^^SSggggSSSKaÊSlsSÊsSÈSSSK^^KKKÊÊKHK&k M. DE BIEVRE, o u L'ABUS DE L'ESPRIT, CALEMBOURG, EN UN ACTE ET EN VAUDEVILLE; Par les C. ens C. Prix, y5 centimes. A PARIS, Chez Ç C n A 110 N » Libraire , passage Feydeau; |Huet, Libraire , rue Vivienne , N.° 8. An vil %M Fc 39f AVIS DE L'ÉDITEUR. C'est en dînant ensemble , que les Auteurs de cette pièce en conçurent le plan et l'exécutèrent. Les saillies et les calem- bourgsque faisoit naître le vin de Champagne, rappelèrent M. de Bievre, l'auteur de Versingenlorix, de la lettre de Fabbé-vue à la Cnntt ssi-tntion , de l'histoire du bâcha Bilboquet ; et de tant d'autres folies si bien effacées par le Sédiu te ut. On cita «es bons mots , ses pointes , on en rima quelques-unes, on les mit en situation ; les scènes se formèrent , et bientôt la pièce se trouva faite , sans que personne eût la prétention de s'en dire auteur. On l'annonça au public par ce couplet : De Birvrc en se mo;uant de tout, Du calembourg fit trop usage; Nos auteurs ont pris son langage Pour fronder un aussi mauvais goftt. Ce soir 4le leurs muses badines , Les pointes sont les seuls tributs : Que pourraient-ils offrir île plus { Ils sont encor sur les épines. Lepublic indulgent reçut l'ouvrage en riant, et voulut en connaître les auteurs ; on lui répondit par cet autre couplet. Air : En quatre mots... Ij'ouvraue que vous avez applaudi , Citoyens, est île Dupaty Aille par ses amis ; En voiri la liste ouverte, D'abord Lnce avec Salvertt, Et Coriolis ; De plus Creu\é , Gtissicourt j Légouvé > Monvel et Lonf>f crier.... Je crois en oublier : Ah! vraiment oui, citoyens, c'est Alexandre et Chalet. Personnages. DE CHAMBRE, amant de Julie , D B BIEVRE, JULIE DE LATOUR , LAROCHE, femme de chambre de Julie , D U B OIS, valet de M. de Bicvre , UN VALET. Artistes. C. en5 Frédéric. Belford. C. n " Auger. Delisle. C. en LÉGER. M. DE BIEVRE, o u L'ABUS DE L'ESPRIT, . CALEMBOUR G. Le Théâtre représente un appartement. SCÈNE PREMIÈRE. JULIE, LAROCHE. LAROCHE. ]VI A de moïse li.e , voici l'instant décisif ; deux rivaux se disputent votre main , et c'est aujourd'hui qu'il faut choisir. JULIE. Je voudrais connaître les intentions de mon oncle. L A R O C H E. Et moi, je voudrais bien connaître les vôtres. J U L I E. M. de Chambre me parait avoir d'excellentes qualités, A a M. DE BIEVRE, etc: LAROCHE. Oui ; niais il est bien sérieux: un mari sérieux ! ah! pre> nez-y garde, mademoiselle. Air : Aimé de, la. belle Ninon. Moi, jo crois soit dit entre nous) Que, pour le bonheur d'nn ménage , 11 ne faut jamais que l'é;K>ux Ailette le maintien d'un sa"e. Souvent la femme d'un Catoii, Dans un siècle romœc le notre, Laisse à sou mari sa raison, Et perd la sienne avec un autre. JULIE. Tu as , je le vois , une grande idée de nos forces.....Mais t dis-moi, as - tu découvert quelque chose sur l'inconnu qui prétend a ma main ? LAROCHE. Monsieur votre oncle ne dit que ce qu'il veut; je sais seulement qu'on attend un homme célèbre dans l'art des Calem- bourgs , et qu'on m'a donné l'ordre de préparer son appartement. JULIE. Je suis bien impatiente de savoir qui c'est. LAROCHE. Modérez f croyez-moi } votre empressement, mademoiselle. Air : d'Arlequin afficheur. De l'époux qu'on n'a jamais tu , On se forme une douce image; Et pour lui le cœur prévenu Du bonheur rêve le présage. L'amant soumis qu'on attendait, Se montre, ce n'est plus qu'un maître : Pour l'aimer toujours, il faudrait Ne jamais le connaître. JULIE. Trêve de leçons , je n'aime point ta morale. LAROCHE. Je vous annonce M. de Chambre 5 la sienne vous plaira peut- être davantage. / 1 CALE M BOURG. 