ISABELLE E T ROSALVO, COMÉDIE EN UN ACTE , MÊLÉE D'ARIETTES; par Mr. PA TRJS, , "fmfk ttjï+fj Mufique de Mr. POPIAC. Repréfentêe pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi , le iS Juin ty8j. A PARIS. Et Je trouve A BRUXELLES , Chez Emmanuel, Flon, Imprimeur - Libraire , rue des Fripiers. M. DCC. LXXXVIII. , f PERSONNAGES. ALCANDRE , Tuteur Slfabdk. BÉATRIX , fa Femme. ISABELLE , leur Pupille. ROSALVO , Amant cClfabdle. CLÉMENTINE, Gouvernante d'Ifabtlle. CRISPO, Valet a"Alcandre. Un Alcatlc. Des Archers. La Scène ejl à Cadix, dans la mdifon a"Jlcandre. ISABELLE E T R O SA L VO, COMÉDIE. Le Théâtre rep te fente un Sallon ; à droite & à la première couliffe eji une fenêtre avec des jalou- fies , ornée d'un grand rideau relevé; à la troisième couliffe , une autre fenêtre de même ; entre les Jeux fenêtres , & fur le même coté , une table avec un grand tapis qui la couvre entièrement; dans le milieu du fond eft la porte d'entrée ; à droite une porte qui ouvre Vapparle- ment de D. Aleandre & de fa femme; à gauche une autre qui ouvre celui de Crifpo Clémentine ; à gauche du Théâtre & à la première coulijfe une porte qui conduit à l'appartement d'ïfaheUe. SCÈNE PREMIERE. CLÉMENTINE , C R I S P O. DUO. C V E M E N T I N i-. -1VÎ 0 N bon ami, IT10:1 tendre cl 10UX ! A 2. 4 ISABELLE ° R isPo,yi moquant de Clémentine, Mon cher amour, mon beau bijoux! CLEMENTINE. En leur faveur fois plus docile. C R I S p O. Votre prière eft inutile, CLEMENTINE. Il faut céder à ma raifon. C R I S P O. Mon petit cœur, mon cher tendron Non , non, non, non. CLEMENTINE. Eh ! quoi tu ferois inflexible ? Tu n'es pourtant pasinienfible, Tu veux t'obftiner aujourd'hui. Won ami, rien n'eft fi facile. De deux amans je fuis l'appui, Viens m'aider à leur être utile. C R I S P O. Non, oui, non, oui, non , oui. CLEMEN TINS. Quoi tout de bon tu me refufe , Tu ne veux pas changer de ton ? Un vain Icrupule eft ton exeufe, C'eft une crainte hors de laifon. C R I s P O. Oui, non, oui, non , oui, non. CLEMENTINE. Quçlle obftination ! C R I S P O. Quel entêtement! CLE MENTINE. Refufer de fervir cette jeunette ! & pourquoi î C R I S P O- M'engager à trahir mon maître! & pourquoi î CLEMENTINE. Pour une fortune. ET ROSALVO. C R I S P O. Chimérique. CL E M fc N T I N E. Ce jeune étranger eft riche comme un Ciéfus , je t'alfure....... CRI S P O. En voilà aflez ; laifle-moi tranquille. CLE M E N T I N E> Tranquille , Monfieur ? C R I S P O- Oui, Madame. CLEMENTINE. Voilà bien un propos de mari. C R I S P O. Voilà bien une réflexion femelle. CLEMENTINE. Il y a fix mois, auroit-on pu le croire? C R I S P O- A préfent on le croira. CLEMENTINE. Dans le commencement ils font tout de flamm bien loin? CLEMENTINE Non. ISABELLE. Tu n'as donc pas vu...... CLEMENTINE. Qui VU ? ISABELLE. Celui...... CLEMENTINE, Celui? ET ROSALVO. i$ ISABELLE. Tu fais bien. CLEMENTINE. Non, en vérité ISABELLE. Le jeune Cavalier...... CLEMENTINE. Lequel ? ISABELLE. Lequel ! eft-ce qu'il y en a deux pour mon cœur i CLEMENTINE. Rofalvo. ISABELLE. Hé oui. clémentine ' 3 prennant une rofe qu'elle montre à Ifabelle. Je l'ai vu. ISABELLE. Ah ma bonne, la belle rofe! CLEMENTINE. Ah ! friponne ! I S A B E L L E. Quoi, c'eft lui?...... CLEMENTINE. Hé qui donc ? I S A B E