Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 9. LE PAYSAJV PERVERTI, o u QUINZE ANS DE PARIS. PIÈCE EN TROIS JOURNÉES, Par M. T H É A U L 0 A. Représentée pour la première fois sur le Théâtre royal à Berlin, le Mai 1829. PRIX: 25 ggr. 6 Vf. sais mot sr a Chez Adolphe Martin Schlesinger, Libraire et Éditeur DE MUSIQUE, tinter tien Lindcii No. 34. 1829. Persosnages. Acteurs. AUGUSTE GERVAIS (20 ans)....... Mr. ISIDORE. GERMONT, notaire (57 ans)....... Mr. DVRVISSEL, ROBERT, second clerc île notaire (25 ans) Mr. jlhlX. GRIVKT, garçon de cale (19 ans) .... Mr. FRANCISQUE. Mme. de ST.-ANGE, jeune veuve (26 ans) Mail. RRICE. JUSTINE, orpheline, cousine de Gcrvais (15 ans) ................. Btlh. LJNCESTRB. Un Garçon db l'Hôtel. Un Dombstiouk. La scène se passe « Paris, en 1812. IMPRIMERIE ds L. W. KRAUSE, Ailler - Strasse No. 6. PREMIERE JOURNEE, L'HERITAGE, COMÉDIE. &e Théâtre représente une place isolée; une belle maison à droite, avec des panonceaux. — Vu banc sous des arbres. — Un café à gauche. Scène I. ROBERT, CRI VET. (Robert entre par la gauche ; t7 a sous le Iras un portefeuille de notaire. — Grivet entre par la droite. ) GRIVKT- Bonjour, M. Robert. ROBKRT. Tiens, c'est toi, mon garçon? D'ofi viens-tu comme ça? GR1VKT. I>e mettre à la loterie trois numéros que notre bourgeoise a rêvés. ROBERT. Ah! ah! tu joues à la loterie, toi? KHIVKT. Pourquoi pas? . . (Ans) Vous jouez bien au trente-un, vous? liOBKRT, l>as. Veux-tu bien te taire . . Mais moi, c'est bien différent! as donc de l'argent de reste? . . GRIVKT. Au contraire: quand je viens de la loterie, il ne m'en •"este plus du tout. Tous mes appointemens y ont passé ce ' nois -ci.. Je nourris trois extraits.. Si je peux les attraper, 4 ça me fera un terne sec, et alors, ma foi, je dis adieu au service; et en avant les plaisirs!.. Oh! Dieu, si je pouvais seulement gagner... quinze-cents francs! comme je m'en donnerais!.. Le bol de punch tons les soirs... la contredanse tous les dimanches, et le mélodrame trois ibis par semaine!., car le spectacle, M. Robert, le spectacle!., il n'y a que ça pour dégourdir un jeune homme. ROBERT. Biais il me semble que tu es déjà assez bien dégourdi comme cela; voilà trois mois à peine que tu es arrivé de ta petite ville de Gisors... GRJVET- F.n Normandie... Vous dites ça pour me flatter... parce que vous êtes de mou pays; mais je ne m'alnisepas! je sens bien que je suis encore dans les arriérés... Le moyen de se former, quand il faut rester du matin au soir dans un café... à servir les pratiques... Vous me direz que nous avons-là tous les journaux de Paris; c'est vrai... c'est instructif, les journaux! mais il se trouve que mes parens ont oublié de m'appreudre à lire. ROBERT. C'est un grand tort qu'ils ont cu-là... et depuis que vous êtes à Paris... vous auriez dû vous-même... CRU ET. Je l'ai bien senti, et je voulais apprendre... Mais, après tout, à quoi ça sert, les livres?.. Vous qui êtes' savant, en êtes-vous plus riche? ROI5F.RT. Il a parbleu raison... Ah! mon pauvre Grivet... la fortune est si capricieuse, si bizarre. GRIVBT. Est-ce qu'elle vous a fait quelque chose, la fortune? ROBERT. Au contraire!., et c'est la précisément ce dont je nie plains!.• La fortune est comme ces femmes coquettes q'" rendent heureux tout le monde, excepté l'amant qui en est le plus digne! Tu es de Gisors, n'est-ce pas? GRIVET. Né natif. ROBERT, Tu dois avoir entendu parler de la famille Gervais! 5 GRIVET. La famille Gervais!.. de Marville... un petit village à côté de Gisors... oh ! oni, je m'en souviens ; le père Gervais habitait une petite ferme.. où nous allions tous les dimanches voler des oeufs et des pommes! . . en avons-nous volé!.. Il me semble que je vois encore le père Gervais qui nous poursuivait avec une gaule . . c'était un lier homme, et qui avait une fière santé . . il est mort l'année dernière. ROBERT. Oui; H laisse un fils. GRIVET. Auguste Gervais .. un bon enfant !.. un joli brun.. mais bête . . il devait épouser la petite Justine . . une orpheline qu'avait recueillie la tante de Gervais. . une brave femme, qui portait joliment ses soixante - quinze ans. . elle est morte aussi. ROBE «T. Auguste Gervais avait un oncle? GBI VET. Je sais bien.. le frère de son père !.. un mauvais sujet «le Normand, qui était parti avant la révolution, pour aller faire fortune en Amérique! . . Ils croient tous qu'il n'y a qu'à s'embarquer.. et puis à revenir.. avec des millions. ROBERT. L'oncle d'Auguste ne reviendra pas, car il n'existe plus. GRIVET. Encore un de inoït !.. Dites donc, je ne voudrais pas être de cette famille-là, moi; et vous? ROBERT. Moi, j'en voudrais bien être, car le neveu de Gervais hérite de cinq cent mille francs. GRIVET. Cinq cent mille francs?., pas possible. IM)BERT. C'est ma foi bien vrai ! les papiers de la succession et les fonds sont déjà arrivés chez le notaire. GRIVET. Votre patron! . . vous devez le savoir de la première '»aiu!.. Comment, le petit Gervais a fait un si bel héritage! ■Ut-a avoir du bonheur? dire que je m'amuserais si bien, 6 moi, si j'avais tant d'argent que ça . . j'aurais une loge à l'année au mélodrame . . je ne suis pas jaloux, mais ça me chiffonne! j'aimerais mieux que ce fut moi que lui! ROBERT. Je te crois sans peine; mais Auguste sera plus content que ce soit lui que toi. GRIVET. Vous croyez,? . . il est bien simple, le petit Gervais; ça ne sait pas la valeur de l'argent . . ça ne connaît pas du tout Paris. ROBERT. Il le connaîtra bientôt . . on lui a écrit; et nous l'attendons aujourd'hui même. GRIVKT. Vous l'attendez? . . ah! ah! c'est un pays; je serai bien aise de le voir . . c'est justement aujourd'hui mon jour de sortie . . ça se rencontre bien . . Je vous salue, M. Robert. KOliKRT. Adieu, mon garçon. GRIVET, A part. Comment! Auguste Gervais a hérité de cinq cent millo francs? . . je vais porter un habit en gage, pour mettre cent sous sur le quaterne. (// sort.) Scène IL ROBERT, seul. Oui, mon projet est bon! il faut absolument voir ce jeune paysan, et lui parler, avant qu'il se présente A M. Germont • • Il doit être crédule, sans expérience! il ne connaît personne à Paris.. il aura besoin d'un ami.. il vaut encore mieux que ce soit moi qu'un autre . . je ne lui donnerai que de bons conseils du moins! . . Si je savais par quelle diligence il arrive! . . c'est que je me sens un penchant décidé pour ce jeune homme, moi . . je crois que nous sympathiserons ensemble . . je m'ennuie d'ôlre second clerc de nolaire! . . et* 6 toujours la . . à la minute . . aux ordres du patron . • *'t «lu maître, clerc, quelquefois plus exigeant que lui • • avec ça» pas «l'espoir d'acheter jamais une Aude . . il iaut tant d'argent à présent!.. Allons, Robert, un peu d'adresse; RrfsonS- UOOS «le ce jeune homme un ainî . . en nous rendant indiS- 7 / pensable A son bonheur... On a vu tant «le gens spéculer sur l'amour et sur l'hymen, qu'il ne ;i g'apprêtait à me dicter son testament, j'ouvre le l'°Mefeuille de M. Robert, et j'y trouve . . Le voici! . . point Ue faiblesse! . . 16 Scène XI. GERMONT, ROHERT. ROBKRT. Vos ordres sont exécutés, Monsieur; j'ai conduit le jeune Gervais à l'hôtel que vous lui avez choisi.. il a voulu quitter ses habits de voyage avant de se rendre chez vous, (i pari.) C'est un jeune homme charmant, et d'une docilité!., je suis presque déjà son intime! ■ • il m'a touché dans la main. GERMONT. M. Robert.. ce portefeuille est bien le vôtre.. c'est bien celui dont vous vous servez habiluelleineut? ROBERT. Oui, Monsieur. ( « part. ) Pourquoi me fait - il cette question ? GERMONT, prenant dan9 le portefeuille une poignée de cartes de martingale. Pourriez-vous me dire alors, ce que signifient ces cartes de rouge et noire? . . ROBERT, à part. Mes martingales! . . oh! quelle école. GERMONT. Vous vous taisez, Monsieur? ROBERT. Moi, Monsieur; je puis vous protester. . GERMONT. M. Robert, épargnez - vous la peine de chercher un mensonge . . j'ai l'expérience des hommes et des temps; je sa' 9 que la jeunesse de nos jours est possédée du désir de devancer l'époque où la fortune sourit enfin à l'homme, et devie' 1 ' la récompense de son travail.. Jusqu'à présent j'avais mis, s" 1- le compte de votre zèle, les longues absences que vous fait« s journellement de mon étude. . ces cartes infâmes m'éclaire»' tont-à-coup . . et les chances diverses que j'y vois si scrup»" leusement inarquées, m'annoncent assez que le jeu est l )0,,r vous une occupation sérieuse et réfléchie. . Vous ne po» v plus rester chez moi! . . ROBERT, '• part. Ciel! (.