Répertoire du Thédlrefrançais à Berlin. M 108. TOUJOURS, ou h A VENIR D'UN FILS, COMÉDIE-VAUDEVILLE EN DEUX ACTES, Ml MM. SCRIBE ut VARNER. Prix! 20 Sgr. (16 gGr.) Berlin, 1833. Ch ez Ad. Mt. s c h 1 e 8 i ii g e r , Libraire et Éditeur de Musim, unwr den Lindcn No. 34. * PERSONNAGES ACTEURS mad. dkrihilly AIDl lMI. son fils CLAKISSE, sa pupille MATH1LDK, sa niice JOSEPH, domestique do Madame Oermilly Mad. ïimcn. Mr. ISIDORE. Mlle. BDMLUt, Mlle. T.ANCESTIin. Mr. MARWS. l'a scène se passe, au 1er acte, il Paris : et au 2e acte, dans le ehi'lC" de la f 'aupalivre. ACTE PREMIER. Le théâtre représente un talon élégant; porte au fond, cl portes latérales; la porte du fond, f/ui reste toujours ouverte, laisse voir mie autre pièce qui sert de passage à la société qui se rend dans les apparie- mens. Sur le devant du théâtre, à droit* de tac- leur, une petite table couverte d'un tapis. Scène I. CLARISSE, AltMAND, entrant vivement par le fond. CLARISSE. laissez-moi, monsieur Armand, laissez-moi. ARHAND. Non, Clarisse, vous savez combien je suis malheureux, et combien je tous aime. CLARISSE. C'est mal à vous ... ce n'est pas généreux . . . Où nn 1>ap eit amour peut-il vous conduire? . . i Vous êtes riche; ja "ai rien. ARMAND. RI» qu'importe! vous serez à moi; vous serez ma femme; 11 n 'y a pas d'obstacles qui puissent s opposer à ce que j'ai r Scène II. ARMAND, CLARISSE, JOSEPH entrant parla porto à droite. ARMANI), avec impatience * Çu'est-ce qui t'amène? Qu'est-ce que tu veux? 'JOSEPH. Je ne veux rien . . Ou n'est pas depuis trente ans domestique dans une maison, pour ne rien faire . . aussi je fais mon inspection accoutumée. Je viens voir si, dans ce salon, tout est bien â sa place . . [Avec intention.] Si tout, enfin, es' comme il devrait être , . et je ne crois pas , , . ARMAND. Qne veux-tu dire? JOSEPH, rangeant quelques meubles. Je «lis que j'ai bien fait d'arriver pour remettre les chose* dans l'ordre . , . Comme il y a ce soir un bal, une grande réunion. ARMAND, Joseph, tu abuses étrangement de ton privilège de vie»* serviteur . . Mais je suis encore plus que toi dans la maison- JOSEPH. En un sens . . . c'est possible . . . mais sous d'autre» rapports . . . D'abord vous n'y êtes pas depuis si long-le"'!' 8 } que moi . . Il n'y a pas un seul meuble que je n'aie essuy e et épousseté tant de fois, que l'habitude de nos relations . • ARMAND. C'est bon . , . c'est bon . . , JOSKPH. Nous a presque rendus confrères . . Je me regarde co 01 * me du mobilier. ARMAND. Oui; mais de mobilier, on eu change quelquefois; *•* tout quand il est vieux ... et je pourrais bien finir p» r e congédier. ' Joseph, Armand, Clarisse. JOSEPH. Moi, monsieur! . . Vous me faites de la peine pour vous quand vous me parlez comme ça . . Est-ce que c'est possible) • • est-ce qu'il ne vous manquerait pas quelque chose, si fe " étais pas là pour vous aimer [Reste d'Armand], pour vous impatienter) . . . Vous y êtes fait, et moi aussi ... et on ue change pas comme ça ses habitudes. ARMAND. C'est bon! . . en voilà assez . . Ofi es» ma mère) JOSEPH. Dans sa chambre, où elle vous a déjà demandé ; car ordinairement [regardant clarine] elle est la première personne que vous embrassez dans la journée. ARMAND, sévèrement. Il suffit ... [A Clarisse.] Je vais la voir et lui parler. CLAHISSK. Et moi je vais achever ma toilette . . [Bas, lui montrant la porte à droite.] Adieu ; si vous m'aimez, du courage . . f Kllc sort par la porte à gauche.] Scène III. JOSEPH, ARMAND. AHMAND, a part, avec trouble. Oui, elle a raison . . . du courage. [Haut.] Tu dis que "ta mère est visible) elle n'est pas souffrante) JOSEPH. Toujours un peu . . . Ma femme qui avait entendu du ''•'Hit cette nuit dans sa chambre, est entrée . . . elle dormait sommeil agile ... et elle disait à voix haute: „Mon *"*!-.. mon lilsl" ARMAND. Ouoi ! U1 ême en dormant, j'occupe encore son coeur et sa l'eusée) JOSKPH. Sa pensée! . . . elle n'en a qu'une . . . c'est vous! . . . e,, e a toujours été trop bonne ... ce n'est pas comme ça que ) entendu l'éducation des enfaus .. et si elle avait cru mes avis.. s ARMANI», A pari. Et se décider & l'affliger! ..il faut cependant. .[A JalephJ Elle est seule, ll'est-il pas vrai? [Il va pour entrer dans la chambre A droite. *] JOSEPH. Un notaire es» avec elle depuis midi . . et je ne sais pas s'il y est encore. ARMAND, au moment d'entrer, d'arrêtant. [Vivement.] Dans le doute, je ne veux pas la déranger . • plus tard . . j'ai le temps . . rien ne presse. JOSKPH. Entrez toujours . . tous n'eu serez pas fâché. ARMAND. Çue dis-tu? JOSEPH. I Vous savez, celte belle terre de la Vanpaliere, ofi toi'* avez été au mois d'octobre, et dont vous ("les revenu enlho"' siasmé? ARMANI». Je crois bien . . un domaine magnifique . . la plus be" e chasse du monde. JOSKPH. Madame vient de l'acheter. ARMAND. Esf-il possible! . . Ah! c'est ponr moi. JOSKPH. Et pour qui donc? ... ce n'est pas pour moi, à coup "rtr . . . un château gothique . . . des appartenons immense!* qui donnent un mal A nettoyer, et à frotter! . . . mais de* qu'il s'ag-it de vous, madame, qui d'ordinaire, est une raisonnable, sacrifierai! avenir, santé, fortune . . . Ces! n»" duperie ... ce n'est pas ainsi que j'élève mon fils, le P* M< Joseph ... je ne lui donne jamais rien, de peur qu'il » ol< ingrat . . Mais tenez, tenez . . . j'entends madame ..#•*" lez la remercier ... et puisque vous voulez lui parler . • • ARMANI». Ah mon dieu! . .. dans ce moment, je ne ponrais jamais • • . un rendez-vous . . . une affaire importante ... au cafe Torloni . [h , or , , 0 ,,„„, -, *J Armand, 'j-jjh. Scène I V. JOSEPH, puis MAI). DERMILLY. JOSEPH. C'est ça ... le voilà parli ... an lien de remercier sa mère, de l'embrasser! Ah! ces jeunes gens! ces jeunes gens! voilà ce que c'est que que j'eusse d'autres idées; mais je me disais: yuaud je ve '^ mon cousin, et il faudra bien que cela arrive . . • ce amusant de lui raconter qu'il ne me connaît pas, et l 1 ^*^ le connais ... et que je l'ai vu en cachette au milieu de e^ cents personnes . . . Mais, par exemple, ma lante, vous lui direz pas ce que je vous ai raconté tout-à-l'heure . • [A Jc-ssBh.] ui loi non plus, Joseph . . . vous sentez bien q C'est entre nous . . . [Joseph passe à la droite de Mme. De""' Mais pardon ... je parle, je parle ... et vous «» ez 17 trouver bien bavarde ... ne le croyez pas . . , ,' e guis con- 'ente, et voilà tout. MAI). DERMILLY. Et moi aussi ... je suis enchantée maintenant de cette rencontre; et tu en parleras ce soir à ton cousin, en dansant ' a première contredanse. MATHILDR. Comment! •.