WTZM*4&Êkk ** Répertoire du Théâtre français à Berlin. N* 144. LA FILLE DE L'AVARE, COMEDIE-VAUDEVILLE EU DEUX ACTES. MM. BAVARD et PAUI. DUPORT. Prix : 20 SgT. (16 Ggr.) BERLIN, Cbeas An. Mt. Schlesinger, Libraire et Editeur de Musiqne. ÇUnlcr den l.imlen Nr. 34.) 1835. LA FILLE DE L'AVARE. ACTE PREMIER. Le théâtre représente une salle basse. — Au fond, deux -portes: l'une, à droite, qui a un guichet, est la porte d'entrée, et donne sur la cour; l'autre, au milieu, donne sur un escalier qui conduit au premier étage... Sous l'escalier, en dehors, une porte qu'on ne voit pas. — Au deuxième plan, à droite de Vacteur, la cuisine .... Bu côté opposé et sur le deuxième plan, à gauche, le cabinet de Grandet. — Ameublement mesquin, usé, dans le style gothique et bigarré de la campagne. Une table près du cabinet de Grandet; une autre table auprès de la porte de la cuisine. Scène I. EUGÉNIE, NANON. (.du lever du rideau, Nanon regarde par la parle de la cour, Eugénie sur la porte de la cuisine.) EUGEXIE. EU l)icn! Nanon? NAïOir. EU bien! manuelle, v'ià qu'il part. EUGÉNIE. Tout-à-fait? Rlltnia • „ . ... w > « Grandet nui est dans la cour et qui se dispose a partir. (An ^V'' eil > monsieur... Hem!... la fenêtre du corridor'?... cal' avoir regardé par la porte qui donne sur l'es- ler i et revenant à celle de la cour, elle crie:) Elle 4 LA FILLE DE L'AVARE. est fermée... Adieu, monsieur, adieu... Ne vous pressez pas trop... ménagez la grise. EUGÉNIE. Il est partie. NANÔW. Il sort de la cour... il va faire sa ronde du malin, chez les vignerons, chez les métayers... En voilà pour deux bonnes heures, EUGÉNIE. Tant mieux, ferme la porte. (Nation ferme la porte.) Je n'ai plus \\mï...\Elle paste à la gauche de Nation.) Nous pouvons nous occuper du déjeuner de mon cousin Charles... Eh! vite, dépèchons-nous. NANON. Oh! m'est avis (pic nous avons le tems... il dort ferme. EUGÉNIE. C'est égal... il faut (pie tout soit prêt quand il se réveillera... et avant le retour de mon père. SAXON. Je crois bien... Dieu! si not' maître voyait toute cette dépense-là... tout ce lusque... du chocolat, des oeufs, du beurre, une nappe!... EUGENIE. Aussi je tremblais... (On frappe à la porte.) Ciel! c'est lui!... NANON, bas. Il aura oublié quelque chose. {On frappe encore.'] EUGÉNIE. Chul!... je vais à la cuisine... faire le chocolat en cachette... lâche qu'il parte bien vite. NANON, à la porte. Eh! oui... on y va. EUGÉNIE, bien bas, Ensuite tu mettras le couvert. [hlle entre dans la cuisine. NANON, ouvrant le guichet de la porte. C'est vous, not' maître? ISIDORE, en dehors, parlant par le guichet. Ouvre donc, Nanon. NANON. Bah!... (A la porte de la cuisine.) N'ayez pas peur..' cl n'est rien.,, c'est M. Isidore. LA FILLE DE L'AVARE. ISIDORE. Merci.,. Ouvre donc. NANON, ouvrant. Voilà! Scène II. NANON, ISIDORE. ISIDORE, entrant. C'est heureux! NANON. Ali! vous nous avez fait une souleur!,.. si matin, par celte nielle isolée! ISIDORE. C'est mon oncle Menu qui m'envoie!... et je ne me le suis pas fait dire deux fois... J'ai tant de plaisir à venir ici. NANON. Tiens... votre oncle qui est le notaire de not' maître, sait bien que tous les matins il fait sa tournée à cheval, dans ses fermes, aux environs d'Orléans. ISIDORE. Et sa tournée doit être longue... le père Grandet; c'est le Marquis deCarabas du Loiret... Bois, prés, champs, vignes... tout lui va. NANON. Et il va partout... Ainsi, mamzelle est occupée; moi itou... Vous reviendrez. ISIDORE. Par exemple!... (Â pari.) Mon oncle ne s'est pas trompé... Il y a quelque cliose. NANON. Puisque not' monsieur n'y est pas. ISIDORE. Je l'attend rai... C'est qu'il s'agit d'une grande affaire... un beau domaine qu'il va ajouter aux aunes... Il finira Inon Cter tout ' e département.•• C'est de ça, je crois, que jeuno°l ' ' causa ' en * '" er so ' 1 ' * oul Da9 > , l uan( l ce c "oinine est arrivé... Tu sais... ce jeune homme. NANON. ' '• M. Charles... le neveu de monsieur. 5 LA FILLE DE L'AVARE. [SIDOKE. C'est-à-dire (te feu sa femme. HANOX. Pauvre chère défunte!... Elle n'a pas eu tant seulement la consolation de le voir... et ce n'est pas faute qu'elle ait eu envie d'aller à Paris, chez son frère... mais notr' maître n'a jamais voulu débourser les frais du voyage .. . même qu'il grondait des trois jours pour un port de lettre... si lnen que lu pauvre femme n'osait plus écrire à son frère, crainte des réponses... Si l'autre l'avait su... Mais elle, une sainte du paradis, quoi!... plutôt que de dire un mot de plainte contre son homme!... ISIDORE. 11 a donc toujours été avare comme à présent, le père Grandet? NANOlî. Air : J'ai vu le Parnasse des dames. Lui, ce n'est pas de l'avarice ; 11 lient à l'argent, Dieu merci ! Mais c'est, faut lui rendre justice, Vour le garder... ISIDORE. Tant pis pour lui. NANON. Amasser toujours, v'ia ce qu'il aime... Du reste, il a 1' coeur sur la main; Traitant son prochain comm' lui-même. •• ISIDORE. Kt c'est tant pis pour le prochain! JNANON. 11 a gagné sa fortune... il a le droit d'en faire ce qu'il veut. ISIDOllE. 11 n'en fait rien. NANON. C'est pour ne pas la défaire... Faut être juste... moi qui suis ici depuis quarante ans, je les ai vus commencer... Madame n'avait pas grand'chose, et lui n'avait rien... Pour devenir avec ça le plus fort propriétaire du pays, a-t-il fallu en mettre long-tems des petits écus sur les gros... aussi, pendant cette révolution... l'autre, la vieille, il ne s'amusait pas aux assignats, lui... il achetait du bien... il empilait les louis d'or... et comme il disait, en rognant su'' les repas, pour acheter un quartier de terre: mes enfant un morceau pousse l'autre. LA FILLE DE L'AVARE. 7 ISIDORE. Et ca lui a joliment profité. WAïïON. Mais à propos de repas, vous me faites oublier... mamzelle qui est en train de foire le chocolat. (Elle va i la table.) ISIDORE. Hem! plait-il? Qucst-ce qu'elle dit là?... chez le père Grandet du chocolat!.., (Allant à la porte de ta cuisine et flairant.) Mais oui... cette odeur de vanille... i\a- non,.., NANOÏT. Laissez-moi. . faut que je mettre le couvert. ISIDOKE, regardant la table que Nanon apprête. Comment! un couvert pour déjeuner. . . chez le père Grandet! Ali ça! tout est donc ici en révolution? KXTSCfS. Tiens, M. Charles... le fils d'un... {Cherchant) Comment qu'ils appellent ça!., un banquier, sous votre respect.. c'est habitué à toutes les dorloteries de Paris ... c'est pas élevé grossièrement comme vous et mai. ISIDORE. Merci, encore... et le père Grandet fait toute cette dépense? UASON. Du tout.,. s'il savait! „.. c'est mamzelle qui s'est avisée de ça... mèmement que pour acheter le chocolat et le sucre en cachette, elle a changé une des pièces d'or que son père lui a données. ISIDORE. Comment! il lui en donne? KANOIST. Oui . .. une à une, dans le courant de l'année ; pour les compter avec elle au jour de l'an. . . C'est leurs étren- nfi s .. . elle n'y touchait jamais . . . mais pour son cousin! ... ISIDORE. Son cousin... son cousin!... on dirait qu'elle a pris >our tuut tlc sui,e li ,u i un intérêt. .. ail* ^ NANON". ssî, a . D:ltn • le neveu de sa mère, et gentil !... D'abord en imu- plaît T ' UCl ' 110us a su, 'l"' is tous - et ' es surprises, ça cm- éflons-l'" J0U - I S aux •' euncs filles . .. C'est vrai ! ... noua suf leurs ♦ H, j n ^%£S0Wêftwêêêbê^' yrè ân^ 12 LA FILLE DE L'AVARE. d'or, qu'il s'est mis à compter. ■et puis des billets qu'il a tirés d'un grand porte-feuille. NANON. Silence, mainzelle. EUGÉNIE. 11 ouvrait de grands yeux... il murmurait des mois on riant... mais d'un rire si singulier ... et puis la lumière de la lanterne qui jetait sur tout cela un jour lugii- lire ... ça m'a fait peur ... et je suis rentrée dans mon lit toute tremblante. wsos, Dieu! s'il savait.. . ne parlez jamais de ça, au moins. JSIDOKK, rentrant et présentant la sucra à Eugénie. Voilà... (// en a un gros morceau à la bouche.) Il est très-bon. CHARLES, en dehors. Nanon .. . quelqu'un! NANON. C'est lui, mamzelle. EUGÉNIE. J'entends bien. (Prenant le sucre des mains d'Isidore.) Merci, monsieur Isidore. (A Nanon.) Ah! vite le fauteuil. Scène IV. Les Mêmes, CHARLES, en robe de chambre élégantel un foulard autour du cou; négligé de fashionable; na petit nécessaire à la main, CHARLRS, regardant l'escalier par lequel il vient de descendre. Enfin, je suis en bas ... ce n'est pas sans peine.. . quel escalier! (H pose son petit nécessaire sur la table qui est auprès de la porte Je la cuisine.) EUGÉNIE. Ciel ! vous vous êtes fait mal. CHARLKS, lui baisant la main. Voilà de quoi me guérir... bonjour, ma jolie cousine... (ili ! moins que rien . . . une erreur de calcul... trois marches que j'ai prises pour une. NANON, montrant l'escalier. \\ y a pourtant une corde. CHAULES. Vraiment!,,. eh bien! ce n'est pas de luxe... je ne LA FILLE DF L'AVARE. 13 S pas aperçue... il fait si sombre ... quoique je ne m'en (''aiguë pas ii cause du contraste» Air, d'Aristippe. Ici tout afnigc la vue, Les murs, les meubles, tout est vieux j Toiit semble dire à l'aine émue Que l'ennui seul règne en ces licuï, Triste séjour, d'où, j'imagine, On luirait vite et de bon coeur... Si vous n'étiez là, ma cousine, l- Pour y l'aire croire au bonheur. III (jVanon entre dans le cabinet île GrandetC) ISIDORR, à pan. Le fade! ... un compliment... si je voulais j'en ferais liien autant. EUGÉNIE. Au moins, nvez-vous bien passé la nuit? CHARLES. Vous voyez, je me lève... pardon même de paraître en négligé. ISIDORE, « part. Cette coquetterie!.,, pour faire remarquer qu'il Cst superbe . . ■. ?.) CHAULES. [il, J'ai voulu écrire ce mutin à mon père... et à une autre personne . . . mais il me manquait. EUGÉNIE. nai'- Quoi donc'? (Nnnon apporte un fauteuil devant Itt table.) CHARLES. 