Répertoire du Théâtre français à Berlin. N° 199. «T» mm %p iid jouKim. COM^ T)1I EN CINQ ACTES, F. T ÎS VEIlSj PAR ]W. REGHTARD. Prix: 20 Sgr. (10 gGr.) BERLIN. Chez An. Mt. Schlksihger, Libraire et Éditeur de Musique [Untcr hn vermeille, Ln chapeau ehiflooné qui tombe sur l'oreille, Lnc longue steinkerqne à replis tortueux, Ln haut-de-chaasse lias prêt à tomber sons eux; Qui, faisant le gros dos, la main dans la ceinture, Viennent, pour tout mérite, étaler leur figure? HECTOR. Lest le jrorit présent; tes cris sont superflus, Mon enfant... NÉHINE. Je veux, moi, réformer cet abus. « oe souffrirai pas qu'on trompe ma maîtresse, Lt qu'on profite ainsi d'une tendre faiblesse; Qu'elle épouse un joueur, un petit brelandier, «JU liane dissipateur, <'l dont tout le métier '•st d'aller de cenl lieux faire la découverte |)u de jeux et d'amour ou tient boutique ouverte, Lt qui le conduiront tout droit à l'hôpital. 6 LE JOUEUR. HECTOR. Ton sermon me paraît un tant soit peu brutal. Mais, tant que tu voudras, parle, prêche, tempête, Ta maîtresse est coiffée. nérine. Et crois-tu, dans ta tête, Que l'amour sur son coeur ait un si grand pouvoir? Elle est fille d'esprit; peut-être dè3 ce soir Dorante, par mes soins, l'épousera. HECTOR. Tarare ! Elle est dans nos filets. NÉRINE. Et moi, je te déclare Que je l'en tirerai dès aujourd'hui... HECTOR. Bon, bon! iNKRINE. Que Dorante a pour lui Nérine et la raison. HECTOR. Et nous avons l'amour. Tu sais <|iio d'ordinaire, Quand l'amour veut parler, la raison doit se taire, Dans les femmes, s'entend. NÉRINK. Tu verras que chez nous, Quand la raison agit, l'amour a le dessous. Ton maître est un amant d'une espèce plaisante ! Son amour peut passer pour lièvre ititeimittente; Son feu pour Angélique est un 11 ux et reflux. HCCTOH. Elle est, après le jeu, ce qu'il aime le plus. NÉRINE. Oui; c'est la passion qui seule le dévore: Dès qu'il a de l'argent, son amour s'évapore. HECTOR, Mais, en revanche aussi, quand il n'a pas un sou, Tu m'avoueras qu'il est amoureux comme un fou. NERINE. Oh! j'empêcherai bien... HECTOR. Nous ne te craignons guère Et ta maîtresse, encor hier, promit ù Valère De lui donner due peu, pour prix de hou amour, Son portrait enrichi de brillants tout autour. Nous l'attendons, ma chère avec impatience : Nous aimons les bijoux avec concupiscence. ACTE I. SCÈNE III. NARINE. Ce portrait est tout prêt, mais ce n'est pas pour lui Et Dorante en sera possesseur aujourd'hui. HECTOR. A d'autres. NERINE. N'est-ce pas une honte à Valère, Etant fils de famille, ayant encor son père, Qu'il vive comme il fait, et que, comme un banni, Depuis un an il loge en cet hôtel garni? HECTOR. Et vous y logez bien, et vous et votre clique. NERINE. Est-ce de même ? dis. Ma maîtresse Angélique, Et la veuve, sa soeur, ne sont dans ce pays Que pour un temps, et n'ont point de pi re à Paris. HECTOn. »&Ure a déserté la maison paternelle; Mais ce n'est point à lui qu'il faut faire querelle: ™ si monsieur son père avait voulu sortir, ^•■ ANGF.UyiJK, l'arrêtant. Que faites-vous, Vàlèroî NP.KINK, bas, a Angélique. Eh bien! ne voilà pas votre tendresse maudit Qui vous prend à la gorge! Euh! ANGKLNJUK, bas, à IVérine. Tu ne m'as pas tW Nérine, qu'il viendrait se percer à nia vue; Et je tremble de peur, quand une épée est nue. ACTE II. SCÈNE XI. NKRINE, à part. Que les amants sont sots! VALKRE. Puisqu'un soin généreux Vous intéresse encor aux jours d'un malheureux, Non, ce n'est point assez de me rendre la vie; Il faut nue par l'amour désarmée, attendrie, Vous me rendiez encor ce coeur si précieux, Ce coeur sans qui le jour me devient odieux. ANGÉLIQUE, ha», à N«Wne Nérine, qu'en dis-tu 7 NKRINR, lias, à Angélique. Je dis qu'en la mêlée Vous avez moins de coeur qu'une poule mouillée. VALKRE.. Madame, au nom des dieux, au nom de vos attraits,.. ANGÉLIQUE. Si vous me promettiez... Y AL ÈRE. Oui, je vous le promets, Que la fureur du jeu sortira de mon âme, Bt que j'aurai pour vous la plus ardente flamme... NÉRINK, à part. Pour faire des serments il est toujours tout prêt. ANGÉLIQUE. " faut encore, ingrat, vouloir ce qu'il vous plaît. Oui, je vous rends mon coeur. VALKRK, baisant la main d'Angélique. Ah! quelle joio extrême! ANGELIQUE. Et, pour vous faire voir à quel point je vous aime, ^ e joins à ce présent celui de mon portrait. (elle lui donne son portrait enrichi de diainanti.) NttàlNK, à part. Hélas de mes sermons voilà quel est l'effet ! VAL KM K. Quel excès de faveurs! ANGÉLIQUE. Gardez-le, je vous prie. VAI.KHK, le baisant. Que je le garde, ô ciel! le reste de ma vie... Que dis-je? je prétends ce portrait si beau Soit mis avecque moi dans le même tombeau, ^ l que même la mort jamais ne nous sépare. NKR1NK, à par*. Que l'esprit d'une fille est changeant et bizarre! 32 LE JOUEUR. ANGÉLIQUE. No me (rompez donc plus, Valère ; et que mon roear Ne se repente point de sa facile ardeur. VALERE. Fiez-vous aux serments de mon âme amoureuse. IVKKINK, à part. Ah! que voilà pour l'oncle une époque fâcheuse! Scène XII. VALÈRE, seul. Est-il dans l'univers de mortel plus heureux? Bile me rend son coeur; elle comble mes voeux, M'accable de faveurs . .. Scène XIII. VALÈRE, HECTOR. HECTOR» Monsieur, je viens vous dire... VALÈRE. Je suis tout transporté. Vois, considère, admire ! Angélique m'a fait ce généreux présent. HECTOR. (,)ue les brillants sont gros! Pour être plus content, Je vous amène encore un lénitif de bourse, Une usurière. VALÈRE. Et qui ? HECTOR. Madame la Ressource. Scène XIV. MADAME LA RESSOURCE, VALÈRE, HECTOR- VALKKK, r-mliransan. madame la Resiourre. lié! bon jour, mon enfant: tu ne peux concevoir Jusqu'où va dans mon coeur le plaisir de te voir. MAI). LA RESSOURCE. Je vous suis obligée; on ne peut davantage. ACTE H. SCÈNE XIV. 33 HECTOR. Elle est jolie encor. Mais quel sombre équipage? Vous voilà, sans mentir, aussi noire qu'un four. VALERE. Ne vois-tu pas, Hector, que c'est un deuil de conr? M AD. LA RESSOURCE. Oh! monsieur, point du tout. Je suis une bourgeoise Qui sais me mesurer justement h ma toise. J'en connais bien pourtant, qui ne me valent pas, Qui se t'ont teindre en noire du haut jusques en bas: Mais pour moi, je n'ai point cette sotte manie; Et si mon pauvre époux était eucore en vie . , . (.elle pleure.) VALEUR. Quoi! monsieur la Ressource est mort? MAD. LA RESSOURCE. Subitement. IIKCTOR, pleurant. Subitement? Hélas! j'en suis fâché vraiment. (*«« à Valère.) Au l'ait. VALÈlif. J'aurais besoin, madame la Ressource, mille écus, MAD. LA RESSOURCE. Monsieur, disposez de ma bourse VALERE. Je fais, bien entendu, mon billet au porteur. HECTOR. je veux l'endosser. MAT). LA RESSOURCE. Avec les gens d'honneur On ne perd jamais rien. VALÈRE. Je veux que tu le prennes. Nous faisons ici-bas des routes incertaines; •Je pourrais bien mourir. Ce maraud m'avait dit Que sur des gages sûrs tu prétais à crédit. MAD. LA RESSOURCE. Sur des gages, monsieur? c'est une médisance; Je sais que ce serait blesser ma conscience. Pour des nantissements qui valent bien leur prix, De la vieille vaisselle au poinçon de Taris, «es diamants usés, et qu'on ne saurait vendre, Sans risquer mon honneur, je crois que j'en puis prend VALÈRE. Je n'ai, pour te donner, vaisselle ni bijoux. Répertoire 5ir>. 199. 3 34 LE JOUEUR. HECTOR. Oh! parbleu, nous marchons sans crainte des filous. M A D. LA RESSOURCE. Eh bien I nous attendrons, monsieur, qu'il vous en vienne. VALERE. Compte, ma pauvre enfant, que ma mort est certaine Si je n'ai dans ce jour mille écus. MAD. LA RESSOURCE. Ah, monsieur! Je voudrais les avoir, ce serait de grand coeur. VALÈRE. Ma charmante, mon coeur, ma reine, mon aimable, Ma belle, ma mignonne, et ma toute adorable . . . HBCTOH, à genoux. Par pitié. MAD. LA RESSOURCE. Je ne puis. HECTOR. Ah! que nous sommes fous! Tous ces gens-là, monsieur, ont des coeurs de cailloux. Sans des nantissements il ne faut rien prétendre. VALERE. Dis-moi donc, si tu veux, où je les pourrai prendre. HECTOR. Attendez... Mais comment, avec un coeur d'airain, Refuser un billet endossé de ma main? VALÈRE. Mais vois donc. IIKCTOIi. Laissez-moi, je cherche en ma boutique. VALÙRK, Las, â Hector. Écoute,.*. Nous avons le portrait d' Angélique. Dans le temps difficile il faut un peu s'aider. HKCTOH, bas, â Valère. Ah! que dites-vous là? vous devez le garder. VAI.