Fc384/1 ADELE E T DORSAN; COMEDIE En trois Actes et en Prose, mêlée d'Ariettes. YsA- »tocA ( v*^.^ - , r g\73- 7 ^1^^"^ ^1 A PARIS, Chez les Marchands de Nouveautés; V 1852 S,24 PERSONNAGES. ADELE. H ORT EN SE. DORS AN père. DOKSAN fils. CHARLES. 11 E N R I. Une PjETiTE Fille. Une Vieille Citoyenne- Habitants et Habitantes. Parents, Amis. » £a Scène se passe dans la maison de Dorsan. ADELE ET DORSAN, COMÉDIE. ACTE PREMIER. Le Théâtre représente les dehors d'une maison de campagne , sur un cote un bosquet , un siège de ga%on , des guirlandes , des fleurs sans ordre , qu'on voit de la maison de Dorsan^ Vis-à-vis on apperçoit une grille qui mené dans les jardins et qui tient au pavillon de la maison qui a deux étages et des fenêtres qui donnent en dehors sur la campagne. Dans le jardin, on danse; les Ménétriers sont sur un gradin; il y a violon et tambourin. Du côté opposé à la maison on voit un coteau qui vient aboutir en avant du jardin ,etun petit pont qui mené au village. Pendant le dernier morceau de l'ouverture, les habitants dansent une contre-danse dans le jardin , on les voit par la grille qui est ouverte. En dehors du jardin, Charles, jardinier, est au milieu des autres habitants qui ont des mousquets , parce qu'ils doivent précéder les mariés et les conduire a la maison-commune ; il les fait marcher > les instruit, d'autres arrangent le bosquet et placent des fleurs. 4 Charles reprend les uns, place les autres. On joue une marche, et lorsque l'on cesse de jouer l'on distingue l'air de la contre-danse, joué par plusieurs violons qu'on n'entendoit pas. Le cor, le tambour, la marche reprennent; et ceux qui dansaient, se voyant une seconde fois troublés par le cor et le tambour qui roule, viennent prendre Charles, les fusiliers, etc. et leur font danser la farandole. Le cor, les violons, l'orchestre % tout joue h-la-fois et forme le dernier morceau; tous s'en vont en dansant, passent dessus le pont, et disparoissentun instant, SCENE PREMIERE. P O R vS A N fils , venant de la maison , absorbé dans ses rêveries; il a une car- magnole élégante. Je cherche en vain la solitude— pari-tout je trouve des gens qui se livrent à la joie, lorsque mon cœur est en proie aux chagrins !... Voici pourtant l'instant qui va munir à Hor- tense, et me séparer d'une infîdelle que j'ai trop aimée et que je dois oublier pour toujours. Air. Près fie former des noeuds si doux, Ces noeuds où le devoir m'engage, Sombres chagrins dissipez-vous , Ne me troublez pas davantage. Ce foible cœur encor garnit De l'infidélité d'Adèle ; Souvent, dans l'ombre de la nuit* Je crois la yoir et je l'appelle; Son îmnge en vain me poursuit.. . r Non ... je n'aime plus l'infidelle. Prè| de former , etc. Adèle inconstante, légère! je l'ai pu croire. Mais Adèle intéressée!... méprisable!... Ah! si tout autre qu'un pere eût osé me le dire!... SCENE IL DORSAN fils, CHARLES, HENRI, HABITANTS. CHARLES, parlant dans le fond aux habitants. J^l. LLAIS à présent à la maison , pour être > tout prêts sitôt qu'on aura besoin de vous. C'est la fête de l'amiquié, c 'est la noce de not' jeune maître, et, ce qui vaut encore mieux, de not' frère, not' enfant.... Mais le voici. (A Dorsan.) Bon jour, mon jeune camarade. Vous permettais ?... Dorsan. Je remercie même... du nom qui me flatte, qui m'honore.... Charles est un des meilleurs citoyens. Charles. Après vous____ Mais ne disputons pas là- dessus. Soyez, notre égal en tout, je le veux bien , excepté en bonheur : car vous trouverez bon que je vous en souhaitions encore plus qu'à nous. Mais quoi que vous regardais-là ?... Dorsan fils. Un nouveau bosquet... il est charmant. Charles. Trouvais-vous ! Je l'avons fait s'te nuit, Henri et mai. C'est-Ià où en revenant de la commune vous vous reposerez tous les deux, où vous renouvellerez à la face du ciel le serment de vous aimer toujours. Cest-là aussi où nous demanderons a Dieu de conserver tous les braves gens du pays , a commencer par votre pere et pur vous. D o R s A N fils. Mes bons amis. Air: Qu'il est doux pour mon coeur. Qu'il est doux ce langage ! Amis , votre suffrage Ajoute à mou bonheur, h r C h ce u r répète. Qu'il est doux pour'son coeur , etc. D o r s a n fils. Dès le matin, au lever de l'aurore , Nous nous retrouvons aux champs ; Tous égaux par nos sentiments , Par nos travaux nous le serons encore. C h ce u r. Tous égaux par nos sentiments, etc. D o r s a n fils. Si quelqu'un meurt en combattant Pour mon pays , poùr sa défense , S'il laisse un jeune et foihlo enfant, Mes bons amis , je l'adopte d'avance. C n or u r. Quel' brav' jeune homme ! Ah, quel bon coeur ! il épousé femme charmante , Son ame est tendre et bienfaisante : U mérite bien son bonheur. Charles. Quelle joie il a de ce mariage, votre pere...; C'est un brave homme,ferme, entêté môme.... 7 au demeurant il tient encore un peu à ses vieux préjugés... une famille! de la fortune. Mais je n'ons rien à lui dire, et s'il est le plus riche du canton , on doit le lui pardonner, car il est aussi le plus humain. Henri. Le v'ià ! Comme il court ! Comme il est joyeux ! Tout à l'heure encore à cheval pour aller consoler par quelques témoignages d'amitié ceux qui ne pouvoient pas venir a la fête. Main- ten ant toutprêt â se mêler à nos jeux, l'âge ne lui a rien ôté de sa vivacité.... 11 vient à nous. SCENE ni. Les Précédents, D OR SAN pere. D o R s A N pere. T J E suis bien aise de te trouver au milieu de nos amis; il est quelqu'un qui, pour aujourd'hui, doit avoir la préférence.... Hortenae , ses parents !... D o R s A N fils. J'y cours, mon pere ! mon pere ! Êtes-vous bien sïir ?... (// lui prend la main, Dorsan pere fait un mouvement , Dorsan fils la serre et dit : ) Eii bien ! je voua promets de ne jamais y songer. (Il sort.) Dorsan pere, à part. Et toujours il s'en occupe! H E N R I. Mais les violons sont partis, je crois.... Charles, riant. Cela ne se peut pas; il y a encore duvin. Henri. e vous j vois. 3 Charles, riant Et de près, pas vrai? Je te suis,.,, D O R S A N pc ! Charles, je voudrois te parler. C H A R L k s. Dans l'instant je suis à vous. Mais dans u?1 \àm comme celui-ci, il y a tant de choses f lant de choses! C'est moi qui surs chargé---- Je reviens, je reviens. (Il sort) SCENE IV. DORS AN pere, seul. JE N FIN mon fils épcuse Hortense ; elle à dèsâttraits, des vertus: on ne peut réunir à-la- fois plus de sensibilité avec plus de délicatesse. Je touche donc à ce moment si désiré qui va. terminer toutes mes craintes. A J n, Espoir, qui régnois dans mon anie ; Non, tu n'étois point une erreur! De mon fils la nouvelle flamme Assure à jamais mon bonheur. O'jour prospère ! Trop heureux ]x?ro ! Par cet hyjhen, par ces doux nœuds, Le ciel va combler tous mes voeux. Je redoutois, pour son jeune Age , L'amour et ses cruels tourments , J£t les tempêtes et l'orage (^u'il excite dans toUi nos sens. L'hymen et la raison d'accord L'ont sauvé du naufrage ; Et nous allons entrer au port. SCENE f , 9 SCENE V; DORSAN pere , CHARLES. Charles. JFe n'ons pas tardé , je sommes toujours si content , si empressé quand je pensons pouvoir Vous être bon à quelque chose !... D o R s A N pere. Je le sais— Eh ! bien , Charles , l'instant approche. As-tu fait part de mes intentions aux habitants de ce lieu ? Charles. Ma fine ! jusqu'à présent je né leur ons recommandé de vot' part que de s'bian divertir , et il n'y a pas d'apparence qu'ils y manquent. D o R s A n pere. Charles, voici le moment de redoubler de Zele, veille à ce que tout se passe avec décence, que les étrangers soient traités avec politesse , les habitants du lieu avec amitié; qu'on ne refuse point les riches, mais qu'on prévienne les pauvres ; enfin , fais ensorte que chacun puisse aujourd'hui , ainsi que moi, compter un beau jour de plus dans sa \ ie. Charles. Tout ira bien, et, grâce au ciel} avant uns heure. D o R s a n pere. J'attends ce moment avec impatience; je puis te l'avouer a présent. Je n'étois pas sans inquiétude. Charles. A cause de s'te jeune iilie? Adèle n'est-ce pas ? Adèle et Dorsaih B 10 EVo R s a N peré. Oui. Y Cfl A r L ES l'examinant. Bah ! Elle ne pouvoit pas convenir à votre fils. Oh ! non... non... des parents pauvres... honnêtes pourtant. D O R S A N pere. On me l'a dit. C H A R L F. s ; Il faut bien que cela soit ; il n'y avoit qu'une voix sur leur compte. La mere , l'exemple du pays! Le pere, trente ans dé service, deux épées sur son habit bleu , et vingt coups de •sabres dessous! La hlle !... je me rappelle encore ve que disoient sur elle tous ceux qui reyé-j noient.de ce pays-là. D o R s A N pere , l'interrompant. Je m'en souviens. On en faisoit l'éloge , mon iils de son côté juroit de l'aimer toujours. Tu vois pourtant ce qui est arrivé. , Charles. Qui____Mais s'tapendant... pardonnez. C'est qu'il y à des gens qui ont .voulu me soutenir... (je rie lés ai pas cru3 au moins. ) Mais n'ont ils pas été jusqu'à me conter que vous aviez été obligé de tromper un tantôt votre iils ! Et ça pour l'y Taîr'e épouser celle qui est riche et jenoiicer a s telle - la qui étoi,t pauvre. D O R s a N pere, avec dignité. Je ne dois compte de ma conduite a personne ; mais comme l'estime des habitants de'ce lieu etlatiénne, Charles, me sont précieuses, écoute, tt.tu verras- ii. j'ai quelque clisse a me.repro- •cher. Mon iils a son âg3 petit disposer de sa 11 main, sans avoir "besoin de mort, consentement. Juge si j'ai dû frémir , lorsque je l'ai su épris d'une fdie inconnue qui, sans doute, n'avoit d'autre but que d'abuser de sa tend isse .pour le forcer ensuite a l'épouser. Voyant que mes conseils, mes remontrances ne pouVQH^j-t rien sur lui, j'ai fait naître la nécessité d'un voyage indispensable qui les t a séparés. Le .sort -aussi a secondé mes vues ; xm rivalJaloux de sa félicité, s'est permis de lui inspirer des soupçons, et je t'avoue que je n'ai pas cherché à les dissiper. Dorsan furieux n'a pas voulu revoir sa maîtresse. Bientôt les charmes d'Hortense, son ame noble et délicate, mes caresses, ma tendre amitié, l'ont fixé en ces lieux ; et, geacé au ciel y mon. fils fait aujourd'hui un mariage qui assure sqi» bonheur et le mien. Charles. Et cette jeune fille, qu'e^t-elle devenue? Dorsan père. Nous n'avons plus entendu parler d'elle. Son silence a paru confirmer les bruits injurieux répandus sur son compte. Cependant, ne vou- innt pas qu'elle eût a se plaindre de mon'fils, » à l'instant même où le contrat a été signé, je lui ai fait remettre une somme assez forte. Charles, étonné. Qu'elle a acceptée ?... l Dorsan pere. Je dois le croire, air voilà plusieurs jours...; C H a r l e s. Dès-lors ; c'est une affaire, finie____ Excusez- nous Sk..: 12 D o R s A N père. Je n'ai vu dans ta curiosité que l'attachement Îue tu as pour mon fils. Partage donc ma joie, e vais rejoindre les futurs époux : dans peu de moments, quelle qu'ait été la conduite d'Adèle, je n'aurai plus rien à redouter. Charles. Moi je vais voir si tout est préparé. D o r s a n pere. Et si, par hasard, quelque message... tu sens bien ?... Charles. Soyez tranquille, votre fils ne verra personne .qu'après la fête. (Dorsanpere sort,les habitants reviennent.') SCENE VI. CHARLES, LA PETITE FILLE, HABITANTS. Charles. Vous v'ià déjà revenus ? l 4 Petite 1 i l l e. Mais, pendant que les violons se reposent, que les mariés font l'amour, et les notaires le contrat, une chanson , mon cher ami Charles. Charles. Je n'en savons plus. la Petite Fille. Pardine ! faites en une. Charles. Eh ! eh ! Vous n'aimez donc pas qu'on vou» refuse, Citoyenne? La Petite Fille, Ma fine non, citoyen. Charles. Faites-vous d'mème , vous ? la Petite Fille, fiant. Ça dépend de ce qu'on m'demande. (sérieu- sement. ) Allons, chantez donc , je vous en prie , Monsieur Charles, ou je---- (Elle le prend par la main). Charles. Oh! bien, attention et refrain; Mam'selle Zusette , j'vons faire d'not' mieux. CHANSON. Un jour, j'voyais, sous le feuillage,' Colin assis tout près d'Lison ; lit j'disois vaudroit mieux, j« gage, Qu'ils fussent restés à la maison... (Bis.) Ah! ali! pourquoi cela?... L^ 7 "-] Une autre fois j'vons dirons ça. Mais en attendant, Et pif, et paf, et pouf, et pan! ( On frappe deux fois dans la main , deux fois, du pied, puis l'on s'embrasse. ) Et zeste, Et preste , Via c'cpie c'est, Et j'ons fini mon couplet. LE C H (K U U. Faut encore dire un couplet. Charles. Allons.... Deuxième couplet. J'entends Colin qui l'i dit j't'aimo! Joli berger ne ment jamais ; La fillette l'y répond d'même.... Et puis . qu'est-ce qu'ils firent après?( Bis. ) Ah ! ah ! ce qu'ils firent là , ( Ter. ) Une autrefois j'vous dirons ça. Mais en .u tendant, etc^ Faut-il encore un couplet? «4 le Chœur. Il faut encore un couplet. Charles. Troisième couplet. Le lendemain avant l'aurore , Au pîed de ce même arbre, hélas! La bergère revint encore , Mais le berger ne revint pas ; (Bis. ( A'.)', ali! Pourquoi cola, ( Ter. ) l Une autre fois, etc. Je n'dirons plus qu'un couplet. le Chœur. Il n'dira plus qu'un couplet. Charles les lapproche de lui, et sur-tout les jeunes filles. Quatrième coujilet. Mon avis est que Aile sage, Lorsqu'au' aime un jeune garçon , £Je doit pas , avant J'niariagu , Jouer avec li sur le gazon. ... ( Bis. ) Ah ! ah ! Et pourquoi ça ? ( Ter. ] Votre maman vont dira ça.... Mais en attendant, etc. Et c'est mon dernier couplet. ( On entend les violons qui s'accordent dans le jardin.) la Petite Fille. Ah, v'ià le crin-crin revenu !,.. Nous y allons, pere. Charles, sur le devant de la scène. Le bon âge ! Ça ne se repose qu'en recommençant !... Je songe à s'te Adèle. Je suis bien aise pourtant d'être rassuré sur son compte— Et puis, fiez-vous aux louanges!.., Une fille- bonne, fidèle, désintéressée [... Oui, comme là tant d'autres. Adèle, c'est ici , c'est ici. (Il va pour entrer dans le jardin où l'on prépare une contre-danse) Mais, ciV-1 ! que vois-je ? Une femmeaccoui L ! elle paroït jeune... son trouble... ses yeux égarés... ses cheveux en désordre... que v eut-elle ? (Adèle paroit sur la colline. Elle regarde> levé les-bras, vers le ciel, descend très-vite et s'airete devant la grille). SCENE VIL CHARLES, ADELE. Adèle, l'air troublée. 