Répertoire du Théâtrefrançaisà Berlin. N 135. LE MARI DE LA VEUVE, COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE, PAR M" F SOPHIE «AY. Prix: IS Sgr. (J2 gGr.) BERLIN, chez Ad. Mt. Schlesinger, Libraire et Editeur de Musique. (Unter den Limlcn Nr. 34.) 1835. ' Personnages. Acteurs. M. DB VKRTPRÉ Mr. DBLCOVIi. LKON AI YRAY, futur de Pauline Mr. ISllWIili. Mme I)K VKRTPRK Mlle LAUCESTRE. PAULINK, nièce de Madame de Vert|>ré Mlle. EDELIN. IIKLKNK, femme do chambre Mlle. DESCIIANE/: La scène se passe dans une maison île campagne des environs de Paris. Le théâtre représente un petit salon-boudoir. — Sur le premier plan, à gauche du spectateur, une porte communiquant à l'appartement de Madame de Vert- pré. — Adroite, sur le même plan, la porte de l'appartement de Pateline. — Sur le second plan, à droite, une cheminée avec du feu. — Au fond, une porte double communiquant au dehors. — Dans l'angle, à droite, une seconde porte. — Dans l'angle opposé, une fenêtre donnant sur le parc. > —■ Sur le devant de la scène, à droite, taie table, et dessus, un album ouvert et un crayon. — Au lever du rideau, on entend sonner deux fois dans la chambre de Madame de Verlpré, puis répéter avec, impatience le mol: Hélène! Hélène! Scène I. Mme de f'ertprl entre d'un rôti, tandis qu'H! line entre de Vautre. Mme de f'ertprl est i n costume du malin, elle jette sur un fauteuil une Icharpe qu'elle tient à la main. Mme DE VERTPRÉ, HÉLÈNE. Mme DE VERTPBR. Eli bien! mademoiselle, je sonne, j'appelle, et vous ne \enez pas. Que fesiez-vons doue, s'il vous plaît? HÉLÈNE. J'habillais M»° Pauline. Mme DE VERTPRÉ. Descendez chercher mes lettres: j'ai mi gntrer le facteur, et j'en attends une avec impatience. IIKLKNK, ouvrant la porte pour descendre. Voici Joseph qui les monte. Mme I)K VERTPRÉ. Prenez-les et donnez-les-moi. — C'est bien. HÉLÈNE. Puis-je retourner auprès de M Uc Pauline? 1* ' 4 Mme DR VRRTPRÉ. Non, restez. (Lisant les adresses.) M 111C V e de Vert- pré. (Elle jette (a lettre.) M mc Adèle de Vertoré. C'est son écriture. (Elle l'ouvre.) Aujourd'hui!.. il arrive aujourd'hui! cher Paul! Venez, Hélène, et écoulez bien ce que je vais vous dire* Ce malin, un monsieur de 35 à 36 ans se présentera pour me parler; si je suis avec quelqu'un, vous me préviendrez; si je suis seule vous le ferez entrer. HELENE. Madame veut-elle me dire son nom? Mme DE VRRTPRK. C'est inutile, vous le reconnaîtrez sans qu'il se nomme. Excepté M. Léon Auvrây fiancé de Pauline, qui vient nous voir tous les jours à cette campagne, je ne reçois personne ; ainsi.. HÉLÈNE. Si je me trompais, alors madame ne m'en voudrait pas ? Mme DR VRRTPRK. Des cheveux bruns, des yeux noirs, taille moyenne, voilà son signalement, retenez-le. HÉLÈNE. Si M. Léon était avec madame, cela ne ferai! rien ? Mme DR VKRTPRÉ. Non, sans doute. HÉLÈNE. Mais si madame était à sa toilette ? Mine DR VRRTPRK, Vous le conduiriez près de moi. HÉLÈNE. Sans prévenir madame 1 Mme DR VRRTPRK. Sans me prévenir. HÉLÈNE, Je demande pardon à madame de toutes mes question»! mais madame n'a pas l'habitude de recevoir tout le monde. Mme DK VRRTPRK. La personne que j'attends n'est pas tout le monde. HÉLÈNE. Je voulais dire les étrangers. Mme DR VRRTPRK. Ce monsieur n'est point un étranger. HÉLÈNE, s'en allant. Madame peut être tranquille, aussitôt que son parent sera arrivé.. Mme DE VKRTPRK. Je n'attends pas de païens. 5 HKLKNK, avec finesse. Alors ji! devine. Mme I)K VKRTPHK, Vous devinez fort mal. HKLKNK. C'est.. Mmo DR VKRTl'RK. Mon mari, mademoiselle. HKLKNK. Le mari de madame ! mais tout le monde la croit veuve. Mme DE VKRTl'RK. Mais tout le monde se trompe. Maintenant écoutez: Connue vos questions indiscrètes, vos suppositions plus indiscrètes encore m'ont forcée envers vous à une confidence que je ne comptais pas vous faire, vous aurez la bonté de garder le silence, ou, à la moindre indiscrétion, vous entendez, à la moindre, je serais obligée do vous renvoyer, Hélène, et cela malgré l'affection que jo vous porte, car ce secret n'est point à moi seule, et il pourrait compromettre une personne qui m'est plus chère que moi-même. HKLKNK. Oh! madame, soyez sûre! Mme »K VKRTl'RK. C'est bien. Vous voilà prévenue, ainsi soyez discrète. On monte {elle entre à moitié dans sa chambre.) Voyez qui. HKLKNK, regardant. Monsieur Léon! faut-il dire que madame n'y est pas? Mme QK VKRTPRK. Non, dites-lui de m'attendre; puis vous viendrez me donner mon chapeau. (AY/c rentre.) Scène II. HÉLÈNE, LÉON. I.KON, /rap/iaiit à la porte qui est dans l'angle à droit», Puis-je entrer ? IIKLKNK. Oui. LKON, entr'ouvvant la iwrlc. Seule? HKLKNK. Seule. LKON. 11 me semblait avoir entendu la voix de M'" L de Verlpré. 6 HKLKNE. Elle était là tout à l'heure, et en vous entendant. . LÉON. Elle est rentrée dans sa chambre; cè qûî veut diro qu'elle ne me recevra pas, ce matin. HKLKNE, Eh bien, au contraire, elle vous prie d'attendre que sa toilette soit achevée. LÉON. Elle t'a dit cela? HKLKNE. Oui, monsieur. (Elle se dispose à entrer chez M m ° de Ver/pré.) LÉON. (Varrêtant par le bout de Vtcharpe qu'elle a prise sur le fauteuil, où Mmn de f'ertprè Va laissée, et s'asseyanl ) Écoute, Hélène. HÉLÈNE. Quoi? LKON. M me de Vertpré t'a parlé de moi'? — Écoute donc! HKLKNE. A l'instant. LÉON, jouant avec Vtcharpe et la baisant. Et elle te disait?.. HÉLÈNE. Qu'est-ce que vous faites donc? LÉON. A qui cette écharpe? HKLKNE. A ma maîtresse. LÉON. Et elle a touché son cou, ses épaules! je l'envie et je la baise. hélène. Mais, monsieur, ce n'est pas l'écharpe que vous baisez, ce sont mes mains! LÉON, se relevant. C'est que tes mains sont jolies, Hélène. HÉLÈNE. Vous êtes fou. LÉON. Je suis amoureux. HÉLÈNE. De mes mains? hios. •< ■• ■ Un peu; de ta maîtresse beaucoup. 7 HÉLÈNE, ù pari. Pauvre jeune homme! (haut) Et M"* l'auUne, voire fiancée1 LÉON. C'est nue charmante personne. HÉLÙNK. y ne vous aimez aussi? L&ON. Comme une soeur. HÉLÈNE. Cela ne fera pas son compte; car je crois qu'elle vous aime autrement qu'un frère. LKON. Tiens, voilà ce qui m'inquiète, et nie rend parfois si triste. HÉLÈNE, riant. Vous! ali! par exemple! l£on. Mais aussi comment diable! M mc de Vejtpré ne réllé- cliil-t'lle pas que, pour marier sa nièce, c'est un mauvais moyen que de la prendre auprès d'elle. Certainement, avant d'avoir vu ta maîtresse, j'aimais Pauline de toute mon aine., niais, depuis cette époque, depuis que je les vois rouîtes deux à côté l'une de l'aùtée, malgré moi je fais des comparaisons.. Elles sont jolies toutes deux; mais M' HC de Verlpré a dans sa beauté quelque chose de plus piqua t.. Toutes deux sont pétillantes d'esprit; niais l'esprit de M mc de Verlpré est complété pur l'usage du monde qui manque à Pauline.. Chacune d'elles a un excellent caractère, mais pour un rien Pauline se fâche et boude; M ,ne de Verlpré, au contraire, est toute et toujours gracieuse.. Pauline m'ai nie, je le sais, niais, sans fatuité, M'" c de Vcrtpré ne me déteste pas; elle m'accorde hautement le titre d'ami, et un autre que moi, en récapitulais nos promenades, nos causeries, les petits services qu'à chaque instant elle me demande, et que je suis si heureux de lui rendre, un autre que moi... Eh bien! cela te fait rire'? HÉLÈNE. Auriez-vous la prétention d'épouser M mc de Vertpré, par hasard. LKON. Pourquoi pas? HÉLÈNE, Pardon, mais c'est que.. {Elle rit). 8 LÉON. N'est-elle pas veuve ? HÉLÈNE. Ah! c'est vrai; je l'oubliais. {On sonne chez M me de Ver/pré.) Voyez, voilà qu'on m'appelle; je bavarde avec vous, et je vais être grondée. LÉON. Tu diras à ta maîtresse que je t'ai retenue pour te dire qu'elle était charmante, et elle te pardonnent. HÉLÈNE. Soyez tranquille. {Elle rentre.) 