LA FILLE DU CID, TRAGÉDIE EN TROIS ACTES, FAR M. CASIMIR DELAVIGNE. §J C V 11 tt. librairie i>f £lî>. JMt. S-d)leftnj|f r. 1840. LA FILLE DU CID, tragédie en trois actes, l'AR M. CASIMIB DELAVICWE. §> * V i % VI, !ibr«mt lu JU. .Jffctt. SrfjUfiiifler. 1840. PERSONNAGES. l.R ( 11) ALVAR FANÈ9 DR MINA VA. HOIIRIGI li, son fils. BKN-Sâin, maure. L'ÉVKQUK DU VALENCR. RLVIRR, fille du Cid. Chevaliers espagnols, Maures, PeuplBi l.a scène se passe à Valence, en 1004. A L'ESPAGNE. A toi, veuve du Cid, à toi, soeur de la France La fleur que j'ai cueillie au jardin de Valence! Espagne, il est beau ce soleil Qui mêle à te» jasmins les roses que te» filles Suspendent en dansant aux noeuds de leurs résilles. Souriant dans l'azur, il te cherche au réveil, L'ornme heureux d'admirer les trésors qu'il te donne; Pour toi sous ses baisers la pomme d'or rayonne, le raisin pour toi s'enlace au fruit vermeil Dont Grenade t'invite à cueillir la couronne. " charge d'épis mûrs ton rivage où deux mers Viennent en s'enflammant briser leurs flots amers; S l'aloù'.s, l'acanthe et les lauriers sauvages De tes vieux monumens il cache les outrages, Et semble avec des fleurs, des rameanx toujours verts Rajeunir leurs débris mutilés par les âges. Il t'a prodigué tout: fruits sans culture éclos, Et printemps éternel, et parfums, et lumière: Comment de ton soleil ne serais-tu pas lière, Comme tu l'es de ton hérosï A toi, veuve du Cid, à toi, soeur de la France, La (leur que j'ai cueillie au jardin de Valence! Mais il est un soleil plus beau Dont la nuit ne peut plus envahir le domaine: Sur un peuple affranchi qu'il arrache au tombeau, " fait fleurir des lois l'équité souveraine, Fait germer les vertus aux feux de son flambeau, Ft \ • > *j' mûrit les moissons de la pensée humaine, ^ e soleil que tes fils ont vu poindre pour eux, e radieux géant qui doit grandir encore, ' sort pur des vapeurs d'une sang;lanto aurore; ^'«st de la Liberté le soleil généreux. n'en ternis jamais la splendeur tutélaire! ' 0 ur les mûrir, tes droits, pour te les conserver, * u e l'astre, à son midi, pur comme à son lever, brûle pas tes yeux du jour qui les éclaire. r ° voilà sans tyrans, rest aussi sans bourreaux, " e front ceint des rayons d'une double lumière; * de tes deux soleils, veuve du Cid, sois fière, Comme tu l'es de ton héros. p ^ s Pagne, à loi ces voeux! à toi, soeur de la France, a loir que j' a i cueillie au jardin de Valence! 1 * 1 LA FILLE DU CID. LA FILLE MU CIO. ACTE PREMIER. Une salle dans l'alcazar do Valence, Scène I. LE CID, RODRIGUE, ELVIRE. (D'wn côté du théâtre, le Cid endormi, le coude appuyé sur «*' table, où il a déposé son épée; de Vautre, Rodrigue en costume de novice, occujié à peindre, et près de lui Elvire, vaillant h une broderie,) Rodrigue. Elvire ! Elvire. Eh bien? Rodrigue, lui montrant le livre qu'il peint. Voyez. Klvire. J'admirais- Rodrigue. En si' ent ' e ' Et sans lever les yeux. Elvire. Dans les champs île Valence, Quand les turbans païens descendent par millier.*, Chacun, en y rêvant, s'occupe à sa manière: Vous peignez un missel, je brode une bannière; La victoire l'attend. Rodrigue. De mes humbles travaux Le sort est d'être obscurs. Elvire. Vous êtes sans rivaux, Rodrigue, dans votre art. Rodrigue. Le dégoût qu'il me donne Me le rend odieux, ma soeur; je l'abandonne. Elvire. Votre soeur! pas encore. •. Rodrigue. Au retour de FernanJ, Ce retour de mon frère est prochain maintenant. ^ Elvire. Pour lui hâtez-vous donc d'achever cet ouvra„ • Rodrigue. Il n'était pas pour lui ; mais pour vous. A VQtTC * o Elvire, avec plus d intérêt. n Quel talent! ,i' 0 r Rodrigue, vivement. Vous l'aimez ? Sous ces ornemen Ce livre saint vous plait? ACTE I. SCÈNE I. 5 Elvirc. Le Cid Campéador, Voire vaillant parrain, mon père, qui sommeille, N'eût jamais peint, je crois, celte rose vermeille, Ces fleura d'azur, ces lis de blancheur éclatans: " fut dans une autre art passé maître à vingt ans. Rodrigue. Le Cid ne portait pas cette robe de bure. Elvire. Non: son noviciat s'est fait sous une armure: Le Alaure s'en souvient. Rodrigue. Est-ce ma faute, à moi, je passe oublié sur cotte terre? Elvirc. Eh quoi! Alvar Fanés, le brave, a-t-il pu laisser croître? l'eut-il laisser vieillir son fils au fond d'un cloître ? Lui, compagnon du Cid ! Hodriguc. Aux autels consacré, De mon partage, enfant, je n'ai pas murmuré: Mon frère allait mourir; pour le sauver, ce frère, \ Dieu je fus promis par un voeu de ma mère. Klvlrc. Qui vous lie à jamais? Rodrigue. Pour la première fois, Vous me le demandez depuis près d'un long mois , Elvirc. Il vous a paru long ? Rodrigue. Que j'ai franchi la grille, l'our vivre sous le toit du Cid et de sa fille. Elvirc. Bien malgré vous, Rodrigue: il fallut vous forcer De connaître ce monde avant d'y renoncer. Hodrigue. La règle l'ordonnait. Elvirc. A quoi bon? forme vainc! Li' voeu de votre mère à jamais vous enchaîne. Rodrigue. 11 ne peut m'enehainer sans mon consentement ; '-"'aurait-elle voulu? Eliire. Mais cet engagement, Vous l'acceptez 1 Rodrigue. Je doute, et «''est là mon supplice. Elvire. Quand vous pouvez choisir l'armure ou le ciliée, Vous doutez! . . Bien du sang aura coulé ce soir; Les glaives sont cruels, cl mieux vant l'encensoir: Préférez aux éclairs dont leur choc étincelle 1,Je pars au galop quand le jour va poindre . . ." Rodrigue, « part en s'interrompant. Fernand revient ! Klvtrc, prenant la lettre dans sa main. Donnez. ÇFAlc lit.') „Mais avec mon fils et quelques vaillans „Je pars au galop quand le jour va poindre. 5 ,Fanè8 le joindra, dût-il, pour te joindre, >,Offrir sa poitrine à mille assaillans. "Sur leurs corps à tous je passe, et ramène "Comme toi jadis aux pieds de Chiniène, "Deux rois, mon vieux Cid, et cinq si je puis: "Ou | e (ji,| n ' eS [ p as> e'est moi qui le suis." te Cid, à Ben-Suhl. Je te promets Que, puisqu'il me l'affirme, il le fera. Ben-snid. Jamais! ^' J ' nia tribu, Murcie, et Grenade et Sévillc, u n circle élincelant environnent ta ville. " e Ce coté, le Ter! le fer de ce coté! '« tous, la mort! . . je viens t'oll'rir la royauté. ,ai| re du beau pays qu'enferment ces montagnes, 018 fleurir sous ta loi le jardin des Espagnes; *6 n e: cet Abdala dont je suis l'envoyé "une encore mieux debout que par lui foudroyé, • ux p,i x ,i onl , eg épions lui vendraient ta défaite: ^gue, et garde la part que la vertu t'a faite. n Protégeant le tien, tu nous as convaincus < u c tu sais respecter le culte des vaincus. ^"Sne, niais affranchi d'un honteux vasselagc: l °n Dieu seul ta foi, comme ù lui ton hommage! 12 LA FILLE DU CID. Ton alliance à nous! c'est l'acheter pour rien Que payer d'un royaume un bras tel que le tien, te CId, à Elvire. C'est à toi de répondre: un jour lu seras reine; Infante, qu'en dis-tu? Elvlrc. Que je comprends à peine Qu'on vous puisse engager à salir deux blasons, Nobles entre tous ceux des plus nobles maisons. Moi, reine? je le suis: (Montrant les diiimans.) Voilà mon diadème, Encor faible, il l'a pris à plus for) que toi-même. Mes sujets sont tous ceux qui l'admirent; partant Ma royauté va loin, jusqu'où son nom s'étend. Le titre offert par vous ferait tache à sa gloire; S'il ne le dédaignait, Ben-Snid, tu peux croire Qu'il s'en fut couronné sans le congé d'autrui. C'est ce qu'il m'autorise à répondre pour lui, Pour l'honneur offensé de nia double famille, l'our Gormas et Laignez, moi, la petite-fille Du Gormas dont le bras vous a vingt fois défaits, De ce Uiègue Laignez, qui par mille hauts faits, Maure, fut dans son temps l'épouvante du Maure, Moi, la fille du Cid qui les surpasse encore, Qui compte à soixante ans plus d'exploits que de jours, Qui vous a tant vaincus et vous vaincra toujours. le Cld. Tu l'entends, Ben-Said, (e || e Rodrigue, h part. Ah! la vierge inin«> r Que j'invoque à genoux, je la réve moins belle ! Ifen-Said. Le plus lier Africain quelquefois soupir* Aux pieds des cent beautés qui peuplent l'Alhambra; Mais en les adorant nous ne descendons guère Jusqu'à les consulter sur la paix ou la guerre. L'avis de nos imans a pour nous plus de poids. Et le lien, que j'ai vu, le parle par ma voix. L'injustice du prince absout le gentilhomme, Et ton pieux iman, qu'on révère et qu'on nomme Le flambeau de la loi dont tu fus le soutien, L'évéquc de Valence absoudra le chrétien. (faftre, le Cid. Maure, quand il s'agit d'être loyal 011 _ Je ne consulte femme, ambassadeur ni prêtre. Mon évéque est mon juge en son saint tribunal) Et vous savez, vous tous, si, quand j'ai lait le 0,8 • J'humilie assez bas le pécheur dans la poudre, Sous les doigts que ce juge a levés pour m'absouilif, ACTE f. SCÈNK H. 13 Et si mon rédempteur voit chrétien plus fervent 1)0 sa table céleste approcher plus souvent ; ]|| a '8 l'intérêt d'état, c'est moi seul qu'il regarde : "on l'église; et ce fer dont je touche la garde Au l>ape l'a prouvé, quand du trône romain Sur mes droits d'Espagnol il allongea la main. guerre! je la veux; la victoire, j'y compte: *'°n prélat m'absoudrait, si j'acceptais ma honte, "'ais des doigts seulement; il m'absoudra le coeur, Quand je l'aurai sauvé, si je reviens vainqueur. Ben-Said. I->a guerre donc! Fidèle à celui qui m'envoie, ^ a "> fait tout pour la paix qui m'arrachait ma proie; ' Ja guerre me la rend, vos remparts vont crouler, E' le sang des chrétiens comme l'eau va couler. Que sur sa croix brisée à mes pieds leur Dieu tombe! ^ e veux que leur conquête aujourd'hui soit leur tombe. Quant à Fanés, je cours au devant de ses pas, fct j'affirme à mon tour qu'il ne reviendra pas. lie Cld. Nous verrons qui de vous lient le mieux sa parole. Ben-Sald. Mais avant qu'il m'abatte ou que ce fcf l'immole. Un mot encor! Sois juste: accusés de complot*, Quelques Maures ici pleurent dans vos cachots; Aucun d'eux avec nous était d'intelligence: Délivre-les. lie Cld. Peux lu prouver leur innocence'/ Ben-Sald. Je puis par Mahomet l'attester devant loi. te Cld. Par l'honneur, Ben-Said? lien-said. Par l'honneur! te cld. Je te crois: " 8 reverront le ciel. . Ben-Sald. Pour prix de ta justice, p est jamais en moi de te rendre un service, a fle et je t'entendrai, fais un signe et j'accours; a 'S l'oeuvre qui m'attend n'admet plus les discours; e ,e quitte ... Ta main, seul chrétien que j'admire! c eux de ma tribu je serai fier de dire j'ai touché ta main. l e Cld. La voilà! Ben.Satd. Cet adieu, ^ c st | e dernier peut-être: en défendant son Dieu, n d« nous dans la tombe aujourd'hui peut descendre. 