'est ici. .. c'est bien ici... m'y voilà donc ! Ah! mon Dieu, je vous rends grâce! Je ne croyois jamais arriver. (Elle tombe par te ne , épuisée de fatigue , de chaleur et de lassitude. Ses cheveux sont épars , son bonnet est jette au hasard sur son front , son c/iapeau de paille ne tient que par un ruban attaché sous le menton , son tablier, ses souliers sont déchirés. Elle respire à peine.) Charles, à part. Oh ! morgué ! Seroit-ce ?... Ce ne peut être qu'elle. (Haut.) Mam 'selle. (Avec l'air plus touche. ) Ma chère enfant! Qu'est-ce que vous uvez? Adèle, troublée. Brave homme... dites-moi... savez-vous?.. k est-il marié ?... Charles. Qui donc ? Qui voulais-vous dire ? Adèle. Lui, lui, Dorsan. C U A R i. k S , à paît. C'est bien clic. A D K L E. De grâce, de grâce! ne me trompez pas? Est-il marié ? Charles, embarrassé. Non... il n'est pas marié. A D E L E. Le ciel soit loué ! Si vous eussiez dit Oui , c'étoii l'arrêt de ma mort. (Elle reprend des forces. ) Charles, à part. Que vais-je faire?... (Haut.) Mais, mon enfant, quel est votre dessein? Adèle. De le voir, de lui parler. C H ARLES. Cela ne se peut pas. Adèle. Et pourquoi ? ( Elle inarche avec action.) Qui pourroit, qui oseroit m'empêcher ?____Je veux le voir; }e reste ici... je vais.... je vais.... par-tout, jusqu'à ce que je l'aie rencontré. ( Elle marche avec aciion et désordre.) Charles, en colère, lui barrant le chemin: Vous n'irez pas de ce côté. Adèle, tres-vivement. C'est donc-là? laissez-moi passer... laissez* moi... tenez ... ils seront plus humains que vous. ( Au v habitants.) Amis, conduisez-moi vers lui, vers Dorsail ; il le faut, ma vie en dépend. (Ils açcourent.) Si vous saviez combien Lien je suis malheureuse, et cet homme n'a pas de pitié ! Charles. Ne l'écoutez pas... j'ai des raisons, on peut venir. Adèle, avec énergie. Qu'on vienne! qu'on vienne !... c'est à l'univers entier que je veux dire tout ce que j'ai souffert, tout ce que je souffre encore. ( Charles pousse les habitants pour les faire rentrer.) Ecoutez , écoutez donc , ne vous en allez pas , de grâce , écoutez-moi ? ( Elle s'incline pres- qu'à genoux devant eux. ) Ce Dorsan , je l'ai aimé____ Ah, Dieu! comme je l'ai aimé!... il m'a trompée , j'étois honnête... comme vos filles j tendre... elles le seront un jour... j'ai tout quitté pour lui , j'ai fui mes parents , mes vertueux parents, que je n'ai plus osé revoir! Il m'avoit dit qu'il me tiendroit lieu de tout; je l'ai cru, je l'aimois. Eh! bien, il m'a laissée sans secours, sans consolations ... il ue s'est pas même informé si je vivois!... si je pouvois \ivre !... Charles. De grâce éloignez-vous un instant. ADELE, avec vivacité et sentiment. Un instant!... et il va se marier! un instant , dit-il ! Ah ! que m'importera de vivre dans un instant ! Charles. Nos ordres sont précis. Votre présence ici ne peut plus qu'affliger tout le monde. Croyez que sans cela.... ( Une fanfare et une boite.) Adèle. Ciel ! qu'entends-je !... Seroit-ce ? Dieu !...; ( Elle chancelle,) Adèle et Dorsan, C i8 Charles, l'air pénétré. Je vous l'avdjs bien dit : il n'est plus temps, partez---- {Aux .habitants.) Mes amis, par pitié , emntenez-la ; qu'elle ne soit pas témoin..., A D E le, trés-vivement. Je veux l'être; je veux être sure____ (D'une voix déchirante.) Ils m'entraînentils m'entraînent ... et je n'ai pas la force de résister !... ( Elle s'évanouit.) Charles, attendri , aux habitants. La pauvre enfant !... ayez bien soin d'elle » bien des égards. ( Fanfare , boite.) Morgué ! les v'ià , les v'ià qui s'approchent. Adèle, roulant vers la maison. Les Voilà !... ( D'une voix faible.) Dorsan! Je me meurs. Charles. Elle perd connoissance ! Portez-la vite dans quelque maison.... 11 n'est plus temps... dans HassÉe !... chassée honteusement! etpasun mouvement de compassion !... Ah ! que tu abuses bien de ton pouvoir et de mes malheurs 1 Za f" Ai r. [ Qrôu'je donc fait ? quel est mon crime? I)'on vient cette injuste rigueur?... Mais c'est en vain que l'on m'opprime. Oui , le ciel sera mon vengeur. Père tendre! niere chérie! Vous dont je faisois le bonheur , Sans vous serrer contre mon cœur Adèle va perdre la vie. . .. Mais qu'ai-.je fait, etc. (En finissant L'ariette et pendant la ritournelle, elle paroit épuisée des efforts qu'elle a faits. Elle veut aller vers la grille.) Il ne me sera donc plus permis mêmedel'ap- percevoir____ Je n'en puis plus... un voile sur mes yeux ... où suis-je ? Le froid de la mort... mes jambes fléchissent. (Ellefait quelques pas.) Si quelqu'un du moins!... Charles! Henri! Dorsan !... Ah ! ah ! ils sont tous sourds à mes cris ! mourons, puisqu'ici tous les cœurs se ferment a la pitié— (Elle tombe sur un bana, tenant sa ieie dans ses mains. SCENE V. ADELE, HORTENSE. {Henri ouvre la grille à Hortense, et la re- fenne sur-le-champ. ) Hortense, à part. O U e.^t elle ? Je ne puis résister au désir de juger par moi-même ... la voici— Adèle!... Elle ne répond pas. Adèle ! intéressante Adèle l t me permettez-vous d'approcher ? Adèle sans regarder, soulevant la tête. Quel est donc ici l'être sensible qui daigne me parler avec tant de bonté ? Hortense 33 ' HorTKNsE, avec timidité et douceur. Hélas ! c'est moi, c'est Hortense, la causa de tous vos maux. Adèle , tournant la tête et lui donnant la main, d'une voix attendrie. Et vous êtes la seule qui paraissiez vouloir les adoucir. Hortense, s'approchant un peu plus. s Si vous saviez comme j'ai été touchée du désespoir où l'on vous a réduite. Adèle. Vous l vous ! ... oui, oui, je le vois.... (Vou~ lant aller à elle.) Mais pardon! je ne puis me lever. Hortense. * Me laisserez-vous asseoir près de votfS"? Adèle, lui faisant une place. Oui... oui... venez. ( Hortense la serre dans ses bras.) Vous me consolez... vous m'aimez donc ?... Quelqu'un m'aime donc dans le monde ? mes larmes coulent... quel bien!... {Elle laisse tomber sa tète sur celle d'Hortense.) Hortense, attendrie. Pleure , pleure dans mon sein. ( Un silence.) Adèle. Je suis mieux... bien mieux !... (L'examinant avec intérêt.) Belle!.;, bonne!... Ah! j'excuse Dorsan; en vous connoissant, il devoit n l'oublier. Hortense. Non, non, il ne t'a point oubliée; Adèle. Vous niB trompez à-présent... par pitié..'.: Adèle et Dorsan. E 34 HORTENSE. Je te dis vrai. Adèle, vivement. Vous voulez donc que je l'aime encore ? H O R T E N S E. Oui, oui, si cela te rend heureuse. Adèle. Mais il m'abandonne. H o R T E N s E. Il t'est fidèle. Adèle. Lui ! pourquoi donc a-t-il pu ?... 