«F*C358'O10» JOCRISSE CONGÉDIÉ, FOLIE EN DEUX ACTES, Représentée sur le Théâtre Montansier j Par D O R V I G N Y. Prix, 1 franc 2 décimes. sMf* 1 ,s i ■O JBfe 5 ■ t-_ | k&, s ■• ■ V>« , »"T. A PARIS Chez TUTOTj Imprimeur - Libraire, rue Saint Roch. mit. AN VIL «6£S,24 PERSONNE GES. ACTEURS. D U V A L. ÉLÉONORE, sa fille. D U M O N T , Prétendu d'Eléonore. JOCRISSE, La MERE DE JOCRISSE. La SŒUR DE JOCRISSE. ANTOINE, Garçon d'écurie. BU VAL. LECLERE. f ALEXANDRE. \ H UR TE AUX. BRU NE T. BON JOLI. CA UMONT. BIS SON. CHU G O T. Trois AVEUGLES, dont un parlant.}/) UFRE SNO Y. (L' HAZARD. Un E NFAN T, conduisant les aveugles. AUDE, neveu. La Scène est dans un fauxbourg, chez Duval. * 1 è « JOCRISSE CONGEDIE. ACTE PREMIER. Le Théâtre représente ta cour de ta maison ,. au fond est une grille , qui s'ouvre , pour entrer nu- jardin , et qu'on voit à travers. A gauche de Vacteur est un puits ; des deux côtés , des portes pour aller aux cuisines et aux appartemens. S C È NE PREMIÈRE. LA MERE DE JOCRISSE, SA S (EUR. LA MERE. Oui, ma fille, je n'avons pas de temps à perdre -, not' maître, en sortant pour aller faire ses visites avec son gendre , m'a dit qu'il vouloit dîner à deux heures juste, et j'avons encore ben de la besogne ; un jour de noce comme ça, on n'a jamais fini... Vas-t-ert toujours mettre le couvert, pendant que ta maîtresse n'a pas besoin de toi, ça sera autant de fait... Moi, j'atrends ton frère , que j'ai envoyé au marché -, i' n'arrive pas ce lambin-là, et ça me retarde pour mon dîner. X. A SŒUR. Je voudrois bien le voir revenir , car j'y ai donné aussi commission de m'acheter quelque chos'e.. . Ah ! le v'ià pourtant ( Jocrisse paroîc). C'est ben heureux-, arrive donc? je croyoisque tu ne reviendrais pas aujourd'hui. Ai 4 JOCRISSE SCÈNE IL Les Pkéckdens, JOCRISSE. ( Il porte un panier de provisions de la main gau che , un pot de moutarde de la main droite ; un abattis de dindon et des chandelles sortent de sa poche droite ; du céleri et une paire de souliers de la gauche ; il porte sur la tête un panier à secouer la .salade , dans lequel sont des aufs j. JOCR-ÎSSE. ~V"ous croyez donc qu'on va h po~tft , vous autres, que vous êtes cause que je suis chargé comme un baudet, avec toutes vos commissions à tout le monde... heureux si je n'en ai pas oublié la moitié, encore ! Voyous, aidez-moi à me débarrasser. (A sa saur). Prends le pasnier, toi Vous , ma mère, prenez ia moutarde, avec le céleri uour la rémoulade, avec une paire de soulie'S neufs que je me sui- t'achi tée. .. et pi v'ià l'abbattis de dindon que vous m'ayez recommandé, avec deux livres d ; chandelle à la baguette, de six, pour sa cuisine. ( Il donne les objets à sa mère àmssure). LA SŒUR.. C'est ben propre , comme t'as appareillé tout ça ! LA ME B. E. Y gny avoit pas besoin de céleri, puisque y en a dans le jardin. JOCRISSE. Ah ben ,dame ! on ne re ressouvient pas de tout. (Ilfaitun mouvement d'impatience , le panier tombe , quelques aufs se brisent"). LA MERE. Ah , miséricorde ! v'ià l'aumelette toute faite ? JOCRISSE, trépignant. Sarpedié , que vous êtes donc mal-adroite ; c'est ce panier-là qu'il falloir m'ôterle premier aussi. Là ! v'ià une jolie façon de faire les aumclette sans beurre et sans poêle. LA SŒUR, allant prendre un balai. Ah , te misérable étour 'i ! ii n'en fait jamais d'au're ; faut que je balaie ça ben vite , qu'on ne le voie pas, car je serions gi ondés tous. ( Elle balaie les aufs ). JOCRISSE. Et vous le mériteriez bien ; pour moi, je me lave tes mains de ces œufs-là, toujours, LA MERE. Comment ! ahuri que t'es.... JOCRISSB. Bah ! c'est ben vous deux qu'en êtes, des ahuries ! CONGEDIE. s LA SŒUR. Ne l'obsiinez pas, car y voudra encore avoir raison. JOCRISSE. Mais sûrement ; je ne suis pas obligé d'y voir clair par dessus ma tête, peut-être ben... Allons, voyons -, c'est jamais que des œufs, on en aura d'autres.. . Vuidons ce pagnier. (La mèrep/endles objets à mesure j.Ten z , v'Ià un gigot pour mettre à la broche ce soir, et pis v'Ià un biscuit de Savoie pour le dessert. LA M E R E. Tiens, ma fille, regarde donc, il a mis tout ensemble... Ah ! mon dieu, l'animal ! JOCRISSE. Faudroit-y pas vous faire un pagnier pour chaque artique? Tenez, voilà une livre de beurre ; et pis v'ia vot' fichu brodé, que j'ai été reprendre cheux la blanchisseuse. LA MERE. Oh, le misétable, il l'a mis contre le beurre; le v'Ià tout gâic I JOCRISSE. Qnien c ,gâté •, comme vous criez toujours pour