8cène UI. LEON seul, puis PAULINE. LEON. IJ n'y a pas de mal à conter ses secrets à la femme de chambre, lu maîtresse en apprend toujours quelque chose. Ainsi elle avait prévu que je viendrais, et elle avait dit que je restasse! C'est que c'est long une toilette de femme! Si du moins il y avait ici un journal. Ah! l'album de M mc de Vertpré, une page blanche, un crayon, l'album ouvert... C'est un défi. // prend le crayon et lerit: pendant ce terni,s Pauline entre sur la pointe du pied, s'avance derrière la chaise de Lion et lit par dessus son épaule droite. PAULINE, lisant. Ohl n'abrège jamais ces heures que j'envie! LEON, fermant vivement l'album. Ah! c'est vousl PAULINE. Je vous effraie? LEON, Vous ne le croyez pas. l'AUUSE. Qu'écriviez-vous? LEO M. Rien. PAULINE. Des vers? LÉON. De souvenir. l'A L LIN t. Pour qui? 9 LEON. Vous le demandez! PAULJNE. Yoyons-lcs. 7.KON. Mais non. PAULINE, Mais si, je vous en prie. M. Léon, je me fâche! LKON. J'aurais voulu les finir avant de les montrer... à vous surtout, Pauline. PAULINE. Ce sera votre première pensée, et c'est toujours la meilleure. (Klle preml et lit f album.') Oh! n'abrège jamais ces heures que j'envie ! De me les accorder Dieu te fit le pouvoir; T'entendre est mon bonheur, et te voir est nia vie, Laisse-moi t'entendre et te voir! (Répétant.) t'entendre et te voir!... LÉON. La poésie a sa langue à elle : on tutoie Dieu, et Dieu ne s'en fâche pas, PAULINE. C'est vrai {elle lui tend la main), et je ne serai pas plus susceptible que lui. (Elle continue.) Si tu veux de mou front écarter le nuage, Comme l'air en passant chasse l'ombre «les cieox, Les yeux fixés aux miens, laisse sur mon visage Passer tes longs et noirs cheveux. Comment, monsieur.'... LlÊoN. Ali! oui, cieux et cheveux: la rime n'est pas riche, n'est-ce pas? Je vous disais bien qu'il fallait que ces vers fussent corrigés. PAULINE. Mais ce n'est pas cela? léon. Qu'est-ce donc? PAULINE. Passer tes longs et noirs cheveux. Mes noirs cheveux! LÉON, « part. Mi! bénédiction! elle esl blonde!... el d'un blond superbe encore. {Haut.) Mon dieu! mais c'est que... 10 PAULINE. C'est que ces vers étaient pour une autre, voilà tout. hios. Je vous jure... FAUL1XK. Au fait, pourquoi ces vers seraient-ils pour moi? et pourquoi me feriez-vous des vers? LÉON. Mais c'est une distraction inconcevable; je voulais écrire blonds. Le crayon ma tourné entre les doigts. PAULINE, avec amertume. Àh! oui, longs et blonds. Ypus avez raison, monsieur, ces vers ont besoin d'être corrigés, leur harmonie est étrange. {Elle remet Valbum a Léon.) LÉON, à part. Décidément je m'embrouille. (Hatil.) Pauline... PAULINE. Oh! faites attention que vous me parlez en prose, monsieur. LKON. Mademoiselle... Allons, voilà qu'elle pleure. PADLINK, tanglotant. Du tout, je ne pleure pas, vous vous trompez. LÉON. Au diable la poésie! par exemple, c'est bien la première et la dernière fois. Ecoulez-moi. Ces vers... PAULIÎÎE, Mais qui vous parle encore de ces vers; mais je n'y pense plus à ces vers. Je... je... oh! mon dieu, que je suis malheureuse ! {Elle se jet le dans un fauteuil.) ,LÉON. Je vous en prie, je vous en supplie... PAULINE. Laissez-moi, vous m'impatientez et je vous déteste ; ne suis-j(! pas même libre de pleurer si je suis (liste; mais c'est de lu tyrannie. (S'é/tttiÇftnl dans les ira» de M m ' de Vci-ljiré qui cuire.) Oh! ma tante, ma tante! Il Scène IV. PAULINE, M—DÉ VEUTPRÉ, LÉON. Mme DR VERTPRfi. Qii'as-tu donc? PAITLINE. Ali! je suis bien malheureuse! LÉON, saluant. Madame ! Mme DR VRRTPRK. Je vous remercie, M. Léon, de m'avôlï attendue. Qu'est-ce, Pauline? Encore une querelle, une bouderie'? PADLINE. Oh! cette fois, il n'y a pas de ma faute, ma tante; si vous saviez... Mme DR VRRTPRK, à Lion. Avez-vous pensé à moi'? LÉON. A vous? toujours. Mme DR VKRTPRÉ. Quand je dis à moi, c'est à ma commission que je veux dire. LÉON. A votre portrait? le voici, madame, délicieux de beauté, éclatant de fraîcheur, et cependant si au-dessous... Mme DR VRRTPRK. Flatteur! donnez-le-moi. LKON, lui donnant leportrait. Déjà! Mme DE VKRTPRÉ. Regarde donc, Pauline, trouves-tu qu'il me ressemble? PAULINE, sans regarder. Oui, ma tante. Mme DK VRRTPRK. l)is-donc? Est-ce que lu crois que tu l'as vu? Tu boudes, Pauline? viens avec nous, cela te distraira. i'Aulink. Merci. LKON. Vous sortez, madame? Mme DK VRRTPRK. Oui, voilà pourquoi ]ë vous ai fait prier de m'attcndie, j'ai besoin de votre bras. 12 PAULINE, ù ,,ari. C'est cela, il ne restera même pas pour que je le gronde. Oh! je suis bien sacrifiée. LÉON. Et où allons-nous? Mme DE VERTPRÉ. Sur la grande route: j'attends une personne que je n'ai pas revue depuis long-temps, que j'ai grande envie de revoir, et je vais au-devant « ■ « LÉON. De lui ou d'elle? Mme DE VERTPRÉ, avec intention. De ki. LÉON, jalousant. Ali!... Vous avez remarqué le temps? Mme DE VKKTPKÉ, remontant Ira seine cl allant vers la jenilrc. Un peu couvert. LÉON. Noir comme de l'encre. Mme DE VKRTPRÉ. Vous craignez la pluie, et vous refusez d'être mon chevalier? LÉON. Moi, madame! Mme DE VKRTPRÉ. Je réclame de vous un service, et, lorsqu'il s'agit de me le rendre, quelques gouttes d'eau vous font peur. i.Éon. Quelques gouttes d'eau me font peur! mais je Iraver- serais pour vous le détroit de SestosJ... Tarions, madame, partons. Mme DE VERTPRÊ. Décidément, Pauline, tu ne viens pas? rAlUXE. Décidément, ma tante, je reste, Mme DE VERTPRÉ. Eh bien! écoute; il va me raconter la cause de votre querelle, je le gronderai, et je le ramènerai soumis et repentant, Adieu, cher enfant, ( lille l'embrasse.) PAULINE. Adieu, ma tante. LÉON. Au revoir, mademoiselle. PAULINK. An revoir, monsieur. (I.lon cl aime Je f ciU'il sortent.) u Scène V. PAULINE seule, puis HÉLÈNE. PAULINE. Oui, grolulez-le, ma tante; mais il me semble que e'é- tait ii moi de le gronder, et non pas h vous. Avec vous il est toujours aimable, empressé, galant; mais avec moi, comme je dois être sa femme, il est bien aise de ne pas feindre. (Allant vers la lubie sur laquelle est P album qu'elle prend.') Des vers!... Ils sont jolis ses vers! Un avocat i[tii veut faire le poète. Et moi, folle, qui avais cm qu'ils étaient pour moi, et qui les trouvais (barmans... Ab! mon dieu, voilà le feuillet déchiré! Bah!... il n'y a pas grand mal, il les récrira sur un autre... Ab! oui, mais derrière, une aquarelle de Decamps! mon dieu, que va dire ma tante?... Comment, écrit-on des vers derrière une aquarelle aussi! Comme il y en a plusieurs, peut- être ne s'en apercevra-t-elle pas... Oui, mais si elle la re- tronve chez moi... Tant pis, vers et aquarelle au feu! {la feuille île papier brûle.') Oh! j'y pense, le dessin n'était que collé sur la feuille: on aurait pu le replacer sur une autre {elle essaie de la retirer du feu), allons! voilà que je me brûle! mais je ne sais ce que je fais, je suis folle, j'ai la tête perdue... III'.LKNK, entrant. Oh! mon dieu, quel chagrin! V U LIS E. Oui, j'ai du chagrin; oui, je suis malheureuse; mais j'aurai du courage, et je ne l'aimerai plus. HKLÈNK. Et pourquoi ne l'aimeriez-vous plus ? l'AUl.i \ r. Parce quil en aime une autre. Conçois-tu, Hélène, aimer une brune, une femme qui a des cheveux noirs, quel mauvais goût! 1IKI.K!\K, se neg-ardani dane une glace. Mais non, il me semble que ce n'est pas trop laid! l'ADLINK, se reprenant. Oh! mais toi, Hélène, tu as les cheveux noirs... d'un très-beau noir! HKLKNR. Et madame de Vcrtpré, votre tante, a les cheveux noirs aussi. H PAUXIUE. Tiens! c'est vrai, nia (anle... HÉLÈNE. Elle est jolie, votre tante. PAULINE. Oh! mon dieu, tu as raison, Hélène! ma tante est brune, elle est jolie, elle est veuve, à peine si elle a quelques années de plus que moi; ces vers étaient sur 1 album de ma tante, les mille soins, les mille complaisances qu'il a pour elle, leurs entreliens, leurs promenades... Dans ce moment... mais dans ce moment encore ils sont ensemble. Oh! Hélène! il aime ma tante, c'est ma tante qu'il épousera. HELENE. Ecoulez, il est possible que M. Léon aime M mc de Vertpré; mais je vous réponds qu'il ne l'épousera pas, moi. L'AULINE. Tu en es sûre? HÉLÈNE. Très-sûre, PAULINE. Et comment cela? Dis-le-moi, je l'en prie, ma petite Hélène. HÉLÈNE. Parce que M me de Vertpré n'est pas... (àparti) Ah! mon dieu, qu'allais-je dire! PAULINE. N'est pas quoi? HÉLÈNE. Voilà ce qu'il m'est défendu de vous apprendre; mais, lenez, il y a un Dieu pour les amans, et voilà qu'il vous venge. PAULINE. Comment cela? HÉLÈNE. Voyez-vous la pluie? PAui.rNï. Eh bien? HÉLÈNE. Ne m'avez-vous pas dit qu'ils étaient à la promenade ' PAULINE, allant vers la fenêtre. Oh! oui, c'est vrai, ils vont être jaottillés, trempés jus qu'aux os, et j'en suis contente, j'en suis enchantée. Regarde, regarde;' donc? Hélène, les vois in revenir? Comme ils courent... le chapeau de Léon s'envole... qu'ils sont amusans!... quelle excellente pluie! 