• que me dites-vous? ... un bal? •■■ MAI). DKKMILLY. Pour toi, mon enfant. MATHILDR. Ah! que vous êtes bonne! ... et quel plaisir! MAO. DKKMILLY. C'est aussi ma surprise, à moi ... un impromptu! MATHILDE. Par exemple! vous auriez dû m'en prévenir d'avance ... Parce que moi qui n'ai là que ma robe de pensionnaire . . n'est pas pour moi - . . mais pour mon cousin . . . [Avec "aridité,] J'aurais voulu qu'il me trouvât jolie ... et que ce *°'r ... il pensât de moi ... ce que nous avons pensé de lui * ' • [Vivemeni.] C'est peut-être mal ce que je dis là? ... MAD. DKKMILLY. Non, mon enfant. MATIIILDK, gaîmcnt. l'iint mieux . . . n'y pensons plus ... le plaisir de dan- Ser vaut bien celui d'être belle. MAI). DKKMILLY, lui prenant la main. Çuoi! vraiment! . . . pas plus de coquetterie que cela? " • • [A Jo. ep k.] ç„ e te disais-je ! ... et quel trésor ... [a ■«NU».] Eh bien! mon eufant, si tu n'es pas coqueite, moi, le le «ois pour toi et tu trouveras daus ta chambre une P a «ire ae bal q||i t - eS , destinée. MATIIILDK , sautant do joie. Ah! ma bonne tante! ... [Viveu.e,.i.J Y a-t-il des Heurs? MAD. DKRMILLY. Certainement. MATHILDR, de mcuic C»e guirlande ? Toujours, ou Vavant, U nit Jih. liil>- A »' 108> 1* MAI). DERMILLY. Oui, vraiment . . . c'était à moi de parer ma fille bien- nimée. MATH1LDK. Ma fille ! ... ah ! que je vous aime quand von» parle/ ainsi! [Ane curiosité.] Mais, dites-moi donc, cette robe . . • est-ce que je ne peux pas la voir et l'essayer? ... ce n'est pas que je sois impatiente ni curieuse ... mais enfin, si elle n'allait pus bien. MAI). DERMILLY. C'est juste . . . Joseph, dites à votre femme de conduire Mathilde dans sa chambre, qui est à côté de la mienne, JOSEPH. Oui, madame. MATHILDK. Adieu, ma lanfe . . . adieu ... [MriUnt] ma ... ma mère- MAI». DEKM1LLY, l'embrassant vivciu.nl. Mon enfant . . . [puis se reprenant] pas encore . •. pas r "~ core . . . mail bientôt, je l'espère. [Mathilde sort avec Joseph par la porte a droite.] Scène VI. MAD. DERMILLY, puis ARMAND. MAI). DERMILLY. Oui, quand mon fils la connaîtra ... il sera trop l> el1 ' reux de recevoir de mes mains nu pareil présent . . • ^ e f' lui ... 11 faut lui apprendre mes intentions, et savoir dément quelles pensées l'occupent ... [Armand »ntr« par le fo»'"' Comme il a l'air triste! . . . [Avec inquiétude.] O mon die"' mon pauvre fils! ARMAND à part, l'apercevant *. C'est ma mère ... il n'y a plus à reculer ... allons, ^ courage! [Allant à elle, cl lui baitant la main.] Je puis enfin v voir et vous remercier de vos nouvelles bontés . . • J' a ' f pris par Joseph, par une indiscrétion peul-être, l'acqutsi que vous venez de faire de ce beau domaine. MAI>. DKKMII.LY, avec émotion et bonté. Tu m'en avais parlé faut de fois ... tu semblais le de» 1 ' * Armand, Mad. D«raiu>, 10 rer • . . et mon bonheur à moi, c'est de satisfaire tes voenx, quand je les Connais [le regardant avec attention] ou du moins, quand je peux les deviner. ARMAND, à part. Si elle me parle ainsi, je n'aurai jamais la force .,. MAI». DERMILLY. Et puis, s'il faut te l'avouer, j'ai encore d'autres idées eu achetant ce château. ARMAND. Et lesquelles? MAI). DERMILLY. J'espère que ce sera mou présent de noce. ARMANI». O ciel! que voulez-vous dire? *'AI». DERMILLY, «'asseyant et lui faisant signe de s'asseoir près d'elle. Viens ici près de moi, et causons ... Il y a lon»;-temps ^■e cela ne nous est arrivé; et il me semble, mou iils, que *u dois avoir besoin de moi. ARMANI), avec effusion. Oui, ma mère . . . oui, vous avez raison. MAD. DERMILLY. J'en étais sure . . . mon coeur me le disait . . . éconte- n, °' ... tu me répondras après. AIR de Tt'nirrs. <»n te l'a «lit: quand la mort de ton père Vint dans le deuil nous plonger tous Ul deux, J'étais bien jeune, et ma famille entière Voulait pour moi préparer d'autres noeuds, .le résistai; ear je songeais sans cesse Ou'un autre époux, en me donnant «a foi, Eût exige sa part d'une tendresse Oui ne devait appartenir qu'à toi. ARMAND. Ah! ma mère! MAD. DERMILLY , continuant. Me trouvant à la tête d'uue fortune déjà considérable, je '' 8 > conservée, je l'ai augmentée pour toi, mon entant! . . . et quand je te la laisserai, tu en useras 4 j'en suis sure, notablement, comme elle a été acquise. L2* ] 20 ARMANI). Ah! loin de nous de pareilles idées. ItlAl). DKRMILLY. Oui sait? ... je suis faible, souffrante, et je ne voudrais pas te quitter, mou ami, sans avoir légué à quelqu'un choisi par moi, le soin de te rendre heureux ... Je désire donc que tu te maries . . . mais je voudrais, avant tout, que celle volonté fut la tienne. ARMAND, avec joie. Rassurez-vous, ma mère; c'est aussi mon unique pensée; car, s'il faut vous l'avouer, il est quelqu'un que j'aime • • • comme je n'ai jamais aimé. MAI». DKRV1LLY, à part. O ciel! ARMAND, avec chaleur. Il n'y a pas pour moi de bonheur possible, si je ne pouse ... si vous ne consentez à me la donner pour femme- MAD. DERMILLY. Et qui donc? ARMAND. Votre pupille . . . Clarisse. MAD. DKRMILLY, à part et alterne. O mon dieu! ... il est donc vrai! ... ARMAND. Çu'avez-vous, ma mère! . . . Votre main tremble • • ' Tous souffrez? MAD. DKRMILLY, cherchant à ranimer se» forcel. Non, non, ce n'est rien, mon fils ... je ne veux c"" 1 me loi que ton bonheur ... [KUc ac lève, Armand »c lèvo auns'-J ARMAND, avec joie. Est-il possible! MAD. DKRMILLY. Mais calme-toi, et laisse-moi te parler . . . Pour q"«'* bonheur existe, il faut être bien sur «le la personne à q 1 " le confie . . . savoir si son esprit, son caractère, tout c« ««ine, elle y a puisé toutes ces idées d'aristocratie au- K' a 'se ... ce besoin de dignités et d'bonneurs qui tourmen- »' raî 're. l Elle arrange '■' < uillad. Dcrmilly. 25 MATHILDR. One vous êtes bonne, ma tante! . . ce sera (ou/ours bien. MAf). «KRM1LLY, a part. Ah! si elle savait pour moi «le quelle importance . . . [Haut.] Ecoute, mon enfant, fais bien attention à ce que je vais te recommander; et tâche surtout, dans ce bal . . . MATHILDR. Quoi? ma tante. MAD. DERMILLY, s'arrêlant, 1 part. Non, non ... ne lui donnons point de conseil . . . laissons-la être elle-même . . . c'est par là qu'elle doit plaire. .. tH«m a Mathild*.] Tâche de bien t'amuser: voilà tout ce que h te demande. MATHILDE. Oh! vous serez obéie . . . Songez donc que c'est la première fois que je vais au bal ... au bal pour de vrai . . . Car chez nous c'est bien différent: Air ilu vaudeville île l'artie et Revanche. IHcme aux grands jours, c'est entre ilcmoiselles Qna l'on danse à la pension; Point de danseurs, do figures nouvelles, Cela nuit à l'illusion: Madame a beau nous prêter son salon . . . Le maître vous guide en personne, Sur sa pochette ... et l'on ne sait vraiment Si pareil bal est un plaisir qu'on donne, Ou Lieu, si c'est la leçon que l'on prend. Aussi, moi qui n'y suis pas habituée ! je m'essayais lont- à-l'heure devant votre glace, pour le moment où ou viendra •n'inviter . , , [g'ajMvaut «t l'inclinant.] Avec plaisir, monsieur • • • à moins que ce ne soit Armand ... et alors je lui dirai: Avec plaisir, mon cousin. M ad. DKRIMLLY, avec effroi. Et ta robe que tu chiffonnes ! . . . MATHILDK, se levant vivement. C'est vrai! ... mais aussi pourquoi n'arrive-t-ou pas î .,. l>erd du temps. MAD. DERMILLY. Tais-toi, l'on vient ... [A part.] C'est Clarisse. un 26 Scène VIII. MATHILDE, Ma.>. DERMILLY, CLARISSE, sortant de l'appartement à gauche, en robe de bal. CLARISSE, à part, et entrant en rêvant. Il obéissait à sa mère ... il renonçait à moi ! . . . heureusement un seul mot a changé toutes ses résolutions . . • et maintenant, je l'espère, je n'ai plus rien à craindre . • • [Apercevant Mail. Ucrmiiiy.] Ah! c'est vous, madame? MAI). DERMILLY. Déjà prête, Clarisse . . . c'est très-bien. MATHILDE. Oh! qu'elle est jolie! . . . M AD. DERMILLY, à Clarisse, montrant Mathilde. C'est ma nièce Mathilde ... la fille de la maison . . • MATHILDE, passant près île Clarisse. « Presque une soeur! ... et je serai bien heureuse si vous ine regardez comme telle, et si vous voulez bien in'accorder votre amitié. CLARISSE. Mademoiselle! MATHILDE, Oh! j'en ai grand besoin ... à ce bal surtout où vou» me guiderez . . Moi, je ne sais rien . . . toul-à-I'heure défi j'avais mis ce bouquet à ma ceinture; et sans ma tante q"' m'a dit que cela ne se faisait pas . . CLARISSE, avec irimie. Mademoiselle sort de pension ? MATHILDE. Oh! mou dieu oui . . CLARISSE, tic même. Ou le voit bien. MAD. DRRMILLY, avec intcnli.in. Ne fut-ce qu'à sa franchise, à sa confiance. [La tftoty 1 * f iii entendre.] Voici déjà quelques personnes qui viennent. [Elle v ii dam la Mlle du (bnd.1 [La musique se lait entendre. On voit passer dans te fond plusieu' 9 * Mad. Demilijr, Mathilde, Clarisse. 