L L K. Donne-la donc vîte. C LEMENTIN E, La voilà : mais ce n'eft pas tour. I S A B E L L E. Pas tout? CLEMENTINE. J'ai encore quelque chofe à vous donner. ISABELLE. De fa part ? C L E M E N T I NE. De fa part. i 4 ISABELLE ISABELLE. Dis donc ce que c'eft. CLEMENTINE. Un petit billet. ISABELLE. Ah ! ma bonne ! clémentine, avec une fèvéritê affectée. Mais je fuis obligée de vous avertir d'une chofe. ISABELLE. De quoi ? CLEMENTINE. C'e/r que le devoir vous défend de l'accepter. IS ABELLE. Le devoir! CLEMENTINE. Oui. I SABELLE. Mais la curiofité m'ordonne de la prendre ; comment faire ? CLEMENTINE, riant Cette raifon vous fert d'exeufe , vous êtes femme. Le voici, liiez tout haut. (Jfabelle chante la Romance comme fi elle Vfoit la lettre. ) ROMANCE. Cette fleur n'eft plus dangereufe, L'amour arracha de fa main Les dards do t fa tige épineufe Auroit pu te bleifer le fein. Le nœud que ce Dieu nous deftine, Sera comblé de fes faveurs; Il en âtera chaque épine, Et tu n'y verras que des fleurs. Second couplet. Mais fi cette rofe chérie, Dont ton amant te tait un don , I^H^I^H^HH^^^^HH^^HIIHiHaH^^^HHBHIi^H^HBHHHH ET ROSALVO. ij Te paroît trop épanouie; L'amour t'en dira la raifon. Par cent baiiers remplis de flamme, Dans le milieu de cette Heur, Ma bouche a dépolé mon ame, Pour l'envoyer près de ton coeur. CLEMENTINE. Comme vous refpirez cette rofe. ISABELLE. Ah! ma bonne , c'efl qu'elle fent fi bon ! CLEMENTINE. Contraignez-vous , les voici. [ Ifabelle prend fon ouvrage & Je met à coté de la fenêtre. ] s*' . —■■..... gf^V__2JI r Ç---- — ! --- SCENE IV. ISABELLE, BÉATRIX, ALCANDRE, CLEMENTINE, CRISPO, un peu en arrière , tenant le manteau d'Alcandre. beat rix, bas à Alcandre. Il faut leur perfuader que nous rentrerons tard. ALCANDRE. Mais ne montrez aucun foupçon, fi vous voulez les éprouver. B E A T R I X. C'eft bon , c'efl bon. [d'un ton grondeur]. Que fai« fiez-vous là toutes les deux? CLEMENTINE. Nous caufions. ALCANDRE. Il n'y a pas de mal. i » • \ ï6 ISABELLE BEATRIX. Pas de mal ! vous ne vous appercevez de rien, vous ne remarquez rien. ALCANDRE , bas , lui faifatit Jigne de fe taire, Ma femme. B E A i R I X , bas. Vous avez raifbn. CLEMENTINE. Eh! que pouvez-vous remarquer ? beatrix. vivement. • • - i i Que vous vous entendez enfemble. CL E M E N T I N E. En quoi? beatrix, s'impatientant. En quoi, en quoi! ALCANDRE, à part. La voilà partie. B E A T R I X. Depuis un tems , dès que Mademoifelle eft levée t elle court a fa toilette. CLEMENTINE. C'eft par décence. BEATRIX. Quand elle eft bien parée , elle vient comme cala travailler auprès de la croifée, CLEMENTINE. C'eft pour prendre l'air. BEATRIX. Elle ne baille jamais la jaloufie. CLEMENTINE. C'eft pour avoir du jour. BEATRIX. Dès quelle entend palier quelqu'un; lié vîrc, la voilà à la f'cn;tre. CLEMENTINE. ET ROSALVO, 17 CLEMENTINE. C'eft par curiofné. B E A T R I X. C'elt par coquetterie. isabellk, quittant J'on ouvrage. Par coquetterie , Madame î B E A T R.