Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 11. THEOBALD, O l? &® m®wo wm w® ■ûmqsx®* COMÉDIE- VAUDEVILLE UN V N ACTE, Par MM. SCRIBE et VARNF.11. Repréteittét pour la première .fois sur le Théâtre royal à Berlin., le Juin 1829. PRIX: IS Sgr. 312 la 2> a STa Chez Adolphe Martin Schlesinger, Libraire et Éditeur de musiçue, unter dm Linden No. 34. 18 2 0. Personnages. Acteurs. RAYMOND, docteur en médecine..... Mr. HÉRAULT. BKRNARDET, substitut elil île mon Age. Faul-il qM mon hymen s'apprête, Oitaud de nous mon frère est si loin? Pour cjue ee soi» un |our de l'été, Il faut qu'il en soit le témoin. Autrement» dans la loule immense One d'un hymen attire la splendeur, Loin, hélas ! de voir mon bonheur, Vous ne verriez que son absence. BERNARDET, à part. I« n'ai jamais vu touio Il est Ç ' jours dispos et bien portant, Pour donner a chane client Un échantillon vivant De mon I > talent. De sou I liKHNAKDKT, On vous a dit, docteur, jpie rétais passé chez vous? RAYMOND. Non vraiment. Je viens de moi-même; car je n'étais pas rentré au logis. BKHNARDRT. Eh bien, vous y trouverez du inonde... Un jeune homme de fort bonne tournure, uni vous attend avec impatience. . , 11 vient ouhà nim,- rte Lormoy- ) Allons, il y a du mieux . . néanmoins If punis est un peu agité . . i<' trouve encore de l'émolion • • c'esl qu'on vous aura parlé de votre lils. 10 M»"' DE I.OHMOY. C'est vrai; cela me faîl tant de plaisir. HAÏMOSD. Cela vous fait aussi beaucoup de nud. Mine DE LOBMOY. Air : Musc tics bois. Vous ignorez combien une grand'mire Garde d'amour pour ses pelits-eiifaiis ; Rèvc dernier, espérance dernière, Oui dans l'hiver nous ramène au printemps. Vieille, on revit dans le fils qu'on adore, Et l'on 6e dit, par un espoir confus: Grâce a son îîge, il peut m'aimer encore Long-temps après e DE LORMOY. Peur de mourir! . • oh ! non . . mais j'avais peur de ne pas voir mon lils. RAYMOND. Ah! mon Dieu, il reviendra! . . il reviendra ce cher enfant que j'aime autant que vous . . car c'est moi qui l'ai vu naître, et qui l'ai vacciné . . et de plus, je l'ai soigné dans ses dernières blessures . . Il reviendra; c'est moi qui vous en réponds . . et vous serez bien surprise, un beau matin, quand je vous l'amènerai. M'ien malade? lîAVillOM). l'as précisément; mais elle est bien Faible . . hors d'étal de résister à une secousse un peu lord' . . La moindre émotion peut compromettre sa santé, cl même son existence. CELINE, clfrajoc. Grand Dieu! RAYMOND. Ne vous alarmez point . . Il esl facile, avec des soins, «les précautions . . mais pour cela, il faut in'écouter toutes les deux . . (A la Baronne) Vous d'abord, laites - moi le plaisir de retourner «liez vous; car, dans ce moment, cotte maison-ci ne vous vaut rien. Il faut prendre l'air . . vous tranquilliser. IiA IIARONINK. Je n'ai demandé ma voiture que dans quelques heures. RAYMOND. La mienne est en bas, à vos ordres. LA BARONNE. Et vos visites? . . Et ce jeune homme de Monlauban qui esl chez vous? RAYMOND, Je le verrai tantôt en rentrant . . Pour mes autres visites, en attendant que vous me renvoyiez ma voiture, j'en Ferai quelques-unes à pied, dans le quartier . . à des cliens près de qui ma réputation esl l'aile, et avec ceux-là, je ne suis pas obligé d'avoir équipage . . (« C.'Jine.) Vous, retournez près de votre mère . . Je l'ai trouvée très-émue, très-agitée. Je vais m'occuper de réparer le mal. Te sera l'Objet d'une ordonnance, que je vois écrire pour Mc «le Lor- moy, et vous envoyer sa fille, ou faire prévenir son gendre. THKOBALD, avec éloniKliii nt. Son gendre! . • Est-ce que McUc Céline serait mariée? RAYMOND, Pas encore; mais ça ne tardera pas. Tout est convenu, réglé . . Il ne s'agit plus que de remplir les formalités