16 HÉLÈNE. Qui tKmpe sa tante et son fiancé. Excellonl petit COOlll! PAL'MNE, rmnf. Ce n'est pas cela du fout, mademoiselle, c'est y avait très-long-temps qu'il n'était tombé d'eau; qiie la tertre était desséchée, et que cette averqe était tirs-nécessaire à la récolte. (Elle se sauve en riant.} wvxv.m. Pelile folle qui rit et pleure à la fois! que M. Léon en trouve beaucoup comme cela. Scène VI. HÉLÈNE, M™ DE VERTPRÉ, LÉON. (Trempes tous deux il entrent vivement,') Mme DR VKHTPRÉ. Hélène! Hélène! vite! à moi! LEON, se secouant. Je vous l'avais bien dit; ce n'est pas ma faute. Mme DE VERTPRÉ. Eh bien! le grand malheur! je changerai de robe, voilà tout. Venez, Hélène, oh! j'ai froid, vile! vite! (fille entre avec Hélène dans sa chambre,') Scène VII. LÉON, seul. Vous changerez de robe, c'est très-bien; mais moi je ne changerai pas d'habit., et cela par une excellente raison. Au diable la promenade! C'est que je suis tout trempé. Elle a froid., moi aussi, pardieu! je grelotte!... (S'arrêtant devant le feu.) Du reste, je suis bien bon de me gêner., il y a bon feu, et je suis tout seul.. Pendant qu'elle change de robe, je ne vois pas trop pourquoi je me priverais de faire sécher mon habit., oui., c'est une excellente idée! (Il défait son halil, le met devant le feu sur le dos d'une chaise, et se place à califourchon sur la chaise.) Là! ne perdons pas de vue la porte de la chara- et au moindre bruit.. Ma foi! si le monsieur au-dc- 16 vaut duquel nous allions est on route de ce temps-là, je lui en fais mon compliment bien sincère., et s'il arrive par le parc, il serait bien aimable «le me rapporter mon chapeau. (17 se retourne en entendant entrer quelqu'un.) (Qu'est-ce ? Scène VIII. M. DE VERTPRÉ, LÉON. (Un domeslii/uc suit M. de f'erlprl, avec un sac île nuit qu'il pose sur une chaise, et sort. Léon, le dos tourné à la porte, n'aperçoit pas ce jeu de scène.') M. DR VERTPRÉ. Pardon, monsieur, je me trompe probablement, LÉON, sans se déranger. C'est possible, monsieur. M. DR VERTPRÉ. Je croyais entrer chez Mme de Vertpré. LÉON. Vous y êtes. M. DR VERTPRÉ. Mais elle n'y est pus, sans doute? LÉON, montrant la chambre de Itlmo de J'crtpré. Si fait, elle est là. M. DB VERTPRÉ, allant vers la porte. Merci! LEON, l'arrêtant. Pardon! c'est qu'elle change de robe. M. DR VRRTPRÉ. Ah!., et vous d'habit, à ce qu'il parait? LÉON. Non, je n'ai pas le bonheur d'en avoir un de rechange, et je Me contente de le faire sécher, Il faut vous dire q«e nous venons tons les deux d'être mouillés jusqu'aux os. Vous permettez, n'est-ce pas? (// se remet à la cheminée.') M. DR VKB.TPRÉ. Comment donc... (à part.) Qui diable est ce monsieur qui se met si à l'aise chez moi? LÉON. Vous nïfos pas mouillé, vous? Mme DR VERTPRÉ. .le suis venu do Paris en cabriole!-, j'étais liès-pressé de voir madame de Vertpré. 17 LÉON. Ali! oui: n'est-ce pas vous qu'elle attend? Oui, oui, elle attend un monsieur. Je vais la prévenir. (Il va vers la chambre de Jline de l'erlprê.) M. DE VEKTl'liÉ. Comment, vous allez entrer ainsi chez M n,e de Vertpré pendant qu'elle change de robe'? LÉON. Non, je vais lui dire à travers la porte. Bt. DE VEllTl'KE. Merci, j'attendrai. LÉON. Alors, donnez-vous la peine de vous asseoir. M. DE YIKT1KÉ. Vous êtes trop Iton... Ainsi, M me de Vertpré vous a dit qu'elle m'attendait? LÉON. Oui, ce matin elle a parlé de cola en l'air. M. DE VEHTI -HÉ. Elle a ajouté que c'était pour affaires pressantes? LÉoir. Non, elle n'a pas ajouté cela. (Il sonne, un domestique entre.) Joseph! du bois. M. DK VKHTPKK, « part. Très-bien! (Haut.) Monsieur, l'affaire dont je dois entretenir M me de Yerlpré est secrète. LEON. Cela se peut, monsieur. M. DK VKRTI'KK, Ce qui fait qu'à moins que vous ne soyez son mavi... LÉON. Je n'ai pas cet honneur, monsieur. M. DE VF.HTl'KK. J'oserai attendre de votre discrétion... LÉON. Que je me retire, n'est-ce pas? m. dk vkhti'hk. Si vous aviez cette complaisance.,, LÉON. Dites-moi, est-ce que vous en avez pour long-temps? M. DK YKHTPRÉ, Pourquoi cela? l'B mari de la veuve. Rép. Ko. 135. 2 18 LïOV. Ah! c'est que vous dérangeriez toute notre journée. M. DE VERTPRÉ. J'abrégerai. I.KOÎî. Merci, vous serez fort aimable. (77 va pour sortir.) M. DE VERTPRÉ. Et votre Iiabit '? LÉON, revenant et emportant son 7tahit. Je vais achever de le faire Bêcher chez Hélène. Scène IX. M. DE YERTPRÉ seul, puis M™ DE VERTPRÉ. M. DR VERTPRÉ, regardant I.,'on „„i t"il»ig»t. Voilà un jeune homme fort original, et, si j'étais jaloux... maintenant qu'il est parti, je crois que je puis entrer chez ma femme ? [// frappe à la porte.] Mme DE VERTPRÉ, île sa ckambrt. Ne vous impatientez pas, Léon, je suis prête. H. tu mniiL Léon!... ehpardieu, madame, ce n'est pas Léon, c'est moi. Mme DE VERTPRÉ. Ah! c'est sa voix." (elle s'é/tt/tee sur le thétilre) chei ami, cher Paul, avec quelle impatience je t'Attendais. M. DE YERTTUK. Vraiment, Adèle ? Mme DE VERTPRÉ. Oh! oui. M. J)E VEUTIMlfc. Allons, embrasse-moi donc alors. Que tu es belle Ion- jours, chère amie!... et tu pensais à moi? Mme DE VERTPRÉ. Depuis que j'ai reçu ta lettre, qui m'annonçait ton arrivée au Havre, je compte les heures, les minutes, cl sans cet étrange secret que lu me recommandes, j'aurais parle à tout le inonde de mon bonheur. M. DE VlRTI'JlL Ce secret est encore nécessaire... Mais, dis-moi, quel est ce... 19 Mme DR VRRTPRÉ. Mais les circonslances politiques sont liicn changées! M. DE VEnTl'Jlfi. Changées, changées!.., — 11 y avait ici, quand je suis arrivé, un jeune... Mme DE VKRTRIÎ. Ta traversée a été heureuse ' m. de tehtfh4. Dix-huit jours de New-York au Uàvrc. — Ce jeune homme qui était... Mme DR VRRTPRK. C'est égal, eela t'a fatigué, et tu as besoin de repos. Je vais donner des ordres... M. DE VERTI'IU:. Non, je t'assure, je ne me sens pas la moindre lassitude. J'ai trouvé en arrivant iei un jeune homme... Mine DR VERTPRÉ. Aii! oui, Léon. M. DE VEHTI'lii;. Qu'est-ce que c'est que Léon? Mme DK VERTPRÉ. Un jeune homme charmant. M. DE YEIITPKÉ. Je l'ai vu, et là-dessus mon avis... Mme DE VERTPRÉ, Plein d'esprit. M. DE YEHTl'IlÉ. Je lui ai parlé, et cependant... Mme DE VKRTPRÉ. Avocat distingué. M. DE VERTTllÉ. Est-ce que vous avez des procès, madame de Vert- prél Mme DR VKRTPRÉ. Non, monsieur, mais j'ai une nièce. M. DE YERTTKÉ. Après '? Mme DE VERTPRÉ. Une nièce à marier. M. DE VERTl'RÉ. Et ce jeune homme. Mme DE VERTPIIK. Vient ici pour Pauline. 2* 20 m. de VEKTrntf. Voulez-VOUS que je vous dise? Mme l»K VKKTI'KK. Dites. M. DE VERT1-RK. Vous ne vous fâcherez pas. Mme DE VKKTI'KK. Moi, mon ami, ah! M. DE VERTTHK. C'est que c'est fort délicat ee que je vais vous dire. Mme DR VKKTI'KK. N'importe. M. DE Vf'RTl'Iu':. Je n'ai fait qu'apercevoir ce jeune liomme, je ne lui ai dit que quatre paroles... Mme DR VRRTPRK, Eh bien? M. nfe VEHTPlu:. Eh hien, je jurerais qu'il ne vient pas ici pour l':ui line. Mme DR VRRTPRK. Par exemple!... Et pour qui doue? M. DE VERTI'rÉ. Pour une femme charmante, belle comme un ange, fraîche comme une jeune lille et spirituelle a elle seule comme tous les avocats du monde, pour madame veuve Adèle de Verlpré, ma faune. Mme I»K VRRTPRK. Oh! mais vous êtes fou, mon pauvre Paul! vous laites dix-huit cent lieues pour ine revoir, dilcs-vous, et, en arrivant, au lieu de me parler de vous, de votre voyage, des motifs qui vous font continuer de désirer que le bruit de votre mort soit répandu... M. DE YERTmÉ. Plus tard, chère amie, je le parlerai de tout cela; mais pour le moment, vois-tu, j'ai une idée fixe, M. Léon. Mme DR VRRTPRK. Vient ici pour Pauline. M. DE VEUT-PRÉ. Je ne demande pas mieux que de le croire, mais... Mme DR VKhTJ'RK. Vous en voulez la preuve? M. I)K VERTFRÈ. La preuve ne m'en serait pas désagréable... et tout de suite, si cela « si possible. 