| I X. Oui, pour attirer les galans. ILCANDRt. Ma femme ! CLEMENTINE. Mais...... B E A T R 1 x , avec dérijion. Ah ! la jolie chofe que l'amour ! Isabelle, foupirant. Je le crois , Madame. B E A T R I X. Vous le croyez, Mademoifelle ? mais vous avez tort da le croire. A L C A N D R Ë. Allons, allons, appaifez-vous : Ifabelle eft fage & de je fuis bien fûr qu'elle ne s'oppofera jamais à notre volonté. ISABELLE. Vous avez raifon. Alcandre, à fa femme Je vous le difois bien. I S A B E L L E. Pourvu cependant. ALCANDRE. Point de condition: mon neveu arrive ; vous Vé- pouferez , &...... ISABELLE. Je l'épouferai ! C i8 ISABELLE A L C A N D R E. Sans délai. ISABELLE. Je ne le cannois pas. B E A T R I X Qu'importe ; il faut qu'une honnête fille ne pcnfe à donner fon cœur qu'après le mariage. I S A B ELLE Et fi le mari ne lui plaît pas ? B E A T R I X. Il faut qu'il lui plaife , beau , laid , jeune , vieux. ISABELLE. Vieux ! B E A T R I X. Aflnrément. I S A B E L I. F. Mais fi quelqu'un m'aimoit déjà?. B E A T R I X. Il auroit tort. C L E M E N T I N E. Il auroit tort! Oh ! perfonne ne fera de votre avis. ISABELLE. Et s'il m'époufoit l B E A T R I X. Vous époufer ! Ah! je voudrois voir cela. isabelle, faifant la rêveuse. Et moi a'ifii , Madame. B E A T R I X. Vous voyez comme elle répond. ALCANDRE. Mon neveu efl: jeune , mais quand même il ne le feroit pas, vous n'en feriez pas mains heureufe. A R I E T T E. On dit par-tout que la jeuneffé, l-.ft le boa tems pour les amours ; Mai* on ne connoît la tendrefle, (2uc vers le déclin de fes jours. ET-ROSALVC. 19 L'amour à tout âge intïiefl'e : Mais qu'il agit différemment! Dans te printems c'eiî. urfe ivrefle» Dans l'hiver c'cft un ientiment. Crois - moi, nia chère. Dans l'hiver c'tll un fcntituent. Allons, allons, il eft tard. B E A T R I X. Vous avez raifon ; nous loupons dehors , nous ne rentrerons pas litôt : vous nous attendrez vous autres. CLEMENTINE. Oui, Madame B E A T R I X. Et qu'on y prenne garde : j'ai vu roder un certain fréiuquet ; li je le rencontre. A L C A N D R E , bas. Contraignez-vous donc. beat r ix, en s'en allant. Oui, oui, je veillerai fur vos actions. Ah! vous n'avez pas à faire à une forte. CLEMENTINE,^ CrifpO. Quand ils feront partis , laide la porte de la rue entr'ouverte , & fais le guet. C R I S P 0. Jolie commiflion! B E A T R I X. Crifpo. c R 1 s P o, courant à elle. • Madame. [ lUattïx lui parle bas. 1 CLEMENTINE, à JjabcUe, Comment avez-vous ofé leur répondre? I S A B E L L E. Je regardois ma rofe, elle me donnoit du courage. CLEMENTINE- Je ne vous reconnois plus. C 2. io ISABELLE ALCANDRE. Clémentine. CLEMENTINE, COUTant à llll. Monfieur? [ Alcandre lui parle bas.~\ n E A t r i x j à û ijpo. Obferve-les , je me fie à toi. C R I S P 0. L,iifTez-moi faire. A ii c andre, à Clémentine Tu as toute ma confiance , n'en abufe pas. CLEMENTINE. J'en fuis incapable. ( Ils fortent tous les quatre en parlant bas. ) &qjp=^z(fz^=t^^ §X SCÈNE V. ISABELLE, feule. C lemeNtine avoit raifon; je ne me recon* rois plus moi-même : je fuis moins timide , mais moins gaie, tout m'ennuie, hors lui; avant de le coninJcre, quelle différence! A R I E T T E. Tout fatisfaifoit mon défir: Pour fuivre un papillon volage, Et m'élauccr pour le faifir; Ecouter au frais du Zéphir Des oifeaux le tendre langage. Tout pour» mon cœur devcnoit un plaifir. Si le rollignol chantoit Et s'il t'ailoit...... Soudain nia voix l'imitoit Et fépétoit....... Et jar fois il fe méprenoit A mon ramage : gi le roflignol chantoit, goydajn. ma yçix nmitfiit, ET ROSALVO. ri 4^:*=ifc:ifc=^=i!