ÈRK, bas, à Htctor. D'accord : honnêtement je ne puis m'en défaire. MAD. LA RESSOURCE. Adieu. Quelque autre fois nous Unirons l'affaire. VALKRIi, à madame la Ressource. Attende» donc, (bas à Hector.) Tu sais jusqu'où vont mes besoins. N'ayant pas son portrait, l'en ainierai-je moins? HECTOR, bas, à Valère. Fort bien. Mais voulez-vous que cette perfidie... ACTE II. SCÈNE XIV. 36 VALKHR, lias, à Hector. Il est vrai. J'ai tantôt cette grosse partie De ces joueurs en fonds qui doivent s'assembler. MAD. LA RESSOURCE. Adieu. VALKKK, ù madame la Ressource. Demeures donc! où voulez-vous aller? {lias à Hector.) Je ferai de l'argent; ou celui de mon père, Çnoi qu'il paisse tuimer, nous tirera d'affaire, HKCTOR, lias, à Valirc. Que peut dire Angélique alors qu'elle apprendra Que de son cher portrait . . . V4LÈRR, bas, à Hector. Et qui le lui dira? Dans une heure au plus tard nous irons le reprendre. HECTOR, bas, à Valero. Dans une heure? V4LÈRK, bas, à Hector. Oui, vraiment. HKCTOR, bas, à Valcrc. Je commence à me rendre. VAI.KRR, bas, à Hector. Je me mettrais en gage en mon hesoin urgent. IKCTOR, tm», à Valero, le considérant. Sur celte nippe-là vous auiiez peu d'argent. \ U Kit H, bas, â Hector. Du ne perd pas toujours: je gagnerai sans doute. HKCTOR, b»», à Valèrc. Voire raisonnement met le mien en déroute. sais que ce micmac ne vaut rien dans le fond. VALKHK, bas, a Hector. Je m'en tirerai hien, Hector, je t'en répond. U mad.i..... la Ressourrr, montrant In portrait d'Angélique.) Peut-on sur ce bijou, sans trop de complaisance . . . MAI). LA RESSOURCE. Dui, je puis maintenant prêter en conscience; Je vois des diamanls qui répondent du prêt, ■St qui peuvent porter un modeste intérêt. Voilà les mille écus complus dans celle bourse. TALÈRE. J° vous suis obligé, madame la Ressource. Au moins ne manquez pae de revenir tantôt; « prétends retirer mon périrait au plutôt. MAI). LA RESSOURCE. Volontiers. Nous aimons à changer de la sorte: 3* 30 LE JOUEUR. Plus notre argent fatigue, et plus il nous rapporte, Adieu, messieurs. Je suis toute à vous à ce prix, (elle tort.) HFX'TOR, à madame la Ressource. Adieu Juif, le plus Juif qui soit dans tout Paris. Scène XV. VALÈRE, HECTOR. HECTOR. Vous faites là, monsieur, une action inique. valkre. Aux maux désespérés il faut de l'émétique: Et cet argent, offert par les mains de l'amour, Me dit que la fortune est pour moi dans ce jour. FIN DU SKCOND ACTE. \ ACTE TROISIEME. Scène I. DORANTE, NÉR1NE. DORANTE. Quel est donc le sujet pourquoi ton coeur soupire? NERINE. Nous n'avons pas, monsieur, tous deux sujet de rire. DOUANTE. Dis-moi donc, si tu veux, le sujet de tes pleurs. NÉRINE. Il faut aller, monsieur, chercher fortune ailleurs. DORANTEi Cherche^ fortune ailleurs? As-tu fait quelque pièce Qui t'aurait fait sitôt chasser du ta moi très se? NK.R1N8, pleurant plus fort. Non: c'est de votre sort dont j'ai compassion; Et c'est à vous d'aller chercher condition, ACTE III. SCÈNE 11. 3/ DORANTE. Que dis-tu? XKlilNE. Qu'Angélique est une Aine légère Et s'est mieux que jamais rengagés à Valère. DORANTE. Quoique pour mou amour ce coap soit assommant, Je ne suis point surpris d'un pareil changement. Je sais que cet amant tout entière l'occupe: De ses ardeurs pour moi je ne suis point la dupe; fit, lorsque de ses feux je sens quelque retour, Je dois tout au dépit, et rien à son amour. Je ne veux point, Nérine, éclater en injures, Ni iappeler ici ses serments, ses parjures; Ainsi que mon amour, je calme mon courroux. NEltlNE. Si vous saviez, monsieur, ce que j'ai fait pour vous! DOUANTE. Tiens, reçois celte bagué; et dis à ta maîtresse Que, malgré ses dédains, elle aura ma tendresse, fit que la voir heureuse est mon plus grand bonheur. NKK1ENK, prenant la habile en pleurant. Ah! ali! je n'en puis plus; vous me fendez le coeur. Scène II. GÉRONTK, HECTOR, DORANTE, NÉRlNE. HIX'TOK, a Cloront.- Oui, monsieur, Angélique épousera Valère: 'ls ont signé la paix. GKHOMTK, à Hector. Tant mieux, (à Dorante.) Bon iour, mou frère. Qu'est-ce? Eh bien? Qu'avez-vous? V ous éles tout changé ! Allons, gai. Vous a-l-ou donné votre congé? DORANTE. Vous èles bien instruit des chagrins qu'on nie douue J m; verra point violenter personne; Et quand je perds un coeur qui cherche à s'éloigner, Mon in-,-,., j,. prétends moins perdre que gagner. OERONTE. Voilà les sentiments d'un héros de Cassandie. Entre nous, vous aviez fort grand tort de prétendre Qne sur votre neveu vous pussiez l'emporter. DORANTE. Non, je ue sus jamais jusque-lit mo flatter. 38 LE JOUEUR. La jeunesse toujours eut des droits sur les belles : L'amour est un enfant «juî hadine avec elles ; Et quand, à certain âge, on veut se faire aimer, C'est un soin indiscret qu'on devroit réprimer. (ïK HONTE. Je suis, en vérité, ravi de vous entendre ; Et vous prenez la chose ainsi qu'il la faut prendre. NÉUINE. Si l'on m'en avait cru, tout n'en irait que mieux. DOUANTE. Ma présence est assez inutile en ces lieux. Je vais de mon amour tâcher ii me défaire. (\\ sor t.) GÉRONTE. Allez, consolez-vous; c'est fort hien fait, mon frère. Adieu. Scène III. GÉRQNTB, INKJUNE, IIUCTOR. (1ÉKONTK. Le pauvre enfant! Son sort me fuit pitié. NKKINK, s'en allant. J'en ai le coeur saisi. HECTOR. Moi, j'en pleure h moitié. Le pauvre homme! Scène IV. GÉRONTE, HECTOR. URCTOH, tiraul un papier routé BVOC plusieurs autres papiers. Voilà, monsieur, un petit rôle Des dettes de mon maître. Il vous tient sa parole, Comme vous le voyez; et croit qu'en tout ceci Vous voudrez hien, monsieur, tenir la vôtre aussi. OÉRONTE. Çn, voyons, expédie au plutôt ton allaite. HECTOR. J'aurai fait en deux mots. L'honnête homme de père! Ah! qu'à notre secours ii propos vous venez! Encore un jour plus tard, nous étions ruinés. GERONTE. Je le crois. ACTE III. SCÈNE IV. 39 HECTOR. N'allez pas sur les points vons débattre; Eoi d'hounèle garçon, je n'en puis rien rabattre: Les choses sont, monsieur, tout au plus juste prix: De plus, je vous promets que je n'ai rien omis. GÉRONTK. Finis donc. HECTOR. 11 faut bien se mettre sur ses gardes. «Mémoire juste et bref de nos délies criardes, „Que Mathurin Géronte aurait tantôt promis, „Et promet maintenant de payer pour son lils." CKHONTE. (|)ue je lt> H paie, ou non, ce n'est pas ton allant. Lis toujours. HECTOR. Cest, monsieur, ce que je m'en vais faire. ),Item, doit à Richard cinq cents livres dix sous, ),Poor gagea de cinq ans, Irais, mises, loyaux coûts." GERONTE. Quel est ce Richard 1 HECTOR,. Moi, fort à votre service. Ce nom n'étant point fait du tont à la propice D'un valet de joueur, je me suis de nouveau Donné celui d'Hector, du valet de carreau. GÉRONTE. Le beau nom! HECTOR. C'est un nom d'une nouvelle espèce, tyui part de mou esprit, fécond en gentillesse. ^Secondement, il doit ■•> Jérémie Aaron, ^Usurier de métier, Juif de religion . . . OÉRONTE. Tout beau, n'embrouillons point, s'il vous plaît, les «flaires. Je no veux point payer les dettes usuraires. Htci on. Eh bien! soit. „Ptus, il doit à maints particuliers, ,,Ou quidams, dont les noms, qualités et métiers ,,Sont décrits plus au long sveoqne les parties ,,Et assignations, dont je liens les copies, ,,Dont ions les dils quidams, ou du moins peu s'en faut, ,Onl obtenu déjà sentence par défaut, f ,l* somme de dix mille une livre, une obole, ,1'our l'avoir, sans relâche, uu an, sur sa parole, 40 LE JOUEUR. „IIabillé, voiture, coiffé, chaussé ganté, „Alimenté, rasé, désaltéré, porté. GÈKONTK, faisant sauter les papiers epae tient Heetor, Désaltéré, porté; Que le diable t'emporte, Et ton maudit mémoire écrit de telle sorte! IIKCTOH, après avoir ramassé les papiers. Si vous ne m'en croyez, demain, pour vous trouver, J'enverrai les quidams tous à votre lever. oi: HONTE. La belle cour! BICTOH. „De plus, à madame une telle, „Pour certaine maison que nous occupons d'elle, Sise vers le rempart, deux cents cinquante écus, ,,Pour parfait payement de cinc| quartiers échus." * GERONTE. Quelle est cette maison. H ECTOH, Monsieur, c'est un asyle Où nous nous retirons du fracas de la ville; Où mon maître la nuit, pour noyer son chagrin, Fait entier, sans payer, quelques qnartants de vin. OKIIONTE. Et tu prétends, bourreau ... ? IIKCTOH, tourna t le rôle. Monsieur, point d'invectives. Voici le contenu de nos dettes actives: Et vous allez bien voir que le compte suivant, Payé fidèlement, se monte à presque autant. l'.hlISTE. Voyons. HECTOK. ,,Premièrement, Isaac de la Serre . , ." Il est connu de vous. GÉKONTK. Et de toute la terre: C'est ce négociant, ce banquier si fameux. IIECT0H. Nous ne vous donnons pas de ces effets verreux; Cela sent comme baume. Or donc ce de la Serre, Si bien connu de vous et de toute la terre, Ne nous doit rien. OÉKONTE. Comment ! ACTE III. SCÈNE VI. 41 HECTOR. Mais un de ses parents, Mort aux champs de Fleurus, nous doit dix mille francs. GKKONTE. Voilà certainement un effet foit bizarre! HECTOR. Oh! s'il n'était pas mort, c'était de l'or en barre! „Plus, à mon maître est dû, du chevalier Fijac, «Les droits hypothéqués sur un tour do trictrac. " GERONTE. Que dis-tu? HECTOR. La partie est de deux cents pisloles : C'est une dupe; il fait en un tour vingt écoles: II ne faut plus qu'un coup. GKKONTK, lui donnant un soufflet Tiens, maraud, le