21 Mme DR VRRTPRK. Eli liien! monsieur, puisque «'est-là ce qui vons occupe le plus en me revoyant, je mus vous lu donner cette preuve... voyons... que puis-je faire'?... ah! tenez, cachez-vous lii. [Klle indique la porte Je sa chambre.] M. DE VEIITI'JIE. Ensuite? Mme IIK VERTI'KK. Je le ferai venir, je lui dirai de s'expliquer sur ses intentions, et vous l'entendrez me répéter l'aveu de son amour pour Pauline et me demander sa main. M. DE YEKTPRÉ. Ce sera très-bien. Mme DE VKRTPRÉ. Je ne l'ai pas vu, je ne le verrai pas; je vais le l'aire appeler, et, séance tenante, nous prenons jour pour le contrat de mariage. M. DE VERTPRÉ. Je le signerai avec plaisir. Mme DK VKRTPRÉ, sonnant. Hélène! (Hélène entre.) prévenez M. Léon que je désire lui parler, et annoncez-le quand il viendra. (Hélène sort.) M. DE YEKTl'KÉ. Merveilleusement, chère amie, Mme DK VKRTPRÉ. Et après cette preuve vous me permettrez sans doute de vous en vouloir tout à mon aise ? M. DE VEHTPRK. Vous êtes la meilleure des femmes. Mme DE VKRTPRÉ. Vous êtes un jaloux. M. DE VEIITPRÉ. Moi! Mme DK VRRTPRÉ. Et vous mériteriez que je ne vous donnasse point... M. DE VERTFKfc. Quoi? Mme DK VKRTPRÉ, lui montrant le portrait que lui a rapporti Lion. Voyez! M. DK VKRTPRÉ, prenant le portrait. Ton portrait! ah! iHHMH^H^^H ■H 22 Mme DE VRRTPRK. Que j'ai fait faire pour vous, et une j'ai fait mettre exprès dans la même boîte que le vôtre, afin que dans l'absence même nous fussions réunis. M. DE VERTPRÉ. Vous êtes toute charmante, et je serai enchanté d'avoir eu tort dans mes conjectures pour vous demander pardon et vous baiser les pieds. Mme DR VERTPRÉ. Alors, à genoux! M. DE VEKTPRK. Après l'entrevue. Mme DE VRRTPRÉ. Incrédule. HÉLÈNE, annonçant, M. Léonl Mme DE VERTPRÉ. Vite dans ce cabinet, et écoutez de toutes vos oreilles. M. DE VKUTl'Ul':. Je n'en perdrai pas un mot, je t'en réponds. Mme DK VRRTPRK. C'est bien: vous allez voir qui il aime. (M. de Vert- pré entre dans le cabinet à gauche.) Faites entier et laissez-nous. Scène X. IVT" ie DE VERTPRÉ, LÉON, M. DE VERTPRÉ, cuclié dans le cabinet. LÉON. Combien je vous rends grâce, madame, de m'avoir fait appeler aussitôt que vous avez été débarrassée de notre fâcheux. Mme DR VRRTPRK. Comment, monsieur] LKON. Il vous a bien ennuyée, n'est-ce pas ? je m'en doutais. Il n'a pas l'air amusant du tout. Mine DK VBRTPRK. Mais, monsieur, vous ne connaissez pas la personne.. LKOH. El je ne me sens aucune en\ie de l'aire sa connaissance. 23 Mme ItK. VKKi'l'HK. Brisons là-dessus, s'il vous plaît; je vous ai prié Je renir pour vous parler d'autre chose. LÉON. Je vous écoute, madame. M nle 1>E VEIlTIMiK. Depuis deux mois, monsieur, vous venez ici tous les jours. LÉON. Et ee n'est pas encore assez souvent, madame. M mc nE VEKTI'UK. Vous avez du vous apercevoir que vous étiez reçu avec plaisir? LÉON'. Je l'ai espéré quelquefois, madame. M mc , )E VEKTl'KÉ. Le titre auquel vous vous présentiez m'en faisait un devoir; mais ne vous semblo-t-il pas h vous-même que le temps est aujourd'hui venu do parler plus formellement de >os projets? LÉON. Oh! madame, je tremble. M me J)E VEHTFHI. Vous! jeune, possédant uu état distingué, d'une famille honorable et riciie, vous ne pouvez pas craindre uu refus'? LEON. Oh! madame, dites-vous ce que vous pensez"? i\i" le de vertfrÉ, Il y a plus, c'est que je crois dire ce que pense Pauline. LEON. 11 ne s'agit malheureusement pas de Pauline, madame. M 1 " 1 DE VEHTrKÉ. Comment, monsieur! LÉON. truand je suis venu chez vous cl que vous ave/, bien voulu m'y recevoir, je connaissais M" 1 ' Pauline et je ne vous connaissais pas; je ne croyais pas qu'il pût exister une femme qui l'emportât sur elle en grâces, en esprit, en lieanlé. Je vous ai vue, madame, j'ai eu le bonheur de passer deux mois près de vous, et j'ai clé détrompé. 24 M m( DE VERTrRK. OIi ! que me dites-vous? LÉON. C'est vous qui m'y forcez, madame; jamais le premier je n'aurais osé vous parler de mou amour... non, je l'aurais enfermé dans mon coeur, et si vous ne l'aviez pas lu dans mes yeux, deviné dans le tremblement de ma voix, je vous l'aurais laissé ignorer; mais je me serais du moins énivré du plaisir de vous voir, du lionheur de vous entendre: j'aurais... M me nE VEIli riii. Taisez-vous, monsieur, taisez-vous. M. de f'crtprô entr'ouvre la porte pour mieux: entendre , et la referme prmtqtkt aussitôt t/e crainte d'être aperçu. (,'e jeu se répète durant toute la scène. LÉOtf. Maintenant il est trop tard: cet aveu serait une offense, sans ce que j'ai à vous dire encore. Vous parliez de mon état, de ma famille, de ma fortune; vous les regardiez comme des titres à l'amour d'une femme, eh bien! nom, état, fortune, partagez tout, madame, je vous le demande à genoux ... ah! vous m'avez dit que je ne devais pas craindre un refus. M me DE VEHTJPRE. Mais moi, monsieur, je ne puis... LhOIT. N'êtes-vous pas veuve, n'êtes-vous pas libre? 01»! votre main, votre main chérie ! Mme DR VRRTPRÉ. Monsieur, comment ai-je pu mériter que vous oubliez à ce point... léo». Je n'oublie pas, madame, je me souviens, au contraire.. Mme I1K VKHTPRK, Et de quoi? LÉON. C'est de la faillite, peut-être... mais j'avais cru que ces légers services que vous demandiez plutôt à moi qu'à un autre... j'avais espéré que des heures entières passées ensemble s'étaient écoulées pour Ions deux avec une rapidité presque égale... quelques mois affectueux... Mme OK VKKTI'RÉ. Oh! mais, monsieur, ces légers services, ces conversations, ^9 mots affectueux, tout cela, ohl tout cela, s'adressait à l'ami. BBEBWfcJKMMIW 25 LKOÎT. Il y a cruauté à une femme de votre Age de choisir des amis du mien. L'ami d'une femme jeune et jolie doit avoir au moins soixante ans. M™ DE VERTI'RK. Vous raillez, monsieur? LKON, tombant à genoux. Non, madame, j'implore. M me nE VERTPRÉ. Ah! c'est trop fort, laissez-moi, sortez, sortez. LKON. Je ne me retirerai pas que.. M me de VERTPRÉ. Faudra-t-il que je vous cède la place? LKON. J'obéis, madame, mais j'espère que plus tard,, M mc DI? VERTPRE. Jamais ! LKON. Oh! madame, jamais! jjme DE VERTI'RK. Encore une fois, laissez-moi, monsieur. LKON. Je me retire. {A part en sortant.) Le diable m'em- porte si j'y comprends quelque chose! Scène XI. M.DEVERTPRÉ, sortant du cabinet; Mme DE VERTPRÉ, stupéfaite. Ois se regardent quelque temps sans rien dire.) M. DR VERTPRK, sur le seuil de la porte. Eh bien! madame? Mme DR VERTPRÉ. Eh bien! monsieur, que voulez-vous que je vous dise? M. DK VKHTPHK. Effectivement, ce jeune homme venait ici pour Pauline. Mme DK VERTPRK. Ah! monsieur, de la générosité, je vous en prie. M. DK VKRTPRK. Savez-vous qu'il était temps que cela fin»; j'entendais 20 fort bien de en cabinet, mais je voyais fort mal, et au train dont allaient les choses.. Mmo. DK VRRTPRK. Grâce, je vous en supplie. M. I)K VKRTPRK. Oui, oui, vous avez raison, ce n'est point à vous que je dois en vouloir; cependant je ne suis ]>as taché d'être arrivé. Mme DK VKRTPRK. Je vais fermer ma porte à ce jeune homme. M. DK VKRTPRK. Quelle folie! t'en faire un ennemi!., non, non. Mme DK VKRTPRK. Quelle est donc votre intention 1 M. DK VKRTPRK. Je le verrai. Mme DK VKRTPRK. Une querelle ? M. DK VKRTPRK. Une explication tout au plus. Mine DK VKRTPRK. Et vous lui direz?.. M. DK VKRTPRK. Qui je suis. Mme DK VKRTPRK. Et votre incognito"? M. DR VKRTPRK. J'y renonce. Mme DK VKRTPRK. Mais vous vous exposez en le perdant! M. DK VKRTPRK. Jo ne m'expose il rien en le gardant, n'est-ce pas? Mme DK VKRTPK. Vous ne pensez pas qu'un pareil fat.. M. DK VKRTPRK. Non, je ne le pense pas; j'aime à ne pas le penser, du moins., et après notre entrevue.. (7/ va pour sortir, Mme de J'ertprè le relient,') Mme DR VKRTPRK. Mon ami, je vous en conjure!.. M. DK VKRTPRK. Ecoute, chère Adèle, je n'ai pas troublé (ou têie-a-téte, ne dérange pas le mien. Ce jeune homme est au jardin, je vais le joindre. Mme DK VKRTPRK. Paul, cher Paul! 27 III. DR VF.RTPRÉ. Madame, n'arrêter plus long-temps serait me faire noire <|iie vous craignez cette entrevue encore plus pour vous que pour moi, et ce n'est pas votre intention, n'est- ce pas'? Mme DE VERTPRE. Oh! non, certes. M. DK VERTPRK, gaiment. Alors, au revoir, cher ange. (Il sort.) Scène XII. M me DE YERÏPRÉ, seule. Que va-t-il faire 1 ? 