ordinaires : et alors • . vous comprenez. THKUBALD, avec embarras. Parfaitement. RAYMOND, à pari. Ce jeune homme m'a bien l'air d'un soupirant retardataire. AIR du vaudeville de Partie cl Revanche. II avait compté sans son hôte , Oubliant le prix des installa; Pourquoi vient-il aussi tard ? . . c'est sa faute . . Pour les docteurs, les époux, les amans, Le tout est d'arriver a temps. Aussi, de crainte de disgrâce, Soyez A riieure, amans, docteurs, époux , . Sinon , docteurs , sans vous on passe ; Sinon, maris, l'on se passe de vous. f (P'nrfant le couplai île Raymond , Tktoiald a*«M assis et paraît prlorcnp,'- ; /„ aWrai .salue , H n'apercevant qu'il ne fait pas attention à M, il entre chez. /)/„,„ ,/„ Lormoy.). Infortuné Léon ! . ■ mon digne et malheureux frère d'armes! . . Comment m'acquitter du triste devoir que t<»> THEOBALD, seul. k; amitié m'a légué? . . Qnellé ( ; mo(ion j'épronre on entrant dans celle maison, au sein de celte famille, que jamais je n'ai vue, el que je connais si bien.! . . Ce médecin, ce doit être M' Raymond . . Celte jeune dame, qui montait en voilure, au moment où j'entrais, ce doit être Sophie, celle veuve, cette cousine qu'il adorait . . Pauvre femme! • • Kt Céline! . . et sa jeune soeur, dont nous partions sans cesse; dont chaque jour nous relisions les lettres . . dont nous aimions à coiitempler les traits si séduisans . . celle, enfin, qu'il me destinait, el que déjà je m'étais habitué à chérir . . Elle est engagée . . unie à un autre! Le moment qui nous rapproche est celui d'une séparation éternelle . . Amour, amitié, espérance! . . En te perdant, Léon, j'ai tout perdu. Regardant autour Je lui.) On ne vient, point : tant mieux . . Ce moment sera si affreux! . . Ces parais, cette famille désolée . . comment leur dire ? . . le pourrai-je jamais? . . Si du moins quelques mots de ma main les préparaient à cette funeste nouvelle ? , . Oui . . écrivons. (Se mettant à la table, et écrivant.) Madame, ,,Mon nom est Théohald . • Compagnon de Léon, votre „(ils, nous servions dans le même ié ■Iiik ni , et l'amitié la ,,plus tendre nous a toujours unis. Partageant les mêmes „périls, et prisonniers ensemble lors de la retraite de „Moscou, nous fûmes conduits dans le gouvernement de „Tobolsk, et enfermés dans la forteresse de . ;„„„„.„, au „bord de la Tara . . Après cinq mois de la plus horrible ,,captivité, un moyen d'évasion nous l'ut offert; mais un „ de nous deux pouvait seul en profiter . • Dans sa généreuse amitié, Léon voulait que ce fût moi . . Mais il ,,avait une famille qui le pleurait en France . . Moi, j'élais „orphelin • • Ce fut lui qui partit-." (Il cesse d'écrire.) Ah! je me rappelle encore ses derniers mots. . . „Si je succombe dans ma fuite, me disait-il; si, plus heureux que moi, tu revois jamais la France, va porter à nia pauvre graud'mèrc et a ma soeur {/baillant dans sa poche) ce portrait . ■ ces lettres ([d'elles m'avaient envoyées, et nies derniers adieux . . Tâche; d'en adoucir l'amertume . . ménage surtout le coeur d'une mère . remplace-moi auprès de la mienne . . Deviens son appui, celui de ma soeur . ( Posant sur la taàre le froHrati M les lettres, el reprenant la plume) 17 Ah ! comment achever? . • comment lui dire le reste? (// m ttv*) Des Fenêtre* èé »a prison, j'ai vu les soldats du fort tirer sur cette nacelle qui portait mon malheureux aini . . Atteint «lu plomb mortel, je l'ai vu, tout sanglant, tomher, et disparaître dans ce fleuve rapide. . Ah! non . . ne leur olFrons point une pareille image. Air de Lantara. l'our leur coeur elle est trop terrible; Différons ce coup redoute; Par degrés, le plus tard possible, Apprenons-leur la vérité. Apprenons-leur la triste vérité : Oui, dans le doute où les tient