voilà, Pour m'offrir un mémoire égal à celui-là. Va porter cet argent à celui qui l'envoie. HECTOR. Il ne voudra jamais prendre cette monnaie. GERONTE. Impertinent maraud! va, je t'apprendrai bien, Avecque ton trictrac. .. HECTOR. Il a dix trous à rien. Scène V. HECTOR, seul. Sa main est à frapper, non à donner, légère; Et mon maître a bien lait de faire ailleurs affaire. Scène VI. VALÈRE, HECTOR. (Valère entre en eomplant beaucoup d'argent dans son rkapeau,) HBCTOIt, à part. Mais le voici qui vient poussé d'un heureux vent: Il a les yeux sereins et l'accueil avenant. {liant,) i> ar votre or d r e, monsieur, j'ai vu monsieur Gé route, Qui de notre mémoire a fait fort peu de compte: 42 LE JOUEUR. Sa monnaie est frappée avec un vilain coin ; Et de pareil argent nous n'avons pas besoin. J'ai vu, chemin faisant, aussi monsieur Dorante: Morbleu, qu'il est fâché! VALÈHK, comptant toujours. Mille deux cents cinquante. HKCTOK, à part. La flotte est arrivée avec les galions: Cela va diablement hausser nos actions. {hanl.') J'ai vu pareillement, par votre ordre, Angélique ; Elle m'a dit. . . VALKHK, frappant du pied. Morbleu! ce dernier coup me pique ; Sans les cruels revers de deux coups inouïs, J'aurais encor gagné plus de deux cents louis. HECTOK. Cette lille, monsieur, de votre amour est folle. VALEUR. Damon m'en doit encor deux cents sur sa parole. HKCTOR, le tirant par la manche. Monsieur, écoutez-moi; calmez un peu vos sena: Je parle d'Angélique, et depuis fort long-temps. VALEUR, avec distraction. Ah! d'Angélique. Eh bien! comment suis-je avec elle? HICTOK. On n'y peut être mieux. Ah! monsieur! quelle est bw Et que j'ai de plaisir à vous voir raccroché! VALÈKK, avec distraction. A le dire le vrai, je n'en suis (tas fâché. HECTOR. Comment! quelle froideur s'empare de votre âme! (Quelle glace! Tantôt vous étiez tout de flamme. Ai-je tort, quand je dis que l'argent de retour Vous fait faire toujours banqueroute à l'amour'? Vous vous sentez en fonds, ergo plus do maîtresse. VALEUR. Ah! juge mieux, Hector, de l'amour qui me presse. J'aîme autant que jamais; mais sur ma passion J'ai l'ait, en te quittant, quelque réflexion. Je ne suis point du tout né pour le mariage! Des parents, des enfants, une femme, un ménage; Tout cela me fait peur. J'aime In liberté. HECTOK. Et le libertinage. VAL kit K. Hector, eu vérité, ACTE III. SCÈNE VI. Il n'est point dans le monde un état plus aimable Que celui d'un joueur: sa vie est agréable; Ses jours sont enchaînés par des plaisirs nouveaux. Comédie, opéra, bonne chère, cadeaux; Il traîne en tous les lieux la joie et l'abondance; On voit régner sur lui l'air de magnificence, Tabatières, bijoux: sa poche est un trésor; Sous les heureuses mains le cuivre devient or. HECTOR. Et l'or devient à rien. YALÈRE. Chaque jour mille belles Lui font la cour par lettre, et l'invitent chez elles: porte, à son aspect, s'ouvre à deux grands battants Là, vous trouvez toujours des geus divertissans, ï)es femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche, Lt qui sur le prochain vous tirent à cartouche, I)es oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon scandaleux, ^ fi s Lttcrèces du temps, là, de ces filles veuves Qui veulent imposer et se donner pour neuves, *'° vieux seigneurs toujours prêts a vous cajoler, *»•>. plaisants qui font rire avant que de parler. l ' u ^ agréablement peut-on passer la vie? Il ECTOR. D accord. Mais quand on perd, tout cela vous ennuie. VALÈRE. Le jeu rassemble tout; il unit à la fois Le turbulent marquis, le paisible bourgeois: La femme du banquier, dorée et triomphante, Coupe orgueilleusement la duchesse indigente. Là, sans distinction, on voit aller de pair Le laquais d'un commis avec un duc et pair; Ll, quoi qu'un sort jaloux nous ait fait d'injustices, De sa naissance ainsi l'on venge les caprices. HECTOR. A ce qu'on peut juger de ce discours charmant, Vous voilà donc eu grâce avec l'argent comptant, lant mieux. Pour se conduire en bonne politique, " faudrait retirer le portrait d'Angélique, VALÈRE. Nous verrons. HECTOR. Vous savez . . . VAL Y. lî K. Je dois jouer tantôt. 44 LE JOUEUR. HECTOR. Tirez-en mille écus. VALÈRK. Oh! non; c'est un dépôt . . . HECTOR. Pour mettre quelque chose à l'abri des orages, S'il vous plaisait du moins de me payer mes {rages? VALÈRE. Quoi ! je te dois? HECTOR. Depuis que je suis avec vous, Je n'ai pas, en cinq ans, encor reçu cinq sous. VALERE, Mon père te paiera; l'article est au mémoire. HECTOR. Votre père? Ah! monsieur, c'est une mer à boire; Son argent n'a point cours, quoiqu'il soit bien de poids. VALÈRK. Va, j'examinerai fou compte une autre fois. J'entends venir quelqu'un. HECTOR. Je vois votre sellière: Elle a flairé l'argent. VALKlfK, mettant prompti'iiieiit son argent rlanrt sa pocR*» Il Tant nous eu défaire. HECTOR. Et monsieur Galonier, votre honnête failleur. VALERE. Quel contre-temps! Scène VIL MAD. ADAM, M. 6AL0NIBR, VALÈRE, HECTOR. VAi.hu:. Je suis votre humble serviteur, lion jour, madame Adam. Quelle joie est la mienne. Vous voir! c'est du plus loin, parbleu, qu'il me souvie» Be ' MAD. ADAM. Je viens pourtant ici souvent Faire ma cour; Mais vous jouez la nuit, et vous dormez le jour. VALERK. C'est pour celle calèche à refours à ramage? MAD. ADAM. Oui, s'il vous [«lait. ACTE III. SCKNE VII. 45 VALÈllE. Je suis fort content de l'ouvrage; H faut vous le paver. . . (bas, à Hector.) Songe par quel moyen Tu pourras me tirer de ce triste entretien. (haut.) Vous, monsieur Galonier, quel sujet vous amène? M. GALONIKH. Je viens vous demander. . . HRCTOR, il M. Galonier. Vous prenez trop de peine. M. GALONIKR, à Valire. Vous . . . HRCTOR, à H Galonier. Vous faites toujours mes habits trop étroits. M. GALONIKR, à VaUra. *i. . . IIKCTOK, 1 M. Galonier. Ma culotte s'use en deux ou trois endroits. M. GALONIKR, a Valère. Je . . . HRCTOR, a M. Galonier. Vous cousez si mal. . . MAI). ADAM. Nous marions ma fille. VALÉKE. Quoi! vous la mariez? Elle est vive et gentille; Et son époux futur doit en être content. MAD. ADAM. •Nous aurions grand besoin d'un peu d'argent comptant. VALKH (. Je veux, madame Adam, mourir à votre vue I ai . . . MAD. ADAM. Depuis long-temps cette somme m'est due. VALKlt I. Qoe je sois un maraud, déshonoré cent fois, ^' l'on m'a vu toucher un sou depuis six mois. Il ICTOR, Oui, nous avons tous deux, par pieté profonde, Fait voeu de pauvreté: nous renonçons au monde. M. GAI.ONIF.K. Que votre coeur pour moi se laisse un peu toucher! Notre femme est, monsieur, sur In point d'accoucher. Donnez-moi cent écus sûrs et tant moins de dettes. HRCTOR, à M. Galonier. Et de quoi diable aussi, du métier dont vous clos, Vous avisez-vous là de faire des enfants? faites-moi des habits. 46 LE JOUEUR. M. GALONIER. Seulement deux cents francs. VALÉRE. Et mais. .. si j'en avais .. . comptez que dans la vie Personne de paver n'eut jamais tant d'envie. Demandez . . . HECTOR. S'il avait quelques deniers comptants, Ne me paierait-il pas nies gngte de cinq ans? Votre dette n'est pas meilleure que la mienne, MAI». ADAM. Mais quand faudra-t-il done, monsieur, que je revienne ? TAtim, Triais... quand il vous plaira... dès demain; que sait-on? HECTOR. Je vous avertirai, quand il y fera bon. M. GALON I M H. Pour moi, je ne sors pas d'ici qu'on ne m'en chasse. HKCTOK, i part. Non, je ne vis jamais d'animal si tenace, VALEUR. Écoutez, je vous dis un secret, qui, je croi, Vous plaira dans la suite autant et plus qu'à moi: Je vais me marier tout-â-fait; et mon père Avec mes créanciers doit me tirer d'affaire, HECTOR. Pour le coup . • . I>I AI». AI» A M. 11 me faut de l'argent cependant. iiector. Cette raison vaut mieux que de l'argent comptant. Montrez-nous les talons. M, GALONIER. Monsieur, ce mariage Se fera-t-il bientôt? HECTOR. Tout an plutôt. J'enrage. MAI). ADAM. Sera-ce dans ce jour? HECTOR. Nous l'espérons. Adieu. Soi lez. Nous alternions la future en ce heu; Si l'on vous trouve ici, vous gâterez, l'allaire. IYIAI>. AI>AM. Vous me promettez doue . . . HECTOR. t . Allez, laissez-moi fane. ACTE III. SCÈNE X. 47 MAI). A0A1H et M. GALOMBK, ensemble. Mais, monsieur... HKCTOR, les mettant dehors. Que de bruit! Oh! parbleu, détalez. Scène VIII. VALÈRE, HECTOR. HKCTOR, riant. Voilà des créanciers assez bien régalés. Vous devriez pourtant, en fonds comme vous êtes . .. VALÏRK. Rien ne porte malheur comme payer ses dettes. HECTOR. Ah ! je ne dois donc plus m'étonner désormais ûs . r ■ . 551 tant d'honnêtes gens ne les payent jamais. Scène IX. LE MARQUIS, VALÈRE, HECTOR, Trois Laquais. HECTOR. Mais voici le marquis, ce héros de tendresse. VALÈBÏ. C' e st là le soupirant? HECTOR. Oui, de notre comtesse. LK D1AIWH IS, vers la coulisse. Que ma chaise se tienne à deux cents pas d'ici. « vous, mes trois laquais, éloignez-vous aussi; Je Suis incognito. (les laquaii sortent.) Scène X. LE MARQUIS, VALÈRE, HECTOR. HRCTOK, a Valtr». Que prétend-il donc faire? LK M A KO l'IS, à Valère. N'est-ce pas vous, monsieur, qui vous nommez Vaière? VALÈRE. Oui, monsieur; c'est ainsi qu'on m'a toujours nommé. 