t * » !> F! S Répertoire du Théâtre français à Berlin. M 101. U ET Î2 iDioiAm, COMÉDIE-VAUDEYILLE EN UN ACTE, PAR MM. SCRTBE et PAUL DUPORT. Prix: 15 Sgr. (12 gGr.) Berlin, 1832. Chez Ad. Mt. Schleshiger, Libraire et Éditeur de Musique, unu-r den Lindcn No. 34. PERSONNAGES. ACTEURS. GAUTH1KR............... Mr. DURUISSKL. KMILR DRSCAUniNS, «on neveu....... Mr. I81DOHK. MAUGIRON.............. Mr. MAA1U8. Mlle. PALMYRE MAUGIRON, sa soeur..... Mad. MARIUS. HRNR1RTTR MAI GIRON, fille de Maugiron . . . Mlle. MILLKR. HECTOR DRSVIGNRTTRS , cousin de Maugiron . Mr. IIF.LCOUR. La sourie est a la camp&gne de Maugiron, à une demi-lieue de Paris. Le théâtre représente un salon, porte au fond et portes latérales. Une table sur le devant à gauche de l'acteur. Scène I. GAUTHIER, MAUGIRON, Mlle. MAUGIRON. *) MAUGIRON, entrant par le fond avec Gauthier qu'il tient par la main. Par ici . . venez donc . . [Appelant]. PahnyreJ Pahnyre! ftlllc. MAUGIRON, entrant par la porte à gauche de l'acteur. EL bien! mou frère? MAUGIRON. Tu ne te doutes pas . . regarde . . C'est lui, ce cher Gauthier, notre vieil ami, qui arrive de sa terre de Colmar. GAUTHIKR. Et qui, à une demi-lieue de Paris, n'a pas voulu passer si près de votre campagne sans que sa première visite fut pour vous. . Pardon de tomber ainsi a. lImproviste, Mlle. MAUGIRON. Comment ! pardon ! . . C'est si aimable ! . . D'abord, moi j'adore les surprises, les coups de hasard, et généralement toutes les catastrophes inattendues. GAUTHIER, souriant. Bien obligé!.. Ah ça, mon cher Maugiron, je vais tout de suite au fait. . Puis-je espérer la main de ta Cille pour mon neveu ?. . Comme je le disais dans ma dernière ; outre un fort joli patrimoine, et une place dans les Domaines, que je lui ai fait obtenir, il aura toute ma fortuite que je lui assure dans le contrat . . parce que je le regarde comme mon enfant.... je l'aime comme mou fils . . c'est toute ma famille. *; Les a<-leurs soûl places en trie ilr chaque scène comme ils doivent l'être au théâtre; le premier inscrit tient la gauche du spectateur, ainsi de suite. 1 * 4 MAUGIRON, à demi-voix. C'est bien, mon ami, c'est bien . . Nous parlerons de cela. GAUTHIER. Est-ce que tu hésites? maugiron. Non pas moi . . Mais voilà ma soeur â qui j'ai montré ta lettre. GAUTHIER. Et qui refuse? MAUGIRON. Non pas, nous en préserve le ciel! GAUTHIER. Eh bien! alors, qu'est-ce que vous dites donc? Mlle. MAUGIRON. Je dis qu'une demande si brusque, si heurtée , . GAUTHIRK, passant M milieu. *) Il me semble qu'entre grands parais, il n'y a pas besoin de diplomatie . . Je ne suis pas un prince, je suis un receveur . . Voilà mon neveu Emile Desg-audins . . dix-huit ans, cent mille écus de dot, un bon enfant, un joli garçon.. En voulez-vous? Mlle. MAUGIRON. Air : J'en guette un petit île mon âge. Il faut d'abord qu'on le voie, et qu'on l'aime. GAUTHIER. C'est Juste . . prenez quinze jours. Je n'ai que ça de congé. Mlle, MAUGIRON. tjuel Itlasplicme ! Ciel! à jour fixe il cite les amours! GAUTHIER. Quand tout g'accorde, âge, rang cl fortune, Mlle. MAUGIRON. Je ne connais que l'inclination; Rt que ma nièce enfin s'y prèle ou non, Il faudra liicn qu'elle en ail une. GAUTHIER. Soit; en se dépêchant. *) Maugiron, Gaulliier, Mlle. Maugiron. w ^r. Mlle. MAUGIRON. Ce n'est pas possible avec ma nièce, qui a l'esprit le plus froid, le plus lent, le plus terre-û-de, le Cauchemar., revue eut voué au roman. t:\iriE. Vous ici! . . par quel hasard? GAUTHIKIt. C'est la question que j'allais te faire. in EMILE. Oh! moi. . une circonstance imprévue , . GAUTHIER. Attends doue . . est-ce que ce serait toi, qui hier au soir, dans la rivière? . . EMILE. Vous savez déjà ? .. GAUTHIER. Je te fais compliment, mon garçon. Air du Picgc. Quoi ! bravement arracher au trépas Une beauté* de cette consistance! Kt l'enlever, à la nage, en tes liras . . Ah! j'admire la jeune France! Tout est chez clic, et plus fort et plus grand, Kt ses vertus sont bien plus éclatantes . . Nous enlevions les nièces seulement, Kt vou9 enlevez les grand' tantes. Dis-moi, qu'est-ce que tu venais donc faire sur le bord de l'eau? KM1LK, à part. Dieu, cachons-lui . . [Haut.] Une promenade . . promenade solitaire. GAUTHIER. Tu te troubles . . tn baisses les yeux . . ce n'est pas ça . . Hem! fripon . . c'était peut-être un rendez-vous .. quel- . que petite frisette ([tic tu attendais. KIU1LK, vivement. Vous pourriez croire . . GAUTHIER. Il n'y a pas de mal . . j'aime mieux cela que de te voir sombre et ennuyeux comme un roman nouveau . . je te passerai plutôt trois maîtresses sans amour, qu'un seul chagrin sans raison . . mais malgré cela, et quelque piquante •jne soit ta nouvelle complète, il ne faut plus y penser, parce l I«e quand on va se marier . . KIH1LK, avec, dédain. Me marier. O A TÎTHI F. H . Certainement. 