àavi.) Monsieur. . GERMONT. Vou» allez me faire vérifier votre livre? vous vous trou- 17 blez, M. Robert . . Eh ! bien . . non . . je ne veux pas descendre plus avant dans le secret de vos erreurs .. j'en accepte toutes les suites jusqu'à ce jour; mais ne rentrez plus chez moi! . . Je ferai porter vos effets à l'adresse que vous m'enverrez . . et si vous laites jamais un retour sur vous-même.. si vous êtes un jour réellement guéri, revenez, revenez me voir. . . Mais un joueur! M. Robert, un joueur! point de VÎtàA lmit lHi! (Il rentre.) Scène XII. KOIÎKRT, seul, après un moment île silence. Maladroit! . . aller oublier que j'avais mis hier ces martingales dans mon portefeuille de course . . L'arrivée de ce jeune paysan me fait perdre la tète aussi, (te promenant us me croyez sincère, vous, je un- moque «le («mis les méchans Propos, je nie sacrifie à vos intérêts. \ mis avez besoin d'un guide à Pans; je vous en servirai... Justement, je suis eu disponibilité : depuis que je vous ai quitté, j'ai donné ma «émission. GERt Aïs. Qu'est-ce donc que cela? ROBERT. C'est-à-dire «pu- je ne suis plus en place, Le caractère «le M. Germont et le mien ne sympathisent pas, et alors je l'ai remercié» •SERVAIS. M. Germont me parait pourtant un brave homme... d'après ses lettres. ROBERT. Oh! c'est un homme parlait... c'est la probité même. uehvai.s. Vous nie conseillez donc de lui laisser mes fonds? HOHKHT. Ils ne peuvent être mieux «pie dans SOI mains... à moins 'in'ils ne soient dans les vôtres. GER\ AÏS. Dans les miennes?., tant d'argent! qu'est - C€ «pie j'en ferais ? ROBERT, Sûrement! c'«!sl embarrassant... du moins ça vous parait conune cela, parce «pu; vous ignorez qu'à Paris il > a une. '""le de moyens ingénieux «le faire travailler soi-même*... s, ' s 'apiiaux.,. Mais «m vous expliquera cela plus tard; ' essentiel maiulenant est d'entrer en possession de vos rentes, ,;l "le VOUS Ton..... un peu aux usages du grand inonde. 20 GRAVAIS. Moi, M. Robert?., jamais je ne pourrai... ROBERT. Il le faudra bien cependant. Que diable vondriez-vons faire de vingt-cinq mille francs par an, avec cette tour- nurc-là? GREVAIS. Je comptais acheter la belle ferme de Marville qui vaut trois cent mille francs, et la faire valoir pour mon propre compte. ROBERT. Ce projet, permettez-moi de vous le dire, n'a pas la moindre apparence «le raison... Votre excellent père, qui était laboureur, travaillait pour vous enrichir; c'est-à-dire, pour vous dispenser de travailler un jour; et, à présent que vous êtes riche, vous voudriez travailler plus que jamais !.. Il faut de la raison en tont, M. Gervais : la vie est courte... dès qu'on a de l'argent, il faut se hâter de se procurer toutes les jouissances honnêtes auxquelles on a droit de prétendre. Vous êtes joli homme... vous avez de l'esprit. . • GERVAIS, Moi, de l'esprit! ROBERT. Ah! je ne suis pas ilatteur... vous en avez... bien pe" encore, d'accord; mais ça viendra... Touchez-moi seulement votre premier quartier de rente, puis le second, puis 1* troisième ; et, de quartier en quartier, vous serez étonné cornu 11 -' l'esprit vient... A Paris c'est toujours comme cela... GKKYAIS. Il y a trop de bruit dans votre Paris, et pnis j'ai " ,,c peur de toutes ces voitures ... ROBERT. Le moyen de ne plus en avoir peur, c'est de se inetli' 6 dedans. Avec vos vingt-cinq mille francs de rente.. • »"" lS pouvons avoir un joli coupé fort commode, ou nous courro»» ensemble tous les plaisirs. GERVAIS. Tous les deux... comme deux amis... deux pays. ROBERT. Et puis, quand nous aurons fait quelque brûlant nj»^ riafce, nous nous donneront la berline: Monsieur et Madame au fond... et l'amitié sur le «levant, sans cérémonie- 21 GKRVAIS. Ce sera amusant, tout de même... Mais vons pariez d'un l>rillant mariage.,, et Justine? ROBERT. Ah! Justine... c'est vrai... Est-ce que vous songez encore à elle? GKRVAIS. Comment, si j'y songe ! mais j'aime Justine plus que ma vie... Elle est si douce, si bonne; et comme elle est jolie!., vous l'avez vue. ROBERT. Oui, oui, elle n'est pas mal ; mais en épousant Justine nous n'aurons jamais que vingt-cinq mille francs de rente, tandis qu'avec un mariage assorti nous pourrions eu avoir cinquante. GBR VAIS. Il est sur que ce serait encore plus agréable.. Mais pour tout l'or du monde je ne me séparerais pas de ma petite cousine .. Mon pauvre père en montant m'a tant recommandé de l'épouser! et que deviendrait-elle sans moi? ROBERT, C'est juste; mais est-ce que vous ne pourriez pas l'établir, la marier? A Paris ça se fait presque toujours comme cela. GERVAis, t*f portut. Donner Justine A un autre!.. M. Robert, vous n'êtes donc pas mon ami? ROBERT. Ce cpie j'en dis, moi, ce n'est pas pour elle; c'est pour vous. Après tout, mademoiselle Justine fera une femme *out aussi bonne que les autres... Mais peut-être serait-il prudent de ne pas vous presser; car enfin, ici comme ailleurs, l'autour [tasse, le mariage reste. GKRVAIS. Morgué! je suis srtr que je ne serai jamais fâché que Jus- une soit ma femme, et mon amour ne passera jamais . . . Quitter ma petite Justine pour une grande daine!... cette >dée me fait un mal! Tenez, au pays, 1rs garçons venaient 'inviter ù danser; c'est tout naturel... eh bien! nous étions '"'ouillés tous les dimanches. ROBKRT. B Oh! alors! n'en parlons plus. Entrez chez le notaire, doutez paisiblement ses remontrances; et, pour vous en 22 épargner de nouvelles, gardez bien de lui parler «le noire conversation, rirai tantôt vous prendre à votre hôtel pour vous mener promener dam Paris. GKK» aïs. C'est «lit, je vous attends; mais quelle est celte belle dame gai sort de chez M. le notaire? KOI1KIIT, avec suffisance. Cest une dame de mes amies. GKKYAIS. Oh! oh! si elles sont (ouïes jolies connue celle-là.,, elle a pourtant l'air de bouder. Scène XIY. Les Mêmes, Mme de St. ANGE, Mine. i)K ST.-ANGK. Non, en vérité, je ne conçois pas cet entêtement; voB" loii me refuser les fonds dont j'ai besoin, sous prétexte oirt : croiriez-vons qu'il voudrait absolument m'empêcher lus me montrer nulle pari. GKKVAIS, 1ms. Si je lui prêtais le l'urgent? ROBERT, bas. Elle n'accepterai* pas (haut.) Ne craignez rien, belle daiQe, vous aurez les tonds qui vous sont nécessaires; avec votre signature vous obtiendriez tous les fonds de la banque de France; mais je vous l'ai dît, vous auriez besoin d'un mari pour diriger votre lin-lune; si vous ne prenez bientôt ce parti, le vieux notaire aura raison... a\anl deux ans >ous êtes une t'einmc ruinée... Je passerai chez vous pour prendre VQtre autorisation, et dix minutes après, vous aurez vos tonds... Je connais un riche capitaliste, à qui je lais placer de l'argent à neuf, et même à dix ... il ne me refusera pas celle bagatelle; eu attaquant... je vous présente M. Auguste tiervais, le jeune héritier en question. Mme. or. ST. - ANGK. Ah! c'est Monsieur que la fortune a si bien traité! GfUtt Aïs. Oui, Madame . .. la fortune et mon pauvre oncle. Hoir, DE ST.-ANGK. Vous voilà dans une ville bien dangereuse, M. Servais... Suivez exactement les conseils que vous donnera cet excellent M. Geriuout, et surtout choisisse/ bien \os amis. limitai t , à r ;nt. le vous demande un peu de quoi elle se mêle? gkr\ aïs. Mon premier ami, Madame . . . c'est M. Robert. . Mme. un ST.-ANGK. M. Robert, («h souriant A la bonne heure; mais si vous voulez m'en croire, vous ferez tout ce qu'il vous dira, (je le crois très-bon pour les conseils) mais vous ne ferez pas lotit ce qu'il fait. ItoUVRT. I>as à Gervaia. te lui lais trouver de l' arg e n t, en attendant. 24 GEKVA1S, i RoJ.erl. Dieu! qu'elle est jolie! Mme. DE St.-ANGE. Je vais vous attendre chez moi, M. Robert. ROBERT. Je suis à vous dans un quart-d'heure! le temps de monter chez notre homme... Au revoir, mon cher Gervais. SERVAIS. Amis à la vie et à la mort, M. Robert... (ils se prennent la main.) Elle est bien jolie, cette dame; et si toutes les femmes de Paris ressemblent à celle-ci... vous êtes bien heureux!... Mais Justine, Justine!... oh! je l'aime trop pour la tromper... rien que de penser qu'elle deviendrait la femme d'un autre... c'est que je suis jaloux, voyez-vous... et si jaloux.... Sans adieu, M. Robert. (// entre chez le notaire.) Scène XV. ROBERT, seul. Allons, mademoiselle Justine aura tort!... je commence à le croire... c'est que c'est bien essentiel... l'amour pourrait nuire à l'amitié... car cette jeune fille parait avoir un grand empire sur le coeur de M. Gervais!... Vivat, mon ami Robert; le jeune héritier ne peut pas se passer de moi... voilà pour l'amitié!.., courons obliger la jeune veuve, voilà J)Otir l'amour!. . ou plutôt pour le mariage... Je vais me trouver seul avec elle, et ma loi, je risque la déclaration... C'est un peu hardi!... un second clerc de notaire, et une femme à équipage... mais enfin, à Paria, on a vu des choses |>1 ||S extraordinaires, Scène XVI. ROBERT, JUSTINE, tSRIVET. JUSTJNE. Bien obligé, M. Crivet. GRIVET,*'* A votre service, ma cousine. 