Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 20. LE COUSIN FRÉDÉRIC, •"^ ou LA CORRESPONDANCE. COMÉDIE - VAUDEVILLE EN UN ACTE. FAK MM. EMILE, ET. ARAGO et ALEXANDRE. Prix: 10 Sgr. WWLWq chez Ad. Mt. Schlesinger, Libraire et Éditeur de Musique, unter dcn Linilen No. 34. 1 8 2 9. Personnages. Acteurs. DE NEUBOURG, diplomate retiré..... Mr. DVRVISSEL. AMÉLIE, sa femmo.......... Mad. BR1CB. PAULINE, soeur d'Amélie........ Mlle. LANCESTRE. FRÉDÉRIC DE MORNAC, cousin d'Amélie et de Pauline, officier de hussards . , . Mr. DRLCOVR. TOINETTE, fille de jardinier....... Mlle. LEMERY. L'action se passe chea M. de Neubourg. Les indications sont toutes prises à la droite de l'acteur. IMPRIMERIE de Tu. Vf. KRAUSE, Adlcr-Strassc Nr. 6. Le théâtre représente une portion de jardin, fermée par un mur. Dans le fond, et au milieu, une petite porte verte. A droite, un pavillon. Scène I. PAULINE, AMELIE, entrent à gauche. (filles sont censées revenir de la promenade.) AMELIE. Allons, il y a tout à présumer que mon mari se sera arrêté en chemin. . Je croyais, en dirigeant notre promenade de ce côté, le rencontrer sur la grande route; mais ses affaires l'auront probablement retenu quelques heures de plus qu'il ne le croyait. PAULINE. Impatience très-flatteuse pour un mari de quarante-cinq ans. AMELIE. Ma chère Pauline, M. de Neubourg mérite tout mon attachement; il est bon, plein de franchise. PAULINE. Oui . . depuis qu'il a quitté la diplomatie. AMELIE. Son esprit est gai . . son caractère excellent. [ 1* ] 4 PAULINE. Tu prends ton bonheur en patience . . . c'est fort bien; mais, Amélie, est-ce que quelquefois, là . . quand tu es seule . . tu ne regrettes pas ce pauvre Frédéric? AMELIE. Frédéric ne m'eut peut-être pas rendue aussi heureuse. PAULINE. A cause de sa mauvaise tête . . Ah! elle me faisait peur aussi !.. Je me rappelle encore ses adieux . . Ma cousino, te disait-il en relevant ses moustaches, je pars pour l'armée ; l'honneur et mon devoir l'ordonnent . . je vous serai fidèle; mais si vous trahissiez mon amour . . j'ai-Ià d'excellens pistolets . . il me faisait frémir . . et ma mort suivrait de près votre perfidie . . Et malgré cela tu t'es mariée! et tu as eu le courage de le lui apprendre ! . . AMELIE. Je ne crois pas beaucoup à ces grands désespoirs d'amour. PAULINE. Un militaire . . cela se tue pour un oui, pour un non. AMELIE. Je lui devais d'ailleurs la connaissance des motifs qui m'avaient décidée à épouser M. de Neubourg: moi seule je pouvais lui apprendre qu'une mère mourante, désespérée de nous laisser sans fortune, sans protection, m'avait suppb'ée de recevoir de sa main un guide, un appui; cette lettre fut la première et la dernière qu'il reçut de moi; dans le commencement, je te l'avoue, le silence qu'il a gardé m'avait un peu inquiétée . . Mais en y réfléchissant bien, je n'ai pas tardé à me convaincre qu'un peu de dépit ... de colère l'avaient jusqu'à présent empêché de me répondre. PAULINE. Va, ce n'est pas ta faute s'il n'est pas arrivé quelqu'ac- cident fâcheux. 5 Scène II. AMELIE, PAULINE, TOINETTE entrant à droite. TOINETTK, accourant. Marnsell', main . . Pardon, mesdames! AMELIE. Qu'est-ce que c'est? TOINETTE. Dame! c'est une nouvelle . . une fameuse! il est là • . Scène XI. NEUBOURG, puis FREDERIC. FREDERIC. Ouf ! je n'en puis plus . . ce parc est d'une longueur . . je ne l'avais jamais trouvé si grand. NEUBOURG. Monsieur vient de le parcourir? FREDERIC. Deux fois, en long et en large: rien que cela. Jolie promenade militaire. NEUBOURG. Oh! alors vous devez être fatigué! FREDERIC. Amélie n'était