48 LE JOUEUR. LE MARQUIS. Jusqnes au fond du coeur J'en suis parbleu charmé, Faites <|ii(! ce valet à l'écart se retira. VAI.KKK, à llr.tor. Va-t'en. HECTOR. Monsieur. .. YALKHE. Va-t'en: faut-il te le redire? Scène XI. LE MARQUIS, VALÈRE. LE MARQUIS. Savez-vous qui je suis? YALÉRE. Je n'ai pas cet Lonneur. LE MARQUIS, 1 |iart. Courage; allons, marquis, montre de la vigueur: {bai.) 11 craint, {/tau/.) Je suis pourtant fort connu o*â»> la ville, Et, si vous l'ignorez, sachez que (e faufile Avec dues, archiducs, princes, seigneurs, marquis, Et tout ce que la cour offre de plus exquis, Petits-maître de robe à courte et longue queue. J'évente les beautés, et leur plais d une lieue. Je m'érige aux repas en maître arehitriclin; Je suis le chansonnier el l'âme du festin. Je suis parlait en tout. Ma valeur est connue; Je ne me bats jamais qu'aussitôt je ne tue: De cent jolis combats je me suis démêlé: J'ai la botte trompeuse, et le jeu très brouillé. Mes aïeux sont connus; ma race est ancienne; Mon trisaïeul était vieux-bailli du Maine. J'ai le vol du chapon: ainsi, dès le berceau, Vous voyez que je suis gentilhomme manceam VALÈHE. On le voit à votre air. LE MARQUIS. J'ai sur certaine femme Jeté, sans y songer, quelque amoureuse flamme. .l'ai trouvé la matière assez sèche de soi; Mais la belle est tombée amoureuse de moi. Vous le croyez sans peine; on est l'ait d'un modèle ACTË III. SCÈNE XI. A prétendre hypothèque, à fort hon droit, sur elle* Et Vouloir faire obstacle à de telles amours, C'est prétendre arrêter un torrent dans son cours. VALERE. Je ne crois pas, monsieur, qu'on fût si téméraire. LE MARÇUIS. On m'assure pourtant que vous le voulez faire. valkre. Moi? I,E MARQUIS. Que, sans respecter ni rang- ni qualité, Vous nourrissez dans l'âme une velléité De me barrer son coeur. Y AI.KHK. C'est pure médisance; Je sais ce qu'entre nous le sort mit de distance, LK MARQUIS, bu. J ' 'reinble. (haut.) Savez-vous, monsieur du lansquenet, Que j'ai de quoi rabattre ici votre caquet? YALÈllK. Je le sais. I.K MARQUIS. Vous croyez, en votre humeur caustique, lin agir avec moi comme avec l'as de pique ? VALKRE. ™ 01 , monsieur? LE MAROl'IS, Lias. Il me craint, (haut.) "Vous faites le plongeon, "*tit noble à nasarde, enté sur sauvageon. (.Valère enfonce son chapeau.) LK MARQUIS) Las. ^ erois qu'il a du coeur, (hettit,) Je retiens ma colère: Mais . . . VALÈRK, mettant la maïn sur son cpr'o. Vous le voulez donc? il faut vous satisfaire. LK MARQUIS. Non! bon! je ris! VALÈRK. Vos ris ne sont point de mon goût, Et vos airs insolents ne plaisent point du tout. v °us êtes un faquin ... - LE MARÇUIS. Cela vous plaîl a dire. VALKRE, ^ n fat, un malheureux. Répertoire No. 10!). 4 50 LE JOUEUR. LE MARQUIS. Monsieur, vous voulez rire. VALKRR, mettant l'epce à lu main. Il faut voir sur-le-champ si les vice-baillis Sont si francs du collier que vous l'avez promis. LE MARQUIS. Mais faut-il nous brouiller pour un sot point de gloire VALKIiE.. Oh! le vin est tiré, monsieur; il le faut boire. LK MARQUIS, criant. Ah ! ah! je suis blessé! Scène XII. LE MARQUIS, VALÈRE, HECTOR. HBCTOB, accourant. Quels desseins emportés , . . LK MARQUIS, mettant l'épie à la main. Ah! c'est trop endurer.. . HKCTOB, au marquis Ah ! monsieur, arrêtez ! LK MARQUIS, à Hector. Laissez-moi donc. HKCTOR, au marquis. Tout beau. VALKRK, à Hector. Cesse de le contraindre: Va, c'est un malheureux qui n'est pus bien à craindre* IIK.UTOH, au marquis. Quel sujet. . ■ LK MARQUIS, fièrement, .'. Hector Votre maître a certains petits airs . . . (Valcre «'approche du marquis.) LU MARQUIS, effraya 1 , dit doucement. Et prend mal-à-propos les choses de travers. On vient civilement pour s'éclaircir d'un doute, Et monsieur prend la chèvre; il met tout en déroute, Fait le petit mutin. Oh! cela n'est pas bien. HBUTOH, au marquis Mais eneor, quel sujet? LE MARQUIS, à Hector. Quel sujet? moins que rien: L'amour de la comtesse auprès de lui m'appelle... ACTE III. SCÈNE XIII. IIKI'TOH , au marquis. Ah! diable, c'est avoir une vieille querelle. Quoi! vous osez, monsieur, d'un coeur ambitieux, Sur noire patrimoine ainsi jeter les yeux? Attaquer la comtesse, et nous le dire encore? LK iUAKOI IS, à Hector. Bon! je ne l'aime pas; c'est elle qui m'adore. VALÈKK, au parquil* Oli! vous pouvez l'aimer autant qu'il vous plaira; C'est un bien que jamais on ne vous enviera: Vous êtes en effet un amant digne d'elle; Je vous cède les droits que j'ai sur cette belle. IIKCl'OR. Oui, les droits sur le coeur; mais sur la bourse, non. I.K MAItOIIS, à part, mettant 8011 épéc dans le fourreau. Je le savais bien, moi, que j'en aurais raison. El voilà comme il faut se tirer d'une affaire. HRCTOH, au marquis. N'auriez-vous point besoin d'un peu d'eau vulnéraire? LE M AHOI'lS , à Vali i o. •je suis ravi de voir que vous avez du coeur, Kt que le tout se soit passé dans la douceur. Serviteur. Vous et moi nous en valons deux autres. « suis de vos amis. VALÉHK. Je ne suis pas des vôtres. 51 Scène XIII. VALÈRE, HECTOR. VALKRE. Voilà donc ce marquis, cet homme dangereux? HECTOR. Oui, monsieur, le voilà. VALÈRE. C'est un grand malheureux. Je crains que mes joueurs ne soient sortis du gitej Us ont trop attendu: j'y retourne au plus vite. J'ai dans le coeur, Hector, un bon pressentiment; Et je dois aujourd'hui gagner assurément. HECTOR. Votre coeur est, monsieur, toujours insatiable : Ces inspirations viennent souvent du diable; Je vous en avertis, c'est un futé matois. r 52 LE JOUEUR. VALERE. Elles m'ont réussi déjà plus d'ane fois. HECTOR. Tant va la cruche à l'can. . . VALERE. Paix. Tu veux contredire A mon âge crois-tu m'apprendre à me conduire? HECTOR. Vous ne me parlez point, monsieur, de voire amour. VALÈRE. Non. Scène XIV. HECTOR. Il m'en parlera peut-être :'t son retour. fin mr troixikmr actk. ^ ACTE QUATRIEME. Scène I. ANGÉLIQUE, NÉRINE. NERINE. En vain vous m'opposez une indigne tendresse; Je n'ai vu de mes jours avoir tarit de mollesse: Je ne puis sur M point m'accorder avec \niis. Valere n'est point t'ait ponr être voire époox; Il ressent pour le jeu des fureurs Don-pareilles, Et cet homme perdra qnelqne jour ses oieilles. AU RELIOUE. Le temps le guérira de cet aveuglement. NÈRINE. Le temps augmente encore un tel attachement. ANOKi.mi i:. Ne combats plus, Nérine, une ardeur qui m'enchante; Tu prendrais pour l'éteindre une peine impuissante. ACTE IV. SCÈNE II. Il est des noeuds formés sous des astres malins, Qu'on chérit malgré soi. Je cède à mes destins. La raison, les conseils ne peuvent m'en distraire: Je vois le bon parti ; mais je prends le contraire. NKKINE. Eh bien! madame, soit; contentez votre ardeur, J'y consens: acceptez pour époux un joueur, Qui, pour porter au jeu son tribut volontaire, Vous laissera manquer même du nécessaire; toujours triste ou fougueux, pestant contre le jeu, Ou d'avoir perdu trop, ou bien gagné trop peu. Quel charme qu'un époux qui, flattant sa manie, Fait vingt mauvais marchés tous les jours de sa vie} Prend pour argent comptant, d'un usurier fripon, Oes singes, des pavés, un chantier, du charbon ; Qu'on voit ii chaque instant prêt à faire querelle Aux bijoux de sa femme, ou bien à sa vaisselle; Qui va, revient, retourne, et s'use à voyager Chez l'usurier, bien plus qu'à donner il manger; Quand, après quelque temps, d'intérêt surchargée, 'J 'a laisse où d'abord elle fut engagée, Et prend, pour remplacer ses meubles écartés, Ues diamants du temple, et des plais argentés; '•ni que, dans sa fureur n'ayant plus rien à vendre, empruntant tous les jours, et ne pouvant plus rendre, femme signe enfin, et voit en inoins d'un an Ses terres en décret, et son lit ;i l'encan! ANCKI.IOUE. ^ e ne veux point ici m'affliger par avance: L'événement souvent confond la prévoyance. Il quittera le jeu NKHIVK. Quiconque aime, aimera; Et quiconque a joué, toujours joue, et jouera, Certain docteur l'a dit; ce n'est point menterie. Et, si vous le voulez, contre \ous je parie *OUt ce qui; |e possède, el tues gages d'un an, Qu'à L'heure que je parle il es) dans un brelan. Scène 11. ANGÉLIQUE, NÉRINE, HECTOR. NKKINE. Nous le saurons d'Hector qu'ici je vois paraître. 