25 ROBERT. Que vois-je ! la petite cousine avec M. Grivet.. à la bonne heure, voilà une union qui serait assortie., oh! quelle idée! est-ce qu'on ne pourrait pas tirer parti «le cette circonstance, pour empêcher la cher Gervais de faire une folie . . oui, ce serait lui rendre un service. ( il prend ses tablettes et écrit.) JUSTINE. Je ne manquerai pas de dire à mon cousin ce que vous avez fait pour moi . . il doit être arrivé maintenant.. je vais "•i parler de vous, tout d'abord. GRIVET. Je vous en prie, parlez-lui de moi, et annoncez - lui ma visite.. Comme nous sommes restés long-temps ensemble, il faut que je vous quitte. ROBERT. Long-temps ensemble!., il est clair qu'ils s'aiment, ces pauvres enfans. Maintenant donnons cette lettre au portier, pour qu'il la remette a M. Gervais quand il descendra, et allons nous occuper de madame de Saint - Ange. (Il entre dans la maison, en son presqti'aussitôt, et Jl-loigne par la droite. ) Scène XVII. JUSTINE, GRIVET. GRIVET. Enfin, inani'zelle Justine, je me recommande à votre bonne amitié; dites-lui bien surtout que je suis son cousin, et que s'il voulait me prêter de l'argent ponr acheter le fonds «l'un r «fé, ça ferait ma fortune, {bat) indépendamment du terne sec dont je vous ai parlé . . Scène XVIII. Les Mêmes, G EU VAIS, sortant de l'hôtel, tout soudeur; il h lu lettre de Robert à la main. GERVAIS, i b eurtanadt. Merci, M. le portier. (« '«"- mime) Il avait bien raison, ^ Robert . . c'est un rude sermoneur, que M. le notaire; °" ! je n'aime pas tous ses longs discours, moi; je sais ce 26 que j'ai à faire .. el puis je suis mou maître .. Mais quel est donc ce papier (ju'on vient de me donner? a'l''- Ciel! que vois .je! il ta h part) „ N'oubliez pas q« e .lois aller vous chercher à rorre hôtel . . je veux av«*' 27 plaisir de \<>ns montrer moi - même tontes les merveilles de Paris. Surtout ne vous pressez pas, mon cher Gervais, d'épouser votre jolie cousine •- vons "o voudriez |>as faire son mal henr . . je crois m'être aperçu qu'elle aime noire compatriote Grivet: si vous voulez m'en croire, voua Ferez une bonne pension à votre cousine, et vous les marierez ensemble . Les mai ici! . . une pension! . . après cette lettre . . et ce •l«e j'ai vu tout-à-l'heure. JISTINK. Mon bon Gervais, mon cousin, de grâce, parlez-moi, GKKVAIS. Laissez - moi ! . . laissez-moi! . . GK1VKT, à part. Qu'est-ce qu'il a donc, le pavsan? ou dirait que la ri- ' liesse lui a tourné In tôle, et qu'il cherche un préle\(> pour n'avoir plus de cousine ni de cousin . . GKKV AIS, ;i\ (m- a< : |>it. Si, je m'en souviens bien! . . M. Grivet ëlait toujours avec vous a Gisors. JUSTINE, Oui, il me cherchait toujours pour me taquiner . . pourquoi dites-vous cela? GKKVAIS, «le mr.no. Vous vous files bien pressée de venir à Paris. JUSTINE. Mon cousin, c'est vous qui me l'avez dit. GKRVAIS, «le min*. lit depuis quand êtes-vous arrivée? JUSTINE. Depuis ce matin. gkkvais, de môme lîl avec qui avez-wtus passé- une partie de la journée? JUSTIN*. Avec M. Grivet, là, dans le cale que vous voyez d'ici, GHIVKT. A telles enseignes, que ma pièce de trente sous y a passe. JUSTINE, Quoi . . mon cousin, vous pourriez me soupçonner . . w - Grivet, parlez-lui, je vous en prie. 28 GERVAIS, l'emportant. Non, je ne veux plus rien entendre, ni de vous . . ni de lui.. Sa réputation était faite dans le pays . . il était toujours regardé comme un séducteur, un mauvais sujet, un homme dangereux enfin . . niais vous, Justine, vous qui me paraissiez aussi vertueuse que jolie, vous que j'ai si long--temps défendue là-bas contre tous ceux qui vous accusaient d'être volage! coquette! intéressée! JUSTINE. Ah! mon dieu, Gervais, est-ce que vous croiriez que je suis tout cela? GERVAIS. Oui, je le crois! . . et cet écrit m'en apprend assez sur votre compte. Ah! Justine.. Justine., jamais je n'aurais cru,. (mm un grand dtpit) Kh! bien, puisque vous aimez 1YT. Grivet, puisque vous ne pouvez plus le quitter, épousez-le, j'y consens . . j'en mourrai de chagrin, peut-être; mais après votre trahison, je ne veux plus vous revoir. (// sort.) Scène XIX. JUSTINE, GRIVET. GRIVKT. Ah! ça, est-ce qu'il perd la tête? JUSTINE, le suivant. Gervais! mon bon ami Gervais .. il me fuit, il ne m'en- tend plus., ah! M. Grivet, vous qui êtes la cause de cela, ne m'abandonnez pas.. conduisez - moi près de lui. GR1\ HT. Moi, Mademoiselle, me compromettre encore avec ce paysan qui fait le lier, parce qu'il allait un héritage . • 0,1 • dieu! . . si mon terne sec pouvait sortir . . comme je prendrais ma revanche! . . comme je le traiterais . . le fils d m» laboureur . . un rustre. . . JUSTINE. Oh! n'en dites pas de mal devant moi, je vous en prie. • on l'a trompé, j'en suis sûre; et dès qu'il voudra m'ente»" dre . . mais voilà la nuit . . ne me laissez pas seule, sauf- asile, sans ressourc e. . , 29 GRIVF.T. Ma belle demoiselle . . je ne puis plus rien pour vous. JUSTINK. J'étais votre cousine tout-à-l'heure. SRI VST. C'est qu'alors vous étiez la cousine de M. Gervais.. maintenant que vous n'êtes plus que la filleule de madame Go- bert, comme j'ai des affaires plus pressées . . qu'il se fait jeu. ( 8approchant 4» la porl» as le seul WOjeU que le ciel m'ait donné, de vous j>rouver ma reconnaissance. Mme. BUliEBVHXK. Mais Justine !.. JUSTINE. Toute ma vie ne peut payer ce que vous avez fait pour moi.. Si vous ne m'aviez point recueillie, que serais-je devenue dans Paris, seule, sans ressource, sans espérance •. Ali! je vous dois la vie, Madame!., et bien plus encore., je vous dois l'honneur . . et l'estime du respectable M. Ger- mont. Mme. BOISKIIVIM.E. Vous avez l'estime de tous ceux qui vous connaissent.. Justine! et votre honorable conduite . . Oue je plains Saint Gervais de vous avoir méconnue!.. JUSTINE. Je ne l'accuse pas., il était si richo, et moi.. Mme. HOBRRV1LLR, Raison de plus pour tenir ses premiers sermens.. Vous m'avez avoué trop tard les sentimens que vous aviez pou' lui . . quand je les ai connus, Saint - Gervais avait goûté les plaisirs enivrans des grandes villes, il n'était plus possiM'' de le faire revenir sur ses pas . . Voilà Paris, ma chère enfant! Aîr: Colette h Fttffe Je f/tritizc ans* Au milieu (1rs brillant plaisirs Oui dévorent notre existence, Comment ramener son diisiri Vers le séjour de son enfance! D'un faux eVlat l'on est épris, Kl bientôt, changeant d'esclavage», On cesse d'aimer à l'un». Ce aîté revenue! Ktes-vous bien contente de \olre bal?... •a fêle était belle, mais vous êtes-vous amusée? Mme. ROBERVILLE. Oui, comme on s'amuse au bal... à mon âge surtout . .. JUSTINE. Vous parlez toujours de votre âge, Madame ; mais il me semble... Itlinc. HO»KR\ ILLK, Trente-trois ans... ma pauvre Justine! (m—giHH) cela 'ait frémir!... Mais qui donc vient-là? JUSTINE. C'est ce bon M. Germont. M...... KOliKKV ILLK. Si malin!.. , que lui est-il donc arrivé? 40 Scène IV. Les mêmes, GERMON T. Mme. ROBER VILLE, C'est vous, mon respectable ami? GERMONT, après les avoir saluées avec cordialité". Comment, déjà levée?... je croyais... j'espérais ne trouver que Justine; c'est à notre fille adoptive que je venais parler. JUSTINE. A moi? Mme. ROBERVJLLE. Eh! bien, je vous laisse ensemble!., je ne suis pas fâchée «l'aller me reposer un peu. GERMONT. Pardon, mais puisque vous voila... ce n'est pins à Justine que je parierai, mais à vous, qui lui servez de mère depuis sept ans... rassurez-vous, je n'ai que quelques mots à vous dire... Il Tant que je lasse les apprêts de mon départ. Mme. ROUER VILLE ET JUSTINE, ave. surprise. Vous partez? GERMONT. Oui, aujourd'hui même. JUSTINE. Aujourd'hui ? Mme. RORRVILLE. Et votre étude? GERMONT. Je l'ai cédée à mon premier clerc, (pie je viens d'étaW"» c'est la récompense bien méritée de son zèle et de sa |"°' bité... je donne à mes cliens ni.....tri' moi-même... Mais âpre* trente-cinq années de travaux, il me font une réconipens e aussi; et je me la donne en quittant Paris. Mme. ROBEKVILLK, Pour toujours? GERMONT. Non, j'^ reviendrai pour terminer quelques liquidation importantes; mais dès que je lierai libre, je me flxerti 1 » afl les environs de Mézièreju où je suis né; il y par-là, terre magnifique... où je \oiuli ais finir mes jours... W*' 41 ma chère amie, m'a twijours semblé un séjour fort maussade ... et maintenant (ouf ce que J'y vois d'injuste ou do bizarre, me révolte plus que jamais. Mme. nOHF.lt VII.