déjà plus à sa toilette, on la croyait dans le parc . . j'y ai couru , . je l'aurais bien demandée aux échos . . mais il n'y a pas d'échos dans le parc. NEUBOURG. Elle sort d'ici à l'instant. FREDERIC. Et vous ne m'avez pas fait prévenir . . ce n'est pas d'un bon voisin. NEUBOURG. Je vous avoue que je n'y ai pas pensé. FREDERIC. Elle vous a parlé de son cousin Frédéric. NEUBOURG. Beaucoup. FREDERIC, eatiotuiatmi. Femme charmante! ta constance sera récompensée. NEUBOURG. Mais, si je l'en crois, son cousin se flatte un peu. FREDERIC. C'est qu'elle se sera défiée de vous . . elle ne vous a pas tout dit. 17 NEUBOURG. ' Amélie n'a rien de caché pour moi, je suis son meilleur ami! FREDERIC. Il y a des choses qu'une femme ne dit pas même à son meilleur ami. NEUHOURG, Ne serait-il pas plus naturel de penser que le temps et l'absence ont produit sur Amélie leur effet ordinaire et amené quelques modifications dans ses sentimens? .. Les promesses s'oublient, verba yolant. FREDERIC. Oui, mais scripta manent. NEUBOURG, surpris. Comment, scripta? FREDERIC. Oui, monsieur, scripta.. Ce latin-là est français, j'espère. NEUBOURG. Vous avez des lettres d'Amélie? FREDERIC. Des lettres . . charmantes . . du Sévigné. NEUBOURG. Il est impossible que mademoiselle de Revenues se soit oubliée . . FREDERIC. Oubliée! en écrivant à son mari? . . {Mouvement tic m. île Neubourg.i Je sais bien que je ne le suis pas encore . . mais de loin, c'était la même chose pour elle. Air: Dans un castel etc. Pendant trois ans qu'a duré mon absence , Toujours fidèle au plus cher de mes voeu*, Je me livrais à la douce espérance De voir l'hymen nous unir tous les deux. Loin du séjour de cette âme angéliquc, En me créant un bonheur idéal, .Te débutais par l'amour platonique Pour arriver à l'amour conjugal. J.e Cousin Friiliric. [ 2 ] KS NEUBOURG. Je ue croirai jamais à cette correspondance. nmuc Prenez partie, vous me poussez à bout. IVBUBOURG. J'ai de grandes raisons pour douter de l'existence de ces lettres. WIMIM1. Eh bien! vous les verrez . . Avec vous, c'est sans conséquence. . mais soyez discret, je ne les ai encore montrées qu'à mou chef d'escadron et à deux officiers de mon régiment qui s'occupent de littérature. NEUBOURG. Je serai enchanté d'être puni de mon incrédulité ! FREDERIC. Vous le serez. NKUBOURG. Çuand? FiiEDFRIC. Le temps de défaire mon porte-manteau; ces lettres-là ne me quittent jamais . . c'est un talisman. NEUBOURG. Ainsi, dans une heure ? . . FRRDFRIC. Dans une heure, soit. NEUBOURG. Ici? FREDERIC. Ici . . Je ne suis pas fâché de l'occasion. Il y a longtemps que je ne les ai vues . . nous les lirons ensemble. NEUBOURG, avec un rire forci. Cela ine fera infiniment de plaisir. FREDERIC. Vous admirerez la fraîcheur des pensées, la délicatesse du style . . Notre gros-major, qui lit Voltaire, «roulait que ) p les fisse imprimer . . avant mon mariage, fi donc ! Ah. ça, l'.t vous voyez combien je tiens au plus grand secret! . . ainsi, dans une heure; ici . . tous deux . . sans témoins . . NEUBOURG. Dans une heure, je serai exact au rendez-vous. ; // sort à gauche.) Scène XII. PAULINE, FREDERIC. (Pauline dans le pavillon a entendu les dernirres phrases; elle reste sur les marches de la porte.) PAULINE, n part. Sans témoins . . ici . . . dans une heure . . FREDERIC. J'ai peut-être eu tort de în'avancer ainsi avec le voisin; mais c'est lui qui m'a provoqué, moi je suis sur de mon fait . . Allons lui donner satisfaction. PAULINE, s'avançant. Non, monsieur la mauvaise tête, vous n'irez pas. FREDERIC. Pauline ! PAULINE. J'élais-là . . et je semble y