Répertoire du Théâtre français à Berlin. N° 211. —<«►— LEKAIN A DRAGVIGNAN, COMÉDIE EN DEUX ACTES, MKLKE DE CHANT. FAR MM. DE FORGES ET PAUL VERMOND. Prix: 10 Sgr. (8 gGr.) BERLIN. Chez Ad. Mt. Schmsiwger, Libraire et Éditeur de Musique. [Uoler don Linden No. 34..] 1840. PERSONNAGES. ACTEURS. LEKA1N Mr. PâUL, DOGARD, choriste du théâtre Ho Marseille Mr. FRANCISQL'R. BOURDAS, capitaine de la prévôté Mr. MAKH'S. LANDROL, directeur du théâtre de Oraguignan Mr. MORAND. BARBOTKAU, régisseur Mr. CASTKLLI. UN COIFFEUR. LA PRÉSIDENTE DK CHAMPAGNAC Mme. MARIU8. FLORINS, nièce de Landrol Mme. PAUL. Acteur», Actrices, Domestiçi/e» des deux sexes, Coitumifhs, G/iHÇONS DE THKATBE. La «cène se passe à Oraguignan. LEKAIN A DRAGUIGNAN. ACTE PREMIER. Ije théâtre représente un petit snlon servant de régie et de foyer pour les acteurs. Forte an fond et portes latérales, Celle de gauche conduit au théâtre. Sur celle de droite est écriti l.«M»K.'II.VT 1»U III- ÎIKCTKIR, Scène I. LANDROL, BARBOTEAU. (Barhotcau est es scrupules sont endormis . . . J'en sais qui damneraient leurs ames Pour avoir place au paradies ! Florlne. Qu'est-ce que vous me dites là? Ziandrol. La pure vérité. Je te parle sans fard, florlne. Je le vois bien ,.. vous êtes pâle comme un mort. randrol, h part. On le serait à moins. Florlne. Eh bien! c'est du gentil: Ma marraine va être contente! elle, qui attendait cette représentation avec tant d'impatience!... Depuis qu'il en est question, elle ne rêve que M. Lekain, ne parle que de M. Lekain... je crois vraiment qu'elle l'adore rien que sur sa réputation, i. et je conçois bien ça, un artiste, un grand artiste! Xiandrol. Oui, oui, je te vois venir... tu vas encore me parler de ton Dogard. Florino. A propos de grand artiste... mon oncle, j'apprécie Dogard mieux que personne; c'est un pitoyable acteur, c'est vrai, mais c'est un excellent garçon, qui m'était très-attaché. Enfin, pour me plaire, pour obtenir ma main, n'a-t-Il pas appris tout le répertoire tragique! ne s'est-il pas essayé dans les premiers rôles, dans Orosmane? Iiandrol, Oui, où il s'est fait cribler de sifflets: le malheureux ! sa chute a eu du retentissement jusqu'à Draguignan! Florlne. Eb bien! ce n'est peut-être pas une preuve de dévouement ? Air i J'en guette un petit. V marin, l'soldat peuvent montrer leur courage Dans la tempête, ou bien dans les combats : On peut »' défendre contr' l'enn'mi, tontr' l'orage, C'ontr' le public on ne se défend pas ! . . . Entendre siffler la balle meurtrière, Entendr' siffler l'ouragan à son bord, C'est bien terribl'. . . mais c' qui l'est plus encor, C'est d'enlendr" siffler le parterre.... O Dieu! mon oncle, ce jour-là, c'était effrayant! il faut que ce pauvre Dogard ait l'âme fortement trempée pour avoir pu continuer Bon rôle. Landrol. N'importe! grâce à ma fermeté, te voilà débarrassée des poursuites de ce pleutre, et j'espère bien, à l'avenir -.. (On entend un grand bruit h l'extérieur.) Quel est ce bruit? Florlne, allant regarder à la fenêtre. Eh! c'est la chaise de ma marraine. ACTE I. SCÈNE III. 7 î.androl. Bon! la voilà en personne! il ne me manquait plus que cela ! Florine. Le capilaine Bourdas marche devant en écartant la foule avec sa canne... ijandroi. Il a sa canne 1. . je me sauve... Adieu, Florine... Florini?. Riais que lui dirai-je? Landrol. Tout ce que tu voudras... Pour le moment, il faut que j'aille surveiller ma recette, présider une foule de détails ... (A part, en sortant.) Et pas de Lckain ! pas de Lekain!... j'en deviendrai idiot! (Il sort.) Scène m. FLORINE, puis LA PRÉSIDENTE, et BOURDAS. Florine. Dites donc, mon ourle, mon oncle!... Ah! Lien oui, il est déjà loin! itourdaM, « la porte du fond. Oui, faquins, ça vous apprendra à ne pas faire plus promptement passage à Mme la présidente de Champagnac ... Venez, mon infante, venez. (Il entre en scène en donnant la main H la Présidente.) XiS présidente. Eh hien, Florine, cette loge? Florine. Il n'y en a plus. lia présidente. Que signifie cette plaisanterie? Bourdas. C'est du dernier plaisant... lia présidente. l'as de loge pour une femme comme mo] ... pour une présidente! Bourdas. Une présidente à mortier... mille bombes!... Je vais en prendre une d'assaut, belle dame, et s'il se trouve quelque récalcitrant... jour de Dieu! il fera connaissance avec la lame de mon épée. lia présidente. Votre épée! votre épée!.. vous auriez mieux fait de retenir tout simplement la loge il y a quinze jours. Mais j'en aurai une, j'en réponds. (.4 Florine.) Et je t'y donnerai une place, mon enfant... Va te faire belle, et en passant envoie- moi ce bélître de directeur, qui se donne les airs de n'être pas là quand j'y vais, Bourdas. De n'être pas là quand nous y sommes. Florine. Merci, ma marraine, j'y vais... Je verrai Lekain! quel bonheur! {Elle sort.) 8 LEKAIN A DRAGU1GNAN. Scène VI. LA PRÉSIDENTE, BOURDAS. HonrdaK. Me bouderez-vous toujours, reine de mon coeur, pour ce malencontreux oubli dont il ne faut accuser que vos charmes qui occupent sans cesse toutes mes facultés? La présidente. Allons, parce que nous sommes au théâtre, n'allez-vous pas me débiter des phrases de comédie 7 Bourdas. Moi, jouer la comédie !.,. Douteriez-vous donc de la sincérité de ma passion? ... cinq ans de constance et de soupirs non interrompus (il soupire"), ne sont-ils pas une garantie suffisante? lia présidente, impatientée. Cinq ans! cinq ans! Bonrdas. Oui, Clorinde, il y a ce laps... j'arrivais en cette ville, où je venais d'être nommé capitaine de la prévôté; je vous vis pour la première fois à l'église, et je demandai: Quelle est cette jeune personne? c'est sans doute une vierge timide, qui se prépare à faire sa première communion? lia présidente, flattée. Capitaine! Bourdas. On me répondit : Elle est veuve .. . Déjà ! n'importe!, .. je fus ému, et depuis lors l'amour tient garnison dans mon coeur. N'aurez-vous pas enfin pitié des tourmens que j'endure !... lia présidente, minaudant. Nous verrons, nous verrons. ... On m'a toujours dit de me méfier des militaires. Bonrdas. Il n'y a que les militaires pour faire de bons maris: c'est habitué à obéir, toujours à cheval sur la discipline conjugale et fidèles au mot d'ordre et au commandement. lia présidente. Ça a ses avantages, j'en conviens... mais ça ne vaut pas un artiste ,.. une de ces natures d'élite, un de ces êtres privilégiés et exceptionnels, pétris de passions. Par* lez-moi d'un de ces hommes dont le nom est un talisman, dont l'aspect jette le trouble et le frémissement dans les ames.... {avec tendresse.) Lekain, par exemple! ■lourdnN, haussant les épaules. Un histrion! lia