Ï.K. C'est que votre sévère probité vous fait voir la légèreté «le la plupart des hommes sous un aspect... GKHMONT. Eh! morbleu, je les vois... tels qu'ils sont. (// regard* aulour tic hii.) Air : lté Turenm. Ingrats, niôilis;ma, égoïstes . . Brûles île U soi!' île l'argent . . . Dans leurs plaisirs toujours somhrrs et tristes: Voilà Im hommes il' a- p ré s eu t! Mme. noBERVlLLE, à part, Oue ee portrait est resscniMuut! gekpiont, baissant la voix. Du iioeinl le plus Mini, le plu» tendra Faisant un calcul. . . Mme. boberviur, avec douleur, Mon ami ;... Souvenez-vous que mon inari N'est pas ici pour se tlélcmlrc ï.,. GKHMONT. Pardon, pardon, je reviens toujours, malgré moi, à ce fatal mariage! Mme. ROBRRVnXK. Mais, mon ami, je suis heureuse... OKliltlONT. Non, vous ne l'êtes pas, vous ne pouvez pus l'être... Du reste, à quoi lervirait la plainte maintenant! ... le parti le plus sage, c'est de se résigner ... mais morbleu . . . Pardon !... Voici ce qui m'amène... Justine, ceci vous regarde... mais laissez-nous, je n'aurai peut-être pas ta force de parler eu votre présence. JU8TINB, à madame KOl'.K.ItVII.I.K. Je vais attendre Madame dans son appartement, (i Ger- "><»n.) Vous ne m'avez pas encore embrassée aujourd'hui. GERMONT. C'est vrai. (A pari.) C'est que je n'osais plus avec mes u, «îes !.,. (Justine sort.') 42 ►Scène II. Mme. RQBERVILLE, GEHMONT. GERMONT. Je respire un peu! Mac. aOBRRVILLK. Qu'avez-vous, mon nmi, vous semble? ému? QKRMONT. J'en conviens.,. c'est que j'ai peur que vous n'interpré liez mal la démarche que je viens l'aire! Mme. B.OBKB.V1LLK. Ne connaissez-vous pas l'estime... le respect que j'ai pour vous! UKRMONT. Oui, mais dans le momie où vous virez... enfin... voici ce que c'est... Je suis riche .. . trop riche... je n'ai point d'héritier, si ce n'est quelques collatéraux plus riches que moi, et dont les vires m'ont l'ait rougir plus d'une l'ois de cette parenlé ... Après ma mort, celte Fortuue, fruit de Irenle-cinq années de travail et de probité, ne servirait, sans doute, qu'à rendre leurs faiblesses plus éclatantes; mais il n'en sera point ainsi, je veux faire de Justine mon uniqi» c héritière ... Mine. ROBKHVIM.K. tyuoi, mon uiivr!... GKRMONT. Ecoutez-moi jusqu'au bout sans m Interrompre. • • L'édu- eatioil que nous avoir: lait donner en commun à Justine, 1:1 rendue un modèle de toutes les qualités, île toutes les vertu*» et j'ai pris pour elle une affection, qui me lait voir avd un vrai chagrin le moment où il faudra m'en séparer.• < me suis accoutumé à la regarder connue ma fille ... et I""" concilier le don que je vais lui faire... et le bonbe* que j'éprouve A la voir... j'ai résolu de lui donne» " l0 " ■mm. Mmr. R6BUVKXB, stupidité. Vous voulez l'épouser?... GKKMONT. Pourquoi «ci étOnMMent?... Me supposene/.-voUS le cule d'être amoureux a mon Age ! et regarderie* - vous ce 4 A action comme une de ces faiblesses qui font peser sur les derniers jours d'un vieillard la houle et le malheur! . . non, l'espère i|iie vous me rendrez plus de justice . . il me reste peu de jours à passer sur la terre; je veux donner à cet enfant., un nom, un «Tenir, (""<" "**»«•) je veux lui sauves le spectacle trop douloureux.. de votre ruine prochaine.. Mb*. ROBBRVIIAB. Mon ami !.. GKKIHONT. Je connais les hommes!., j'en connais un surtout., son avenir est marqué .. le vôlre aussi.. Je vous alllige, Hor- '"nse; mais pardonnez à la chaleur de mon amitié ce tableau •l'uni; horrihle destinée .. Je m'ahuse peut-être .. l'indigna lion m'égare, . (/«i >rwia»i la m*in, ) Çuoi qu'il puisse arriver, n'oubliez |>as que Germoiit sera toujours votre ami . . mais je liémis en songeant à la destinée de ma fille adoptive . . si le malheur que je prévois arrivait, quand je ne serai plus là.. Maintenant portes, je vous prie, mes proposition! à Justine . . de toute façon elle sera mon héritière . . notre mariage n'est pas une condition que je lui impose; mais j'espère qu'elle ne me refusera pas le bonheur de l'avoir près de moi.. pour me fermer les yeux. Mme. ROBBRVlIXR. Digne nmi !.. ah ! si tous les hommes avaient vos vertus !. ■ Je vais parler û Justine. GKKMONT. Si elle consent à porter mon nom . . nous partirons aujourd'hui même.. pour Mezières où ce mariage se fera sur-lo- okamp; je viendrai tantôt en chaise de poste, chercher la réponse. (/,« retenant , avec esprit et noblesse. ) Dites-lui bien surtout qu'elle sera toujours ma lille!.. Mme. IlOUKItv H.LK. Air : fjuellv rlouca ot touchante ivresse. Justine y souscrira, j'espère ! lï ER MO NT , uvec limité, Justine y souscrira, j'espère ! HUM, ROBBRV1U.8. J'ai vu sa tendresse pour vous ! 44 GERMONT. (Jiie m noMMtl me fera doux î f C'est pour mieux lui servir de p&re V One je veux être son époux, Knsf.MBî.e. J Mme, ïtoyt rkviï,i,k, Èil'vM pour mieux lui servir de pire f tju'il veut devenir son époux. (Elle sort.) Scène IV. GERMONT, seul. Maintenant sortons de cette maison; lo Itixe que j'y vois briller de toute part. . et ce que je sais des affairai deltolxr- vitlc, révoltent à la lois nies yeux et ma raison; lo malheureux! avec quel art il a su en tramer dans l'abuse, et cetle femme si intéressante .. si vertueuse .. (o*m humeur) si légère .. et ce jeune homme que le ciel avait doué de taules les qualités qui font l'homme de bien!.. Sortons vile.- j'étouffe ici !.. Scène VII. GERMONT, ST.-GERVAIS, posant sur une table une faite de pistolets. ST.-GERVAIS. Ah! Ah! c'est vous M. le notaire .. 11 y bien lottg^teKiP* qu'on ne vous avait vu par ici .. GKHIHONT. Ou'y viendrais-je faire?.. Maintenant mes conseils seraient à-peo-prèa inutiles. ST.-GKllVAis. Il est vrai, mon bon M. Germon!, que nous n'aurions p» 8 " connue autrefois le temps d'écouler vos sage* conseils.. Ijl * plaisirs nous occupent du malin au noir. GKHMOM . le le sais, M. Gervais; mais combien de temps cr<>) c/ vous que cela peut durer? :VI'.-GKIl\ AÏS. Mais toujours, je l'espère! 45 GERMONT. Toujours!., je ne vous en donne pas pour un mois.. Demain, avant la fin du jour peut-être . . vous pouvez apprendre des secrets.. ST.-GERVAIS, riant. Il est toujours lâché que j'aie retiré mes fonds de chez lui. Cimu) Allons, calmez-vous, papa Germont, vous savez combien je vous aime, mais vous êtes trop sévère aussi pour les jeunes gens !.. notre âge est celui du plaisir.. AIR : d' Am'tdle Beauplan. Pourquoi laisser fuir L'heure du plaisir ! Danses , jeux, amours Ne durent qu'un jour. Sachons au printemps Kmbellir le temps ; ï-es momens perdus Ne sont pas rendus. Pour moi, si du liai .('aime le signal; Si le coup d'archet Me voit toujours prêt ; C'est que la beauté, Avec volupté, D'un regard charmant Me dit en valsant : Pourquoi, etc. Près d'un tapis vert, D'or toujours couvert, Ou hien au festin Si j'accours soudain; C'est que le doux son Du riant ilarou, Ou celui de l'or Me disent encor: Pourquoi, etc. Par vos beaux discours, Oui ne sont pas court!., Pourquoi nous vouloir ftlonlrer lout en noir; Ah ! plutôt, ici, Soyez notre ami, Et sans nul courroux, Dites avec nous ; Pourquoi, etc. 46 C.F.RMONT. Adieu, monsieur., vous serez bientôt digne d'être Fami de M. nobert. ST.-GKRVA1S. N'en dites pns de mal, M.Gennont ! car il est devenu aussi sage, aussi moraliseur que vous . . J'avais placé mes fonds entre ses mains pour les avoir toujours A nia disposition; croiriez-vous qu'il vous prend pour modèle., quand vous me refusiez de l'argent., vous savez., cl que je ne puis tirer «le lui, vingt misérables mille francs., dont j'ai besoin pour rendre un service important ù une femme charmante! GUHIMONT. Et il vous les refuse !.. ST.-CRHVAIS. Avec la même obstination que vous. GKRMONT, i part. Il a peut-être de bonnes raisons pour ça.. ST.-GKKVAIS. l'aimerais presque autant que mes fonds fussent dans vos mains. GF.HMONT. le vous remercie de la préférence!.. Adieu, M. Gervais- ST.-GF.KVAlti, à part Toujours Gervais! GKRMONT. Rappelez - vous ce que je vous ai dit, quand vous M** venu me redemander l'héritage de votre oncle. ST.