27 cavaliers donnant la main a «les le maintenant qu'il y aurait plus de danger à ne rien dire. MAO. DKRMILLY. Tu as raison ... je veux tout savoir. JOSKl'H. Ilya quelques instans, en descendant à l'office, chercher Cfl plateau ... je me rencontre nez à nez avec M. Armand, Mais ce mariage que désormais rien ne peut rompre, ma «mère n'y consentira jamais . . . après la promesse que je «lui ni faite, je n'ai même plus le droit de le lui demander., «et tu as reison, il faut partir ... il faut nous éloigner . . . «mais si je rentrais ce soir ... si je voyais seulement ma «mère . . . toute ma résolution m'abandonnerait ... je ne «partirais pas . . . ne sois donc pas inquiète, si tu ne me «vois pas à ce liai ... je m'occupe de tout préparer pour «notre fuito ... et dès que tout le inonde sera parti, quand «tout reposera dans la maison, descends au petit salon, tu «m'y trouveras." [KHc laisse tomber sa tète sur sa poitrine, et garde un instant le silence.] Je l'ai lu! . . . je ne puis le croire encore.....u enlèvement ! . . . c'est mon iils qui m'abandonne, qui en a conçu 'e projet ... oh ! non . . . [Avec douleur.] Mais il y consent, du moins . . . entraîné, séduit ! ... et ce serait là sa femme ! . . . et il lui confierait sou bonheur! . . . Mon dieu! . .. mou dieu! . . . que faire.' ... Je ne puis cependant pas laisser perdre mon (ils ... le vouer aux regrets, au inalhnur ... à 'a honte peut-être! . . . non, non, jamais . . . Allons, allons ! courage! . . . lie cédons pas encore la victoire . . . tout doit me seconder, et me défendre . . . ma cause est si juste! ' • . [Voyant Mathilde ijui entre.] Ah! c'est toi, mon enfant? . .. Scène XII. MAD. DERMILLY, MATHILDE, m atiiii.dk. Oui, ma tante ... je ne peux plus rester là-dedans . . . Ce s( trop triste ... je croyais toujours que mon cousin vieu- ,,r «it in'inviter ... et ce bruit de la danse, cet orchestre . . . Ces parures . . . tout ce monde qui m'entourait, et me faisait *' e s Compliment . . . c'était charmant! ... en attendant . . . ,n «'s maintenant, je suis fatiguée, ennuyée, et je n'ai phiS J*Tie de danser du tout, du tout . . . c'es(-à-dire encore une peut-être ... et encore, je ne sais pas !.. . MAI). DKKMILLY. Pauvre enfant! matiiii.dk. Mon cousin viendra donc bien tard? 32 MAD. DKRM1LLY. Tu ne le verras pas ce soir . . . une affaire imprévue* indispensable, le retiendra toute la soirée loin de nous. MATHILDK. O ciel ! quelque affaire d'intérêt ! ... quelque perte, peut- être? Mad. DKRMILLY, vivement. Oui, c'est cela . . . pas autre chose. MATHILDK. Ah! tant mieux . . . Eh, bien! matante; si, comme MU 1 " Clarisse le disait . , . s'il est vrai que je sois riche . . . prenez notre fortune: elle est à vous et à lui! . . . ne suis-je pas sa femme ? ItlAD. DKRMILLY. Merci . . . merci, mon enfant ... ce ne sera rien, ne l'effraie pas ... le bonheur, le calme reviendront, je l'espè"" . . . c'est de moi, de mou courage que cela dépend . . . u' a '* il est des inomeus, ma fille, bien terribles pour une mère ••* des chagrins bien cruels! MATHILDK. 'i. Dites-les vite, que je les partage. Mad. DKRMILLY. Oh! que ne puis-je te les confier! MATHrH.DK. Pourquoi pas? . .. moi, si j'en ai, c'est à vous que je ' eS dirai . . . mais une fois mariée, je n'en aurai plus jamais • . n'est-ce pas? 01A d. DKKMILLY, à parti Pauvre enfant! si elle savait que déjà ils commencent ?• • [Haut.] Bonsoir, Malhilde, bonsoir . . . voilà qu'on se rétif 6 . . . il est tard . . . rentre dans ton appartement) et dei» : "" . . . je ne sais comment te le dire, car j'en suis plus alH'iî ee que toi . . , demain, on te reconduira à ta pension, ■ATRILDB. O ciel ! moi qui devais rester toute cette semaine près ^ e vous! . . . pourquoi doue? MAD. DKKMILLY. Dans un autre temps, je te l'expliquerai ... mais dan» c e 3.1 •"ornent, notre avenir . . la réussite de mes projeta . . . font dépend de ton obéissance. 1HATHILDR, soupirant. S'il en est ainsi . . . j'obéis . . . Bonsoir, ma tante . . . Ah! je suis bien triste . . . j'ai envie de pleurer. Mad. dermilly. Et pourquoi? MATHILDE. C'est que vous-même . . . Mad. DERMILLY. Moi, du tout . ■ . Allons, embrasse-moi ... et du COU- ^ge. [Mathilde l'ait quelques pas pour rentrer dans l'appartomcnt i ''' "île ; m ais arivee près de la porte, elle se retourne, et dit d'un air ,r >»te i] MATHILDE. Bonsoir, ma tante. Mad. DERMILLY. Du courage . . . [Mathilde pousse un soupir et rentre.] Scène XIII. Mad. DERMILLY, seule. Oui, sa vue m'en a donné ... Je suis plus calme main- ^ ei >ant, el j e I)el|X prendre un parti ... 11 ne tient qu'à moi ? ""'armer de tous mes droits, d'éloigner Clarisse, et de lre à mon fils: „Je veux que vous épousiez Mathilde.'' Je * e, ' x ••. et s'il me résiste, il faudra donc le maudire! . . . s 'd m obéit ... il ne l'aimera pas, cette pauvre entant! ... la rendra malheureuse! . . il adorera Clarisse encore damage! . , t cn% à son âge, loin d'arrêter une passion, les SIa cles ue font que l'exciler et l'accroître . . . Allons! il j y a qu'un moyen . . . bien hardi, peut-être . . . mais c est Se "l qui me reste, et si je connais bien le caractère de Sai"' '' ls ' • ' [■•g»" 1 " 1 au fo '"' J ,e I,e T0 ' 8 I ,1,1S I )ers °"ne an 011 •• • personne . . . que Joseph qui éteint les bougies et ,1 n)e . , 1 ,0l,t e " ordre . • • oui . . . j'ai entendu le bruit des f er »ières voitures ... et tout le monde est parti . . . [ku p trn,e U porte du fond.] Je suis seule . . . attendons mon fils . . . toujours, ou l'avenir d'un fils. H'p. No. 108. I "3 J :î4 [File .'miiic] On monte par le petit escalier! , . . ah! le coeur me bat de frayeur! ... et c'est lui qui eu est cause! . • • qui me l'aurait jamais dit? . , . Scène XIV. Mad. DERMILLY, ARMAND, entrant par la porte à gauche. ARMAND. Ah ! que cette soirée m'a paru longue ! ... et maintenant que l'instant approche, je voudrais l'éloigner . . Dieu! ma mèrel . . . MAI). UKRMILLY, avec douceur. Je t'attendais, mon fils ... et tu Tiens bien tard. ARMANI». Oui ... je n'ai pas pu . . . j'ai été forcé ... ou plutôt» je me suis cru obligé . . . MAI). DERMILLY, «le même. Iîe me tromper? ... oh! non, rien ne l'y oblige . • ^ e n'est pas moi que tu espérais trouver en ces lieux? ARMAND. Pourriez-vous le penser? . . . m An. DEKM1LLY.I le sais tout. ARMAND. Eh quoi! . . . l'on vous aurait dit! ... l'on m'a"'* 1 ' trahi ! . . , Mad. DEHMILLY. Non, gWice au ciel ! ... ce secret que j'ai surpris r eS ' e entre nous deux ; et personne que moi n'aura vu roug' r ,no0 fils . . . [Elle lui remet la lettre.] ARMAND, regardant le papier. Ma lettre à Clarisse! . . . Mad. DERMILLY. Je l'ai ouverte ... et qu'ai-je vu? . . . une fui< e " ' n% enlèvement . . . un pareil éclat! . . . commencer aux V e ' du inonde par perdre de réputation celle que tu veux iiomu 1 la femme ... Ah mon lils! si lu m'aveis demandé c0 " se ' ' ... si lu m'avais dit ce malin que cette passiou était »• »° ' 35 s > violente, que tu la plaçais au-dessus de tout . . . même de l'honneur . . . je t'aurais épargné bien de regrets . . . heu- 'euseinent, je le puis encore . . . ARMAND. Et Comment . • • [Musique douce] MAD. dkrmilly. Puisque tu ne peux vaincre cet amour . ■ « ARMAND. Achevez . . . Mad. dkrmilly. Tu le veux . . . ARMAND, à »ca genoux. Eh bien! . . i Mad. DERMILLY. Eh bien ! épouse-la . . • ARMAND. Epouser Clarisse! . . . vous le voulez bien? JOSKP1I, qui entre et qui a entendu ce dernier mot. Qu'entends-je ! ... ce n'est pas possible , . . madame peut consentir . . . Mad. DKRMILLY, passant entre Armand et Joseph. Si, Joseph, . . . à une seule condition, que je vais expli- 1"er à mon lils. ARMAND. Ah ! tout ce que vous voudrez ... j'y soucris d'avance. Mad. DKRMILLY. Donne-moi le bras jusqu'à ma chambre à coucher. JOSEPH. Quelle faiblesse! ... et ce que c'est que de gâter les e,ir «i>» ! . . . Mou lils Joseph épûusera qui je voudrai, ou restera garçon. ARMAND. Ah! vous êtes la meilleure des mères! ... et je vous devrai mon bonheur ! . . . Mao. DERMILLY. Pas eucore maintenant! mais plus tard peut-être ... je .