Répertoire du Théâtre français à Berlin. N° 179. COMTESSE du TONNEAU, ou LES DEUX COUSINES, COMÉDIE-VAUDEVILLE EST DEUX ACTES, PAR 1TI. THKAVLO», Prixt 20 Sgr. (10 gGr.) BERLIN. Chez Ac. Mt. Schlksinger, Libraire et Éditeur de Musique. [Unler rien Liaden No, 34.] 183$. PERSONNAGES. ACTEURS. JEANNETON, ravaudeusc LA COMTESSE DUBARRY Mme DE SAINT-YON, dame de la cour LR VICOMTE DR LAUZUN LK CHEVALIER DE ST-VALL1RR L'ESPÉRANCE, soldat aux garde9 françaises JOLI-COEUR FRANCH1N, concierge d'un hôtel UN DOMINO ROSE Courtisans. II» Valet. Dames et Seigneurs de la Cour. Hommes et Femmes du pbuflb. Mlle. DESCHANEI Mlle. KDRL1N. Mad. BR1CE. Mr. ISIDORE. Mr. PÉCHRNA. Mr. LAF1TTB. Mr. MORAND. Mr. MARIUS. Mr. CI.OZRL. L.i Scène se passe à Paris en 1765. IiA COMTESSE DU TOWIMI. ACTE PREMIER* lie théâtre représente une rue. Au fond, la grille d'an hôtel. A droite, premier plan, une muraille contre laquelle est un tonneau de ravaudeu§e. Scène I. LE VICOMTE, enveloppé dans un manteau, à la can- tonnade. Laflenr que ma chaise m'attende au bout de la rue... Il est grand jour, et le pharaon dure encore & l'hôtel de (rraminont... Ah! ah! Mlle Jeannetou n'est point encore arrivée. J'aurais cru que sa journée commençait plus matin ... Allons, un peu de patience, et surtout tâchons que personne ne m'aperçoive... on rirait trop, si l'on pouvait se douter que moi, vicomte de Lauzun... je suis, ici, depuis une heure, attendant l'ouverture {il montre (p. tonneau) de ce magasin... somptueux. Il y aurait de quoi me tuer de ridicule; en France, et surtout à Paris, c'est une arme qui ne manque jamais son coup. A1K du Oieu tics Bonnes gens. Au champ (l'honneur, pendant une bataille, Où la gloire nous fait courir... Fst-on frappé de la mitraille. Parfois on peut en revenir .. Mais dans nos salons, où circule La gaité si chère aux Français, Fst-nn frappé d un ridicule... On n'en revient jamais! Scène II. LE VICOMTE, FRANCHIN. FKANCH1N, ouvrant la grille de l'hôtel. Huit heures et quart ! et Mme Dubarry a fait dire qu'elle serait chez nous aujourd'hui à dix heures... comment 1* 4 LA COMTESSE DU TONNEAU. son carrosse va-t-il arriver jusqu'ici? ces maudits paveurs on! bouleversé notre rue de Surêne. LE VICOMTE. Mais je reconnais ce vieux concierge... oui, c'est mon ancien cocher, Franchin, qui me versait si souvent... le drôle a de l'intelligence; il peut m'apprendre ce que je désire «avoir. (Haut.) C'est vous, mon cher Franchin? FR1NCHIN. Monsieur le vicomte de Lauzun, mon ancien maître. LE vicomte. Te voilà donc concierge de l'hôtel de Saint-Yon? FRANCHIN. Concierge! non... mais suisse, monsieur le vicomte... pour vous servir, si j'en étais capable. LE VICOMTE. C'est justement ce que je veux. AIR: Des oeuvres complète!!. Ta n'auras à Ion ancien mattre FRANCHIN. Rien à refuser, je le croi.. Si j'puis vous remire un lion office, Tu sais que j'aime à reconnaître Que mon zMe soit employé.. Tous les «oins que l'on prend pour Ouoiqne vous m'avez renvoyé.. moi. Je suis bien à votre service. LE VICOMTE. Tu dois connaître la personne qui habite ce modeste domicile. (II montre le tonneau.) FRANCHlK. Mlle Jeanneton! je lui dis bonjour, tous les matins, en ouvrant les portes de mon hôtel... et je suis étonné qu'elle ne soit pas déjà là... une jolie fille, ma foi!.. LE VICOMTE. J'ai d'aussi bons yeux que toi, je pense... Et de la vertu ? FRANCHIN. Ça tient du prodige!., ajoutez à cela de l'esprit, de la malice et une certaine fierté qui ne s'accorde guère avec sa condition. LE VICOMTE. Et, dis-moi, le bruit qui court sur elle est-il fondé? FRANCHIN. Quel bruit? LE VICOMTE. Lafleur, mon valet de pied, m'a dit hier au soir qu'on ACTE h SCÈNE II. 5 lui avait assuré dans le quartier que cette Mlle Jeauuetou était* la cousine de la Dubarry. FRANCHIN. Cela se dit... mais tout bas... bien bas... à cause du danger qu'il peut y avoir... vous comprenez?.. LE VICOMTE. Ah! c'est donc un bruit réel... une croyance populaire bien établie?.. FRANCHI*. C'est du moins un commérage du quartier... S'il faut en croire les on dit... Mlle Jeannette aurait confié ce secret à un garde-française... ce garde française l'aurait répété ... dans le cabaret voisin... qui a justement pour enseigne: Au Temple de la vérité. LE VICOMTE. Ah! cela ne serait pas, que ce bruit me suffirait encore!.. Mais cela doit être. Franchin... il faut que cela soit. C'est mon heureuse étoile qui m'a fait jeter les yeux sur cette petite ravaudcuse. FRANCHI*. M. le vicomte serait amoureux de Mlle Jeanneton ? LE VICOMTE.. Amoureux!., j'ai bien le temps de l'être!., je suis offensé!., je suis furieux, Franchin... voilà tout ce que je suis pour le moment. FRANCHIN. Furieux! et contre qui, monsieur le vicomte '{ LE VICOMTE. Contre qui '? contre l'idole du jour. FRANCHIN. Contre Mme Dubarry... mais, en efirt, vous devez l'être... si ce qu'on a dit, hier, dans le noble hôtel de Saint-Yon... LE VICOMTE, Et que disait-on, Franchin? FR ANCH1N. Vous savez que la loge d'un concierge est comme l'écho... des salons d'une grande maison... on disait donc dans ma loge, et l'ou avait sans doute dit chez madame là marquise, que monsieur le vicomte avait vu son hommage dédaigné... par la belle Mme Dubarry... LE VICOMTE. Voilà bien nos courtisans!., parce que je poursuis la 6 LA COMTESSE DU TONNEAU. J belle Dubarry de mes épigrammes, ils ont Apposé que j'avais été dédaigné par elle et que je cherchais tous les moyens de m'en venger... Je la hais, c'est vrai, très cordialement même... mais le motif de ma haine est plus grave qu'un caprice dédaigné. FRANCHIN. Je vous crois.... car on disait aussi chez moi.... et l'on avait dit probablement chez madame... que c'est elle seule qui vous a empêché d'être compris dans la dernière promotion des maréchaux-de-camp. LE VICOMTE. Et l'on ajoutait sans doute que Mme Dubarry avait dit, en déchirant mon brevet qui était sur le bureau du roi: „Ahl pour M. de I,au/un... c'est un brave qui sait mieux manier Pépigramme que l'épée!" FRANCHIN. Elle a dit cela? LE VICOMTE. Elle l'a dit, Franchin! et que n'est-elle un homme?., lui prouverais... oh! mais je me vengerai... je me vengerai... et c'est pour m'aider dans ma vengeance que j'ai jeté les yeux sur la cousine de Jeanne Vaubernier... conçois-tu tout le piquant de cette aventure'?.. Si je pouvais opposer à l'altière Dubarry sa cousine la ravauduuse... ce serait à faire mourir de dépit notre favorite. FRANCHIN. Oui.... ce