-GKHVAIS. Ce que vous m'avez dit? GKKmOlNT. Faut-il vous le répéter?. • eh! bien, Monsieur!., gardé** % • Mire. Çue vois-je? „Les diverses lettres - de - change que vous ,,aviez souscrites à mon profit, pour la somme de quaranto- „cinq mille (rancs, et dont j'avais arrêté les poursuites, en «engageant ma petite terre de Champagne, viennent de «passer en d'autres mains, et je me hâte de vous donner «avis, que si elles ne sont point payées ce matin même, «notre créancier commun est décidé à mettre a exécution, tiSar-le-champ, la sentence qu'il a obtenue contre moi et «contre vous ; je vous attends avec confiance*" yue faire! 1*1 toujours caché celle folie au sévère Boberville• •. mais je vus être forcé» h Omet.) Attendez, je, monte chez moi Pour répondre ... GRIVET. " paraît (pie Monsieur n'a pas l'honneur de me recon- Bftltre} St.-GKR\ Aïs. Vous seriez/... mais attendez......ni, c'est vous, Grivet. i; RIVET. Je suis un peu changé, depuis sept ans .. . j'étais encore un ' 01 'ien, dans ma paresse, Ouelijtic moyen original, D'avilir une grande ririlesse, Sans nie donner beaucoup île mal. Mais voler!.,. Dieu! quelle infamie! Loin de moi de tels senliinens- Je suis né dans la Normandie, C'est le pays des liraves gens. St.-GKRVAIS, riant. Comment se fait-il alors?.. EhHIVBT. Le guignon, pas autre chose... Tenez, dernièrement rore, j'élais garçon au calé Turc... eli ! bien, paire qu'on <» trouvé mi billet (le loterie tout Irais dans nia poche, et une timbale de moins dans le bulFet; ils m'ont prié d'aller £ a " gner mon terne sec ailleurs... Quand j'ai vu ça, je me Stlil présenté a un bureau de placement, et comme j'avais b' physique, el de lions répondant, M. le banquier DeHg°7 m'a fait placer hier chez madame de Mérival. St.-GKKVAIS. Fort bien: vous ne pouviez mieux tomber; c'esl » ,,e femme qui paie fort bien ses gens. ClilVKT. Oh! la digne femme! elle met aussi à la loterie. Bt.-QKB.VAIS. Ah! ah! GlilVKT. lit puis elle aime le mélodrame de passion ... cil'' aV loué hier une loge . . . elle m'a permis de regarder pf carreau. 49 St.-GERVAIS. Elle était-là sans doute avec soi» neveu... un petit blond? GRIVET. Non.... un grand brun, avec des moustaches, qui ressemble à M. Tautin, dans les Mï*w A Pologne. St.-GERVAIS. C'est son frère... je vois cela d'ici. GRI\ Kl. Je le croirais assez... car ils paraissent bien s'aimer... A propos de ça, M. Gervais, oserais-je vous demander des nouvelles de mademoiselle Justine ?.. Je ne l'ai pas revue, cette pauvre petite, depuis le jour de votre arrivée à Paris, H y a sept ans de ça ... c'était en 1812... ce jour... vous en souvenez-vous?... où vous m'avez si bien reçu, parce que vous croyiez que votre cousine était amoureuse de moi . . . Convenez que vous aviez bien tort... si c'était à présent; je ne dis pas .. . St. -GERVAIS, avec Hertë. Que dites-vous? GRIVET. Excusez, M. de Saint-Gervais... je ne disais pas cela pour vous humilier... Depuis que j'ai cet habit, je sais tout ce que je vous dois. St.-GERVAIS. Je vais répondre à madame de Mérival . . . :j„; tout** "ne pièce d'or.) Prenez ceci, M. Grivet, je suis content de vous avoir revu. GRIVET, regardant la pièce d'or. Merci, M. le chevalier; ce sera pour suivre mon terne; s > celui-là ne vient pas, c'est qu'il y mettra de la mauvaise volonté! ... il y a six ans que je l'attends. St.-gkrv us. On vient!... c'est madame Koberville, il faut que je lui Parle... Montez à mon appartement, je vais vous rejoindre. GRIVET. Oui, M. le chevalier. ( // sort. ) Paysan perverti. [ 4 ] 50 Scène X. Mme. ROBERVILLE, en robe du malin, main frh- ric/te; ST.-GERVAIS. Mme. ROBER VILLE. C'est vous, mon cher Saint-Gervais ? VOUS ne sauriez concevoir la joie que j'éprouve.. Eh! bien, ce combat ? St.-GKRVAIS, paîmom. Je n'y songe déjà plus; j'ai blessé mon adversaise.. niais légèrement, au bras, la leçon est suffisante ! . . On ne croirait jamais, à vous voir, que vous avez passé la nuit au bal, aimable Hortense ; je ne vous vis jamais si fraîche et si jolie. Mme. ROBER VILLE. Flatteur ! St.-GERVAIS. Non d'honneur! et cette nuit, au bal, vous l'emporliez sur toutes vos rivales. Mme. ROBERVILLE, riant. Même sur la comtesse? St.-GKRVAIS. Ah! que n'a-t-elle votre grâce et votre esprit! Mme. ROBKRV1LLE. Croyez-vous que son oncle consente à ce mariage; on le «lit cruellement entiché de sa noblesse. St.-GKRVAIS. Sans doute!., mais il est convenu que je rachèterais I e vieux manoir de ses pères, et son frèfe, le commandeur, * e charge de me faire avoir un majorât. .J'espère que cetlé foi* Roberville ne me refusera pas l'argent nécessaire. Mme. ROBERVILLE. Non, car ceci est juste et . . à-peu-près raisonnable- Sr.-GEHVAIS. A-peu-près!. ■ blâmeriez-vous ce mariage? Mme. ROBERVILLE. Non! . . la comtesse est un peu étourdie, un peu cap rI rieuse; mais cela ne gâte en rien les qualité» du coeur- St.-GERVAIS, avec grâce. Vous en êtes la preuve évidente. l'IUPI 51 Mme. ROBERVILLE. Vous aimez donc bien la comtesse? St.-GERVAIS, en confidence. Vous Pavouerais-ie? non., c'est un hymen élevé que l'ambitionne . . c'est son rang et son titre auxquels je veux m'unir . . Si je n'écoutais que mon coeur, il est une autre personne ù laquelle j'offrirais un hommage éternel. Mine. ROBERVILLK, surprise. Une autre personne? St.-GERVAIS. Oui, Madame . . une femme charmante, dont j'admire, depuis sept ans, les vertus, les grâces, et cet esprit enchanteur qui l'élève au-dessus de tout ce qui l'entoure. 8t.-GERVAIS, avec plus de galanterie que d'amour. Air : Faut l'oublier. M'rulemlrz-vous, rrucllo amie? Depuis sept ans avec ardeur J'aime cet objet enchanteur... Oui seul eût embelli ma vie! Son regard si noble, si doux, Elcrtrisa toujours mon âme ; Kt j'ai toujours craint sou courroliï : ,ïe n'oie lui dire ma Ilamme . . . M'entendez-vous? ois, Mme. ROBERVILLE. Môme Air ; Non ... je ne saurais vous entendra ! .l'ignore A quel objet. . . charmant \ mis adressez ... en ce moment Votre hommage toujours si tendre; Mais si l'ami de mon époux Me tenait un pareil langage . . . I>Io?i mépris . . plus que mon courroux, Serait le prix de cet outrage... M'entcndez-vous ? %t§M St.-GKRVAIS. J'étais Sur que vous alliez prendre la chose au sérieux . . Voilà bien votre vertu si sévère! . . Eh! bien, on épousera la l'eune comtesse. Mme. ROBERVILLE. ■Alors, je vois que nous ferons deux mariages à la fois.. car je puis vous annoncer une bonne nouvelle, (en obère**!,) Nous marions Justine. Bt.-GKRVAIS, virement. Justine! . . (se rtmiettam, mec ** dtpU marqué.) Elle retourne an village? Mme. BOBKRV1LLE. Non, Monsieur, elle épouse M. Gennont. St.-GERVAIS. M. Gennont? allons, vous plaisantez! Mme. HOBRKVILLK. Je puis vous attester que rien n'est plus sérieux! St.-GERVAIS. Comment? le vieux notaire qui fait de si beaux sermons., à son âge . . parbleu, qu'il y revienne ! Mme. ROBERV1LLE. Respectez, M. Saint-Gervais, les intentions honorables de ce vieillard. St.-GERVAIS. Honorables., tant que vous voudrez; mais vous conviendrez que c'est d'un ridicule . . parbleu, le monde va bien rire . . 'mw d<'i>it.) et pour ma part . . Mme. ROBERV1LLE, sévèrement. Le inonde jugera, Monsieur, entre le brillant étourdi qui abandonna Justine • • et le vieillard généreux qui 1"' prépare un avenir, ST.-GERVAIS. Madame . . Mme. ROliKIUIlXU, en dedans. Laissez . . laissez ces vases dans l'escalier. 1 St.-GERVAIS. J'entends votre époux; je vous laisse. (Il va pour * r—ltnt.) Vous avez beau dire, relie noce sera fort " veiïiss.mle . . el je suis curieux de voir M. Gennont oin" 1 le l.al. (Il tort en riant-) Mme. ROBERVIIXE. Ah! Rohcrvillr B dépravé min âme! . • 53 Scène XI. Mme. ROBERVILLE, ROBERVILLE. ROBRRVILLE, A la cantonade, N'enlevez pas ces lustres: noire bal recommence ce soir, nos convives vont revenir célébrer la fête de Madame . . • Distribuez des fleurs à tout le monde. « port.) Je ne saurais trop cacher ma situation. Mine. ROBERVILLE. Ma fête! y pensez-vous, mon ami?., tout le monde sait.. ROBEBV'ILLE, en se jetant sur un fauteuil. Eh! que vous importe? votre anniversaire . . J'ai besoin d'une fête aujourd'hui. aime. ROAEUV1LLE. Mais, Monsieur . . BOBRRV1LLK. N'allez-vou» pas encore gronder) . . (ave beaucoup d'humeur.) Vous trouverai-je toujours sur mes pas . . et ne pourrai-je respirer un moment en liberté? mine. ROBERT IIAB. Roberville, d'où vient ce trouble? . . mon ami, daignez în'expliquer • • ROBERVILLE, axe foreur. Laissez - moi !.. je le veux . . jo l'exige . . je prétends être libre chez moi. Mme. ROBERVILLE, réprimant un mouvement de llcrtc. Chez vous! chez vous? . • . Ah! Germont, Gennont, "l'auriez-vous dit la vérité? (Elle sort.) Scène XII. ROBERVILM'" seul, rm comble de l'agitation. Je suis perdu ! perdu sans retour, si cet infante capitaliste exécute la menace qu'il vient de me faire! . . ma letlre 'apaisera sans doute . ■ le l'invite à la fête de madame Ro- ''erville: il faut que notre train de maison le rassure . . • oM»a cela, deux-cent mille francs à rembourser dans une heure . . et je ne pourrais disposer du quart même «le cette 54 somme. Lancez-vous donc dans les grandes affaires! • . < C'est qu'il ne va plus rien me rester. Air: Amis y voilà la riante semaine. En vér\té t c'est une maladresse I Et je devais Imiter ce banquier Qui, tout-à-coup affichant sa détresse, Avec fracas est tombe l'an dernier. Trois mois aprèl celte horrible culbute, Ou le revit cent foin plus riche encor . . , Tomber ainsi, ce n'est point une « bute 5 C'est se baisser pour ramasser de l'oi\ Scène XIII. ROBERVILLE, St.