3 SCÈNE II. CHAMBRE, JULIE, M. lle LAROCHE. CHAMBRE. Enfin, je puis vous trouver seule un instant. JULIE. Quel intérêt si puissant pouvait vous le faire désirer? CHAMBRE. L'impatience de voir décider mon sort. Vous savez, belle Julie , que de vous dépend tout mon bonheur. J'aurais déjà sollicité le consentement de votre oncle, si je pouvais me flatter d'obtenir le vôtre. JULIE. Romance du Prisonnier. tes sentimens que l'on inspire, Ne doit-on pas les deviner i CHAMBRE. Dans votre cœur je crains de lire L'arrêt qui doit me condamner. JULIE. Par l'amitié la plus constante Je vous ai payé de retour : Quoi ! votre aine n'est point contente î CHAMBRE. L'amitié n'est pas de l'amour. MÊME AIR. Pour prix de tant d'amour , Julie ,' Vous m'offrez un froid sentiment! Vous ne seriez irue mon amie, Et moi, je serais votre amant. J U L I E. Je crois répondre à votre attente i Far une amitié sans dctoar. | M. DEBIEVRE, etc. C H A M B R E. Laissez ce mot qui me tourmente : L'amitié .... LA ROCHE, finement. promet de l'amour, L'amitié promet île l'amour. C H A M B R E. Ali ! combien je me croirais heureux, si cette promesse était partie de votre cœur ! JULIE, avec sentiment. Je pouvais la "démentir. CHAMBRE. Julie ! ... je vous connais trop généreuse pour me laisser un espoir que vous n'auriez pas dessein de couronner. JULI E. Suis-je maîtresse de mon sort? Vous savez qu'un oncle a sur moi toute la puissance d'un père , et'vous n'ignorez pas qu'il a déjà reçu les propositions d'un de vos rivaux. v CHAMBRE. Air : Souvent la nuit, quand je sommeille. Si les talens, si la naissance ? De votre oncle fixaient le choix, A mériter la préférence Peut-être aurais-je moins île droits ; Mais il vous aime , et son Suffrage / Va combler mes vœux aujourd'hui, Puisqu'il doit préférer celui Qui sait vous chérir davantage. JULIE. J'en accepte l'augure. Mais j'oublie que la santé de mon. oncle réclame ma présence. Je vous quitte. C H A M B R E. Souffrez que je vous accompagne auprès de lui, et qu'en partageant vos soins , je m'efforce à le disposer eu ma laveur. CALE M BOURG 5 SCÈNE III. M.U« LAROCHE, seule. \Z"oiï,a bien les amans ; ui*seul mot, et ils se croient snrs du succès. Air : Cet arbre apporté de Provence* De l'aveu qu'ils viennent de faire, Chacun d'eux semble satisfait : Mais qui va si v ile en affaire , TJ'arrive pas toujours au lait. Les ileux amans auront 1 eau faire, Sans le cher oncle rien n'est fait ; Et l'intérêt pourra défaire Ce que l'amour croit avoir fait. t\* SCENE IV. M. 1Ie LAROCHE, DUBOIS. L A R O C II E. Qi'ElvJtj'ti!! vient de ce coté.....Un valet en livrée..... Je ne reconnais point cet habit-là.....Eh ! c'est mous Dubois. DUBOIS. Quelle est la jolie bourbe qui décline aussi bien mon nom? Ob ! la charmante rencontre ! Quoi ! c'est toi , mon adorable? LA 11 O C II E. Dubois est un peu familier. Il mo parlait plus poliment avant de porter cet habit. DUBOIS. Tu as raison , ma chère ; mais alors je n'étais pas homme.,., do condition. L A R O C II E. Monsieur veut dire en condition. Sais-tu qu'il y a cinq ans que nous ne nous sommes rencontrés, Duixjis? A3 6 M. DEBIEVRE, etc. DUBOIS. Oui , vraiment. Depuis notre dernière entrevue, il nous est tombé à chacun un lustre sur la tête : cela ne m'a pas empêché de faire bien des métiers. LAROCHE. Voyons : lesquels ? DUBOIS. Air dit petit Matelot. D'abord, commis à la barrière , LAROCHE. Pour parler toujours poliment? DUBOIS. Ensuite garçon «l'un libraire , LAROCHE. Afin de lire couramment ! DUBOIS. A Pezemis je fus dentiste; LAROCHE. Aussi, dis-tu la vérité. Est-ce tout ? DUBOIS. Oh ! que non..... Des courtiers je grossis la liste, LAROCHE. Pour faire un cours de probité? D U B O I S. Et toi, ma belle , as-tu changé de condition ? LAROCHE. Moi ! j'ai fait aussi quatre maisons......D'abord , MÊME AIR. Cher, une dévote discrète; DUBOIS. Aussi, tu ne médis jamais ? LAROCHE Puis j'entrai chez une coquette : CALEMBOUR G. 7 DUBOIS. L'art n'est pour rien dans tes attraits? LAROCHE. Après , dans une hôtellerie ; DUBOIS. Chacun te paya son écot. Et tu fus en dernier ? LAROCHE. Dans un bureau de loterie. DUBOIS. M'as-tu gardé quelque bon lot ? A propos , qu'est devenu Frontin , mon ci-devant rival? LAROCHE. Ali ! celui qui voulait emporter aux îles une cargaison devin de Champagne? DUBOIS. Sans doute pour que son vaisseau ne manquât pas de mousse. LAROCHE. Il ne m'a pas écrit. DUBOIS. Tl n'a pas écrit ! c'est qu'en arrivant au port, il aura jet» V ancre. L A R O C H E. Je vois que tu es aussi mauvais sujet qu'autrefois. DUBOIS. Je pouvais jadis avoir des défauts ; mais maintenant je) suis... je suis un homme de qualité r. A R