2* &m 20 g EMIF..R, lui prenant la main. Oui je sais que c'étaient h\ vos projets . . maïs il faut y renoncer . . je 110 me marierai pas. GAUTHIER. C'est ce que nous verrons . . et quand tu sauras quelle est celle qu'on te destine . . EMILE. Cela ne me fera pas changer d'idée .. [arec un soupir.] et à présent, moins que jamais. GAUTHIER. Moi, je crois le contraire, et je suis persuadé que la fille de la maison . . cette jolie petite Henriette. K1V1ILE, vivement. Henriette!., que dites-vous?.. Quoi, ce serait?.. GAUTHIER. Elle-même. EMILE. Et le prétendu qu'on veut faire venir? GAUTHIER. C'est toi. KIWI.F., lui sautant au cou, Ali! mon oncle! mon cher oncle! . . je suis heureux! . . [S'nrraciiant de ses bras ] Non, non . . au contraire . . je suis le l>lus malheureux des hommes; et l'on ne vit jamais une fatalité pareille. GAUTHIER. Qu'est-ce qu'il te prend donc? EMILE. Si VOUS saviez . . si . . [Regardant par la porte à gauche.] Ah mon dieu ! je les vois ! GAUTHIKR, regardant de même. Eh! oui, au bord de cette allée. . ton beau-père, et ta prétendue . . je vais te présenter. EMILE. Non, non, gardez-vous eu bien . . qu'ils ne sachent pas encore qui je suis. . GAUTHIKR. Et pourquoi cela? . . il vaut mieux Cire à leurs yeux 21 Emile Desgaudins, mon neveu, qu'un Léros mystérieux que personne ne connaît. EMILE. Plus tard . . je ne dis pas . . mais dans ce moment, je vous supplie . . GAUTHIER. Pour filer le roman, n'est-ce pas? votre serviteur . . Moi, je vais tout de suite au dernier volume, et je pense comme mon ami iJoileau. J'aimerais mieux cent fois qu'il déclinât sou nom, ,.Ou'il dit! je suis Orestc, ou bien Agamcuiuon." Ou Emile Desgaudins . . KMIf.K , avec chaleur. Eh bien ! mon oncle, si vous tenez à ce mariage . . Apprenez qu'eu me nommant, vous pouvez le faire manquer. GAUTHIER. Qu'est-ce que tu me dis là ? . . et quel est ce mystère ? RHILB. Il faut avant tout que j'envoie a Paris . . ou plutôt que j y courre moi-même, pour empêcher, s'il en est temps encore . . GAUTHIER. Empêcher quoi? EMILE. On vient. . silence . . et songez à ce que je vous ai dit. Scène VII. Les Préceoens , HENRIETTE, MAUGIRON, tenant nn journal, Mlle. MAIJUIKON, tenant un cahier de la Revue de Paris. HBNRIKTTB, entrant avec Maugiron. Riais je vous répète, mon père, (pie le déjeuner est servi. MAUGIRON, avec bqwtienee. Et lu me dis cela au moment où mes journaux arrivent. 11 KN MIETTE. Je vais toujours l'aire le thé avec ma tante, n'est-il-pas vrai î Mlle. MAUGIRON. *) Mais laisse-moi donc achever ma Revue de Paris... le héros qui s'était tué respire encore. HENRIETTE. C'est fort heureux. Mlle. MAUGIRON. Et on va le disséquer vivant . . c'est charmant. HENRIETTE. Allors nous allons vous attendre dans la salle â manger avec ces messieurs . . et si monsieur Gauthier veut me donner la main. GAUTHIER. Avec plaisir, ma folie nièce. HENRIRTTB, a Kmile. Est-ce que monsieur serait indisposé? . . rst-ce qu'il serait plus souffrant? EMILE, «'inclinant. Non, mademoiselle. GAUTIIIKR, lias à Emile. Vois quelle bonté! . . quel touchant intérêt! . . elle te trouve très-bien, j'en suis sur . . et ne pas oser lui dire: ,,C'est mon neveu . ." EMILE , suppliant, à voix basse. De grâce! . . " GAUTHIER , de même. Çne le diable t'emporte. [Offrant sa main à Henriette.] Allons, mademoiselle, [ils font quelque» pas pour sortir.] MAUGIRON, qui lit son journal. „Nous apprenons à l'instant qu'un fenne homme, connu dans les salons par quelques essais poétique», et chef de bureau dans les Domaines, M. Emile Desgaudius . . ." GAUTHIER, qui sortait avec Henriette, entendant le nom de son neveu s'arrête, cl dit. Mon neveu! EMILE, à part. O ciel! MAUGIRON, poussant un cri. Ah! mon dieu! •) Emile, Gauthier, Henriette, Mlle. Ittaugirun, Maugiron. 