rien: il n'y a qu'un petit coin qui y a touché. LA SŒUR. Ah ! mon dieu , je tremble pour mes bas de soie, moi, que je lui ai dit de m'acheter. JOCRISSE. Oh ! je ne t'ai pas oublié non pus, y sont ben là dans un coin tout par dessous. LA SŒUR. Voyons-les donc ben vite. JOCRISSE. Eh donne-moi donc le temps de débarrasser. Quiens , v'Ià une liv'e de lard. la s 0: u R. Ah ciel ! du lard avec mes bas de soie... j o c k 1 s s E. Mais n'aie donc pas peur, y sont encore loin, va... V'Ià du savon, du sucre, et de la cire jaune pour fiotter.. . C'est étonnant , queii mémoire il m'a fallu pour retenir tout ça dans mon esprit! Ah , quiens les v'Ià tes bas , ne pieure donc plus. ( Mes lui donne ). LA sœur, les regardant. Ah, l'indigne ! ma mire, mes pauvres bas sont perdus aussi. JOCRISSE. Quien, st'aut'e, perdus ! elle les a dans sa main. , LA SŒUR. Regarde, misérable,- vois-tu que les voi à tout abymés ? 6 JOCRISSE. JOCRISSE. Bon ! c'est rien , ça ; c'est un peu de noir de fumée qu'a frotté cjntre... Et quiens, v'ià l'cornet même. la s 03 v R. Qu'tst-ce que je vas donc faire à présent, que je voulois les mettre ce soir pour le bal. j o c s. i s s E. Ça se lave , je te dis... ou ben tu les feras reteindre en noir , y n'y paroitra pus. LA SŒUR. Oui, en noir, ce sera ben gai pour une noce ! JOCRISSE. Oh , dame, si tu n'es pas contente, une autrefois tu feras tes commissions par toi-même. LA sœur, en colère. Oui, oui, que je les ferai moi-même , et que je serois ben fâchée de jamais pu me servir d'un vilain étourdi comme toi ! M'en vlà pour mes neuf francs, et je n'aurai pas de bas encore ! Oh le misérable. ( Elle sort en pestant ). SCENE III. L A MERE, JOCRISSE. E h bien ! crevez-vous donc, pour faire plaisir au monde. V'ià les icmercîmens qu'on a , encore ! LA MERE. > Tu ne les mérites pas, n'e^t-ce p^s? Mais c'est bienfait pour nous; pourquoi que je sommes si sottes de nous fier à un imbécille comme toi. JOCRISSE. Pardine ! vous avez bentùr. fait des imbécilles, vous autres...... J'aurois voulu vous y voir, vous, avec un tas de commissions comme ça à faire, que la tête vous en auroit retourné seulement. LA MERE. C'est bon, c'est bon. Rends-moi mon reste, à-présent. Comben que t'as dépensé ? JOCRISSE. Le v'ià par écrit, là , dessus un papier. ( Il le tire de sa poche ). y a i5 liv. 10 sous. Vlà 5o sous en monnoie ; c'est 18 liv. ; et pis deux petits écus que j'avons là, en pièces de i5 sous; tenez (// les lui donne). La M e R. E , ayant compté. Qn'esr-ce que tu me chantes, deux petits écus en pièces de quinze sous ? n'en v là que six. CONGÉDIÉ. 7 JOCRISSE. Comben donc qu'il en faut ? LA MERE. Eh, innocent ! huit, peut-être ben ! JOCRISSE. Bah ! vous croyez-ça, vous ? LA MERE. Sûrement, que je le crois ; i5 et i5 font 30, et 30 font 6o, et 60 font six francs. JOCRISSE. Oui^ mais savoir si le marchand compte comme-ça. LA MERE f Eh mais, nigaud , comment veux-tu donc qu'il compte , à moins qu'il ne soit un fripon.... on plutôt toi un ahuri, qui a perdu le teste en chemin. JOCRISSE. Oh ! non , c'est plutôt le marchand, comme vous disiez. ( II se fouille ). Attendez, nous allom ben voir.. . Ah ! oui, v'Ià encore queut' chose. ( // tire de sa poche un papier pïé ). Oh ! non , c'est le portrait du gend'e de not' maît'e que j'ai été prendre cheux le peint'e pour le donner à sa femme, mamzelle Duval. LA MERE. Ah ! voyons donc ça. JOCRISSE. Diant'e ! c'est beau, allez ; c'est une mignature \ c'est pour mettre comme i'dit , dans un méraillon -, et pis , on li pendra ça au cou, avec des diamans de perle, et ça jouera comme ça , tenez (// le prend du bout des doigts , pour figurer la chose ; il le laisse tomber , court après , met le pied dessus , et casse le verre ). Ah ! jarni , vl'à le méraillon fricassé ! LA MERE. Ah , ben ! encore un pus beau coup que t'a fait là , tu n'as qu'à te bien tenir quand il reviendra. jocrisse, l'ayant ramasse. Eh ben ! i' n'y a jamais que la vître à remettre , et pis le nez , qui est un peu écorché avec mon talon......Mais le peint'e li en refera un aut' ; v'Ià tout. LA MERE. Oui, tu prends bien vite ton parti ! Mais prends bien garde, t'en feras tant, qu'on te payera une bonne fois pour toutes......Tâche toujours de me retrouver les 30 sous qui me manquent-, ou ben tu t'expliqueras demain avec les marchands. En attendant , va-t-en au colombier, me tuer une demi-douzaine; de jeunes pigeons, et tu me les porteras à la cuisine. Moi , je vas toujours avancer le