son absence, D'un songe heureux éprouvant les bienfaits, Ils donnent tous bercés par l'espérance ; Ah! puissent-ils ne s'éveiller jamais! (// prend sa lettre qu'ii ploie et qttil tient h la main au moment ok Bernardet entre.) Scène VI. THEOBALD, BERNARDET. BERNARDET, oniranl par lr fond, ol parlant à un domestique. Un monsieur, dis-tu, qui désire ine parler.. (/,»/«»( Thlo- balj) C'est lui, sans doute. THEOBALD. Pardon, monsieur, j'avais demandé à voir madame de Lonnoy. BERNARDET. Ma belle-mère? THEOBALD, à part. Sa helle-mère! . . C'est donc lui. BERNARDET. Impossible; dan» ce moment elle ne reçoit pas. THEOBALD. C'est ce qu'on m'a dit . . Mais je voudrais Reniement lui faire parvenir cette lettre que j'ai à peine achevée. BERNARDET. Une lettre . . permettez . . S'il s'a «il d'afifctres, nous ne Thiobnld, L ^ I IS pouvons pas prendre sur nous . . le docteur l'a défendu . . Elle est si faible en ce moment, que la moindre émotion pénible lui ferait un mal affreux. THEOBALD , avec intérêt. Vraiment ! BERNARDET. Le moral est si affecté depuis l'éloignement de son fils.. Le docteur prétend même qu'une secousse violente . . ce que nous appelons un contre-coup . . une révolution, la tuerait net, comme un coup de lbudre. THEOBALD. Que me dites-vous-là? . . Je n'insiste plus pour que vous lui remettiez cette lettre. 11 vaut mieux attendre un autre moment, et lui parler moi-même. Ce que j'ai à lui confier demande tant de ménagemens . . tant de précautions! Et croyez, monsieur, que je ne voudrais pas . . BERNARDET. J'en suis persuadé • . Mais dès qu'il s'agit de précautions adroites, en magistrat prudent, ne puis-je savoir?. . THEOBALD. Daignez lui apprendre seulement qu'un officier qui arrive de Russie, lui demande, plus tard, un moment den- tretien. BERNARDET. Vous arrivez de Russie! . . Vous avez vu Léon; vous apportez de ses nouvelles- THEOBALD. Pas un mot de plus, je vous en prie. BERNARDET. C'est différent . . Elle sera trop heureuse de vous voir. (On entend une sonnette flans Vappartement de Mad. de Lormoi/.) Je crois l'entendre • . Eutrez-là un moment (/«•' montrant le cabinet a gauche de l'acteur) seulement le temps de la prévenir. THEOBALD , entrant dans le cabinet. Oui, monsieur . . oui, j'attendrai . . Pauvre famille! 19 Scène VII. BERNARD ET seul, le regardant. n y a du mystère.. il y en a.. Et pour nous autres qui avons l'habitude d'en trouver partout . . (// s>mppr.t>che de la (•»;«.) Moi, d'abord, il ne ine faut qu'un rien . . un indice . . Et ce jeune homme . . cet air ému . . (// aperçoit h portrait et la paquet de lettres que Thlobald a laisses sur ta table.*) Quel est C6 portrait? . . Celui de M llc Céline . . (Regardant les lettres.) récriture de ma prétendue . . celle de ma belle-mère . • (// en prend une dont il lit iadresse.) ,,A M 1 ' Léon , Capitaine ail „6c de hussards, quartier - général de la grande armée." C'est lui . . c'est mon beau-frère ! c'est Mr Léon. Scène VIII. CELINE, Mme deLORMOY, BERNARDET, ensuite THEOBALD. M ,ne DE LOKMOY, qui est entrée avec Céline, sur les derniers mot. de Bernardel. Mon fils ?. . qui a parlé de mon fils ?. . C'est vous, Ber- nardet? . . BERNARDET. Oui, belle-mère, oui, c'est moi qui, grâce au ciel, espère bientôt être votre gendre. M">e DE LORMOT. Que dites -vous? BERNARDET. Je dis que, si vous voulez être bien raisonnable, on a peut-être de bonnes nouvelles à vous apprendre. Mme D E LORMOT et CELINE. Il serait possible? BERNARDET. Mais pour cela, il faut ine promettre de ne pas avoir d'émotion. M'ne DE LORMOT. Je n'en ai pas • . je n'en ai pas, je vous le jure . . Le bonheur ne me fait pas de mal; au contraire. [ 2 * ] 20 BER1WRT)KT , leur montrant le portrait nt 1rs lettre Eh bien, connaissez-vous ce