'c : f e . Presque rien. .. une table, de l'encre, une plume, du papier, etc.., EUGÉNIE. .. Ah! mon Dieu!... Vous aurez tout cela, mon cousin. (A Isidore.) Monsieur Isidore, vous nous aiderez, n'est de w l'as? ISIDORE. Certainement, mademoiselle ... CHARLES, regardant autour de lui. .. Je n'aurais jamais cru qu'en France, au dixncuvièine .,> y avait des gens qui vécussent dans des endroits pare us, et de ma famille encore. ISIDORE, à part. vent! * Une ^ rc ë ai ' ue partout!... il a l'air de faire Vin- t,Ure • .. c'est un prétendu. ne 14 LA FILLE DE L'AVARE. NANON, « Eugénie. Diles-lui donc de déjeuner avant is plus j'y pense, moins je comprends la précipitation 'l'ie mon père a mise à m'envoyer à pareille adresse ... ™w qui me trouvais si bien dans noire hôtel... dans mon heu r i l ' arloir o otuif F« ; • • • et à la veille de tant de bon- P ISIDORE. 13,1 Monsieur ignore la cause ... 10 LA FILLE DE L'AVARE, CHAULES. Oh! tout-à-faif. ISIDORE. Il faut pourtant que le père de monsieur ait eu des raisons bien pressantes .. . CHARLES. C'est assez probable. ISII10RE. Dam!... (A part.) Est-il sournois, le Parisien! CHARLES, à pari. Il est curieux, le provincial. ISIDORE. Alors, cela ne concerne pas... mamzelle Eugénie 1 ?... CHARLES. Ma cousine (A part.) Ah! j'y suis ... un prétendit! ISIDORE. Cela ne concerne pas'?... CHARLES, le regardant. Mais dain... je... (Se retournant pour rire.) Ah! ah! ahl Scène VI. Les Mêmes, EUGÉNIE, NANON. EUGÉNIE, revenant avec une petite casserole. Voilà, mon cousin, voilà... Vous êtes servi tout de suite ... tenez un peu, monsieur Isidore. {Bile lui fait tenir la casserole.') NANON, rentrant. Comment! ce n'est pas encore fini?... Jésus, mon Dieu! CHARLES. Ah ! ma cousine, de grâce... que de peines vous vous donnez pour moi! EUGENIE. Ne faites pas attention, mon cousin. {Elle reprend la casserole des mains d'Isidore. — Allant à Nation qM* est près de la table.) Ah ! Nanon! que je suis contente!..» il aura de bon chocolat ... Je crois «pie j'ai réussi. {Elle s'occupe à tout arranger sur la table.) CHAKLKS, la regardant à part. C'est qu'au fait, elle est jolie ma cousine ... maigre LA FILLE DE L'AVARE. 17 cette tournure un peu provinciale... Elle a un air de candeur et de bonté qui fait plaisir à voir. {Eugénie le regarde.) Et des yeux... ma foi, comme Elisa! ISIDORE, entre Charles et Eugénie. La regarde-t-il! CHARLES. Hem!... {Le regardant et détournant la tète.) Ah! al»! la drôle de figure! EUGÉNIE, qui " arrangé le couvert et placé le fauUuil. Maintenant, mon cousin... si vous voulez vous mettre à table... tout est prêt, [Elle verse le chocolat dans la tasse.} NâNON, bas. C'est ça, dépêchez-vous... si votre père... CHARLES. Avec plaisir, si M. Isidore veut permettre. ISIDORE. Mon Dieu! je n'empêche pas... au contraire. [Charles va à la table.] EUGÉNIE, lui montrant le fauteuil. Mettez-vous là... dans ce fauteuil. CHARLES, s asseyant. Volontiers... ils appellent ça un fauteuil. NANON". Enfin il y est. 'Charles est assis, Eugénie est debout a sa droite, Nanon à sa gauche, Isidore sur le devant du théâtre à droite.') CHAULES. C'est charmant, un petit déjeuner sans cérémonie. ISIDORE, à part. Par exemple! sans cérémonie. CHAULES. > Et en si bonne compagnie... c'est un plaisir auquel je tiens beaucoup... et les plaisirs doivent être rares ici... (-4 Isidore.) Hem!... à quoi s'amuse-t-on dans ce pays"? ISIDORE. A quoi? n . CHARLES. 0»»... a ISIDORE. A 8c s affaires. Et Twnd on i « ,1U! dit-il, c'est bien... dans mon tems, je n'ai l ouu ' de ma jeunesse... qu'au moins j'en aie une en HHHRhh....**. • Wf a» MÊF&i2iÊ3ÊÊFW- viÊiÊNÊm' ■ 20 LA FILLE DE L'AVARE. loi... mon tems est passé... (Eugénie s'asseoit auprès de Charles.) H faut bien que tu m'en dédommages... que tu prennes du plaisir pour nous deux..." Aussi, par obéissance, je ne néglige rien pour que le compte s'y trouve... tous les jours de nouvelles parties... spectacles, fêles, bals! mon pauvre père... je lui dois bien ça. NANON. Bonté divine!... ah! mamzclle, que je voudrais avoir ce père-là.., pour changer avec vous! EUGKÎÏIE. Nanon. CHARLES. Que veut-elle dire? EUGÉNIE. Est-ce que vous Pécoutez, mon cousin?... elle est folle!... moi désirer un autre père que le mien, dont je suis toute la joie, tout le bonheur!... lui aussi, il est généreux avec moi. NANON. Mais quand vous iriez bien un brin dans ces bals, ces spectacles dont parle votre cousin. CHAULES. Serait-il vrai! vous n'y allez pas, à la ville voisine? NANON. Jamais... Dam! ça se paie. EUGÉNIE. Mon Dieu! mon cousin, je n'y pense pas... élevée dans cette maison par ma mère qui s'y trouvait heureuse, mes regards et mes voeux ne se sont jamais portés plus loin... j'ai appris d'elle à complaire en tout à mon père... à ne pas souhaiter d'autre bonheur... en ce moment peut- être, vous me donneriez presque l'envie de me trouver au milieu de ces réunions brillantes... mais une fois, une seule fois, pour y jeter un coup-doeil... pour vous y voir, et m'en souvenir toujours après. NANON, écoulant. Ciel! EUGÉNIE, se levant. Quoi donc? NANON. Rien... je croyais entendre... CHAIILFS. Eh bien! ma cousine, vous y viendrez dans ce mondi' que vous ne connaissez pas. autour-propre de cousin. je le veux, j'y tiens, 1' \9f LA FILLE DE L'AVARE. 21 EUGÉNIE. Que dites-vous 1 ? CHARLES. Cela regarde mon père... et je suis sur qu'il en parle au vôtre, dans cette lettre une je lui ai remise. NANON, passant entre Eugénie et Charles. Ah! cette lettre qu'il lisait encore ce matin... il avait un air tout drôle... C'est quelque secret. CHARLES. Oui, un secret de famille... que vous saurez bientôt... Vous viendrez à Paris, ma cousine. EUGÉNIE. Moi! NANON, bas a Kuglnie. Je crois que M. Isidore avait raison. [Klle repasse à la gauche Je Charles .] EUGÉNIE, toute tremblante. J'en ai peur. CHARLES. Et peut-être que, dès à présent, je puis vous confier entre nous... EUGÉNIE. Non, mon cousin, non, non... puisque c'est un secret, attendez, ne m'en parlez pas encore. NANON. Pourquoi donc ça?... moi je suis curieuse... vojons dune... ce mariage... EUGÉNIE. Nanon ! CHARLES. Tiens! elle a deviné. EUGÉNIE, vivement. Mon cousin, encore un peu de chocolat pour réchauffer le vôtre... {Sa main tremble.) Tiens, tiens, verse, Nanon. CHARLES, à Nanon qui lui verse du chocolat. Merci, merci. EUGÉNIE, prenant le sucrier. Voici le sucre. Scène VIII. L*s Mêmes, GRANDET. Nanon. GUANDET, avant d'entrer. {Il ouvre lu poile et païdtj 22 LA FILLE DE L'AVARE. NANON, laissant retomber la cafetière sur la table. Ah! GRANDET, du fond. Ah! ah! on est attablé ici! CHARLES, se levant et allant à lui. Eh! mon oncle, je ne vous ai pas encore aperçu ce matin; et... GRRNDET, passant entre lui et la table pour voir. Bonjour, mon garçon, bonjour... (A Eugénie qui se met devant la table, ' comme pour la lui cacher.) Te voilà, toi, bijou... bonjour, mon trésor, mon seul trésor... viens donc m'e m brasser... {Voyant Nonon qui emporte la cafetière.) Qu'est-ce que c'est ça'?... qu'est-ce que tu emportes? CHARLES. Ca, mon oncle'?... d'excellent chocolat que je viens de prendre et dont je vous fais compliment. GRANDET. Du chocolat? NANON, qui se trouve entre Eugénie et Grandet. Not' maître. GRANDET. Du chocolat!... qu'est-ce que ça veut dire, du chocolat... {Apercevant le sucrier sur la table.) Et du sucre... NANON. Dam! il n'y avait rien pour déjeuner. [Charles s'est assis à la droite dn théâtre.] GRANDET. Eh bien!... qu'est-ce qu'il faut de plus, quand c'est offert de bon coeur... une tasse de lait, du fromage... à la campagne. {A Charles.) N'est-ce pas'? {A Nation.) Qui est-ce qui t'a commandé autre chose'? (// va poser son chapeau au fond, sur une chaise.) NANON. Mais... GRANDET. Eh bien! parle,., tu as une langue. NANON. Not' maître... GRANDET. Qui donc'? EUGENIE, s'avaueant avec fermeté. Moi, mon père. GRANDET. Ali! toi. LA FILLE DE L'AVARE. 23 CHARLES, qui a montri la plus grande surprise. A part, Qu'est-ce qui cela signifie ! GRANDET, d'un air indiffèrent. Toi!... c'est bien . . . mon Dieu! je ne me fâche Pa8 ... du dioiolat... mais il n'y en avait pas dans la maison? EUGÉNIE. Aussi, mon père... c'est moi que ai ordonné à Nanon «le l'acheter. GRANDET. Ah ! tu as ordonné d'acheter... (De même.) Bien... mais avec quoi donc? ... C'est bientôt dit, d'acheter... il faut paver ensuite ... (Regardant Charles avec un sourire.) N'est-ce pas ?... il faut payer, c'est l'usage dans le pays... . Et de l'argent, vous n'en aviez pas? EUGENIE. J'ai de l'or. GRANDET. Tu aurais dépensé... tu aurais changé mon or, toi? EUGÉNIE. Vous me l'avez donné. GRANDET. Pour le garder. Air: lin homme pour faire un tableau. Ma fille . . . clic a changé notre or. NANON, s'avancant et à la gauche de Grandet. Eh! «on, uotr', ce n'est pas elle; C'est moi que, sur mon p'tit trésor, Ai prête quelqu' chose à mamzclle. GRANDET. Bah! vraiment? bonne fille, est-ce heureux! NANON. Ouï, foi d'Nauon. GRANDET. N'y a pas de honte $ Kt puisque t'a prêté, tant mieux . . . Ç-J demi-voix.) C'a le restera pour ton compte. CHARLES, h part avec stuptfaction. J e n'en reviens pas. Scène IX. Les Mêmes, ISIDORE, ISIDORE. Les voilà... l es voilà... ils sont tout chauds. 24 LA FILLE DE L'AVARE. GRANDET. Hem! qu'est-ce que c'est ? KASOS. A l'autre. ISIDORE. i Dam! père Grandet... des biscuits. GRANDET. Des biscuits! EUGhNIE, « pari. Et tout cela devant lui. ISIDORE. C'est manuelle Eugénie qui m'a envoyé acheter.. . GRANDET. Et de l'argent? ISIDORE. J'ai pris à crédit. GRANDET. Et qui est ce qui paiera? ... toi... ISIDORE. Moi. CHARLES, se levant et s'avançant vers Grandet, Non, mon oncle ; mais moi. . . c'est convenu . .. j'ai voulu ce déjeuncr-là... à condition que je le paierais moi- même ... c'est juste, c'est convenable. EUGÉNIE. Mon cousin. GRANDET. Ah! c'est différent... fallait donc le dire tout de suite... Liberté, mon garçon ... tu es ici comme chez toi.., il n'y a pas d'offense ... puisque tu te lances dans les grands seigneurs, que tu te fais un dieu de ton ventre, mange ton avoir... t'es bien libre, tant qu'il te durera... (Apart.) Et ensuite étonnez-vous donc si ça culbute... (Haut.') Na- non, mon déjeuner .. . NANON. Not' maître, il y a encore un brin de chocolat... le voulez-vous?... (Bas.) C'est votre neveu qui régale. GRANDET. Ah! il en reste ... eh bien! garde pour ma fille. . « moi, du fromage et du pain .. . j'aime mieux ça. [Nanon lui donne le pain... il en coupe une tartine sur laquelle il étend du beurre.] CHARLES, h part. Etonnant, mon oncle... (Regardant Eugénie.) Mais elle... un ange!... GRâNUKT, regardant la table. Une nappe!... un fauteuil... c'est scandaleux .