10 Cld. Alors, paix à ton atnc! >»cn.Said, Et toi, paix à ta cendre! *> revoir; le Cld. Au revoir! 14 LA FILLE DU Cil). Scène III. LE CID, ELV1RE, RODRIGUE, Peu r le. I/C Cid, au peuple qui s'agenouille devant lui. Espagnols, levez-vous! Par le Christ et les saints,' je vous sauverai tous. Si vous avez du coeur, jeunes gens, leurs richesses Seront votre butin pour parer vos maîtresses. Vieillards, en les armant, racontez à vos fils Les prouesses d'honneur que vous faisiez jadis. Kveillez dans leur sein le démon des batailles, Femmes; ils reviendront. Vous, enfans, aux murailles Si je vous vois courir, votre fronde à la main, Avec ses turbans-là vous vous joùrez demain; J'en jure Dieu ! (A un vieillard qui porte un coffre sous son hrat- C'est toi' dépose ici ton gage; (Lui indiquant une pièce voisine.) Ht va m'attendra, juif! (An peuple.) Trois heures de courage! Nous les battrons. Allez! Scène IV. LE CID, ELVIRE, RODRIGUE. c'est I" 1 : lie Cid, qui revient en rêvant. Il est trop vrai; J'y comptais; les dix ans expirent aujourd'hui. Rodrigue, avec douleur, à part. Fernand revient. . Elvire, au Cid. Fanion si je suis injA nous, Campéador! . ." m'avait écrit le roi, » Voici les Sarrazins." l'as un réal cliez moi Pour équiper ma liande et la conduire en plaine! Alors de mon manoir la douce chAteleine, Oui voyait mon souci, te mit sur mes genoux ; Me quitta: puis revint en m'ofl'rant ses bijoux. Je crois l'entendre encor : Tiens, mon Cul, va les vendre ; „Le Sarrazin, dit-elle, est là pour me les rendre." A quoi je répondis: „Chimène, mes amours, >jll te rendra ton bien avant qu'il soit dix jours.' J'emportais les brillaits ; mais est-il femme ou fille Qui se puisse tenir d'admirer ce qui brille V Non: les vouloir, les prendre, et ne plus les lâcher, C'est ce que fit Elvire; et j'eus beau nie fâcher, ï*ans son courroux d'enfant qui la rendait plus belle, Tenant toujours sa proie, elle osa, la rebelle, J «ver, pour se défendre, en lionne qu'elle est, es deux petits poings nus contre mon gantelet. Rodrigue, vivement, Vous l'avez ôlé, Cid? g| Oui, mais je lis en sorle, ^ Vlre , que la main ne fût pas la plus forte. j, u (o pris à pleurer, et, tout gonflés, tes yeux, "«aient a ce trésor de si tristes adieux, £ Ue je sentis mon coeur s'amollir de tendresse; d Piiié l'emporta. Jamais, c'est ma faiblesse, ^ * larmes d'un enfant je n'ai su résister; dis à Chimène : il faut la contenter, sourit? ce fut toi: j'avais mis bas les armes; urire piu S charmant, lorsqu'il fit sous tes larmes Q^,° nncr de plaisir ton visage vermeil, g «| travers une pluie un éclair de soleil! e ' e) radieuse, ivre de ta victoire, 16 LA FILLE DU CID. Tu vins du bout des doigts tirer ma barbe noire, Toi qui tremblais alors, peureuse, en la baisant; Mais tu n'en a plus peur: elle est blanche à présent. Kl»Ire O bonté! Ko Cid. Qu'on soit faible, on est bientôt coupai» 1 "- Ce coffre, va l'ouvrir. (Il lui donne la c?c.) Kl lire, qui Va ouvert. Quoi? du sable! le Cld. Oui, du sal>l«î Car ma Chimène et moi nous l'en avions rempli Quand je fis à ma table asseoir le juif Eli, Et l'ayant bien traité, je dis d'une voix ferme : ,jEli, pèse ce coffre, et sur ce qu'il renferme, ,,Vois si tu veux prêter trois mille pièces d'or? „ — En l'ouvrant, dit le juif, je verrai mieux encor. „— Non; et par Salomon, quand tu l'auras pour gage, ,,A ne l'ouvrir jamais ta loyauté s'engage. „Dans un an, ou dans dix, tu le rapporteras, „Et pour les intérêts prends ce que lu voudras; „Je paîrai." llodrigae. Que fit-il? XjB Cld. Soit peur, soit confi»"**' Il prêta sur ce gage. FI vire. Avec pleine assurance: L'or de votre parole était dedans. fcc Cld. Très bien! Mais cet or désormais est pour lui moins que rien. Sa somme, il la voudra, s'il craint qu'un coup de lanc« Avec son débiteur n'emporte sa créance. Eh bien ! devant ce juif me vois-tu confessant, Moi, chrétien, gentilhomme, un mensonge innocent, Dont je n'ai pas rougi dans un moment d'alarme, Mais un mensonge enfin, j'aimerais mieux sans arme, Les rênes dans les dents, me jeter à travers Les plus fiers Grenadins dont nos champs sont couverts- Les Maures les plus noirs de la Mauritanie, Que boire le dégoût d'une telle avanie. , rer , Elvlre. J'ai fait le mal, mon père, et le veux rep le Cld. Tu le pourrais! 1 l'vrf» Elvlre. De lui je vais vous « u En femme que je suis, et sans rigueur aucune; Quoi que vous en disiez. I.O Cld. Tu me gardes rancune Pour un mot que j'ai dit. Elvlre. Je cours vous le prouver En bravant un péril que vous n'osez braver. ACTE I. SCÈNE V. 17 Kftl il un coeur «le marlire, il deviendra sensible, C'est moi qui renverrai cet ennemi terrible, Puisque le Cid lo craint, et je me lie à vous 0 « soin de balayer ceux que nous craignons ton». le cid. Va donc: je m'abandonne, Elvire, a la prudence. Scène V. LE CID, RODRIGUE. le CId, qui In suit des yeux. Comme sa digne mère elle est ma providence. (A Rodrigue*) Mais jo tarde à remplir un devoir important, Ma foi, ( jue Ben-Said a reçue en partant, •« vais la dégager. Rodrigue. Un seul mol '. le CId. Je l'écoute. Rodrigue. Pardonnez, ô mon père, un adieu qui me coule. te Cid. Tu veux nous fuir? Rodrigue. Ce monde est pour moi sans appas. Quand j'y voudrais rester, je ne le pourrais pas : J'y serais méconnu . . . Le Cid. Toi! Rodrigue. Méprisé peut-être. lie Cid. Eh! île qui donc? Rodrigue. Du Cid je ne crains pas de l'être : " n'importe : ce monde où m'attend le mépris, ne le puis comprendre et n'y suis pas compris, ^as même de ma soeur. le cid. Ton reproche m'étonne. Rodrigue. Je ne l'accuse pas; je n'accuse personne. °i seul j'y suis de trop, consumé d'ennui, j, era ' 8 ' sans qu'on m'aimât, tout amour pour autrui, y renonce, mon coeur s'était fait violence; J ais il succombe au mal qu'il dévore en silence, le Cid. Quel est-il ! Rodrigue. E° besoin de revoir cette croix. °u le Dieu qui m'attend m'a béni tant de fois, de 'n'agenouiller sous la nef solitaire, " l'on n'entend plus rien des vains bruits de la (erre. l « Cid. Lorsque ton père approche cl qu'il va l'embrasser. Rodrigue. Hélas! j'ai peur de lui. . le cid Fanés le repousser! ne '« ferait pas. **»driguc. Mon unique espérance 2 18 LA FILLE DU Cil). Serait donc qu'il me vit avec indifl'ércnce. (Test un supplice encor. fiO Cid. Pense a ton frère. Rodrigue. O! lui, Un si charmant espoir pour ses regards a lui, Qu'enivré de sa joie il n'a qu'une pensée, C'est de revoir ici sa noble fiancée . . . Car leurs noeuds de bien près vont suivre son retour? te Cid. Sitôt que les combats le rendront à l'amour. } Rodrigue. Pour moi dans ce coeur plein reste-t il une pl" ,c ' IN'on; le présent m'accable et l'avenir me glace: Je veyx partir. Ijc Cld. La route est libre au bord des mers. Mais Je cloître, mon fils, a des jours bien amers: C'est avec désespoir qu'on entend sonner l'heure Où, jeune, on rejeta ce que plus lard on pleure, Et qu'on les sent, ces voeux si légers autrefois, lletomber sur un coeur qu'ils brisent de leurs poids. An temps où j'habitai Saint-Pierre de Cardène, Plus d'un moine, saisi d'une douleur soudaine, Au doux aspect des champs, des bois lointains, des eallKi Murmura: Si j'avais les ailes des oiseaux! , , . Sans leur faire expliquer ce qu'ils n'osaient pas dire, Avec eux tristement j'échangeais un sourire, Crois donc un vieux soldat, mauvais clerc, moins savant Sur les choses du ciel qu'on ne l'est au couvent, Mais qui sait mieux le monde, et voit avec tristesse Que des voeux imprudens enchaînent ta jeunesse. Rodrigue. Si je reste, je meurs, te Cid. Va donc cher e* ile ' Dans celte arche de paix d'où tu t'es envolé; Nous nous y reverrons. Rodrigue. C'est tout ce que j'espère : Hors vous, qui donc viendrait î Scène VI. LE CID, RODRIGUE, ELVIRE. Kl»ire. Il est parti, mon père. 0j) - lS te Cid. Comment l'as-tu séduit? par quel charm >'• quoi ! . . . Ton front sans ornemens m'a répondu pour toi. Elvire, qu'as-tu fait ? ACTE I. SCÈNE VII. 19 Klvire. La reine de Valence ^ donné sa couronne. l'e