*»pèr a , , , Adieu, Josr-ph! . . . bonne nuit! . . . [Joseph, q U; »n Hambtau, reste immobile; Mad. Dermilly sort par la .droite * v «« Armand..] Il,a toile tombe.'] FIN DU PREMIER ACTE. L3' ] ACTE SECOND. Le théâtre représente un appartement d'un château gothique. Deux portes latérales; une grande croisée auprès de la porte a droite; au-dessus des por' tes de droite et de gauche, des lucarnes en rosace', une grande cheminée; au fond, deux petites porte* aux cotés de la cheminée; un violon posé sur un meuble, un furil attaché à la muraille. Tables « droite et à gauche du théâtre. Scène I. ARMAND, près d'une table à gauche', regarde à eS poissons dans un bocal, Mao. DEUMILLY, assis" à droite, est occupée à broder, CLARISSE, à cô'^ d'elle, tient un livre et lit. ARMANT), regardant attentivement le bocal. Les belles couleurs! ... et quelle agilité! . • • "* restent pas un instant en place ... et tournoient toujo u sans se rencontrer. Mad. DERMILLY. Voilà uue heure que tu es occupé, comme Schahabaha'"» à regarder ces poissons rouges. mad. DMHIIXT. C'est que ces diables de petits poissons sont étonnanS • • ■ quoique enfermés, ils n'ont pas l'air de s'ennuyer. 37 CLAR1SSR. Je croîs bien! . . . une prison de cristal . . . c'est charmant! . . . MAI). DKRMILLY. Qu'on dise encore qu'il n'y a pas de belles prisons. CLARISSE. Moi, je soutiendrai le contraire ... car ici, près de vous madame . . . dans ce vieux château, je me trouve si heureuse! . . . IHAD. DKRMILLY. C'est ce que je désirais . . . Quoique votre mariage fût arrêté, forcée de le relarder de trois mois pour des arrangeons de fortune . . . des comptes de tntèle à rendre à mon ■ • . j'ai voulu du moins que, pendant ce temps, vous ne fussiez pas séparés; et je vous ai amenés dans cette terre,où nous sommes fait la loi de ne recevoir personne. CLAKISSR. C'est vrai! . .. point de fâcheux ... point de visites importunes. ARMAND, renant auprès de Clarisse. Tout entier, an bonheur d'être ensemble . . . aussi voilà *tëja deux mois qui ont passé comme un éclair. MAD. DKRMILLY. Non, six semaines . • . ARMAND. ' Vous croyez? . . . MAD. DERMILLY. J 'eu suis sûre . . . CLARISSE. Les appartenons gothiques ont quelque chose de grau- '°se, de noble, de majestueux . . . ARMAND, le dos A la cheminée. Oui, cela fait très-bien, en été surtout . .. mais en hiver, *™ «ois de décembre, je trouve le grandiose un peu froid. .. m ! • . . hum ! ... je ne sors pas des rhumes de cerveau, ma ' s qu'importe ... quand on est auprès de ce qu'on aime .. a "* le repos et la solitude ... [II se place entre Mad. Derniilly ct Clarisse, en n'appuyant SU r le dos de leur fauteuil.] entre l'amour 38 et l'amitié ... A propos d'amitié, est-ce que votre homme d'affaires ne vous fera pas celle de se dépêchor? ... il n*en Suit pas avec sa liquidation ... et nous sommes ici à l'at- tendre. Mad. PRRMILLTf, Est-ce que cela vous ennuie? . . . ARMAND, Du tout! . . . mais il y a une impatience bien naturelle , . . que vous devez comprendre . . . yuel plaisir d'être ma* riés! • • . d'être chez soi . . . dans son boudoir de la Chaussée d'Autiu ... de bons tapis . . , des cheminées à laBron- sac . . , Air du Partage de la Wchesse. Et puis voici les plaisirs qui retiennent. Car cet hiver on dansera beaucoup; Spectacles, bals, et tant rorhant de la croisse.] Tiens ! voilà Geneviève qui est dans ls parc! . . . Mad. DKRMILLY, so levant. * Geneviève] ARMAND. La fille de la jardinier . . . que je fais causer quelquefois . . . CLARISSE. C'est-à-dire . . . très-souvent . . . ARMAND. Oui, c'est la naïveté campagnarde ... la plus amusante • • . Elle m'a avoué qu'elle avait déjà eu trois amoureux . . . CLARISSE. Fi donc! ARMAND. Amour platonique, bien entendu . • . Ain ila vaudeville ,U Varlie vt Hevunche. A U campagni II n'ai M [■■ ri i j Kl phjloiopln studieux, Moi je compare et leur» moeura et Ici nôtres, * Mail. Ucimilly, Armand, Clarisse. 40 MAn. DEltMILLY, souriant. Maïs, en effet . • . trois amoureux ! CJ.A7UKSF, de méW. Et s'en vanter ... c'est curieux! ARMAND. Voyez alors ce que fait naître La différence des climats ! • . • Car à Paris, on les aurait peut-être; Mais, â coup sûr, on ne le dirait |>at. [A Mad. Dermiiiy, en riant.] Et entre antres, elle m'a cité* Jean- Pierre, votre garde-chasse ... tin imbécile! ... Eh parbleu! cela me fait penser que ce malin . . . [Décrochant son fusil.] Voilà une belle occasion pour la chasse au loup . . . MAD. DERMILLY. Y pensez-vous ! ... il peut y avoir du danger • . . ARMAND. Tant mieux ! ... ça occupe ... ça fait passer un " 10 " ment . . . Mad. DRRMILLY. Et moi, je ne veux pas . . . Vons ne sortirez pas . • • ce n'est pas convenable . . . vous êtes déjà resté avant-bief toute la journée dehors ... et cela fâcherait Clarisse . . . ARMAND. Non ! . . . j'en suis snis sur . . . [A Clarisse.] N'est-ce |>a*» chère amie . . . cela ne vous fâchera pas que je sorte? CLARISSE, d'un air trcs-indifTérent. Moi, nullement . . . ARMAND. Vous voyez . . . MAI). DERMILLY, le retenant toujours. Elle ne l'avoue pas . . . mais je suis persudé" qu'au f° tt ^ cela lui fait de la peine. [Avec intention.] Sans cela elle ne V»" 8 aimerait pas . . . CLARISSE. C'est au contraire parce que je l'aime . . . que I e m e ^ force de cacher le chagrin que j'éprouve . . . Mad. DERMILLY. Tu l'entends . . . 41 ARMAND. C'est différent . . . Dès que cela tous contrarie, ma «hère Clarisse . . . tous êtes bien sure que je resterai . . . q«e je vous obéirai . . . que je ferai tout ce qui vous sera agréable . . , quand je devrais . . . Aussi, je ne sortirai pas de ce fauteuil ... et ne dirai pas un mot. [il s'assied sur un fauteuil, auprès de la table, à droite ] ' MAD. i»i ■ iuiii.lv. Le voilà d'nue humeur exécrable pour toute la journée. Scène II. Les mêmes, JOSEPH. JOSEPH, entrant par la droise. Voici les journaux et les lettres . . . CLAK1SSK, arec joie. Ah! quel bonheur! donne vite.' ARMANI), toujours étendu dans son fauteuil. J'espère qu'on ne les prendra pas tous . . , CLARISSR, prenant deux journaux. Oh non! à vous les journaux politiques, à moi la Ile. ▼ ne de Paris et le Journal des Modes, [mie va s'asseoir a gauche.] [Joseph donne les journaux i Armand, et les lettres à Mad. Dcrmilly.] ARMANI», les comptant. Quel plaisir! ... six journaux ... en voilà pour toute matinée! . . . CLARISSE, lisant. «Les robes de popeline brochées sont ton jours à la «mode . . ." Et moi qui en avais une charmante que je n aurai pu porter . . . quel dommage! . . . ARMAND. Vous pouviez la mettre ici . . • (,'LARISSK. Du la toilette, quand il n'y a personne . . . ARMANI» Personne! . . . c'est aimable pour nous! n MAI). DERMILLY, regardant Joeeph qui essuie une larme. Eh moisi Joseph, qu'as-tu doue? quel air triste? JOSEPH *. Ce sont des nouvelles que je reçois de mon fils Joseph . . , vous savez . . . celui que j'élevais si sévèrement? MAD. RERMILI.Y. Eh bien? JOSEPH. Eh bien! pour se soustraire à mon autorité, il vient, à dix-huit ans de s'engager dans les dragons. MA». DERMIUY, Ah mon dieu! JOSKPH. Et que faire contre un dragon? . . . Comment rainenei' l'enfant prodigue à la maison paternelle? MAI). DKIIM1LLY. En le laissant au régiment pendant un an ou deux • • . et alors, sois tranquille ... il viendra de lui-même nous prier d'avoir sou congé . . . JOSF.ni. Vous croyez? MAD. DERMILLY. J'en Suis Sure . . . [Regardant Armand.] C'eSt 1111 eXCellel'* système que ... Eh mais ! voici une lettre qui ne vient p» 1 * par la poste. JOSEPH. Non, madame . . . elle a été apportée par un courriel 1 . , . un domestique en livrée, qui est en-bas. MAD. DKHIVHLLY, C'est du jeune Edgard. ARMAND. Le second fils de lord Carlille? . . . ARMAND, se levant •*. Avec grand plaisir ... 