• • LA FILLE DE L'AVARE. 25 {Voyant Isidore qui mange un biscuit.) Qu'est-ce que tu i'ais-là, toi'? ISIDORE. Dam! ils sont payés! CHARLES, tirant de son gousset un napollon d'or. Tiens, Nanon... que j'acquitte ma dette. NANON, regardant. Une pièce d'or. GRANDET, qui liait auprès de la table, sa retournant. D'or. NANON. Ah! bon. .. je n'aurai jamais assez de monnaie pour vous rendre. GRANDET, vivement et tendant la main. Donne... j'en ai moi... je te changerai. CHARLES, l'arrêtant. Du tout, du tout, mon oncle, ça se trouvera plus tard... et maintenant permettez-moi de me retirer... il faut que j'écrive à mon père. GRANDET. Al»!... à ton père. {A part.) Pauvre garçon! EUGÉNIE. Voici votre encrier, mon cousin. CHARLES, allant chercher son titeessaire sur la table à droite et l'ouvrant. C'est juste dans mon nécessaire. EUGÉNIE. Ah! qu'il est joli! CHAULES. Vous trouvez, ma cousine... eh bien! acceptez-le, je vous en prie... comme un gage de l'amitié la plus sincère, EUGÉNIE. Merci... oh! merci... je vous aimerai bien sans ca. ISIDORE, a part. Des cadeaux!... c'est fini. CHARLES. Un refus. GRANDET. Eh! non... allons Eugénie ... au fait, il ne faut pas •ui faire de la peine à ce garçon. EUGENIE. Mon père... GRANDET, entre Charles et Kugrlnie, prenant le nlcessaire. Elle accepte... (Ouvrant ce coffre.) En or!... non, en argent doré... (Le passant à Eugénie.) Serre-le bien..• et garde-le au moins. .,. , EUGÉNIE, avec expression. Oh! oui . . . 2(3 LA FILLE DE L'AVARE. GRANDET, lui prenant le menton. Pauvre chérie... ça te fait plaisir?... eh bien! puisque c'est comme ça, je ne veux pas qu'il paie son déjeuner... il ne le paiera pas aujourd'hui ; ça me regarde ... Nanon, donne-moi la pièce d'or que je lui rende quatre pièces de cent sous. CHARLES, Tarctant encore. Fi donc, mon oncle... GRANDET. Comment fi!. . c'est le compte. CHAK1.ES. N'en parlons plus... est-ce que j'aurais voulu lui reprendre?... garde, Nanon, garde; puisque tu me sers, le surplus est pour loi. NANON. Pour moi? GRANDET, attiré. Pour elle! ISIDORE, à part. 11 est cousu d'or. NANON. Est-il Dieu permis!... vingt francs pour l'avoir servi une demi-heure, quand je n'en gagne que quarante à servir not' maître toute l'année... (Bas à Grandet.) Faut-il que je prenne? GRANDET, bas à Nanon. Dam! puisqu'il te donne, cet iuibéeille. NANON, bas. Lui! un si bon coeur. GRANDET, bas. C'est ce que je voulais dire . .. (Haut à Charles.) Ecoute, mon garçon, un conseil... prends garde ... si tu jettes, comme ça, tout ce que tu tiens, ce n'est pas le mojen d'avoir les mains pleines. CHARLES. Laissez donc, mon oncle... l'argent est rond, c'est pour rouler. GRANDET. Du tout... il est plat... pour s'amasser. Scène X. CHARLES, M. MENU, GRANDET, EUGÉNIE, NANON, ISIDORE. MENU, entrant. Amasser! CHARLES. Ah! le grand sec d'hier au soir. LA FILLE DE L'AVARE. 27 MENU. 11 n'y a pas besoin de demander qui est-ce qui parle'?... c csl le père Grandet. GRANDET. Ah! ah! Menu... vous voyez... toujours le petit doigt de morale. CHARLES, a part. Elle est jolie sa morale. ISIDORE, s'aproche de lUenu et lui dit tout bas. Il y a quelque chose... il y a quelque chose. MENU, à Charles. Salut au jeune voyageur... c'est moi qui étais ici hier... l'oncle de mon neveu. CHARLES, gaîment. Ah! je sais... c'est bien ça... il m'a dit qu'il était le neveu de son oncle. {Nation enlevé tout ce qui était sur la table et l'emporte dans sa cuisine,') MENU, « Eugénie qui est pensive. Bonjour, Eugénie... ah! mon Dieu! quel air triste! EUGÉNIE, revenant a elle. Ah! mon parain! GRANDET, à Euglnie. Triste! toi, mon enfant'?. . . Comment'?. . . Qu'est-ce que tu as donc?... serais-tu malade, contrariée"? EUGÉNIE. Mais du tout. GRANDET. Je veux que tu sois contente, que tu sois heureuse.. Va te distraire, va... porte a manger à tes poulets, ca t'égaiera... mais surtout ne leur donne pas de pain...'de la recoup, à la bonne heure... 11 ne faut gaspiller le bien de Dieu. 11 y a tant de pauvres qui manquent, ma lille. CHARLES, « part. Dieu! quel homme!... ah! comme j'en rirais, sans ma cousine. GRANDET. A présent tournez-moi les talons... que je cause tranquille avec le papa Menu... {A Charles.) Toi, mon garçon, je te parlerai; mais plus tard... nous avons à causer. (Menu et Isidore passent à la gauche du thêdlre.) EUGÉNIE 66 rapprochant. Ali! CHARLES. De la lettre de mon père. GRANDET. De sa lettre... oui, oui... {A pari.) Je ne pourrai jamais lui apprendre ce malheur-là. 28 LA FILLE DE L'AVARE. EUGÉNIE, qui l'a écoutl. Ce malheur!... mon père, vous dites... GltANDET. Moi, je n'ai rien dit. EUGÉNIE, tremblante. Si fait... si fait... ISIDORE, h Menu. C'est un prétendu, bien sûr. MENU. Chut! nous verrons. CHARLES, dans le fond. Ah! monsieur Isidore,., dans une demi-heure, je rejoins, à la pêche. MENU. A vos ordres, monsieur. ISIDORE. Moi!.,. (A part.) Est-il politique, mon oncle! GRANDET. AIR: â chaque pas, dans ce charmant voyage. Va, mon garçon, il faudra te distraire, Dépêche-loi. CHARLES, n part. Dieu! que je suis pressé De retrouver le bonheur chez mon père! EUGÉNIE, à part, les regardant. De quel malheur est-il donc menacé? CHARLES, bas, à Eugénie. Ce que je vois, et ce que je devine, Tout m'attendrit... je ne croyais, hélas! Que vous aimer.,, et maintenant, cousine, Je vous admire. EUGÉNIE, de même. Oh! non, ne changez pas! ENSEMBLE. EUGÉNIE. Quels mots tout bas a prononcé mon père! D'un juste effroi mon coeur est oppressé. Charles! grand Dieu! quel est donc ce mystère? De quel malheur serait-il menacé? CHARLES. En philosophe il laut bien me distraire; Car j'en serai dans peu récompensé, Kn retrouvant le bonheur chez mon père... Par cet espoir tout doit être effacé. GRANDET. Va, mon garçon, il faudra le distraire, Car le bon tems est si vite passé; Tous deux plus tard nous causerons d'affaire , Amuse-toi, c'est là le plus pressé. LA FILLE DE L'AVARE. 20 MENU Ct ISIDORE. Kn ce pays ("«h"') « 1 uc vicnt ialrB c tous [es biens que l'on peut envier . . . Dam ! je n'en voie qu'un de plus doux peut-être, Ce s'rait de ne pas les payer! Est-il heureux ce vendeur!.. . il ne me donne que de la 1( '»re ... et je lui donne de l'or ... à la vérité elle est bonniarthé sa terre... mais tant d'or!.. (Regardant l'escalier.) Mes pauvres jaunets si bien rangés, si bien étiquetes!.. . j] s me quitteront... ils sont là. (Montrant la petite p 0 r( e qui est sous l'escalier.) Si j'allais les revoir un petit moment... (Il va à la porte de la cuisine et (a ferme.) Me voilà seul. .. allons!... ['J va pour passer sous J'escaf/er.] I T V 'arar mm 36 LA FILLE DE L'AVARE. Scène XV. EUGÉNIE, GRANDET. EUGENIE, entrant par la porte de la cour et regardant en dehors. 11 es dans son chemin. GRANDET, auprès de l'escalier. Le coeur me bat. EUGÉNIE. Ah! je ne me soutiens plus. GRANDET, se retournant. Hem! qui est là'?... qui m'espionne? EUGENIE. Mon père. GRANDET. Eh bien! mon enfant, qu'est-ce que tu as donc? des larmes!... (Eugénie lui tend la lettre de son oncle.) Cette lettre... je comprends ... tu l'as lue. EUGÉNIE. Oui, mon père, et j'ai cru que j'en mourrais ... mais vous, vous? ... GRANDET. Eh bien!... moi aussi je la connais. EUGÉNIE. Oh! non . .. non.. . (Lisant.) „Au nom de ma digne „soeur, c'est à vous que je confie ce que j'ai de plus cher „au monde." GRANDET. Son fils, je sais. EUGENIE. „Mcs ressources sont épuisées . . . trompé, trahi ... je „vais déposer mon bilan ... mais je ne survivrai pas à ma „honte . . . Demain .. . demain, Charles n'aura plus de père." GRANDET. Je sais... je sais. EUGÉNIE. Demain .. . mais c'est aujourd'hui. GRANDET. Oui, je sais. EUGÉNIE. Vous savez.. . depuis hier... et vous restez calme, froid, insensible ... oh ! non .. . vous n'avez pas lu cette lettre . . . non, mon père, vous ne l'avez pas lue. GRANDET. Si fait... niais que veux-tu que j'y fasse? EUGÉNIE. Ce que je veux! mais hier.. . cette nuit... il fallait partir... le sauver... il en était temps encore peat-être* LA FILLE DE L'AVARE. 37 GRANDET. Tu crois! je n'y ai pas pensé. EUGÉNIE. Aujourd'hui... en ce moment... qui sait?... tout espoir n'est pas perdu... vite, mon père... il faut envoyer... 'I i'aut courir vous-même .. . GRANDET. Ah! il est trop tatd.