présidente, furieuse. Un histrion!... capitaine !... {Se calmant.) Vous me faites pitié J (Dédaigneusement.) Est-ce que vous pouvez comprendre le génie d'un homme et le coeur d'une femme! Lekain, monsieur, a eu plus de bonnes fortunes que M. le maréchal de Richelieu. Bourdas. Pour la quautitc, je ne dis pas. 1-0 présidente. La qualité s'y trouvait! ... Je vous montrerai des lettres de ma cousine de Paris, une femme très-haut ACTE I. SCÈNE V. 9 placée, dont le mari est dans les écuries du roi J.. elle connaît la cour, et elle m'a dit de ce Lekain des choses. .. mais des choses ... ah! Dieu! 11 aurait pu dernièrement épouser une duchesse s'il avait voulu! mais il a préféré son art. Bonrdas. Et vous croyez ces commérages de gazettes ! Xi» présidente. Oui, monsieur, je crois ma cousine, qui se connait en grands hommes. Bonrdas, Me vous emportez pas, mon astre, cela pourrait compromettre les lis et les roses de ce teint... je cède... vous avez raison, et j'ai tort... Scène V. Les Mêmes, DOGARD. {Il entre timidement par le fond; ses habits sont tout poudreux.') Dogard. Ouf!... enfin m'y voici .. , {Sfapproctnunt du capitaine.) Pardon, monsieur... est ce au directeur que j'ai l'honneur ... Boudas, brusquement. C'est bien, l'ami, je vous pardonne . , . mais passez au large. {Il se retourne vers la présidente.) Dogard, d'un air sérieux. Les gens de Draguignan me paraissent fort agréables. {Passant du côté de la présidente.) Pardon ! madame, est-ce au directeur du théâtre que j'ai l'honneur de parler? Iuiidrol. Qu'est-ce que je vais lui dire, au public? Dogard, h part, écoutant. Oui,. . qu'est-ce que tu vas lui dire? Lnndrol. D'abord les trois saluts de rigueur ,.. (Il fait trois saints.) Dogard, (i part. Ici des murmures... les trois saluts avant le spectacle n'annoncent jamais rien de bon. IandroI, te retournant. Hein! qu'est-ce que c'est? Uogard. Ce n'est rien . .. Allez toujours... je fais le public ... Iiandrol. Le public ne pourra pas se ficher.. . quand j'ajouterai avec grâce: L'accident n'est pas grave, et la représentation aura lieu demain ,. . Pour ce soir, nous vous donnerons un spectacle à votre choix ... Dogard. Ici le sifflet devient insuffisant. ,. c'est le moment des pommes cuites... et incuites ,.. Infornuné directeur ! • •.on voua hue ... on vous lapide,.., on éleiut les chandelles 12 LEKA1N A DRAGUIGNAN. ... on brise les banqettes ... le désordre est à son «omble. .. l'autorité intervient... et vous allez coucher en prison! ... landrol. En prison ! ... Dogard. A jeun!... Et vos acteurs, inconsolables de votre mésaventure, auront la douleur de manger sans vous cet excellent souper que vous avez fait préparer pour Lekain... car il y a un souper? Iiandrol. Quinze couverts à six livres par têle, sans compter les vins. Dogard, lui prenant la main qu'il serre. Vous faites bien les choses. Vous avez mon estime. landrol. Un souper pour lequel le fameux Gamache, l'an, cien cuisinier du duc de Villars, notre gouverneur, s'est surpassé, monsieur !. •. Dogard. L'eau m'en vient à la bouche ... Et un pareil souper serait perdu! Rassurez-vous, noble amphytrion, nous le mangerons. i.nndroi. Nous le mangerons?... Ah çà! à qui ai-je l'honneur de parler? Dogard. A un homme qui ne peut voir un souper dans l'abandon sans lui prêter assistance. Iiandrol. Monsieur, dans la situation pénible où je me trouve, je ne suis pas en humeur de plaisanter. Dogard, Je n'ai jamais parlé si sérieusement. Iiandrol. Qui donc étes-vous? .. . Dogard. Qui je suis 1 .. . Je suis l'homme qui sauvera votre liberté, vos banquettes, votre festin et votre tête, landrol. Mais enfin votre nom? Dogard. Ne le devinez-vous pas? landrol. Quoi!. .. vous seriez...? Dogard. Sans doute, ^androl. Qui ? Dogard. Lui-même. . ■ i,and roi, avec émotion. Ah! je n'ose croire encore... Dogard. Quand je vous le dis... landrol. Mais non... l'émotion que j'éprouve.. . plus de doute ... 'Avec exj>losion.) Monsieur Lekain . .. Dogard, lui tendant les Iras. Allons donc! (A part.) Il est plus bête que je n'aurais cru... landrol, d'une voix entrecoupée. Est-il possible! ah! ah! monsieur Lekain!... monsieur Lekain... Prenez donc ce fauteuil, homme illustre... ma providence! Mais quoi.» depuis une demi-heure vous étiez là, voyant mon embarras, mon désespoir, et vous ne disiez rien? ., . Dogard, assis et se dessinant avec grâce. Que voulez-vous, ACTE i. SCÈNE VII. 13 c'était une petite satisfaction d'amour-propre que je me donnais. J'écoutais tout le mal que vous disiez de moi. Iiandrol. Ces grands hommes sont-ils originaux!... Quel bonheur... je tiens mon Lekain ♦.. mon grand, mon célèbre, mon immortel tragédien!.,. souffrez que je vous contemple, que je vous admire un moment. Dogard. Faites; ne vous gênez pas. (Se levant.) Tenez, je vais marcher. Iiandrol. Mais, en vérité .. . vous ne devez pas m'en vouloir si au premier abord je ne vous ai pas reconnu, deviné; car... Dogard. N'est-ce pas... mon costume ?.. un peu négligé... Iiandrol. En effet, cet équipage plus que modeste... Un homme comme vous, à pied!... Dogard. Ah! voilà... un homme comme moi, à pied... Iiandrol. Vous serait-il arrivé un accident? Dogard. Epouvantable !.. Iiandrol. Des brigands peut-être... Dogard. Juste!.. Gaspard de Bosse... en personne!,. Iiandrol. Et sa bande?.. Dogard. En personne aussi ! Iiandrol. Mes cheveux se hérissent! Dogard. Ils sont bien bons. Iiandrol. Et ils vous ont tout pris? Dogard. De fond en comble!... Ma voiture... mes bagages ... ma riche garde-robe . .. dix-huit sous que l'avais sur moi. Iiandrol. Comment! dix-huit sous!.. Dogard, te reprenant. Je veux dire dix-huit cents livres en or... Est-ce que j'ai dit dix-huit sous'!... (fl rit.) Dix-huit sous est charmant ! iiandrol. Les misérables!., c'est fort dramatique, Dogard. C'est pitoyable! Iiandrol. Heureusement, vous êtes au-dessus,,, Dogard. De dix-huit sous?.. Parbleu!... Iiandrol. L'essentiel est qu'ils vous aient laissé venir .. Vous voilà! Dogard. Nous allons souper. Iiandrol. Je suis sauvé... ma recette est sauvée... Je cours prévenir mon monde... Attendez-moi là un instant,., je suis à vous tout-à-l'heure. Dogard. Et puis nous allons souper. Iiandrol, sort en criant. Ah! quel bonheur... H est arrivé!.. M, Lekain est arrivé! 