11 est fidèle, dites-vous? HORTENSE. Un rival jaloux... son pere... je viens de l'apprendre... ils l'ont tous trompé. Adèle, très-^vivement d'abord. Trompé ! les cruels ! (tendrement.) Ce pauvre ami !... H o r t e n s e. Nous sommes toutes deux les victimes. Il t'aime; tu peux me croire, moi dont h cœur trop sensible.... Adèle, avec sensibilité pour Hortense. Ah ! oui ! vous aussi... vous l'aimez ... je ne puis donc plus être heureuse sans vous rendre bien à plaindre! Hortense. Je ne léserai pas,si je puis te consoler. Adèle. Bonne Hortense! (Elle lui baise les mains.) Mais il ne saura jamais que le cœur d'Adèle.... {Elle pleure.) 55 4 1 Hortense, vivement. Il le sait déjà. Adèle, très-vivement. Qui m'a donc justifiée ? Hortense. Moi. Adèle. Vous!... ma rivale ! Hortense. Je l'ai dû... tu étois innocente. Adèle. Qui a pu vous inspirer tant de générosité? Hortense. Tes malheurs. Adèle. Ah! si son pere comme vous!... Hortense. On pourra le fléchir. Adèle. Eh I qui ? grand Dieu ! Hortense , avec douceur et noblesse , les larmes aux yeux. Moi, Adèle. Adèle. Vous encore!... Mais tu es donc une divinité, toi! et je te nommois mon ennemie! {Elle lui baise les mains.) Hortense. Me voilà vengée!... Ecoute, écoute, mon Adèle____ Adèle. Oui, oui, pas une de vos paroles ne sortira de mon cœur. 56 HORTENSE. Je voudrois bien que Dorsan pût te parler. Adèle, avec douceur et soupirant. Ah ! si cela étoit possible ! H O R T E N S E. Mais si la prudence exigeoit que tu partisses sans le voir ? Adèle. Hélas ! Hortense, tendrement et fâchée de Z'q/À Jliger. Mon amie, pardonne.... Adèle, vivement et pour la rassurer. Eh ! bien je partirai ; je ferai tout ce qu'Hors tense me prescrira^ N Hortense, avec tendresse. Moi, de mon côté , j'épierai l'instant favorable; et si je réussis, en quelque lieu que tu sois,, je volerai, te l'annoncer. Adèle. Comment donc pourrai-je jamais m'acquittera envers vous ? Hortense. En ne me haïssant plus. Adèle. Moi, vous haïr ! moi, ingrate ! ah ! que plu tôt la mort____ Hortense. Embrasse-moi, Adèle. Adèle,. Non, c'est à vos genoux^ DUO. HORTHNSE. Victimes d'une injufte erreur, Confondons ensemble nos larmes. Que ma voix calme tes alarmes, Et que l'espoir rentre en ton cœur '. Adèle. O doux espoir consolateur! Vos accents suspendentmes larmes^ Ah! que vot:e v u ixa de charmes 1 . Elle a passé jusqu'à mon cœur. Adèle.' vSi c'est lui que votre cœur aime j Je ferai donc votre malheur? HoRTENSE. Ah! serois-je heureuse moi-même Si je nuisois à ton. bonheur? Adèle. Vos accents suspendent mes larmes ; Je vous dois la vie et l'honneur, H o R T e n s E. Contre moi tu «l'offres des armes ; L'amour doit céder à l'honneur. Ensemble s avançant et se prenant par la main avec une action très-animée. Ciel ! ô ciel ! termine sa peine ; Exauce les vœux que je fais t Brise ma chaîne, Serre la sienne, Ramené dans son cœur la paix. ! Dieu puissant , à me» pleurs accorde ces bienfaits. H O R T E N S E. Adèle, embrasse moi... tous tes désirs seront exaucés, je l'espère____ Mais si Dorsan ... si sa famille , si l'univers entier t'abandonnoient , Hortense te servira de sœur , d'amie , de mere. J serment est gravé là... et il ne peut pas s'oublier. ( Elle sort. ) . SB SCENE V ï. ADELE, seule. UELLE ame!... elle est déjà heureuse du bien qu'elle veut me faire!... Mais puis-je me flatter ?| il me semble qu'elle a emporté avec elJe toute mon espérance et toute ma consolation. (La nuit commence. ) SCENE VIL ADELE» CHARLES, HENRI; ilsouvreni la grille et la referment sans faire de bruit t Adèle. Les voilà ! Charles. Oui; c'est nous qui sommes chargés..,. A D E L e , avec douleur. Déjà!... son pere est donc inflexible? Charles. Il nous a menacés d'nous chasser !... Adèle, vivement. Oh! je vous suivrai; je ne voudrois pas vour. nuire— Et son fils ?.. ( Elle fait quelques pas.) m'en aller sans lui avoir parlé!... (Elle revient. ) Faites-moi le plaisir de me dire si la fenêtre de sa chambre est de ce côté ? Charles. Qu'ça peut-il vous importer? Adèle. Dites-le moi, je vous en prie. * 5g Charles, Eh ! bien, oui ; ail' est là. Adèle. Celle qui est ouverte? Charles. Qu'est ouverte. Adèle. Où l'on apperçoit une lumière ? Charles. Oui, une lumière. Adèle, les yeux fixés sur la fenêtre. S'il y'étoit!... s'il savoit que je suis devant sa fenêtre à gémir!., s'il regardoit ! Ah! n'ayez pas peur : je n'appellerai pas____ {Avec ame.) Mais s'il regardoit !... Henri, à Charles. 11 faut pourtant l'emmener. Charles, bas à Henri. Oui, parguié ! ( à Adèle. ) Mam'selle.... ( Adèle a toujours les yeuxfixés sur la fenêtre.) Henri. AU' n'entendrien ?.. ( Doucement. ) Mam'selle, nous en sommes ben fâchés; mais il est temps de.... Charles, bas à Henri. Tu ne sais pas lui parler; j'vais lui dire ça, moi ( d'une voix ferme. ) Ah ! ça , la belle affligée, il se fait tard, et il faut que nous____ • Adèle, comme revenantd'un songe, tourne la tète, le regarde avec des yeux touchant* et lui dit : Mon ami ! (Charles la regarde, veut parler, et s'en v» tout doucement près d'Henri.) Henri, bas. 4 Eh, bien ! Charles, bas. Eh ! bien , ail' a dit: mon ami !... Et je sommes resté muet. Henri, bas. J'aurai plus d'i'aniuté ; tu vas voir. (If s'approche. ) Allons, allons, j'ons ben assez attendu et j'voulons.... Adèle, allant à lui. Oui, mon bon amij mais je vous conjure (de la voix la plus tendre j Henri tient bon jus- ques-là.) au nom de celle que vous aimez.... Henri, embarrassé, et faisant un gros soupir malgré lui. De celle que? ( Il s'en va tout honteux près de Charles; mais beaucoup plus vite et presque sans oser le regarder. Charles. Eh, bien ! Henri. Me v'ià aussi avancé que toi— Charles, avec dépit. Je te l'ai dit : il n'y a pas moyen ! s'te femme aune aine!... une physionomieI... unevoix!.... Henri, avec dépit aussi. Oui, oui, tout ça. Ad e l e* va à eux. Vous êtes bons tous les deux, (à Charles.) Oui, vous.... Oh, je l'ai bien vu, malgré la manière dont vous m'avez parlé ce matin; vous êtes bon et vous vous laissez fléchir. Charles. 4i Charles, tout embarrassé et êmui 1 Oh! moi, je n'sais pas... c'est Henri.... A D E L È , à Henri d'un ton caressant et plus vivement. Eh vous ! vous ne gronderez pas votre camarade parce qu'il est compatissant ? H]e n R t, ému et troublé aussi. Ah ! non... dès que Charles.... Adèle, très-vivement, et leur prenant les mains. Le Ciel vous bénira. Il aime qu'on protège les fbibles et les infortunés. (Charles et Henri étouffent de gros soupirs.) Henri, bas à Charles. Comm'all'dit ça! j'pleurerois si j'osois. Charles, avec une espèce de dépit. Et moi donc! Mais diable! n't'en avise pas,' tout s'roit perdu.... Adèle. Je suis si foiblel Je ne vous demande que la grâce de me reposer un instant, près de cette porte, de cette porte où je n'entrerai jamais 1 ( Elle s'assied et pleure.) Charles. Mais c'est que si... (à Henri.) tiens , la vlà assise! Henri, bas à Charles. Je l'vois ben I Charles, de. même. Ou nous renverra, H E n^r i, vivement. On nous.... ma fin', je m'en moque; Adèle et porsaa. £ 4a Charles. Et moi d'même ... tiens ( // lui donne une prise 4e tabac. ) asseyons-nous ; il en arrivera tout ce qui pourra. Ils vont s'asseoir sur la pierre