11 faut lui écrire . . • * Armand, JoMpb, M.id. Derniilly, Clarisse. "* Armaud, Mad. Dermilly, Olariaso, Jn—pli reste au tond. 13 Mai>. DBRMILLY. Non ... ee serait contraire à la résolution que nous avons Prise de ne recevoir aucun étranger . . . ARMAND. Ce n'est pas un étranger ... sa famille était liée avec la nôtre ... et puis un ami d'enfance de ma femme . . . Kl ad. DERMILLY, les regardant tous deux. Si vous le voulez absolument . .. CLARISSE. Moi, je n'ai rien à dire, madame; commandez . . . ARMANI). Refuser de le recevoir serait de la dernière inconvenance ., . D'ailleurs, ce sera toujours une compagnie, nou pour nous qni n'en avons pas besoin, mais pour vous, ma •nère! ... et puis, les devoirs de l'hospitalité ... Le jeune barounet est très-amusant. Je l'ai vu quelquefois à Paris, où nous nous moquions toujours de lui . . . MAI. derinilly. S'il en est ainsi, je vais lui écrire que nous l'attendons à dîner. Mais sa lettre en renfermait uue autre . . . lettre «'amitié et de souvenir . . . adressée à Clarisse . . . CLARISSE. A moi? . . . MAD. dermilly. H me prie de vous la remettre, après toutefois en avoir P r| s connaissance ... ce que je juge tout-à fait inutile . . . ta Toisi, ma chère enfant . . . CLARISSE, sans prendre la lettre. Donnez-la à Armand ... à mon mari ! . . . c'est à lui de >a lire! . . . ARMANI). p ar exemple! . . . quelle idée avez-vous de moi! amant 0u mari, confiance absolue ... La France mainlenant n'est P'us jalouse de l'Angleterre ... H y a désormais alliance el «Yinpailùe . . . Mais allez donc, ma mère . . , allez écrire au barounet . . . CLARISSE. Et moi, je vais in'habiller . . . 44 ARMAND. A merveille ! il y aura grand dîner, grande soirée, ré- ceplion complète . . . C'est la première fois que cela nous arrive ... et puis Edgard est bon musicien . . . CLARISSE, Il jouera du piano . , • ARMAND. Et nous danserons! . . . CLARISSE. Un bal! . . . quel plaisir! ENSEMBLE. AIR du ballet de Cendrillon, M .11). DERMILLY ET ARHADU, Au seul espoir de voir cet étranger Sa \ „. 1 bonne humeur est revenue. Ma / Qu'ici tout prenne une face imprévue ; Ayons bien soin de ne rien ménager, Joseph. Il faut qu'ici, grâce à cet étranger. Tout prenne une face imprévue! On s'met en frais pour fêter sa venue. En vérité ça me fait enrager, ci.ARig.sH, à Armand. A votre ami je dois aussi songer; Moi, (jui suis votre prétendue, Avez éclat pour paraître à sa vue, Je vous promets de ne rien négliger. [Mail. Dermilly et Clarisse sortent par la porte * droite.] Scène III. ARMAND, JOSEPH. ARMAND. Ce sera charmant! quelle bonne soirée! . . • nous allo u * nous diverlir! . . . JOSEPH, i part. Avec de l'Anglais ... il faut qu'il ait bien besoin de s> muser . , . -1.1 ARMAND. Mais il n'est encore que midi ... et je ne sais pas trop que faire d'ici au diuer . . . [8>|ipilMl «ur iV|>auic «i r w^j Ah! ... si tu voulais, Joseph, il y aurait moyen d'occuper le temps . . . JOSEPH. Et comment cela ? . . . moi, je ne sais rien . . . que le '0(0 et les dames ... et, à coup sûr, monsieur ne voudrait pas . . . ARMAND. Tu Tais le discret . . . mais tu sais mieux que moi qu'il y a ici un mystère ? . . • JOSEPH. Ici. . . non, vraiment . . . ARMAND. Quoi! tu ignores? . . . JOSEPH. Ma parole d'honneur . . . ARMAND. Alors ... je n'y comprends rien ... et c'est «ne aventure inconcevable . . . qui pique nia curiosité . . . JOSEPH. Racontez-moi donc ça? . . . ARMAND. Eh parbleu! j'en meurs d'envie . . . Imagine-toi, qu'il y a cinq 0II g ; x jours, je m'étais échappé du salon . . . JOSEPH. Echappé! . . . ARMAND. Eh oui ! ... ma mère ne veut jamais que je quille 1111 "istant ma prétendue: „Kcste-là, p:ès de la femme! . . tar >na mère, qui n'aimait pas Clarisse, l'adore maintenant, et cela augmente tous les jours ... ce n'est pas raisonnable • • • tandis que moi . . . JOSEPH. Cela vous ennuie . . . ARMAND. D u tout ... ce n'est pas cela que je veux dire ... mais 4 G cela m'impatiente ... et elle aussi . . . je le vois bien . . . (ont naturel ... aussi, je te «lisais donc que je m'étais échappé, et je cherchais cette petite Geneviève, qui est bien la plus drôle de fille . . . JOSEPH. Comment! monsieur, une fermière! . . , tous pour* riez . . • ARMAND. Est-ce que j'y pense seulement . . . AlKl Tenez y moi je suis un bon hommc t fclle est plutôt noire que blanche, Véritable beauté des champs; Si .sa bouche est grande ... en revanche Ses yeux sont petits et brillans, Kt l'on dirait quand on regarde Sou nez menaçant et pointu . . . D'un Suisse, avec sa hallebarde, Charge* de garder sa vertu. Aussi je cause avec elle comme avec son père . . . coin* me avec toi . . . quand je ne sais que l'aire . . • JOSKI'II. Je vous remercie . . . ARMAND, Pour en revenir à ce que je te disais ... en prenant I'»'" lée du parc qui conduit à la ferme ... j'aperçois sur la iieig' 6 quelque chose de brillant . . . c'était un médaillon en or • • * un portrait de femme . . . une ligure de jeune lille ... cha r " inaute, enchanteresse . . . JOSEPH. Çue vous connaissez . . . ARMAND. Du tout ... et cependant il me semble que ces traits-'^ ne nie sont point étrangers . . . que je les ai déjà vus • • mais dans quels lieux? . . . mais comment? ... je n'en S" 1 ' rien . . . cela s'offre à moi dans le vague . . • dans les »" a ges ... et je n'y puis rien comprendre . . • JOSKI'II. Ce qui est terrible! . • . ARMAND. Au contraire . . . c'est ce qui eu fait le charme . • • 17 le doutes bien qne je ne pensais plus ù Geneviève . é . }e revins tout occupé de ce portrait, qne depuis une semaine en- l'ère ... je regarde toute la journée, car il y a «la is cette physionomie une grâce, nue naïveté indéfinissables, et je commençais à croire que c'était une ligure de fantaisie . . . 