23 TOUS. Qu'y a-t-il donc? Bille. MAUGIRON, qui a eaisi le journal. Ah! c'est affreux . . c'est horrible. [rii« Mau tomber le journal.] GAUTHIER, «'emparant du journal. Je saurai ce que ça signifie. MAUGIRON. Otez-lui le journal . . tenez-lui les mains. [Tout le momie s'empresse autour de Gauthier.] GAUTIIIKR. *) Eli non, morbleu! je connaîtrai la„ vérité . . g isant »«« enioiicni.] „(.'hef de bureau dans les Domaines . . M. liinile Deggaudins est sorti hier de Paria sous prétexte d'une promenade, et a mis lin à ses jours, en se précipitant dans la Seine. HENRIETTE. Ah! le pauvre jeune homme! GAUTH1KR, regardant tour-à-tour le journal et son neveu qui lui tait signe de se taire. Il est mort. . c'est imprimé . . c'est dans le journal. Mlle. 1)1 AUGIKON. Plus de doute. MAUGIRON. a Gaull.ier. Ah! mon cher ami, que vous devez être Malheureux! GAUTHIER. Malheureux ! . . moi, malheureux !.. Je suis furieux . . je ne me possède plus. Mlle. MAUGIRON. L'excès de la douleur. GAUTHIER. Eh non, morbleu! [Remaniant Santé,} M a >S en6u, nous saurons, je l'espère, les causes d'une pareille extravagance. Mile. MAUGIRON. Extravagance! GAUTHIER. Laissez-moi, de grâce i • laissez-moi un inslant. ) Kiuile, lli ni k in , Gauthier, Allie. Maugirou, Maiigir..... '21 MAUGIRON. Je conçois qu'on a besoin d'être seul. GAUTHIER. Oui.. allez . . déjeuner .. je vous rejoins toul-à-I'lieure ; car j'ai une faim d'enfer. Aille. MAUGIRON. Vous avez faim! . . vous pourriez manger! GAUTHIER. Je le crois bien. Mlle. MAUGIRON. Cet oncle-là est d'une insensibilité ! . . . Mais eu gémirai , tous les oncles de l'ancien régime . . GAUTHIER. AIR : Rendez-moi mon léger bateau. Je vous prie, ici laissez-moi, (Montrant Emile.) Hors monsieur, dont j'espère Quelque mot qui m'éclaire . , EMUE. J'attends vos ordres. GAUTHIER, à part. Sur ma foi ! Mort on vif, tu diras pourquoi. ENSEMBLE. MAUGIRON, Mlle. MAUGIHON, HENRIETTE, GAUTHIER, KMJJ.K MAUGIRON, Mlle. MAUGIBON, HENRIETTE. Justo ciel! dans un tel malheur Montrer si peu d'alarmes. Ne pas verser des larmes ! Ce sang-froid (Ian9 un tri malheur ! Je lui croyait un meilleur coeur. GAUTHIER. Quelle aurait été ma douleur! Que j'aurais eu d'alarmes! Qu'il m'eût routé de larmes! Si le bruit d'un pareil malheur Eùt loin de lui frappé mon coeur! EMILE. Tout s'unit pour mon malheur! Tout accroît mes alarmes, Au moment plein de charmes Où j'entrevoyais le bonheur, 11 fuit comme un songe trompeur. [Maugiron, Mlle. Maugiron, Henriette sortent par la porte ù droite.] 25 Scène VIII. EMILE, GAUTHIER. GAUTHIER. Je respire enfin, et toi aussi, grâce au ciel! . . . j'ai tenu ma parole, j'ai gardé le silence . . Riais maintenant, feu monsieur mon neveu, vous allez m'expliquer comment un journal a pu insérer un pareil article, dont je suis encore tout tremblant . . quoique j'eusse la réfutation là . . . devant mes yeux. EMILE. Ali! n'accusez que moi; car c'est moi-même qui, Lier avais envoyé cette note. GAUTHIER. Toi-même! . . , as-tu perdu la tête ... Et pourquoi? EMILE. C'est que .. je n'ose vous l'avouer « « J'étais sorti hier soir de Paris, avec la ferme résolution d'exécuter ce que j'avais écrit, GAUTHIER. Est-il possible ! . . . Au lieu de venir à moi ♦ . de m'a- vouer tes fautes . . car tu en as commis, je le vois. . tu as joué ! . . EMILE. Non, mon oncle, jamais. GAUTHIER. Tu as compromis ton nom ... ta signature . . des dettes d'honneur. EMILE. Du tout, je n'ai besoin de rien . . j'ai une fortune qui ine sullit, et au-delà. GAUTHIER. Tu as donc des chagrins? EMILE. Pas précisément. GAUTHIER. C'est donc une passion? '»(, EMILE. Je n'en ai que depuis Lier. . depuis que j'ai yu Henriette. GAUTHIER. Et il ne tieut qu'à toi de l'épouser demain . . après-demain . . quand tu voudras. EMILE. J'en conviens. GAUTHIER. Eli bien! alors, qu'est-ce qui te manque? EMILE. Rien; absolument rien . . voilà mon malheur . . Mais ci minent empêcher ces idées vagues ... ce dégoût de la vie ... ce besoin du néant que je trouvais partout autour de moi. GAUTHIER, Je comprends . . Voilà le fruit de tes lectures . . de ces productions nouvelles qui ne respirent que le sang' et le meurtre. RMILE. Quelle est votre erreur! et comment pouvez-vous soupçonner leurs intentions? GAUTHIER. Elles sont assez claires . . . Le meurtre, l'adultère, le suicide sont, d'après eux, les plus belles choses du monde., ils aiment qu'on se tue. EMILE. Dans les livres. GAUTHIER. Ah ! voilà ... il serait bien commode de pouvoir soulever l'imagination à son aise, et de lui dire ensuite : tu n'iras pas plus loin . . mais c'est qu'on ne sépare pas ainsi la pensée de l'action . . c'est qu'à force de familiariser l'esprit avec la théorie, on finit par l'entraîner jusqu'à la pratique!., et comment, en lisant tant de monstruosités, un coeur jeune et crédule comprendrait-il le but et la dignité de la vie, qu'on ne lui présente que sous le plus sinistre aspect! . . il se dégoûte, il l'effraie, il se lasse de