Répertoire du Théâtre français à Berlin. N 206. HENRI III kt SA COITR, DRAME HISTORIQUE KS CIBQ ACTE» El BJf FROSE, PAR «i,i;x t\iiKi: i»l mas Prill 20 8gr. (10 gGr.) BERLIN. Chez Ad. Mr. Schlebinger, Libraire et Éditeur de Musique. [Unter den Linilen No. 34.] 1839. PERSONNAGES HRNRI III, roi de France. CATHERINE I>K MKDICIH, reine-mère. IIRNR1 DK LORRAINE, duc DE CUISE. CATHERINE OR CLÈVBS, duchesse OE GUISE PAUL BSTURRT, comte DR SAINT-MÉGRIN, NOGARRT DE l.AVALRTTE, baron D'ÉPERNON, ANNE D'AROURS, vicomte DE JOYEUSE, SAINT-LUC, BUSSY D'AMBOISR, lavori du duc d'Anjou. BALZAC D'RNTRAGUES, plus souvent appelé ANTRAGUET. Cômb RUGGIBR1, astrologue. SAINT-PAUL, aide-de-camp du duc de Guise. ARTHUR, page de Mad. la duchesse de Guise BRIGARD, boutiquier, BUSSY LECLERC, procureur, LA CHAPELLE-MARTEAU, maître des Comptes, CRUCÉ, DU HALDE. GRORGBS, domestique de Saint-Mégrin. MAD. DR COSSE, I > femmes de Mad. la duchesse de Guise. MARIE, \ VU PAGB D'ANTRAGWET. Dimanche et lundi 20. et 21, juillet 1578. favoris du roi. ligueurs. Ill\ltl III ET SA €«»1TR. ACTE PREMIER. Ua grand cabinet de travail chez Citme Kugglerl; quel- c|iu-H iiigtriunciiN do physique et de chimie; nue fenêtre entr'ouverte nu fond de l'appartement, avec un télescope. Scène I. RUGGIERI, puit CATHERINE DE MÉDICIS. ■tuggicri, appuyé but son coude, un tierc d'aetrologie ou vert devant lui; il u mesure des figure* avec un compas; une lampe potée sur une table, h droite, éclaire la scène. Oui!... «elle conjuration me parait plna puissante et plus sûr. (Mepmr- •tant un sablier.) Neuf heures bientôt... Qu'il me tarèl d'être à minuit pour en faire l'épreuve! lîéussimi je enfin? parviaaarnije ;i évoquer un de ces génies ipie l'Iioinme, «lit-on, peut eoolrain «Ire à lui obéir, quoiqu'ils soient plus pnissans que lui. .. Mais si la Chaîne «les « très créés se brisaiI à l'homme. (Catherine de MediCts entre par une parle secrète, elle àle son demi masque unir, tandis i/hc Rttggieri ancre un antre volume, parait comparer et s'écrie:) Le doute partout!,, fiitheriiie. Mon... père... 'Le touchant.) Mon pire!.. RUffierl. Qui!., ah! votre Majesté!., t'oinmenl si lard, ,i neuf heures du soir, vous hasarder dans celte rue de t.'renelle, si déserte et si dangereuse! Catherin*, .le ne viens point du Louvre, mon père, mais de l'hôtel Kpcrnon. Regarde donc, Joyeuse... costume complet de ligueur . .. depuis les bottes jaunes jusqu'à la plume verte, rien n'y manque... et, s'il voulait seulement éearler ce manteau de serge, je suis sûr que la double croix de Lorraine... lie duc de Guise, derrière le théâtre, Tète-Dieu! Messieurs prenez garde, en croyant jouer avec un renard, d'éveiller un lion... La duchesse de «Juinc. Sainte-Marie!.. c'est la voix du due de Guise?.- où fuir? où me cacher? Salitt-JtteBrln, s\ : lancant vers la porte. C'est le due de Cuise... Eh bien!.. La duchesse de «Aulsc. Arrêtez, monsieur, au nom du ciel ! vous me perdez. Saint-McRrin. C'est vrai .. . (/I court A la porte, passe, entre les deux anneaux île fer, la barre qui sert dé verrou.) ltuggieri, entrant et prWWt la iluchesse par la main. Si lence, madame... Suivez-moi... (Il ouvre la porte secrète: la duchesse de Guise s'y élance; Huggieri la suit, elle se referme derrière eu.r.) Le duc de Utulse, Otite impatiente. Messieurs!.. D'Epernon. Ne trouves-tu pas qu'il a un petit accent lorrain lout-à-fait agréable?... Saint-Megrin, se retournant. Maintenant, Madame... nous pouvons... Eh bien! où est-elle?., disparue... par où?., comment?.. Tout cela ne serait-il pas l'oeuvre du démon? Oh! ma létc! ma tète!.. Maintenant qu'il entre. (il ouvre la porte.) Le duc de «ulse, entrant. J'aurais du deviner, par ceux de l'antichambre, celui qui me ferait les honneurs de l'appartement . • • Saint-Mcgrin. Ne vous en prenez qu'à la circonstance. Monsieur le duc, si je ne profite pas de ce moment pour vous rendre tous ceux dont je vous crois digne... cela viendra, je l'espère... 10 HENRI III. .loyeuie. Comment, Saint- Mégrin, c'est le Balafré, lui même. Salnt-Zttegrln. Oui, oui, messieurs, c'est lui... Mais il se fait tard: partons, parlons. (/'••>' sortent.) Scène VI. LE DUC DE GUISE, seul, jmis RUGGIERI. IiO duc de Glaise. Quand donc une lionne arquebu- sade de favoris nous délivrera-t-elle de ces insolens petits muguets? M. le comte Caussade de Saint-Mégrin... Le Roi l'a fait comte; et qui sait où s'arrêtera ce champignon de fortune? Mayenne, avant son départ, me l'avait recommandé. Je dois m'en délier, dit-il: il a cru s'apercevoir qu'il aimait la duchesse de Guise, et m'en a fait prévenir par Bassompierre... Téte Dieu!., si je n'étais aussi sûr de la vertu de ma femme, M, de Saint- Mégrin paierait cher ce soupçon! {entre Kuugieri.) Ah! c'est toi, Ruggieri lluggierl. Oui, Monseigneur duc,.. te duc de CJuise. J'ai avancé d'un jour la réunion qui devait avoir lieu chez toi... Dans quelques minutes nos amis seront ici... Je suis venu le premier, parce que je désirais te trouver seul... Nicolas Poulain m'a dit que je pouvais compter sur toi. Ruggieri. Il a dit vrai... le duc de Gtuisc. Laissons-la ton art. Que j'y croie ou que je n'y croie pas, je suis trop bon chrétien pour y avoir recours. Mais je sais que tu es savant, versé dans la connaissance des manuscrits et des archives... C'est de cette science que j'ai besoin: écoute moi. L'avocat Jean David n'a pu obtenir du Saint-l'ère qu'il ratifiât la Ligue : il est rentré en France... lluggierl. Oui, les dernières lettres que j'en ni reçues, étaient datées de Lyon. lie duc de Ouise. Il y est mort; il était porteur de papiers importans . . . Ces papiers ont été soustraits. Parmi eux se trouvait une généalogie que le duc De Guise, mon père, de glorieuse mémoire, avait fait faire, en 1535, par François Rosières. On y prouvait que les Princes Lorrains étaient la seule et vraie postérité de Charlemagne. Mon père, il faut me refaire un nouvel arbre généalogique, qui prenne sa racine dans celui des Carlovingiens: il faut l'appuyer de nouvelles preuves. C'est un travail pénible et difficile, qui veut être bien payé. Voici un à-compte. Huggicrl. Vous serez content de moi, Monseigneur. ACTE L SCÈNE VII. 17 Le duc de Guise. Bien... Et que venaient faire ici ces jeunes papillons de Cour, que j'y ai trouvés? H-uggïerl. Me consulter sur l'avenir. lie duc de Otutse. Sont-ils doue mécontens du présent? ils seraient bien difficiles. Ils se sont éloignés, n'est-ce pas?... llnggicri. Oui, Monseigneur; ils sont au Louvre, maintenant. Ije duc de Ctuise. Que le Valois s'endorme au bruit de leur bourdonnement, pour ne s'éveiller qu'à celui de la cloche qui lui sonnera matines... Mais il y a quelqu'un dans l'antichambre.. . Ah! ah! c'est le père Crucé. Les Phéckdkns, CRUCÉ, puis BUSSY LECLERC, LA CHAPELLE-MARTEAU et BRIGARD. Le duo de «iiise. C'est vous, Crucé, quelles nouvelles? Crucé. Mauvaises, Monseigneur, mauvaises; rien ne marche... tout dégénère. Morbleu! nous sommes des conspirateurs à l'eau rose. Le duc de «aise. Comment cola? Crucé. Eh! oui... nous perdons le temps en fadaises politiques; nous courons de porte en porte faire signer l'Union. Par Saint Thomas! vous n'avez qu'à vous montrer, Monseigneur le duc; quand ils vous regardent les huge-iots sont de la Ligue... Le duo de Ctuisc. Est-ce que votre liste?., Crucé. Trois ou quatre cents zélés l'ont signée; cent cinquante politique* y ont mis leur paraphe; une trentaine do huguenots ont refusé en faisant la grimace... Quant à eux là, morbleu! j'ai l'ait une croix blanche sur leif porte, et si jamais l'occasion se présente de décrocher ma pauvre arquebuse, qui est au repos depuis six ans .. . Mais je n'aurai pas ce bonheur- là, Monseigneur; les bonnes traditions se perdent.. . Tète-Dieu! si j'étais à votre place... lie duc de «luise. Et la liste... Crucé. La voilà... Faites-en des bourres, Monsieur le il ne, et plus tôt que plus tard. tie duc de fctulsc. Cela viendra, mon brave, cela viendra. Crueé. Dieu le veuille!.. Ah! ah! voilà les camarades. (Unirent Ilussy Lcclerc, La Chapelle-Marteau ti Brigmrd.) te duc de «luise. Eh bien! Messieurs, la récolte B-t-elle été bonne? Hussy l.eclcrc. Pas mauvaise • trois ou quatre cents signatures, pour ma pari : des avocats, des procureurs. Itcportoire No. 206. 2 Scène 18 HENRI III. Crucé. Et toi, mon petit Brigard, as-tu fait marcher les boutiquiers? Urigard. Ils ont tous signé. Crucé, lui frappant sur V épaule. Vive Dieu, Monsieur le duc, voilà un zèle. Tous ceux '-"' baillera la troisième. But; leclcro. Ainsi soit-il!. ♦ . n'est-ce pas, mon vieux sorcier? car je présume que tu es de notre avis, puisque tu ne dis rien... Ruggieri. J'attendais l'occasion favorable de vous présenter une petite requête. Bussy Leclerc. Laquelle? Ruggieri, lui, donnant le billet d'Epemon. La voilà... SïiiKKy Ticclcro. Comment un bon du d'Epernon... sur moi! c'est une plaisanterie... Ruggieri. Il a dit que si vous n'y faisiez pas honneur, il irait vous trouver, et le ferait acquitter lui-même... Jfussy Leclcrc. Qu'il vienne, morbleu!., a-t-il oublié qu'avant d'être procureur, j'ai été maître d'armes au régiment de Lorraine!.. Je crois que le cher favori est jaloux des statues qui ornent les tombeaux de Qutlus et de Maugiron? Eh bien! qu'à cela ne tienne . . . nous le ferons tailler en marbre à son tour. lie duo de Gruisc. Gardez-vous-cn bien, maître Bussy! Je ne voudrai* pas, pour vingt-cinq de mes amis, ne pas avoir un tel ennemi.. . son insolence recrute pour nous... Donne-moi ce billet, Ruggieri. Dix écus, nobles roses? c'est cent vingt livres tournois... les voilà. Musgy Xicolcro. Que faites-vous donc, Monseigneur? IiO duc de Gtuise. Soyez tranquille; quand le moment de régler nos comptes sera arrivé, je m'arrangerai de manière à ce qu'il ne reste pas mon débiteur... Mais il se fait lard... à demain soir, Messieurs. Les portes de l'hôtel de Guise seront ouvertes à tous nos amis; madame de Montpensier en fera les honneurs; et seront doublement bien venus ceux qui viendront avec la double croix de Lorraine! Ruggieri, réconduis ces Messieurs. Ainsi, c'est dit; à demain soir, à l'hôtel de Quise. Cracë. Oui, monseigneur ... (lh sortent.) 