'orsqu'hier! ! . . . voilà l'inconcevable ... le romanesque . . . le sublime ! . . . Hier soir, en rentrant clans ma chambre, je vois briller une lumière à la tourelle du nord . . . JOSEPH. Par ici? . AUMANI». Précisément l . . . nn côté du château tont-à-fait inhabité .. et j'aperçois près d'une fenêtre, à moitié voilée par un rideau de mousseline, et éclairée par le rellet d'une carcelle, "ne ligure céleste et radieuse . . . comme on peint les vierges de Raphaël ... et cette figure était celle de mou médaillon . . ■ trait pour trait . . . j'en suis sûr ... je l'ai dévorée des yeux pendant cinq minutes, après lesquelles la lumière s'est éteinte, et la vision a disparu . , . JOSEPH. Etes-vous sûr, monsieur, d'être dans voire bon sens? ARMAND. Dame! ... je te le demande! ... je n'ai pas dormi de a Huit ... et je n'aurai pas de cesse que je n'aie pénétré ce mystère et découvert cette belle inconnue . . . JOSEPH. Ah mon dieu ! ... et votre future 1 . . . AUMANI). Cela n'empêche pas ! ... ça n'a aucun rapport . . . parce |J ue , Vois-Ui bien, Clarisse ... est à coup sur un grand bon- leur • • . mais un bonheur certain . . • que j'ai là . . . qui " e Peut pas m'échapper . . . tandis que l'autre . . . un être ^poreux . . . „ ue ombre fugitive ... tu compreuds . . . '""», mou cher ami, il faut que tu m'aides à l'atteiudre. JOSEPH. Moi, monsieur! ... y pensez-vous? . . • ak m AN». Par l'era c,lr,os i<é! ... ça nous distraira ... ça nous occu- • • . yu e veux-tu que l'ou fasse à ,1a catnpugue ... au 48 milieu des neiges . . . Sais-tn que voilà six semaines «Te tfî- te-à-(ê(e, et que j'en ai encore autant en perspective ... il y a de quoi périr . . . d'amour ... et si tu ue viens pas à mon aide . . . Air : Ces postillons sont d'une maladresse, Allons! Joseph , à nous deux cette gloire, C'est amusant; et puis un tel projet De ton bon tenip9 te rendra la mémoire ■ . Car autrefois tu fus mauvais sujet. JOSEPH', se re'criant. Qui! moi? monsieur. ARMAND. Cela se reconnaît : Un feu caché dans tes veines circule! Je crois en toi voir un ancien volcan Qui brûle encor! JOSEPH. Moi, jamais je ne brûle, Mais je (urne souvent. ARMAND. C'est ce que je disais . . il n'y a >pas de fumée sans fe" ... Et parlons un peu raison ... Je tne suis levé de I» 1 " matin . . , j'ai bien observé la tourelle du nord . . . elle s deux portes d'entrée . . une par la chambre de ma mère, e< l'autre . . . [montrant la porte à gauche] que voilà ... et coin 016 tu as toutes les clés du château . . . JOSfcPB. Pas celle-ci, je vous le jure . . . car il y a quelq« e * jours que votre mère me l'a redemandée, sans me dire pou* quel motif . . . ARMAND. Tu vois bien' ... il y a un mystère . . . qui irrite «»' core plus mes désirs curieux, et à quelque prix que ce s" 1 '» je saurai ce qui en est ... Dis donc . . . au-dessus de l fl porte ... cette fenêtre en rosace ... si l'on montait par-là?" JOSEPH. Pas possible! . . . ARMAND. Si on regardait, du moins ... on pourrait l'apercef» 1- ' lui parler? . . . 40 JOSEPH. C'est trop haut! . ■ . vous n'êtes pas assez grand ... ni moi non plus . . . ARMAND. Nest-ce que cela? . . . J'ai vu l'autre jour, chez le jardinier, une petite échelle . . . que j'e vais chercher utoi-inê- •ûe, pour qu'on ne se doute de rien . • . JOSEPH. Et si l'on vous voit? . . . ARMAND. Personne! ... ma mère écrit, et Clarisse est à sa toi- j e "e . . . elle en aura pour long-temps . . . Alteuds-moi ,Cl et fais sentinelle . . . [11 sort en courant par la porte â gauche de la cheminée.] Scène IV. JOSEPH, seul. AIR dn vaudeville de la Somnambule. Quelle imprudence et quel délire! niais nous sninin's tous ainsi, je le rois bien! Ce qu'on n'a pas, il faut qu'on le désire, Ce qu'on possède n'est plus rien! Moi, tout I' premier, j'en suis la preuv' vivante} Je ......lisais, lorsque j'étais cillant: Quand donc aurai-j' vingt ans! . . . j'en ai soixante, Kt n'en suis pas pour nia plus coulent. ^ais conçoii-on une tête pareille, et une semblable curio- S " e! • • . Qui diable ça peut-il être? • • . Si on pouvait, ' ) | ar 'e trou de la serrure, regarder uu instant ... [il l'appra- vuV° la '" >rte à ?•■«*••] Dieu! la i ,orte s ouvre ' • • • qw'a»-i« * • • Scène V. J 0SEPII, Mad. DKHMILLY, MAT1IILDE, sortant p« r la porto à Siiuclic. MAD. DKUM1LLV. Silence, Joseph! 0 «jonrt, ou r.wcmr d'un.nu. :i>'i>. tfo. 108. L*J 50 JOSEPH. Quoi! c'est mademoiselle qui, depuis hier, habitait cet appartement? . , . JIAD. DERMILLY. Oui, son père voulait la rappeler! . . . j'ai désiré aup 8 " ravant qu'elle vînt passer quelques jours avec uous, et elle est arrivée hier soir . . . HATBILOB. Si mystérieusement! . . . MAD. dermilly. C'était nécessaire ... Où est mon fils? JOSEPH, Prêt à se casser le cou pour mademoiselle, qu'il a a|' er ' çue de sa fenêtre . . . MATH1LDE. Que veux-tn dire? . . . JOSEPH. Qu'il est décidé à monter à l'escalade pour vous re* 0,r encore ... ne fut-ce qu'à vingt pieds de hauteur. MATHILDB. Mon pauvre cousin! ... et pourquoi donc, ma tante, » e pouvons-nous pas nous voir et nous parler de plein pied? >•' MAD. DKRMILLY. Ecoute, mon enfant . . . as-tu contiauce en moi, et cruiS' tu que je veuille ton bonheur? . . . MATHILDE. Oh! oui, bien certainement . . . MAD. dermilly. tïh bien! . . . laisse-moi faire, et pendant quelque te&P* encore, ne me demande rien . . . Aujourd'hui, nous avo" s du monde ... un jeune Anglais ... tu descendras po« r le dîner ... et je te présenterai alors à ton cousin et a" ba ' ronnet, comme ma nièce. MATHILDE. An diner! pas avant! ... ce sera bien long ! ■ . • Mad. DKRMILLY. Je le conçois . . . surtout si d'ici là il faut encore reste' 51 """"•fermée ... Eh bien,' ... je te permets uue proineuade «'aus le parc. MATHILDK. A la bonne heure! an moins . . . M a». DKRMILLY, lui nu mirant près (le la cheminée la porte par laquelle Armand est sorti. Cet escalier t'y conduira ... et si par hasard tu rencon- ,r &is ton cousin, lâche ou de l'éviter ... ou du moins, de "e pas lui dire ton nom ... tu me le promets? . .. MATHILDK. Oui, ma tante . • • [KHc Wl quelques pas, et s'arrête.] Mais s '1 me devine? Mad. dkrmilly. C'est différent. MATHILDK. Allons ! j'obéirai. [Klle sort par la petite porte à gauche de la •'«émince.] die! Ma». DKKMILLY, la regardant descendre. Mais prends donc garde . . . Elle va comme une étour- Scène VI. JOSEPH, CLARISSE, Mad. DER.Y1ILLY. >«D, DKRMILLY, A Clarisse qui entre et qui lui prescrite un papier. Ouel est ce papier que vous tenez à la main? . . . CLARI88R. Je vons l'apportais, madame ... La lettre que vous m'a- Ve * remise tantôt de la part d'Edgard, contenait pour moi u »e demande tonnelle eu mariage . . . M AU. DKKMILLY, à part, avec joie. O ciel! . . . tXARISSK. J'y ai répondu sur-le-champ • i • Mais cette réponse, je devais lias l'auvoytr sans vous la soumettre. [Lni donnant '"•» lettre.] Daiguty. la lire. [A Joscpli.J Laissei-UOUS. [Joseph aort.] [4* | . r )2 Mat». DKRMILLY, â part. Ah! aï elle pouvait accepter! . • • [Haut et lisant.] ,,Monsieur, „Je «lois m'estimer fort honorée de votre recherche, et ,,je ne puis m'en montrer digne qu'en tous parlant avec franchise. „Une famille respectahle et distinguée ..." etc., etc. . • • ,,. . . Une mère en qui brillent toutes les qualités . . •" [Haïssant la r«t*.] Je demande la permission de passer la phrase . . . etc. . . . etc. . . . „A daigné m'adopter pour * a ,,lille ! etc., etc. Les seuls seutiuiens que je puisse désor- „mais vous offrir en échange de votre amour, sont ceux de „ la reconnaissance et de la sincère amitié avec lesquelles j e „ serai toujours, Votre .... etc. Clarisse de Verneuii»" [Avec émotion.] C'est A merveille ... et je ne doute pas q" e mon /ils n'apprécie ainsi que moi uu pareil sacrifice . . • Scène VII. CLARISSE, ARMAND, Mai). DERM1LLY. ARMAND, entrant par la porte du fond et boitait un peu. C'est inconcevable! . . . j'en perdrai la tête! ... H y 8 de la magie ... et c'est une histoire . . . CLARISSB. Quoi donc? ARMAND. J'étais chez le jardinier, dans son petit grenier, à déero* cher une échelle. TOUTES DRUX. Une échelle! ... et pourquoi? ARMANI). Rien . . . pour m'échauffer ... lorsque de sa croisse tenli<" ,rt . . . [A Mad. Kcrmiily.] Qu'est-ce que cela veut dire? . . . est" ce que son arrivée se lierait avec l'apparition mystérieuse ( ' e la belle inconnue? . . . MAO. DRRMII.LY, souriant. Mais! . . . c'est possible! et