-GERVAIS, St.-GERVAIS. Comment, Roberville, une nouvelle fête ce soir! voili qui est charmant! nous n'avons plus le temps tic respirer,.. Ah! ça, mais tu es donc en fonds?-, j'en suis charmé; car décidément j'ai besoin d'argent- ROBEKVILLE, à pari. Parbleu ! il tombe bien ... A yons recours à mon moyen accoutumé; il m'a toujours réussi- {haut,} De l'argent, de l'argent, St-Gervais'. . . y pensez - vous, et voulez - vous achever de dissiper le peu de fortune qui vous reste encore? Morbleu! je ne le souffrirai pas- 8T.-GBRVAI8 , à p»rt. Allons, voici la morale qui va recommencer. (//»"'■> Mon ami, mon cher Roberville, je sais (pie j'ai eu d eS torts et que j'ai fait beaucoup de folies . . . Mais depuis cinq ans que vous avez ma fortune, mes revenus, presq" 0 doublés par vos spéculations, ont suffi à mes dépenses- ROBERVILLE. Vous croyez cola, Monsieur ■ . Eh bien! savez-vous ce que vous avez dépensé l'an dernier? St.-GKHVAIS. Quarante-cinq ou cinquante mille francs, tout au jAl* ROBERVILLE. Près de cent-vingt mille, Monsieur. 55 ST.-GEKVA1S. Cent vingt mille francs! c'est impossible.. vous êtes dans l'erreur .. je sais . • robkh VILLE. Oh! ce qui est écrit est écrit. (// va pmu/r* un ngiatr» ,/««»• un ferftaire.) Et quelles dépenses encore!., vous devriez rougir rien qu'en y songeant., libertin,!" ("'''.) «Pour l'équipage com])lct donné a la petite veuve des Champs - Elysées . . 10,500 francs. " 8T.-GERVAIS. Comment! une calèche repeinte à neuf, avec deux chevaux !.. ALBERVILLE. Us n'étaient pas repeints, j'espère., deux anglais magnifiques ! SERVAIS. N'importe, je ne croirai jamais . . ROBKRVILMt, liiant. „Pour le mobilier de Laure, pour les cachemires de Julia, pour le dédit d'une danseuse engagée à Londres, pour les diamans de Me. d'Harcourt, pour trente dîners donnés chez Beauvilliers, au Hocher de Cancale, ou cliez Véry, etc. etc. etc." Et vous me demandez encore «le l'argent!., n'y comptez pas. Si j'avais la faiblesse de vous accorder la somme que vous venez me demander, vous me diriez un jour: lto- berville n'était pas mon ami. ST.-GEKV US. Eh bien! puisque vous me forcez à révéler un secret que je voudrais me cacher ù moi-même, apprenez ia position difficile où je me trouve. Lassé de vos refus continuels, et pour me procurer les fonds qui m'étaient nécessaires, j'ai souscrit des lettres de change pour une somme considérable. ROBERVILLE, à pu*. Grand Dieu! ST.-GERVAIS. Une sentence est obtenue contre moi. Mon créancier est impitoyable: demain, aujourd'hui peut-être, je puis être arrêté.. Osez donc me refuser ce que je vous demande. ROBKH VILLE, à r-.iri. Allons, il ne me manquait plus que cela. ;/,««/.) lui- 56 jinident! faire des lettres de change, contracter des dettes usuraires . . nu homme comme il fant! St.-GKRVAIS. Je sais tout ce que vous pourriez me dire; mais le mal est iàit, il faut payer. HOBE1UILLK. Il fant payer! (à part.) ça lui est bien facile à dire. Oue faire? que devenir? {lumi.) Mon cher St.-Gervais, je songerai à votre affaire; et demain, après-demain. . S1..GKRVAIS. Songez donc que je puis être arrêté d'un moment à l'autre. ROBKRYTLLK, au dernier degré' d'embarras. Pourquoi diable aussi, faites-vous des lettres de change? {voyant entrer un valet arec une lettre.) Ah! la réponse qua j'attends. . Je suis à vous dans l'instant. (// prend la lettre et reste dans le salon du fond.) Scène XIV. St.-GERVAIS, JUSTINE. St.-GKRVAIS. Kn vérité, je 11e sais que penser! . . (voyant Justine f 1 entre par la droite.) Justine ! JUSTINE. Oui, M. Saint-Gervais, c'est Justiue . . Justine qui a besoin de vous parler, de vous entendre encore une fois. Si.-(.EH VAIS. Le son de cette voix a toujours pour moi, je ne sais quel charme. JUSTINE. Au milieu des plaisirs de Paris, vous aurez peut-ef* oublié que Justine est votre parente? ST.-GKRVAIS , vivement. Moi, l'oublier! Justine! oh! non, non, jamais., les cir ' constances nous ont sépares • . mais mon affection vous et rertée, et ce n'est pas ma faute, si vous avez refusé les dont de mon amitié. 57 JUSTINE. Eh! que m'importe votre fortune? vous savez. . Mais fa ne viens pas vous rappeler des souvenirs affligeant.. je viens, comme à un ami, un parent.. le seul qui me reste, M. Ger- vais, vous faire part moi-même.. ST.-GERVAIS. De votre mariage avec M. Germont? (ajteciant une gronda ligoté.) C'est une attention dont je vous sais un gré infini, Mademoiselle.. Vous ne doutez pas, je l'espère, de la joie que j'en éprouve. JUSTINE. Ah! tant mieux, M. Saint-Gervais.. Madame Roberville me presse de consentir à ce mariage, et je vois avec plaisir que vous - même .. ST.-GERVAIS. Comment doue! mais c'est un excellent mariage que vous allez faire-là.. L'argent, ma chère Justine, c'est ce qui fait aujourd'hui le bonheur, et c'est pour augmenter encore ma fortune, que je vais aussi ine marier. JUSTINE, retenant un cri. Vous vous mariez? ST.-GERVAIS , avec intention. Oh ! un superbe mariage.. comme vous ! la jeune comtesse que vous avez pu voir chez madame Roberville. JUSTINE, vivement. Celle avec qui vous avez dansé toute la nuit? ST.-GERVAIS, surpris. Ah! vous étiez-là? JUSTINE, avec une douleur deVhirante. Adieu, M. Gervais, adieu pour toujours. ST.-GERVAIS. Justine, que dites-vous? JUSTINE. Air : De Jadin. l*our la vie, Voire amie, Dans ce lieu Vous «lit adieu. Oue l'orage, yn'on présage, Loin de vous Pnrle ses coups. 58 •T,-G BATAIS, toul cmu. Cette \ oï\ douce et tendra Pénètre jusqu'à mon coeur; Je trouve encore à l'entendre. Kt du charme et du bonheur. ENSEMBLE. JUSTINE, ST.-GEIIVAIS. Pour la vie, Pour la vie , Votre amie. Jtloi.....lie , Etc. etc. Rn ce lieu Jtle dit aiiiru. Adieu. Adieu, (Justine sort il'mi etli, ci Salnl-Gervais de Vautre; llnbernllo renient sur h tlfritul de tu scbne \ il est somùre et pu/e : if déchire avec les dents la lettre qu'il a rente,) Scène XV. ROBERVILLE, fattepmt. C'en est fait, il n'est plus d'espoir!., il m'punonce que les huissiers seront chez, moi presqu'aussitôt que sa lettre. Scène XVI. BOBERVILLE, GERMONT, en habit de voyage. CEI! MONT. Je tremble que Justine ait mal interprète! mes intention*• ' quj sait si sa jeunesse alarmée.. Que vois-je? Roberville' ROBERVILLE. M. Germont chez moi., dans tin pareil moment.. Vie"" tirait - il par sa présence?.. G EHMONT. Rassurez-vous, Monsieur, ce n'est pas vous que je viei'S chercher ici. ROBKB VILLE. Oui., sans doute .. c'est votre fille adoptive. • c'est J' 1 *' tiite.. mais par occasion, vous allez encore, comme de coi ' (urne., épargnez - vous ce soin, Monsieur ; en ce moment, 1 nie serait impossible de vous entendre de gang-froid, 59 GERMCNT. Je le sais, M. Roberville, car je connais mieux quo vous, peut-être, la situation affreuse où vous vous douve/.. C'est moi qui, celle nuit, ai l'ait donner à madame Koberwllc l'avis secret qu'elle a reçu. KOBI.llVU.LK. Çuoi! Monsieur, vous n'avez pas craint. ... GERMONT. Je vous l'avais prédit, il y a sept ans, quand je surpris entre vos mains les preuves irrécusables de voire passion pour le jeu; mais j'étais loin de prévoir alors, que vous entraîneriez dans votre mine les être* qui n'ont pas craint de s'associer a votre destinée. ... Malheureux! dans quel abime avez-vous conduit l'infortuné dont vous avez surpris la cré- duteamitié ... Vous l'avez égaré, perverti ... vous Pares fait tomber dans des piégea d'autant plus dangereux pour lui, qu'il n'avait pas, pour se défondre contre le vice, cette force d'âme que donne une première éducation. Tout vous a réussi jusqu'à ce jour .. vous avez su cacher par des emprunts milieux, et vos faux calculs, et votre détresse; mais tremblez, la perfidie a toujours un terme . . et bientôt le masque qui vous couvre va tomber. Air : Epoux iinj>rtnfrnt. On a vu quelquefois le vice Jouir long-tenips du sort le plus heureux ; F.t Cflt aspect est un supplice PotU* l'homme probe et vertueux. Mais la \ertu si long-temps éprouvée, Doit enfin paraître au grand jour ; Le * ire tomber sans retour! E» je Croie votre heure arrivée, ROBBRVILLR. Mais enfin, Monsieur, quel motif vous conduit chez moi, et comment ne craignez-vous pas, vous qui m'avez chassé si honteusement de chez vous? . . GERMONT. Je suis ici chez madame Roberville, Monsieur; ( „,,, f*iura*' J Ct ' y VienS P<>Ur ,a dernière fois • • Malheureuse (,() Scène XVII. Les Mêmes, Mme. H0J5EKV1LLE. OSA MONT, Eh ! bien, ma digne amie? Mine. KOliKKVlLLK, 1rs larmes aux yeux. Voici ma réponse! Scène XVIII. Les Mêmes, JUSTINE, en habil de voyage, avec un chapeau à la Paméta; une dame âgée l'accompagne, et porte des cartons. 