serait d'un piquant----à vous faire mettre à la Bastille. LE VICOMTE. Eh! qu'importe! pourvu que je me venge,... et que j'humilie un jour... un seul jour... cette reine de France sans couronne... devant le luxe de Jeanncton. FRANCHIN. Le projet est digne d'un dissipateur comme vous. LE vicomte. Cent louis! pour toi, Franchin, si tu peux lui faire accepter ma proposition. FRANCHIN. Cent louis! c'est encore digne de vous!., mais il y a peut-être ici deux obstacles... LE VICOMTE. Le premier, Franchin? FRANCHIN. C'est la vertu de cette jeune fille. ACTE I. SCÈNE lli. 7 LE VICOMTE. Le second? FRANCHI». C'est pis encore... l'amoureux de Mlle Jeanneton... car il y a un amoureux... LE VICOMTE. Je m'en doutais bien... il y en a partout,.. mais peut- être avec du l'or ... FRANCHIS. L'or fait de grands miracles. Cependant cet amoureux va peut-être, demain, se transformer en mari légitime, et alors vous comprenez... (Ritournelle.) LE VICOMTE. (^u'entcnds-je ? FRANCH1N. C'est Mlle Jeanneton qui vient à son magasin. le vicomte. Dieu me pardonne! je crois qu'elle pleure? FRANCHIN. Elle qui rit toujours! Y aurait-il de la brouille dans le ménage? LE VICOMTE. Il faut l'observer. FRANCHIN. Venez... de cet hôtel on entend tout ce qui se dit chez ma jolie voisine. le vicomte. A merveille! (Us entrent dans l'hôtel de Saint-Yon.) Scène III. JEANNETON, arrivant par (e fond. ^Ellc tient sous le bras un joli coffrer, doré, de l'autre main elle s'essuie les yeux avec son tablier.) AIR: de la Mère au bal. Ah! ah! ah! ah! quel coup terrible De perdre un cousin... Surtout lorsque l'on est sensible. Et que c'est un cousin germain. . Ah! ah! quel chagrin! Vainement ma philosophie \ ient me dire qu'en cette vie Un homme de moins n'est rien du tout... 8 LA COMTESSE DU TONNEAU. Ft que Ton en trouve partout. (Bis.) Henri, par les manières gentilles, Rendait tous les époux Jaloux ! Ah! flans les familles Un joli cousin coirme lui... C'est devenu rare,,, aujourd'hui. Ah! ah! ah! ah! quel coup terrible, etc. Allons, il ne faut pas se faire du mal... toutes les larmes du monde n'y feront rien!., j'arrive tard à mon magasin aujourd'hui... dam! ce lion Duval, dans l'état où il était, je ne pouvais pas m'en aller la première.'.. Hâtons-nous d'ouvrir mon tonneau et de voir ce que renferme ce coffret que mon cousin m'a donné avant de mourir... qui donc lui avait fait cadeau de ce joli meuble, à lui?., quelque grande dame, j'en suis sûre.... il était si gentil Duval! (Jilte ouvre la toile cirée de son tonneau et place le coffret sur sa chaise.) Je n'ai pourtant pas encore pris mon café ce matin... mais j'ai tant de chagrin..■ et quand je songe que je doi9 me marier demain... ca me navre le coeur... C'est aujourd'hui lundi que M. l'Espérance doit apporter la permission de ses chefs pour notre mariage... eh! ma foi, tant pis... je lui dirai de remettre la cérémonie à jeudi, et, s'il n'est pas content, nous nous marierons dimanche... comme dit la chanson. Scène IV. JEANNETON, L'ESPERANCE. L'ESPERANCE, arrivant du coté upposé. Air précédent. Ah! ah! Quel coup terrible! Non. non, jamais on ne porta Au coeur d'un guerrier si sensible Une botte comme celle-là. Ah! ah!.. JEANNRTON, l'interrompant. Tiens! vous aussi vous avez du chagrin, monsieur l'Espérance 1 moi qui comptais sur vous pour m'égayer un peu !.. l'espérance. Ah! ouiehe! L'Espérance an désespoir!.. Jeanneton, délicieuse et délicate ravaudeuse, préparez-vous à recevoir le plus terrible coup, physiquement parlant! JEANNETON. Qu'est-ce donc?., mon ami... ACTE I. SCÈNE IV. 9 L'eSTERANCE. Vous me regardez de la tête aux pieds, et vous vous dites, ma charmante: Quel bel homme je vais avoir!., physiquement parlant. JEANNETON. C'est vrai, je me dis ça souvent, et ça me flatte. l'espérance. Je le crois bien... mais ne vous flattez pas, ravau- deuse de mon être... vous comptez me posséder, et vous ne me posséderez pas. JEANNETON. Comment? l'espérance. Le roi, par l'organe de mes chefs, m'a fait dire que j'eusse à rester garçon... et qu'il me donnait cinq sous par jour pour être à son service et non pas au vôtre, physiquement parlant. JEANNETON. Eh bien! il est gentil le roi! Vous qui m'avez toujours dit: Je réponds du consentement de mes chefs... si je m'étais fiée... à ça pourtant! l'espérance. Jeanneton, chère Jeanneton, l'autorité militaire devient de jour en jour plus vexatoire, relativement à l'hyménée du héros français... mais je suis décidé k faire un coup de ma tête. JEANNETON. Et qu'est-ce que vous pouvez faire? l'espérance. Je vais me jeter aux pieds du roi... et je lui dirai... Sire, vous avez une femme, permettez à votre fidèle sujet d'en prendre une aussi, et une soignée!.... car celle que j'aime est la propre cousine de Jeanne Yaubernier, dite M. Dubarry. JEANNETON, avec ironie. Jolie idée que vous avez là... Jeanne Yaubernier est ma cousine, c'est vrai... mais ce n'est pas au roi «uïl faut aller le dire! 1 l'espérance. A qui donc? JEANNETON. A personne! . . ça pourrait faire du fort à ma réputation de brave fille, et du chagrin à Jeanne Yaubernier, qui 10 LA COMTESSE DU TONNEAU. m'a oubliée sans doute.,, car depuis qu'elle a fait fortuite, je n'en ai plus entendu parler. l'espérance. Dam! elle attend peut-être votre visite! jeanneton. Encore possible, mais je n'irai pas!... pour me faire faire quelque affront. AIR : Je suis la petite Bergère. Aller chez elle? . . Itieu m'en garde! Je trouverais peut-être la Un suisse avec sa hallebarde, Oui viendrai me dire: Halte-là! Mais de me voir si Jeanne se proppK, fille pourra jusqu'à moi pénétrer. . . . (Rlie montre son tonneau.> Mon concii-rge, je le suppose, Ne l'empêchera pas d'entrer. l'espérance. Et quand je songe qu'une parente comme ça, si elli le voulait, pourrait vous faire tant de bien !.. physiquement parlant. JEANNETON. Parente, au plus proche degré, fille de frère et de soeur, toutes les deux de Lorraine, d'où nous sommes venues, il y a cinq ans pour chercher fortune à Paris — avec notre cousin germain... ce pauvre Duval. l'espérance. Un joli niirliflor, employé dans la gabelle... et qui fera son chemin à cause de son physique____ à la Pompadour, JEANNETON. Ah! oui, son chemin... ils y ont mis bon ordre. l'espérance. Que voulez-vous dire'? JEANNETON. Duval est mort cette nuit! l'espérance. Mort!., mort, physiquement parlant3 JEANNETON. Oui, mort de misère____de chagrin.... et d'un grand coup d'épée.. . qu'il a reçu il a trois jours. l'espérance. Mort d'uu coup d'épée!.. le petit gabellou, honneur à sa mémoire. . . . nous ne mourons que comme ça dans Ie« ACTE 1. SCÈNE IV II gardes françaises, mais qui vous a appris . . . ravaudeuse allligée? JEANNETON. Hier soir, au moment où je fermais mon magasin. .. un commissionnaire vint me dire qu'on me demandait tout •le suite. .