portrait, ces lettres " CELINE. (!elles (jne i'e'crivais à mon frère. Mme I)K LOHMOV. A mon fils . . B E H\ ARDETt Ain des ih'tt.i- Journées. Kl i|iir diriez-* ous maintenant, Si je doutais . . ce cher enfant . . . A vos regards Ir l'aire iri prraître ? Mme DR IOHMOT. (Jue dites-vous ? CF. FINE. Ou peut-il-éife ? Je le verrais! Qui, moi ? Mme Î)F. LORMOY. . ne me trompez-vous pas ? RF.RN ARDF.T. Min- Il F LORMOY. K 3 i ■s. w Ne ma trompez-voai pas f .le verrais mon fils datll nies liras! CEIT^IÎ. Mon Frère serait dajIS nos lirai! Ah dieu! ne me trompez-vous pas? BERNARDET, se toiirnaiil du rôle du raliinet. Venez, venez donc dans leurs lu-as, Léon ! venez donc dans leurs liras. (Mme E LORMOY. Est-ce que , par hasard ? . . CELINE. Non, maman, non, ce n'est rien . . Je dirai cela à mon frère, en secret. . . et puis il te le dira de même. 25 Mae I)k LORMOY, tourna*. Tu as raison; c'est bien dill'érenl. . Mes enfans, je me sens un peu fatiguée. THÉOBALD , qui a M dierchcr un fauteuil. De grâce, reposez-vous. Mme Di LORMOY. Merci, mon fils . . Mais ne ine quittez pas. . Asseyez- vous auprès de moi . . Léon, donne-moi ta main. ( Thtobald fmttM Mtprit Mad. Lormoy CELINE. Pourquoi donc ? . . . . ( Regardant Mad. de Lormoy. ) Eh bien !... elle dort : dis-moi tout de suite ... THÉOBALD. Je ne puis ... je n'oserai jamais.... Il y va de ce que j'ai de plus cher au monde. CÉLINE. O ciel! il s'agit de la Baronne, de ma cousine qui t'aime tant... Est-ce que, par hasard, vous ne l'aimeriez plus ? THÉOBALD, Çue dis-tu! CÉLINE. Chut!... la voilà qui se réveille : mais je ne renonce pas à ton secret... j'ai une envie de le connaître !... je viendrai te rejoindre ici... dès que je le pourrai. THEOBALD. J'attendrai. Mme DE LORIHOY, appelant d'une voix faible. LeOll! .... (Théobald et Céline prennent place à coté de Mad. de J>ormoy, mais Théobald se trouve placé h sa droite, et Céline à sa gauche. Mad. de harmot/, en s'éveillant, porte ses i/cu.t sur le fauteuil au'urrupail Théobald ; elle parait surprise de ne pas le voir d'abord f mais, en se retournant, elle l'aperçoit h sa droite, et lui prenant la main.) Qu'il est doux de te retrouver-là, au réveil... avec ta soeur... {A Céline, qui est restée debout.) Céline, est-ce que ton futur n'est pas rentré? CÉLINE, avec indifférence. Je ne sais... Il avait tant d'ordres à donner pour ce dîner, pour cette soirée! Mme De LORMOY, se levant. C'est vrai, le retour de mon fils est un jour de fête, et nous allons avoir tous nos amis ... Je ne puis les recevoir en négligé du matin... Ma fdle, tu vas m'aider. CÉLINE. Air : de la Walse des Comédiens. Quoi, vous parer? quelle coquetterie! Ma granrl'maman, à quoi bon (le tels soins ? Do vingt-cinq ans vous semblés; rajeunie. M Mme ï)K LORMOT. C'est qu'à présent j'ai des chagrins do moin». De tous nies maux enfin voici le terme . . . ( Faisant quelques pas vers Thêobald qui s?est un petê éloigné d'elle.) Et de longs jours me sont enfin promis, CÉLINE. Oui, vous marchez déjà d'un pas plus ferme. Mme de l.ORMOY , montrant Thêobald et Céline dont elle prend le bras. C'est qu'à présent j'ui-la mes deux appuis. A ma toilette en ce jour, chère amie, J'ai résolu de donner quelques soins; De vingt-cinq ans je me sens rajeunie, C'est qu'à présent j'ai des chagrins de inoins. Quoi! vous parer . . » quelle coquetterie! Ma grand'maman , à quoi bon de tels soins? De vingt-cinq ans vous semblez rajeunie, Car vous avez tous vos chagrins de moins. THEOBALD. De leur malheur quand j'ai l'âme remplie, De leur transport nies yeux sont les témoins; ! Tu crois avoir, ô famille chérie, \, Un fils de plus, et des chagrins de moins, Mme de Lormoy rentre dans son appartement, accompagnée de Céline, qui de la main fait signe à Thlobald de rester-la, et qu'elle va venir le retrouver,) Scène X. THEOBALD, seul. Ah ! ie n'y peux plus tenir ... En les abusant ainsi, en prolongeant leur erreur, n'est-ce pas devenir coupable?... Oui... il y va de mon honneur, de mon repos... Chaque regard de Céline, chaque instant que je passe près d'elle, augmente un amour que je voudrais en vain nie cacher... 