2* 20 HENRI III. Scène VIII. LE DUC DE GUISE, seul. (Il s'assied sw le sofa où la duchesse a oublié son mouchoir.) Par saint Henri de Lorraine! c'est un rude métier que celui que j'ai entrepris... ces gens-là croient qu'on arrive au trône do France comme à un bénéfice de province. Le duc de Guise roi de France! c'est un beau rêve... Cela sera pourtant; mais auparavant, que de rivaux à combattre! Le duc d'Anjou d'abord . . . c'est le moins à craindre ; il est haï également du peuple cl de la noblesse, et on le déclarerait facilement hérétique et inhabile à succéder... Mais, à son défaut, l'Espagnol n'est-il pas là pour réclamer, à titre de beau-frère, l'héritage du Valois?.. Le duc de Savoie, son oncle par alliance, voudra élever des prétentions. Le duc de Lorraine a épousé sa soeur... Peut-être y aurait-il un moyen : ce serait de faire passer la couronne de France sur la tête du vieux cardinal de Bourbon , et de le forcer à me reconnaître comme héritier... J'y songerai. . . Que de peines! de tourmens!.. pour qu'à la fin peut-être la balle d'un pistolet ou la lame d'un poignard... Ah! (Il laisse tomber sa main avec décourai/emen f ; elle se pose sur le mouchoir oublié par la duchesse.) Qu'est cela?. . mille damnations! ce mouchoir appartient à la duchesse de Cuise... voilà les armes réunies de Clèves et de Lorraine.. . Elle serait venue ici!.. Saint-Mégrin! ... Oh! Mayenne! Mayenne! tu ne t'étais donc pas trompé! et lui... lui... (appelant.) Saint-Paul! (Mn écuyer entre.) Saint- Paul! qu'on me cherche les mêmes hommes qui ont assassiné Dugast. UN DU PREMIER ACTK. ACTE 11. SCÈNE I. ACTE SECOND. 21 Vue salle du Louvre. — A gauche, deux fauteuils et quelques tabourets préparés pour le Roi, la Kelue- luère et les courtisans. Joyeuse est couché dans l'un de ces fauteuils, et Saint-mégrin, debout, appuyé sur le dossier de l'autre. Ou coté opposé, LVEpernon est assis à une table sur laquelle est posé un échiquier. Au fond, Saint-Luc fait des armes avec ISu Halde. Chacun d'eux a un page n ses couleurs près de lui. Scène I. SAINT-MÉGRIN, JOYEUSE, D'ÉPERNON, SAINT-LUC, DU HALDE. n'fipernon. Messieurs qui de vous fait ma partie d'échecs, M attendant le retour du roi? Saint Mégrin! ta revanche? Saint Irtegrin. Non, je suis trop disirait aujourd'hui. Joyeuse. Oh 1 décidément, c'est la prédiction de l'astrologue .. . Vrai Dieu ! c'est un véritable sorcier. Sais-tu bien qu'il avait prédit à Dugast qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre, quand la reine Marguerite l'a fait assassiner? Je parie que ccst un horoscope du même genre qui occupe Saint-Mégrin, et que quelque grande dame dont il est amoureux?... Saint-Ulegrln, l'interrompant vivement. Mais, toi-même, Joyeuse, que ne fais-tu la partie de d'Epernon? Joyeuse. Non, merci. D'Kpernon. Est-ce que tu veux réfléchir aussi, toi ? Joyeuse. C'est, au contraire, pour ne pas être obligé de réfléchir. Saint-Luc. Eh bien! veux-tu faire des armes avec moi, vicomte t joyeuse. C'est trop fatigant, et puis tu n'es pas de ma force: fais une oeuvre charitable, tire d'Epernon d'embarras. .. Saint-Luc. Soit. Joyeuse, tirant un bilboquet de sou escarcelle. Vive Dieu ; . . . Messieurs.. . voilà un jeu... Celui-là fatigue ni le corps tii l'esprit... Sais-tu bien que cette nouvelle invention a eu hier UD succès prodigieux chez la présidente? A propos, ta n'y étais pas, Saint-Luc; qu'es-tu donc devenu?.. 22 RENRI III. Saint-Luc. J'ai été voir les Gélosi : tu sais ! ces comédiens italiens qui ont obtenu du Hoi la permission de représenter des mystères à l'hôtel de Bourbon. Joyeuse. Ah! Oui . . . moyennant quatre sous pur personne. Saint-Luc. Et puis, en passant... Un instant, d'Epernon, je n'ai pas joué... Joyeuse. Et puis, en passant?.. Saint Jean. Où 1 Joyeuse. En passant, disais-tu?.. Saint-Jean. Oui... je me suis arrêté en face de Neslc, pour y voir poser la première pierre d'un pont qu'on appellera le Pont-Neuf. D'Epernon. C'est un architecte nommé Ducerceau qui l'a entrepris ... On dit que le Koi va lui accorder des lettres de noblesse... .Joyeuse. Et justice sera faite... Sais-tu qu'il m'épargnera au moins six cents pas, toutes les fois que je voudrais aller à l'Ecole Saint-Germain. (// laisse tomber son bilboquet, et appelle son page qui est à Vautre bout de la salle.) Bertrand, mon bilboquet... Saint-Luc. Messieurs... grande nouvelle! hier, Mad.de Sauve m'a dit an confidence que le Roi avait abandonné les fraises gaudronnées pour prendre les collets renversés à l'italienne. I> Epcrnon. Eh! que ne nous disais-tu cela... nous serons en retard d'un jour ... Tiens! Saint-Mégrin le savait, lui... (« non page.) Que je trouve demain un collet renversé au lieu de cette fraise... Saint-Luc j riant. Ah! ah!... tu te souviens que le Roi l'a exilé quinze jours, parce qu'il manquait un bouton à ton pourpoint .. . Joyeuse. Eh bien! moi, je vais te rendre nouvelle pour nouvelle. Antraguet rentre aujourd'hui en grâce. Saint Luc. Vrai?.. Joyeuse. Oui, il est décidément Guisard... C'est le Balafré qui a exigé du Roi qu'il lui rendît son commandement.. . depuis quelque temps il fait tout ce qu'il veut ... U'Kpernon. C'est qu'il a besoin de lui . .. Il parait que le Béarnais est en campagne, le harnois sur le dos .. . Joyeuse. Vous verrez que ce damné d'hérétique nous fera battre pendant l'été... Mettez-vous donc en campagne de cette chaleur là . . . avec cent-cinquante livres de fer sur le corps... pour revenir bâlé comme un Andaloux.. . Saint-Luc Ce serait un mauvais tour ;ï te faire Joyeuse.. Joyeuse. Je l'avoue; j'ai plus peur d'un coup de soleil ACTE II. SCÈNE II. 23 que d'un coup d'épée,. . et, si je le pouvais, je nie battrais toujours, comme Bussy d'Ambolse l'a fait dans son dernier duel au clair de la lune... Saint-Luc. Quelqu'un a-t-il de ses nouvelles? D'Epernon. Il est toujours dans l'Anjou,... près de Monsieur.. . C'est encore un ennemi de moins pour le Guisard. •Joyeuse. A propos du Guisard; Saint-Mégrin! sais-tu ce qu'en dit la maréchale de Ketz? Elle dit qu'auprès du duc de (■uisc, tous les autres princes paraissent peuple. «aint-Mt-griu. Gulae, . . toujours Guise... Vive Dieu! . . . que l'occasion s'en présente, (lirtuit ion poignard cl coupant ion gant en morceaux.) et, de par saint Paul de Bordeaux ! je veux hacher tous ces petits Princes Lorrains comme ce gant. JoyciiHc. Bravo! Saint-Mégrin. .. Vrai Dieu! je le hais autant que toi. Mniut-Mcgrin. Autant que moi! Malédiction! si cela est possible; je donnerais mon litre de comte pour sentir, cinq minutes seulement, son épec contre la mienne... Cela viendra peut-être... »u H.il île. Messieurs, messieurs. .. Salut-Mcgrln. Cou)8!eut, Bussy d'Amlioise .. . Scène II. Les Phecédens, BUSSY D'AMBOISK. «tiiHKy M'Aniboise. Eh! oui, Messieurs, lui-même, en personne... Aux amis, salut... Bonjour, Saiut-Mcgrin... JoyciiNp. Ah, ah!., vous êtes donc raccommodés... il voulait te tuer avec Quelus ... il n'y a pas de Sa faute, si le coup n'a pas réussi... itussy D'Aniboisc. Oui... pour la dame de Sauve... mais depuis, nous avons mesuré nos épées, et elles se sont trou vces de la uicme longueur . . , Balnt-Iinc A propos de la dame de Sauve, on dit que pour qu'elle soit plus siire de la fidélité, tu lui écris avec ton sang, comme Henri III. écrivait de Pologne, a la helle René de Château neuf... Sans doute elle était prévenue de ton arrivée, die... Kussy I»'Amboîse. Non. Nous voyageons incognito Mais je n'ai pas voulu passer si près de vous, sans venir vous demander s'il n'y avait pas quelqu'un de vous qui eut besoin d'un secon I • • « ■•lat-mecrla. Cela se pourra faire, si tu ne nous quittes pas trop lot. • • 24 HENRI III. Buggy D'Amboise. Tête-Dieu!.. lie cas échéant, je suis homme à retarder mon départ... ainsi ne te gêne pas, il y a si long-temps que cela ne m'est arrivé!., c'est tout au plus, si en province on trouve à avoir querelle, une fois par semaine . . . Heureusement que j'avais là, sous la main, mon ami Sainl-Rhal; nous nous sommes battus trois fois, parce qu'il soutenait avoir vu des X sur les boutons d'un habit, où je crois qu'il y avait des Y ... Saint-Megrin. Bah ! pas possible ... H un tiy d'Ambolse. Sur Dien ! . . . Grillon était mon second . . . joyeuse. Et qui avait raison? KuNNy d'Amboise. Nous n'en savons rien encore: la quatrième rencontre en décidera . . . Mais que vois-je donc là bas? les pages d'Anlraguet!. . Je croyais que depuis la mort deQue- lus ... Saint-line. Le duc de Guise a sollicité sa grâce. Bussy d'Amboise. Ah! oui, sollicité. . . j'entends. ,. Il est donc toujours insolent, notre beau cousin de Guise?.. Maint-Jilegrtn. Pas encore assez . . . D'Epernon. Vrai Dieu! lu es difficile. . . je suis sûr qu'au fond du coeur, le Roi n'est pas de ton avis? Snint-megrin. Qu'il dise donc un mot.. . D'Epernon. Ah! vois-tu... c'est qu'il est trop occupé dans ce moment... il apprend le latin. Snint-lTEegrln. Tête Dieu!., qu'a-t il besoin de latin pour parler à des Français; qu'il dise seulement: à