ctd. Knfanl, quelle imprudence! ^'aurais dû le prévoir, et c'est ma faute. Rodrigue. Eh bien! Je l'avais prévu, moi. ï-e Cid. Tu n'avais que ce bien ; Que te rcs(era-l-il pour ressource dernière, S' ces damnés païens abattent ma bannière, ^'i contre tous enfin ne pouvant lutter seul, ® je suis vaincu? Klvire. Vous! ï; il s'émeut à celle voix chérie, ' 1 s oulTrc tous les maux que soull'rc la patrie. ■ Peateodez-voua pas se plaindre dans les teMi 11 'It-' leur étendard lloltctit les crin? mouvans'î 23 LA FILLE DU C1D. Ne la voyez-vous pas tressaillir à la place Qui d'un pied sarrazin garde à regret la trace '! Oui, vous voulez combattre, et vaincre, et la sauver ; Mais quand ce bras pour elle est prêt à se lever, Un pouvoir inconnu que je ne puis comprendre Vous pousse à la trahir au lieu de la défendre. Rodrigue. Mais que voulez-vous donc, vous qui me prisez ? M'arraeher mon secret? . . quoi! ma soeur, vous l'osez! Non pas ma soeur; ce titre et me pèse et m'irrite; Il fait trembler mon corps du frisson qui m'agite; Il trouble ma raison; sais-je en vous le donnant Si je chéris encore ou déleste Fernand? Je vois entre nous deux un ê;re pur, un ange, Mais lier, mais indigné, qui me liait, qui se venge, Eh! de quoi donc, grand Dieu? d'être aimé de si bas. Il m'obsède, il consume en irnpuissans combats Ma force qui s'é-leint, ma verlu qui se lasse, Et rend mortel pour moi l'air où son souille passe. Son nom, si je restais, m'échapperait ici En m'écrasant de honte, Elvire, et vous aussi. Sauvez-moi; laissez-moi le lieu qui m'arrête; Pour vous comme Fernand, si j'exposais ma tète, Je voudrais ce qu'il veut; ce qu'il est je le suis. Que dis-je? Il est aimé; voilà pourquoi je fuis; Ce que je crains, c'est moi; pour la mort, je l'appelle; Près de vous, loin de vous, je n'ai désespoir qu'en elle; Mais loin de vous du moins sans honte elle m'attend. Ah! qu'elle soit prochaine, et je mourrai content! Elvlre. Obéissez, Rodrigue, à Dieu qui vous enli"" nC ' Séparons-nous ; fuyez. Rodrigue. Chargé de votre haine; El pour toujours! Elvirc. Le Cid ! un Scène VIII. LE CID, RODRIGUE, ELVIRE, Chevalikks, porte une bannière. te Cid. Mon casque? il faut pari" - - A l'appel des clairons qui vient de retentir, Creusant du pied le sol, fiabieça s'étonne Et demande où je suis lorsque la charge sonne. feu* ACTE f. SCÈNE IX. (A tuas les chevaliers.) *■ galop ! car Fanes est en face de nous, l'our arriver à lui poussez droit devant vous Sans relever vos morts, tout d'une haleine; et lâcha! Qui s'arrête vivant à moitié de sa tâche ! Me jurez-vous, amis, d'aller jusqu'où j'irai '< tes chevaliers. Oui, tous. le CId, Me jurez-vous que sanglant, déchiré, ' J(i dernier qui vivra, plutôt que ma bannière "Want ees méeréaus fasse un pas en arriére, ^° urne est i^rc. M LA FILLE DU C»n. Kl vire. O ciel! Rodrigue. Fernand! Le CId. Gloire à son ombre! Gloire et vengeance à tous! Fanes. O fureur! sous le nombre, Ils sont tombés vaincus dans les rangs ennemis. Elvlre. Vaincus! non: las Je vaincre, ils s'y sont endorm'-*' Fanés. Noble parole, Elvire! Rodrigue, h part. Ah! je l'aimais, mon frère- Fanes. J'étais trop orgueilleux, ami, d'être son père. Je te le comparais; je disais: il ira Aussi loin que le Cid; il le surpassera. Je l'ai cru; je l'ai dit, et c'était un blasphème; Mais pense au fol orgueil qu'inspire un fils qu'on aime. Le Cid. Le perdre ainsi ! Itodrigue, à p«rl. Mes voeux n'ont pu changer son so r '> lit ce collier pour lui fut un présent de mort. Fanes. Won appui, mon héros, ma race tout entière, Mon Fernand est là-bas couché dans In poussière. S'il y reste, eh bien! moi, j'y veux rester aussi. Marchons, ou j'irai seul ; ni-je quelque souci Qu'on accompagne ou non, qu'on laisse ou qu'on rapport Fanés de Minaya dont la famille est morte? Fanés n'avait qu'un fils, il n'en a plus! Le Cid. Qui, toi ? Fanes. Je n'en ai plus; pourtant, je suis maître de ">"'■ Tiens, vois: j'ai les yeux secs; à d'autres temps les larme»- C'est du sang qu'il me faut. Itodrigue, ê'iUmcimt au milieu île la scène. Et moi, ce sont des armes! Elvlre. Qu'enlends-je ! te Cid. Qu'as-lu dit! ^ Rodrigue. Que je reprends mo" • Devenu le dernier de ma noble maison, Je viens revendiquer l'honneur que j'ai d'en être ; Je le veux soutenir, je l'accroîtrai peut-être; Ou si l'accroître encore est plus que je ne puis, Périr pour ma maison, c'est prouver que j'en suis. Elvire, h par!. Je l'avais bien jugé. nom" 1 " Le Cid, à Font». Connais-tu ce jeune Fanés. Ah! quel que soit son nom, c'est un ' ) ' nVe ' non ,mfl Le Cid. 11 SC Fanés de Minaya. Fanes, Se peut-il ! • ACTE I. SCÈNE IX. 25 Le Via. Son parrain ' j e présente à » (i ACTE II. SCENE III. 20 Qu'un Minaya jamais ilans la lice ait failli, 1:1 qu'un poil de sa liarlio ait de peur tressailli. t-e Cld. Devaient-ils en soldais exercer la feltejle "■M la maison de paix, et leur règle veut-elle Qu'ils forment un novice A notre art meurtrier? " 3 en ont fait un prêtre, et non pas un guerrier. Quand il aurait eu peur . . . Panés. C'est donc vrai? l>e Cld. .le le nie; "•la faudrait-il s'en prendre à quelque noir génie? De plus braves que nous ont eu leur jour d'effroi. Fanés, Pas moi du moins! fce Cld. Fanés, lie Cld. Fanes, i-e Cld. Fanés. Cld. Fmii'H. Ko Cld. Fanés, le Cld. Fanés. Le Cld. Fanés, le donne, te Cld. Toi comme un Non. Toi-même. Encore un coup, pas moi ! autre. Non. A ta première affaire. ,. Ton coeur a battu plus fort qu'à l'ordinaire. Jour de Dieu! non ! . .. C'est sûr. Tu le crois f Je le crois. Tu n'as donc pas dit vrai pour la première fois? Un démenti, Fanés! A qui m'insulte en face, A ton Cid! Choisis l'heure et la place: Fanés. •le no crains pas le Cid. te Cld. Je le sais. Panés. Pas autant Que tu vas en champ clos le savoir à l'instant. *ie Cld. Conviens qu'il fera beau, Fanés, nous voir aux prises, Noi >s, leurs exemples à tous, leurs chefs, nous, têtes grises! ^"s jeunes hidalgos sont prompts à s'emporter, J* 1 «'est une leçon qui doit leur profiter: 1,8 feront comme nous. Kh! quoi, si la colère Allait jusqu'à l'armer contre le sein d'un frère, ^° Sein que tant de fois tu vins eouvrir du tien, **• entrailles pour moi ne te diraient donc rien? u crois ton bras bien fort; mais, Fanés, qu'il me blesse, ,0, j qui de ton fils accuses In faiblesse, 30 LA FILLE DU C1D. Devant un peu de sang recuinnt aujourd'hui, Tu sentiras le coeur te manquer comme à lui? Fini»'». Pardonne; j'étais fou. Jje Cld. Vieille barbe! Fmii'H. Pardonne ! Tu sais qu'au moindre choc le sang-froid m'abandonne. Je ne fus jamais bon qu'à me battre, à mourir: Mais à mourir pour toi dont je dois tout souffrir. Dont la volonté calme ou me pousse ou m'arrête ; Que suis'-je, moi? le bras ; et le Cid est la tête. Mais peux-tu m'en vouloir? j'étais si malheureux! Je le suis tant! Deux (ils! . . . hélas! j'en avais deux! Le premier dans sa gloire à mes cotés succombe. Et je ne puis pour lui conquérir une tombe . . . te Cid. Ben Saïd, qui par eux l'aura fait respecter, Forcera ses vainqueurs à te le rapporter. Il aurait dù déjà répondre à mon message. Fanes. Le second. te Cld. De son frère il est la digne; image: Fernand fut ton orgueil, lîodrigue est ton espoir, •le le verrai, Fanés; c'est moi qui dois le voir; Moi seul. g FanèK, qui éclate en sanglots et tombe sur un traîné mon blason dans la boue! J'ai beau rougir des pleurs qui me brûlent la joue; Ils sortent malgré moi. Je dois faire pitié. Faire honte, mon Cid, à ta vieille amitié. Un soldat, sur un (ils qnl de lui n'est pas digne, Pleurer comme une femme! aussi, je m'en indigne. Et j'ai perdu Fernand, et je n'ai pas pleuré! Mais lui n'était que mort; l'autre est déshonoré. lie Cld. On vient. Fanes. Ah! cache-moi! cache-moi! ... *e Cld. «Jf* Fanes, ii voix basse. Sur ce malheureux-là pio nie,s rien dire, le Cld. Je le loùrais. Scène IV. Les Mêmes, ELVIRE. Kivire. Mon père, enfin je vous revois. Sans blessure cl vainqueur! fcc Cld. Pas encor. ACTE II. SCÈNE IV. ;$i EHtrr. Mil ' 8 la croix, Qui les a repoussés malgré leur résistance. Entre eux et nos remparts a mis quelque distance. Courage! encore un pas de ce signe divin, El nos yeux sur ces bords le chercheront en vain. Mais parmi les héros que votre exemple enfante, Rodrigue lève-t-il sa tète triomphante ! Est-ce lui qui de vous s'est le plus approché! Que dis-jel à vos cotés sans doute il a marché, ^'os preux l'admiraient-ils? Perdus dans sa poussière, Qu'il a du de bien loin les laisser en arrière! Comment vous égaler sans les surpasser tous? le Cid, montrant F'anh. Mon Elvirc!.. Klvire, qui vient à lui. Pardon, noble Fanés, c'est vous Que doit enorgueillir le succès île ses armes; Son honneur : c'est le voire; ah!., parlez... Dieu! des larmes! Contre un malheur si grand vous que j'ai vu si fort, Vous pleurez ! I Cid, h Elvire. Tu lui brises le coeur. Viens, Fanés. c S'anès. Ah ! ma fille, y* titre a pu deux fois t'unir à ma famille: n coup bien que mortel ne m'a pas abattu; ""s contre le second je reste sans vertu: amais > jamais ma lille! C 1 * CM Ventratne.) LA F1LLK DU C1D Scène V. ELVIRE. Ainsi, jeunesse et gloire, l'rciiiière émotion que donne la vietoire, Magnanimes plaisirs qu'à peine il a connus, Lauriers pour lui fanés aussitôt qu'obtenus, Tout