en face de la grille. ) Adèle, les voyant assis, témoigne sa reconnaissance ; alors elle ose chanter ce premier couplet bien bas. Premier couplet. Il faut donc partir de ces lien\ ' Sans revoir calui qu'aime Adèle ! Sans pouvoir lire dans s«s yeux Qu'il est toujours tendre et fidèle ! "Victime de l'amour. . . litl»s ! Adèle au tombeau va descendre !.. ( A ses conducteurs. ) Mais je le dis si bas , si bas , Qu'il ne peut pas l'entendre. ( Henri se levé et Charles le fait rasseoir. Ils écoutent attentivement ; l'un a le'deux bras croisés, l'autre une main dont le coude est appuyé sur son genou , et avtc laquelle, il soutient son visage qu il avance pour eu- teiidre mieux. ) Adèle, encouragée. Deuxième couplet Pere injuste , je suis tes loix ; Que peux-tu demander encore? Laisse moi, du moins une. Ibis, Dire à ton fils que je J'adore ! C'est toi qui voudrois le trepajl D'une lîlle innocente et tendre ]..: (Aux jardiniers. ) \lais je le. dis si bp«,^i bas, Qu'il ne peut pas l'entendre. Charles, ss levé, Oh ! pour celte fois !... / Henri, 5e levant aussi. Oui, plus de pitié____ (Ils s'avancent tous les deux ; Henri à Charles, se reculant avec respect.) Attends : j'crois qu'alF veut nous dnp' cpieuqu' chose. Charles. A nous ? oui, ma foi ! Troifieme couplet. A n e L h , aux deux jardiniers Et vous , dont le cœur" généreux Prend pitié de ma peine amere ; Que vos jours soient long-temps heureux,' D'Adèle en pleurs c'est la prière. Un tel bienfait, jusqu'au trépas, Sera gravé dans ce coeur tendre!. .. Mais je le dis si bas , si bas , ( Montrant la maison^, ) Qu'ils ne peuvent m'entendre.' Charles, confus et attendri. En vérité , nous sommes____(à Henri.) P' 1 vraiment ben honnête à elle, au moins. H K n R 1. Ma foi oui!... malgré ça il faut... Charles. Oh! oui; il faut.... (Une lumière paraît dans la chambra de Dorsan Jils-.} 44 SCENE VIII. Les Précédents, DORSAÏ^fils. (Dorsan fils paraît à la fenêtre , il appelI e doucement; Adèle a la tête dans ses deux mains. ) _ Charles, bas à Henri. ^ Ji i EN S, vois-tu? not'jeune homme l'a en~ tendue. Henri, très-vivement. Y devoit être cheux son père. Charles, avec dépit. Les amoureux sont par-tout. D O R S A N fiîs , haut. Adèle ! À D E l E , tressaillant et s% 'lovant. J'ai cru l'entendre. Quelle douce !... quelle cruelle illusion ! D o R s A N fils, plus haut. Adèle 1 Adèle, levant la tête et regardant. C'est lui! D O R S A N fils. Attends-moi. (Il disparoit et la lumière est éteinte. ) Adèle, saisie. Dieu! Henri, bas. Profitons du moment où il n'y est plus: ( haut.) Venez. (Ils la prennent par le bras.} 45 Adèle, s'attachant aux barreaux de la grille. Non, nor n'a dit de l'attendre, je resterai , je t& , vous me tuerez plutôt. (Dorsan jih paroit à la fenêtre avec une corde (]Ui es nœuds , il L'attache au balcon ) Charles, effrayé. Que voulez-vous donc faire ? D o R s A N fils. Charles , Henri, vous m'aimez ? Ce portefeuille , si vous êtes discrets ; ma haine à jamais, si vous dites un mot. Charles, attendit et à voix basse. Eh! ben, passez plutôt par ta grille; v'ià que jTouvrons. ( Il va et l'ouvre.) D o R s A N fils, attachant la corde au balcon. Chut... chut... mon pere est dans la maison, je pourrai sortir sans risquer de le rencontrer, et voila leseul moyen qui me reste. Ne craignez rien. ( lï descend. ) Charles. Mais vous allez vous tuer ! ' Adèle, avec ejfroh 11 va se tuer! ( Dorsan commence à descendre. Un silence. Adèle et les deux jardiniers sont dans l'attente la plus pénible... Lorsqu'il est descendu.) Les deux Jardiniers, avec joie. L'y v'ià morgué ! l'y v'!à ! ah mon cher enfant ! Adèle, retombant sirr le banc. Je respire !.., is D o R s a N fils , aux pieds d'Adèle. O mon Adèle ! ... apprends . . Hortense t'a dit que , trompé.... Mais j'oubliois (aux deux jardiniers.) tenez me* amis. (Il leur présente son porte-feuille.) Charles. Non , non , permettais que j'ne recevions pas d'argent pour désobéir à vot' pere, si je liaisons , faut du moins qu'il sache que c'est par amiquié pour vous. D O R S A N fils , insistant. J'ai promis. Charles* Y s'trouvera d'autres occasions. Mais pour s'tei' ci, il n'y a que l'cœur qui puissé nous excuser. ( avec rapidité à Henri. ) Eloignons- nous , de peur qu'on ne nous apperc,oive. (à Dorsan.) Et vous, craignez____ D o R s A N fils. Je n'appréhende rien, mon pere fait tout préparer pour la fête qu'il donne aux habitants ; il me croît enfermé dans ma chambre, et ce n'est pas ici qu'il viendra me chercher. ( Henri et Charles sortent. ) SCENE IX. ADELE, DORSAN fils. D O R S A N fils. O ma chère Adèle! C'est donc 'toi que je serre contre mon cœur 1... quel désordre ! ... que de larmes! j'en vois encore les traces. A? Adèle, assise et dans un doux ravissement. Ah ! je ne. voudrois pas à présent en avoir versé une seule de mou». . . . Mais quallons- nous devenir? ' D o R s A N fils. Epoux et heureux, puisque nous serons toujours ensemble. Adèle, soupirant^ Ah! D O R S A N fils. Sois tranquille... Adèle... je ne te quitte plus... j'en fais le serment... partons. Adèle. Tu abandonnerais ton père ? D o R s A N fils. Il me force de le fuir. A D F. L E. Ses droits !... D O R S A N fils. Ils les a détruits lui-même, en voulant en. abuser. Adèle. Les loix !... » D O R S A N .fils. Elles sont toutes à présent "en faveur de ceux qu'on opprime. Adèle. La tendresse I... D o r s A N fils. Il l'immoloit à l'orgueil. Adèle, La reconnoissance !... 48 D O R S A N fils. !Ne sortira jamais de mon cœur. Je I'aîmefaî» je le respecterai, je le servirai même s'il se trouvoit isolé sur la terre ; et c'est alors que je lui dirois : étois-je un bon fils ? et qui de nous deux a mieux rempli ses devoirs? Adèle. La fortune !---- D o r s a n fils. J'y renonce ; riche de ton amour , ,de te* vertus, j'aurai toujours un champ à labourert Une patrie a défendre, des récompenses à mériter. Adèle. Hortense enfin, dont les bontés pour moi.,.. D o R s a n fils. Hortense a fait tout ce que l'amitié, la délicatesse ont pu lui suggérer... Elle a rendu à mon pere sa parole, lui a peint ton innocence, tes droits, mon amour ; rien n'a pu le fléchir , et il s'est obstiné à répondre que le temps, nue les vertus qu'elle possède merameneroient.. . Enfin die nous conseille d'aller chez tes parents , leur avouer nos torts, obtenir d'eux ta main , d'attendre que mon pere plus juste nous rende sa tendresse... elle m'a promis encore de ne pas M 1 quitter, de veiller sur lui, et cet espoir me rend plus tranquille : partons. P I N A L E. Adèle. JDorsan ! me pard< nnes-tu les alarme* ! Que mon retour t'a pu causer? Plus de soupçons jalouxi D O R S A N fllî. Jo Ifs ; bjure tous. Ensemble. 