11 faut détruire une illusion qui m'est bien chère... Hâtons- nous ; car bientôt je n'en aurais plus la force ... On vient: n'est-ce pas le docteur?... Non... c'est mon rival. 32 Scène XI. BERNARDET, TIIEOBALI). RKRNAKDKT, entrant par le fond. J'espère que l'on sera content de l'ordonnance de la fête... J'ai invité, je crois, toute la ville. TIIK.OBALI), à part. J'en étais sur... (Haut « Btrnardet) Je vous demande pardon de la peine que je vous donne. BKRINARDET. Laissez donc... entre beaux - frères ... Quand je ras , et d'un ton raressant. Ce crime-là . . je te le pardonne . . et je t'en remercie.. C'est tout ce que désirais. THEOBALD. Vous ne parlerez pas ainsi • . quand vous saurez • . que je . . vous ai trompée. [ 3* ) 36 CELINE. Toi, mon frère ! THEOBALD. El . . si je n'étais pas . . votre frère? CELINE, s'éloignant de lui avec vivacité. Çu'entends je! . . Et qui donc êtes-vous? THEOBALD. Son ami, son compagnon d'armes . . ce Théobald. . CÉLINE. O ciel!.. Tenir sous son nom.. surprendre nos secrets!., remplir notre famille de joie . . pour rendre ensuite notre douleur plus amère . . THEOBALD. Une fatale méprise a causé tous mes torts . , Ils sont involontaires. CÉLINE. Et comment le prouver? C'est affreux à vous, monsieur, c'est indigne. Air de CHine. User d'un pareil stratagème! Et moi, cpii, dans rrt entretien, N'ai pas craint do dire .'< lui-même- . . TUKOHALl) , parlant. Comment ? CF.1IKE, se reprenant. Ce n'est pas vrai , n'en croyez rien. THEOBALD. Je perds A la fois votre estime , Et mes droits à votre . . amitié ; Car je vois, tju'exreptc mon crime. Votre coeur a tout oublié. Et si, pour vous justifier à tous les yeux, il ne faut que mon témoignage . . Je vais moi-même publier la vérité. CELINE. Et ma mère! . . ma pauvre mère, à qui cette nouvelle imprévue peut donner le coup de la mort. THEOBALD. Il n'est que trop vrai . . Attendons le docteur que j'ai prévenu, à qui j'ai tout écrit . . Et jusqu'à son arrivée du moins ne trahissez pas ce mystère. MAt^HK Wtttm 37 CELINE, Moi! devenir votre complice! consentir à une pareille ruse! . . jamais. . Et cependant, comment faire} . . si encore je ne le savais pas. THEOBALD, Soumis à vos ordres, je snis prêt à vous obéir • . . Se- rai-je Léon, ou Théobald?. .. Parlez, que décidez-vous? CELINE, Je décide, monsieur ... je décide que je vous déteste, que je vous abhorre. ( Apenmanl /lin,/. ,/<• Lormoy gtri miré,) Dieu! ma mère!... Eh bien, Léon, tu disais donc... THEOBALD, à demi-voix. Vous le voulez? ( Rl.INK. 11 le faut bien ... A condition, monsieur, que vous ne me parlerez pas . . . que vous ne m'approcherez pas . . . Je vous le défends sur l'honneur. Scène XIV. BERNARDET, Mme dè LORMOY, CELINE, THEOBALD. BEKNAIIUKT. Oui, belle-mère, on m'avait mis à la porte .... J'ai été obligé de faire antichambre, et de ine promener de long en large... Pour me distraire, j'ai composé un réquisitoire. Mme DE LORMOY, à Thcobald. Me voilà prête; et tandis que nous ue sommes encore que nous, je t'apporte un présent de ta soeur . . . cette tresse de ses cheveux. CELINE , lias à Théobald. Refusez, monsieur, refuse/,. Mme Du LORMOY. Tiens, Céline, c'est à toi de la lui donner . , . Place-la toi-même à son cou. CELINE. Mais, ma mère .... 38 Mme m LORMOY. Allons donc ... toi, qui t'en taisais une fête . . . . (A Th!