s'est anéanti. Quand son père l'approuve, Quand je puis l'avouer, cet amour que j'éprouve. Il est mort, et ce cri: „Rodrigue, je l'aimais! ., ." Rodrigue, mort pour moi, ne l'entendra jamais! Four moi ; je l'ai voulu ; sa perte est mon ouvrage. Fouvais-jc donc, ô ciel! douter de son courage? Avais-je, en l'adorant, besoin pour l'admirer De l'exposer au coup dont il vient d'expirer? Il fut à lui ce coeur que la reconnaissance, Qu'un pur enthousiasme a mis sous sa puissance, Du jour que je le vis, ange consolateur, Braver d'un front si calme un fléau destructeur; Mais aussi que ce coeur, honteux de se connaître. A pris un soin cruel d'humilier son maître! Dans quelle rigueur feinte il chercha des secours! De quels traits dédaigneux il arma mes discours! Je dus cacher mes feux, puisqu'ils étaient un crime; Ce ne fut pas assez, je l'en rendis victime; A ses humbles vertus, superbe, j'insultai; Je l'accablai du poids de leur obscurité. De son sang, de ses jours, je ne tins aucun compte, Four faire de sa gloire une excuse à ma honte ; Je voulus qu'il fût grand, illustre; je voulus Qu'il devint un héros; et ce héros n'est plus! Il n'est plus! . . Sois heureuse; à la bouche inhumai" 0 Fas un mot n'échappa qui démentit ta haine; Tu sus te vaincre, Elvire, et devant son cercueil Cet aveu de la force est doux à ton orgueil; Triomphe: à l'en louer tu dois trouver les charmes, Kl c'est faiblesse à toi que de verser des larmes. Ah! faiblesse ou vertu, qu'importe? En liberté Je les laisse pour lui couler avec fierté. Que ne peut-il les voir; témoins de mon délire, Si ces yeux ranimés dans les miens pouvaient lire, Que j'y mettrais d'amour ! comme je laisserais Ma sainte idolâtrie éclater sur mes traits! ACTE II. SCENE IV. 33 Dans quels tendres aveux je la voudrais répandre, p our le désabuser, le venger et lui rendre En bonheur, en ivresse, en orgueil d'clre aimé Touo les chagrins cuisans dont je l'ai consumé. Scène IV. ELVIRE, RODRIGUE. Elvlre, qui si retourne et pousse un tri. '\l>\ que vois-je? Rodrigue: Rodrigue. Elvire ! Kl vire. Esl-il possible? Où suis-je? ai-je à nies maux trouvé la mort sensible! Rodrigue, est-ce ton ombre .' ou conservé pour moi, Qui te pleure et qui t'aime, 6 Rodrigue, est-ce loi? Rodrigue. Qu'entcnds-je ? Elvire. Il vit!., ton bras s'est ouvert un passage. Au plus épais des rangs jelé par ton courage, On t'en croyait victime! un courage plus grand. Un prodige héroïque à mon amour te rend! Rodrigue. Est-ce vous qui parlez ? Qu'elle pitié V ons touche, Vous égare, et quels mots sortent de voire bouche! Aimé! j'étais aimé! je le suis, et de vous; Répétez cet aveu si cruel et si doux; Qu'il inonde mon coeur d'une ivresse nouvelle, Et que je meure, ô Dieu! pour mourir aimé d'elle! Elvire. Toi, mourir! . . quoi! ce cri de mon âme élancé, De mon front pâle encor l'effroi mal effacé; Quoi; des pleurs qu'ils versaient mes yeux encore humides, °ur toi qui veux mourir sont des garans perfides! « que t'ont dit ma voix et le trouble où je suis, ' faut te le redire: Eh bien donc! je ne pu'19 ^' cesser de t'aimer, ni l'aimer davantage; Eh bien! ce coeur vaincu t'appartient sans partage. * e l'a-i.ii assez dil 7 y,, subissant tes lois, "•H dans sa tendresse assez lier de son choix, or Sque je reconnais que la jeune vaillance ' s ur les pas du Cid, conquis son alliance; Q" 6 ma main dans ces noeuds, dont j'aime à nie vanter, rou Va autant de lauriers qu'elle en doit apporter 1 r ar > en m'en couronnant, c'est aux tiens que 1 je donne, ^ e, te main que, toi mort, ne méritait personne ; est à ceux dont pour moi tu viens de le couvrir, 3 34 LA FILLE DU CID. A ceux qui les suivront, et que me doit offrir Dans le cours d'une vie en victoires féconde Le bras d'un Cid nouveau qui se révèle au monde. Rodrigue. Arrêtez : celte main qu'à votre erreur je doi, Loin de me la donner, reiirez-la de moi ; Ou plutôt armez-la contre un sein qui s'élance Au-devant de ma peine et de votre vengeance, Vengez-vous de mes torts sans les avoir appris, Et qu'au moins par vos coups j'échappe à vos mépris. Elvirc. Qui peut me démentir quand je te rend» justice ■ Rodrigue. Moi, n'est moi; mais que n'ai-je, ô ciel! P ar quelque indice Pressenti le bonheur où j'étais appelé ! Il eût changé mon être, il l'eût renouvelé; A ces hommes de fer il m'eût rendu semblable, Devenu par amour comme eux inexorable, Je n'aurais pas alors, intrépide à moitié, En étouffant la peur, écouté la pilié. A travers mon espoir j'aurais d'un oeil avide Vu comme eux, sans pâlir, cette gloire homicide, Et me serais plongé, sans reculer d'un pas, Dans cette oeuvre de mort qui ne les émeut pas. Elvire. Reculer! , Rodrigue. Je l'ai fait. Quand j'ose vous l'apP ren Je sais à quelle honte ici je vais descendre : Je le dis devant vous, le dirais devant eux; Nier la vérité n'est-il pas plus honteux ? Oui, dès que j'eus frappé, je détestai ma rage, Et reculait d'horreur en voyant mon ouvrage; Je l'ai fait : je ne fus barbare qu'à demi. El vire. A la face du ciel, et devant l'ennemi? _ . tf> Rodrigue. A la face du ciel dont j'ai cru la VOiX Et devant l'ennemi que j'affrontais sans crainte. Quand j'ai senti sous moi mon coursier frémissant Nager jusqu'au poitrail dans un fleuve de sang, Bondir, les pieds rougis, sur des chairs palpitantes; De mon premier exploit quand les mains dégoûtantes, J'ai du meurtre, à mon tour, respiré la vapeur, Mon bras en retombant s'est glacé de stupeur. Il venait de porter une atteinte trop sûre ; J'entendis une voix sortir de la blessure : J'entendis mon arrêt de la mort s'éléver. Qui? moi, fait pour guérir, pour convaincre et sauver, En les fermant, ces yeux dont j'éteignais la flamme, J'avais d'un même coup tué le corps et l'âme ! ACTE H. SCÈNE IV. 35 baisser là des bourreaux l'un contre l'autre armés, Klait-ce fuir? j'ai fui: méprisez-moi; n'aimez, N'admirez que ces preux, instruits dès leur jeune âge A noyer leurs remords dans les (lois du carnage ; Blvire, adorez-les! pour devenir fameux Sur leur trace sanglante, il faut sentir comme eux. Dans leur superbe coeur c'est la gloire qui crie; La douce humanité, la nature attendrie, Q ul plus haut que la gloire ont crié dans le mien, Qui me condamnaient, moi, ne leur reprochaient rien, Ces durs exécuteurs des célestes colères frappaient des ennemis et je frappais des frères; Poussés par l'honneur même à leur percer le sein, " s étaient des héros; j'étais un assassin, Elvlrc. Et le Maure a vu fuir devant son cimeterre Un avenir si grand, l'orgueil héréditaire De tant d'exploits passés, quand cinq siècles d'ayeux Du haut de leurs tombeaux avaient sur vous les yeux .. . Mais non, tu me trompais ; et par cette imposture Tu me rendais, cruel, torture pour torture, Non, toi qui m'es si cher, toi qui le sais, oh| non, Tu n'as pu perdre ainsi ton avenir, ton nom, Cet honneur qu'à la vie un Sarrazin préfère; Non, je ne te crois pas; non, tu ne l'as pu faire; Non, tu ne l'as pas fait ! Rodrigue, Je vous offre à genoux Des jours que j'apportais à mon père en courroux; Les voilà! prenez-les; soyez impitoyable, Innocent devant Dieu, mais devant vous coupable, Je vous l'offre ce sein; qu'il soit par vous frappé, Encor tout palpitant d'un bonheur usurpé. Du moins, je fus heureux! punissez-moi: ma faute ~ sl d'avoir fait rougir une vertu si haute a r l'aveu d'un amour qui ne m'était pas dû, lr op indigne A ses yeux de l'avoir entendu! fi ïvlre. Il est donc vrai. Qui t vous. . . Castillan, gentil- homme, "ernier espoir d'un sang qu'entre tous on renomme °ur noble, et que pour brave on proclame entre tous, °f' na ya, nia d'Alvar, tilleul du Cid, qui vous !.. Ah ! Rodrigue ! {EUe s'enfuit.) 3* m 36 LA FILLE DU CID. Scène VII. RODRIGUE, qui est resté à genoux. Et pourtant, moi qu'elle outrage en face, Des miens je me sens l'Ame, ils m'ont de cette audace, Qui bouillonnait en eux, transmis le feu sacré. Je ne suis pas de vous un fils dégénéré; Mânes de mes aïeux, je ne suis pas un lâche; (H se relève.) Non, je ne suis pas !.. et sans fin, sans relâche, Sous leurs mortels dédains ses yeux m'accableront, Et dans leurs yeux à tous je trouverai l'affront. Éternel agonie où ma vertu succombe! La tombe est préférable, et j'y descends ... la tombe! Sans crime avec ce fer puis je donc me l'ouvrir? Le cloître ! j'y serais des siècles à mourir. Ainsi flétri, perdu, je n'ai plus de refuge, D'abri contre la honte!., ô mon père, ô mon juge, Viens, toi, viens sur (on fils assouvir ta fureur; Ab ! viens, frappe, et de vivre épargne-lui l'horreur! Scène VIII. RODRIGUE, LE CID. Le CId. Rodrigue ! Rodrigue, li pari, en faisant un pas pour sortir. Oit me cacher ? l'C C id. Reste. Rodrigne, de même, en se rapprochant du Cid- ,|i>.'6. Won sang 8 " 6 | aÇ * T,c Cid. Nos braves au banquet vont bientôt pr« n " re .