^^ SCENE VI. CLEMENTINE, ISABELLE. _^ CLEMENTINE. ïi< NFIN les voilà partis; raifonnons. Si l'on vous procuroic les moyens de voir votre amant...... ISABELLE. De le voir! CLEMENTINE. Et de lui parler même...... ISABELLE. Ah! ma bonne. CLEMENTINE. Que lui diriez-vous ? ISABELLE. Que je l'aime à la folie. CLEMENTINE. Gardez-vous-"en bien. ISABELLE. Pourquoi ? CLEMENTINE. C'eft qu'un amant, fûr de plaire, efl: quelquefois bien dangereux. ISABELLE. Je ne fuis pas peurcufe. C L E M E N T I NE. Il faut être prudente: d'abord il vous dira qu'il vous adore. I S A B E L L E. Je l'écouterai avec tant de plaifir! X% ISABELLE CLEMENT I N H. Enfuite il vous demandera fi vous t'aimez. ISABELLE. Je lui répondrai comme cela : [ très-tendrement] oui ! CLEMENTINE. Il faut dire......oh ! non ! ISABELLE. Mais je mentirois. CLEMENTINE. Il faut mentir. ISABELLE. Fi donc , c'eft vilain. CLEMENTINE. Prenez-y garde. Duo. Vous l'allez voir. ISABELLE. Je vais le voir CLEM ENTINE. Oui, dès ce foir, ISABELLE- Quoi, des ce foir CLEMENTINE Oui, dès ce foir , Mais par prudence. ISABELLE. Douce efpérance ! CLEM ENTINE. Il faut cacher ces fentimens. ISABELLE. Pourquoi cacher mes fentimens ? Quoi, lors qu'on aime! CLEMENTINE. Oui, lorfqu'on aime ET ROSALVO. aj ISABELLE. L'amour extrême, CLEMENTINE. L'amour extrême Doit bien cacher vos fentimeus I S A B E L L E. Doit-il cacher mes fentimens. 4' =Sfc=^:*Sc=fe=te^^ SCÈNE VIL Les précédens, ROSALVO. R O S A L V O. Trio. M algrf moi-même. CLEMENTINE. Malgré vous-même ROSALVO & CLKMENTINB. L'œil parlera Et lui dira ROSALVO. C'elr. du for.d du cœur que je t'aime ROSALVO. ISABELLE. Le cœur me bat II etoit-là ROSALVO. Je fens à mon délire extrême Qu'on ne peut mourir de plaifir I S A B E L L B. Ah! ma bonne, il fait que je l'aime, Je n'ai plus befoin de mentir. ISABELLE, ! C L E M E N T I N E. j ROSALVO. t'ons'aimoit tou-' , r . , iBonheur iupreme! Il fait que je l'aime. Je n'ai plus befoin de mentir. Si joursîde même , L'amour feroit un On ne peut mourir grand plaifir, | de plaifir. 24 ISABELLE R O S A L V O. Vous m'aimez! n'eft-ce point un fonge? Ah! répétez-le moi mille fois. ISABELLE. Ma bonne ! CLEMENTINE. Hc bien ? ISABELLE. Puifqu'il le fait, je peux bien le lui dire? clémentine, riant- Je crois qu'il feroit inutile de vous le défendre, Isabelle, tendrement. Hé bien, je vous aime. R O S A L V O. Ah! que ce mot eft doux à entendre ! CLE mentine, allant à la fenêtre. Les pauvres enfans ! R O S A L V O. Qu'il m'eft précieux! l'heureux hazard qui vous offrit a ma vue ! j'allois retrouver des parens qui nie font bien chers. Chaque jour de retard étoit mon iupplice : je vous vis; j'oubliai l'empreffemenr, l'a- muié , la reconnoifl'ance ; l'amour triompha de tout, & votre premier regard a décidé du fort de ma vie. ISABELLE. Mais apprenez-moi pourquoi mon cœur battoit fi fort , lorfque nos yeux fe rencontrèrent pour la première fois. R O S A L V O. Le voici. Air. Lorfque quinze ans font écoulés, Et qu'un être invifible, Par des petirs coups redoublés, Attaque une infènfible : C'eft l'amour, ce Dieu féducteur, Dont l'âme-eft pénétrée, Qui frappe à la porte du cœur. Pour eu avoir l'entrée. ISABELLE. ÉT RÔSALVO. 