moi, ma brave noblesse! et un millier d'épées qui coupent bien, sortiront des fourreaux, où elles se rouillent. N'a-t-il plus dans la poitrine le même coeur qui battait à Jarnac et à Montcontour, ou ses gants parfumés ont-ils amolli ses mains, au point qu'elles ne puissent plus serrer la garde d'une épée?.. D'Epernon. Silence, Saint-Mégrin ... le voilà . . . Un page, entrant. Le Roi ... MusHy d'Ainboise. Je vais me tenir un peu à l'écart . . . Je ne me montrerai que s'il est de bonne humeur . . . lin second page. lie Roi. (Tout le monde se lève et se groupe.) Vm troisième page. Le Roi. Scène III. Lks Prêcédeks, HENRI. Henri. Salut, Messieurs, salut.. - Villcquier, qu'on pré- ACTE II. SCÈNE III. 25 vienne madame ma Mère de mon rétour, et qu'on s'Informe si l'on a apporté mon nouvel habit d'amazone... Ah! dites à la Heine, que je passerai chez elle, alin de fixer le jour de notre départ pour Chartres; car vous savez, Messieurs, que la Reine et moi, faisons un pèlerinage en cette ville, afin d'obtenir du ciel ce qu'il nous a refusé jusqu'à présent, un héritier de notre couronne. Ceux qui voudront nous suivre seront les bien venus. Saint-Mcgrln. Sire... si au lieu d'un pèlerinage à Notre- Dame de Chartres, vous ordonniez une campagne dans l'Anjou... si vos gentilshommes étaient revêtus de cuirasses au lieu de ci. lices, et portaient des épées en guise de cierges, votre Majesté ne manquerait pas de pénitens, et vous me verriez au premier rang, Sire, dussé-je faire la moitié de la route pieds nus, sur des charboBI ardens . .. Henri Chaque chose aura son tour, mon enfant. Nous ne resterons pas en arrière, dès qu'il le faudra; mais en ce moment, grâce à Dieu, notre beau royaume de France est eu paix, et le temps ne nous manque pas pour nous occuper de nos dévotions. Mais, que vois-je? vous à ma cour, seigneur de Bussy. (ît Catherine de Médicis, qui entre.) Venez, ma mère, venez: vous allez avoir des nouvelles de votre fils bien aimé, qui s'il eût été frère soumis et sujet respectueux, n'aurait jamais dû quitter notre cour... Catherine. Il y revient, peut-être, mon fils . .. Henri, s'asseyant. C'est ce que nous allons savoir .. . Asseyez-vous, ma mère . .. Approchez, seigneur de Bussy. Où avez-vous quitté notre frère? . . Bussy d'Ambolse. A Paris, Sire . .. Henri. A Paris! . . Serait il dans notre bonne ville de Paris ? Bussy d'Ambolse. Non; mais il est passé cette nuit... Henri. Et il se rend . . . Bussy d'Ambolse. Dans la Flandre .. . Henri. Vous l'entendez, ma mère;., nous allons sans doute avoir dans notre famille un duc de Brabant. Et pourquoi a-t-il passé si près de nous, sans venir nous présenter son hommage de fidélité, comme à son ainé et à son Roi? . . Bussy d'Ambolse. Sire ... il connait la grande amitié que lui porte Votre Majesté, et il a craint qu'une fois rentré au Louvre, vous ne l'en laissiez plus sortir. Henri. Et il a eu raison, monsieur; mais, en ce moment l'absence de son bon serviteur et de sa fidèle épée, doit lui faire- faute; car, peut-être bientôt, compte-t-il se servir contre nous de l'un et de l'autre. Arrangez-vous donc, seigneur de Bussy, pour le rejoindre au plus vite, et pour nous quitter au plus tôt. (m pai/e entre.) Eh! qu'y a til? 26 HENRI III. Catherine. Mon fils, c'est sans doute Anlraguet qui profite de la permission que vous lui avez volontairement accordée de reparaître en votre royale présence .. . Henri. Oui, oui, volontairement!.. Le meurtrier !.. Ma mère, mon cousin de Guise m'impose un graud sacrifice; mais, pour mes péchés, Dieu veut qu'il soit complet, (au page,) Parlez. lie page. Charles Balzac d'Entragues, baron de Dnnes^ comte de Graville, ex-lieutenant-général au gouvernement d'Orléans, demande à déposer aux pieds de Votre Majesté l'hommage de sa fidélité et de son respect. Henri. Oui, oui,.. tout à l'heure nous recevrons notre sujet fidèle et respectueux ; mais auparavant, je veux me séparer de tout ce qui pourrait me rappeler cet affreux duel . . . Tiens, Joyeuse, tiens.,, (il tire de su poitrine une espèce île cachet.) voilà les pendans d'oreilles de Quelus; porte-les en mémoire de notre ami commun... D'Epernon, voici la chaîne d'or de Mau- giron... Saint-Mégrin, je te donnerai l'epée de Sehomberg; elle était bien pesante pour un liras de dix-huit ans!. . qu'elle te défende mieux que lui, en pareille circonstance, Et maintenant, Mlfionm. faites comme moi, ne les oubliez pas dans vos prières . . . ,,Que Dieu reçoive en son giron ,,(luelu9, Schombtrg et Maugiron." Restez autour de moi, mes amis, et asseyez-vous . . . Faites entrer... (h lu vue iVAntrayuet, il prend il uns sa bourse un fia- con qu'il respire.) Approchez ici, Baron, et fléchissez le génou ... Charles Balzac d'Eulrangues , nous vous avons accordé la faveur de notre présence royale, au milieu de notre Cour, pour vous rendre, là, où nous vous les avions ôtés, vos dignités et vos litres ,. . Relevez-vous, baron de Dunes, comte de Graville, gouverneur-général de notre province d'Orléans, et reprenez près de notre personne royale les fonctions que vous y remplissiez autrefois... Relevez-vous. n'Entragnea. Non, Sire. . . je ne me relèverai pas, que Voire Majesté n'ait reconnu publiquement que ma conduite, dans ce funeste duel, a été celle d'un loyal et honorable cavalier. Henri. Oui. . . Nous le reconnaissons, car c'est la vérité; .,. mais vous avez porté des coups bien malheureux ! . . H'Entraguea. El maintenant, Sire... votre main à baiser, comme gage de pardon et d'oubli. Henri. Non, non, Monsieur, ne l'espérez pas. Catherine. Mon lils, que faites-vous .' Henri. Non, Madame, non . , . .l'ai pu lui pardonner, comme chrétien, le mal qu'il m'a fait . . . mais je n'oublierai de ma vie . . . ACTE II. SCÈNE IV. 27 D'KntragucH. Sire . . . j'appelle le temps à mon sécours; peut-être ma fidélité et ma soumission finiront-elles par fléchir le courroux de Votre Majesté. Henri. C'est possible. Mais, votre gouvernement doit avoir besoin de votre présence; il en est privé depuis long-temps, baron de Dunes, et le bien de nos fidèles sujets pourrait en souffrir ... Qui fait ce bruit? H'Epernon. Ce sont ceux de Guise ... Henri. Notre beau cousin de Lorraine ne profite pas du privilège qu'ont les princes souverains, de paraitre devant nous sans être annoncés .. . Ses pages ont toujours soin de faire assez de bruit pour que son arrivée ne soit pas un mystère .. . Salnt-Jtlcgrin. Il traite, avec Votre Majesté, de puissance à puissance ... Il a ses sujets, comme vous avez les vôtres, et sans doute qu'il vient, armé de pied en cap, présenter en leur nom une humble requête à Votre Majesté. Scène IV. Les Phêcédens, LE DUC DE GUISE. (Il est couvert d'une armure complète, précédé de deu.v payes, et suivi par quatre, dont l'un porte son casque.) Henri. Venez, monsieur le duc, venez . .. Quelqu'un qui s'est retourné au bruit que faisaient vos pages, et qui vous a aperçu de loin, offrait de parier que vous veniez encore nous supplier de réformer quelque abus, de supprimer quelque impôt .. - Mon peuple est un peuple bien heureux, mon beau cousin, il avoir en vous un représentant si infatigable, et en moi un roi si patient! te duc de dluise. H est vrai que Votre Majesté m'a accordé bien des grâces; . . e t je suis fier d'avoir si souvent servi d'intermédiaire entre elle et ses sujets. Snint-Mcgriii. Oui, comme le faucon entre le chasseur et le gibier ... IiC duc de OuÏKc. Mais aujourd'hui, Sire, un motif plus puissant m'amène encore devant Votre Majesté puisque c'est à la fois des intérêts de son peuple et des siens que j'ai à l'entre tenir . . . Henri. Si Maire est si sérieuse, monsieur le duc, ne pour- riez-vous pas attendre à nos prochains Etats de Blois'.' . Les trois Ordres de la nation ont là des représentons qui, du moins ont reçu de moi mission de me parler au nom de leurs manda (aires. 28 HENRI III. Le duo do Ctulse. Votre majesté voudra-t-elle bien Sun ger que les Etals de Blois viennent de se dissoudre et u se rassembleront qu'au mois de novembre. . . Lorsque le danger est pressant, il me semble qu'un conseil privé .. . Henri. Lorsque le danger est pressant. . . Mais vous nous effrayez, monsieur de Guise... Eh bien! toutes les personnes qui composent notre conseil privé sont ici... Parlez, monsieur le duc, parlez Le duc de Guise. Sire, la démarche que je fais prés de vous est hardie, peut-être trop hardie. .. Mais hésiter plus long, temps ne serait pas d'un bon et loyal sujet. . . Henri. Au fait, monsieur le duc, au fait. .. lie duc de ttuisc. Sire, des dépenses immenses, mais nécessaires, puisque Votre Majesté les a faites, ont épuisé le trésor de l'Etat ! - .. Jusqu'à présent, Votre Majesté a trouvé, avec l'aide de ses fidèles sujets, moyen de le remplir . .. Mais cela ne peut durer.. . L'approbation du Saint-l'ère a permis d'aliéner pour 200,000 liv. de rentes sur les biens du clergé. Un emprunt a été fait aux membres du Parlement sous prétexte de faire sortir les gens de guerre étrangers . . . Les diamans de la couronne sont en gage pour la sûreté de 3 millions dûs au duc Casimir... les derniers destinés aux rentes de l'Hôtel-de-Ville ont été détournés pour un autre usage, et les Etats-Généraux ont eu l'audace de répondre un refus lorsque Votre Majesté a proposé d'aliéner les domaines. Henri. Oui, oui, monsieur le duc, je sais que nos finances sont en assez mauvais état. . . Nous prendrons un autre snrintendant. lie duc de «tuise. Cette mesure pourrait être suffisante en temps de paix, Sire... mais Votre Majesté va se voir contrainte à la guerre. Les huguenots que votre