^ N'importe, essayez... sauvez-le... sauvez-le. CRANDF.T, la soutenant dans ses bras. Par exemple! comme si on avait des mille et des cent... tu n'as donc pas lu tout ce qu'il doit... puisque rien que pour hier, il lui fallait cent mille «'-eus . . . tiens... (// prend la lettre cl lui montre cette phrase.) EUGÉNIE. Eh bien'? GRANDET. Eh bien... EUGÉNIR. Tout ce que j'ai' mon père... tout l'or que vous m'avez donné, reprenez-le. GRANDET. Pauvre eufant. .. tout ton or!... mais ça ne fait pas six mille francs. EUGÉNIE. Hélas! je suis une pauvre tille sans expérience... j ( ; ne sais pas . . . GRANDET. Ca viendra... et si tu es curieuse de mes affaires... tu les sauras quelque jour ... plus tard . . . quand je serai bien vieux! ah! tu as besoin que je vive lonï-lems encore, EUGÉNIE. Oh! oui sans doute... et c'est pour cela... lui aussi... lui, Charles, il a besoin que son père vive... songez donc... si je me trouvais à sa place... si un pareil malheur vous arrivait ? GRANDET, eu souriant. A moi!... il n'y a pas de risque... je suis trop fin... et puis, cent mille écus... je ne suis pas à ça près, EUGÉNIR, vivement. Vous avez donc plus'?... vous pouvez donc le sau- VCr 1 • •. ohl oui, vous, mon père, on dit que vous êtes si n, 'he, (pie vous avez tant... GRANDET, l'interrogeant. Hem! qui est-ce qui dit ça... qu'est-ce que ça vous fait'? - T . EUGÉNIE. Vlais je sais... VMÊÊNÊÊfS WSÊ 38 LA FILLE DE L'AVARE. I GRANDET, Vinterrompant vivement et lui mettant la main sur la bouche. Non ... ce n'est pas vrai n'as rien vu. lu ne sais rien , tu Mon père! Je n'ai rien, que. EUGENIE. GRANDET. . des terres, des fermes . .. c'est parce qu'on aura» . s'il faillait les don- ruineux!... et puis, quand même, cent mille écus ... une supposition!, nor à tous ceux qui ne les ont pas ? EUGÉNIE. Riais tous ceux-là no sont pas votre frère. GRANDET. Mon frère... allons donc... celui de ma femme ... et depuis qu'elle est morte. .. EUGÉNIE. Ah! elle revit dans mon cousin... les mêmes traits. •• ses yeux, son ame... mais vous ne l'avez donc pas regardé, là... quand il m'a dit: „Mon père ferait votre bonheur, au prix de toute sa fortune." (Grandet hausse les épaules.) Oh! il l'a dit... et je le crois... s'il n'est pas votre frère, il est mon oncle, à moi. GRANDET. 11 ne me demande rien. EUGÉNIK. Non, mais... oh ! j'en crois l'idée qui vient là me ras' surer, me soutenir... en vous confiant son malheur, ileomp' tait sur vous... il attend... Oh! je vous en conjure, au nom de ma mère... écoutez... si c'est trop pour vous de lui donner cet argent... eh bien! un moyen. .. prêtez-le- lui... (Mouvement de Grandet.) Ah!,., lui prêter. GRANDET. Et sur quoi? EUGÉNIE. Oh! il vous rendra tout.. . il travaillera pour vous le rendre... Charles aussi..* il sera si heureux de travail' 1er pour son père, qui est si bon. GRANDET. Lui!... un prodigue, un vaniteux!... Oh! je le eo»' nais... je l'ai vu, il y a dix ans, à Paris, dans son 1> C ' hôtel, avec de tapis, des glaces, de l'or partout, qae ça do»' nait la fièvre, quoi!... „Frère, que je lui disais, vous all cz; trop vite,., les chevaux, les bals, les dîners, ca coûte; c'c s ' ruineux!..." mais brrr!... il allait toujours!... et moi, ave" ma veste et mes gros souliers, parce que je comptais. ■ ' parce que j'avais de l'ordre, sais-tu comment il m'appelait -«*' Avare. LA FILLE DE L'AVARE. 39 m Avare... moi! RUGENIE. GRANDET. RUGENIE. 11 fallait oublier cela. GRANDET. Avare!... c'est un mot que je ne lui ai jamais pardonné.». Avare!... Ah! il a tout jeté par la fenêtre... il a voulu briller, l'aire le grand... et au bout de tout cela... EUGÉNIE. Grâce! sauvez-le. .. j'embrasse vos genoux. [lille se jolie à genoux.] GRANDET. Allons, allons, relève-toi. EUGENIE. Non; jusqu'à ce que je vous aie fléchi... ou, si je n'y puis parvenir... si vous êtes insensible... j'irai, je chercherai... je demanderai à tout le monde de venir à son secours. GRANDET. Es-tu folle! EUGENIE. Air: Un jeune Grec. Ouï, je le suis . . . oui, ma tète se perd . . . Charles... ses cris... sa douleur, sa souUraucc. .. Son nom de honte et d'opprobo couvert, Et son horreur pour votre indifférence.. . Ah! je succombe à de pareils combats! Si tant de maux frappent notre famille.,• Non, non, je n'y survivrai pas... 11 n'aura plus de père, hélas ! Mais vous... vous n'aurez plus de tille! GRANDET. Toi!... mon enfant... mon trésor!... (if la presse dans ses bras.) Scène XVI. Les Mêmes, MENU. MENU, un dehors. Là, Jean.... les chevaux contre la porte charretière... (// entre. A Grandet.) La carriole et les chevaux de poste sônt là... J'ai prévenu mon neveu, qui était avec le vôtre au bord de l'étang ... ils viennent... Pauvre jeune homme 1 il riait... il me serrait le coeur. EUGÉNIE. Ah! oui, n'est-ce pas'?... voua auriez compassion du désespoir où il va être... vous? 40 LA FILLE DE L'AVARE. GRANDET. Ne te désole donc pas !. . . est-ce que je lui refuse de l'amitié à ce garçon!... Je l'ai reçu chez moi... il mange, ii boit, sans que j'y regarde... je le consolerai,.. enfin tout co qui m'est demandé dans la lettre... MENU. Vous ferez bien.. . car il vous aime tous... il nous disait... GRANDET, l'interrompant. Allons, compère... vous avez à me parler... MENU. Oui, de ce que j'écris à votre vendeur. . . que vous avez les quatre cent mille... GRANDET, vivement et l'interrompant encore. Venez... passons la, dans mon cabinet... (Ils vont ensemble au cabinet. Menu passe le premier. Grandet i « derrière lui,') EUGENIE, arrêtant son père, et à demi-voix. Mon père, mon père... vous ne voulez donc pas! GRANDET. Laisse-moi, petite... je suis pressé. EUGÉNIE. Vous ne voulez pas"? GRANDET. C'est trop tard . . . laisse-moi. .. il s'agit de choses sérieuses ... {A Menu avec impatience.) Allez donc, lambin! allez... (Menu entre dans le cabinet.) EUGENIE, arrêtant encore son père. Vous paierez pour lui '? GRANDET. Eh! non... (// va pour entrer.) EUGÉNIE. Mon père... GRANDET. Jamais. (Il entre dans le cabinet dont il ferme la porte. — Eugénie reste accablée. et après un moment de recueillement, comme frappée d'une idée, elle se lève... et regardant du enté de la porte cachée, elle fait quelques pas pour y aller... Elle s'arrête.) CHARLES, en dehors, s'arrctanl à la porte, cl tournant le dos. Eh! venez donc, venez... (Riant.) Ah! ah! ah! (Eugénie pousse un cri et entre sous l'escalier.) LA FILLE DE L'AVARE. 41 Scène XVII. g CHARLES, ISIDORE. (Vobscurité vient par degrés.) CHARLES, entrant. Eh! arrivez donc... est-ce votre poisson qui est lourd ii porter'? Ah! an! ah! ISIDORE. Oui- iolie pêche... deux barbillons. CHAULES. En trois heures... Ce pauvre M. Isidore! ISIDORE. C'est égal...» 3 e nc suis pas fâché... j'ai causé avec vous. CHARLES. Vous ne craignez plus que je vienne tourmenter vos amours... qaoi-qu'entfe nous, ma petite ceusine en vaille bien la peine... je me sens là, pour elle, une amitié... ISIDORE. Ah! mon Dieu! est-ce que ça vous viendrait? CHAULES. De l'amour!... je ne crois pas... Et tenez, pour vous rassurer tout-à-fait, voyez cette adresse; lisez. (.Il lui montre une lettre.') IS1DORK, lisant. Mademoiselle Elise d'Hérouville. CHARLES. La fille d'un receveur-général... rien que ça... et pour qu'on me permette de lui écrire... ISIDORE. J'entends... (Lui serrant lu main.) Mon cher ami... vous êtes un bien honnête homme. .. Ah ça! mais, en ce cas, pourquoi votre père vous a-t-il envoyé ici? CHARLES. Pourquoi?... le diable m'emporte si je le sais... Eh! mais, j'y pense... Air du J audcville du Partie et Revanche. C'est pour qu'ici, par l'exemple, peut-être J'apprenne enfin la valeur de l'argent: Dans cet art-li mon oncle est un grand maître... Kntrc nous deux le contraste est frappant. Sans que je m'en plaigne vraiment. Si nous prenions, par un échange, Moi, ses vertus qu'il céderait, Lui, mes défauts; je crois qu'au change C'est mon oncle qui gagnerait. janfr- 'MR Mai 42 LA FILLE DE L'AVARE. Quoi qu'il en soit, vous pouvez demander nia cousine à son père. ISIDORE. Certainement; dans une quinzaine... après le jour de sa naissance... Mon oncle a des idées... il dit qu'alors il aura le moyen d'obtenir le consentement du vieux... Je n'en crois l ien ; mais c'est égal... d'ici là, je ne la quitte plus... c'est-à-dire, je vais partir pour Blois. CHARLES. Ali! c'est juste... vous partez ce soir... vous mettrez mes lettres à la première poste. ISIDORE. Très-volontiers. CHARLES. Attendez... je vais les cacheter d'abord.... Là, chez mon oncle... {Il va vers le cabinet de Grandet.) Et s'il y est, il m'apprendra peut-être ce que lui mande mon père. ISIDORE. C'est ça... dépêchez-vous. CHARLES. Tout de suite. (Revenant.) Et, dites donc... est-ce qu'elle vous aime, ma cousine? ISIDORE. Dam! je suppose... je ne sais pas. CHARLES. Ah! ah! pauvre garçon! [// entre dans le cabinet de Grandet.] Scène XVIII. ISIDORE, ensuite EUGÉNIE ; peu après GRANDET. IS1DORK, seul. Tiens, pourquoi pas?... à présent surtout... et moi qui le craignais!.*, j'étais bien injuste... EUGÉNIE, pille, défaite el se soutenant à peine. Oh! je n'en puis plus... je me meurs... ô ma mère! ma mère! soutiens-moi! ISIDORE. Elle me préférera... elle ne verra que moi. EUGÉNIE. Mais où aller'?... à qui me confier?... à qui? ISIDORE. Hem!... qui est là? EUGÉNIE. Cette voix... Isidore! LA FILLE DE L'AVARE. 43 ISIDORE. Mademoiselle Eugénie ! EUGÉNIE. Silence!... Vous êtes seul!... et Charles'? ISIDORE. Votre cousin'?... Oh! si vous saviez.... le meilleur jeune homme... je donnerais ma vie pour lui. EUGENIE. Pour lui. {A parl.~) 0 ma mère, merci... {Haut.) Pour lui... et pour moi... vous me l'avez dit... Eh bien! s'il est vrai... votre voiture est là... [Lui montrant la cour.] ISIDORE. Mon Dieu! mamzelle... qu'est-ce donc? cette main brûlante... ce tremblement... GRANDET, eu dehors. Oui, reste là, mon garçon... il va te conter la chose. EUGÉNIE, à Isidore. Venez, venez... ISIDORE, à part, « Eugénie. C'est que je pars pour Blois. EUGÉNIE, d'une voix étouffée. Non, non... pour Paris... venez. [Elle Ventraîne. Ils sortent ensemble par la porte de Vescalier.] GRANDET, en scène. C'est ça... moi, je no pourrai jamais lui faire cette confidence... je n'ai pas ce courage... Nanon, Nanon... NANON, répondant de la cuisine. Not' maître. GRANDET. On n'y voit plus... une chandelle... (Revenant, et tirant un papier et un crayon de sa poche.) 11 faut que je compte, je l'éteindrai après..« Menu me dit que l'or est à sept francs dix sous le mille... ça Ya faire gros. NANON, apportant la chandelle. Voilà, not' maître. CHARLES, dans le cahinet de Grandet, poussant des cris. Non, non, laissez-moi... Ah! mon père! NANON. Ah! not' maître... entendez-vous? GRANDET, de même. Laissez-moi. GRANDET. Pauvre garçon... il sait tout. NANON. C'est votre neveu. 