14 EEKAIN A DRAGUIGNAJV. Scène VIII. DOGARD, seul. En voilà on affreux toupet!.. Moi, Dogard, ex utilité du théâtre de Marseille, chargé par mon ex-directeur d'apporter à son confrère de Draguignan cette lettre qui lui annonce que M. Le- kain n'arrivera que la semaine prochaine... j'ai le front de me faire passer pour... Aussi, c'est ce diahle de souper qui m'a inspiré cette idée-là... J'ai toujours eu de l'imagination .. . dans l'estomac... Après tout, je ne fais de mal à personne... mon accident est un prétexte plus que suffisant pour ne pas jouer ce soir... et une fois le souper consommé... après le café... et le pousse-café, je m'esquive sans tamhour ni trompette, et je commence ma carrière industrielle... car j'ai assez de théâtre comme ça... Je vais me livrer à la culture du mûrier et à l'éducation des vers à soie... Airî Ma Normnndtc (Bcrat.) Assez long-temps, dans la débine, Var à soie! insect» estimable, Je vous cultivai sans Buccès, Avec toi désormais je veux Vers de Voltaire et de Racine, Dan» un repos inaltérable Je renonce à vous pour jamais!.. Filer les juurs les plus heureux! Ah! mademoiselle Florine, vous m'avez mis au pied du mur ... eh hien! vous entendrez parler de moi... Où est-elle à présent, l'ingrate?.. Depuis son départ de Marseille, elle ne m'a écrit que cette seule lettre que je conserve... et que de temps à autre j'arrose de nies larmes... Elle est Lien sèche, cette lettre !. .. „Monsieur . .." (S'interrompant.) Monsieur!., moi, son petit Dogard ! moi qui.. . toujours .. . enfin . .. (Reprenant.) „Monsieur, „BIa famille ne veut pas je me mésallie avec un aussi pauvre comédien que vous." (8'interrompant.) 11 y a équivoque... on pourrait croire . .. Mais je ne le prends pas comme ça... (Reprenant.) „Elle me destine à une clarinette, qui va en ..▼ille, et qui donne pour trente-six livres de leçons par mois... „De votre côté, vous me suppliez d'attendre encore au nom de ,,1'amour; au nom de l'amour, j'attendrai jusqu'à la fin du mois. „Si d'ici là vous n'avez pas réussi, je me verrai dans la nécessité d'épouser la clarinette, qui louche et que j'ai en horreur. «Adieu." Une clarinette qui louche... ce doit être quelque chose d'hideux ... On vient... attention à mon rôle. (/I épousette tes souliers avec ton mouchoir, et arrange ta coiffure.) ACTE I. SCÈNE IX. 15 Scène IX. DOGARD, LANDROL, Acteurs, Actrices, puis la présidente cl BOURDAS. CHOEUR. Air du Clwml de bronce. Grande nouvelle! C'est lui, Lo voilà donc enfin. Le grand acteur!,. Notre modèle, ('bantons ici: l e célèbre Lekain ! Honneur à lui ! » • Hagard, salue et demande grâce en agitant son mouchoir. Vous me comblez, messieurs . . . mes cliers camarades... je suis touché jusqu'aux larmes... Vrai'... tant d'enthousiasme est au-dessus de mon faible mérite !,, la présidente, accourant, suivie de Bourdas. Où est-il? ... où est-il'!.. Ah! . . c'est donc lui . .. le voilà ... tel que je me le représentais ... le port noble, le visage poétique, l'oeil expressif. Hien qu'en le voyant, on ne peut s'empêcher de dire: Voilà un homme de génie! (Doyard la regarde d'un air très-étonné.) Bourdas. C'est singulier, moi je ne le trouve pas beau du tout. Dogard, avec galanterie. Madame, vous êtes trop honnête, en vérilé. Excusez si je parais devant vous dans ce négligé peu galant; mais il y a force majeure, vos brigands ont mis bon ordre à mon élégance... ils ne m'ont pas laissé d'autre frac. ta présidente. Uu homme comme vous n'a pas besoin de parure.., pas plus que les statues antiques. Dogard. Pas plus, n'est bien peu. La statue antique est généralement bien déshabillée. Dourdas, « part. C'est étonnant, moi, je ne le trouve pas spirituel du tout. Landrol. Ah ça! dites donc, monsieur Lekain., • le spectacle est commencé . . . Dogard, qui cause avec la présidente, répond négligement vans se retourner. An!., eh bien, continuez... Lnndrol. Vous ne me faites pas l'honneur de me comprendre .. . Dogard, de même. Si... si... Et que jouez-vous ce soir, cher directeur ? .. Lenrirol. Comment, ce que nous jouons! Dogarrl. Oui... je prendrai nue place dans votre loge, mon ami; je n« serai pas fûché d'applaudir vos acteurs.,, en attendant le souper. 16 LEKAIN A DRAGUIGNAN. landrol. Voir, dans ma loge?.. Ah ça! vous ne vous lap- pelez donc pas ce qui est convenu... Et votre lettref Dogard. Quelle lettre? Iiandrol. Celle que vous m'avez écrite. Dogard. Moi? Iiandrol. De votre propre main; signée, Lekain. Dogard. Ah! oui. Iiandrol. Je l'ai là, la voici, la présidente. Un autographe, donnez; je le paie dis louis. Dogard, lui lançant des regards. Laissez, je vous en ferai tant que vous voudrez. la présidente. Que de grâce! Honrdas. Ça prend une mauvaise tournure! Dogard. Que cette petite femme est agréable! landrol, lisant. „J'arriverai mercredi matin, et le soir „même je jouerai Orosmane." Dogard. J'ai écrit cela ? .. . oui... c'est vrai.., je ne m'en dédis pas. (A part.) Je crois que je me suis trop avancé. landrol. Vous êtes affiché. Dogard. Affiché!... c'est grave. Mais à l'impossible nul n'est tenu, dit la sagesse des nations. Vous ne voudriez pas me voir jouer Orosmane en habit gris, en culotte de ratine, en bas de filoselle et en casquette de maroquin. Ce serait un anachronisme, ce serait le coq-à l'âne du costume. {Entrent deux garçons de théâtre portant une manne remplie de costumes.) landrol. Votre objection est juste; mais j'ai pensé à tout. Le magasin du théâtre étant insuffisant, j'ai fait circuler en ville la nouvelle de votre accident, et voici qu'on vous envoie les riches costumes qui servent à jouer la tragédie de société chez M. le comte de Castelli et autres gentilshommes de la ville. Dogard, h part. Décidément, je me suis trop avancé! Maintenant, j'aimerais mieux être ailleurs. la présidente, vivement. Ainsi, nous aurons le bonheur de vous applaudir ce soir? Dourdas. Quelle chaleur ! landrol, déployant des costumes. Tenez ... voyez quelle richesse... Dogard, les examinant. Un moment! je vois bien là du grec, du romain, du carthaginois, mais rien de turc; le turc est complètement absent. landrol. Bah! et cette pelisse brodée? Dogard. Vous croyez? ça ne me parait pas très-turc. Dourdas, sèchement. C'est turc. ACTE I. SCÈNE X. 17 Bogard. Plaît-il? Que dit monsieur'? Monsieur est musulman? (A part.) Ces moustaches-là ne me reviennent pas du tout. Landrol. Et ce pantalon? (Ji déploie un énorme pantalon.) J'espère que c'est cossu!.. Bogard. Quelle exagératiou! que voulez-vous que je fasse là-dedans ? toute la société tiendrait dans une jambe! Bourdas. Il vous ira comme un gant. Bogard. Plaît-tl? monsieur est le costumier du théâtre? Bourdas, Je suis capitaine. Bogard. Capitaine d'habillement. v Bourdas. Monsieur, je n'aime pas la plaisanterie. Bogard. Vous en avez le droit. (4 fart.) Ce musulman m'agace cruellement les nerfs. Iiandrol, lui présentant un turban. Voici le turban; j'espère qu'il est coquet. Bogard. Ça, un turban!., laissez