6BJUKONT, attendri. Quoi, Justine, vous consentiriez?.. JUSTINE, aver abandon. Mon ami, mon père, je me consacre à votre bonheur. Mme. KOBERV1LLE. Chère enfant, ta vertu va donc avoir sa récompense? GEKMONT. Partons. JUSTINE, oppressée, par les larmes. Madame ! Mme. HOBBRVILLE. Ma Justine! {Elles se jettent dans les bras Vune de Vautre ; Germont presse ntadain 0 Hoberville sur son coeur.') JUSTINE, l'approchant de Roberrille. Monsieur.. (Hoberville lui tend la main .sans tourner la tète vers elle, et sans parle?' Justine revient à madame Hoberville , et se jette encore dans ses bruSt Germont les sépare, et entraîne Justine \ ils sortent.) Mme. ROiiKKVILLE, accablée. C'en est fait, je n'ai plus un ami.. Justine! Germont!' 1 ils sont partis .. tout mon bonheur m'a quittée. {Grand* rumeur dans l'intérieur.) HOBEKVILLE. Çu'entends-je .. je frémis .. ce sont eux peut - être.' Scène XIX. Efs Mêmes, St.-GERVAIS, en désordre. ST.-GEKVAIS. Les misérables, les voilà! 01 Mme. ROBERVILLE. ÇJui donc! . . et qu'avez-vous? St. GERVAIS. Le Garde du commerce et ses gens !.. ils sont-là .. sauvez- moi, Roberville, il y va de ma liberté. Mme. ROBERVILLE. O ciel! Monsieur, Monsieur! . . il faut payer à l'instant même! . . La fortune de Gervais. . . ROBERVILLE. Sa fortune . . il ne lui reste plus rien. Mme. ROBERVILLE. Grand dieu! St.-GERVAIS, atterre. Qu'enteuds-je ! ROBERVILLE. Son amour pour les plaisirs; ses fausses spéculations . . tout a disparu ! Mme. ROBERVILLE. Çuoi! cette fortune si brillante! . . mais n'importe, Monsieur . . Gervais est votre aini . . et s'il n'a plus de fortune, c'est avec la mienne qu'il faut le sauver. ROBERVILLE. La vôtre! (avec effort.) elle n'existe plus! Mme. ROBERVILLE, avec un cri. Ah! (Elle tombe dans un fatltetlil ; Kohen illr renie /Voidcmcnt dans le sien; en ce moment les convives, tenant toux des iinavrtë pour la fêle, se répandent dans le salon du fond, en chantant.') CHOEUR. Ain : De la mère au liai. Pour célébrer cette Icte chérie, Réunissons et uns fleuri et nos voeux; Par ses vérins, cette femme accomplie, A mérité le sort le plus heureux. (.En entrant dans le premier salon, ils aperçoivent madame Roberville tvanouïe , et viennent se grouper autour d'elle; les huissiers paraissent au fond. FIN DE LA SECONDE JOURNÉE. DEUXIEME ENTR ACTE. Huit années séparent la seconde journée dp la troisième; et connue, tous les personnages ont passé par le malheur, un grand rhaiigement doit s'èlre opéré en eux en 1827. GBRYA1S est a peine reconnaîssablc ; la honte et la misère ont flétri ses traits ; et ses manières ont entièrement perdu leur élégance. JUSTINE, sous ses vélrmens de deuil, a pris le ton et l'usage du grand monde; mais elle a conservé sa première douceur, MAI). ROBEIl VILLE, vieillie plutôt par le malheur (pie par l'âge, a conservé toute la noblesse de ses manières , sous les vêtemens d'une femme-de-chamlirc. GR1VRT s tou/cs les allures «l'un voleur île mauvais ton, ipii cherche à se donner de l'importance; ses liahits ne sont, pas dépourvus d'une certaine élégance; elle doit contraster avec le délabrement de» ..... Àtt de ST.-GKRVAIS. PjeiisoxnA a Mi, Arr r ms. Lu Curvalier dr BT-CKRVAia (35 ans) Air. ISIDQMM, ORIVKT (34 ans)............, . Mr. PRANCtSQVM. !.. Baronnr D'OMBRRVAL (30 ans) . . MU. LAUCSSTTKS. l>Ime DR BAINT-ANGK (41 ans)...... nia.l. BRICB. JULIE, attachée a la BarbMM....... Mail, l'ARlNc Un sergent. L'INVALIDE du Pont des Arts. soldats. La seine se passe à Paris, en 1819. TKOISIMKE JOURNÉE * LE VOL, DRAME. Le théâtre représente le ponl des Arts par une m, il il-hiver: l'une des balustrades dans le fond, avec des réverbères allumes. Scène 1* 8T.-GERVAIS, *<>///. (Ses vclemèns sont /<-.) de- l>nis trois ans il languit dans les fers! . . Les fers! . . (.Mec «""7/m...1 il lui reste un abri, du moins . . et moi, pas "n asile où reposer ma tête. . . Depuis (rois ans je traîne nies lours d'opprobre en opprobre, de douleurs en douleurs. . . A h! c'est trop long-temps souffrir. . quel espoir peut-il me •"ester? . . le travail . . lues bras affaiblis par les veilles et les plaisirs ne sont plus faits pour lui! . . des amis . . ils m'ont °W8 abandonné! . . des emplois . . pendant quinze ans, je >ai app r i s des grandes villes que des vices inconnus au 64 village! . . II ne me reste aucun refuge . . aucun . .et peut- (•ire l'infamie m'attend! . . l'infamie! . . jamais . . jamais . . (// place son chapeau par terre, met une lettre dedans, et s'araurr péri la balustrade du pont, Scène II. ST.-GEKVAIS, GRIVET. Grivet a maintenant de grands favoris noirs; il porte son chapeau sur Toreille. • — // tient une /'norme ranna à la main. Il est vêtu d'un lia- bit noir, recouvert d'une redingolie, CHU V HT. Eh! l'ami, que faites-vous donc-là sur le pont des Arts? (A part.) on dirait qu'il a des intentions, ce monsieur. • (liant.) Vous paraissez avoir bien du chagrin, mon brave homme? (le regardant de plus pris.) Mais que VOÎS-jc! • " en croirai-je mes yeux! c'est Gervais . . ou plutôt M. I e chevalier de St.-Gervais. St. -GERVAIS, (cherchant à le reconnaître.) J'ignore, Monsieur . . GRIVKT. Comment, vous ne me reconnaissez pas? . . Grivet • • votre compatriote? St.-GKIIV US. Grand Dieu! (« part.) Où me cacher? . . GRIVKT. Que diable faites-vous-là, si tard? Bit-ce (pie par "** sard? . . H fait bien froid pour cela, celte nuit. . . AU"""' voyons, venez avec moi. . St. -GERVAIS, Laissez-moi, de grâce! GRIVKT. • • V Tiens, est-ce que vous êtes toujours fier, M. lTteno*' 1 * La tenue n'est pourtant plus aussi soignée qu'autrefois. Bt.-CEIU aïs. Ignorez-vous tous mes malheurs? grivet. ^ Comment anrais-je pu les apprendre? • • vous ne W donc pas?... Je viens de faire une petite retraite de < r 65 ans., là-bas du côté «le Villejuif.. Vous savez bien., dans la maison de campagne où M. Robert s'est aussi retiré |>our M santé.. Ma foi, c'est une bonne maison; et si on pouvait aller de temps en temps au mélodrame le soir, on y reviendrait coucher avec plaisir .. La société n'est pas choisie; mais «1 y a encore de bons enfans, et des gaillards . . qui savent tout leur répertoire des boulevards. ST.-GEKYA1S , a\ ce humeur. C'en est assez .. GRIVRT. Il y en a un surtout qui ressemble à M. Frédéric, dans l'Auberge des Adrets, et qui est bien le plus amusant personnage.. . s'il était autre part, on le prendrait pour un coquin .. mais là .. c'est un des plus considérés .. Nous avions la même chambre, et il faut voir comme il a fini mon éducation., ce bon M. Crisokal!.. (Crisokal, c'osl son nom de guerre, à cause d'une farce qu'il a faite à un orfèvre). Vous me croirez si vous voulez... quand j e suis entré-là.. j'étais . . un vrai niais, un véritable innocent.. mais lorsque j'en suis sorti, j'en savais autant que mon maître. ST.-GER.VA1S. Et que faites-vous en ce moment? GtUVET. Oh ! je ne mets plus à la loterie.. fi donc !.. c'est dos bêtises, la loterie !.. c'est bon pour les niais .. Maintenant je vis de mon industrie .. je fais des alfaires ... ST.-GERYA1S. A la Bourse? GR1VET. Hé Thé !.. la bourse y est bien pour quelque chose. ST.-GK)l\ aïs. Malheureux! où avez-vous pris ces affreux principes? GRIVRT. Oh?., au mélodrame, avec Cartouche, Mandrin, M. Poulailler, et autres gens fort inléressans . . Tenez, M. Servais, «non cousin, car à présent vous ne me paraissez plus si fier . . et vous êtes en état d'entendre les conseils . . qu'on peut vous donner .. Ecoutez bien les paroles d'un ancien .. M. Crisokal me disait encore L'autre jour. . car il est revenu |'e la campagne, M. Crisokal, et il va reprendre les affaires.. ■1 me disait, dis - je : Normand, mon ami.. ( Normand , c'est '* l'nysan perverti. [ 5 j 66 mon nom de société. . ) il me bonne pour tous ceux qui l'entourent! . . Je prie Madame <'e vouloir bien me permettre de venir la voir quelquefois, A son retour. 