indulgence encourage, font des progrès eflrayans. Favas s'est emparé de la Kéole ; Montferrand, de Périgueux; Condé, de Dijon. Le Navarrois a été vu sous les murs d'Orléans; la Saintonge, l'Agénois et la (iascogne sont en armes, et les Espagnols, profitant de nos troubles, ont pillé Anvers, brûlé huit cents maisons, et passé sept mille habitans au fil de l'épée. Henri. Par la mort-Dieu! si ce que vous dites-là est vrai, il faut châtier les huguenots au dedans et les Espagnols nu-dehors. Nous ne craignons pas la guerre, mon beau cousin; et, s'il le fallait, nous irions nous-même sur le tombeau de notre aïeul Louis IX. saisir l'oriflamme, et nous marcherions à la téte de notre armée, au cri «le guerre de .larnac et Montconlour. Saint-mcKrtn. Et si l'argent vous manque. Sire, votre brave noblesse est là, pour rendre à Votre Majesté ce qu'elle ACTE II. SCÈNE IV. 29 a reçu d'elle. Nos maisons, nos terres, nos bijoux peuvent se monnoyer, monsieur le due; et vive Dieu ! en fondant les seules broderies de nos manteau et les chiffres de nos dames, nous aurions de quoi envoyer a l'ennemi, pendant toute une campagne, des balles d'or et des boulets d'argent. Henri. Vous l'entendez, monsieur le duc? Le duc de Guise. Oui, Sire. Mais avant que cette idée vint à M. le comte de Saint-Mégrin, trente mille de vos braves sujets l'avaient eue; ils s'étaient engagés par écrit à fournir de l'argent au trésor et des hommes à l'armée; ce fut le but de la sainte Ligue, Sire, et elle le remplira, lorsque le moment en sera venu.. . Mais je puis cacher à Votre Majesté les craintes qu'éprouvent ses fidèles sujets, en ne la voyant pas reconnaître hautement cette grande association. Henri. Et que faudrait-il faire pour cela? Le duo de Guise. Lui nommer un chef, Sire, un chef d'une maison souveraine, digne de sa confiance et de son amour par son courage et sa naissance, et qui surtout ait assez fait ses preuves comme bon catholique, pour rassurer les zélés sur la manière dont il agirait dans les circonstances difficiles.. . Henri. Par la mort-Dieu! Monsieur le duc, je crois que votre zèle pour notre personne royale est tel, que vous seriez tout prêt à lui épargner l'embarras de chercher bien loin de chef . .. Nous y penserons à loisir, mon beau cousin, nous y penserons a loisir. Le duo de Guise. Mais Votre Majesté devrait peut-être à l'instant. . . Henri. Monsieur le duc, quand je voudrais entendre un prêche, je me ferai hugenots .. . Messieurs, c'est assez nous occuper des affaires l'Etat, songeons un peu à nos plaisirs. J'espère que vous avez reçu nos invitations pour ce soir, et que Mad. de Guise, Mad. de Montpensier, et vous, mon cousin, voudrez bien embellir notre bal masqué. Saint-mcgrln, Montrant la cuirasse du duc Votre Majesté ne voit-elle pas que monsieur le «lue est déjà en costume de chercheur d'avautures... bft duo de Guiie, Et de redresseur de torts, monsieur le comte. Henri. En ell'ct, mon beau cousin, cet habit me parait bien chaud pour le temps qui court. La duc de Guise. C'est que, pour le temps qui court Sire. .. mieux vaut une cuirasse d'acier, qu'un juste-au-corps de satin. Saint-Megrln. Monsieur le duc croit toujours entendre la balle de Poltrol siffler à ses oreilles. 30 HENRI III. Le duo de «ulge. Quand les fmiles m arrivent en race, M. le comte, (montrant sa blessure à la joue.) voilà qui l'ait loi que je ne détourne pas la tète pour les éviter ... Joyeuse, prenant sa sarbacane. C'est ce que nous allons voir... Maint-JTfcgrin, lui arrachant la sarbacane. Attends! . . . il ne sera pas dit qu'un autre que moi en aura fait l'expérience, (lui envoyant une dragée an milieu de la poitrine,) A vous, monsieur le duc. Tous. Bravo, bravo. lie duc de Ctuiie, portant la main ii son poignard. Malédiction. {Saint-Paul Varrète.) Ittet-FaiL Qu'allez-vous faire? Henri. Par la mort-Dieu, mon cousin de Guise, j'aurais cru que cette belle et bonne cuirasse de Milan, était à l'épreuve de la balle .., Le due de Ctulsc. Et vous aussi, Sire ... qu'ils rendent .grâce à la présence de Votre Majesté. Henri. Oh! qu'à cela ne tienne, monsieur le duc, qu'à cela ne tienne, agissez comme si nous n'y étions pas . .. Le duc de Haine. Votre Majesté permet donc que je descende jusqu'à lui. . , Henri. Non, monsieur le duc; mais je puis l'élever jusqu'à vous.... Nous trouverons bien dans notre beau royaume de France , quelque duché vacant, pour en doter notre fidèle sujet le comte de Saint-Mégrin. le duc de «Juisc. Vous en êtes le maître, Sire... mais d'ici là . . - Henri. Eh bien! nous ne vous ferons pas attendre.... (Jointe Paul Estuert! nous te faisons marquis de Caussadc. lie duc de fctuisc. Je suis duc, Sire. Henri. Comte Paul E*tuert, marquis de Caussade, nous te faisons duc de Saint-Mégrin, et maintenant, M. de Guise, répondez-lui . .. car il est votre égal. Kaint-INtegrin. Merci, Sire, merci; je n'ai pas besoin de celte nouvelle faveur; et puisque Votre Majesté ne s'y oppose pas, je veux le défier de manière à ce qu'il s'en suive combat ou déshonneur... Or, écoutez, messieurs; moi, Paul Estuert, seigneur de Caussade, comte de Saint-Mégrin, à toi Henri de Lorraine, duc de Guise, prenons à témoin tous ceux ici présens, que nous le défions au combat à outrance, toi et tous les princes de ta maison, soit à Cépée seule, soit à la dague et au poi gnard, tant que le coeur battra au corps, tant que la lame lien (Ira a la poignée; renonçant d'avance à ta merci, comme tu dois renoncer à la mienne, et, sur ce, que Dieu et Saint-Paul me ACTE II. SCÈNE IV. 31 soient en aide, (jetant son gant.) A loi seul, ou à plusieurs. D'Epcrnon. Bravo, Saint-Mégrin, bien défié. TjC duc de «uise, montrant h' yant, Saint-Paul. . . isiiskj' H'Amboise. Un instant, Messieurs. .. un butant: moi, Louis de Clermont, seigneur de Bussy d'Amboise, me déclare ici parrain et second de Paul Estuert de Saint-Mégrin; offrant le combat à outrance à quiconque se déclarera parrain et second do Henri de Lorraine, duc de Guise, et comme signe de déli et gage du combat, voici mon gant... Joyeuse. Vive Dieu ! Bussy, c'est un véritable vol que tu me tais ... tu ne m'as pas donné le temps . .. mais sois tranquille ... si tu es tué.. . le duc de «uise. Saint-Paul, ramasse ce gant... An- traguet, tu seras mon second . .. Vous le voyez, Messieurs, je vous fais beau jeu... je vous offre un moyen de venger Quclns . .. Saint-Paul, tu prépareras mon épée de bal ; elle est juste de la même longueur que l'épée de combat de ces Messieurs. Saint-Mcgrin. Vous avez raison, Monsieur le duc . . . cette épée serait bien faible pour entamer une cuirasse aussi prudemment solide que celle-ci.. . mais nous pouvons en venir aux mains, nus jusqu'à la ceinturej Monsieur le duc, et l'on verra celui dont le coeur battra. Henri. Assez, Messieurs, assez: nous honorerons le combat de notre présence, et nous le fixons à demain . .. Maintenant chacun do vous peut réclamer un don, et s'il est en notre puissance royale de vous l'accorder, vous serez satisfaits à l'instant ... Que veux-tu Saint-Mégrin? Naint-nsvgrin. Un égal partage du terrain et du soleil ; pour le reste, je m'en rapporte à Dieu et à mon épée. Henri. Et vous, Monsieur le duc, que demandez vous? Tjc dnc de ttuise. La promesse formelle qu'avant le combat, Votre Majesté reconnaîtra la Ligue, et nommera son chef. J'ai dit. . . Henri. Quoique nous ne nous attendissions pas à cette demande, nous vous l'octroyons, mon beau cousin... Messieurs, puisque M. de Guise nous y force, au lieu du bal masqué de cette nuit, nous aurons un Conseil d'Etat. . . Je vous y convoque, tous, Messieurs. Quant aux deux champions, nous les invitons à profiter de cet intervalle, pour se mettre en état de grâce. . • et sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sainte et digne garde. Allez, Messieurs, allez... 32 HENRI 111. Scène V. HENRI, CATHÉR1NE. Henri. Eh bien, ma mère, vous «levez être contente, vos «leux grands ennemis vont se détruire eux-mêmes, et VOUS devez m'en remercier, car j'ai autorisé un combat que j'aurais pu clr- fendre. Catherine. Auriez-vous agi ainsi, mon lils, si vous eussiez su qu'une des conditions de ce combai serait de nommer un chef à la Ligue. Henri. Non, sur mon âme, ma mère, je comptais sur une diversion. Catherine. Et vous avez résolu... Henri. Rien encore... car les chances du combat sont incertaines. .. si monsieur de Guise était tué... eh bien! ou enterrerait la Ligue avec son chef; s'il ne l'était pas ... alors je prierais Dieu de m'éclairer . . . mais, en tout c;is, ma résolution une fois prise, je vous en avertis . . . rien ne m'en fera changer ... la vue de mon trône me donne de temps en temps «les envies d'être Roi, ma mère, et je suis dans un du cet mo- mens-là. Catherine. Eh mon lils! qui plus que moi vous désire une volonté ferme et puissante... Je m'affaiblis, mon cher Henri; Wliron me recommande le repos. Et plus que jamais, je désire n'avoir aucune part au fardeau de l'Etat. Henri. Si je ne m'abuse, ma mère, j'ai vu aujourd'hui s'étendre vers mon trône un bras bardé de fer qui avait volonté de me débarrasser d'une partie ... si ce n'est du tout. Catherine. Et probablement vous lui accorderez co qu'il demande; car ce chef, que la Ligue exige par sa voix . . . Henri. Oui, oui... j'ai bien vu qu'il plaidait pour lui- même; et peut-être, ma mère, m'épargnerais-je bien des tourmens en m'abandonnant à lui .. . comme l'a fait mon frère; François II, après la conjuration d'Amboise ... et cependant, je n'aime pas qu'on vienne me prier armé comme l'était mon cousin de Guise; les genoux plient mal