44 LA FILLE DE L'AVARE. Scène XIX. GRANDET, NANON, CHARLES, MENU, ensuite EUGÉNIE. [L'orchestre accompagne cette scène jusqu'à la /in.'] CHARLES, se précipitant tout en larmes. Mon père... mon père! MENU, le suivant. Mais, mon ami... écoutez donc. CHARLES, courant à Grandet. Mon oncle, vous saviez... Ah! celte lettre horrible... montrez-la-moi... cette lettre... ah! donnez... GRANDET. Allons, allons, du courage. NANON. Grand Dieu! CHARLES, ouvrant la lettre. Mon bon père!... lit parcourt les premières lignes et tombe dans les bras de Menu."] MENU. Évanoui... et vite une chaise. GRANDET. Nanon! KANON. Voilà. {Pendant qu'on place Charles évanoui sur une chaise, Eugénie rentre en s'appur/ant sur le mur et se traînant à peine.') GRANDET. Doucement.,, attendez... [On entend rouler une voiture.'] MENU. Une voiture qui part. GRANDET, quittant brusquement son neveu, et allant regardera la porte de la cour. Mais c'est la vôtre. EUGÉNIE, qui se trouve derrière Chartes, « part. 11 sera sauvé. [Grandet est à la porte, et regarde en dehors; Charles sur la chaise, Menu a sa droite; Eugénie à sa gauche, Nanon derrière. — Le rideau tombe.] FIN DU PREMIER ACTE. ACTE DEUXIEME. Le théâtre représente une chambre très-simple au premier étage*_-Au fond, une cheminée, porte à droite et à gauche de la cheminée. — La porte à droite de l'acteur est celle de l'escalier par oh l'on monte dans la chambre l'autre est celle du cabinet de Grandet. — Sur le deuxième plan, à droite de l'acteur , une grande croisée; à gauche et sur le même plan, la porte d'une chambre. Auprès de celle porte, une table sur laquelle se trouve un chandelier dont la chandelle qui brûle encore est presque à sa fin. Scène I. NANON, EUGÉNIE, CHARLES. (Au lever du rideau, Charles est endormi dans un grand fauteuil, auprès de la table à gauche du ihlâlre^ Nanon à droite, assise sur une chaise, laisse retomber sa tete sur sa poitrine et s J endort . . . Eugénie entre par la porte de Vescalier et s'avance doticement.} WJGKN1K, très-bas. Nanon, Nanon... mon Dieu! elle doit aussi... Pauvre Charles! s'il s'éveillait... (Touchant l'épaule de Aanon.) .Nanon .. . NANON, se levant vivement. Hem! qu'est-ce que c'est. KUOKK1K, lui mettant la main sur la bouche. Cliut! tu vas le réveiller! NANON. Ah! mademoiselle!... déjà... vous qui ne vous êtes couchée qu'au jour. EVJGKNIE. Oui, c'est toi qui l'as voulu... j'ai cédé à les prières... je comptais sur toi... j'ai eu tort. NANON. Soyez tranquille ... il a bien dormi, et moi itou ... Pauvre jeune homme! il en avait besoin. EUGÉNIE. Ah! Nanon... quand il est revenu à lui.., quelle hor- nble scène!.., comme il était malheureux! m\^rmÊrrwmm m ma&ÊÊti m» 46 LA FILLE DE L'AVARE. NANON. Et il fallait le voir, mamzellc, comme il se débattait, en criant dans son délire: „Des chevaux !... je veux partir... Mon père!" Mais enlin ses forces se sont épuisées, et nous l'avons transporté dans ce fauteuil, d'où il n'a pas bougé depuis... pas moyen, sans le réveiller. EUGÉNIE. Tout-à-l'heure, à son réveil, il aura besoin de quelque chose... il est si faible... va dans ma chambre, tu trouveras de la fleur d'orange au fond dans mon armoire. NANOÏï. Cette fiole qui sent si bonne... Et votre père... EUGÉNIE, avec effroi. Mon père!... il s'est levé de bonne heure?... NAXOJV. Avant le jour, mamzelle... il a rôdé en bas... du eèté de l'escalier, vous savez... mais il m'a vue, et crac.'... il s'est recogné dans son lit... sans avoir rendu visite à son magot. EUGÉNIE. Et ce matin? NANON. Ce matin, un de ces vignerons est venu le chercher... il n'y a pas eu moyen encore... le tems doit lui durer de compter ses jaunets. EUGÉNIE, avec effroi. Assez... (Se contraignant.) Ya donc, va.... avant qu'il rentre. [Nation emporte le chandelier qui était sur la table et entre dans le cabinet de Grandet.] Scène II. EUGÉNIE, seule. Ali! je suis tremblante!.. . j'ai le coeur brisé! Mon père... ah! plus tard il m'en saura gré peut-être... oui, oui... pour mon oncle, et son fils, mon cousin... (Le regardant.) Ah! je ne sais... ce qu'elle m'a dit là m'a toute émue... Mon cousin... oh! oui... c'est lui qui m'a soutenue... Pauvre fille!... j'en avais besoin... quand j'ai pris cette clef, il m'a semblé qu'elle me brûlait la main... et ensuite, dans le cabinet où j'avais vu men père... je ne sentais plus... je succombais ... j'étais folle... et quand cette valise, que je traînais avec effort, s'est tout-à-coup accrochée à la porte. .. j'ai cru que mon père m'arrêtait. . • j'ai tressailli... je suis tombé... enfin j'ai repris courage. ■ • ma mère marchait devant moi... et, dès lors, je ne sais ce qui s'est passé là. LA FILLE DE L'AVARE. 47 côté . il son Mon oui, re- toute oute- p ris . et ne land ac- ce Laissez-moi Air : L'hymen n'eut pour moi que îles fers. Depuis que j'ai porte Recours A l'infortune, à la souffrance, Moi, qui voyais passer mes jours Sans désir et sans espérance,,, .le me sens renaître soudain; 11 semble à mon aine moins triste Que j'espère, que j'aime enfin, Et que c'est d'hier que j'existe. CHARLES, endormi. laissez-moi. EUGÉNIE. Il a parlé C'est lui.. Mon père!. . . Il s'éveille. Eugénie! Mon cousin! CHARLES. Vous ici... comme un ange qui veille sur moi... EUGÉNIE. Comment vous trouvez-vous ce matin'? CI1AI1LK5, rassemblant ses idees. Oh! je ne sais... bien troublé... bien agité... si vous saviez!... quel rêve affreux.... mon père était perdu pour moi... je ne devais plus le revoir. EUGÉNIE. Un rêve!... CHARLES. Oui... et moi on m'entraînait loin de lui... je ne pouvais plus... {Eugénie se détourne en essuyant des larmes. Chartes se lève.) Vous pleurez... oh ! non, non... ce n'était point un rêve... tout est vrai... tout... je me rappelle cette lettre horrible... mon père est mort. EUGÉNIE. Non, mon cousin, non... espérez encore. CHARLES. Et je ne suis pas parti pour le sauver!... et l'on m'a retenu malgré moi! EUGÉNIE. Oh! il le fallait bien... quel délire affreux! quels cris de désespoir! j'ai ern que vous alliez mourir. CHARLES. 11 fallait me rappeler à moi... me forcer à partir... Mais vous ne me retiendrez plus,., un cheval, un cheval... CHARLES. e veux l'embrasser, je veux.,. {S'éveitlant.) h! où suis-je'? EUGÉNIE. CHARLES, l'apercevant. EUGÉNIE. 48 LA FILLE DE L'AVARE. que je coure à Paris... que je sauve mon père, ou que je meure avec lui! EUGÉNIE. Rassurez-vous... peut-être était-il teins encore... et s'il a pu être sauvé?... CHARLES. Sauvé!... Ah! que dites-vous!... sauvé!., par qui? EUGÉNIE. Mais... par mon père, peut-être. CHARLES. 11 aurait envoyé?.. EUGÉNIE. Tout ce qu'il avait. CHARLES. Il se pourrait!... Mon oncle!... où est-il?... que je le voie... que ma reconnaissance... EUGÉNIE, ejffrayle. Oh! non, non... ne lui dites rien... il ne faut pas... (Se reprenant.) Et puis, il est sorti. CHARLES. Il y a encore ici quelque mystère... Vous ne me retiendrez pas ... je pars ... EIJGÉNIR. Impossible... Par quel moyen? CHARLES. Je ne sais... mais n'importe je pars... (// est pris de la fenêtre, et pousse un cri.) Ah!... un cheval! EUGÉNIE. Charles! CHARLES, ouvrant la fenêtre, et s'èlancant dans la cour. EUGÉNIE. Ah!... CHARLÉS, en dehors. Eugénie... ma cousine... pensez à moi... adieu! je ne vous oublierai jamais. Scène III. EUGÉNIE, NANON. EUGÉNIE. Grand Dieu!... mon cousin! NANON, rentrant. Eh bien] où va-t-il par ce chemin-là? EUGÉNIE. Nanon... il veut partir... il veut aller rejoindre son père. NANON. Il fait bien... il a raison... mais c'est trop tard. EUGÉNIE, « la fenêtre. Oh! non, ne dis pas cela... Que vois-je! LA FILLE DE L'AVARE. 40 NANON, regardant aussi. Pardine! le voilà qui vient d'enfourcher la grise. EUGÉNIE. 11 est parti? NANON. S'il va comme ça jusqu'à Taris. KL'GRNIR. Qui lui a donné ce cheval ï NANON. C'est la petite jument de votre père qui vient d'arriver. KUGÉNIK. Mon père... il est ici! NANON. Oui, au cellier, avec le charron.,, il va venir. (Elle ferme la fenêtre.) KUGENIK. Oh! je ne le verrai pas.., plutôt mourir... (Elle va pour sortir par la petite porte qui est au coti gauche de la cheminée.) NANON. Le v'ià. EUGÉNIE, ^arrêtant. Ciel! Scène VI. NANON, GRANDET, EUGÉNIE. GRANDET, entrant par la porte de l'escalier. // a son chapeau et est couvert d'un petit manteau. Eh bien! mon enfant, tu t'en vas'?... reste donc,,, (u ne m'as pas encore dit bonjour, ce malin. EUGÉNIE, revenant. Mon père!... (Avec emharras.) C'est que j'allais... je voulais... GRANDET. Et moi, je veux que tu restes... Toi, Nanon, va mettre la grise à l'écurie. C" quitte son petit manteau, et le pose sur une chaise au fond ainsi que son chapeau.) NANON. Mais... c'est que ... (Eug'nie lui fait signe.) GRANDET. Eh bien! quoi? c'est que... NANON. J'y vais, not' maître. (A part.) Je n'oserai jamais lui mre qu'on lui a pris son cheval... [Lramlel la repartie.) J 3 vas. Répertoire No, lij, 4 50 LA FILLE DE L'AVARE. GRANDET. C'est bien heureux... {La retenant.') Ah! dis donc- AIR : Je loge au quatrième liage. Surtout ne lui donn' pas d'avoine, Pas de loin... ce serait abus... Elle a, chez le fermier Antoine, Dévore' pour deux jours et plus, (.bis) \Sanon sort.) Bonne Grise!... il faut qu'on l'engraisse, Qu'on en ait soin,.. C'est un plaisir: Une bête qui court sans cesse \ Et ne coûte rien à nourrir! s \Jlegardant dans le fauteuil qui est auprès de la table.] Ah! ah! ton cousin n'est plus là... il s'est couché, peut- être,.. (Eugénie, tremblante, fait signe de la tète.) Oui... tant mieux... ra lui fera du bien... (ii époussette le fauteuil et le porte au fond à gauche.) EUGÉNIE, à part. Ali! que j'ai peur! GRANDET. Donne-moi une chaise. (Allant à elle.) Eh! mais, qu'est-ce que tu as donc? RIJGKNIR. Moi, mon père?... rien... Mais si vous alliez vous reposer dans votre chambre"? GRANDET. Je suis bien là... et puis, je te vois, je te parle.