donc, mon cher... c'est un melon, un vrai melon; je l'accepte comme eantalou, mais je le rejette comme turban. landrol. Eh bien, on va vous en faire un dont vous serez content. Ainsi le costume est complet. llogard. Oui, le costume est complet; mais je ne puis pas jouer ce soir. Tous. Pourquoi cela? que vous manque-l-il? Bogard, Il me manque mes moyens. Iiandrol. Allons donc! Bogard. Non, vrai, ce soir ... je ne suis pas à mon aise ... je me sens fort mal,.. j'ai des inquiétudes dans les jambes ... Enfin, ce soir, je ne suis pas Lekain, (Tout le momie se récrie; en ce moment, Harboleau accourt toiU essoufflé.) Landrol, Vous voulez rire! Mais laissons cela. Scène X. Les Mêmes, BARBOTEAU. Barnotcau. Le public s'impatiente. U faut faire commencer Ja tragédie. La petite pièce est jouée. Il n'y a plus à reculer, si nous ne voulons tous aller coucher en prison. Bogard. Lekain au violon! ce serait neuf! Bourdas. Oh! l'autorité ne badine pas ici; elle traite les gens célèbres comme le commun des martyrs. Bogard. Mais c'est une tyrannie! Je vous répète que je Wrai ce soir du dernier mauvais; tenez, jugez-en : (// déclame en s'adressant h la présidente.) "'ptrtoiri Ni», 211. 2 18 LEKAIN A DRAGUIGNAN. ,,Je vous aime, Zaïre, et j'attends de votre ame ,,Un amour qui reponde à ma brûlante flamme!.. ,,Je l'avourai, mon coeur ne veut rien qu'ardemment, ,,Je me croirais haï, d'être aime faiblement... ,,l)e tous mes sentiments tel est le caractère, ,,Je veux avec excès vous aimer et vous plaire. (// tombe à ses pieds.) La présidente, Ravissant! admirable! sublime! Landrol et Barboteau. Parfait! (Tous applaudissent.) nogard, étonné. Vrai, j'ai été beau ? La présidente. Du dernier beau. Bourdati, à la présidente. Moi, je trouve cela très-médiocre. La présidente, haussant les épaules. Barbare! Visigotli! Landrol. La salle croulera sous les applaudissemcns. Mogard, h part. Ali ça, voyons donc.., voyons donc..- aurais-je en effet du talent sans m'en douter'.' Harbotcau. Vous avez tous vos moyens. i« présidente. Vous serez sublime! Landrol. Vous irez aux nues! Dogard, avec effort. Allons, puisqu'il le faut absolument, je suis à vos ordres. (A part.) Voilà la peur qui commence à me galoper. Landrol. Maintenant à votre toilette, et nous au théâtre... Madame la présidente, capitaine... on va vous conduire à la loge que je vous ai réservée. La présidente. Vous êtes un homme charmant... (A Dogard, qui se promène en répétant son rôle il voix liasse.) Adieu, tragédien sans pareil; je vais vous applaudir de toutes mes forces. ENSEMBLE. Air de Voltaire en vacances. Pour vous admirer, grand acteur, Je me rends au théâtre; Un public idolâtre, Accouru pour, vous rendre honneur, Vous y demande avec fureur! Dogard. Pour remplacer te grand acteur, Je dois me mettre en quatre, Un public idolâtre, Accouru pour lui rendre honneur, Déjà l'appelle avec fureur ! (La Présidente, Bourdas et tous les acteurs sortent.) Honrdas, Déjà do ce inaudit acteur, Si fade et si bellâtre, Madame est idolâtre, S'il faut qu'il m'enlève son coeur, (Ju'il redoute ici ma fureur... Landrol et le choeur. Pour admirer le grand acteur Rendez-vous \ R,i . I au théâtre .. . enaons-noii9 / l u public idolâtre, Accouru pour lui rendre honneur Déjà l'appelle avec fureur ... ACTE I. SCÈNE XI. 1!) Scène XI. DOGARD, LANDROL, BARBOTEAU, Costumiers. (Ils préparent les cottumei h droite.) l.androl, suivant Dogard, qui arpente le théâtre en dicta mont et en gesticulant. Monsieur Lekain, voudriez-vous prendre quelque chose? Dogard, à part. Je voudrais prendre la clef des champs. Barboteau, Un peu d'eau sucrée ? Dogard. Oui, du vin de Champagne. landrol, étonné. Du vin de Champagne! Uogard, C'est une habitude d'enfance... faites-en monter six bouteilles. Landrol, Six bouteilles! (A Barboteau.) Là, dans ma chambre. (Aux costumiers qui entourent Dogard.) lit vous autres, chaud, chaud, tachons que l'entr'acte ne dure pas plus de vingt minutes. (Il s'essuie le front.) Allons, ça commence à marcher, ce n'est pas malheureux. (Dogard est assis il droite devant une toilette; liarbotean rentre, avec une bouteille et un verre qu'il remplit aussitôt et qu'il présente h Dogard) Itogard. Prenons courage. (Il met des bottes rouges.) Ouf! Iiandrol. Vous êtes gùné? Uogard. Très-gèné! (Il boit. On lui passe son pantalon.) Ouf! Landrol. Comment ça va-t-il? Dograd. Ça va mal. (Il boit.) Landrolj lui donnant tu pelisse. Mettez la pelisse. Uogard. La pelisse?.. (A Barboteau.) Emplissez. Vous avez beau dire, celte pelisse n'est pas turque... par Mahomet, cette pelisse sera sifllée! (Il boit.) landrol. Allons donc! Uogard. Vous pouvez m'en croire. Il tend son verre h Barboteau, et boit.) Versez toujours. Ce vin est bon, il est tragique, je crois qu'il m'inspire. le coHreur, entrant avec le turban. Place au coiffeur! landrol. Là, maintenant je crois que nous pouvons frapper les trois coups. Uogard. Dites donc, dites donc, pas de bclise, je n'en suis pas prêt. landrol. Bah! vous n'êtes que du second acte. (Il sort.) 2* 20 LEKA1N A DRAGUIGNAN. Scène XII. Les Mêmes, excepté LANDROL. Dogard, au Coiffeur, qui lui arrange le lurhan sur la tète. Placez cela coquettement, un peu plus sur l'oreille, plus crânement ... pour les conquêtes, ce n'est pas ça qui m'inquiète, (Il boit et commence h être un peu gris.) Ce nectar me met en verve. (Au coiffeur.) „Vmrt... et que le soleil levé sur mes «'lais, ,,Demain près du Jourdain ne te retrouve pas...' 1 lie coiffeur. C'est à moi que vous dites ça, monsieur? Ikogart). Va donc, imbécile. {Le coiffeur sort.) Maintenant mon fard, mes moustaches... qu'est-ce qui me manque encore! mon sabre, mon poignard, mon dolmnn. (Les costumiers t'em- preëtent autour de lui, et lui donnent tons ces objets.) Me voilà prêt. (On entend sonner.) Une voix. Messieurs, mesdames, le second acte va commencer. Barbotean, A vous, à vous. Dogard, lui tendant son verre. Encore un verre! Toi, (îa- nymède, tu te tiendras dans la coulisse, toujours prêt à me verser l'inspiration. (Il s'avance sur le devant du théâtre, en tenant son verre plein a la main.) OMelpoméne! (S^apcrccuant que Bar- bolcau est près de lui cl l'écoute, il le repousse.) Ça ne te regarde pas, toi... O Melpomène! patronne des tragédiens, je me recommande à toi, ma fille. Tu sais ce qui m'attend tout-à- )'heure... éloigne de moi ce calice d'amertume, et protège ton faible interprète, qui s'est laissé égarer par la soif de la gloire. (Il prononce ces derniers mots en buvant.) Oui, je serai digne de toi, je serai grand, j'irai au cintre! je briserai leurs aines et leurs oreilles comme je brise.,. (tl va pour briser son verre, Barboteau le lui ùlc des mains.) Scène XIII. Les Mêmes, LANDROL, Plusieurs Acteurs. Landrol. Monsieur Lckain, voilà votre entrée, llogard. On y va J (Il remonte la scène et s'arrête h la porte de gauche.) Mes amis! c'est à-dire que vous allez voir de la tragédie comme vous n'en avez jamais vu. (Il s*élan ce sur le théâtre; nu même instant, on entend une expiation d'applaudissemens; tous les autres personnages se groupent près de la porte pour voir son entrée.) ACTE If. SCÈNE II. '21 ACTE SECOND. même décoration. Scène I. BARBOTEAU, LAQUAIS, Femmes de chambhb. (liarboteau lient plusieurs couronnes, les laquais apportent des lettres, des présens. Tous sont groupés vit-H-Vtê la porte de droite.) CHOEUR. Air de l'Introduction de Gustave. (Auber.