° eU >? Rodrigue. Et le Cid ne va pas s'asseoir au mi" eU I-e Cid. Téle-à tète, filleul, nous dînerons tous de**' Rodrigue. Avec vous, moi ? le CId. Vcux-lu? Rodrigue. Moi! , ,„ IIV 'e, le CId. Coeurs à lool ^ D'un tel acharnement ils n'ont jamais fait preuve; Sans avoir mis à bas trois Maures de sa main, Pas un pour m'obéir n'a rebroussé chemin. Do ces vieux batailleurs l'orgueil est intraitable: Il faut leur ressembler pour s'asseoir a leur table, ACTE H. SCÈNE YHI. 37 • .. n'en dis rien, de moi je ne suis pas content; Je «ie suis mal montré. Rodrigue. Se peut-il! Le Cid. En partant, Savais la tête fière •, on eut dit à m'entendre Que dans ma noble ardeur je devais tout pourfendre; Soit que le froid des ans se fit en moi Beutir, Je n'étais plus le Cid. Rodrigue. Quoi! Le Cid. N'en parle à personne; " R e peut qu'à leur table un d'entre eux le soupçonne, 11 me raillerait. Rodrigue. Vous? ■. Le t'id.' Sans pitié: que veux-tu? ' "mine i cg démoM-là ju n'ai pas combattu ; ttl un mot, j'ai faibli. Hodrtgue. Qui, vous! Le Cid. Je le confesse. Qu'est-ce donc après tout qu'un moment de faiblesse î Du meilleur champion l'âme parfois s'abat; Il n'en est que plus fort à son premier combat. Far sa faute affermi, loin qu'il s'en décourage, Contre lui, contre tous, je ne sais quelle rage Le transporte, et le pousse à tenter des efforts Qui lui font en héros réparer tous ses torts. Au repas qu'on leur sert là-bas ma place est prise; Mais à souper, vrai Dieu • je l'aurai reconquise. Rodrigue. Ce fier Campéador qui jamais n"a tremblé... te Cid. Jamais, c'est beaucoup dire. Rodrigue. Aujourd'hui s'est troublé? Le Cid. Comme si j'en étais à mon apprentissage. ' le mêler avec eux n'aurait pas été sage; e lai cherché, mon fils; tu sais ma peine: voi 1 lu me trouves bon pour manger avec toi? Rodrigue. Ah! j'ai perdu mes droits à cet honneur insigne. Le Cid. l'our m'avoir obéi quand ma main te fit signe, Quand ma voix t'ordonna, filleul, de l'éloigner? Rodrigue. A moi? Le cid. Mon mal, Rodrigue, aurait pu te gagner, J l contre mon exemple il fallait te défendre, ai parlé de manière à me bien faire entendre, l°ut | e monde a su que lu m'obéissais. Rodrigue. Mon honneur esl sauvé? ^ Le Cid. Comment, tu faiblissais'... ° Us étions en malheur; mais loi, c'est excusable; LA FILLE DU C1D. Un novice â l'autel voit-il rien de semblable? Au spectacle du meurtre il y reste étranger, En semant sur le lin les fleurs de l'oranger; Jamais le sang versé n'y laissa de vestige; Le voir sans ('tre ému serait presque un prodige. Un jour j'ai tourné bride aux monts d'AIbaracin Où son aspect d'horreur a soulevé mon sein. Faisons donc table à part, mais gaiment, que t'en semble? Nous prendrons au dessert notre revanche ensemble; Et tout braves qu'ils sont, si tu le veux, ce soir Le plus brave entre nous sera fier de s'asseoir. Rodrigue. O mon père! 6 clémence! 6 douceur adorai» Pour me faire innocent, tu te faisais coupable. Je mourais si d'un mot tu m'avais outragé, Et tu rends à la vie un coeur découragé; Il renaît; laisse-moi cacher dans ta poitrine Ce front que le remords sous tes bontés incline. Laisse-moi, soulagé du poids de mes douleurs, Respirer l'héroïsme en y cachant mes pleurs, lie Cid, qui le tient embrassé. Répands, jeune lion, répands ces pleurs que j'aime : Ils n'auront sur mon sein de témoin que toi-même. Quand il touche à l'honneur qu'un souffle ternirait, Pour qu'un avis profite, il faut qu'il soit secret. Le courage qui tue à tes yeux est furie; Rodrigue, il est devoir s'il venge la patrie. Le meurtre est juste alors ; pense qu'en triomphant C'est elle, c'est ton Dieu qui ta vertu défend, Non le bruit qu'après toi laissera ta mémoire, Et que l'humanité ne sied qu'à la victoire. Tu le sens, n'est-ce pas 1 et tu veux devenir Le vaillant que ton nom promet à l'avenir ; Tu prouveras à tous qu'en toi revit ton frère, Et seras ce qu'il fut, l'orgueil de ton vieux père. Rodrigue. Mais perdre Elvire; 6 ciel! la perdre |> jamais, Et quand j'étais aimé ! Le Cld. D'ElvireV Rodrigue. Que j'aimais. le Cld. Toi! 0 i)sui» e J Rodrigue. Pardon! renfermant l'amour qui me c Je n'ai de cet ainonr senli que l'amertume. Pardon! si j'eus des torts, ils sont trop expiés; Le déseppoir les suit: ici mémo à ses pieds, Une erreur m'a livré t'aveu de sa tendresse. ACTE H. SCÈNE IX. 39 Et uioi, dans ce moment do douleur et d'ivresse, J 'ai tout dit; mon bonheur! jo n'ai pu l'accepter, Et je ne l'ai connu que pour le regretter. le Ciel, y ne pour t'en rendre digne; il peut renaître encore : 0(1 désarme aisément celle qui vous adore, El, fùt-il menacé d'un courroux éternel, Jamais l'amant aimé n'est longtemps criminel. Tout couvert de son sang, j'ai cru perdre Chiméne; E"e a cru me haïr, et j'ai fléchi sa haine ; Mais à force de vaincre; eh bien! fais comme moi, Et change en actions les pleurs versés par toi. Ils engagent ton bras, car ils sont des promesses; Ces pleurs vont enfanter d'incroyables prouesses: j^a mort en va sortir, la gloire; et cette fois *U vas m'épouvauter, tilleul, de tes exploits. Rodrigue. Ali! puisqu'il m'est promis co prix de ma vaillance, Meure en moi la pitié devant celte espérance! Que le fer ennemi se plonge dans mou flanc, Qu'à vos yeux immolé je tombe en immolant, Qu'un pied païen m'achève, et que pour funérailles Les loups de la Sierra boivent dans mes entrailles, Si mon père au retour me refuse son nom, Campéador, l'espoir de porter son blason, Elvire, cette main qu'elle m'avait donnée, lit les chrétiens vainqueurs l'honneur de la journée! le Cid. Sûr qu'au prochain combat tu seras sans rival, Je nie tiendrai content si j'en sors ton égal. Quand bâtiront nies tambours, à tes côtés j'y vole; l^ans une heure sois prêt. Hodrjgue. Si tard! le Cid, lui serrant la main. Bonne parole! Quelqu'un vient; dans une heure ici le rendez-vous! Rodrigue. J'y serai. Scène IX. Mêmes, BEN-SAID; ce dernier porte au cou une chaîne qu'il n'avait pas au premier acte, le Cid. Ben-Said. Hen-Sald. Moi-même. l «s Cid, h Rodrigue. Laisse uous. Rodrigue, a part en apercevant la chaîne, Qu'ai-jç vu ! 40 LA KILLK DU CID. Le Cid. Laisse-nous. Rodrigue, à part. Cette cha'ne . . . 6 vengeance! Est-ce lui 1 te Cid. Sors, Rodrigue! (Rodrigue se relire lentement, les yeux attachés sur le Ma***'' Scène X. LE CID, BEN-SAID. lie Cid. A ma reconnaissance Tes titres sont sacrés, Ben-Said : tu me rends Les restes du guerrier qui tomba dans vos rangs. J'avais reçu ta foi: je m'y devais attendre; Mais en le rapportant tu fais plus que les rendre. Ben-Said. Tu m'as loué trop tôt; j'aurais donné mon si,n £ Pour laisser d'un bienfait ton coeur reconnaissant, Ijes Maures de l'Atlas, pour être plus sauvages Que ceux dont ta Syrie a peuplé ces rivages, Sont-ils moins généreux? Alla m'en est témoin, Je l'aurais, ce Fernaml, rapporté de plus loin; Je viens seul: son vainqueur, dont il faut qu'on l'obtienne, Ne veut pas que ce corps dorme en (erre chrétienne. lie Cid. Son désir sur le tien devait-il prévaloir; Ben-Said. Il ne le veut pas, Cid, et ne le peut voulo |r ' Il ne vous rendra pas, pour que votre prière Bénisse, en l'y couchant, sa demeure dernière, Pour qu'un marbre pieux le couvre à son retour, Ce corps qu'il a promis aux serres du vautour. Ijc Cid. L'outrage que reçoit cette noble dépbulll'> Ce n'est pas le vaincu, c'est le vainqueur qu'il souille Ben-Said. Ignorant ses griefs, comment le juges- ,u ■ C'est cruauté pour toi, mais pour lui c'est vertu. rie . Le Cid. De repousser les voeux d'un vieillard q" 1 Ben-Said. Il pria des vieillards sans fléchir leur fu rie> le Cid. D'un père, Ben-Said '.' _ ? Ben-Said. On l'a privé du sien '. cn -j le Cid. N'a-t-il donc jamais vu pardonner un f " . c | e - Ben-Said. Toi seul; Ion Dieu pourtant ordonne a mence ; Mais le sien la justice. lie Cid. Et fut-ce la vengeance, En rendant pleurs pour pleurs et trépas pour trépas. On accorde un tombeau. Ben ftald. Son pére n'en eut pas; ACTE H. SCENE X. 41 ^ mère en expirant n'en a pas eu ... sa mère! femme! te Cld. Est-il vrai? Bcn-Sald. Cette douleur amère, lje ur fils la sent encore : de tous les prisonniers * J *Ha (] an s | e ur ville en cendre, ils étaient les dernier*. Ces deux hardis croyans portaient si liaul la tète, El confessaient si haut la loi de leur prophète, Qu'on rendit à plaisir leur supplice plus lent; L'outrage s'y mêla: de son glaive insolent •j'Espagnol les força de baiser la poignée Dont il collait la croix sur leur bouche indignée, A leur aide, en riant, appela Mahomet, Autour de leurs deux eorps qu'un brasier consumai!, kt par trois fois, au cris d'une foule grossière, kn jeta dans les vents la brillante poussière. Voilà ce qu'il a fait ; guerrier, veux-tu savoir Ce qu'a fait à son tour leur lils au désespoir? IMnld. Rodrigue. Si j'ai droit sur tes jours. Ben.Sald. Toi, jeune homme! Savoir par la répon»« ACTE II. SCÈNE XI. 4;î Rodrigue. Prononce: l'u le peux en deux mots. Ben-Said. * Ne retiens point mes pas. Rodrigue. Ou lu vas me répondre, ou tu ne l'oses pas. Ben-Said. Parle donc; j'ose tout. Rodrigue. Q ue Ben-Saïd m'explique D'où vient qu'un mécréant porle cette relique 1 Ben-Said. Parce qu'il n'y croit pas et prouve en la portant Ce que peut le Sauveur en qui vous croyez tant! Rodrigue. Ce Sauveur, qui te tient sous sa main vengeresse, Pour signaler sa force a choisi ma faiblesse. Ben-Said. Quel bras as-tu vaincu? Rodrigue. Je n'en redoute aucun. Ben-Sald. Ton nom? Rodrigue. Je n'en ai pas; mais tu vas m'en faire un. Ben-Said. Tes griefs? Rodrigue. Cette chaîne, est-ce toi qui l'as prise? Ben-Said. J'en suis fier. Rodrigue. Où, comment, sur qui l'as-tu conquise? Ben-Said. Où, jeune homme, comment et sur qui? Rodrigue. Réponds-moi. Ben-Said. Ici près, par le fer, sur plus vaillant que toi. Rodrigne. Eh bit n! je veux la rendre à qui tu l'as ravie, rit l'aurai par le fer, païen, avec ta vie! Ben-Sald. Prends garde: car ta main semblait en approcher, Et ce serait, chrétien, mourir que d'y toucher! Rodrigne. Mourir! Rcn-Sald. Ne force pas ce glaive à t'en convaincre. Rodrigue. Je te l'arrache donc pour montrer que c'est vaincre! » Ben-Said. Qu'as-tu fait! Rodrigue. Reprends-là; maintenant c'est mon bien, Et ce sang que je baise, il demande le lien, " l'exige. Ben-Said. Où veux-tu tomber sous ma colère? Rodrigue. Choisis : tout lieu m'est bon si je venge mou frère. Ren-Sald. Ton frère! Rodrigue. " nous attend pour te voir abattu. Ben-Said. Mais les lois du combat, malheureux, les sais-tu ! Rodrigue. Qu'importe? c'est à loi qu'elles seront funestes. Ben-Said. Du Fernand qui t'es cher, je te rendrai les restes . . . Rodrigue. Sur l'heure! 