avoir été amenée tout exprès pour vous empêcher de faire une sottise. FREDERIC. Une sottise . . (A part.) Elle s'exprime avec une grâce • . on dirait un compliment . . {Haut.) Ma jolie cousine, j'ai donné ma parole . . d'ailleurs il n'y a rien à craindre . . c'est un honnête homme ! PAULINE. Eh bien! monsieur, est-ce une raison pour le tuer? FREDERIC, ilonnl. Pour le tuer! PAULINE. Oh! j'ai bien entendu . . dans une heure . . sans témoins . . N'avez-vous pas de honte . . à peine arrivé, vous battre . . et avec qui? . . avec le mari de ma soeur. t 2* ] 20 FREDERIC , au comhlc de la surprise, Ou'est-ce que vous dites donc ? PAULINE, effrayée. Ah ! mon Dieu . . et moi qui lui ai appris cela sans mé- nagemens. FREDERIC. Avec le mari d'Amélie . . Amélie est mariée? PAULINE. Ce n'est pas sa faute. FREDERIC, e» colère. La perfide! et quand j'arrive ici plein de son image, ne vivant, ne respirant que pour elle . . PAULINE, à pari. Heureusement il n'a pas ses pistolets. FREDERIC, se calmant tmtt-à-coup. Elle est mariée !.. Oh ! les femmes, les femmes ! PAULINE. Il se désespère tranquillement, comme un homme raisonnable. FREDERIC. Et . . à quelle époque . . ai-je été trahi, sacrifié par Amélie? . . Faut-il le demander? depuis la dernière lettre qu'elle m'a écrite. PAULINE. Non, mon cousin . . c'est avant la première. FREDERIC, stupéfait. Avant! . . . Alors, pourquoi me le cacher en m'écrivant? PAULINE. Pourquoi? . . N'aviez-vous pas promis de vous tuer si ma soeur se mariait . . Le moyen alors de vous dire la yérité? Air tle héocadie. En apprenant cette nouvelle , Dites-moi, ne pouviez-vous pas Vouloir toujours mourir pour elle ? Mon cousin, (juel coeur assez lias Aurait causé v otre trépas ] Du noeud ipii liait Amélie, 2i Si l'on vous a fait un secret, On voulait vous sauver la vit;; Et voilà . . oui, voilà tout ce qu'on voulait. FREDERIC. Non, non, Pauline, ce motif n'a point été celui de votre soeur . . 11 y aurait eu-là quelque générosité . . tandis qu'il n'y en a point dans ces lettres . . Oh ! je les sais par coeur.. les premières étaient effectivement froides . . embarrassées . . on voyait que la main qui les écrivait n'était point familiarisée . . avec une semblable correspondance . . (ici Pauline laisse les yai/r.) Mais peu-à-peu cette contrainte a disparu, son langage est devenu plus amical, ses lettres moins sérieuses, plus tendres; il y régnait un mélange d'esprit, de candeur^ de sentiment, et tout cela si naturel! . . Ah! si vous connaissiez sa correspondance, c'est à se mettre à genoux devant . . ta mienne était brillante, j'en conviens; aussi ces maudites lettres m'ont rendu mille fois plus amoureux; j'étais d'une sécurité ! . . d'une fidélité . . quand je pense que j'ai refusé la nièce du préfet. PAULINE. Comment, Monsieur, vous auriez été capable d'épouser?.. FREDERIC, comme frappe par un souvenir. Et moi qui ai été me vanter de ces lettres ù M. de Neu- bourg ! PAULINE. Vous avez osé . . FREDERIC. C'est sa faute . . il a voulu faire de la diplomatie avec inoi . . mais ce n'est encore rien . . Il m'a tellement poussé à bout que j'ai promis de les lui montrer. PAULINE. Vous n'en ferez rien, n'est-ce pas, Frédéric . . si vous avez quelqu'ainitié pour moi?. . Vous ignorez tout le chagrin que vous me causeriez. FREDERIC. Air: Faisons la paix. (MAISON DU FAUBOURG.) On se taira, tâM ittO Mais c'est pour vous seule, Pauline ; A vos voeux on obéira; Et puisqu'un éclat vous chagrine On se taira. 