~) Amis, attendons en silence Ou il plaise à l'acteur sans pareil De nous accorder audience, Et uc troublons pas son sommeil. Scène II. Les mêmes, LANDROL, avec un suc (Fécus. Landrol. Ah ! ah ! mes amia, vous venez assister au petit lever du grand homme'?., vous lui apportez les couronnes dont on l'a accahlé hier au soir? .. c'est très-flatteur, et il sera charmé de votre attention. Moi, je lui porte mieux que cela, du solide.. (il frappe le sac d'écus.) et du sonore... un beau suc plein d'é- cus de six livres. Le talent est cher parle temps qui court; mais aussi il rapporte en proportion. Barbotenu. Nous avons fait une bonne recette hier? Landrol, Une recelte inouïe dans les fastes de ce théâtre, une recette historique. Barboteau. Quel homme'. Laudrol. Et quel succès!., des larmes! des trépignemens'- Barboteau. La présidente de Champagnac qui s'évanouit d'émotion dans sa loge. Landrol. Et ce gaillard là qui ne voulait pas jouer hier... d disait qu'il n'avait pas ses moyens. Barboteau. Chut! je crois l'entendre 1 . -ïl LEKA1N A DRAGU1GNAN. CHOEUR. Air de Jean de Paris, (Entrée de la Princesse.) Vers nous le voilà qui s'avance; Dans ses traits que de majesté, Kt quel maintien plein d'élégance ! 11 est superbe, en vérité ! Scène III. LES MÊMES, DOGARD. (Il est majestueusement coiffé, et porte une magnifique rôle de chambre. Il s'avance lentement au milieu du groupe qui tend vers lui les couronnes, les hillcls, etc.) ilogard. Suite de Vair précédent. Quel plaisir d'être un grand homme! On vous accable d'honneurs, On vous choie, on vous renomme, Vous séduisez tous les coeurs! Chocnr, h demi-voix. Vers vous, nous venons grand homme, Pour vous entourer d'honneurs. Ilogard, d'un ton traînant. Ah! c'est vous, cher directeur qu'avez-vous ? là sous le bras? Landrol. C'est votre part dans la recette; huit cent livres! Ilogard, h part. Tournois?... huit cents livres... ma part!.. au fait, c'est moi qui ai joué, c'est moi qui ai fait la re cette, et il me semble parfaitement naturel... (Haut.) Le compte y est-il ? Landrol, Voici le bordereau. Ilogard. C'est bon ; les artistes n'y regardent pas de si près, et je ne compte pas avec mes amis... voyons. (Il prend le sac.) Les voilà mes amis, mes véritables amis!., je n'en avais jamais tant vu. Landrol. Si vous voulez me donner quittance) Ilogard. C'est bien, c'est bien! plus tard!.. Diable, une signature!.. liandrol. Comme il vous plaira. Ilogard, faisant le tour aux autres personnes. Voyons, vous autres, qu'avez-vous là?... des couronnes?... j'en prends une comme échantillon. (Passant a d'autres.) Ceci?... des verses... liandrol, h part. Comme il prononce bien! ilogard. Des lettres... ah! en voilà une à la bergamotte ACTE II. SCÈNE I». 23 ... (Avec fatuité.) J'adore lt'9 amours à la bergamotte. (Barbo- teau lui donne un journal.) Qu'est-ce encore? Barbotcan. La Gazette de Draguignan. Mogard. Ah! Draguignan possède une gazette?.. Voyons; je suis curieux de savoir en quels termes les folliculaires auront parlé de moi. {Prenant le journal.) Je ne puis me défendre d'une certaine émotion. Landrol. Oh! quand on a été, comme vous, jugé par Fré- ron, on doit attacher peu d'importance à... Dogard. Hein?., ah! oui.., quand on a été, comme moi, jugé par ce diable de Frélon... Landrol. Hon, et non pas Ion. Bogard, riant. J'ai dit Frelon?., c'est piquant.'., c'est ainsi que nous appelons ce gazeticr, moi et Voltaire.. . jeu de mots, {Déployant le journal.) Hum! hum! „Chronique scandaleuse: „Le chevalier de Castillon, blessé en duel par un rival inconnu „dont on ne sait pas le nom; la justice informe." Elle informe toujours la justice... ça n'est pas ça; hum! „Chine, Dane marck..." ça n'est pas encore ça... „Savons de Marseille.., „olivcs, sardines fraîches...'' ça se rapproche. „Théàtre de Dra- ,.guignan." Voici... je viens immédiatement après les sardines. „Le célèbre Lekain a débuté dans notre ville, où nous ne le connaissions encore que sur son immense réputation; son apparition a victorieusement démenti les bruits ridicules que la malveillance n'avait pas craint de répandre sur son physique: la „nature, loin de se montrer marâtre envers ce grand acteur, sem ,,ble, au contraire, s'être plu à lui prodiguer ses dons. Lekain „esi un fort bel homme: sa taille est heureuse, sa tournure distinguée, et son visage, d'un oval parfait, rappelle les beaux ca- „mées antiques; il a l'air noble, la physionomie expressive, l'oeil ..passionné... sa voix puissante va à lame. 11 a enlevé tous les „suflrages." Cet article me parait fort impartial... voilà ce que j'appelle de la saine critique... j'accorde mon estime à celte gazette. Ah çà, mon cher directeur, quand déjeunc-t-on? Landrol. Tout de suitu . . . (Criant.) Le déjeuner de M. Lekain. Barbotcau, de même. Le déjeuner de M. Lekain! Une voix, en dehors. Le déjeuner de M. Lekain! Bogard. Fort bien... en attendant, je vais faire un bout de toilette et lire ma correspondance dans le silence du cabinet. Au revoir, mes amis. (Doyard salue tout le monde d'un air prottcttwr, et rentre dans son appartement à droite.) 