dîner. ( Elle emporte le panier et les provisions ). s JOCRISSE. SCÈNE IV. JOCRISSE, seul. C'est pourtant ben dur, pour moi, d'être comme ça , ici, le souffre douleur de toute la maison ! Si y a queut' chose faire dehors ou dedans, c'est toujours Jocrisse par-ci, et Jocrisse par-là.....Et pis, si y a queque-z'un à gronder aprè s , c'est encore Jocrisse par-tout......Voyons donc à l'i tuer ses pigeons , à ma mère ; car je n'ai pas un instant de repos, déjà. ( II sort ). SCENE V. DUVAL, DU M ONT, venant du dehors. D U V A L. JN[ o u s avons fait là , mon ami, bien des courses inutiles ; nous n'avons pas trouvé la moitié de notre monde : mais, au moyen des billets que nous avons laissés, ils seront toujous prévenus, et ceux qui voudront nous honorer de leurs visites, seront les bien reçus. D U M O N T. Ce n'est pas la quantité de monde qui rendra notre fête plus agréable; elle sera toujours intéressante , si nos vrais amis et nos parens viennent l'embellir de leur présence. DUVAL. Ils nous l'ont promis, et je me flatte qu'ils n'y manqueront pas. ( Il appelle )■ Jocrisse ? Jocrisse ? SCENE VI. les mêmes, JOCRISSE, «n panier à la main. jocrisse, entrant. Mev'14, not' maît'e. DUVAL. Rentre mon cabriolet sous la remise , et reconduis mon cheval à l'écurie. jocrisse. J'y vas tout de suite , not' maît'e. ( Il entre dans la cuisine ). duvaL, à Dumont. Mon ami, allons voir ma fille et votre mère. ( 7/ sort ). DUMONT. Je vous suis. , . SCENE CONGEDIE. SCENE VII. DUMONT, JOCRISSE, allant pour sortir. d u M o N T , l'arrêtant. XJ n moment, mon cher Jocrisse. J» t'avois prié de passer chez le peintre, il t'a remis mon portrait, sans doute ? JOCRISSE, à part. Ah ! v'!à le diabh de portrait, à pré ert ! encore une gronde à essuyer ! ça n'en finit pas ! ( Haut. ) Oui, citoyen, le portrait est tout peinturluré , si vous voulez .... D U M O N T. Comment, si je veux ? h ue veux-tu dire ? Jocrisse. Doucement, citoyen -, je vous préviens que vous allez vous fâcher , déjà. . . . mais je suis encore pus en colère que vous, moi ! le v'ià vot' portraii. ( II le lui montre ). dumont, avec humeur. Qu'est-ce que c'est que cela? Jocrisse. Là ! je vous l'avois bien dit que vous vous fâcheriez. DUMONT, tenant le portrait. Morbleu ! il y a bien de quoi ! cela n'a pas figure humaine* JOCRISSE. Mais écoutez donc____La plus belle figure véritable n'est pas à l'abri des accidens, et une peinture n'est pas pus invulnérable qu'une personne... Si le peint'e avait, par bazard . lais-é ton r é vot' portrait, et pis, qu'il aye marché de sus, sans le faire exprès ? DUMONT. Quelle histoire me conte-tu lâ ? jocrisse. Dame ! y en a pourtant pus de la moitié de vrai, dans tout ça... Mais i' n'y a que le n z qui est un p. tu peu écaillé, et je li reporterai demain-, i^ous raccommodera ça , qu'i n'y paroitra pus. DUMONT. Cela m'apprendra à m'adre-.e' à lui. Jocrisse. Est-ce que je n'ai pas ben fait nia commission, donc , à cela près de st' accident-là ?. . . Mais vous avez toujours le portrait, où ce que mamseile vous reconnoîtra ben , ail ?.. , D U M o N T , en co'ère. Oh ! morbleu ! mais , quand je ni- fâcherai, il n'en sera , ni plus, J3 10 JOCRISSE. ni moins , et c'est moi qui ai eu tort. ( En s'en allant) Bien obligé, mon ami -, je te remercie- ) Il sort par le même endroit que Duval, au-dessus de la porte de la cuisine. JOCRISSE. Gn'y a pas de quoi, citoyen ; j'ai fait pour le mieux.... Tiens ? 11 a l'air mécontent encore ! Oh 1 jarni, ça me dégoûte ben d'obliger le monde, moi, toujours ! SCÈNE VIII. JOCRISSE,SA MERE, x. A MERE, sortant de la cuisine , avec un saladier et un torchon. Comment , imbécille que tu es ! tu n'y vois donc pas clair ? jocrisse, se fâehant- Allons, encore une auire querelle ? est-ce que vous êtes tous donné le mot, pour me faiie désaliei d'ici ? LA MERE. C'est ben toi , qu'as juré de faire tourner la tête à tout le monde I Comment, je te dis de me choisir six jeunes pigeonneaux, tu vas tuer tous les les vieux pigeons, les pères et les mères, et les dépareiller encore ? JOCRISSE. Eh ben ! quand vous m'ahurirez.... Est-ce que je sais—tî leur âge au juste , moi, à vos pigeons ? LA MERE. Mais c'est ben aisé à connoître ça. JOCRISSE. Bah ! bah ! vieux ou jeunes, n'avez - vous pas toujours vot' compte.... ? Ainsi, c'est la même chose. LA MERE. Eh ! non pas----Les jeunes vont mourir de faim , et les vieux seront durs comme des ânes. JOCRISSE. Eh ben , vous les ferez cuire un peu pus