11 ne faut qu'un mot ironique de l'un pour blesser l'autre. Si je pouvais voir Léon, je lui dirais do se contenir par amitié pour moi; qu'à cette con- «lilion je lui pardonnerais sa folle conduite.. Comment pou- vais-je penser que ces mille riens qui formaient nos relations encourageraient son amour; mais c'est que je ne m'en limitais pas le moins du monde, de son amour!... Mon dieu, que faire'?. . . (Elle remonte la scène en disant:) Ah! voilà Léon dans le jardin, les veux fixés sur cette fenêtre., et mon mari de ce côté qui le cherche: Léon m'a vue! Le voilà qui me fait des signes; quelle présomption!.. Mais c'est qu'il faut que je l'appelle avec tout cela! 11 n'a pas l'air de douter.. (Elle fait signe de la tète.) Oui, oui., il vient, le fat! Et mon mari oui l'a aperçu et qui accourt par l'autre allée! Us vont prendre chacun l'escalier opposé; ils se rencontreront ici... et moi au milieu d'eux., mais c'est impossible ! j'en deviendrai folle. Voilà Léon qui monte en fredonnant.. J'entends les pas de Paul., quelle ridicule position!.. Les voici, ma foi! je me sauve. (,Elle sor/.) Scène XIII. LÉON, M. DE VERTPRÉ. (.Ils entrent chacun par Tune des portes du fond.') M. DE VERTPRK, s'essuyant le front. J'arrive à temps. LÉON. Encore ce monsieur! ah ça, mais il y met de l'acharnement. 28 M. DE VERTPRÉ, estouJflK Monsieur! LÉON, etsouJRl. Monsieur! M. DE VRRTPRÉ. C'est vous qui couriez dans l'allée à gauche'' LÉON. Et vous dans l'allée à droite? 01. DK VERTPRÉ. Moi-même. LÉON. Je vous en fais mon compliment ; vous avez d'excellentes jambes. M. DR VERTPKÉ. Mais il me semble que les vôtres ne vous refusent pas du tout le service. lé as. Dites-moi, sans indiscrétion, est-ce que vos affaires vous retiendront long-temps ici? M. DK VERTPRÉ. Et vous, monsieur? LKON. Oh! moi, j'y demeure presque. M. DE VERTPBÉ. Et moi, je vais y demeurer tout-à-fait. LÉON. Chez M" 16 de Yertpré? M. DE VERTPRÉ. Chez M me deVertpré. Vous permettez? (Il tire une rôle de chambre du sac de nuit) je suis tout en nage, et.. LÉON. Que diable faites-vous donc? M. DE VERTPRÉ. Je prends possession. LÉON. De cette chambre? M. DR VERTPRÉ. Certainement. LEON. Mais cllo touche à celle de M me de Vertpre". M. DK VERTPRÉ. liaison de plus. LÉON. VA vous allez vous y mettre en robe de chambre? 29 M. DR VERTPRK. Je vous y ai bien trouvé on chemise. LÉON. Monsieur, je ne souffrirai pus.. ni. DR VRRTPRK. Alors vous êtes plus susceptible que moi: car, moi, j'ai Wfffc rt. LKON. Raillez-vous quelquefois, monsieur'? AI. I)K VERTPRK. Pour n'en pas perdre l'habitude, LÉON. Et quand cette envie vous prend, vous vous attaquez'?.. M. DR VERTPRÉ. A tout le monde, et de préférence à mes rivaux, monsieur. Liosr. C'est-à-dire, monsieur, que vous avouez.. M, l>R VKRTPHÈ. tyuc je suis votre rival!.. J'ai cette imprudence. LÉON. Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne céderai pas.. M. DE VKRTPRÉ. Ni moi non plus! LÉON. Je ne connais alors qu'un moyen... M. DR VRRTPRK. Je comprends, je comprends. LKON. Et vous l'adoptez ? M. DR VRRTPRÊ. Je ne l'adopte pas. LKON. Monsieur !.. M. DR VRRTPRK. * Ecoulez: que voulons-nous tous les deux'? Réussir, n'est-ce pas? Eb bien! Si l'un de nous deux peut arriver à son but sans tuer l'autre.. Il mé semble qu'être «conduit et recevoir un coup d'épée par dessus le marché, ce serait du luxe. LKON. Ainsi, nous allons chacun de notre côté?.. M. DR VERTPRK. Faisons mieux. 30 LÉON. J'écoute. M. DE VKRTPBÉ. Une proposition. LÉON. Dites, dites. M. DE VERTl'RÉ. Que celui de nous deux qui est le moins avancé dans les bonnes grâces de M"' de Vertpré.. C'est de M me de Yerlpré que vous êtes amoureux, n'est-ce pas?.. LÉON. Oui, monsieur! M. DE VKRTPRÉ, Très-bien!., tirs-bien!., que le moins avancé, dis-je.. cède la place à l'autre. LÉON. Mais qui fera foi'? M. DE VERTPRÉ. Vous êtes homme d'honneur, je m'en rapporte à votre parole. LÉON. Je vous remercie de votre confiance; mais j'avoue... M. DR VKRTPRÉ. Que vous ne m'accordez pas la vôtre. Soit. Je donnerai des preuves, moi. £ioT. Pardicu! c'est trop fort. M. DE VÉRTPRÉ. Acceptez-vous? LÉON. J'accepte. M. DR VKRTPRE, Et vous me direz tout ? LEON, tendant la main. Parole d'honneur. M. DE VKRTPRE, lui donnant une poignle de main. Allons, dites, et dites tout. LÉON, « part. Voilà un monsieur passablement fat! M. DE VERTPRÉ. Eh bien'? LÉON. Eh bien, monsieur, M'" c de Vertpré, sans doute à ti*** d'ami, remarquez-bien que je n'ai pas comme vous tant 0* confiance en moi-même, accepta souvent mes services. A la promenade, c'est mon bras qu'elle choisit de préférence; une main posée sur un bras glisse facilement dans une autre 31 main, et lorsque cela arrive par hasard à celle de M' nc «le Vertpré, notre conversation la préoccupe assez pour qu'elle l'y laisse, et plus d'une l'ois.. m. I)B VKH.TPHK. Plus d'une fois'? LÉON. Je l'ai pressée dans les miennes sans qu'elle songeât « la retirer. M. DE VERT C11 É. Et elle ne pressait pas la voire, elle? LÉON. Non, monsieur, je dois le dire. AI. DU VEKTl'llÉ. Eh bien, je dois vous dire, moi, qu'en pareille circon- stanee elle pressait la mienne., et très-tendrement encore. LÉON, surpris. Très-tendrement! M. DE VERTl'liK. Si tendrement qu'un jour un anneau, que lui avait donné son mari.. LÉON. M. de Vertpréî M. HE VERTPRÏ. M. de Yerlpré.. m'est resté entre les mains. LEO.V. Et qu'a-t-elle fait ? M. DE VERTPRÉ. Elfe l'y a laissé. LÉON. La preuve ? M. DE VEKTPUÉ, tut montrant l'anneau. Le voici. LÉON. Je vois bien un anneau, mais.. M. DE VEKTL'RÉ, ouvrant Vanneau, Regardez. LÉON, lisant. Adèle, Paul. M. DE VKRTPHK. Sont-ce bien là leurs deux noms de liaplt'me? L1ÙON, H/i peu (/< 'concertt . Je l'avoue, je suis batiu. M. DE VEKTI'IU';. À un autre! LÉON. Madame de Yerlpré a fail faire son portrait. 32 M. DE VERTrRE. Ah! ali! LÉON. Une miniature charmante, d'une ressemblance parfaite. M. DE VERTl'ltÉ. Ajjics ? LÉON. Eh bien, M mc de Vertpré m'a chargé de l'aller prendre chez le peintre, et aujourd'hui, quand je le lui ai rendu, elle m'a demandé comment je le trouvais, de manière à me l'aire croire. M. DE VEKTi'llÉ. Quoi? LÉON. Qu'il ne larderait pas à être offert à la personne à qui il est destiné. M. DE YERTPRÉ. Et cette personne ? LÉON. C'est ma fête demain, monsieur. M. DE VKRTI'ilK. Et la mienne aujourd'hui; vous voyez qu'on me l'a souhaitée. (// lui montre le portrait.") LÉON, dans la dernière surprise. Ah! M. DE VEKTJ'KÉ. Continuez, monsieur. LÉON. Ma foi, s'il en est ainsi., je vais tout vous dire! B1. 1>K VKKTl'RÉ, n'essuyant le front. Je suis préparé. LÉON. Madame de Vertpré aime la lecture; souvent, le soir, quand la porte est fermée pour tout le monde, quand Pauline s'est retirée, nous choisissons dans la bibliothèque quelques poésies d'André Chénier ou de Lamartine; nous ouvrons quelque roman de Nodier ou du Victor Hugo; et ce sont les pages les plus tendres, les vers les plus délirant que nous cherchons, l'uis le livre si; ferme, nos paroles succèdent à celles de ces grands ailleurs, et elles conservent, sinon le talent, du moins la teinte de leurs ouvrages; ainsi le temps, si long pour les autres, le temps passe: le temps vole pour nous et.. H. DK VKKTl'KÉ. Et quoi ? Faites-moi donc, le plaisir d'achever. 33 LÉON. Minuit sonne. 111. DE VERTPRÉ. Minuit sonne.. ON» Nous nous promettons i>our le lendemain une aussi douce soirée., et je me retire. M. DR VERTPRK. Eh bien moi, monsieur, c'est exactement la même chose, excepté.. r LEON. Excel)té quoi '? M. DR VERTPRE. Excepté que je reste. LÉON, s'!chavlfant. Monsieur, c'est une infâme calomnie, et vous me rendrez raison de l'insulte que vous failcs à la plus pure des femmes! M. DE VERTPRK. Très-bien, jeune homme! LÉON. A celle qui, rare entre toutes, n'a pas dans sa vie une pensée coupable à se reprocher., même en rêve! M. DR VERTPHÉ. Bravo! LEON. De la seule femme enfin de l'honneur de laquelle je répondrais sur ma vie! M. DE VERTPP.É. Permettez que je vous embrasse. LÉON, le repoussant. Oh! ne raillons pas, monsieur; vous m'avez offert des preuves, eh bien, j'en exigé à l'instant, à la minute. M. DE VERTPRK. Diable! mais de pareilles preuves sont difficiles à fournir. LÉON. Je vous préviens cependant qu'il m'en faudra, monsieur. M. DE VERTPRK. Une lettre... LÉON. Peut être supposée, et d'ailleurs je ne connais pas son écriture, je ne crois pas m'ètre vanté qu'elle m'ait écrit. Autre chose, monsieur., autre chose!.. M. DE VERTl'RÉ. Ah! pârdien! (Il tire le portrait de su poche.) Le mort de la veuve. Rép. No. 135. 