♦ tout de suite... rue Saint-Jacques... je ne voulais pas y aller . . mais on me montra un anneau que j'avais donné à mon cousin... et je suivis le commissionnaire .... il me conduisit dans une mansarde, où je trouvai ce pauvre jeune homme, expirant à vingt ans . . . d'une blessure qu'il avait reçue en se battant avec je ne sais qui... il n'a pas voulu, ou plutôt il n'a pas pu me le dire., tout ce qu'il a pu faire, c'est de me remettre un petit colFret auquel il paraissait attacher un grand prix., car, il était caché dans son lit... puis il a pris ma main qu'il a mouillée de ses larmes., alors je me suis caché la figure dans mon tablier ... et quand j'ai voulu regarder... il n'y avait plus personne! (fille pleure.) L'ESPERANCE. Ça fend l'atne en deux., ça ferait pleurer le dieu Mars en personne! (// sa/tg/olc.)' J'entre au débit de consolations. JEANNETON. C'est çà!.. vous n'en sortez plus... l'espérance. Ce n'est pas ma faute, ina charmante... c'est la faute de la destinée qui m'envoie journellement tant de peines personnelles à consoler!... D'ailleurs, ce malin.... j'ai donné chez le père Ledur . . . le débitant... rendez-vous à mon sergent-major... Je reviendrai vous dire adieu... avant de retourner à Versailles.. JUANNRTON, soupirant. Ah!.. l'espérance. Allons donc!.. . AIR de l i Cacliucha. N' pleurez pas romme ca liavaudeuse gentille . . . He fil en aiguille V otre chagrin pass'ra. J*lei vos doux regards Sur votre belle idole . . . Vénus se console Kn voyant le dieu Mars. JEANNKTON. Quell' triste chance! Perdr' l'existence Quand ell' commence. I.'RSPKRANC'K. Votre cousin à tout jamais s'en va. Mais l'Espérance, l'ar sa constance, Kst encor la Qui vous consolera. 12 LA COMTESSE DU TONNEAU. ENSEMBLE. „ i (rez ") N« pieu ^ rona ^ P a * comme ça, etc. (L'fispéranct iort.) Scène V. JEANNETON, seule. Le voilà parti!., profitons du moment où je suis seule pour voir enfin ce qu'il y a dans ce coffret. (En parlant elle ouvre le coffret.) Tiens! il n'y a que des papiers... Oh! comme ils sentent bon! je les mettrai dans mon armoire en guise de muse... et puis une petite lettre à mon adresse... de Durai... que m'écrivait-il... ce pauvre jeune homme? {Elle ouvre la lettre.) „Ma bonne Jeanueton, nia jolie cousine... comme vous m'avez tonjours aimé, c'est à vous que je confie en mourant ce coffret mystérieux.. 11 renferme des papiers que je vous prie de porter vous-même, après les avoir lus, à notre cousine Jeanne Vaubcrnicr, elle vous récompensera, j'en suis silr. Ces papiers vous apprendront le secret de mes malheurs et la cause de ma mort; vous direz à Jeanne que je meurs en lui pardonnant.." En lui pardonnant? . . qu'est-ce qu'elle lui a donc lait, et comment notre cousin IJuval?... Jeanne nie récompensera, dit-il ? Oh! comme ca se trouve! je lui demanderai le congé de l'Espérance... oui, oui, lionne idée! Dimanche prochain je vais à Versailles!. ... oh! que c'est aimable à ce bon Duval d'avoir songé à moi pour celte commission!.. et puis je suis sûre que Jeanne sera bien contente de me voir. .. car elle est aussi bonne fille que moi... Allons, allons, la confiance me revient... je lirai tous ces papiers ce soir... dans ma petite chambre du quai de la Ferraille.... (Elle te met duns son tonneau.) Mais les chalands ne viennent pas vite ce matin. Scène VI. JEANNETON, LE VICOMTE, FRANC1I1N. LE VICOMTE. Je vais tenter l'aventure; le moyen que tu m'as indiqué est parlait . . . laisse-nous. (Franchin rentre.) JKANNKTON, à pari. Voilà encore ce grand Uaudiin qui m'a tant regardée ACTE I. SCÈNE VII. 13 hier soir; s'il me vent quelque chose, il a hien tort, car, moi, je ne lui veux rien du tout! Scène VII. JEANNETON, LE VICOMTE. LR VIOOMTR, J part. Elle est seule! essayons! (Haut.) Ma belle enfant, au moment d'entrer dans cet hôtel, je m'aperçois que mon bas de soie m'a fait une petite infidélité, ne pourriez-vous réparer cet accident"? JEANNETON. Tiens! pourquoi pas? c'est mon métier. ( Elle tire île sa pnrhc ce qu'il faut pour travailler.) LE VICOMTE. Vous êtes, dit-on, d'une adresse..? JEANNETON. On sait son état! Attendez que j'enfile mon aiguille. LE VICOMTE. Elle est charmante! Cette nulle coulée pouvait retarder mes affaires d'un grand mois. JEANNETON. Cela ne m'étonuerait pas. . . les grandes dames de la cour n'aiment pas les adorateurs qui sont bas percés. LE VICOMTE, riant aux éclats. Ah! ah! ah! de Bièvre vous envierait celui-là. JEANNETON. Monsieur de Bièvre.. je connais... encore un fameux farceur.. 11 ne vient jamais à l'hôtel de Saint-Yon sans me dire des bêtises. LE VICOMTE. Il en est bien capable. JEANNETON. Il m'fait toujours raconter les histoires et les propos du quartier. Dam! c'est qu'ils en font d'hen drôles dans c'faubourg Saint-Honoré! et puis je vois passer tant de aens et tant de choses devant mon petit tonneau! . . AIR de l'Ambassadrice. p ui , „| enl r e ' piciei . ( Des le matin, c'est la laitière Et puis le mercier Qui dit ceci, qui dit cela . . . Puis le chapelier, ' Puis c'est le tour de la pottièr*. . . Puis le teinturier, Dieu «ait comme sa langue va... Puis 1* tabletier, Il LA COMTESSE DU TONNEAU. Puis Je savetier. Non, c'est le traiteur. Fuis le perruquier, Non, c'est le trotteur, L'écho du quartier . . Non, c'est l'imprimeur, On médit un jour Non, le rotîs>eur, De la pâtissière, Non, le parfumeur, La femme de cour Non, le confiseur, A bientôt son tour. Non, c'est le facteur, On donne un seigneur Ce jnli parleur. A la couturière. Viennent les propos... On prête un chasseur Plus d'une parole A la clame d'honneur; Se change en gros mot» Mais, pour mot, je hai 1 Oui font des héros! Les moindres caquets. • * Du quartier, déjà, Kt, je le promets, Plus d'un bonnet vole! Je n'en fais jamais. Puis la garde est là, JRANNKTON. Ouï Huit tout ça. ht lorsque ce bruit vous offense, Mais, pour moi, je hais Si tout en colère ou s'en va Les moindres caquets, Dire à quelqu'un, en conscience, Rt, je le promets, Répondez: Avcz-vous dit ça ? .le n'en fais jamais. LE VICOMTE. Vous êtes