O C II E. Tu le suis.....Et tu le nommes ? DUBOIS. M. de Bievrn, aimable courtisan, professeur de caletnbourgs, homme de lettres à la mode 5 c'est pour le devenir que je suis entré chez lui. LAROCHE. Devenir homme de lettres ! loi, Dubois.... A 4 8 M. D E B T E V R E, etc. ]) U B 0 I S. Oui, je suis Dubois.... dpnt on les fait; d'ailleurs, cela n'est pas diliicile à présent. Air : Une fille est tin oiseau. Ne voit-on pas aujourd'hui Des emprunts île toute espèce ? On emprunte la richesse t Même la femme d'autrui. Combien île belles vantées , N'ont que grâces empruntées î Combien de vertus citées Des mœurs empruntent l'habit '. On emprunte sa coiffure , Et maint auteur qui figure N'a pu se mettre en crédit, Qu'en empruntant son esprit. Près de mon maître , il ne faut que de la mémoire. LAROCHE. Eil-il connu dans cette maison? DUBOIS. Depuis un siècle ! Sans un maudit voyage que nous obligea de luire une vieille Comtesse.... L A R O C II E. Une?... DUBOIS. Une vieille contestation sur des biens de famille , mon maître aurait tenu fidèle compagnie au cher oncle , qui , dit-on , se porte assez mal. Comment va-t-il ? LAROCHE. Le pauvre homme , perclus de la goutte , ne peut sortir du sa chambre. DUBOIS. Air : De la croisse. Ah ! je le plains en vérité, Sa souff rance doit être extrême. Le mal dont il est tourmenté A pourtant un coté que j'aime. Si j'rn crains l'effet douloureux , Son nom n'a rien qui me dégoûte : Quoique j'aime peu les goûteux , l'arfois j'aime la goûte. Et je compte bien boire à la noce de mon maître. G A L E M B O U R G, 9 L A R O G H E. Et quelle est sa future? DUBOIS. Ta maîtresse. Son oncle y consent, c'est un mariage arrangé. LAROCHE. Mais qui n'est pas l'ait. DUBOIS. Aurions-nous un rival ? L A R O C II E. Cela se pourrait. DUBOIS. Il n'est pas à craindre. L A 11 O C H E. Peut-être. DUBOIS. Air : La comédie est un miroir. Ali ! si la maîtresse a du goût, Elle doit préférer mon maître : (îrace, esprit, talent, il a tout, Et plait dès qu'on le voit paraître. Dans l'art de vaincre on jeune tueur, Ne trois pas qu'il lai Ut- l'instruire': Celui qui lit le Séducteur, A tout ce qu'il faut pour séduire. L A R O G H E. Entre nous, mon cher Dubois, ton maître fera bien de renoncer à ses prétentions ; son rival est aimé. DUBOIS. Tu le protèges , je gage ? L. A ROC H E. Un peu. DUBOIS. C'est trop. Son nom ? LAROCHE. Monsieur de Chambre. DUBOIS. Monsieur de Chambre, dis-tu? mais tu n'y penses pas. Nous devons tous deux être contie lui, io M. DE EIEVRE, etc. LAROCHE. Pourquoi cela ? DUBOIS. Ne sommes-nous point par état voués à l'antichambre ? LAROCHE. Je vois bien que toutes les bêtes ne sont pas à Montmartre. DUBOIS. Très-heureusement, car cela ferait un sot mont. LAROCHE. Mon pauvre Dubois , qui te montre ce jargon ? DUBOIS. Voici mon maître. SCÈNE V. M. DEB1EVRE, DUBOIS, M.'ie LAROCHE. B I E V R E. IVÏademoiseixe de Latour n'est point ici ? LAROCHE. Pardonnez-moi, monsieur. B I E V R E. Air nouveau. Brûlant d'impatience ' De lui faire ma cour. Sans m'airèter un jour, J'arrive en diligence. DUBOIS. Oui, et bien suspendue encore ; la voiture alloit si vîte , que les cailloux battoient la caisse. Aussi avons-nous failli verser. B I E V R E. Eh bien , le grand malheur ! on nous aurait relevés avec un cric. Mais... Ne perdons point de temps , va vite , mon enfant, avertis ta maîtresse que je demande la permission de la voir, et dis-lui que si elle veut bien se rendre ici de bonne heure..... CALEMBOUR G. n DUBOIS. Elle fera le nôtre. BIEVRE. Le coquin me l'a volé ! LAROCHE. J'obéis. SCÈNE VI. M. DE BIEVRE, DUBOIS. BIEVRE. .A. présent , mons Dubois , il faut faire marcher de front l'amour etThémis , et cela doit être, parce qu'ils n'y voient pas mieux l'un que l'autre. Il faut aujourd'hui gagner ma maîtresse et mon procès. Pour cela , tandis que je vais intéresser en ma faveur l'oncle et la nièce, tu iras faire ma cour à certain homme do Loi dont les bonnes grâces me sont aussi très-chères. DUBOIS. Oh ! oui, trùs-caères; mais cela ne doit pas vous étonner. Air : O ma tendre musette ! Vautours et gens «l'alïuires , Corbeaux et procureurs, jÉperviers et notaires , Et buse* et riraeurs, Par-tout c'est, la coutume, Il faut s'en consoler : Tout ce qui porte |i!uine Est sujet j voler. BIEVRE. Prends mon cheval... le coureur, celui auquel on a mis hier les fers aux pieds , et qui n'en va que plus vite. DUBOIS, à part. Il est bon celui-là. ( Haut. ) Mais, monsieur, j'aime mieux prendre le mien ; le vôtre est si rétif , il fait des pointes. 