je ne dis pas non! . . • ARMANI». Comment cela ! . . . vous sauriez donc ! . . . Mad. DRRMII.LY, passant au milieu d'eux, et les rapprocfcjml d'etti « Oui, mes enfuis ... ce n'est pas avec vous que je avoir des secrets, et je vais tout vous confier . . . Pep» ,s long-temps j'avais des projets . . . des idées de mariage . • ' entre lord Carlille qui n'avait alors qu'un beau nom . • • e * une jeune personne extrêmement riche, que je protège . • • ARMAND. La jeune inconnue ! ■ . . Mad. DRRMILLV. Précisément ! . . . CUriue, Had. Dermillr, Armand. • ta ARMAND. Ah! ... c'est ni) bon parti! ... et elle est à marier! . . MAC. DERM1I.LY. Oui, mon ami! ... Un instant, je l'avoue, j'ai cru mes Projets renversés ; car milord se rappelant une ancienne ami- ,Ie * et ma protégée. <:HKISSR, à part. J e ne connais pas de femme plus intrigante que ma bel- «e-inère. Mad. DKRMILLV, lis examinant aipc intention, E * maintenant, mes amis, que je vous ai tout dit . . . •espère que vous me seconderez ... que vous m'aiderez cha- *»n de votre côté ... à faire réussir le mariage. r mantl va 8 'asseoir près i, Se 56 CLARISSE, faisant un geste pour la retenir. Madame . . . M AD. DKRIHILLY, revenant. Çnoi! . . , qu'y a-t-ilî . . . auriez-vous quelque chose à me dire ? . t . Air de Turenne. Me voila prête a vous entendre ! CLARISSE. Moi ... non, madame ... Ah I c'est trop de bontés ... [Regardant la lettre.] Ah! si j'avais pu la reprendreI MAD. DERMILLY, A part. Comme ils paraissent agites! ARMAND, avec émotion. Eh quoi! ma mère, vous partez! [Clarisse s'assied.] MAD. UEHMI1.I.V, Pour la soirée il faut que je m'apprête . . . Adieu • , • [Les regardant.] Voila, si j'en puis bien juger, Deux amoureux qu'à présent, sans danger, Je puis laisser en tetc-à-tête. [Elle sort par la droite.] Scène VIII. CLARISSE, ARMAND. [Apres un instant de silence.] ARMANI) , allant auprès de Clarisse , et avec embarras. En vérité, ma chère Clarisse, je ne sais comment VO«" remercier ... de la glorieuse conquête que vous m'avez * a " criflée . . . CLARISSE. Cela vous étonne.' . . . ARMANI). Non, sans doute! 57 CLARISSE ,1 bc lcvmit, part. Et ce billet qu'elle va lui remettre, et qui va le désespérer, l'éloigner peut-être! . . . ARMANI). Car enfiu, en échange des tilres et du rang qne vous refusez pour moi, je ne puis vous offrir que le nom, et la fortune bien modeste d'un banquier . . . aussi me voilà maintenant obligé d'honneur ... à reconnaître une telle générosité . . . CLARISSE, avec sécheresse. Par de l'ingratitude, peut-être . . . car tout-à-l'heure, déjà, nette jeune fille dont vous parliez avec un feu, un enthousiasme tout-à-fait inconvenant, devant votre mère et devant moi . . . ARMAND. Une plaisanterie innocente ... à laquelle je n'attache aucune importance • . . CLARISSE, avec dépit. Une plaisanterie ! . . . une plaisanterie innocente ! . . . qui vous fait escalader des croisées, et poursuivre à travers le parc une femme que vous ne connaissez pas . . . mais peu importe! c'est une femme! ... et les hommes s'inquiètent si peu de la délicatesse et des convenances . . . C'est comme l'autre jour, lorsque je vous ai vu rire et plaisanter «vec la fille du jardinier . . . ARMAND. Geneviève! • . • CLARISSE. Ah! fi, monsieur'. . . . c'est si mauvais genre! ... si Mauvais ton! • • • si négociant! • . . ARMAND. Clarisse! . • . y pensez-vous? CLARISSE. Oui, monsieur ... et parce que jusqu'ici, j'ai eu le coii- ra ffe de me taire, croyez-vous que je sois aveugle ou indifférente sur tout ce qui choque mes yeux . • • ARMAND. Et qui p eilt doue les blesser? . . . 5 S im mm Tool ce <|ui m'environne ! . . . rs(-il donc si difficile «le voir que malgré son amitié apparente, vo(re mère ne m'aime point . . . que c'est par grâce, el malgré elle, qu'elle me nomme sa lille ... et qu'en attendant, cl pour satisfaire je ne sais quel caprice, elle nous t'ait périr de tristesse et d'ennui dans ce château. ARMAND l'as un mot de plus contre ma mère ... je ne pourrais l'entendre. CLARISSE A merveille ! . . . vous le voyez déjà . . . son nom seul jette entre nous la désunion et la discorde . . . cela ne peut pas rester ainsi . . . vous choisirez entre nous deux . . . vous renoncerez ou à elle ou â moi . . . ARMAND. Et c'est vous qui prétendez m'aiiner . . . vous qui exigez un pareil sacrifice . . . CLARISSR. lît vous pourriez hésiter après tous ceux que je vous ai faits . . . quand je refuse pour vous un rang, un titre . • • des dignités . . . ARMAND. Prenez garde! . . . car si vous me les reprochez encore, je ne vous en saurai plus aucun gré . . . CLARISSE. J'avais donc raison de vous dire que l'ingratitude • . • ARMAND. Je ne sais pas de quel côté elle est . . . tîLARISSK. C'en est trop ... et après une pareille offense, il faudrait avoir hieu peu de fierté . . . ARMAND. Clarisse, écoutez-moi, de grâce . . • t'LARISSK. Non, monsieur . . . non . . . laissez-moi ... je vous défends de me suivre et de me parler . . . [Kllu «ort par U |>orlc à droilc.l Scène IX. ARMAND, seul. Comme elle le voudra après tout! car voilà déjà la seconde dispute d'aujourd'hui, et c'est ennuyeux! . . 1211e m'adore ! je le sais bien . . ■ je ne le sais nue trop . . . mais ce "'est pas une raison ponr me chercher querelle à tout propos; pour me dire du mal de ma mère, ponr être lière, orgueilleuse, envieuse . , . colère, jalouse ... A cela près, une bonne femme . . . qui aurait un excellent caractère, si elle ne m'aimait pas tant! Aussi, il faut que cela finisse ... il faut qne ce mariage ait lieu . . . parce qu'une fois mariés, nous serons lihres . . • elle fera ce qu'elle voudra, moi aussi, et nous ne serons pas obligea de rester comme ça toute la journée en tête à tête . . . c'est le moyen île toujours se quereller . v . [On entend un prélude de piano dans la chamlire ù gauche. Kcoutant.] Dieu! qu'entends - je! ... le bruit d'un piano . . . la, dans cet appartement ... [Il entr'nuvre doucement la porte de l'appartement, et regarde.] C'est la jeune inconnue! ... je la ■vois d'ici . . . assise au piano . . . Quelle taille charmante'. • • . ah ! qu elle est bien ... et un trésor pareil serait destine à cet Anglais . . . Non! ... ce n'est pas par espril na- bonal, mais si, avant son mariage, je pouvais la lui enlever, in en faire aimer . . . | Voulant entrer , Allons! . . . mais elle esf près de la porte qui coudait dans le parc ... en me Voyant brusquement entrer . . . elle est capable d'avoir peur, '' e s'enfuir ... et elle court mieux que moi ... je le sais Ah! une idée ... [Il prend son violon qui est sur une chaite, et joue l'ai* qu'il vient d'entendre sur le piano. ftïatliilde entr'ouvre dou '«nient la part?, i l entre sur la pointe «lu pied.] pas! Scène X. MATHILDE, ARMANI). ARIHWII, à part. C est elle! . » . [Il l'approcha doucement derrière elle, et la ItAm P** I» main.] Je la tiens! et cette fois elle ne m'échappera « i MATHIMIR, à part, souriant. C'est mon cousin! ARMAND, à part. ( est étonnant! ... ça ne l'effraie pas! . . . [Haut.] C'est 60 bien téméraire à moi d'oser vous retenir ainsi . . . mais consentez à ne pas me fuir comme ce matin . . . [Lui UchaiM la main.