dans des cuissards d'acier. Catherine. Et jamais votre cousin de Guise n'a plié le genou devant vous, qu'il n'ait, en se relevant, emporté un morceau de votre manteau royal. Henri. [»ar la mort-Dieu! il n'a jamais forcé notre volonté, cependant, ... ce que nous lui avons accordé a toujours élé de notre plein gré, ... et cette fois encore, si nous le nommons chef de la ligue,. . ce sera un devoir que nous lui imposerons comme son maître. ACTE II. SCÈNE V. 38 Catherine Tous ces devoirs le rapprochent du trône, mon fils, ... e( malheur, . .. malheur à vous! s'il met jamais le pied sur le velours de la première inarche. Henri. Ce que vous dites là, ma mère, l'appuieriez-vous sur quelques raisons? Catherine. Celte ligue, que vous allez autoriser, savez- vous quel est son but? Henri. De soutenir l'autel et le tronc. Catherine. C'est du moins ce que dit votre cousin de Guise; mais du moment qu'un sujet se constitue, de sa propre autorité, défenseur de son roi , mon fils, ... il n'est pas loin d'être un rebelle. Henri. Monsieur le duc aurait-il de si coupables desseins? Catherine. Les circonstances l'accusent du moins . . . Hélas! mon fils, ma santé ne me permet plus de veiller sur vous comme je le faisais autrefois, et cependant peut-être, aurai-je encore le bonheur de déjouer un grand complot. Henri. Un complot! on conspirerait contre moi'. .. dites, dites, ma mère... Quel est ce papier?.. Catherine. Un agent du duc de Cuise, l'avocat Jean David est mort à Lyon,.. . son valet était un homme à moi, tous ses papiers m'ont été envoyés, celui ci en faisait partie,, . Henri. Voyons, ma mère, voyons... Comment? un traité entre don Juan d'Autriche et le duc de Guise;... un traité par lequel ils s'engagent à s'aider mutuellement à monter, l'un sur le trône des Pays-Bas, l'autre sur le trône de France... Sur le trôno de France! que comptaient-ils donc faire de moi, ma mère? . . Catherine, Voyez le dernier article de l'acte d'association des lignes», car le voici tel . .. non pas que vous le connaissez, mon cher Henri, mais tel qu'il a été présenté à la sanction du Saint-l'ère, qui a refusé de l'approuver. Henri, lUunl. „l>ujs quand le duc de Guise aura exterminé les huguenots, se sera rendu maître des principales villes du royaume, et que tout pliera sous la puissance de la Ligue, il fera faire le procès à Monsieur, comme à un fauteur manifeste des hérétiques, et, après avoir rasé et confiné le roi dans un couvent" . . • Dans un couvent ! ... Ils veulent m'ensevelir dans un cloitre!. . Catherine. Oui, mon fils, ils disent que c'est là que votre dernière couronne vous attend ... Henri. Ma mère est-ce que Monsieur le duc l'oserait? Catherine. Pépin a fondé une dynastie, mon fils: et qu'a donné Pépin à Fhilderic, eu échange de son manteau royal?.. Henri. Un ciliée, ma mère ; un cillce, je le sais: mais les Hif|irrtoire f»o. Î0(i. 3 34 HENRI III. temps sont changés, pour arriver au frône Je France, il faut que la naissance y donne des droits. Catherine. Ne peut-on en supposer '!. .. Voyez celte généalogie. Henri. La Maison de Lorraine remonterait à Cliarlemagne! .. . Cela n'est pas, vous savez bien que cela n'est pas. Catherine. Vous voyez que les mesures sont prises pour qu'on croie que cela est. Henri. Ah! notre cousin de Guise, vous en voulez terriblement à notre couronne de France... Ma mère, est-ce qu'on ne pourrait pas lui donner celle des martyrs. Catherine. J'y ai souvent pensé, mon fils, mais ce n'est pas le tout de couper, il faut recoudre. Henri. Mais il se bat demain avec Saint-Mégrin... Saint- Mégrin est brave et adroit. Catherine. Et croyez-vous que le duc de Guise soit moins brave et moins adroit que lui? Henri. Ma mère, si nous faisions bénir l'épée de Saint- Mégrin ... Catherine. Mon fils, si le duc de Guise fait bénir la sienne ♦ .. Henri. Vous avez raison... Mais qui m'empêche de nommer Saint-Mégrin chef de la Ligue. Catherine. Eli! qui voudra le reconnaîtrej a-t-il un parti'?,. Henri. Vous avez encore raison . . . O mon Dieu!,, mon Dieu ! .. Est-ce que vous croyez qu'on est bien malheureux dans un cloître? . . Catherine. Non, mon fils; lorsqu'une vocation véritable nous y appelle... Henri. Oui, mais, moi, ma mère, je ne me sens pas cette vocation; elle viendra peut être un jour; . . . mais il faut trouver un moyen pour que ce soit le plus tard possible... Sans doute, il n'attend que le moment où je l'aurai nommé chef de celte infâme Ligue, pour se déclarer. Catherine. Il est probable que c'est son intention. Henri. Eh bien! que faire? Catherine. Est-ce une faible femme comme moi, qui peut venir à votre secours, mon fils'! D'ailleurs, quel pouvoir aurais- je de le faire? c'est vous qui avez puissance et volonté. ., Du courage, mon (Us, régnez par vous-même; c'est un conseil que vous a souvent donné M. le comte de Saint-Mégrin, et il est de bon conseil. Henri, Oh! ma mère, ma mère! ils me rendront fou, et puis ils diront que je suis incapable de régner. M. de (Juise... il J est poussé, ma mère, poussé par Mad. de Montpcnsier, ACTE II. SCÈNE V. 36 parce que j'ai blessé son amour-propre. Oui j'ai des forces, des moyens. Si mon peuple m'aimait... Mais pourquoi donc mou peuple ne m'aime-t-il pas, ma mère? Je voudrais pourtant bien la rendre heureux ; j'y réussirai plus tard. Un cloître ... un cloître. .. ah! ne l'ai-je pas dit tout haut, quand, à mon sacre, ils m'ont posé la couronne sur la tête; que celte couronne me blessait. . . et quand, deux fois, elle a failli tomber pendant la cérémonie, n'ai-je pas dit encore que c'était de mauvais augure. Un cloître*.. Les hérétiques!.. Ils me tuerout plutôt, mamèrej je mourrai roi. Ne m'ont-ils pas vu combattre à Jarnac et à Montconcour. Oh! s'il ne s'agissait que de charger à la tête de ma brave noblesse ... mais il faut ici repousser l'intrigue, par l'intrigue, je le sens, et ils sont plus forts que moi. Catherine. Peut-être y aurait-il un moyen de tout conjurer, mon fils: mais il faudrait de la résolution. Henri, hésitant. De la résolution ? Catherine. Oui, soyez roi, et il deviendra sujet soumis, sinon respectueux. Je le connais mieux que vous, Henri; il n'est fort que parce que vous êtes faible; sous sou énergie apparents il cache un caractère irrésolu... c'est un roseau peint en fer... Appuyez, il pliera. Henri. Oui, oui, il pliera. Mais quel est ce moyen? Voyons... faut-il les exiler tous deux? je suis prêt à signer leur exil. Catherine. Non; peul-ôlre en ai-je un autre... mais jurez, moi qu'à l'avenir vous me consulterez avant eux sur tout ce que vous voudrez faire. Henri. N'est-ce que cela, ma mère? je vous le jure. Catherine. Mon fils, les sermens prononcés devant l'autel sont plus agréables à Dieu. Henri. Et lient mieux les hommes n'est ce pas? Eh bien! venez, ma mère, je m'abandonne entièrement à vous. Passons dans mon oratoire. Catherine, Oui, mon fils, passons dans votre oratoire. FIN DU «F.COND ACTE. 3* 36 HENRI III. \ ACTE TROISIEME. L'oratoire de la Duchesse de «Juise. Scène I. MADAME DE COSSÉ, MARIE, ARTHUR. Mad. de Cosse, déposant sur une table de toilette un domino noir. Concevez-vous, Marie, madame la duchesse de Guise, qui veut aller au bal de la Cour en simple domino? Marie, y déposant des fleurs. C'est que madame la duchesse n'est pas coquette... Mad. de Cossé. Mais, sans être coquette, on peut tirer parti de ses avantages. .. A quoi servira-1-il d'être jolie et bien faite, si l'on se couvre la figure de ce masque noir, et si l'on s'enveloppe la taille de ce domino large comme une robe d ermite? pourquoi ne pas se mettre en Diane ou en Hébé? Arthur. C'est qu'elle veut vous laisser ce costume, madame de Cossé. Mad. de Cossé. Voyez donc, ce petit muguet!.. Allez ramasser l'éventail de votre maîtresse, ou porter la queue de sa robe, et ne parlez pas toilette; vous n'y connaissez encore rien .. . Dans trois ou quatre ans, à la bonne heure. Arthur. Tiens... Je vais avoir quinze ans. Mad. de Cossé. Quatorze ans, mon beau page, ne vous déplaise... Marie. Ce domino, d'ailleurs, n'est que pour entrer dans la salle de bal. Une partie des dames, vous le savez ne se masque que pour jouir du premier coup d'oeil, et revient ensuite en costume de ville. Mad. de Cossé. Et voilà le tort... Autrefois, on conservait son déguisement toute la nuit . . . Par exemple, au fameux bal masqué qui eut lieu lors de l'avénemcnt au trône de Henri 11, '1 y a vingt-çinq ans ... Je n'en avais que vingt. Arthur. II y a trente ans, madame de Cossé, ne vous en déplaise. Mad. de Cossé. Vingt-cinq ou trente, peu importe... Alors je n'en avais que quinze. Lh! bien, tout le monde resta en costume, jusqu'au moment où l'astrologue Lucas Gaudric pré- ACTE LU. SCÈNE II. 37 dil au roi qu'il serait tué dans un combat singulier. Onze ans après, Montgommery accomplit sa prédiction. Arthur. C'est bien malheureux; depuis ce temps il n'y a plus de tournois. M ad. de Cosse. C'est effectivement quelque chose de bien fâcheux ... Il ferait beau voir joùter les jeuues gens de votre époque : voilà de plaisans damerets, en comparaison des chevalins de Henri 11. Arthur. Vous pourriez même dire, en comparaison des chevaliers du roi François I, Voua les avez vus, madame de Cossé. Mad. de Cosse. J'étais uu enfant./. Je ne m'en souviens pas... Uu enfant au berceau, entendez-vous. Marie. Mais il me semble, Madame, que la baron de d'E- pernon, le vicomte de Joyeuse, le seigneur de Bussy, le baron de Cunes... Arthur. Et le comte de Saint-Mégrin, donc .. . Mad. de Cossé. Ah! vous voilà encore avec votre petit Bordelais ... J'aurais bien voulu le voir, avec une armure de deux cents livres, comme celle que portait M. de Cossé, mon noble époux, quand il me couronna Dame de la Beauté et des Amours, et brisa en mon honneur cinq lances, dont M. de Saint- Mégrin ne pourrait pas remuer la plus petite avec les deux mains .. . c'était au fameux tournoi de Soissons ... Marie. Au fameux tournoi de Soissons... Arthur. Eh! oui... au fameux tournoi de Soissons, en 1540, un an avant la mort du roi François 1, quand madame de Cossé était encore au berceau... Mad. de Cossé. Petit drôle... vous vous fiez bien à ce que vous êtes le parent de madame la duchesse de Guise . . • Scène II. Les Précbdkns, MADAME LA DUCHESSE DE GUISE. Arthur, courant à elle. Oh! venez, ma belle cousine et maîtresse! et protégez-moi contre le courroux de votre première daine d'honneur ... La duchesse de Guise, distraite. Qu'avez-vous fait, encore quelque espièglerie?.. Arthur. Chevalier discourtois, je me souviens des dates Mad. de Cossé, l'interrumpnnt. Madame la duchesse parait préoccupée. Lu duchesse de «uisc. Moi, non . , . N'auricz-vous pas trouvé ici un mouchoir à nies armes?.. 