tout, et bientôt de lui-même . . alors il faut en liuir . . sa pensée était d'un (on, son action est d'uu insensé . . grande preuve que tout s'en- 27 chaîne dans nos facultés; que la vérité" est nue, en morale comme en littérature: et que pour mettre du bon sens et de la règle dans sa conduite, il faut d'abord en mettre dans ses idées. EMILE. Mes ide'es . . Eh bien ! oui, j'en avais une qui me poursuivait sans cesse, et dont vous ne pourrez, malgré vous, blâmer le noble motif. . . il m'était insupportable de vivre obscur, ignoré., et qu'est-ce que c'est, me disais-je, que de végéter dans un bureau? . . d'être employé, commis, sous-chef dans les Domaines? GAUTHIER. Sous-chef à cinq mille francs . . c'est déjà ime fort belle place. EMILE. Oui, pour celui que ne dévore point une imagination active., et des rêves nrdens de renommée!... Mais moi, tout venait me désenchanter, et détruire mes illusions . . . tout, jusqu'au nom que je porte.. Y a-t-il rien au monde de plus vulgaire, et de moins poétique? . . . M. Desgau- dins . . „qui est ce jeune homme qui entre dans ce salon?., c'est M. Desgaudius." GAUTHIER. Air des Scythes. Rh mais! ce nom fut celui de ton père. Un honnête homme, estimé de chacun; yui déploya dans sa longue carrière Talent, mérite, et surtout en eut un Oui- tu n'as pas . • relui du sens commun, lion employé, sa place fut remplie Avec honneur . . car lui ne s'est tué yu'en travaillant . . et pour quitter la vie, 11 attendit qu'on l'eût destitué . . 11 attendit , pour sortir de la vie, Oue de là-haut, on l'eût destitue. Oui, monsieur, oui, qu'on l'eût destitue. EMILE. D'accord, et je ne rougis pas de son nom . . . mais je >ne dis seulement: „Soyez donc un grand homme, quand vous vous nommez Desgaudius !'' GAUTHIER. lit où est la nécessité que tu sois un grand homme? Sois un bon administrateur des Domaines . . c'est tout ce <|n il te faut. 28 EMILE. Je ne lo pouvais pas . . il me fallait de la supériorité, de la gloire. GAUTHIER. 11 ne peut pourtant pas y avoir de la gloire pour tout le monde ... Et si tous ceux qui ne sont pas les premiers se tuaient à cause de cela, l'univers linirait par être réduit à un seul homme. EMUE. Vous pouvez avoir raison aujourd'hui ,. mais Lier, dans nia lièvre, dans mou délire; voulant à tout prix faire du bruit dans le monde, sinon par ma vie, au moins pur ma mort . . je l'avais arrangée la plus dramatique possible . . j'avais composé à ce sujet, dus vers que j'avais envoyés à un ami intime, pour qu'il les lût en secret à tout Paris... j'avais écrit aux journaux . . . que voulez-vous? je n'ai qu'une excuse . . . une justification. C'était plus fort que moi , . . c'était une idée fixe . . une monomanie. GAUTHIER. Ta justification, dis-tu . . Mais si on admet une fois celle-là, elle va servir à toutes les bassesses», à tous les crimes. EMILE, lionne. Mon oncle! .. GAUTHIER. Celui qui vient de se dégrader par un vol, te dira : je suis monomaue. KftHLK, indigne. Mon oncle! GAUTHIER. L'assassin qui frappe une .victime désarmée, crie au juri : je suis monomaue. Killll.K, avec horreur. AL! mon oncle! GAUTHIER. lit toi-même, abusé par un pareil sophisme, tu cédais à ton délire, en le croyant légitime.. Ah! il serait bien temps qu'on s'entendît une bonne fois pour mettre un terme i\ ces exagérations-la et aux calamités «ni elles entraînent . . Naguère encore, la France n'en a-l-elle pas vu avec effroi un douloureux exemple? . . Deux jeunes gens, deux amis, 29 frères de lalens et de succès, <\ qui In vie, au bout des premiers obstacles, n'offrait que bonheur en perspective, déjà l'orgueil de leur famille, peut-être un jour la gloire de leur pays. . en une seule nuit, tous deux!!! Quel coeur ne s'est ému à cette nouvelle? . . qui n'en a frémi?. . qui n'a reconnu là un symptôme de la maladie du siècle? . . O jeunes gens ! jeunes gens ! vous, notre appui, notre espoir . . Vous qui avez montré tous les genres de courage, ayez encore maintenant le plus rare, mais le plus indispensable de tous., celui de la raison. EMUE. Je l'aurai, mon oncle . . je l'aurai . . je ne vous quitte plus .. je ne veux pins suivre que vos conseils. GAUTHIER. Je te retrouve donc, mon Emile, mon fils .. Ali ! que je suis heureux! . . mais je t'en prie, t\ l'avenir, ne me donne plus de bonheur comme ça. EMILE. Non, mon oncle . . parlez, ordonnez. GAUTHIER. Air du vaudeville du Baiser au Porteur. F.h bien ! ce que d'abord j'ordonne, C'est de te fixer ici-bas. Près d'une charmante personne, A qui nous ne parlerons pas lté ces beaux projets de trépas • • Oui, des enfuns, une femme jolie De tous tes maux vont bientôt te guérir: Ainsi l'amour t'aura rendu la vie, Kt le bonheur te la fera chérir. AU ça ! maintenant que le roman est fini . . je peux t'avouer pour mou neveu . . et te présenter comme tel. EMILE. Pas encore, je vous (trie . . parce que ce qui vient de se passer ce matin .. Un homme qu'on dit mort et puis qui revient . . cela me donnerait aux yeux d'Henriette une teinle de ridicule qui peut nuire à un amant . . qui n'est pas aimé. GAUTHIER. Et tu veux être sur auparavant . , EMILE. Oui, mon oncle. 