long-tems, et-on les mordia un peu pus fort. Z. A MERE. Ah ! mon dieu ! il sera cause que je serai encore grondée. JOCRISSE. Mais non. Est-ce que vous potivez-t'i empêcher un pigeon d'être dur, donc ? Vous direz que c'est son académie qu'est comme-ça. LA MERE. Oh , oni ; la tienne à toi est d'êtte un mal avisé , va. CONGÉDIÉ. u JOCRISSE. Je vous dis que c'est un parti pris entv'eux tous; i' n'en démordront pas de nie taquiner. LA M E F 3 Oh, je t'en réponds... je suis ben fâcnee de ne pouvoir faire tou t moi-même , car je ne me servirais jamais de toi. JOCRISSE. Vous êtes encore ben heureuse de me trouver, vous comme les autres. LA M S B. E. Pour la belle besogne que tu fais !.... Voyons donc si t'auras l'esprit de faire quelque cho-e aujourd'hui: quiens v'ià des couverts d'argent que je viens de nétoyer •, tiie-moi un sceau o'eau au puits, et repasse-lcs dans ce saladier-là, et tu les essuieras avec ce torchon blanc. Auras-tu ben assez de génie pour ça? JOCRISSE. Pardine, c'est ben malin. (// les prend). Allez vous-en à votre cuisine, et je vous les y reporterai. La MERE, s'en allant. Ah ! j'en sue ; quelle tête il a ce petit garçon-là ! (Elle sort). SCÈNE IX. JOCRISSE, seul. Ah ! jarnioui... des têtes^? vous en avez encore de bonnes, vous, pour parler des autres !... C'est—i' pas ben difficile de tirer un sciatt d'eau , et de laver des couverts... (1/ été son habit, it le met sur le bord le retenant. Oui, oui, ne t'inquiète pas.... J'aurai bientôt fait avec loi, aussi.... Va dire au garçon d'écurie qu'il mette le cheval au cabriolet ; qu'il aille tout de suite chez le notaire, et qu'il le ramène avec la minute du contrat de ma fille. •.. f Jocrisse feint de sortir et se cache). ( A Dumont. ) Et nous, mon ami, allons faire quelques rours de jardin ; car j'ai besoin de prendre l'air pour remettre un peu. ( Ils entrent au jardin par la grille. ) CONGÉDIÉ- iS SCÈNE XVI. JOCRISSE, m rentrant. Bon ! je ne vas pas parler'au garçon d'écurie, justement, le cheval n'est pas dételé, et je vas putôt y aller moi-même.... Ça me fera prendre l'air aussi, à moi •, car je suis aussi en colère que lui.... Demandez moi un peu si c'est de ma faute !.... Et pourquoi qu'il le laisse traîner son contrat ? ----En vérité, faudroit être sorcier, pour deviner avec tout ce monde-là ! Et pis, c'est eux qui crient , et les domestiques sont des bêtes 1 Oh 1 çà commence ben à m'ennuyer, ça, et ça ne durerera pas long-tems comme ça. ( II sort par le côté de l'écurie.). SCÈNE XV. LA MERE, seule , sortant de la cuisine , et secouant de la salade dans un panier. "5T a encore queuque mauvaise affaire , sûrement, avec le papier qui' m'est venu rechercher! oh! comme ce petit garçon-là me [rend malheureuse ici, à entendre toujours gronder après lui ! ( On entend des aveugles qui jouent du violon , et un qui bat le tambour ). SCÈNE XVI. LA MERE, TROIS AVEUGLES, dont l'un en femme, battant la grosse caisse ; un petit garçon les conduisant. LA MERE, les interrompant. E h ben ! eh ben I queu que vous demandez ici, vous autres ? I er . AVEUGLE. C'est-i pas ici la maison du citoyen Duval ? LA MERE. Oui dà ! queu que vous lui voulez ? l'aveugle. On nous a avertis, de sa part, de venir ici -, c'est lui qui nous a fait demander. , LA MERE. Ah benl attendez; il est dans le jardin, j'allons le chercher. ( Pendant quelle va au jardin, les aveugles jouent très-fort et faux). JOCRISSE SCÈNE XV I I. LES AVEUGLES, DU VAL, DUMONT, LA MERE. ( Duval et Dumont font cesser Us aveugles , en les retenant par les bras ). DUVAL. ]VI e direz-vous bien pourquoi v,pus venez faire ici ce beau charivari } l'aveugle. On nous envoie chez le citoyen Duval, qui nous a fait demander pour la noce de sa fille. D U V a L , en colère. Moi ! ... Le diable m'emporte, et vous aussi, si j'ai jamais eu cette idée-là ! l'aveugle. Comment, citoyen , vous ne faites pas un mariage aujourd'hui, et vous n'avez pas un bal ce soir ? témoin que c'est un jeune homme qui nous est venu avertir de votre part. DUMONT. Allons } c'est encore une gentillesse de votre bon Jocrisse. l'aveugle. Justement , Jocrisse ; c'est ça même. D U V A L. Mais, ce drôle-là ! pourquoi s'avise-t-il.... DUMONT. Oh \ c'est moi qui suis responsable pour cette fois... J'ai eu l'indiscrétion He le charger d'avertir des musiciens, et il s'est acquitté de sa commission avec son intelligence ordinaire. d u v a L- Je vous dis qu'il n'est bon à rien. l'aveugle. Mais, citoyen , nous vous