adorable, Jeannette, et vous mériteriez bien mieux les faveurs de la fortune que votre cousine Jeanne Vaubernier. JEANNETON. Je n'en voudrais peut-être pas au même prix Mais comment savez-vous cela, vous'? je ne l'ai pourtant dit à personne. LE VICOMTE. C'est donc la vérité ? JEANNETON. Je n'ai rien à vous répondre là-dessus.. Allons, beau sire, mettez-vous là... {Il pose la jambe sur la chaise.) On ne pourra pas dire que vous êtes jambé comme un coq.. LE VICOMTE. Ne pourriez-vous venir me rendre ce service dans la loge de monsieur Franchin'? JEANNETON. C'est ça! je vas laisser mon magasin tout seul., pour qu'on m'emporte tout à la fois la marchandise, le mobilier ... et la maison avec.. . comme cela m'est arrivé l'an dernier... pour mes étrennes. LE VICOMTE. Eh bien! ma toute belle, tant mieux! si l'on vole votre établissement, vous ne manquerez pas de gens qui vous offriront un hôtel!.. ACTE I. SCÈNE VU. [5 JEANNETON. Serait-ce, par hasard, vous qui me l'offririez? LE VICOMTE. Pourquoi pas, ma divine? . , JKANNKTON, à part. Je te vois venir. {Haut.') Ah ça! vous avez donc marché dans des rasoirs... c'est une belle et bonne coupure que je te raccommode là ... je m'y connais .... LE vicomte. Qu'importe! revenons à ma proposition! Qu'en dites- vous? JEANNETON. C'est une facétie comme une autre. LE VICOMTE. Une facétie. . . nullement. . . JEANNETON. Alors, vous pouvez vous flatter de savoir faire une re prise aussi bien que moi. LE VICOMTE. Quelle reprise? JEANNETON. Une reprise de conversation, tomme on dit.. . . mais c'est une reprise perdue, je vous en avertis, monsieur de Lauzun !.. . LU VICOMTE, se déplaçant. Aïe! . . tu me piques. {Riant.) Avec ces diables de petites filles de Paris, on ne saurait garder de masque... elles savent les prendre tous. (// se replace.) Eh bien! oui, je suis le vicomte de Lauzun, et je n'en maintiens pas moins l'offre de l'hôtel et cent mille livres par an.. Qu'as-ln à répondre à cela ? JEANNETON. Je répondrai à cela... ce que j'ai répondu à plusieurs autros... que je ne me sens pas disposée du tout à vous écouter... que j'ai un prétendu surnommé l'Espérance soldai aux gardes-françaises.... que je l'aime... ,| U( . jc'veux l'épouser----et vivre en haaaita femme.... s i Dieu m'e donne la force et le courage . . . LE VICOMTE. Et si, en t'offrant la fortune, on te laissait ta vertu ton innocence... ta réputation?.. JEANNETON. Quelle plaisanterie! Est-ce que c'est possible?.. 16 LA COMTESSE DU TONNEAU. LE VICOMTE. Mais, si je t'apprenais... JBANNBTON, repoussant la jambe du vicomte. Assez causé... vous êtes ravaudé.... c'est six blancs que ça vous coûtera, c'est moins cher qu'un hôtel. LE VICOMTE. Tiens... voici un louis... garde tout. JEANNETON". Non pas, je veux vous rendre.... ça ressemblerait à des arrhes. Scène VIII. Les Mêmes, UN VALET DE PIED. LR VALET DR PIRD, i la porte de la grille. Ouvrez la porte de l'hôtel à Mme la comtesse Du- barry. LK VICOMTB, à part. La Dubarry chez Mme de Saint-Yon, cette femme si prude.' Oh! vent de la faveur... que de tètes tu fais tourner!.. JE ANNETOK. Jeanne Vaubernicr... quel bonheur.'., ça m'épargnera le voyage de Versailles! aveo ça que je ne peux pas souffrir les coucous. LE VICOMTB, à pari. Oh! c'est divin! JKANNKTON, regardant au fond. La voici! la voici! elle est à pied.... sa voiture n'a pas pu passer là-bas., tant mieux., je pourrai lui parler.,» LE VICOMTE. Évitons ses regards. (// regarde au fond.') Ou je ne connais plus la cour, ou cette entrevue va servir mes projets. (A Jeanneton.) Dans un instant je viendrai chercher votre réponse! JEANNETOW. Je vous donnerai la monnaie de votre pièce. . . . c'est tout ce que vous pouvez espérer. Scène IX. JEANNETON, seule allant à son tonneau. Eh vite... vite! prenons les papiers qui sont dans le ACTE I. SCÈNE X. 17 coffret, je ne les ai «as Jus.. . mais que m'importe? Cette bonne Jeanne... quel plaisir je vais lui faire!.. Si j'avais su (-a... j'aurais mis mon tablier de taffetas .. « mais une parente... c'est toujours bien. Scène X. JEANNETON, Mme DUBARRY, un valet qui l'accompagne, PLUSIEURS VALETS. Mme DUBARRY, entrant par la gauche. C'est une indignité 1 une femme comme moi, obligée de laisser son carrosse à cent pas de l'hôtel.'., je me plaindrai au lieutenant de police... Grâce au ciel, nous voici arrivés. (Franc/tin en grande livrée paraît sur la porte de l'hôtel.) Fareuîî... (le valet approche) portez cette lettre à M. de Sartine____ Il vous remettra un coffret que vous m'apporterez à l'hôtel de Saint-Yon... . Du mystère surtout... (Le valet sort.) JEANNETON. Il ne faut pas la laisser passer. (Elle va se mettre devant elle.) Bonjour, Jeanne! Mme DUBARRY. Jeanne! qui se permet? JEANNETON. Tiens... qui? ta cousine Jeanneton... Mme IMT.ARRY, a part. Quel contre-temps! (Haut.) Eh quoi! c'est vous, mademoiselle Duval? JEANNETON. Duval! je sais bien que Duval c'est mon nom de famille... mais, pour toi, je m'appelais Jeanneton... Ah! je vois ce que c'est... tu es fâchée que je ne sois pas allée te voir à ton château de Versailles; toujours bonne fille. Dam! vois-tu, le ravaudage donne beaucoup____ c 'e s t éton-i nant comme il y a des mailles échappées par le temps qui court. " ' Mme DUBARRY, impatientc'e. ii ^ ve ™ s 1 ueI( l ue l ' ,lose « «ne demander, mademoiselle Duval? ' JEANNETON. Avez-vous!.. comme tu me parles, Jeanne! est-ce que ça te rend fière d'être devenue une grande dame. Répertoire No. 179. 2 18 LA COMTESSE DU TONNE A C. Mme DUBARRY. Est-ce là tout ce que vous avez à me dire? JEANNETON. Je venais vous demander un service., et vous en rendre deux. Mme DUBARRY. A moi'?., que puis-je faire pour vous? JEANNETON. Je venais vous prier de m'accorder le congé do mon prétendu... qui est dans les gardes-françaises. Mme DUBARKT. Il me semble que je ne suis par son colonel, moi... JEANNETON. On dit pourtant que vous commandez au roi, qui est le colonel de tous les régimens.... ce qui fait que vous êtes le colonel général du royaume, à ce qu'on prétend. Mme DUBARRY. Ces gens du peuple ont des idées! mais quand cela serait, mademoiselle.... le roi a besoin de ses soldats. JEANNETON. Il en a deux cent mille, il peut bien m'en céder un. Mme DUBARRY. Vous ne comprenez rien à l'état militaire; votre demande est inaccordable. .. . si votre amant était dans un régiment de province, passe... mais, dans les gardes-françaises. . . impossible... Adieu, mademoiselle