54 LE JOUEUR. ANGKI.IOUK, i Hector. Te voilà bien soufflant. En quels lieux est ton maître? HRCTUH embarrassé. En quelque lieu qu'il soit, je réponds de son coeur; Il sent toujours pour vous la plus sincère ardeur. NER1NE. Ce n'est point là, maraud, ce que l'on te demande. HRCTOR, voulant l'échapper. Maraud! Je vois qu'ici je suis de contrebande. NÉlilNE. Non, demeure un moment. HECTOK. Le temps me presse. Adieu. NÉniifE. Tout doux. N'est-il pas vrai qu'il est en quelque lieu Où courant le hasard ... HECTOR. Parlez mieux, je vous prie. Mon maître n'a hanté de tels lieux de sa vie. ANGÉL1QUK, A Hector. Tiens, voilà dix louis. Ne me mens pas; dis-moi S'il n'est pas vrai qu'il joue à présent. HECTOR. Oh! ma foi, Il est bien revenu de cette folle rage, Et n'aura pas de goût pour le feu davantage. ANGÉLIQUE. Avec tes faux soupçons, Nérine, eh bien ! tu vois ! HECTOR. Il s'en donne aujourd'hui pour la dernière fois. ANGELIQUE. Il jouerait donc? HECTOR. Il joue, à (lire vrai, madame, Mais ce n'est proprement que par noblesse d'ame: On voit qu'il se défait de son argent expiés, Pour n'être plus louché que de vos seuls attraits. NÉMNir, à Angélique. Eh bien, ai-je raison? HECTOR. Son mauvais sort, vous dis-je, Mieux que tous vos discours aujourd'hui le corrige. ANGELIQUE. Quoi ? . . . HECTOR. N'admirez-vous pas cette fidélité ? ACTE IV. SCÈNE III. 55 Perdre expiés son argent pour n'être plus tenté." H sait que l'homme est faible, il se met en défense. Pour moi, je suis charmé de ce trait de prudence. ANGÉLIQUE. tyuo'il ton maître jouerait au mépris d'un serment? HECTOR. C'est la dernière fois, madame, absolument. On le peut voir encor sur le champ de bataille,' Il frappe à droite, il gauche, et d'estoc, et de taille; Il se défend, madame, eucor comme un lion. Je l'ai vu, dans l'effort de la convulsion, Maudissant les hasards d'un combat trop funeste: De sa bourse expirante il ramassait le reste: lit, paraissant encor plus grand dans son malheur, 'I vendait cher son sang et sa vie au vainqueur. NEHINE. Pourquoi l'as-tu quitté dans cette décadence? HECTOR. Comme un aide-de-carap je viens en diligence Appeler du secours: il faut faire rapprocher Notre corps de réserve; et je m'en vais chercher lieux cents louis qu'il a laissés dans sa cassette. NÉK1NE. Kh bien! madame, eh bien! êtes-vous satisfaite'? HECTOR. l j *s partis sont aux mains; à deux pas on se bat, lît les moments sont chers en ce jour de combat. Nous allons nous servir de nos armes dernières, Et des troupes qu'au jeu l'on nomme auxiliaires. Scène III. ANGÉLIQE, NÉR1NE. NÉR1NK. Vous l'entendez, madame! Après celle action, Pour Valère armez-vous de belle passion ; Cédez à votre étoile, épousez-le. J'enrage, Lorsque j'entends tenir ce discours à votre âge. Mais Dorante qui vient. . . ANGÉLIQUE. Ah! sortons de ces lieux: Je ne puis me résoudre h paraître à ses yeux. 56 LE JOUEUR. Scène IV. DORANTE, ANGÉLIQUE, NÊRINE. DORANTR, à Angélique qui «ort. Eh quoi! vous me fuyez? Daignez au moins m'apprendre-., Scène V. DORANTE, NÉRINE. DORANTE. Et toi, Nérine, aussi, tu ne veux pas m'entendre? Yeux-tu de ta maîtresse imiter la rigueur? NÊRINE. Non, monsieur; je vous sers toujours avec vigueur. Laissez-moi faire. Scène VI. DORANTE. 0 ciel! ce trait me désespère. Je veux approfondir un si cruel mystère, (ii va |, UU r «oriir.) Scène VII. LA COMTESSE, DORANTE. LA COMTESSE. Ou courez-vous, Dorante* DORANTE, i pari. 0 contre-temps l£cheux Checchoas ii l'éviter. LA COMTESSE. Demeurez en ces lieux, J'ai deux mois à vous dire; H votre âme coateate... IVlais non, retirez vous; un homme m'époutaotc; L'ombre d'un tête-à-tête, et dedans et dehors, Me fait, même en été, frissonner tout le corps. DOKANTK, ■liant poar sortir J'obéis... LA COMTKSSK. Revenez. Quelque espoir qui vous guide, ACTE IV. SCÈNE VII. 57 Le respect h l'amour saura servir de bride, N'est-il pas vrai? DORANTE. Madame . .. LA COMTKSSE. Eu ce temps les amants Près du sexe d'abord sont si gesticulants... Quoiqu'on soit verlueuso, il faut telle paraître; Et cela quelquefois coûte bien plus qu'à l'être. DORANTE. Madame... LA COMTESSE. En vérité, j'ai le coeur douloureux Qu'Angélique si mal reconnoisse vos feux; Et, si je n'avais pas une vertu sévère Qui me fait renfermer dans un veuvage austère, •' e pourrais bien... Mais non, je ne puis vous ouir; ^' vous continuez, je vais m'évanouir. DOUANTE, Madame... LA COMTESSE. V«s discours, votre air soumis et tendre feront que m'aigrir, au lieu de me surprendre, ^finissons la tendresse, il faut la supprimer. " v ne puis, en un mot, me résoudre d'aimer. DORANTE. Madame, en vérité, je n'en ai nulle envie, Et veux bien avec vous n'en parler de ma vie. LA COMTESSE. X 0 ''*') je vous l'avoue, un fort sot compliment, Me trouvez-vous, monsieur, femme à manquer d'amant? ^ ai mille adorateurs qui briguent ma conquête; Et leur encens trop fort me fait mal à la tête. Ali! vous le prenez là sur un fort joli ton, En vérité ! Madame... Ee respect.., DOUANTE. LA COMTESSE. Et je vous trouve bou ! DORANTE. LA COMTESSE. Le respect est là mal en sa place; Et l'on ne me dit point pareille chose en face. S' tous mes soupirants pouvaient me négliger, •le oe v„„ s prendrais pas pour m'en dédommager. " u respect! du respect! Ah! le plaisant visage! 58 LE JOUEUR. DOUANTE. J'iti cru que vous pouviez l'inspirer à voire âge*. Mais monsieur le marquis, qui paraît en ces lieux, Ne sera peut-être aussi respectueux. Scène VIII. LA COMTESSE, seule. Je suis au désespoir : je n'ai vu de ma vie Tant de relâchement dans la galanterie. Le marquis vient: il faut m'assurer un parti; Et j'.' n'en prétends pas avoir le démenti. Scène IX. LE MARQUIS, LA COMTESSE. LE MARQUIS. A mon bonheur, enfin, madame, tout conspire: Vous êtes toute à moi. LA COMTESSE. Que voulez-vous donc dire, Marquis? LE MAROIJIS. Que mon amour n'a plus de concurrent; Que je suis et serai votre seul conquérant; Que, si vous ne battez au plutôt la chamade, Il faudra vous résoudre à souffrir l'escalade. LA COMTESSE. Moi! que l'on m'escalade? LI MAUr>UIS. Entre nous, sar.s façon, A Valère de près j'ai serré le bouton: Il m'a cédé les droits qu'il avait sur votre âme. LA COMTESSE. Eh! le petit poltron! LE MAHOUIS. Oh! palsambleu, madame, Il serait un Achille, un Pompée, un César, Je vous le conduirais poings liés ;» m"" char. II ne faut point avoir de mollesse en sa vie. Je suis vert. l.A COMTESSE. Dans le fond j'en ai l'âme ravie. ACTE IV. SCÈNE IX. 59 Vous ne connaissez pas, marquis, tout votre mal ; Vous avez à combattre encor plus d'un rival. LE MARQUIS. '•"0 ilon de votre coeur couvre un peu trop de gloire, l'our D'être que le prix d'une seule victoire: Vous n'avez qu'à Dominer.». LA COMTESSE. Non, non, je ne veux pas Vous exposer sans cesse à de nouveaux combats. LE MARQUIS. Est-ce ce financier de noblesse mineure, Qui s'est fait depuis peu gentilhomme en une beure; Qui bâtit un palais sur lequel on a mis Bans un grand marbre noir, en or: L'hôtel Damis; ^ui q U j voyait jadis imprimé snr sa porte, bureau du pied fourché, chair salée el chair morte; Qui dans mille portraits expose ses aïeux, ^on père, son grand-père, et les plaie en tous lieux, sa maison de ville, en celle de campagne, J^'s fait venir tout droit des comtes de Champagne, j^J de ceux de Poitou, d'autant que, pour certain, '••un s'appelait Champagne, et l'autre Poitevin? LA COMTESSE. * v os transports jaloux un autre se dérobe. LE MARQUIS. C'est donc ce sénateur, cet Adonis de robe, Ce docteur eu soupers, qui se lait au palais, sait sur îles ragoûts prononcer des arrêts; Qui juge sans appel, sur un vin île Champagne, S'il est de Rein», du Clos, ou bien de la Montagne, Qui, de livres de droit toujours débarrassé, "orte coi^ine en poche, et poivre concassé ? LA COMTESSE. N°n, marquis, c'est Dorante; et j'ai su m'en défaire. LE MARQUIS. Quoi! Dorante! cet homme à maintien débonnaire, C« croquant, qu'à l'instant je viens de voir sortir? LA COMTESSE. C'est lui-même. LE MARQUIS. Kh! parbleu, vous deviez m'averlir, Nous nous serions parlé sans sortir de la salK •*, e «e suis pas méchant; mais, sans bruit, sans scandale, ^ a "s lui donner le temps seulement de crier, Pour lui votre fenêtre eilt servi d'escalier. 