ferons damer tout aussi proprement que des violons de l'opéra ; écoutez plutôt. ( Les aveugles commencent une contredanse , bien fort et bien faux). D u v a L , en colère. Ehlmorblen! vous me cassez la tête... A"ez-vous-en au diable !. DUMONT, les arrêtant C'est bon , c'est bon, mes amis. Nou< ne doutons pas de vos ta- uns -, triais nous n'en avons pas besoin pour aujourd'hui Cependant, pour que \ous n'ayez pas perdu votre tems, voilà un petit écu pour boire à notre santé. l'aveugle. \ • CONGÉDIÉ. , i 7 l'aveugle. Ah ! de bien grand coeur... Et j'allons même, en reconnohsance , vous donner encore une petite fanfare à l'honneur de la mariée. D u v a L j vivement. Non , non , non. D U M O N T. Bien obligé; la mariée a mal à la tête, et cela le redoublerait encore. Une autre fois. Au tevoir , mes amis ... {A la mère) Conduisez-les dehors , la mère. LA MERE. Allons, venez , mes bonnes gens.. l'a veugle. Au revoir donc , mes braves citoyens. Quand vous aurez besoin de nous, ne vous en faites pas faute \ nous sommes à vos ordres. ( Ils sortent en jouant ). SCÈNE XVIII. DUVAL, DU M ON T. D U V A L. Je vous fais compliment de votre simphonie. D U M O N T , riant. Il faut garder ce compliment pour le directeur de mon concert, er nous précautionner d'un autre. SCÈNE XIX. les mêmes, LE VALET D'ÉCURIE. LE VALET. A H ! jarnil not' maît' ! j'onseubon nez, tout-à-l'heure, et j'om marché ben à point, pour vous sauver d'une belle aventure I D U V A L. Qu'est-ce donc encore ? al e valet. Jocrisse étoit venu... . u v a L , en colère. Encore du Jocri-se J toujours du Jocrisse 1 LE VALET. Oui. Il venoit de partir avec le cabriolet, sans me rien dire; moi, que ça m'a étonné, je Tons suivi de loin, comme par une bonne ins- it JOCRISSE piratîon .... Et, ma fine ! bien heureusement pour lui, et pour vous aussi. D U M O N T. Ah ! mon dieu ! il aura encore fait quelque malheur ! I, E VALET.. A peineavoit-il fait vingt'pas dans la rue, qu'il a été accrocher un une grande voiture de roulier. ... Le cabriolet a renversé •, Jocrisse a été jetté dans le ruisseau , et le cheval, qui étoit mal' arrangé dans le brancard , s'est dételé et s'est sauvé. D U V A L. Ah ! ciel ! LE VALET. J'ai ratrappé le cheval -, j'ai relevé le cabriolet, où il n'y avoit que deux rayons de cassés, et Jocrisse s'en revenant, clopin dopant, et tout couvert de boue. d u v A L. Puisse-t-il s'être exterminé, le malheureux ! Antoine, monte à cheval, court chez Le notaire; pne-le de me refaire un auire contrat sur la minute, et rapporte-le-moi sur-le-champ, s'il ne peut pas venir avec toi. L E VALET, J'y vas... Eh ! tenez ! v'Ii Jocrisse qui revient. ( II sort ). D U V A L. Rentrons, mon ami; je ne veux pa? le voir ; malgré tous ses torts et ma colère , je sens que je prends encore intérêt à son accident. ( Ils rentrent). — SCÈNE XX. JOCRISSE, SA MÈRE.Ze tenant par dessous le bras. LA MERE. Eh ! seigneur ! mon pauvre enfant! comment que ça t'est donc arrivé ? J o c R i s s E , en colère. Eh ! pardine ! çaTn'est arrivé. .. Pour vouloir toujours trop bien faire.. • .Et pis, parce que le cheval est encore plus étourdi , plus ahuri que moi.... Et pis, parce que le routier l'a fait exprès , de m'accrocher. LA MERE. | Mais regarde donc pourtant , et conviens une bonne fois que tu es bien mal-adroit d'avoir, comme ça, renversé le cabriolet. jocrisse, fier. Bah ' ben au contraire.. .. C'est ben putôt une preuve de mon CONGÉDIÉ- 19 adresse. Trouvez-moi queuqiuzun qui fasse ste culbute-là aussi lestement que moi, et sans se blessser dutout. .. ? Allez, allez , ma mère, c'est que tout le mande m'en veut ici , et qu'on ne me rend pas justice.... Mais, quand je m'aurai néioyé, vous verrez que ça ne m'empêchera pas encor de danser , ce soir, au bal... Allons-nous en toujours dîner par là-dessus, pour me refaire encore mieux», {Il boite ). LA MER E , le soutenant. Eh ! mais tu boîte ! t'as donc mal quelque part à la jambe ! JOCRISSE. Eh non ! j'en fais le semblant, pour que, si mon maître me voit, il me plaigne , et qu'il ne me gronde pas. la m e n T.. Ah ! mon drôle ! t'est encore pus malin que je ne croyons. ( Ils entrent dans la cuisine Fin du premier acte. ê Cî io JOCRISSE ACTE SECOND. Le théâtre représente un Sallon ; on y voit divers instrumens de musique , une harpe , une guitlarre , un violon^, des pupitres y une toilette, à la gauche de l'acteur ; un canapé dans le fond , sur lequel sont des habits de femme , et un bonnet de bal , orne