68 LA BARONNE. A mon retour, ma pauvre Julie! .. j'espèré bien ne plus revenir. mus. Quoi ! Mailame, votre projet serait... Lit BARONNH. De me fixer A la (ferme de Marville (pie j'achète; et de vivre avec mes souvenirs, sinon heureuse, Julie, du moins tranquille et solitaire. m UK. Riche comme vous l'êtes, renoncer aux plaisirs de Paris ! LA BABONNK. Les ai-je connus ces plaisirs?., il ne sont pas faits pour moi, ou plutôt mon coeur n'est pas l'ait pour eux. JDLIK. Oue je voudrais pouvoir vous accompagner !.. Je crains que cette dame ... LV lf ABONNE. M. Déligny m'a répondu d'elle, et cela me suffit. Aile/., Julie, et n'oubliez pas de me réveiller sur les trois heures. .Il LIK. Oui, Madame. {Bile sort.) Scène Y. LA BARONNE, tettle. Je vais donc revoir les lieux ofi j'ai passé mon enfance! je rais habiter celle ferme où mon coeur s'ouvrit à ces p re ' miers sentiinens dont le souvenir se répand sur toute la Qniaze ans se sont écoulés, et cependant il me seinl'le que je vois encore tous les êtres chéris dont je fus entourée: la mère de Gervais, son respectable père, et Gerv*' lui-même , . . Digne Germont, ô le meilleur des hoinn""" pardonne-moi ce retour vers mes premiers amis... ta respec table image i( tout entière dans le coeur de <> L'infortuné! que peut-il être devenu? Déligny m'avait promis de s'informer . . Ma soirée d'adieux a été si nombreuse qu'il ne m'a pas été possible de lui parler en particulier. Dé- %ny croit que je pars pour un voyage de quelques jours, il ne se doute pas qu'il est une des premières causes qui me font quitter Paris; j'ai pour lui une estime véritable, c'est un homme d'honneur, mais ses assiduités m'accablent, et ses sentimens qu'il croit me cacher . . et qui percent dans tous ses discours, ont pour moi je ne sais quoi de cruel, de révoltant! L'amour!., oh! plus jamais. . Le mariage!., où trouver un ami comme celui que j'ai perdu? (Elle reste un moment accablée.) Scène VI. LA BARONNE, JULIE, ensuite Mme. de ST.-ANGE. JULIE. Madame, voici votre femme - de - chambre ; elle attendait en-bas depuis long- - temps. LA BARONNE. C'est bon! Julie, approchez un fauteuil et laissez-nous. (Julie avance un fauteuil et sort.) Scène VIL LA BARONNE, Mme. rus ST.-ANGE. (Tout annonce en madame île St.-Muge l'indigence et le chagrin.) Mme. SB ST.-ANGE, Je viens, madame la Baronne .. BAKONNK , avec boiitrf. Asseyez - vous, Madame; ce bon Uélignj qui vous connaît , m'a dit que votre projet.. Ciel ! . . Mme. lie ST.-ANGE, avec un cri. Grand Dieu! LA BARONNE, Madame Roberville! Mme, De ST.-ANGK, (.Jvec entraînement.' Justine ! c'est vous ! . . c'est vous!.. (Se r ei , remmt ) Pardon, madame la Baronne.. 70 LA BARONNE. Non! Justine.. toujours Justine! pour vous., toujours elle., qui vous dut l'honneur, la vie, et qui vous doit sa fortune.. Quoi ! c'est vous .. vous que je retrouve.. et dans quelle situation! est-ce donc-là le prix de vos bienfaits? Mais grand dieu! elle pâlit!.. (appelant). Julie !.. Julie !.. Mou amie, reprenez vos sens, nous sommes seules. Mme. OR ST. - ANGK , revenant à elle. Madame! . . Justine! . . mon amie! . . LA BARONNE, s'élance dans ses liras av ec effusion. Oh ! toujours ! ! ! ( Elles restent un moment dans les brus l'une de Vautre, ) Mme. oiï ST.-ANGE. Ah ! voici depuis huit ans, mon premier plaisir.. je puis pleurer.. LA BARONNE , avec un inle'rèt du coeur. Çuoi ! mon amie.. vos malheurs ?.. Mme. DE ST.-ANGE. Ils sont affreux!., je croyais que vous les connaissiez. LA BARONNE. J'avais au contraire entendu dire . . Mon mari, vous le savez, m'emmena dans la terre d'Ombreval qu'il venait d'acquérir non loin de Mézières, et j'y suis restée sept ans, occupée du honneur de notre respectable ami.. A mou retour à Paris, il me fut impossible de vous retrouver. Mme. DE ST.-ANGE. Hélas! Germont m'avait prédit tout ce qui m'est arrivé; et si j'avais suivi ses conseils., et les vôtres, madame•• mais cet amour des plaisirs qui dévorait ma vie, ce désir «I" 3 briller, d'éclipser mes rivales; une légèreté naturelle, m 0 " insouciance, tout m'entraînait à ma perte. A peine le ho" M. Germont se fut-il éloigne" dé moi que mon infortn»* commença . . Roherville avait contracté des dettes énorme* au jeu ou dans ses fausses spéculation!, et tout-à-coup, I e me vis, au milieu même des plaisirs, forcée de quitter 1 hôtel que {'habitais. . Tout fut saisi, tout fut vendu! . • alors l'abime ou j'étais tombée.. Il était trop tard.. Kobei- ville chercha, et, vous le dirai-je, il parvint à me rendre »" peu de courage, et les illusions dont je m êlais toujours P« r " cée.. Avec les dernières ressources qui me restaient, les dl»" inans qui me paraient encore... il se procura les fonds neceS- 71 saires pour loner nu hôtel dans Ja me .lu Heldftr, et il h< •le sa maison un de ces rendez - vous hrillans, trop communs dans l'aris, où des (aides de jeu et la réunion de quelque* femmes citées par leur beauté, attirent les étrangers et les jeunes gens sans expérience.. Vous frémissez, madame! ah! le ciel m'est témoin de tout ce que j'ai souffert dans cette horrible maison, pendant trois ans d'une fausse splendeur.. Ce rêve pénible devait avoir un terme., le réveil fut encore plus horrible! . . Kohervillc fut arrêté, accusé d'avoir abusé de la confiance publique . . il fut Condamné à une houleuse réclusion., et moi, madame, et moi. reconnue innocente, et rejetée de la société qui me fuyait avec effroi, je lus forcée, pour vivre, de descendre à l'état où vous me voyez aujourd'hui.. Le hasard me fit rencontrer M. Délignv dont j'avais connu l'honorable liimille.. nia destinée devint moins all'reuse; niais le ciel me réservait la leçon la plus terrible, en me conduisant auprès de vous dans l'état d'avilissement où je suis tombée. LA BARONNE. Ahî si le malheur vous a frappée, votre âme du moins est toujours la même!.. Laissez-moi, laissez-moi contempler vos traits .. j'aime à y retrouver cette douceur qui nu; fut si précieuse, et cette dignité qui sied si bien au malheur . . Mon amie! ma véritable amie!., vos souffrances sont finies, vous voilà riche à présent, riche de toute ma fortune. „Je ne veux voir en vous qu'une compagne," me disiez*vous il y a huit ans... vous vous en souvenez, moi je ne l'ai pas oublié . . . Eh! bien {avec effusion) voire compagne vous est rendue! . . Mine. DE ST.-ANGK. Qui m'eût dit que la baronne d'Ombreval était cette Justine... LA nAllONNK, avr. grâce. Ne parlons pas de ce titre! il me rappelle le. seul travers du plus respectable des hommes; sans doute, tout le momie doit payer son tribut aux faiblesses humaines . . puisque Gennont, cet homme si sag-e, si raisonnable, ne put se défendre à son tour d'un sentiment de vanité. Devenu libre , l possesseur de la baronnie d'Ombreval; fier de quelques services rendus au gouvernement en des temps difficiles, il sollicita et obtint le titre pompeux île bai-m: ('•'•tait un traders, sans doute; mais cette chimère embellissait les Vieux 7:! /ours d'un honnête homme («*« #*rtt\ et peu «le titres furent portas avec autant fin de m'assu rer par moi-même . . (" montre In porte do lu chambre on Sl.-Gervais esl cac/if.) LA BARONNK, »e mettant au-devant. Arrêtez, arrêtez, Monsieur! . . JU IF., il part. Oue dit-elle? LE SERGENT. D'où vient ce trouble, Madame? LA BARONNE, avec un peu d'égarement. De quel droit, Monsieur, venez-vous faire de» recherches chez moi, qui ne me plains point, qui ne von» appelle pas, qui n'ai pas besoin de votre secours» JOLIE, à part. Comme elle est émue! LE SERGF.NT. Cet appartement communique par le jardin à la maison voisine, et la prudence exige . . LA BARONNE, restant devant la porte. De grâce, Monsieur.. (h pwr*.) Comment empêcher qu'il ne tombe en leur pouvoir? . . l'infortuné! . . (Comm* . rapfu'e d'une idée.) Ah!., ô Germont ! pardonne, pardonne • ' tu lis dans mon coeur, (haut.) Ma résistance, Monsieur» doit vous paraître singulière.. Je sais tout le respect qu'on doit aux lois., mais ne peut-il pas exister des circonstance 8 on la délicatesse semble ordonner de ne pas chercher 4 tout pénétrer . . On vous a dit qu'un homme s'était introduit par cette croisée... mais ici quels objets dérangés attestent la présence d'un malfaiteur? LE SERGENT, Indécis, Mais . . Madame . . LA BARONNE. Encore! . . eh bien! Monsieur, puisqu'il le faut absoH'" ment, apprenez . . (avec effort.) apprenez qu'un inaria£ e secret . . JULIE. Ou'entends-je? I.K SERGENT. Un mariage secret . . 7!» LA BARONNE, avec violence et égarement. Oui, oui, Monsieur . • un mariage secret, contracté pour E LA TROISIÈME JOURNÉE.