12 M. DE BIEVRE, etc. BIEVR E. Mon cheval fait des pointes ? Le charmant animal ! Eh bien .' prends mon petit cheval de selle. DUBOIS. Un cheval de sel, vous n'y pensez pas, monsieur; s'il venoit à pleuvoir, je jouerais au cheval fondu. BIEVRE. Comment ! point d'éperons , toujours étourdi , toujours négligent ! DUBOIS. Et vous , toujours grondeur. BIEVRE. Cette fois-ci , je conviens que c'est à propos de bottes.... (Gravement.) Mais laissons cela ; prends cette lettre, et qu'elle soit remise avant deux heures DUBOIS, réfléchissant. Avant deux heures? remise !.... que cette lettre soit remise! BIEVRE. Eh bien ! qu'attends-tu ? DUBOIS. Un petit moment, monsieur ; une lettre.... remise.... Ma foi, monsieur, je n'entends pas celui-là. Je me rends. Cependant je devine assez facilement comme monsieur peut voir. BIEVRE. L'imbécille ! il lui faut toujours de l'esprit. Tiens-t- en à la lettre , maraud ! (Il lui donne la Litre. ) DUBOIS. Ah ! pour le coup j'y suis , je vais la porter. BIEVRE. Et moi , je vais chez M. de Latour. DUBOIS. Monsieur n'a pas d'autres commissions à me donner ? B I E V R F. Non.... Ah ! tu passeras chez mon banquier pour toucher ► « CALEMBOUR G. i3 cette lettre de change, et tu iras aux Français pour savoir si l'on donnera demain ma pièce. I) U BOIS. Je serai ici dan8 une heure. SCÈNE VII. DUBOIS, M.»* LAROCHE. LAROCHE. T usors > Dubois; où vas-tu donc? DUBOIS, déclamant. Sur mes sens enflammés l'amour a tant d'empire. Je vais... je viens... je pars... et ne sais que vous dire... LAROCHE. Je ne t'entends pas. DUBOIS. Je te plains. LAROCHE. Mais, monsieur Dubois , je vous trouve bien merveilleux. Savez-vous que vous visez à l'impertinence ? DUBOIS. J'espère bien l'avoir attrapée. LAROCHE* Croyez-vous qu'elle vous réussisse? DUBOIS. Sans doute ! Air : Honoré du brillant poste. A la cour comme à la ville, Pour être «lu meilleur ton , Jl faut toujoui'l lie sou style Bannir la s.jtle raison. ^ ( Labocjij: veut s'en aller. ) Quuj ! vous laites la cruelle ï i4 M. DE BIEVRE, etc. LAROCHE. Je suis lasse du jargon. DUBOIS. Diable, M. lle Laroche ! Je croyais ton cœur, ma belle , Un peu moins dur que ton nom. L A li O C H E. Encore une équivoque. DUBOIS. Pour te l'expliquer , Air : Réveillez-vous, belle endormie. Ma chère, il faut que je t'embrasse. LAROCHE. Cessez vos gestes libertins : Les jeux île mots, on vous les passe ; Mais trêve pour les jeux île mains. DUBOIS. Inhumaine ! barbare ! LAROCHE. Laisse-moi, ma maîtresse vient. DUBOIS. Et moi, je me sauve. SCÈNE VIII. JULIE, M. lle LAROCH E. JULIE. uet. est ce valet ? Q LAROCHE. C'est celui tic M. de Bievre , que vous connaissez sans doute à présent pour le rival de M. de Chambre. JULIE. Oui , mon oncle vient de m'ordonner de lui accorder un moment d'entretiea. Tu connais donc ce valet? CALEMBOUR G. i5 LAROCHE. Oui, mademoiselle. JULIE. Tu semblais lui parler familièrement. LAROCHE. Je l'ai vu autrefois à Paris ; mais il est devenu si fou , que je ne le reconnais plus : son maître et lui ne parlent qu'en pointes ou en calembourgs. JULIE. Quelle manie ! LAROCHE. Air : 77 n'est pas de généreux ( Claudine.