44 LA FILLE DU CID. Hcn-Snid. Ou sans tombeau, je laisserai les liens. Rodrigue. J'accepte. Ben-Sntd. Viens. Rodrigue. Marchons, Ren-Said, montrant Rodrigue. De leurs lambeaux chrélie"*' Aigles, que je nourris, voilà votre pâture! Rodrigue. Ton cadavre, mon frère, aura la sépulture! Fil» DU SPCOND ilCTK. > ACTE TROISIEME. Scène I. LE CID entre en regardant autour de lui avec inq llie ' tude, ELVIRE le suit. Kl vire. Qu'avez-vous? le Cld, h fart. L'heure expire, et Rodrigue est al» sc " ' Klvire. Quand, pour livrer bataille, il part en ai'einof*^ Mon père a l'oeil si lier et l'âme si confente! . . . Vous attendez quelqu'un qui trompe voire attente. lie Cld, de même. C'est élrange; il n'importe: M '"' ' ' toujours foi. (A Elvire ) Mais un autre doit-il me distraire de loi ? Elvlre. Il ne viendra pas 1-e Cld. Qui? Elvlre. Pourtant le clairon «<"""' fce Cid. Qui veux-lu dire, enfant? Klvire, Ah! personne! « *e Cid. Et cependant tes yeux se détournent des miens, Four dévorer des pleurs qu'a peine tu reliens. j,elle. Klvire. Je crains la gloire aussi, même en la trouvant lie Cid. Aussi! qui donc la craint? Kl»ire. Bientôt à l'infidèle Vous aurez de Fanés fait expier le deuil; Mes yeux sous vos baisers se sécheront d'orgueil. vc j||e. te Cld. Dans nos murs, â la garde il faut que Fane Elvlre. Quelle crainte inconnue en vous pour moi s e ACTE III. SCÈNE I. te cid. Cornaient prévoir le sort d'un combat acharné, °ù l'un des deux partis doit être exterminé? A u coeur des Sarrazins tandis que je m'élance, Un coup de désespoir peut leur livrer Valence, Et je n'en puis sortir avec sécurité Sans laisser loin de moi ma fille en sûreté. Klvlre. Pour garder nos remparts, Rodrigue peut suffire, te Cid, Il doit gagner le prix où son espoir aspire. Klvire. Quel prix ! te Cid. Tu le sauras. Fier de m'accompagner, C'est en me défendant qu'il prétend le gagner, Tout-à-l'heure pour moi ta t'afarmais d'avance. Elvire. Mais mon coeur alarmé tressaillait d'espérance, te Cid. Elvire, il est passé le temps où mon regard Voyait aussi l'espoir lui sourir au départ, Quand ta mère, si lente à m'altacher mes armes, Accusait mon ardeur d'insulter à ses larmes. Qui m'eût dit qu'avant moi celle fleur tomberait'? L'heureux Cid, qui jadis pour vaincre se parait, Depuis qu'en l'attendant sa Chimène sommeille, Ne porte plus l'azur avec la croix vermeille; Il revêt des couleurs sombres comme la nuit, Et noir est le harnais du coursier qu'il conduit. Pauvre Bahieça, qui jamais ne murmure, Si chaud que soit l'été, du poids de mon armure, Dont je n'ai jamais vu les flancs battre d'effroi. Force est qu'un jour ou l'autre il revienne sans moi ; Ce jour-là même encor, réçois-le bien, ma fille j Fais-lui porter mon deuil; il est de la famille. Qu'il soit flatté par toi des mains et des regards: s* noble créature est sensible aux égards, saiw le traiter d'ingrat, qu'à son vieux maître il pense; Car tftut bon serviteur mérite récompense. Elvire. Cette course lui garde un triomphe nouveau: " reviendra, ce soir, plus fier de son fardeau. te Cid. En fût-il autrement; dans ta douleur sois fernre: Mes jours sont pleins, Elvire, et bons à moissonner; Dieu qui me | es compta pouvait moins m'en donner, ''es reprendre est son droit; mais, si sa faux les touche, Que leur dernier soleil dans la gloire se couche' Tu devras, comme moi, bénir le moissonneur; ' ja récolte en tombant sera riche d'honneur. Elvire. Je ne vous vis jamais cette trisle pensée, te cid. D'un je ne sais quel poids mon Ame est oppressée; est faux pressentiment, faiblesse, je le veux; 46 LA FILLE DU CID. .j| porte' Mais, quel que soit mon sort, voici mes derniers voeux: Sur ma part de butin dote cinq pauvres filles, Si Valence aujourd'hui reste unie aux Castilles; Que pour le voyageur des murs hospitaliers S'élèvent par tes soins au milieu des halliers, Où son corps fatigué ne trouve sur la terre L'ombre qui rafraîchit ni l'eau qui désaltère, Et qu'il ait un abri, sans payer son séjour, Sur ces monts de ïérouel où j'eus tant soif un jour. Quant à moi, si je meurs, qu'un convoi me ramène, A travers les païens, au tombeau de Chimène; Que droit sur les arçons et Tizonade au vent, La face a l'ennemie, mon corps marche en avant, Et si désir leur vient de vous barrer la route, Mon ombre suffira pour les mettre en déroute. Elvire. Et, témoin des dangers ofi je vous vois couru' Je ne puis avec vous triompher ni mourir,' Hélas! que fait votre âme en nn sexe débile? Que n'avez vous, au lieu d'une fille inutile, Un fils qui de son corps au champ vous couvrirait! Ce n'est pas moi du moins que mon père attendrait! lie Cld. N'en ai-je donc pas un digne du nom qu ! De lenteur accusé quand son ardeur l'emporte, Dans la plaine peut-être il vient de s'élancer, Et c'est peu de me suivre, il veut me devancer. Mais que peut-il pour moi, si Chimène m'appelleî , • • Car je l'ai vue en songe. .. Elvire. En songe! te Cld. Toujours belle, Belle comme à vingt ans, mais morte celte fois. J'errais sous son balcon, chantant a demi-voix L'air qui fut si longtemps sa douce fantaisie; Son bras avec lenteur leva la jalousie. Ravis, je crus encor la voir sous ces atours Que préféraient mes yeux au temps de nos amours; C'est sous un blanc linceul qu'elle m'est apparue. Pâle, elle m'a souri; puis, dans l'air suspendue, Vers l'étoile du soir elle a levé la main, Et s'est évanouie en disant: „A demain!" Au rendez-vous donné je fus toujours fidèle; Tu vois bien que ce soir je dois être auprès d'elle. Et je voudrais, ma fille, au dernier rendez-vous, Lui dire, en l'embrassant, le nom de ton époux. ^ Elvire. Cet époux, il est mort. Si le ciel me de Quand je suis déjà veuve, à rester orpheline, ACTE III. SCÈNE il. 47 C'en est fait; el mes jours au deuil sont dévolus. Disposer de ma main quand vous ne serez plus, C'est donner votre fdle et votre épée ensemble: L'une est de vous sorti*, il n'est coeur qui lui semble S'être placé si haut que de la mériter, U ( l'autre pour eux tous est trop lourde à porter. ïiO Cld. Un d'eux fera pourtant plus que lu n'en exiges; C'aniour dans notre Espagne accomplit des prodiges, ™, . . mais voici Fanés. Scène IL LE CID, ELVIRE, FANÉS, Chevaliers. Canes. Cid, je viens te chercher, Que tais-tu? Do ses bras fnudra-t-il l'arracher î On attend le signal: est-ce que lu l'ignores? Ou veux-tu que sans toi j'aille achever les Maures? IiO Cid. J'ai tout prévu, Fanés. X-anèa, à l'oreille du Cid. Que m'avais-tu promis? Il devait avec nous marcher aux ennemis? lie Cld. Rodrigue? Fanés. Où donc est-il? lie Cld. Au pied des murs sans doute. Fanés, qui se contient h peine. Je sais que non; du cloître il a repris la route; Qu'il s'y cache. lie Cld. De lui parle bas à ton tour. Fanés. Dans son ignominie enfoncé sans retour, Il se garderait bien de paraître où nous sommes, C'indigne • le « lui-même. Cependant je me connais en hommes! Elvlre, à part. Et mon fatal amour, j'ai pu le révéler celui dont tout haut on n'ose plus parler. Fanés, nu Cid. Embrasse-la, partons; car l'opprobre d'un autre S' nous tardons encor va devenir le nôlrc. D'ailleurs en le voyant ... Ah ! partons ; tu connais C'tllroyable pensée où je m'abandonnais : * e moi, pour l'étoufler, je ne sais plus que faire, Sl je ne nié bats, rien ne m'en peut distraire, ï-o Cid. J'ai pourtant un service à réclamer de toi. Fanés. Ordonne et j'obéis. 