00 LE JOUEUR. LA COMTESSE. Vous ('.tes turbulent. Si vous étiez plus sage, On pourrait... LE MARQUIS. La sagesse est tout mon apanage. LA COMTESSE. Quoiqu'un engagement m'ait toujours fait horreur, On aurait avec vous quelque affaire de coeur. LE MAKQU1S. Ali! parbleu, volontiers: vous me chatouillez l'amc. Par affaire de coeur, qu'entendez-vous, madame? LA COMTESSE. Ce que vous entendez vous-même; et je prétends Qu'un hymen bien scellé... LE MARQUIS. C'est comme je l'entends Et ce n'est qu'en époux que je prétends vous plaire. LA COMTESSE. Je ne donne mon coeur que parderant notaire: Je veux un bon centrât sur de bon parchemin, Et non pas un hymen qu'on rompt le lendemain. LE MARQUIS» Vous aimez chastement; je vous en félicite, Et je me donne à vous avec tout mon mérite, Quoique cent fois le jour ou me mette ii la main Des partis à fixer un empereur romain. LA COMTESSE, Je crois que nos deux coeurs seront toujours fidèles. LE MAHQUIS. Oh! parbleu, nous vivrons comme deux tourterelles. Pour vous perler, madame, un coeur tout dégagé-, Je vais dans ce moment signifier congé A des beautés sans nombre il qui mon coeur renonce, Et vous aurez dans peu ma dernière réponse. LA COMTESSE. Adieu, Passe le ciel, marquis, que dans < <■ four Un hymen soit le sceau d'un si parlait amoui ! Scène X. LE MAPtQUlS, teul. Eh bien! marquis, lu vois, tout rit à ton mérite; Le rang, le coeur, le bien, tout pour toi sollicite: Tu dois être content de loi par tout pays: ACTE IV. SCÈNE XIf. On le serait a. moins. Allons, mate, marquis. Quel bonheur est le tien! Le ciel à ta naissance wpandit sur tes jours sa plus douce inlluence ; Tu fng je crois, pétri par les mains de l'Amour; N'es-tu pas fait à peindre? est-il homme à la cour Qui de la tête aux pieds porte meilleure mine, Une jambe mieux faite, une taille plus line? Et pour l'esprit, parbleu, tu l'as des plus exquis: Que te manque-t-il donc? Allons, saute, marquis. La nature, le ciel, l'amour, et la fortuuc, De tes prospérités font leur cause commune; Tu soutiens ta valeur avec mille hauts faits; Tu chantes, danses, ris, mieux qu'on ne fit jamais: yeux à fleur de tête, et les dents assez belles, •'"niais en ton chemin trouvas-tu de cruelles? ^ >,! 's du sexe tu vins, tu vis, et tu vainquis: Que ton sort est heureux! Allons, saute, marquis. Scène Xï. LE MARQUIS, HECTOR. . HECTOR, ^'tendez un moment. Quelle ardeur vous transporte ! quoi! monsieur, tout seul vous sautez de la sorte! _ LE MARQUIS. c** v *st un pas de ballet que je veux repasser. HECTOR. J*°n maître, qui me suit, vous le fera danser, 'uensicur, si vous voulez. LE MARQUIS. Que dis-tu là? ton maître] t HECTOR. "H, monsieur, à l'instant vous l'allez voir paraître. |, LE MARQUIS. j*B ces lieux je ne puis plus long-temps m'arrèter: OUr cause nous devons Ions deux nous éviter: yuand ma verre me prend, je ne suis plus traitable; | est brûlai, je suis emporté comme un diable; manque de respect pour les vice-baillis, Kt nous aurions du bruit. Allons, saute, marquis. Scène XII. HECTOR, seul. Allons, saule, marquis. Un tour de cette sorte ,Vs ' volé d'un Gascon, ou le diable m'emporte. 62 LE JOUEUR. Il vient de la Garonne. Oli! parbleu dans ce temps Je n'aurais jamais cru les marquis si prudents. Je ris; et cependant mon maître à l'agonie Cède en un lansquenet à son mauvais génie. Scène XIII. VALÈRE, HECTOR. HECTOR. f,e voici. Ses malheurs sur son front sont écrits: Il a tout le visage et l'air d'un premier pris. VA LE HE. Non, l'enfer en courroux, et toutes ses furies N'ont jamais exercé de telles barbaries. Je te loue, ô destin, de tes coups redoublés; Je n'ai plus rien à perdre, et tes voeux sont comblés. Pour assouvir enror la fureur qui t'anime Tu ne peux rien sur moi; cherche une autre victime. IIK.CTOK, à part. Il est sec. VALERE* De serpents mon coeur est dévoré; Tout semble en un moment contre moi conjuré. (il prend Hector a la cravatle.) Parle. As-tu jamais vu le sort et son caprice Accabler un mortel ave plus d'injustice, Le mieux assassiner? perdre tous les paris, Vingt fois le coupe-gorge, et toujours premier pris? Réponds moi donc, bourreau! HECTOR. Mais ce n'est pas ma faut"'. VALEHK. As-fn vu de tes jours trahison aussi haute? Sort cruel, ta malice a bien su triompher; Et tu ne me Battait que pour mieux m'étoufln. Dans l'état où je suis je puis tout entreprendre ; Confus, désespéré, je suis prêt à me pendre. utero*. Heureusement pour vous vous n'avez pas un sou Dont vous puissiez, monsieur, acheter un licou. Voudriez-vous souper * VALERE. Que. la foudre t'écrase! Ah! charmante Angélique, en l'ardeur qui m'embrase, A vos seules boutés je veux avoir recours: ACTE IV. SCENE XIII. 63 >le n'aimerai que vous; m'aimcriez-vons toujours'? Mon coeur, dans les transports de sa fureur extrême, N'est point si malheureux, puis qu'enfin il vous aime. IIKCTOR, à part. Notre bourse est à fond; et, par un sort nouveau, Notre amour recommence à revenir sur l'eau. VA I.KUF. Calmons le désespoir où la fureur me livre. Approche ce fauteuil. (Hector approche un «aulpnll. VALEUR, assis. Va me chercher un livre. HECTOR. tynel livre voulez-vous lire en votre chagrin? VALERE. Celui qui te viendra le premier sous la main; " m'importe peu: prends dans ma bibliothèque. HRCTOR, sort, et rentre tenant un livre Voilà Séneque. VALKRE. Lis. HECTOR. Que je lise Séneque ? VALKI1K. Uui. Ne sais-tu pas lire? HECTOR. liéI vous n'y pensez pas; ^ K n 'ai lu de mes jours que dans des almanachs. YALÈRE. Ouvre, et lis au hasard. HECTOR. je vais le mettre en pièces. j . VALERE. Lis donc. IIKCTOR, lit „Chaimtre VI. Du mépris des richesses. «Ça fortune offre aux yeux îles brillants mensongers. «Tous les Itiens d'ici-has sont faux et passagers; »l«eur possession trouble, et leur perte est. légère: )>Le Bage gagne assez, quand il peut s'en défaire." J-' 0r sque Séneque fit ce chapitre éloquent, " avait, comme vous, perdu tout son argent. YALKKK, se levant. Y' D 8' fois le premier pris! Dans mon coeur il s'élève ,)(, s mouvemeuts de rage, (il s'assied.) Allons, poursuis achève. 64 LE JOUEUR. HECTOR. „L'or est comme une femme; on n'y saurait toucher ,,(4)110 le coeur, par amour, ne s'y laisse attacher. „L'un et l'autre en ce temps, sitôt qu'on les manie, „Sont deux grands rémoras pour la philosophie." N'ayant plus de maîtresse, et n'ayant pas un sou, Nous philosopherons maintenant tout le soul. VALKJiK. De mon sort désormais vous serez seule arbitre, Adorable Angélique. . . Achève ton chapitre. HECTOR. „Que faut-il ... VALÉRE. Je bénis le sort et ses revers, Puisqu'un heureux malheur me rengage en vos fers, Finis donc. HECTOR. ,,Que faut-il à la nature humaine? „Moins on a de richesse, et moins on a de peine. „C'cst posséder les bit ris que savoir s'en passer.*' Que ce mot est bien dit! et que c'est bien penser! Ce Séneque, monsieur, est un excellent homme. Était-il de Paris? valèiie. Non, il était de Rome. Dix fois à carte liiple être pris le premier! HECTOR. Ah! monsieur, nous mourrons un jour sur un fumier. VAtiat. Il faut que de mes maux enlin je me délivre : J'ai cent moyens tout prêts pour m'empêcher de vivre, La rivière, le feu, le poison, et le fer. HECTOR. Si vous vouliez, monsieur, chanter un petit air; Votre maître h chanter est ici; la musique Peut-être calmerait cette humeur frénétique. YAÏ.ÈRE. Que je thante! HECTOR. Monsieur . . . VALÈIIE. (,)ue je chante, boarrean ! Je veux me poignarder: la vie est un fardeau Qui pour moi désormais devient insupportable. HECTOR. Vous la trouviez pourtant tantôt bien agréable: ACTE IV. SCÈNE XIV. 65 Vu'iin joueur est heureux! sa poche est un trésor, Sens ses heureuses mains le cuivre devient or, l'isiez-vous. VALÈKK. A!i! je sens redouliler ma colère. Scène XIV. GÉRONTE, VALÈRE, HECTOR. M Qui IH-.CTOK. °nsieur, contraignez-vous; j'apperçoîs votre père. GRIIONTF.. Pour quel suji't, mon lils, criet-vous donc si fort? (" Hector.) Est-ce toi, malheureux, qui causes ce transport? VALÈRE. Won pas, monsieur. HKCTOR, i Grioniiv Ce sont des vapeurs de inoral nous vont à la tète, et que Séaeque exhale. GEHONTE. i ii esUc e à dire Sèneuu*? HECTOR. Oui, monsieur: niainlenanl ''"' "mis ne jouons plus, notre unique ascendant ( „' st la philosophie, et voilà noire livre; e st Séoeque. cfcRONTE. Tant mieux. Il apprend à bien vivre; ivre est admirable et plein d'instructions, S 'm '"I l'homme brutal maître des passions. H I CTOK. lit w 'l^j 1 ' S| vous aviez lu son traité des richesses, ^ 'e mépris qu'on doit faire de ses maîtresses; wme la femme iei n'est qu'un vrai rémora, ^ue, lorsqu'on v loucfie... on en demeure là, ^jT, 00 ^ ;, .-"e quand on perd... que l'amour dans nos âmes, 'lue ce livre-là connaissait l>icu les femmes! II,., gkkonte. "ctor en peu ,1,. temps est devenu docteur. q . m ri un. Je i monsieur, je saurai tout Séoeque par coeur. CÉBONTS, it Vslèra. i) Vo,,s cherche en ers lieux avec impatience, 1 niir .. ... . 