49 E a S 5 M B t E.' Ouljions , oublions nos peines ; Renerrons pour toujours nos cbalnepj Plus do chagrins! plus de frayeur! lïientùl l'hymen fera notre bonheur., SCENE X. Les Précédents, HORTENSE. HoBI EN SB. jPahtkz, fuyez, quittez ces lieux ( Bien ne peut fléchir «a colère ; Allez sous un ciel plus prospère t Aies amis, allez être heureux. Tous DEUX. Partons, fuyons, quittons ces lieux^ Rien ne peut flécldr sa colère! Hortense. est un Dieu tuu'laire! C'est elle qui nous rend heureux.' ( Marche dans l'intérieur du jardin. J Hoitshsj. Voilà la fête qui commence ; Ne restez pas plus long temps dans ces lieux^ Je tâcherai dans votre absence , i D'appaiser un cœur furieux. Tous DEUX. O ma bonne , ma chère Hortense ^ Que de bontés ! Hortense. Soyez heureux [ Et ce sera ma récompense, (Chœur de buveurs; jardin qui s'illumine. Dorsan pere faisant placer les habitants. ) C H (E U R. Buvons à U santé De Dorsan et d'Hortense! Ciel, sur leur exifience Répands 1» félicité! Dors a m pere. Cherche i mon filscher.cheï Hortense Qu'ils se rendent ici tous deux. Qu'ils répondent par leur présence Aux vœux qu'on fait ici pour eux. Adèle et Dorsan, Adèle, Dorsan fils. Partons, fuyons, quittons ces lieux ï R en ne peui fléchir sa colère ! Allons sous un ciel plu; prospère, Nous serons enfin plus heureux. Dorsan fils, troublé. Sa voix! sa voix! quelle puissance! Sa voix me retient dans ces lieux. C H « V R. Buvons à la famé, «te 5o AriT e & Dorsan fils. Partors , recevez nos adieux , Trop bonne, trop sensible Hor- ume ! Que le ciel vous récompense. C'est vous qui nous rendez heureux. ( Ils s'éloignent et partent. Ils sont sur le pont, lorsqu'un domestique , qui a monté chez Dorsan fils , et l'a vu par la fenètie, descend précipitamment et dit en bas. ) Jls sont partis ! ils sont partis ! Dorsan s'enfait avec Adèle. ( Grand tumulte , les tables , les bancs sont renversés. On sort de la grille en foule, le pere à la tête. ) Dorsak pere. Ils sont partis! ils sont partis! Mon fils s'enfuit avec Adèle ! [jour. ] Dorsan fils, sur le pont. Oui, c'en est fait ! oui. je vous fuis : Je ne puis plus vi\re sans clic Dorsan pere, furieux Arrête !... ou bien je te maudis. (Tableau. Dorsan fils a un insUint d'effroi; il levé les mains au ciel, Adèle tombe à gêhoux. Tous les habitants sont ej/'iayés. Charles et Henri reparoisse ut. ) « C h oe v R. Qu'ose-t-U dire ! Lui ! le maudire ! Dors AN fils, après avoir hésité entre son pere et sdilele. Oui, c'en est fait, oui je vous fuis: Je ne veux, plus vivre sans elle, (i/ emporte Adèle dans ses bras.} Dorsan pere , furieux. Pnisqiif tu me quittes pour elle....' [Va, fi!» ingrat, je te maudis. ... ssm HBMHN ■^■■■hmhbih (Effet d'orchestre, qui peint la douleur de! habitants et leur mécontentement.) Amis, n'en croyez pas un pere ; Quelque puisse être sa colère , Peut-il jamais maudire un fils? (Il s'assied sur l'un des bancs de pierre , la tete dans ses mains. Les habitants se reculent par respect pour sa peine.) HûATESSE. Ali ! trop malheureux pere ! Il étoit né pour te chérir, Par ta loi trop sévère, Tu l'a* forcé de te désobéir. Dohsin pere. Laissez-moi... je n'ai plus d'ami» 1 x. e Chœur, Ali ! trop malheureux pere ! III étoit n4 poux te chérir , -etc.' (Dorsan pere se levé et veut marcher, les paysans veulent le suivre.) D o » 9 a s pere. , 3îon... je vous défends de me suivre.' Vous ne saures pas mes projets. ■Sans mon fils je ne puis plus vivre. Adieu! peut-être pour jamaisi (Un geste les arrête, comme ils veulent le suivre.) l B Chœur. Observons bien «e qu'il va faire.... Hortcnse, vous nous êtes chère; Ordonnez : nous obéirons j Peut-être nous réussirons. Ce pauvre fils!... ce tendre pere!.., Parlei, parlei, j'obéirons; Nous le jurons, nous le jurens. Hortense. Hélas je ne sais plus que faire... Il s'afflige ! il se désespère !..• Oui, s'il le faut, nous le suivrons; Pe^t-ètre nous réussirons. Ce pauvre fils !... ce tendre pere!... Observons bien ce qu'il va faire ; Et s'il le faut, nous le suivrocs* Fin du second acte; i ACTE II I. \JLe théâtre représente l'intérieur d'une chaumière. Sur ihi des côtés, on voit un lit du serge rouge et à quatre colonnes. Des chaises en bois, une lampe, un rouet, une tavie. Les rideaux du lit sont fermés.) S^CENE PREMIERE. ADELE ; DORSAN fils, UNE VIEJLLE. D O R S A N fils. "F! T tont-à-coup ses yeux se sont refermés ; il est retombe dans cet accablement j voilà donc où mon amour et ma fuite ont réduit jnon père, mon malheureux pere ! hé bien!... TRIO. I Xi A V UII Ii E. Toujours la mime chose. On diïoit qu'il reposa. Cela dure long-temps, Sans reprendre ses sens!.. .' C'est une léthargie ; En vain on parie , on crie ; 11 n'entend., ni répond; lit je craindrois... non , non.' Adèle et Dons an fils. Nul danger pour sa vie! Répéta/., je vous prie. 11 a l'air de souffrir ; J'ai vu son .front pâlir: LA Vl E I L 5'ai de l'expérience: Croyez-moi, mes enfants J ïl reprendra ses sens ; Çmi, j'ai bonne espérance^ 55 la Vieille. C'est que c'est que le hasard pourtant,.. tous arrivez ici à l'entrée de la nuit... seuls... de je ne sais où,., car vous n'avez jamais voulu le dire... puis une heure après, on crie v'ià un homme âgé que son cheval a remrarsé... vous courez... vous vous exposez pour lui sauver la vie... vous le portez ici et la soignez comme si c'étoit votre meilleur ami.... Adèle. Il peut le devenir. la Vieille, Certainement quand il saura que c'est vdUs...» Adèle. C'est précisément ce que nous ne voulons pas qu'il sache.. .1. L) O R S A N fils. Il est essentiel qu'il ignore toujours que c'est à nous qu'il do t ce service... et j'exige votre parole, pour que vous ne disiez rien qui puisse un jour nous la ire ebrinoîtrâ— la Vieille. Je vous la donne.... Mais j'espère bien que vous ne partirez pas sans avoir pris un instant de repes. D o R s A N fils. Nous ne quitterons ce lieu que lorsqu'il sera tout-à-fait hors de danger, et qu'on sera venu de chez'lui.... la Vieille. Ça ne sera.pas long... deux lieues pas plus» et l'on aura été vît», graée à votre argent. H Adèle. , Jusqu'à ce moment, pensant bien qu'il ne peut tarder à revenir à lui... et craignant qu'il ne vienne à nous appercevoir , nous allons nous retirer. la Vieille. Dans la chambre de Marie... voyons si elle est revenue— Oui , j'apperçois de la lumière. Tâchez de reposer un peu... et s'il reprend sa connoissance , je lui donnerai ce qu'il lui faut.... D o R s A N fils. J'y compte____ la Vieille. Et s'il me questionne, je lui dirai que ceux qui lui ont sauvé la vie sont partis. Adèle. Précisément.... la Vieille. Et pendant ce temps-là vous autres vous continuerez votre route.... Allons c'est entendu... Marie, éclairez____ C'est bien, c'est bien____ restez-là, et vous, tournez a droite____encore... un peu plus loin... descendez deux marches... là... là... excusez-nous... mais voilà tout ce que je pouvons vous offrir. SCENE II LA VIEILLE, DORSAN pere, évanoui. Il a Vieille. L ne bouge pas; ces jeunes gens sont tout- a-fait intéressants ! Mais pourquoi donc rie veulent-ils pas qu'il sache que c'est à eux____ Oh ! ma fine ! je n'ai pas besoin de me ourmenter de ça. Je vais prendre mon rouet, ça vaudra mieux.... Bah I il n'y a rien 55 sur ma quenouille.,.. Dam' (Riant.) c'est que je l'ai