25 - ISABELLE. Second couplet. Ah ! fi j'ai pu fâcher l'amour Par trop de réfiftance, ' Qu'il n'en aceufe dans ce jour Que ma feule ignorance: Apréfent j'agirai bien mieux, Et s'il fe fait entendre, Je me fouviendrai que les Dieux Ne doivent point attendre. ROSALVO. F.h bien ! écoutez fa voix , & hâtez le. moment heu-» reux qui doit m'unir a vous pour jamais. ISABELLE. Ah! s'il de'pendoit de moi! ROSALVO. Il en dépend. ISABELLE. M-il poffible? R O S A L V O. Vous êtes deftinée à un autre ? ISABELLE. Ils le difent. R O S A L V O. Votre, tuteur oppofbra d'invincibles obflaclcs à notre mariage. ISABELLE. Je le crains. R O S A L V O. 'Il faut le forcer a y conlentir. ISABELLE. De quelle manière? ROSALVO. En fuyant. ISABELLE. Ah! Rofalvo', que me propofez-vous? ISABELLE R O S A l V O. Trio. Si vous partagez ma tendrefTe Sans différer éloignez-vous. ISABELLE. Si mon bonheur vous intérefTe , Choififlez des moyens plus doux. R O S A L V O. Cédez à l'ardeur qui me prefle Sans différer éloignez-vous. ISABELLE. Si je manquois à la fagefle , Serois-je encor digne de vous? R O S A L V O. Hélas ! que craignez-vous, En luivanc votre époux ? ISABELLE. Mon époux !J Ali ! que ce nom me paroîc doux ! R O S A L V O. Venez, venez, fuivez votre époux. CLEMENTINE, accourant toute effray Hé vite , hé vite, fauvez-vous ISABELLE & ROSALVO. Comment, comment ? CLÉMENTINE. Tout eft perdu pour nous. ET ROSALVO. »K- *Q. =*£°J5= SCENE Vllh Les précède n s, CRISPO. C R i s p p , accourant par la porte du fond. Q U A T U O R ~Fj t que diable ici faites-vous? Les voici , craignez leur courroux. ISABELLE & CLEMENTINE. Tout efl perdu pour nous ROSALVO. Ah ! quel malheur pour nous ! CRISPO & CLEMENTINE. Sauvez-vous. ISABELLE. De peur j'expire. Adieu, adieu. Eli bien., eli bien Non, laiflez-moi Mon époux , mon époux. Quoi, j'e vais perdre mon époux. CLEMENTINE. Ah ! quel manire fortez.fortez. Ah! par pitié pour nous, De grâce , fauvez- vous Sortez, fortez, retirez-vous Sortez , forcez , retirez-vous. ROSALVO. Encore un mot, un mot, un mot Ah ! par pitié pour nous De grâce , fauvez- nous Si le tendre amour qui m'inlpire Peur me ramener près de vous _ Promettez- moi de fuivre votre époux Vous allez perdre votre époux. ( Crifpo & Clémentine entraînent Rofalvo vers la porte , qui s'ouvre ; Alcandre & Béatrix les Jurprennent.) D x î8 ISABELLE dSsz^SszBsz^ç&Ssz^ afe SCENE IX. Les précédens , ALCANDRE , BEATRIX, ALCANDRE & beatrix, en ajppercevant Rofalvo , s'écrient. C-j 1 e t ! que vois.je S Ji X T V O R. B E A T R 1 X. Quel attentat épouvantable! ALCANDRE. Quelle audace inconcevable; BEATRIX & ALCANDRE. Chez moi je trouve un fuborneur; Untraitre, un lâche , un lédudeur, ISABELLE. Un féducleur! CLEMENTINE & CRI S PO. Je meurs de peur R O S A L V O. Quelle fureur! B E A T R I X. J'étouffe de courroux C R 1 S P 0 , bas a Rofalvo. Paflcz derrière nous. ( "Rofalvo fe gliffe derrière Crij'po & Clémentine. ) ALCANDRE. Quel attentat épouventable ! Dieux quelle audace inconcevable ! Isabelle, arrêtant Béatrix , gui veut fe retourner. Appaifez-vous. E T R O S A L V O. 19 B E A T R I x. Non, non, non, cris p o , à Rofalvo. Et vite fauvez-vous. ( Rofalvo fe fauve adroitement. ) B E a T R 1 X Quelle infolence ! Quelle impudence! De cette offenfe J'aurai vengeance. J'en fais fermenç