22 PAULINE , « part. 11 se laira. De cette imprudence funeste Aucun ne me soupçonnera, VA mon secret encore me reste; 11 se taira. FREDERIC. Comptez sur ma parole . . (A part.) Me voilà guéri de l'amour pour toute ma vie . . Au moins jusqu'à ce que . • Regardant Pauline.) Ne jurons de rieil . . (// sort par la droite.') Scène XIII. PAULINE, seule. Ah! Pauline . . uii seul mot t'a fait connaître tous les dangers de cette fatale correspondance; c'est surtout ù présent qu'elle doit rester ignorée . . Air : J'en guette un petit de mon âge. De cet amour si profond et si tendre, Mon jeune coeur ignorait le pouvoir; J'en ai parlé d'abord sans le comprendre ; J'en aurai pris, hélas! sans le savoir. Il se plaignait, c'était-là sa coutume; Je ne voulais que rassurer son coeur; Mais j'oubliais, en parlant pour ma soeur, Que c'est moi qui tenais la plume . . Je mourrais de honte et de regrets, si l'on parvenait à découvrir ce mystère, fausse sortie.) Ah! te voilà, Toinette. Scène XIV. PAULINE, TOINETTE. TOINETTE, entrant par la gauche. Oui, Mamselle, avec le paquet. PAULINE. Vite, vite au feu . . il faut que tout cela disparaisse à l'instant. 2.5 TOINETTE. Comment! ces jolies petites lettres? PAULINE. Mon repos est attaché à leur destruction . . Toinette, songes-y bien. TOINETTE. Votre repos, oh! bien elles sont flambées. (Pauline sort vivement à droite.') Scène XV. TOINETTE, seule. Ah! si la femme à Pierre Leroux avait eu cette précaution de brûler les lettres de sou cousin le brigadier, il ne lui serait pas arrivé malheur; mais il y a des gens comme cela, qui s'imaginent que l'amour ne peut avoir des suites bien dangereuses. Air: Que d'êtablissemens. On peut se parler sans témoins; Mais s'ccrir, c'est bien autre chose. Un' lettr' se perd malgré vos soins, Quelqu'un la r'trouve et puis on glose. Moi j'aimerais mieux, d' peur des jaloux, Au lieu de recevoir un' seul' lut ire, Donner chaque jour vingt rendez-vous; 11 ne faut pas se compromettre. Ah! mon Dieu, voilà monsieur le comte. (Elle passe te paquet de lettres derrière elle$ en voulant le cacher , elle eu laisse tomber une partie et elle étend son tablier pour les couvrir.) Scène XVI. NEUBOUHG, TOINETTE. NEUBOUKG, entrant à droite. Çue fais-tu-là ? TOINETTE. Monsieur le comte, je me promène. 24 NEUBOURG. Vas te promener ailleurs. TOINETTE, sans bouffer. Oui, monsieur le comte. NEUBOURG. Est-ce que tu ne m'as pas entendu? TOINETTE, Si fait, monsieur le comte. NEUBOURG. Eh bien ? TOINETTE. C'est que je réfléchis sur l'endroit que je veux aller. NEUBOURG. Vas-t'en an diable. TOINETTE. De quel côté que c'est-il ? NEUBOURG. La patience m'échappe . . Tu vois bien que je veux être seul . . ainsi fais-moi le plaisir . . (// la déplace.") Qu'est-ce que c'est que cela? TOINETTE. Ça, c'est des lettres. NEUBOURG. Ramasse-les promptement. (// veut VaîJer.) TOINETTE. Laissez-donc, monsieur le comte • . ne vous fatiguez pas, c'est des lettres d'amoureux, ce n'est pas votre aflàire, c'est la mienne. NEUBOURG. La tienne! TOINETTE. Oui, c'est pour moi. NEUBOURG. Pour toi? tu ne sais pas lire. (// tn prtwii une.) Ciel! . • A mademoiselle Amélie de lîévennes! . . (Ouvrant.) Frédéric! . . (Avec colère.) RépOlldcZ-doilC ! 