38 HENRI III. Marie. Non, Madame. Arthur. Je vais le chercher; et, si je le trouve, quelle sera ma récompense? La duchesse de Liulse. Ta récompense, enfant... un mouchoir mérite-t-il donc une grande récompense? Eli bien! cherche-le, Arthur. marie. Pendant que Madame était retirée dans son appartement, où elle avait dit, en rentrant, qu'elle voulait rester seule, la Reine Louise est venue pour lui faire une visite; elle avait dans sa bourse le plus joli sapajou. Mad. de Cosse. Oui, elle désirait connaître le déguisement de Madame. Elle est rentrée chez Mad. de Montpensier; et, comme j'y étais, je connais tous les costumes des seigneurs et darnes de la Cour. ta duchesse de Ctuisc, « Arthur, qui revient s'asseoir rt ses pieds Eh bien! Arthur. Je n'ai rien trouvé... Mad. de Cosse. M. de Joyeuse est en Alcibiade... Il a un casque d'or m'assif... Son costume lui coûte, dit-on 10,000 livres tournois. M. d'Epernon est... Arthur. Et M. de Saint-Mégrin"? (L(l ducheill tressaille.) Mad. dn Cosse. Ah!.. M. de Saint-Mégrin; il avait aussi un costume trés-brillant; mais aujourd'hui il en a commandé un autre tout simple, un costume d'astrologue, semblable à celui que porte Corne Ruggieri. La duchesse de Ctnisc. Ruggieri?.. Dites-moi, Ruggieri ne demeure-t-il pas rue de Grenelle, prés l'hôtel Soissons? Marie. Oui. La duchesse de Onlsc. Plus de doute .. . c'était chez lui. .. J'avais cru le reconnaître. N'esl-il venu aucune autre personne ? Mad, do Cosse. Si. . . M. Brantôme, pour vous offrir le volume de ses ,.Dames Galantes" ... Je l'ai déposé sur celte table... La Reine de Navarre y joue un grand rôle... Et puis, M. Ronsard est aussi venu ... il voulait absolument vous voir. Vous lui avez reproché, l'autre jour chez Mad. de Montpensier de ne pas assez soigner ses rimes, et il vous apportait une petite pièce de vers. La duchesse de <*nisc, avec distraction. Sur la rime... Mad. de Cossé. Non; mais mieux rimée qu'il n'a coutume de le faire. Madame la duchesse veut-elle les entendre? La duchesse de Ltuise. Donnez à Arthur, il les lira. ACTE III. SCÈNE II. 39 Arthur, lisant. Mignonne, allon» voir ai la rose Oui, ce matin, avait desclose Sa cobe de pourpre au soleil, N'a point perdu cette vesprée, Les plis de sa robe pourprée Kt son teint au vôtre pareil. Las ! voyez comme en peu d'espace Mignonne, elle a, dessus la place, La, la, ses beautés laissé clicoïr. O vrayment marastre nature! l'uistju'une telle fleur ne dure Oue du matin jusques au soir! Or donc, écoutez-moi, Mignonne: Tandis <|ue votre âge fleuronne, Dans sa plus verte nouveaut.'-. Cueillez, cueillez votre jeunesse; Comme à cette fleur, la vieillesse Fera tenir votre beauté. I>a duchesse de «uisc, toujours distraite. Mais il me semble qu'ils sont bien ces vers. Arthur. Oh,' M. de Saint-Mégrin en fait au moins d'aussi jolis... La duchesse de Ctuisc. M. de Saint-Mégrin?.. IHad. de Cossé. Ce ne sont pas des vers amoureux, toujours . .. Arthur. Et pourquoi eela ? Mnd. de Cosse. 11 est probable qu'il n'a encore trouvé aucune femme .li-ne ue son amour, puisqu'il est le seul, parmi tous les jeunes gens de la Cour , qui ne porte pas le chiure de sa dame sur son manteau. Arthur. Et s'il aimait quelqu'un dont il ne pût pas porter le chiffre?.. Cela peut être. La duchesse de CJuise. Oui... cela peut être. Mad. de Cossé, h Arthur. Mais, qu'a donc de si remarquable ce petit comte de Saint-Mégrin, pour être l'objet de votre enthousiasme? Arthur. Si remarquable!.. Ah! je ne demande rien que d'être digne de devenir son page, quand je ne pourrai plus être celui de ma belle cousine. T;a duchesse de dtuise. Tu l'aimes tronc bien? ... Arthur Si j'étais femme, je n'aurais pas d'autre chevalier. I>a duchesse de Gtntse, vivement. Mesdames... je puis achever seule ma toilette ; je vous rappelerai, si j'ai besoin de vous,. , lîeste, Arthur, reste; j'ai quelques commissions à te donner. 40 HENRI III. Scène III. LA DUCHESSE DE GUISE, ARTHUR. Arthur. J'attends vos ordres. l.» duchesse de Cluise. Bien; mais je ne sais plus ce que j'avais àt'ordonner. Je suis distraite, préoccupée .. . Que lu es bizarre, avec ton fanatisme pour ce jeune vicomte de Joyeuse. Arthur. Joyeuse . . . Non . .. Saint-Mégrin. In duchesse de Gtuise. Ah ! oui.. . c'est vrai ; mais que trouves-tu de si extraordinaire en ce jeune homme?... Moi je cherche en vain. Arthur. Vous ne l'avez donc pas vu courir la bague avec le Roi? lia duchesse de Oulge. Si. Arthur. Et qui donc pourriez-vous lui comparer pour son adresse? S'il monte à cheval , c'est toujours le cheval le (dus fougueux qui est le sien; s'il se bat moins souvent que les autres, c'est que l'on connaît sa force, et qu'on hésite à lui chercher querelle. Le Roi seul peut-être pourrait se défendre contre lui. Tous les autres seigneurs de la Cour lui portent envie, et cependant la coupe de leur pourpoint et de leurs manteaux est toujours réglée sur celle des siens. Ii» duchesse de Haine. Oui, oui, c'est vrai... Il est homme de bon goût; mais Mad. de Cossé parlait de sa froideur pour les dames, et tu ne voudrais pas prendre pour modèle un chevalier qui ne les aimât pas. Arthur. La dame de Sauve est là pour témoigner du contraire. I.a duchesse de fctulse, vivement. La dame de Sauve ! ... On dit qu'il ne l'a jamais aimée. Arthur. S'd ne l'aime pas, il en aime certainement une autre. lis duchesse de Ouise. T'aurait-il choisi pour confident! ... il ne ferait pas preuve de prudence, en le prenant si jeune... Arthur. Si j'étais son confident, ma belle cousine . .. on me tuerait plutôt que de m'arracher son secret... mais il ne m'a rien confié . .. j'ai vu. I» duchesse de Ctulse. Tu as vu .. . qu'as-tu vu ? Arthur. Vous vous rappelez le jour où le roi invita toute la cour à visiter les lions, qu'il avait fait venir de Tunis, et qu'on avait placés au Louvre, avec Ceux qu'il y nourrit déjà?... ta duchesse de Uuisc Oli! oui... leur aspect seul m'a ellrayée, quoique je les visse d'une galerie élevée de dix pieds au-dessus d'eux. ACTE III. SCÈNE IV. 41 Arthur, lili bien ! à peine en étions-nous sortis, que leur gardien poussa un cri; je rentrai, M. de Saint-Mégrin venait «le s'élancer dans l'enceinte des animaux, pour y ramasser un bouquet qu'y avait laissé tomber une dame ... La duchesse de Gnise. Le malheureux! ce bouquet était le mien. Arthur. Le voire, ma belle cousine, La duchesse de Guise. Ai-je dit le mien? .. oui le mien, ou celui de Mad. de Sauve . . . vous savez qu'il a éperdûment aimé Mad. de Sauve ... le fou ... Eh que faisait-il de ce bouquet? Arthur. Oh ! il l'appuyait avec passion sur sa bouche... il le pressait contre son coeur... le gardien ouvrit une porte, et le fit sortir presque de force .... il riait comme un insensé, lui jétail de l'argent ; puis, il m'aperçut, cacha le bouquet dans sa poitrine, s'élança sur un cheval qui l'attendait dans la cour du Louvre, et disparut. l^a duchesse de Guise. Est-ce tout?. .. est-ce tout?... oh! encore, encore. . - parle-moi encore de lui. Arthur. Et depuis, je l'ai vu, il. . . La duchesse de Guise. Silence! enfant... Monsieur le duc., . Reste près île moi, à mes pieds ; ne me quitte pas que je ne le l'ordonne . • Scène IV. Les PRÉcénEJis, LE DUC DE GUISE. Le duc de Gtulsc. Vous étiez levée, Madame. .. allez- vous rentrer dans votre appartement? La duchesse do Uulse. Non, monsieur le duc, j'allais appeler mes femmes, pour achever ma toilette. Le duc de Guise. Elle est inutile, madame, le bal n'a pas lieu, et vous devez en élre contente, vous paraissiez n'y aller qu'à contre-coeur? La duchesse de Gulsc. Je suivais vos ordres, et j'ai fait ce que j'ai pu, pour que vous ne vissiez pas qu'ils m'étaiem pénibles. Le duc de Guise. Que voulez-vous! .. . j'ai compris que cette réclusion à laquelle vous vous condamniez, était ridicule à voire Éfe.. . et qu'il fallail de temps en temps vous montrer à la cour; certaines personnes, madame, pourraient y remarquer votre absence, et l'attribuer à des motifs!... Mais il s'agit d'autre chose, Madame . . . Arthur, laissez-nous .. . La duchesse de Guise. Et pourquoi éloigner cet enfant. 42 HENRI III. Monsieur le duc; est-ce donc un entretien secret que vous voudriez? .. , le duo do Guise. Et pourquoi le retenir, Madame! Crain- driez-vous de rester seule avec moi? la duchesse de Guise. Moi, monsieur, et pourquoi? lie duc de Guise. En ce cas, sortez Arthur .... Eh Lien !... Arthur. J'attends les ordres de ma maîtresse, Monsieur le duc. le duc de Guise. Vous l'entendez, madame? lia duchesse de Guise. Arthur, éloignez-vous. Arthur. J'obéis... (Il sort.) Scène V. LE DUC DE GUISE, LA DUCHESSE DE GUISE. 