1 i\; vous dire, mon lils, «pie votre hymen s'avance. P«Hoira No. 199, 5 66 LE JOUEUR. Je quitte le notaire, et j'ai vu les parents, Qui d'une et d'autre part me paraissent contents. Vous avez vu, je crois, Angélique? et j'espère Que son consentement... VALÊRE. Non, pas eneor, mon père. Certaine affaire m'a... GÉRONTE. Vraiment, pour un amant, Vous faites voir, mon (ils, bien peu d'empressement. Courcz-y: dites-lui que ma joie est extrême; Que, charmé de ce noeud, dans peu j'irai moi-même Lui faire compliment, et l'embrasser... HECTOR, i Grrnntf. Tout doux: Monsieur fera cela tout ;iussi liien que vous. \M &RK, & Cérnntc Pénétré des bontés de celui qui m'envoie, Je vais de cet emploi m'acquitter avec joie. Scène XV. GÉRONTE, HECTOR. HECTOR, Il vous plaira toujours d'être mémoratif D'un papier que tantôt, d'un air rébarbatif, Et même avec scandale... GERONTE. Oui-dà: laisse-moi faire; Le mariage fait, nous verrons cette affaire. HECTOR. J'irai donc, sur ce pied, vous visiter demain. Scène XVI. 6ÉR0NTB, seul. Grâces au ciel, mon lils est dans le bon chemin : Par mes soins paternels il surmonte la pente Où l'entraînait du jeu la passion ardente. Ah ! qu'un père est heureux qui voit en un moment Un cher (ils revenir de son égarement. FIN DU ÇUATHIKME ACTE. ACTE V. SCÈNE I. 67 ACTE CINQUIEME. Scène I. DORANTE, ANGÉL1QE, NÉRINE. DORANTE. Hé! madame, cessez d'éviter ma présence. J« ne viens point, armé contre votre inconstance, Faire éclater ici mes sentiments jaloux, Ni |>ar des mots piquants exhaler mon courroux: Fins que vous ne pensez mon coeur vous justifie. Voire légèreté veut que je vous oultlie; ^«is loin de condamner votre coeur inconstant, ^ c suis assez vengé, si j'en puis faire autant. ANOKLIOUE. Vue votre emportement en reproches éclate: •| c mérite les noms de volage, d'ingrate; Mais enfin de l'amour l'impérieuse loi A l'hymen que je crains m'entraine malgré moi: J'en prévois les dangers; mais un sort lyrannique... DOUANTE. Votre coeur est hardi, généreux, héroïque: Vous voyez devant vous un ahîme s'ouvrir, Fit vous ne laissez pas, madame, d'y courir. .NKHINE. Quand j'en devrais mourir, je ne puis plu.s me taire. "J" vous empêcherai de terminer l'affaire; si dans cet amour votre coeur engagé h e rsiste en ses desseins, donnez-moi mon congé. S|| iz tille d'honneur; je ne veux point qu'on dise Que vous ayez sous moi l'ait pareille sottise. Valère est DU indigne; et, malgré son serment, 'Ous voyez tous les jours qu'il joue impunément. jours <111 i A N GKLIOUE. laveur de mon faible il faut lui laire grâce: • la fureur du jeu veux-tu qu'il se défasse, las ' quand je ne puis me défaire aujourd'hui !) u lâch c attachement que mon coeur a pour lui? 5* LE JOUEUR. DORANTE. Ces feux sont trop charmants pour vouloir les éteindre. Je ne suis point, madame, ici pour vous contraindre. Mon neveu vous épouse; et je viens seulement Donner à votre hymen un plein consentement. Scène II. MAD. LA RESSOURCE, ANGÉLIQUE, DORANTE, NÉRINE. NKlilNE. MAdame la Ressource ici! Qu'y viens-tu faire? MAD, LA RESSOURCE.. Je cherche un cavalier pour finir une affaire.». On lâche, autant qu'on peut, dans son petit trafic, A gagner ses dépens eu serrant le public. ANGÉLIQUE. Cette Nérine-là connaît toute la France, NERINE. Pour vivre, il faut avoir plus d'une connaissance. C'est une illustre, au moins, et qui sait eu secret Couler adroitement un amoureux poulet, Habile en tous métiers, intrigante parfaite, Qui prête, vend, revend, brocante, troque, achète, Met a perfection un hymen ébauché, Vend son argent bien cher, marie à bon marché. MAI). LA RESSOURCE. Votre bonté pour moi toujours se renouvelle; Vous avez si bon coeur... M ÉlilNE. Il fait bon avec elle, Je vous en avertis; en bijoux et brillants En poche elle a toujours plus de vingt mille francs. DOR ANTI 1 '., à madame la Ressource. Mais ne craignez-vous point qu'un soir, dans le silence •• NÉRINE. Bon, bon! tous les filous sont de sa connaissance. MAD. LA RESSOURCE. Nérine rit toujours. NKRIIVK, à madame la Ressource. Montrez-nous votre écrin. MAD. LA RESSOURCE. Volontiers. J'ai toujours quelque hasard en main. ACTE V. SCÈNE IV. 09 Regardez ce brillant-, je vais en faire affaire Avec et par-devant un conseiller-notaire. Pour certaine chanteuse on dit qu'il en tient lù. NEKINE. Le drôle veut passer quelque acte à l'opéra. Scène III. LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, DORANTE, NÉRINE, MAD, LA RESSOURCE. NKIUNE. Mais voici la comtesse. MAD. LA RESSOURCE. On m'attend ; je vous quitte. NÉRÏXE. ^°d, non; sur vos bijoux j'ai des droits de visite. LA CUMTJU8K, à Angélique. Votre choix est-il fait? peut-on enfin savoir * ( |'ii vous prétendez vous marier ce soir '? - _ ANGELIQUE. p U |i ma soeur, il est fait; cl ce choix doit vous plaire I Hsqu'avant moi pour vous vous avez su le taire. LA COMTESSE. apparemment monsieur est ce mortel heureux, * Jt ' fidèle aspirant dont vous comblez les voeux'? J)0K ANTE. ^ ce bonbear charmant je n'ose pas prétendre. J]' madame eût gardé sou coeur pour le plus tendre, ' Us que tout autre amant j'aurais pu l'espérer. • LA COMTESSE. ^ a perte n'est pas grande et se peut réparer. Scène IV. L B MARQUIS, LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, DORANTE, MAI). LA RESSOURCE, NÉRINE. LR ItlAHOIllS, A la MatMM. "armé" de vos beautés, je viens enlin, madame, II mettre à vos pieds et mon corps et mon Ame. °tta serez, par ma foi, marquise cette fois; l'ai sur vous enfin laissé tomber mou choix. Al Al). I.A MtSSVCRCK, à part. homme m'est connu. 70 LE JOUEUR. LA COMTESSE. Monsieur, je suis ravie De m'unir avec vous le reste de ma vie. Vous êtes gentilhomme, et cela me sulfil, LK MARQUIS. Je le suis du déluge. MAP. LA KKSSOUKCK, à part. Oui, c'est lui qui le dit. LE MARQUIS. En faisant avec moi cette heureuse alliance, Vous pourrez vous vanter que gentilhomme en France Ne tirera de vous, si vous me l'ordonnez, Des enfants de tout point mieux conditionnés. Vous verrez si je mens. {Apercevant madame la lies- source.') Ah! vous voilà, madame, (à la comtesse.') Et que faites-vous donc ici de cette femme? NKHIMi, au marquis. Vous la connaissez? LE MARQUIS. Moi? je ne sais ce que c'est. M AD. M RKSSOUHt'K, au marquis. Ahl je vous connais trop, moi, pour mon intérêt. Quand vous résoudrez-vous, monsieur le gentilhomme Fait du temps du déluge, à me payer ma somme, Mes quatre cents écus prêtés depuis cinq ans? LE MARQUIS. Pour me les demander vous prenez bien le temps. MAD. LA RESSOURCE. Je veux aux yeux de tous vous en faire avanie, A toute heure, en tous lieux. LE MARQUIS. Hé! vous rêvez, ma mie. MAI). LA RESSOURCE. Voici le grand merci d'obliger des ingrats. Après l'avoir tiré d'un aussi vilain pas... Ilastc... I.A COIHTKSSK, à madame la HeHSourcc. Parlez, parlez. MAD. LA RESSOURCE. Non, non, il est tiop rude D'aller de ses parents montrer la turpitude. LA COMTESSK. Comment donc ? LK MARQUIS, j part. Ah! je grille. ACTE V. SCÈNE IV. 71 M AD* LA RESSOURCE. Au chàtelet, sans moi, On lu verrait encor vivre aux dépens du roi. NERINE. 9uoi! monsieur le marquis... MAD. LA RESSOURCE. Lui marquis! c'est l'Epine. Je suis marquise donc, moi, qui suis sa cousine? Son père était huissier à verge daus le Mans. LE MARQUIS. (« pari.) Vous en avez menti. Maugreblcu des parents! MAD. LA RESSOURCE. Mon oncle n'était pas huissier? qu'il t'en souvienne. LE MARQUIS. Son nom était connu dans le haut et bas Maine. NERINE. Votre père était donc un marquis exploitant? ANGÉLIQUE. '°i-s aviez là, ma soeur, un fort illustre amant. MAD. LA RESSOURCE. ^ est moi qui l'ai nourri quatre mois, sans reproche, yuand il viut à Paris en guêtres par le coche. LE MARQUIS. ''accord, puisqu'on le sait, mon père était huissier, "ais huissier à cheval; c'est connue elievalier. Cela n'empêche pas que dans ce jour, madame, ^°us ne .....liions à lin uue si belle flamme: jamais ce feux pour vous ne fut si violenl ; Bt jamais tant d'appas... LA COMTESSE. Taisez-vous, insolent. . LE MARQUIS. "soient! moi, qui dois honorer voire couche, Llt par qui vous devez quelque jour faire souche! LA COMTESSE. **° r 8 d'ici, malheureux, porte ailleurs tou autour. LE MARQUIS. Oui, i'u,, af ,j ( ( | t , ||1( \ ine avec les gens de cour. ^ n reconnaît si mal le rang et le mérite! .,"!' 8a '9| parbleu, ravi. Pour le coup je vous quitte. !