•• ça inc délasse... c'est que je t'aime bien, vois-tu... [S'asseyaîit sur la chaise qu'Eugénie a placée au milieu du théâtre.] EUGENIE, qui est debout à sa gauche. Et moi aussi, mon père, je vous aime. GHANDET. Tu es si gentille. EUGÉNIE. Vous êtes si bon! GRANDET, Vattirant à lut. Tu ne fais jamais de chagrin à ton père. EUGÉNIE, d'une voix étouffée. Jamais. GRANDET, la faisant asseoir sur ses genoux. Si fait, pourtant... quelquefois tu me taquines. EUGÉNIE. Moi? GRANDET. Oui... tu me taquines... Hier, par exemple. EUGÉNIE, ej/ratjée, veut s'en aller. Comment? GRANDET, la retenant. Eh bien! où vas-tu? reste donc... (Il la /ail rasseo» LA FILLE DE L'AVARE. 51 sur ses genoux.) Ne tremblé pas comme ça... Pauvre bijou, va!... je ne t'en veux pas... ce n'est pas ta faute; si ta n'as pas assez d'économie... si tu fait trop de dépenses... tu ne sais pas ce nue vaut l'argent ... tu ne t'en Joules même pas: ta pauvre mère, à la bonne heure... elle le savait... elle n'aurait pas osé dépenser un sou sans me le demander... elle se privait pour me plaire... elle se privait... voilà une bonne femme.,, faut faire comme elle, mon enfant... et cet or...^.^ Vous y tenez donc bien ? ' } GRANDET. Si j'y tiens'?... c'est mon bonheur... c'est ma vie... si j'y tiens... mais comme à toi... vois-tu, ce qu'on aime, on le garde précieusement; on ne s'en sépare jamais!... nia fille, par exemple, je l'aime trop pour qu'elle me quitte..^ pour me passer d'elle... c'est comme ça qu'il faut aimer son or... pour le voir, le toucher... pour le mettre sous clef... il laut que ce soit avec lui, à la vie, à la mort... (Il embrasse Eugénie.) EUGENIE. Mais si vous le perdiez"? GllANDET. Oh! tais-toi . . . j'en mourrais! ... tu n'aurais plus de père... {Mouvement d'Eugénie.) Et tiens, je t'avoue ca, quand il faut paver une pièce de (erre, une vigne, n'importe... quand il faut donner de l'or... c'est comme si mon coeur me quittait... et pour garder tout, je donnerais . . . (// la regarde et tfarète.) Oh! ne parlons pas de ca. .. ne parlons pas de ça... liens, ça fait trop de mal. EUGENIE, Je regardant avec terreur. Oh! vous avez raison ... je ne savais pas.. . je ne pouvais pas deviner... {A part.) Oh! je n'aurais jamais osé.. . (Elle se lève.) GRANDET. Ta dis - ? EUGENIE, tombant a genoux devant son pere. Je dis qu'il doit être si doux de faire du bien à ceux ( l u 'i sont malheureux autour de vous. GRANDET. Prends-garde, tu vas abîmer la robe... Est-ce que tu r >'ois qne je ne fais rien pour eux ? quand vient la moisson, mes fermiers les laissent glaner. t EUGÉNIE. t>e n'est pas vous. M . GRANDET. Moi, ou mes fermiers, c'est la même chose. .. et puis )e suis un brave homme, un bon maître... pas lier du 4* 52 LA FILLE RE L'AVARE. tout... je déjeune chez un \igneron .. . je dîne chez «n métayer. .. je leur donne la main à tous ... et pourvu qu'ils payent bien . . . comme ce matin . .. (Très-gaîmeiit) J'ai fait une rafle ... EUGÉNIE. Vous avez touché . • • GRANDET. Un peu. .. et, comme de coutume, j'ai là ta part.-' un double jaunet... {Il tire de sa poche trn petitpaqtUfi et le défait.) Bien vieux, bien lourd... pour mettre avec les autres dans ton petit trésor... tiens... tiens. EUGÉNIE. Merci, mon père. GRANDET, retenant la pièce d'or. Comment! . . on dirait qtté ca ne te réjouit pas de voi>' ce louis .. ce beau louis .. de le posséder à toi seule . . i e l'entendre sonner . . (Il le /ait sonner et se met à rire.) Hein! c'est gentil, n'est-ce pas? Ris donc . . ça ragaillardit • • tiens, tiens., tu en aura d'autres, sois tranquille., on 1 e sait bien., aussi, quand je passe quelque part, j'entend s murmurer autour de moi: „Ce petit vieux, c'est le père Grafl' del . . il a des écus à remuer à la pelle" qu'ils disent • Ce n'est pas vrai, mais c'est égal . . je n'ai pas l'air d'eB' tendre! et les v'Jà qui me font des saints., qu'ils me tirel des coups de chapeau .. les jeunes, surtout. . ce qui veu' dire; sais-tu ce que ça veut dire? EUGÉNIE, s'rjjbrrant de sourire. Votre tille est jolie. GRANDET. Non . . votre fille est riche.. et si tu veux choisir, >' ne tiendra qu'à toi. . mais tu ne veux pas et tu a raison." prendre un mari, qui emporterait ta dot, ou qui la inangi" rait.. il vaut mieux rester fille . . on risque moins. EUGÉNIE. Ma dot! .. j'en ai une, mon père' GRANDET. Une ,. certainement. . c'est possible .. à la rigueur. EUGÉNIE. Que vous me donneriez tout de suite? GRANDET. Du tout., je n'ai pas dit cela., je n'ai pas d'urge" 1 ' EUGÉNIE, Mais vous m'avez dit tout-à-l'heure que vous aviez de l' ot ' GRANDET. Oh! pas beaucoup., et puis, je le dois., ces p 1 ' 1 '/ ces terres et ce domaine du Champ-Vert que le notaire f" acheter pour moi . . il faudra payer . . et tiens, ca me *K pelle qu'il va venir. . son imbécille de neveu qui' est l ,al " LA FILLE J)E L'AVARE. ÔJ pour Blois, sans attendre. • {Mouvement d'Eugénie.) H faut ([lie je prépare de l'argent . . je descends .. KUGKN1H- Mon père .. ah! me quitter déjà. GRANDET. C'est l'affaire d'un instant. t l'OfcNIKj le retenant. Oh ! je vous en prie . . un moment encore .. je suis si heureuse, quand vous êtes là . . restez. GRANDET. Vrai., ta le veux, petite est-elle câline'? mais comme tu es brûlante doue!., est-ce (pie tu as la fièvre J EUGÉNIE, se levant. La fièvre! . . oh! oui. . et bien fort. QllANDET. Toi, mon enfant! il faudra faire venir le médecin de la ville., demain, après-demain, si ca dure. N'ANON, entrant par la porta du cabinet. Monsieur Menu .. je l'ai fait entrer dans votre cabinet. GRANDKT, « Buginie. Là, je te le disais bien .. il vient chercher . . KCGKN1K. Ciel! GRANDET. 11 faut avoir soin de toi, mon enfant, coûte que coûte. . je paierai plutôt . . ÇA Nanon.) Dis-lui de m'atteadre une minute . . je suis à lui. (H descend l'escalier.) s t»: oarf Scène V. EUGENIE, NANON, ensuite MENU. EUGÉNIE. Ali! s'il allait savoir. . après ce qu'il m'a dit—là.. où va-t-il donc ? NANON. Dam! au petit caveau.. visiter son trésor., il ne l'a pas \u depuis hier. EUGÉNIE. Oh! non. NANOIÎ. Pauvre cher homme! il va se donner du bon teius. , EIH1KN1K. Ecoute donc . . je crois entendre . . c'est lui . • déjà! ( HUe va pour sortir, ) MENU, entrant par la petit» porte à gauche. Un bien! ce père Grandet, où est-il donc? (A Eugénie.) Conçoit-on ce nigaud d'Isidore ? 54 LA FILLE DE L'AVARE. EUGÉNIE, revenant vivement. Votre neveu! .. vous avez parlé de votre neveu!.• " est do retour? MENU. Ah bien oui!... il est parti comme un fou, avec 1» moitié de mes instructions . . il faut que je coure après hu jusqu'à Blois. EUGÉNIE, le regardant. Jusqu'à Blois! GRANDET, en dehors. Nanon ! NANON. Je crois que v'ià notr' monsieur. MENU. Enfin, EUGÉNIE. Mon père! ah! jamais, jamais! (ZiV/e sort vivement par la petite porte à gauche,') Scène VI. MENU, GRANDET, NANON. GRANDET, paraissant dans le fond et s'appuyant à la rampe de Vesc*' lier. Nanon, Nanon! NANON. Ah! mon Dieu! notr' maître., comme vous v'iàpâle. 1 est-ce que vous êtes malade"? GRANDET, d'une voix ttouffU. Nanon!.. [// entre en scène paie et défait.] MENU, le prenant par le bras. Eh! mais .. qu'avez vous? GRANDET, hors de lui et l'arrêtant. Hem! qui étes-vous ? .. que faites-vous ici"?.. [// le secoue.] MENU. Mais, c'est moi... moi. GRANDET, le reconnaissant. Ah!... (A Nanon.) Nanon, regardez-moi là. NANON. Eh bien! notr maître? GRANDET. Tu ne sais rien... là?., vrai'?., ah!... de l'air. la fenêtre.,, j'étouffe... (Nanon ouvre la fenêtre. 11 etf**** de côté et d'autre.') Nanon... mon neveu? NANON, hisitant. Votre neveu... mais il est... LA FILLE DE L'AVARE. ô& GRANDET, la prenant par le bras. 11 est... quoi donc'?... parle.., mon neveu? NANON. 11 est parti. GRANDET. Partit NANON. 11 est sauté par la fenêtre. GRANDET. Par la fenêtre!... plus de doute... ah! je suis assassiné. [// se dhesphreA MENU. Qu'est-ce donc'? GRANDET, à Nanon. Eh! vite un cheval... va seller la grise. NANON. Mais notr' maître. GKANDET, la poussant dehors. Va, dépêche-toi... (^4 lui-même.) Parti! (Nanon se retourne.) Va donc. [Nation ëort.'i Scène VII. MENU, GRANDET. MENU. Mais, enfin, me direz-vous*? GRANDET, pouvant parler à peine. Vous allez courir... vous, Menu... vous allez... car je n'ai plus de forces ... je n'ai plus de jambes ... et je ne veux pas quitter ma maison... ils me prendraient le reste... allez. MENU. Et où voulez-vous que j'aille? GRANDET. Malheureux! ... au procurenr du roi. .. pour porter plainte... il faut qu'il vienne... qu'il mette la garde nationale sur pied... qu'il fasse courir les gendarmes... allez vite. MENU, impatienté. Qu'est-ce qu'il y a? GIIANDET. Je ne vous l'ai pas dit'?., il y a que je suis volé. MENU. Grand Dieu! GRANDET. Volé!... il m 'a tout pris... mon or... mes billets... mes fermes... volé!... 56 LA FILLE DE L'AVARE. MENU. Voire neveu! GRANDET. L'infâme!... courez donc... je veux qu'on le cherche.», qu'on s'empare de lui. MENU. Revenez à vous. GRANDET. Hein! qu'est-ce que vous dîtes!... vous êtes encore là'?... vous vous entendez avec lui... ah! j'y cours, moi... je cours... je... ah! je suis mort. [// fait quelques pas pour sortir . . il revient • . . il veut sortir encore, . . il cliancelle . . . et tombe sur une cliaise auprès de la table,'] II1KNU, allant à lui. Allons, revenez à vous... nous le retrouverons... nous... GKANDKT, (l'une voix étouffée. Mais allez donc. DIKNU, en s'en allant. J'y vais... j'y vais... un vol! ah! c'est affreux. [-// descend l'escalier.] GRANDET, assis. Et surtout, qu'on lui reprenne tout... qu'on le fouille bien.. {Se levant précipitamment et courant à/a porte d'ok il crie à Menu.) Non... non... je le fouillerai moi-même... qu'il soit arrêté. [// tombe sur la chaise gui est auprès de la porte.] Scène VIII. GRANDET, EUGÉNIE. KUGÉNIK, entrant par la petite porte de gauche. Arrêté!... Qui donc veut-on arrêter, mon père. GKANDKT, se levant précipitamment, Qui?... Eh bien! lui... tu ne sais pas... il m'a tout pris... ce Charles... ce scélérat. EUGÉNIE. Votre neveu'? GKANDET. Ce n'est pas le mien ... il ne m'est rien.,. rien du tout... EUGÉNIE. Grand Dieu! GKANDET. Et son père qui me l'envoie, sous prétexte qu'il est UL«CVfcfe TÊT LA FILLE DE L'AVARE. 