^ Monsieur Dubois a de l'esprit, Mais son esprit lient du délire ; On goûterait fort ce qu'il dit, Si l'un savait ce qu'il veut dire. De son maître, singe et rival. Il l'imite, il le parodie, Et c'est un grand original, Quoiqu'il ne soit qu'une copie. JULIE. Que ce travers me déplaît ! / LAROCHE. Y pensez-vous, mademoiselle? il doit tous servir." JULIE. A quoi? LAROCHE. A éconduire monsieur de Bievre. JULIE. Explique-toi. L A R O C II E: C'est tout simple. Vous exigez de lui le sacrifice de son gout dominant, il vous le doit , il vous le promettra ; mais l'iiabi- tude sera plus forte , et manquant à sa parole, il vous laissera maîtresse de la vôtre. JULIE. L'idée est heureuse et j'en profilerai. LAROCHE. Vous n'attendrez pas long-temps pour le mettre à l'épreuve : le voici lui-même. i6 M. DE BIEVRE, etc. SCÈNE IX. BIEVRE, JULIE. BIEYRE. IViADEMOiSELLE , je sors de chez monsieur votre oncle ; je doisàson amitié la permission de vous présenter mon hommage. JULIE. Je suis flattée , monsieur.... BIEVRE. Air : Lorsque vous verrez un amant. Pour rendre hommage à vos appas , Attiré par la renommée , Je cherche l'amour sur vos pas , / Et laisse ma el->ire a l'armée. Le camp , sans détours je le dis, Bien moins que ee séjour me tente : Quand de la nièce on est épris , Sans regret on quille la tente. JULIE. Votre nom , monsieur , votre réputation préviennent en Tolre faveur; ; mais avant de répondre à des intentions cjni ne peuvent que m'honorer, vous conviendrez que la connaissance du caractère..... BIEVRE. Vous avez raison , mademoiselle . sans caractère on ne peut faire impression. Mais il suffit de vous voir, pour vous rendre le tribut epui vous est dû. Air nouveau. I/amour qui rit rie mes tourmf.ns, Redoublant les maux que j'endure^ Pour rendre ses traits plus ptquaus , A pris ceux de votre ligure. i J'admire tant d'appas divers , Qui du printemps m'offrent l'image : Ces pieds où je vois l'univers (i) , Ces beaux yeux, ce joli corsage. (i) Julie a des souliers verts. i JULIE, CALEMBOUR G. 1? JULIE, à part. Changeons de conversation. {Haut. ) L'attachement que vous avez pour mon oncle, monsieur , vous retiendra sans doute quelques jours ici. B I E V R E. M. de Latour m'a i>ermis d'y attendre le résultat de vos réflexions. JULIE. Mon oncle, monsieur , doit en être le premier instruit. B I E V R E. Air : Vaudeville de Claudine. Pour époux , sans vous contraindre, Si vous m'avez accepté , Ah ! sans avoir rien a craindre , \ Je vais être époux vanté, ( Il veut lui prendre la main. ) JULIE. Monsieur !.... B I E V R E. Auprès do vous rien n'appaïse Les doux transports (pu* je sens ; Mais aussi, quoique française , Vous avez des yeux perçant. JULIE. On ne m'a point trompée , monsieur , en me parlant de votre esprit; mais permettez à ma franchise un aveu que le vôtre rend nécessaire. Je déteste les calembourgs , c'est un tort sans Douta à vos yeux ; mais si vous mettez quelque prix à mon opinion , vous me ferez le sacrifice d'un goût trop irivolu pour que vous y attachiez de 1 importance, B I E V R E. Mademoiselle. JULIE. Air : Femmes , voulez-vous éprouver. Je h dis ce jargon pointilleux , Par qui le taux esprit circule, Art où le plus ingénieux Est toujours le plus ridicule : Pour plaire, un amant, un auteur, Doit-il se donner la tort ire i Aina is, consultez votre cceur; Auteurs, consultez la nature. / I? i3 M. DE BIEVRE, etc. 13 I E V R E , après un peu de réflexion. Vous êtes bien sévère, mademoiselle; mais s'il faut, pour vous plaire , renoncer à un genre d'amusement que je croyais innocent , je prends ici l'engagement solemnei de ne jamais faire de calembourgs. JULIE. (y/ part. ) O ciel ! {Haut.) Vous me le promettez ! BIEVRE. Air : J'ai vu par-tout mes voyages. Oui, je vous jure v et pour la vie, De renoncer au calembourg ; Je sens que la plaisanterie BleMe le véritable amour. Quand le cœur est de la partie , Pour plaire on a tout ce qu'il faut, . Et l'on ne peut Etlgner Julie En jouant avec un défaut. JULIE. ( A part. ) Je respire. ( Haut. ) Un dez faux ! BIEVRE. Ah ! dieu ! je suis perdu.... L'habitude m'a emporté : mais croyez , belle Julie. JULIE, d'un air piqué. L'habitude, monsieur , est une seconde nature ; je sens que j'avJÛs trop exigé : ne soyez pas étonné que je ne joigne point mon consentement au choix de mon oncle. Air : Vaudeville de Racan. J'applaudirais île bien bon cœur Aux traits dont votre esprit hous frappe ; Mais, je vous l'ai ilit, par malheur. Des énigmes le mot m'échappe : Je ne comprends pas vos discours. A nia main cessez de prétendre: Pour s'époùset, il tant toujours Commencer par s'enteudie. CALEMBOUR G." SCÈNE X. B I E V R E. Je ne pourrai jamais la faire revenir sur mon compte. Je ne puis pourtant