d'une plume ; une seconde plume est sur la toilette -, plus haut du même côté , une table , sur laquelle est un verre et une carafe pleine d'eau. SCÈNE PREMIÈRE. JOCRISSE seul , nettoyant avec un plumeau. t (_j'est ici qu'ils vont venir après le dîner , pour jouer de la musique entr'eux, le gendre et la nouvelle future mariée , en attendant le souper et puis le bal... j'allons donc ben nous divertit ! v'à le sallon ben nettoyé à >t'heure.... i'restent ben long-temps à tab' aujourd'hui. . • c'est qu'ils s'y trouvent ben apparemm< nt ( regardant les 'instrument ). Qttiens , v'ià tout l'arsenal pour la musique ! v'Ià des violons, v'ii des guittarres, via des z'arpes ! ça va faire une jolie simphonie quand i' vent rcmujr tout-ça... C'est mamzelle qu'en pince fièrement elle ! {Il prend la guittarre et s assied dm* un fauteuil"). Quand al' chante en mûnv; temps avec sa voix , st'uir qu'elle aime tant ! ( Il chante et pince ridiculement ). Les petits oiseaux qui murmurent, Avec les ruisseaux qui gazouillent , « I Et pis les papillons qui s'évanouissent.. Dedans les roses.-... Oh ! elle chantera encore celle-là; ce soir., et je viendrai l'écouter cour la retenir tout-à-fait; car j'en ai déjà un bon commencement. ( Jl quitte lu guittare). Et pis elle viendra prendre sa zarpe. . . faut voir la frime qu'ai fait tout le long des cordages, pour faire regarder les beaux bras de ses mains !... Oh ! oui ; quand ail' joue de a , son amoureux l'i fait toujours pu de complimens de ses jolis CONGÉDIÉ. 21 doitgs que de sa belle voix. C'est des instrumens à double entendre , ça. . . ( Il joue dessus et dérange tes cordes ). Er pis encore s.s pieds qu\ lie fait aller par dessous. Aile vous remue tout ça comme le carillon delà sainte marifaine. (Il pince les cordes de tout coté)' Apiès ça son amoureux qui s'en vient prendre le vioion, et pis il iy chante d'un air largeur• ux : (Ilprend le violon , il joue et chante ridiculement). JVIa belle amie , 1 cœur île mon ame... Est tout en te» île flàme... er mes soupirs... Dans mes ardeurs.... de ma langueur... Fail le plaisir.... Il ne va pas ben ce violon; faut que je le raccommode. Il tourne une cheville, la corde se casse ). QuieDS , v'ià z'un éclat. ( Il tourne les aunes , tout casse ). Ah , vlà la débâcle générale dans les cordages... Il faut que je le remette à sa pince , car i' seroit capable de dire que je l'ai dérangé ( Il le met a ta place). Ah 1 quitns encore ! i'afois pas vu ça, moi ! c'est des habits de bal. Oh ! c'tst moi qu'en a un beau habit que je m'ai choi-i moi-même , et que je les attrapperai ben avec Et t u v a i., voyant le bonnet sur la tête de Jocrisse. Comment, drôle ! tu as l'impudence?..... jocp. i S s E, bonnement et hardiment. De quoi donc , citoyen ? je balaye ben innocemment, et vl'àque vous m'attaquez encore mal-à-propos. d u v A l , en colère. Innocemment, coquin ! J o c b i s s E , pleurant par humeur. Sûrement, puLque je fais ma besogne , sans penser à mal. D u v a L , le montrant à la glace. Sans pensera mal, misérable ! regarde-toi donc, et juge de ma patience. jocrisse, à part, se voyant dans la glace. Ah ! sarpedie ! le maudit bonnet m'est resté sur la tête ! ( haut ) Citoyen, c'est pas ma faute ; { étant U bonnet ) c'est pas ma faute , c'est que ce .bonnet là - . •'. D U v a L, en colère. Oui, il est venu de lui-même se placer sur ta téte____Le coquin ne conviendra pas encore ! voilà ce qui me fâche le plus, moi !.... Allons, va-t'en. ( Jocrisse sort ). r> u M o n T. Mon cher beau - père,'en attendant la compagnie, nous allons essayer de vous amuser un moment.... Ma chère Eléonore , êtes- vous en dsiposition de pincer un petitjair de guittare ou de harpe ? É l É o n o R. Oh ! je juis prête à tout ce qui pourra fdire plaisir à mon père. d u m o N T. En ce cas, assoyons-nous; je vais vous accompagner avec le violon. ( Il le prend) Eh bien ! mon violon que j'ai laissé , avant le dîner , en bon état, est tout dérangé, et les cordes sont cassées. É L É o E o R , pinçant sa guittarre. Et ma guittarre est en désordre aussi ! d u v A !.. Allons, vous verrez qu'il y a encore du Jocrisse là-dedans. d u m o N T. Oh ! le temspent influer quelque fois sur les cordes.... Pourquoi Jocrisse auroit-il touché là ? CONGEDIE. i3 D u v A l , en colère. Oh ! pourquoi touche-t-il par-tout où il n'a que faire? Je suis sûr qu'il a touché à la harpe, aussi. éléonorj y regardant. Justement ! elle est désacordée. D U V A L. C'est