24 LEKAIN A DRAGUIGNAN, Scène IV. Lbs Mêmes, excepté DOGARI) ; FLORINE, LANDROL. Florine. Eh ! mon Dieu, mon oncle, (juelle foule! Pour qui donc ce monde? landrol. Parbleu est-ce que ça se demande? pour notre grand tragique. (Aux autres personnes.) Allez, mes amis, et songez qu'il n'y a pas de temps à perdre pour célébrer dignement le second triomphe du grand homme. {lit sorte»!). Scène V. LANDROL, FLORINE. Iiandrol. Eh bien, et toi, Florine, est-ce que tu apportes- aussi quelque chose? Florlnc. Non, je viens chercher. Iiandrol. Quoi donc? Florine. Une réponse. landrol. Tu lui as écrit? Florine. Mais non, c'est pour ma marraine. Iiandrol. La présidente ! .. . Comment, est-ce que... Florine. Pardine! elle s'est assez affichée hier ... son évanouissement a interrompu le spectacle. landrol. C'est donc une passion? Florine. Subite... à en mourir! Air: du Frcmier prix. Oui, «-'est un coup de sympathie: Çfui ekain, h part. Le plus grand désordre règne dans ce théâtre; on ne peut rencontrer personne, ni directeur, ni régisseur. Dogard. Vous avez affaire au théâtre, l'ami? Iickain. L'ami! monsieur serait-il le directeur ! Dogard, avec hauteur. Hein? mieux que cela, mon cher? Lekain. A qui ai-jc donc l'honneur de parler. Dogard. Vous avez l'honneur de parler à Lekain. liekaiii. Ah! voilà Lekain? (Il l'examine.) Parbleu! c'est la première fois que je me trouve face à face avec lui. Dogard. Je conçois votre trouble, mon ami, et je l'excuse. (A part.) Je produis mou effet. (Haut.) Maintenant, à mon tour d'être curieux. .. Qui étes-VOUS 1 Iickain. Je suis un artiste dramatique, un de vos confrères. Dogard, rinnr. Confrère de Lekain! le mot est joli. ll.eluiiii. Attiré par votre réputation, je suis venu ici pour vous admirer et pour avoir l'avantage de jouer la tragédie avec vous. Dogard. Jouer avec Lekain! Diable! c'est hardi! I.ekaiii J'espère m'en tirer, surtout si vous daignez m'ho- norer de votre patronage. Dogard. Pourquoi pas? Plus on est haut placé, et plus d faut savoir tendre la main à ceux qui sont en bas. Qll lui donne une poignée de main.) Oh! je ne suis pas comme quelques- Scène DOGARD, LEKAIN. 30 LEKAIN A DRAGUIGNAN. uns de ces messieurs de la Comédie-Française, qui, parce qu'ils ont un peu (aient, se croient en droit d'être fiers.... Molé, par exemple.,, le fat! je lui ai rivé son clou bien souvent; je lui disais: Molé, mon ami, tu n'es qu'un fat! Et il me répondait; „PalsambIeu! Lekain, je te demanderais raison de ce propos si tu n'étais pas une si forte lame!" car je suis une forte lame. lekain, àptirt. Par exemple, voilà une imprudence ! (Haut.) Ma foi, monsieur Lekain, votre obligeance m'encourage, et, fort de votre protection... Dogard, Je vous l'accorde, mon ami.... Justement, voici le directeur, je vais... Scène XI. Les Mêmes, LANDROL. Dogard, Eh ! arrivez donc, mon cher maître, que je vous présente un protégé à moi, un artiste... (bas.) vagabond, landrol, toisant Lekain. Ah! monsieur est artiste? Lekain, modestement. Mon Dieu! oui, et, pour le moment, sans emploi. Iiandrol. Parbleu! mon cher, cela se trouve à merveille, et vous pourrez peut-être nous tirer d'un grand embarras, lekain. Comment cela? Iiandrol. Nous devons donner ce soir l'Orphelin de la Chine, pour la seconde représentation de M. Lekain, et l'acteur chargé du rôle d'Octar vient de m'écrirc qu'il est au lit, très-indisposé. 11 a attrapé un refroidissement. Dogard. Diable! un refroidissement! il n'a donc pas de feu cet acteur? landrol. Il craint beaucoup de ne pouvoir jouer ce soir. Dogard. Ce serait fâcheux ! Gengis est un de mes bons rôles, un de ceux où j'ai le plus d'agrément. landrol. Si par hasard monsieur savait celui d'Octar? Dogard. Oui, au fait... savez-vous?.., lekain. Je sais à peu près toutes les tragédies de Voltaire par coeur... j'aie même joué quelquefois les premiers rôles... en société. Dogard, ricanant, h part, h Landrol. Ça devait être du propre' landrol. Alors, nous sommes sauvés. Dogard, las h Landrol. Oh! sauvés, sauvés.... pas encore... il dit qu'il sait, il faut voir comment il sait, c'est proba. blemcnt quelque ganache numéro un.,. et vous sentez que je ne voudrais pas m'exposer. ACTE II. SCÈNE XI. 31 Landrol, de mime. Vous avez parfaitement raison, (lima à Lekain.) Eh bien! mon cher, si vous voulez, vous allez nous dire quelque chose de l'ouvrage, pour que nous voyions un peu voire manière. ïiekain. Volontiers, à condition que monsieur Lekain aura la bonté de me donner quelques conseils et de me reprendre chaque fois que ce ne sera pas bien. Dngard, Chaque fois ! diable . . . cela peut devenir fatigant! Landrol, las. Vous êtes méchant, monsieur Lekain. l>ogard. N'importe, commençons, Lekain, tire un livre de sa poche. Voici le volume. (// le remet h Dogard.) Hogardj s'asscyant. Où prenons-nous? Lekain. Mais, si vous voulez, à l'entrée de GengisKan, au deuxième acte, Dcgard. Fort bien ; la réplique est: ,,Voici votre empereur, ayez soin d'empêcher ,,^>uc tous ces vils captil's osent en approcher." Iickain, ipà a remanié la scène. J'enlrc en scène. {Il fait quelque» pas.) Dogard, réprimant un échu de rire. Pardon, mon ami. Qu'est-ce que vous faites là? Lekain. J'entre en scène. Dogard. Je vois bien que vous èles en scène. (Bas à Lan- drol.) Il appelle ça entrer en scène. (Se levant.) Vous n'êtes pas mal posé si vous voulez; mais vous avez les pieds trop en dehors: Gengis, mon cher, n'avait pas pris des leçons de danse .... c'était un Tartare, Gengis... . or, sachez que les Tartares ne sont. .. Ne laissons donc pas llàner ce coude gauche, .. Au reste, tenez, voilà comme j'entends celte enlrée-là. (Il mine feutrée,) Voilà ma manière, vous en ferez ce que vous voudrez... voilà comme Gengis entrait dans un salon. Lekain. Merci, maître Dogard, te dirigeant vers le fauteuil. Attendez que je cherche le passage,. . Nous disons.. . (// feuillette le Hure, puis avec un geste de surprise.) Ah! mon Dieu! Landrol. Qu'avez vous? Dogard. llien, rien. ,. un éblouissement ... des papillons noirs . . j'y suis sujet, Lekain. Est-ce que vous n'êtes pas coulent, maître? Landrol. Voulez-vous que j'envoie chercher le médecin? Dogard. Non, non, c'est inutile. , . un peu de repos me remettra. Landrol, Mais, la répétition? 32 LEKAIN A DRaGUIGNAN. Hagard. On fera la répétition plus tard. Landrol. Cependant... monsieur Lekain... Hagard, le poussant dehors. Allez donc, allez donc, mon cher. (Il sort.") Scène XII. LEKAIN, DOGARD. (Doyard après avoir reconduit Landrol, revient précipitamment h côté de Lelsain.) Hagard, d'une voix sombre. Je suis un misérable! Lekaiiij surprit. Hein '! Hagard. Un polisson! un vil croquant ! et c'est à vos pieds... (Il se met h genoux.) Lekain, le relevant. Que faites-vous donc, monsieur Lekain? Hagard, avec force. Lekain vous-même !... il n'y a pas d'autre Lekain ici que vous. ,. entendez-vous ? Lekain. Comment?.. Qui vous a dit.' Hagard. Oli! je vous ai bien reconnu... ce port majestueux, cet organe magnilique; j'ai tout de suile dit: 11 n'y a que Lekain qui soit capable... Lekain, flatté. Ah! c'est cela qui vous a fait deviner ! 