finie hier— Mais qu'est-ce que je vais donc faire? Ah! il y a là certaine bouteille... où il doit rester une petite goutte... j'oubliois! nous l'avons donné tantôt à ce pauvre malheureux, quand on l'a porté ici; et certes, ce n'est pas ce vin là que je regretterai !. .. Asseyons-nous!... (Elle s'assied.) Eh! ben, eh ! ben , je n'y tiens plus moi, je tombe de... (Elle laisse tomber sa tète.) 11 faut cependant... une petite prise de tabac, ça avise. Et si je disois ma petite chanson ... et quand je ferois un peu de bruit, il n'y auroit pas grand mal si ça pouvoit le réveiller. C H A N S O N. Prùmie.r couplet. J'aimons mes voisins, mes amis/ Le bon vin... la borne chère." Mois h tout c'ia ce que mon cœur préfère,' C'est le bonheur de mon pays. Est-il vainqueur, comme je roc réjouis I Et tous les soirs , je dis pour ma prière : Mon Dieu !.. . préserve-nous des trahisons ; Protège l'innocence, Double nos fruits et nos moissons ; Ramené la paix et l'abondance. ( Les trois vers suivants se répètent. ] Puisse la pauvr' vieille vivre assez, i'our voir tous les mëc'vmts chassés Du sol fortuné de la France,! Deuxième couplet Sans ma chanson je m'endormois Pendant que le voyageur sommeille ; Mais , ça n'matrque j as : toujours je me réveille , Dès que je pense à nos succès. ( Elle se levé. ) Et je crois alors entendit tous bons français Eair' la prier' que fait la pauvr' vieille! Mon Dieu !.. . préserve jious des trahisons, etc.: Troisième couplet. En vain les traîtres s'uniront, Oui , les iiançais triompheront, 56 Tes tons fhmçaij l'emporteront, ldft jîauvic l'cniHie Je verra; ' ' Assez. lroyg-tem;is elle vivra , Pourvoir le lionlieiir de la France, ' i Oui Je tonte la France, SCENE Ht LA VIEILLE, DORSAN pere, sur le lit. DoR SA N pere , revenant à lui. UEL J>ruit î... qu i peut ?... la Vie i I'l e. J'entends, je crois qui remue... reviendroit* il à lui!... voyons____ (Elle s'approche.) D o H s a N pere , sur son séant Où suis-je ?... en quel endroit ?... que m'est il arrivé? la Vieille. Eh ! bon jour, mon bon Monsieur , vous voilà donc de ce inonde ? Dors a. n pere. Je ne conçois pris!... la Vieille. Vous court/, comme ça la nuit les routes détourné; s, et puis un fossé, et puis la culbute: d'uni! ça n'est pas sain au inoins. D o R s a N pere. Vous êtes sans doute la maîtresse de cette maison ? L A V I E I L L E, Pe s'te chaumière, dites donc. Ah ! j'aurions voulu qu'elle lut plus digne de vous— Mais c'est la seule dans le bois, il n'y avoit pas à choisir. DORSAL Bf D o r s a N père.' Je me rappelle très-confusément ma chute..7 qui m'a donc secouru ? la Vieille. Moi, peut-être bien. D o R s A N perp. Mais vous seule n'avez pu.... la Vieille. Moi et quelques braves gens. D o R s a n père. Oui, il y avoit plusieurs personnes; et malgré le trouble où j'étois et l'état cruel où m'avoit réduit mon accident, il m'a semblé distinguer une femme. la Vieille. C'étoit moi sans doute. D o r s A n pere. Non, une femme... d'une tournure. ! d une grâce !... la Vieille. Eh ! dam' ! écoutez donc , il y en a bien à mou âge.... D o R s A N pere. Eh! non. Je vous dis que c'étoit une femme- jeune ; je rte d'stinguois pas précisément ses traits... mes yeux affoiblis!... mais quelques sons de sa voix____ Je me rappelle ses s r >> a actifs, bienfaisants.... Elle pansoit elle-même ma blessure... des larmes, les siennes, sânsdou ic , :>orit tombées plusieurs fois sur mon visage et fuîmes mains____ Elles me brûloient. la Vieille , enchantée, mais ne voulant pas convenir. J'aurois bien vu cela, moi.... Enfin vous avez cru sentir ? Adèle et Dorsan, H 58 D o R s a n pere. J'en s,uîssûr... on ne trompe pas mon cœur- ïl y avoit aussi ( car c'est comme un songe qui se retrace à ma pensée), il y avoit un jeune homme dont le chapeau rabattu cachoit le visage, et qui s'est jette sur mon cheval. la Vieille. Ah ! ça par exemple ! oui, il y avoit un jeune homme; a telles enseignes qu'il a même reçu un coup. D o R S A N pere , vivement. îl a été blessé ? la Vieille. Bah ! il a dit que cela lui faisoit plaisir de souffrir quelque chose pour vous. D o R s a N pere. Il a dit cela! Mais qui sont-ils donc? où les trotiverois-je pour les remercier? la Vieille. Il faudroit courir bien vite à-présent pour les rattrapper. D o R s a n pere. Où sont ils allés ? la V fi M L E. .Ions oublié de le leur demander. D O R S A N pere. V^>us les connoissez du moins ? la Vieille. C'est la première fois que je les avons vu,s. D O R S A N pere. Votis ne savez pas leur nom, ? HHIBHC^EM^^BIHHBmD^^^BaBi^MHmMH % la Vieille. Ils n'ont jamais voulu me le dire. D o R s a N père. Et je ne les reverrai plus ! la Vieille. Ma fine! cela se pourroit bien. D o R s A N pere. Il faut convenir que je suis bien malheuretlxl lorsque, trahi par les objets les plus chers à mon cœur, lorsque, mourant, je rencontre par hasard deux êtres sensibles, compatissants, qui me sauvent la vie, qui me prodiguent les secours les plus tendres ; le sort me refuse la consolation de les connoître! Eh! que ne me laissoient- ils mourir, puisqu'ils vouloient m'abandonner et m'enlever la douceur d'embrasser mes bienfaiteurs ! ils me font détester l'existence qu'ils m'ont conservée , les soins qu'ils m'ont rendus... et... (Il veut airacher son bandeau.) la Vieille, effrayée de son chagrin. Eh! bien, eli! bien, peut-on faire l'enfant T allez vous vous trouver mal? qu'est-ce que c'est donc que ça, Monsieur ? qu'est-ce que c'est donc que ça ?... Àh ! ah ! je me fâcherai aussi moi. D o r s A n pere. Pardonne, brave femme; daigne partager ma peine ! Tâche de découvrir ; tiens : prends; la Vieille, voulant lefairs taire. Mais puisque.... D o r s a n pere* Prends, prends donc. Go la Vieille. Je prends, mais je ne puis pas vous instruire. D o R s a n pere. Si... si... tu me diras qui ils sont... si je pouvois leur rendre quelque service, ah ! quelle seroit ma joie !... dis donc. la Vieille. Mais puisque je ne sais pas. D o R s A n pere. Cette bague encore. la Vieille, pleurant. Mais mon Dieu , vous me donneriez.... je ne fais pas payer si cher les secrets que je savons, je les disons pour rien.... Mais tenëz-you« donc •tranquille , là, la tête sur l'oreiller____ vov, / comme il est agité ! Avalez une petite gorgée. D o r s A N pere. Non... non, je suis guéri. la Vieille. Ta! ta! ta!... faites cé que je vous dis... ou bien ... (Il boit.) à la bonne heure! Et puis si vous êtes sage, je vous dirai quelque chose, non pas pour votre argent, car le v'ia , mais pour votre bonne reconnoissance. J'aime ça, sur-tout dans les riches.... mais comment que je vais vous conter ça? car enfin j'ons promis____ D O R s A N pere, soulevant la tête. Parle, parle... ou bien____ LA Vieille, lui repoussant la tète sur le chevet. Eh! mon Dieu! mon Dieu! je ne demande pas mieux. Ecoutez-moi tranquillement d'abord. Une heure avant que votre cheval ne vous eùtjetté par terre, un jeune homme etsa femme «ont arrivés ici.... 6i D o R s A N pere. Un