} Et je vous rends la liberté . . . sur parole ... [A part.] Elle se tait . . . mais elle reste! . . . [Haut.] Une grâce encore . . . ne puis-je savoir qui vous êtes? MATHILDK, a part. C'est qu'il ue ine connaît vraiment pas! . . . c'est amusant! . . . ARMAND, Eh quoi! ne pas me répondre? MAT1III.DK. Eh mais ! ... si cela m'était défendu . . . s'il ue m'était pas permis de vous dire qui je suis . . . ARMAND. O ciel! MATHILDK. Mais vous pouvez le deviner ! ... je ne vous en empêche pas! . . . ARMAND. Eh! que puis-je savoir, sinon que vous vous plaisez à me fuir, à m'éviter, et que, sans me connaître, vous avez pour moi de l'antipathie et de la haine . . . est-ce vrai? . • • ou non ? . . . MATHILDK, souriant. En conscience vous n'êtes pas habile! ... ou vous avez bien du malheur ... et si vous ne devinez pas mieux <| ,|B cela, vous ne saurez jamais rien . . . ARMAND. Je sais du moins que vous êtes ce qu'il y a au moi>«' e de plus joli, de plus séduisant .... et ce que j'aime ' e plus! . . . MATH1LDB. Ce n'est pas possible! ... vous ne me connaissez pas?" ' ARMAND. C'est ce qui VOUS trompe ... [II lire de son sein un mi"*' i»n iju'iiiui ■iim, ] Et cette image que je regarde sans cesse • 1 ' MATHILDK. Mou portrait! celui que j'avais fait pour votre mère . ■ <-,1 ARMAND. C'est eu mes mains qu'il est tombé ... et depuis il ne m'a pas quille ! il est toujours resté là sur mon coeur, et demandez-lui si je vous aime . . . MATIIII.DE, A part. Il m'aime! . . . [Haut.] Ah! ma tante dira ce qu'elle voudra ... je n'ai plus la force d'obéir . . , ARMAND. Une tante, dites-vous? et qui donc est-elleî MATHILDE. Totre mère! . • ■ monsieur . . . ARMAND. Eh quoi! vous seriez Mathilde? MATIULDE. Mon dieu ! oui • • . ARMAND. Ma cousine? MATHILDK. Ce n'est pas moi qui le lui ai dit, toujours ! ARMAND. Quoi ! cet ange de beauté ! ... ce trésor que j'enviais. .. c *st Mathilde . • • c'est ma cousine! . . . MATHILDK. Çui depuis long-temps vous connaissait . . . car moi, je Su >s plus adroite que vous! . . . ARMAND. Et pourquoi nous séparer ... et m'empêcher de vous Vo ""? • . . à quoi bon ce mystère? . . . MATHILDK. C'est ce que je me demande! ... car mon père m'a tou- »°"rs dit! „Ton cousin sera un jour ton mari . . . c'est le rêve « c 'est l'espoir de nos deux familles . . ." ARMAND, avec joie. H serait possible! . . . MATHILDK. '-ce que vous ue le savez pas, mon cousin? 62 AHMAND. Mon, vraiment! . . . IHATHII.DK. Il fallait doue me le dire! ... je vous l'aurais appris tout île suite! . . . moi, j'ai toujours été élevée daus ces idées- là . . . AHMAND. Et puis-je espérer, Mafhilde, qu'aujourd'hui ce sont les vôtres! ■ . . MATHILDE. Moi, des idées! . . . du tout ... je n'en ai pas! ... je n'ai jamais eu que celles de mou père . . . ARMAND. Comment? MATHILDK. Et de ma tante. ARMAND. Ah ! je suis trop heureux ! . . . MATHILDE. Et, ce qui est bien étonnant, c'est qu'aujourd'hui votre mère m'a expressément recommandé de vous éviter . . . voilà pourquoi ce matin je vous fuyais . . . sans cela! ... et puis ^lie m'a défendu, si je vous rencontrais, de vous dire qui I 8 .suis . . . heureusement, vous avez deviné . . . Mais, concevra-vous cela? je vous le demande. AKMAND. Oui, sans doute! ... et tout s'explique maintenant! • • ■ m.i mère a changé d'idée! . . . elle veut vous marier à un autre, à un Anglais, lord Carlille ! MATIIII.DK. Et moi, je ne le veux pas! Je le dirai à mon père, à m.i tante, à tout le monde ! ... Il ne faut pas croire que I e n'ai pas de caractère ... et puis vous êtes de la famille • • ' vous êtes mon cousin . • . vous nie défendrez • . • ARMAND. Toujours ! Mathilde ! toujours ! ... je suis ton protecteur ton ,iu»i! . . . test une indignité! . . une tyrannie s aU * exempte ! . . . 63 HATBILDR. N'est-il pas vrai! . . • ARMAND. Et il esl alFrenx qu'on ose ainsi contraindre une jeune personne ... je ne le souffrirai pas ... et ce prétendu . . ce lord Carlille, je le tuerai plutôt . . . MATHILDK. O ciel ! nou, monsieur, ne le tuez pas . , . ARMANI). Si vraiment . . . MATHILDK. Et moi, je vous en prie . . . dites-lui seulement <|ue je vous aime, que je vous ai toujours aimé, que je ne peux pas êlre sa femme, puisque je dois êlre la vôtre ... il comprendra cela ... il ne faut pas croire qu'uu Anglais u'euteud pas la raison . • • Air de la Galope île la Tentation. 11 cédera, j'en suis cerlaiue; II «'agit de lui parler; N'écoutant que votre haine, Ah! n'allez pas l'immoler. ARMAND. Il faut qu'un combat m'en délivre; Car sitôt qu'il va vous voir, Sans vous aimer pourra-t-il vivre ? NATHU.DE. Il mourra donc de désespoir. imiiBLL MATHILDE. II cédera, j'en suis certaine, etc. ARMAND. Non, ma vengeance est plus certaine, Au combat je dois voler; Je n'écoute que ma haine, Kt je prétends l'immoler. [Mat/iilile jor/.] Scène XI. ARMAND, puis Mad. DEUMILLY. ARMAND. Çuelle grâce! . . . quelle candeur! . . . quelle naïveté! 64 . . . voilà 1r femme qu'il mo fallait ... et on la destine à un aulre . . . Voilà les grands parens! ... on nous sacrifie tons deux . . . oui, tons deux ! . . . car me voilà engagé à Clarisse . . . engagé avec une femme qu'il m'est impossible d'aimer . . . surtout maintenant ... et comment y renoncer .' . . . comment rompre, sans me préparer d'éternels reproches ... sans me déshonorer à jamais... [A Htd, Dernilly entre.] Ah! ma mère, vous voilà . . . venez, de grâce . . . venez à mon secours • ■ • ni AI). DERMILI.Y. * Eh mon dieu! . . . qu'y a-t-il donc? . . , ARMANI), cherchant à se remettre. Ce qu'il y a ! ... rien ... je ne sais . . . Çu'allais-je lui dire? ... Je voulais vous demander . . . que fait Clarisse? ... où est-elle? . . • M,H>. DERMILLY. Au salon avec lord Carlille ... à qui j'avais un billet à remettre . . . mais j'ai pensé, et Clarisse à été sur-le-champ de mon avis, qu'il était plus convenable qu'elle lui expliquât elle-même de vive voix les motifs de son refus . . . J'ai donc déchiré la lettre, et je les ai laissés ensemble . . , mais, si tu le veux ... je vais la chercher . . , ARMAND. Non, ma mère . . . non . . . j'ai bien d'autres choses à vous dire . . . j'ai vu Mathilde ... ma cousine . . . M AD. DERMILLY. Quoi ! tu saurais ? . . . ARMANI). Je sais tout ... et c'est d'elle seule que je veux von» parler ... car moi, c'est fini ... il ne faut plus y penser . . . j'ai promis ... MAI). DERMILLY. Promesse bien douce à tenir, quand on aime . . • q"'""' on est aimé ! ... et après ce que Clarisse a fait pour toi . • • ARMANI). Eh oui! . . . voilà le malheur! ... et par honneur, p** délicatesse, il n'y a plus à reculer ... il faut subir sou sort . . . Eh bien donc! puisque rien ne peut m'y soustraire . • • * Macl. Dciniilly, Armand. 66 puisque vons le voulez, je le ferai ce mariage que je déteste, que j'abhorre , . . MAD, dermilly. Que dis-la? . . . ARMAND. Mais je vous en préviens, je serai éternellement malheureux . . . personne ne le saura, pas même elle ... je me conduirai en honnête homme, en galant homme ... en bon mari . . . Par exemple, j'en aimerai une autre, rien ne m'en empêchera . . . MAD. DERMILLY. Eh qui donc? ■ . . ARMAND. Vous ne le saurez pas ! . . . vous ne pouvez le savoir .. . et vous ne devineriez jamais . . . c'est impossible . . . cela vous paraîtrait si absurde, si inconcevable ... et cependant c'est la vérité . . . c'est elle que j'aime. Mao. dermilly. Eh! qui donc? ARMAND. Ma cousine. Mad. DERMILLY. Est-il possible! ARMAND. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé ... ou plutôt je n'ai Jamais aimé qu'elle . . . Mad. DERMILLY. Laisse-moi donc I . . • ARMAND. Ah! j'en étais sur, vous ne pouvez me comprendre . . . " la >s toutes ces vertus, toutes ces qualités que je rêvais, et ! je le sais mieux que toi !.. . car autrefois c'est elle 66 que je le destinais . . . mais tu n'en as pas voulu . . . Cu n'as pas même consenti à la voir . . . ARMAND. Est-il possible! ... eh bien! il fallait m'y forcer, m'y contraindre . . ■ user