pas l'abandonner à mon rival ; je ne dois pas souffrir qu'elle devienne femme de Chambre..., Au reste , que sais-je ? peut-êire m'en trouverai-je mieux. Vraiment, je na suis pas assez raisonnable pour me marier. R O N D E A U du Prisonnier. Oui, dès l'instant qu'on se marie, 11 faut vivre comme un Cafon, Et l'heureux ten s de la folie l ait place au teins de la raison. Oui, le mariage Veut un esprit *age; le soin du ménage S'oppose au lionlii'ur; Et puis votre hellc Devient infidelle : Vous brûlez pour elle , Un autre a sou cœur. De l'hymen la (haine Après elle entraîné Les tourinenj, la gêne, Trop souvent l'ennui. Hélas ! tout l'atteste, Par un sort fu nés te, Ee dégoût nous reste Quand l'amour a fui. Oui, dès, etc. Ah ! j'apperçois M. de Chambre. SCÈNE XI. CHAMBRE, BIEVRE. CHAMBRE. (3n vient de me prévenir, monsieur , que vous étiez dans cet appartement , et j'ai pensé que vous voudriez bien y recevoir ma visite sans cérémonie. B a ao M. DE BIEVRE, etc. B I £ V R E. Je suis flatté que M. de Chambre ne me fasse pas une visire du cour. C II A M B 11 E. Je prie M. de Bievre de me prêter l'oreille. B I E V il E. Monsieur , je ne me la lais jamais tirer. C H A M B R E. Trêve de plaisanterie , s'il vous plaît ; les pointes , à la longue..... BIEVRE. Je vois que monsieur préfère les courtes pointes. C II A M B R,E. Votre intention, sans doute , est de m'aigrir? BIEVRE. Point du tout , monsieur , je ne ine trouve pas trop gras comme cela. C II A M B R E. Je croyais mériter plus d'égards. BIEVRE. Monsieur, en doulez-vous? CHAMBRE. Vous êtes homme d'honneur, je compte sur votre franchise; quelles sont ici vos* vues ? BIEVRE. Les plus élevées. Je n'aime pas les vues basses. CHAMBRE. De giace , parlons sérieusement , ou je croirai que vou* m'insultez. Voulez-vous vous asseoir?... M. !lc Latour?... BIEVRE, s'asseyant. Au nom de Latour, je sens que c'est Je cas d'un siège... C A L E M B O U R G. *| CHAMBRE, inventent. Monsieur , vous voulez me pousser à bout. Air : Du pas rcaoublé. Allons, quittez, ce ton railleur Et ce FrbiS persitllage : Sachez que je ne puis, monsieur, Le souffrir davantayi ■ ( Bievrc rit. ) C'en est trop , l'épée à la main , Et, sans plus de remise..... B I E V R E , feignant de se mettre en garde t et prenant sa tabatière. Acceptez, monsieur, puisqu'enfin Nous en sommes aux prises. C H A M B R E. Il me semble , monsieur , que vous ne savez faire que du bruit. B I E V R E. Vous me dites cela, parce que je viens de titer une boite. C H A M B R E. Air : Que ne suis-jc la foffgère ! Du bol esprit, avec charmes, Lancez les traits contre moi; Mais il vous tant d'autres armes Pour me taire ici la loi. Voici l'instant do connaître Si, lorsqu'il s'aj>it d'honneur, Les yens d'esprit savent être Quelquefois îles gens de cœur. ( Se mettant en garde. ) Vous défendez-vous , monsieur ? B I E V R E. Vous le prenez au sérieux. Eh bien ! malgré cela , nous allons luire des parades : mais , je vous en préviens : Air : Des fraises. Au poing ferme, au conp-d'œil sftr^ Cnex moi l'adresse est jointe : ( Il le fait reculer. ) Je vous mets au pied dn mur ; Car >e suis vraiment tort bur La pointe. ( ter. ) 11 "X a o M. DE BIEVRE, etc. SCÈNE XII. Lr.s précédeks, JULIE les séparant. JULIE. Air: Tout est charmant chez sîspasie. .A n ! aiêftii dieux . quel transport barbare ! Qii'iillii k-vmus faire! je frémi* ! Vite au secours, qu'on les sépare! B I E V R Nous réparer ! Mais, vous nous croyez donc unis? JULIE. (/f M. de Bicvre.) Ali ! monsieur, citez mon oncle! ( A M. de Chambre. ) Venez , monsieur , suivez - moi , je l'exige. CHAMBRE, à l'oreille de Bievre. Au revoir , monsieur. 