1 lia duc de Ouise. Vrai Dieu! Madame, il est bien bizarre que les ordres donnés par ma bouche aient besoin d'être ratifiés par la vôtre. .. lia duchesse de Guise. Ce jeune m'appartient, et il a cru devoir attendri! de mot-même., . le duc de Guise. Cette obstination n'est pas naturelle, Madame; on connaît Henri de Lorraine, et l'on sait qu'il a toujours chargé son poignard de réitérer un ordre de sa bouche. lia duchesse de Guise. Eh ! Monsieur, quelle conséquence pouvez-vous tirer du plus ou moins d'obéissance de cet enfant? lie duc de Guise. Moi, aucune . .. mais j'avais besoin de son absence pour vous exposer plus librement le motif qui m'a mène. . . Voulez-vous bien me servir de secrétaire. , lia duchesse de Guise. Moi, monsieur, et pour écrire à qui? le duc de Guise. Que vous importe? c'est moi qui dicterai. (En approchant une plume et du papier.) Voilà ce qu'il vous faut. la duchesse de Guise. Je crains de ne pouvoir former un seul mot; ma main tremble, ne pourriez-vous par une autre personne. .. le duc de Guise. Non, madame... il est indispensable que ce soit vous. la duchesse de Guise. Mais, au moins, remettez à plus tard ... le duo de Guise. Cela ne peut se remettre, Madame; d'ailleurs, il suffira que votre écriture soit lisible . . . écrivez donc. ACTE III. SCÈNE V. 43 ta duchesse de Guise. Je suis prête. .. te duc de Guise, dictant. ^Plusieurs membres de la Sainte-Union se rassemblent cetle nuit, l'hôlel de Guise; les portes en resteront ouvertes, jusqu'à une heure du matin; vous pouvez à l'aide d'un costume de ligueur, passer sans être aperçu... l'appartement de Mad. la duchesse de Guise est au second. .." TLa ducliesse de Guise, .le n'écrirai pas devantage, que je ne sache à qui est destiné ce billet... te duc de Guise. Vous le verrez, madame, en mettant l'adresse. Jja duchesse de Guise. Elle ne peut être pour vous, monsieur; et à tout autre, elle compromet mon honneur. . . l>e duc de Guise. Votre honneur . . . Vive Dieu! madame; et qui doit en être plus jaloux que moi... laissez m'en juge, et suivez mon désir .. . Kin duchesse de Guise. Votre désir, je dois m'y refuser. lie duo de Guise. Obéissez à mes ordres, alors. . . ï.a duchesse de Guise. A vos ordres ... peut-être ai-je le droit d'en demander la cause. le duc de Guise. La cause, madame; tous ces retarde- mens me prouvent que vous la connaissez. Ln duchesse de Guise. Moi, cl comment? I.e duc de Guise. Peu m'importe... écrivez... la duchesse de Guise. Permettez que je me retire. . . Int de Mad. la duchesse de Guise est au second, et cette clef en ouvre la porte." L'adresse maintenant. (Pendant quil plie la lettre, Mad. de Guise relève sa manche, et Von voit sur son Iras des traces bleuâtres.) lia duchesse de «uise. Que dirait la noblesse de Fiance, si elle savait que le duc de Guise a meurtri un bras de femme avec un gantelet de chevalier. Le duo de «uise. Le duc de Guise en rendra raison à quiconque viendra la lui demander. Achevez: „A monsieur le comte de Sainl-Mégrin." La duchesse de Ouise. C'était donc bien à lui ? lie duc de «uîhc. Ne l'avez-vous pas deviné? La duchesse de Uui«e. Monsieur le duc, ma conscience me permettait d'en douter, du moins. Le duc de «uise. Assez, assez. Appelez un de vos pages, et remettez lui cette lettre (allant h la porte du salon cl ùtant la clef.) et cette clef. It duchesse de «uise. Ah! monsieur de Guise! puisse- l-on avoir plus pitié de vous que vous n'avez eu pitié de moi! Le duc de «uise. Appelez un page. La duchesse de «uise. Aucun n'est là.. . Le dnc de Oulsc. Arthur ne doit pas être loin . .. et je suis certain qu'au premier coup de votre sill'ict d'argent... mais auparavant, madame, faites bien attention que je suis là, derrière ce rideau... un seul signe, un seul mot... cet enfant est mort... et c'est vous qui l'aurez tué... (If siffle) Songez y. madame. 46 HENRI III. Scène VI. Les Prêcédens, ARTHUR. Arthur. Me voilà ! madame; Dieu . . . grand Dieu ! que vous êtes pâle !... la duchesse de Gatse. Moi, pale! non, non... tu te trompes ... (Lui tendant la lettre et la retirant:) Ce n'est rien ... éloigne-toi, Arthur, éloigne loi. .. Arthur. Moi vous quitter ! quand vous souffrez ! .. voulez- vous que j'appelle vos femmes ? IMcgrIn. Va, jeune homme, et que le ciel veille sur toi! Mais il est dix heures; j'ai à peine le temps île me procurer le costume à l'aide duquel... Georges! («ON valet entre.) il me faut pour ce soir un costume de ligueur.. . occupe-toi a l'instant de te le procurer. Ouc je le trouve ici quand j'en aurai besoin; va. [Qtergtê soi t.) Mais qui vient ici enveloppé d'un manteau. . . Ah! c'est Cùmc Kuggieri. ACTE III. SCÈNE IV. 49 Scène III. SAINT-MÉGRIN, RU6GIHRI. Saint-Itlcgrin. Viens, oh! viens, mon père, que je te remercie. Eh bien! toutes tes prédictions se sont réalisées. Je te rends grâce», car je suis heureux; oh! oui, oui, plus heureux que lu ne peux le croire... Tu ne me réponds pas, tu m'examines! Huggieri. Jeune homme, avance avec moi du coté de cette lumière. Saint-Itlcgrin. Oh! que peux tu lire sur mon front, si ce n'est un avenir d'amour et de bonnes*... Huggieri. La mor', peut-être. Kaiut-Hrgrin. Que d.tcs vous, mon père... ïiuggicri. La mort. . . Saiiit-Megrin. La mort!... (Riant.) Ah! mon père, de grâce, laissez-moi vivre jusqu'à demain, c'est tout ce que je vous demande. Huggieri. Mon lils, nos instans sont comptés au ciel, et Dieu tient en sa main la vie et la mort des hommes. Souviens- toi de Dugasf. Saint-Mcgrin. II est vrai que je cours un danger ; demain, je mn bats avec le duc de Guise. Huggieri. Demain! à quelle heure! ésiat-IIegrln. A dix heures. **nggi cr i. Ce n'est pas cela. Si demain à dix heures lu vois encore la lumière du ciel, compte alors sur des jours longs et heureux. Vois-tu celte étoile? SRÎBt-Megrlii, Qui brille près d'une autre plus brillanle encore? Huggieri. Oui, et à l'occident, distingues-tu ce nuage sombre qui n'est encore qu'un point dans l'immensité? Salnt-ncgrin. Oui, eh bien?.. Huggieri. Eh bien! dans une heure, cette étoile aura disparu sous ce nuage, et cette étoile, c'est la tienne. (Il sort.) Scène IV. SAINT-MÉGRIN, puis JOYEUSE. Snint-IHcgriii. Cette étoile, c'est la mienne! lîuggieri arrête. U ne m'entend pas; il entre chez la reine-mère. Celte étoile, c'est la mienne: et ce nuage!... Vive Dieu! j e suis bien IWprrtolr* No. 206. 4 60 HENRI III. insensé de croire aux paroles de ce visionnaire,.. Ces signes ne l'ont jamais trompé, dit-il! Dugast, Dugast! et toi aussi, tu volais comme moi à un rendez-vous d'amour, lorsque tu es tombé assassiné; et ton sang, en sortant de tes vingt-deux blessures, bouillait encore d'espérance et de bonheur. Ah ! si je dois mou. rir aussi, mon Dieu! mon Dieu! que je ne meure du inoins qu'au retour! {Entre Joyeuse.) Joyeuse. Eh bien! que fais-tu là? Est-ce que tu lis dans les astres, toi? Saint-Megrin. Moi! non. joyeuse. Je t'avais pris en entrant pour un astrologue. Quoi, encore! mais, qu'as-tu donc? Solnt-Megrln. Rien, rien ; je regarde le ciel. Joyeuse. Il est superbe! les étoiles élinccllent. Maint-mTcgrin, iwec mélancolie. Joyeuse, crois-lu qu'après notre mort, notre âme doive habiter un de ces globes brillans, sur lesquels notre vue s'est arrêtée tant de fois pendant notre vie ? Joyeuse, Ces pensées ne me sont jamais venues, sur mon Ame; elles sont trop tristes... Tu connais ma devise : „hilariter," joyeusement... voilà pour ce monde... quant à l'autre, peu m'importe ce qu'il sera, pourvu que je m'y trouve bien. Mnint-ITIcgrin, tant l'écouter. Crois-lu que là nous serons réunis aux personnes que nous avons aimées ici bas?... Dis; crois-tu que l'éternité puisse être le bonheur?... Joyeuse. Vrai Dieu! tu deviens fou, Saint-Mégrin ; quel diable de langage me parles-tu là ? Arrange toi de manière à ce que demain, à pareille heure, M, de Guise puisse t'en donner des nouvelles sûres, et ne me demande pas cela à moi. J'ai déjà le cou tout disloqué d'avoir regardé en l'air. Salnt-jncgrin. Tu as raison... oui... oui... je suis un insensé. .. Joyeuse. Voilà le Roi... Voyons. .. Eloigne cet air sou cieux. On dirait, sur mon âme, que ce duel t'inquiète. Est-ce «pie tu serais fâché?.. Saint-JHegrln. Moi, fâché!.. Vrai Dieu! s'il me tue, Jo- vt'use,ce ne sera pas ma vie que je regretterai, ce sera de lui laisser la sienne. Scène V. Les Précédkns, HENRI, D'ÉPERNON, SAINT - LUC, RUSSY, DU HALDE, plusieurs pages et seigneurs, puis CATHERINE DE MÉDICIS. Henri. Soyez tranquilles, Messieurs, soyez trwqailles: ACTE 111. SCÈNE VI. 61 loule9 nos mesures sont prises. Seigneur de Bussy, nous vous rendons notre amitié, en récompense de la manière dont vous avez secondé notre brave sujet, le comte de Saint-Mégrin. 