57 malheureux!... pour me piller... pour me.. Mais ils l'arrêteront... je le verrai... je reverrai mon or... n'est-ce pas ? EUGÉNIE. Ils l'arrêteront... et pourquoi? ghandet. Pour m'avoir volé! EUGÉNIE. Oh! non, non... ne dites pas cela, mon père. GRANDET. Si fait, l'infâme! ' EUGENIE. Mon cousin!... mais si ce n'est pas lui"? GKANDET. Hem!... laisse donc... il faudra bien qu'il avoue: le procureur du roi sera là... Je vais moi-même... [XI fait un mousement pour sortir.] EUGÉNIE. Oh! demeurez... ne faites arrêter personne. GRANDET. Personne... quand on m'a réduit au désespoir... à la misère... heureusement, il y a des tribunaux. EUGÉNIE. Eh bien! non, non... il est innocent. GRANDET. Imposible. EUGÉNIE. Ce n'est pas lui. GRANDET. C'est lui. EUGÉNIE, tombant à genoux devant son p&re. Non... c'est moi. GRANDET. Toi! EUGÉNIE. Oui, moi, qui vous demande u;rAcc à genoux. GRANDET, tombant stir la chaise auprès de la table. Toi qui m'a pris... toi qui m'as... loi ma fille!... Oh! non, non... lu mens, ce n'est pas vrai. EUGÉNIE. C'est moi, mon père... Oh ! je ne savais pas vous faire tant de mal... Mais songez donc... mon oncle... vous me refusiez... cl il allait mourir... GRANDET. Et lu m'as tué!... (Changeant de Ion.) Mais... lu n'as pas envoyé... (se levant) n'est-ce pas ?... oh! non... pas encore*? 58 LA FILLE DE L'AVARE. EUGÉNIE. Si fait. GNANDET, furieux et h' rs de lui, saisissant une cTiaise. Misérable! EUGÉNIE. Grâce... grâce... GRANDET, rejetant loin Je lui la chaise. Va-t'en... va-t'un... je te déshérite... je te maudis !... va-t'en ! ... EUGÉNIE, éloignant. Mon père!... GRANDET, courant à elle et la retenant. Ou plutôt reste... Tu n'étais pas seule... tu avais un complice. EUGÉNIE. Non. GRANDET. Ton cousin!... EUGÉNIE. 11 ne savait rien... il ne sait rien encore. GRANDET. Cela ne se peut pas. EUGÉNIE. Je vous le jure par la mémoire de ma mère. GRANDET. Mais mon argent... mon pauvre argent, où est-il donc'?... A qui l'as-tu remis?... qui est-ce qui l'a emporté?... parle... je veux le savoir... EUGÉNIE. Et pourquoi vous le dirais-je? GRANDET. Pourquoi?... Mais pour poursuivre le traître... pour le faire arrêter... pour le faire condamner... lui, sa famille... tout le monde. EUGÉNIE. En ce cas, mon père, je suis seule coupable. GRANDET. Tu nommeras! EUGÉNIE. Personne. GRANDET. Prends garde! EUGÉNIE. Personne, mon père. GRANDET. Eh bien! c'est toi qui seras punie. LA FILLE DE L'AVARE. 59 Scène IX. NANON, GRANDET, EUGÉNIE. NANON, arrivant par la porte de l'escalier. Mon Dieu! not' maître... ces cris... GRANDRT, allant à elle. Qu'est-ce que tu veux'?... qui est-ce qui te demande !.tu n'as pas aidé ma fille, hein?... ce n'est pas toi '? NANON. Quoi? GRANDET, allant a Eugtnie. Allons, sois bonne fille... là... entre nous... dis-moi à qui tu as confié?... EUGÉNIE. Vous ne le saurez pas. GRANDET. Comment, tu refuses de m'obéir? NANON. Qu'est-ce qu'il y a donc? GRANDKT. 11 y a que vous allez renfermer mademoiselle ici, [montrant la forte latérale à gauche) dans cette chambre, celle de sa mère... elle y restera jusqu'à ce qu'elle avoue... et sans sortir... je ferai murer la porte... vous ne lui donnerez rien. NANON. Mais not' maître... GRANDET. Rien. EUGÉNIE. Oh! mon Dieu!... NANON, allant auprès d'Eugénie. Comment, mamzelle. (Eugénie marche lentement vers la porte de la cliamhre ii gaucîie.) GRANDET, à part. Ah! il en est tems encore... c'est peut-être caché dans lu maison... et je vais... (// fait quelques pas pour sortir,') EUGÉNIE, d'une voix suppliante. Mon père! 00 LA FILLE DE L'AVARE. GRANORT, s"arrêtatit au moment ou il va sortir, et regardant Eugénie. Hein!... elle veut avouer. [Eugénie se détourne, baisse la tête et ne répond rien.] GRANDET, prêt à descendre l'escalier. Non?... Renfermez-la. [Il descend.] Scène X. NANON, EUGÉNIE. NANON. Bonté divine!... qu'avez-vous donc fait, pour le mettre dans cette colère-là ? EUGÉNIE. Oh! oui... elle a été terrible, sa colère!... mais, du moins, elle n'est tombée que sur moi., .■ Nanon, il m'a maudite. NANON. Allons donc, mamzelle, du courage... il n'est pas si méchant qu'il en a l'air. EUGÉNIE. Ah! il est bien malheureux... si tu avais vu... il pleurait... Oh! j'ai mal fait, je le sens bien... et pourtant, si j'ai sauvé la vie à mon oncle... au père de Charles... NANON. Vrai, mamzelle?... Ah! je ne sais pas comment... mais c'est égal., , cest bien à vous, et le ciel vous en récompensera. EUGÉNIE. Je ne lui demande que le pardon de mon père. NAN ON. 11 fera mieux que ça... Yous quitterez cette maison.,. et votre cousin qui vous aime... EUGÉNIE. Lui!... ali! tais-toi... NANON. Ain: Un page aimait la Jeune Adèle, Pourquoi donc étes-vous honteuse ? Monsieur Charles s'ra votr' mari. EUGÉNIE. Tais-toi, je suis trop malheureuse.., Ali ! ne me parle pas ainsi ! Pour ceux que Ut malheur accable, J'ai fait mon devoir, je le croi ... Mais je croirais être coupable Si le bonheur clait pour moi ! [bis] LA FILLE DE L'AVARE. 61 Scène XI. Les Mêmes, MEINU, entrant par la porte de l'escalier. MENU. C'est bien, c'est Lien... cherchez toujours. EUGÉNIE, effrayée, cl courant vers la parle à gauche. Mon père! r MENU. Comment! vous voilà, vous autres?... et Grandet qui la croit renfermée... EUGÉNIE. J'y vais, mon parrain. MENU. Eli! non... un moment... il m'envoie près de toi... reste... j'aime autant que ce soit ici... Sais-tu qu'il a bien du chagrin, ton père'? lui dérober son trésor! su non. 11 serait Dieu possible! MENU. Plus de cent mille écus! NANON. Mamzelle!... et il ne vous a pas tuée!... EUGÉNIE. Mon panain... je ne savais pas ce que ça valait... et quand je l'aurais su... MENU. Yeux tu te taire... s'il t'entendait... heureusement il rôde dans la maison... il cherche dans tous les coins... Ecoule-moi... j'ai parlé en ta faveur... et je crois qu'il te pardonnerait, si tu lui nommais la personne à qui tu as conlié... NANON. Nommez, mamzelle, nommez... EUGÉNIE. Il veut le faire arrêter... condamner. MENU. Dam! il en a le droit... et, à sa place, j'en ferais autant. EUGÉNIE. Vous !... mais celui que vous accusez, il n'a cédé qu'à mes larmes et à mes prières... je J'ai trompé... je lui ai dit que mon père lui-même ordonnait... MENU. C'est égal... il a eu tort... c'est Ini qui est le coupable... et s'il est ramené... 02 LA FILLE DE L'AVARE. EUGÉNIE. Ali I vous le défendrez. MENU. Je viens de donner des ordres pour le faire arrêter. NANON. M. Charles! EUGÉNIE. Vous, mon parrain?... Ah! c'est indigne... courez... courez révoquer cet ordre rajuste. MENU. Ça regarde la justice... elle doit le tenir en ce moment. EUGÉNIE. Mais songez donc... ce n'est pas ce matin qu'il est parti... c'est hier. MENU. Que dis-tu?... le complice? EUGÉNIE. Ce n'est pas celui que vous croyez. MENU. Le neveu du père Grandet'? EUGÉNIE. Ce n'est pas lui. MENU. Eh! qui donc? EUGÉNIE. C'est le vôtre. MENU. Mon neveu. NANON. M. Isidore. MENU. C'est impossible.. . il est à Blois. EUGÉNIE. Il est à Paris ... je l'aitompé... je lui ai dit... (Grau- det parait sur la porte de l'escalier, les mains derrière le dos. Eugénie pousse un cri.) Ah!,.. {Elle s'éloigne connue ierrijiée et rentre dans ta chambre « gauche.) NANON, la suit et dit en sortant. Qu'allons nous devenir, grand Dieu! [Elle rentre dans la chambre avec Eug'-me."\ LA FILLE DE L'AVARE, Ii3 Scène XII. GRANDET, MENU, ensuite NANON. MENU, à part. Mon neveu, lïmbéciDe... avec nos projets de mariage! par bonheur il est à Paris, on ne l'arrêtera pas. GRANDKT, gui est venu lentement près de lui. Vous lui avez parlé"? MENU, Un peu. GRANDET. Eh bien'? MENU. Eh bien? GRANDET. L'idée taie j'avais... que la somme était encore chez moi, cachée... je ne sais où? MENU. Ah! c'est juste... vous pensiez... GRANDET, le regardant en riant. Hem! ce serait... ce serait heureux... MENU. Certainement. / GRANDET, riant toujours. Parbleu 1 MENU. Mais il n'en est rien. GRANDET. C'est donc cet infâme... mon neveu'? MENU. Non, ce n'est pas lui. GRANDET. Mais qui donc'? qui vous a-t-elle nommé! MENU. Personne. GRANDKT, avec colère. Bah!... et elle n'avoue pas? elle ne nomme pas? mais elle veut donc que je la déshérite? MENU. Oh! la déshériter! vous ne pouvez pas. {Apari.) Heureusement. GRANDET. Je ne peux pas? MENU. Non... G4 LA FILLE DE L'AVARE. GRANDET. Si fait. MFNU. Mais non... un père... GRANDET. Comment! un père peut maudire sa fille et il ne peut pas la déshériter'?... mais c'est révoltant! MENU. Écoutez-moi... Que diable! GRANDET, avec désespoir. Laissez-moi... Ah! je ne peux pas la déshériter! MENU. Air du Jaloux malade. Allons, calmez-vous. GRANDET. Je l'atteste, Klle n'aura pas mon argent... Moi-même, le peu qui m'en reste, Je veux le dépenser comptant. MENU. Vous, le dépenser! GRANDET. Oui, sans doute, Je veux être un prodigue outré, Et me donner, coûte que coûte, Tant de plaisir, que j'en mourrai! [bis.] Mais c'est égal; elle aussi là! je ne veux plus la voir... je ne la verrai plus. (Nation sort de la chambre où est renfermée Eugénie.) Ah! Nanon, qu'est-ce qu'elle fait. NANON". Manuelle Eugénie?... Dam! notr'monsieur, elle a bien du chagrin... elle pleure... elle est tombée à genoux devant le lit de sa mère. GRANDET. Ah! . . . Mais pourquoi aussi ne veut-elle pas tout dire'?... à moi, qui l'aimais, qui ne lui refusais jamais rien... Elle ne me demandait rien; ce n'est pas nia faute... (Regardant dans la chambre.) Ah! oui... à genoux. MENU, allant à lui. Il vous en reste encore assez... laissez-vous attendrir, GRANDET, pleurant. Non, non... (^4 Nation.) Ferme cette porte... je ne lui pardonnerai jamais, à elle... et à l'autre... (A Nanon.) Pas tout-à-fait.., Va-t'en. [Nanou sort.] LA FILLE DE L'AVARE. 