15 I E V II E. Je tous entends , monsieur. SCENE XIII. BIEVRE, seul. »Te ne puis m'empêcher de rire (|unnd je songe à la fureur de M. de Chambre ; il n 1 aime pas les pointes ; je ne conçoit pua cela. Air : Sur l'échantillon je comprends. A ce langage ingénieux Les nomma devaient rendre hommage , Cn songeant qti'autreioia les dieux Des ilovbleâ sens faisaient usage. A Delpbe, A pollon conaatte ■ ~&\\ c.ileinbourgsfaisait miracle; Peut-nu niienx taire , en .vérité, Que de parler comme un oracle ? r% % d CALEMBOUR G. a3 V —^ SCÈNE XIV. M. DE BIEVRE, DUBOIS. ( Dubois se frotte les yeux. ) BIEVRE. T7e voilà ,. Dubois ? Eli bien ! qu'as-tu donc qui te chagrine? DUBOIS. Hélas ! monsieur, en traversan t Paris, une paille m'est entrée dans l'œiL : j'ai répandu, la larme dans tout le quartier. BIEVRE. Ce ne sera rien. As - tu reçu ma lettre de change ? * o D II B O I S. Non, monsieur, la voilà. Elle est impayable. BIEVRE. Pourquoi donc ? D U B () I S. Air : ,Pai perdu mon âne. Ah ! quelle bévue ! Monsieur, voti" paveur est Aveugle , et votre billet Est payable à vue. ( Mr. ) BIEVRE. Oh ! je lui ferai bien voir qu'il me faut de l'argent. D U B O I S. Certainement , quand ce'ne serait que pour prêter à M. de Saint-Far , qui est venu vous demander cent iouis. BIEVRE. Non , en vérité , je ne veux plus être utile qu'au Mont-de- Piété : au moins celui-là est-il rempU de reconnaissances. D U B O I S. . Votre pièce, monsieur, ne sera pas jouée : Molé est si enrhumé qu'on ne l'entend pas. B 4 H M. DE B I E V B E, etc. B I E V li E. Tanl mieux , il faut jouer le Séducteur en roué... Au moins, mon procès esi-il jugé ? D U 1) O I S. Oui, monsieur; il est même gagné. 15 I E V R E. . J'ai gagné mon procès ! DUBOIS. Non , monsieur, il est gagné pat voire partie adverse; mais ce qui doit vous cousoli r , c'est que vous l'avez perdu par votre faute. B I E V 11 E. Comment ? DUBOIS. Votre avocat ne vous a point défendu ; il m'a rendu la lettre que vous Lui aviez envoyée, à laquelle il n'a rien compris. B I E V R E. Elle est pourtant bien claire; il s'agit d'un pré , il fait partie d'un héritage qui m'est échu ; mes titres sont en règle , il ne faut que les présenter: voici ce que dit nia lettre, écoute. (Il lit.) Monsieur, «.levons envoie les pièces; tenez-vous-en au texte, et nom 5> aurons le pré; car nu m procès n'est qu'un pré-texte. Quoique yj l'objet en liLige ne soit pas éloigné , je le crois j>ré-cairef DUBOIS d part. C'est en Egypte. B I E V R E. 30 cependant, si vous le voulez , vous emporterez le pré par 55 votre talent pré-'lominant, et je suis caution de votre succès, » si vous prenez toutes vos pré-cautions. s Je suis , etc. D. B, Dans le fait, ce n'est pas là précisément le stvle du Palais. Mais quoi ! la sottise est faite, et l'on ne peut pas revenir sur le pré-yiçp. CALEMBOUR G. i5 DUBOIS. Il est incurable ! BIEVRE. Comment ! incurable ? DUBOIS. Certainement , monsieur. Vous avez fait aujourd'hui cinquante calembourgs, au moins , il n'y en a pas trente neufs. B I E V À E. Qu'y a-t-il Je nouveau à Paris ? D U B O I S. Il y a bien des choses, monsieur. D'abord, j'ai traversé les Tuileries , et j'ai trouvé tous les arbres en ailées. B I E V R E. Après? DUBOIS. J'ai passé chez votre libraire! Oh ! monsieur , c'est un bien brave homme que votre libraire BIEVRE. Je te l'ai toujours dit. D U B 0 1 S. Il m'a donné trois litres pour quarante-cinq sols, BIEVRE. Peste ! DUBOIS, saluant avec mignardise. Enfin , monsieur, ce qui sans doute vous sera fort agréable.., ma femme est sur le point d'accoucher. ' .. B I E V R E. Tu as raison, cela me fait grand plaisir , et je t'en féiicite. Tu vas avoir un nouveau-né. D UB'OI S. Enfin tout est nouveau , monsieur , tout. Air : Du Jockei. Nouveaux plaisirs , nouvelles fêtes, Nouveaux maintiens, nouveaux habits, Nouveaux bals , n.nivell^ conquête»* Nouveaux tournions pour les maris, Nouveaux romans dans les affiches , Faits par île nouveaux cens d'esprit, Et tout exprès île nouveaux riches, Pour lire les nouveaux écrits. Mais vous n'écoutez pas mes nouvelles , monsieur. zG M. DE HEVRE, etc. 15 l E V R E. Je réfléchissais. J'admire ma journée! de pointes en pointes : j'ai perdu ma maîtresse , mon procès, et j'ai manqué de gagner un coup d'épée. DUBOIS. Voilà de l'esprit bien employé !... Comment! M. de Chambre... B I E V U E. Il faut que je te conte cela. Tu étais à peine parti... SCÈNE XV. M. DE BIEVRE, DUBOIS, un VALET. B I E V R E. Ç^vi vient nous interrompre? Oli ! je te vois venir, messager de malheurs ; c'est un congé que tu m'apportes. LEVALET. f Monsieur , c'est de la part... BIEVRE. Oh ! c'est de la part de l'oncle, de la nièce... Ce poulet-là Contient des politesses , et les adieux Je toute la famille. LE VALET., Monsieur... BIEVRE. On s'imagine que je vais me dé^spérer : mais si j'ai perdu d'un coté , j'ai gagné de l'autre. J I R. J'ai perdu ce procès, l'ol;jet de tant <1<> soins; , Mon rival épouse Julio. Quelques dette» te pins, àttt femme de moins, . Tout est balancé dan;, la vie. DUBOIS. Belle consolation ! BIEVRE. En/in , lisons..... a M. de Latour vient de m'accorder son » aimable nièce: soyons donc amis , puisque nous ne sommes j) plus rivaux. J'espère que vous voudrez bien m'en donner i / CALEMBOUR G. 27 » une preuve , en accédant à la première demande que je » prends la liberté de vous faire au nom de mon oncle es » de mon épouse. » ( A part. ) M. de Chambre est très- liounête. Air : Des fraises. Je veux vous voir au plus tôt ; A demain, deux novembre, Venez dîner, sansécot, A. la fortune du pot..... ( Suit la signature. ) DUBOIS, riant aux éclats. Quelle fortune ! BIEVRE, Qu'as-tu à rire ? DUBOIS. Comment,monsieur, vous n'apprécie* pas toutvotre bonheur I B I E V li E relit. Ah ! battu ! morbleu ! battu avec mes propres armes ! Un mal-adroit ! DUBOIS. Pas si bête , pourtant. BIEVR E. Qui n'a jamais fait un calembourg. DUBOIS. C'est bien commencer. B I E V R E. Il me passe au travers du corps Là première pointe, peut- 6lre , qu'il ait faite de sa vie : après un coup comme celui-là , il ne m'est plus permis de dire rien de plaisant. Air : Vaudeville de la Revue. Si le mauvais ton du fauboufg Egale celui rte la villo, Et si dans l'art du calembourg Un ignorant se montre habite; 3r Toisque pour être en crédit, Pour être toujours sûr dp plaire , Il ïautavnir beaucoup d'esprit Mais qu'il tant se larder d'en taire. DUBOIS. C'est ce que beaucoup de gens disent : mais , croyez-moi, monsieur , c'est par jalousie. Avec un jeu comme le vôtre , et un valet de cœur comme moi , vous gagnerez toujours la partie. sS M. DE BIEVRE, etc. B I E V R E. Çoè roi's-je ! Julie avec M. Je Chambre ? gl-lL_______ ■ ■ ■■■i. h i. 14 SCENE XVI. Les prkcédkns, M. D E CHAMBRE, JULIE, M.»» LAROCHE. BIEVRE. A. H • monsieur, ce n'est point assez pour vous de l'empoiter sur moi : voulez-vous encore ajouter à mes regrets , en m'of- frant le spectacle de votre bonlieur ? JULIE. J'aime à croire, monsieur, qu'un amour aussi subit n'a pas fait encore de grands progrès : les sujets de consolation dont vous êtes environné, vos talens, une fortune considérable... BIEVRE. Ah ! madame, ma fortune d'aujourd'liui ne sera certainement pas une bonne fortune. L A R 0 C H E. Je crois que vous pouvez vous rassurer sur les jours de M. de Bievre, il fait de l'esprit , il n'en mourra pas. B I E V R E. Voilà ce qui vous trompe , mademoiselle Laroche , j'en Mourrai , mais il me faudra du temps. ( Après avoir salué. ) Air : D'un bouquet de romarin. Puis-je vous offrir Dubois,. Pour sr vir madàhié l . G H AMBRE. Gai'drz 1», son nom, jr crois, Peut faire épigrMhnie. B I E V R E. . Puisqu'il n'a point votre voix, Il ftttl partir , je le vois, En l>ar ttant en garde. (A CJmmbre. ) Si mus voulez que je nie lasse jour, monsieur, prêtez-moi le flanc beau. B I E V B E. Voila nuit jours que le ciel n'a pas eu un seul nuage; si Cela continue , nous aurons un temps dété-stablc. D U B O I S. Monsieur de Bievre ne se convertira jamais entièrement. li I E V 11 K. Tu ns raison; un militaire ne 'ait—que des quarts de con- DUBOIS, après In lettre de Chambre. Ali ! ah ! ah ! ah ! ah .' ah ! quelle fortune i Calembourgs à placer. B I E V R E. Ou'as-tu donc tant à rire.... finis.... on tliroit que tu as ri-boité. B I E V R E. Je n'aime point le jeu , sur-tout la bouillote ; on ne voit là que des gens qu'on vexe , et des louis qu'on cave. DUBOIS. J'ai passé au couvent des Ursulines pour savoir des nouvelles de votre chère cousine. B I E V R E. Eh bien ! comment va-t-elle ? DUBOIS. Ali ! monsieur , la pauvre religieuse est d'une maigreur ! d'une maigreur ! à faire trembler. B I E V R E. Cela n'est pas étonnant ; elle est grillée jour et nuit. L'IMPRIMERIE D E MIGNEB.ET, rue Jacob, J^.o 1186.