ISABELLE, CLEMENTINE, CR1SPO. Quel trifte événement ! A L C A N D R X, Quel emportement! B E A T R I X. Pour vous qui m'avez fait outrage, Beau freluquet, gentil galant...... ( Elle cherche Rojlilvo. ) Où donc eft-il?...... CLEMENTINE. Apparemment il a plié bagage B E A T R I X. Comment on l'a laide" foftir? Ft mon mari l'a pu fouffrir Il n'a pas pu le retenir. Que je luis irritée...... ALCANpRE, s'en allant doucement dans la chambre de Clémentine. Pour éviter la bordée, Je vais prendre mon parti, 15 E A T R I X. Quoi, Moiiikur mon mari.... Où donc eft-il____il eft parti. Ah i j'enrage ! Vengeons-nous fur les valets Qui lervoient cette petite. ( Clémentine va fe cacher dans la chambre « SCENE X. ALCANDRE, ISABELLE. alcandre, à Ifabelle prêle à rentrer Isabelle, unmor. IS A B E L L E. Que voulez-vous, Monfieur ? ALCANDRE. Ma femme a le meilleur cœur du monde ; mais elle eft févère fur l'honneur , & la violence de ion caractère ne lui permet pas de mettre de la modération dans fes remontrances: pendant qu'elle prend l'air fur la terraiïe ; car c'eft toujours fa coutume quand elle s'eft mife en colère, je veux vous parler raifonnablemenr ; je fuis de fang-froid, écoutez-Oioi, mon enfant. ISABELLE. Je vous écoute. ALCANDRE. Vous êtes douce , honnête. I S A B E L L E. Et je veux toujours l'être. ALCANDRE. Répondez-moi fans détour. I S A B K L L E. Je ne m«ns jamais 5i SABELLE A L C A N D R E. Pourquoi ce jeune homme eft-ii entré chez voua fans ma permiflion. ISABELLE. C'eft que je me doutois bien que vous ne me l'auriez par accordée. ALCANDRE. C'eft une bonne raifort. I S A B B L L E. ' Pour ne pas la demander...... ALCANDRE. Pour ne pas la prendre; mais enfin pourquoi l'avez- vous reçu ? ISABELLE. Parce que je l'aime. A L C A N D R E. Pauvre innocente ! vous ne voyez donc pas l'imprudence de votre conduite ? I SABELLE. Non. ALCANDRE. Recevoir un amant en fecret! ISABELLE. Quel mal y a-t-il, quand on doit l'époufôrî ALCANDRE. Mais ce n'eft pas lui qui fera votre mari. ISABELLE. Pardonnez - moi. ALCANDRE. Ah ! voilà du neuf. ISABELLE. Ne dois-je pas conncître mieux que perfonne celui qui me plaît. ALCANDRE. Mais c'eft à un autre que nous deftinons votre main. ISABELLE. ET ROSALVO. 3j ISABELLE. Mais c'eft à celui-ci que j'ai donné mon cœur. ALCANDRE» Et vous refuferez mon neveu? I S A B E L L E. O mon Dieu, oui. ALCANDRE. Je faurai vous contraindre à l'époufer. I SABELLE. Eft-ce que cela fe peut? alcandre, en colère. Vous oferez me réfifter? - ISABELLE. Vous aviez promis de me parler raifonnablement. ALCANDRE. Et je le fais. ISABELLE. Puis-je aimer celui-ci & en époufer un autre? il n'y a point de la raifon là dedans. ALCANDRE Hé bien! Mademoifelle, puifque la douceur ne peut rien fur vous , je prendrai un autre parti ; pour prévenir les mauvais confeils , je chafle Clémentine , & dès demain vous entrerez dans un couvent, dont vous ne fortirez que lorfque vous ferez foumife à mes volontés. { Il rentre chn\ lui.) ^G:*Ss=fe:*=^slfc=^ SCENE XI. I S A B E L L E, feule. I l va renvoyer Clémentine : oh ! c'eft affreux , & qui m'apportera les billets de Rofalvo ? ( elle pleure. ) Je fuis bien à plaindre ! i 34 ISABELLE *gdfe=fc:fe£fc:3^ SCENE XII. ISABELLE , CLEMENTINE , arrivant avec une bougie à la main ; elle allume les flambeaux. CLEMENTINE, ue faites-vous donc là? ISABELLE. Je pleure. CLEMENTINE. Joli paffe-tems ! ISABELLE. Tu ne fais rien encore? CLEMENTINE. Qu'y a-t-il de nouveau ? ISABELLE- On te congédie demain , & j'entre au couvent. CLEMENTINE. Demain ! C'eft dit, mais ce n'eft pas fait. Aimez- vous Roialvo? ISABELLE. Tu en doutes. CLEMENTINE. Eh bien, foyez tranquille. ISABELLE. Comment? CLEMENTINE J'ai un projet en téte. ISABELLE. Pour nous ? ETROSALVO. 