65 MENU, a pari. Si je pouvais l'amener adroitement... GRANDET, regardant par la parle. Méchante enfant!... je te rendrai malheureuse... va... comme moi. MENU. Écoutez donc, père Grandet... elle vous a pris votre argent... mais c'était un peu le sien... GRANDET, toujours auprès de la porte, qui est en/r' ouverte. Hem!... Qu'est-ce que vous dites-là? elle n'a rien... il n'j a rien iii à elle... tout est à moi... tout. MENU. Allons, allons, elle a hérité de sa mère. GRANDET. Ce n'est pas vrai... tout est à moi. MENU. Dans huit jours elle sera majeure. GRANDET. Ce n'est pas vrai... tout... MENU. Prenez garde... la loi est précise... elle a droit à la moitié... peut-être un million. GRANDET, fermant orusrjuement la porte et courant à Menu. Taisez-vous... taisez-vous. MENU. Ah! elle le sait hien... GRANDET. Elle le sait? MENU. Elle me le disait tout-à-l'heure... vous lui devrez des comptes... personne ne peut refuser de les exiger en son nom... et moi-même s'il le fallait... GRANDET. Vous, mon ami... vous, un notaire royal!... c'est une horreur! MENU. Ca m'avait fait venir une idée!... ' GRANDET. A vous?... quoi!... (A pari.) je suis sur qu'elle n'a pas le sens commun, son idée. MENU. Mariez-la. GKASTOET. La marier!... ma fille!... la laisser aller! Répertoire No. 144. 5 m LA FILLE DE L'AVARE. MENU. Pendant que vous êtes encore le maître, GRANDET. Jamais. MENU. Nous lui choisirons un mari. GRANDET, Je n'en veux pas. MENTI. Qui vous donnerait quittance sans compter. GRANDET, Hein! MENU. Et sans rien prendre. GRANDRT. Rien? MENU. Que la créance sur votre beau-frère. GRANDET, à pari. Au fait---- elle n'est pas si bète que je croyais, son idée. MENU. Dam! dans Luit jours... majeure. GRANDET. C'est vrai. (A part.) Il pense à son neveu, le notaire, MENU, è part. Après lui, le reste. GRANDET. Du moins, on ne perdrait pas tout. MENU. N'est-ce pas"? GRANDET. Et ces comptes à rendre"? MENU. On ne les rendrait pas. Scène XIII. Les Mêmes, puis NANON, EUGÉNIE, CHARLES. NANON, en dehors. Par ici, monsieur, par ici. (0« enientl t en grosse redingolte de voyage, en casquette, un fouet à la main.) ISIDORE, entrant précipitamment. Me voilà. TOUS. Isidore! CHARLRS, courant h lui et Ventrainant. Monsieur!.-, ah! dites-moi! dites-moi! ISIDORE. Attendez donc... je n'en peux plus... je suis rompu, brisé dans toutes les positions... (Nanon lui donne une chaise.') CHARLES. Mais mon père!... mon père! ISIDORE. Eh bien! il se porte bien, votre père. CHARLES. Ah! mon ami... mon cher ami. [// l'embrasse.] EUGÉNIE. Bon Isidore! GRANDET. Et mon argent? (De l'autre côté.) Et mon argent? ISIDORE. Votre argent aussi... (Ils'assied.) Dieu! ai-je couru!.. Quatre chevaux de poste, comme manuelle Eugénie me l'avait ordonné... (Charles la regarde.) J'avais l'air d'un prince dans ma carriole... et pour revenir, depuis Orléans, à cheval au grand galop... Aussi, je suis dans un étal... (Il se lève, — A Eugénie.) Êtes-vous contente, mam- zelle ? (Eugénie passe auprès de lui et lui serre la main,') GRANDET. Et mon argent? ISIDORE. C'est-à-dire votre or... il est arrivé à tems... Dieu! ça lui a-t-il fait plaisir, à ce cher homme!... d'autant qu'il n'y comptait guère... Mais quand je lut ai dit que c'était de votre part... GRANDET. Ce n'est pas. EUGÉNIE, le retenant. Ah! mon père! ' i2 70 LA FILLE Dli L'AVARE. Eh! non, ce n'est pas. MENU. CRANDRT, à Menu. Taisez-vous. [Charles les regarde avec surprise et reporte les yeux sur Eugénie.] CHARLES, « part. Oh! quel mystère! ISIDOKE. Alors il a été tout surpris... il s'est jeté dans mes bras... (à Char/es.) comme tous, tout-à-l'heure. [Charles prend la main d'Eugénie.] GRANDET, « Isidore. Et il a pris mon argent... ISIDORE, lui donnant un papier. Voilà son reçu .... vous êtes pour lui, non pas un homme, mais un ange, un dieu... „Dites à M. Grandet, s'est-il écrié, le banquier... que c'est entre nous à la vie et à la mort... quant à Charles, a-t-il ajouté, qu'il vienne bien vite... nous pourrons encore renouer son mariage." CHAULES. Grand Dieu! Son mariage! [Eugénie quitte vivement la main de Charles.] TOUS. ISIDORE. Eh, oui! avec la fille d'un receveur général, M lle Elisa. EUGÉNIE. Elisa! CHARLES, allant vivement à Grandet. Ah! mon oncle 1 vous avez ma parole, elle est sacrée., mon père ne sait pas tout ce qu'il vous doit. .. à vous... à Eugénie... et cette main qu'elle accepte... EUGÉNIE, qui est passée auprès de son père et qui se trouve entre lui et Charles, d'une voix étouffée. Non, mon cousin, non... vous ne nous devez pas tant.. mon père ne met point ses bienfaits au prix de votre liberté... de votre amour, qui appartient à une autre... adieu, soyez heureux... soyez... avec celle que vous aimez. Ah!.. [Elle tombe dans les bras de son père, tout le monde s'empresse autour d'elle.] Ma fille! Eugénie! Matnzelle! GRANDET. CHARLES. .\ANOX. LA FILLE DR L'AVARE. 71 GRANDET, la tenant dans ses liras. Ma fille... Eugénie... Oh! rendez-la moi... ma fille! mon enfant! ma vie!... CHAULES. Eugénie, al»! reviens à loi... ne doute pas de mon coeur... il est à toi... à toi seule----ee mariage que je ne renouerai pas, ne me donnait que du luxe, de la vanité, de l'ambition... ee que je veux, c'est de l'amour, c'est do bonheur... Eugénie, me le refuseras-tu? {Tombant à ses genoux.) Je l'aime, MJGKNIK revenue à elle, regarde Charles un instant en sihnce, puis se jetant dans ses bras, elle s''crie; Ah! Charles! GRANDET. C'est bien... c'est très-bien... ISIDORE. Oui, c'est bien... {Mouvement deMenn.) Tant pis., pourvu qu'elle soit heureuse! MTCPJU, n Grandet. Hum!... et le domaine du Champ-Vert. GRANDET. Je rachèterai tout de même. risr. Imprimée chez L. W. Krause. Répertoire du théâtre français à Berlin. Les pièces marquées d'un * sont de M. Scribe, 2 3. 4. S. 6. 7. 8. 9. 10 II 12 13, 14 15 16. 17 18, 19. 20, 21 22 23, 21 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35, 36, 37 38 39 40, 41. 42 43, 44, 45, 46, 47, 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58, 59 60 61 62 63 64 65, 66 67 68 69, 70, 71 72, 10 gr. 6 gr. 6 gr. 6 gr. 8 gr. 6 gr. 6 gr. 8 g*. 6 gr. Mes derniers vingt sols. 4 gr. Malvina. 8 gr. ♦L'Ambassadeur. 6 gr. ♦Les Moralistes. 6 gr. *Vn dernier Jour deFortune.4gr LesCuisiniers diplomates. 4 gr. Mr. Jovial. 6 gr. "Le Mariage de raison. 8 gr Le Paysan perverti. ♦Les premières amours. ♦Théobald. ♦Madame de St.-Agnès. * Yclva. ♦La jeune Marraine, ♦Simple Histoire, t.e'onide. ♦La Somnambule. ♦LeI)iplomate,p.Z)e/o"uig7ie6gr ♦La Quarantaine. 4 gr. Le Cousin Frédéric. 4 gr. ♦La Lune de Miel. 8 gr. ,*La Demoiselle à marier. 6 gr. ♦L'Héritière, 6 gr. Le jeune Mari. 8 gr. Le vieux Général, 6 gr. ♦Le vieux Mari. 8gr. . La Maîtresse. 6 gr. . *La Mansarde des Artistes. 6 gr. La Haine d'une Fcrnme. . Les Perroquets. . Tony, ou: les canards. ♦Le Confident. Angéline. La Mère au bal. Marie Mignot. ♦Avant, pendant et après. 8 gr. L'école des Vieillards. 8 gr. ♦Le nouveauPourceaugnac6gr, La Suite d'un bal masqué. 6 gr. Un Moment d'imprudence.6 gr, Leprécept. dans l'embarras 6gr, ♦Valérie. 6gi\ ♦La seconde année. 6 gr. ♦Louise, ou : laRéparation.6gr. La Mère rivale. 6gr. Le Matin et le soir. 6 gr. Le Roman d'une heure. 4 gr. La Semaine des amours. .♦La Manie des places. Le Menteur véridique. .♦L'Artiste. ♦Michel et Christine. Les trois Quartiers. Le Conscrit. ♦La chatte inétamorph. 4gr. 6gr. 6 gr. 4 gr. 6 gr. 6gr. 8 i O gr. 6 R r. 4gr. 6gr. 6gr. 10 gr. 4gr. 8 r Hernani, p. J ictor/lugo. 8 gr, La Reine de seize ans, 6 gr, . L'Actrice en voyage. 6 e,r, Ninctte. 6 ♦Philippe. 6 Ma place et ma femme. 8 La fin du mois. 4 Monsieur Botte. 8 Le Célibataire. 8 Le Sourd. 6 ♦Le Parrain. 4 Les deux Cousins. 8 LeIHarquis dePomenars. 4 gr. .♦Leplusbeau jourde la vie.6gr. La mère et la fille. 8 gr. ♦Jeune et vieille. 8 gr. La dame et la demoiselle.8 gr. g r - e r - gr- g r - g r - g r - gr. g r - 73. *l'ne faute, fi gr. 74. La revanche. 6 gr. 75. La séparation. 8 "r. 76. Madame Lavalette. 6 gr. 77. Le Tartuffe, p. Molière. 8 gr. 78. I«ad. du Karry. 8 g r . 79. ♦La famille Riquebourg. 6 gr. 80. 4 Lc Quaker et la danseuse, fi gr. 81. Le Tyran domestique. 10 "r. 82. Marion de Lorme. 12 ex 83. La Perle des Maris. f, " 84. L'oncle rival. 4 85. M. Cagnard. H 86. Le dey d'Alger. 4 87. L'oubli. 6 88. Le Philtre champenois. 6 89. Rabelais. I 90. La grande dame. 8 91. La fille d'honneur. 10 92. Chacun de son coté. 8 g r - gr, g r - g r - g"-. S r - gr. g r - g r - g r - 93. LouisXI.,p. Delavigne. 12 gr, 94. Le Chaperon. 6 gr. 95. La duchesse de Guise. 6 gr. 96. La Cloison. 4 gr. 97. * La vengeance Italienne. 8 gr. 98. Le Serrurier. 6 gr. 99. ♦Mémoires d'un colonel. 4 gr. 100. La famille Jabutot. 4 gr. 101. Mine Monomanie. 6 gr. 102. L'enfant trouvé. 8 gr. 103. Le jeune homme à marier.6 gr. 104. Heur et malheur, 6 gr, 105. Kettly. 6 gr. 106. La duchesse et le page, 6 gr, 107. La vie de Molière. 10 gr. 108. ♦Toujours. 8 gr. 109. La puritaine. 8 gr. 110. Lucnèce Borgia, p.Hugo. 12 gr. 111. *Camilla. 8 gr. 112. Le roi s'amuse, p. Hugo. 12 gr. 113. Les vieux péchés. 6 gr, 114. *Le gardien. 8 gr. 115. Les enfana d'Kdouard. 12 gr. 116. L'avare, p. Molière. 8 gr. 117. *Les malheurs d'un amant. 8 gr. 118. Les deux ménages. 6 gr. 119. L'art de payer ses dettes, 6 gr. 120. Iphigénie, p. Piacine. 6 gr, 121. ♦Bertrand et Raton. 12 g P , 122. Marie Tudor, p. F. Hugo.12 gr! 123. L'art de se faire aimer. 8 gr. 124. Angèle, p. A. Dumas. 12 gr. 125. *Lc Savant. 8 gr. 126. Le Sauveur, 8 gr. 127. Une mère, 8 gr. 128. Le Cid, p. P. Corneille. 6 gr. 129. Michel Perrin. 8 gr. 130. "Le lorgnon. 6 gr. 131. *La Dugazon. 6 gr. 132. Un duel sous le cardinal. 6 gr. 133. *Le retour. 4 gr. 134. * Le budget d. jeune ménage. 6 gr. 135. Le mari de la veuve, 6 ur. veuve. 136. *Salvoisyj ou l'amoureux 137. Les Charmettea. 138. Le matelot. 139. La Lectrice. 140. Le jeune homme en loterie 141. *Kstelle. 142. Une heure de mariage. 143. *Partie et Revanche. 144. La fille de l'avare. g r - a gr. 4 gr. 4gr. 8 gr. 6gr. 6 gr. 4 gr. 4gr. 8 gr