏte fait signe à Jeun.) Jean. Certainement. {A part.) O Palmyre! le comte. Suivez-moi donc à l'inslaiit. «.«lira, vivement. Vous pardonnerez] le comte, a Jean. Il parlera enfin!., je pardonne tout... Je le jure p ar l'honneur do notre maison .. . Jean, h part. Oui, il est beau l'honneur de ta maison . .. va toujours! .. le comte. A une condition!., c'est qu'un prêtre qui est la... va recevoir vos serments... à l'instant!.. Jean,' e comte. Monsieur! Paul. Paul de Bligny. Jean. A la bonne heure donc!., moi, j'abdique. Paul. Oui, monsieur, c'est moi qui viens vous demander grâce!., mais du moins, mon amour est mon excuse. Et d'ail leurs... je suis digne d'elle, digne de vous. lue comte. Quoi! on vous avait introduit dans celte maison, à mon insu .. ma tille... l.nurn , dans les Iras de son père. Ali ! mon père, vous avez pardonné. . sur l'honneur!., Jean. J'y suis ... c'est la Vénitienne. le comte, regardant Jean, et ensuite Paul. J'ai pardonné, J a " pardonné... au l'ait, j'aime mieux que ce soit celui-là... que ' au lre. (Laura l'embrasse.) Jean. Merci ! Paul, lui prenant la main. Ah! monsieur! Jean, de même. Ah! monsieur! le comte, retirant sa main. Ht cet homme, qui donc «•st-il? Jean. Jean Beauvais, marchand de nouveautés, rue Ballii, 110 275, qui lient un assortiment complet de modes et merceries r «uni»,,, et généralement quelconque tout ce qui concerne l'état ( ' e M femme, el qui y retourne... à sa femme. Car pour ce •lui est des bonnes fortune*... je jure bien de m'en tenir là... 'Sapristi !.. bien obligé... j'aime mieux autre chose. PAUL ET JEAN. CHOECR FINAL. Air : De Mila. Que désormais tout chagrin cesse, L'espoir enfin rentre en ces lieux ; L'hymen, bannissant la tristesse, Ne fera plus que des heureux. Jean, au 'public. Air: Des frères de lait» Non, c'en est fait, point de bonne fortune! Je n'en veux plus . . . Merci . . . mais cependan Je voudrais bien en risquer encore une Kt c'est de vous qu'ici cela dépend ; Oui de vous seuls ici cela dépend. Messieurs, malgré la crainte qui m'assiège, Oui, je serais assez bête, je crois, Pour retomber tous les soirs dans le piège, Si vous 7 tombiez avec moi . . . Je tomberais volontiers dans le piège, * Si vous vouliez 7 tomber avec moi. FIN.