Duval... je suis bien aise de vous avoir vue. JKANNKTON, à part. Bégueule, va! tu n'auras pas ces papiers. {Haut.) Yous ne me demandez pas quel service je peux vous rendre?.. Mme DUBARRY. Des services, vous ma petite, à moi].. JEANNETON. Dam! comme dit cet autre., on a souvent besoin d'une plus petite que soi... Mme DUBAKRY, riant. Je ne crois pas que j'aie jamais besoin de vous! ACTE I. SCÈNE XII. 19 Scène XI. Les Mêmes, L'ESPÉRANCE. l'espérance. Jeanneton, mam'zelle Jeanneton, j'accours pour vous dire que la Dubarry, votre cousine ... ah! la voilà... (Il met la main à son chapeau.) Mme DUBARRY. Ainsi vous me donnez publiquement le titre de cousine. JEANNETON. C'est vrai, j'ai tort... (« part.) je suis honnête fille. Mme DUBARRY. Et c'est là votre prétendu... il est bel homme! l'espérance. Elle n'a pas la vue basse... physiquement parlant. JEANNETON. C'est fini . . elle l'a vu . . le roi va me le garder. . . Mme DUBARRY. Je vous ai dit, mademoiselle .... que le roi a besoin de ses soldats. JEANNETON. Ne fût-ce que pour garder son Parc-aux-Cerfs, n'est- ce pas? Mme DUBARRY. Insolente!.. Mademoiselle Jeannette Duval, retenez bien ce que je vais vous dire: si vous répétez à qui que ce soit ... que vous êtes ma cousine, je vous renferme à Saint- Lazare pour le reste de vos jours. JEANNETON. A Saint-Lazare! Mme DUBARRY. Souvenez-vous de ma promesse. (Elle entre dans l'hâtel.) Scène XII. JEANNETON, L'ESPÉRANCE. JEANNETON. Saint-Lazare! Saint-Lazare! Ah! tu me défends de 2* 20 LA COMTESSE DU TONNEAU. dire dans Paris que je suis ta cousine... eh bien! j'irai le dire à Versailles!.. Ah! j'étouffe de colère!.. l'espérance. N'étouffez pas, ma chère Jeanneton. . . j'ai trouvé un expédient pour me rapprocher de vous... je déserte.... et je vous enlève... JKANNKTON, l'écoutant à peine. Le plus souvent que je veux d'un déserteur pour mari! .. . . et la maréchaussée qui pourrait vous prendre même dans le lit conjugal... l'eSPER ANCE. C'est vrai! la maréchaussée aurait ce droit-là! JEANNETON. Ah!. . . il faut que je me venge de ma cousine, ou que je meure de chagrin! l'espkrance. Comment se venger d'une femme qui est si haut perchée? vous n'avez pas les bras assez longs, JEANNETON. On peut les rallonger; M. de Lauzun va revenir.... oh! si j'osais! si j'osais! et pourquoi pas? oit ! que j'aurais de plaisir à l'humilier à mon tour! l'espérance. Ravaudeuse adorée... voyons, voyons... du calme, de la dignité; revenez à vous, physiquement parlant. JKANNKTON, comme iMcideY Monsieur l'Espérance! « l'espérance. Mon espoir! JEANNETON» Avcz-vous confiance en moi? l'espérance. Oh Dieu! JEANNETON. Croyez-vous à ma vertu? l'espérance. Oh! diable! JEANNETON. Eh bien? l'espérance. J'y crois comme à mon courage. JEANNETON. Eh bien!., écoutez-moi. ACTE I. SCÈNE XIII. 21 AIR de l'Apothicaire, (.'anime Ilubarry, si j'avais Bientôt une noble origine .... Un bel hôtel, de grands laquais, Avec une brillante berline .... Si j'avais dentell', falbalas! yue dirais-tu? réponds-moi vite! l'espérance. Je dirais: Tant qu'elle ne m'a pas, KU' n'a pas tout ce qu'elF mérite. JF.ANNETOH. Et vous m'aimeriez toujours? l'espbranbe. Oui, mais je ne vous épouserais plus. JEANNETON. Vous êtes un imbécile!.. Tenez! voici celui qui veut me donner tout cela... l'espérance. Un quelqu'un qui veut vous enrichir!.... je vais lui (passer ma lame à travers lu i-orps. JKANNKTON, montrant son tonneau. Du tout! vous allez vous cacher dans mon appartement pour entendre ec qui va se dire ici... et après vous verrez si vous voulez me donner votre consentement. l'espérance. Jeanneton, Jeanneton !., ma délicieuse amie.. je m'oppose... en héros français... JEANNETON. Eh vite! beau héros de corps-de-garde... cachez-vous il y a de notre fortune et de notre mariage. l.'KSI'KKANCK, se cachant. Je ne respire dIus, physiquement parlant. Scène XHÏ. LE VICOMTE, JEANNETON. le vicomte. Eh bien! sauvage ravaudeuse? jeanneton. Eh bien! monsieur le vicomte? le vicomte. Que dis-tu de ta cousine'? 22 LA COMTESSE DU TONNEAU. JEANNKTON. Je dis qu'elle est fière.... comme une demi-princesse, qu'elle est... LE VICOMTE. Et de ta condition? JEANNETON. Bien misérable!. . . un tonneau et des humiliations... LE vicomte. Et de ma proposition? JEANNETON. A présent... il y a peut-être moyen de s'entendre. LE VICOMTE. Et quoi! tu accepterais? JEANNETON. Un hôtel pendant trois mois. LE VICOMTE. Un hôtel et mon amour! JEANNETON. Un hôtel... et la vengeance !... LI VICOMTE. Comment? JEANNETON. Oui..,, je veux, à mon tour, humilier mon insolente cousine. LE VICOMTE. Oh! instinct de la femme! elle à deviné mes projets , . . eh bien! oui, gentille ravaudeuse... oui, quoique tu sois agaçante et joiie... ce n'est pas l'amour qni m'a conduit près de toi.... c'est le désir d'opposer à la Dubarry une femme de ta condition, qui par son luxe, sa magnificence et ses prodigalités, l'éclipsé... l'efface... l'anéantisse! toute ma fortune y passera s'il le faut.... mais ta cousine n'aura pas un équipage que le lendemain tu n'en aies un pareil ou plus éclatant encore,., et je ferai si bien, qu'avant un mois tous ses adorateurs seront à tes pieds! JEANNETON. Comme ça me va!... comme ça me va! LE VICOMTE. L'an dernier, c'est la Dubarry qui fut la reine de Long- champs... cette année-ci, je te jure, par mon épée de colonel que Jeanne de Vaubernier a voulu déshonorer, ce sera toi qui seras à Longchàmps l'astre du jour. ACTE I. SCÈNE XI11. 23 JEANNETON. Comme ca me va! comme ça me va!.....Et ça ne m'empêchera pas d'être fidèle à mon prétendu?.. LE VICOMTE. Sans doute! et ta vertu que je proclamerai partout... ajoutera encore à ton triomphe! JEANNETON. Au bout de trois mois, je serai libre d'épouser mon prétendu? LE VICOMTE. Avec vingt mille livres de dot que je t'assure.... 6i tu joues bien ton rôle... de favorite!.. JEANNETON. Tiens ! ... je ne suis pas plus bête que ma cousine. LE VICOMTE. AIR d'Yelva. Du monde où je vais t'introduire Songe a prendre tous les travers , . . Sans raisons souvent il laul rire, 11 faut te donner de grands airs. Affecte de l'impertinence, Tranche, décide sans rougir ! JEANNKTON. Je vais avoir un titre et l'opulence. L'insolence va me venir. LE VICOMTE. Petite, tu commences trop tôt ton personnage. JEANNETON. Pardon, j'oubliais que mon protecteur est riche et titre .... LE VICOMTE. Partout tu nargueras la Dubarry. JEANNETON. Oh! sur ce point vous pouvez vous fier à moi! Comme elle m'a traitée, moi, qui étais si joyeuse de la revoir! LE VICOMTE. A propos! quel nom . . quel titre . . veux-tu prendre? JEANNETON. Ah ! oui... un nom... c'est essentiel . .. Aiment. allons-nous m'appeler ? LE VICOMTE. Ordinairement on prend le nom d'un château... d'une propriété. 