1 Hogard. Oui, ça ... et puis votre nom, qui est écrit sur le volume, avec voire prénom... voyez: Ex libris Lekain; ça m'a mis un peu sur la voie. Iickain, riant. Eh bien! oui... je suis Lekain,.. mais vous, vous, comment se fait-il . . . Hagard. Je serais très-embarrassé de le dire; tout ce que je sais, c'est que je mériterais d'être fustigé... quand je pense que j'ai eu l'audace . .. mais voilà ce que c'est, monsieur Lekain . .. d'abord, il ne s'agissait que d'un souper (voyez comme tout s'enchaine dans la vie !) à six livres par tête.,. sans le vin ... et puis, la chose se compliquait... on a demandé Lekain. Ce crustacé de directeur m'a lancé sur le théâtre sans me prévenir. .. j'avais bu! .. . Etourdi par la peur et par le vin de Champagne ... j'ai hurlé mon rôle de toute la force de mes poumons, et ce bon public de Draguignan m'a applaudi. (Criant.) Il m'a applaudi, Pimbecile!... il m'a inondé de couronnes!. .. il m'a porté en triomphe, le crétin ! Lekain, riant. C'est charmant! Hagard. C'est ignoble ! .. . aussi, je vous les rends, ces bravos usurpés, et les couronnes. . . (il dépose celle quil avait ACTE IL SCÈNE XIII. 33 sur la tète.) et l'argent... et tout... tenez.. , mais par donnez- moi, ô grand homme! Lekain, ré Ile (hissant. Oui, je te pardonne... mais à une condition. Dogard. C'est que? Lekain. C'est que tu garderas tout cela. Dogard. Par exemple! le bien d'autruiJ pourtant, si vous le voulez absolument.,. mais, au moins, vous reprendrez votre nom, votre illustre nom! car, permettez-moi cette observation.., je commence à m'apercevoir que c'est un fardeau bien lourd à porter! Lekain. Non, tu le garderas aussi. Dogard. Allons donc! Lekain. Je l'exige. Dogard. Alors, c'est convenu ... je reste Lekain jusqu'à ce que vous me laissiez retomber dans le Dogard; il ne s'agit plus que de savoir comment nous nous y prendrons pour suspendre nos petites représentations. Lekain. Tu ne les suspendras pas. Dogard. Quoi! vous voulez? Lekain. Lekain est affiché pour ce soir, il faut que Lekain joue, tu joueras. Dogard. Moi! ah! non, Lekain. Ah! si! Dogard, Je n'oserai plus! Lekain. Il le faut, j'ai mes raisons pour cela. Dogard. Je ne les devine pas... niais, c'est égal, je me résigne. Lekain. Très-bien. (A fart) Maintenant, rendons-nous chez le chevalier de Bressac, mon ancien camarde de collège... il est tout puissant dans la province; il doit avoir avisé aux moyens de me tirer de l'embarras ou me met ce malheureux duel. (Il remonte la scène. Bourdas parait.) Dogard, le suivant. Croyez bien, monsieur Lekain... (A î'frt.) Allons, allons, ça ne s'est pas trop mal passé ; à la grande rigueur, il aurait pu... (Il fait le geste de bàtamer.) Scène XIII. DOGARD, BOURDAS, LEKAIN. Bourdas. Halte là; un instant, messieurs. Dogard. Bon! la paire de moustaches de ma présidente! Pardon, monsieur, je n'ai pas le temps. Bcpcrloiro No. 211. 3 Ai liEKAIN A DRAGUIGNAN. Bourdas, Un mol, s'il vous plaît) ( I Lekrtio.) Vous mon sieur, veuillez rester, voire présence pourra nous être ulile. Uogard, Parles dose» capitaine, mes oreilles sont à voire disposition. Bourdas. C'est ;'i leur intention que je viens. Dogard. Hein! plail-il? Bourdax. Monsieur, il serait inutile «le feindre avee moi, j'ai votre secret. Firtiulnt I' e secret de M. Lekain? Dogard. Allons donc! Bonrdas. .le sais tout, vous dis-je, et vous allez vqus couper la gorge avec moi. Dogard. Plait-il? Lrknin. Monsieur dit que vous allez vous couper la gorge avee lui. Dogard. J'ai parbleu, bien entendu. Capitaine, que lignifie cette mystification? Bourdas. Kien n'est plus sérieux, monsieur Lekain ... je veux me battre avec vous. Oh! je sais (pie vous êtes un rude champion! mais ça me va, et votre dernière affaire surtout! Dogard. Quoi, quoi? ma dernière affaire t je n'ai jamais eu de dernière affaire! Iiekain, à part. Ah! c'est charmant! je comprends, (llaul.) Inutile de dissimuler, on sait tout! votre intrigue avee la baronne de Heauvalois. Hagard, rei/itrilnnl ï.i-kuin cl thcvihtint h tomprendre. Ah ! nous avons eu une intrigue avec celte petite baronne de Heauvalois, Bourdas. Sans doute. Un duel s'en est suivi avee votre rival, le chevalier de Castillon, qui est une de nos plus fortes lames, et vous l'avez blessé. Dogard, * e$ * rim* Mcàtn. Ah! nous avons blessé leche- valier de,. . du nom que vous avez dit ? Lekain. Mais, sansdoule... c'est public. Bourdas. Nos lois sont sévères contre contre le duel ; le parlement de Provence n'enlcnd pas raillerie sur ce chapilrc. Kekaln, h pari. Je ne le sais que trop! Bourdas. Et l'ordre dont je suis porteur est bien en rè-li ; voyez plutôt: ..Mandat d'arrêt décerné conlrc M. Lekaln." Uogard. Oui, le nom y est bien , .. sans le prénom pour tant. ,. ex libri s. lekaln. Ah ! pauvre Dogard !.. le voilà bien ! Dogard, bas li Lékain. Ah.' mais dites donc, dites donc, grand homme!.. ACTE II. SCÈNE XIII. 35 JUuurila». Ainsi, monsieur, en prison, ou bien la faculté du fuir après vous air* battu avec moi, si vous sortez vainqueur Ju combat..• car, bien certainement, je ne me laisserai pas enlever impunément une femme aussi remarquable que la présidente de Champagne*. Dogard, bas h Lehkn. Je crois que voici l'instant de vous montrer... c'est le vrai moment. Lekain, de môme. Du tout! c'est à toi que cet honneur appartient. Dogard, de même. Comment, c'est à moi, quand vous savez '|uc c'est vous . .. Lekain, h part. Ah ! mon gaillard! . . lu veux prendre le nom de Lekain! Bonrdas, très-haut. Décidez-vous! Lckain, de même. Décidez-vous! Dogard. Et s'il ne me plaît pas de nie décider ! ISourda». Laquelle de ces deux épées voulez-vous i Dogard. I\i l'une ni l'autre. Lekain. Vous refusez une affaire d'honneur... oh! Ilourdax. Oh !. . Dogard, criant plus fort. Oh!... il n'y a pas de oh!... j'ai fait mes preuves; j'ai tué une foule de gaillards tout aussi laids, et pour le moins aussi capitaines que. . . monsieur! Bourdon Alors, tuez-moi donc aussi! Dogard. S'il ne me plaît pas! ah!.. Lekain. Prenez garde, monsieur Lekain! Bourdai*. .le Unirais par croire que vous saignez du nez, et que vous n'êtes qu'un .. . Dogard. Un quoi? Bourdas. Oui, un ... Dogard. Ne répétez pas le mot ! mon cher. .. Bourdas. Un faquin ! Dogard. Il l'a dit! Lekaiu. Il l'a dit!... c'est trop fort! Dogard. Beaucoup trop fort! BourdaN. Kn prison ou en garde! ... allons. Dogard^ exaspéré. Lh bien, oui, fichtre! oui ventrebleu ! . télehleu!... je me battrai! (// prend V.