30 GAU'BHIKH, prêt à sortir. A la bonnp heure, je me tairai encore avec la fille . , mais avec le père, c'est différent. EMILE. Un mot encore. GAUTHIER. Non pas . . je meurs de faim .. si j'attendais plus longtemps, ce serait nn véritable suicide . . et tu connais mes principes. [Apercevant Hector qui entre.] AU! M. Hector Des- vignettes, déjà de retour!.. [Bas.] C'est un jemio libraire qui est ton rival, je t'en préviens . . et je te laisse avec lui.. car moi, je te l'ai dit, je tombe en défaillance. HECTOR, d'un air pe'nétrc.*) Je vois à son air défait, que monsieur sait enfin la fatale nouvelle. GAUTHIER. Oui, monsieur, [à part.] Je comprends maintenant pourquoi ce matin il était si sur de sou lait. . le pauvre jeune homme ! [H sort par la porto A droite.] Scène IX. EMILE, HECTOR. HECTOR, le regardant sortir. Infortuné vieillard !.. il éprouve un malheur auquel je prends la part la plus vive. EMILE. Vraiment. HECTOR, Pour lui !.. car pour son neveu .. il paraît que c'était bien peu de chose. EMILE. Monsieur! HECTOR. Vous le connaissiez? >) Emile, Gauthier, Hector. 31 EMILE. Oui, monsieur. HECTOR. C'est difr.'roni . . c'est «ne grande perte . . mais il paraît qu'il ne pouvait pas vivre . . et que sa mélancolie tenait à un défaut «le nature, à nn vice de confonnalion qu'il n'osait pas avouer . . elle est si bizarre, la nature . . EMILE. Tuez-vous donc, pour faire parler de vous . . et pour en faire parler ainsi ! . . HECTOR. Du reste, le pauvre jeune homme, je lui ai trop d'obligations pour ne pas lui devoir de la reconnaissance. KM1L.K, vivement. Vous avez eu quelques relations avec lui? HECTOR. Aucunes . . mais il vient, sans le savoir, d'assurer mon mariage . . j'ai déjà la promesse de la tanle, à qui je viens de parler .. et le consentement du père ne peut me manquer. EMILE. Vous pourriez vous tromper. HECTOR. Je ne le crois pas. EMILE. J'ai cependant idée que la nouvelle de cette mort est au moins prématurée. HECTOR. C 'est impossible. . j'ai là des preuves évidentes, matérielles. EMILE. Voilà qui est fort. HECTOR. D'abord, tous les journaux, l'annoncent aujourd'hui. EMILE. Ah mon dieu! . . je n'y pensais pins. HECTOR. Enduite j'ai rencontré ce matin, deux ou trois personnes enchantées qui déjà demandent sa place. 32 E1HILR, a part. Voilà les regrets que j'inspire. HECTOR. Et puis enfin, il avait adressé hier â un do ses amis intimes, une pièce de vers, intitulée: Mes Adieux à la vie, trois ou quatre-cents alexandrins, où il déclare qu'il va se tuer sur-le-cliamp, sans désemparer; et qu'il faut être bien lâcha pour hésiter. EMILE. Et son ami vous a montré ce dithyrambe? HECTOR. Mieux que cela . . il est venu ce matin chez moi, pour me le vendre, avec un recueil de ses oeuvres. EMILE. Le vendre'... un ami intime . . Et de quel droit? HECTOK. Du droit de succession . . on le lui avait donné . . il en dispose; et c'est remplir les intentions du donateur, qui n'avait composé ces vers que pour jouir d'un triomphe posthume que nous allons lui arranger dans les journaux. KM1LK, à part. C'est fait de moi! HECTOR. J'ai payé cela le billet de mille francs, ce qui n'est pas cher, grâce aux circonstances favorables qu'on peut exploiter . . J'ai déjà dans l'idée une vignette charmante . . des branches de cyprès . . puis un sanle pleureur . . une tombe enfr'ouverte . . une jolie tombe! . . La couverture du livre sera feuille-morte, et on lira dessus: Aux mânes de notre ami. EMILE. Que vous ne connaissez pas. HECTOR. Qu'est-ce que ça me fait ? EMILE. Que vous n'avez jamais ni vu, ni approché*. HECTOR. La mort rapproche tout . . Et puisque vous l'avez rencontré quelquefois, si vous voulez me donner une petite note nécrologique . . ce que nous appelons jeter des fleurs sur sa tombe. 