24 LA COMTESSE DU TONNEAU. JEANIÎETOW. Eh bien! ... je vais prendre celui de mon domaine... et je m'appellerai la comtesse du Tonneau... je serai pins que ma cousine, qui n'est que la comtesse Dubarry. LE VICOMTE. Oh! ce nom est divin, ma toute belle! .. A Versailles le drame ... à Paris la parodie! ... c'est bien plus amusant ... JEANNE-TOIT. Oui., je crois que nous allons nous amuser!.. LE VICOMTE. Je veux que ta fortune commence aujourd'hui-même .. . prépare-toi a faire ton entrée triomphale dans ton hôtel... comtesse du Tonneau... je cours tout disposer pour te recevoir... ma livrée ... ou plutôt la tienne. . . viendra te chercher dans un instant. . . Ainsi, marché conclu., pour trois mois... JEANNÉTOlî. Votre livrée... et pas d'amour... LE VICOMTE. J'en donne ma parole de gentilhomme. AIR (le Mlle Puget: Mire dans mu jrcni. Avec gaîté vengeons-nous De notre ennemie! Les sages comme les fous Seront tou9 Pour nous. JHANNKTON. Venez, malice et folie! Venez diriger nos coups. ENSEMBLE. Avec gatté, etc. (I.e comte sort, l'Espérance quitte le tonneau et se promené a grands pas sur la scène.) Scène XIV. L'ESPERANCE, JEANNETON. JEANNETOW. Eh bien! monsieur l'Espérance? l'espérance. Laissez-moi, physiquement parlant. ACTE I. SCÈNE XIV. '25 JEANNETON. Comment? vous n'êtes pas content? j'accepte sa fortune et je garde ma vertu !.. l'espérance. Je ne donne pas dans ce charlatanisrae-la... D'ailleurs, à quoi cela vous mènera-t-il? JRANNRTON. A quoi? vous ne le voyez pas? cela me mènera à me venger de la Dubarry... à m'assurrr une petite fortune... à profiter de ma faveur pour obtenir votre congé... et à nous marier légitimement. L'KSPRRANCK. Jeanneton!.. Jcanneton! vous me bercez avec des chimères '.. JRANNRTON. Vous avez entendu le serment de ce gentilhomme... L'RSPKRANCK. Je sais bien que c'est un brave! il était à Fontenoy... et moi aussi; mais raison de plus... nous autres militaires... je nous connais... nous sommes capables de tout physiquement parlant. JRANNRTON. Voyons, l'Espérance, mon ami, mon héros, mon dieu Mars. L'RSPRRANCR. Ma Cypris, vous cherchez à m'entortiller. JRANNRTON. Yous ne dites plus non? L'ESPRR ANCR. Je ne dis pas oui... car, si je consentais, il faudrait me permettre d'entrer à toute heure dans l'hôtel en question pour garder mon trésor. JRANNRTON. Je ne l'ai pas défendu... L'KSPKR ANCR. Quoi! je pourrais faire à chaque instant ma ronde amoureuse et militaire?.. JRANNRTON. Et vous me trouverez toujours irréprochable. Jeanne- ton Duval n'est pas Jeanne Yaubernier. L'RSPRRANCR. ] Justement la voilà qui sort de l'hôtel de Saint-Yon. JRANNRTON. En chaise à porteurs... elle craint que je l'arrête en- 26 LA COMTESSE DU TONNEAU. core.... Palienco ! princesse de boudoir.... je te ferai voir que Jeanneton Duval est ta cousine... L'Espérance!.. I.'RSPKRANCE. Mamzelle Jeanneton! JRANNRTON. Appelez aussi mes porteurs, car je vois venir ma livrée. JKANNRTON. Vos porteurs!., ravaudeuse aventurée? i/rsperaivcr. Les deux commissionnaires du coin. (A pari.) N'oublions pas surtout la cassette de mon pauvre cousin. [Musique du final.] Scène XV. Les Mêmes, Voisins et Voisines, accourant en foule, deux Commissionaires. Les voisins viennent d'abord se ranger près de Phôtel. Deux Valets de Lauzun. CHOKUK. JRANNKTON, on l'entoure. Oui, la voici! (ter ) Venez par ici, ma voisine, C'eit la comtesse Dubarry. Venez, commères Reirie, l'équipage de èettte impertinente comtesse a coupé le ca- rosse de Mme Dubarry, aux acclamations de la multitude ACTE I. SCÈNE IV. 20 et le croiriez-vons, aux éclats de rire de quelques jeunes courtisans. Mme DE SAINT-TON. Oui... les Chevrcuse, les Danglemont, les Desbars... et autres étourdis qui vous ressemblent. SAINT-VALLIER. Moi? madame la marquise, j'espère qu'on ne peut mettre en doute mon dévouemeut pour Mme Dubarry. Il y a trois mois, ne me suis-je pas battu pour lui faire rendre certaine cassette'?.. Mme DE SA1NT-YON. Ce duel vous vaudra un régiment. SAINT—VAL LIER. Oui, mais en attendant il m'a valu le plus rude coup d'épée... C'est que j'avais affaire à un brave jeune homme, entête comme un diable, par exemple!., car il n'a jamais voulu entendre raison.... Que lui sera-t-il arrivé de sa blessure?., je l'ignore, on n'a jamais su où il s'était fait transporter, lui et la cassette mystérieuse, cause du combat. Mme DE SAINT—YON. Changée de cette alt'aire par Mme Dubarry, j'avais écrit à M. le lieutenant de poliee, et j'attends ce soir sa réponse. SAINT-VALLIER. Et dites-moi, ma tante, votre amie ne vous a jamais dit ce ime renferme ce coffret qu'elle désire tant retrouver? Mme DE SAINT-YON. Quelques papiers de famille, je suppose. SAINT-VALLIKK, riant. Peut-être ses titres de parenté avec la fameuse comtesse du Tonneau. Mme DE SAINT—YON. Oh! vous avez trop d'esprit, chevalier, pour répéter une calomnie fondée sur un misérable jeu de mots, et dont le bon sens de la cour a fait justice.... Mais qui nous vient là? SAINT-VALLIER, remontant la «cène. Eh! chère tante, c'est votre invité de Chantilly c'est Lauzun lui-même! •'' Mme DE SAINT YON. Lauzun! Lauzun!.. ah! mon Dieu! SAINT-VALLIER, A part. Je suis curieux de voir comment ma noble parenteva se tirer de la. 30 LA COMTESSE DU TONNEAU. Scène IV. Les Mêmes, LE VICOMTE. Mme DE S AINT-YOlf. Eh! arrivez donc, monsieur de Lauzun... je désespérais de vous voir à mon bal. LE VICOMTE. J'ai bien manqué ne pas m'y rendre, belle marquise., une invitation fort pressante de M. le prince me retenait depuis quelques jours à Chantilly... Puis j'étais loin de penser que ce bal, que la cour attendait avec tant d'impatience depuis un mois, devait avoir lieu ce soir... Heureusement on a des amis... (Saint-Fa/lier lui fait un signe de prudence) des serviteurs zélés... et votre gracieuse invitation m'a été expédiée par un courrier extraordinaire... elle me coûte deux magnifiques chevaux.... mais j'arrive à temps, et je m'estime trop heureux. (Il lui baise la main.) Mme DE SAINT-YON. Vous me voyez ravie, mon cher vicomte... mais le roi daignera peut-être honorer mon bal de sa présence, et sa majesté devant y venir masquée, vous sentez que tous les hommes doivent se conformer à cette étiquette. SAINT-VALLIKH, à part, riant. Pas trop mal, en vérité... LE VICOMTE. Qu'à cela ne tienne, marquise, je ferai comme tout le monde____ à la cour, d'ailleurs un masque cela m'embarrasse pas! Mme DR SAINT-YON. Souvenez-vous aussi, monsieur de Lauzun, que sur un territoire neutre toutes les hostilités sont suspendues; vous m'entendez ? {Le vicomte s'incline.) 