„i,al,î.) Incline-toi devant elle . . . {ThttiMU met un g***u à terre,) CELINE, lias a Thc'owaUl en lui passant la tresse our u,rin.) 39 BKKNAKDK1. Voyez -tous comme il est déjà troublé? l'eH'et du Ben liment ! Mme Dp. LORMOV, arrêtant ThrnbaM q«i était déjà A la porto. Non, non, mon fils. . Viens donc. (Kilo ramène Thtobaid, qui, en descendant ta scène, se trouve à sa droite.) CELINE. Je cours au devant d'elle. Mme De LORMOY, la retenant ainsi. Non, vraiment. . Je veux être témoin de sa surprise. . . ( / Thtobald.) TienB-toi-là, à l'écart. . ( / Bernardel.) Cachez- le bien . . qu'elle ne le voie pas d'abord, (stfo fait placer ThèobaU il V' i'urt , il droite , i/c inmiiî'rc i/n'il 9oit COchi par Bernai tli'l. Scène XV. THEOBALD, BERNARD ET, Mme DE LORMOY; LA BARONNE, CELINE.; LA BAHONNK. entrant >i\ement. Ma tante, ma tante. . . Qu'ai-je appris? Serait-il vrai? Mine DE LORMOY. Qu'a-t-elle donc?. . Est-ce que, malgré mes ordres, on t'aurait parlé . . . LA B A BONNE. Non. . je ne sais rien; mais il est une nouvelle qui se répand dans la ville . . et puis, M. lîernardet m'avait donné à entendre. . BKKNAHOUT. Quelques mots au hasard, pour préparer la reconnaissance. I. \ BARONNE. La reconnaissance. . Que dites-vous? Mm* De LQHIrfOY. Eh! oui., je ne veux pas plus long-temps le laisser dans l'incertitude. . je ne veux plus différer ton bouhenr. . Celui que tu aimes, que (u «lois épouser, . . mon lils, mon cher Léon nous est enfin rendu. LA BAHONNK, Ah! je ne puis le croire encore. . . Que je le voie . . . où est-il? 40 Mme Pi; LORMOY. Près de loi. . le voilà . . LA BARONNE. Lui. • Ah! • . (Prêle à lancer dans les liras tle Théobald, elle le regarde, pousse un cri, et tombe sans connaissance dans un fauteuil.) Mine Dr LORMOY. Ah! malheureux! qu'avons-nous fait? «EBNARDET. C'est l'excès «le la joie. THEOBALD. Il faut se hâter de la secourir. BERNARI1ET. Lui faire respirer des sels . . Je dois avoir mon flacon. J'en ai toujours un sur moi, à l'usage des daines qui fré queutent la cour d'assises. Mme De LOIÎMOY. Céline. . chez moi ; . . cette potion que le docteur m'a donnée ce matin. CEL1IVE. Dans votre appartement. . Mme De LORMOV. Non. . là-haut. . CELINE. Oui, maman . . mais où. . je ne sais pas. . Mme De LORMOY. Non. . «on, tu ne la trouverais pas. . C'est là-haut. . J'y vais moi-même. . . restez près d'elle. (JSlh rentre dans son appartement.) BRRRARDKT, peniaat qu'elle son. Belle-inère.. belle-mère . . c'est inutile .. je crois qu'elle revient. . oui . . elle ouvre les yeux. Scène XVI. THEOBALD, BERXARDET, la BARONNE, CELINE. LA BARONNE, revenant à elle. Ah! monsieur. . quel mal vous m'avez fait! ce n'est pas lui. 41 BERNARDET. Que dites-vous? LA BARONNE. Non, ce n'est pas Léon. BERNARDET, à Céline, élevant la voix. Ce n'est pas votre frère? CELINE. Silence. . BERNARDET , passant entre la Baronne et Céline. Je ne me tairai point; car il y a-là un mystère qui devient de ma compétence .. On connaîtra ses projets téméraires. THEOBALD, Ah! monsieur, je n'en avais point. . je m'acquittais d'un devoir. . vous ne m'avez pas donné le temps de în'ex- pliquer. . Votre imprudence et votre indiscrétion ont causé l'erreur de toute la famille. BERNARDET. Et pourquoi ne pas la détruire sur-le-champ? THEOBALD. Le pouvais-je?. . le puis-je encore?. . CELINE. Quand nous venons de voir par elle-même (montrant la Baronne) ce qu'une pareille nouvelle ferait de mal à une mère. BERNARDET. Trouvez alors quelques moyens de le lui apprendre. . . vous-même, à l'instant. . ou je m'en charge. LA BARONNE. Y pensez-vous? BERNARDET. Oui, madame. . je ne laisserai pas plus long-temps, avec le titre et les privilèges de frère, auprès de M»e Céline, qui connaissait la vérité . . . CELINE , avec indignation. Quel indigne soupçon! . . Vous pouvez penser. . THEOBALD. Monsieur! vous m'en ferez raison. BERNARDET. Non, mais je vous ferai un procès en substitution de pesonnes. 