33 EMILE. Il ne manquerait plus que cela . . . Monsieur, vous ine rendrez ces vers qui lui appartiennent. HECTOR. Ils sont à moi. . je les ai payés . . et rien ne m'empêchera de les imprimer. EMILE. Si, cependant, il existait encore? HECTOR. Il ne le peut pas. Ain: Ces postillons sont d'une maladresse. Oser le dire est une calomnie. EMILE. Vivre, nprès tout, n'cst-il donc plus permis? HECTOR. Non pas A lui; morbleu! je l'en défie. Et vous seriez bientôt de mon avis, Si vous aviez lu ses derniers écrits. Pour le suicide à sa verve il s'y livre, Et tous ses \ ers sont si Torts et si vrais, Que je soutiens, monsieur, qu'on ne peut vivre Après les avoir laits.. EMILR. Monsieur . . HECTOR. Certainement . . ou ce serait trop drôle . . Tout le monde s'égaierait à ses dépens ... au lieu d'un succès de larmes, ce serait un succès de rire, et mon édition s'enlèverait encore plus vite ... Du reste, ils sont sous presse. EMILE. O ciel! HECTOR. lit dès que j'en aurai une épreuve, je vous la montrent . . Mais, pardon, le consentement des grands parens n'empêche pas de faire la cour A la prétendue, et je cours auprès de ma belle cousine . . . nous nous reverrons à dîner.. et P"is, j'espère bien que vous serez au nombre de mes souscripteurs . . j'y compte, au nom de notre ami . . de notre malheureux ami!.. (Regardant Emile qal parait accable*.) Il pleure.. respectons sa douleur! . . Sainte amitié! . . [11 sort par le fond.) DM Mnnomanir. R/p. No. 101. 3 _ M Scène X. li M I I. E, seul. II a raison! . . me voilà raillé, bafoué., montré au doigt . . . Un rire inextinguible éclatent à ma vue ... je n'userai plus me montrer nulle part ... il n'y a pas moyen de vivre ainsi . . plutôt la mort que le ridicule .. et je cours à l'instant.. Dieux! c'est Henriette! Scène XI. EMILE, HENRIETTE sortant de rappartement à droite. HENRIETTE. Comment ! monsieur, est-ce que vous partez ? RM1I.K. Oui, mademoiselle, je suis obligé de vous quitter, bien ■migré moi, je vous assure .. mais une a/faire indispensable.. HKNKIKTTK. Que l'on peut remettre, je l'espère. EMILE. Je l'ai déjà remise une fois. HENRIETTE. Raison de plus . . . vous voyez bien que vous pouvez la retarder encore ... et mon père, et m ... ma tante vous en sauront tant de gré. EMILE. Et vous, mademoiselle? IIBNKIKTTK, naïvement. Moi aussi. KMII.K. avec cmbai'raa. Certainement . . . alors il me serait bien doux de vous obéir . . • mais peut-être ma présence déplaira-t-ellc ici à quelqu'un qui, tout-à-lheure vous cherchait. HENRIETTE. Qui donc? E M I Lia M. Hector, votre cousin, qui désirait, à ce qu'il m'a dit, se trouver seul avec vous. _35_ HRNRIKTTE, avec naïveté. Restez . . ça l'empêchera. RM1LK, i part, avec joie. Ah! elle a raison!. . Je reste encore . •. Encore un instant de bonheur!. . [haut.] Vous ne l'aimez donc pas? HENRIETTE. Si fait.. c'est mon parent. EMILE. Et si, comme il me l'a annoncé, il avait l'idée de devenir votre mari? HENRIETTE. J'aimerais mieux qu'il n'eût pas cette idée-là. EMILE. Que vous êtes bonne! HENRIETTE. Non, vraiment . . . c'est mal, et je suis peut-être injuste envers lui . . . Riais je ne sais . . quand il n'y aurait que cette précipitation à prendre la place d'un infortuné. EMILE. Votre prétendu . . vous le regrettez, mademoiselle? HENRIETTE. Oui, surtout à présent. . . pauvre jeune homme! comment ne pas plaindre sa destinée! EMILE. Je serais plutôt tenté de l'envier ... car enfin .. moi, à sa place . . vous m'accorderiez aussi un regret . . IIKMIIKTTK, vivement et avec frayeur. Mais je ne veux pas vous regretter. EMILE. Comme lui. IIKMIIKTTK , «l'un ton de reproche. Lui . . quelle différence!. . je ne le connaissais pas. EMILE. Mais moi, vous ne me connaissez pas davantage. HEN KIKTTE. Si, vraiment. . Tout-à-l'lieure M. Gauthier, l'oncle du malheureux . . M. Gauthier m'a parlé de vous avec tant de chaleur et d'intérêt, qu'il en avait presque oublié la perte de sou neveu. 3* 36 EMILE. Vraiment ! HENRIETTE. Et moi qui ce matin le prenais pour un coeur insensible.. c'est un parfait honnête homme , qui tous connaît bien . . qui nous a vanté votre bon coeur, votre esprit, vos lalens.. il nous a môme parlé de votre fortune, ce qui ne nous regarde pas, et ne nous importe guère. EMILE, ù part. Mon pauvre oncle! . . il a avancé mes a/faire». HENRIETTE. Enfin . . il a été jusqu'à me dire, qu'après son neveu, vous étiez le seul au bonheur duquel il voulut s'intéresser; et qu'il transporterait désormais sur vous toutes se» espérances, tous ses projets. EMILE. AIR (lu Bouquet de bal, de Mme. Duchatnbage. Et vous l'écoulicz sans colère, Quand il formait de pareils voeux] HENRIETTE, baissant les yeux. Mais c'est un ami de mon père. C'est le mien. EMILE. Je suis trop heureux ! Le sort n'a plus rien qui m'effraie. Uni: sur moi maint railleur s'égaie ! Au lieu de mourir pour eux, Vivre pour elle vaut bien mieux. ENSEMBLE. EMILE , HENRIETTE. EMILE. Au lieu de mourir pour eux, Vivre pour elle vaut bien mieux, HENRIETTE, à part. A l'espoir qui brille en ses yeux, Moi je crois comprendre ses voeux. 