11 me reste quelques ordres à donner, nous nous retrouverons dans le bal. Ne tardez pas à me rejoindre, Saint-Vallier. (Klle salue et sort.) Scène V. SAINT-VALL1ER, LE VICOMTE. (Toule celte scène doit être joué'e avec mystère, A voix basse et Irèi- rapidement ) SAlNT-V^LLtlEK. El» bien! ta gentille comtesse? ACTE H. SCÈNE V. ;ti LE VICOMTE. Elle est là. Et la favorite? SAINT-VALLIER. N'est pas encore arrivée. LE VICOMTE. Et nos amis, Chevreuse et Descars? SA1NT-VALLIEK. Ils sont a leur poste. LE VICOMTE, A merveille! SAINT—V ALLIER. Es-tu content, Coucy? LE VICOMTE. Tu t'es conduit en ami véritable. SAINT—VALL1EK. Dis en véritable courtisan... Placé entre deux divinités, je me bals pour l'une, et j'ouvre k l'autre l'Olympe de la cour. LE VICOMTE. Ma cause est celle de tous les jeunes gentilhommes. SAINT—V ALLIER, Oui, mais qu'espères-tu? LE VICOMTE. Braver l'idole jusque sur son piédestal. SAINT—V ALLIER, Prends garde] toutes les favorites ont les clefs de la Bastille sur leur toilette, parmi leur rouge, leurs mouches et leur éventail. LE VICOMTE. Ne craignez rien, moi seul ai séduit le concierge de l'hôtel, gagné les femmes de ta tante; c'est moi enfin qui dois aller k la Bastille et vous qui devez rire de l'aventure. S AIN T—V ALLIER. A la bonne heure... je rejoins la marquise... maintenant je te dirai, comme l'amant d'Elisabeth k son complice Mortimer: Je ne vous connais plus! (.11 sort en rianl.) 32 LA COMTESSE DU TONNEAU. Scène VI. LE VICOMTE, seul. Oui, Saint-Vallier a raison... je viens jouer ici un jeu à me faire enfermer comme ce pauvre Latude... Mais, ma foi! le sort en est jeté, et je veux à tout prix.... N'oublions pas que ma comtesse est là qui attend, (// va à droite.') Venez, il n'y a plus personne. Scène VII. LE VICOMTE, JEANNETON. JEANNETON. AIR de l'Ambassadrice. Voilà donc la cour! Quel brillant séjour; J'y viens à mon tour, Ah! quel heureux jour! tjue ces murs briliana Ont vu de galans Rt de courtisans ) Trahir leur sermens, ) bis.) Comtesse ou grisette, Bientôt on verra De Jeanne ou de Jeannette Oui l'emportera. Gardons bien mon masque, Montrons-nous ici Perfide, fantasque. . . Kt j'ai réussi ! Voilà donc la cour, etc. (Pendant cet air le vicomte est allé au fond et regarde dans la galerie.) LE VICOMTE, Prends bien garde d'être reconnue avant le moment décisif. JEANNETON. Soyez tranquille... pour changer une ravaudeuse en duchesse, il n'y a que cela à faire. (Elle met son masque.) Ni vu, ni connu, comme on dit. Vous dites donc que nous sommes ici chez Mme la marquise de Saint-Yon? LE VICOMTE. Le plus bel hôtel de Versailles après le château royal. JKANNKTON, regardant. Voilà un hôtel comme il m'en faudrait un. LE VICOMTE. L'appétit vient en mangeant. JEANNETON. Après ça, ce que j'en dis, moi, ce n'est pas que ça me tente, AIR du Cabaret. Dana mon hôtel où tant d'or brille Voua savez comme je me plais, ACTE li. SCÈNE VII. $3 M, (juoique je Miis lionne fille, Je prclererais ce palais. A Trianon, j'irais sans gêne, Riais au moindre revers nouveau... Comme madame Diogène, Je reviendrais à mon tonneau. LE VICOMTE. Voilà de la vraie philosophie. Mais vous devez être contente de moi, gentille comtesse'? J'ai rendu votre sort égal à celui de la reine de France! JEANNETON. C'est vrai, ca... La reine de France et de Navarre n'est pas plus brillante nue moi... et dire que, dans ce bal, mon arrogante cousine aura une robe dont on n'a pas pu trouver la pareille! LE VICOMTE. Ce n'est pas ma faute, j'espère!.. Pour satisfaire tes désirs de comtesse, j'ai envoyé un courrier à Lyon où cette étoile avait été fabriquée, le métier en était déjà brise... par ordre de la Dubarry... on t'a même rapporté le seul morceau qui restât de celte magnifique étoile. JEANNETON. Une aune trois quarts! que faire avec ca, je vous demande? J'ai pourtant une idée! oh! mais une idée! le VicohHO^ Voyons, voyons... orientons-nous et sachons où nous en sommes et où nous allons... Depuis trois mois, je n'ai reculé devant aucune folie... et nous voilà enfin, malgré Ions les obstacles, dans ce bal de cour si impatiemment attendu... Voyons, maintenant, comment tu va réaliser toutes nos espérances... A t'entendre, c'est aujourd'hui que nous devons porter le dernier coup à noire belle ennemie en lui arrachant le masque orgueilleux qui la couvre . . . Ce serait même ici, ce soir, que je devrais recevoir de ta main mon brevet de maréchal de camp. JEANNETON. Je tiendrai toutes mes promesses, car vous vous êtes conduit envers moi comme un franc et loyal gentilhomme LE VICOMTE, gaîment. Cela me coûte assez cher... trois cent mille livres en trois mois! J HANNETON. Oh! ça va bien! ra va bien! 1E VICOMTE. Cela ne va que trop bien! Répertoire No. 179. 3 34 LA COMTESSE DU TONNEAU. JEANNETON. Qu'est-ce que ça vous fait'* nous s?rons venais?.. LE VICOMTE. Tu as donc quelque secret particulier? JEANNETON. Peut-être. LE VICOMTE. Et tu ne veux pas me mettre dans la confidence? JEANNETON. Non, car c'est un secret entre Jeanne et moi... mais, si elle ne s'humilie pas devant sa cousine, ce secret sera demain celui de toute la France. LE VICOMTE. Mais tu t'imagines donc qu'on aborde aussi facilement la favorite? JEANNETON. La favorite... je me ferai conduire devant elle, je lui parlerai de la bonne façon, et je m'y prendrais si bien, qu'avec votre brevet de maréchal de camp, il faudra qu'elle me fasse obtenir le congé de I Espérance. Scène VIII. Les Mêmes, L'ESPERANCE. l'espérance. On a prononcé mon nom? JEANNETON. Tiens!.. c'est lui! l'espérance. Tiens. 