3 34 LEO Y. Eh bien! son portrait, je l'ai déjà vu. M. DE VERTl'RK. Poussez ce petit ressort. LÉON. Ce portrait ne prouve rien, monsieur. M. DE VERTl'Ri. Poussez! LÉON, tHtpifait. Le vôtre! M. DE VERTriWC. Lisez! . LEON. Donné à mon Adèle le 28 juin 1825, jour de mon mariage. M. DE YIRTFûÉ. Le trouvez-vous ressemblant ? I.KON. Le peintre vous a diablement Halle, monsieur! m. de riimii Cependant vous m'avez reconnu tout de suite. LÉON. Ainsi vous vous nommez? M. DE YERTIM1K, Paul do Yerlpré. LKON. Et vous n'êtes pas mort? M. DE VERT Pli !.. Voyez si je vous en impose LÉON. Ainsi le bruit qu'on avait répandu.. M. DE VERTIT, É. Etait nécessité par les circonstances. LÉON. Et madame de Vertpré savait que vous étiez vivant } - M. de VEjtTrr, k. Je ne le lui ai jamais laisse oublier, je vous prie " e le croire. LÉON. Alors elle se moquait de moi. M. DE VERTPHÉ, riant. Mais., j'en ai peur. 1 35 LEON. C'est bien., je me vengerai. »l. DR VRRTPRÉ, avec inquiUude. Comment cela? LÉON. Je m'entends. M. DE VEKTPRK. Plaît-il? LEON. Et tout le monde trouvera que j'ai raison. M. DR VRRTPRÉ. Du tout, monsieur, tout le monde vous donnera tort. LÉON. Peu m'importe! M. DE VERTPRÉ. Vous perdrez votre temps. LÉON. Je suis jeune. M. DE VERTrRK. Vous vous lasserez. LKON. J'ai de la patience. M. de vertpré. Mais c'est de l'entêtement! moi, monsieur, je ne vous ai rien l'ail. LÉON. Aussi je ne vous en veux pas, à vous. M. DE VBRTPRE. C'est bienheureux! LÉON. Non, vous êtes un brave homme; c'est de votre femme (pie je veux me venger. M. DE VERTl'UK. Prenez garde, monsieur l'avocat, que nous nommes mariés sous le régime de la communauté. LÉON. Çà m'est égal. M. DE VERTPRÉ. Mais çà ne me l'est pas à moi. LÉON. Tant pis! M. DE VKRTPRÉ. Ah! çà, vous êtes fou. LÉON. Non, monsieur, je suis piqué; on a sa réputation de jeune homme.. 3* À 30 m. de vejitfré. Après ? léon. Et on tient à la conserver. M. DE YERTmÉ. El. moi, monsieur, ma réputation de mari, croyez-vous que je veuille la perdre? LÉON. Ce n'est pas que je l'aime, au moins, votre femme! M. DE VERTlMii. Et vous avez raison. LÉON. Je la déteste. M. DE VEB.TPRÉ. A la bonne heure. LÉON. Mais c'est égal, je me sacrifierai. M. DE VERTl'KÈ. Vous êtes trop bon. LÉON. Une coquette! M. DE YEiriTIU;. Ah! oui, par exemple. LÉON. Qui se trouve jolie.. M. DE VEIITI'HK. Et qui ne l'est pas. LÉON. Si, monsieur, elle l'est., vous ne viendrez pas m'ap- prendre.. Mais un caractère!.. M. DE VEllTriU;. Atroce. LÉON. Mais c'est qu'elle croit que je l'aime. M. DE tertpké. Pourquoi diable le lui avez-vous dit ? LÉON. Je mentais: c'est Pauline que j'aimais. Quelle différence entre elles deux! Pauline si pure, si douce, si naïv e i qui pleurerait d'avance à la seule idée de me faire un eba- grii>5 Pauline qu'elle a pu croire que j'oubliais pour elle. Oh! elle saura que je ne l'ai pas aimée une minute., elle le saura! m. de vehtpiié. Tout de suite, (oui de suite. 37 LÉON. Oui, monsieur.. |>lus tard. M. DE TEKTl'UÉ. Et en attendant vous la laisserez jouir de sa conquête, se vanter de vous retenir i>rès d'elle comme un enfant, vous donnerez le temps à Pauline de s'apercevoir de votre indifférence et d'en aimer un autre? LÉON. Vous avez raison, elle serait trop fière. M. DE VEKTPKÉ. Ecoutez... mieux que cela. LÉON. Qu'y a-t-il à faire? M. DE VERTl'HE. Tenez, je ne vous connais (pie depuis un instant; mais nous êtes bon, vous a\ez l'une candide, vous êtes un excellent jeune homme, et je vous aime comme un frère. LÉON. Merci. M. DE "VEIlTrr. K. Et je me ligue avec vous contre nia femme. * * 'lÉMr. . *-* Voyons. M. DE VERTrHK. A votre place, voici ce que je ferais. LÉON. Tariez. M. DE YERTPllB. Je demanderais à madame de Ycrlpré une entrevue. LÉON. Je le veux bien. M. DE VEKTmÉ. Devant son mari, çà me serait égal. UiON. Non, j'aime mieux seule! M. de VEKTrnÊ. Eh bien! seule; çà m'est encore égal., et je lui dirais que ce que j'ai fait n'était qu'un jeu, pour me moquer d'elle; que je ne l'ai jamais aimée, qui! je ne l'aimerai jamais ; que c'est Pauline seule, suivez bien ce que je vous dis, que c'est Pauline seule que j'aime, et la preuve, c'est que je la lu demande pour femme. LÉON. Si elle me la refuse ? 38 M. DE VRRTPRK. Je vous la donnerai moi. LEON, Permettez que je réfléchisse. Al. DK VKRTPRK. Non; voyez-vous, ces choses-là veulent être faites tout de suite, enlevées dans un moment de colère, parce qu'alors on y met une verve, une vérité qui ne permettent pas de douter de la franchise des sentimens. Pauline est une charmante enfant, vous allez voir. (Il sonne. — Hélène parait.) Hélène, dites à Pauline que son oncle n'est pas mort, qu'il est arrivé, et qu'elle vienne. (Hélène sort.) Je vais me faire reconnaître à elle, je lui dirai vos intentions. LÉON. Monsieur . . M. DE VERTPRÉ. Je les approuve, elles sont pures. Je veux vous voir heureux, mon jeune ami, et cela le plustôt possible, vous le méritez si bien. Voici Pauline. Scène XIV. LÉON, DE VERTPRÉ, PAULINE, entrant toute joyeuse, PAULINE. Oh! mon oncle, mon bon oncle, j'apprends que vous n'êtes pas mort; que je suis heureuse! que je suis contente. M. DE VERTPRÉ. Et moi aussi, je suis content et joyeux, et je ne suis pas le seul. PAULINE. Comment? M. DR VKRTPRK. Tiens, voilà Léon qui est dans le délire. {A Léon-) Remettez-vous, Léon, c'est décidé, rien ne s'opposera * votre bonheur. l'Aui.rvK. yue dites-vous, mon oncle? M. DE VKKTPRÉ. Je di» que ce jeune homme t'adore. PAULINE. Et moi je le déteste. M. de VKRTPRK, Qu'est-ce que tu dis là? un amour si vrai, si pur, s' 39 aident.. Mais parlez donc un peu, vous aussi. Ne me di- sic/.-vdiis pas lout à l'heure.. LÉON. Que j'aimais mademoiselle. m. DR VRBTI'KK. Que vous l'aimiez!.. Vous (lisiez que vous en étiez fou, que vous ne pouviez pas vivre sans «le, que vous vous brûleriez la cervelle si vous ne l'obteniez pas. C'cstk-[)eu près cela que vous avez dit, n'est-ce-pas ? LÉON. l'as tout-à-i'ait... mais... M. DR VKKTI'UK. Entends-tu? 11 répète qu'il se brûlerait la cervelle. Malheureux jeune homme, un suicide.. Y avez-vous bien songé? l'AULINE. Comment Léon, vous m'aimez à ce point ? LÉON. Oh! plus que vous ne pouvez l'imaginer. M. DE VERTPHK. Et il ajoutait: je voudrais qu'elle fût là pour tomber à ses pieds, (à Léon) à genoux! (à Pauline) qu'il n'y aurait de bonheur pour lui que lorsqu'il aurait obtenu de ta bouche (à Léon) à genoux! (à l'aulinv) l'aveu qu'il était payé de retour; et tu ne peux pas le lui refuser, Pauline, car c'est un amour véritable, cela se voit, cela se sent, et tu répondrais de sa mort; (« Léon) mais à genoux donc! {L'on tombe à genoux,) PAULINE. Ab! si je le croyais! I.KOW. Croyèz-îe, car voire oncle vous dit la Vérité toute entière, et j'ai encore mille choses, moi, mille choses à vous dire. PAULINE. Et moi, Léon, je n'en ai qu'une. LÉON. Dîtes, dites! PAULINE. .le vous aime. M. I)K VBRTPRK, avec soleuititl. Enfans (il saisit icurs mains) je vous unis. (A part) t-'c n'est pas sans peine. 40 PAULINE, « / crlpr!. Mon oncle, ma tante sente peut disposer de ma main; elle est ma seconde mère, et je n'appartiendrai qu'à l'homme de son choix. M. I)R VERTl'RÉ. C'est très-hien] Conte-lui tout cela, et nous allons chercher le notaire, nous. l£ox. Ah! laissez-nous un peu ensemble. M. DE VERTl'KÉ. Non, non, voyez-vous; ces choses-là, il faut les terminer séance tenante. (Apart.) On ne sait pas ce qui peut arriver. {Prenant Léon à pari.) Et maintenant, mon neveu, tu n'es vengé qu'à moitié; {liant) il te reste h demander la main de Pauline à sa tante, et à lui dire.. Tu sais ce que tu as à lui dire du reste. LEON. Soyez tranquille. Au revoir, chère Pauline; je vous quitte, mais pour m'oecuper de notre bonheur, et le hâter autant que passible. PAULINE. Vous ne reviendrez jamais assez vite. Scène XV. PAULINE seule, puis M»" DE VERTPRÉ, PAULINE. Oh! mon Dieu! mon Dieu! que je suis heureuse; qui aurait cru cela? Mon oncle qui est assez bon pour n'être pas mort, et qui revient des Etats-Unis pour me marier. Léon qui m'aime, qui n'aime que moi!.. Ce n'était pas vrai les cheveux noirs., c'est moi qui suis une boudeuse... Pf pauvre garçon, qui a été mouillémouillé!.. Mme DE \ KRTPRÉ, entrant prSdpUammmt, Où sont-ils! PAULINE. Sortis ensemble. Mme DE VKRTPRÉ. Grand Dieu! il faut les empêcher; PAULINE. Non, ma tante; ne les empêchez pas. Mina DE VERTl'HÉ. Mais, malheureuse, s'ils allaient se battre. PAULINE. Cliez le notaire'? Mme DU VEUTPRK. Comment? PAULINE. Ils vont le chercher pour mon contrat de mariage. Mme DE YRRTPRÉ. Ils ne se querellaient donc pas en sortant? PAULINE. Ils se tutoyaient. Mme DE VERTPRE. Vraiment 1 PAULINE. Et je suis bien contente! Léon... Mme DE VERTPRÉ. M'a bien l'air d'un fou, ma chère enfant. PAULINE. Du tout, ma tante. 