1,8 Cld. Eh bien! consens . . . *■••>*■. A quoi? 48 LA FILLE DU CID. te CId. Tu vas te récrier. Fanés. Devant quel sacrifice Ne vois-tu reculer quand lu veux un serviceV Le Cid. Eb bien! donc, dans nus murs, Fanés, tu **■ rester. Fanes. Tandis qu'on se battra? qui? moi! . . te CId. Puis-je y comp' er • Fanés. Itesler les bras croisés, derrière des muraille*! A me ronger ici le coeur et les entrailles, Quand le Maure insolent qui d'un fils m'a privé. Moi vivant, sous le ciel marche le front levé; Quand ce profanateur qui ne veut pas me rendre Un bien que ma colère a soif de lui reprendre. Comme un lâche qu'il est, lait en se pavanant Piaffer son cheval sur le corps de Fernand! Lie Cid, Je te promets sa vie. Fanés. Il m'appartient : ma j 01 *' C'est de courir sur lui, c'est de saisir ma proie, C'est de la renverser, c'est eu la déchirant D'arracher Fernand mort à Ben-Said mourant. Klvlre. Qu'il y vole et que Dieu conduise son courte?' Puisqu'il n'a pas de fils pour venger cet outrage! Qu'il veille, en vous suivant, non sur moi, mais sur v.onsj lie Cld. Femmes, enfant, vieillards, qui vous défend"'' , Flvlre. Nous seuls : le coeur suffit à qui veut se défendre. Vous le disiez tantôt, ma parole peut rendre L'âme aux plus abattus, la jeunesse aux plus vieux, Et le regard du Cid peut briller dans mes yeux. f . l>e Cid, « Fanes. Tu comprends maintenant ma ciai""' " ternelle; Ce sacrifice, ami, le feras-tu pour elle! Fanés. Va donc seul ! le Cid. J'ai ta foi? Fanés. Ma foi de chevalier; Mais ton danger pourtant pourra m'en délier? _ flC le Cid. Je n'attendais pas moins; viens dans ' ''" c colade Donner force cl vaillance à ton vieux camarade! Fanés. Hale-loi de les vaincre ou je n'y tiendrai P* Elvlrc. Quel second vous perdez! . |,a9 te cid. if i« *« is ; """" Un plus jeune, Fanés, m'attend la (été haute. Kl son aide au besoin ne me fera pas faute. ' ACTE I». SCÈNE III. 49 (4 lilvire.) Libre du dernier soin qui pouvait m émouvoir, J e (e quine, et je sens que je dois le revoir. (Les chevaliers 1e suivent.) Scène III. ELVJRE, FANÉS. Fanés. Il flatte tes chagrins de l'espoir qu'il emporte, Mais lu l'avais bien dit, Fanés, ta race est morte. ki» ire. C'est pour moi qu'à regret languit loin des drapeaux Ce courage indigné qui maudit son repos. Fanés. Personne de mon nom ne m'y remplace, Elvire. Elvire. Se peut-il? vous penses .. . quoi? lui!... ma voix expire. Fanés. Tu sais tout. Elvire. Sur la plaine il n'a donc point paru.' Fanés. En l'y cherchant des yeux, dans nos rangs j'ai couru. Elvire. Sans le voir. Panés. Sans le voir. Elvire. Mais il y va descendre. Fanés. Il craindrait d'y mourir. Elvire. Nul n'a pu vous apprendre Ce qu'il fait, dans quels lieux il a porté ses pas? Fanés. Je n'ai rien demandé. Kl» ire. Pourquoi? Fanés. Je n'osais pas: J'ai peur à mon tour. Kl vire. Ah! malheureuse! ■"anès. O rage! Mon sang qui brûle encor malgré le froid de l'âge, ransmis à ce cadavre, en glace s'est changé uns son coeur de vingt ans où l'effroi l'a figé, ourlant, quand sur mon front j'avais sa honte écrite quelqu'un l'eût flétri de l'affront qu'il mérite, ™e prenant à la gorge avec la vérité, J'aurais crié: Tu mens! à qui l'eût insulté, 1 faisant ce que jeune il n'a point osé faire, 9101 vieux, je serais mort pour prouver le contraire. Klvlre. Mais s'il le prouve, lui! Knnès. Ma race est morte, enfant. K, vl*e. Si, déjà dans la lice, il en sort triomphant! ^anés. Elle est morte. 4 50 LA FILLE Dl CID. Scène IV. ELVIRE, FANES, RODRIGUE. Rodrigue. Le Cid ? , . . Elvire. () ciel! Fané». C'est lui! ( Kodrigiic. Mon pé re ' Fanes, à lilvire qui cache de Honte sa tête dans ses W*:' Tu vois s'il combattait! (S'avançanl l'épie haute vers son /''*' Heçois de ma colère Ce trépas que tu fuis, infâme, et qui l'est dû, lïlvirc, qui se jette entre eux. C'est votre fils! , Rodrigue. Le Cid ne m'as pa< Je le rejoins. Fanés. Demeure, ou je suis ton complice, En souffrant que deux fois ta fuite m'avilisse. Ton casque! (Le lui arrachant-) Il me le faut : tu l'as déshonore. Cimier de mes aïeux dont j'ai tant espéré Quand j'ai mis sur son front ton éloile guerrière, Puisqu'on t'a vu de peur revenir en arrière, Aslre tombé du froat d'un Minaya qui fuit, Kentrer avec son honneur dans l'éternelle nuit. (Il le jette à ses V ictls) lie; Rodrigue. Vous m'avez, ô mon père, avili devant e J'ai du souffrir de vous celte injure mortelle; Un mot m'en laverait: je ne le dirais plus, (A Elvire.) Vos pleurs venus trop tard, vos remords suf-' 1 Seront le châtiment de ce cruel silence; Vous avez, sans parler, prononcé ma sentence. , f Un casque! eh! pour mourir, qu'imporle à qui vous pc rl ' • Plus mon front sans défense à leurs coups est offert, Mieux il attestera ma valeur méconnue; Quand on est las de vivre on combat tète nue, J'y cours. Scène V. ELVIRE, FANÉS. Fané». Combattre, lui, combattre! nl0 fs M Elvire, qui a semblé sortir d'une rêve au dernters^ Rodrigue et qui s'élance vers Fmès avec transport. ACTE III. SCÈNE V. 51 Polie incrédulité qui Je moi s'empara, ''"ur rrapper ma raison et mes sens de vestige! '"''"digue de sa vie, il le fera, vous dis-je. " l'a l'ail! je l'ai vu: ses traits plus iiers, son oeil, le triomphe émus brillaient d'un noble orgueil; lls révélaient . . . que sais-jeV un exploit que j'ignore ; Mais enfin la victoire y palpitait encore, ''t sur les traits d'un lils vous la méconnaissez ! Dans voire aveuglement, c'est vous qui le (liasse/.; Voaa l'accablez vainqueur du dernier des outrages, ^' ee front qui revient digne de vos gommage*, Pour qu'à | a mort qu'd cherche il ne puisse échapper, "ous le livrez sans arme à qui veut le frapper. Knnéi*. Qu'il resle ou parle cl vive ou se perde lui-même, Vue vous importe! Klvirc A moi? mais je l'aime! je l'aime, Ne vous l'ai-je pas dilï ne le voyez-vous pas ? Vous ne voyez donc rien ! je l'aime, et sur ses pas Je ne puis m'élancer pour érarler le glaive, Pour ru'offrir à au place au fer qui me l'enlève; Je ne le puis, et vous qui l'avez désarmé, Témoin de son départ sans eu être alarmé. Vous ne le suivez pas; non, je vous vois tranquille; Vous lui devez l'exemple et restez immobile : Quel droit aviez-vous donc de le traiter ainsiV Guerrier, quand on combat, que faites vous iciV fanés. Martyr de mon serment, puis-je rien entreprendre. Klvirc. Je vous eu affranchis. fanés. Ne dois-je pas défendre ■ Vos jours'! Klvirc. Pensez aux siens. fanés. Ne l'ai-je pas promis! « votre honneur sacre ne m'esl-il pas commis? Klvirc, niellant la main sur le poignard quelle porte « $u ceinture. Voilà son défenseur! allez; plus d'épouvante ''our moi qui dans leurs mains ne peux tomber vivante, ^s lui, je veux qu'il vive; oui, c'est pour lui, pour vous y ue je vous en conjure, et si, même à genoux, e ne puis triompher de votre indifférence, ^ e ''ordonne, et réponds d'Klvire, de Valence, )o 'oui, pourvu qu'il vive. Allez, courez, volez; Enfin c'est moi, s'il meurt, moi que vous immolez, Mc lùrez-vous ! 32 LA FILLE DU CID. Scène VI. Les Mêmes, BEN-SAID, Écuyers, qui restent dans l" galerie au fond. Fanés. Grand Dieu! la fortune aurait-elle Trahi pour le croissant notre sainte querelle? Des turbans dans nos murs! un Maure! ,. Ben-Said. Un prisonnier. Vieillard, rend à ton fils un hommage dernier ; Je viens de rapporter sa dépouille insensible : Le liras qui l'a vaincu cesse d'être invincible. Panes. Tu serais Ben-Said ? Ben-Said. Je le suis. Fanés. Ah! l'ami, Qui m'a tenu sa foi, ne l'a fait qu'à demi. Il me devait tes jours; je rougis de les prendre En frappant un captif qui ne peut se défendre. Ben-Said. Il le pourra bientôt. Fanés. Comment? ., Kl vire. Que diles-V> uS - Ben-Said. Que la bataille enfin semble pencher pour n"" 9 Et libre . . . Fanés. Je cours donc où mon devoir m'appelle : C'est à coté du Cid. ÇA quelques chevaliers qui restent aussi dans la galerie^ Amis, veillez sur elle! Les nôtres ont plié, je pars; en l'embrassant, Une larme à mon fils! a son vengeur, mon sang! Scène VIL ELVIRE, BEN-SAID. Flviro. Ce vengeur, c'est mon père? {r C , Ben-Said. Acceptant mon !>« r ' ° J'aurais pu, fier encor, lui céder l'avantage. . i '? Kl»ire. Un chrétien le remporte, et ce n'est pas |UI ^ Ben-Said. Je tombe sans éclat sous un guerrier sans nom. Kh ire. Un inconnu 1 Ben-Said. J'avais pitié de sa jeunesse. Kl vire. Un jeune homme? faible* 8 *' Ben-Said. Un jeune homme ; et comme a sa ■< Sur de moi, j'insultais à son obscurité. ACTE 111. SCÈNE VM. 53 Kl vire. C'était le Cid obscur par Gormas insulté! Ben-Sald. Un un j our et d'un col, P 83 renommée est faite. Elvire. Comme celle du Cid! Men-*iild. ^' eSt P eu l,e ma défaite; " triomphe deux fois : sur la poudre étendu. J'offrais ma gorge au fer, pour frapper suspendu, Quand, son genoux cessant de presser ma poitrine: «Sois sauvé, m'a-t-il dit, par cette voix divine «Qui de tout pardonner au chrétien fait la loi ! «Le meurtrier d'un frère a grâce devant moi." Elvire. D'un frère! il s'exposait pour la cause d'un frère! C'est Rodrigue ! . . lui seul plus heureux que mon père, De ce double triomphe a pu se couronner; keul il a pu vous vaincre, et seul vous pardonner. Mon coeur, qui le nommait, reconnaissait d'avance, lîodrigue à sa valeur, Hodrigue à sa clémence; Il est digne de moi: c'est lui; j'ai retrouvé Le héros que j'aimais et que j'avais rêvé! Scène VIII. Les mêmes, FANÉS, qui s'avance à pas lents et la consternation sur le visage. Elvire, a Fanes. Quoi! si tôt de retour?.. La bataille est perdue! Fanés. Par les Maures, Elvire; et leur foule éperdue, Ensanglantait la plaine où j'arrivai trop tard Pour voir devant la croix tomber leur étendard, débris qu'on foule aux pieds, tronçon qui sur le sable Au Dieu qu'il a bravé fait amende bonorable. Ken-Snid. Je n'ai pu le défendre! Elvire, à Fanés. Alors qui pleurez-vous.' fcst-ce mon père ou lui que m'ont ravi leurs coups? Qui des deux? Fanés. Jour de deuil? Elvire. A peine je respire . . , lo us deux peut-être? Fanés. Hélas! c'est le Cid. Elvire. Il expire ' {Regardant Fanes qui ne lui répond pas,) 11 n 'est pl us ; Fanés. Je l'ai vu, cette fleur des guerriers, °uché sur un amas de drapeaux prisonniers. M LA FILLE 1)1 (II). Sans blessure, lu mort fa surpris dans sa gloire; Kl telle est la stupeur qui malgré sa victoire A glacé lous les bras comme tous les regard», Que son arme est restée au pouvoir îles fuyards. Il est tombé le Cid, mais sans que dans la lutte L'eil'ort d'un liras humain eût l'honneur de sa chute, Vaincu par la l'aligne, écrasé sous le faix Que ce dernier triomphe ajoute à ses hauts faits. Comme si, pour porter l'immense nom qu'il laisse. I.a force désormais manquait à sa vieillesse. Klvirc, voyant Ofrptvéhèr le lit oit l'on rapporte le Ah! je pourrai du moins l'arroser de mes pleurs! Scène IX. Les Mêmes, LE CID, l'Évkque de VALENCE, TIENS, FlUSONNIEHS MaUKES, BANNIÈRES. Elvlrc. Ranime-toi, mon père, au cris de mes douleur*' Mon père! . . Mais le fiel exauce ma prière: Son coeur bal, il respire, il rouvre sa paupière. Vous m'êtes doue rendu! IjC Cid, i/h'o» soutient et (/ni 'promène ses regards au<""' de lui. Mon épée! . . A ma voix Nul de vous ne répond ! Innés. Pour la première fois, Devant les Sarrazins ta main l'avait quittée . . . le Cid. Ils l'emportent'.' Fanes. Plus fiers de l'avoir empotât En profitant) mon Cid, du désespoir des lien.