1 ., c'est elle! LK VICOMTE* à part Allons, je vais jouer ici mon mon rôle accoutumé... l'espérance. Jeanneton!.. mon soleil de jour et de nuit... tu a\ais donc deviné que je ne peux pas aller à Paris, et tu viens à Versailles? JEANNETON. C'est M. le vicomte qui m'y a amenée. l'espérance. Merci, M. de Lauzun. ACTE II. SCÈNE IX. 35 LK VlCOMTR, riant, à part. Voilà un remet-ciment qui me coûte trois cent mille livres. (" remonte la scène et regarde le bal.) JEANNETON. Non, monsieur l'Espérance, je suis franche... ce n'est pas pour vous que je suis à Versailles; mais je suis bien aise de vous rencoûtrer pour vous dire que nous allons nous marier un de ces jours. l'espehance. Nous marier!.. Merci, monsieur de Lauzun. (Il lui baise la main.) LK VlCOMTR, revenant. Eh bien!., ne le gêne pas... l'espérance. Puisqu'il n'y a personne. LE VICOMTE. Le drôle me compte pour rien... Allons, retirez-vous, monsieur le soldat, et respectez, jusqu'à la fin de son règne, Mme la comtesse du Tonneau. (L'Espérance retourne a son poste.) Scène IX. Les Mkmes, Mme DE SAINT-YON. Mme I)K SAINT-YON, violemment agitée. Qu'entends-je !... votre comtesse dans mon bal!... on ne m'avait donc pas trompée... Eh quoi! madame serait?.. JEANNETON, Jeanncton, la ravaudeuse... je m'en vante... surnommée la comtesse du Tonneau... je ne sais pas si je dois m'en vanter. Mme DE SAINT-YON. Où en serais-je si l'une de mes femmes n'était venue m'annoncer cet odieux complot.... Je lui ai recommandé le secret... car, tout serait perdu, si Mme Dubarry... Elle se rendait dans ce salon... par bonheur, elle est tombée au pouvoir de Dorât qui lui récite une de ses éternelles épîtres. JEANNETOtf. Je vais lui en donner moi des épitres. Mme DE SAINT-YON. Monsieur de Lauzun, vous comprenez que mademoiselle ne peut pas rester dans ce bal. 3* 30 LA COMTESSE DU TONNEAU. JEANNKTON, a pari. Encore une bégueule! LE VICOMTE. Mad. la marquise, je croyais, je pensais!.. {A parf.) Je ne sais que lui dire... (acclamations.) Mme DE SAINT-YOIT. Grand Dieu! c'est elle qui s'avance... oh! de grâce, mademoiselle, entrez dans ce boudoir... une autre issue conduit au vestibule... Evitez le rencontre de Mme Dnbarry... JEANNETON. Est-ce que vous avez peur que je la mange? Mme DE SAINT-YOd. Ah! monsieur de Lanzun, votre comtesse est d'une naïveté, . . (Elle remonte la scène.) JEANNETON. Qu'a-t-elle donc à rire'?., lïst-cc que j'ai dit quelque chose qui ne se dit pas à la cour? LE VICOJITE. Oh! non, non! à la cour tout se dit... excepté la vérité. JEANNETON. C'est justement cela que je suis venue dire, moi... (Nouvelles acclamations au dehors, musique.) Mme I)K SAINT-YON, revenant du tond. Partez!.» partez vite; voici Mme Dubarry. LE VICOMTE. Allez, et faites place à votre rivale triomphai! le. JEANNETON. Patience!., je vais avoir mon tour... (Klle entre clans le boudoir, Lauzun soi t pat la dioito ) Scène X. Mme DUBARRT, Mme DE SAINT-YON, Seigneurs et Dames de la Cour. Mme DE SAINT-YON. Je suis dans des transes mortelles],• Mm* DUBARRY, à qui Saint-Vallicr donne la main. J'avais besoin de venir ici respirer un moment!,, on éloulle dans la grande galerie. Mme DE SAINT-YON. Ce qui ajoute à la chaleur, c'est que tout le monde ACTE II. SCÈNE X. 37 tient à vous admirer de près... on vous entoure... on vous presse... on vous assiège. LE CHEVALIER. Chacun veut pouvoir dire: Je l'aie vue!. . (11 s'éloigne.) Mme DE SAIUT-YON. Ajoutez que pour mettre le comble à l'empressement de la foule... l'étoile de votre robe est comme votre personne... sans pareille!.. Mme DUI1ARB.Y. C'est une étoffe de Lyon, faite exprès pour moi... et dont le métier a été brisé sur-le-champ.... Cette fois du moins, je pourrai défier l'impertinente lutte... où ce petit vicomte de Lauzun s'est engagé... sa comtesse ne viendra pas d'ailleurs me chercher jusqu'ici. Mme IIK S Al NT-Y ON, à ()art. Si elle savait que cette femme... Mme BUlliKHÏ. N'a-t-on pas osé répandre le bruit ridicule que celte créature était ma parente... ma cousine'?., heureusement, grâce à mes soins, cette calomnie n'est pas arrivée jusqu'au roi... mais ici... tout le monde a les yeux sur nous... et tout le monde cherche à nous entendre... entrons dans votre boudoir... j'ai à vous parier au sujet de cette affaire, \ous savez?.. Mme »K SA1NT-YON, embarrassée. Mon boudoir... mon boudoir... (A pari.) Ah! mou Dieu! elle est peut-être encore là! Mme DU1IABRY. Nous pourrions y causer plus à noire aise... Je connais le secret de votre petite porte. .. Mme DR SA1NT-YON. De grâce!.. Mme DUBARRY. Comment! du mystère avec moi! Mme DE SAINT-YON. Pardonnez... Mme DUBARRY. C'est bien!., c'est bien!., je ne veux rien savoir (A // Scène XIII. LE VICOMTE, JEANNETOJX. LE VICOMTE. Imprudente! (|u'avez-vous fait? JEANNETON. Je l'ai joliment arrangée, hein! LE VICOMTE. Mais nous sommes perdus!... et la Bastille m'alleed! JEANNETON. Qu'est-ce que cela vous fait? nous sommes vengés! LE VICOMTE. A présent, c'est à son tour! JEANNETON. C'est ce que nous allons voir.... (Aux esclaves uni tout au fond.) Esclaves,, portez ce coffret à sa royale adresse, ( Lc9 csr | avc8 8or t cn t.) ACTE II. SCÈNE XIV. 45 LE VICOMTE. Ce coffret, que renfcrmc-t-il? JEANNETON. Le congé de l'Espérance et votre brevet «le maréchal de camp f|ue j'envoie à la signature du roi. LE VICOMTE. Ce n'est plus le moment de plaisanter!... il ne nous reste que la fuite... et l'Angleterre, si nous pouvons y arriver. JKANNRTON, s'asseyant. Partez si vous voulez____ moi, je me trouve bien ici! et j'y reste... Tiens! on est bien là-dessus. LE VICOMTE. Elle a perdu l'esprit!. .. mais quel peut être ton espoir? Ne sais-tu pas que les vengeances de cour'?... il en est peut-être temps encore.... viens, suis moi! (// se retourne et voit la garde.) Allons! il est trop tard! Scène XIV. Les Mkmes, UN SERGENT, suivi de L'ESPERANCE Cl de THOIS AUTRES SotDATS. LE SEHGENT. Monsieur de Lauzun, un ordre du roi m'enjoint de vous demander votre épée et de vous conduire à la Bastille. LE VICOMTE. Quand je disais que je ne rentrerais pas cette nuit chez moi! (Il remet au sergent son fpie.) UN SKKGKNT, à hanneton. Vous, mademoiselle, je suis chargé de vous mener à Saint-Lazare. JKANNRTON, i part. Prends garde de le perdre. L'KSPKKâNOK, à part Et dire que c'est moi qui dois la conduire en prison' LE SERGENT. Partons, mademoiselle!.. JEANNETOKT. Impossible mon beau guerrier... car j'attends ici madame JJubarry qui va venir me remercier,., (Le sergent s'éloigne et va parler à ses sol.lals.) 46 LA COMTESSE DU TONNEAU. LE VICOMTE. Décidément la tète n'y est pins... mais, malheureuse fille, c'est sur le seuil même de Saint-Lazare, et après la scène que vous lui avez faite, que vous espérez fléchir notre ennemie! JEANNETON. Bah ! je la connais.... elle va se rendre ici douce comme un agneau! LE VICOMTE. AIR de la romance de la Fille