11 m'adore.... je vous assure i[u'il a toute sa raison. Mme DE VERTPRÉ, Je veux dire qu'il me fait l'effet d'un homme bien léger» PAULINE. Je ne sais, mais il m'a juré qu'il n'aimait que moi, qu'il n'avait jamais aimé que moi. Est-ce de la légèreté cela, ma tante ? Mme DE VERTPRÉ. Et où t'a-t-il fait ce serment ? PAULINE. Ici, à mes genoux. Mme DE VERTPRÉ. Pauvre enfant! PAULINE. riait-il, ma tante? Mme DR VRRTl'RK, h part. Peut-être devrais-je lui dire qu'il y a une heure, ici, à mes genoux, à moi... Oh! non, pourquoi l'affliger d'une folie? PAULINE. A quoi pensez-vous, ma tante? Mme DE VERTPRÉ, A ce que tu viens de me dire. Et tu as engagé ta main? PAULINE. Ma main? c'est vous qui en disposerez, et je l'ai dit il mon oncle et à Léon. 42 Mme I)K VKRTPBÉ. Si bien que Léon... rAUI.I \ E. Va venir vous la demander. Mme I)K VBRTPRK, D'accord avec mon mari? r-AULlN E. Très-d'accord; c'est mon oncle qui l'y excite. Mme DE VRRTPKÉ, Et M. de Vertpré n'est pas plus mort pour Léon que pour toi? FAULIKE, Très-vivant pour tous deux. Mme I»K \ KllTl'KK. Je voudrais bien de l'encre et une plume. PAULINE. Voulez-vous que je sonne? Mme I)E VEKTI'IIK. Non. Va me les chercher dans ma chambre. PAULIN K. Vous allez lui écrire 1 Mm» l»K VKRTPRK. Ne t'inquiète pas. (l'ati/tne soi/.) Ah! messieurs, il paraît que c'est une ligue et que vous vous entendez à merveille!... Mon mari, je conçois qu'il presse ce mariage; niais Léon, qui tantôt... il a besoin d'une leçon, ce jeune homme, elle ne lui manquera pas; et s'il désire véritablement épouser Pauline... et mon mari que j'oublie!... c'est injuste! il mérite aussi une punition pour sa jalousie: il l'aura. PAULINE, rentrant vt posant t'en crier sur la table. Tenez, ma tante, Yoici. — Qu'allei-vous faire'? Mme DE VKRTPRK. Écoute, Pauline, c'est une chose sérieuse qu'un lie» qui nous prend toute notre vie pour la donner à un autre; qu'un lieu que la mort seule peut rompre une lois que les hommes l'ont formé. PAULINE. Oh! oui, c'est un bonheur céleste. Mme DE VKRTPRK. Ou un malheur éternel. PAULINE. Comment! 4;{ M me DE VERTl'Rfc. Eh bien, Pauline, il ne faudrait pas livrer ainsi au lia sard toutes les espérances de ton âge. On entre dans la vie par les années riantes et heureuses, ne les abrège pas, chère enfant. PAULINE, 'Vous m'effrayez, Refusez-vous de consentir à mon mariage ? M m « 1)E VEUTntK. Non, non; mais auparavant je veux tenter une épreuve, PAULINE, Sur Léon? M mc DE YERTPRÉ. Sur Léon. Veux-tu tout remettre entre mes mains! PAULINE. Tout ce que vous avez fait jusqu'ici n'a-t-il pas été pour mon bonheur'? M mo nE VERPPBÉ, Je veux continuer, II ne connaît pas ton écriture? PAULINE, Non, M mc DE YERTrilÉ, Ni la mienne. Bien, Mets-toi là et écris. PAULINE, J'obéis, Mme DE VERTPRÉ, dictant. „Ilestée seule en vous quittant, j'ai presque eu du re- ,,mords de la manière dont j'avais reçu d'abord l'aveu d'un „amour qui paraissait si vrai et si passionné," PAULINE. C'est vrai cela, ma tante; car je lui ai dit que je le détestais. Mme DE VERTPRÉ, dictant. „Mais il en est ainsi du coeur d'une femme: rarement „il lui est permis d'exprimer tout ce qu'elle épreuve. Il „faut, quand on est homme, plaindre et pardonner.'' PAULINE. Je comprends moins bien la tin. Mme VERTPRÉ, souriant. Oh! ça ne fait rien, ça. — Donne-moi celte lettre et va [n'attendre dans mon appartement. TAULINE, Combien vous faudra-t-il de temps pour votre épreuve ? 44 M mo DE VEKTI'HK, so mettant a la table que vient tic quitter Pauline el cachetant la lettre. Un quart-d'heure. I'AIJLINli, h part. Bon! je reviendrai dans dix minutes. {Elle sort.) M me DE VEUTl'Ilt*. 1| était temps, voici Léon. Scène XVI. LÉON, M™ DE YERTHIÉ. LKON, entrant en parlant à M. de f'er/prr. Soyez tranquille, mon cher oncle, je sais ce quo j'ai à dire. Mme DE VKBTPRÉ, à part. Et moi aussi. (VlV/e se lève d'un air troubUi el serre la lettre dans sa main,') LKON, se retournant, dit à part. Madame de Vertpré!!! (IFauf.) Pardon d'être entré ainsi, madame, mais je vous Cràynis chez vous. D'ailleurs, j'étais avec monsieur votre mari, c'est mon excuse. M mo DE VERTI'JIÉ. Puis, vous pensiez trouver ici une autre personne, n'est-ce pas ? irêoïT. Non, c'est vous que je cherchais, madame. — Madame... (« part.) Diable, c'est plus difficile à entamer que je ne croyais. {Haut) Vous avez dû me trouver ce malin bien fat et bien ridicule? M lnc DE VERTl'KK. Je vous ai trouvé imprudent, du moins. LÉON. Et vous m'avez bien puni de mon imprudence. J B vous en remercie, madame; dans les maladies désespérées il faut employer les remèdes violons; j'ai soulfert, mais j' 1 " été guéri... M mc I)E VEUTFHÉ. Je me félicite, monsieur, d'avoir fait une cure si mer- \eilleuse, et surtout si prompte, LHOX. Votre sévérité, madame, eu no me laissant aucun espoir... 45 M me T>E VEUTPRÉ. Ai-je donc été si sévère? l.KOIÎ. Mais, ?i inoins que île ine faire mettre à la porte par vos gens, je ne vois pas trop... Mme DK VKIVTPRK. Vous ignorez dans ([îiclle position jetais, et que mon mari, caché dans ce cabinet, écoutait notre entretien et devait me forcer à là prudence. LÉON, étonnl. M. de Verlpré était là? Àh!... Je disais donc, madame, ne dois pas le souiïVir. Mais que faire? {Se relevant vivement.) Mon oncle qui va venir me demander le résultat; il est joli le résultat! Enfin moi, je ne puis pas lui dire... j'aime mieux qu'il l'apprenne par un autre, et ma foi!... (Il va pour se sauver par ta porte du fond cl s'arrête.) Ah! le voilà en bas sur la terrasse... si je descends par cette porte ou par l'autre, il va me voir... Est-ce qu'il n'y a pas moyen de m'échappe! ? i'ar-là?.., ah! oui! c'est l'appartement de Pauline; qu'est-ce que je lui dirai si je la rencontre'? Cette porte? elle conduit chez madame de Verl- pré; si je la vois, décemment il faudra une réponse à cette lettre. Ah! çà mais je suis cerné, moi!... Ah! celte fenêtre, qui donne sur le parc? Un peu haute, mais, ma foi, «'est sur le gazon. (Pendant qu'il monte sur la fenè- lr e M. de Verlpré entre doucement, et, le voyant prêt à 48 sauter, il t'arrête par le fan de son habit. Tous tes deux se regardent. M. DE VERTPRÉ. Que diable fais-tu là? LÉON, descendant de la fenêtre. Moi? rien, mon oncle, je prends l'air, M. DE VERTPRÉ. Eh bien! l'entrevue? LKON, « part. Ah! oui, l'entrevue, nous y voilà. M. DK VRRTPRÉ. La scène a-t-elle été chaude? LtON, Très-chaude, M. DK VKRTPRÉ. Raconte-moi ça. LEON. Laissez-moi m'en aller, mon onde. M. DE VERTPRÉ, le retenant. Comment? LKON. Je vous en prie; vous n'en serez pas fâché. IM. DB VERTPRÉ. Mais du tout. LKON. Vous voulez que je reste? M. DE VERTPRÉ. Je l'exige. LÉON, « part. On ne peut pas fuir sa destinée. M. DE VERTPRK, Tu dis? LÉON. Mon pauvre oncle! M. DE VERTPRÉ. Hein? LÉON. Vous me faites de la peine. M. DE YERTml':. riait-il? LÉON. Car enfin vous êtes bon, et vous méritiez d'être W* • M. DE VEnTMÉ. Allons! allons au fait. 40 LÉON. Mais no vovez-vous pas que c'est le fait m'em- liarrasse ? M. DE VERTl'BÊ. Qu'est-ce que oa veut dire!... Est-ce qu'elle t'a refusé Pauline'} LÉON. Pardieu! M. DR VERTPRK. Gomment pardieu! voilà un pardieu qui est bien bizarre. LEON. Mais franchement pont — elle me la donner? de pareils sacrifices sont au-dessus de la force d'une femme. H. DE VERTPRK. Allons, quand tu voudras l'expliquer... LÉOX. Mais vous ne me comprenez donc pas? m. Dr vkrtpré. Quoi? LÉON. Vous ne comprenez donc pas que votre femme... mais c'est très-difficile à dire à un mari ces choses-là, et vous devriez m'épargne* le désagrément... Non? et bien, mon oncle, votre femme m'aime, voilà tout!... M. DE VKRTPRÉ. Ah! voilà tout! Ah! çà, mais tu es... tu es... aliéné, j'espère? LÉO». Non, mon oncle, je suis... je suis très-mortifié. M. DE VRRTPRR. Et moi donc!... il me semble!... Mais ce matin j'ai entendu... j'étais là... LEON. Lt bien, c'est justement cela. Ce matin vous étiez là, c t on savait que vous étiez là; ce soir vous n'y étiez plus, c * on savait que vous n'y étiez plus. M. DE VBKTPHÉ, regardant d'un air hibiti. Bah! I.