-;, Que. de mille étendards conquis sur les chrétiens. te Cid. Captive! et Dieu permet qu'un moment je Pour savoir que du Maure, Elvire, elle est captive! (A Fanés,") Passée aux ennemis et reniant la croix Kilo attaquera donc mon pays et mes rois; El, servant Mahomet, il se peut qu'elle brille Aux mains d'un mécréant pour menacer ma fille. Fanes. Du vol de ce trophée élnis-je donc témoin. Que faire après? ton bras l'avait laissé si loin! Pourquoi n'avai.s-lu pas ton Fanes à ta suite '. Que u'avais-tu Fernand? à leur armée en fuite Il l'aurait arraché : mais il n'était plus là. Quand à l'autre, le làcbc , - . Klvirc, ii Fanes. Arrêtez! . • ACTE III. SCÈNE X. 55 Scène X. ELVIRE, HEN-SUl), LE CID, FANÉS, l'Évéque, RODRIGUE ijni accourt, l'épee du Cid à In main, et In dépose sur son lit. Rodrigue. , père . . . que vos voeux l'accompagnent aussi . . , °enis«ez ... le chrétien . . . Chiinène, me voici! Elvire, tombant sur le eorps île son père, " meurt! (Tandis que Vévèque étend les mains pour le bénir, les tambours font entendre un roulement sourd, les bannières s'abaissent, 56 LA FILLE DU C1D. tous les chevaliers sont à genowr, excepté les Maures, '/'" t'inclinent.) ï/évéque, les mains toujours étendues sur le lit funèhre. L'âme du Cid au ciel est remontée. Klvlre, qui se relève. Mais sa grande ombre, amis, dans Valence est restée. Sa bannière y triomphe, il l'y faut maintenir; Quelle y prenne racine, et que dans l'avenir, Fallût-il chaque jour vous remettre en campagne, Son nom reste à Valence et Valence a l'Espagne! Tel est son voeu pour nous. Fanés. Il sera respecté. El vire. Pour lui-même, guerriers, voici sa volonté. Rodrigue. Et nous l'accomplirons. Klvlre. Qu'un convoi le rani« ne " A travers les païens, au tombeau de Chimène, Que, droit sur les arçons et Tizonade au vent, La face à l'ennemi, son corps marche en ayant, Et si désir leur vient de vous barrer la route, Son ombre suffira pour les mettre en déroute. Tous les chevaliers. Victoire au Cid! Klvlre. Sans vie, il doit les vaiucre en c0 Victoire au Cid! Tous les chevaliers. Victoire au Cid Campéador! _ (Les tambours battent, les chevaliers lèvent leurs épees, l (S nières s'agitent autour du lit funèbre.) FIN. Répertoire tlu UséAire français « Berlin i. 2. 3. 4. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. Mes derniers vingt sols. •J- Malvina. f L'Ambassadeur, ■f Les Moralistes. 5. f UndernierJourdeFortune. 6. Les Cuisiniers diplomates. 7. Mr. Jovial. 8. f Le Mariage de raison. 9. Le Paysan perverti. 10. + Les premières amours. 11. f Thcobald. 12. Madame de St. Agnès. 13. t Velva. J4. -J- La jeune Marraine. 15. Simple Histoire. Léonide. Y La Somnambule. {- LeDiplomate, p.Iitlavig, 4 La Quarantaine. Y Le Cousin Frédéric., f La lune de Miel. -■- La Demoiselle a marier. ■J* L'Héritière. 24. Le jeune Mari. 25. Le vieux Général. 26. f Le vieux Mari. 27. La Maîtresse. 28. y 1 ■■' Mansarde «tes Artistes, 29. -J JLa Haine d'une Femme. 30. Les Perroquets. 31. Tony, ou: les canards. *>l y Le Confident. 33. Ange'lïne. 34. La Mère au bal. 35. Marie Mignot. 36. -J- Avant, pendant et après. 37. L'école des Vieillards, 38. y Le nouv, Pourceaugnac. 39. La Suite d'un bal masqutf, 40. l'n Moment d'imprudence, 11. Leprrrept.dans l'embarras, 12. f Valérie. 13. -{- La teconde année. 44. -J- Louise, ou : la Hcparalion. 45. La Mère rivale, 46. Le Matin et le soir. 47. Le Roman d'une heure. 48. La Semaine des amour*. 49. y 11 Manie des places, £0. •'( Le Menteur > ci idiijue. Y L'Artisle. f HUM et Christine. Les.truia V uar| >ers. 54. Le Conscrit, &5. La chatte métamorphosée. 56. Ilernani, p. J irtor Hugo. 57. La Reine de seize ans, 58. L'Actrice en vo âge. 59. Ninette. 60. -j- Philippe. 61. Ma plai e et ma femme, 62. + La Hn du mois. 63. Monsieur Hotte. 64. Le Célibataire. 65. Le Sourd. 66. y Le Parrain. 67. Les deux Cousins. 68. Le Marquis de Pomenara. 89. -|- Le plus beau jour d.la vie. La mère et la fille. Y Jeune et vieille La dame et la demoiselle, Y Une faute, La revanche. 7 "». La séparation, 76 Madame Lavalelte. 51. 52. 53. 70, 71. 7?. 73. 74, 77. Tartuffe, par Molière. S 78. Madame du Bnrry. K 79. f La famille Riijuebourg. (i M), i p Quaker et la danseuse, 0 81. Le Tyran domestique. 10 82. Marion del.ormc,p.////#-o. 1- (i A A A 6 6 ■f 8 10 8 1 » 83. La Perle des Maris. 84. L'onrle rival. 85. M. Cagoard, 86. Le dey d'Alger. 87. L'oubli. 88. Le Philtre champenois. 89. Rabelais. 90. La grande dawe, 91. La fille d'honneur. 92. Chacun de son côte. 93. Louis Aï., p. I)e!ttvignt>. 03.a. Les vêpres siciliennes. 12 94. Le Chaperon. 95. La duchesse de Guise. 96. y 11 Cloison. 97. y La vengeance italienne. 98. Le Serrurier. 99. y Mémoires d'un colonel, 100. La famille Jubutot. 101. lue Monomanie. 102. L'enfant trouvé. 103. Le jeune homme à marier. 104. Heur et malheur. 105. Kettly. lOfi. La duchesse el le page. 107. La vie de Molière. 108. ■[ Toujours. 109. La puritaine. 110. 111. \& ilt. US. 116. 117. Lucrèce (iorgia, p.Hugo. \o Uamilln. Le roi s'amuse, p. Hugo, Le» vieux pér.hés. Le gardien. Le» ciil'ans d'Kdouard. L'avare, p. Molière. 4 Les malheur» d. amant. llH. Les deux ménages. 119. L'an de payer ses detles. 120. I ;. 11 r u r * - » « r *. p. lîaciiie. 121. y Bertrand cl Halnn. 122. Marie Tudor, p. I .Hugo. 123. L'art d* se luire aimer. 124. Angèle, p. / Humas, 125. y Le Savant. I2(i. Le Sauveur. 127. Un. mère. 128. 129. 130. 131. 132. 133 134 8 12 6 8 12 8 8 6 6 G 8 12 8 13 8 8 8 l e Cld, p. P. Corneille. C JHirhell'errin nu l'espion 10 6 6 (. i 6 6 6 4 4 S Le lorgnon, ï La Dugazon. l'n iluel sous le ranlinal. ;*l.e retour. ta. budget (I. j. ménage. 135. Le mari île la \ cuve. 136. f Salvnisy, ou l'amoureux. 137. Les Uhanncttes. I iS. l'n matelot. 139. La Lectrice. 140. Le jeune homme en loterie, 141. f Kstelle. 142. Une heure de mariage. 143. f P.ftie <■* ftevanche. 144. La liiir de l'avare. 145. t'hatterton, p. (le J'igmj. 144). ■!* Mre aimé ou mourir, 147. Angelo, p. f. Hugo. 148. L'ami Grandet. 140. L. France pittoresque. 150. Une ramarade de pension. 6 i l. Pourquoi? «t'riii.. 152. l'n changement i'unil"- 153. Kon Juan d'Autriche^ '54. Uathérineou lacroit^"' 155. vU.rhaumière cltoncoe»'' 156. L'éclair. 157. l'n mari charmant. Ï58. •;• La passion serrfl'- 15'). Phèdre, p. liacin. 160. Le Gamin de P»"* 161. Don J„an, p. Dum''- 162 Une famille dlempl d.l» 163. Kslher, p. Hacine, 164. Les rivaux d'eux mc«" 165. Moiroiid et Comp»("'. ' 166. l'n mariage raison»"!^ 167. f L a pensionnaire m" , 168. Marie, p. Mm* J"" •6'». L'homéopathie. , '70. Un bonheur ignore. 171. I.'heureuse erreur. *M. t La camaraderie "3. Unmariairesn.nl ""P" "4. Une position delif- 'JS. Cinna, p. Cornet"'- i'6. Schubry. 177. Vouloir c'est V« aV0 178. Le père de la del^'"''',, 179. La comtesse du to* nt 1S0- ,'■ Le» indèpend'""' 18'- f Zoé, p. Serti'-, 1*2. l.'Ki.eV de mon V'":„ 1*3. A (rente ans, Y- R °%' rt . I St. l e miHan\hTope,p-1""' 185. Trop heureuse. ; lliti. Le contrit de ditcip""- 1S7. Zaïre, p. /ollnir'- ISS. Une lionne lorlane. 1S!). Un colonel d'aul"""' te Mari et Vimant. Sans nom. ('lemctitine. _ ... Hrilannicu», p- B "?fïl. .Iran ou les f'. ttuy Blas, p. ,' Clennont, p ac " l'»7 Vit premier amour. l')S. Les deux manié": "m Le joueur, p , "'ô" ,. ; Hoilolphe.lrereetio i. Le rêve tlu mart. 2H >. n„e lille d'Kve- J 203. Napolifon Uonapa"'' £ 204. Mlle, de Helle-W'- g "•— -„ ul béni»»»' 1011 101. 102. 10J. 194. 195, 1 l!l 10L 199 200 201 20 20 206, 2 07 208 2I)'I- 210. 211- Mlle, de «enr-.- Dien vous bénits* Henri 111 et sa cour, 1rs parens de la h'"' ' lie est /'ol/e. Le malade |■magin•"''• '^i". Passé Minuit. 211. Lekain i llraguig""' 212. Le capAalMil «oland. 2/3. L'Octogénaire. 214. nlahometyp. follairl. 215. Maurice, /e médecin. 210. Paul et Jean. 217. Athalie, p. Baciiit. 218. Henri Hamelin, le'«('" 219. La jeune femme 220. L'Hcole des Journal"" ' 221. Les brodequins de L" ' 222. Un pont neuf. 223. Veuve et garçon. 22L Une couronne dan» ' " 22S. f Le rhar/alani»»»' 220. L. .oyage J "'"fLiU- 227. f La calomnie, P- • /( ,„ï MIc .lu (.'^ " L