25 TOINETTE, tremblante. Oui, monsieur le comte. NEUBOURG, se remettant. Interroger cette fille, compromettre Amélie! non . . Im- prudente ou coupable, n'exposons pas celle qui porte mon nom à rougir devant ses gens. (A Toinette.) Eh bien! qu'est-ce encore? . • qu'attendez-vous? TOINETTE. Monsieur le comte m'a dit : Répondez . . j'attends qu'il m'interroge. NKUBOURG, tranquillement. Sont-ce-là tontes les lettres ? TOINETTE. Oh ! il n'en manque pas une . . vous pouvez vous fier à moi . . Quand une fois je garde une chose. NEUBOURG, froidement. Dites à la personne qui vous a remis ces lettres, que je la prie de se rendre ici . . sur-le-champ. TOINETTE. Faudra-t-il lui expliquer comme quoi c'est plus moi qui les., NEUBOURG, vivement. Un mot de plus, et je te chasse. TOINETTE. Merci , monsieur le comte . . (En sortant.) Allons trouver mademoiselle Pauline, elle a de l'esprit, elle se tirera de là . . La femme à Guillou s'en est bien tirée. (Elle sort à droite.) Scène XVII. FREDERIC, NEUROURG. FREDERIC, entrant à droite. Comment! . . déjà ici . . monsieur? NKUBOURG. A mon âge on n'a pas de temps à perdre . . et je suis sûr . . qu'à ma place . . vous seriez impatient de voir ces lettres charmantes. 26 FREDERIC. A ma place, vous seriez fort embarrassé de les montrer. NEUBOURG. Embarrassé ! . . Souvenez-Tous de votre promesse. PREDERIC. Il faut être franc . . ce que je vous ai dit est faux. NEUBOURG. Faux ! FREDERIC. Piqué de votre incrédulité, l'amour-propre, la vanité s'en sont mêlées . . Un lieutenant de hussards n'est pas obligé d'être parfait . . J'ai eu tort, j'en conviens, je ne crains pas de l'avouer; je le dis hautement . . ma cousine Amélie ne m'a jamais écrit. NEUBOURG. Jamais l . . Vous en êtes bien sur. FREDKHIC. Si j'en suis sur! . . Je voudrais bien que quelqu'un osât me soutenir le contraire. NEUBOURG. Puisqu' Amélie ne vous a pas écrit, comment se tàit-il que vous lui ayez répondu. FREDERIC, Moi, monsieur! ah! par exemple! NEUBOURG. Voici vos réponses. FREDERIC. Mes . . NEUBOURG. Vous êtes interdit? . . FREDERIC. Interdit! . . (,/ part.) Je ne sais plus que dire. ( / m. ■/« Neubourg.) D'abord, monsieur le comte, de qui tenez-vous ces lettres? NEUBOUBG. C'est mon secret. 17 FREDERIC. En ce cas, c'est une trahison . . ce n'est plus «le la diplomatie. NEUBOURG. Ces lettres sont-elles de vous? sont-elles adressées à mademoiselle de Révennes? répondez . . j'agis franchement. FREDERIC. Je vois qu'il n'y a plus moyen de rien vous cacher; vous voulez connaître la vérité. (4 part.-) Vite un mensonge. NEUBOURG. Je vous écoute. FREDERIC, avec emphase et embarras. L'adresse de ces lettres ne prouve qu'une chose, l'amitié, le dévouement de ma cousine . . car, monsieur, ces lettres n'étaient point pour elle, elles ne sont pas même de moi, ce qui est bien plus fort . . Amélie s'était liée en pensiou avec une jeune personne charmante . . vous me permettrez de vous taire son nom, ce n'est pas mon secret . . si s'était mou secret, vous savez bien . . Or, retenez ceci. . cette jeune personne était aimée . . adorée d'un officier de mon régiment . . un ami intime, qu'une blessure au bras droit retenait dans son lit . . Vous me suivez bien? . . Dans cette circonstance je lui ai servi de secrétaire . . . c'est une chose toute simple . . vous en auriez fait autant à ma place . . Ma cousine, sous le couvert de laquelle ces lettres étaient adressées, les transmettait à la jeune personne, qui, de son côté.. Nous n'étions pour rien dans cette affaire ; ce n'était pas pour elle, ce n'était pas pour moi, et voyez, monsieur, comme le hasard peut envenimer la chose la plus innocente; un peu de fanfaronnade de ma part, beaucoup de crédulité de la vôtre, pouvaient faire naître des soupçons . . qui, heureusement, ne pouvaient pas tenir contre une explication aussi franche et aussi claire. NEUBOURG. Mais, monsieur, je ne vois pas cette explication . . FREDERIC. Je vous la devais, monsieur, et je n'aurais pas quitté le château sans avoir rempli ce devoir. NEl'ROURG, ttOtmt. Quitter ce château ! 28 FREDERIC. Une affaire imprévue . . un ordre