42 LA KAKONNK. Taisez-vous. . c'est ma tante . . je crois l'entendre. KKHNAKDKT, remontant la scène. Tant mieux. CKL1NK , l'arrêtant. Monsieur! au nom du ciel!., voulez-vous donc la tuer?.. BEHNAHDRT, à voix liasse, et avec vivacité'. Non. . mais je veux qu'elle sache la vérité . . ("est à vous trois à la lui taire connaître . . je vous donne dix. minutes pour cela . . sinon . . c'est mon état de parler . . . et je parlerai. Scène XVII. THEOI5ALD, la BARONNE, M«« n* LORMOY, qui, pendant, la fin de la scène précédente, eut entrée lentement, BERNARDET, CELINE. M' m ' DE LORMOY, tenant un flacon, Pardon de ne pouvoir aller plus vite à ton secours! . . . Eh bien! . . eh bien!. . je vois avec plaisir que c'est mutile, LA BARONNE. Oui! ma tante. M»»' DE LORMOY, posant le flacon sur la table. Sa présence était le remède le plus sur. . . Eh! mais, comme tu es encore émue! . . (Ikg-ardaiu 77;é«*«A/.) Et lui aussi. (Regardant de même Cllim.) Jusqu'à Céline. . tandis que moi. . Bn vérité, mes enfans, je crois maintenant que c'est moi qui suis la plus forte de vons tous. BERNARDET, bas à Céline. Vons l'entendez. . on peut parler. CELINE, passant auprès île iHmc de Loimoy. Ma mère. . . JYI"ic DE LORMOY. Que me veuvtu, mon enfant? CELINE , à part. Si le docteur arrivait ! BERNARDET, à Mme de tormoy. Mlle Céline avait quelque chose à vous apprendra. 43 CELINE. Moi !. . . «on ; c'est nia cousine. Mme DE LORMOY. J'enteiuls. . quelque confidence qui regarde Léon. LA BARONNE. Oui, ina tante. . Oui! c'est cela même. . et monsieur (./.'«>,'"'"" Thiobald) pourrait mieux que personne. . . M mc DE LORMOY. Eh bien! mon fils, parle. (XWoftoW s'approche de madame de Lormoy, ait lui prend la main,) Eh mais'.. . ta inain est froide et tremblante. . tu détournes les yeux. . . (fleg-ardant tour-à- tour la Baronne et CtHne.) VOUS aussi ! . • Air : l,e Luth galant. D'où vient ici le trouble où je vous vof? Vous gardez tous te silence , . pourquoi ? Vous avez l'air contraint; vos yeux semblent me plaindre; Parlez, je vous écoute, et le puis sans rien craindre, Le malheur désormais ne saurait plus m'atteindre ! Mon fils est pics de moi. RAYMOND , en dehors. C'est bien. . c'est bien. . je les trouverai tous au salon. TOUS , avec joie. C'est Raymond! LA BARONNE. C'est le docteur! CELINE. Dieu Soit loué! (Us vont tous au devant de lui.) Scène XVIII et dernière. CELINE, TIIEOBALD, M"< de LORMOY, RAYMOND, la BARONNE, BERNARDET. Mme DB LORMOY. Venez, docteur. . venez . . vous ('lis de la Camille, el dans ce moment, vous la voyez un peu dans l'embarras. RAYMOND, souriant. Je m'en doute. Mme H IMROr, Je ne sais pas ri- qu'ils oui tous. 44 RAYMOND, de même. Eh bien!. . moi, Je le sais., c'est quelque chose qu'ils voudraient vous dire.. et ils ne savent comment s'y prendre. Mme I)F. LORMOY. Vraiment? RAYMOND. Un pur enfantillage. Mme I1E LORMOY. Ah ! tant mieux . . vous me rassurez. RAYMOND. Nous en parlerons plus (ard, quand nous serons seuls. \A demi-voir.) Cela a rapport à cette letlre, que tantôt votre fils a envoyée chez moi. CELINE «tTUKOBALD, vivement. Et que vous avez lue? RAYMOND. Vous le voyez . • puisque J'arrive à votre secours. Mme DU LORMOY, souriant. J'y suis . . quelques folies de jeunesse • . et on craignait de m'en parler. RAYMOND. Non . ■ c'est l'action d'un digne et honnête jeune homme.. et il en sera récompensé- (itlad. de Lormoy iaemed em un fauteuil eme lui donne Thtobald\ HatpnOHd s'assied etuprie d'elle, et lui prend bras.) Voyons d'abord .. Pas mal . . pas mal. .je dirai même excellent. Mme DE LORMOY, regardant TliculiaM. Je crois bien . . cela va de mieux eu mieux . . à mesure que je le regarde . . Mais, docteur: je suis femme, ce qui veut dire un peu curieuse . . et je voudrais bien savoir tout de suite . . RAYMOND. Je ne demande pas mieux . . nous y arriverons plus tard. Procédons par ordre; car j'ai vu aujourd'hui tant de monde . . j'ai appris des aventures si singulières . . qu'il faut que je vous dise avant tout celle qui vient de m'arriver. CELINE et LA BARONNE. Docteur, de grâce . . RAYMOND. Ah! vous savez que nous autres médecins, rous savons 45 toujours des histoires à raconter . . ce sont les trois quarts tle la visite . • il n'en faut plus qu'un quart pour le talent. . et encore . . {A Mmi. de larmtfi) A moins cependant que cela nu latigue la malade. M'»" DE I.0RMOT. Non, docteur . . je vous l'assure. RAYMOND. Il faut alors que le pouls reste comme il est . . car à la moindre pulsation un peu vive . . je m'arrête. et vous en serez fâchée, parce que c'est une anecdote curieuse, et surtout véritable . . Je l'atteste, quoique la scène se passe à Bordeaux. Mme DE LORIUOY et LES AUTRES. Mais voyons doue, docteur, voyons donc. RAYMOND. Ah! vous êtes tous pressés! . . Eh bien donc, mes amis . . quoique Racine ait dit quelque part : Et l'avare AchcVon ne lâche point sa proie, je soutiens qu'il a tort . . Nous avons vu des gens en revenir . . rarement, il est vrai; surtout nous autres docteurs . . mais enfin, c'est possible. M'»e DE LORMOY. Témoin, mon fils, que nous avons cru mort, et que voilà. RAYMOND. Ah! bien oui, votre fils! ce n'est rien, rien du tout . . Vous en conviendrez vous-même, quand vous m'aurez entendu. CELINE, has. 11 me fait trembler. BERNARDET, i part. Il y arrive enfin. . Mina.) Eh bien, docteur? RAYMOND. Eh bien . . Je venais de rentrer chez moi, ofi l'on m'avait remis cette fameuse lettre, dont nous parlerons pins tard . . J'achevais à peine de la lire, lorsqu'un jeune homme descend vivement l'escalier, se précipite dans mes bras, et me serre dans les siens, de façon à in'étoufFer . . „Mon „ami, mon père! c'est vous que je revois. . Vous voilà donc „enfiu . . Depuis ce malin que je vous attends chez vous." 46 BKRNARDET. Comment! c'était! . . RAYMOND. Ui> ancien malade à moi . . un client . • votre jeune homme de ce matin. Mme I)K LORMOY, riant. Celui de Montauban. RAYMOND. Précisément.. Je savais bien que la rencontre vous étonnerait . . Il arrivait, en effet, de Montauban; mais il venait de plus loin . . de Russie. Mme DE LORMOY. Comme mon fils- RAYMOND. D'où il n'avait échappé que par miracle; car ses compagnons d'armes eux-mêmes l'avaient cru inort. . . Aussi il brûlait du désir de revoir sa iàmille, sa jolie fiancée, et surtout d'embrasser sa mère. Mme De LORMOY, â Théobald. Comme toi, mon ami. RAYMOND. Et c'est chez moi qu'il était descendu d'abord, pour me prier de me rendre chez elle, et de trouver quelque nioven adroit de la préparer-peu-à peu à un retour aussi extraordinaire. Mme DE LORMOY. Il me semble, docteur, que rien n'est plus aisé. BRRNARDKT. En effet . - RAYMOND. Point du tout . . Et c'est-là que l'histoire se complique.. Ma mission était d'autant plus difficile, que sa place était déjà prise- TOUS. O ciel! CHL1NK RT THKORALD. Ç)ue dites-vous? LA BARONNE, dans U plus grund trouble. Quelle idée? 47 RAYMOND, froidement. Ce n'est |>;«s une idée ■ . Sa place, «lans la maison pa- ternelle, étaî| réellement occupée . . BKRNARDKT, regardant Tnéohald. Par un imposteur? RAYMOND , le regardant aussi. Non - . par uu ami qui lui est bien cher . . qui deux fois lui a sauvé la vie . . Un ami, qu'une inéprise involontaire a jeté au sein de sa famille . ■ dans les bras d'une mère • . et qui n'ose s'en éloigner de peur qu'une émotion funeste . • I Prt*au\ ir bras