jeune homme et sa femme ? la Vieille. Oui, bien tristes, bien las____ D o R s A N pere. D'où venoient-ils ? la Vieille. Du même côté que vous. Dors an pere, vivement. Et ce sont eux qui m'ont secouru. la Vieille. Attendez donc. D o R s A n pere. Non; je veux savoir si ce sont eux qui m'ont secouru. la Vieille, en colère. Eh ! bien, oui, ce sont eux qui vous ont secouru... et tout de suite encore____ Quand on eut dit que c'étoit un vieillard qui venoit du côté de la montagne, lui a tout renversé pour courir plus vite; elle , a déchiré son mouchoir... et puis votre tête sur ses genoux... lui, a pris votre main; non c'est le cheval qu'il a pris : et c'est alors, comme je vous l'ai dit, que le cheval en se relevant— Elle a fait un cri; mais le jeune homme a dit : ce n'est rien, ne pensons qu'a lui. Et alors ils vous ont porté... Dors a n pere , attendri. C'est étonnant! c'est très-étonnant ! la. Vieille. Pas vrai?... il n'y avoit ici qu'un lit, et je l'avions préparé pour la jeune femme.... Sa Dorsan père, très-vivement. Ils me l'ont donné !... après. [la Vieille. Un instant, donc!... Eh bien ! ils ont resté là toute la nuit, pour vous veiller. Ils n'ont pas seulement voulu s'asseoir. Il vous échappoit des phrases , je n'y Goneevois rien, moi; mais cela paroissoit leur faire bien du chagrin! et puis, comme vous dites, ils vous baisoient les mains. Dorsan pere, étonné. La jeune femme ? la Vieille. Oui, oui, plus que le jeune homme; c'est vrai. Et elle lui disoit... Ah ! mon ami 4 s'il suvoit cela! Dorsan pere, tfes-ému. Il le saura.... la Vieille. Non , non , faut pas , faut pas. . Dorsan pere. Elle t'a donc bien recommandé de ne pas le dire ? la Vieille. Sur ma vie. Dorsan pere. Mais le jeune homme, que faisoit-ili la Vieille. Il vous regardoit d'un air si touché !... il disoit que, s'il vous arrivoit malheur, il ne s'en consoleroit pas. Dorsan pere,' tres-ému. Et ils sont partis ! S5 la Vieille? Oui. D o r s A n père , avec vivacité et émotion. Ils ont pu partir sans me voir. la Vieille. Oui. D o R s A N pere , avec douleur. C'est impossible, la Vieille, ne pouvant plus se contenir. Vous avez raison. Do r s a N pere , vivement , il se levé. Ils sont ici. la Vieille , voulant revenir sur ce qu'êlle a dit y et le faisant rasseoir. Non, non, je n'ons pas dit ça, je n'ons pas dit ça. D o R s a n pere. - Oh ! tu ne peux plus me le cacher ; ils sont ici. (Il marche.) la Vieille. Doucement donc ! D o R s A n pere. 1 Ma bonne amie, vas les chercher, je veux, je veux être sûr que ce sont eux. la Vieille. Oui, oui, ce sont eux; je ne sais pas qui vous voulez dire, mais je suis sure que ce sont eux---- Mais écoutez donc! je leur ai promis , foi de brave femme, que je ne les ferois rentrer que si vous étiez toujours endormi... - . D O R s a fi pere. EhJ. bien, je dors, tu vois bien que je dors. 6*4 la Vieille. Éb| non , ce n'est pas sur ce fauteuil, c'esf... Je ks entends.... SCENE IV. PQRSAN pere, LA VIEILLE, DORS AN ta. 1 .i F.s voici; je ne pourrai donc pas.... la Vieille. Si, si... je vais arranger cela. D o R s A N fils.- Comment! seroit-il... LA V i ê i l l e. Approchez, approchez... il est revenu à lui comme tantôt, je l'ai même conduit dans ce fauteuil,., mais il est retombé et j'allois vous avertir. Ainsi, nous allons reprendre notre poste; et vous, voyez je vous prie si l'on arrive. L A V I E I L L E. J'v vais.,, mais j'ai dans l'idée qu'avant qu'on soit verni... que tout-a-l'heure enfin... j> m'en vais vite, car je sens que je leur dîrois tout. SCENE V. DORSAN pere, ADELE, DORSAN fil». oyons si ses traits... ah! il est bien D o r s A n pere. D o r s A N fils. Adèle, entfouvant le rideau. 65 D O R S A N fils. Je n'ose. Il me semble que ces yeux fermés * ces cheveux en désordre... ce bandeau!... tout in Reproche ma fuite et l'accident cruel.... AdelE, Vinterrompant. Regarde-le du moins, pejidant que cela t'est encore permis. S'il se réveilloit, tu fuirois se§ regards; D O R S A N fils. Eh! bien oui... profitons des instants; je .veux jouir malgré lui du plaisir de le contempler. Adèle. Comme s'il étoit notre bon pere. D o r s A n fils. Mais il l'est, ce n'est qu'une erreur. Adèle. Bien cruelle! D o R s A N fils. Oublions-la à présent. Adèle. Que n'oublie-t-il de même !... il n'a pas craint de me chasser, voilà comme se venge Adèle. ( Elle lui baise les mains.) Sa respiration paroît gênée, sa tête est peut-être trop basse. Soulevons la. D O R S A N fils. Attends, attends; que j'ai de plaisir à le servir... et de peine, quand je pense que c'est la dernière fois! ô mon pere , est-ce bien la dernière fois? (Use met à genoux. ) Il a repris le sentiment! son cœur bat! (Soupirant.) Et ce n'est pas pour nous ! } Adèle 'et Donan. 1 GG Adèle. Tiens!... vois doncA... des larme» coulent a travers ses paupières. D o R s A N fjîs. Est-il possible ? il rêve peut-être qu'il nous pardonne. Adèle. Ah ! si cela étoit. ( Dorsan pere fait un soupir et le réprime ; Adèle s éloignant.) J'ai une peur.... Dorsan fils, se rapprochant. Non, tu t'es trompée. A D £ L E. Nous ne pouvons donc plus lui être utiles! Dorsan fils. Héla»! non. Adèle. Eh ! bien , mon ami ?... Dorsan fils, vivement. Je te devine. Adèle. Puisque nous sommes privés du plaisir de lui consacrer nos soins, dédommageons-nous-cu en ofïiant au C el nos vœui pour lui. Dorsan fils, vivement. Oui, nos vœux , nos prières , nos ardentes prières____Jamais je ne lui aurai rien demandé iivec tant d'ardeur, pa* même notre hymen et ta justification ! Adèle. Et. moi , je le prierai... comme si c'étoit encore pour conserver Dorsan à son Adde. t 6 7 Dorsan fils t levant les yeux- au ciel. Ah! nous serons écoutés. U o R s'a N pere , étouffant de sensibilité. Oh! vous l'êtes... oh! vous Fêtes. DUO. Adèle et Dorus lils. Etre suprême , exauce nous ! A se» enfants conserve un per s a h père. Je vais conclure un mariage Ou le cœur seul est consulté. Jadis, c'étoit un ;iuire usage ; Par l'orgueil tout étoit dicté. Qu'au nom , qu'à l'or, chacun préfère Les vertus et la probité... . Ce miracle ne peut se faire Qu'au siècle de l'égalité. Deuxième couplet.: ii A Vieille. L'Egalité... ce mot m'enchante! Et je veux user de mes droits ; Mais sans être bien exigeante, Car il faut entendre nos loix. A mes rides , que l'on préfère Et leur jeunesse et leur beauté ; C e miracle ne peut se faire Sans manquer à l'égalité. Troisième couplet.- Charles. Etre à-la-fois juste et sensible , Aux décrets se montrer soumis ,' Pour le* méchants être inflexible ; Avoir tous les bons pour amis ! Protéger la foible innocence, Adorer Dieu... la Liberté ; Vlà corn' tout bon citoyen pense Au siècle de l'égalité. Quatrième couplet. Dors a h fil» , au Public i J'ai vu qu'on paroit un ouvrage De mille et mille traits brillants ; On y joignoit le badinage , De l'intérêt, des mots charmants.. Sans ces talents pouvoir vous plairu Par la seule moralité, C'est un bonheur que l'on n'e»pere Qu'au siècle de l'égalité. f I N.