épée des mains du BouroVw.) Ah! tu nie provoques, lu m'exaspères, tigre altéré de Sa ng! Canibale, vampire! tu me fais sortir de mon caractère, je V: 'is (c faire voir de quel fer je me ehaulfe! .. . défends-toi! (/< est se met en garde. Lckain cl Bonrdas. A la bonne heure! (Ils fer mil le ni.) Lckain, se mettant entre eux. Messieurs, messieurs, c'est 36 LEKAIN A DRAGUIGNAN. assez... vous voua êtes conduits tous deux en gens de coeur! .. . vous êtes deux liraves... je ne souffrirai pas que cela aille plus loin,' Dogard, exaspéré. Du tout! du tout ! du tout !... me voilà monté!,., je suis sûr de mon coup!.,, faut que je le démolisse! (Il vent s'élancer sur Bourdas.) Bourdas, le menaçant. Viens-y donc! Dogard, de même. Capon ! ... capon ! X.ekain, riant et retenant Dogard. Quel enragé! Scène XIV. Les Mêmes, LANDROL, LA PRÉSIDENTE, FL0R1NE. Eiandrol. Arrêtez ! ... capitaine, le mandat d'arrêt est révoqué. Iiekain. Ah! enfin! lia présidente. Ne portez pas une main profane sur cet illustre artiste! Dogard, encore très-ému. Vous entendez! ... Ne portez pas une main profane sur mon illustre artiste! Iiandrol, h Dogard. Pourquoi ne m'aviez-vous pas prévenu de votre mésaventure? Ias moins gé'né'reux, Messieurs, montrez de l'indulgence, 38 LEKA1N A DRAGUIGNAJV. Soyez discrets . . . c'est un devoir ; ( . su,- de*, motifs .les Opéras d'Auber, ßellltii, Donizetti, Halevy, Herold, Meyerbeer, Roseini, Spohr el Weher, très soigneu- Dement doigté, comp, par CJl schunke, I'ianisle de la Keine. Op. Ii. Sane 1 à »/ 4 Thlr, «míe 2—5 à 1 Thlr. Itee Heft (Ire Suite). Ursler IJnlorrieht für juu^e Mädchen. Simplet Ire.ms aux jeunes lilies. i.u.2. Orgle. Bacchanale u. Lieb- lingschor a. d. Huguenotten v. Mevcrbeer, I. Marsch a. Semiramis v. Rossini. 4. Barcarole a. d. Blitz v. Hale\y. 5« Cavatina a. d, Kreuzriltrrn v. Meyerbeer. No. 1—5. l/3Thlr. <». Walser a. Coiimo, 7. Ludovic v. Iléndd u. Marsch a. Moses v. Bossini. 5. lin noël, air Iranrais varié. ê\ Kondo u. Lieblingsthemas a. Mahomet v. Rossini« 10. Bagatelle über das Bondo a. d. MU! v. H.tle* y. No. 6— 10, i. 17 ' J ÏF Variât, n, Galop a. d. Hu- gUenoten v. Meyerbeer. W« Saltarello a. Cosimn v. l'r¿- vost. 1/6 Thlr. 1 — 12. L*Orgie et Choeur baldes II u g u <■ n o i s , Marche *' e Stmiramis, Karrarole de l'K- ,la >r, Cavatina du Crociato, VaUe ,,G Colimo. Ufl petit rien .sur (Ich rn »»plet8 de Ludovic, et de I» ■Area« «le Moïie, Un Noi l, vieil a,r trancáis vartf, Hondo sur des J*** 'le Maomettn, Bagatelle g* l'Kclair, Sait irellc de Cosimo. N °. 1-12, I Thlr. 2(e$ Heft (2e Suite). Diorama der Jugend, Diorama des en fans, j. Variât, üb. ein Lieblingsthema v. €, M. v. Weber. \ Thlr. 2. Bondino a. Gustav v. Auber. 3. Bondo-Galop a. d. Piraten-Insel. No. 2 und 3. \ TMr 4. Polonaise brillante aus Faust von Spohr. 5. Bagatelle a. Gustav v. Auber. 0. Bondo üb. d. berühmt. Marsch aus Semiramis von Bossini. 7. Bagatelle aus Cosimo. ,S. l'as di s Bayadèrei aus d. Piraten-Insel. No 4-8. 2/3 Thlr. 0- Lieblingsaric aus Anna Itolena v. Donizetti. ï Thlr. I —!). Bondo - galop de Pilo des Pirales, Komlmos sur I. couplets lav. de Gustav ou bal inas- <|uc , Anna Bolen» et Colimo, Bondo sur la, marche d. Indiens de Scmiramiselc. No. 1—0. 1 Thlr. 3tea Haft Suite). Schatzkästchen f. d. Jiigeud. Trésor pour la Jeunesse, j. Ire Mosaïque (Liehliugsmuslk) de la Btraniera — Die Unbekannte de Bellini 1 Thlr. 2, Fantaisie, sur 1. airs d'Ohcrnn de 0, M. de Weber ' Thlr. 3. Divertíate ment s. I, ballet de Hubert le diable d. Meyerbeer 1. 6. Ire Mosaïque (Lieblingsmuaik) des L'aputeti et Monten Iii de Bellini. I Thlr. Rondo militaire sur 1. marche d. 1. Juive— n. Judia, i Thlr. Variatious s. Norma de Bellini. 6. Air allemand varié. | Thlr. Air suis.se varié. \ Thlr« tanz) de Faust, Opéra de Spohr. 5tes Heft (5e Suite). Siegespreis. No. 1—7. 1 Thlr. \ Thlr. No. 1—6. 1 Thlr. 4tes Heft (4e Suite). Erholungsstunden. l. Rondo hrillaut. Souvenir de Robert le diable. 124 Sgr. 1-e Carnaval de Vienne (lier Wiener Carnav.) Rondo-Valse. Variations brillantes sur 1. L'a- vatine d'Anna ISolenu de Donizetti. £ Thlr. Rondo pastoral s. 1. ranz de vaches d'Appenzell (Appenzeller Kuhreigen) de Meyerbeer. Variations sur ta Romance favor, de l'Kclair — Oer mil/, de Halevy. \l\ Sgr. Fantaisie s. la Kavatine de la Juive — Die Jüdin de Halevy. 1/ï Thlr. No. 1—0. 1 Thlr. Le Rameau d'or. t. 3. A. 2c Mosaïque (Lieblingsmusik) des Capuleti e Montecchi de Rellini. 'i Thlr. Air de ballet de l'Ile des Pirates. \ Thlr. Aufforderung zum Tanz — Invitation à la Valse, Rondo s. I. valse de la Juive — Die Jüdin de Halevy. \ Thlr. 2e Mosaïque (Lieblingsmusik) de l'Opéra la Stranicra — Die Unbekannte de Bellini. j¡ Thlr, Fantaisie diabolique s. 1. danse des démons (über den Hexen- 4. 3. (i. Cil. SrliUilUe, dem musikalischen Publikum als genialer Compoiiist und ausgezeichneter Clavier-Virtuos wohlbekannt, von den musikalischen Zeitungen (V. Iris v L. Rellslab No. 25 d. v. J., Neue Zeitschrift für Musik, Cacilia etc. rühmlichst be- urtheilt, hat in dieser neuen Bibliothek den Ciavierspielern ein Werk geliefert, dass der grüssten Aufmerksamkeit Werth, Und Lehrern wie Eltern aufs ange legen ll i ch st e zu empfehlen ist. Die 5 Hefte, deren Reichhaltigkeit oben angegeben, unterscheiden sich durch die fo rtseh r eilend en Schwierigkeiten. Das 1st« u. 2teHeft ist nur für Anfänger bestimmt, die durch Uebnng derselben die Fertigkeit erlangen das 3le und 4te Heft zu spielen, und dadurch sieh vorbereiten, den Preia durch Vortrag des 5tcn Helles zu gewinnen. Der Unterricht wird den Schülern bei Benutzung dieses trefflichen Werkes sehr angenehm, weil die Compositionen über die reizenden Melodien der besten neuern Opern stets aufs anmuthigste unterhalten. Nach dem Urtheile bewährter Kenner verdient Ch, Schun- ke's neueste Bibliothek ei n UehliiiKKnerk. tier Clu- tiers|ihiler zu sein. Der Druck isl sehr correct, die geschmackvolle Ausstattung eignet das Werk zu Geschenken, der Preis ist sehr billig. Compositions ponr Piano par Cli. Sclimike. Op. 25. Gr, Variations brillantes sur le célèbre Galop de la Tenlation. 20 gr. Op. 31- TroisdivcrtissementssurdesthèmesdelaJtiive. ô 12— 16gr. Op. 32. Gr. Variations di bravura sur le choeur des buveurs de la Juive Opéra de Halevy. 20 gr. Op. 33. Divertissement sur Matilde de Sabrán de Rossini. 12 gr. Op. 34. Caprice brillant sur Semiramide de Rossini. IG gr. Op. 3.")! 2e divertissement brillant. 20 gr. Op. 36. Air de ballet en forme tie Rondo brillant. 20 gr. Op. 37. Pas des Bayaderes de Mlles. Elsler et TagliOni. 12 gr. Le célèbre Golop de l'Ile des Pirates. 19 gr. Op. :îS. Morceau de Concert. (Jr. Variatious brillantes sur la Sicilienne de Robert le diable. 1 thlr. 4 gr. — Mosaïque des morceaux favorita de l'Opéra: L'Eclair — Der Blitz de Halevy, arr. d'une manière facile. 3 Cab, it 14 gt — Mosaïque des morceaux favorils de l'Opéra: La Juive — Die Jüdin de Halevy, arr. d'une manière facile. 4 Cah à 20 gr Berlin, Verlag der Sclilcsingrer'scheii Buch- ii. Musikhandlung