2e. COUPLET. HENRIETTE. Mais qu'avez-vous donc, je vous prie? EMILE. Plus je regarde tant d'afirails, Et plni j'abjure nia fcilie . . [à part.] Que de bonheur j'abandonnais ! 37 J'allais pour, de vaines alarmes, A d'autre! laisser tant do charmes ,. Non . . loi' 1 *l e mourir pour eux, Vivre pour elle vaut bien luicux. ENSEMBLE. EMILK, HENRIETTE. EMILE. Au lieu de mourir pour eux, \ivre pour elle vaut bien mieux. HENRIETTE. A l'espoir qui brille en ses yeui, Moi je crois comprendre ses voeux. Scène XII. Les Précéder, MAUGIRON et HECTOR, entrant çn rianl. MAUGIRON. *) AL! mes amis!. . ait! ah!.. l'aventure est charmante! et je vous la dis comme je viens de l'apprendre . . à condition que vous garderez le secret., ah! ah! ah! le jeune Einile Desgaudins. . TOUS. Eh bien? MAUGIRON. Il n'est pas mort. £ Mouvement.} EMILE ET HENRIETTE. O ciel! HECTOR. Allons! c'est un prétendant qui revient. HENRIETTE. Et comment se fait-il? MAUGIROV. Il voulait quitter la vie .. c'était son dessein.. il avait écrit d'avance aux journaux .. et puis au moment. . EMILE. Je suis au supplice . . ") Mangiron, Hector, Henriette, E«nile. 38 MAUGIR0W. lia réfléchi. HECTOR. Bah! c'est drôle! KIHILR, avec colère. Monsieur . . MAVeiKOK. Drôle! n'est-il-pas vrai? très-drôle, surtout pour mon ami Gauthier, qui retrouve un neveu; moi, un gendre. . et ma fille un excellent parti. HKCTOH, â Henriette. Et vous consentiriez ! .. HENRIETTE. Non, mon cousin. KM1LR, avec effroi. O ciel! HENRIETTE, a Emile. Rassurez-vous... [Haut.] Je dois, mon père, respecter vos volontés . . mais vous ne voudrez pas nie contraindre à une union désormais impossible. MAIJGIRON. Et pourquoi? . . . puisque le prétendu existe. HENRIETTE, avec impatience. Eh bien ! . . eh bien ! . . c'est justement pour cela . . non pas que je sois enchantée de l'événement qui le rend à sa famille et à ses amis. . mais vous voulez, à coup sur, me donner un mari que je puisse honorer, respecter. . et c'i nouveau Werther, qui veut, qui ne veut pas, qui envoie des billets de faire pari, et qui change d'idée . . je trouve, comme vous, l'aventure si drôle, que je ne pourrai jamais le regarder sans y penser et sans lui rire au nez. [Hector et Henriette se mettent â rirc.J KNSEMBLK. AIR dç la Tentation. MAUGIH01», HECTOR, HENRIETTE , kmii.k. MAUOIRON, HECTOR , HENRIETTE. O la lionne l'olic ! Il tant bien qu'on eu rie; Car jamais tra^rilie N'a tint |»lun ^aiment. 31) \o\r/-li', tiuatul d'avance Vers la tombe il s'élance, S'arrêter par prudence, Four vivre longuement. EDIILR. De moi souffrir pu'on rie! Cette honte inouïe, Klle est pour ma folie Du juste châtiment. Ah! c'est trop île souffrance. Leur gaîté cjui m'offense, M'avertit par avance Du destin ijui m'attend. [Hector, Henriette et Maugiron sortent par la porte a droite.] Scène XIII. EMILE, seul. C'est mon arrêt! Rien ne peut m'y soustraire .. j'aurais pu braver le jugement du inonde . . mais celui d'Henriette! . . mais penser qu'elle me méprise, et qu'à ses yeux je suis à jamais voué au ridicule !.. il n'y a plus à balancer; et pour mon honneur . . pour ne pas en avoir le démenti . . quoique ce soit ennuyeux, désespérant . . que je n'en aie jamais eu inoins d'envie . . n'importe! . . ils verront si je suis un Licite . . ils verront si j'ai peur de mourir . . allons . . . [H va pour sortir, et s'arrête.] Mais mon oncle, lui qui a tant lait pour moi . . qui m'eut sauvé, si c'etlt élé possible . . . passer à ses yeux pour un ingrat! . . l'abandonner, sans qu'un dernier souvenir, sans qu'une seule excuse m'o!) lionne mon pardon . • écrivons . . Mais que lui dire pour m'excuscr . . que j'étais sans espoir, que je n'étais pas aimé . . [Il se met i la tahie et écrit.] „Pilié! pitié pour moi, mon ourle !.. je m'immole à une passion sans espoir . . plaignez-moi . . je n'étais pas aimé." — Mais c'est que je l'étais . . j'en suis sûr . . [H se lève.] j'en ai toutes les preuves . . et se tuer, malgré cela!... c'est d'un stupide!.. il y a de quoi en devenir fou . . raison de plus pour ne pas rélléchir. [n se remet à la taMe et e'erit avec vivacité.] Oui, la vérité tout entière ... il faut la dire à sa dernière heure . . ♦ et puis, c'est encore ce qu'il y a de plus vraisemblable . . quoique . , enfin . . [il plie et cacheté la lettre.] Par qui faire remettre ? [Un domestique traverse ''appartement.] Justement un domestique. [H lui lait signe.] Mon iln » . . . un mot. . où est M. Gauthier? 