cell. Je vous dis que monsieur Jocrisse aura donné un concert à lui tout seul.... Ah ! le voilà ! je vais lui battre la mesure , moi , à présent. ( Il prend sa canne , Dumont le retient ). SCÈNE III. les MÊMES, JOCRISSE, ayant à la main un papier ployé , d'où pendent des déchirures. jocrisse , à Eldonor. Tenez-donc, mamselîe-, queu que ce c'est q' st'aut'e papier-là , où ce que v'ià toutes ces filoques après ? ça voussert-i, ça? É L É O N R. Ah ! mon dieu! c'est la dentelle qu'on m'a apportée ce matin, pour faire un schall 1 DU val, voulant lui donner un coup de canne que Jocrisse esquive. Comment, malheureux ! tu nous abîmeras donc tout, ici ? jocrisse. Et ben donc ! faut-i pas que je sois encore responsable, quand c'est moi qu'empêche tout le mal ? Emaginez-vous,jnamselle , que c'est rote chat qui jouoit avec sus vote fenêtre. Ça e^t tombé dans la cour, et le chien de vote père avoit déjà sauté dessus, qui l'emportoit dans l'écurie pour le rachever, quand je li ai arraché de la gueule.... lit pis, c'est moi qu'on gronde et qu'on veut battre I ... Jarni! faut étie ben ingrat ! DUMONT. Allons, je demande grâce pour lui. jocrisse. Tiens ! demandez putôt grâce pour !e chat. d u v a L. Ah 1 te voilà fier, parce qu'on croit que tu n'as pas tott une fois ; mais combien d'autres l'as-tu, en revanche ? i 4 JOCRISSE JOCRISSE. Et sur quoi donc encor ! là ! , D U V A L. Sur-tout. D'où vient par exemple , que tous les instrumens sont démontés etdésacordés ? est-ce encore le chat, ou le chien?. .. ou bien toi-même , qui fourres tes droigs par-tout ? JOCRISSE. % ■ ■ Ah! note maîte! pouvez-vous m'attaquer de ça? d u v A L. Mais , enfin , comment cela s'est-il donc fait ? JOCRISSE. Dame ! je n'en sais rien.. à moins que cela ne soye la poussière qu'aura volé dessus, quand j'ai balayé. d u v A L. Ah! voilà une excuse excellente ! La poussière qui désacorde une harpe , tt qui casse les cordes d'un violon ! je ne sais qui me tient... ( // lève la canne ). d u M o N T , s arrêtant. Mon cher beau père , pardonnez-lui : vous avez promis de ne pas vous fâcher aujourd'hui. D u v a L. Eh bien ! qu'il s'en aille , et que je ne le voye pas -, car il me feroit manquer à ma parole. D u m o N T , à Jocrisse. Allons, va-t'en , et dis à ta sœur de venir. ( à Eléonor ), Ma chère amie , puisque nous ne pouvons pas faire de la musique , vous allez vous mettre à votre toilette, et essayer voire habit de bal. ( Elle va à sa toilette ). •jocrisse, h part. Ah ben ! c'est bon ! pendant ce tems-ià qu'ils n'auront pus besoin de moi, je vas essayer le mien aussi, et qui sera ben pus drôle encore que te 'ien , je m'en vante. ( A Dumont ). Le citoyen n'a besoin de rien, lui, pour le bal ? D u v A L , prenant sa cane. ,*. . Non , non ; mais j'ai ce qu'il me faut pour te le donner, à toi, le bal. jocrisse, s'en allant. Obi je.dis, ça vous fatigueroit trop , de jouer une contredanse avec cet archet-là ( Il sort ). SCÈNE CONGÉDIÉ- z5 SCÈNE IV. les mêmes, hors JO CRISSE. D U V A L. 1.E drôle veut rire encore , je crois ! D U M O N T. Il est gai naturellement. C'est dommage qu'il soit si étourdi; car il n'y a pas de méchanceté dans ce qu'il fait. L . t m&vnoh t v<-;? s .. d xj.y au.-' j Oh ! méchanceté , ou non, j'en ai assez souffert, et je promets bien que , demain , il ne mettra plus ma patience à l'épreuve. Tout ce qui arrive de mal, aujourd'hui , de sa part, ne vous en prenez qu'à vous ; car c'est vous qui m'avez forcé à le garder... Pour n'en plus parler, je vais lire les papiers publics. ( II se met dans un fauteuil, et lit ). SCÈNE V. LES MÊMES, LA SŒUR. 1 A S Œ U P.. JVI o n frère m'a dit que vous me demandiez, mamselle ? É L É O N" O R . Oui, ma bonne, c'est pour me coëffer. ( La saur lui essaye le bonnet ). LA SŒUR. Si vous vouliez , mademoiselle, je vous attacherois encore cette plume-là sur le côté. • d u m o N T. Oui , cela fera fort bien ; cela aura plus l'air espagnol. D 2 $ JOCRISSE LA SŒUR. C'est que je n'ai pas de grandes épingles. Il faut que j'appelle Jocrisse , qu'il aille m'en chercher. ( Elle sonne ). ( Présentant la plume sur le coté de la tête d'Eléonor ). Voyez- vous, mamselle ? comme ça, tenez. d u m o N T. Comment donc? mais elle a vraiement du goût. ( Ele'onor met son collier, qu'elle prend sur sa toilette ). LA SŒUR. Oh ! comme il m'impatiente ! qu'est-ce qu'il peut donc faire, à présent ? ( Elle sonne encore ) . D u M o N T , tirant des boucles d'oreilles d'un écrin. Et les