11 uns 5 d'AmbolBC. Sire! Henri, h Sninl-Mcijrin. Te voilà, mon digne ami; pourquoi n'es-tu pas venu me voir? Cimier, faites apporter un fauteuil près notre tronc: ma mère assistera a la séance; prévenez-la qu'elle va s'ouvrir. Ah ! auparavant, sur la première marche, placez un tabouret pour M. le comte de Saint-Mégrin. (« Sainl-Mcgrin.) J'ai à le parler... Par la mort-Dieu ! nous voilà tous rassemblés , Messieurs; il ne nous manque plus que notre beau cousin de Guise ... Catherine, entrant. Il ne se fera pas attendre, mon fils; j'ai aperçu ses pages dans l'antichambre. Henri. Ils seront les bien-venus, ma mère. Messieurs, prenez vos places. D'Kpcrnon, la tienne est devant cette table; c'est toi qui seras notre secrétaire, en l'absence de Morvilliers.. Catherine. Surtout... Sire. Henri. Soyez tranquille, ma mère, soyez tranquille. Scène VL Lks Précédens, LE DUC DE GUISE. Henri. Entrez, mon beau cousin, entrez. Nous avions songé d'abord à faire dresser, nous-mêmes, l'acte de reconnais- sance que nous vous avions promis, mais non» avons pensé que celui que M. D'IIumièrcs a fait signer aux nobles de l'éronne de la Picardie, serait ce qu'il y aurait de mieux; quant à celui de nomination du chef, un article au bas du premier suffira, et deja vous avez sans doute quelques idées pour sa rédaction? le due de Uulse. Oui, Sire, je m'en suis occupé. J'ai voulu épargner à Votre Majesté la peine . . . l'ennui... Henri. Vous êtes bien aimable, mon cousin ; veuillez donner cet acte à M. le baron d'Epcrnon; lisez-le-nous à haute el intelligible voix, Baron. Or, écoutez, Messieurs. IVKpcrnon, lisant. Association faite entre les princes, seigneurs, gentilshommes et autres, tant de l'état ecclésiastique (pie de la noblesse et du Tiers-Etat, sujets et habitans du pays ,i e Picardie. Premièrement... Henri. Attends, D'Epernon. Messieurs, nous connaissons tous cet acte, dont je vous ai montré copie; il est donc inutile île lire les dix-huit articles dont il se compose: passez à la lin; et vous, Monsieur le duc, approchez et dicte/ vous même lié 4* 52 HENRI III, 1 fléchissez qu'il s'agit de nommer un chef à une grande association. Il faut donc que ce chef ait de grands pouvoirs... Enfin, mon beau cousin, faites comme pour vous. lie dnc de Guise. Je vous remercie de voire confiance, Sire, vous serez content. Saint-II egrin. Que faites-vous, Sire?.. Henri. Laisse-moi. lie «lue de Guise, dictant. „I. L'homme que Sa Majesté honorera de son choix, devra être issu d'une maison souveraine, digne de l'amour et de la confiance des Français par sa conduite passée et sa foi à la religion catholique." „2. Le titre de lieutenant-général du royaume de France lui sera octroyé, et les troupes mises à sa disposition." „3. Comme ses actions auront pour luit le plus grand bien de la cause, il ne devra en rendre compte qu'à Dieu et à sa conscience." Henri. Très-bien! Saint-Jflegrin. Bien ! . semblables conditions, Sire. Et vous pouvez approuver de revêtir un homme d'une pareille puissance! Henri. Silence ! Joyeuse. Mais, Sire ... Henri. Silence! Messieurs: nous désirons, entendez-vous, nous désirons positivement que quel que soit le choix que nous allons faire, il vous soit agréable. Mon cousin, donnez-leur donc, en bon et loyal sujet, un exemple de soumission. Vous êtes le premier de mon royaume après moi, mon beau cousin, et dans ce cas surtout, vous êtes intéressé à ce qu'on m'obéisse,.. lie duc de Guise. Sire, je reconnais d'avance pour chef de la Sainte-Union, celui que vous allez désigner; et je regarderai comme rebelle quiconque osera braver ses ordres. Henri. C'est bien, monsieur le duc, Ecris, d'Epernon. (Se levant devant son trône.) „Nous, Henri de Valois, par la grâce de Dieu, roi de France et de Pologne, approuvons par le présent acte rédigé par notre féal et aimé cousin, Henri de Lorraine, due de Guise, l'association connue sous le nom de la Sainte-Union... et, de notre autorité, nous nous en déclarons le chef." i.c duc de Guise. Comment!.. Henri. „En foi de quoi nous l'avons fait revêtir de notre sceau royal (descendant du trône et prenant la plume.) et l'avons signé de noire main, Henri.'' (Passant la plume au due de Guise.) A vous, mon cousin; à vous qui éles le premier du royaume, après moi ... Eh bien ! vous hésitez. Croyez-vous que le nom de Henri de Valois et les trois fleurs de lis de France ACTE SCÈNE VU. 53 ne figurent pas aussi dignement au luis de «et acte, que le nom de Henri de (Juise et les trois merlettee de Lorrain»? |> ilr | a mort-Dieu! vous vouliez un homme qui possédât l'amour des Français.. • Est-ce que nous ne sommes pas aimés, monsieur le due? Répondez d'après votre coeur. Vous vouliez un homme d'une haute noblesse; je nie crois aussi bon gentilhomme que qui que ce soit ici. Signez donc, Monsieur lo duc, signez; car vous avez dit vous-même que quiconqu3 ne le ferait pas, serait rebelle. lie duo de Oulsc, à Catherine, A port. Oh! Catherine, Cathérine ! Henri, indiquant la place oè II doit signer. Là, monsieur le duc, au-dessous de moi. Joyeuse. Vive Dieu! je ne m'attendais pas à celle-là- (Tendant la main poee prendre l* plume.) Après vous, monsieur de Guise. Henri. Oui, messieurs , signez, signez tous. D'Epcrnon, tu veilleras à ce que des copies de cet acte soient envoyées dans toutes les provinces de noire royaume. U'Kperiioii. Oiii, sire. 8alnt-l*»"l, h demie «m.r. Nous n'avons pas été heureux, Monsieur le duc, dans notre première entreprise. IaO duc de 'C salon «liins lequel la duchesse de Uulsc est enfermée. Scène I. LA DUCHESSE DE GUISE, seule. (IClle a encore sur lu tète les fleurs dont elle était parée au trot sième acte, elle écoute sonner l'heure.) Minuit et demi . .. avec quelle lenteur l'heure se traîne . . . Oh! s'il pouvait m'aiiner assez peu, pour ne pas venir... Jusqu'à une heure du matin, les portes de l'hôtel resteront ouvertes; déjà j'y ai vu entrer les ligueurs qui doivent s'y réunir. Sans doute, il n'était pas avec eux. Encore une demi-heure d'angoisses et de tourmens ... et depuis deux heures que je suis enfermée dans cette chambre, je n'ai fait qu'écouler si je n'entendait point le bruit de ses pas. J'ai voulu prier!... (Ecoutant en se rapprochant de ht porte.) Ah! mon Dieu! Non.. . non.., ce n'est pas encore lui. ., {Allant h la fenèirc.) Si celle nuit 58 REIN RI III. était moins sombre, je pourrais l'apercevoir et, par quelque signe, peut-êlre, l'avertir du danger ; mais nul espoir!.. La porte de l'hôtel se referme!., il est sauvé! pour cette nuit du moins... Ouel- qu'obstacle l'aura arrêté loin do moi. Arthur n'aura pu le trouver; et peut-être, demain, scra-t-il quelque moyen de lui faire connaître le piège où on voulait l'attirer. Oh ! oui, oui, j'en trouverai.. . je... {Ecoulant.) J'ai cru entendre. (JS'approchant de la porte.) Des pas, encore! sont-ce ceux de M. de Guise? ... non, non. .. On monte; on s'arrête. Ali! on se rapproche ...On vient! (Avec effroi.) N'entrez pas! n'entrez pas! fuyez! Fuir, et comment? C'était derrière lui que la porte s'était refermée. Ah! mon Dieu! plus d'espoir! (La porte s'ouvre; elle recule à mesure que Saint-Mcyrin parait.) Scène II. LA DUCHESSE DE GUISE, SAINT-MÉGRIN. Salnt-Megrln. Je ne m'étais donc pas trompé; c'était vu tre voix que j'avais entendue ; elle m'a guidé, I>a duchesse de Ltulsc. Ma voix! nia voix! elle vous disait de fuir. Salnt-ltlegrin. Que j'étais insensé! je ne pouvais croire à tant de bonheur! lia duchesse de Gtnisc. Cette porte est encore ouverte! fuyez, monsieur le comte, fuyez! Salnt-megrln. Ouverte! oui.. . imprudent que je suis! (H la referme cl jette lu eltf.) lia duchesse de «ulse. Monsieur lo comte, écoutez-moi! Salnt-KIegrin. Oh! oui, oui! parle! j'ai besoin de l'entendre, pour croire à ma félicité. La duchesse de Clulsc. Fuyez, fuyez! la mort est là!... des assassins !... Salnt-Megrln. Que dites-vous! quels sont ces mots de mort et d'assasins que tu prononces, avec une robe de fête, et le front couronne de fleurs? La duchesse de Gtulse, les arrache. De fleurs.. .. ah! qu'elles soient anéanties! (Kl le les arraches.) Saiiit-JKegrlii. Que faites-vous? l.«e; ( iDi/-/l«6gr, 1». La Quarantai - ϰ\ LC ( ' OU8 'n Frédéric, g Jl.*La lune de Miel. ■*™I L , a .." cm V iselle à «arier. c.23."L'Héritière. ^24. Le jeune Mari. P25. Le vieux Général. ^ïë.'he vieux Mari. gr. 146. *Ktre .limé ou mourir. li gr. 147. Angeln, //. / . HugV. 8 gr. 148. L'ami Grandet. i i'). i ;i France pittoresque. fi r - l5n. Unecamaradede pension, (i gr. 151. Pourquoi :* (> gr, 152. Un changementd'uniforme, i gr. 1.13. I>nn Juan, p. Delarigne, 1? gr. 154. Catherine ou la croix d'or. 8 gr. 155. * Cnecbaornière et son coeur. 8 gr 156. L'éclair. (Mus, fie HaJevy.)G gr, 157. lin mari charmant, 6 gr. 158. * La passion secrète. 8 gr, 159. Phèdre, p. liacine. 6 gr, 160. Le Gamin de Paris. 8 gr 161. l'on Juan, j). Dumaê, 12 gr. 162. Une famille d.temps d.Luthertigr. 163. Knther, p, liacine. 4 gr. loi. Les rivaux d'eux mêmes, 0 gi. 165. Mofroud et Compagnie, (i gr. 166 a Un mariage raisonnable, (i gr. 107. «La pensionnaire mariée* o gr. 108. Marie, p. Mme Ancelot, 8 gr. 169. L'homéopathie, \ gr. 170. Un bonheur ignore'. 4- gr. 171. L'heureuse erreur. G gr. 172. *La camaraderie, p.Scrt'be.S gr. 173. Un mariage sous l'empire. 8 gr. 174. Une position délicate, (i gr. 175. Cinna, p. Corneille. 6 gr. 176. rtchubry. 4 gr. 177. Vouloir c'est pouvoir. 8 gr. 178. Le père de la débutante. 8 gr. 179. La comtesse du tonneau, ti gr. ISO.* Les indépendants. 8 gr, 181. * Zoé, p. Scribe. 4 gr, 182. I.'Kpe'e de mon père. A gr. 183. A trente ans, p. Ilozier. 8 gr. 184. Le misanthrope, p. jWo/i#r*. G gr. 185. Trop heureuse. 4 gr. 186. Le conseil de discipline. 4 gr. 1S7. Zaïre, p. f oltaire. 6 gr. 188. Cnc bonne fortune, 4 gr. 189. Un colonel d'autrefois. 6 gr. 190. Le Mari et l'Amant. 4 gr. 191. Sans nom. 4 gr. 192. Clémentine, 4 gr. 193. Britanoicufj p. Racine. 4 gr. l9+. Jean. 8 gr. 195. Buy Blas, p. f . Hugo, 8 gr. 196. * Clcrmont, p. Scrihe. 0 gr. 198. Les deux manières. 0 gr. 199. Le joueur, p. llegnartl. 8 gr. 200. * Rodolphe, Irere et soeur. 4 gr. 201. Le rêve du mari. 4 gr. 2D2. Une tille d'Kve. ^ 4 gr. 203. Napoléon Bonaparte, g 8 gr. 204. Mlle, de Belle-laie. g 8 gr. SOft. Dieu vous bénisse. (5 4 gr. 200. Henri 111 et sa cour à. (i gr 207. Les parens de la fille, 4 gr.