ÉON. C'est voire faute aussi, mon oncle, c'est vous qui êtes Cause de tout cela; a-t-on jamais mi se faire passer pour ■nort! Je vous demande un peu s'il existe dans le monde ( ' c s circonstances capables de faire adopter une pareille résolution à un mari? Mais dites-moi donc un peu ce qui v °us y forçait? M. DR VERTPRK. Oui, le moment est bien choisi, n'est-ce pas pour te "UW un récit? Le "><"■! de la veuve. Hep. No. 135. 4 50 LÉON, C'est vous (jui nous avez conduits où nous en sommes. Vous avez toiiIu ijue j'eusse une entrevue avec votre femme; hé bien, je l'ai eue cette entrevue... et je vous pardonne, M. DE TERTPRÉ. Il me pardonne! eh bien! il est excellent, lui! LEON. Oui, car vous ne pouviez pas deviner le résultai. ■H. di v mit nu':. Le résultat? I.Ktlï. Il vous était impossible de penser qu'on me donnerait à entendre aussi clairement... M. DE VERTrllÉ. On t'a donné à entendre clairement? I.ÉO.V. Oh! si cela se fût arrêté là, il \ avait encore moyen d'éluder. M. DE VERTmi. Ali! ça ne s'est pas arrêté là! LKOX. JNon, non, mon oncle, cela a été plus loin. M. DE VKItTrjiK. Dis-moi donc vile jusqu'où cela a été? LÉON. .le ne le déviais pas, peut-être; car un bouillie d'hof neur doit garder de pareils secrets, si ce n'est pour Un, du moins pour la femme qui les lui a confiés, mais... M. DE VEKTTltÉ. Mais nous nous sommes donné notre parole de lo» 1 nous dire. I.KON. Je le sais, et c'est celle parole qui lésait que j'aiiii'" 1 ' mieux m'en aller par la fenêtre. M. DE TERTPHfe. Jeune homme, au nom de cette parole que j'ai resp"' tée moi, puisque je vous ai tout dit, au nom de l'honne"" je vous adjure... I.KON. Vous vous souvenez, mon oncle... ce malin je v0 "^ •lisais ipie je ne connaissais pas l'écriture de voire feiB» 1 • M. DE VEUT Pli É. Eh bien? i.ko\. Eh bien! ce soir, je la connais. M. DE VEHTPHÉ. Elle t'a écrit? 51 LEON. Elle m'a écrit ni. ItK VKRTPRK. Cela né se peut pas. LÉON". Cela ne se peu! pas! C'est inouï! ils sont Ions comme cela. m. de vkutpré. Tu dis cela pour m'effrayer. C'est mie plaisanterie, allons, allons, c'est une plaisanterie, n'esl-ee pas? titos. Oui, je suis bien en train de plaisanter. Vous mériteriez que je vous montrasse sa lettre. H. 1)K VEHTPRE. Je t'en défie ! LÉON , montrant la main gauche avec laquelle il la serre. Eli bien! mon oncle, tenez, je ne puis pas vous la laisser lire, niais la voilà! RI. DR VERTPRK, s 1 avançant pour la prendre. La voilà! Léon, au nom de l'honneur de ton oncle s i gravement compromis, car il es) gravement compromis l'honneur de ton oncle... tu n'en doutes pas'?... tios. Non, non, mon oncle, je n'en doute pas. M. 1)K VERTrilé. Remets-moi celle lettre, je t'en supplie! LKO\. Impossible ! M. DE VERTPRÊ. Mais elle contient donc des choses'?.. LKON. Elle en contient. M. DE VIRTFRÉ. l ias fortes (pie celles que lu m'as dites"? LEON. Oh ! non. M. I>E VKHTFRi. Eh bien? LKON. Mais une lettre, mon oncle, c'est une preuve; est-ce ,{ moi Je vous la donner? M. DE VKRTPrA. Je te la rendrai, parole d'honneur! (// la lui en- tèee.) Je la tiens! i.fcoJî. Mon oncle! mon oncle! M. DE VERTPRÊ. Laisse-moi, je serai prudent. Que vais-je lire, (// '®«i£e anéanti dan» un fauteuil.) 52 LEON, se parlant à lui-même. Quelle bizarrerie! je vous le demande! attendre le retour de son mari, lorsque me voyant tous les jours tête à tête il lui était si facile... m. DE VERTPRÉ, se levant vivement. Qu'est-ce que tu dis donc là, toi'? LÉOÎÎ. Pardon, pardon! mais je suis désespéré, car enfin si elle me refuse Pauline. M. Dï VERTFRli. Pauline'? tu penses à te marier, avec mon exemple sous les yeux, non, non, je ne le souffrirai pas. LÉON. Mon oncle, mon oncle, si vous m'exaspérez... (avec intention) je suis capable de tout, je vous en préviens. M. DE VERÏFHÊ. Jeune homme! jeune homme! Léon, mon neveu, veux- tu donc me faire mourir'? ne vois-tu pas que je suis hors de moi, que je ne sais ce que je dis'? LEO\. Ah! c'est vrai! Pauvre oncle! pardon! pardon! M. DE VERTSRÊ. Ah! (Ils se jettent dans tes bras l'un de l'autre et s'embrassent à plusieurs reprises:) Allons, du courage! (Il ouvre la lettre dans la plus grande agitation, puis à mesure qu'il lit, sa figure devient riante.} L'écriture de Pauline'?... Qu'est-ce que cela signifie? ta es sûr que c'est ma femme qui t'a remis cette lettre? LÉON. Il en doute! M. DE YERTTIU':. Alors, je comprends. LÉON. Pauvre homme! il comprend! C'est affreux ! {M. " e Verlpré rit.) Dans quelle agitation il est? (M. de Vert- pré remonte la scène.') Que va-t il faire 1 ? Où va-t-il' Mon oncle, je vous en supplie, pas d'imprudence! M. DE YERTTRÉ. Sois tranquille. LÉON. Cette lettre, au moins, n ndez-moi cette lettre. M. DE VEUT l'mi. Je te la rendrai devant ma femme 53 Scène XVIII. LÉON, Mme DE VERT PRÉ, M.DE VERTPRÉ, PAULIMi. MmcDK VKKTPKK, paraissant avec Pauline, à la porte Je son appartement. Nous voici. LEON. Elles écoulaient (oulcs deux. M. OK VKRTPUK, allant à sa femme et Vamenant par le bras sur la scène. Madame, quand désormais Pauline écrira des lettres, priez- la de les signer, et tous m'épargnerez une des scènes les plus chagrinantes qui me soient arrivées de ma vie. Mme DR VERTPKÉ. Cela vous apprendra à être jaloux. M. DU VKRTPBÉ. Moi, jaloux!.. Si on peut dire.. Pauline (en remettant lu lettre.) rends celle lettre ;i Monsieur. LÉON. Comment? celle lettre.. PAULINE. Est de moi. Eles-vous fâché, monsieur, que je vous aie écrit? LÉON. Oh!., (à 3I"' e de Verlprê.) Ainsi, madame, vous ne m'aimez pas? Mme DR VERTPRÉ, ga'ment. l'as le moins du monde, monsieur; mais je devais une leçon à un étourdi. LÉON. Oh! que je vous remercie! Mais cette scène?.. Mme OK VERTPRÉ. Ne m'avez-vous pas dit vous-même que les reproches qui; je vous fesais, Pauline pouvait vous les faire aussi? •l'étais son fondé de pouvoirs. LÉON. Ah! Puis-je du moins espérer?,. Mme OK VERTPKÉ. Vous ne le méritez guère: cependant (regardant Pau* line,) nous voulons hien croire que vous ne inentiez pas, lorsque, ce matin, vous lui disiez que aous n'aimeriez jamais, et n'aviez jamais aimé qu'elle. LÉON. Ainsi Pauline.. Mme DE VERTPRÉ. Vous appartient. 54 M. DE VRRTPHK* Elle t'appartient, mon neveu. El dire que tout n ia n'est arrivé que par suite de la nécessité où j'étais de me faire passer pour morti LÉON. Ali, maintenant j'espère que vous allez nous dire la cause... M. DR VEBTPRÉ. Rien de plus juste. Imagine-toi.. {Tout le monde écoule.) HÉL&NR, entrant. Monsieur, c'est le notaire et le rouirai. ni. DK VKRTPRÉ. .le le conterai cela demain. FUT- VARIANTES POUR LES SCÈNES III ET IV. L'auteur ne se Halte pas que les rôles de celle comé die puissent être partout distribués de manière à ce que les deux actrices qui rempliront les personnages de M" lc de Vertpré et de Pauline aient précisément l'une les cheveux noirs et l'autre les cheveux blonds. Dans le cas où la combinaison contraire se présenterait, ou pourrait dans la scène III substituer aux quatre derniers vers de l'album, les m i s snivans: Ouc j'aime a diriger ta promenade, errante. Dans les bois, sur les bords du lac silencieux, yuand tu laisses flotter rêveuse, insouciante Au veut du soir tes blonds cheveux! Le dialogue qui suit serait modifié en conséquence. Quant au rôle d'Hélène, il sera toujours facile à l ac trice, qui en sera chargée, île mettre sous son bonnet de soubrette un lotir de cheveux de la couleur nécessaire a l'effet de la scène. Pour (oui prévoir enfin, il faut supposer que les actri ces chargées des rôles de M nic de Vertpré et de Pauline auront (ouïes doux les cheveux de la même couleur; on adopterait alors l'une des variantes suivantes: 65 phemièhe variante. Si lu veux de mon (Vont écarter le nuage, Ainsi qu'un pur soleil chassa l'ombre des