35 CLEMENT INE. Et je viens de commencer a le mettre à exécution. ISABELLE. Ah ! ma bonne ! CLEMENTINE. * Jlofalvo rodoit autour de la maifcn...... I SABELLE. Tu l'as vu ? CLEMENTINE. Oui. I SABELLE. Tu es bien heureufe! CLEM ENTINE. Il s'eft arrêté devant votre fenêtre. ISABELLE. Tenez ; & j'étois ici ! CLEMENTINE. J'ai profité du moment. I S A B E L li E. Bien ! CLEMENTINE. Je lui ai fait figne de venir fous la mienne, & de m'attendre. Isabelle, allant du côté de la chambre de Clémentine. Et tu me fais perdre du tcms ! clémentine, l'arrêtant. Où allez-vous donc ? ISABELLE. Le voir. CLEMENTINE» Il efl: déjà bien loin. ISABELLE. Il n'a pas voulu demeurer ? c'eft joli. E 2 3dfc=fe=jfcrfc:4fc=4fc^ SCENE XX. Les précédons , CLEMENTINE, CRISPO, conduits pur les Gardes. L, E S GARDES. .A HONS, allons ; marchez. CRISPO, Je projlernant devant P Alcade. Monfieur l'Alcade , ayez pitié de nous l'alcade. Raffurez-vous , mon ami. C R I S P o- Ah! Monfieur, la juftice eft fi refpeftable qu'on ne peut la voir fans émotion. ETROSALVO. 47 ^ ■ =-- fe == B ofr SCENE XXI & dernière. Les précédées , ALCANDRE, ISABELLE. AlcAndre, conduijant Ifabelle. V £NEz, vous dis-je , mon neveu eft arrivé. ISABELLE, les yeux baifés. C'eft inutile; je ne l'épouferai pas. beatrix, à Rofalvo. Ne par'ez pas. ALCANDRE. C'eft cj que nous verrons. Isabelle, de même. Je n'aime , &i n'aimerai jamais que mon bon auii. b E A t r i x , riant. Mais regardez du moins celui qu'on vous deftine. ISABELLE. Cela ne fervira de rien. 15 E A T R I X. Je vous en prie. Isabelle, vivement. Hé bien! oui, je regarderai; mais ce fera pour lui dire la vérité. ( très-finement. ) Monfieur, je vous.... [Elit reconnoit Rofalvo , & refte la bouche ouverte.} ROsalvo, tombant à fes pieds. Ifabelle ! Isabelle, Je jettant dans Jes bras. Rofalvo ! B É A T R I X. C'eft le neveu q ie nous te deftinions : eh bien, le reîufes - tu ? ISABELLE. Oh! non, je ferai obéillante. ROSALVO. Voilà les parens chéris à qui je devois déjà tant; mais leur dernier bienfait est le plus cher à mon cœur, i sab elle, à Alcandre & Bèatrïx. Oh! comme nous allons vous aimer! 48 ISABELLE ET ROSALVO. CLEMENTINE, à Ifabcllc. îJous laiflerez-vous dans l'embarras? . I S A 6 E L L E. je leur dois mon bogiheur , & je demande leur grâce. * rA L"C A'K D R E, Elle est accordée. c K l s P 0, faifant Un faut de /vie. Vivat ! .,,„ , CHŒUR. Que la tendre amitié qui mus lie. De nos cœurs né rafle qu'un cœur: Chantons chaque ioui de la vie , Ah! quel plaifir ! ah! quel bonheur! A L C A N p tt E F, T B E A T R t X. Livrez-vous à la tendrefle, Et chérifl'ez-vous toujours. ISABELLE. Coûtons une pure alK'greffe, Et répétons chaque jour ; Point de bonheur fans la fagefle R O S A L V O. Point de plaifir fans l'amour. CHŒUR, Que la tendre amitié, &c. FIN.