*' pour briller ailleurs mille talents acquis; e vais m'en consoler. Allons, saute, marquis. (ii SO ri ; 72 LE JOUEUR. Scène V. LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, DORANTE, NÉRINE, MAI). LA RESSOURCE. LA COMTKSSK. Je n'y puis plus tenir, ma soeur, et je vous laisse. Avec qui vous voudrez, finissez de tendresse; Coupez, taillez, rognez, je m'en lave les mains. Désormais, pour toujours, je renonce aux humains. Scène VI. DORANTE, ANGÉLIQUE, NÉRINE, MADAME LA RESSOURCE. DORANTE. Ils prennent leur parti. M AD. I.A RESSOURCE. La rencontre est plaisante! Je l'ai démarquisé bien loin de son attente: J'en voudrais faire autant à (ous les faux marquis. NERINE. Vous auriez, par ma foi, bien a faire à Paris; Il est lant de traitants qu'on voit, depuis la guerre, En modernes seigneurs sortir de di ssous terre, Qu'on ne s'étonne plus qu'un laquais, un pied-plat, De sa vieille mandille achète un marquisat. AV.I.UOI i:, à madame la R< ««oiii. o. Vous avez découvert ici bien du mystère. MAD. LA RESSOURCE. De quoi s'avise-t-il de me rompre en visière? Mais, aux grands mouvements qu'en ce lieu je puis voir, Madame se marie. NÉKINK. Oui vraiment, dès ce soir. MAI». LA RKSSOI.HCIs fouillant dltl sa pOcke. J'en ai bien de la joie. Il faut que je lui montre Deux pendants de brillante que j'ai là de ret)contre ; J'en ferai bon marché. Je crois que les voilà; Ils sont des plus parfaits. Non, ce n'est pas cela: C'est poitrail de prix; mais il n'est pas à vendre. NERINE. Eaitcs-lc voir. ACTE V. SCÈNE VI. 73 M AD. LA RESSOURCE. Non, non. on doit me le reprendre. NKK1NK, le lui arrachant. Oh! je suis curieuse; il faut me montrer tout. Que les brillants sont gros! ils sont fort de mon goilt. Mais ( |ue vois-je, grands dieux! Quelle surprise extrême! Aurais-je la berlue? Hé! ma foi, c'est lui-même. ^h ! . . . (elle fait un grand cri.) ANGELIQUE. Qu'as-tu donc, Nérine? et te trouves-tu mal ? NERINE. Votre portrait, madame, en propre original, ANGELIQUE. Mon portrait! est-tu folle? NKRINR, pleurant. Ah ! ma pauvre maîtresse, «»at-il vous voir ainsi durement mise en presse? Min. LA RESSOURCE. <, il vons vendra, madame, A beaux deniers comptants i|uand vous serez sa femme. Mais le voici qui vient. {A madame la Ressource ) A trois ou quatre pas, De grâce, éloignez-vous, et ne vous montrez pas. MAD. LA KESSOURCK. Mais pourquoi . . . DURANTE. Du portrait ne soyez plus en peine. MAI». LA RKSSOUIWIK, se retirant au Coud ! par ma foi, monsieur, vous ne prendrez qu'un rat; Et le notaire peut remporter son contrat. GÉHO.NTE. Comment donc? ANGELIQUE. Autrefois mon coeur eut la faiblesse I*" rendre à voire lils tendresse pour tendresse; Vlais In furent du jen dont il est possédé, *°"r mon portrait enfin son lâche procédé, 'ont ouvrir les yeux; et, contre mon attente, '' n ee moment, monsieur, je me donne à Dorante. V 1 Dorante,) Acceptez-vous ma main? DOUANTE, Ah! je suis trop heureux vous vouliez encor. . . GÉKONTB, i Hector. Que Tarie, toi, si tu veux; ^Pl'que ce mystère. HECTOR. Ce Oh! par ma foi, je n'ose; r6cit c sl trop triste en vers ainsi qu'en prose. 7H LE JOUEUR. GERONTE. Parle donc. HECTOIt. Pour avoir rais, sans réllexion, Le portrait do madame une heure en pension (montrant madame la RetttfHrce.) Chez celte rhienne-là, que Lucifer confonde, On nous donne un congé le plus cruel du monde. GÉROtJTE. Sans vouloir d'avantage ici l'interroger, Sa folle passion m'en fait assez juger. J'ai peine à retenir le courroux oui m'agile. Fils indigne de moi, va, je te déshérite; Je ne veux plus te voir, après celte action, Et te donne cent fois ma malédiction. (,i so ,i , Scène IX. ANGÉLIQUE, VALÉRE, DORANTE, NÉRINE, MAI) LA RESSOURCE, HECTOR. IIECTOH. Le beau présent de noce! ANGKUOl'K, à Valîrr, donnant la main à Doranta, A jamais je vous laisse. Si vous êtes heureux au jeu comme en mailrrsse, Et si vous conservez aussi mal ses présents, Vous ne ferez, je crois, fortune de long-temps. MA» LA RK880CRCE, à Dora te. Et mon portrait, monsieur, vous plaît-il me le rendre ? DORANTE. Vous n'auriez rien perdu dans ces lieux pour attendre; Ni loi, Néiiiie, aussi. Suivez-moi (miles deux, (à Va/ère.) Quelque autre fois, monsieur, vous serez pW 9 heureux. lr. Jovial. 6 gr. *Le Mariage «le raison. 8 gr. Le Paysan perverti. 10 gr. 'Les premières amours. 6 gr. *Th«fobaJd. <> B*' Madame de St. Agnès. 6 gr. Vclva. 8 gr. *La jeune Marraine. 6 gr. 'Simple Histoire. 6 B r ' . Léonide. 8 gr. "La Somnambule. 6 B 1 "- *Lelliplomale,p./'e'<""A'"«6gr. "La Ouarantaiue. * B r - Le Coiimii Frédéric 4gr. .'La lun< de Miel. ogr. 'La Demoiselle i marier. 6gr. 'L'Héritière. | K r - Le jeune Mari. H gr- 25. Le vieux Général. 6gr. 2t».*Lc vieux M.iri. 8gr. 27. La Maîtresse. (i gr. 28. *La Mansarde des Artistes, b gr. 29. *La Haine d'une Femme. 4 gr. 30. Les Perroquet». Bgr. 31. Tony, ou : le» eanards. 6gr. 32. *Lc Coiitidrnt. 4 gr. 33. Angéline. 6 gr. 34. La Mère au bal, 6 gr. 35. Marie Mignot. 8 gr. 36. * Avant, pendant et après. 8 gr. 37. L'école des Vieillards. 8 gr. 38. *Le nnuvc.iiil'ourceaugnac6gr. 39. La Suite d'un bal masqué. 6 gr. 40. UnMomcnt d'imprudenre.6gr. 4 1. l.epréeept.dans l'embarras 6gr. 42. * Valérie. ngr. 43. *La seconde année. t. ^ v . 44. * Louise, ou t la Réparai ion.6 gr. 45. La Mère rivale. bgr. 46. Le Matin et le soir. 6 gr, 47. Le Kuman d'une heure 4 gr 48. La Semaine des amour». 6 gr 49. *La Manie des places. 6gr. 50. *Le Menteur véridnjue. 4 gr, 51. "V Artiste. 6gr. 52. *ÎUm)i»i et Christine. 6 gr. 53. Les trois Quartiers. 10gr. 54. Le Conscrit. 4 gr. 55. *La chatte métamorph. 4 gr. 56. Hernani, p. f ictor Hugo. 8 gr. 57. La Kcine «le seize ans. 6 gr. 58. L'Actrice en voyage. U f^r. 59. Minette. 6 gr. 60. * Philippe. ri gr, 61. i>la place et ma femme. 8 gr, 62. La fin du mois, 4 gr, 63. Monsieur Botte. 8 gr, 64. Le Célibataire, 8 gr. 65 Le Sourd. 6 gr. 66. *Le Parrain. 4 gr. 67. Les deux Cousins. 8 çr. 68. Leftïarquis dePomenars, 4 gr, 69. *Leplusbeaujourdelavic.6 gr. 70. La mère et la fille, 8 yj. 71. *Jeune et vieille. 8 gr. 72. La dame et la demoiselle.8 gr. 6 gr. 6 gr 8 gr. 6 gr. 8gr. 8 gr- 73. *l'ne faute. 74. La revanche. 75. La séparation. 76. Madame Lavalette. 77. Tartuffe, par /1/olière. 78. Madame du Barry. 79. *La famille Hiquebourg. fi gr 80. *l.e Quaker et la danseuse, fi gr, 81. Le Tyran domestique. 10 jj,r. 82. Mari on de I. orme, p.//««-«. 12 gr. 83. La Perle des Maris. tj gr. 84. L'oncle rival. 4 gr. 85. M. Cagnard, 4 gr. 86. Le dey d'Alger. •» gr. 87. L'oubli. fi gr. 88. Le Philtre champenois. 6 gr. 89. Babtlaîs. 4 gr. 90. La grande dame. 8 gr. 91. La fille d'honneur. 10 gr. 92. Chacun de son cote'. 8 gr, 93. LouisXI., p. Helavigiir. \ 2 gr, 94. Le Chaperon. 6 gr. 95. La duchesse de Guise. 6 gr. 96. La Cloison. 4 gr. 97. *La vengeance italienne. 8 gr. 98. Le Serrurier. 6 ^r. 99. *Mémoires d'un colonel, 4 gr. 100. La famille Jabutot, 4 gr. 101. *l ; ne Motrooianie, 6 gr. 102. L'enfant trouvé, 8 gr. 103. Le jeune homme à marier.6 gr. 104. Heur et malheur. 105. Kettly. 106. La duchesse el le page. 107. La \ ie de Molière 108. *Toujours. 109. La puritaine. 1 10. LuerèctBorgtft, p.Hugo.Yl 111. *Camilla. 8 gr. 112. Le roi s'amuse, p, Hugo. 12 gr. 113. Le» vieux péchés. 6 gr. 114. *Le gardien. 8 gr. 115. Les enfant) d'Kdotiard. 12 gr. 1 16. L'avare, p. Dlolinr», 8 gr. 1 l7.*Len malheurs d'un ornant. 8 gr. 1 18. Leg deux ménage». 6 gr. 119. L'aride payer ses dettes. 6 gr. 120. Iphigénie, p. /ttirine. 6 gr. 121. 'Bertrand et Katon. 12 gr. 122. AlarïeTudor, p. / . Mug"o. I 2 gr, Ï23. L'art de se lairC armer. 8 gr. 124. Angèlc, p. A. Humas, 12 gr, t> gr. 6gr. 6 gr. 10 gr. 8 g, 8 gr. 125 M.e Savant. 8 gr. 12(i. Le Sauveur. 8 gr. 127. Une mère. 8 gr. 128. LaCid, p. P. Corneille. 6 pr. 129. Michel Perrin. Ifl pr. 130. *LC lorgnon. 6 pr. 131. 'La llugazon. 6 pr. 132. Un duel sous le cardinal. 6 pr. 133. ' Le retour. 4 pr. 134. *J.c budget d. jeu ne ménage.6 pr. 135. Le mari de la veuve. G pr. 136. *Salvoisy, ou l'amoureux. 6 pr. 137. Les Charmettes. 4 pr. 138. Le matelot. 4 pr. 139. La Lertrice. 8 pr. 140. Le jeune uwmme en loterie. 6 pr. 141. *Kstelle. 6 pr. 142. Une heure de mariage, 4 gr. 143. *Partie et Revanche. 4 gr. 144. La lillc .le l'avare. 8 gt> 145. Uhattrrtnn, p. de figmj.i gr. |46,*Être aimé ou mourir. 6 gr. 147. Angelo, /<. /. Hugo. S pr. 14K. L'ami Grandet. 8 gr. 140. La France pittoresque. à i; r - 150. Une camarade de pension, fi gr. l 'i i. Pourquoi ? (i p r - 152.l'n chuiigcmcntd'uutforme. -1 gr. 163. Do» Juan, p. Ummmgitt, 1g r - 154. Uathérine ou la croil d'or. S gr. 155. * I net li,m mi ce et 8.....:oeur. 8 g* 15(i. L Y-clair. (Jl«. de Halery.)ligr. 157. Un mari charmant. (i gr. * La passion secrète. 8 gr. l.yt. Phèdre, />. ïîacine. 6 gr. 100. Le Gamin de Taris. S gr. 161. Don Juan, p. Dumas. 1_> gr 102.Une famille (1 temps d.JLulber6gr. lli:S. Huilier, p, Narine. * gr. 1(>i. Les rivaux d'eux memea. (i g'* lfjô. Hloiroud et Compagnie, ti g r - 156. l u mariage raiaunnable, i> P r - lti7.*La pensionnaire mariée. (i g r ' lfiS. Çdarie, p. Aline Anceloi. S R r - l(i'). L'bom^opatbia. ( p r * 170. Va bonneor ignore. 4 g r * 171. L'heureuse erreur. 1» P 1 *' 172. * La camaraderie. 6 g r * 173. Un mariage sous l'empire. S g 1 ** 174. Une position délicate, ti g r - l/.'r. Cinnu, p, Cornritti* 6 P T - 176. nchuliry. 4 gr- 177. Vouloir c est pouvoir. S g r - 178. Le père de i aaaa h auwto. s fi r - 170. La comtesse du tonneau. <> K r * INI).* Les indépendants. 8 g*. JSI.* Zoé. 4 K r ' IS2. l.'Kpe'e de mon père. a gr- lSi». A trente ans, p. linzier. 8 gr- is4. Le misanthrope,pg* Trop heureuse. 18 V |86. Le conseil de discipline, |87, Zaïre, p. / oltairt. 188. Une lionne loituoe 189. Un colonel d'autreloi». |flU, I a itlari et I' Huant. 101, Sans nom. l<ïi ('lémentine. lut. Hritanniius l!)4. Jean. 196, lluy lllas. p. 196. Clerajont. t'17. La uopularile'p./Wnli^-"" l'-K r l')N. Les deux manières. ti K r ' 199. 1 [oueur s h\ r \ 2(1» Hodolplie, le Frère al la i« p R*cim9. !>^. Hugo. 4 pr. 4 fi P r - 4 gr- (. gr. t. K r - 4 g'- 4 gr- Il li K r - 5 pr- 4 gr.