boucles d'oreilles î ( Il les lui présente ). É L É O N O R. Ah ! Dumont ! c'est une galanterie de votre part. ( Elle met les boucles ). la sœur, impatientée sur la porte. Jocrisse ! oh ! Jocrisse ! CONGÉDIÉ. SCÈNE VI. LES MÊMES, JOCRISSE. ( II est revêtu aVun habit de diable , avec une queue et des cornes ; il entre vivement et en sautant ). la sœur, effrayée , et s" enfuyant auprès d'Elèonor. Ah ! mon dieu ! mon dieu ! queu que c'est que ça.....Sauvez- vous, mamselle. É1ÉONOR , s'évanouissant. Oh ciel ! LA SŒUR, courant par la chambre. Miséricorde ! c'est le diable ! D U v a L » se levant vivement. Qu'est-ce que c'est, morbleu ? D U M o N T , tirant l'èpéc qu'il trouve sur unfauteil. Le diable ! voyons ça. ( II s'avance sur lui}. JOCRISS E , se jettant sous la table. Eh ! prenez donc garde ! grâce ! grâce! ce n'est pas le diable.( Il tire le tapis , et renverse le miroir , les deux flambeaux, et tout ce qu'il y a sur la toilette ). la sœur, criant encore plus fort. Ah ! bonne vierge ! nous sommes perdus ! La mere, accourant au bruit. Quoique c'est donc que tout ça ! JocnissE, sous la table. N'ayez pas peur, personne ; c'est pas le diable ; c'est Jocrisse. (_ // sort de dessous la toilette , et reste à genoux devant ). D U M O N T. Comment c'est encore monsieur Jocrisse ? JOCRISSE, ûtant son masque. Eh, oui ! c'est moi-même ; ne vous effrayez pas. D a zS JOCRISSE. d u v A L , en colère , prenant sa canne pour en donner a Jocrisse. Eh quoi, misérable ! c'est toi qui nous fais encore ce vacarme? ( 11 veut se lancer sur lui, Jocrisse veut se recucer pour éviter le coup , et renverse la toilette ). JOCRISSE , pleurant. Ce n'est pas ma faute, mon cher maitc -, j'étois t'après à esseyer ce petit déguisement là po ir le bal, ce soir, où ce que je comptois vous amuser avec ; mais on m'a tant sonné et tant crié, que pour venir plus vite à vos ordres, je n'ai pu pensé à l'ôter. LA SŒUR. Eh ben , que le diable l'emporte lui-môme , pour la frayeur que tu nous a faite là. ( Donnant un verre d'eau à Eléonor) Tenez, ma chère maîtresse, buvez ce verre d'eau. É l É o N o R. Donne, j'en ai grand besoin. d u v a L , irrite. Je ne sais qui me tient que je ne t'assomme tout-à-fait. jocrisse, toujours à genoux. Mon cher maîte , donnez-moi ,si vous voulez , une bonne volée ; mais ne vous fâchez pas contre moi \ je n'ai rien fait par exprès du tout. D U v A L , se retenant. Tuméritcrois bien d'avoirce que tu demandes-là, et mieux encore; mais je m'en veux plus à moi-même de la patience que j'ai eue , qu'à toi de ton étourderie... Lève-toi, je te pardonne. jocrisse, se levant et tout joyeux, Ah, grand merci , not' maîte ! d U v a L , avec une colère concentrée. Mais, vas-t-en ; sors de ma maison; n'y couche pas même, et que je ne te revoie jamais.... Demain, je fêtai ton compte avec ta mère... Four toi , si tu remets seulement le pied devant ma porte , tu peux être sûr que je te payerai tout ce que je te dois depuis long-temps. ( A sa fille et à Dumont). Allons-nous-en, mes amis. (7/ sort). CONGEDIE. z«j j O c P. l s s E , à Dumont , qui donne le bras à Eléonor. Mon brave citoyen, parlez donc pour moi ! d u m o N T. Souviens-roi de mon portrait que tu as si bien équipé. jocrisse , à Eléonor, Ma belle demoiselle... »] É l £ o n o a. Et mon schall S avec lequel tu as fait jouer le chat. [Elle sort avec Dumont). jocrisse, à sa sœur. Et toi, ma bonue petite sœur !... la sœur. Oui-, et me; bas de soie que tu m'as tous perdus!... ( Elle sort aussi ). SCÈNE V I I et dernière. JOCRISSE, SA MERE. JOCRISSE. La ! fiez - vous donc s-js le monde!... v'Ià pourtant les protections qu'on retrouve dans le malheur !... Ma pauv'e mère !... LA MERE. Eh ! mon fichu , misérable , que t'as graissé dans le beurre!... mais c'est égal; le cœur d'une mère parle encore pour toi. Viens , mon pauvre enfant \ je te vas conduire queuque pa i pour ste nuit , pisqu'on ne veux pas que tu couches ici. . . mais tâche au moins que ça te corrige , et que ça te rende pus raisonnabe pour te tenir dans une autre condition, si tu peux tn retrouver encore. • JOCRISSE. Ah pardine ! j'en trouverai que de reste, des conditions... mais jo JOCRISSE, etc. la difficulté c'est dp rencontrer un bon maître, et alors vous verrez que je m'y tiendrai. (Au publie). Citoyens, vlà ben du monde qu'est en colère contre .Jocrisse, et qu'a juré après lui aujourd'hui mais s'il vous a fait rire un peu , il est dédommagé de leur mauvaise humeur. F I N. V