40 LE DOMESTIQUE. Dans le salon, où il fait un piquet avec M. Maug-iron. EMILE. Tenez, remettez-lui cette lettre qui arrive à l'instaut pour lui de Paris. [Le domestique sort.] Et moi, ne perdons pas de teins . . il est midi, et dans cinq minutes, j'aurai débarrassé la terre de l'être le plus sot et le plus ennuyé de mourir, qu'il y ait au inonde! . . courons . . Adieu, Henriette, c'est pour toi que je me saarifie. Scène XIV. EMILE, Mlle. MAUG1R0N et HENRIETTE, qui sont entrées à la fin de la scène, et qui entendent ces derniers mots, HENRIETTE. *) O ciel! qu'ai-je entendu! Mlle. MAUG1R0N, le retenant par le lira». Ou courez-vous, jeune insensé? où courez-vous? EMILE. Eh quoi ! . . vous étiez là ? HENRIETTE. Oui, monsieur.. ces mots qui vous sont échappés ; . . et le désordre, le trouble où vous êtes .. en faut-il davantage pour deviner vos projets. Mlle. MAUGIRON. Et pourquoi . . je vous le demande? I1KNRIKTTK. Oui, monsieur. . pourquoi ? . . mais répondez-donc. RMILR, à part. Et rien . . rien à répondre . . [Haut.] Eli bien! mademoiselle . . je vous aimais . . et ce nouveau rival. . ce prétendu . . Mlle. MAUGIRON, virement. Le neveu de M. Gauthier.' . . rassurez-vous .. elle ne peut pas le souffrir . . elle me l'a dit. *) Mlle. Maugiron, Emile, Henriette. 41 HRNIUKTTR. Ce ne peut clone pas être là le motif , . il y eu a d'autres. KMILR, vivement. Certainement .. et M. Hector, votre cousin . . HRNKIRTTR. Je lui ai déclaré à lui-même, que je ne l'épouserais jamais. KMII.K, avec embarras. Ah mon dieu ! . . [Haut ] Malheureusement, cela ne suffit pas . . et si je veux m'ôter la vie c'est que je suis sur qne monsieur votre père ne consentira jamais. HKJVB1KTTK. Il vient de me promettre de ne pas contrarier mon choix. KMlMt. Alors c'est doue madame votre tante. Mlle. MAIIGIRON. Je consens, malheureux jeune homme . . je consens. KMII.K, désespère'. C'est fini, ils ne ine laisseront pas un seul prétexte pour me tuer. Mlle. MAUG1RON. Je sais que c'est un peu prompt, que c'est contraire aux principes ; mais puisqu'il n'y a plus d'autre moyen de le décider à vivre . . jeune inconnu . . tombez à ses pieds, et nommez-vous. KM1LR. Me nommer! . . je ne le puis . . Mlle. MAUGIKON. Quel mystère! RMILR. Me nommer, ce serait changer son affection en haine .. ce serait la forcer à me fuir. Mlle. MAUGIRON. Je frémis ! . . Dieu !.. si c'était comme dans Richard d'Arliugton . . le fils du bourreau. [Klle pousse un eri en détournant la tète.] 42 Scène XV. Les Précédions, MAUGIRON. *) MAUGIRON. entrant tout effaré, A h { mes unis ! .. mes chers amis ! . . cette fols, je ne ris plus . ■ J'étais dans le salon à achever un piquet avec ce pauvre M. Gauthier . . Le domestique lui apporte une lettre de Paris.. „Coimnent, s'écrie-t-il, récriture de mon neveu!.." Il l'ouvre . . regarde . . pâlit. . et tout-à^coup .. F.miLR. Achevez. MAUGIRON. II manque de tomber sans connaissance. EMILE. Oh! c'est moi qui le tue . . je yole. . [Tout le monde s'est précipite' vers la porte «lu l'oiid, — Cauthier parait.] Scène XVI. Lks Précédons, GAUTHIER; il entre pâle et défait , . jette an regard sur Emile, qui baisse Jes jeux, et reste consterné. HKNRIKTTK. ne mourons pas. Celte vie Est si jolie ! Gai, gai, ne mourons pas, Restons encore ici bas. TOUS EN CHOKUR. Gai, gai, ne mourons pas, etc. EMILE. Tant que Pieu nous donnera Auu'm tt douce compagne, Tant qu'A l'homme il restera 47 les truffes cl le Champagne; Gai, gai, "° ro°"ron» pas. Cette vie Kst si joie ! Gai, gai, ne mourons pas, Restons encore ici bas. TOUS. Gai, gai, ne mourons pas, etc. MAUGIRON. Depuis vingt ans, meme avant, J'ai vu clés gens que j'honore, Qui changeaient du rouge au blanc, Kl du blanc au tricolore . • Gai, gai, ne mourons pas, Pour voir s'ils changent encore; Gai, gai ne mourons pas, Restons encore ici bas. TOUS. Gai, gai, ne mourons pas, etc. Mlle. M AUC.IRON. J'ai vu mes auteurs chéris Massacrer nonne et grand-prêtre; Cuire et manger en salmis L'enfant qui venait de naître; Gai, gai, ne mourons pas, Ils iront plus loin, peut-être ; Gai, gai, ne mourons pas, Restons encore ici bas. TOUS. Gai, gai, ne mourons pas, etc. EMILE. Tout va mal, on le prétend, Et la France se fait vieille; Plus